Baisse du nombre d’avortements en Israël
Le Bureau central des statistiques d’Israël (CBS) a signalé une « baisse continue » des demandes d’avortement dans le pays : elles étaient de 6,6 pour 1000 femmes en âge de procréer en 2024, contre 6,9 en 2023. Un chiffre en dessous des moyennes des pays de l’OCDE et de l’Union européenne.
En 2024, le motif le plus fréquemment invoqué auprès du Comité d’interruption de grossesse était une grossesse hors mariage. Les femmes mariées représentent toutefois la majorité des demandeuses (51,2%). Parmi les autres raisons avancées figurent le « risque de malformation physique ou de déficience mentale chez le fœtus » et le « risque pour la santé de la femme ».
Dans 99,8% des cas, le Comité donne son feu vert pour que soit pratiqué l’avortement. Certains témoignages suggèrent que les professionnels de santé abordent la question de l’interruption de grossesse lorsque le dépistage prénatal révèle des « complications potentielles ».
Source : Gènéthique
« Nos enfants méritent-ils encore de naître ? » : le cri d’alarme de parents d’enfants atteints d’anomalies
Le Figaro a publié une tribune alertant sur l’eugénisme à l’égard des personnes atteintes d’anomalie chromosomique :
Cinq ans après l’avoir rejeté, la France pourrait autoriser le tri des embryons atteints d’anomalies chromosomiques, alertent les membres de Tous imparfaits[1], un collectif de parents d’enfants porteurs de trisomie, de maladies génétiques ou de syndromes rares. Pour eux, ce choix reviendrait à réhabiliter une forme d’eugénisme.
« Il faut traquer, oui je dis traquer les embryons porteurs d’anomalies chromosomiques. » Nous n’oublierons jamais la violence de ce député fulminant au perchoir lors de l’examen de la loi bioéthique de 2021.
Nous sommes les parents d’enfants que certains qualifieraient d’« imparfaits ». Nos enfants sont porteurs de trisomie 13, 14, 18, 21, de maladies génétiques ou de syndromes rares. Certains vivent aujourd’hui. D’autres nous ont quittés après une vie trop courte. Ils ont été accueillis, aimés.
En 2021, lors des débats sur la révision de la loi de bioéthique, nous avons créé le collectif Tous imparfaits pour réagir devant ce que nous avons vécu comme une stigmatisation et une discrimination de nos enfants. Il s’agissait de rendre légale la sélection d’embryons in vitro, sur la base de leurs caractéristiques chromosomiques, avant transfert chez la femme en parcours de procréation médicalement assistée (PMA). Autrement dit, il s’agissait d’étendre le diagnostic préimplantatoire aux « aneuploïdies » (DPI-A), c’est-à-dire aux anomalies du nombre de chromosomes, afin d’éliminer les embryons atteints de telles anomalies.
Le débat avait été éprouvant. Au motif d’éviter un avortement, traumatisant pour les couples en parcours de PMA, les partisans du DPI-A avaient osé qualifier les enfants porteurs de trisomie 21 de « légumes » et appelé à les supprimer au stade embryonnaire, avant l’implantation.
Un « tri épouvantable »
Nous nous sommes sentis respectés lorsque des parlementaires de tous bords ont dénoncé un « tri épouvantable ». La ministre de la Santé d’alors, Agnès Buzyn, avait dénoncé la dérive eugéniste : avec le DPI-A, disait-elle, la PMA deviendrait plus intéressante pour les couples qui auraient le « droit de trier ». Finalement, le DPI-A avait été rejeté. La dignité de nos enfants avait été reconnue, protégée. La limite éthique avait été posée : que ce soit à titre dérogatoire ou expérimental, la France ne se prêterait pas à cette pratique eugénique.
Cinq ans plus tard, nous découvrons avec stupeur que le même débat revient dans l’espace public. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) rend la synthèse des Etats généraux de la bioéthique et un office parlementaire (l’Opecst) fait 80 recommandations pour orienter la prochaine révision des lois de bioéthique.
Si le CCNE reconnaît que le DPI-A ne fait pas consensus et soulève un problème éthique majeur, l’Opecst l’envisage à titre expérimental. Et le lobbying politique et médiatique mené en parallèle nous choque et nous inquiète.
« Pourquoi devons-nous, cinq ans plus tard, recommencer à justifier leur existence ? »
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes et candidate à la présidentielle, en fait le sujet sociétal de sa campagne. Un collectif de parents, qui ne cache pas être financé par l’industrie pharmaceutique et l’industrie de la procréation, inonde les réseaux sociaux. La presse grand public relaye leur revendication, qui se résume en une phrase : légaliser le DPI-A pour améliorer la PMA. Cette pression est d’autant plus indécente que, scientifiquement, le bénéfice prêté au DPI-A n’est pas juste. Le généticien Stéphane Viville l’explique : « Sur le plan théorique, la sélection embryonnaire par le DPI-A ne tient pas ses promesses. Pire encore, elle pourrait, dans certains cas, réduire les chances globales de succès. »[2]
Nous entendons la souffrance des couples confrontés à l’infertilité, au parcours de PMA interminable, aux fausses couches répétées. Comment ne pas l’entendre ? Beaucoup d’entre nous connaissent l’épreuve de l’attente de l’enfant, de la maladie, de l’incertitude et de la souffrance. Mais la compassion pour une souffrance ne dispense pas de sonder éthiquement les moyens proposés pour y répondre.
Nous parlons d’enfants dont le patrimoine génétique et chromosomique aurait conduit à leur élimination avant même qu’ils aient une chance de naître. Nous parlons de nos enfants : Claire, Gaspard, Syméon, Philomène, Gabriel, Thaïs, Paola, Brune et tant d’autres. Comment ne pas comprendre, derrière la promotion du DPI-A, qu’il aurait mieux valu qu’ils ne viennent jamais au monde ? Pourquoi devons-nous, cinq ans plus tard, recommencer à justifier leur existence ?
« Une société qui autorise la sélection de ses membres selon leur patrimoine génétique se déshumanise »
Nous sommes les parents des enfants dont il est question lorsque l’on parle d’anomalies chromosomiques. Nous sommes les familles qui vivent chaque jour avec les conséquences concrètes des choix que la société envisage d’inscrire dans la loi.
Nous refusons que le débat soit confisqué par des lobbies. Nous refusons que la valeur d’une vie humaine soit appréciée à l’aune d’un résultat génétique. Nous refusons qu’une norme génétique s’impose.
Nos enfants ne sont pas des erreurs ni des malfaçons. Ils ont un prénom, un visage, une personnalité, une histoire. Ils ont leur place dans la société.
A l’heure où s’ouvre une nouvelle révision de la loi de bioéthique, nous demandons que la société n’oublie pas ce qu’elle avait reconnu en 2021 : une société qui autorise la sélection de ses membres selon leur patrimoine génétique se déshumanise.
Ce qui était un eugénisme hier l’est toujours aujourd’hui.
Première béatification sur le sol vietnamien
Jeudi 2 juillet, plus de 70 000 pèlerins ont assisté à la messe de béatification de François Xavier Truong Buu Diep (1887-1946), le premier Vietnamien du XXe siècle à être béatifié. C’est aussi la première béatification célébrée sur le sol vietnamien.
Comme l’a déclaré le cardinal Tagle, c’est une occasion de montrer que « la grâce de Dieu est présente » dans l’histoire du Vietnam. Le 28 juin, le Vietnam a également célébré la Journée de la famille, un rendez-vous annuel institué en 2001. Mais de plus en plus, le pays s’interroge face aux mutations de la famille et à l’avenir des traditions locales. Enfin, le 21 juin, le jour de la fête de saint Louis de Gonzague, patron de la jeunesse, le missionnaire Marc Nguyen Dinh Minh Tri, originaire de Ca Mau au sud du Vietnam, a été ordonné prêtre à Hong-Kong.
François Xavier Truong Buu Diep est né en 1887 et a été ordonné prêtre en 1924. Il a servi la paroisse de Tac Say de 1930 jusqu’à sa mort le 12 mars 1946, durant la période de troubles et de violences qui a suivi la Seconde Guerre mondiale au Vietnam. Malgré des menaces répétées, il a refusé d’abandonner ses paroissiens.
Il a refusé de quitter sa paroisse de Tac Say alors que les conflits armés avaient atteint le delta du Mékong. Quand des hommes armés ont arrêté des dizaines de paroissiens, il est intervenu en s’offrant lui-même à leur place pour les sauver. Il a été emmené et n’est jamais revenu. Les paroissiens ont ensuite été libérés. L’identité des assassins est incertaine en raison de la situation chaotique de l’époque, et a été attribuée à différentes factions armées alors actives dans la région.
Son corps a été retrouvé avec des blessures mortelles, et a été transféré à Tac Say, où sa tombe est devenue l’un des sites de pèlerinage les plus connus dans le pays. Le Vatican a reconnu en 2024 que le père Truong Buu Diep a été tué in odium fidei (« en haine de la foi ») ce qui a ouvert la voie vers sa béatification.
Il fait désormais partie des bienheureux vietnamiens, après André de Phu Yen, considéré comme le premier martyr du Vietnam et béatifié en l’an 2000 par saint Jean-Paul II. Ce dernier a également canonisé 117 martyrs vietnamiens en 1988 au Vatican, afin d’honorer les catholiques qui ont choisi la mort plutôt que d’abandonner leur foi face aux persécutions.
Kata Jurák : « Ecrire en hongrois, c’est défendre la patrie, être journaliste est une mission »
Extrait d’un entretien de Kata Jurák, journaliste hongroise et rédactrice auprès du journal-blog L’Espoir.
” L’Espoir : Comment définiriez-vous le journalisme ? Quelles sont vos valeurs ?
Kata Jurák : Le grand écrivain hongrois Albert Wass a écrit un jour des lignes qui résonnent aujourd’hui en moi avec une force divine et singulière : « La tâche de l’écrivain hongrois, de tout temps, est d’écrire en hongrois, par la parole et par l’esprit. S’il fait cela, il n’a pas besoin de faire de la politique. Car s’il écrit en hongrois, dans l’esprit hongrois, selon les impératifs de sa conscience et de sa responsabilité, et avec une fidélité inquiète pour sa nation, c’est déjà plus que de la politique. C’est déjà de la défense nationale (honvédelem). »
Ces mots définissent exactement le sens de mon existence. Je n’ai pas un simple métier, j’ai une vocation. J’aime Dieu, ma patrie et ma famille d’un amour radical. Je protège ma nation et je sers mon pays de toute ma vie, à travers chaque ligne que je trace.
L’Espoir : D’où est venue votre passion du journalisme , expliquez-nous votre parcours ?
Kata Jurák : Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours su que je voulais être journaliste. J’avais à peine 14 ans lorsque j’ai commencé à travailler pour une télévision régionale et une radio diffusant sur six fréquences. Au fil des années, mon travail d’investigation m’a conduit sur les lignes de front médiatiques les plus exigeantes, de HírTV à EchoTV, de Karc FM à Magyar Idők, en passant par Magyar Nemzet et PestiSrácok.hu. Plus récemment, j’ai dirigé en tant que rédactrice en chef le portail chrétien-conservateur Vasárnap.hu, une mission qui vient de prendre fin brutalement, le site ne pouvant plus être maintenu en raison de la situation étouffante imposée par le gouvernement Tisza.”
Pour lire la suite de l’entretien : https://journallespoir.wordpress.com/2026/07/04/kata-jurak-ecrire-en-hongrois-cest-defendre-la-patrie-etre-journaliste-est-une-mission/
Pour aide Madame Jurák : https://revolut.me/katajurak
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Bénédiction d’une union entre personnes du même sexe : le cardinal Radcliffe rétropédale
La ficelle est un peu grosse, mais le cardinal Radcliffe a nié avoir participé à la bénédiction d’une union entre personnes de même sexe. Craindrait-il l’excommunication ?
Après la polémique suscitée par la messe célébrée le 13 juin dans l’église des Saints Apôtres de Londres, au cours de laquelle deux personnes de même sexe ont reçu une bénédiction publique à l’issue de la célébration, le cardinal Timothy Radcliffe rejette toute participation à cette bénédiction et affirme qu’il ignorait qu’elle allait avoir lieu. Sic.
Cette célébration commémorait les cinquante ans de vie commune de Julian Filochowski et Martin Pendergast, deux militants connus de la pastorale auprès des personnes homosexuelles dans l’archidiocèse de Westminster. À la fin de la messe, le clergé présent a donné une bénédiction.
Le cardinal a insisté sur le fait que sa participation s’était limitée à la prédication de l’homélie et a nié avoir voulu présenter la relation des personnes honorées comme un objet de célébration ecclésiale. Selon lui, sa réflexion portait sur l’amitié chrétienne.
« J’ai dit que l’amitié est une participation à la vie de Dieu. C’est parfaitement orthodoxe. Je ne faisais pas spécifiquement référence à la leur. La messe était une célébration de toute amitié ».
Radcliffe a également soutenu que la célébration avait été conçue comme un événement privé précisément pour éviter les interprétations erronées.
« Les directives données par l’Église stipulent que toute occasion de ce type doit être privée afin de ne pas susciter de malentendus. Il avait été convenu que cette célébration serait privée. Je ne sais pas pourquoi cette confidentialité n’a pas été respectée ».
Peut-être parce que ces militants ont profité de la présence d’un cardinal pour faire avancer leur revendication ?…
Dans la même veine, il a rejeté l’idée que la messe puisse être interprétée comme une célébration d’une relation homosexuelle.
« Elle n’a pas été conçue pour célébrer les relations homosexuelles en tant que telles. La présenter ainsi serait la déformer. Le faire dans le but de provoquer un scandale serait moralement incorrect ».
Cependant, les images diffusées par les organisateurs eux-mêmes montrent qu’à l’issue de la célébration, une bénédiction publique a été donnée au moyen d’un texte préparé à l’avance, inspiré —selon les organisateurs— d’un formulaire approuvé par les évêques de Belgique. Ce texte demandait que la grâce de Dieu descende sur les deux hommes à l’occasion du cinquantenaire de leur relation et que leur amour continue de grandir.
La cérémonie comprenait également d’autres éléments qui ont suscité la controverse, notamment la proclamation dialoguée de l’Évangile par plusieurs laïcs —dont la sœur Jeannine Gramick et le théologien James Alison.
Du côté de Rome, le cardinal Tucho n’a pas réagi. On l’a connu plus rapide.
Et si le pape conditionnait sa venue en France au rejet de la loi sur l’euthanasie ?
Un groupe de laïcs a lancé une supplique pour que le pape Léon XIV fasse savoir aux autorités françaises qu’il ne viendra pas en France si la loi sur l’euthanasie était, par malheur, adoptée.
En 1200, votre glorieux prédécesseur le pape Innocent III n’avait pas craint de jeter l’interdit sur le royaume de France pour protester contre la répudiation par le roi Philippe Auguste de sa femme légitime. Messes et mariages avaient été suspendus dans tout le pays, les cloches avaient cessé de sonner, et le roi avait dû finir par céder. Aussi, nous vous supplions très respectueusement d’user de toute votre autorité auprès du Président de la République et du chef du gouvernement français : nous pensons très sincèrement que votre présence en France en septembre doit pouvoir être conditionnée au refus de ce funeste projet.
Un évêque arrêté au Nicaragua après avoir prié pour « l’Église persécutée »
La police nicaraguayenne a arrêté un évêque catholique de 80 ans après qu’il ait publiquement demandé des prières pour l’Église persécutée dans le pays.
Mgr Abelardo Mata, évêque émérite d’Estelí, a été arrêté et détenu pendant plusieurs heures le 29 juin par la police, un jour après avoir célébré une messe où il avait demandé des prières pour l’Église persécutée au Nicaragua. Il demandait des prières pour l’Église persécutée et priait pour les prêtres exilés, notamment l’évêque Rolando Álvarez et le père Frutos Constantino Valle Salmerón.
Il a été interpellé lundi en milieu de journée alors qu’il se trouvait dans une clinique pour un contrôle lié à son stimulateur cardiaque. Il a été conduit au centre d’enquêtes du commissariat, où il a été détenu pendant plusieurs heures.
L’évêque Álvarez, mentionné par Mata dans son sermon, occupe le poste d’administrateur apostolique d’Estelí depuis la démission de Mata en 2021 et réside actuellement à Rome. Il a été exilé en 2024 après avoir purgé 11 mois de sa peine de 26 ans de prison, prononcée pour ses critiques constantes à l’encontre du dictateur du pays, Daniel Ortega, et de son épouse et vice-présidente, Rosario Murillo. Le père Valle, qui a maintenant plus de 80 ans, est l’« administrateur ad omnia » d’Estelí et vit actuellement en résidence surveillée au séminaire Notre-Dame de Fatima.
L’évêque Silvio Báez, évêque auxiliaire de Managua actuellement en exil à Miami, a écrit sur X :
« Je suis profondément indigné et je condamne absolument l’acte d’agression commis par la police du régime contre mon frère Juan Abelardo Mata, évêque émérite d’Estelí. » « Ces actes lâches ne font que démontrer la faiblesse et l’irrationalité d’une dictature criminelle ».
Sacres FSSPX : Eviter l’alternative
A titre simplement rétrospectif, extraits d’un article paru dans la revue Itinéraires de juillet-octobre 1988 juste après les sacres de Mgr Lefebvre. Si, depuis, les choses ont évolué (en bien ou en mal) et les circonstances ont bien sûr changé, cette analyse, qui s’appuie beaucoup sur le P. Calmel et défend en substance (avant les mots) une “herméneutique de la continuité” contre toute “herméneutique de rupture”, ne s’applique-t-elle pas encore et toujours, sans besoin de recourir à d’autres critères que ceux développés explicitement par Benoît XVI ?
Le schisme (apparent) ou l’apostasie (immanente). L’hérésie sans schisme ou le schisme sans hérésie ! L’alternative sommaire devant laquelle certains voudraient nous acculer, après la rupture entre Mgr Lefebvre et le Vatican, est-elle inévitable ? Poser ainsi le problème, c’est présenter ce qu’on appelle en philosophie une aporie (…).
L’aporie est un terme platonicien qui désigne l’« embarras » du philosophe devant un dilemme qui paraît exclure la possibilité d’une solution. C’est plus précisément chez Aristote « la mise en présence de deux opinions contraires et également raisonnées en réponse à une même question ».
La question est ici bien sûr celle de la crise majeure que connaît l’Eglise depuis plusieurs années. Et l’aporie pourrait très schématiquement se formaliser dans le double raisonnement suivant :
1 – On relève une certaine incompatibilité entre le discours des papes après Vatican II et la tradition de l’Eglise.
2 – Or, déclarent les uns, là où est le pape : là est l’Eglise !
3 – Donc, nous préférons avoir raison avec ce concile et « ses » papes contre les précédents.
2’ – Or, rétorquent les autres, là où est la tradition : là est l’Eglise !
3’ – Donc, nous préférons avoir raison avec 20 conciles et 260 papes contre le seul Vatican II et les quelques papes dans son sillage.
Selon que l’on privilégie l’une ou l’autre des deux mineures, eu égard à la majeure commune de l’enchaînement « aporique », on obtient deux conclusions opposées. Toutes deux faisant appel à l’argument d’autorité qui, on le sait, est la première des raisons en théologie. Dans le cas d’actualité qui nous intéresse, on se sauverait ainsi soit de l’hérésie par le schisme apparent (« lefebvristes »), soit du schisme par l’apostasie apparente (« papolâtres »). Alternative évidemment insupportable pour quiconque se veut classiquement d’Eglise.
On ne peut nier cependant la vérité de chacune des propositions que chaque parti admet sous la prémisse originelle. Là où est le pape : là est l’Eglise ; mais d’autre part, là où est l’Eglise : là est la tradition ! Si les mineures sont toutes les deux vraies, il faut donc s’en prendre à la majeure commune :
— Y a-t-il vraiment rupture entre Vatican II et la tradition, entre les papes post-conciliaires et tous les autres ?
A première vue, oui. En partie du moins. La crise en témoigne. Notre propos n’est pas ici de recenser les cas nombreux d’incompatibilité, les textes et les actes inconciliables entre eux. Contentons-nous seulement de rappeler qu’on s’accorde de part et d’autre à reconnaître — soit pour l’assumer soit pour la refuser — une étrange discontinuité entre la « pastorale » nouvelle issue de Vatican II et la doctrine commune et traditionnelle de l’Eglise (…).
La question est maintenant de savoir si cette rupture forcément suspecte et très grave pour l’identité et l’autorité de l’Eglise est grave à ce point qu’elle puisse mettre en cause l’assistance du Saint-Esprit au Vicaire du Christ. Assistance même négative qui est de maintenir sa défaillance possible dans une marge très précise. De sorte qu’il lui soit impossible d’imposer une hérésie formelle (…). De sorte aussi que cette défectibilité et ses effets dans l’Eglise ne puissent empêcher celle-ci de « conserver, jusqu’à la fin du monde inclusivement, assez de hiérarchie personnelle authentique pour que se maintiennent les sept sacrements, en particulier les sacrements de l’autel et de l’ordre ; ensuite pour que soit prêchée et enseignée la doctrine du Salut, unique et invariable » (P. Calmel). Le Saint-Esprit pourrait-il laisser le pape être l’instrument principal d’une transformation substantielle — contre-nature — de l’Eglise ?
La décision de Mgr Lefebvre de sacrer quatre évêques de sa Fraternité (non seulement sans mandat de Jean-Paul II mais contre la volonté expresse de celui-ci) et certaines de ses paroles (…) sembleraient accréditer cette hypothèse terrible. Sans pour autant aboutir à sa logique extrême qui est le sédévacantisme (un pape hérétique n’est plus pape et le Siège est vacant). Qu’on nous permette cependant d’écarter cette cruelle supposition en nous appuyant sur un long extrait de la Brève apologie pour l’Eglise de toujours du P. Calmel (p. 70 et suivantes):
« Ainsi donc, même si quelque pape venait à prendre des allures de faux-messie ce ne pourrait être que par intermittence, sans continuité, avec toutes sortes d’hésitations et de repentirs. Il n’entrerait dans son deuxième personnage, celui de tentateur de l’Eglise et d’instrument du démon, ni tout entier, ni franchement. Il ne proclamerait jamais par exemple comme un point assuré du magistère ordinaire, comme une interprétation authentique de vingt siècles de catholicisme, encore moins comme une définition ex cathedra, que la montée de l’humanité et sa réussite terrestre est maintenant la forme nouvelle de notre religion. Seulement il mélangerait à s’y méprendre deux messages qui s’opposent dans leur essence même : d’une part le message de domination prométhéenne du monde, conformément aux Trois Tentations et sans tenir compte pratiquement de la souveraineté de Dieu ni du péché de l’homme, et d’autre part le message de la foi chrétienne qui annonce la Rédemption par la seule croix du Seigneur Jésus. Par l’effet de cette intrication contre-nature le scandale serait près d’atteindre sans doute ses limites ultimes ; il serait porté à un point de séduction extraordinairement dangereux.
Il ne serait pas assez fort, malgré tout, pour perdre les élus, ni abolir l’Eglise. D’abord parce que la promesse de Jésus à Pierre ne passera pas. « J’ai prié, Pierre, pour que ta foi ne défaille point. Et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères. » (Luc 22, 32). — Par ailleurs nous tenons comme un principe certain et universel que l’ordre du bien et celui du mal ne s’opposent pas à égalité et ne sont pas symétriques. Ce qui signifie notamment que le fauteur du scandale ne sera jamais qu’une créature, alors que le défenseur contre le scandale est le Seigneur tout-puissant. Les insinuations, propagandes, pressions et persécutions du monde, quelque soutien qu’elles reçoivent de la part des hommes d’Eglise, n’ont rien de comparable à la grâce du Seigneur, soit comme force qui pénètre la liberté, soit comme douceur qui l’attire au parfait amour. La grâce est d’un autre ordre que tout le créé, infiniment plus forte. — Enfin l’intercession maternelle et royale de la Vierge Marie défendra toujours victorieusement l’Eglise contre les embûches des faux messianismes (…). »
Autrement dit, et selon le cas-limite d’un pape (voire d’une « dynastie ») aux allures de faux-messie(s), la rupture entre le(s) pape(s) d’hier ne pourrait jamais se consommer pleinement de par les promesses de Notre Seigneur à Pierre et aussi à l’Eglise :
« Voici que je suis avec vous chaque jour jusqu’à la fin du monde » (Matt. 28, 20). « Chaque fois donc que vous mangerez ce pain et boirez ce calice vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il revienne » (Ia Cor., 11,26). « Si ces jours n’étaient pas abrégés nulle âme ne serait sauvée, mais ces jours seront abrégés, à cause des élus » (Matt. 24, 22)…
« La ligne de partage (entre l’Eglise catholique et l’Eglise conciliaire), écrit l’abbé Sulmont dans son bulletin paroissial, on pourrait l’imaginer entre Pie XII et ses successeurs mais en réalité elle a divisé le cœur même de Paul VI et divise encore les pensées de Jean-Paul II. L’un et l’autre sont partagés au plus profond d’eux-mêmes, entre leur mission d’assurer la continuité de l’Eglise catholique et la tentation de céder aux séductions du monde en bricolant progressivement une nouvelle Eglise : l’Eglise conciliaire… »
On peut évincer l’aporie du début, sortir de cette impasse théorique, en distinguant deux aspects :
— La personne du pape actuel, dont on peut refuser les idées et désapprouver les faits si on les considère comme modernistes : on garde et on défend la tradition… sans Rome s’il le faut mais sans rompre la communion ecclésiale. Comme on peut vivre le mariage exceptionnellement sans le conjoint et sans porter atteinte au lien conjugal dans une séparation licite des corps.
— L’autorité du pape actuel, successeur légitime de Pierre « en qui se poursuit le mystère du Dieu fait chair habitant en nous » (Dom Guéranger) et auquel on doit soumission quelles que soient ses faiblesses (limitées) du moment. « On peut parfois aller sans Rome, disait Mgr Duchesne, mais jamais contre Rome. » Le divorce n’est pas admissible. La trahison des clercs n’abolit pas la cléricature : la succession apostolique et la primauté du Siège romain. « Eglise d’abord ! » comme disait l’abbé Dulac.
Le culte qu’on doit au souverain pontife, précise même Dom Guéranger — qui savait pourtant manifester son opposition au Saint-Père — ce culte réel donc, « allant au Christ en Son Vicaire (…) ne saurait s’accommoder de la distinction subtile entre le Siège de Pierre et celui qui l’occupe » (L’Année liturgique au 29 juin). « Je ne sais pas toute la religion, répondait à son persécuteur un jeune Chinois il y a quelque trente ans, mais je sais qu’il faut plutôt mourir que se séparer du pape. »
Si exigu soit-il, on doit penser qu’il existera toujours nécessairement un espace de tradition entre le schisme et l’hérésie, une aire de continuité in medio Ecclesiae, que ne pourront anéantir les fumées de Satan et l’autodestruction elle-même de l’Eglise. Le penser en contrevenant cependant aux lois fondamentales de l’Eglise ou en les débordant, c’est évidemment le point de litige après les sacres du 30 juin dernier. Certains objecteront que c’est devancer sinon forcer un peu la Providence. Au contraire de ce que préconisait lui-même Mgr Lefebvre à la conclusion de sa Lettre ouverte aux Catholiques perplexes (4 juillet 1984) :
« On écrit aussi qu’après moi mon œuvre disparaîtra, parce qu’il n’y aura pas d’évêques pour me remplacer. Je suis certain du contraire, je n’ai aucune inquiétude. Je peux mourir demain, le Bon Dieu a toutes les solutions. Il se trouvera de par le monde, je le sais, suffisamment d’évêques pour ordonner nos séminaristes. Même s’il se tait aujourd’hui, l’un ou l’autre de ces évêques recevrait du Saint-Esprit le courage de se dresser à son tour. Si mon œuvre est de Dieu, Il saura la garder et la faire servir au bien de l’Eglise. Notre Seigneur nous l’a promis : les Portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle. »
Le Bon Dieu, tout-puissant, connaît les besoins des fidèles (Matt 6, 32-34) et n’a pas besoin d’eux — et encore moins de leurs désobéissances ! La grâce de Dieu ne passe pas généralement dans la désobéissance. Même lorsque la Sainte Vierge apparaît comme à Lourdes ou à Fatima…, rien ne se fait sans l’obéissance à l’Eglise visible, légitime, par la médiation de sa hiérarchie. Ne faut-il pas, au pire, espérer contre toute espérance, selon la sagesse chrétienne ? Le serviteur n’est pas au-dessus du maître, ni l’Epouse plus grande que l’Epoux…
Certes, « l’Eglise nous fait mal » (P. Calmel) ! Nous sommes submergés par l’humiliation, la souffrance et l’injustice. Mais si le mal peut légitimement scandaliser, ajoutent les réticents aux sacres, il ne doit — chrétiennement parlant — engendrer la « révolte » qu’à de très rares exceptions (…). Le chrétien peut assumer le mal à cause du mystère du Christ, du mystère de la Croix et, à plus forte raison dans l’Eglise, à cause du mystère de l’Eglise. Fort dans la foi, il peut lui résister, affronter avec mérite le mystère d’iniquité. Ce n’est jamais pour rien que Dieu permet la souffrance. Il faut savoir assurément souffrir pour l’Eglise mais quelques fois, et sans doute plus durement encore, c’est par l’Eglise elle-même.
En outre, la « révolte » qui succède à un scandale souvent bien compréhensible risque d’entraîner un désordre encore plus grand que celui contre lequel on se scandalisait. « Il ne faudrait pas, observe Dom Gérard, que notre résistance légitime se transformât en résistantialisme » (Présent du 18 août). Le « non possumus » doit être de toute façon considéré avec une très grande circonspection (…). Surtout lorsqu’il fait, semble-t-il, le jeu des ennemis de l’Eglise, de Rome et d’Écône à la fois.
« L’Eglise, écrit Bossuet, semble quelques fois être donnée en proie à l’erreur qui menace de la couvrir toute ; cependant sa sainteté demeure entière ; sa foi éclate toujours avec autant de force, que même ses ennemis sentent bien, par une céleste vigueur, qu’ils ne peuvent point l’abattre ; mais par là, elle-même sent bien qu’il n’y a que Dieu qui la soutienne. » (Lettre à une demoiselle de Metz sur le mystère de l’Unité de l’Eglise : semaine de la Pentecôte, juin 1659.)
Assurément encore, Mgr Lefebvre a des raisons d’agir comme il a fait. Mais a-t-il raison ? Ses défenseurs utilisent aisément l’argument ad hominem (consistant à demander l’application à son profit d’un principe dont on récuse par ailleurs le bien-fondé) :
— Eh quoi ! Rome, qui ne discerne même plus l’hérésie ou l’apostasie galopante des évêques, qui permet l’ordination (secrète) d’un Max Thurian et absout les vrais schismatiques, Rome qui ne parle même plus de schisme pour l’Eglise chinoise patriotique, Rome voudrait maintenant excommunier cet évêque fidèle (…) qui n’a commis aucune hérésie et n’a fait que conférer l’épiscopat sans institution apostolique mais au nom d’une nécessité vitale autrement plus authentique que celle invoquée par cette Eglise chinoise. N’y aurait-il plus d’œcuménisme (interne) chez les amis de l’œcuménisme (externe) ? Allons, pas d’excommunication chez les ennemis de l’anathème !
On saisit pourtant les limites de l’argument ad hominem et ses dangers chez ceux qui le brandissent sans réserve ni précaution. Il implique en effet qu’on mette un pied chez l’adversaire. Or, disait saint Pie X, « ne mettons pas le pied dans le camp adverse, parce que nous donnerions ainsi à l’ennemi une preuve de notre faiblesse que l’ennemi essaierait d’interpréter comme un signe et une marque de complicité ». On risque aussi de se laisser prendre à son propre jeu. A force de réclamer à bénéficier de la libéralité libérale, du pluralisme dogmatique, du droit à la différence, voire à la désobéissance, on finit par cautionner subrepticement et malgré soi les principes libéraux en donnant le mauvais exemple. Pourquoi entre autres condamner des consécrations épiscopales comme celles commises hier par Mgr Ngo-Dinh-Thuc, sans l’autorisation du saint-siège, et accréditant notamment le sédévacantisme ?
Or, il va de soi que les « traditionalistes » sont contre ces désobéissances et ces dissidences-là. Que diraient-ils, par exemple, si un évêque charismatique, trouvant le Renouveau « en manque »… d’appui romain, faisait de telles consécrations pour développer sa mouvance menacée ? Mais pourquoi des moyens mauvais pour les uns seraient bons pour les autres : quand la fin pourrait-elle justifier les moyens et quel est le critère de la nécessité vitale ?
Enfin, contre cet argument ad hominem, les catholiques libéraux ont eux aussi un argument de même nature à opposer aux catholiques traditionnels :
— Eh quoi ! Vous exigeriez de bénéficier de nos principes et de notre tolérance alors que votre doctrine en est la négation. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! Pas d’œcuménisme pour les ennemis de l’œcuménisme ! Hors du pluralisme point de salut !
A quoi le catholique traditionnel pourrait répondre comme Louis Veuillot lorsqu’il répliquait à Jules Ferry sur la question de l’école (…) :
« Je n’ai pas demandé la liberté aux libéraux, parce que c’est leur principe ; je l’ai demandée et je la demande, parce que c’est mon droit, je ne le tiens pas d’eux, mais de mon baptême, qui m’a fait digne et capable de la liberté. En renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, c’est par là, et non autrement, que je suis devenu libre. »
Reste la « liberté » qu’a prise Mgr Lefebvre en son âme et conscience, avec ou sans les grâces d’état qui sont les siennes, de sacrer quatre évêques de sa Fraternité sans mandat pontifical pour la survie de la tradition et de l’Eglise. Reste aussi le choix devant lequel il place les catholiques fidèles après son « excommunication » par la Rome actuelle. D’aucuns ont déjà refusé le faux dilemme dans lequel ils se voyaient déjà enfermés :
« — Soit rester attaché à la tradition de l’Église et ne plus respecter la primauté du pontife romain (comme si celle-ci ne constituait pas une partie intégrante de la tradition).
— Soit respecter la primauté de ce pontife et abandonner, sur des points essentiels, la tradition de l’Église. »
On doit le refuser en principe pour les raisons que nous avons dites plus haut. D’autres redoutent de leur côté les conséquences possibles d’une décision qui ne présuppose pas nécessairement ce dilemme. Conséquences déjà décrites en filigrane, dès 1971, par le P. Calmel :
« Songeons-nous alors à mettre sur pied une immense et mondiale ligue ou association de prêtres et de chrétiens fidèles qui, devenus des “interlocuteurs valables” pour la hiérarchie officielle, l’obligeront à reprendre en main les rênes et à rétablir l’ordre ? Dessein grandiose, dessein émouvant, dessein chimérique. Car enfin ce groupe qui se voudra d’Église mais ne sera ni diocèse, ni archidiocèse, ni paroisse ni ordre religieux, qui n’entrera dans aucun des secteurs sur lesquels et pour lesquels s’exerce l’autorité dans la sainte Église, ce groupe sera artificiel : arte-factum. Étranger aux groupes réels, établis et reconnus. Comme pour tout groupement le problème du chef et de l’autorité se posera pour ce groupe ; et même avec d’autant plus d’acuité que le groupe sera plus énorme. Nous ne tarderions pas à aboutir à ceci : un groupe qui, étant une association, ne peut éluder la question de l’autorité ; un groupe qui, étant artificiel (par là-même en dehors des associations selon la nature et selon la Révélation et la grâce), rendra insoluble la question de l’autorité. Des groupes rivaux ne tarderont pas à s’élever. La guerre en deviendra inévitable. Il n’existera entre les groupes rivaux aucun moyen canonique de mettre fin à cette guerre ni même de la conduire. » (Brève apologie pour l’Église de toujours, p. 49)
Dans notre misère présente, l’alternative peut cependant se poser pratiquement — c’est-à-dire localement — entre l’apostasie immanente mais flagrante d’une paroisse ordinaire de l’Église « conciliaire » et le schisme apparent d’une paroisse « artificielle » de la Fraternité Saint-Pie X. Hélas ! Que faire alors ? L’Église de toujours ne peut évidemment laisser ses enfants dans la situation de l’âne de Buridan…
L’argument de la suppléance doit jouer ici pour la survie surnaturelle comme il joue pour le droit naturel. Même dans la pire des hypothèses qui serait celle du schisme effectif de Mgr Lefebvre, c’est le nouveau code de droit canon qui nous le donne :
« Chaque fois que la nécessité l’exige ou qu’une vraie utilité spirituelle s’en fait sentir, et à condition d’éviter tout danger d’erreur ou d’indifférentisme, il est permis aux fidèles qui se trouvent dans l’impossibilité physique ou morale d’avoir recours à un ministre catholique, de recevoir les sacrements de pénitence, d’Eucharistie et d’onction des malades de ministres non catholiques, dans l’Église desquels ces sacrements sont valides. » (Can. 844 § 2).
Dans cette jungle actuelle où se débat l’Église, à chacun dans son fortin intérieur et si possible communautaire de trouver la force de sa survie :
« Confesser la foi dans l’Église en face du modernisme, être heureux d’avoir à souffrir pour rendre un beau témoignage à l’Église trahie de toute part, c’est veiller avec elle dans son agonie ou veiller avec Jésus au Jardin des oliviers. Dans la mesure où nous serons des veilleurs fidèles, inaccessibles à la crainte mondaine et au découragement, nous saurons d’expérience que la Sainte Église est un mystère de force surnaturelle et de paix divine : Urbs Jerusalem beata dicta pacis visio (Ville de Jérusalem bienheureuse dénommée vision de paix). » (P. Calmel).
Sentinelles réparties au rempart visible de l’Église à qui s’adresse à nouveau l’antique appel :
« Custos, quid de nocte ? » Gardien, qu’en est-il de la nuit ? (Isaïe, XXI, 11).
Rémi Fontaine (1988)
Un individu saccage une église à Mulhouse
L’église Saint-Étienne de Mulhouse a été la cible de dégradations dimanche 5 juillet. Un individu, en short, torse et pieds nus, est entré aux alentours de 16h30 et s’est dirigé vers l’autel et s’est emparé de la croix qui s’y trouvait avant de la projeter au sol.
Il a ensuite saisi un vase dont il a renversé le contenu, de l’eau et des fleurs, sur l’autel. Puis il a éventré les portes de trois confessionnaux à l’aide de la croix qu’il a utilisée comme un pied de biche.
Aucun vol n’a été commis, ce qui laisse supposer un acte avant tout antichrétien. Le curé de l’église a porté plainte. Les dégradations ont été filmées par une caméra de vidéosurveillance. L’auteur a pris la fuite avec un second individu.
Comme il n’a pas d’argent pour se soigner, alors il demande l’euthanasie
L’histoire de cet Australien, rapportée par Gènéthique, pourra être quotidien en France prochainement :
L’Australien Glenn Rowan est atteint de la maladie du motoneurone, une maladie dégénérative rare qui consiste en la perte progressive des neurones moteurs, entraînant des troubles de la motricité et une paralysie progressive.
Faute de moyens financiers suffisants pour subvenir aux besoins liés à sa maladie, il a fait une demande d’euthanasie qui a été acceptée.
Les patients atteints de maladie du motoneurone ont un accès prioritaire au régime d’assurance national pour les personnes handicapées, car leur espérance de vie ne dépasse pas les deux ans – à condition qu’ils soient diagnostiqués avant l’âge de 65 ans. Glenn Rowan n’y est pas éligible en raison de son âge. Il ne peut prétendre qu’aux services dédiés aux personnes âgées (My aged care). Or les prestations offertes par ce service ne suffisent pas à soutenir des patients atteints d’une maladie aussi handicapante que la perte des neurones moteurs, qui ont besoin d’être assistés en permanence. Glenn Rowan recevra l’équivalent de 48.000 euros au titre de l’allocation My aged care, au lieu des 182.000 euros qu’il aurait touchés avec le NDIS, s’il avait été âgé de 64 ans ou moins. Il dénonce le fait que pour les patients dans sa situation, « il faut un bon compte en banque ». Sa demande d’euthanasie a été acceptée.
Oh je t’en prie : fais le bon choix : Choisis la vie ! Reste avec moi !
Emilie du Parc apporte sa pierre artistique au grand combat contre l’euthanasie. Cette chanson évoque ceux qui traversent l’épreuve, celle de la fin de vie, ou de la grande douleur physique et morale. L’amour, le vrai, les accompagne et les porte dans la souffrance, avec une infinie tendresse, jusqu’au bout… L’amour, le vrai, ne peut jamais vouloir éliminer les personnes en détresse… La mort n’est pas la bonne réponse à la vraie souffrance. Nous sommes TOUS concernés, un jour ou l’autre, par cette question…
Paroles :
Comme un fauve elle me jette à terre,
La douleur me serre et me broie
Et lentement dévore sa proie,
Ses dents bien plantées dans ma chair…
Jour et nuit, sa rage m’étouffe,
Elle m’écrase au fond de sa cage,
Où, seul, elle me garde, en otage.
On est tellement seul quand on souffre…
Couché sur le bord de la vie,
Je regarde courir les forts :
Moi qui vis déjà comme un mort,
Ai-je encore une place ici ?
Mais non ! me chantent les sirènes :
« Tu souffres et tu ne sers à rien,
Est-ce cela digne pour un humain ?
Ta vie ne vaut pas cette peine…
Vivre, c’est pour les bien-portants,
Les faibles sont de trop sur terre.
Mettons un terme à ton calvaire,
Par une mort douce, un jeu d’enfant… ! »
C’est vrai que je pèse trop lourd,
Avec ma figure de misère
Et mon interminable guerre :
Je m’en veux d’assombrir vos jours…
Adieu, je largue les amarres,
J’ai tant pleuré, j’ai trop souffert ;
Je n’ai plus ma place sur terre :
Aidez-moi à finir l’histoire… !
L’amour, le vrai, dit le contraire !
Oh oui, l’amour CRIE le contraire !
Oh non, je t’en supplie !
N’écoute pas les bel’ sirènes !
Non, ne les écoute pas !
Elles mentent, elles ne t’aiment pas !
L’amour, le vrai, dit le contraire !
Oh oui, l’amour CRIE le contraire !
L’amour te crie, de toute sa chair :
« Donne-moi tes larmes et ton cri
Reste avec moi, oui reste en vie,
Elle est sans prix, elle m’est si chère…
Marchons ensemble sur ce fil,
Qui relie ton cœur à mon cœur,
Par-dessus le gouffre des peurs :
Viens vers l’amour, le seul asile…
Je voudrais serrer dans mes bras
Ton corps déchiré en lambeaux,
Réparer ton cœur en morceaux,
Comme une mère, une pietà…
Ta vie est belle, puisque je t’aime :
Elle vaut infiniment la peine… !
Oh je t’en prie : fais le bon choix !!
Saisis ma main ! Reste avec moi ! »
Oh je t’en prie : fais le bon choix :
Choisis la vie ! Reste avec moi !!!
Émilie du Parc
FSSPX : l’Église veut identifier les « vrais catholiques ». Chiche ?
Les sacres FSSPX sont l’occasion pour l’Église de (re)définir qui est catholique et qui ne l’est pas. Paradoxalement, cela peut être une « arme » redoutablement efficace contre le modernisme.
ANALYSE DE LA « PRATIQUE POUR LA RECONCILIATION DE CERTAINS LAICS PROVENANT DE LA FSSPX »
Prenons ce document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi avec le plus grand sérieux : https://lesalonbeige.fr/procedure-du-dicastere-pour-la-doctrine-de-la-foi-pour-les-pretres-et-laics-qui-decident-de-quitter-la-fraternite-sacerdotale-saint-pie-x/
Les annexes montrent ce qu’il faut professer pour être catholique. A vrai dire, tout semble parfaitement interprétable pour être accepté par un fidèle de la FSSPX, sans se renier : l’annexe 2 précise qu’il faut « une ligne positive d’interprétation » de Vatican II. On peut donc interpréter, avec la précision suivante « afin que personne ne la sépare du reste du patrimoine sacré de la doctrine de l’Eglise ».
Or, l’annexe 1 mentionnait qu’il faut aussi adhérer à « tout ce qui est enseigné de manière définitive par [l’Église] concernant la doctrine de la Foi et des mœurs ». Nous sommes dans l’herméneutique de la continuité chère au regretté Benoît XVI.
Nous sommes très proches également des termes initialement acceptés par Mgr Lefebvre en 1988. Sa rétractation d’alors ne portait d’ailleurs pas sur ces termes, mais sur l’absence de perspective claire concernant le sacre d’un évêque FSSPX, notamment aucune date.
Revenons à notre document.
Le seul point discutable pour un fidèle FSSPX est le suivant : il faut désormais s’abstenir de toute déclaration publique qui s’opposerait (…) à son Magistère [du Pape] ».
A ce propos, le communiqué de Chéméré semble donc très audacieux : https://www.chemere.org/sacres-episcopaux-communique-de-la-fsvf/.
La FSVF y écrit qu’on peut « adopter une juste position d’adhésion au magistère, tout en critiquant respectueusement les déficiences de certains textes. ».
Ce point concernant l’interdiction de critiquer publiquement le Magistère du Pape semble donc le seul réellement inenvisageable pour un « vrai » fidèle de la FSSPX. Cela ressemble d’ailleurs fort à un abus de pouvoir : le magistère ordinaire est-il vraiment si constamment parfait, depuis 2000 ans, pour imposer ce silence absolu ?
Nous verrons bien si Chéméré peut continuer sa pratique de « critique respectueuse ».
MAIS SURTOUT : QUID DES MODERNISTES ACTUELS ?
D’un autre côté, ce texte ne serait-il pas la meilleure arme contre les modernistes ?
En effet, les attaques modernistes abondent sur les sujets évoqués, la Foi, les mœurs, etc.
Nous avons déjà cité qu’il faut adhérer à « tout ce qui est enseigné de manière définitive par [l’Église] concernant la doctrine de la Foi et des mœurs ». Ainsi, tout clerc ou fidèle qui n’adhère pas à Humanae Vitae ne serait pas catholique, par exemple concernant l’interdiction de l’avortement et même de la contraception. Ça va faire du monde…
Plus encore, dans la Déclaration d’Abu Dhabi, le Pape François est en opposition avec la doctrine de la Foi. Aïe, ça se complique… Le document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi devient alors contradictoire…
A vrai dire, les seuls qui seraient pleinement conformes à ces annexes sont certains instituts ex-Ecclesia Dei, qui s’interdisent toute critique publique du Pape, tout en étant généralement rigoureux dans leurs enseignements. On peut sans doute y ajouter la Communauté Saint-Martin, et d’autres maisons sérieuses du même style. Mais tout cela représente une bien faible fraction des fidèles et du clergé.
A moins que la nouvelle règle soit la suivante : si vous avez fréquenté la FSSPX, vous devez professer une foi catholique irréprochable et complète pour être dans l’Église. Si vous n’avez jamais fréquenté la FSSPX, vous pouvez continuer à croire et dire n’importe quoi… (sauf quelques exceptions qui ont été condamnées, il est vrai).
Charles Rosiers, ancien chroniqueur au quotidien Présent, charles.rosiers@gmail.com
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Lettre ouverte à M. l’abbé Spriet
Cher Monsieur l’abbé,
Pour aller droit au but, votre lettre ouverte parue sur ce même site le 04/07 m’a profondément choqué. Vous brandissez cette excommunication comme une victoire, à tout le moins comme une certitude. Mais pourrais-je vous poser quelques questions ?
Vous avez beaucoup écrit pour critiquer la position de la Fraternité. Avez-vous pris votre plus belle plume quand le pape Léon XIV a invité en grande pompe au Vatican Madame Mullaly (grande Papesse de l’Eglise Anglicane pro avortement et pro LGBT). Avez-vous dénoncé ce scandale de voir cette femme, représentant les Anglicans, schismatiques et excommuniés depuis des siècles, donner sa bénédiction à un parterre de cardinaux dont certains se sont signés ? L’avez-vous dénoncé en chaire ? L’avez-vous écrit dans votre gazette paroissiale ?
Avez-vous pris position haut et fort (comme vous le faites courageusement à l’égard de la FSSPX) quand le pape François adorait (ou laissait adorer) la Pachamama dans les jardins du Vatican, acte qui a choqué profondément tous les catholiques dignes de ce nom ?
Vous a-t-on entendu quand le pape François déclarait à la conférence d’Abu Dhabi que « la pluralité des religions est un bienfait de la sagesse divine ». Proposition qui heurte frontalement l’enseignement de l’Eglise !
Tous ces exemples (et on pourrait en écrire un livre entier) sont des actes formellement hérétiques et schismatiques, et ils sont commis par les plus hautes autorités de l’Eglise. Les avez-vous condamnés courageusement ?
Ces questions je vous les pose à vous, mais à travers vous, à tous ceux qui critiquent l’action de la FSSPX !
Par ailleurs, pourriez-vous aussi écrire une lettre ouverte aux fidèles de la Frat St Pierre qui n’ont plus d’église à Quimper, Grenoble, Dijon … comment est-ce qu’ils doivent s’y prendre pour avoir la doctrine et les sacrements traditionnels ? Il me semblait que ces communautés étaient « cum petro et sub Petro » et que par conséquent elles étaient les bienvenus dans l’Eglise, mais j’ai dû manquer une étape !
Pourriez-vous leur expliquer qu’il vaut mieux que leurs enfants ne reçoivent pas le sacrement de confirmation plutôt que d’être confirmés par un évêque de la FSSPX !
Qu’écrirez-vous à tous ses fidèles attachés à la Messe traditionnelle qui n’y ont plus accès en raison du Motu Proprio Traditionis Custodes ! Qu’ils feraient mieux de s’en passer ? Dans de nombreux diocèses en France et dans le monde l’évêque a considérablement restreint l’accès à la messe traditionnelle. Vous bénéficiez de ce privilège et par votre lettre vous voulez en priver certains fidèles.
Pourriez-vous également écrire une lettre ouverte à tous ces fidèles du bout du monde qui habitent dans des coins si reculés que jamais vous n’en entendrez parler que c’est un péché de recevoir des sacrements des prêtres de la FSSPX ! Qu’il vaut bien mieux s’en passer même s’il n’y a rien à des milliers de km autour ?
Alors on dit qu’on est schismatique ? Honnêtement, je rirais volontiers si la situation n’était pas si grave ! Mais votre lettre laisse comme un goût très amer dans la bouche car :
• Elle est remplie d’un pharisaïsme juridique qui ne tient aucun compte de la situation exceptionnelle dans laquelle nous sommes tous.
• Elle jette le bébé avec l’eau du bain. Peu importe pour vous que des milliers d’âmes soient sauvées par son apostolat, ou que ses écoles (bien remplies de fidèles venus de chez vous soit dit en passant) forment des âmes chrétiennes. Exit également toutes les autres œuvres : maisons de retraites, actions caritatives, mouvement scouts, croisades eucharistiques… Tout cela est balayé d’un revers de main dans votre lettre, sans discernement ni analyse.
• Et le plus grave : elle méprise le grand malaise de centaines de milliers de fidèles qui face aux dérives conciliaires cherchent seulement un endroit stable et sûr pour sauver leur âme. Par votre lettre, vous leur niez ce droit, comme s’il n’y avait aucun problème dans l’Eglise officielle et que la situation était normale.
• Enfin, je ne vais pas vous apprendre en ces temps troublés que la vérité est parfois plus complexe et plus contre intuitive que ne le laisse supposer un décret d’excommunication.
Très humblement voici ce que je dirais au jeune qui veut entrer dans un séminaire de la FSSPX :
• Fonce, tu seras bien formé, loin de la doctrine frelatée d’un concile dont soixante-dix ans après, personne ne sait comment il faut l’interpréter, tellement il est ambigu !
• Fonce, tu pourras vivre pleinement ton sacerdoce sans te soucier de savoir si ton évêque va te mettre des bâtons dans les roues parce que tu enseignes simplement la doctrine catholique ou que tu veux porter la soutane.
• Fonce car si tu rentres dans un autre séminaire et que tu n’es pas le champion du grand écart, tu devras faire des compromis toute ta vie, et à la longue c’est fatiguant.
• Ne te soucie pas de cette excommunication. Elle est nulle et non avenue. La FSSPX est excommuniée par des autorités qui en temps normal auraient été exclues de l’Eglise sans coups férir pour hérésies de toutes sortes. Donc surtout pas de panique à ce sujet.
• Sois patient : un jour viendra où les autorités romaines remercieront la FSSPX pour ce geste salutaire. Tu seras très bientôt dans le camp des vainqueurs.
Enfin je dirais à l’abbé Spriet et à tous ceux qui fustigent la FSSPX : Je comprends que vous ne soyez pas d’accord, nous ne demandons à personne de nous rejoindre. Mais arrêtez d’être en guerre avec nous comme si on était l’ennemi public n°1 de l’Eglise, alors que nous voulons nous aussi être ses serviteurs, même si nous prenons des moyens que vous ne comprenez pas ou avec lesquels vous n’êtes pas d’accord.
Comprenez qu’à situation exceptionnelle répondent parfois des circonstances exceptionnelles, et ce qui devrait prévaloir entre nous actuellement c’est la charité. Et je trouve personnellement que votre lettre en manque cruellement. Elle ressemble à ce coup de pied que l’on assène à celui qui est déjà à terre.
Si vous estimez que la question des sacres ou de l’état de nécessité demeure discutables entre catholiques de bonne foi, alors pourquoi ne pas appliquer cette maxime tirée de la sagesse chrétienne : « Dans les choses nécessaires, l’unité ; dans les choses incertaines, la liberté ; en toutes choses, la charité ». Votre situation est peut-être tellement confortable que cette précaution vous semble inutile ? Sachez qu’il y a des milliers de fidèles qui ne partagent pas votre optimisme et qui ne trouvent plus dans l’Eglise officielle de quoi nourrir leur âme. Alors s’il vous plaît, je ne vais pas vous dire où est votre devoir mais je pense qu’il consiste plus à remplir votre église qu’à vider nos séminaires !
Quoi qu’il en soit j’espère de tout cœur que cette sentence de l’Evangile ne vous sera pas appliquée : « Malheurs à vous, Scribes et Pharisiens, vous filtrez le moucheron et vous avalez le chameau (Mt 23, 24) !»
Votre dévoué serviteur
Thomas Legrier
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Immigration et ordre dans la charité par Disputationes theologicae
https://disputationes.over-blog.com/2017/01/immigration-et-ordre-dans-la-charite.html
L’ “accueil” désordonné des migrants est la négation de l’amour de Dieu
“L’obligation d’accueillir” l’étranger à n’importe quel prix même contre le bien commun. Voilà le nouveau dogme, non révélé par Dieu, mais propagé presque sans distinction par tous les centrales du pouvoir maçonnique. Il est évident qu’un cœur chrétien, s’il le peut, prête secours à celui qui se trouve en grave difficulté, mais la “religion de l’homme” – qui semble désormais avoir conquis la presque totalité des bastions catholiques – impose celui de l’accueil comme un “impératif catégorique” auquel on ne peut qu’“obéir”. Il n’est presque pas licite de réfléchir aux circonstances et à l’opportunité de certaines actions présentées officiellement comme charitables, et cela sous peine d’“excommunication médiatique”. Nolite cogitare.
Le désarroi en plus est alimenté par les déclarations de certaines autorités ecclésiastiques qui souvent propagent la confusion, en prêchant comme doctrine catholique des concepts qui semblent plutôt l’aboutissement du pire mondialisme que la doctrine de Jésus-Christ.
Le genre de l’immigration actuelle soulève certes plusieurs questions qui portent sur différents sujets, à commencer par un discernement sérieux concernant la nature de ces flux jusqu’au devoir d’aide envers nos frères, in primis les chrétiens d’Orient. La question de la nécessité pour certaines réalités précises, d’un possible soutien in loco, même militaire, se pose ainsi que celle de l’évaluation sérieuse de la présence parmi les immigrés de plusieurs loups déguisés en agneaux.
L’importance fondamentale de la notion de “souveraineté” face à ce qui semble être une vraie et propre “immigration de substitution” ne doit pas non plus être oubliée.
Ces interrogations suscitent plusieurs perspectives d’analyse. On peut traiter la question sous l’angle de l’invasion masquée (plus ou moins islamiste et plus ou moins violente). Cette perspective impose une analyse sur la licéité du recours à la force pour repousser la violence et implique même la question de la guerre juste. Une autre perspective conduit à considérer que la question ne doit être envisagée que sous l’angle de ce qu’on appelle aujourd’hui avec emphase “accueil” et que l’on voudrait être une émanation de la charité chrétienne.
Nous concentrerons l’attention de cet article sur ce dernier point, sans exclure de traiter du juste recours à la force dans une prochaine intervention. En effet, il paraît urgent de faire d’abord la clarté sur un point parmi les plus exposés à la contrefaçon : l’exercice (ordonné) de la charité chrétienne.
Après une brève suggestion de bon sens aux gouvernants, tirée de la réflexion scholastique, nous parcourrons rapidement certaines indications sur l’exercice de la charité ordonnée données par Saint Thomas d’Aquin dans la Summa Theologiae, particulièrement dans la question 26 de la Secunda Secundae, pour chercher à en tirer quelques conclusions, même d’ordre pratique. Quel est en effet l’exercice de la vraie charité en matière d’immigration ?
La présence d’étrangers dans la patrie, une simple réflexion à la suite d’Aristote
Avant d’entrer dans le domaine de la vertu surnaturelle et particulièrement de la charité ordonnée il est utile de rappeler un bref passage du De Regno, qui a le mérite d’éclaircir en peu de lignes la problématique au point de vue naturel. Au XIIIème siècle, la question des étrangers, quoique non différente dans la substance, se posait sous une autre forme et Saint Thomas dans l’opuscule cité, en conseillant les gouvernants, donne des indications au Roi sur la façon de se comporter par rapport à la “présence d’étrangers”, personnifiés principalement à l’époque par les commerçants. La question de fond étant de savoir si la multitude d’étrangers est un bien ou un mal pour la Civitas[i].
La réponse de l’auteur se fonde, en suivant Aristote, sur la nécessaire unité du corps social, à l’imitation du corps physique. On déconseille donc vivement aux gouvernants de favoriser une présence de marchands étrangers dans la ville pour un motif très simple : leurs usages différents, quoique légitimes dans leur patrie, déstabilisent la société. Ils compromettent l’unité de la Civitas, qui fonde sa propre unité et son propre bien-être spirituel et temporel sur un patrimoine commun. Les étrangers ne partagent pas cet ensemble de traditions “identitaires” qui sont le ciment de l’état et qui contribuent à donner une direction claire et partagée par tous vers le bien commun que tous recherchent. Le citoyen de longue tradition partage avec ses concitoyens ce mode particulier de connaître et d’aimer sa propre Civitas, et cela s’accomplit non pas d’une façon artificielle, par des “projets d’intégration” autant cérébraux qu’utopiques, mais d’une façon tellement naturelle que ce patrimoine commun ne nécessite aucune explication, tant il est enraciné dans les cœurs.
Cela ne signifie pas que pour des raisons par exemple commerciales un étranger ne puisse pas traverser la ville ou même y demeurer longtemps, jusqu’à en devenir un membre vital. Et même, sa présence peut dans une certaine mesure constituer un bien objectif et appréciable pour la Civitas, que l’on pense aux Maîtres de Côme du Moyen-Age qui coupaient si bien la pierre qu’ils ont rempli l’Italie de chefs d’œuvre, en formant partout où ils allaient des petites communautés lombardes, qui par la suite se sont amalgamées au tissu préexistant. Mais le nombre doit être contenu, parce que le bien de la société entière est supérieur au bien d’un seul ou d’un groupe de citoyens ou d’un seul ou plusieurs étrangers.
En effet, le vrai bien de chacun s’articule avec le vrai bien commun et jamais il ne peut être en opposition avec ce dernier. En suivant l’analogie entre le bien du corps humain et le bien du corps social, il est clair que le maintien en santé de la personne entière est supérieur au bien d’un seul membre. Dans certains cas il peut donc être nécessaire d’amputer, à plus forte raison dans le cas d’un élément étranger qui n’est pas encore organiquement uni à la personne. En effet, l’étranger n’est pas encore membre du corps social, et ne le devient que suite à un long processus nécessitant entre autres l’acceptation des conditions posées par la Civitas qui choisit de l’accueillir ou pas. Donc son bien est toujours soumis et doit toujours s’articuler au bien de toute la ville. Sinon, tout comme il est licite de couper du corps social l’élément nuisible, à plus forte raison est licite le refus d’un corps étranger qui altérerait la paix et l’ordre social.
Du point de vue du bien commun naturel, la nécessité de se prémunir contre l’arrivée excessive d’étrangers est un devoir du Prince et cela en raison de la nature même de l’homme. A cette considération il faut ajouter que ratione peccati, c’est-à-dire en considérant la nature humaine en tant que blessée par le péché originel, une telle nécessité se fait encore plus pressante. Et cela – même en voulant rester au point de vue strictement naturel – est particulièrement important lorsqu’on parle d’immigration d’étrangers de religion musulmane, compte tenu du caractère violemment agressif du Coran qui en est le fondement.
En mettant de côté les délires des idéologues multiethniques et multiraciaux et de ceux qui les suivent, on reconnaît généralement un certain fondement à ce qui a été exposé jusqu’à présent. Cependant, dans le milieu catholique surgit souvent l’objection – non dépourvue d’une bonne dose d’hypocrisie – que si un tel discours peut paraître raisonnable à l’intelligence dans l’ordre naturel, il n’est cependant pas admissible après l’avènement de la charité chrétienne, laquelle accepte tout, pardonne tout et…accueille tout.
Mais dans la charité aussi (et surtout) il y a un ordre établi par Dieu, Créateur et Législateur
Saint Thomas d’Aquin en parlant de la charité souligne qu’il est absolument nécessaire d’évaluer quel est l’ordre dans la charité[ii]. Dois-je aimer plus Dieu ou le prochain ? Dois-je aimer plus le prochain ou mon corps ? Dois-je aimer un proche plus qu’un autre ou tous de manière identique ? Dois-je aimer celui qui m’est plus proche (“prochain” veut dire proche…) ou dois-je aimer aussi les plus lointains d’une manière égale et identique ? Dois-je aimer davantage la paix (religieuse aussi) dans ma patrie ou dois-je accueillir n’importe quel étranger qui la menace au nom de la charité ?
Là où il y a une multiplicité, comme dans ce cas il y a une multiplicité d’objets à aimer, il faut un ordre et un ordre se fait par rapport à un principe. Par exemple, un ensemble de fruits peut être ordonné selon différents principes, selon la couleur, selon le poids, selon le parfum ; pour faire de l’ordre et savoir ce qu’il faut mettre avant et mettre après il faut un principe. Mais quel est dans la charité ce “point ferme” qui nous permet de mettre de l’ordre ? « L’amour de la charité tend vers Dieu en tant qu’il est source de béatitude[…]. Et donc il est nécessaire que dans les choses qui sont aimées par la charité on s’en tienne à un certain ordre, en relation au principe premier d’un tel amour, qui est Dieu »[iii].
La charité et son exercice s’ordonnent donc seulement par rapport à Dieu et non pas par rapport aux principes d’un anthropocentrisme mielleux.
Malheureusement aujourd’hui, une pensée non catholique a avancé partout, au point que pour l’homme moderne – qui marche au pas avec l’ecclésiastique moderniste – il faut aimer le prochain sans établir un ordre quelconque et cela parfois même…contre Dieu ou plus que Dieu. Ou sinon, lorsque le panthéisme a atteint des niveaux pathologiques, on arrive presque à l’affirmation explicite qui identifie le prochain avec Dieu presque métaphysiquement. A partir de là, aucun raisonnement – et aucun ordre dans la charité – n’est plus possible. Des phrases fréquentes comme par exemple « le pauvre est Dieu », quoique prononcées avec une intention rhétorique, alimentent – de façon non intentionnelle on voudrait l’espérer – une telle confusion. Car s’il est vrai que dans le visage du pauvre je dois voir l’empreinte de Dieu Créateur et l’action de Dieu Rédempteur, il est aussi vrai qu’une créature ne pourra jamais s’identifier avec le Créateur et l’amour qu’il faut porter à n’importe quelle créature ne sera jamais aussi inconditionné que l’amour qu’il faut porter à Dieu.
L’objet de l’acte de charité regarde donc principalement Dieu, secondairement les créatures, dans la mesure selon laquelle elles se réfèrent à Dieu. Cet ordre de la charité que nous recherchons donc – dit l’Angélique[iv] – se trouve dans les choses elles-mêmes, dans leur être par rapport à Dieu. C’est un ordre objectif. Le prochain ne doit pas être aimé inconditionnellement comme s’il était Dieu, la bonté du prochain n’est pas absolue, mais elle est « participative », elle participe de la bonté divine et d’une façon différente selon les cas. Il peut donc y avoir un “plus” et un “moins” dans l’échelle, parce que la mesure est donnée par la majeure ou mineure proximité à Dieu de la chose à aimer.
Il y a en effet un prochain à haïr par amour de Dieu, dit Notre Seigneur. « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère et sa femme et ses enfants et ses frères et ses sœurs et aussi sa propre vie il ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 26). De telles paroles ne sont pas dures si on a compris l’ordre dans la charité. Saint Thomas dit « L’amitié de la charité se fonde sur la communication de la béatitude qui consiste essentiellement en Dieu comme dans son premier principe, d’où elle découle sur tous les êtres qui sont capables de béatitude » et il continue « donc c’est Dieu qu’il faut aimer principalement et par-dessus tout en charité […] le prochain en tant qu’il participe avec nous de cette béatitude qui vient de Lui »[v]. Donc lorsque Jésus-Christ nous dit « Si quelqu’un ne hait pas son père et sa mère… » il est en train de nous expliquer que celui qui aime le prochain dans un ordre qui n’est pas celui voulu par Dieu n’est pas son disciple et qu’il sera aussi nécessaire de “haïr” son propre frère dans la mesure où celui-ci éloigne Dieu de nous, de lui-même et des autres. Si une personne m’empêche d’aimer Dieu ou empêche la diffusion de l’amour de Dieu sur la société, je dois haïr cet aspect chez l’autre. Cet aspect est à combattre chez lui, doit au moins être mis en mesure de ne pas nuire au bien voulu par Dieu, tout en continuant par exemple à prier et à agir pour la conversion de ce frère. Ce frère est “haï” dans la mesure où il est lointain et nous éloigne de Dieu, mais est aimé dans la mesure où rien n’est perdu et où il peut encore s’approcher de Dieu, comme dirait Saint Thomas « en tant qu’il est encore capable de béatitude ». Et cette « capacité de béatitude » fait loi dans l’ordre selon la charité qui se fonde sur la mineure ou majeure participation à l’amour de Dieu. L’ordre n’est pas sentimentalo-passionnel, selon qui je croise – ou pire selon ce que la télévision veut nous faire voir sur l’écran – mais il est objectif. Saint Thomas dit « il ne faut pas aimer davantage celui qui est plus facile à voir, mais celui qui se présente à nous comme à aimer » [vi]. C’est-à-dire que, en suivant Saint Thomas, de la même façon que je dois aimer davantage Dieu, même s’il n’est pas visible, plutôt qu’une personne que je croise dans la rue et qui est très lointaine de Dieu, ainsi je dois aimer davantage une personne par rapport à une autre parce que je sais qu’elle est plus proche de Dieu.
Lorsque nous écoutons – et d’ailleurs avec une fréquence excessive – sur la bouche d’éminents ecclésiastiques, des phrases comme celle-ci : « Est ce que j’aime vraiment mon prochain, est ce que j’aime vraiment l’immigré, même s’il est musulman ? » La réponse du chrétien qui a la vraie charité et qui connaît la doctrine est : « Oui, mais je l’aime par amour de Dieu et donc selon l’ordre voulu par Dieu ». Ce qui signifie que j’ordonne mon exercice de la charité envers lui selon l’amour de Dieu. Et je dois aller jusqu’au point de vouloir pour lui tout le bien possible, jusqu’au bien suprême de sa conversion à la vraie foi, pour qu’il ne brûle pas éternellement en enfer et pour qu’il participe en acte (et non pas seulement en puissance) de cette béatitude qui est – comme on l’a vu plus haut – le fondement de l’ordre de la charité. En effet, dans le véritable ordre de la charité je n’aime pas mon prochain seulement parce qu’il est mon semblable ou parce que j’ai une sympathie pour les gens de couleur plutôt que pour les blancs, mais ce qui rend le prochain digne d’être aimé plus qu’un autre est sa similitude avec Dieu[vii]. En charité, je peux – et je dois – aimer davantage un riche authentiquement vertueux plutôt qu’un pauvre plein de malice, ainsi que m’est davantage “prochain” un baptisé aisé plutôt qu’un immigré musulman pauvre. Il y a un ordre objectif à observer dans l’amour surnaturel qui cependant n’exclut pas, suivant les circonstances et s’il s’agit du bien objectif, la possibilité d’aider matériellement même ce pauvre-là quoique éloigné de Dieu. Donne à manger aux affamés, donne à boire aux assoiffés, certes, mais selon un critère objectif, et non pas médiatico-émotionnel et dicté par les centrales du mondialisme maçonnique qui créent d’abord la misère des peuples et ensuite la font “soulager” aux autres.
L’accueil sans discrimination ne témoigne pas l’amour de Dieu, mais l’amour désordonné pour certaines réalités terrestres
Nous ajoutons que le désordre dans l’accueil des peuples, dans l’encouragement à leurs déplacements désordonnés, dans l’altération de la vie pacifique de certaines nations, dont certaines de tradition chrétienne, n’est pas un signe de charité. Au contraire, c’est peut-être justement un des signes que l’on ne marche pas dans l’amour de Dieu.
Saint Thomas explique que l’amour naturel se fonde sur la communication des biens naturels, et par un tel amour non seulement on aime Dieu plus que soi-même, mais on aime chaque créature selon ce qu’elle est, selon la place que Dieu lui a assignée. Un tel amour parvient à chaque créature, jusqu’aux pierres elles-mêmes, parce que c’est un amour qui aime l’ensemble de la Création selon l’ordre voulu par Dieu, et un tel amour privilégie le bien de l’ensemble à son propre bien particulier. Et cela vaut encore plus dans l’amour de charité, selon lequel l’homme doit aimer davantage Dieu, qui est le bien commun de toute chose, plutôt que lui-même[viii].
En suivant donc le raisonnement de l’Aquinate on aime chaque créature – jusqu’aux pierres – dans l’ordre voulu par Dieu et donc on aime les peuples sur leurs terres et avec leurs caractéristiques et leurs bonnes traditions, dans l’ordre que Dieu a donné en les distinguant. Si on a compris le discours, pour qu’il s’agisse d’un vrai amour, la partie doit aimer d’abord le tout dans la disposition des parties et donc chercher son propre bien dans la mesure où un tel bien s’intègre dans le tout, dans la mesure où le bien de la partie concourt au bien du tout. C’est la partie qui doit se “conformer” au bien commun lorsqu’elle détermine son propre bien et ce n’est pas le bien commun qui doit être “remodelé” en fonction de la partie[ix].
Par exemple, en ce qui concerne notre sujet, l’immigré qui arrive et demande accueil ne peut pas être vu seulement dans un rapport de bien du sujet particulier dans le besoin, ou dans une vision personnaliste de la relation entre moi qui accueille et lui qui me demande hospitalité. Mais l’opportunité de l’ “accueil” est à évaluer selon une vision de bien commun et surtout de bien commun surnaturel. Les questions de foi sont donc fondamentales parce que – s’il s’agit de vraie charité – le premier bien à évaluer sera celui de la foi, du bien commun de la foi d’un peuple et du monde entier. Donc l’appartenance à une religion sera un critère important à évaluer dans la perspective de la “charité de l’accueil”. Justement parce que le bien commun surnaturel, que la (vraie) charité a le devoir de sauvegarder, est en jeu.
Non seulement donc la prudence naturelle et surnaturelle doit pousser les gouvernants à limiter l’accès de celui qui attaque ou affaiblit le bien de la foi, mais dans une vraie perspective de bien commun surnaturel il pourrait être aussi nécessaire, dans certaines circonstances, de refuser complètement l’accès de certains étrangers. On pourrait même ajouter qu’il faudrait évaluer attentivement l’opportunité d’accueillir des hommes chrétiens en bonne santé qui fuient, surtout s’ils sont en train de fuir une guerre, alors qu’ils auraient au contraire le devoir de combattre pour le bien commun de leur patrie ou de la foi. Si c’est le bien commun de la foi et de la charité que nous cherchons – tout en pouvant accueillir temporairement des femmes et des enfants – nous devrions aussi, dans certains cas, stimuler les hommes chrétiens en bonne santé et aptes aux armes à rester dans les terres chrétiennes pour les défendre et pour éviter le rétrécissement des confins de la Chrétienté (ou de ce qu’il en reste). C’est cela aussi la charité, et de courageux Évêques syriens l’ont affirmé récemment à haute voix.
Quant aux musulmans, même en voulant admettre sans le concéder, qu’il s’agisse d’une immigration de nécessité, et non pas un processus maçonnique de substitution des peuples, il est plus que licite de freiner les arrivées, parce qu’en tant que disciples du Coran il est raisonnable de présumer qu’ils en veulent l’application, sous peine de ne plus être musulmans. Il est impossible de ne pas comprendre comment leur arrivée massive pourrait ne pas nuire gravement au bien surnaturel de la foi et de l’Église elle-même, à plus forte raison si on renonce – par absence de charité – même à essayer de les convertir à la vraie foi. On ne comprend pas non plus comment un prélat catholique – qui devrait bien savoir ce qu’est la charité – pourrait prêcher l’accueil des migrants à tout prix tout en se refusant à faire une quelconque distinction, presque comme s’il s’agissait d’un dogme révélé. Et cela est encore plus incompréhensible car il n’est pas nécessaire d’avoir la foi et la charité pour saisir combien l’immigration islamique est dangereuse. Le Cardinal Biffi, s’adressant aux gouvernants laïcs disait à ce propos : « Cela ne revient pas aux hommes d’Église, mais plutôt aux états occidentaux modernes de bien regarder le pour et le contre à ce sujet »[x]. Il en résulte qu’un homme d’Église a donc à double titre le devoir d’inciter les gouvernants à limiter l’immigration islamique : en raison de la loi naturelle et en raison de la vraie charité du Christ.
Don Stefano Carusi
[i] Saint Thomas d’Aquin, De Regno, lib. 2, cap. 3: “Nam civitas quae ad sui sustentationem mercationum multitudine indiget, necesse est ut continuum extraneorum convictum patiatur. Extraneorum autem conversatio corrumpit plurimum civium mores, secundum Aristotelis doctrinam in sua politica, quia necesse est evenire ut homines extranei aliis legibus et consuetudinibus enutriti, in multis aliter agant quam sint civium mores, et sic, dum cives exemplo ad agenda similia provocantur, civilis conversatio perturbatur. Rursus: si cives ipsi mercationibus fuerint dediti, pandetur pluribus vitiis aditus”.
[ii] S. Thomas d’Aquin, S. Th., IIa IIae, q. 26, pr. “Deinde considerandum est de ordine caritatis. Et circa hoc quaeruntur tredecim”.
[iii] Ibidem, a. 1, c. : “Respondeo dicendum quod, sicut philosophus dicit, in V Metaphys., prius et posterius dicitur secundum relationem ad aliquod principium. Ordo autem includit in se aliquem modum prioris et posterioris. Unde oportet quod ubicumque est aliquod principium, sit etiam aliquis ordo. Dictum autem est supra quod dilectio caritatis tendit in Deum sicut in principium beatitudinis, in cuius communicatione amicitia caritatis fundatur. Et ideo oportet quod in his quae ex caritate diliguntur attendatur aliquis ordo, secundum relationem ad primum principium huius dilectionis, quod est Deus”.
[iv] S. Thomas d’Aquin, S. Th., q. 26, a. 1, ad 2. Cfr. anche q. 26, a. 2, ad 3: “Sed tamen non aequaliter habet proximus bonitatem Dei sicut habet ipsam Deus, nam Deus habet ipsam essentialiter, proximus autem participative”.
[v] Ibidem, q. 26, a. 2, c: “Amicitia autem caritatis fundatur super communicatione beatitudinis, quae consistit essentialiter in Deo sicut in primo principio, a quo derivatur in omnes qui sunt beatitudinis capaces. Et ideo principaliter et maxime Deus est ex caritate diligendus, ipse enim diligitur sicut beatitudinis causa; proximus autem sicut beatitudinem simul nobiscum ab eo participans”.
[vi] Ibidem, q. 26, a. 2, ad 1: “non ergo oportet quod illud quod est magis visibile sit magis diligibile, sed quod prius occurrat nobis ad diligendum”.
[vii] Ibidem, q. 26, a.2, ad 2 : “Ad secundum dicendum quod similitudo quam habemus ad Deum est prior et causa similitudinis quam habemus ad proximum, ex hoc enim quod participamus a Deo id quod ab ipso etiam proximus habet similes proximo efficimur”.
[viii] Ibidem, q. 26, a.3, c. : “Unde multo magis hoc verificatur in amicitia caritatis, quae fundatur super communicatione donorum gratiae. Et ideo ex caritate magis homo debet diligere Deum, qui est bonum commune omnium, quam seipsum, quia beatitudo est in Deo sicut in communi et fontali omnium principio qui beatitudinem partecipare possunt”.
[ix] Ibidem, q. 26, a.3, ad 2.
[x] G. Biffi, Intervento dell’arcivescovo di Bologna al Seminario della Fondazione Migrantes, 30 septembre 2000 (http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/7283) : «Non sono dunque gli uomini di Chiesa, ma gli stati occidentali moderni a dover far bene i loro conti a questo riguardo».
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
De 1988 à 2026… : Cet acte de foi en la Providence et en l’Église n’a pas été vain
De l’abbé Giacomoni, supérieur de la Province de France de la FSSP :
Le 2 juillet 1988, les fondateurs de la Fraternité Saint-Pierre manifestaient publiquement leurs intentions :
« Pour l’honneur de la Sainte Église Catholique, pour la consolation de nombreux fidèles troublés et l’apaisement de leur conscience, les soussignés, membres jusqu’ici de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, déclarent qu’ils restent, dans le regret profond des consécrations épiscopales illicites du 30 juin, comme « pars sanior[1] » de cette Fraternité dans l’Église catholique, et n’ont qu’un seul désir, de pouvoir vivre dans l’Église comme société religieuse de cette Église en soumission comme il va de soi à son chef et de pouvoir œuvrer pour l’Église. Avec satisfaction, ils reconnaissent dans les propositions généreuses et vraiment maternelles que l’Église a faites dans l’accord du 5 mai 1988, les fondements pour un futur fructueux et vraiment catholique de leur communauté. Ils expriment l’espoir de pouvoir être à nouveau érigés canoniquement par les autorités ecclésiales compétentes pour la réalisation de leur vocation spécifique, pour pouvoir se consacrer au soin des fidèles et spécialement à la formation des prêtres dans un esprit authentiquement catholique, et en cela, en conformité avec la tradition vénérable de l’Église catholique, de pouvoir célébrer le culte divin selon les directives d’une tradition indubitable. Afin de clarifier au plus vite leur statut ecclésial, les soussignés, réunis dans la prière, vont présenter sans délai cette déclaration au Saint-Siège, pour remettre leur travail sous la protection des princes des Apôtres Pierre et Paul, avec la bénédiction du Saint-Père.[2] »
Cet acte de foi en la Providence et en l’Église n’a pas été vain puisque saint Jean-Paul II, après le motu proprio Ecclesia Dei, a voulu fonder de manière pérenne notre communauté. À peine trois mois plus tard en effet, le 18 octobre 1988, la FSSP était érigée canoniquement par le Saint-Siège comme Société de Vie Apostolique de droit pontifical.
Comment en est-on arrivé là ? Le 30 juin 1988, Mgr Lefebvre consacrait quatre évêques contre la volonté du pape. Devant l’ampleur de la crise de l’Église, reconnue bien au-delà du “monde tradi”, et suite aussi à nombre d’injustices subies, la possibilité de sacres épiscopaux même sans mandat pontifical était devenue peu à peu pour Mgr Lefebvre un vrai questionnement. C’est précisément pour réfléchir à la légitimité de tels sacres que l’abbé Josef Bisig, alors assistant de Mgr Lefebvre, avait été chargé de diriger une commission théologique sur cette question. Dans le cadre de cette fonction, il avait rédigé un bref essai théologique intitulé : « Du sacre épiscopal contre la volonté du Pape ». Cette étude, publiée en 1988 par les fondateurs de la FSSP, est justement celle dont nous venons de faire la réédition dans le hors-série de Tu es Petrus.
La conclusion de cette réflexion théologique est conforme à la Tradition de l’Église : en raison de la primauté de juridiction du pape et en raison de la nature du ministère épiscopal[3], des consécrations épiscopales contre la volonté expresse du pape s’opposent au droit divin et signifient conséquemment une rupture ouverte avec l’Église catholique. Suite à cette étude, Mgr Lefebvre écrivit aux membres de la commission une réponse manuscrite assez détaillée. Il y arrivait finalement à la conclusion suivante :
« Le problème de la situation des fidèles et de la situation de la papauté actuelle rend caduques les difficultés de juridiction, de désobéissance et d’apostolicité, parce que ces notions supposent un pape catholique dans la foi, dans son gouvernement. Sans entrer dans les conséquences du pape hérétique, schismatique, inexistant, qui entraînent dans des discussions théoriques sans fin, ne pouvons-nous pas et ne devons-nous pas en conscience, affirmer aujourd’hui, après la promulgation du nouveau droit qui affirme clairement la nouvelle Église et après les actes et déclarations scandaleux concernant Luther, que le pape Jean Paul II n’est pas catholique ?[4] ».
Terrible interrogation de celui qui avait été un vrai père pour les fondateurs de la FSSP. En refusant courageusement les consécrations épiscopales, il s’agissait donc, pour nos fondateurs, de rester unis au Pontife romain et de le rester en conservant l’usage de la liturgie romaine ancienne. C’est précisément dans ce but que la FSSP a été reconnue et fondée par le Saint-Siège.
En cette année 2026, nous revivons une situation analogue à celle de 1988. De nouvelles consécrations épiscopales contre la volonté du pape ont été annoncées pour le 1er juillet. Chacun peut comprendre combien cette situation revêt, pour la FSSP en particulier, un caractère spécialement douloureux. Nous pourrions dire que cela ne nous regarde pas (ou plus), mais la gravité d’un tel acte pour l’unité de l’Église et l’histoire de notre fondation ne peuvent nous laisser indifférents.
Sous bien des aspects demeure certes dans l’Église une crise doctrinale, théologique et liturgique. Mais cela n’empêche pourtant pas le Saint-Esprit de continuer d’agir en Elle. Ainsi constate-t-on avec joie ces dernières années que de nombreuses personnes découvrent ou redécouvrent la foi catholique. Le Seigneur attire toujours ; et cette soif apparaît, entre autres, dans « la croissance des communautés liées au vetus ordo[5] ». L’annonce de l’Évangile est une charité toujours nécessaire mais plus difficile aux époques troublées. Depuis les Apôtres en effet, les crises dans l’Église ont toujours été un mystère pour notre intelligence, et une épreuve. C’est pourquoi leur résolution n’est pas si simple et doit être prudemment éclairée par les principes de la foi. Nous savons ainsi que là où est passé le Maître, les disciples passent aussi. Il est donc nécessairement dans notre vie chrétienne des temps où la Providence nous découvre des voies mystérieuses. La croix du Christ est alors plantée dans nos cœurs avec toute sa douloureuse force mais aussi sa fécondité ! En établissant la FSSP dans le respect et la juste dépendance des autorités ecclésiales, nos fondateurs n’ont pas ignoré les conséquences parfois difficiles que cela pourrait avoir pour leur communauté et pour les fidèles qui lui sont confiés. Ils n’ignoraient pas non plus que leur choix ne serait pas toujours bien compris. Mais le Christ, qui sait tout, ne laisse pas ses enfants orphelins. Les souffrances unies à Lui portent en elles la grâce de l’abandon confiant, et l’acceptation surnaturelle de la croix n’est jamais une abdication. À la suite du Christ, c’est l’exemple que nous laissent les saints reconnus qui ont eu à souffrir par l’Église : sainte Jeanne d’Arc, saint Jean de La Croix, saint Alphonse de Liguori, sainte Bernadette ou saint Padre Pio, et tant d’autres encore… Tel est en vérité le prolongement de l’Incarnation Rédemptrice, tel est le clair-obscur de l’obéissance de la foi et tels sont pour ces raisons les choix historiques, théologiques et spirituels des fondateurs de la Fraternité Saint-Pierre. « Ecclesia semper reformanda[6] », dit l’adage classique. Mais aucun saint n’a jamais participé “de l’extérieur” à une réforme de l’Église, c’est-à-dire en se soustrayant à son autorité visible et en reconstituant une hiérarchie parallèle.
Ces vérités surnaturelles demeurent toujours valables et doivent donc éclairer les circonstances actuelles. Malheureusement, les passions exacerbées par des médias omniprésents affaiblissent la raison éclairée par la foi. Même si les époques changent et que l’expression des vérités éternelles peut être amoindrie voire rendue ambigüe, il n’existe pourtant qu’un unique Magistère de l’Église. Reconnaître cela permet de ne pas sacrifier la Vérité, soit par un relativisme généralisé de l’autorité du Magistère, soit par un maximalisme déraisonné de cette autorité, tous deux contraires à la foi.
Cela condamne-t-il pour autant au silence devant les erreurs des hommes d’Église ou les scandales visibles en son sein ? Pas le moins du monde ! Mais en gardant justement la notion de « Tradition vivante[7] », la FSSP entend agir d’une manière conforme à celle-ci. Le rôle des communautés religieuses n’a jamais été en effet de s’ériger en magistère parallèle, de faire des déclarations publiques ou des communiqués tapageux sur l’Église. Et adopter un esprit de critique jette plus de trouble que de lumière. A contrario, un esprit critique, lorsqu’une affirmation choque ou interroge, cherche la lumière du Magistère pérenne pour l’éclairer. L’Église a Elle-même agi ainsi pour certains passages du Concile Vatican II[8]. Et de même, à sa place, sans coups d’éclat ni manque de courage, la FSSP cherche à demeurer fidèle au protocole d’accord du 5 mai 1988[9], qui est au fondement de ses Constitutions. La FSSP est encore résolument concernée par le sort des fidèles qui expriment leurs sentiments d’injustice ou d’incompréhension quant à la manière dont sont parfois mises en œuvre les promesses faites en 1988. Car l’immense majorité de ces fidèles n’entre pas dans les catégories socio-politiques ou anti-ecclésiales qu’on leur prête souvent pour justifier des restrictions à leur sincère attachement aux pédagogies traditionnelles de la foi catholique. Ils veulent demeurer dans l’Église et dans sa communion. Ils ne s’opposent pas à Elle mais en attendent la douceur et la paix de la vie chrétienne dans les formes éprouvées des traditions liturgiques, spirituelles et disciplinaires. Au bénéfice de toute l’Église, c’est bien pour tous les fidèles, en particulier ceux – nombreux – qui ont découvert ou redécouvert récemment les joies de la vie chrétienne par le vetus ordo, que la FSSP entend donc demeurer fidèle à la mission reçue du Saint-Siège.
Par la fidélité à son histoire et à son patrimoine liturgique propre la FSSP vit en effet pleinement dans la communion de l’Église Catholique, non comme voulant la sauver, mais comme travaillant en son sein à l’annonce de la joie de l’Évangile. Et Dieu sait que la mission ne manque pas dans un monde sécularisé. La foi et l’histoire de l’Église nous enseignent ainsi que, pour les sociétés religieuses, la fidélité à leur charisme fondateur est la condition de la sanctification de leurs membres et de leur fécondité apostolique. Je n’ignore évidemment pas que la mission spécifique de la FSSP est parfois perçue à tort comme portant atteinte à la communion. Mais je veux rappeler que c’est bien dans un souci de communion et d’unité qu’elle a été créée. La stabilité de ce patrimoine[10]décret du 11 février 2022. rappelle l’importance et l’actualité de la mission de la FSSP : maintenir vivante la liturgie tridentine, non seulement pour le bien des âmes mais aussi pour manifester la communion de l’Église à travers les siècles, comme aimait à le rappeler le pape Benoît XVI.
Prions fidèlement pour l’Église et pour le pape Léon XIV. Prions aussi pour que l’Esprit Saint éclaire chacun de nous. Ayons enfin une grande charité mutuelle car les périodes de crise sont aussi des moments où le diviseur est à l’œuvre. Préférons le dialogue et le silence intérieur plutôt que les discussions stériles, les débats passionnés ou les accusations mutuelles. Et demandons encore à saint Pierre de continuer à servir l’Église du Christ, en communion avec son chef, pour œuvrer, en Elle et avec Elle, au salut des âmes.
Références
| ↑1 | Traduction : « partie plus saine ». |
|---|---|
| ↑2 | Déclaration d’intention disponible sur le site fssp.org. |
| ↑3 | Chaque évêque catholique doit nécessairement être envoyé en mission par le successeur de Pierre, tête du corps épiscopal. |
| ↑4 | Extrait d’une lettre manuscrite de Mgr Lefebvre. |
| ↑5 | Cf. Lettre du pape Léon XIV aux évêques français, mars 2026. |
| ↑6 | « L’Eglise est toujours à réformer » : adage attribué à saint Augustin. |
| ↑7 | Notion rappelée dans le motu proprio Ecclesia Dei. |
| ↑8 | Par exemple : Catéchisme de l’Eglise Catholique n°2105 sur la liberté religieuse ; Déclaration « Dominus Jesus » de la CDF du 6 août 2000 ; précision de la CDF du 7 juillet 2007 sur le « subsistit in ». |
| ↑9 | Protocole d’accord du 5 mai 1988, disponible sur le site fssp.org :
« 1) Nous promettons d’être toujours fidèles à l’Église catholique et au Pontife romain, son Pasteur Suprême, Vicaire du Christ, Successeur du Bienheureux Pierre dans sa primauté et Chef du corps des évêques. 2) Nous déclarons accepter la doctrine contenue dans le n° 25 de la Constitution dogmatique Lumen Gentium du concile Vatican II sur le Magistère ecclésiastique et l’adhésion qui lui est due. 3) À propos de certains points enseignés par le concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique. 4) Nous déclarons en outre reconnaître la validité du Sacrifice de la messe et des sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du missel romain et des rituels des sacrements promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II. 5) Enfin nous promettons de respecter la discipline commune de l’Église et les lois ecclésiastiques, spécialement celles contenues dans le Code de Droit canonique promulgué par le pape Jean-Paul II, restant sauve la discipline spéciale concédée à la Fraternité par une loi particulière. » |
| ↑10 | Cette mission ecclésiale a été confirmée par le pape François dans un décret du 11 février 2022. |
Mesdames et messieurs les sénateurs, rejetez la Question Préalable sur l’euthanasie
De Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs, aux sénateurs :
Mesdames et messieurs les sénateurs,
mardi 7 juillet le texte sur le “droit à l’aide à mourir”revient au Sénat pour la troisième fois.
Une motion de rejet préalable (où Question Préalable) va vous être proposée pour rejeter le texte sans l’examiner.
Voter cette motion c’est accepter le texte tel qu’il est.
Que vous soyez ou non d’accord avec le principe de “l’aide à mourir”, si vous trouvez que ce texte n’est pas satisfaisant (critères larges et flous, délais courts, protection insuffisante des plus fragiles, collégialité minimale, absence de liberté pour les établissements, contrôle a posteriori…), vous pouvez l’améliorer.
Vous êtes là dernière chance d’y parvenir.
Pour que le Sénat ait son mot à dire:
Rejetez la Question Préalable !
Mariages et confessions au sein de la FSSPX : “Tant qu’il n’y aura pas de révocation expresse du Pape, les facultés demeurent en vigueur”
Certains commentateurs critiquent les deux documents publiés le 2 juillet par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi —le Décret et la Note explicative (Prot. N. 99/2009), tous deux signés par le cardinal Víctor Manuel Fernández et les secrétaires Armando Matteo et John J. Kennedy, qui présenteraient des défauts de technique canonique qui limitent drastiquement leur portée réelle.
L’abbé Pagliarani, supérieur général de la FSSPX, plutôt que d’écrire directement au pape, lequel est un canoniste, que ces sanctions sont “objectivement injustes et invalides”, aurait mieux fait de déposer un recours auprès du législateur suprême de l’Eglise puisque, contrairement au Motu Proprio de 1988, le pape n’a pas signé les textes de 2026. Sur Infovaticana, on trouve cette analyse canonique :
1. Deux instruments de nature juridique distincte
D’une part, le Décret déclare « à tous les effets juridiques » que Mgr Alfonso de Galarreta et les quatre consacrés le 1er juillet —Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier— ont encouru ipso facto l’excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique (cann. 1387 et 1364 § 1 CIC), et que Mgr Bernard Fellay, en tant que co-consacrant ayant publiquement adhéré à l’acte schismatique, a encouru l’excommunication du can. 1364 § 1. Il s’agit d’un décret déclaratif de censures déjà contractées : la seule figure, avec la sentence, apte à déclarer des peines latae sententiae (cann. 1341, 1720). Son champ subjectif est limitatif : six évêques.
La Note explicative qui l’accompagne contient toutefois trois affirmations supplémentaires : que les ministres sacrés de la Fraternité « sont dans le schisme et doivent être considérés comme schismatiques », restant « soumis à l’excommunication prévue par le droit » ; que les laïcs qui « adhèrent formellement » à la Fraternité « sont à considérer comme schismatiques et excommuniés » dans les conditions de la Note du Conseil pontifical pour les textes législatifs du 24 août 1996, que le Dicastère déclare en vigueur et « fait sienne » ; et que la pénitence administrée par ses prêtres et le mariage assisté par eux « sont invalides ». Une note explicative ne figure pas dans la typologie des actes dotés d’efficacité pénale : ce n’est pas une loi (cann. 7-22, 29 ss.), ce n’est pas un décret général exécutoire (cann. 31-33), ce n’est pas un précepte pénal (can. 1319), ce n’est ni une sentence ni un décret déclaratif émané conformément aux cann. 1341 ss. et 1717 ss. Il s’agit d’un acte de nature expositive. Ce qu’il déclare sur des catégories indéterminées de personnes a valeur d’avertissement doctrinal, non de constitution ni de déclaration de peine.
2. La contradiction entre le Décret et la Note
Le Décret met en garde les clercs et les fidèles laïcs « contre l’adhésion au schisme de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, car ils encourraient ipso facto la peine d’excommunication latae sententiae ». Le temps verbal est conditionnel : le délit, à leur égard, est envisagé comme futur et éventuel. La Note, en revanche, affirme au présent que les ministres « sont dans le schisme ». Les deux textes portent la même date et les mêmes signatures. Le conflit contradictoire doit se résoudre en faveur du Décret, seul instrument revêtu de la forme pénale ; et conformément au can. 18, les lois pénales sont soumises à une interprétation stricte, ce qui exclut d’étendre par voie de note ce que le décret formule comme une simple admonition. Il en résulte que le Dicastère lui-même, dans son acte juridiquement efficace, reconnaît que les prêtres et les fidèles n’ont pas encore encouru la censure.
3. Absence d’imputabilité individuelle appréciée et régime de la censure non déclarée
Même en admettant, à titre dialectique, que la Note ait prétendu opérer comme une déclaration générale, les peines latae sententiae sont contractées ipso iure par chaque sujet qui commet le délit avec l’imputabilité pleine exigée par le can. 1321 § 2, appréciée conformément aux cann. 1323-1325 : l’ignorance inculpable de la loi ou de la peine, l’erreur, la crainte grave et l’état de nécessité —même putatif— exemptent de la peine ou en empêchent l’application. Ce jugement est nécessairement individuel et n’a été effectué à l’égard d’aucun prêtre. La qualification collective de sept cents clercs comme « schismatiques soumis à l’excommunication » sans vérification de l’imputabilité ni procédure (can. 1720 : audition du prévenu, certitude sur le délit et l’imputabilité) est incompatible avec le régime du Livre VI.
Il s’ensuit que les éventuelles censures du clergé de la Fraternité demeurent, dans le meilleur des cas pour la thèse du Dicastère, dans la condition de latae sententiae non déclarées. Le régime de celles-ci est celui du can. 1331 § 1, atténué par le can. 1335 § 2 : l’interdiction d’administrer les sacrements et les sacramentaux est suspendue chaque fois qu’un fidèle le demande pour une cause juste quelconque. La formule choisie laisse donc intacte, sur le plan juridique, la situation du fidèle qui demande les sacrements à un prêtre de la Fraternité.
4. Le renvoi à la Note de 1996 exclut l’automatisme à l’égard des laïcs
La Note de 1996 du Conseil pontifical pour les textes législatifs, que le Dicastère « fait sienne » avec ses conditions, n’est pas une interprétation authentique ex can. 16 § 1 —elle est dépourvue d’approbation pontificale en forme spécifique et de promulgation comme telle— mais un avis publié dans Communicationes. Son contenu, de surcroît, est restrictif. Son n. 5 exige pour l’« adhésion formelle au schisme » un double élément : interne (volonté proprement schismatique : préférer l’option personnelle à l’obéissance au Pontife romain) et externe (sa traduction en actes). Son n. 7 établit que à l’égard des fidèles « une participation occasionnelle à des actes liturgiques ou à des activités du mouvement, réalisée sans faire sienne l’attitude de désunion doctrinale et disciplinaire, n’est pas suffisante », qu’il faut avant tout tenir compte de l’intention de la personne, et que « les diverses situations doivent être jugées cas par cas, dans les instances compétentes du for externe et du for interne ».
Le renvoi produit ainsi l’effet inverse de celui qui paraît : en incorporant les conditions de 1996, la Note de 2026 exclut elle-même toute excommunication automatique des laïcs pour la fréquentation des chapelles de la Fraternité et subordonne toute censure à un jugement individuel qui n’a pas été effectué et ne peut l’être par un document général. La pratique de trois pontificats confirme cette lecture restrictive : le Décret de la Congrégation pour les évêques du 21 janvier 2009 a remis les excommunications des seuls quatre évêques consacrés en 1988, seuls censurés déclarés ; Benoît XVI, dans la Lettre du 10 mars 2009, a situé les prêtres sur le plan de la suspense et de l’absence de statut canonique, non de l’excommunication ; et les facultés accordées par François présupposent des sujets capables de les recevoir, condition incompatible avec celle d’excommunié (can. 1331 § 1, 2º).
5. L’invalidité des confessions et des mariages exige la révocation d’actes pontificaux que la Note n’effectue pas
L’invalidité que la Note proclame ne découle pas de l’excommunication, mais du défaut de faculté d’absoudre (can. 966 § 1) et du vice de forme canonique dans le mariage (can. 1108). Ces deux carences ont été suppléées par des actes du Pontife romain : la Lettre apostolique Misericordia et misera, n. 12 (20 novembre 2016), qui a accordé de manière stable la faculté d’absoudre validement aux prêtres de la Fraternité, et la Lettre de la Commission pontificale Ecclesia Dei du 27 mars 2017, approuvée par François, qui a habilité la délégation pour assister validement les mariages. La Note ne mentionne aucun des deux actes et ne contient aucune clause révocatoire. S’appliquent alors le can. 21 —dans le doute on ne présume pas la révocation— et le principe de hiérarchie des actes : un dicastère ne peut déroger aux actes du Pontife romain que par une approbation pontificale en forme spécifique (art. 7 § 2 du Règlement général de la Curie romaine ; pratique constante), approbation qui ne figure pas dans le texte diffusé. Tant qu’il n’y aura pas de révocation expresse du Pape, les facultés demeurent en vigueur et la déclaration d’invalidité est juridiquement infondée. Subsidiairement, même révoquées pro futuro, joueraient dans de nombreux cas la suppléance de la faculté par erreur commune ou doute positif et probable du can. 144, que la Note n’aborde pas non plus.
6. Conclusion
Le résultat de l’analyse est le suivant.
- Premièrement : la seule censure valablement déclarée est celle des six évêques, par le Décret.
- Deuxièmement : à l’égard du clergé, la Note est dépourvue d’aptitude formelle à déclarer des peines, contredit l’admonition conditionnelle du propre Décret, et omet le jugement individuel d’imputabilité exigé par les cann. 1321-1325 et 1720 ; les censures, si elles existent, seraient non déclarées et resteraient suspendues devant la demande de sacrements par les fidèles (can. 1335 § 2).
- Troisièmement : à l’égard des laïcs, le renvoi à la Note de 1996 —avec son exigence d’un double élément et d’un jugement cas par cas— exclut par définition l’automatisme.
- Quatrièmement : la déclaration d’invalidité des confessions et des mariages prétend un effet dérogatoire d’actes pontificaux en vigueur qu’une note dicastériale sans approbation en forme spécifique ne peut produire (can. 21). On peut ajouter un indice de l’imprécision technique de l’ensemble : Mgr Fellay est censuré uniquement ex can. 1364 § 1, alors que le can. 1387 atteint celui qui consacre sans mandat, condition qui se rencontre aussi chez le co-consacrant.
En somme, la formule juridique choisie par le préfet —déclarer par décret six personnes et par note tous les autres— laisse sans effet, en droit, l’excommunication des prêtres et des laïcs de la Fraternité : là où il y avait forme pénale, il n’y a plus que six destinataires, et là où l’on nomme les autres, il n’y a pas de forme pénale. Si le Saint-Siège entendait étendre les conséquences du schisme à l’ensemble de la Fraternité, le droit en vigueur lui imposait une autre voie : loi ou précepte pénal, décrets déclaratifs individuels après la procédure du can. 1720, et révocation expresse, avec approbation pontificale en forme spécifique, des concessions de Misericordia et misera et de 2017. Pour l’instant, rien de tout cela n’a été fait.
Vocations de prêtres, vers un renouveau ?
Aymeric Pourbaix reçoit :
- 𝐀𝐛𝐛𝐞́ 𝐇𝐞𝐫𝐯𝐞́ 𝐆𝐎𝐃𝐈𝐍, curé de Saint-Vincent-des-Vignes à Vallet (Loire-Atlantique)
- 𝐀𝐛𝐛𝐞́ 𝐀𝐥𝐞𝐱𝐢𝐬 𝐆𝐀𝐑𝐍𝐈𝐄𝐑, vicaire à la paroisse Saint-Clément (Nantes)
- 𝐂𝐡𝐚𝐧𝐭𝐚𝐥 𝐓𝐎𝐔𝐕𝐄𝐓, historienne et auteur de “François de Sales, l’exigence évangelique”
La grâce au cœur de l’entreprise
La grâce au cœur de l’entreprise
Le visage derrière la fonction
« Le miroir de l’entreprise ne montre jamais le visage. C’est peut-être pour nous apprendre à le chercher ailleurs. »
Il était une fois, dans une grande maison internationale, un homme qui passait ses nuits à tisser des informations. Il ne les vendait pas. Il ne les échangeait pas. Il les offrait, comme on offre un pain, sans savoir qui le mangerait.
Il était une fois, dans cette même maison, des hommes qui recevaient ce pain sans un mot. Puis ils le présentaient comme le leur, devant d’autres hommes, devant ceux qui décident des carrières.
Il était une fois, dans cette même maison, des loups qui ne mordent pas, mais qui rongent. Qui calomnient sans rien prouver. Qui s’approprient sans jamais reconnaître.
Cet homme, c’était moi.
Et ce que j’ai appris, je vais vous le raconter.
Pendant trente-cinq ans, j’ai travaillé dans une grande entreprise. J’y ai appris les procédures, les objectifs, les jeux de pouvoir. J’y ai surtout découvert qu’il est possible de réussir professionnellement tout en perdant, peu à peu, son visage.
ILLUSTRATION: René Magritte, La Reproduction interdite (1937).
Le miroir de Magritte
« Le reflet refuse l’homme et n’enregistre que sa soumission à la tâche : quand l’organisation ne retient que le dos, la grâce invite à chercher le visage. »
Un soir, je me suis arrêté devant ce chef-d’œuvre de René Magritte. Un homme fait face à un miroir. Le livre posé sur la cheminée s’y reflète fidèlement. Mais le miroir refuse l’homme : il ne lui renvoie que son dos.
J’y ai reconnu une métaphore saisissante. Le miroir de l’entreprise ressemble à celui de Magritte : il ne retient de nous que le dos courbé sous la tâche. Il ne reflète que la fonction, le titre, la performance. Jamais le visage.
Pourtant, la tradition chrétienne nous dit que Dieu lui-même a pris un visage — et que ce visage n’a pas été reconnu par les puissants de son temps. Il a fallu des hommes et des femmes ordinaires, des regards simples, pour le discerner. La grâce, peut-être, est cette capacité à reconnaître les visages là où les institutions ne voient que des fonctions.
À force de nous regarder dans ce miroir, nous finissons par croire son verdict. Nous devenons ce qu’il nous renvoie. Une fonction. Un poste. Un résultat. Peu à peu, nous nous croyons interchangeables.
Pourtant, aucun être humain ne se réduit à ce que l’organisation mesure de lui. Derrière chaque fonction demeure un visage qu’aucun organigramme ne peut refléter.
Les deux pièges
Il m’a fallu trente-cinq ans pour comprendre que deux pièges guettent ceux qui travaillent longtemps dans une grande organisation.
Le premier est le cynisme. Il commence presque toujours innocemment : un soupir en réunion, un sourire ironique, une plaisanterie qui tourne tout en dérision. On croit se protéger. En réalité, on s’abîme. J’ai connu cette tentation. Le cynisme donne l’illusion de la lucidité ; il finit surtout par dessécher le cœur.
Le second est la résignation. Elle est plus silencieuse encore. On cesse peu à peu d’espérer. On fait le strict nécessaire. On attend que les années passent. J’ai vu trop de collègues s’effacer ainsi, leur regard perdre lentement son éclat, comme si quelque chose en eux s’était retiré avant même l’heure de la retraite.
Entre ces deux impasses existe pourtant une troisième voie. Elle ne consiste ni à fermer les yeux sur les injustices ni à s’y résigner. Elle invite à demeurer pleinement présent au cœur du travail, sans laisser le travail décider de notre valeur. Cette présence rend plus libre de voir les injustices, mais aussi plus disponible pour leur résister sans perdre son âme.
Cette troisième voie, je ne l’ai pas trouvée dans les livres. Je ne l’ai pas élaborée à force de réflexion. Je l’ai reçue, souvent au moment même où je n’avais plus la force de me tenir debout.
L’épreuve
En 1995, j’ai traversé une dépression.
Je ne l’avais pas choisie. Elle est venue comme une nappe de brouillard qui ne se lève pas, recouvrant peu à peu tout ce qui faisait jusque-là ma vie. Les matins étaient devenus des montagnes. Les dossiers, des murs. Chaque journée ressemblait à une ascension sans sommet.
C’est alors qu’un directeur — pistonné, incompétent, mais solidement protégé — a cru voir une occasion de se débarrasser de moi. Il a constitué un dossier à charge. Il a calomnié mon travail. Il a déformé mes propos. Il a laissé entendre que je n’étais plus « fiable ». Patiemment, méthodiquement, il a fait circuler ses insinuations — ce même rongement silencieux que j’avais cru, au début de ce texte, propre aux loups des couloirs, et qui prenait ici visage et nom.
Je ne saurai sans doute jamais combien de réunions ont été consacrées à décider de mon sort. Je sais seulement qu’un collègue, lui-même inquiet, a trouvé le courage de m’avertir. Sans lui, je n’aurais rien su.
Je passais des nuits blanches. Mes deux fils étaient encore jeunes. Ma femme n’avait pas d’emploi. Si je perdais le mien, je ne savais pas comment nous pourrions vivre.
La peur n’était plus une idée. Elle habitait ma poitrine. Elle serrait mes mâchoires. Elle me réveillait vers trois heures du matin, lorsque le silence rend les inquiétudes plus lourdes encore.
Je n’avais plus la force de me battre. Je n’avais plus la force de fuir. Je n’avais même plus la force de croire.
La grâce dans le vide
C’est précisément dans ce vide qu’il s’est passé quelque chose que je n’attendais pas.
Je n’ai pas reçu une stratégie. Je n’ai pas trouvé une solution. J’ai reçu une présence — discrète, silencieuse, presque imperceptible, comme une parole déposée au fond de moi : « Tu n’es pas seul. »
Je ne l’ai pas reconnue sur le moment. Je ne l’ai identifiée que des années plus tard, en reconstituant les fils de cette année-là. Mais elle était là.
Je ne savais pas encore que la grâce était déjà à l’œuvre. Pendant que je croyais tout perdre, mon responsable direct — un homme profondément intègre — défendait mon dossier sans que je le sache. Il répondait aux accusations, rétablissait les faits, prenait le risque de compromettre sa propre position.
Le président de l’entreprise, que je n’avais jamais rencontré, avait lui aussi choisi de me soutenir. Je ne l’ai appris que bien des années plus tard. Il ne m’en a jamais parlé. Il n’en a tiré aucun mérite. Il a simplement fait ce qui lui semblait juste.
J’ai discerné alors que le bien agit souvent dans le silence. Il ne fait pas de bruit. Il ne cherche pas à être vu. Mais il empêche parfois l’injustice d’avoir le dernier mot.
La reconnaissance volée
Plus tard encore, j’ai découvert que certaines de mes analyses circulaient sans mon nom. Des cadres s’étaient approprié mon travail de veille stratégique. Ils reprenaient mes synthèses, mes hypothèses, parfois même mes formulations, avant de les présenter comme les leurs devant ceux qui décidaient des promotions.
J’aurais pu réclamer réparation, dénoncer, entrer dans une guerre de preuves et de contre-preuves. Je ne l’ai pas fait — non par faiblesse, mais parce que j’ai compris que la reconnaissance ne se mendie pas. Lorsqu’elle devient une obsession, elle finit par nous enchaîner autant que l’injustice elle-même.
Cela ne signifie pas que l’oubli soit juste. J’ai gardé une trace, non pour préparer une revanche, mais pour ne pas laisser le mensonge réécrire mon histoire.
Les sept repères du passeur
Avec le temps, j’ai compris que ces épreuves m’avaient laissé autre chose que des blessures. Elles m’avaient transmis quelques repères. Je ne les ai pas inventés. Je les ai reçus. Les voici, dans l’ordre où ils se sont imposés à moi — et chacun porte encore, quelque part, la trace de cette année-là.
1. L’humilité
L’entreprise est un puissant amplificateur d’ego. Elle nous pousse facilement à projeter sur les autres ce que nous refusons de reconnaître en nous-mêmes.
Face à cet homme qui avait monté un dossier contre moi, j’aurais pu me contenter de le haïr, de le réduire à sa seule manœuvre. Mais j’ai dû me demander, moi aussi, ce que je redoutais de reconnaître en moi : la peur de ne pas être à la hauteur, le besoin d’être reconnu, la tentation de me venger à mon tour, dans l’ombre. L’autorité ne s’affaiblit pas lorsqu’elle renonce à la suffisance ; elle gagne en justesse. L’humilité ne diminue pas celui qui l’exerce, elle l’empêche simplement de confondre sa fonction avec sa personne.
2. Lâcher prise
J’ai longtemps cru que tout dépendait de ma vigilance. Je relisais trois fois le même courriel. Je voulais tout anticiper, tout contrôler, tout sécuriser. Je me trompais : l’hypercontrôle ne produit pas la paix, il nourrit l’inquiétude.
Cette nuit-là, en 1995, j’ai appris — dans la douleur, non dans la sérénité — à distinguer ce qui dépendait réellement de moi de ce qui m’échappait. Mon intégrité, la qualité de mon travail, la vérité que je pourrais rétablir si l’on me la demandait : cela dépendait de moi. L’issue du dossier, les manœuvres du directeur, le silence ou la parole du président : cela m’échappait entièrement. Je me suis engagé de toutes mes forces sur la première part, et j’ai consenti à remettre la seconde entre des mains plus grandes que les miennes. Le lâcher-prise n’est pas un abandon de responsabilité. C’est un refus de l’illusion de toute-puissance.
3. Refuser le ressentiment
« La haine promet une justice qu’elle ne rend jamais ; elle ne fait que prolonger, en nous, le geste de celui qui nous a blessés. »
Le ressentiment promet une réparation. En réalité, il prolonge la blessure. Derrière l’assurance parfois agressive d’un collègue se cache souvent une peur que nous ignorons.
Je n’ai jamais confronté cet homme. Je n’ai jamais cherché à savoir ce qui, dans sa propre vie, le poussait à ronger ainsi la réputation des autres. J’aurais pu nourrir ce ressentiment pendant vingt ans ; j’ai choisi, un jour, de ne plus le nourrir — non par oubli (je m’en souviens encore précisément, plus de trois décennies après), mais parce que la haine, à la longue, ne punit que celui qui la porte. Garder une porte entrouverte, ce n’est pas d’abord sauver la relation ; c’est préserver sa propre liberté intérieure.
4. Accueillir l’imprévu
Nous passons une grande partie de notre vie professionnelle à organiser, prévoir et planifier. Pourtant, les événements les plus féconds arrivent souvent sans prévenir — et la grâce ne choisit pas toujours ses proportions : elle peut se nicher aussi bien dans l’effondrement d’une année entière que dans deux heures perdues un mardi ordinaire.
Bien plus tard, dans une période plus paisible, une panne informatique m’a fait perdre deux heures et m’a fait croiser, dans la cuisine, un stagiaire que je n’aurais jamais remarqué. Il m’a confié son désarroi. Sans cette panne, je serais passé devant lui sans le voir. J’ai reconnu, ce jour-là, la même grâce discrète qui avait agi en 1995 — simplement à une tout autre échelle, comme si elle voulait me rappeler qu’elle n’attend pas les grandes crises pour se manifester. Elle se love dans les contretemps que nous maudissons, et n’attend, pour se révéler, que nous consentions à nous retourner.
5. La solitude du don
Plus les responsabilités grandissent, plus le silence s’épaissit autour des décisions difficiles. On découvre qu’il existe des choix qu’aucune procédure ne peut prendre à notre place — et que les plus vrais d’entre eux ne figurent dans aucun tableau de bord.
Je n’ai su que bien plus tard que mon responsable direct avait pris seul la décision de défendre mon dossier, sans m’en parler, au risque de sa propre position. Le président de l’entreprise, que je n’avais jamais rencontré, avait fait de même, dans l’ombre, sans qu’aucune obligation ni aucune récompense ne l’y engage. Ni l’un ni l’autre n’a jamais réclamé de reconnaissance pour ce choix.
J’ai saisi, en l’apprenant, deux choses à la fois. D’abord, ce que signifie vraiment l’autorité : non pas imposer sa volonté, mais répondre de ses décisions devant les autres et devant sa propre conscience — même quand personne ne le saura jamais. Ensuite, ce qu’est le don gratuit : un geste qui ne cherche ni témoin ni gratitude, et qui parfois sauve une vie sans que celui qui est sauvé le sache avant longtemps.
Je ne dis pas que ce don rendait l’injustice acceptable. Il ne la justifiait pas. Il l’éclairait simplement d’une lumière différente : celle d’un monde où le mal n’a jamais le dernier mot, même quand il semble gagner. Le don gratuit, quand il ose la solitude, est une forme de résistance silencieuse contre la logique de l’utilité permanente.
6. Briser l’isolement
L’open space est parfois une étrange solitude peuplée de visages. Nous travaillons côte à côte sans toujours nous rencontrer.
Je n’aurais jamais su ce qui se tramait contre moi si un collègue, au péril de sa propre tranquillité, n’avait fini par me le dire — lui qui avait eu peur, lui aussi, de se taire plus longtemps. Depuis, quand je croise un regard qui s’éteint, je n’oublie jamais que ce simple courage de parler peut suffire à sauver quelqu’un d’une nuit blanche. « Tu sembles porter quelque chose de lourd. Est-ce que tu accepterais que nous prenions un café ? » Ce geste ne modifie aucun indicateur de performance. Il peut changer une journée. Parfois davantage.
7. Savoir dire non
Le monde professionnel valorise ceux qui savent dire oui : oui aux objectifs, oui aux urgences, oui aux compromis. Pourtant, il existe des moments où le seul mot qui protège encore notre liberté est un non paisible.
Je n’ai jamais dit non, cette année-là. Je n’ai jamais confronté cet homme, jamais réclamé la reconnaissance du travail qu’on m’avait pris. J’ai appris, bien plus tard seulement, à dire parfois : « Mon éthique professionnelle ne me permet pas de valider cette décision. » Mais ce courage n’a jamais tout à fait effacé les silences de 1995 — les prudences, les renoncements que je porte encore.
Pourtant, j’ai fini par comprendre que le « non » que je n’avais pas su prononcer alors n’était pas la seule forme de résistance possible. J’avais résisté autrement : en restant debout, en ne trichant pas sur mon travail, en ne devenant pas, à mon tour, un de ces loups qui rongent sans jamais donner. Parfois, la grâce ne donne pas la force de dire non sur le moment. Elle donne celle de ne pas devenir ce que l’injustice voudrait faire de nous.
Ils ne sont pas des trophées ; ils sont devenus des cicatrices. Les cicatrices rappellent moins nos défaites que les lieux où nous avons appris à ne plus nous trahir.
La grâce et la faiblesse
Avec le temps, j’ai fini par comprendre que ces sept repères n’étaient pas le fruit de ma seule volonté. Je ne les ai pas construits comme on bâtit une méthode. Je les ai reçus. Ils sont apparus lorsque mes certitudes se fissuraient, lorsque mes forces atteignaient leurs limites, lorsque l’armure du professionnel sûr de lui cessait enfin de faire obstacle à la lumière. Ce que le récit racontait par des faits, il fallait bien qu’une parole vienne, un jour, le nommer.
J’ai découvert alors que la grâce ne récompense pas les plus forts. Elle rejoint ceux qui consentent à ne plus croire que tout dépend d’eux.
Saint Paul en a recueilli la promesse : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. » Je n’ai jamais compris cette parole comme une invitation à subir l’injustice ou à renoncer à agir. Je l’ai comprise autrement : la grâce ne supprime ni l’épreuve, ni l’absurde, ni la souffrance. Elle leur interdit seulement d’avoir le dernier mot.
Et, presque toujours, elle prend chair dans des gestes si simples qu’ils passent inaperçus : une parole juste, une fidélité silencieuse, une main tendue, une limite paisiblement assumée, un café partagé. C’est peut-être ainsi que Dieu travaille le plus souvent : sans bruit, à hauteur d’homme.
Je ne sais pas, à l’heure où j’écris ces lignes, si ce que je viens de raconter est vraiment ce qui s’est passé, ou si c’est l’histoire que j’ai fini par me raconter pour rendre supportable ce qui, sur le moment, ne l’était pas. Mon responsable direct aurait peut-être agi ainsi de toute façon, par simple probité professionnelle, sans qu’aucune grâce n’y soit pour rien. Le mot grâce n’est peut-être que le nom que je donne, trente ans plus tard, à ce que je ne sais pas nommer autrement. Je n’ai pas de réponse à cela. Je continue de croire que ce fut la grâce. Mais je ne peux pas prouver que j’ai raison de le croire, et je ne suis plus certain, avec l’âge, qu’il faille chercher à le prouver.
Prière du soir
Seigneur,
Je me souviens de cette année où j’ai cru que tout allait s’effondrer. Je me souviens de la peur, des nuits sans sommeil, de mes enfants encore jeunes, de ma femme, de notre avenir devenu si fragile.
Je croyais être seul. Je ne savais pas que, déjà, tu préparais des fidélités que je ne pouvais pas voir. Ou peut-être ne préparais-tu rien du tout, et n’y avait-il là que deux hommes intègres, agissant par eux-mêmes, sans que tu y sois pour rien. Je ne sais pas trancher entre ces deux récits. Je te parle quand même, comme si le premier était vrai.
Merci pour cet homme intègre qui a défendu mon travail sans jamais chercher à être reconnu. Merci pour ce président qui a choisi la justice dans le secret. Merci pour tous ceux dont je ne connaîtrai peut-être jamais le nom, mais qui, un jour, ont empêché le mal d’avoir le dernier mot.
Apprends-moi à reconnaître ta présence jusque dans le silence. Apprends-moi à ne jamais désespérer de l’homme, même lorsque l’homme me déçoit. Préserve-moi du cynisme, qui dessèche le cœur. Préserve-moi du ressentiment, qui emprisonne plus sûrement que l’injustice. Et garde-moi de devenir, à mon tour, l’un de ces loups qui prennent sans jamais donner.
Car j’ai connu ce que signifie être dépouillé. Et j’ai connu aussi ce que signifie être relevé.
Amen.
Épilogue
Le miroir de l’entreprise ne montrera jamais notre véritable visage. Il ne reflète que des fonctions, des titres, des résultats. Longtemps, j’ai cru qu’il fallait obtenir de ce miroir la preuve de ma valeur. Je me trompais.
Le jour où j’ai cessé d’y chercher mon visage, je l’ai retrouvé ailleurs.
Dans la fidélité discrète de quelques hommes justes.
Dans l’amour des miens.
Dans cette présence silencieuse qui ne m’avait jamais quitté.
Le miroir ne nous refuse pas notre visage : il nous apprend peut-être seulement où le chercher. Je dis peut-être, parce que je ne suis plus certain de rien d’autre depuis cette année-là. Quant aux loups qui rongent sans jamais donner, ils demeurent. Je ne sais pas toujours s’ils ont perdu, ou si j’ai simplement cessé de compter les points.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Pendant les camps et les grandes vacances : Savoir se reposer ou se fatiguer … pour Dieu ?
De Rémi Fontaine, chronique d’Hermine parue dans la revue Europa Scouts de juin 2026 :
« L’homme qui ne se repose pas fatigue les autres ! », rappelle sagement Michel Menu à l’attention des scouts trop activistes pendant le camp. Notre Seigneur et Chef Jésus-Christ le recommande Lui-même à ses “patrouillards” apôtres : « Venez à l’écart dans un endroit désert, reposez-vous un peu » (Mc 6, 31). Tout est dans le « un peu » . Savoir s’arrêter, faire une pause, mettre une limite à son travail nécessaire, aussi noble soit-il, pour ne pas en devenir l’esclave. Le repos est une part de l’action elle-même, comme les vacances dans une année scolaire ou la sieste dans une journée de camp. Il n’est pas l’inactivité mais le fait de pouvoir demeurer dans sa mission, dans sa finalité. Condition de l’équilibre intérieur et extérieur, vis-à-vis de soi et des autres. Encore faut-il en user avec modération et tempérance pour ne pas en faire un terrain d’exercice pour le démon, l’oisiveté prolongée devenant, comme chacun sait, la mère de tous les vices.
Il ne s’agit pas de faire l’éloge du repos pour lui-même comme un “droit à la paresse”, selon la mauvaise revendication de Paul Lafargue (secrétaire de Karl Marx dont il épousa la fille !). Il s’agit de faire du repos un juste abandon physique et spirituel. Car l’homme ne vit pas seulement de pain ou de travail. Et son âme comme son corps ont besoin d’un temps alterné, d’un rythme mesuré inscrits dès la Genèse et dans le livre de l’Exode (20, 8-11) :
« Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. »
Jésus Lui-même ne s’endort-il pas lors de la traversée du lac de Tibériade ? Dans l’incompréhension de ses disciples qui le réveillent, alors que la tempête s’est soudainement levée et les menace : — Pourquoi avez-vous peur hommes de peu de foi ? (Mt , 26). En revanche Il leur reproche de s’être assoupis à l’heure de son agonie au jardin des Oliviers : — Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ? (Mt 26, 40). C’est qu’il y a clairement un temps pour tout, comme dit l’Écriture, un temps pour veiller ou agir et un temps pour se reposer, dormir “un peu” : — Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer (Mc 14, 41). Le sabbat étant pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, comme l’enseigne le Christ, celui qui aime véritablement assume ces différents moments comme il faut, au moment opportun ; il ne s’endort jamais totalement : — J’étais endormi mais mon cœur veillait (Cantique des cantiques 5, 2)… (1)
Il y a cependant la force ascétique de certains saints qui non seulement ne récusent jamais le labeur – comme saint Martin même à l’heure de sa vieillesse – mais « travaillent sans chercher le repos », comme le demande saint Ignace dans sa célèbre prière qui est devenue celle des scouts. Ce qui n’est certes pas donné à tout le monde. On sait comment le cardinal Ratzinger s’effraya du régime que s’imposait saint Jean-Paul II lors de son premier voyage apostolique en Allemagne :
« Je me suis dit : c’est impossible. Il faut lui ménager un peu de repos. J’avais alors imposé une large pause à midi. Nous occupions un bel appartement au palais. Il venait de monter quand il m’a appelé pour me demander de le rejoindre rapidement. Quand je suis arrivé, je l’ai trouvé en train de lire son bréviaire. “Saint-Père, ai-je dit, il faut vous reposer ! – J’aurai toute l’éternité pour me reposer”, m’a-t-il répondu. Ça me paraît tout à fait typique de lui. J’aurai toute l’éternité pour me reposer. Dans le présent, il ne savait pas s’arrêter. » (Derniers entretiens avec Peter Seewald).
Saint Paul, dans son épître aux Romains (8, 18-23), nous donne la clef de ce ressort surnaturel :
« Frères, les souffrances de cette terre sont, à mon avis, sans proportion avec la gloire qui nous sera révélée un jour… Nous aussi, qui avons commencé de posséder l’Esprit, nous gémissons au plus profond de nous-mêmes ; nous attendons que notre adoption de fils de Dieu obtienne son plein effet, et que notre corps lui-même soit racheté, dans le Christ notre Seigneur. »
Jour du Seigneur et objet du troisième commandement divin, le dimanche (chrétien), en plus du sabbat (juif), n’est plus seulement le septième (dernier) jour de la Création : il est le premier jour de la nouvelle Création offerte par le Rédempteur. Premier jour de la semaine, c’est aussi le “huitième jour”, le jour de la recréation (gage de la transfiguration finale de toute la réalité créée), dans lequel il nous est proposé d’anticiper, de gouter “un peu” quelque chose de ce repos-là à travers même “les travaux et les jours” de l’Église militante… Se dépenser en faisant la volonté du Seigneur fait alors déjà partie en quelque sorte de la récompense céleste : le saint ne se lasse pratiquement plus de l’effort et de la grâce du don (1) !
Reste que le commun des mortels, s’il ne connaîtra le vrai repos qu’en Dieu seul (Ps 61, 1) dans la paix de l’éternité, a besoin d’un fréquent et salutaire répit physique et spirituel en ce monde (2) pour faire face à sa fatigue naturelle et ainsi repartir sur sa route terrestre laborieuse. Se (re)donner de plus belle en vue de cette fin attendue : « Notre cœur est sans repos tant qu’il demeure loin de Toi » (saint Augustin). D’où l’éloge célèbre du sommeil que fait Péguy : « C’est le grand secret d’être infatigable comme un enfant… comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère… » Le remède à la fatigue du corps et de l’âme, c’est le repos dans le sommeil, la détente, le rêve et le jeu : l’abandon ! Saint Thomas d’Aquin louait pour sa part, dans l’ancienne et joyeuse vertu grecque d’eutrapélie (3), cette capacité de détente spirituelle légitime après l’effort, qui empêche de se rompre à l’image de l’arc trop longtemps tendu :
« Le repos de l’esprit, c’est le plaisir. C’est pourquoi il faut remédier à la fatigue de l’esprit en s’accordant quelque plaisir. L’esprit de l’homme se briserait s’il ne se relâchait jamais de son application. Cela s’appelle divertissements ou récréations, le jeu, les plaisanteries. Il est donc nécessaire d’en user de temps à autre pour donner à l’esprit un certain repos. »
Néanmoins, l’homme peut connaître aussi plusieurs sortes de fatigues, volontaires ou involontaires : celles à accepter, voire à rechercher, et celles qu’il faut éviter le plus possible. Celles qu’on appelle les saines fatigues du devoir d’état (études, métier, bénévolat, sport, jardinage…), que “le sommeil du juste” (comme celui de l’enfant) vient naturellement réparer. Mais il y a aussi les fatigues malsaines et illégitimes qu’il faut réprouver, causées par un dérèglement vicieux de notre vie quotidienne (trop d’écrans, de soirées arrosées, addictions diverses…), qui nuisent précisément à notre devoir d’état et à notre salut. Et puis il y a les fatigues involontaires : celles provoquées par les aléas d’une santé défaillante ou les travaux forcés d’un camp de prisonniers par exemple. Ou bien encore les fatigues d’un état de service justement (charges d’une vocation altruiste, de la mère de famille qui se relève la nuit pour ses enfants au pasteur – comme Jean-Paul II – qui se donne “tout à tous”…). Si on ne peut toujours en triompher vitalement comme pour les premières espèces de saine fatigue, il importe de les offrir et de les confier à la Providence divine. Bienheureux alors ceux qui ainsi se fatiguent en Dieu et pour Dieu car ils trouveront en effet la béatitude indicible dans le camp de repos et de joie où Il a dressé Sa tente et la nôtre pour toute l’éternité !
Rémi Fontaine
(1) « Tout est un pour ceux qui sont parvenus à l’unité profonde de la vie divine : le repos et l’action, contempler et agir, se taire et parler, écouter et s’ouvrir, recevoir en soi le don de Dieu et rendre l’amour à flots dans l’action de grâces et la louange », écrit Édith Stein dans La prière de l’Église.
(2) « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre », explique de son côté Pascal, dénonçant la fuite en avant du « divertissement », fuite de soi et du réel transcendant (de la vie intérieure) aussi bien dans le travail que dans le loisir. Divertissement symbolisé aujourd’hui par une culture honnissant le silence, dépendant excessivement des portables et du monde virtuel.
(3) Art du bon usage du loisir, de la détente convenable : « Juste milieu entre la paresse et l’agitation. » On juge une civilisation à la manière dont elle se repose.
L’euthanasie, une liberté? Vraiment?
Tournée générale : un film sur l’euthanasie avec Pascal Légitimus
Natalie Saracco a tourné un court-métrage, une comédie satyrique sur l’euthanasie, qui s’appelle TOURNÉE GÉNÉRALE.
Pascal Légitimus, un Inconnu bien connu, joue le rôle d’un médecin fou qui veut zigouiller tout le monde.
Les circuits classiques de diffusion n’osent pas distribuer ce film faisant de lui un objet interdit, pour ne pas dire un paria. C’est pourquoi ce film est diffusé sur youtube.
Le Salon beige va publier quelques petits épisodes pour “mise en bouche” avant la diffusion du film complet le 14 Juillet.
Terres de Mission : Approfondir nos raisons de croire
Eglise universelle : Estivales de l’Education intégrale
Les 8, 9 et 10 juillet aura lieu au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, dans l’Orne, la 5ème édition des Estivales de l’Education intégrale. Responsable de cet événement, François-Xavier Clément présente ces journées de rencontres et de réflexions destinées au personnel éducatif autour du thème : Eduquer au beau.
Eglise en France : Exposition d’œuvres d’Henri Charlier
Sculpteur, peintre et dessinateur, Henri Charlier nous a laissé une œuvre abondante, profondément catholique mais trop souvent méconnue. Du 18 juillet au 16 août aura lieu à l’abbaye de Saint-Paire-sur-Mer, dans la Manche, une exposition de ses œuvres que nous présente Lucie Théobald. Une journée des artistes aura également lieu les 17 et 18 juillet.
Eglise en marche : Ouverture de l’Institut apologétique Saint Irénée
A la rentrée scolaire prochaine ouvrira ses portes Apostolos. L’Institut apologétique Saint-Irénée. Initiateur de ce cycle de formation destiné aux missionnaires du continent numérique, monsieur l’abbé Raffray nous présente cette initiative.
“La vitalité d’un pays est profondément liée à la valeur qu’il accorde à la vie humaine”
Le pape américain a prononcé un discours à l’occasion de l’acceptation de la Médaille de la Liberté du Centre national de la Constitution des Etats-Unis. Extrait :
Le premier droit consacré par les fondateurs de la nation fut le droit à la vie, car nul ne peut, privé de la vie, jouir de la liberté ni rechercher le bonheur. La vitalité d’un pays est profondément liée à la valeur qu’il accorde à la vie humaine sous toutes ses formes et dans toutes ses conditions, reconnaissant la dignité inhérente à chaque personne humaine du simple fait de son existence. La valeur intrinsèque de chaque vie humaine a conduit les cœurs nobles de générations à louer les œuvres merveilleuses du Créateur (cf. Ps 139, 14) et à vénérer ce don si précieux. C’est précisément cette vénération que nous devons continuer à cultiver – une vénération qui touche les cœurs et inspire des lois qui reconnaissent et protègent ce don, de la conception à la mort naturelle. La vénération nous aidera aussi à prendre conscience de notre rôle de gardiens et d’intendants de ceux qui nous sont confiés. À cet égard, la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à soutenir, protéger et chérir la vie de tous, en particulier celle des plus vulnérables et de ceux dont la valeur est remise en question.
Et dans sa lettre à l’occasion du 250e anniversaire de la fondation des États-Unis, le Saint-Père souligne :
Parmi les principes qui ont guidé le développement de ce pays figure également la dignité inaliénable de toute vie humaine, chaque personne possédant une valeur intrinsèque qui appelle respect, protection et bienveillance. Dans cet esprit, la pleine compréhension de cette dignité conduit à reconnaître l’importance de préserver la vie humaine depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, et de bâtir une société où les personnes vulnérables, souffrantes et oubliées sont toujours accueillies avec compassion, solidarité et amour.
Le cardinal Koch juge que le débat suscité par la FSSPX devrait conduire l’Église à réexaminer certaines interprétations postconciliaires
Le cardinal Kurt Koch, préfet du Dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, s’est montré convaincu qu’il sera encore possible de rouvrir le dialogue avec la Fraternité fondée par Mgr Marcel Lefebvre. Dans le dernier épisode du podcast de la revue allemande Communio, le prélat suisse a affirmé qu’une excommunication a pour but d’inviter au repentir et de favoriser le retour à la pleine communion ecclésiale. C’est pourquoi il a exprimé l’espoir qu’à l’avenir les conversations puissent reprendre « afin qu’ils retrouvent le chemin vers l’Église catholique ».
Le préfet du dicastère œcuménique a soutenu que le débat suscité par la FSSPX devrait conduire l’Église à réexaminer certaines interprétations postconciliaires. En ce sens, il a affirmé qu’il serait opportun de « se frapper la poitrine » et de se demander quels aspects nécessitent une correction afin de pouvoir démontrer que de nombreux problèmes dénoncés par la Fraternité ne proviennent pas des documents conciliaires, mais de certaines tendances apparues après Vatican II.
Selon le cardinal Koch, seule une distinction entre le Concile et certaines interprétations postérieures permettra de répondre de manière crédible aux objections soulevées par la Fraternité.
Le cardinal s’est également exprimé directement sur les récentes consécrations épiscopales célébrées à Écône. Il a estimé que la justification avancée par la FSSPX constitue une forme d’« auto-attribution d’autorité » pour procéder à des ordinations sans le consentement du Pape. Koch a comparé cette attitude à celle de certains milieux progressistes qui prétendent également agir en marge des décisions de l’autorité ecclésiastique.
« Une fois de plus, on constate que traditionalistes et progressistes peuvent souffrir de la même maladie, même s’ils sont hospitalisés dans des salles très différentes du même hôpital ».
Le prélat a également critiqué la conception de la Tradition que défend la Fraternité Saint-Pie-X. Selon lui, son erreur consiste à considérer que la véritable Tradition a été interrompue avec le Concile Vatican II. Pour le cardinal Koch, cette interprétation est partielle car elle ne prend pas en compte l’ensemble des deux mille ans d’histoire de l’Église, mais seulement une partie.
Il a également remis en question l’interprétation que la Fraternité fait du célèbre axiome Extra Ecclesiam nulla salus (« Hors de l’Église, point de salut »). Il a rappelé que la tradition catholique a toujours soutenu que Dieu veut le salut de tous les hommes et que sa miséricorde peut aussi agir chez ceux qui n’ont jamais pleinement connu l’Évangile.
« Quand la Fraternité semble envoyer en enfer tous ceux qui n’appartiennent pas à l’Église catholique, je me demande comment peut se maintenir la conviction fondamentale de la Sainte Écriture selon laquelle Dieu veut sauver tous les hommes ».
La Cour de cassation trahit l’interdiction de la GPA visant à protéger les femmes et les enfants
Communiqué du Syndicat de la famille :
Par un arrêt rendu [vendredi] en Assemblée plénière, la Cour de cassation trahit l’interdiction française de la GPA visant à protéger les femmes et les enfants de cette exploitation et de ce trafic d’êtres humains.
La cour de cassation a annulé les jugements de la cour d’appel pour un motif de procédure mais, jugeant ensuite aussi sur le fond, elle a estimé que les jugements canadiens étaient conformes aux exigences du droit international français, ce qui l’a conduit à accorder les exéquaturs demandés par deux couples ayant obtenu des enfants de mères porteuses canadiennes. Les exéquaturs consistant à reconnaître en France les effets de jugements étrangers, en l’occurrence établissant de filiations entre commanditaires et enfants nés de GPA, ils vident de leur substance l’interdiction française de la GPA : ils reviennent, dans les faits, à valider l’exploitation de femmes d’autres pays par des Français.
Le Syndicat de la Famille dénonce avec la plus grande fermeté cette décision.
Les juges ont en particulier invoqué l’intérêt supérieur de l’enfant, mais en omettant qu’aucun enfant n’a intérêt à être l’objet d’un contrat. Aucun enfant n’a intérêt à être volontairement privé de sa mère de naissance. Aucun enfant n’a intérêt à être conçu dans le cadre d’un marché où la grossesse, le corps des femmes et la filiation deviennent des objets de transaction.
En faisant progressivement produire tous ses effets en France à une GPA réalisée à l’étranger, la Cour de cassation vide peu à peu de sa substance l’interdiction pourtant inscrite dans notre droit. Son raisonnement est dangereux : il crée un appel d’air pour les futurs commanditaires de GPA, qui savent désormais que les conséquences juridiques de leur démarche seront de plus en plus largement reconnues en France.
Ce jeu est dangereux. À force de faire primer les conséquences d’une pratique illicite sur le principe même de son interdiction, la Cour fragilise la cohérence de notre droit et affaiblit le message de protection que la France prétend adresser aux femmes et aux enfants. L’interdiction de la GPA ne peut rester un principe théorique dont les effets seraient systématiquement neutralisés par la jurisprudence.
« Si la France veut réellement lutter contre cette pratique, elle doit se donner les moyens de dissuader les Français d’y recourir à l’étranger en l’interdisant explicitement. La GPA demeure une traite d’êtres humains. Elle est évidemment contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant comme au respect de la dignité de la femme, ce que la France, pays des droits de l’Homme, ne peut pas tolérer sans se trahir elle-même. Nous poursuivons le combat avec détermination contre cette pratique esclavagiste ! », déclare Ludovine de La Rochère, présidente du Syndicat de la Famille.
Bénédiction d’un calvaire de la Sainte Famille à Cotignac
En ce week end du 50ème pélé des pères de famille à Cotignac aura lieu la bénédiction du calvaire de la Sainte Famille réalisé par Jean-Joseph Chevalier. “La Croix, c’est le mystère de notre foi, le signe de la rédemption”, confie le sculpteur qui affectionne les calvaires de campagne inspirés par saint Louis-Marie Grignion de Montfort. D’une hauteur de 2,2 mètres, la réalisation du calvaire a nécessité un bon mois de travail.
Jean-Joseph Chevalier a travaillé en taille directe une pierre du Poitou, un calcaire français très fin, réputé pour son homogénéité et sa capacité à absorber la lumière. La sculpture est un exercice d’humilité où le matériau impose sa loi : “C’est la pierre qui me dicte, je me laisse subjuguer “. L’apparition surprise de coquillages en plein cœur du bloc l’a ainsi obligé à recomposer les volumes au fil du ciseau, transformant l’imprévu en élément de l’œuvre.
Au premier plan, l’Enfant Jésus est debout sur un rocher. Derrière lui, la Vierge Marie l’accompagne et le pousse doucement vers nous, l’offrant avec tendresse. Saint Joseph, quant à lui, soutient le bras de Jésus qui montre son Père céleste. « C’est la spiritualité même de la Sainte Famille. Saint Joseph s’efface devant le Père », explique l’artiste.
Au pied du calvaire, une petite table de pierre fait office d’autel, invitant les pèlerins à y déposer une bougie ou une intention de prière.
Cette division traverse le cœur de familles et de fidèles qui cultivent, avec une ferveur et un zèle apostolique réels, un sincère amour de l’Église
Communiqué de la Conférence des évêques de France :
Vivre une communion renouvelée au service de la mission
Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié hier un décret confirmant l’excommunication des évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, pour avoir commis « un acte de nature schismatique » : la consécration épiscopale de quatre prêtres, organisée le 1er juillet 2026 à Écône, en Suisse, « sans mandat pontifical et contre la volonté du Souverain Pontife ».
Le décret précise que les prêtres de la Fraternité, ainsi que les fidèles laïcs qui y adhèrent formellement, sont également concernés par cette peine d’excommunication. Le Saint-Siège avertit enfin les fidèles que les sacrements administrés par les prêtres de la Fraternité Saint-PieX sont illicites, et que le sacrement de pénitence et le mariage qu’ils célèbrent sont invalides.
Nous avons accueilli avec tristesse et douleur le choix de la Fraternité Saint-Pie-X, et prenons acte de ses conséquences canoniques. Cette situation porte gravement atteinte à la communion ecclésiale, pour l’Église universelle et, d’une façon particulière, dans notre pays.
En France en effet, où la Fraternité Saint-Pie-X est bien implantée, cette division traverse aussi le cœur de familles et de fidèles, jeunes et moins jeunes, qui sont attachés, pour des raisons historiques, affectives, personnelles ou familiales, à la Fraternité Saint-Pie X, mais qui cultivent aussi, avec une ferveur et un zèle apostolique réels, un sincère amour de l’Église et un profond désir de participer à sa mission, en communion avec le Pape et dans la fidélité à la grande Tradition de l’Église et du Magistère. À ces fidèles qui souffrent aujourd’hui de cette situation, nous voulons manifester notre sollicitude paternelle. Nous espérons que les mesures annoncées par le Saint-Siège les aideront à comprendre la gravité des décisions prises par les responsables de la Fraternité Saint-Pie-X et nous encourageons ces fidèles à revenir dans la pleine communion avec le Pape, avec les évêques et avec toute l’Église.
Nous invitons tous les catholiques de France à prier à cette intention, et à déployer la charité nécessaire pour accueillir ceux qui feront le choix courageux de l’unité et de la fidélité au SaintPère, pour que nous puissions vivre une communion renouvelée, au service de la mission.
+ Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France
+ Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours et vice- président de la Conférence des évêques de France
+ Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise et vice- président de la Conférence des évêques de France
La Vie Chrétienne Victorieuse – S’approcher de Dieu : la prière selon la Bible
Quelqu’un a dit : « Un homme qui se tient à genoux devant Dieu peut tenir debout devant n’importe qui. »
Cette pensée résume bien l’importance de la prière. La Bible présente la prière comme une relation vivante avec Dieu. Elle n’est pas une méditation passive ni un exercice destiné à impressionner le Seigneur. Elle est l’expression sincère d’un cœur qui dépend de Dieu.
De la Genèse à l’Apocalypse, les hommes et les femmes de foi prient. Abraham intercède, Moïse supplie, David loue, Daniel persévère, Jésus prie, les apôtres enseignent la prière. Ainsi, la prière n’est pas une option dans la vie chrétienne : elle en est l’atmosphère naturelle.
Pourquoi devons-nous prier ?
Nous devons prier parce que Dieu l’ordonne. Jésus n’a pas dit : « Si vous priez », mais : « Quand vous priez » (Matthieu 6:5). La prière fait donc partie de la vie normale du croyant. Elle exprime notre dépendance envers Dieu et notre soumission à sa volonté.
Jacques écrit : « Vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas » (Jacques 4:2). Dieu connaît nos besoins avant même que nous les exprimions, mais Il veut que nous les lui présentions afin que nous reconnaissions qu’Il est la source de toute bénédiction.
Nous devons aussi prier pour recevoir le secours de Dieu. Par la prière, le croyant reçoit le pardon quotidien lorsqu’il confesse ses fautes (1 Jean 1:9), la paix au milieu de l’inquiétude (Philippiens 4:6-7), la sagesse pour prendre de bonnes décisions (Jacques 1:5), la force dans l’épreuve et le secours face aux tentations.
Enfin, nous devons prier pour développer notre communion avec Dieu. La prière ne consiste pas seulement à obtenir quelque chose de Dieu ; elle consiste aussi à être avec Dieu. En sa présence, notre cœur est transformé. Peu à peu, nos pensées, nos désirs et nos priorités s’alignent sur les siens. La véritable prière ne cherche pas à faire descendre Dieu vers nos projets ; elle nous élève vers les siens.
Qui devons-nous prier ?
La Bible enseigne clairement que la prière chrétienne est adressée au Père, par le Fils et dans la puissance du Saint-Esprit. Jésus nous apprend à dire : « Notre Père qui es aux cieux » (Matthieu 6:9). Le chrétien ne s’adresse pas à une force impersonnelle, mais à un Père aimant. Cette relation filiale est l’un des plus grands privilèges du salut.
Nous prions au nom de Jésus-Christ. Jésus est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes :
« Il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » (1 Timothée 2:5).
Prier au nom de Jésus ne signifie pas simplement ajouter une formule à la fin d’une prière. Cela signifie venir devant Dieu sur la base de l’œuvre de Christ, en dépendance de sa grâce, et dans le désir sincère d’accomplir sa volonté.
Jésus a déclaré : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai » (Jean 14:13).
Nous prions aussi par le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit aide le croyant dans sa faiblesse :
« Nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières » (Romains 8:26).
Lorsque les mots nous manquent, l’Esprit intercède selon la volonté de Dieu. Il éclaire notre intelligence par les Écritures et dirige nos prières.
Comment devons-nous prier ?
Lorsque les disciples demandèrent à Jésus : « Seigneur, enseigne-nous à prier » (Luc 11:1), ils exprimèrent le désir de tout croyant sincère.
Nous devons prier avec foi.
La foi est indispensable à la prière. Celui qui prie doit croire que Dieu existe, qu’Il répond et qu’Il agit. La foi ne repose pas sur nos sentiments, mais sur les promesses de Dieu.
Nous devons prier selon la volonté de Dieu.
Le modèle du « Notre Père » place d’abord Dieu au centre : « Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite… » (Matthieu 6:9-13). Avant de présenter nos besoins, nous reconnaissons la souveraineté de Dieu. La prière biblique cherche avant tout l’accomplissement de ses desseins.
Nous devons prier avec persévérance.
« Persévérez dans la prière » (Romains 12:12). Certaines réponses sont immédiates ; d’autres exigent une attente patiente. La persévérance ne cherche pas à convaincre un Dieu réticent, mais manifeste une foi constante et dépendante.
Nous devons prier avec un cœur obéissant.
Le péché entretenu affaiblit la communion avec Dieu, tandis que la confession sincère la restaure. Celui qui désire être entendu est appelé à rechercher une vie de droiture et d’obéissance.
Quels sont les obstacles à la prière ?
La Bible identifie plusieurs éléments qui peuvent entraver une vie de prière vivante et exaucée :
Les mauvais motifs. Jacques écrit : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal » (Jacques 4:3). Dieu ne répond pas favorablement aux demandes motivées par l’égoïsme ou la convoitise.
L’hypocrisie. Jésus condamne les prières destinées à impressionner les hommes, ainsi que les répétitions mécaniques dépourvues de sincérité (Matthieu 6:5-7). La prière véritable procède d’un cœur droit devant Dieu.
Les désordres relationnels. La Bible montre que des relations troublées, notamment dans le cadre familial, peuvent entraver la vie de prière (1 Pierre 3:7). Une communion juste avec les autres soutient la communion avec Dieu.
La prière doit s’accompagner d’un esprit de pardon. Jésus établit un lien étroit entre la prière et le pardon : l’amertume et les rancunes non réglées constituent un obstacle réel à la communion avec Dieu.
Quand devons-nous prier ? Nous devons prier continuellement.
Jésus dit : « … qu’il faut toujours prier et ne pas se décourager » (Luc 18:1). Paul donne cette exhortation simple : « Priez sans cesse » (1 Thessaloniciens 5:17). Cela ne signifie pas rester constamment à genoux, mais vivre dans une communion permanente avec Dieu. Le croyant peut transformer chaque circonstance en occasion de dialogue avec son Seigneur.
La Bible présente aussi des temps spécifiques de prière. David déclare : « Le matin, tu entends ma voix » (Psaume 5:3). Jésus lui-même se retirait tôt pour prier (Marc 1:35). Daniel priait trois fois par jour malgré les menaces qui pesaient sur lui (Daniel 6:10). Avant de choisir les douze apôtres, Jésus passa toute la nuit dans la prière (Luc 6:12). Ces exemples montrent qu’une vie de prière régulière nourrit la communion permanente avec Dieu.
La prière doit occuper une place centrale dans la vie spirituelle du croyant. Elle n’est pas seulement une pratique religieuse parmi d’autres, mais l’expression vivante de la communion de l’homme avec Dieu. Dans les Écritures, elle revêt des formes variées, allant de la supplication la plus simple aux intercessions les plus profondes, en passant par l’adoration et l’action de grâce.
Le Seigneur Jésus donne lui-même une instruction fondamentale sur la prière :
« Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Matthieu 6.6).
Cette parole met en lumière le caractère intime et spirituel de la véritable prière. Elle n’est pas d’abord un acte public destiné à être vu, mais une rencontre personnelle avec Dieu dans le secret. Le croyant est invité à se tenir seul devant son Père, dans une relation de confiance et de sincérité.
La promesse du Seigneur « ton Père te le rendra » révèle un principe spirituel fondamental : aucune prière sincère n’est vaine. Ce que Dieu voit dans le secret, il ne l’ignore pas. Il y répond selon sa sagesse parfaite. Parfois, il exauce de manière visible et immédiate ; parfois, il agit plus profondément en transformant le cœur, en fortifiant la foi ou en alignant la volonté du croyant sur la sienne. Ainsi, la prière devient un lieu de communion vivante où le Père récompense la foi et travaille en secret à l’accomplissement de ses desseins.
Parmi les nombreuses prières rapportées dans les Écritures, trois se distinguent particulièrement par leur profondeur spirituelle et leur valeur exemplaire. Une quatrième, cependant, s’élève au-dessus de toutes les autres et demeure sans équivalent : la prière du Seigneur Jésus.
La prière de Jaebets : L’audace dans la dépendance
Elle est l’une des plus courtes, mais aussi l’une des plus riches d’enseignement :
« Jaebets invoqua le Dieu d’Israël, en disant : Si tu me bénis et que tu étendes mes limites, si ta main est avec moi, et si tu me préserves du malheur, en sorte que je ne sois pas dans la souffrance !… » (1 Chroniques 4:10).
Son nom, « Jaebets », qui évoque la douleur, rappelait les circonstances difficiles de sa naissance, et son contexte familial était lourd à porter. Sa prière fut donc un acte de foi pour demander l’intervention de Dieu. Il demanda la bénédiction divine, l’élargissement de son territoire, l’accompagnement de la main de Dieu et la protection contre le mal. Ses quatre requêtes ne constituaient pas une formule garantissant la prospérité, mais le témoignage d’un croyant qui remet entièrement sa vie entre les mains de Dieu.
Elle nous encourage à rechercher avant tout la bénédiction divine, à dépendre de sa puissance, à accepter les responsabilités qu’Il nous confie et à vivre sous sa protection. L’Écriture conclut par ces mots simples mais profonds : « Et Dieu accorda ce qu’il avait demandé. » Cette réponse souligne que Dieu prend plaisir à écouter la prière de ceux qui s’approchent de lui avec foi et humilité.
La prière d’Agur : La sagesse dans l’équilibre
« Ne me donne ni pauvreté, ni richesse… » (Proverbes 30:7-9).
Cette prière est l’une des plus profondes et des plus équilibrées de la Bible. Elle révèle un cœur qui recherche avant tout la fidélité envers Dieu plutôt que les avantages matériels.
Sa première requête est d’ordre moral et spirituel :
« Éloigne de moi la fausseté et la parole mensongère. »
Il désire vivre dans la vérité, avec une conscience pure et une conduite intègre. Sa seconde requête concerne ses besoins matériels :
« Ne me donne ni pauvreté, ni richesse ; accorde-moi le pain qui m’est nécessaire. »
Sa motivation est remarquable : la pauvreté pourrait le pousser au péché (le vol) ; la richesse pourrait l’éloigner de Dieu (l’orgueil). Cette prière rappelle que le plus grand besoin du croyant n’est pas l’abondance matérielle, mais la fidélité spirituelle. Elle nous enseigne qu’il est légitime de solliciter les bénédictions divines, non pour satisfaire notre égoïsme, mais avec le désir de porter davantage de fruit pour la gloire de Dieu.
La prière du publicain : La pureté de la repentance
Puis vient la prière du publicain dans l’Évangile selon Luc qui est l’une des expressions les plus pures de la repentance biblique et de la justification par la grâce.
Dans Luc 18:9-14, Jésus raconte l’histoire d’un pharisien et d’un publicain qui montent au temple pour prier. Le pharisien, sûr de lui, énumère ses qualités et ses mérites, se compare aux autres, et remercie Dieu d’être « meilleur ». Mais le publicain, au contraire, se tient à distance, n’ose même pas lever les yeux au ciel, et se frappe la poitrine, signe d’un cœur brisé. Il s’écrie :
« Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »
Il reconnaît sa culpabilité et ne s’appuie sur aucun mérite personnel. Il ne négocie pas avec Dieu, il s’abandonne à Sa miséricorde. Il se reconnaît comme le pécheur, révélant une conscience aiguë de son indignité devant la sainteté divine.
Jésus conclut : « Celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre. » Ainsi, cette prière révèle un renversement radical : l’humilité reçoit la justice que l’orgueil ne peut obtenir. Elle enseigne que l’accès à Dieu ne passe pas par la performance religieuse, mais par la contrition et la foi en la miséricorde divine.
La prière du Seigneur Jésus (Jean 17)
Dans cette prière sublime, souvent appelée la prière sacerdotale, le Seigneur Jésus s’adresse à son Père avec une confiance, une intimité et une soumission parfaites. Rien n’y est dicté par la crainte ou par le besoin personnel ; tout y respire la communion éternelle entre le Père et le Fils, l’obéissance absolue du Fils à la volonté de son Père et son profond amour pour les siens. Cette prière constitue le modèle suprême de toute véritable prière. Elle nous révèle ce que signifie s’approcher de Dieu avec un cœur parfaitement soumis à sa volonté, animé du désir de sa gloire et du souci du bien spirituel de son peuple. Plus qu’un simple exemple, elle est le sommet de la révélation biblique sur la communion avec Dieu.
Mais cette prière révèle aussi plus profondément qui Il est : non seulement celui qui prie, mais le seul Médiateur, le seul Intercesseur et le seul Sauveur. Il prie pour lui-même, pour ses disciples et pour tous ceux qui croiront en lui, montrant ainsi que toute grâce, toute protection, toute sanctification et toute gloire éternelle procèdent de son œuvre parfaite.
La prière transforme profondément la vie chrétienne, la rendant victorieuse. Elle remplace l’inquiétude par la confiance, l’agitation par la paix, l’indépendance par la dépendance, la peur par l’assurance. Elle permet au croyant de déposer chaque fardeau devant Dieu et de recevoir la consolation de sa présence. Elle protège également contre le formalisme religieux. Elle maintient la foi vivante en rappelant que Dieu entend, répond et agit selon sa sagesse parfaite.
La prière selon la Bible est l’un des privilèges les plus précieux du croyant. Elle est à la fois un devoir, un honneur et une joie.
Notre salut ne repose sur aucun mérite humain, mais entièrement sur le sacrifice accompli de Christ et sur son intercession toujours efficace. Si nous pouvons aujourd’hui nous approcher de Dieu dans la prière, c’est uniquement par Lui, en Lui et grâce à Lui. Oui, tout ce que nous sommes, tout ce que nous recevons et tout ce que nous espérons dépend de Christ seul : Il est notre unique espérance, notre parfait Médiateur et notre salut accompli.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
