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Culture de mort : Euthanasie

Comment se passe concrètement une euthanasie ?

Comment se passe concrètement une euthanasie ?

Le débat sur le suicide assisté revient au Sénat mais un sujet a encore été très peu abordé: quels produits sont utilisés? Comment ça se passe? Quels sont les risques?

Des pharmaciens nous ont fait un résumé:

I. Une triade pharmacologique: substances, mécanismes et objectifs

Les protocoles d’EAS modernes s’articulent autour de trois catégories majeures de substances, chacune remplissant un rôle pharmacologique distinct pour assurer l’efficacité de la procédure.

1. Les barbituriques et les sédatifs-hypnotiques: l’induction du coma

La première étape, consiste à induire une perte de conscience profonde et irréversible et à ralentir la respiration

  • Substances utilisées: Les médecins privilégient les barbituriques tels que le pentobarbital et le sécobarbital, le thiopental ou des anesthésiques généraux comme le propofol à des doses plus élevées que celles des indications habituelles.
  • Action pharmacologique: ces produits inhibent l’activité neuronale et le centre respiratoire situé dans la moelle et le tronc cérébral.
  • Dosages et administration: Dans le cas du suicide assisté, le patient ingère généralement une solution liquide contenant entre 9 et 15 grammes de pentobarbital ou de sécobarbital. Pour l’euthanasie, le médecin injecte directement du thiopental ou du propofol à forte dose (1g) par voie intraveineuse (IV), provoquant un coma quasi immédiat.

2. Les relaxants neuromusculaires (curarisants): l’arrêt respiratoire

C’est seulement une fois que le patient est plongé dans un coma profond, qu’un agent curarisant est souvent administré pour garantir l’arrêt des fonctions vitales par manque d’oxygène. Sans sédation préalable, la mort surviendrait par suffocation alors que la personne est consciente.

  • Substances utilisées: Les produits les plus courants sont le rocuronium, le pancuronium et le cisatracurium.
  • Mécanisme: Ces substances bloquent la transmission nerveuse vers les muscles, y compris le diaphragme, ce qui interrompt toute tentative de respiration; le cœur s’arrête faute d’oxygène.

3. Les adjuvants: «confort et optimisation»

Pour faciliter la procédure et prévenir les complications, des médicaments associés peuvent être administrés en amont.

  • Antiémétiques: Des principes actifs comme le métoclopramide ou l’ondansétron sont administrés en prévention des vomissements, 30 minutes avant, surtout lors de l’ingestion orale de doses massives de substances, évitant leur rejet et favorisant leur activité létale.
  • Benzodiazépines: Le midazolam ou le diazépam sont souvent utilisés avant le début du protocole létal, pour réduire l’anxiété du patient.
  • Anesthésiques locaux: La lidocaïne peut être administrée pour réduire la douleur locale lors de l’injection des agents létaux.

II. Exemples de protocoles en usage dans les pays ayant dépénalisé l’euthanasie et/ou le suicide assisté

Les protocoles, bien que toujours construits à partir d’une association anesthésique/curarisant/adjuvant, varient selon les pays.

Benelux (Pays-Bas et Belgique)

Aux Pays-Bas et en Belgique, l’euthanasie par injection pratiquée par le médecin est la pratique la plus fréquente. Les protocoles de suicide assisté sont possibles, prévoyant l’ingestion d’une boisson létale par la personne en capacité de boire.

  • Protocole type: Après prémédication par midazolam et lidocaïne pour réduire l’anxiété et la douleur respectivement, le médecin injecte 2000 mg de thiopental ou 1000 mg de propofol pour induire le coma. Dès que ce dernier est confirmé, une dose massive de curarisant (100-200 mg de rocuronium) est administrée.
  • Statistiques: Plus de 99% des cas signalés aux Pays-Bas utilisent ce régime combiné barbiturique-curarisant.

Canada (MAiD) – et éventuellement Australie (Victoria et Western Australia) si le patient ne peut ingérer de boisson

Le Canada a développé une approche très standardisée de l’Aide Médicale à Mourir.

  • Le “Kit” standard: Près de 98% des cas, le protocole IV fixe comprend du midazolam (10 mg), du propofol (1000 mg) et du rocuronium (200 mg); la lidocaïne peut être associée comme anesthésique local.
  • Efficacité: Avec ce mélange, le décès survient généralement dans un délai médian de 9 minutes.

Etats Unis (Oregon, Washington), Suisse, Australie (Victoria, Western Australia) (Suicide Assisté)

Dans ces États, le cadre légal impose souvent que le patient réalise l’acte final lui-même.

  • Ingestion orale: après avoir ingéré un antiémétique trente minutes avant, le patient doit boire une préparation à base de barbituriques (9-15g de sécobarbital ou de pentobarbital) mélangé avec un jus sucré. Le coma survient en quelques minutes et l’arrêt respiratoire une demi-heure plus tard environ.
  • Contrôle médical: En Oregon, le rôle du médecin s’arrête après la prescription. En Suisse, un médecin doit prescrire la substance, mais l’acte est supervisé par des organisations non lucratives.

Par rapport aux exécutions légales par injection létale qui ajoutent une troisième substance pour arrêter le cœur (chlorure de potassium ou bupivacaine), l’euthanasie ou le suicide assisté provoquent un coma profond puis un arrêt respiratoire par manque d’oxygène. Les processus physiologiques sont assez proches ce qui est souvent noté par les critiques.

III. Complications et risques

L’EAS n’est pas toujours un processus simple et sans incident. Des enquêtes montrent une variabilité significative dans les résultats:

  1. Échecs du suicide assisté oral: Environ 15% des patients subissent des complications telles que des vomissements, des convulsions voire une reprise de conscience après avoir bu le mélange.
  2. Délais imprévisibles: Si l’injection est rapide, la voie orale est incertaine. Environ 33% des décès par ingestion prennent plus d’une heure et dans 7,6% des cas, le processus peut durer plus de 6 heures.
  3. Incertitude sur la douleur: L’utilisation de curarisants pose le problème de la “conscience accidentelle”. Si la sédation est insuffisante, le patient pourrait ressentir la douleur brûlante de certaines substances ou la sensation d’étouffement sans pouvoir émettre le moindre signe de détresse en raison de sa paralysie musculaire.
  4. Inefficacité des opioïdes: les opioïdes seuls (comme la morphine) ne sont pas recommandés pour l’euthanasie, car ils ne garantissent pas un décès rapide ou prévisible, menant parfois à des processus d’agonie prolongés, d’une à six heures.

IV. Conclusion : une pratique normalisée mais faillible

En résumé, l’euthanasie et le suicide assisté dépénalisés reposent sur une médication utilisant des agents anesthésiques et curarisants puissants. Si ces protocoles visent à assurer une mort rapide et indolore, les retours des juridictions révèlent des incertitudes importantes: taux de complications notables, temps de survie peu prévisible, associée parfois à une agonie longue et pénible, liée à la variabilité physiologique du processus de la mort provoquée. L’EAS se distingue fondamentalement des soins palliatifs par sa volonté délibérée de mettre fin aux fonctions vitales de manière fiable et immédiate.

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