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Tribune libre

Ils ont tué un jumeau parce qu’ils ne voulaient qu’un enfant, pas deux. La Pologne de Donald Tusk comme la Corée du Nord

Ils ont tué un jumeau parce qu’ils ne voulaient qu’un enfant, pas deux. La Pologne de Donald Tusk comme la Corée du Nord

Une mère accepte que l’un de ses deux enfants soit tué. Le second jumeau survivra. Mais toute sa vie, il portera en lui une question que personne ne devrait jamais avoir à se poser : pourquoi pas moi ?

Justyna Wydrzyńska, militante de l’« Abortion Dream Team » (« Équipe de rêve pour l’avortement »), a récemment publié un enregistrement dans lequel elle raconte comment son organisation a aidé une femme enceinte de jumeaux à pratiquer ce que l’on appelle un avortement sélectif. Les parents voulaient un enfant, pas deux. L’un des jumeaux a donc été tué, tandis que l’autre doit naître. Wydrzyńska en parle avec satisfaction. Les militantes qui ont conseillé à la femme de tuer le frère ou la sœur de cet enfant doivent devenir ses « tatas ».

Ce n’est pas le scénario d’un film d’horreur. C’est la Pologne de l’année 2026.

Wydrzyńska évolue depuis des années dans le milieu pro-avortement, et ce n’est pas son premier démêlé avec la justice. En 2023, un tribunal de Varsovie l’a condamnée pour complicité d’avortement pharmacologique. Ce jugement aurait dû servir d’avertissement. Mais après l’arrivée au pouvoir de Donald Tusk, le parquet a trouvé le moyen de l’annuler. Le statut du juge qui avait rendu le jugement a été contesté, au prétexte que ce juge avait été avancé sous le gouvernement précédent, et l’affaire a dû recommencer depuis le début. Si la procédure s’était alors conclue au lieu de rester suspendue dans un vide juridique, Wydrzyńska pourrait aujourd’hui purger sa peine au lieu d’enregistrer de nouvelles vidéos sur la manière dont elle « aide » les femmes à tuer leurs enfants. On peut poser la question directement : si le droit avait fonctionné, ce jumeau serait-il en vie ?

L’Institut Ordo Iuris n’entend pas laisser cette affaire sans suite. Le think tank juridique polonais, doté d’un département d’intervention judiciaire, finit actuellement la préparation d’une dénonciation pour complicité présumée d’avortement visant les militantes de l’« Abortion Dream Team ». Il annonce vouloir obtenir l’interdiction légale de cette organisation. Ce ne sont pas de vaines paroles : cette année, les juristes de l’Institut ont déjà obtenu l’annulation de deux refus d’ouverture d’enquête opposés par le parquet, dont le gouvernement de Donald Tusk a pris le contrôle de manière illégale, l’un dans l’affaire de la « clinique d’avortement » varsovienne AboTak, l’autre concernant les « Kurierki ProAbo » (« Coursières ProAvortement »), qui distribuent des pilules abortives.

La Pologne recule dans le classement de la protection de la vie. Elle est proche de la Corée du Nord

Cette histoire n’est pas un incident isolé. Elle est le symptôme d’un système qui, ces dernières années, a cessé de protéger les plus faibles.

Le 17 juin, l’Institut Ordo Iuris et le Centre pour la Vie et la Famille (Centrum Życia i Rodziny) ont présenté la mise à jour du classement mondial de la protection de la vie, élaboré dans le cadre de l’« Encyclopédie Prolife ». Le résultat est accablant. Si l’on ne prend en compte que l’état formel du droit, la Pologne occupe la 84ᵉ place mondiale. C’est même une place de mieux qu’en 2023, non pas parce que la situation se serait améliorée chez nous, mais parce que d’autres pays ont dégradé leur législation.

Mais c’est nettement moins bien si l’on s’intéresse à la manière dont les autorités polonaises appliquent réellement la loi, où plutôt empêchent son application par des circulaires envoyées aux hôpitaux et par le chantage financier qu’il leur impose pour les obliger à procéder à des avortements sur présentation d’un simple certificat de psychiatre. La Pologne tombe alors à la 192ᵉ place. Elle se retrouve aux côtés de pays tels que le Canada, la Chine, le Vietnam communiste et la Corée du Nord. Soit une chute de 107 places en seulement trois ans.

Cela mérite d’être encore une fois souligné après 8 ans de gouvernements conservateurs accusés de violer par son opposition et par la Commission européenne et le Parlement européen de l’État de droit : aujourd’hui la Pologne gouvernée par l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk, qui jouit d’un soutien sans faille de la Commission Von der Leyen (qui a débloqué les fonds dès son retour au pouvoir à Varsovie en décembre 2023), se retrouve parmi les pays les plus mal notés au monde non pas parce que la loi ou la Constitution auraient été modifiées — elles protègent toujours formellement la vie des enfants à naître —, mais parce que le gouvernement de Donald Tusk viole le droit en vigueur, en contraignant les hôpitaux à pratiquer des avortements et en menaçant les établissements qui refusent de perdre leurs contrats avec la Caisse nationale d’assurance maladie polonaise (NFZ). C’est ce même gouvernement qui, depuis des mois, refuse de publier plus de soixante-dix arrêts du Tribunal constitutionnel polonais. L’atteinte à l’État de droit et l’atteinte au droit à la vie vont ici, on le voit, de pair. Car si l’on peut ignorer les arrêts de la cour constitutionnelle, on peut tout aussi bien ignorer la protection de l’enfant conçu. Et cela se produit, hélas, avec le soutien actif — verbal et financier — de la Commission européenne, nullement gênée par la prise de contrôle des médias publics par la force en décembre 2023, la prise de contrôle du parquet par la force en janvier 2024, puis le remplacement des présidents et vice-présidents des tribunaux à travers le pays, sans respecter la loi en vigueur (car sans obtenir l’accord des collèges de juges de ces tribunaux ou, à défaut, celui du Conseil national de la magistrature), dans les mois qui ont suivi.

Le mécanisme grâce auquel cela se produit est simple et cynique. Le gouvernement de Donald Tusk cherche depuis longtemps à légaliser l’avortement sur demande jusqu’à la 12ᵉ semaine de grossesse par une loi ordinaire — bien qu’un tel changement soit contraire à la Constitution, qui protège la vie humaine dès la conception. Plusieurs projets ont pourtant été soumis à la Diète et rejetés à chaque fois, y compris par une partie des voix de la propre coalition au pouvoir. N’étant pas parvenu à faire aboutir ce changement par la voie législative, le gouvernement a emprunté une autre voie : les directives de l’ex-ministre de la Santé Izabela Leszczyna et la modification du décret relatif aux contrats avec les hôpitaux. Dans la pratique, ces textes imposent aux établissements de pratiquer des avortements sur la seule base d’un certificat délivré par un psychiatre. Sans force juridique contraignante, mais avec, en revanche, une menace bien réelle de sanctions financières et de perte de financement. Une « petite porte au lieu d’un grand portail » ouvert pour l’avortement sur simple demande, comme l’a lui-même formulé Tusk. Mais l’effet est identique.

Ce qui se passe réellement dans les hôpitaux polonais

Ce qui se passe réellement « en coulisses » est décrit sans détour par deux sages-femmes expérimentées, interrogées par le directeur de la communication d’Ordo Iuris, Olivier Bault. Depuis l’automne dernier, dans leur hôpital, des avortements sont pratiqués régulièrement, plusieurs fois par mois, sur la seule base d’un certificat psychiatrique, sans concertation médicale, sans même vérifier si la patiente est réellement suivie par un psychiatre. Selon leur témoignage, plus des trois quarts de ces avortements concernent des enfants suspectés d’être atteints de trisomie 21, qui, depuis une décision du Tribunal constitutionnel polonais de 2020, n’autorise pas en Pologne à procéder à un avortement.

Le personnel qui souhaite invoquer la clause de conscience est découragé et tourné en dérision. On a cessé d’informer les femmes recevant un diagnostic d’anomalie ou maladie létale de l’enfant à naître de l’existence des maisons de soins palliatifs périnataux, qui pourraient offrir un véritable soutien. À la place, il est devenu la norme de convaincre les mères qu’il ne sert à rien de poursuivre leur grossesse. C’est un renversement complet de la mission même de la profession de sage-femme, dont la vocation, par définition, est de protéger la vie de la mère et de l’enfant — et cela, rappelons-le une fois de plus, en violation de la loi et de la Constitution polonaise, alors même que les dirigeants actuels, lorsqu’ils étaient dans l’opposition, dénonçaient bruyamment de prétendues atteintes à l’État de droit et à la démocratie commises par le gouvernement plus conservateur de Mateusz Morawiecki (PiS).

La prière comme réponse à l’illégalité

Le droit et le témoignage des médecins et personnels médicaux constituent un premier front du combat mené par l’Institut Ordo Iuris dans ce domaine. Le second — spirituel — est mené par le Centre pour la Vie et la Famille, organisateur chaque année de dizaines de marches pour la vie et la famille dans toute la Pologne. Depuis mars 2026, l’organisation rassemble chaque mois, tous les troisièmes mercredis, des personnes en prière devant la clinique d’avortement « AboTak », rue Wiejska à Varsovie — littéralement à quelques dizaines de mètres de la Diète polonaise (Sejm). Les participants récitent le Rosaire et la litanie de Saint Joseph à l’intention des enfants à naître et de leurs mères. Sans slogans, sans discours. Rien que la prière, répétée avec constance, mois après mois.

Ce n’est pas un hasard si la « clinique d’avortement » AboTak est devenue le point de rencontre de ces deux fronts. C’est précisément là qu’en mars 2025, les militantes de l’« Abortion Dream Team » ont ouvert cette première « clinique d’avortement » ouvertement affichée en Pologne, proposant une aide à l’avortement pharmacologique — illégal au regard du droit polonais. Le Centre pour la Vie et la Famille et Ordo Iuris coorganisent également depuis des années la Marche nationale pour la Vie, qui rassemble chaque année des dizaines de milliers de Polonais à Varsovie. L’affaire de la clinique AboTak est devenue, pour les deux organisations, un nouveau terrain de collaboration étroite, à la fois juridique, militante et spirituelle.

L’histoire du jumeau tué, la chute de la Pologne au niveau de la Corée du Nord et le travail quotidien du personnel hospitalier contraint de participer à des avortements sont trois manifestations d’un même phénomène : celui d’un État qui a cessé de protéger les plus faibles, alors même que le droit reste formellement de leur côté. Des élections auront lieu l’année prochaine en Pologne, et les sondages montrent que ceux qui gouvernent aujourd’hui pourraient perdre le pouvoir, et qu’une coalition pourrait voir le jour en Pologne, le plus pro-vie et le plus pro-souveraineté depuis la chute du communisme il y a plus de 35 ans. Si cela se produit, ceux qui violent aujourd’hui le droit polonais et la Constitution polonaise protégeant le droit à vie de la conception à la mort naturelle devront répondre de leurs actes devant la justice, et ce même si la Commission européenne devait à nouveau geler des milliards de fonds destinés à la Pologne, comme elle l’avait fait sous le gouvernement du Parti Droit et Justice (PiS), avant le retour au pouvoir de Donald Tusk en Pologne en décembre 2023.

Jakub Miśkiewicz

L’auteur est étudiant en journalisme à l’Académie de Culture sociale et médiatique de Toruń en Pologne et stagiaire à l’Institut Ordo Iuris pour la Culture juridique

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