De Jean Marensin, historien, pour le Salon beige:
La perspective de la visite du Pape en France suscite une ferveur que l’on n’avait pas connue depuis longtemps. Il est normal que les Français se réjouissent d’accueillir leur père. D’autant qu’il porte un nom français et a en partie une ascendance française. Avec quelques ambiguïtés cependant dans ce bon accueil. Les catholiques dits « progressistes », ravis de l’excommunication des nouveaux évêques de la Fraternité Saint Pie X croient, à tort ou à raison, que le Pape est de leur bord.
La visite à Paris et à Lourdes est normale.
La visite à Metz pose, elle, des questions. Léon voulait une ville de province ; les évêques français lui ont proposé la ville de Robert Schuman. Le Pape voudrait en profiter, avec des responsables religieux non catholiques, pour lancer un appel à la paix. Excellente idée au moment où en Europe de l’Ouest tout le monde fourbit ses armes en attendant une grande guerre continentale contre la Russie, à laquelle des forces sombres des deux côtés de l’Atlantique semblent pousser.
Mais si un pareil appel devait se référer à Robert Schumann, quel singulier malentendu !
Car, disons-le, ce sont les héritiers de Robert Schumann qui, aujourd’hui, en Europe occidentale poussent le plus à la guerre, avec une ardeur proportionnelle à leur engagement pour une Europe supranationale. Par exemple Macron, Merz, Von der Leyen…
Il n’est pas sûr que les évêques de France et d’Europe (sauf la Pologne), dont le logiciel reste celui de la vieille démocratie chrétienne pro-européenne, aient compris cela.
Pour la majorité de évêques de France, la construction européenne est sacrée. Ils étaient pétainistes, ils n’ont pas voulu être gaullistes, ils sont devenus démocrates-chrétiens et donc centristes et « européens ».
Ils ont ignoré les sages déclarations de Jean-Paul II, pour qui l’Eglise était certes favorable à la coopération des pays d’Europe mais n’avait pas à se prononcer sur ses modalités institutionnelles.
Le pape François a aussi su prendre des positions équilibrées, qui n’ont pas fait l’unanimité en Europe, sur les grandes crises internationales (Ukraine, Proche-Orient). Interrogé sur une récente vague « populiste » aux élections européenne, par des journalistes qui pensaient qu’il allait la condamner, il répondit que « ceux qui gouvernent doivent savoir écouter les peuples », ce qu’on a oublié depuis longtemps à Bruxelles.
Macron a été élu deux fois 2017 et 2022. Chaque fois, il s’est trouvé un archevêque français pour dire, officieusement au nom de ses collègues, qu’il allait voter pour lui. Cela pour « sauver l’Europe » menacée pensaient-ils par les « populistes » (ou les peuples ?).
Macron dont de hauts personnages de l’Eglise, parmi lesquels l’archevêque Gadecki, président de la conférence épiscopale de Pologne, ont dit qu’il était possédé (par qui, nous le laissons à deviner). En tous cas, les Français ont vu voir comment, depuis 2017, il prend parti chaque fois qu’il le peut contre les intérêts de la France et contre les positions de l’Eglise. Lourde croix à porter pour ceux qui aiment notre pays.
Le même Macron s’agite pour faire monter la tension avec la Russie.
Dans les années trente, les extrémistes, partisans de régimes totalitaires, poussaient à la guerre, tandis que les centristes, modérés ou radicaux et même socialistes, au pouvoir à Paris et à Londres, voulaient la paix. Par un renversement dont l’histoire nous offre maints exemples, aujourd’hui, c’est l’inverse : les centristes-européistes veulent une guerre avec la Russie. Comme tous les idéalistes (ou idéologues), ils sont inaptes au compromis, tandis que les prétendus extrémistes refusent la guerre.
Que la conférence des évêques d’Europe ait récemment appelé à un réarmement (non moral mais militaire) de l’Europe occidentale, calqué sur les positions de l’OTAN, montre combien le contexte actuel peut en égarer certains.
Non seulement le parrainage de Robert Schuman serait bien mal choisi mais le personnage, fait vénérable à la suite des pressions de la commission de Bruxelles et des Lorrains, est aujourd’hui contesté. Il a voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il a passé la guerre caché dans des monastères. On sait aujourd’hui que la fameuse déclaration Schuman du 9 mai 1950, dont on dit quelle fut le point de départ de la construction européenne, fut rédigée par l’agnostique Jean Monnet à l’ambassade des Etats-Unis et qu’il n’eut qu’à la lire devant les journalistes.
S’il fut de manière presque continue ministre de la IVe République, c’est sans doute que le vieux paysan mosellan était plus madré qu’on ne croit, c’est surtout que Washington a jugé qu’il serait un allié docile.
Faut-il aller plus loin et penser que les évêques français ont tendu un piège au pape Léon XIV ? D’une part en organisant sa venue en pleine campagne électorale, une campagne qui pourrait virer à la guerre civile, ensuite en poussant le Pape vers des positions européennes, c’est-à-dire bellicistes qui iraient dans le sens des macroniens et apparaîtraient comme une condamnation du vote Le Pen. Déjà une visite prévue à un centre de soins palliatifs (critique implicite de Macron qui a tant poussé pour qu’il y ait une loi sur l’euthanasie) a été remplacée par celle d’un centre d’accueil pour migrants (critique implicite du RN). Certaines collusions étranges entre les hautes sphères de l’Eglise et le président, qui pourtant méprise les évêques, le laissent craindre.
On peut faire confiance à l’habileté du Pape pour éviter ces pièges, mais cela lui aurait été plus facile s’il était allé à Lisieux plutôt qu’à Metz…
Jean MARENSIN

EROUANI
Je suis moi aussi de ceux qui ne comprennent guère le sens de la brève étape finale de Metz.
Les explications embrouillées du cardinal Aveline dimanche dernier dans l’émission « En quête d’esprit » sur Cnews ne m’ont pas éclairé.
Lisieux aurait en effet été un bon choix. Aller à la rencontre de sainte Thérèse après sainte Bernadette aurait participé au grandiose.
Le temps parisien est malheureusement compté mais on peut regretter que Léon XIV n’aille ni rue du Bac ni à Montmartre d’où il aurait pu bénir Paris. Voilà des suggestions pour un prochain voyage.
Quant à la rencontre du pape avec les évêques de France elle se réduira au minimum, juste un petit moment à Lourdes à l’amphithéâtre sainte Bernadette (on y est mal assis) le dimanche matin avant la messe sur la prairie.
Coulomb
Monsieur Marensin,
« Les évêques français étaient pétainistes » dites-vous.
Et alors?
Les Français aussi, dans leur grande majorité.Il n’y a qu’à voir les foules qui ont ovationné le Maréchal lors de ses déplacements en 1944, dans le sud de la France et à Paris.
Elles rendaient hommage à celui qui était leur bouclier.
Quant à De Gaulle, il n’a fait que diviser les Français.
Il est dangereux aujourd’hui de défendre Pétain, mais il n’est pas encore obligatoire de lui cracher dessus.
Mes sincères salutations
EROUANI
Il faut arrêter cette misérable querelle sur les évêques de France face à Pétain et De Gaulle. 81 ans se sont passés depuis la Libération.
Duranr les 15 années, qui suivirent la guerre, ils furent plutôt démocrates-chrétiens.
Ils se rallièrent à De Gaulle et à la gauche pendant la guerre d’Algérie et la décolonisation.
On sait qu’aujourd’hui ils sont majoritairement de gauche. Vatican 2, mai 68 et le pontificat de François sont passés par là.
D'Haussy
»Pour la majorité de évêques de France, la construction européenne est sacrée. Ils étaient pétainistes, ils n’ont pas voulu être gaullistes, ils sont devenus démocrates-chrétiens et donc centristes et « européens ». »
De Gaulle c’est la pilule contraceptive, le rétablissement de la franc-maçonnerie et la 5e république (?)
PaulBlaise
C’est aussi l’abandon de l’Algérie, mais la résistance à l’occupation nazie, puis américaine.
Le personnage n’est pas tout blanc ou tout noir.
D'Haussy
Comme tout un chacun.
La 5e commence avec lui, le vert était dans le fruit.
Vianney
Ne perdons pas de temps sur Pétain et De Gaulle, il me semble que les partisans de l’un et de l’autre sont irréconciliables, c’est un fait. En revanche, la visite du Pape, à venir, et la posture des évêques dans notre France à l’agonie spirituelle et économique sont beaucoup plus importantes. Dans ce très bon article, sont évoqués les évêques de Pologne. Les évêques de Pologne ont une posture catholique, les évêques français ont une posture macroniste (sauf quelques-uns, mais soit ils sont éjectés, soit invisibilisés), or le macronisme est purement diabolique. Sa première arme de gouvernance est le mensonge, sa deuxième est le pillage et sa troisième est l’extermination de la France.
Cela me fait mal de l’écrire, mais les évêques soutiennent et promeuvent Micronosor, il s’agit d’une forfaiture diabolique. Si les évêques étaient véritablement catholiques, ils diraient explicitement qu’il est un devoir moral de s’opposer frontalement à cet homme par tous les moyens en notre possession. Ensuite, ils l’auraient excommunié, en bannissant toute rencontre avec lui. L’autoriser à prêcher dans Notre-Dame est inconcevable, appeler à voter pour lui est une trahison, est-ce que Jésus aurait appelé à voter pour Hérode ou Pilate ?
De nombreux hommes ont bien cerné ce personnage, les évêques, eux, se complaisent dans la macronie athéiste et corrompue.
Pourquoi les bons prêtres, priants, réellement catholiques, ne deviennent-ils jamais évêques ?