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Tribune libre

Petites filles modèles, Général Dourakine, Jean-qui-grogne, Gaspard et sa fortune, toujours à la mode, 150 ans plus tard !

Petites filles modèles, Général Dourakine, Jean-qui-grogne, Gaspard et sa fortune, toujours à la mode, 150 ans plus tard !

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1874 – 2024, il y a 150 ans, s’éteignait la comtesse de Ségur, dans son appartement parisien.

Sophie Rostopchine, Comtesse de Ségur naît à Saint-Pétersbourg en Russie, en 1799. Après une enfance dans le domaine familial de Voronovo, Sophie Rostopchine, petite fille turbulente, fille du comte Rostopchine, ministre du Tsar Paul 1er et gouverneur de Moscou, se voit dans l’obligation de fuir la Russie en 1817, et se rend avec sa famille en France. Son père serait tombé en disgrâce pour avoir fait incendier Moscou face à l’armée napoléonienne, empêchant le ravitaillement de cette dernière.

En 1819, elle épouse le comte de Ségur et c’est pendant son voyage de noces qu’elle remarquera un château, “Les Nouettes”, du côté d’Aube, dans l’Orne, entouré de bouleaux qui lui rappellent le parc de son enfance. Son père décide de l’offrir au jeune couple pour qu’ils y vivent mais le comte se déplaît à la campagne et passe beaucoup plus de temps à Paris, délaissant quelque peu sa femme.
Pour ses petites filles, Madeleine et Camille, parties vivre à Londres où leur père a été nommé ambassadeur, elle écrit des histoires qu’elle avait pris l’habitude de leur raconter. Des gens bien informés vous diront que son mari, directeur des Chemins de Fer de l’Est, aurait rencontré dans un train Louis Hachette qui cherchait alors de la littérature pour distraire les enfants. Eugène de Ségur accordera à Louis Hachette le monopole de la vente dans les gares, de livres pour enfants et lui parle aussi des dons d’écrivain de la Comtesse de Ségur ! Lors d’une réception, elle lut quelques passages de ses Contes à un grand ami de son fils Gaston, Louis Veuillot, le célèbre polémiste catholique. C’est ce dernier qui, éblouit par ce talent d’écriture, réussira à faire publier l’oeuvre chez Hachette ; ainsi naissent les Nouveaux Contes de fées (1856), illustrés par Gustave Doré. La Comtesse signa son premier contrat en octobre 1855 pour seulement 1 000 francs pour la nouvelle collection de la « Bibliothèque des Chemins de Fer », reliée en percaline bleu foncé, qui deviendra rose pour la comtesse, avec des ornementations couleur or.

Le succès est immédiat.
Elle publie vingt titres en « Bibliothèque rose », sans compter des ouvrages religieux ou pédagogiques. Le succès de ses récits, édités dans la revue la Semaine des enfants avant de paraître dans la « Bibliothèque rose illustrée » favorise la nouvelle orientation de l’éditeur Hachette, qui après avoir assis sa fortune sur le livre élémentaire, se tourne aussi vers le livre de « récréation » pour la jeunesse.

Aujourd’hui encore, ses livres font le tour du monde.
Cette grande conteuse a su renouveler le ton des récits pour l’enfance de son temps, qui étaient souvent difficiles à lire et quelque peu larmoyants. Dans ses ouvrages, le rythme est vif et gai, les phrases sont claires, les personnages fantasques même si leurs extravagances sont toujours tempérées par une leçon de morale. Ses œuvres, souvent dédiées ou liées à son univers familial, se caractérisent par un air de simplicité et de naïveté, un conservatisme social apparent démenti par une ironie sous-jacente, et un univers enfantin contradictoire, fait de bonheurs autant que de violences. Des romans de la vie quotidienne, vie de hobereaux ou de bourgeois campagnards, décrite avec une telle abondance de détails qu’ils sont un document sur la vie française et sur l’histoire des mentalités au XIX° siècle. Mélanges de récits, de contes, de saynètes, ils témoignent dans leurs dialogues d’une solide connaissance de la psychologie et du parler des enfants. La comtesse se pose en pédagogue moderne, fondant l’autorité sur la tendresse et non sur la crainte. « Bonne » et « mauvaise » éducation sont ainsi souvent mises en parallèle (les Petites Filles modèles, le Général Dourakine), parfois de manière ouvertement démonstrative (Comédies et proverbes). Autant que sur le respect de l’ordre établi, la morale repose sur un sentiment religieux très fort (Pauvre Blaise !). Cela dit, les héros enfants – garçons et filles – sont dépeints avec beaucoup de naturel ; ce ne sont pas des stéréotypes, mais des personnages vivants en qui le bien et le mal luttent constamment. Ils présentent l’éducation et l’environnement familial comme des facteurs déterminants dans la construction des personnes. Ses romans connaissent par la suite une vraie influence en termes de pédagogie.

En 1866, elle devient tertiaire franciscaine, sous le nom de soeur Marie-Françoise, mais continue à écrire. Son veuvage et l’effondrement consécutif des ventes de ses livres l’oblige à vendre Les Nouettes en 1872 et à se retirer à Paris, au 27 rue Casimir-Périer. Elle meurt à cette adresse à 75 ans, le 9 février 1874, entourée de ses enfants et petits-enfants. Elle est inhumée à Pluneret dans le Morbihan.

La France mythique de la comtesse de Ségur, faite de châteaux, de bonnes confitures et de palefreniers complaisants continue de faire rêver les enfants et les adultes. Dans la droite lignée du Petit Nicolas et de sa cousine Bécassine, deux autres enfants de cette France perdue, la petite Sophie survit aux ravages du temps grâce à une transmission de générations. La Bibliothèque Rose qui dort toute l’année dans les maisons de vacances retrouve toujours des lecteurs une fois l’été revenu.

Il existe plusieurs biographies de la comtesse de la Ségur, nous avons aimé pour les adultes, celles de :

• Marie-José Hirch, La comtesse de Ségur, un destin romanesque,
• Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur d’Arlette de Pitray, arrière-petite-fille de la comtesse
Et pour les enfants, celles de :
• Gertrude Dordor, la comtesse de Ségur, une aristocrate russe en France
• Françoise Grard, la comtesse de Ségur, bonheurs et malheurs de Sophie.

Retrouvez aussi sur LIVRES EN FAMILLE, l’œuvre de la comtesse de Ségur :

• les CD, Pâques, Noël, Nouveau Testament… de la comtesse de Ségur
• les livres enregistrés en CD, avec de belles interprétations
• La Bible d’une Grand-Mère
• et les célèbres histoires de la Comtesse de Ségur – Texte intégral des anciennes éditions pour ceux qui sont encore disponibles.

Attention à la réécriture des romans : la comtesse de Ségur, Jules Verne, Fenimore Cooper, l’auteur du Dernier des Mohicans, Walter Scott, et d’autres : tous ces grands auteurs de littérature jeunesse ont vu leurs écrits modifiés, parfois en profondeur, raccourcis, voire carrément amputés par leurs éditeurs. Il faut être attentif à la petite note, « texte intégral ».

Un petit plus pour vos vacances : Il existe aussi un musée de la Comtesse de Ségur Situé au cœur du village d’Aube dans le département de l’Orne à 135 km de Paris… C’est en 1980 que se situe la création de l’Association des Amis de la Comtesse de Ségur dont l’objectif principal a été l’organisation du Musée rassemblant des documents sur l’écrivain, sa famille et ses amis, et sur son œuvre. L’Association développe autour du Musée des activités culturelles destinées à faire découvrir ou redécouvrir l’auteur.

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4 commentaires

  1. Merci pour ce bel article.
    Je me permets d’ajouter que dans le Morbihan, pas loin de Sainte Anne d’Auray, on peut s’incliner devant les tombes de la Comtesse de Sécurité et de son fils, qui fut évêque atteint par la cécité et écrivain.
    Sur les murs extérieurs de la Bibliothèque, de jolies fresques illustrent les œuvres de la Comtesse.
    Il existe, à l’écart, un château discret où elle séjourna aussi. Il est privé.

  2. J’ai visité le musée situé dans un ancien presbytère et j’en suis ressorti déprimé. L’endroit est minuscule et les objets rassemblés évoquent un bric-à-brac de vide grenier. Un système audio complètement dépassé hurle sur ces pauvres souvenirs étriqués.

    Visiter le Château des Nouettes nous permettrait certainement beaucoup mieux d’aborder l’univers de la Comtesse de Ségur. Hélas, il est interdit de l’approcher, on ne peut même pas pénétrer dans le parc et il y a fort à parier que l’intérieur a été massacré puisqu’il est devenu un centre d’hébergement.

  3. Ne jetez pas vos bibliothèques rose et verte de votre enfance, les nouvelles éditions présentent des textes remaniés….juste un petit exemple, la “bicyclette” (ce joli nom avec son cliquetis) a été remplacée par le vélo…..ça fait forcément penser à ‘1984’.

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