Nous avons interrogé Cyril Farret d’Astiès, président de l’association Les Franciscaines à Saint-Germain-en-Laye qui s’attache à promouvoir et développer l’accès au vetus ordo dans cette ville importante du diocèse de Versailles :
Avec la paroisse, vous organisez début octobre un week-end dédié au huitième centenaire du « transitus », la naissance au ciel de saint François d’Assise, avec, notamment, le lancement d’une tournée du chœur Ephata et la représentation de la cantastoria « Le Fou d’Assise » qui avait rencontré un grand succès au printemps à Saint-Germain-l’Auxerrois. C’est l’occasion de revenir sur l’existence originale de cette communauté traditionnelle. Pouvez-vous nous rappeler un peu votre histoire ?
Cyril Farret d’Astiès : Vous avez raison de relever l’aspect original de la communauté des Franciscaines. Il est effectivement assez atypique, mais nous pensons qu’il pourrait aussi servir de matrice plus large à la mise en œuvre de la paix à laquelle le pape Léon XIV a appelé au début de son pontificat et que promeut sa belle devise augustinienne : In illo uno unum.
La sainte Liturgie écrivait le pape Paul VI « est la source première de cet échange divin dans lequel la vie de Dieu nous est communiquée ; elle est la première école de notre âme. » Malheureusement depuis quelques décennies, la liturgie est devenue un lieu de dispute, d’affrontements et de scandales.
En 2023, dans un contexte général de tensions et de doutes, sous le pontificat du pape François, alors que son motu proprio Traditionis custodes fermait des portes largement ouvertes par Benoît XVI, a été accordée la célébration de la messe traditionnelle chaque dimanche et pour les grandes fêtes dans une chapelle de la ville de Saint-Germain-en-Laye. Cette mission est assurée par le curé et ses vicaires avec un grand souci pastoral et une véritable attention au respect de l’esprit et de la lettre des livres liturgiques antérieurs à la réforme post-concilaire.
Cet accord n’est cependant pas totalement tombé du ciel ?
Pas totalement. Mais nous ne sommes que des instruments ; c’est assurément la Providence divine qui était à la manœuvre. La première messe a été célébrée à la chapelle des Franciscaines le dimanche de Laetare 2023, qui tombait cette année-là le jour de la fête de saint Joseph. Vous m’accorderez qu’il est bien difficile de ne pas y voir la main du Bon Dieu ! Il faut en effet se souvenir que des années de confrontations, parfois bien dures, ont d’abord prévalues. Je ne souhaite pas spécialement évoquer les différents épisodes qui ont émaillé cette histoire douloureuse, vos lecteurs trouveront bien des choses sur internet et dans les archives du Salon Beige pour assouvir leur curiosité. Après ces nombreuses années d’oppositions et de déchirures locales au sujet de la libre jouissance du patrimoine liturgique antérieur à la réforme des années 1960, avec la grâce de Dieu et la sagesse de personnes qui ont cherché sincèrement et charitablement une voie d’apaisement, une solution pérenne, réaliste, fructueuse a vu le jour il y a trois ans, avec une deuxième étape importante cette année (au niveau pratique avec un usage entièrement dédié au vetus ordo de la chapelle, mais aussi par augmentation de l’offre sacramentelle et pastorale).
Pouvez-vous dresser un petit portrait de cette communauté des Franciscaines ?
La communauté croît régulièrement (plus de 200 fidèles à présent chaque dimanche), accueillant des convertis, des familles, des voisins, des catholiques attachés depuis toujours à la liturgie traditionnelle ou qui la découvrent… Certains sont très liés à la fraternité Saint-Pie X et d’autres n’avaient jamais entendu parler de l’ancien rit avant de pousser la porte de la chapelle. Comme partout en ce moment me semble-t-il, nous voyons arriver des personnes qui ont soif de sacré, de transcendance, de beauté, d’exigence, de cohérence, qui n’ont reçu aucune formation et qui n’ont pas non plus d’apriori. Le vénérable rit les subjugue par sa verticalité, et sa capacité à lever le voile du surnaturel en total contraste avec notre époque vulgaire, horizontale et technique. Ils nous disent leur enthousiasme et leur émerveillement pour cette liturgie et la beauté du chant grégorien qui lui est si intimement lié.
Grâce à notre évêque, monseigneur Crépy, à son vicaire général monseigneur Boulle et à notre curé le père L’Hirondel, grâce aussi à la bonne intelligence des fidèles de part et d’autre, la paix règne à présent dans toute la paroisse.
Il ne s’agit cependant pas de prétendre, par une forme d’irénisme, que nous sommes tous, tout le temps et en tous points d’accord sur tous les sujets. Mais, recherchant le bien des âmes et appliquant une sentence de saint Augustin, la charité fraternelle règne et la louange de Dieu se déploie : In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas.
Des activités jaillissent en complément de la messe et de son service. Par exemple une confrérie de messieurs dédiée aux âmes du purgatoire ou l’organisation conjointe du week-end « franciscain » des 2, 3 et 4 octobre prochains.
La colonne vertébrale qui guide farouchement notre groupe de laïcs c’est une triple fidélité. Fidélité à notre mère l’Église. Fidélité au vénérable patrimoine liturgique qui est le bien commun spirituel et irrévocable de toute l’Église latine. Fidélité à l’esprit de la chapelle qui nous accueille, toute imprégnée d’esprit franciscain infusé pendant près de cent ans par des sœurs de cet ordre qui ont à présent disparues.
Quelle leçon plus universelle en tirez-vous ?
J’en vois essentiellement deux :
Premièrement, cette petite histoire locale et bien modeste confirme l’engouement et l’attente réelle des fidèles pour le vetus ordo. Partout où il est proposé de manière véritablement charitable avec un réel bon sens pastoral, il voit des communautés se structurer et grandir, pas uniquement numériquement mais aussi spirituellement.
Deuxièmement la mise en œuvre intelligente du vetus ordo (c’est-à-dire à un horaire familial, en un lieu idoine, par des desservants bienveillants), contrairement à ce qui est parfois asséné, apporte la paix. Une paix chrétienne qui, contrairement à la pratique moderne, n’est pas la victoire d’un camp par la soumission d’un autre, mais la recherche d’un ordre juste qui laisse à Dieu le soin de résoudre avec le temps les doutes subsistants.
Pour toute information [email protected]
Billetterie Le Fou d’Assise https://www.ensemblephata.com/event-details-1/saint-germain-en-laye-1

