La formule « L’histoire à l’endroit » est une marque de fabrique de l’historien Bernard Lugan, spécialiste controversé de l’Afrique. Il utilise cette expression en titre de plusieurs ouvrages pour contester ce qu’il qualifie de « dogmes », de « vision officielle » ou de « paramnésie victimaire ».
Ce livre « Afrique histoire à l’endroit », ouvrage fondateur de Bernard Lugan – paru pour la première édition en 1989 – réédité et actualisé chez Ellipses, n’est pas une histoire globale de l’Afrique. Son but n’est pas de présenter le passé du continent dans sa longue durée à travers l’exhaustivité de ses composantes. Un tel livre existe déjà : « Histoire de l’Afrique. Des origines à nos jours ». La finalité du présent ouvrage est de mettre à la disposition du public les nouveautés scientifiques qui ont fait exploser les dogmes sur lesquels repose encore la culture africaniste dominante, la culture « politiquement correcte ». Nouveautés que le monde médiatique et la classe politique ignorent car elles pulvérisent leurs certitudes idéologiques ancrées sur un état des connaissances désormais obsolète.
Ce livre d’une lecture simple et accessible, présente les grandes nouveautés scientifiques qui mettent à mal les dogmes sur lesquels repose la culture africaniste dominante, matrice de la paramnésie victimaire sur laquelle est construit l’acte d’accusation de l’Europe. C’est un manifeste de rupture. Le but revendiqué par Bernard Lugan est de « remettre à l’endroit » une histoire de l’Afrique qu’il estime falsifiée par l’idéologie tiers-mondiste, le post-colonialisme et ce qu’il nomme le « politiquement correct africaniste ». Il cherche à détruire les grilles de lecture culpabilisatrices occidentales pour imposer une vision de l’Afrique basée sur des réalités géographiques, climatiques et surtout ethniques. La cartographie de Bernard Lugan constitue un outil pédagogique majeur, s’appuyant sur quarante-deux cartes en couleur minutieusement dessinées. Ses tracés illustrent avec précision le décalage flagrant entre les frontières coloniales artificielles et les réalités ethniques, linguistiques et historiques de l’Afrique. Ce travail visuel permet de matérialiser instantanément les lignes de fracture géopolitiques et de mieux comprendre la genèse des conflits contemporains. Les thèmes majeurs sont abordés ici et décortiqués, simplement, preuves à l’appui.
– La remise en cause de « l’Éden » précolonial : Lugan rejette l’idée que l’Afrique précoloniale était un espace pacifique et paradisiaque dont l’équilibre aurait été brisé par l’Europe. Il rappelle que les guerres tribales et les razzias étaient des constantes historiques bien antérieures à l’arrivée des Européens ; que les dynamiques internes de domination (comme les empires djihadistes) étaient extrêmement brutales.
L’ethnisme comme moteur principal : Pour l’auteur, l’ethnie est la clé de voûte indispensable pour comprendre le continent. Il soutient que vouloir plaquer le modèle occidental de l’État-nation sur des frontières artificielles issues de la colonisation est une erreur fondamentale. Selon lui, « si l’ethnisme n’explique pas tout, rien ne s’explique sans lui » en Afrique.
– La déconstruction des mythes sur la Traite : c’est une remise cause argumentée et prouvée du tabou des responsabilités de l’esclavage Lugan démontre que la traite atlantique n’était pas une entreprise unilatérale de l’Europe mais un partenariat commercial entre acheteurs européens et vendeurs (rois et élites) africains. Et que les traites arabo-musulmanes et internes à l’Afrique ont été numériquement plus longues et destructrices, bien qu’elles soient souvent occultées.
– Un bilan économique désastreux de la colonisation : à contre-courant du concept de « pillage colonial », Lugan affirme, chiffres à l’appui, que la colonisation a constitué un gouffre financier pour la France. L’État français s’est appauvri en investissant massivement dans des infrastructures (routes, hôpitaux, écoles, réseaux d’eau) qui ont profité aux populations locales, au détriment du développement de la métropole.
– L’échec des indépendances : constat sévère sur l’Afrique post-1960. Lugan estime que le continent était globalement plus autosuffisant, paisible et épargné par les famines dans les années 1950 qu’après le départ des puissances coloniales. L’effondrement des structures productives est, selon lui, attribuable à la corruption interne et à des idéologies inadaptées plutôt qu’à un impérialisme persistant.
Les travaux de Bernard Lugan ont le mérite de proposer une approche de l’Afrique libérée de la repentance et des prismes idéologiques contemporains. Son analyse met avec force l’ethnisme et l’identité des peuples au cœur des dynamiques géopolitiques africaines, offrant des clés de lecture réalistes sur les conflits et les frontières artificielles. De plus, ses recherches sur le coût économique réel de la colonisation invitent à un bilan scientifique plus nuancé et rigoureux de cette période.
Cette nouvelle édition actualisée de l’œuvre de Bernard Lugan invite l’Afrique de demain à s’affranchir des illusions occidentales pour bâtir son avenir sur ses propres réalités ethnoculturelles. En replaçant l’identité profonde des peuples au cœur de la géopolitique, ses travaux tracent la voie d’une renaissance africaine pragmatique et souveraine.
Un livre passionnant, complet, d’une lecture simple et accessible qui permet de mieux comprendre les enjeux politiques actuels.
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Bernard Lugan, Afrique l’histoire à l’endroit, Editions Ellipses, 204 pages, 26€
Retrouvez l’oeuvre complète de ce grand historien de l’Afrique :
https://www.livresenfamille.fr/3613_bernard-lugan
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