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Tribune libre

Vannesson : Requête en réconciliation de la France avec le Bon Dieu

Vannesson : Requête en réconciliation de la France avec le Bon Dieu

L’avocat et écrivain François Vannesson, qui publie sur LinkedIn (https://www.linkedin.com/in/fvannesson/recent-activity/all/) avec un talent certain ses « Lettres de la déraison » pleines d’esprit, a récemment produit le texte suivant :

Dossier n° 496-33-AD
Objet : demande de reprise de la vie commune après cent vingt et un ans de séparation de corps et de biens spirituels

Exposé des faits :

Le 9 décembre 1905, la République française a signifié au Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre, des choses visibles et invisibles, demeurant partout et nulle part, ce qui pose un problème de compétence territoriale que la Cour de cassation n’a jamais tranché, un acte de séparation unilatéral, non contradictoirement débattu, rédigé à la hâte par un Parlement qui venait de découvrir que l’athéisme était une opinion politique et que le curé était un adversaire électoral.

Depuis cette date, la France vit sans Dieu, comme un poisson vit sans eau, c’est-à-dire brièvement et dans des convulsions que les témoins prennent pour de la vitalité.

Cent vingt et un ans plus tard, force est de constater que la séparation n’a profité à aucune des deux parties.

Dieu s’en est remis, étant éternel, ce qui lui confère un avantage considérable dans les procédures longues.

La France, en revanche, présente les symptômes caractéristiques du conjoint qui regrette son divorce mais refuse de l’admettre par orgueil, cette vertu nationale qui nous a fait gagner Austerlitz et perdre tout le reste.

Par la présente, il est donc humblement sollicité qu’il plaise au Tribunal de l’Histoire de bien vouloir ordonner la reprise de la vie commune entre la République française et la foi catholique, pour les motifs ci-après développés, et ce sans qu’il puisse y avoir lieu de s’offusquer.

Premier motif : l’échec patent de la vie en célibataire spirituel

La France, depuis qu’elle vit seule, a développé tous les travers du célibataire endurci.

Elle mange mal, elle dort mal, elle se laisse aller. Son intérieur est en désordre. Ses cathédrales fuient, ses églises croulent, ses calvaires s’effritent, et le budget qu’elle consacre à leur entretien est inférieur à celui qu’elle alloue à la communication du ministère de la Transition écologique, organisme dont la transition la plus remarquable fut celle de son propre nom, changé sept fois en vingt ans, exploit administratif qui ferait passer la querelle des Investitures pour un modèle de stabilité institutionnelle.

Comme tout célibataire qui se respecte, la France s’est jetée dans les bras de partenaires de substitution.

Elle a essayé le positivisme d’Auguste Comte, qui proposait de remplacer Dieu par l’Humanité avec une majuscule, ce qui revenait à remplacer le Créateur par la créature, permutation ontologique dont les résultats furent aussi convaincants que ceux d’un cuisinier qui remplacerait le beurre par la margarine : ça ressemble, ça tartine, mais le goût n’y est pas.

Elle a essayé le marxisme, qui proposait de remplacer Dieu par l’Histoire, laquelle devait inéluctablement conduire au paradis prolétarien. L’Histoire a conduit au Goulag, ce qui constitue un écart avec le prospectus initial suffisamment significatif pour caractériser un vice du consentement.

Elle a essayé le consumérisme, qui propose de remplacer Dieu par Amazon, la communion des saints par la livraison Prime et le paradis par un abonnement premium sans engagement.

Elle essaie actuellement l’écologie apocalyptique, qui a l’avantage sur les religions traditionnelles de promettre la fin du monde sans proposer de vie éternelle, ce qui est, convenons-en, un rapport qualité-prix assez médiocre.

Aucun de ces substituts n’a donné satisfaction.

La France les a tous essayés comme ces patients qui changent de médecin chaque mois en espérant que le prochain leur prescrira un remède indolore, et qui finissent par consulter un magnétiseur à Forcalquier.

Deuxième motif : la dégradation continue du domicile conjugal

Au moment de la séparation, en 1905, la France laissait à l’Église un patrimoine immobilier considérable : trente-six mille églises communales, soixante-dix cathédrales, plusieurs centaines de basiliques, chapelles, abbayes, prieurés, commanderies, oratoires et ermitages, représentant la plus grande collection architecturale de l’histoire de l’humanité, surpassant l’Égypte ancienne en volume, Rome antique en ambition, et la chaîne Accor en nombre de lits, puisque les monastères pratiquaient l’hébergement bien avant que le concept de « chambre d’hôtes » ne fût inventé par des Parisiens reconvertis dans le Lubéron.

Ce patrimoine était alors en excellent état, entretenu par des fidèles qui avaient ce défaut incompréhensible de consacrer du temps et de l’argent à des choses qui ne leur rapportaient rien, comportement qualifié aujourd’hui d’irrationnel par les économistes comportementaux et autrefois de vertueux par les gens sensés.

En 2026, ce patrimoine s’effondre.

Littéralement.

Des clochers tombent. Des voûtes se fissurent. Des vitraux du treizième siècle, qui avaient survécu à la Guerre de Cent Ans, aux guerres de Religion, à la Révolution, aux deux guerres mondiales et à la pose de double vitrage dans les presbytères voisins, cèdent sous le poids de l’indifférence, ennemi plus redoutable que toutes les armées du monde réunies, car les armées détruisent par la force, tandis que l’indifférence détruit par l’abandon, et l’abandon est irréversible.

Un rapport sénatorial de 2024 estime à cinq mille le nombre d’églises menacées de destruction dans les quinze prochaines années. Cinq mille. Pour donner un ordre de grandeur, c’est davantage que le nombre de McDonald’s en France, ce qui signifie que nous aurons bientôt plus de restaurants servant des nuggets que d’édifices servant la messe, évolution que saint Thomas d’Aquin, s’il revenait parmi nous, qualifierait vraisemblablement de défaut de finalité, et que le Français moyen qualifierait de progrès.

Troisième motif : la prolifération incontrôlée des superstitions de remplacement

Nature et métaphysique ayant en commun l’horreur du vide, la disparition du catholicisme dans la vie publique française a été suivie, avec la ponctualité d’un huissier, par l’irruption de croyances alternatives dont le foisonnement eût émerveillé Frazer, consterné Voltaire et enrichi Molière.

La suite sur LinkedIn (https://www.linkedin.com/pulse/requ%C3%AAte-en-gr%C3%A2ce-fran%C3%A7ois-vannesson-ojwhe/)

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