Le nouveau Blanche-Neige, une allégorie des échecs du modernisme?
Vu sur la chaîne YouTube de Thomas Debesse, “N’oubliez pas de vivre” une critique du nouveau nanar woke de Disney (vous pouvez toujours rejoindre notre campagne contre le wokisme de Disney ici):
La nouvelle Blanche-Neige ne veut plus être sauvée, ne rêve plus d’amour vrai, et veut être une leadeuse… Et dans l’Ancien Testament, quand Jérusalem ne veut plus être sauvée, ne rêve plus d’amour vrai, et veut être une leadeuse, elle tue ses enfants et meurt de soif.
Peut-on faire un parallèle entre L’Échec du nouveau Blanche-Neige et les échecs d’un certain clergé qui poursuit la même « modernité » pas si nouvelle en fait ? C’est ce que propose cette vidéo.
Car ces mêmes discours de « croire en soi et de trouver son vrai moi », nous les entendons aussi dans l’Église catholique. Il est enseigné à certains prêtres de devenir un « leader » qui suit une « vision » selon les termes de doctrines peu compatibles avec l’Évangile. Des évêques sont encouragés à délaisser leurs responsabilités temporelles selon la pratique d’un nouveau catharisme du leader pur et spirituel et du manager qui traiterait d’une matérialité forcément pécheresse.
Dans cette vidéo, Thomas Debesse rappelle l’histoire de Jérusalem selon les livres d’Ézéchiel et d’Osée, cette petite fille orpheline dont la mort semble inévitable jusqu’à ce que Dieu la recueille et prenne soin d’elle, cette femme qui reçoit tout de Dieu, mais qui en grandissant se prostitue et tue ses enfants, cette Jérusalem à qui Dieu dit qu’il devrait la remmener au désert pour qu’elle y meurt de soif comme au jour de sa naissance s’il ne l’avait sauvée, pour finalement lui promettre une alliance quand il fera l’expiation pour elle … Et qu’il dira à sa place « J’ai soif » sur la croix.
Le portrait de Jérusalem ainsi réalisé, la vidéo propose une comparaison des divers personnages du film Blanche-Neige de 1937 avec celui de Jérusalem : la reine qui s’enorgueillit de sa beauté, la fille orpheline promise à une mort certaine, la tentation du fruit empoisonné, la résurrection par la preuve d’amour du prince, etc. La même comparaison avec Jérusalem est faite avec les personnages du nouveau film de 2025, pour voir ce qu’il en reste.
Sont ainsi comparées deux doctrines :
- La doctrine catholique du Salut avec la promesse d’un amour véritable,
- La doctrine managériale du leadership qui renonce à être sauvé et qui ne désire plus l’amour vrai.
Ceci exposé, la vidéo fait le parallèle entre les échecs de Disney et les difficultés rencontrée par l’Église catholique quand la seconde doctrine est préférée à la première.
Alors que l’Église attend son nouveau pape, quelle doctrine sera suivie par les cardinaux pour élire le nouveau pontife ? Pour quel fruits ?
Le pape est mort, vive l’Eglise !
Alors que la cérémonie des obsèques du pape François se tenait à Rome hier, la disparition d’un souverain pontife vient rappeler la réalité singulière de ce qu’est l’institution ecclésiale. Les papes se succèdent, l’Eglise demeure. Du père Danziec dans Valeurs Actuelles :
Les images venues de la place Saint-Pierre en disent long sur ce qu’est l’Eglise. Malmenée par de nombreux médias, bouleversée par ses fréquents désordres, on pourrait la croire exsangue, perdue et sans boussole. Il n’empêche. Le soleil, la foule, la piété des humbles, le recueillement des grands, la forêt de mitres du collège cardinalice, les vues aériennes d’une cérémonie de funérailles vue comme un événement constituent autant d’éléments dont l’Eglise seule peut se prévaloir de les rassembler avec tant d’évidence. L’avocat Henri de Beauregard le soulignait :
« Si elle n’avait que celui-là, il faut reconnaître à l’Eglise catholique ce pouvoir, d’utilité publique, au milieu de l’agitation et du bruit de nos sociétés, contraindre les puissants de ce monde à s’arrêter deux heures, en silence, pour écouter et méditer sur plus Grand qu’eux. »
Oui, le pape est mort et, désormais, enterré. François, successeur de Benoît XVI, sera dans quelques jours, le prédécesseur d’un autre “homme en blanc”. Depuis l’apôtre Pierre, 266 papes se sont succédés pour diriger l’ensemble des baptisés. En s’arrêtant quelques instants sur cette réalité, avec la foi chevillée à l’âme ou non, le mystère pointe son nez et le vertige menace. Qu’il s’agisse de l’amour, du sacré, de ce qui nous dépasse et de ce qui s’imprime sur le temps long, on ne peut regarder l’Eglise comme une entité comme une autre. L’Eglise n’est pas seulement une société religieuse, hiérarchisée et organisée, avec son droit propre, ses gloires et ses blessures, ses héros et ses tares. L’Eglise est un mystère au sens propre. Elle se ferme aux yeux du monde profane. Pour pouvoir sinon la contempler, à tout le moins la considérer, donc pour être en mesure de l’observer, les psaumes indiquent l’attitude d’âme qui doit être la nôtre : la crainte révérencielle de Dieu. L’office divin place en effet sur les lèvres des clercs, chaque dimanche aux vêpres, le verset suivant : « Initium sapientiae timor Domini. Intellectus bonus omnibus facientibus eum / La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. / La vraie intelligence est en tous ceux qui agissent selon cette crainte ».
On ne peut s’approcher du mystère de l’Eglise et de son Dieu, « L’Inaccessible et l’Inévitable » selon la formule de Victor Hugo, sans chercher à se revêtir de cette forme de crainte révérencielle qui vient comme purifier notre regard des scories des logiques mondaines. A l’instar d’un Don Quichotte tombant sur deux femmes de mauvaise vie et dont la candeur le conduit à les traiter comme des demoiselles de haut lignage et de rare vertu. Sous l’écorce peu avantageuse de ces filles de joie, le héros de Cervantes, au regard pur comme son âme, ne voyait pas la prostituée mais la noblesse de la femme. Une réalité sacrée, appelant respect et considération infinie.
Le grand mystère de l’Eglise
Pour plagier le merveilleux et bien connu petit texte Que dire à un jeune de vingt ans d’Hélie de Saint-Marc, on pourrait écrire de l’Eglise les mots suivants : « Ne nous installons pas dans notre conception de l’Eglise jusqu’à vouloir l’asséner comme une certitude, mais sachons nous offrir à son mystère en tremblant ». En tremblant, certes. Parce que l’Eglise est en tant que telle un monument et une histoire. Elle est comme « Tremendae majestatis / Redoutable en majesté » selon l’expression du Dies irae.
Elle nous dépasse, nous étonne, nous émerveille, nous interpelle, nous interroge, nous fait souffrir parfois. Le catéchisme enseigne, quelle que soit la météo de l’histoire à son extérieur et la température ambiante en son intérieur, qu’elle est « l’arche du salut » (Catéchisme de l’Eglise Catholique n°845).
Bien sûr, certains pourraient faire part de leur écœurement et de leur dégoût devant le scandale provoqués par des clercs ou face au délitement éhonté de la doctrine. Jean Ousset, figure emblématique du mouvement intellectuel La Cité Catholique de “La rue des renaudes” répondait, en 1964, à ceux qui, votant avec leurs pieds, abandonnaient l’Eglise :
« Trop d’excès cléricaux vous scandalisent ? Vous en perdriez la foi ? Si l’on devait perdre la foi pour raison de « pagaille », ce serait pécher par défaut, non par excès que d’évoquer seulement la « pagaille » d’aujourd’hui. N’est-ce point nous qui tendrions à préférer une comédie de patronage à la tragédie bouleversante de la Rédemption ? Curieux soldats d’une Église réputée militante, que ces guerriers troublés aux premiers signes de la bataille. »
Sa mission : déranger et purifier
On l’aura compris : la gloire de l’Eglise ne saurait se déchiffrer selon des critères mondains. « Sans péché mais non sans pécheurs » pour reprendre la formule consacrée, l’Eglise est « une apparente défaite dans une perpétuelle victoire » aux dires de Charles de Foucauld. Qui, en effet, oserait affirmer que depuis deux millénaires elle laisse ses contemporains sans enseignement pour les instruire, sans patrimoine sacré pour les émerveiller, sans expérience mystique pour les édifier, sans langage de l’âme pour les dépasser, sans miracle pour les confondre ? Manquerions-nous de figures de saints, d’écrits patristiques, de recueils spirituels, d’encycliques charpentées pour y voir clair ?
Que beaucoup croient, à tort, que la mission principale de l’Eglise, sous l’égide du pape, est d’améliorer le bien-être temporel de l’homme, d’incarner une sorte d’organisme humanitaire pour lutter contre la pauvreté, la maladie, la pollution de l’environnement et favoriser la fraternité universelle n’empêchera pas l’Eglise de rappeler, à temps et à contretemps, sa mission sur terre. Comme le soulignait le père Calmel, dominicain mort en 1975, dans un article intitulé De l’Eglise et du pape : « L’Eglise n’est pas le corps mystique du pape. L’Eglise, avec le pape, est le corps mystique du Christ. » Depuis son origine au pied de la croix, la mission de l’Eglise reste effectivement imperturbable : enseigner, gouverner et sanctifier tous les hommes en Jésus-Christ en vue d’aller au Ciel.
François le combatif et le disruptif s’en est allé. Que son âme, assurément, repose désormais en paix. Oui, le pape est mort, mais que vive l’Eglise. Qu’elle continue, par son Evangile de la joie et de la vérité, à déranger et purifier. C’est même à cela, d’ailleurs, qu’on la reconnaît.
Neuvaine pour l’élection du pape
Proposée par le cardinal Burke :
En commençant cette neuvaine aujourd’hui, elle s’achève le 5 mai, fête liturgique de saint Pie V dans le rite traditionnel, pape dont le pontificat fut marqué par l’unification de la liturgie et le combat victorieux de Lépante sur les Ottomans par la puissance du Rosaire…
Edition 2025 de l’Université d’été légitimiste Saint-Louis
Pouvez-vous nous présenter la session dont vous êtes responsable?
L’université Saint-Louis s’inscrit dans le programme de formation de l’Union des cercles légitimistes de France : elle a un triple objectif. Elle cherche d’abord à faire connaître la doctrine légitimiste, par le biais de conférences et de cellules – ou ateliers – par le biais desquelles les participants, qu’ils viennent pour la première fois ou soient assidus, approfondissent la doctrine du mouvement et leur connaissance de la tradition à des degrés divers. Elle a ensuite pour intention de réunir des personnes désireuses de contribuer, chacune à leur niveau de compétence, à une meilleure connaissance de la pensée traditionnelle, en réfléchissant sur une notion, en mettant en lumière un aspect méconnu de notre histoire, ou encore en tentant, dans une démarche prospective que nous tendons à développer depuis quelques années, de montrer quelles réponses les idées traditionnelles que nous défendons peuvent apporter aux problèmes bien concrets qui sont aujourd’hui ceux de notre société et de notre pays. Enfin, elle donne l’occasion aux participants de nouer des liens, aspect capital dans une société atomisée où la solitude est pour beaucoup une réalité : ainsi, des affinités se créent, permettant ainsi de construire une communauté intellectuelle et politique solide, prélude de la reconstruction plus générale à laquelle nous entendons bien modestement œuvrer.
Quel est le bilan de l’édition 2024 ?
Pour son édition 2024, la trente-quatrième, l’Université Saint-Louis était orientée autour du thème « identité et communauté » : il s’agissait de réfléchir à la place de l’identité dans une France éclatée et communautarisée, à l’heure où nos contemporains peinent à se définir et à se reconnaître dans une affiliation spécifique. Outre une réflexion théorique sur ce que l’identité a de fondamental dans la façon dont un individu ou un corps se définissent, sur les différentes réalités auxquelles le concept renvoie, et les différents sens qu’a pu connaître ce terme, on a aussi cherché, en interrogeant l’exemple de l’Ancien Régime, à apporter des éléments de réponse à des problématiques bien contemporaines, telles que la gestion de communautés qui ne se reconnaissent pas dans notre fonds culturel commun, l’intégration des étrangers ou encore la façon dont notre culture, considérée sous le prisme de la langue, peut évoluer en intégrant des apports extérieurs.
Quel objectif visez-vous ?
Au-delà du triple objectif présenté plus haut, il s’agit tout simplement de proposer un environnement de travail qui soit tout à la fois accessible et exigeant, dans lequel les néophytes, pour ainsi dire, puissent accéder en une semaine à la richesse et à complexité de la pensée traditionnelle, tout en permettant aux aficionados de longue date de continuer à nourrir leur pensée et à enrichir notre doctrine en explorant des domaines – et ils sont nombreux – que nous n’avons pas encore pu mettre en valeur. A ce titre, les conférences essaient d’alterner les sujets théoriques et les exemples historiques qui en sont l’illustration concrète. Cette année, nous avons ainsi eu la joie d’accueillir M. Guilhem Golfin, docteur en philosophie et auteur de plusieurs ouvrages, renouant ainsi avec la présence d’universitaires lors de nos universités d’été d’une façon que l’on espère pérenne.
Les étudiants ont-ils le même niveau ?
Nous accueillons des étudiants de différents niveaux, et sommes particulièrement attachés à cette diversité : un nombre non négligeable de participants sont enseignants, et savent que le meilleur moyen de s’approprier une pensée est encore chercher à la transmettre à d’autres. Inversement, le fait d’avoir dédoublé cette Université d’été en créant le camp chouan a permis une certaine harmonisation des niveaux qui a permis à notre structure de se recentrer sur l’aspect recherche et prospective, que les impérieuses nécessités de la formation nous avaient parfois conduits à laisser de côté au cours des années précédentes. De manière générale, plusieurs pistes sont étudiées pour améliorer l’accueil de primo-participants et favoriser ainsi le volet enseignement, qui fait partie, avec la recherche, des activités propres à chaque université. Cette année, nous avons ainsi prévu la constitution d’une cellule propre aux débutants, dont se chargera l’un des cadres les plus expérimentés de cette Université ; de même, nous réfléchissons à adjoindre aux cinq jours que dure l’Université, dans un avenir plus ou moins proche, un week-end de formation d’un format plus adapté à ce qu’il est convenu d’appeler le « grand public », et qui faciliterait aussi la diffusion de notre doctrine.
Comment travaillez-vous ?
L’Université Saint-Louis dure cinq jours qui, à l’exception du mercredi dont l’après-midi est consacrée à une promenade permettant de découvrir un lieu culturel des environs, se déroulent sensiblement selon le même modèle : la matinée ouvre sur deux heures de cellule, au cours desquels on travaille en petit groupe sur un certain nombre de textes, rassemblés dans un cahier propre à chaque édition de notre Université d’été. Le but de ces groupes de travail plus restreints est de favoriser la réflexion par le travail commun, mais aussi de permettre des discussions plus libres sur des points peut-être plus ardus à comprendre. Ils ont enfin une dimension pratique, permettant à chacun de se former aux techniques de la prise de parole, du débat mais aussi de l’animation d’un cercle d’études, cellule de base de l’UCLF. La matinée s’achève par une conférence, lors de laquelle un sujet en lien avec le thème de l’Université d’été est présenté aux participants, selon une progression tout au long des cinq jours qui cherche, autant que faire se peut en un laps de temps somme toute assez bref, à présenter la variété des problématiques, et des réponses qui en découlent, liées au thème retenu. L’après-midi fonctionne sensiblement sur le même modèle.
Pourquoi cette méthode ?
Comme évoqué précédemment, alterner entre ces deux exercices, sur le modèle universitaire bien classique des cours magistraux et des travaux dirigés, ou TD, permet de répondre au double objectif de formation et de réflexion de notre session. L’objectif est aussi pédagogique, puisque la variété des méthodes permet de s’emparer plus complètement et plus facilement des thèmes étudiés, tandis que l’animation des cercles d’études apparaît comme un atout pour les cadres qui en sont chargés, en ce qu’elle les force à une précision intellectuelle toujours plus poussée. De manière générale, les deux exercices sont complémentaires, et les thèmes abordés dans les conférences sont souvent discutés et approfondis dans les cellules.
Vers quelles activités orientez-vous les étudiants à l’issue de cette session de formation ?
Cette Université est surtout remarquable par ses fruits ; la communauté qu’elle crée de facto entre ses membres a déjà été évoquée, et chaque année le groupe d’études informels constitué d’anciens de cette Université s’enrichit de nouvelles bonnes volontés, qui contribuent à faire avancer nos travaux, ou à ouvrir de nouvelles perspectives de réflexion ! Certains participants ouvrent des cercles d’études, ou contribuent à faire vivre ceux qui existent déjà, à leur retour ; d’autres développent d’autres activités plus ponctuelles, en lien avec le Secrétariat du Prince, ou d’autres structures qui peuvent nous être liées ; d’autres encore, venus sans appartenir à l’UCLF, participent à la diffusion de notre doctrine dans des organisations aux buts parfois proches, mais qui ignoraient notre doctrine ou nos travaux ; mais surtout, nombreux sont ceux qui reviennent les années suivantes, ramenant souvent avec eux des amis, à qui ils tiennent à faire découvrir cet oasis de la pensée traditionnelle !
Quelles sont les perspectives pour 2025?
Elles sont diverses : le thème choisi, « l’action légitimiste », cherche à apporter des éléments de réponse à une question de plus en plus lancinante, comment agir conformément aux principes traditionnels, tant sur le plan religieux que naturel, dans un monde qui leur est de plus en plus étranger, pour ne pas dire opposé ? Au-delà de l’objectif intellectuel et pratique, il s’agit aussi de faire grossir les rangs des participants ; pour cela, nous avons quitté la Bretagne pour choisir une localisation plus centrale, près de Poitiers, et vous invitons bien sûr à venir découvrir de vos yeux ce que nous venons d’essayer de dépeindre par ces quelques mots.
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Terres de Mission – Vatican II en question : débat entre C. Geffroy et J-P Maugendre
Terres de Mission propose une émission dans un format original : comme lors de l’émission du 26 janvier consacrée à un débat sur la messe traditionnelle, nous recevons Christophe Geffroy, directeur du mensuel catholique “La Nef”, et Jean-Pierre Maugendre, directeur de Renaissance catholique, tous deux attachés à la liturgie traditionnelle, pour débattre de la réception du concile Vatican II et du Magistère postconciliaire – et, par ricochet, pour débattre de la question de l’obéissance dans l’Eglise. Un débat passionnant et sans “langue de buis” !
Jean-Pierre Maugendre : François, le pape des ruptures, et après ?
Le pape François s’est éteint le Lundi de Pâques, à 7h35, dans sa résidence Sainte Marthe au Vatican. Élu en 2013, il restera dans l’histoire comme le premier pape venu d’Amérique latine, le premier jésuite, et celui qui voulait être, selon ses propres mots, “le pasteur d’un hôpital de campagne”.
Mais ce pontificat, souvent salué dans les médias comme un vent de fraîcheur, a aussi été le théâtre de divisions croissantes au sein de l’Église. Le saint Père aura dérouté une partie des fidèles et laissé perplexes de nombreux catholiques, voire provoqué des résistances ouvertes.
Pour en parler, nous vous proposons de retrouver Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance Catholique. Invité par Elise Blaise pour le Journal Télévisé du mardi 22 avril, Jean-Pierre Maugendre, qui anime avec Guillaume de Thieulloy l’émission “Terres de Mission”, revient sur cet héritage contrasté, entre volonté de réforme et fracture doctrinale. Il évoque aussi les prochaines étapes de la succession de l’évêque de Rome. Le conclave se profile. Le monde regarde désormais vers la chapelle Sixtine…
Pierre-Edouard Stérin, le Soros de droite
Extrait d’un article d’Eugénie Bastié dans Le Figaro sur Pierre-Edouard Stérin, le nouveau diable de la gauche :
[…] « Réfugié fiscal » en Belgique, il donne plus que s’il devait payer des impôts, mais choisit les causes qu’il subventionne. Il a mis toute sa fortune dans un fonds d’investissement Otium Capital qui dégage une rentabilité exceptionnelle (25 % de taux de rentabilité interne) depuis 2015. Une partie des bénéfices dégagés par ce fonds (80 millions) sont alloués chaque année au Fonds du Bien Commun, une organisation philanthropique qui investit dans des initiatives autour du patrimoine, de la culture, de l’éducation, de la foi. Des projets aussi variés que le développement des patronages, SOS Calvaires qui retape le patrimoine chrétien, un pôle Média avec des participations dans le média en ligne Neo. Son idée est de remettre de l’efficacité et une culture de l’objectif dans un monde associatif souvent voué à la gabegie et à l’amateurisme. […]
Au Fonds du Bien Commun est venu s’ajouter le projet Périclès, lancé il y a un an. L’idée est d’appliquer les méthodes du business au monde politique qui souffre selon Stérin d’un terrible manque de professionnalisme. Périclès a trois objectifs, résume Arnaud Rérolle : « 1/ diffuser les idées de droite et la ligne libérale-conservatrice pour qu’elles deviennent majoritaires. 2/ aider ceux qui les partagent à accéder au pouvoir au niveau local et national. 3/ aider ces personnes-là, une fois au pouvoir, à être efficaces. » À l’agenda : l’immigration, l’insécurité, la natalité, la libéralisation de l’économie, la lutte contre le wokisme et l’islamo-gauchisme. L’un des plus gros projets financés par Périclès est Politicae, une école de formation à destination des élus codirigée par Philippe de Gestas. En ligne de mire, les municipales de 2026. L’objectif assumé, c’est de former plus de 4000 personnes et en espérant qu’il y en ait 3000 qui gagnent les élections. Autre organisation soutenue par Périclès, l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, think tank dirigé par Nicolas Pouvreau-Monti. La chaîne YouTube Transmission animée par le jeune essayiste Pierre Valentin qui propose des grands entretiens avec des intellectuels à destination de la jeunesse. Plus anecdotique mais touchant au combat culturel : les sketchs anti-woke de Laurent Firode diffusés sur les réseaux sociaux. Périclès a également largement soutenu l’Institut de formation politique (IFP) dirigé par Alexandre Pesey. Il a été également soutien du projet Justitia en collaboration avec l’Institut Thomas More, collectif d’avocats visant à aider les personnes attaquées par l’extrême gauche.
[…] D’autres projets sont en cours : l’Institut Triomphe qui produira des notes à destination des politiques sur le modèle de l’Institut Montaigne, un think tank baptisé Hémisphère Droit qui tentera d’appliquer les conseils en stratégie des méthodes du privé à l’univers politique, le collectif 300 pour la France qui se veut une sorte de « Medef des entrepreneurs ». Périclès réfléchit aussi à s’engager dans le domaine des sondages, du mécénat d’artistes contemporains non woke, ou encore, un programme d’accélération des talents du type Young Leaders de droite. […]
Le projet Périclès est-il au service du RN ? Pierre-Édouard Stérin s’en défend. « Nous sommes au centre des droites. » Son tropisme libéral ne le pousse pas franchement dans les bras de Marine Le Pen qu’il trouve trop socialiste économiquement, trop timide sur l’immigration (lui prône la « remigration ») et faible sur les problématiques sociétales (hostile à l’IVG, il a posté sur son compte LinkedIn le jour de sa constitutionnalisation : « Honte à nos dirigeants de ne pas chercher à promouvoir des alternatives. »). […]
Se définit-il pour autant comme un libertarien ? Il admet sa sympathie pour l’idéologie prônant un désengagement maximal de l’État. « Aujourd’hui en France, on est à plus de 50 % du PIB. Mon modèle, c’est plutôt Singapour qui est à 20 ou 25 %. L’État est aujourd’hui en France une nuisance colossale à l’épanouissement des Français. » […]
Le champion de la « Grande Réinitialisation » Klaus Schwab démissionne du Forum économique mondial
Klaus Schwab, 88 ans, fondateur du Forum économique mondial et figure emblématique de la rencontre élitiste annuelle de l’ONG à Davos, en Suisse, a démissionné de son poste de président du WEF.
Bien que le WEF lui-même n’ait pas de pouvoir officiel, la réunion annuelle de Davos rassemble un grand nombre des personnalités les plus riches et les plus influentes du monde, ce qui contribue à la valeur et à l’influence personnelles de M. Schwab. Chaque année, à Davos, des transhumanistes, des militants LGBT, des partisans du contrôle de la population et des partisans de l’avortement se réunissent pour nouer des contacts et faire des affaires. Le WEF lui-même a promu l’agenda LGBT, y compris les initiatives transgenres dans le monde entier.
La démission de M. Schwab, intervenue le 20 avril, a été annoncée le 21 avril par le WEF, basé à Genève, qui n’en a pas précisé les raisons.
M. Schwab a fondé le Forum économique mondial – à l’origine le European Management Forum – en 1971. Sa mission initiale était d’aider les chefs d’entreprise européens à concurrencer les entreprises américaines et à s’inspirer des modèles et des innovations des États-Unis. Cependant, la mission s’est rapidement élargie à l’élaboration d’un programme économique mondial.
En 2020, quelques mois seulement après le début de la pandémie, M. Schwab a publié COVID-19 : The Great Reset, dans lequel il expose sa vision des opportunités offertes par la crise mondiale croissante. Selon M. Schwab, la crise est l’occasion d’une réinitialisation mondiale qui inclut le « capitalisme des parties prenantes », dans lequel les entreprises peuvent intégrer des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs opérations, notamment en travaillant à des « émissions nettes zéro » et à une transition massive vers l’énergie verte, et en « exploitant » la quatrième révolution industrielle, y compris l’intelligence artificielle et l’automatisation.
Une grande partie de la richesse personnelle de Schwab provient de la gestion du Forum économique mondial ; en tant que président, il gagnait un salaire annuel de 1 million de francs suisses (environ 1 million de dollars américains), et le WEF était soutenu financièrement par les cotisations de plus de 1 000 entreprises dans le monde, ainsi que par des contributions importantes d’organisations telles que la Fondation Bill & Melinda Gates.
Le vice-président Peter Brabeck-Letmathe assure l’intérim jusqu’à la sélection de son remplaçant.
Le 23 avril, on apprenait que le Forum économique mondial a lancé une enquête sur son fondateur Klaus Schwab en raison d’allégations d’irrégularités financières et de problèmes de comportement.
Les membres du conseil d’administration du WEF ont tenu une réunion d’urgence dimanche de Pâques au cours de laquelle ils ont approuvé l’ouverture de l’enquête, ce qui a entraîné la démission de M. Schwab le lendemain. Parmi les membres du conseil d’administration du WEF figurent l’ancien vice-président américain Al Gore, la présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde et la reine Rania de Jordanie.
Selon le Wall Street Journal, M. Schwab est notamment accusé d’avoir « demandé à des employés subalternes de retirer en son nom des milliers de dollars à des distributeurs automatiques et d’avoir utilisé les fonds du Forum pour s’offrir des massages privés dans des hôtels ».
Sa femme, qui travaillait également pour le WEF, aurait organisé des réunions afin de pouvoir voyager aux frais de l’organisation.
Un péronisme pratique
De Jean-Baptiste Noé dans Conflits :
[…] François est resté un homme marqué par les années 1970 et la pensée politique du péronisme argentin. Le péronisme n’a pas de définition stricte tant la pratique du pouvoir de Juan Perón a varié au cours du temps. Officier argentin, président à plusieurs reprises (1946-1955 ; 1973-1974), il a développé un mouvement fondé sur le nationalisme, la démagogie, le populisme, l’autoritarisme. Le péronisme s’est poursuivi après Perón, jusqu’à être défait par Javier Milei lors de la présidentielle de 2023.
Jorge Mario Bergoglio a été façonné par cette praxis politique, qui fut celle de son enfance et de sa vie d’adulte, et son péronisme se retrouve tout au long de sa pratique du pouvoir. Attention aux pauvres, sensibilité sociale affirmée, passion pour les communautés populaires, volonté de passer par-dessus les corps constitués et les structures de gouvernement (notamment la curie) pour exercer directement le pouvoir. Un pouvoir qu’il a aimé et qu’il a exercé jusqu’au bout. Cet autoritarisme a été marqué par des sanctions brutales et sans préavis, par la nomination de personnes incompétentes à des postes clefs, afin de pouvoir les contrôler, par des procès sans respect des normes juridiques, dont celui du cardinal Becciu est le plus emblématique. Jugé sans que l’on puisse connaître les motifs de la plainte, le droit a été modifié au fur et à mesure de l’enquête et du procès afin pour pouvoir aboutir à sa condamnation. Le code canonique a été particulièrement mal traité au cours du pontificat, avec des réformes hasardeuses et bancales.
Les restrictions apportées à la forme extraordinaire du rite romain ont également été mal comprises, y compris en dehors du cercle des pratiquants de cette forme, en engendrant des blessures et des humiliations inutiles. Le prochain pape aura cette nécessité de refermer de nombreuses blessures issues des débats politiques et théologiques des années 1970 rouvertes par François.
Un exemple de cette gouvernance forte est le nombre de motu proprio signé par le pape. Le motu proprio, en français « de son propre mouvement », est un acte juridique, qui émane uniquement du pape, par lequel celui-ci gouverne l’Église, sans passer par le gouvernement. C’est un mode de gouvernement direct, par lequel un pape impose une décision. François en a signé 73 durant son pontificat, soit une moyenne de 6 par an. Par comparaison, Benoît XVI en a promulgué 13 et Jean-Paul II 32 (soit 1,2 par an).
Cet autoritarisme a fini par lasser et par détacher de François même ses plus fidèles soutiens. J’ai pu le constater lors de sa maladie, étant alors à Rome. L’indifférence des Romains était totale ; il a fallu que les cardinaux organisent officiellement la prière du chapelet place Saint-Pierre pour que des fidèles viennent. Lors de la maladie de Jean-Paul II et de Benoît XVI, s’est spontanément que les catholiques s’étaient rassemblés pour prier. Ce détachement était également visible dans le peu de monde présent lors des audiences publiques, avec moins de monde que sous Benoît XVI, et dans les échecs de librairie de ses livres.
Le péronisme qui se veut proche du peuple et populaire finit toujours, en Argentine comme à Rome, par s’éloigner du peuple et par s’en détacher.
L’une des grandes tâches du prochain pape sera de recréer ce lien avec le peuple de Rome, notamment en s’installant dans les palais apostoliques afin de créer un lien direct entre lui et la Ville.
Parler au-delà de Rome
François a porté le message chrétien au-delà du monde catholique. Dans les mondes musulmans, son aura est grande. Il y a rencontré de nombreux chefs d’État et dignitaires religieux, il s’est rendu dans des pays variés, comme le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, l’Égypte, le Maroc. Pour des musulmans qui ont souvent des chefs religieux lointains et coupés du peuple, la proximité de François exerça une influence réelle.
De même en Asie, où les réactions officielles à son décès ont été nombreuses, notamment Modhi. Aucune réaction en revanche de la part de Xi Jinping, alors que le dossier chinois fut l’un des dossiers majeurs de François, qui tenta tout ce qui était en son possible pour opérer un rapprochement et une légitimation de l’Église en Chine. Ce sera là l’un des gros dossiers diplomatiques du prochain pape.
De ce pontificat resteront donc des images, des formules, un style, une proximité. Le pape qui sortira du prochain conclave permettra de savoir si l’héritage de François se poursuit ou si l’on passe à autre chose. Chaque pape est homme de son temps, de son substrat culturel, de sa génération et les défis des années 2020 ne sont pas ceux des années 2010.
Le nouveau Blanche-Neige, une allégorie des échecs de l’Église ?
Le nouveau Blanche-Neige de Disney est un échec. Un échec commercial d’abord, mais surtout, la clientèle historique de Disney n’a plus confiance. Certains diront que cet échec était prévisible, et ils ont raison. Pourquoi ? Parce que Disney a agit selon des principes qui ont déjà été suivis par d’autres organisations avant Disney et qui font face aux mêmes échecs depuis bien plus longtemps. Savez-vous que l’Église Catholique a mis en œuvre ces principes bien avant Disney et est en grande difficulté depuis avant que Disney se mette à l’imiter. Certains dénoncent parfois que des gens dans l’Église s’attachent à suivre les dernières idéologies à la mode sans discernement. Mais ici c’est le contraire qui s’est produit. C’est Disney qui a suivi sans discernement les errements de certaines personnes dans l’Église catholique.
L’objectif de cette vidéo n’est pas de blâmer qui que ce soit mais d’analyser les faits, de tirer des leçons, et de nourrir le discernement qui précède nos actes. Le but de cette vidéo c’est que lorsque nous pourrions être tenté de suivre ces principes qui conduisent à la ruine, nous sachions les reconnaître et sachions prendre les bonnes décisions pour éviter cette ruine.
Voici quelques citations :
Le Chrétien sait c’est que c’est le Christ qui sauve par sa mort et sa résurrection. Le catholique sait que Jérusalem et l’Église est la même personne, et que si l’Église est sainte et sans péché, ce n’est pas par ses actions qu’elle ferait par sa volonté seule et qui ne sont que les prostitutions et les infanticides de Jérusalem, mais parce qu’elle est sauvée par le prince. L’Église est sainte et sans péché parce que le prince est mort pour le fautes de Jérusalem, et que Jérusalem est sauvée par lui. Ce ne sont pas les hommes qui font la sainteté de l’Église par la force de leur petit poings volontaristes, c’est le Christ qui rend sainte l’Église.
Lorsqu’un homme d’Église renonce à ce désir du salut et de l’amour vrai pour lui préférer l’ambition du leader, il agit comme le décrit Rachel Zegler : il ne sera pas sauvé par le prince, il ne cherche pas l’amour véritable, il cherche à devenir un leader. Quand il agit ainsi, qu’il soit prêtre, évêque, pape ou simple laïc, l’homme prostitue l’Église, et alors nous sommes effectivement témoins de cette Jérusalem qui refuse d’être sauvée par le prince et qui abuse donc des enfants dont elle a la charge. […]
On retrouve donc à la fois dans la communication de Rachel Zegler en tant que porte-parole officielle de Disney en 2022 ainsi que dans le film finalement publié en 2025 le même discours new-age de « croire en soi » et de « trouver son vrai soi », ainsi que l’insistance sur le fait qu’il serait merveilleux que le nouveau film ne soit pas une histoire d’amour.
Cela fait longtemps qu’un certain clergé et certains laïcs ont fait de ces idées leur nouvel évangile. Ces personnes s’affairent à tenter de rendre belle l’Église par eux-même en cachant sous le tapis leurs turpitudes, alors qu’ils doivent accepter d’être vulnérables, accepter d’avoir fait le mal, demander pardon, accepter d’être sauvé et donc d’être emmené au désert pour reconnaître leur faute. Ils oublient que c’est le Christ qui les sauve et qui rend belle l’Église.
Le clergé doit pourtant cesser de nous enseigner que l’Église « ne sera pas sauvée par le prince », « qu’elle ne rêve plus de l’amour vrai », et « qu’elle rêve plutôt de devenir une leader ». Ce nouveau film Blanche-Neige avec ses échecs est une allégorie de l’Église catholique qui a renoncé à son évangile et qui professe de nouvelles croyances. […]
La vidéo cite en particulier l’article du père Dominique Auzenet Talenthéo: l’entrée du coaching dans l’Église sur le site sosdiscernement.org :
Effectivement, il y a là une inversion de perspective, voici une vision nouvelle qui aurait tout compris et qui va tout changer, balayant tout sur son passage. “La pastorale est maintenant pensée de l’extérieur vers l’intérieur. Alors qu’habituellement, nous pensons de l’intérieur vers l’extérieur (prendre soin des paroissiens pour former ensuite des missionnaires).” »
Nous y retrouvons dans cette inversion la doctrine du coup d’État portée par le nouveau film Blanche-Neige, ainsi que la pensée new-age du voyage intérieur pour trouver son vrai soi en partant de l’extérieur vers l’intérieur, contraire à la doctrine de l’Évangélisation de l’Église catholique.
La vidéo cite aussi l’article « De l’Église managériale : les ressources humaines » du site leglaivedelacolombe.fr :
« Le management suppose en effet une dimension prophétique : le leader est porteur d’une “vision” quasi-céleste au nom et en fonction de laquelle il pourra tout ordonner, quitte à détruire l’ordre préétabli, fut-il millénaire. Rien, pas même le réel, ne saurait contrarier ce “projet” volontariste que les subordonnés devront exécuter mécaniquement, jusque dans ses incohérences flagrantes. »
Nous pouvons reconnaître dans ces ambitions contemporaines de l’Église ce même discours qui manifeste l’idéologie qui a nourrit les équipes de Disney lors de la production de ce nouveau film Blanche-Neige : le renoncement au désir du salut, le renoncement au désir d’amour vrai, au profit d’une ambition de leader qui n’a pas d’autre horizon que de se retrouver seul. Et la prophétie d’Ézéchiel nous rappelle que la conséquence inévitable de suivre ces idéologies, c’est la ruine, c’est la mort, c’est qu’on en vient à tuer ses propres enfants.
Comment déguster une bière monastique dans les règles de l’art ?
Comme dans la culture ou le vin, les moines ont été précurseurs dans l’art de brasser de la bière. Entre autres, les moines en ont fait un signe d’hospitalité pour les pèlerins de passage, ou encore un moyen de donner de l’emploi à la région (comme à Chimay). Depuis 1997, toute bière “trappiste” doit même reverser une partie des revenus qu’elle génère à des œuvres de charité.
Mais au-delà de l’histoire et de la noblesse que porte chaque bière monastique, vous pourrez surtout savourer de grands crus, qui occupent souvent la tête des classements de la meilleure bière du monde : Westvleteren 12, Orval, Rochefort 10 etc…
Pour déguster ces trésors, autant le faire dans les règles de l’art… C’est ce qu’on vous explique dans cet article !
Déguster une bière trappiste, pas à pas
Une bière trappiste est, par définition, une bière d’exception. Il convient donc de la déguster en bonne et due forme !
Tout d’abord, il vous faut le bon matériel :
- une vraie bière trappiste (avec le logo de certification “Authentic Trappiste Product” sur l’étiquette de la bouteille) – on vous en parle un peu plus bas
- … à la bonne température. Cela varie évidemment selon chaque bière trappiste : La Trappe Witte se déguste très fraîche entre 4°C et 6°C, tandis que la Chimay Bleue se déguste entre 10°C et 12°C, et la Rochefort 10 entre 12°C et 14°C. Vous trouverez en général cette info sur l’étiquette de la bouteille
- un décapsuleur, sinon vous n’irez pas bien loin !
- un verre “calice”, qui est le type de verre recommandé pour déguster une bière trappiste. Le nom ne s’invente pas, nous sommes chez des moines trappistes… Chaque abbaye recommandant bien sûr son propre verre calice !
Ensuite, pour verser, il faut incliner la bouteille et le verre calice à 45° environ, et verser doucement à une hauteur de 4-5cm. L’idée est de préserver un peu de pétillance des bulles (ce qui est nécessaire pour profiter d’une bière), et en même temps de ne pas boire tout ce gaz, votre ventre vous remerciera !
Enfin, comme pour un grand vin, la dégustation d’une bonne trappiste suit trois grandes étapes :
- On contemple d’abord. Pour cela, on va regarder la robe : sa couleur (est-elle blanche, blonde, ambrée, brune ou noire ?), ainsi que sa clarté (est-elle trouble ou limpide ?). Ensuite, on observe la mousse de la bière : sa couleur (est-elle blanc neige, blanc cassé, beige, marron, brun foncé ?), sa texture (très aérée, moyennement épaisse ou très épaisse) et sa persistance. Toutes ces infos ne vont pas forcément révéler si cette bière trappiste va vous plaire ou non, mais il faut l’apprivoiser !
- Étape suivante : le nez ! A ce stade, on plonge franchement son nez dans le verre calice pour sentir les généreux arômes. Les bières trappistes dégagent en effet, selon les recettes, des notes de fruits blancs, de caramel, d’épices, de pain grillé, d’agrumes etc… Passez-y le temps qu’il faut pour bien identifier quelle(s) famille(s) d’arômes sont présents !
- Dernière étape : en bouche ! Ici, on prend une large gorgée de bière, qu’on avale généreusement en profitant de la rétro-olfaction : on agite la bière dans la bouche, tout en soufflant par le nez. A ce moment-là apparaissent alors des notes d’agrumes, des notes de fruits exotiques, parfois des notes de torréfaction ou de café etc… tout dépend encore une fois de la bière trappiste que vous êtes en train de déguster !

Moines trappistes de l’abbaye de Zundert (aux Pays-Bas) contemplant leur bière © SNOW DONUTS
Qu’est-ce qu’une bière trappiste ?
Déguster une bière trappiste c’est bien, mais encore faut-il savoir ce que c’est ! Car oui, le terme de bière trappiste est très contrôlé, notamment pour éviter les contrefaçons. Voici les trois critères à respecter scrupuleusement :
- la bière doit être brassée dans l’enceinte du monastère (et pas chez un ami brasseur !)
- la bière doit être brassée par des moines trappistes, ou bien sous leur strict contrôle (contrôle des recettes, contrôle des volumes, contrôle de la communication etc…)
- les bénéfices de la brasserie doivent être alloués à la communauté des moines, et en cas de surplus, à des oeuvres sociales
Une bière qui réunit ces trois conditions peut donc arborer le logo “Authentic Trappist Product”, délivré depuis sa création en 1997 par l’Association Internationale Trappiste. A ce moment, elle devient donc officiellement une “bière trappiste”. Ça ne rigole pas !

Moines trappistes de l’abbaye de Zundert (aux Pays-Bas) en plein office © Abbaye de Zundert
Quelles sont les bières vraiment monastiques ?
Le sujet est complexe, mais on vous résume les grandes lignes ici.
Une “bière d’abbaye” est une bière qui fait seulement référence à la vie monastique, ou à une abbaye qui parfois n’existe plus, voire n’a jamais existé. Le terme de bière d’abbaye est donc très flou, et ne certifie en rien l’authenticité monastique d’une bière… Dans la majorité des cas d’ailleurs, il n’y a effectivement aucun lien avec des vrais moines vivants. C’est bien dommage !
En revanche, une bière trappiste est un terme rigoureusement contrôlé par l’Association Internationale Trappiste, qui certifie que la bière respecte bien les trois critères dont on a parlé précédemment. Déguster une bière trappiste, c’est donc avoir la garantie de l’implication d’une vraie communauté de “moines cisterciens de la stricte observance” (surnommés trappistes). Santé !
Mais alors… quelles sont-elles ? Pour être précis, il faut dire qu’aujourd’hui en 2025, 10 abbayes dans le monde peuvent apposer la marque “Authentic Trappist Product” sur leurs bières, ce qui fait au total une trentaine de bières trappistes différentes. Voici la liste :
- Abbaye d’Orval (Belgique)
- Abbaye de Westmalle (Belgique)
- Abbaye de Westvleteren (Belgique)
- Abbaye de Scourmont / Chimay (Belgique)
- Abbaye de Rochefort (Belgique)
- Abbaye de Konginshoeven (Pays-Bas)
- Abbaye de Zundert (Pays-Bas)
- Abbaye de Mount-Saint-Bernard (Angleterre)
- Abbaye de Tre Fontane (Italie)
- Abbaye du Mont des Cats (France) – cas particulier car brassée à Chimay
Parmi les dernières abbayes à avoir arrêté de brasser de la bière trappiste, on retrouve :
- Abbaye d’Achel (Belgique) – perte du logo ATP en janvier 2021
- Abbaye de Spencer (Etats-Unis) – arrêt du brassage en mai 2022
- Abbaye d’Engelszell (Autriche) – arrêt du brassage en mai 2023
A cette liste, il faudrait ajouter bien sûr les quelques fiertés françaises, en dehors de l’ordre cistercien de la stricte observance :
- Abbaye Saint-Wandrille – la première abbaye (bénédictine) française a brasser de la bière
- Abbaye de Lagrasse – la deuxième abbaye française a brasser de la bière, mais en 2025, ce sont encore des cuvées confidentielles, vendues sur place uniquement…
- Abbaye de Boulaur – avec ses bières “Or et Mousse” (jeu de mot avec “Oremus”), fabriquées par un brasseur local, avec les céréales des sœurs cisterciennes !
- Abbaye de Solignac – dont les bières sont, pour l’instant, brassées par un brasseur local pour les moines bénédictins

Moines bénédictins de l’abbaye Saint-Wandrille, dégustant leur bière ambrée, dans leur cloître © Abbaye Saint-Wandrille
Où trouver des bières trappistes ?
Pour trouver des bières trappistes, le mieux est bien sûr d’aller directement à l’abbaye de votre choix ! Sinon, un bon caviste devrait avoir quelques références en stock. Et évidemment, allez voir le rayon “bières d’abbayes et bières trappistes” de chez Divine Box !
Premier dimanche après Pâques, in albis depositis
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
Ce premier dimanche après Pâques est appelé dimanche de Quasimodo, du premier mot de l’Introït, ou dimanche in albis c’est-à-dire in albis depositis, le dimanche des vêtements blancs retirés, car c’était le premier jour où les nouveaux baptisés de la vigile pascale paraissaient sans les robes blanches qu’ils avaient gardées toute la semaine.
Introït : Quasi modo
Les chants du propre de la messe présentent une particularité unique dans l’année liturgique, c’est qu’ils sont tous tirés du Nouveau Testament, généralement de l’évangile, sauf l’Introït, qui est pris dans la 1re épître de saint Pierre, et s’adresse précisément à ces nouveau-nés à la vie de la grâce.
Quasi modo geniti infantes, rationabiles sine dolo lac concupiscite.
Le texte de cet Introït tel qu’il figure au missel porte bien rationabiles, mais le texte de l’Épître de saint Pierre tel qu’il a été lu à la messe d’hier, samedi in albis, porte rationabile, cet adjectif s’accordant ainsi avec lac et non avec infantes ce qui se comprend mieux ; nous traduisons donc :
Comme des enfants nouveau-nés, désirez le lait de la doctrine sans fraude.
Ce texte est, comme toujours au temps pascal, ponctué de joyeux Alléluias. A travers les nouveaux chrétiens, saint Pierre s’adresse à nous tous, si cette fête de Pâques nous a vraiment renouvelés et fait redevenir comme de petits enfants, ainsi que nous le demande l’évangile. La mélodie exprime parfaitement cet esprit d’enfance que nous devons retrouver, fait de simplicité de joie légère et gracieuse, de paisible abandon à la volonté divine, comme un petit enfant entre les bras de sa mère. Cet Introït est accompagné du premier verset du psaume 80, invitation à célébrer une grande fête pour le Seigneur :
Exsultate Deo adjutori nostro, jubilate Deo Jacob.
Exultez pour Dieu, notre secours, poussez des cris de joie pour le Dieu de Jacob.
Alléluia : In die resurrectionis
À partir de ce dimanche de Quasimodo et durant tout le temps pascal, c’est-à-dire jusqu’à la Pentecôte, le chant du Graduel de la messe est remplacé par un Alléluia, et par conséquent chaque messe comporte deux Alléluias qui se chantent à la suite. Les textes des versets de ces Alléluias sont le plus souvent tirés de l’Évangile, et c’est le cas en particulier pour ceux d’aujourd’hui. À vrai dire le texte du premier Alléluia est plutôt une paraphrase de l’Évangile de la résurrection. Dans celui-ci c’est l’Ange qui s’adresse aux saintes femmes et leur dit :
» Il est ressuscité, allez dire à ses disciples qu’il les précède en Galilée. «
Ici les paroles sont mises dans la bouche du Christ lui-même :
In die resurrectionis meæ, dicit Dominus, præcedam vos in Galilæam.
Au jour de ma résurrection, dit le Seigneur, je vous précéderai en Galilée.
La mélodie, souple et joyeuse, met très en évidence les mots præcedam vos, qui se développent tout à fait à l’aigu, alors que le reste se déroule dans une tessiture moyenne. Après le chant du verset on ne reprend pas le mot Alléluia, comme c’est généralement le cas, car on enchaîne directement le deuxième Alléluia, et il en est ainsi durant tout le temps pascal.
Alléluia : Post dies octo
Le deuxième Alléluia du dimanche de Quasimodo qui précède directement la lecture de l’Évangile à la messe, a son texte tiré de cet Évangile, ce qui est souvent le cas au temps pascal. On sait qu’aujourd’hui l’Évangile relate l’épisode de saint Thomas incrédule puis croyant :
Post dies octo, januis clausis, stetit Jesus in medio discipulorum suorum, et dixit : Pax vobis.
Huit jours après, les portes étant closes, Jésus se tint au milieu de ses disciples et leur dit : La paix soit avec vous.
La mélodie s’apparente à celle de l’Alléluia précédent, avec sur le mot Alléluia une grande vocalise souple et joyeuse. Le verset comporte d’abord deux phrases qui se répètent exactement avec une courbe en arc, montée et descente, puis les mots pax vobis prononcés par le Seigneur s’élèvent solennellement avant la reprise de la vocalise de l’Alléluia
Offertoire : Angelus Domini
Si les textes des Alléluias et des Communions sont assez souvent tirés de l’Évangile, surtout au temps pascal, c’est extrêmement rare pour les Offertoires. Il n’y a guère que deux cas dans toute l’année, l’Ave Maria du quatrième dimanche de l’Avent et celui de ce premier dimanche après Pâques, qui était d’ailleurs déjà celui du lundi de Pâques, et qui est emprunté à l’Évangile de la résurrection.
Angelus Domini descendit de cælo et dixit mulieribus : Quem quæritis surrexit sicut dixit.
L’Ange du Seigneur descendit du ciel et dit aux femmes : Celui que vous cherchez est ressuscité comme il l’a dit, Alléluia.
La mélodie procède par grandes ondulations très élégantes où l’on peut voir le vol de l’envoyé céleste, passant de l’extrême grave à l’extrême aigu avant de conclure par une affirmation très joyeuse de la résurrection suivie d’un Alléluia enthousiaste
Communion : Mitte manum tuam
Comme celui du deuxième Alléluia, le texte de la Communion du premier dimanche après Pâques est tiré de l’Évangile du jour. Ce sont les paroles du Christ à saint Thomas :
Mitte manum tuam et cognosce loca clavorum, et nobi esse incredulus sed fidelis.
Mets là ta main et reconnais l’emplacement des clous, et ne sois plus incrédule mais croyant.
La mélodie rappelle beaucoup celle de l’Introït Quasimodo ; en grande partie syllabique, elle est pleine de simplicité et de légèreté et exprime cet esprit d’enfance qui fut nécessaire à saint Thomas pour croire, lui l’intellectuel raisonneur. Comme toujours chaque phrase est ponctuée de joyeux Alléluias.
Israël face à Gaza
D’Annie Laurent dans La Petite Feuille verte :
Pour compléter l’examen des rôles respectifs du mouvement palestinien Hamas et du parti libanais Hezbollah dans le conflit qui a débuté à Gaza le 7 octobre 2023 (cf. PFV n° 100 et 101), il est évidemment nécessaire d’en présenter le troisième acteur, à savoir l’État d’Israël.Ce qui permettra d’élargir le regard sur l’ensemble de la question palestinienne puis sur les perspectives d’avenir concernant les relations libano-israéliennes. Compte tenu de la com-plexité du sujet, nous vous proposons d’y consacrer deux PFV distinctes (n° 102 puis 103).
UN TOURNANT HISTORIQUE À GAZA
« La guerre de Gaza, lancée par le Hamas non pas pour obtenir une solution à deux États mais au contraire pour l’empêcher, a ramené l’ensemble de la lutte israélo-palestinienne à la situation de 1947. C’est-à-dire au noyau primordial du conflit sur l’ensemble du territoire situé entre la mer Méditerranée et le Jourdain, dont la question n’est pas de savoir comment celui-ci sera partagé, mais plutôt qui en sera “l’occupant” ».
Cette remarque du journaliste américain Thomas Friedman, pour introduire son livre De Beyrouth à Jérusalem (éd. Saint-Simon, 2024, p. 17), permet de porter un regard élargi sur l’offensive déclenchée par Tsahal (l’armée israélienne) le 8 octobre 2023 contre la bande de Gaza d’où étaient sortis les djihadistes palestiniens affiliés au Hamas pour attaquer la veille plusieurs kibboutz limitrophes de ce territoire (bilan : 1 200 tués, 251 otages). Israël agissait certes en vertu du droit à la légitime défense mais la perpétuation du conflit montre que le problème de fond, particulièrement complexe il est vrai, est loin d’être résolu.
En mentionnant la date de 1947, Friedman se réfère à la situation qui prévalait dans cette partie du Levant lors du vote du partage de la Palestine par l’ONU, donc juste avant l’émergence de l’État d’Israël, proclamé en 1948 au terme d’une guerre judéo-arabe qui avait entraîné l’exode de milliers de Palestiniens contraints de fuir leurs terres d’origine.
L’ÉTAT DES LIEUX
Le Hamas est très affaibli en raison de la destruction méthodique de l’enclave palesti-nienne (80 % des habitations ont été détruites, sans compter les hôpitaux, cimetières, uni-versités et monuments historiques), de la perte de 22 bataillons sur 24, de la dégradation de son arsenal militaire, de l’anéantissement des deux tiers des 700 kms de tunnels et de l’assassinat de son chef, Yahya Sinouar, tué par Tsahal le 16 octobre 2024 (cf. PFV n° 100). Selon un décompte établi fin mars 2025, sur une population de 2, 2 millions de personnes, le nombre des victimes, incluant civils et combattants gazaouis, s’élève à plus de 50 000 morts et 113 000 blessés, sans compter les disparus.
Mais, contrairement à la volonté énoncée par Israël d’éradiquer le Hamas pour ven-ger l’attaque du 7-Octobre, ce dernier demeure dans ce territoire où il s’était imposé en 2007, après en avoir chassé par les armes l’Autorité palestinienne (AP), l’organisation cen-sée préfigurer le futur État de Palestine envisagé par les accords d’Oslo (1993) et dont le siège est à Ramallah (Cisjordanie).
Gaza reste donc sous l’emprise du Hamas malgré des protestations populaires de Ga-zaouis qui, depuis le 24 mars, réclament son renversement. « Pour l’amour de Dieu, Hamas dehors ! », lit-on sur leurs pancartes. Cette option, également souhaitée le 9 avril par le mi-nistre israélien de la Défense, Israel Katz, demeure pour l’heure improbable. À la mi-avril 2025, des responsables de la défense israélienne estimaient que le Hamas avait reconstitué ses rangs militaires et compte désormais environ 40 000 combattants.
Désormais représenté par Mohammed Sinouar, frère de l’ancien dirigeant, le mouve-ment s’obstine à demeurer sur ce territoire; il refuse aussi de déposer ses armes et d’expatrier ses dirigeants comme l’exige Israël.
Par ailleurs, n’ayant pas révisé son idéologie islamiste et anti-juive fondée sur celle des Frères musulmans, le Hamas maintient son opposition à la légitimité d’un État israélien (Cf. PFV n° 100).
Enfin, la trêve, entrée en vigueur le 19 janvier 2025, a été rompue par Israël le 18 mars,et depuis lors Tsahal, qui continue d’occuper une partie de Gaza, y a repris ses at-taques, officiellement pour forcer le Hamas à libérer les 58 otages qu’il détient encore.
CALCULS OU AVEUGLEMENTS ISRAÉLIENS
Comme nous l’avons montré dans la PFV n° 100, certains milieux israéliens ont porté au départ un regard positif sur la naissance du Hamas, d’autant plus que ce mouvement ve-nait concurrencer l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) considérée comme la principale représentante des Palestiniens (cf. aussi Thomas Snégaroff et Vincent Lemire, israël/Palestine. Anatomie d’un conflit, éd. Les Arènes, 2024). Les dirigeants de l’État hébreu s’étaient-ils pour autant aveuglés sur les menaces du Hamas ? Ignoraient-ils les préparatifs du massacre que ce dernier allait commettre le 7 octobre 2023 ?
En janvier 2025, le chef d’état-major de Tsahal, Herzl Halevi, a adressé une lettre de démission au Premier ministre, Benyamin Netanyahou. Tout en reconnaissant les défail-lances sécuritaires de l’État, il ne propose pas la mise en place d’une commission d’enquête. Déjà réclamée par l’opposition, cette requête avait été renvoyée à « l’après-guerre » par Netanyahou. Mais le général écrit aussi : « Ma responsabilité dans ce terrible échec m’accompagne chaque jour, chaque heure et me suivra jusqu’à la fin de ma vie » (Le Figaro, 24 janvier 2025).
Halevi a assumé ses torts dans son discours d’adieu, prononcé en mars, au moment où l’armée israélienne publiait les résultats d’une série d’enquêtes internes. Celles-ci font ressortir trois manquements en son sein : absence de préparation, relâchement des troupes, confusion totale le jour de l’attaque. Un rapport aux conclusions similaires, qui insiste sur l’absence de prise en compte des informations alarmantes, a également été publié par le Shin Beth (les services de renseignements intérieurs). Cette indifférence a été présentée en ces termes par un haut gradé israélien : « Nous savions, mais nous n’étions pas conscients » (Le Figaro, 10 mars 2025).
Ces propos rejoignent le constat d’Amir Tibon, journaliste israélien au quotidien Haaretz, qui résidait dans le kibboutz Nahal Oz attaqué par le Hamas. « Le matin du 7 octobre 2023, il y avait près de trente bataillons de combat israéliens en Cisjordanie et moins de quatre – moins de 600 soldats – le long de la frontière avec Gaza » (cf. le chapitre 3 : “L’armée est infor-mée”, Les portes de Gaza, éd. Christian Bourgois, 2024, p. 64).
La décision de reprendre la guerre a été contestée sous la forme de pétitions signées par des centaines de militaires israéliens. Pour eux, deux motifs auraient poussé Netanyahou à cette relance : complaire aux partis d’extrême-droite de sa majorité qui exigent l’éradication complète du Hamas et empêcher la nomination d’une commission d’enquête présidée par un juge de la Cour suprême (cf. Le Figaro, 14 avril 2025).
Dans un livre très documenté reposant sur une enquête fouillée, le journaliste is-raélien Richard Darmon, expert en géopolitique et rédacteur en chef de l’édition française du Jerusalem Post, où il apporte de nombreuses et précieuses informations sur le Hamas, décrit les aveuglements des dirigeants politiques et militaires d’Israël concernant l’identité, l’idéologie et le projet du mouvement djihadiste. Pour eux, « le régime tyrannique de cette sorte d’ “État-califat” […] régi par les dispositions religieuses de la charia, se bornerait à gérer la Bande en tentant de subvenir aux besoins socio-économiques de ses habitants » (La seconde guerre d’indépendance d’Israël, éd. Les provinciales, 2024, p. 12).
D’où l’engagement des décideurs israéliens à autoriser, et même à favoriser, l’importation de milliards de dollars acheminés du Qatar (id., p. 13). Sur ce sujet, cf. aussi PFV n° 100.
Le philosophe franco-israélien Shmuel Trigano, cité par Darmon, met lui aussi l’accent sur « l’erreur de conception stratégique » de l’État hébreu. « Celle-ci a consisté à croire qu’en nourrissant Gaza grâce à l’argent du Qatar, à l’ouverture de ses portes aux travailleurs palesti-niens et à d’autres avantages économiques, Israël maintiendrait le calme et obtiendrait la paix. Mais ce fut là une erreur fondamentale car la guerre que mène le Hamas est en tous points une guerre de religion ». Trigano précise ce jugement : les terroristes « sont venus pour tuer des Juifs et pour mourir afin d’accéder à leur “paradis” » […]. En s’illusionnant de maintenir ainsi le calme, Israël a commis l’erreur fatale de préserver et de renforcer le Hamas » (op. cit., p. 18).
Aujourd’hui, Netanyahou est confronté à un scandale dit du « Qatargate » qui a conduit à l’arrestation de deux de ses proches conseillers (L’Orient-Le Jour, 2 avril 2025).
Diverses révélations font en outre ressortir les négligences des officiers de Rensei-gnements de Tsahal « qui ont minimisé, des mois durant, les rapports autant alarmants que répétitifs » présentés par les jeunes soldates placées au sommet des tours d’observation ré-parties le long de la frontière de Gaza pour y surveiller les activités des groupes armés du Hamas (Darmon, op. cit., p. 12).
Amir Tibon fournit la même information.
« Selon les signalements des “guetteuses”, le Hamas avait construit des modèles à grande échelle de kibboutz israéliens, qui avaient ensuite été pris d’assaut par des militants lourdement armés – ce qui constituait manifestement une répétition générale en vue d’une invasion. Mais leurs avertissements ont été ignorés. Ce matin-là, nombre d’entre elles ont perdu la vie » (op. cit., p. 74).
Richard Darmon poursuit :
« Ces conceptions occultant les aspirations guerrières géno-cidaires du Hamas et du Djihad islamique, fondamentalement enracinées dans leur idéologie religieuse islamiste radicale, étaient à ce point ancrées dans l’esprit de la plupart des dirigeants politiques et sécuritaires israéliens qu’un rapport de prospective très documenté et minutieux élaboré par un service régional des Renseignements de Tsahal ne fut jamais examiné, faute de temps et en raison “d’autres priorités”, par le gouvernement Netanyahou : intitulé, en forme de limpide signal d’alarme, “La Muraille de Jéricho”, ce rapport jugeait très haute – simulations palestiniennes filmées à l’appui – la probabilité d’une prochaine attaque des milices du Hamas par une incursion terroriste massive dans les localités et villages israéliens du pourtour de Gaza ; il avait été officiellement déposé dès le début de l’été 2023 sur les bureaux de chacun des membres du cabinet » (op. cit., p. 13).
GAZA-CISJORDANIE, MÊME COMBAT ?
« Netanyahou et ses alliés étaient persuadés qu’il valait mieux épargner le Hamas pour affaiblir l’Autorité palestinienne afin de favoriser les projets d’annexion des extrémistes juifs en Cisjordanie », assure Yair Golan, ancien chef d’état-major de Tsahal (Benoît Christal et Gal-lagher Fenwick, 7 octobre 2023 Israël Gaza, l’affrontement des tragédies, éd. du Rocher, 2024, p. 129).
Cet officier rejoint le constat dressé par Alain Dieckhoff, directeur de recherche au CNRS, dans un entretien sur le thème « 1993-2024. Oslo, la paix en échec ». Depuis son retour au pouvoir (2009), « Netanyahou a consciencieusement ignoré le président de l’AP (Mahmoud Abbas) parce qu’il a de facto écarté la solution à deux États, tout en poursuivant la colonisation de la Cisjordanie. L’arrivée au gouvernement, en décembre 2022, de religieux sionistes extré-mistes, comme le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben-Gvur, n’a fait qu’accentuer ce mouvement de colonisation à outrance. Ce courant prône l’annexion pure et simple de la Cisjor-danie par Israël, ce qui signifierait la fin de toute perspective d’État palestinien » (L’Histoire, n° 106, janvier-mars 2025).
La guerre de Gaza a d’ailleurs entraîné une accélération de la colonisation juive en Cisjordanie, occupée depuis 1967 où les Israéliens ont déjà une présence exclusive sur 70 % du territoire. Le vocabulaire israélien s’adapte à cette situation : « implantations » remplace « colonies » ; « souveraineté » efface « occupation » ou « annexion ».
Israël affirme que l’enceinte était utilisée comme base opérationnelle par le Hamas et le Jihad islamique
Selon l’ONU, plus de 700 000 colons juifs résidant dans ce territoire, Jérusalem-Est compris, s’y trouvent illégalement au regard du droit international et le gouvernement israé-lien multiplie les mesures destinées à en attirer de nouveaux, recourant pour cela à des me-sures destinées à pousser les Palestiniens à l’exode (spoliation de leurs terres agricoles, évacuation forcée de camps de réfugiés, etc.).
Cette situation inquiète la Jordanie voisine, comme l’a reconnu le vice-Premier ministre de ce pays, Marwan Muasher, en rappelant l’affirmation du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, pour qui « 2025 serait l’annexion de la Cisjordanie » (L’Orient-Le Jour, 9 mars 2025).
Un projet de « judaïsation » de la bande de Gaza se manifeste également depuis 2024. Il est inspiré par le mouvement Nahala dont la fondatrice, Daniella Weiss, figure éminente de la mouvance messianiste, est soutenue par plusieurs membres de la coalition au pouvoir. Sa motivation repose sur la nécessité de réparer l’évacuation forcée de 8 500 colons ordonnée en 2005 par Ariel Sharon, alors Premier ministre. 800 familles seraient prêtes à participer à ce repeuplement malgré le rappel de l’insécurité à laquelle leurs prédécesseurs étaient con-frontés en raison du voisinage palestinien (Le Figaro, 11-12 janvier 2025).
Début mars, Daniella Weiss a expliqué son projet devant la Knesset. « Il faut une guerre de conquête immédiate pour que Gaza redevienne juive, comme elle l’a toujours été », a-t-elle précisé. Pour elle, il s’agit de reconstituer « Eretz Israël » (« la terre d’Israël »), englobant Gaza et la Judée-Samarie (nom donné par les Juifs à la Cisjordanie) (La Croix, 18 mars 2025). De cette situation, le chroniqueur libanais Anthony Samrani tire cette réflexion : « Voilà des décennies qu’Israël cherche à effacer les Palestiniens sur le plan politique. Il veut désormais le faire au sens littéral. Nettoyer le territoire de ce peuple qui conteste son droit divin à dominer chaque recoin de cette terre » (L’Orient-Le Jour, 21 mars 2025).
Ce projet rejoint la proposition du président américain Donald Trump préconisant le déplacement des Palestiniens hors de Gaza et la transformation de l’enclave reconstruite en une « Riviera du Moyen-Orient » (cf. PFV n° 100). Mais elle est rejetée par le plan de la Ligue arabe dont « un élément-clé est qu’il ne se limite pas à la reconstruction de Gaza », souligne Marwan Muasher. Ce plan « insiste également sur la nécessité d’une solution politique, qui passe par la fin de l’occupation israélienne et la création d’un État palestinien », mais celui-ci contredit l’option des dirigeants israéliens actuels qui consiste à « anéantir la cause palestinienne » (L’Orient-Le Jour, 9 mars 2025).
« Netanyahou s’est toujours opposé à tout accord avec les Palestiniens […]. C’est un belliciste extrémiste qui mène une politique d’extermination à Gaza, soutenu par l’extrême-droite religieuse, qui poursuit la colonisation illégale en Cisjordanie » (Pierre Conesa, Les religions font-elles plus de bien que de mal ? », éd. Desclée de Brouwer, 2025, p. 103).
Cette politique fait cependant l’objet de contestations croissantes au sein de la popula-tion israélienne et chez certains opposants politiques à Netanyahou, comme l’ancien Premier ministre Ehoud Olmert qui plaide pour la reconnaissance d’un État palestinien (Le Figaro, 5 mars 2025).
Le régime se heurte aussi à l’opposition d’une branche juive ultra-orthodoxe, les Neturei Karta (littéralement « les gardiens de la ville »). Ces derniers, environ 50 000 membres, regroupés dans le quartier de Méa Shéarim, à Jérusalem, se définissent comme « Juifs mais pas sionistes », ainsi que l’exprime son chef religieux, le rabbin Meir Hirsch : « Nous avons la même position depuis la création de l’Etat israéliens : c’est de vivre en paix avec le peuple palestinien qui habite ici. Les sionistes n’ont aucun droit sur cette terre » (La Croix, 2 avril 2025).
Il reste que la judéité de l’État hébreu est une donnée fondamentale pour ce pays. Elle a été spécifiée dans la déclaration d’indépendance proclamée par David Ben Gourion en 1948, qui reprenait ainsi les termes de la résolution 181 votée l’année précédente par l’ONU. Celle-ci prévoyait un plan de partage de la Palestine en deux États, un juif et un arabe. Ce-pendant, depuis lors, Israël, qui s’est volontairement privé de Constitution, s’arrangeait pour entretenir le flou sur certains aspects essentiels tels que la nature de son État, le tracé des frontières, la nationalité et la citoyenneté.
Bien qu’ayant réussi à se faire reconnaître comme une démocratie libérale dans les instances internationales, Israël n’a pas reconnu et garanti l’égalité des droits et des devoirs à tous ses ressortissants, distinguant juifs et non-juifs (loi de 1952). Son identité confession-nelle a été définie par une « loi fondamentale » (donc intouchable) votée par le Parlement (Knesset) le 19 juillet 2018. « Israël est l’État-nation du peuple juif, où celui-ci applique son droit naturel, culturel, religieux, historique », tout en réservant aux citoyens juifs un « droit exclusif » en matière d’ « autodétermination nationale ». Elle déclare aussi l’hébreu seule langue officielle, concédant à l’arabe un « statut spécial ».
Nouvelles de l’Ecole supérieure de journalisme
L’École Supérieure de Journalisme de Paris (ESJ PARIS), rachetée par un consortium de dirigeants français dont Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Rodolphs Saadé, Stéphane Courbit, les famille Dassault et Montagne, Vianney d’Alançon, Pierre Gattaz, Alexandre Pesey, Chantal Barry, etc., déménage et s’installe au cœur du 15e arrondissement de Paris.
Une refonte totale de l’école est en cours pour en faire une école dynamique et réconcilier les français avec les journalistes et le monde des médias.
L’ESJ PARIS a créé tout récemment un comité pédagogique ou l’on retrouve Sonia Mabrouk, Guillaume Roquette, Remi Brague, François d’Orcival, Charlotte d’Ornellas ou encore Bernard de La Villardière.
Les mardis de l’ESJ avec des conférences par des grandes personnalités françaises vont avoir lieu chaque semaine dont voici le lien pour s’inscrire :https://www.esj-paris.fr/mardis-esj-paris/
Vidéo de présentation des locaux
L’ESJ PARIS ouvre une nouvelle page de son histoire en s’installant dans de nouveaux locaux, plus modernes, plus spacieux, et idéalement situés, 129 rue de l’Abbé Groult, dans le 15e arrondissement de la capitale. Les étudiants y réaliseront leur rentrée dès septembre prochain.
Avec une superficie de près de 1400m² – contre 900m² actuellement – l’ESJ Paris bénéficiera d’une dizaine de salles de classe entièrement rénovées – contre 6 actuellement – et d’une salle de conférence capable d’accueillir une centaine de personnes. Cet espace repensé permettra d’accueillir les étudiants dans un cadre de travail à la fois plus confortable et plus adapté aux exigences de la formation aux métiers du journalisme.
Fidèle à son engagement de former des professionnels opérationnels, l’ESJ Paris inaugurera également un studio de télévision flambant neuf et un studio radio dédié, qui permettra notamment de poursuivre la diffusion de Fréquence ESJ, la radio de l’école.
Cette nouvelle implantation rapproche l’école des nombreuses grandes rédactions situées dans l’ouest parisien, un atout majeur pour les étudiants qui multiplient les immersions professionnelles tout au long de leur cursus.
Avec cette nouvelle adresse, l’ESJ Paris poursuit son développement et confirme sa volonté de proposer une formation d’excellence, ancrée dans la réalité des nouveaux médias
Des journées portes ouvertes sont annoncés les samedis 26 avril et 17 mai
Les Frères musulmans interdits en Jordanie
Lu dans Conflits :
Le 23 avril 2025, la Jordanie a officiellement interdit les Frères musulmans, les accusant de complot contre les forces de sécurité. Cette rupture met fin à une alliance vieille de plusieurs décennies entre la monarchie hachémite et le mouvement islamiste.
Les locaux ont été fermés, les avoirs saisis, et plusieurs membres arrêtés. Les autorités affirment avoir déjoué un complot soutenu par des puissances étrangères. Amman redoute les influences régionales, notamment iranienne, et le soutien au Hamas. Cette interdiction, reflet d’une logique sécuritaire prévalente, aligne la Jordanie sur les positions de l’Arabie saoudite, de l’Égypte et des Émirats.
Selon les autorités jordaniennes, les Frères musulmans auraient orchestré, depuis plusieurs mois, une série de réunions clandestines visant à coordonner des actions violentes contre des installations militaires et policières. Ces activités auraient été déjouées à la suite d’arrestations et de saisies de matériel de communication. Le ministère de l’Intérieur jordanien parle d’un « plan structuré, appuyé par des acteurs extérieurs, visant à déstabiliser l’ordre public et à fragiliser l’État ».
Si les preuves avancées ne sont pas encore rendues publiques dans leur intégralité, la rapidité de l’annonce, la brutalité de l’exécution et la rhétorique utilisée indiquent que la menace est perçue comme sérieuse et imminente. Il ne s’agit plus d’une opposition tolérée dans les urnes, mais d’un ennemi qualifié de subversif.
Ce durcissement jordanien ne peut être compris sans référence au contexte régional. Amman redoute, depuis plusieurs années, l’influence croissante de l’Iran, non seulement via les milices chiites à ses frontières (en Syrie et en Irak), mais aussi à travers les alliances idéologiques et tactiques tissées avec certains courants islamistes sunnites, y compris des factions proches des Frères musulmans.
Le soutien au Hamas
Le soutien iranien au Hamas, dont l’idéologie est historiquement liée aux Frères, alimente la méfiance d’Amman, d’autant plus que la Jordanie abrite une population palestinienne nombreuse, politiquement sensible et très remontée depuis le 7 octobre. La monarchie hachémite, perçue à juste titre par Téhéran comme un allié stable de Washington et de Riyad, se trouve dans une posture de plus en plus défensive. Dans ce contexte, l’interdiction des Frères musulmans apparaît comme un message politique clair : refus d’une instrumentalisation interne par des puissances régionales hostiles, et affirmation de l’autorité de l’État face aux tentatives de subversion. […]
Un élu municipal assume de ne pas célébrer de parodie de mariage
À Nice, Gaël Nofri est l’un des quelques adjoints incontournables de l’équipe Estrosi, où il représente l’aile conservatrice. Interrogé dans Nice presse, il déclare :
Avant même qu’elle ne soit contestée devant la justice, la simple installation d’une statue représentant Jeanne d’Arc à Nice a créé un débat. Qu’est-ce que cela dit de la société, selon vous?
Ce débat n’a pas lieu d’être. L’installation d’une œuvre d’art face à l’église Jeanne d’Arc est une évidence, historique et symbolique. Refuser cela, sous prétexte qu’elle serait une « icône d’extrême droite », c’est absurde. Elle appartient à tous les Français. Cette polémique révèle les conséquences néfastes d’un demi-siècle de discours soixante-huitard. Crise d’identité, perte de repères, refus de l’histoire. Commémorer, ce n’est ni nostalgique ni réactionnaire. Au contraire, c’est essentiel.
Vous y avez vu une « dérive woke ». Elle vous freine réellement dans vos projets?
Le maire, Christian Estrosi, n’est pas du genre à se laisser intimider par ces idéologies. Quand nous avons inauguré le quai Napoléon Ier (au port, ndlr) et annoncé l’arrivée d’une statue en son honneur, tout s’est très bien passé. Les gens doivent être fiers de leur histoire. On doit combattre cette culpabilisation permanente qui mine notre société.
Peut-on dire que c’est un attachement conservateur qui guide votre action?
C’est l’histoire qui m’a conduit à la politique. J’assume entièrement cet attachement conservateur. L’enracinement est la base de toute action politique, et cela devrait être une évidence. C’est devenu un sujet, puisque ça ne l’est plus. Pendant longtemps, la question patrimoniale a été négligée au profit d’une idéologie qui voulait faire table rase du passé. […]
Avant de justement rejoindre Christian Estrosi et de beaucoup compter dans son équipe, vous avez connu l’ex-Front national. Pourquoi ce virage?
Je n’ai pas commencé ma carrière au FN, j’ai démarré avec Charles Pasqua, avec une droite gaulliste et souverainiste. Après sa retraite politique, j’ai cru que Marine Le Pen pouvait ouvrir le Front national à de nouveaux horizons. Je suis resté moins de trois ans. Je me suis vite rendu compte que le FN n’était qu’une addition de mécontentements sans cohérence, ce que j’appelle le populisme. La politique exige du courage et une cohérence. Ce que l’on ne retrouve ni là-bas, ni chez Éric Zemmour.
Vous sembliez pourtant très proche d’Éric Zemmour…
Je le connaissais à travers ses livres. Éric Zemmour confond théorie et politique. Un exemple concret : sa polémique sur les prénoms. D’un point de vue historique, l’évolution des prénoms est intéressante pour comprendre les influences culturelles. Mais transformer ça en stigmatisation d’un enfant dont les parents ont fait un choix intime, c’est irresponsable.
Que répondez-vous à ceux qui vous traitent d’opportuniste?
Je répondrais que si nous sommes aujourd’hui en République, c’est grâce aux républicains opportunistes. Si l’opportunisme consiste à saisir des occasions pour faire avancer ses idées et le bien commun, alors oui, je l’assume totalement.
Notez que je n’ai jamais changé de convictions : je suis resté fidèle à mes idées gaullistes et souverainistes, sans n’avoir aucune fidélité à un parti politique. Ce ne sont que des outils, pas des finalités. […]
Vous étiez opposé au « mariage pour tous » et aviez promis de ne célébrer aucune union gay en tant qu’adjoint au maire. Des années plus tard, avez-vous finalement marié des couples homosexuels?
« Non, je ne l’ai jamais fait. Je ne suis pas opposé à une union entre deux personnes du même sexe, mais le mot « mariage » porte une symbolique particulière liée à une institution religieuse laïcisée par la République, fondée sur la procréation. Je reste persuadé que l’on aurait pu éviter d’humilier une partie des Français en optant pour une union distincte du mariage. Comme disait Emmanuel Macron lui-même, ‘on a eu tort d’humilier une partie de la France’. Sur ce point, et c’est rare, je suis totalement d’accord avec lui. »
L’Oregon publie ses chiffres annuels sur la pratique de l’euthanasie
Raisons financières, ne pas être un poids pour sa famille, substances létales disparues…les dérives sont intrinsèques à une loi délirante.
Des Polonais veulent construire la plus grande statue d’Europe de la Vierge Marie
Le milliardaire polonais Roman Karkosik et sa femme Grazyna ont entrepris de doter leur petite ville de Kikol, à 170 kilomètres au nord-ouest de Varsovie, d’une imposante statue de la Vierge Marie.
Les autorités locales ont donné leur autorisation.
La construction de l’édifice devrait être terminée à la mi-2026. La structure mesurera 55,6 mètres de haut, elle comprendra une statue de la Vierge Marie de 40 mètres qui sera posée sur un socle de 15 mètres de haut, en forme de couronne. Ce piédestal servira également de terrasse d’observation pour les visiteurs.
La statue de la Vierge Marie devrait être la plus grande d’Europe et dépasser celle de Miribel, dans l’ouest de la France. La statue française a été érigée il y a plus de 80 ans et mesure 35 mètres de haut. Cependant la plus grande statue de la Vierge au monde trône aux Philippines et mesure plus de 90 mètres.
Guadeloupe : la priorité d’Aurore Bergé
En mars 2025, Teddy Riner, né en Guadeloupe, dénonçait la situation économique aux Antilles. « Ça suffit de laisser de côté les îles ».
Un mois après, le gouvernement agit ! Aurore Bergé, ministre chargé de l’Égalité femmes-hommes et de la lutte contre les discriminations, annonce un centre LGBTQI + en Guadeloupe, où la communauté peine à se faire entendre. En traitant au passage les Guadeloupéens d'”homophobes” :
En Guadeloupe, une homophobie « psychologique, verbale et religieuse »
Lancement d’une action individuelle nationale en faveur du droit à l’instruction en famille
Le cabinet d’avocats montpelliérain David Guyon annonce le lancement d’une action individuelle nationale pour la défense du droit à l’instruction en famille (IEF), un droit fondamental menacé par les réformes récentes restreignant considérablement cette liberté éducative.
Depuis la loi du 24 août 2021, l’instruction en famille est soumise à un régime d’autorisation préalable, ce qui a considérablement restreint l’accès à cette modalité éducative. De nombreuses
pédagogique solide et conforme aux exigences légales. Ce durcissement entraîne une insécurité juridique et des injustices profondes pour les parents qui souhaitent offrir une éducation
alternative adaptée à leur enfant.
OBJECTIFS DE L’ACTION INDIVIDUELLE
1. Obtenir des garanties pour le respect du droit à l’IEF :
• Contester les refus abusifs et obtenir des décisions favorables pour les familles concernées.
• Faire reconnaître l’IEF comme une liberté éducative pleinement légitime.
2. Faire pression sur les institutions pour une réforme équitable :
• Dénoncer les pratiques discriminatoires et les abus administratifs.
• Demander un allègement des contraintes imposées aux familles souhaitant pratiquer l’IEF.
• Promouvoir une réforme garantissant un cadre plus respectueux des droits des parents et des enfants.
3. Alerter l’opinion publique et mobiliser les familles :
• Sensibiliser les médias à l’impact des restrictions sur des milliers de familles.
• Mobiliser un large réseau de parents, d’associations et d’acteurs éducatifs pour faire pression sur les décideurs politiques.
• Faire valoir le principe du libre choix éducatif garanti par la Constitution et les conventions internationales.
DÉROULEMENT DE L’ACTION INDIVIDUELLE
Ouverture des inscriptions :
Les familles concernées pourront se joindre à l’action via une plateforme en ligne dédiée.
Phase de constitution des dossiers :
Collecte des témoignages, décisions administratives et expertises pédagogiques.
Recours administratif et contentieux
Dépôt de recours contre les refus abusifs d’autorisation d’IEF.
Plaintes collectives et recours devant les juridictions compétentes
Me David Guyon explique :
« L’instruction en famille est un droit fondamental qui permet à de nombreux enfants de bénéficier d’un cadre éducatif adapté à leurs besoins. Aujourd’hui des familles entières sont confrontées à une rigidité administrative inacceptable, qui les prive de cette liberté essentielle. Notre action vise à rétablir une égalité de traitement et à défendre ce choix éducatif qui appartient aux parents, et non à l’État ».
APPEL AUX FAMILLES CONCERNÉES
Pour rejoindre cette action collective. Un site internet dédié sera mis en place pour faciliter l’inscription et la transmission des éléments nécessaires.
Est-ce le Saint-Esprit qui élit le Pape ?
Joseph Ratzinger avait répondu à cette question en 1997 :
« Je ne dirais pas cela, dans le sens où c’est le Saint-Esprit qui l’a choisi. Je dirais que le Saint-Esprit ne prend pas exactement le contrôle de la question, mais plutôt de ce bon éducateur qu’il est, il nous laisse beaucoup d’espace, beaucoup de liberté, sans nous abandonner complètement. Ainsi, le rôle de l’Esprit doit être compris dans un sens beaucoup plus élastique, et non pas qu’il dicte le candidat pour lequel il faut voter. La seule garantie qu’il offre est probablement qu’elle ne peut pas être totalement gâchée. Il y a trop d’exemples de papes que le Saint-Esprit n’aurait manifestement pas choisis. »
Dans son livre sur les vérités et légendes du Vatican, Christophe Dickès écrivait :
« Dans le dictionnaire de théologie catholique, il est mentionné que l’Esprit-Saint assiste les électeurs dans le cadre du plan de Dieu, appelé aussi communément Providence, afin de garder l’Eglise dans le droit chemin. Mais cette assistance divine, n’enlève rien à la liberté du choix qui doit s’opérer par les moyens ordinaires. La liberté du cardinal électeur peut aussi l’amener à refuser la grâce et l’assistance du Saint-Esprit, même si Dieu, toujours dans une perspective théologique n’abandonnera jamais l’Eglise qui n’appartient pas aux hommes mais à Lui seul ».
Marché de Printemps
C’est avec joie que nous vous convions à la vente de Printemps au profit des Cours Saint Jean Paul II !
Nous avons sélectionné des créateurs, avec des produits aussi beaux les uns que les autres !
Vous y trouverez un large choix d’articles, vos yeux et vos papilles vont être servis !
Voici les créateurs au rendez-vous :
– Saucissons et terrines
– Miel
– Jus de Pommes
– Place Saint Michel
– Les petits brin d’olivier
– Gaudete
– L’atelier Canaudier
– Katia Gilles
– Les perles d’Ethel
– Kato
– La librairie des Béatitudes
– La librairie Téqui
Nous nous retrouvons chez Camille Lecourt au 6 rue du Pressoir à Saumur, de 9h à 19h.
N’hésitez pas à en parler autour de vous, venir avec votre voisine, votre cousin…
Vous ne serez pas déçus, le Beau fait toujours du bien au yeux !
La commission vente
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Saint Marc, le rugissement du lion (25 avril)
D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
« Trois fois Paul mentionne Marc dans ses lettres, et rien ne laisse penser qu’il s’agisse d’un autre personnage que celui des Actes. Alors qu’il écrit aux Colossiens, probablement depuis Rome en l’an 61 apr. J.-C., Paul transmet aussi les salutations de Marc : “Aristarque, mon compagnon de captivité, vous salue, ainsi que Marc, le cousin de Barnabé, au sujet duquel vous avez reçu des instructions : s’il vient chez vous, faites-lui bon accueil.” (Col 4,10). Dans le même contexte, Paul envoie également une lettre à Philémon et, dans la liste de ses collaborateurs, il mentionne aussi Marc : “Te saluent Épaphra, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus, ainsi que Marc, Aristarque, Démas et Luc, mes collaborateurs.” (Phm 24). Enfin, dans sa dernière lettre, peu avant son martyre, vers l’an 67 apr. J.-C., Paul demande à Timothée, qui se trouve à Éphèse, de venir le voir à Rome en amenant Marc avec lui, signe que ce dernier ne s’y trouve plus : “Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le ministère.” (2 Tim 4,11). Le nom de Marc apparaît également dans la première lettre de Pierre, elle aussi écrite depuis Rome vers l’an 65, où il est présenté comme un proche collaborateur de l’apôtre : “Vous salue l’Église qui est à Babylone, choisie avec vous, ainsi que Marc, mon fils.” (1 P 5,13). »
« Le récit que fait l’évangéliste Marc vous surprendra dès les premières lignes : il vous plongera, tel un film, dans la vie de Jésus, en commençant par la prédication de Jean-Baptiste au bord du fleuve, et par le baptême de Jésus lui-même. Écrit principalement pour les païens et ceux qui ne connaissaient pas les coutumes et traditions juives, le texte regorge de commentaires sur les lieux, les coutumes et les termes, d’explications sur la signification des mots et des pratiques juives, ce qui rend les images encore plus concrètes et vivantes aux yeux du lecteur. De plus, l’auteur insiste davantage sur les actions de Jésus que sur ses enseignements : même si des mots comme “enseigner” et “prêcher” sont présents, Marc ne rapporte que quatre paraboles (au chapitre 4), tandis qu’il raconte pas moins de dix-huit miracles » (bibbia.it).
« Voici ce que disait le presbytre : Marc, interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, mais sans ordre, tout ce dont il se souvenait des paroles et des actes du Christ ; car il n’avait ni entendu le Seigneur ni vécu avec Lui, mais plus tard, comme je l’ai dit, il fut le compagnon de Pierre. Et Pierre dispensait ses enseignements selon les besoins, sans intention de faire une exposition ordonnée des paroles du Seigneur. Ainsi, Marc ne commit aucune faute en écrivant certaines choses telles qu’il s’en souvenait, soucieux d’une seule chose : ne rien omettre de ce qu’il avait entendu et ne rien altérer. »
« Il entra de nouveau dans la synagogue. Il s’y trouvait un homme ayant une main paralysée. Ils observaient Jésus pour voir s’il le guérirait un jour de sabbat, afin de pouvoir l’accuser. Il dit à l’homme qui avait la main paralysée : “Lève-toi, viens au milieu !” Puis il leur dit : “Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal, de sauver une vie ou de la tuer ?” Mais ils gardèrent le silence. Promenant sur eux un regard de colère, attristé par l’endurcissement de leurs cœurs, il dit à l’homme : “Étends la main.” Il l’étendit, et sa main fut guérie. Les pharisiens sortirent aussitôt et tinrent conseil avec les hérodiens contre lui, pour le faire mourir. »
“Dans un jugement, le sujet ne se contente pas d’énoncer un état de fait (« les choses sont ainsi »), mais il en affirme aussi la vérité, c’est-à-dire qu’il dit aussi : « il est vrai que les choses sont ainsi » et « il n’est pas vrai que les choses soient autrement ». Autrement dit, par le jugement, on affirme que cette chose doit être pensée de cette manière précise, et qu’il est impensable de la penser autrement”.
(Antonio Livi, Philosophie du sens commun, 2018)
« En substance, lorsque l’homme se demande sérieusement s’il existe ou non une vérité sur l’homme, si la construction de sa propre existence doit nécessairement se confronter à une signification ou à une fin qui la précède et la juge, ou si tout est uniquement création de l’homme lui-même — alors, à ce moment-là, dans le cœur de cet homme, l’Évangile de la vie est en train d’entrer en conflit avec la culture de la mort.
Le Verbe fait chair témoigne de cette vérité, et l’homme, dans le cœur duquel la culture de la mort a déjà semé son piège, répond : “Et qu’est-ce que la vérité ?”
Foi et incroyance : la foi comme assentiment à la Vérité — l’incroyance comme éloignement de la Vérité. C’est le premier acte de ce combat qui a lieu dans le cœur de tout homme, entre l’Évangile de la vie et la culture de la mort. »
(Évangile de la vie et culture de la mort, 1992)
6 jours pour devenir un défenseur de la vie
La quatrième édition de l’université d’été de la Lejeune Académie aura lieu du 17 au 23 août à Pau. Une semaine réservée aux jeunes de 18 à 27 ans désireux de s’engager pour le respect de la vie. Ne tardez pas, les places partent vite !
Au programme :
– des conférences pour comprendre les enjeux éthiques, politiques, psychologiques, juridiques, et scientifiques de l’avortement, de la PMA et de l’euthanasie;
– des témoignages pour saisir la réalité vécue,
– des entraînements au débat et à l’écoute active,
– des ateliers pratiques en communication, rhétorique, écoute, management et montage vidéo.
29 mai au 1er juin : parcours Zachée à Paray le Monial
Le forum Zachée : 4 jours à l’Ascension pour réfléchir, se former, échanger, vivre la fraternité. Ancré dans la doctrine sociale de l’Eglise, ce forum est l’occasion d’explorer les grandes questions de notre temps.
Le Forum en quelques points clés :
- Un thème qui interpelle : Tous héritiers ! De qui, de quoi, et pour quoi ?
- 500 participants dont une centaine de jeunes professionnels.
- intervenants : Tugdual Derville / Pierre-Yves Gomez / Pierre Michelin / Patrice Bonduelle / Xavier Lemoine / Léonard Prunier / Amaury Gomart / Desfortunée Feupeussi / Marie-Liesse Malbrancke…
- Des ateliers de mise en pratique pour unifier sa foi et sa vie quotidienne : biblique, marche méditative, coaching professionnel, artistique, développement personnel, écologie humaine…
- Une soirée spectacle : avec le nouveau seul en scène de Mehdi Djaadi «Couleur framboise».
2025 année exceptionnelle : les 20 ans des parcours Zachée !
C’est cet anniversaire qui a inspiré le thème de cette année : Tous héritiers ! De qui, de quoi, et pour quoi ?
Nous sommes tous héritiers ! D’une génétique, d’une famille, d’une culture, d’une éducation, d’une spiritualité, d’une profession, d’un patrimoine économique, d’un engagement politique, associatif. Quelle attitude adopter face à cet héritage ? Etre héritier est-ce un cadeau ou un fardeau ? Faut-il se tourner vers le passé ou vers l’avenir ? Que souhaitons nous transmettre à notre tour ? Autant de sujets qui seront abordés durant les 4 jours du Forum.
Pour qui ?
Ce forum s’adresse à tous, de 20 à 99 ans !
Un “before” est prévu pour les jeunes pros avec un rdv pour eux dès le 27 mai au soir.
Pourquoi venir ?
- Se ressourcer : Partagez un temps fort avec d’autres chrétiens
- Réfléchir / se former : De nombreux enseignements et ateliers permettront d’approfondir le thème de l’héritage, sous toutes se dimensions
- Prier : Remettez le Christ au cœur de votre vie personnelle et professionnelle
- S’inspirer : Profitez des enseignements riches, ancrés dans l’expérience et nourris par une réflexion exigeante, pour mieux relever les défis quotidiens
- Rencontrer : Vivez des moments conviviaux et enrichissants.
Informations pratiques
Lieu : Paray-le-Monial (71)
Dates : 29 mai au 1er juin 2025 (à partir du 27/05 pour les 25-35 +)
Pour plus d’informations et pour vous inscrire, rendez-vous sur notre site web.
https://zachee.com/forum-zachee-2025/
A quoi sert la politique ?
Editorial du père Danziec dans l’Homme nouveau :
La parole de Dieu porte en elle un parfum céleste. Son verbe vient d’en haut. Elle nous indique le chemin du Ciel et les moyens pour y parvenir. Le Fils de Dieu promet effectivement sa paix divine à tous ceux qui sont disposés à le suivre. Et tout naturellement, lorsque l’on moissonne l’Évangile, il appartient à chacun, parmi les javelles de lumière essaimées dans le champ de l’Église, de nourrir une réflexion profonde sur sa propre existence à partir des gerbes de la vie du Christ.
D’autant plus que Notre-Seigneur, compatissant et prédicateur de la sagesse éternelle, n’est pas déconnecté des réalités terrestres. « J’ai pitié de cette foule. Depuis trois jours qu’ils me suivent, depuis trois jours qu’ils boivent mes paroles mais ils ont faim » affirme-t-il, magnanime, lors de la multiplication des pains (Mt 15, 32).
Dans le sillage de Pâques, qui mieux que Jésus-Christ pour nous apprendre que servir, c’est régner ? Réside là, d’ailleurs, la raison même de son Incarnation : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir.» Dans la lignée de cette orientation de vie, la souveraine politique sera donc celle qui prend pitié des hommes.
Prendre plaisir à vivre ensemble
Les hommes sont appelés à vivre en société mais le péché originel fait que, de façon récurrente, la dissociété les menace, pour reprendre le mot popularisé par Jacques Généreux. Pour autant, le propos de la politique ne devrait pas consister pas à défendre le vivre-ensemble mais à permettre aux hommes de prendre plaisir à vivre ensemble. Sortir de la dissociété nécessite de suivre la geste du Fils de Dieu qui de Seigneur se fait serviteur.
Ainsi, la politique impérée par la charité théologale devient civilisatrice, seulement dans la mesure où, s’appuyant sur les principes de l’Évangile, elle arrive à dessiner les « espaces de paix et de sociabilité », selon l’expression charmante du professeur Pierre Chaunu. Ces espaces de paix et de sociabilité sont propres à donner justement à l’homme la possibilité d’atteindre sa fin, qui passe par le goût du bien et l’amour du vrai.
Les leçons de l’Histoire nous le prouvent, l’athéisme revendiqué des totalitarismes du XXe siècle comme l’absence de transcendance consubstantielle à l’insouciance de la période contemporaine : aucune politique digne de ce nom ne saurait favoriser pertinemment le Bien commun si elle n’est habitée, au moins de façon lointaine, par la recherche du royaume de Dieu. « Cherchez d’abord le royaume de Dieu, le reste vous sera donné par surcroît.»
Il est en outre une autre exigence à laquelle doit répondre la politique et qui échappe parfois à ceux-là mêmes qui devraient l’enseigner dans l’Église : la politique se doit d’aider les hommes à atteindre leur fin. L’organisation idéale de la cité sera celle qui, à sa place, favorisera l’amour des vertus et le service de la vérité, dans le but du salut des âmes.
Se demander à quoi sert la politique et affirmer qu’elle est au service des hommes pour qu’ils atteignent leur fin appelle une autre question qui prolonge de façon décisive la première : comment la politique pourrait-elle servir sans se mettre à l’école du serviteur par excellence ? À l’école du Christ offert. À l’école du Christ en croix.
L’individu, fin dernière de l’ordre social ?
Gustave Thibon soulignait, avec l’à-propos qui le singularise, que dans les époques classiques du passé, les institutions morales, politiques ou religieuses dépassaient et portaient les individus qui les représentaient. Ainsi la monarchie était plus que le roi, le sacerdoce plus que le prêtre. Au point tel d’ailleurs qu’on pouvait se payer le luxe de s’interroger sur tel roi ou tel pape sans que le principe même de la monarchie ou de l’autorité pontificale soit mis en question le moins du monde.
Aujourd’hui en revanche, comme dans tous les temps de décadence, nous assistons au phénomène inverse. Les institutions ne sont tolérées et aimées qu’à travers les personnes. En 1974, dans son essai De la prudence, la plus humaine des vertus, Marcel De Corte ciblait déjà le problème : « Sous l’influence d’un christianisme dégénéré et sécularisé, l’individu s’est érigé, lentement, puis torrentueusement, fin dernière de l’ordre social.»
Montrer l’exemple et manifester sa soif de cohérence entre l’enseignement de l’Église et sa propre vie – traversée de misères – peut relever d’un certain héroïsme. Assurément de tous les héroïsmes, celui qui importe le plus et qui transcende tous les autres, qui les transcende d’aussi haut que la grâce est en mesure de transcender notre nature, c’est l’héroïsme de la sainteté.
Or la sainteté ne consiste pas à se servir des grâces du Ciel pour son propre compte mais, bien au contraire, à se mettre au service de ces dernières au bénéfice de tous. Devenir des miroirs de la Résurrection au service de son prochain, le voilà l’agir politique dans son sens le plus noble.
Mensonges budgétaires et fausses économies
De Guillaume de Thieulloy dans Les 4 Vérités :
François Bayrou, après tant de ses prédécesseurs à Matignon, se lance à son tour dans le numéro budgétaire qui n’en finit plus de lasser les Français. Comme ses prédécesseurs, il nous promet une restauration des finances publiques sans hausse d’impôts mais avec une hausse des investissements (la petite nouveauté étant que les investissements en question sont militaires au lieu d’être une énième version du traditionnel « Demain on rase gratis » de la gauche qui règne sans partage sur les assemblées parlementaires).
Aussitôt, le jeu de rôles se met en place: les oppositions, de gauche comme de droite, menacent de censurer le gouvernement si, d’aventure, le pouvoir d’achat des Français diminuait. Mais oppositions et majorité agissent comme si tout avait été tenté sans succès pour limiter la dépense publique et comme si, entre gens sérieux, les arrangements ne pouvaient se faire qu’à la marge: on veut bien discuter d’augmenter ou de réduire la TVA ou le RSA d’un point, mais ici s’arrête la marge de négociation. Il est pourtant trop évident que ce n’est pas ainsi que l’on pourra restaurer les finances publiques.
La première chose à faire est de cesser de prétendre que lorsque l’on diminue le service public, on fait des économies. Si la qualité du service public diminue sans diminution des impôts, ce n’est rien d’autre que le rétablissement de la corvée. Au passage, je suis frappé du nombre de maux que l’on reproche – souvent à juste titre – à l’Ancien Régime et qui sont pourtant aussi présents sous Marianne V que sous Louis XVI. Nous avons donc restauré la corvée (qu’est donc le lundi de Pentecôte travaillé mais non payé, sinon un jour de corvée?), le gouvernement des juges, le corporatisme dans la plupart des domaines économiques et sociaux, et même les fermiers généraux (puisque, désormais, à Paris, ce sont des sociétés privées qui rackettent les automobilistes en usant de la puissance publique pour émettre des amendes).
Mais revenons aux finances publiques. Le deuxième impératif est de ne pas laisser croire que le déficit public s’impose aux gouvernements qui n’y peuvent rien: la réalité est que le déficit est un choix politique. Car personne n’oblige le gouvernement à faire voter des budgets dans lesquels les dépenses excèdent les recettes.
Enfin, le vote d’un budget est le cœur de l’action politique: c’est là qu’il est le plus clair que gouverner, c’est choisir. Aucune économie ne sera possible si nos gouvernants continuent à considérer que le budget sert d’abord le clientélisme. Nous attendons d’eux qu’ils nous disent quelles priorités ils choisissent et pourquoi, pas qu’ils nous jouent sempiternellement le même jeu grotesque et lassant. Le bon sens imposerait que l’on considère que les citoyens sont, pour l’État, prioritaires sur les étrangers. Dans les circonstances actuelles, il semblerait également raisonnable de dire que les dépenses militaires sont prioritaires sur les dépenses sociales. Mais non, « on » continue de faire comme si l’État avait le devoir de nourrir la planète entière et les va t’en guerre les plus excités sont aussi ceux qui réclament que le SMIC soit augmenté et refusent que le RSA s’accompagne d’une obligation de travailler.
Il reste pourtant une option inexplorée: celle de la responsabilité. Ne prenons qu’un exemple: créez le chèque scolaire et vous réaliserez des milliards d’économies sur la gabegie de la prétendue Éducation nationale, tout en augmentant le niveau. Mais c’est précisément là que le bât blesse: nos politicards veulent bien faire semblant de faire des économies, ils ne sont pas prêts à abandonner le pouvoir que nous leur avons abandonné!
Logique trumpienne
Essai de décryptage par Pierre de Lauzun dans Politique magazine :
[…] Il y a un point évident : son refus de la politique idéologique, prétendument morale, celle des bien mal nommés « néo-conservateurs », qui sont en réalité des progressistes violents, visant à l’instauration partout de la démocratie et des droits de l’homme par le bombardement. Et, plus largement, de la posture prétendument moralisante des Occidentaux. Mais ce refus ne suffit pas à définir une politique.
On peut y voir ensuite l’adoption d’une forme de réalisme géopolitique, du type défendu depuis des années aux Etats-Unis par un homme du calibre de John Mearsheimer. Il y a des gens autour de Trump qui sont de cette école. Ce n’est pas de la realpolitik au sens bismarckien, mais la constatation de la prédominance des rapports de force dans la communauté internationale, dans la mesure où il n’y a pas d’autorité commune, et où chacun est pris dans la logique de la stratégie et du risque que chacun peut présenter pour l’autre. Dans cette perspective, la priorité est donnée à la rivalité avec la Chine (le pivot asiatique, à la suite d’Obama), d’où un rapprochement avec la Russie, qui, selon cette ligne, avait été malencontreusement renvoyée dans les bras de Pékin à la suite de la guerre en Ukraine. Ce courant de pensée est clairement présent dans l’entourage de Trump, et influent. Mais Trump n’a pas la vision longue que cette approche suppose, et d’autres influences agissent.
On peut noter aussi une approche économique : un mélange entre une forme de mercantilisme – se traduisant notamment par des droits de douane et l’utilisation de pressions pour s’ouvrir des débouchés commerciaux – et la recherche du contrôle de ressources rares devenues encore plus décisives avec les développements technologiques. Plus le souci de réduire le coût de la protection militaire américaine, notamment en Europe. Une telle approche peut en partie recouvrir la précédente, mais aussi la contredire ; et elle conduit à des actions opportunistes et des voltefaces, dans le style de Trump. Une autre influence est celle d’Elon Musk, de Peter Thiel, et d’autres, eux aussi adeptes des bouleversements radicaux, mais avec un angle de vision différent, car libertarien. Il est clair que ces courants divers sont bien présents et actifs eux aussi.
En revanche, quand certains voient dans la stratégie de Trump un changement de camp idéologique des États-Unis, par rapprochement avec le camp autoritaire russo-chinois, cette approche binaire ne colle pas avec le fait que Trump n’est pas un idéologue, et que son horizon est court. D’autres mettent en avant le besoin de montrer très rapidement des résultats cohérents avec les annonces, tant par tempérament de faiseur de deal de Trump que du fait que le temps lui est compté : en octobre 2027, on aura les élections de mid-terms et la perte probable de contrôle du Congrès. Notamment du fait des facteurs économiques, domaine dans lequel la cohérence du trumpisme est très peu assurée, et le risque de décevoir son électorat très élevé (sur l’inflation en particulier). C’est sûrement aussi un facteur explicatif majeur.
D’autres encore soulignent les éléments émotionnels présents chez lui, ou des a priori non réductibles aux rationalités précédentes. Ainsi le soutien donné à Israël, au-delà des administrations précédentes et, concomitamment, sa haine de l’Iran. On évoque aussi, à tort ou à raison, une certaine estime de Poutine ; un mépris de l’Europe, jugée décadente ou woke ; ou une volonté de revanche sur ses ennemis démocrates, etc. Tout cela joue un rôle, mais ne donne pas une ligne générale. Qui dit influences multiples et horizons très courts, dit difficulté à définir une ligne stratégique claire. […]


