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L'Eglise : Léon XIV

La légitimité de l’autorité ne repose pas sur l’accumulation de puissance, mais sur la sagesse et la vertu avec lesquelles elle est exercée

La légitimité de l’autorité ne repose pas sur l’accumulation de puissance, mais sur la sagesse et la vertu avec lesquelles elle est exercée

Message du Saint-Père à l’occasion de l’Assemblée plénière de l’Académie pontificale des sciences sociales :

[…] La doctrine sociale de l’Église catholique considère le pouvoir non comme une fin en soi, mais comme un moyen ordonné au bien commun. Cela implique que la légitimité de l’autorité ne repose pas sur l’accumulation de puissance économique ou technologique, mais sur la sagesse et la vertu avec lesquelles elle est exercée (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1903 ). Car la sagesse nous permet de discerner et de rechercher le vrai et le bien, plutôt que les biens apparents et la vaine gloire, dans les circonstances de la vie quotidienne. Cette sagesse est indissociable des vertus morales, qui renforcent notre désir de promouvoir le bien commun. En particulier, nous savons que la justice et la force d’âme sont indispensables pour prendre des décisions éclairées et les mettre en œuvre. La tempérance se révèle également essentielle à l’usage légitime de l’autorité, car la véritable tempérance freine l’orgueil démesuré et constitue un rempart contre l’abus de pouvoir.

Cette conception du pouvoir légitime trouve l’une de ses plus hautes expressions dans la démocratie authentique. Loin d’être une simple procédure, la démocratie reconnaît la dignité de chaque personne et appelle chaque citoyen à participer de manière responsable à la poursuite du bien commun. Reflétant cette conviction, saint Jean-Paul II affirmait que l’Église valorise la démocratie car elle garantit la participation aux choix politiques et « la possibilité d’élire et de demander des comptes à ceux qui nous gouvernent, et de les remplacer par des moyens pacifiques lorsque cela est approprié » (Centesimus Annus , 46). La démocratie ne demeure cependant saine que si elle s’enracine dans la loi morale et une juste conception de la personne humaine. Faute de ce fondement, elle risque de devenir soit une tyrannie majoritaire, soit un masque dissimulant la domination des élites économiques et technologiques.

Les mêmes principes qui régissent l’exercice de l’autorité au sein des nations doivent également guider l’ordre international – une vérité qu’il est particulièrement important de rappeler à l’heure où les rivalités stratégiques et les alliances mouvantes redessinent le paysage des relations mondiales. Il convient de rappeler qu’un ordre international juste et stable ne saurait se fonder sur un simple équilibre des puissances ni sur une logique purement technocratique. La concentration des pouvoirs technologiques, économiques et militaires entre quelques mains menace la participation démocratique des peuples et la concorde internationale.

À cet égard, mes prédécesseurs ont exprimé la nécessité d’institutions modernisées et d’une autorité universelle (cf. Jean-Paul II, Centesimus Annus , 58 ; Pacem in Terris , 137), marquée par le principe de subsidiarité (cf. Benoît XVI, Caritas in Veritate , 57). L’avènement d’une telle communauté fraternelle mondiale exige « une politique plus juste, véritablement au service du bien commun » (François, Fratelli Tutti , 154). En effet, il est « plus que jamais nécessaire de repenser avec audace les modalités de la coopération internationale » ( Visite au siège de la FAO à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation , 16 octobre 2025, p. 7).

En définitive, lorsque les puissances terrestres menacent la tranquillité de l’ordre – la définition augustinienne classique de la paix –, nous devons puiser notre espérance dans le Royaume de Dieu qui, bien que n’étant pas de ce monde, éclaire les affaires terrestres et en révèle le sens eschatologique. Dans cette perspective de foi, il nous est rappelé que l’omnipotence de Dieu se manifeste particulièrement dans la miséricorde et le pardon (cf. Thomas d’Aquin, Somme théologique , I, q. 25, a. 3, ad 3) ; la puissance divine ne domine pas, mais guérit et restaure. C’est précisément cette logique de la charité qui doit animer l’histoire, car l’activité humaine inspirée par la charité contribue à façonner la « cité terrestre » dans l’unité et la paix, faisant d’elle – si imparfaite soit-elle – une anticipation et une préfiguration de la « Cité de Dieu » (cf. Benoît XVI, Caritas in Veritate , 7). Une telle foi renforce notre détermination à bâtir une culture de réconciliation capable de surmonter les pièges de l’indifférence et de l’impuissance (cf. Discours en présence des chefs religieux , 28 octobre 2025).

Dans cet esprit, j’espère sincèrement que vos réflexions durant ces journées vous apporteront des éclairages précieux sur les usages légitimes du pouvoir, les critères d’une démocratie authentique et le type d’ordre international qui serve le bien commun. Ainsi, votre travail contribuera de manière significative à l’édification d’une culture mondiale de réconciliation et de paix – une paix qui ne se réduit pas à une fragile absence de conflit, mais qui est le fruit de la justice, née d’une autorité humblement mise au service de chaque être humain et de l’humanité tout entière. […]

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