D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
Au cours des dernières décennies, j’ai observé un phénomène très particulier en regardant la relation qu’un certain monde catholique, y compris institutionnel, a voulu établir avec le traditionalisme catholique. Ce phénomène tend à transformer le traditionalisme catholique, notamment dans le domaine de la liturgie, en un problème qu’il faudrait résoudre — évidemment au détriment des traditionalistes. Bien que j’aie moi-même des réserves, que j’ai exprimées à plusieurs reprises, à l’égard d’un certain monde traditionaliste, je considère qu’il s’agit là d’une grave erreur.
Si l’on pense que ceux qui préfèrent suivre la Messe selon le rite réformé par saint Pie V constituent un problème, on refuse en définitive de regarder la véritable question en face. À mon avis, cette question ne peut être abordée qu’en considérant le traditionalisme comme le symptôme de quelque chose et, peut-être aussi, comme une opportunité.
Le fait qu’un certain nombre de personnes choisissent de se rendre jusque dans des églises éloignées de leur lieu de résidence pour assister à une Messe traditionnelle devrait peut-être nous amener à nous interroger sur ce qui ne va pas dans la manière dont est célébrée la Messe de saint Paul VI. Et croyez-moi, il y a réellement beaucoup de choses qui ne vont pas. Il suffit d’entrer dans nos paroisses pour se rendre facilement compte que la « Messe du Concile », dans huit cas sur dix — et je suis optimiste — ne respecte absolument pas ce qui est prescrit par Sacrosanctum Concilium et, bien au contraire, va à l’encontre de nombre de ces prescriptions.
J’ai eu, et j’ai encore, des relations d’amitié avec des liturgistes qui se sont battus en faveur du Novus Ordo, dont certains ont même vécu directement sa naissance. Et pourtant, eux aussi, qui ne peuvent certainement pas être soupçonnés de traditionalisme, m’ont dit que la plus grande partie des liturgies auxquelles nous assistons aujourd’hui a très peu à voir avec les intentions de ceux qui ont porté la réforme.
Combien ai-je écrit sur la dévastation de la musique sacrée dans la liturgie ? Et il ne s’agit pas d’une question de latin : il s’agit surtout de la qualité extrêmement médiocre d’une grande partie de la musique qui a été introduite dans la liturgie, une musique qui a dégradé la liturgie elle-même et irrémédiablement ruiné le goût liturgique des fidèles.
Se raconter que les méchants sont les traditionalistes, qui ne constituent de toute façon qu’une infime minorité par rapport au nombre total des catholiques, revient à refuser d’affronter le véritable problème : celui de la trahison de la réforme liturgique qui, malgré la bonne volonté de certains, s’est échouée dans les eaux du laisser-aller et de la médiocrité.
Il faudrait avoir le courage de s’occuper moins des traditionalistes et davantage de la manière de ramener la réforme liturgique à ses intentions originelles, qui plongent leurs racines profondes dans l’œuvre de dom Prosper Guéranger. La « Messe du Concile », en réalité, demeure encore une chimère dans un trop grand nombre de nos églises.

incongru
attendons encore un peu, les derniers vieux qui suivent la « nouvelle messe », en langue vulgaire, ne devraient pas tarder à mourir ; par contre, ce qui m’a frappé, ce sont tous les gosses qui assistent et font vivre la messe « en latin » ; que comprendre ?
PierreMontamat
On va de ‘la Messe selon le rite réformé par saint Pie V’ !!! à ‘la réforme liturgique à ses intentions originelles, qui plongent leurs racines profondes dans l’œuvre de dom Prosper Guéranger.’ !!! Entre ces deux aberrations, il y a ‘la trahison de la réforme liturgique’ de Vatican II !!!
Cela fait donc 3 aberrations dans ce texte. Quand est-ce que ce M. osera aborder – en face et en argumentant – de l’aberration théologique du nouveau rite ??? Il s »agirait au minimum de s’inscrire dans un ‘dialogue’ commencé il y a maintenant plus de 50 ans.
julaurdine
C’est un fait, le gloubi-boulga et la messe conciliaire Paul6 sont de la même année 1970, avec l’ouverture au monde ils ont gardé beaucoup de points communs …
collinrem
Heureux d’apprendre que nous ne sommes pas un problème, du moins pour M. Porfiri.
« …les traditionalistes, qui ne constituent de toute façon qu’une infime minorité « …
Infime ? A voir. En tout cas en progression régulière et avec beaucoup de jeunesse.
Si les textes de St JP II et Benoît XVI étaient appliqués, c’est à dire si la possibilité de suivre la messe selon le rite de St Pie V n’était pas entravée dans la majorité des diocèses, le nombre de fidèles qui iraient à cette messe serait 2 ou 3 fois plus élevé. Je connais des dizaines de gens autour de moi dans ce cas.
PierreMontamat
On a ici la dictature de l’opinion et de la sociologie. Et peut-être aussi quelqu’un qui veut ‘sauver’ son boulot ?
Vraiment, ces considérations sont soulantes…
Problème, symptôme, opportunité = bla bla bla !