FSSPX : « Il s’agit de prier pour qu’advienne un changement d’état d’esprit »
Le cardinal Aveline a été longuement interrogé par Jean-Marie Guénois dans Le Figaro. Extrait :
– Dans moins d’une semaine, le 1er juillet, la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) procédera à l’ordination d’évêques contre l’avis du pape. Une procédure d’excommunication semble enclenchée. Léon XIV a-t-il raison de sanctionner ?
Le Pape n’a pas caché sa grande tristesse, car on ne peut se satisfaire de l’aggravation d’une telle déchirure dans le corps ecclésial. Pourtant, le cardinal Ratzinger, alors préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, avait tout fait pour tenter d’éviter les ordinations de 1988. En 2007, par le Motu proprio Summorum Pontificum, il avait largement ouvert la possibilité de célébrer selon le rite romain tel qu’il figure dans les livres liturgiques antérieurs à la réforme de Vatican II. En 2009, il avait même levé les excommunications des évêques consacrés par Mgr Lefebvre et engagé des discussions doctrinales approfondies avec la Fraternité. Mais rien n’y fit !
Sous le pontificat du pape François, certaines facultés pastorales, concernant notamment les confessions et les mariages, ont été accordées à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Par ailleurs, le Motu proprio Traditionis custodes (16 juillet 2021) a considérablement restreint l’usage de la liturgie antérieure à la réforme de saint Paul VI. Qu’en sera-t-il sous le pontificat de Léon XIV ? Je ne puis que m’associer à sa demande de « prier pour que l’Esprit Saint éclaire les responsables de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X afin qu’ils reviennent sur leurs pas concernant la très grave décision qu’ils ont prise ». À ce jour, il me semble que le plus important n’est pas de tenter de parvenir à un accord doctrinal, auquel Benoît XVI lui-même avait fini par renoncer. Il s’agit plutôt de prier pour qu’advienne un changement d’état d’esprit, en s’inspirant de ces réflexions de Mgr Fellay, successeur de Mgr Lefebvre à la tête de la FSSPX : « L’un des dangers majeurs [pour la Fraternité, NDLR] est de finir par inventer une idée de l’Église qui paraît idéale, mais qui ne se trouve pas en fait dans l’histoire réelle de l’Église. Certains prétendent que pour travailler “en sécurité” dans l’Église, il faut préalablement qu’elle soit nettoyée de toute erreur. […] Or les saints réformateurs ne l’ont pas quittée pour combattre ces erreurs » (7 juin 2012). Il n’est donc pas interdit d’espérer, à condition que, des deux côtés, l’on ne cherche pas tant à défendre des positions qu’à entrer humblement dans une démarche d’écoute, de dialogue, de conversion et de quête de vérité devant Dieu.
Profession de foi catholique de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X pour éclairer les âmes face aux erreurs modernes
Profession de foi catholique pdf :
https://fsspx.news/sites/default/files/documents/profession_de_foi_catholique_fr.pdf
Voir aussi : “Lettre ouverte de la FSSPX à Sa Sainteté Léon XIV et aux cardinaux de la Sainte Eglise” : https://fsspx.news/fr/news/lettre-ouverte-sa-saintete-le-pape-leon-xiv-et-aux-cardinaux-la-sainte-eglise-59815
Profession de foi catholique de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X pour éclairer les âmes face aux erreurs modernes
Au nom de la sainte et indivise Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit.
Préambule
Je professe et j’embrasse l’entière vérité de la foi catholique, telle qu’elle a été « reçue par les Apôtres de la bouche même de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou transmise comme de main à main par les Apôtres eux-mêmes sous la dictée de l’Esprit-Saint », puis conservée fidèlement et parvenue jusqu’à nous en une succession continue dans l’Église catholique, à travers la prédication des papes et des évêques, les écrits des Pères de l’Église et des théologiens, et les définitions des saints conciles.
Je reçois fermement toutes et chacune des vérités que l’Église infaillible a proposées comme divinement révélées et nécessaires au salut, soit par les définitions de son Magistère solennel, soit par l’unanimité de son Magistère ordinaire et universel. Je reçois également tout ce qui appartient à la doctrine catholique en raison d’une connexion nécessaire avec le dépôt révélé, et je tiens pour sûres les vérités que l’Église a enseignées avec constance afin de préserver ce dépôt contre les erreurs.
Je rejette en conséquence toutes les erreurs contraires à cette foi, spécialement celles du libéralisme, de l’indifférentisme, du modernisme, de l’œcuménisme et du laïcisme, condamnées par les papes Pie IX, Léon XIII, saint Pie X, Pie XI et Pie XII. Ces erreurs, en effet, obscurcissent la doctrine révélée, faussent la Tradition, défigurent la sainte liturgie, corrompent les mœurs, affaiblissent l’esprit missionnaire et désagrègent l’ordre social chrétien, nuisant gravement au salut des âmes.
Je professe cette foi et rejette toutes les erreurs qui lui sont contraires parce que je veux demeurer fidèlement soumis à la sainte Église catholique, apostolique et romaine, Maîtresse de vérité, ainsi qu’au Pape, Vicaire du Christ, dans l’attachement à la Rome éternelle qui a reçu mission de garder saintement et d’exposer fidèlement le dépôt révélé jusqu’à la fin des siècles.
J’ajoute que, dans la confusion présente, il ne suffit plus de rappeler quelques vérités isolées. Il devient indispensable de mettre en pleine lumière l’ordre entier de la doctrine catholique, dans sa cohérence surnaturelle et son harmonie lumineuse, sans omettre aucun dogme, sans diminuer aucune vérité, sans substituer à la foi reçue un langage équivoque ou tronqué qui, sous prétexte d’œcuménisme ou d’adaptation au monde, défigure cette doctrine avec une audace toujours plus grande.
La charité elle-même commande de professer cette doctrine avec clarté, patience et force, pour la gloire de Dieu, l’honneur de l’Église et le salut des âmes.
I. La Révélation divine, la foi et la Tradition
Je crois que Dieu, dans sa bonté, a appelé l’homme, par le don de la grâce, à obtenir la vision béatifique. Je tiens fermement et je professe que cette exaltation de l’homme dépasse les forces et les exigences de la nature humaine, et qu’elle est un don gratuit de Dieu, c’est-à-dire un don surnaturel.
Je crois que Dieu n’a pas laissé l’homme à ses seules forces naturelles, mais qu’il lui a révélé les mystères de sa vie divine et la destinée surnaturelle à laquelle il l’appelle. C’est ainsi que, après avoir parlé autrefois par les Prophètes dans l’ancienne Alliance, il a parlé définitivement par son Fils unique, Notre Seigneur Jésus-Christ, dans la nouvelle Alliance, avec laquelle la Révélation divine a reçu son parfait accomplissement.
Cette Révélation est la parole véridique de Dieu, confiée à l’Église comme un dépôt, et proposée aux hommes comme règle de foi sous la forme d’un corps de doctrine, dans lequel les mystères sont formulés d’une manière qui les rend intelligibles et exprimables par des mots. La Révélation n’est pas l’expression progressive d’une conscience religieuse, ni le fruit d’une expérience collective de la communauté croyante ; elle est la vérité même de Dieu se communiquant surnaturellement à l’intelligence des hommes pour leur salut.
Je crois que le dépôt de la foi a été achevé avec la mort du dernier Apôtre. Après les Apôtres, l’Église ne reçoit pas une nouvelle Révélation : elle garde, explique, défend et transmet le dépôt reçu.
Je reconnais les preuves externes de la Révélation, en particulier les miracles et les prophéties, comme des signes très certains par lesquels l’origine divine de la religion chrétienne est démontrée de manière adaptée à l’intelligence humaine, en tout temps et en tout lieu. Je reconnais également l’Église elle-même, par son unité, sa sainteté, sa catholicité, sa fécondité et sa stabilité invincible, comme un motif permanent de crédibilité et un témoignage irréfutable de sa mission divine.
Je professe que la foi est la soumission surnaturelle de l’intelligence, sous la motion de la grâce, à la vérité révélée extérieurement par Dieu. Elle ne repose ni sur l’évidence des choses vues, ni sur le jugement privé, ni sur l’expérience de ce qui est vécu, mais sur l’autorité même de Dieu qui parle et qui, étant la Vérité première, ne peut ni se tromper ni nous tromper. La foi n’est donc ni un sentiment religieux aveugle, ni une émotion de l’âme, ni une conviction intime produite par la conscience personnelle ou collective. Elle est la vertu surnaturelle qui surélève l’intelligence humaine et lui permet de connaître Dieu tel qu’il est, grâce au témoignage que Dieu donne de lui-même, en attendant la vision.
Je rejette par conséquent l’erreur du modernisme, telle qu’elle sévit encore actuellement, qui réduit la foi à une expérience intérieure, à une aspiration sensible, ou à une prise de conscience progressive de la communauté croyante. Une telle conception détruit la notion même de dogme et rend impossible l’obligation de croire, remplaçant la vérité divine par la sincérité subjective et livrant la doctrine aux fluctuations de l’histoire.
Je professe encore que le dépôt de la doctrine révélée par Dieu est renfermé dans ses deux sources que sont la Sainte Écriture et la Tradition. Je professe que la Tradition comporte plus d’une vérité révélée par Dieu qui ne se trouve pas dans l’Écriture, et que par conséquent l’Écriture doit être lue et comprise dans la dépendance de la Tradition.
Je professe que la Sainte Écriture, dont les livres ont été écrits intégralement, en toutes leurs parties, sous l’inspiration du Saint-Esprit, est véritablement la parole de Dieu, exempte de toute erreur et confiée à l’interprétation authentique du Magistère de l’Église, selon la norme de la Tradition et selon l’analogie de la foi.
Je rejette donc l’exégèse rationaliste, qui traite les livres saints comme des documents ayant seulement l’homme pour auteur, qui exclut a priori la possibilité du surnaturel, sépare artificiellement le Christ historique de la foi de l’Église, dissout les miracles dans le symbole, ou soumet l’Écriture aux hypothèses changeantes et aux manipulations des méthodes critiques naturalistes. La vraie science biblique doit se mettre au service de l’intelligence de la foi ; il ne lui appartient pas de se faire la règle, l’interprète ou le juge de la parole de Dieu.
Je professe enfin que la Tradition n’est pas une mémoire morte, mais la transmission vivante de la doctrine reçue des Apôtres. Elle demeure vivante par distinction d’avec la Révélation qui est close. Elle l’est à la fois dans l’activité du Magistère de l’Église enseignante et dans la profession de foi de l’Église enseignée, dont le « sentire cum Ecclesia » est le résultat produit par l’enseignement du Magistère. La Tradition peut se dire « vivante », non pas au sens où elle changerait de signification, mais au sens où le Magistère vivant propose à travers les siècles, d’une manière toujours plus claire et plus explicite, la même vérité selon la même signification. Ce qui a été cru par tous, partout et toujours, comme appartenant à la foi, ne peut être nié ni mis en doute par aucune mode théologique, aucune pression pastorale, aucune nécessité diplomatique, aucune prétendue exigence du monde moderne.
II. Dieu, principe et fin de toutes choses, Trinité sainte
Je professe l’existence d’un Dieu unique, personnel, vivant et vrai, principe premier et fin dernière de toutes choses, qui au commencement créa à partir de rien le ciel et la terre, les choses visibles et invisibles. Infiniment parfait, éternel et tout-puissant, immuable, incompréhensible dans son essence et souverainement libre dans ses œuvres, il est distinct du monde qu’il a créé librement, qu’il conserve dans l’existence et qu’il gouverne par sa Providence.
Je professe que Dieu peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison à partir de ses créatures, comme la cause est connue par ses effets. La foi catholique reconnaît en effet que l’intelligence humaine est capable d’atteindre véritablement la réalité des choses, d’en connaître souvent les causes, et de parvenir à de vraies certitudes.
C’est pourquoi je rejette l’agnosticisme moderne, le scepticisme philosophique, le subjectivisme idéaliste, et toutes les doctrines qui limitent la portée de la connaissance humaine aux phénomènes sensibles ou aux constructions de la conscience, niant par là la possibilité même d’un Magistère ecclésiastique et d’une théologie véritable.
Je confesse qu’en l’unique nature divine subsistent trois Personnes réellement distinctes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible. Le Père est sans principe ; le Fils est engendré de toute éternité par le Père ; le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils comme d’un seul principe. Mais ces trois Personnes sont une seule et même substance divine : elles sont un seul Éternel et non pas trois Éternels ; un seul Dieu sage, bon, tout-puissant, et non pas trois dieux également sages, bons et tout-puissants ; elles ne font qu’un dans la volonté et la providence divine,et jouissent d’une seule et même gloire.
Je rejette les professions diminuées de la foi trinitaire qui, sous prétexte d’unité religieuse ou de prudence œcuménique, taisent volontairement ce que Dieu a révélé sur lui-même. Il ne suffit pas de dire avec les juifs et les musulmans que Dieu est un ; il ne suffit pas de reconnaître avec les ariens que le Fils est de même nature que le Père ; il ne suffit pas non plus de confesser avec les grecs schismatiques que le Saint-Esprit procède du Père en taisant le Filioque. Ce faux irénisme poursuit une concorde illusoire : en omettant de professer certaines vérités révélées, il substitue la confusion à la clarté et menace
l’intégrité de la foi.
III. La création de l’homme et l’ordre surnaturel de la grâce
Je crois que Dieu a créé l’homme à son image, pourvu d’une âme spirituelle et immortelle, capable de connaître la vérité, d’aimer le bien connu par la raison naturelle, et de se tourner librement vers son Créateur. L’homme n’est donc pas le produit nécessaire d’une évolution aveugle, ni le simple résultat de forces matérielles ; il vient de Dieu comme de sa cause créatrice, dépend de Dieu qui le maintient dans l’être, et est ordonné à Dieu comme à sa fin.
Je professe que Dieu n’a pas destiné l’homme à sa seule perfection naturelle, mais l’a appelé gratuitement à une fin surnaturelle qui dépasse absolument les forces et les droits de la nature créée : la vision béatifique, par laquelle l’âme verra Dieu face à face et participera à la vie intime de la Très Sainte Trinité. Que l’homme soit appelé à devenir enfant de Dieu, participant de la nature divine et héritier du Ciel, n’est pas l’accomplissement nécessaire de sa nature, mais un pur effet de la libéralité divine.
Je rejette donc toute doctrine qui dissout la distinction entre nature et grâce, qui fait de la vie surnaturelle une exigence de la nature humaine, ou qui présente la grâce comme un simple développement intérieur des capacités naturelles de l’homme. Une telle confusion ruine à la fois la gratuité du surnaturel et la réalité de la nature. Elle finit par réduire la foi à une anthropologie religieuse, et la Rédemption à une révélation de l’homme à lui-même.
Je professe également que la grâce ne détruit ni ne remplace la nature : elle la guérit, l’élève et la perfectionne tout en la conservant. L’ordre surnaturel ne remet en cause ni la raison, ni la loi naturelle, ni les créatures ; il les guérit et les subordonne à une fin plus haute. C’est pourquoi l’opposition moderne entre la liberté humaine et la grâce, entre la dignité de la personne et la dépendance envers Dieu, entre la culture et la foi, est radicalement fausse.
Je rejette le faux humanisme religieux qui célèbre l’homme en lui-même, comme si l’Incarnation avait révélé d’abord et seulement l’image de Dieu dans la création de l’homme, plutôt que la misère du péché et la miséricorde de Dieu s’abaissant vers le pécheur. L’homme n’est vraiment grand que lorsqu’il reçoit humblement la grâce qui le guérit et l’élève, fait pénitence pour ses péchés, se soumet à la vérité et vit en enfant de Dieu. En se séparant de Dieu, il ne s’exalte pas : il se perd.
Je professe que la dignité humaine, dans laquelle Dieu a établi sa créature au sommet du monde matériel, ne peut jamais être invoquée contre la loi de Dieu, contre la nécessité de la conversion, ou contre la soumission à la vérité révélée. Cette dignité est blessée par le péché : elle doit être restaurée et surélevée à la dignité des fils adoptifs de Dieu, par la grâce.
IV. Le péché originel et la condition de l’homme
Je crois que nos premiers parents furent établis par Dieu dans un état de justice et de sainteté originelles, et dotés des dons d’intégrité, d’impassibilité et d’immortalité. Par une faveur particulière de Dieu, ils possédaient non seulement l’intégrité de leur propre nature, mais encore les dons surnaturels qui les ordonnaient à la vie même de Dieu. Adam, chef et principe de l’humanité, reçut en outre le don de science.
Je professe que, par sa désobéissance, Adam a réellement commis le péché originel, qui se transmet à tous les hommes par génération. Ce péché est pour tous un péché de nature, qui les condamne à la mort, à la souffrance, à l’ignorance et à la concupiscence. Ayant été dépouillés de la grâce sanctifiante et des dons préternaturels, qu’ils ne peuvent plus transmettre à leur descendance, Adam et Ève ont été chassés du paradis terrestre.
En Adam, la nature de l’homme n’a cependant pas été détruite, mais seulement blessée : son intelligence, quoiqu’obscurcie, demeure capable de connaître la vérité ; son libre arbitre, quoiqu’affaibli,demeure capable de vouloir et d’aimer le bien naturel. C’est pourquoi je rejette toutes les doctrines qui, dans un pessimisme désespéré, jugent l’homme irrémédiablement corrompu et incapable de tout bien.
Toutefois, je rejette pareillement toutes les doctrines qui, dans un optimisme insensé, minimisent le péché originel, exaltent naïvement la bonté native de l’homme, ou prétendent fonder la paix universelle sur le seul progrès moral, technique, politique ou culturel de l’humanité. Les tragédies de l’histoire, les désordres des sociétés et les ténèbres du cœur humain s’expliquent fondamentalement, d’abord et avant tout, par la blessure profonde du péché.
Je professe que l’homme a besoin d’être sauvé par une rédemption qui le délivre à la fois de ce péché originel et de l’ensemble de ses péchés personnels. Cette rédemption – ou ce rachat – nécessite le don de la grâce de Dieu dans le Christ : sans elle, l’homme ne peut pas se sauver lui-même par ses œuvres naturelles, sa culture, sa science ou sa sincérité religieuse. Sans la grâce sanctifiante du Christ, il demeure incapable d’atteindre sa fin surnaturelle.
Je rejette donc le naturalisme moderne, qu’il soit théorique (en philosophie ou en théologie) ou pratique (en morale, en politique ou en pastorale). Toute doctrine qui parle de fraternité, de paix, de dignité ou de progrès, sans reconnaître le péché, la Croix ni la nécessité de la grâce, bâtit sur un fondement illusoire et finit par tromper les âmes qu’elle prétend servir.
Je professe en même temps que la gravité du péché ne doit jamais conduire au désespoir, car Dieu, dans sa miséricorde, n’a pas abandonné l’homme après sa chute, mais dès les origines, lui a promis un Sauveur né de la Femme, dont il a préparé progressivement l’avènement à travers l’histoire du salut.
En tout cela, je professe que les faits rapportés par le livre de la Genèse touchant les fondements de la religion catholique sont à prendre au sens littéral historique : par exemple, la création de toutes choses faite par Dieu au commencement du temps ; la création particulière de l’homme ; la formation de la première femme à partir du premier homme ; l’unité du genre humain ; le bonheur originel des premiers parents dans l’état de justice d’intégrité et d’immortalité ; le commandement donné par Dieu à l’homme pour éprouver son obéissance ; la transgression du précepte divin, à l’instigation du diable sous la forme du serpent ; la déchéance des premiers parents de cet état primitif d’innocence ; ainsi que la promesse du Rédempteur à venir.
V. Jésus-Christ, Verbe incarné, unique Médiateur et Rédempteur
Je crois et professe que Notre Seigneur Jésus-Christ est le Verbe éternel de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, consubstantiel au Père selon la divinité et de même nature que nous selon l’humanité, semblable à nous hormis le péché. Il est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, l’unique Sauveur du genre humain, l’unique Roi des âmes et des sociétés, promis par Dieu dans sa miséricorde à nos premiers parents et annoncé par les prophètes.
Je professe que lorsque vint la plénitude des temps, le Fils de Dieu s’est incarné, non pour confirmer l’homme dans sa dignité humaine ou pour lui révéler l’image de Dieu en lui-même, mais pour le sauver du péché et lui redonner accès à la vie éternelle. Né de la Vierge Marie, sans cesser d’être Dieu il a pris une nature humaine véritable, a vécu parmi nous, a enseigné la vérité, a accompli les prophéties, a manifesté sa divinité par ses miracles, puis s’est offert librement sur la Croix en sacrifice propitiatoire pour les péchés du monde.
Je professe que la Rédemption est une satisfaction véritable offerte à la justice divine, en réparation pour le péché d’origine et les péchés personnels. Le Christ, Prêtre et Victime dans son humanité sainte, nous a rachetés par son Sang. En portant nos péchés et en subissant la peine qui nous était due, il a offert à son Père un acte parfait d’obéissance, acte d’amour et de réparation, auquel la dignité de sa Personne divine conférait une valeur méritoire infinie.
Je rejette donc toute doctrine qui réduirait la Rédemption à une simple manifestation de l’amour de Dieu, à une solidarité du Christ avec les souffrances humaines, à une révélation de la dignité de l’homme, ou à une libération purement morale, politique ou sociale. La Croix n’est pas seulement un signe : elle est l’autel du sacrifice rédempteur. Le Christ n’a pas seulement annoncé le salut : il l’a mérité par son sacrifice. Sa passion volontaire et sa mort sur la Croix constituent l’unique sacrifice rédempteur par lequel l’humanité est réconciliée avec Dieu.
Je professe que le troisième jour il est ressuscité glorieux d’entre les morts, et que cette résurrection est proprement un fait historique. Elle est le signe le plus éclatant de sa victoire définitive sur le péché, la mort et l’enfer. Elle constitue le fondement de l’espérance chrétienne et le gage de notre propre résurrection. Elle représente aussi le principal motif de crédibilité de la divinité de Jésus-Christ.
Je crois que quarante jours plus tard il est monté aux cieux, qu’il siège désormais à la droite de son Père, qu’il gouverne invisiblement son Église par l’intermédiaire de son Vicaire, et qu’il intercède pour nous constamment, en attendant de revenir dans la gloire à la fin des temps, pour juger les vivants et les morts.
Je professe également que si le Christ est mort pour tous, tous ne sont pas sauvés par le fait même. Les mérites de la Passion doivent être appliqués aux âmes, ce qui a lieu ordinairement lorsque celles-ci reçoivent avec les dispositions requises les sacrements qui leur communiquent la grâce sanctifiante. Celui qui refuse les sacrements, les reçoit indignement, ou qui demeure volontairement dans le péché se ferme au salut que le Christ lui a acquis.
Je rejette donc le faux optimisme d’une rédemption universelle déjà réalisée en tout homme, indépendamment de sa conversion et de sa persévérance. Une telle doctrine détruit l’urgence de la prédication, affaiblit le zèle missionnaire, rend inutile la pénitence et contredit les paroles mêmes du Sauveur : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. »
Je professe enfin que Jésus-Christ est non seulement le Rédempteur des individus, mais le centre de toute l’histoire et le Roi de toute la Création. Tout a été créé par lui et pour lui ; tout doit être restauré en lui. Aucune culture, aucune société, aucune loi, aucune sagesse humaine ne trouve sa vraie perfection, complète et achevée, en dehors de son règne.
VI. La très sainte Vierge Marie dans l’économie du salut
Je crois que la très sainte Vierge Marie occupe dans l’histoire du salut une place unique voulue par Dieu de toute éternité, et que sa condition n’est donc pas la condition commune des autres créatures. Celui qui avait résolu de donner son Fils aux hommes avait aussi résolu de lui donner une Mère.
Je professe que la Bienheureuse Vierge Marie, par un privilège singulier, fut immaculée dès le premier instant de sa conception, afin d’être la digne Mère de Jésus-Christ : préservée du péché originel par prévision des mérites du Christ et ainsi rachetée d’une manière plus sublime, comblée de grâce dès le premier instant de son existence, Marie s’est toujours montrée parfaitement fidèle à la volonté de Dieu.
Je crois qu’elle demeura toujours vierge, avant, pendant et après l’enfantement ; sa virginité perpétuelle manifeste l’origine divine de son Fils et sa consécration totale à l’œuvre de Dieu.
Je professe que, véritablement Mère de Dieu et Mère des hommes, elle a été associée d’une manière unique et incomparable à l’œuvre rédemptrice de son divin Fils : nouvelle Ève auprès du nouvel Adam, son « Fiat » a ouvert la voie à l’Incarnation ; sa fidélité silencieuse a accompagné toute la vie du Sauveur ; sa Compassion douloureuse au pied de la Croix l’a unie d’un seul cœur au sacrifice rédempteur.
Je professe qu’ainsi unie à son divin Fils, elle a mérité par convenance dans sa Compassion ce que le Christ a mérité par justice stricte dans sa Passion ; non comme cause principale de la Rédemption, mais comme associée subordonnée, dépendante et toute relative à son Fils, dans un seul et même acte du rachat de nos âmes. C’est en ce sens que la piété catholique, appuyée sur l’enseignement traditionnel des papes et des théologiens, l’appelle à juste titre, en raison de cette Compassion, « Corédemptrice », et par conséquent « Médiatrice universelle ».
Je rejette par conséquent avec indignation la tendance moderne à diminuer les privilèges de la très sainte Vierge sous prétexte de prudence œcuménique, de dialogue avec les fausses religions, ou par crainte fallacieuse d’obscurcir l’unique médiation rédemptrice de Jésus-Christ. Affaiblir la doctrine mariale, ce n’est pas mieux honorer le Christ : c’est méconnaître l’ordre voulu par Dieu, qui a voulu venir à nous par Marie et nous conduire à lui par elle.
Je crois qu’au terme de sa vie terrestre, elle fut élevée corps et âme à la gloire céleste, où elle règne auprès du trône de Dieu, aux côtés de la sainte humanité de son divin Fils, sur les anges et sur les hommes, exerçant son rôle maternel de Dispensatrice de toutes les grâces.
Je professe enfin que le culte authentique et spécial rendu à sa Mère ne diminue en rien le culte dû à Dieu ; il l’accroît au contraire, parce qu’il reconnaît les merveilles de la grâce divine dans la créature la plus parfaite, et conduit les âmes plus sûrement à Jésus-Christ. La vraie restauration catholique ne peut être séparée de l’honneur rendu à celle qui écrase la tête du serpent.
VII. L’Église catholique, Corps mystique du Christ et unique arche du salut
Je crois fermement que, pour perpétuer et prolonger l’œuvre de la Rédemption jusqu’à la fin des siècles, Notre Seigneur Jésus-Christ a fondé une seule Église, visible, hiérarchique, indéfectible et nécessaire au salut. Cette Église, acquise par le Sang du Christ, confiée à Pierre et à ses successeurs, les Pontifes romains, n’est autre que l’Église catholique romaine.
Je professe que l’Église est une, sainte, catholique et apostolique. Elle est une par sa foi, son culte, son gouvernement et sa fin. Elle est sainte par son Fondateur, par sa doctrine, par ses sacrements et par les saints qu’elle ne cesse d’enfanter. Elle est catholique parce que, envoyée à tous les peuples et établie dans tout l’univers, elle est partout apte à procurer le salut aux hommes de toutes les conditions. Elle est apostolique parce qu’elle demeure fondée sur les Apôtres, conserve leur doctrine et poursuit leur mission, gouvernée par leurs successeurs.
Je professe que l’Église est identiquement société visible et Corps mystique du Christ. Le Christ en est la Tête ; les fidèles en sont les membres ; la vie surnaturelle acquise sur la Croix se communique en elle par les sacrements reçus dans la foi, et s’épanouit dans la charité.
Je professe que l’Église est l’Épouse immaculée du Christ. Le Christ l’a aimée jusqu’à se livrer pour elle, afin de la sanctifier et de se la présenter sans tache ni ride. Si ses membres peuvent pécher, elle-même, dans sa doctrine, ses sacrements, sa constitution divine et sa fin, demeure la gardienne fidèle et pure du dépôt révélé, et la dispensatrice des mystères de Dieu. Les fautes des hommes d’Église ne peuvent pas être imputées à l’Église en tant que telle ; elles viennent de ce que ces hommes n’ont pas vécu selon ses lois saintes. Aussi je rejette les accusations injustes et blasphématoires portées contre l’Église au nom des péchés de ses enfants, ainsi que les repentances qui semblent faire porter à l’Épouse du Christ les fautes de ceux qui l’ont trahie.
Je professe que l’Église est Mère des âmes. Elle les engendre à la vie divine par le baptême, les nourrit par l’Eucharistie, les relève par la pénitence, les fortifie par la confirmation, sanctifie les familles par le mariage, consacre les prêtres par l’ordre et assiste les mourants par l’extrême-onction. Sa maternité est surnaturelle et salvifique : elle donne aux hommes le pain de la saine doctrine, la grâce et les moyens de la vie éternelle.
Je professe que Dieu a voulu faire de l’Église le moyen nécessaire du salut ; de même qu’il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes que celui de Jésus-Christ, par lequel nous devions être sauvés, de même il n’y a aucun salut surnaturel indépendamment de l’Église catholique. Car tout salut vient de Jésus-Christ ; et toute grâce salutaire, soit est donnée dans et par l’unique Église qu’il a fondée, soit ordonne celui qui la reçoit à cette même Église.
Cette vérité signifie que nul ne peut être sauvé sans le Christ et son Église, par une fausse religion en tant que telle, ni assuré de son salut en dehors de la structure visible de l’Église. Si des hommes sont sauvés sans appartenir à la société visible qu’est l’Église, Corps mystique du Christ, ils le sont par une ordination surnaturelle à l’unique Église du salut, et malgré les erreurs des fausses religions où ils se trouvent, dont ils se délivrent en ne refusant pas la grâce qui leur est offerte, et en y correspondant.
Je rejette donc le faux œcuménisme, reposant sur cette idée que le Saint-Esprit ne refuserait pas de se servir des communautés séparées comme de moyens de salut, comme si l’Église du Christ y était présente et agissante, ou comme si ces communautés possédaient en elles-mêmes une valeur salvifique, dont la vertu dériverait de la plénitude de grâce et de vérité confiée à l’Église catholique. Si quelque homme accède à la vérité révélée ou reçoit une grâce de sanctification en dehors des limites visibles de l’Église catholique, cette vérité et cette grâce appartiennent de droit à cette même Église, appellent sans équivoque à l’unité catholique, et le Saint-Esprit ne les donne pas en se servant comme de moyens de salut des communautés séparées en tant que telles, dont on ne saurait trop détourner les âmes.
Je rejette également l’idée selon laquelle les religions non chrétiennes reflèteraient un rayon de la vérité qui illumine tout homme, ou seraient des voies légitimes par lesquelles Dieu conduirait positivement les hommes au salut. Quelques fragments de vérité naturelle, ou des vestiges déformés de vérités anciennes, peuvent bien se rencontrer chez les adeptes de ces fausses religions ; mais celles-ci prises comme telles, et en tant qu’elles mêlent l’erreur à leur culte, sont l’œuvre du démon et ne peuvent être agréées par Dieu. Le Saint-Esprit ne se sert pas d’elles comme de voies de salut, et il ne se trouve en elles aucune vertu propre de l’unique Église du Christ, seule lumière qui éclaire tout homme dans les ténèbres.
Je rejette encore l’idée d’un « christianisme anonyme », selon laquelle tout homme qui mène une vie naturellement honnête, qu’il soit « croyant », athée ou agnostique, serait orienté vers le Christ et donc sauvé par lui, parce que « chrétien » sans le savoir.
Je professe enfin que l’ancienne Alliance a été accomplie, dépassée et rendue caduque par la Nouvelle Alliance, qui est l’accomplissement de la promesse faite à Abraham, dans le Christ et dans son Église. Les figures de l’ancienne Loi ont trouvé leur réalisation et leur cessation dans le sacrifice du véritable Agneau, Médiateur de la Nouvelle Alliance et Prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech. De par la volonté éternelle de Dieu, la véritable descendance d’Abraham est le Christ, avec ceux qui lui appartiennent dans son Corps mystique qui est l’Église.
Je réprouve donc la nouvelle ecclésiologie, qui détruit l’élan missionnaire en relativisant l’unicité de l’Église, seule arche du salut.
Je rejette également l’inculturation comprise comme l’adoption sans discernement des catégories religieuses, morales ou symboliques des cultures païennes et de leurs pratiques. L’Évangile peut assumer ce qui est naturellement bon, vrai et noble dans les peuples ; il ne peut jamais consacrer l’idolâtrie, la superstition, l’erreur ou les mœurs contraires à la loi naturelle. La mission de l’Église n’est pas un dialogue indéfini, une coopération humanitaire ou une reconnaissance mutuelle des traditions religieuses : elle est l’ordre reçu du Christ d’enseigner toutes les nations, de les baptiser et de leur apprendre à garder tout ce qu’il a commandé.
VIII. Le Saint-Esprit, sanctificateur des âmes et âme de l’Église
Je professe que le Saint-Esprit, troisième Personne de la Très Sainte Trinité, vrai Dieu avec le Père et le Fils, a parlé par les prophètes, inspiré les Écritures, sanctifié les justes, formé l’humanité du Verbe incarné dans le sein virginal de Marie, et a été envoyé visiblement à la Pentecôte pour manifester l’Église et la vivifier jusqu’à la consommation des siècles.
Je crois que, envoyé par le Père et le Fils, il demeure dans l’Église jusqu’à la fin des siècles, conformément à la promesse de Notre-Seigneur. Il est l’âme incréée de l’Église, non comme une forme substantielle qui abolirait la distinction entre le Christ et ses membres, mais comme le principe invisible et la cause efficiente de sa vie surnaturelle, de son unité de profession de foi et de culte, de la sainteté de son gouvernement et de son Magistère, et de sa fécondité en ses œuvres.
Je professe que toute la vie de l’Église dépend de son action. C’est lui qui assiste le Magistère ecclésiastique, spécialement celui du Pape, pour qu’il conserve, déclare et explique sans erreur le dépôt révélé : non pour qu’il invente de nouvelles doctrines, mais pour qu’il pénètre plus profondément, dans le même sens et la même signification, la vérité déjà révélée par Dieu aux Apôtres.
Je crois que c’est lui qui communique aux âmes, dans les sacrements, la grâce acquise par le Sauveur, habite en elles par cette grâce et les rend conformes au Christ ; lui qui éclaire les intelligences par sa sagesse, soutient les volontés par sa force, répand sa charité dans les cœurs ; lui qui suscite les bonnes œuvres, inspire la charité fraternelle et conduit les âmes vers leur perfection.
C’est lui qui a soutenu les martyrs, éclairé les docteurs, suscité les missionnaires, nourri la vie contemplative, fécondé les ordres religieux et fait fleurir la sainteté dans tous les états de vie. Les grandes œuvres de la civilisation chrétienne, fruits de la culture catholique, témoignent elles-mêmes de cette présence discrète mais féconde de l’Esprit de Dieu dans l’Église à travers les siècles.
Je réprouve donc toute prétention à invoquer le Saint-Esprit pour justifier des adaptations doctrinales en rupture avec la Tradition, des renversements moraux, ou des procédés synodaux par lesquels on met en discussion ce que l’Église a reçu de Dieu. L’Esprit de vérité ne peut inspirer aujourd’hui le contraire de ce qu’il a inspiré hier. Il n’invite pas l’Église à écouter le monde pour en recevoir les aspirations ; il la pousse au contraire à enseigner le monde, à le convertir et à le sanctifier. Son œuvre n’est ni de susciter des inspirations anarchiques, ni d’encourager la créativité doctrinale, ni de faire reposer la vie spirituelle sur la recherche de phénomènes charismatiques extraordinaires ; elle consiste à guider les âmes en éclairant leur foi et à les défendre contre leurs ennemis spirituels, pour achever en elles l’œuvre de leur salut et les conduire dans la lumière de l’éternité.
IX. Le Pontife romain, l’épiscopat et la constitution hiérarchique de l’Église
Je reconnais dans le Pontife romain le successeur de saint Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ, le Pasteur suprême et universel, chef visible de toute l’Église, possédant, par institution divine, un pouvoir de vraie et propre juridiction suprême, plénier, immédiat et universel, sur tous les pasteurs et sur tous les fidèles baptisés dans l’Église.
Je crois que cette autorité ne lui vient pas d’une délégation de la communauté, mais directement du Christ lui-même, qui a institué cette charge pour la garde de la doctrine de la foi, la sanctification des âmes et le gouvernement de l’Église.
Je reconnais qu’en raison de ce pouvoir propre et véritable, pasteurs et fidèles lui doivent respect et obéissance filiale dans tout ce qui relève de l’exercice légitime de sa charge. Ainsi, l’unité de communion avec le Pontife romain et l’unité de profession de la même foi étant sauvegardées, l’Église du Christ constitue un seul troupeau sous un seul pasteur suprême.
Je reconnais également que les évêques sont les successeurs des Apôtres, ce qui fait d’eux de véritables pasteurs de droit divin, possédant dans l’Église, de par la volonté du Christ, une juridiction particulière et subordonnée, qu’ils reçoivent immédiatement du Pontife romain. Unis à ce dernier dans la soumission à son autorité suprême, ils exercent légitimement leur propre autorité dans leurs diocèses respectifs, comme établis par le Saint-Esprit dans l’ordre hiérarchique voulu par le Christ.
Je reconnais encore que le corps des évêques, uni à son chef le Pontife romain et jamais sans ce chef, peut être le sujet extraordinaire et non permanent d’un pouvoir plénier et suprême sur l’Église universelle, mais que cela a lieu seulement dans l’acte d’un concile œcuménique, sur l’initiative et l’ordre du seul Souverain pontife, et dans les limites de sa volonté exclusive.
Je rejette en conséquence les conceptions collégialistes qui feraient du collège des évêques une personne morale permanente dans l’Église, ou un deuxième sujet du pouvoir suprême, distinct du successeur de Pierre. La constitution monarchique de l’Église est d’institution divine et intangible, et il en sera ainsi jusqu’à la fin des siècles, car nul ne peut redéfinir la fonction que le Christ lui-même a conférée à Pierre dans son Église.
Je rejette pareillement les conceptions synodales qui tendent à transformer l’Église hiérarchique en une structure consultative, parlementaire ou démocratique, soumise aux opinions fluctuantes du peuple chrétien ou aux pressions du monde. La conscience collective des fidèles, les enquêtes pastorales, les sensibilités culturelles et les attentes du monde ne sont pas des sources de la Révélation. L’écoute légitime des âmes ne peut jamais devenir une adaptation continuelle de la vie de l’Église, de sa doctrine et de sa constitution divine à l’esprit du monde, sous prétexte d’interpréter le « sensus fidei » du peuple de Dieu.
X. Le Magistère, gardien du dépôt révélé
Je crois que le Pontife romain jouit de l’infaillibilité lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, accomplissant sa charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine concernant la foi ou les mœurs doit être tenue par l’Église universelle.
Je professe en outre que le pouvoir de Magistère dans l’Église est essentiellement ordonné à la garde du dépôt révélé et, par le moyen de celle-ci, au salut des âmes. Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils manifestent une doctrine nouvelle, mais pour qu’ils gardent saintement et exposent fidèlement le dépôt transmis par les Apôtres.
C’est pourquoi le magistère présent ne peut contredire substantiellement le magistère antérieur. Le magistère vivant n’est pas la prédication actuelle opposée à la prédication passée ; il est la prédication continuelle et ininterrompue de la même signification de la même vérité de foi à travers les siècles. Le pape et les évêques ne sont pas les maîtres de la Révélation ; ils en sont les gardiens et lui sont soumis comme le disciple l’est au maître. Ils ne peuvent ni changer la foi, ni modifier la constitution divine de l’Église, ni déclarer bon ce qui est contraire à la loi de Dieu.
Je rejette donc toute conception évolutive du dogme selon laquelle les vérités révélées changeraient de signification au cours de l’histoire. Il peut y avoir au sein de l’Église un progrès homogène dans l’intelligence, qui perçoit mieux, de façon plus distincte et plus explicite, le sens de la vérité révélée ; mais jamais une mutation du sens de cette vérité. Ce qui a déjà été enseigné par le Magistère vivant de l’Église enseignante, et cru dans la profession de foi de l’Église enseignée, ne peut devenir faux ; ce qui a été condamné comme contraire à la foi ne peut devenir légitime ; ce qui appartient à la constitution divine de l’Église ne peut être remodelé selon les catégories du monde moderne ou le contexte historico-culturel.
Je rejette donc la notion d’un nouveau magistère, qui prétendrait s’autoriser du temps présent pour imposer des doctrines opposées ou étrangères à la Tradition constante. Je rejette également l’opposition artificielle entre le Magistère d’hier et celui d’aujourd’hui, comme si le seul Magistère vivant de l’Épouse du Christ était celui du temps présent et pouvait, sous prétexte de mieux l’adapter, renier ce que l’Église a toujours enseigné, cru et condamné depuis l’époque des Apôtres.
Je tiens que, demeurant sauve la légitime liberté de recherche et d’opinion des théologiens relativement aux questions doctrinales ouvertes ou disputées, le Magistère de l’Église a le devoir légitime d’exercer un contrôle et, le cas échéant, une censure sur les publications, pour éviter que celles-ci ne mettent en danger la foi des fidèles. Je rejette donc l’accusation portée contre la sainte Église d’avoir manqué de charité, en anathématisant les hérésies et en excommuniant les hérétiques.
Je rejette aussi le dialogue perpétuel instauré dans l’esprit du dernier Concile, par lequel la hiérarchie renonce à exercer un véritable Magistère, et prétend tantôt recevoir son inspiration du « sens de la foi » du peuple des croyants, tantôt discuter d’égal à égal avec les adeptes des fausses religions, ou même avec les incroyants.
Je rejette enfin la conception subjectiviste du pluralisme théologique, qui découle d’une telle démission de la fonction magistérielle. Je tiens que l’Église n’est pas une assemblée en recherche permanente, mais qu’elle est la gardienne d’une vérité révélée par Dieu et transmise par les Apôtres, et que son Magistère authentique, assurant au cours de tous les siècles la transmission ininterrompue du dépôt révélé, est la règle prochaine et universelle de la vérité en matière de foi et de mœurs.
XI. L’ordre moral et la loi de Dieu
Je professe qu’il existe un ordre moral réellement fondé dans la sagesse éternelle de Dieu. Les actes humains sont bons ou mauvais selon leur conformité ou leur opposition à la loi divine, sainte et indéfectible. Les opinions individuelles, le consensus social, les intentions subjectives, les circonstances historiques, ne peuvent pas changer la valeur intangible de ces principes de la morale chrétienne.
De l’immense bonté par laquelle Dieu a élevé l’homme à l’ordre surnaturel, il s’ensuit que l’homme n’a qu’une fin ultime, surnaturelle, à laquelle il reste ordonné selon le dessein de Dieu, même après le péché. Cette fin surnaturelle assume, élève et perfectionne la fin de l’ordre naturel de l’homme.
La loi naturelle, inscrite par Dieu dans la nature de l’homme, reste connaissable par la droite raison et oblige tous les hommes. La loi positive révélée, d’ordre surnaturel, la confirme, l’élève et la précise en la dépassant. Il n’y a donc aucune opposition entre la loi de l’Évangile et la loi naturelle ; bien plus, la même grâce donne à l’homme la force d’être surnaturellement fidèle à leurs exigences respectives, et de jouir ainsi de cette liberté des enfants de Dieu par laquelle, délivré du pouvoir du péché, il peut tendre vers sa fin ultime.
Je rejette donc la morale de situation, selon laquelle les circonstances concrètes pourraient rendre bonnes des actions intrinsèquement mauvaises. En particulier je tiens qu’aucune circonstance ne pourra jamais légitimer le recours à la contraception, à l’avortement et à l’euthanasie. Je rejette toute doctrine qui prétendrait qu’une conduite objectivement contraire aux commandements de Dieu pourrait constituer, pour certains, la réponse généreuse actuellement demandée par Dieu. Dieu ne commande jamais le péché ni ce qui est impossible ; il ne bénit jamais le désordre moral et ne justifie jamais ce qui contredit sa propre loi ; mais à celui qui fait son possible, il ne refuse jamais sa grâce pour garder ses commandements.
Je professe que les unions adultères, les unions contre nature et toutes les situations publiques contraires à la loi divine ne peuvent être présentées comme des biens imparfaits, des dons de Dieu, des étapes positives ou des réalités susceptibles d’être bénies en tant que telles. Une telle présentation trompeuse altère gravement les principes de la morale chrétienne, et porte atteinte à l’institution sacrée du mariage et au bien des familles.
Je rejette donc comme contraire à la foi et à la discipline constantes de l’Église la prétention d’admettre aux sacrements, et tout spécialement à la réception de la très sainte Eucharistie, ceux qui persistent publiquement dans de tels états sans renoncer à leur désordre. La vraie miséricorde appelle le pécheur à la conversion ; elle ne ratifie pas le péché sous prétexte d’accompagnement pastoral ou de discernement des situations particulières.
Je rejette pareillement la dissociation moderne entre doctrine et pastorale. Une pastorale qui contredit la doctrine n’est pas pastorale ; elle égare les âmes. La charité ne consiste pas à taire la vérité pour éviter la souffrance, mais à dire la vérité avec bienveillance pour conduire au salut. La médecine de l’Église ne peut guérir qu’en nommant le mal, en appelant à la pénitence et en offrant les remèdes de la grâce.
Je professe enfin que Dieu est non seulement l’auteur et la fin de l’ordre moral, mais aussi son gardien, son juge et le souverain rémunérateur du bien et du mal. L’oubli du jugement divin engendre une fausse miséricorde, sentimentale et impuissante, qui ne sauve personne parce qu’elle ne convertit personne.
XII. La royauté sociale du Christ et la civilisation chrétienne
Je professe que la Très Sainte Trinité peut et doit être reconnue et adorée non seulement par chaque homme en particulier, mais aussi par les familles, les institutions et les sociétés civiles. Aucune autorité humaine n’est indépendante de Dieu, car toute autorité vient de lui et doit s’exercer selon la loi éternelle.
Je professe que les sociétés civiles, comme les personnes, ont le devoir de reconnaître et d’honorer ce seul et unique vrai Dieu, qu’est Jésus-Christ, Verbe incarné, deuxième Personne de la Sainte Trinité, et de lui rendre le culte qui lui est dû, dans la vraie religion révélée et instituée par Lui.
Je professe que les autorités qui gouvernent ces sociétés doivent en procurer le bien commun en se conformant à la double loi divine, naturelle et révélée. L’usage de la liberté ne consiste pas à donner libre cours à tous les caprices de la concupiscence, mais à choisir la meilleure manière d’user des biens de ce monde en vue du salut éternel.
Je rejette ainsi le laïcisme moderne, qui prétend constituer la société comme si Dieu n’existait pas. Le refus public de reconnaître Dieu comme souverain Seigneur n’est pas une neutralité, mais une injustice sociale envers le Créateur et une cause profonde de désordre dans les peuples. En effet, une société qui refuse à Dieu l’honneur qui lui est dû détruit progressivement les fondements de sa propre justice : elle coupe la loi humaine de sa source éternelle et livre les peuples aux volontés changeantes de l’homme déchu.
Je professe que Notre Seigneur Jésus-Christ, parce qu’il est le Verbe incarné et parce qu’il a racheté les hommes par son Sang, est Roi non seulement des individus, mais aussi des familles, des institutions, des peuples et des nations. Toute puissance lui a été donnée au ciel et sur la terre : son règne ne se limite pas au for intérieur des consciences ou à la sphère privée ; il doit s’étendre au for externe, aux lois, aux mœurs, à l’éducation, à la culture et à la vie publique. Son Royaume est éternel et universel : royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d’amour et de paix.
Je professe que la société civile, quoique parfaite en son ordre, ne possède pas tous les moyens nécessaires pour conduire l’homme à sa vraie perfection, laquelle demeure inaccessible à la nature humaine déchue sans le secours de la grâce guérissante et élevante.
C’est pourquoi je professe que ceux qui gouvernent la société doivent se soumettre à l’influence salutaire de l’Église, qui éclaire les intelligences par son Magistère, guérit et fortifie les volontés par la grâce des sacrements, et oriente l’homme vers sa vraie destinée surnaturelle, dont elle a la garde. Le bien de la société exige en conséquence que les chefs d’État reconnaissent leur droit et leur devoir de favoriser et de protéger la sainte Église, ainsi que de s’opposer par les lois de leur gouvernement à tout ce qui ferait obstacle à son influence nécessaire, qui est celle de l’unique vraie religion.
Je rejette donc le libéralisme politique et religieux : non seulement celui qui revendique pour l’erreur les mêmes droits que pour la vérité, et pour les faux cultes la même reconnaissance officielle et publique que pour le vrai ; mais aussi celui qui, au nom de la dignité humaine et d’une fausse liberté religieuse, attribue à chacun le droit d’agir publiquement selon sa conscience sans en être empêché par l’autorité civile, même lorsque cette conscience est erronée et s’oppose au bien commun ou à la vraie religion.
J’admets que l’erreur peut être en certains cas tolérée pour éviter de plus grands maux, ou pour préserver le bien plus grand de la paix civile, mais je professe qu’elle ne possède pas en elle-même un droit moral à être défendue ou encouragée au même titre que la vérité, ni même à n’être jamais entravée au nom d’une fausse liberté de conscience.
Je tiens également que, si l’homme possède une dignité ontologique qui l’élève au-dessus des êtres matériels, la dignité humaine à respecter n’est pas indifférente au vrai et au faux que professent les personnes, ni au bien et au mal qu’elles accomplissent : celui qui professe le faux ou accomplit le mal déchoit de sa dignité morale. C’est pourquoi, lorsque l’autorité légitime, pour défendre le bien commun contre des désordres graves, sanctionne les crimes selon les exigences de la justice, par des peines proportionnées, elle ne porte nullement atteinte à la dignité humaine.
Je rejette aussi cette forme moderne de personnalisme qui voudrait assigner pour mission à l’Église la sauvegarde de la dignité de la personne humaine, et l’instauration d’une fraternité universelle sur le fondement de cette dignité prétendument commune au genre humain – sans établir de distinction entre, d’une part, la vraie dignité du chrétien qui renonce au péché pour vivre selon la morale évangélique dans l’Église catholique, et d’autre part, la fausse dignité de ceux qui, égarés dans l’erreur et le vice, refusent la voie du salut.
Je réprouve la falsification qui en découle et qui tend à faire de l’Église, sinon la servante, du moins la collaboratrice du monde dans la réalisation de son idéal propre : celui d’une paix purement terrestre et temporelle, fondée sur un perfectionnement naturaliste de l’humanité, sans perspective surnaturelle. Cet idéal favorise l’indépendance de l’homme à l’égard de Dieu, de sa loi, de la vérité et du bien ; implique le mépris de la royauté sociale du Christ et de la Chrétienté ; et conduit finalement à l’athéisme et à la substitution de l’homme à Dieu.
Je rejette également le préjugé moderne qui présente la civilisation chrétienne comme oppressive, obscurantiste ou ennemie de la dignité humaine. Loin de détruire ce qu’il y a de bon dans les différentes cultures, l’ordre chrétien l’assume et le purifie. C’est ainsi que, à partir de la doctrine révélée et par le rayonnement de la théologie catholique, spécialement celle de saint Thomas d’Aquin, Docteur commun de l’Église, s’est constituée, sous la vigilance du Magistère, une véritable culture chrétienne de portée universelle, intégrant les meilleurs éléments des cultures grecque et latine. Fruit authentique de l’Évangile, elle a contribué à éduquer les peuples et à les faire croître dans la foi et les vertus chrétiennes. Même si elle ne fut jamais parfaite, les hommes demeurant toujours pécheurs, cette civilisation fut néanmoins dans l’histoire la plus haute réalisation de l’ordre social chrétien.
À l’inverse, le refus moderne de la royauté sociale du Christ a produit un recul de la civilisation, à travers la laïcisation des institutions, la dissolution du mariage, la destruction de l’autorité, l’éducation sans Dieu, la tyrannie des passions et l’effacement progressif de l’esprit de sacrifice dans les nations autrefois catholiques. Contre cette apostasie publique, nous professons qu’il faut tout restaurer dans le Christ, qui est le seul Saint et, à travers son Corps mystique, le seul sanctificateur des âmes et des peuples.
XIII. Les sacrements de la Loi nouvelle
Je crois qu’il existe sept sacrements proprement dits de la Loi nouvelle, institués par Notre Seigneur Jésus-Christ pour conférer efficacement la grâce qu’ils signifient : le baptême, la confirmation, l’Eucharistie, la pénitence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage.
Je professe que les sacrements doivent être célébrés validement, avec la matière, la forme et l’intention prescrites, en observant les rites liturgiques qui expriment clairement la foi catholique ; et qu’ils doivent être reçus avec les dispositions requises.
Je crois que le baptême est la porte de l’Église et qu’il est nécessaire au salut. Ordinairement, nul ne peut être sauvé sans le recevoir ; par ce sacrement, l’homme est lavé du péché originel, incorporé au Christ, marqué du caractère chrétien et rendu membre de l’Église. C’est pourquoi je réprouve la pratique qui consiste à différer sans motif grave le baptême des enfants qui n’ont pas l’usage de la raison. Cependant, celui qui, après l’âge de raison et sans faute de sa part, est empêché d’accéder à ce sacrement, peut se sauver de manière extraordinaire par le baptême de désir, c’est-à-dire par un acte surnaturel de foi et de charité parfaite qui l’ordonne à l’Église.
Je professe que la confirmation fortifie le baptisé par le don du Saint-Esprit, afin qu’il confesse courageusement la foi, résiste aux ennemis du salut et vive en témoin du Christ. Dans un temps de confusion, cette force surnaturelle est particulièrement nécessaire, car nul ne peut garder la foi sans combat.
Je professe que la pénitence remet les péchés commis après le baptême, moyennant les actes du pénitent que sont la contrition, la confession et la satisfaction. Je rejette fermement toute pastorale qui affaiblit le sens du péché, minimise la nécessité de la confession sacramentelle, ou réduit la satisfaction à une simple démarche de réparation à l’égard de soi-même ou d’autrui, sans référence à l’offense commise envers Dieu.
Je professe que l’extrême-onction soulage et fortifie les malades, remet les péchés s’il y a lieu, contribue puissamment à effacer la peine due au péché, et prépare l’âme chrétienne à paraître devant Dieu.
J’affirme que le mariage est l’union stable et indissoluble d’un homme et d’une femme, élevée par le Christ à la dignité de sacrement entre baptisés. Le but de cette union, établi par Dieu, ordonnateur de la nature, est double : la génération et l’éducation des enfants d’une part, qui constituent la fin primaire et principale du mariage ; le soutien mutuel des époux et le remède à la concupiscence d’autre part, qui en sont les fins secondaires, fins véritables et essentielles, mais naturellement subordonnées à la première.
Je rejette donc toute doctrine qui considère les unions contraires au mariage comme des participations réelles, quoiqu’imparfaites, de ce dernier ; ou qui, en voulant définir le mariage en fonction du seul amour des conjoints, détruit la hiérarchie des fins du mariage, au risque de légitimer le divorce, le refus d’avoir des enfants, et ainsi la contraception, pourtant contraire au droit naturel.
Je confesse que le sacrement de l’ordre imprime en celui qui le reçoit le caractère sacerdotal qui le configure au Christ Prêtre, et qu’aucune femme ne peut le recevoir, à quelque degré que ce soit. Par là, le prêtre reçoit le pouvoir d’offrir le sacrifice salutaire pour les vivants et pour les morts, de remettre les péchés et de sanctifier les fidèles. Je rejette ainsi toute confusion entre le sacerdoce, au sens vrai et propre des ministres du Christ, et le sacerdoce commun, dit au sens impropre des fidèles : les fidèles offrent spirituellement avec le prêtre et par le prêtre ; mais seul le prêtre dûment ordonné réalise et offre sacramentellement le sacrifice en la personne du Christ.
XIV. Le saint sacrifice de la Messe, la sainte Eucharistie et la liturgie catholique
Je professe que la Messe est véritablement, au sens propre du terme, un sacrifice. Elle n’est pas seulement un mémorial de la Cène ou de la Passion ; célébrée par un prêtre dûment ordonné, elle représente sacramentellement le sacrifice unique du Calvaire, et le renouvelle de manière non sanglante, sans le multiplier pour autant. La Victime est la même, le Prêtre principal est le même, seule la manière d’offrir diffère.
Dans la Messe, et par l’action de son ministre, Notre Seigneur Jésus-Christ s’offre lui-même à son Père en sacrifice d’adoration, d’action de grâces, de propitiation et d’impétration. En s’unissant à cette action du Christ, qui est identiquement celle du prêtre célébrant, l’Église rend à Dieu le culte parfait qui lui est dû, et applique aux âmes des vivants et des défunts les mérites du sacrifice de la Croix.
Je crois que, par les paroles de la consécration prononcées validement par un prêtre, le pain et le vin sont changés dans toute leur substance au Corps et au Sang du Christ, bien que leurs accidents sensibles demeurent. Ce changement admirable est justement appelé transsubstantiation.
Je crois que la très sainte Eucharistie occupe le centre de la vie de l’Église, et qu’elle contient véritablement, réellement et substantiellement le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. J’adore le Très Saint Sacrement de l’autel et rejette toute doctrine ou pratique qui affaiblit la foi en la présence réelle, diminue le respect dû à l’Eucharistie, banalise la communion ou altère le caractère sacré du sanctuaire.
Parce qu’elle est l’expression privilégiée de la foi, la liturgie est aussi l’école permanente où se forme l’âme chrétienne. Par son orientation, son silence, ses gestes, son canon, sa langue sacrée, son esprit d’adoration et sa structure théocentrique, la liturgie nourrit la foi et exerce une influence profonde sur les âmes. Par elle, les peuples apprennent à penser selon Dieu, à juger selon l’éternité, à aimer ce qui est saint, à mépriser ce qui passe et à ordonner leur vie entière au sacrifice du Christ. Elle façonne aussi les mœurs, inspire les arts, les institutions, les fêtes et les coutumes du peuple chrétien. C’est pourquoi, lorsque le culte divin devient prosaïque, creux, équivoque, profane ou anthropocentrique, il affaiblit l’intelligence même de la foi.
Je professe que la messe traditionnelle romaine, célébrée selon le rite en usage avant la réforme du Novus Ordo Missae, exprime avec une clarté incomparable la doctrine catholique du sacrifice, du sacerdoce et de la présence réelle. Mais je constate avec douleur que les réformes liturgiques contemporaines se sont éloignées considérablement de la liturgie traditionnelle, dans l’ensemble comme dans le détail : ce faisant, elles ont obscurci le caractère sacrificiel et propitiatoire de la Messe, favorisé une conception démocratique du culte, rapproché l’expression liturgique catholique des conceptions protestantes, et contribué ainsi de manière prépondérante à la perte du sens du sacré, à la corruption de l’esprit chrétien, à la diminution des vocations et à l’affaiblissement général de la foi.
Je rejette donc toute réforme ou tout usage liturgique qui, par omission, ambiguïté doctrinale ou orientation pratique, favorise l’hérésie, affaiblit la foi, s’éloigne de la doctrine catholique de la messe formulée au Concile de Trente, ou détourne les fidèles de l’adoration due à Dieu. Le culte public de l’Église doit exprimer la foi catholique sans équivoque.
Je suis certain, enfin, que la restauration catholique des peuples passe nécessairement par la restauration du culte divin, à travers la liturgie traditionnelle de toujours. Là où la Messe est célébrée comme le vrai sacrifice du Christ, renaissent la foi, la piété, la vie de la grâce, les familles chrétiennes, les vocations et le désir des biens éternels.
XV. La vie chrétienne, la sainteté et la perfection de la charité
Je crois que la vocation suprême de l’homme est la sainteté. Créé par Dieu, racheté par le Christ et sanctifié par l’action du Saint-Esprit, l’homme est appelé à participer à la vie même de Dieu par une conformité croissante à sa volonté, pour parvenir à l’union parfaite et définitive avec lui dans la gloire.
Je crois que la grâce sanctifiante fait de l’homme un enfant adoptif du Père, un membre de Jésus-Christ, un temple du Saint-Esprit et un héritier de la vie éternelle. Elle rend l’âme agréable à Dieu, lui communique une participation créée à la nature divine, la rend capable d’actes surnaturels et l’ordonne à la vision béatifique. Les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité unissent l’âme directement à Dieu ; les vertus morales infuses ordonnent sa conduite selon la loi divine ; les dons du Saint-Esprit la rendent apte à recevoir docilement ses inspirations, donnant aux vertus leur perfection ultime.
Je crois que la vie chrétienne comporte, pour une part très importante et non négligeable, un combat spirituel. Depuis la chute originelle, l’homme demeure exposé aux tentations du monde, de la chair et du démon. La grâce ne supprime pas ce combat : elle donne la force nécessaire pour le mener victorieusement.
Je crois que le chemin de la sainteté passe par l’imitation de Jésus-Christ, l’obéissance à ses commandements, la prière, les sacrements, la pénitence, le renoncement à soi-même, la fidélité au devoir d’état et l’amour de la Croix. Le disciple n’est pas au-dessus du Maître : s’il veut entrer dans la gloire, il doit marcher à la suite du Christ crucifié.
Je rejette donc le faux christianisme sans Croix, qui promet une paix terrestre sans conversion, une miséricorde sans pénitence, une fraternité sans dépendance à l’égard de la paternité de Dieu, et une sainteté sans héroïsme. L’Église n’a jamais canonisé la médiocrité, l’adaptation au monde ou la simple bonne volonté naturelle ; elle a proposé à l’imitation de ses fidèles des saints dont la foi fut intègre, la charité héroïque et la vie conformée à celle du Christ.
Je rejette donc toute réduction de la vie chrétienne à une vague philanthropie, à une sensibilité sociale ou à un engagement terrestre. La charité chrétienne ne se mesure pas d’abord à l’émotion partagée ou à l’utilité visible, mais à l’amour surnaturel de Dieu par-dessus tout et du prochain pour Dieu. La miséricorde corporelle elle-même perd sa vraie signification et sa valeur authentique lorsqu’elle n’est plus ordonnée à la miséricorde spirituelle et au salut éternel.
Je professe que la sainteté est le plus beau fruit de l’Église. Les martyrs, les confesseurs, les vierges, les moines, les missionnaires, les docteurs, les pasteurs et toutes les saintes âmes fidèles témoignent de la puissance de la vérité, de la fécondité de la grâce, et de la victoire du Christ sur le péché.
XVI. Les fins dernières et l’espérance chrétienne
Je crois que la vie présente est un temps de préparation à l’éternité et donc d’épreuve. L’homme n’a pas ici-bas sa demeure définitive : il est créé pour une destinée surnaturelle qui dépasse infiniment les biens passagers de ce monde. Je crois à la vie après la mort, où l’on entre par la séparation de l’âme et du corps.
Je crois qu’au terme de sa vie terrestre, chacun comparaîtra d’abord devant le tribunal du Christ pour le jugement particulier et recevra, selon ses pensées, paroles, actions et omissions, la sentence de sa destinée éternelle ; je crois aussi qu’à la fin des temps, Notre Seigneur Jésus-Christ reviendra dans sa gloire pour présider le jugement général.
Je soutiens avec amour et tremblement que, dans les œuvres de Dieu, resplendissent à la fois la miséricorde et la justice. Le péché de l’homme a porté atteinte à la gloire du Créateur, l’homme est devenu le débiteur de Dieu, et la justice divine exige réparation ; mais, dans sa plus grande miséricorde, Dieu nous a donné un Rédempteur qui, en tant que Chef de l’humanité, a offert lui-même, pour les péchés du monde entier, une satisfaction qui appelle le concours de la nôtre.
Je me confie dans l’infinie miséricorde de Dieu : il n’est aucun péché qu’il ne puisse pardonner ni aucune misère qu’il ne veuille soulager ; mais je réprouve fermement cette miséricorde sans justice que prêche le nouvel humanisme, celle d’un dieu qui ne châtie pas le péché, ne condamne personne et n’exige aucune conversion, justifiant plutôt le péché que le pécheur.
Je professe que les âmes qui meurent en état de péché mortel sont condamnées à l’effroyable abîme de l’enfer, peine éternelle de la privation de Dieu et peine éternelle du feu. Je rejette toute doctrine qui nie l’éternité de l’enfer, diminue la réalité des peines éternelles, ou laisse entendre que tous les hommes seront finalement sauvés, l’enfer demeurant vide.
Je crois que les âmes qui meurent en état de grâce, mais sont encore redevables de peines temporelles, sont purifiées au purgatoire. Je professe donc la nécessité de prier pour les défunts, de leur appliquer les suffrages de l’Église, et je rejette les mensonges qui promettent à tous l’entrée immédiate dans la maison du Père, éteignant ainsi la pieuse coutume de l’Église de prier constamment pour les morts.
Je rejette particulièrement le faux langage pastoral qui, par crainte de troubler les consciences, tait le jugement, l’enfer et la nécessité de la pénitence. Il n’y a pas de charité à cacher aux hommes le péril éternel où les met le péché. La prédication des fins dernières appartient à la miséricorde de l’Église, parce qu’elle réveille les âmes et les tourne vers le salut.
J’affirme enfin que les âmes qui meurent dans l’amitié de Dieu, parfaitement purifiées, entrent immédiatement dans la vie éternelle et jouissent de la vision béatifique. Elles contemplent Dieu face à face, tel qu’il est, et possèdent en lui leur repos éternel. La vie chrétienne est ordonnée à cette béatitude ; toute pastorale qui réduit le bonheur humain au bien-être terrestre, à la paix sociale ou à l’épanouissement seulement psychologique, trahit la fin surnaturelle de l’Évangile.
L’espérance chrétienne n’est donc ni optimisme terrestre, ni incertitude mêlée de crainte. Elle est attente confiante du Royaume éternel, fondée sur les promesses de Dieu et nourrie par la grâce. Elle donne au chrétien de travailler ici-bas sans oublier que sa patrie est au Ciel, et de combattre les erreurs du temps sans perdre la paix de l’âme.
XVII. La crise moderne et le devoir de confesser la foi
Je crois que l’Église, assistée par la Providence divine, demeure indéfectible jusqu’à la fin des siècles. La promesse du Christ ne peut faillir : les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle.
Je crois cependant que l’histoire de l’Église connaît des périodes d’épreuve, où la profession de la vraie foi se trouve gravement diminuée, où les erreurs se répandent, où la discipline s’affaiblit et où de nombreuses âmes sont entraînées vers l’égarement.
Je reconnais en particulier que les erreurs modernes représentent une menace redoutable pour l’ensemble de l’ordre catholique, et que leur pénétration dans la vie de l’Église, à la faveur du Concile Vatican II et des réformes post-conciliaires, a provoqué une crise d’une gravité exceptionnelle : l’agnosticisme attaque la connaissance de Dieu ; le naturalisme attaque la nécessité de la grâce ; le subjectivisme attaque le motif surnaturel de la foi ; le relativisme attaque l’immutabilité du dogme ; la morale de situation attaque la loi divine ; le libéralisme attaque la royauté sociale du Christ ; le faux œcuménisme attaque l’unicité de l’Église ; la collégialité et la synodalité attaquent la constitution divine de l’Église dans sa hiérarchie ; l’anthropocentrisme liturgique attaque le saint sacrifice de la messe.
La crise actuelle ne saurait donc être réduite à un simple conflit de sensibilités, de préférences liturgiques ou d’options pastorales. Elle touche aux fondements mêmes de la foi et de la morale, du sacerdoce et du culte, de l’Église et de la royauté du Christ.
Ces erreurs ne demeurent pas abstraites, elles ont produit des fruits visibles : affaiblissement de la prédication doctrinale, effacement de l’esprit missionnaire, banalisation du péché, crise de la famille, ruine de la liturgie, perte du sens de Dieu, raréfaction des vocations, apostasie silencieuse des nations chrétiennes et confusion profonde des fidèles.
C’est pourquoi il ne suffit plus aujourd’hui d’affirmer les vérités catholiques en termes généraux, sans dénoncer parallèlement les erreurs qui tentent de les corrompre. La charité envers les âmes exige la clarté de la vérité totale, sans aucune ambiguïté.
Cette crise ne peut être surmontée que par la restauration de toutes choses en Jésus-Christ, par le retour à la foi, à la vie de grâce, au culte divin et à la quête de la sainteté.
Dans ces circonstances douloureuses, sans juger quiconque ni usurper l’autorité de l’Église, je ne puis pas ne pas confesser la foi dont on diminue la profession, rappeler la Tradition que l’on bannit, défendre la morale, garder la liturgie, proclamer les droits du Christ.
Conclusion
Fidèle à la Rome éternelle qui garde le dépôt transmis par les Apôtres, je veux conserver intégralement cet héritage, sans diminution, sans altération et sans crainte, non comme une opinion particulière dans l’Église d’aujourd’hui, mais comme la foi reçue de l’Église une, sainte, catholique, apostolique et romaine.
Car cette foi ne m’appartient pas : je l’ai reçue pour y demeurer fidèle, en vivre, la transmettre et, si Dieu le demande, souffrir pour elle, dans l’attente confiante du triomphe de la vérité et de la grâce, pour le salut des âmes et la gloire de la Très Sainte Trinité.
Je demande à Dieu qu’il me maintienne ferme dans cette confession jusqu’au dernier instant de ma vie. Je confie cette profession de foi à l’intercession de la très sainte Vierge Marie, des saints Apôtres, des martyrs, des confesseurs et de tous les saints qui nous ont précédés dans la fidélité au Christ.
Et dans l’espérance de la résurrection et de la vie du monde à venir, je remets mon âme, l’Église et toutes choses entre les mains de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, à qui appartiennent l’honneur, la gloire et la puissance dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
Donné à Menzingen, le 24 juin 2026, Nativité de saint Jean-Baptiste
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Une statue pour les 800 ans du sacre de saint Louis
Le sculpteur Jean-Joseph Chevalier vient d’achever une statue de saint Louis (pierre calcaire naturelle, taille directe, 70 cm) pour le double anniversaire de l’École Saint-Louis La Chesneraie d’Aix-en-Provence, les 800 ans du sacre du roi (1226-2026) et les 70 ans de l’école :
La statue a été bénie le 22 mai 2026 par Mgr Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence, en présence de Louis de Bourbon, duc d’Anjou.
Une oeuvre à portée éducative
Destinée à un lieu vivant d’éducation, cette œuvre en pierre calcaire naturelle a été pensée pour traverser les générations d’élèves et s’inscrire dans le patrimoine de l’école. Réalisée en taille directe par le sculpteur et fresquiste Jean-Joseph Chevalier, l’œuvre est en pierre calcaire naturelle de Tervoux, aux propriétés intéressantes et destinées à se patiner au fil des ans. La sculpture incarne un modèle de justice, de droiture et de foi érigé pour la communauté éducative.
Un oeuvre d’art sacré
L’œuvre sur-mesure de Saint-Louis représente le jeune roi couronné tenant la Couronne d’épines. L’œuvre ne figure pas le roi dans l’ampleur du rôle, mais dans l’humilité du croyant. Le jeune roi se tient debout, couronné et vêtu du grand manteau royal. La majesté est bien présente, mais elle est tout entière inclinée vers la relique qu’il tient entre ses mains : la Couronne d’épines du Christ.
Une oeuvre à portée historique
Réalisée en taille sur commande spéciale, cette œuvre célèbre un double jalon historique : les 800 ans du sacre de saint Louis à Reims (1226) et les 70 ans de la fondation de l’école aixoise. A cette occasion, Monseigneur, duc d’Anjou, a fait le déplacement depuis l’Espagne pour honorer cette statue et lui donner la portée historique qu’elle incarne. Mgr Delabre, Archevêque d’Aix-en-Provence est venu bénir la statue de Saint-Louis, ce roi illustre de part ses vertus de justice et charité.
L’artiste est disponible pour travailler sur d’autres projets concernant le 800e anniversaire du sacre du roi saint Louis
Le père Nicola Bux au pape Léon XIV : Faites tout votre possible pour surmonter les différends avec la FSSPX
Dans une lettre ouverte à la fois filiale et urgente, l’ancien consulteur du Vatican insiste sur la nécessité d’un dialogue avec la FSSPX, d’une libéralisation du rite romain traditionnel, de réponses aux dubia et de limites au chemin synodal de l’Allemagne :
Très Saint Père,
C’est avec un profond respect filial que j’ose vous adresser cet appel sincère, après avoir eu la grâce de collaborer avec le cardinal Joseph Ratzinger, puis avec le Saint-Père Benoît XVI, avant de consacrer ces treize dernières années à la prière, au don de soi et à un travail discret mais constant pour l’unité de l’Église.
L’Église est le pont entre Dieu et les hommes, dont le Pape est le pontife ; elle est en effet synonyme de la paix que le Christ a fixée comme limite : édifier l’Église, c’est bâtir la paix ; séparer les deux, c’est compromettre la mission de l’Évangile. C’est pourquoi je supplie Votre Sainteté de persévérer dans cette voie unique, afin de résoudre dans la vérité – et seulement dans la vérité – les nombreuses polarisations qui traversent le corps ecclésial. Maintenant que nous avons l’expérience du dialogue avec les personnes et les groupes extérieurs à l’Église, ne devrions-nous pas aussi, et surtout, dialoguer au sein de nos propres rangs, en faisant tout notre possible pour qu’aucun de ces frères et sœurs que le Seigneur nous a confiés ne soit perdu ?
Faisant notamment référence à la décision importante annoncée par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, je vous invite à reconsidérer le « pont » conçu par Benoît XVI à travers le Motu Proprio Summorum Pontificum et, par conséquent, la levée de l’excommunication. Constatant que tant d’évêques ont su, avec équilibre, instaurer une harmonie liturgique dans leurs diocèses respectifs, Votre Sainteté pourrait donner l’exemple : en accordant à toute l’Église la possibilité de célébrer, parallèlement au nouveau rite, l’ancien rite romain, tout en réaffirmant la validité de la réforme liturgique et l’inviolabilité du Concile Vatican II, comme de tout autre concile œcuménique.
Concernant le « chemin synodal » allemand, j’implore le Saint-Père de clarifier que ce chemin ne saurait délibérer sur les questions de doctrine, de morale et de pratique sacramentelle, et que la pastorale est indissociable de ces dernières. Autrement, ce prétendu « accompagnement » ne conduirait jamais à la conversion nécessaire : le pécheur ne serait pas, en réalité, détourné du péché, mais au contraire, conduit à sa confirmation, voire à sa reconnaissance institutionnelle. Votre Sainteté a déjà affirmé que certaines questions sources de division « ne peuvent faire l’objet de délibérations ou de décisions de la part d’une Église particulière », mais vous n’êtes certainement pas sans savoir que cette grave division pourrait s’étendre à d’autres épiscopats. L’Église n’est inclusive que si ceux qui souhaitent y entrer reçoivent l’initiation sacramentelle et si ceux qui souhaitent la quitter suivent le chemin de pénitence.
Votre Sainteté, enfin, je vous implore de lever un autre obstacle à la vérité et à la communion : l’absence ou l’insuffisance de réponse aux Dubia des cardinaux sur les questions doctrinales et pastorales des récents synodes. Nombreux sont les fidèles à travers le monde qui attendent cette réponse, non pas sous la forme d’une interview – car les interviews réduisent les paroles et le magistère du Pape à une simple opinion parmi d’autres – mais sous la forme d’un document d’une autorité égale ou supérieure.
Les fidèles ont besoin d’être affermis dans la vérité, la stabilité et l’immuabilité fondamentale de la foi, car l’Esprit Saint ne peut renier ce qu’il a inspiré à l’Église tout au long de ses deux mille ans d’histoire. Les fidèles ont besoin de redécouvrir, avec saint Irénée, que le Christ a apporté toute nouveauté en s’offrant lui-même, et qu’il n’y a rien d’autre de nouveau à espérer, si ce n’est la proclamation toujours renouvelée de l’Évangile du Christ.
Les fidèles doivent pouvoir entendre du Successeur de Pierre, après plus d’une décennie de confusion, que le Saint-Esprit fait en effet toutes choses nouvelles, mais en ce sens qu’il les amène à leur accomplissement final ( novus ), en harmonie – et non en contraste – avec ce qui a été inspiré jusqu’à présent.
En vertu de la prérogative indispensable du commandement pétrinien, je vous supplie, Votre Sainteté, d’énoncer clairement la vérité et l’erreur : l’Église tout entière doit ainsi se conformer à votre parole. Vous avez dit à juste titre que suivre le Christ exige la conversion et que nous devons chercher à fonder notre unité sur Jésus-Christ et sur son enseignement. Or, Votre Sainteté, le seul moyen que nous connaissions pour y parvenir est précisément et uniquement de défendre la vérité. Agissez promptement, Père Saint, je vous en supplie. Ne laissons pas le schisme sous-jacent devenir irrémédiable.
Nous prions pour vous, Sainteté, dans l’espoir ferme qu’au sein du Consistoire vous puissiez initier et mener une discussion fructueuse sur ces questions urgentes.
En Domino Jesu,
Père Nicola Bux
24 juin 2026,
Fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste
Au sujet de l’orientation de la messe
L’orientation du prêtre durant la célébration eucharistique est suffisamment emblématique pour focaliser à elle seule toute la différence de « sensibilité » entre les tenants de l’ancien rit, dit de saint Pie V, aujourd’hui appelé « forme extraordinaire » du rit romain (( Cf. Benoît XVI, Lettre apostolique Summorum pontificum, 7 juillet 2007, art. 1 ; La Documentation catholique, n. 2385, 5 août 2007, p. 703. )), et ceux du rit dit de Paul VI. Encore que le texte du rit dit de Paul VI ne dise pas de façon explicite que le prêtre doive faire face au peuple — certaines indications invitant même plutôt à penser le contraire, comme par exemple avant la prière sur les offrandes : « Revenu ensuite au milieu de l’autel, le prêtre, en se tournant vers le peuple et en étendant puis en joignant les mains, invite le peuple à la prière en disant…1 », ce qui laisse entendre que le reste du temps le prêtre n’est pas tourné vers le peuple … Constatation qui ne rendra que plus difficile mon intention de justifier comme n’étant pas moins valable – sinon même plus (!) –, l’orientation du prêtre célébrant vers l’assemblée …
I. L’orientation du prêtre et de l’assemblée vers l’est,2 lieu du soleil levant et symbole cosmique du retour du Soleil de Justice (Ml 3.20 ; Lc 1.78), le Christ Jésus notre Seigneur, venant juger les vivants et les morts, ainsi que le cardinal Ratzinger l’a si bien exprimé dans son livre L’esprit de la liturgie3 , permet d’intégrer symboliquement l’univers dans l’expression liturgique de l’Église, et manifeste la condition inchoative de l’Église en chemin vers son accomplissement eschatologique. Cela est, certes, juste, mais cette orientation n’a pas pour autant de quoi être exclusive.
Le premier handicap tient à ce que la symbolique de l’attente du Christ exprimée par l’assemblée et le prêtre à sa tête tendus vers un même point, n’exprime pas en soi de façon absolument propre la foi du Peuple de Dieu, puisque d’autres communautés, comme les communautés juive et musulmane se tournent vers un ailleurs que le lieu où elles se trouvent lorsqu’elles prient, manifestant ainsi qu’elles n’ont pas la plénitude dans le lieu où elles se trouvent, mais qu’elles l’espèrent d’un ailleurs. Elles sont donc imparfaites … Les juifs se tournent vers Jérusalem, et les musulmans, dans leur rivalité mimétique avec eux, se tournent vers la Mecque, et les chrétiens se tournent vers l’est. Que la direction de la prière exprime l’attente n’est pas propre à la foi chrétienne ; la tension vers un lieu géographique et symbolique hors de celui où l’on prie n’est donc pas propre à l’expression de la foi chrétienne … même s’il reste vrai que l’attente du retour du Christ conditionne toute la prière chrétienne (Cf. 1 Co 15 28) …
Le deuxième handicap tient à ce que dans cette disposition symbolique, la séparation géographique du prêtre par rapport à l’assemblée des fidèles, tendus ensemble vers un même point focal, peut laisser penser que la différence des sacerdoces ministériel et baptismal n’est finalement qu’une différence de degrés, symbolisés par les marches de l’autel, lesquelles placent le prêtre plus haut que les fidèles et plus proche qu’eux du Christ figuré par le soleil levant … Or la différence des sacerdoces n’est pas une question de degrés, mais de nature4 … On pourra là-contre objecter que la présence du prêtre seul dans le sanctuaire indique cette différence de nature. Mais outre qu’il n’y a pas que le prêtre à pouvoir se tenir dans le sanctuaire – les servants d’autel le sont aussi –, nous parlons ici de l’orientation du prêtre, et non pas du lieu où il se tient, d’autant que la remarque peut aussi alors être portée au crédit du prêtre tourné vers l’assemblée, qui se tient lui-aussi dans le sanctuaire …
Ce qui caractérise la foi chrétienne, c’est la Bonne Nouvelle de la venue de Dieu parmi nous, en sorte que la liturgie de l’Église nous permet précisément de Le rencontrer… parmi nous ! (Cf. Mt 10.7 ; Lc 10.9) Et ce, dans le moment récapitulant toute Son existence, celui de Son sacrifice, par lequel Il Se donne à Son Église comme à chacun de ses membres … La Messe nous ouvre les Portes du Royaume des Cieux ! Dieu est là ! Il nous rend contemporains de la Cène, de Son sacrifice, de Sa mort, de Sa résurrection, pour que, « par Lui, avec Lui, et en Lui », nous-mêmes offerts à Dieu en hosties vivantes et saintes (Rm 12.1 ; 1 P 2.5), nous entrions en possession de la vie éternelle, (Cf. Jn 6.54), devenus participants de la nature divine (2 P 1 4) ! C’est dire que l’orientation du prêtre et de l’assemblée à sa suite vers un lieu en dehors de celui où ils se tiennent ne rend pas symboliquement compte de l’essentiel de ce qui constitue l’acte eucharistique : « Le Royaume des Cieux est au milieu de vous ! (Lc 17.21) » 5 , « La réalité, c’est le Corps du Christ (Col 2.17) ! »… La réalité est là … devant nos yeux … c’est le Corps du Christ ! Par l’Eucharistie, le Christ nous fait le Don de Sa présence réelle … Dieu est là ! Il ne s’agit pas de Le rater en regardant ailleurs !
Bien sûr, Il est là et Il est encore à venir. Mais Il ne viendra jamais pour personne s’Il n’a pas d’abord été pour lui déjà là … C’est à partir de ce qui nous vivons ici et maintenant, « par Lui, avec Lui, et en Lui », que nous pouvons espérer, sans trembler (Cf. Rm 2.5 ; 5.9 ; 1 Th 1.10), attendre Son retour, le regard porté vers le point où le soleil se lève (Cf. Mt 24.27) … Mais on voit bien qu’il n’est plus ici question de lieu … Elle est venue « L’heure où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem » que nous adorons notre Dieu ! (Cf. Jn 4.21-24)
II. Outre la caractéristique de la Foi chrétienne s’exprimant dans l’annonce de la Présence du Royaume des Cieux « au milieu de vous (Lc 17.21) », lorsque le prêtre fait face au peuple, il exprime de façon autrement plus parfaite la nature propre du ministère sacerdotal, qui est de représenter le Christ-Époux de l’Église, faisant face à Son épouse dans l’acte d’amour par lequel Il Se donne à elle. En effet, par le sacrement de l’ordre, un baptisé devient capable d’offrir non plus seulement son propre sacrifice, comme il revient à tout baptisé de le faire en tant que membre du Corps du Christ, à « Dieu, le Père Tout-Puissant6 , dans l’unité du Saint-Esprit », pour Lui donner « tout honneur et toute gloire », mais le prêtre devient capable d’offrir le sacrifice du Christ Lui-même … ou plutôt, c’est le Christ qui devient capable d’offrir par lui Son propre Sacrifice … Et de cela qui est capable (He 5.4) ? Qui peut offrir au Père la vie et la mort d’un autre — et a fortiori du Fils de Dieu — sans encourir la Colère de Dieu ?! Là est le fondement de la distinction de nature des sacerdoces : personne ne peut jamais offrir que son propre sacrifice, tandis que par le sacerdoce ministériel, le prêtre offre aussi le Sacrifice du Christ !!! Crainte et tremblements !! … Il est grand le mystère du sacerdoce ! « C’est l’amour du Cœur de Jésus Lui-même », disait le saint Curé d’Ars. Le prêtre en tant qu’il agit in persona Christi est configuré au Christ Époux livrant Sa vie par amour de Son peuple rassemblé pour la recevoir … Comme un époux aime son épouse jusqu’à lui donner son corps pour ne faire avec elle plus qu’une seule chair, ainsi, à la Messe, le Christ vient donner Son corps à Son épouse pour ne faire avec elle plus qu’une seule chair. L’Église devient ainsi, et ainsi seulement, le Corps du Christ (Cf. 1 Co 10.17) … Voilà pourquoi il n’y a pas d’Église sans Eucharistie, ni d’Eucharistie sans prêtre … Aussi miraculeusement que le Verbe de Dieu S’est fait Jésus dans le sein de la Vierge Marie, par le mystère de notre participation à l’Eucharistie, Il Se fait Nous, si toutefois nous voulons bien devenir Lui … « Accorde-nous, Seigneur notre Dieu, de trouver dans cette communion notre force et notre joie, afin que nous puissions devenir ce que nous avons reçu », demande la prière après la communion du vingt-septième Dimanche du Temps ordinaire … Bref, le prêtre ne peut jamais si bien signifier le Don que le Christ fait de Lui-même à Son épouse, vivre donc sa vocation propre de prêtre, qui est de rendre présent le Christ dans le mystère de Son Sacrifice, qu’en faisant lui-même face à l’Église comme le Christ fait face à Son épouse dans l’offrande de Lui-même … Les amoureux ne se tournent pas le dos. Lorsqu’on s’aime, on se fait face7 dans une épreuve de vérité. Ne dit-on pas que les prêtres sont « d’autres Christ » ?
Au lieu d’être dirigée vers un point de fuite, l’assemblée fait ainsi face au prêtre qui représente le Christ, ici et maintenant, avec Son corps et Son sang, pour s’unir à Son Sacrifice rédempteur par lequel toutes grâces sont demandées et données. C’est cela qui est le propre de la célébration chrétienne : le Royaume des Cieux est au milieu de nous ! À nous d’y entrer, maintenant, plutôt que d’attendre qu’Il vienne à la fin du monde, où il sera trop tard pour le faire ! Nous ne sommes pas ou plus des juifs, nous sommes devenus chrétiens.
Et que l’on ne dise pas que le prêtre tourne le dos au Christ présent au tabernacle, puisqu’agissant in personna christi, il en est comme l’émanation par laquelle Jésus Se présente à Son Épouse et Se donne à elle. Au total, et pour le moins, l’orientation vers le peuple ne me paraît donc pas d’une valence symbolique et théologique moindre dans le rit latin de forme ordinaire que l’orientation vers l’Orient dans celui de la forme extraordinaire.
Je me souviens d’une petite salle dans une des catacombes romaines que notre guide nous présenta comme ayant été une chapelle, il nous y fit remarquer la base de quatre colonnettes, supports d’un autel, qui n’était pas collé à la paroi … Il y avait en effet assez de place pour que le prêtre pût se tenir entre la paroi et l’autel, face à l’assemblée, et ce en ces lieux si particuliers où chaque cm2 compte … Et si saint Césaire d’Arles (VIe siècle) parle d’ « entendre et de voir la consécration du Corps et du Sang »8 , c’est bien que la célébration face au peuple ne date pas du concile Vatican II.
Abbé Guy Pagès
PS : Un mot pour illustrer la difficulté de changer les habitudes : Le Concile de Trente (1545-1563), suite au refus protestant d’adorer la Présence réelle, demanda la suppression des jubés, ces tribunes séparant le chœur des églises de leur nef et empêchant les fidèles de bien voir l’offrande du Sacrifice de Jésus. Ces constructions, composées d’une clôture et d’une tribune surmontée d’un calvaire, étaient semblables à l’iconostase des églises orientales, et copiaient le voile séparant le Saint du Saint des saints dans le Temple de Jérusalem, voile déchiré par la mort du Christ. Eh bien, il fallu généralement attendre le milieu du XVIIIe siècle pour que la directive du Concile de Trente prenne effet …
- Présentation générale du Missel romain, n 146. [↩]
- Il est à noter que l’entrée des temples gallo-romains de la religion celte était le plus souvent située à l’est. (Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Edition augmentée, Payot, 1976, p.87.) [↩]
- Traduit de l’allemand par Génia Català, Genève, Ad Solem, 2001. [↩]
- Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesia, n. 10. [↩]
- « Voyez-vous cet autel ? Il est une source. Et comme d’une source jaillissent des eaux abondantes, de cette table s’élancent les fleuves de l’Esprit. C’est pourquoi elle est placée au milieu, afin que de toutes parts on y accoure. […] Ne craignez pas l’épuisement de cette onde ; elle est un océan sans bornes qui, loin de se tarir par l’usage, s’accroît par la multitude de ceux qui s’y abreuvent. (Saint Jean Chrysostome, Extrait du Panégyrique de tous les saints martyrs, PG 50, 710). » [↩]
- Désolé de devoir contredire Mgr Rey, mais la prière chrétienne n’est pas « essentiellement tournée vers le Christ« , mais vers le Père. [↩]
- Cf. 1 Co 13.12 ; He 9.24 ; Ap 22.4 [↩]
- Serm. append. Aug. CCLXXI, 2 ; cité par Batiffol, Leçons sur la messe, 1927, p. 211. [↩]
Les renoncements attendus des musulmans pour un islam européen
Lu dans La Petite feuille verte :
L’instauration d’un islam européen repose largement sur la responsabilité des musulmans qui y sont établis. Le problème se pose ainsi : les Européens de confession musulmane doivent-ils persister à s’attacher à des prescriptions ou à des comportements étrangers, voire opposés, aux fondements de la civilisation européenne? (Cf. les incompatibilités que nous avons rappelées dans la PFV n° 110).
LES LEÇONS DE L’HISTOIRE
L’histoire montre que l’islam ne s’intègre pas à d’autres cultures. Il s’agit là d’un constat qui transcende les siècles et les territoires car il repose sur une volonté et une Loi (Charia) attribuées à Allah à travers le Coran. « C’est Lui (Allah) qui a envoyé son Prophète avec la Direction et la Religion vraie pour la faire prévaloir sur toute autre religion » (9, 33). Cette parole est complétée par des propos et des pratiques « prophétiques » attribués à Mahomet, qui est présenté dans le Coran comme le « beau modèle » (33, 21), et rapportées dans la Sunna (Tradition) : « L’islam doit dominer et n’être pas dominé ».
Ces principes réputés intouchables sont donc censés avoir une destination universelle et perpétuelle, rappelle Rémi Brague dans l’un de ses livres. Relevant la garantie coranique selon laquelle « Dieu ne fera pas que les incroyants l’emportent sur les croyants » (4, 141), il en tire cette conclusion : « La religion de Mahomet devra donc l’emporter sur toutes les autres communautés religieuses, de l’Orient à l’Occident » (Sur l’islam, Gallimard, 2023, p. 162). Notons que l’islam réserve le qualificatif « croyants » aux musulmans.
Quelle forme doit prendre cette domination ? Sans exclure des termes tels que monarchie, aristocratie ou démocratie pour qualifier ce type de pouvoir, Brague considère que « le terme le plus juste serait cependant celui de “théocratie” pour peu qu’on ne prenne ce mot – souvent compris de travers signifiant le pouvoir des gens de religion – qu’en sa signification authentifiée par son étymologie et sa première occurrence de “pouvoir de [la Loi] de Dieu ». L’auteur illustre cette remarque en se référant à un jurisconsulte arabe sunnite influent au XIIIème siècle, Ibn Taymiyya, qui « recommande d’obéir à des dirigeants injustes dans la mesure où leurs ordres sont conformes à ceux de Dieu » (ibid. , p. 159-160).
R. Brague cite aussi le militant de l’époque contemporaine Rachid Rida (1865-1935) pour lequel les musulmans « considèrent que leur religion n’existe véritablement que du jour où est établi un État musulman indépendant et fort qui puisse, à l’abri de toute opposition et de toute domination étrangère, mettre en application les lois de l’islam » (id. , p. 152).
Qu’en sera-t-il quand les musulmans seront majoritaires en Europe et donc en mesure de s’autogouverner ? Deux options, illustrées par l’histoire, s’offriront alors à eux.
➢ L’instauration d’un régime politique et social conforme aux principes de la charia, privant de l’égalité citoyenne les minorités non musulmanes ; celles-ci seront alors soumises au statut de la dhimmitude (protection-assujettissement), terme souvent traduit par « tolérance » (Coran 9, 29). Cf. A. Laurent, L’islam, pour tous ceux qui veulent en parler, Artège, 2017, p. 92-96.
➢ La sécession territoriale. Cf. la Bosnie-Herzégovine détachée de la Yougoslavie en 1992 et le Kosovo détaché de la Serbie en 1999.
L’HÉRITAGE GÉOPOLITIQUE
<L’expansion universelle de l’islam a engendré l’élaboration de principes géopolitiques fondés sur la division du monde en blocs antagonistes :
➢ La Demeure de l’Islam (Dar el-Islam). Les musulmans y forment « une communauté de croyants » qui « ordonnent ce qui est convenable et interdisent ce qui est blâmable » (Coran 9, 71), permettant ainsi de faire prévaloir la paix et la justice.
➢ La Demeure de la Guerre (Dar el-Harb). Territoire et société qui échappent encore à l’Islam mais qu’il convient de lui soumettre par divers moyens (la charia, la contrainte, les relations sociales, etc.).
➢ En attendant l’échéance finale, il existe une voie provisoire, la Demeure de la Trêve ou de la Conciliation (Dar el-Sohl).
Ces principes n’excluent cependant pas le recours à des aménagements temporaires en fonction des contextes sociaux et politiques auxquels l’islam est confronté à travers son histoire et dans le monde actuel. Il faut également tenir compte des choix individuels opérés, hier et aujourd’hui, par des personnes qui, bien qu’issues de milieux musulmans, négligent une partie ou la totalité des principes fondamentaux de l’islam, sans pour autant renoncer à leur identité d’origine.
DES « ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES »
Aujourd’hui, des populations musulmanes de plus en plus nombreuses et de diverses provenances sont présentes sur l’ensemble du continent européen (cf. PFV n° 109). Désormais établies en dehors de leurs territoires originels et historiques, que ce soit par leur naturalisation ou par leur permis de séjour, elles vivent donc sur ce qu’il est parfois convenu d’appeler « Terre de mécréance » ou « Domaine des infidèles » (Dar el-Kufr). Ce terme s’applique surtout aux lieux et aux populations qui ont connu une domination musulmane comme la Péninsule Ibérique.
Donc, lorsque l’islam est minoritaire, il compose avec la majorité locale, tenant compte pour cela des circonstances et des rapports de forces, mais sans renoncer à poursuivre son entreprise conquérante. Il s’agit de s’adapter extérieurement au contexte en respectant les lois, principes et habitudes des pays concernés tant que les circonstances ne sont pas favorables à l’instauration ou à la restauration de l’islam comme religion dominante et donc à la pleine application de la charia.
Officiellement, la charia ne fait pas partie du droit européen. Mais des jalons dans ce sens sont d’ores et déjà posés. Ils s’inscrivent dans le cadre des « accommodements raisonnables », concept imaginé pour adopter des dérogations au droit commun en vue de satisfaire à certaines exigences de la charia émises par les citoyens ou immigrés musulmans.
Des pratiques subtiles
Cette doctrine est appliquée dans des circonstances diverses, y compris dans celles qui relèvent de la vie privée, comme le montre Agnès Ben Salem dans sa récente enquête sur le mariage islamo-chrétien (pouvant être validé par l’Église en vertu d’une « dispense pour disparité de culte », selon le droit canonique). Sous des aspects conviviaux, donc attractifs, ces unions, dont le nombre se multiplie en France, favorisent la religion musulmane en imposant au foyer la prépondérance de sa culture et de ses pratiques (observances religieuses, nourriture halal, financement du culte islamique, etc.). Elles peuvent amener le conjoint catholique (souvent l’épouse) à la soumission voire à la conversion à l’islam des enfants. « Dès la naissance, un enfant est considéré comme musulman du fait d’avoir un parent issu de l’islam, peu importe qu’il pratique la religion, et même qu’il y croie ou non », souligne cet auteur, elle-même fille d’un père tunisien (musulman) et d’une mère française (catholique) jusqu’au baptême qu’elle a choisi à sa majorité.
Agnès Ben Salem évoque aussi le cas de pays qui exigent dans leur législation la conversion de la partie non musulmane à l’islam pour valider le mariage, y compris lorsque celui-ci est célébré hors du pays d’origine. Ce « certificat de coutume » est alors émis par le consulat ou l’ambassade concerné.
Voici l’enseignement qu’elle tire de sa propre expérience, complétée par les témoignages recueillis pour réaliser son livre. « Il faut avoir à l’esprit que l’islam est une religion de conquête, au sens où le Coran ne fait pas mystère du fait que la priorité dans la vie des croyants est de faire en sorte que ceux qui les entourent deviennent eux-mêmes musulmans » (Le mariage islamo-chrétien. Enjeux et repères d’une union mixte, éd. Salvator, 2026).
L’européanisation de l’islam implique aussi le dégagement de la tutelle et de l’influence des pays d’origine : financement des mosquées et d’écoles ; rétribution des imams ; envoi d’imams ignorant les réalités et langues européennes ; imposition de la nourriture halal (légale) et, pour les femmes, port du hidjab (foulard islamique). Symptômes du refus de l’inculturation, ces pratiques créent des dépendances aliénantes.
Nous reviendrons sur ce thème dans une prochaine PFV lorsque nous présenterons les divers types d’obligations qui s’imposent aux États accueillant des musulmans.
La taqiya
La taqiya (dissimulation) est une méthode recourant à l’usage d’un vocabulaire qui plaît aux Occidentaux pour décrire l’islam comme une religion rassurante et capable d’adaptation. Elle consiste à présenter des comportements moralement inacceptables comme des dérives, des déformations, voire des trahisons de la « vraie » religion.
De là est née la formule « charia de minorité », préconisée par certains responsables musulmans européens comme Tareq Oubrou : imam de la mosquée El-Houda à Bordeaux, il se présente comme l’un des principaux promoteurs francophones de l’adaptation de l’islam aux normes des pays d’accueil, sujet auquel il a consacré des passages substantiels dans deux de ses livres (Profession imâm, Albin Michel, 2009 ; Ce que vous ne savez pas sur l’islam, Fayard, 2016).
Pour cet auteur, « il s’agit de mettre en relation la norme avec la réalité concrète, tout en restant fidèle aux méthodes qui régissent l’application de la charia à la réalité ». L’outil utilisé pour cette action est la fatwa (édit juridico-religieux), « terme qui renvoie à l’idée d’éclairer un problème, de répondre à une question ». Rejetant la qualification de jugement ou de sentence souvent appliquée à cet exercice, T. Oubrou décrit la fatwa comme un simple avis canonique « qui permet de contextualiser la charia et, par conséquent, de proposer différentes expressions de la visibilité en islam ».
Il ajoute cette précision pour la France : « Cette démarche permet l’élaboration d’un canonisme mobile, une sorte de “ boîte à outils ” offerte aux imams, aux prédicateurs et aux muftis – ceux qui détiennent le discours religieux – afin de le faire coïncider à la réalité laïque et accompagner de ce fait l’évolution de la communauté musulmane au sein de la société française ». C’est pourquoi, d’après lui, « l’islam ne sera jamais théologiquement communautariste, au sens de faire prévaloir l’intérêt de la communauté religieuse musulmane sur l’intérêt de celle de la nation française ».
Cette idée de « charia de minorité » doit être accueillie avec réserve, estime l’islamologue Dominique Urvoy. « Tareq Oubrou adopte constamment cette ligne d’action : il affirme qu’il est possible de tout résoudre ponctuellement par des fatwas ; si une règle démocratique va à l’encontre de la règle islamique, on peut abroger cette dernière momentanément mais on la rétablira le jour où… On met les choses en veilleuse mais il s’agit bien de les réactiver tôt ou tard et cela parce que le Coran est considéré comme étant la parole incréée de Dieu ; par exemple, le djihad auquel les musulmans doivent renoncer quand ils vivent en Occident, ou auquel ils doivent donner une dimension exclusivement intérieure, mais qu’ils ont le devoir de rétablir dès que cela sera possible » (« La place du secret dans la pensée religieuse musulmane », dans L’islam en France, Revue Cités, PUF, 2004, p. 646). Cf. aussi A. Laurent, L’islam pour tous ceux qui veulent en parler, op. cit., p. 67-70.
De tout ce qui précède, retenons pour conclure quelques remarques émises par d’éminents spécialistes.
➢ Rémi Brague : « Lorsque l’islam, comme religion, entre en Europe, il ne le fait pas seulement comme une religion, à l’instar du bouddhisme. Il y entre à titre de civilisation qui forme une totalité organique » (« Sur le “vrai” islam », revue Commentaires, n° 149, printemps 2015, p. 13).
➢ Père Samir Khalil (jésuite égyptien) : « Ce qui doit être clair, c’est que dans un pays d’Europe, le seul droit qui compte est celui de ce pays » (Islam en Occident, les enjeux de la cohabitation, éd. Saint-Augustin, 2009, p. 91).
➢ Jean-Philippe Bras : « Le débat sur les valeurs, sur la justification morale du droit, qui oppose un monde occidental campé sur une éthique universaliste des droits de l’homme, et un monde musulman se réfugiant dans une position communautarienne, prend une tournure interne aux États occidentaux qui ne prédispose pas à l’optimisme » (La Charia aujourd’hui, sous la direction de Baudouin Dupret, éd. La Découverte, 2012, p. 290).
Annie Laurent
Déléguée générale de CLARIFIER
Au Brésil, près de 1,2 million d’hommes ont marché vers Notre Dame de la Peña
Lu ici :
Samedi 11 avril 2026, au Brésil, près de 1,2 million de fidèles ont pris part à la traditionnelle Marche-Pèlerinage des hommes, organisée dans le cadre de la 456e Fête de Notre-Dame de la Peña, parcours qui relie la ville de Vitória au sanctuaire de Notre-Dame de la Peña, haut lieu de la dévotion mariale à Vila Velha.
Cette marche de 14 kilomètres constitue l’un des moments les plus marquants de cette célébration mariale majeure. Des hommes venus de différentes régions du pays s’y rassemblent pour exprimer publiquement leur foi, dans un esprit de prière, de pénitence et de communion fraternelle.
Instituée en 1955 à l’initiative des autorités ecclésiales locales, cette démarche visait à encourager la participation des hommes à la vie religieuse. Au fil des décennies, elle s’est imposée comme une tradition profondément enracinée, transmise de génération en génération. Tout au long du trajet, les pèlerins alternent marche, recueillement et prières, dans une atmosphère marquée par la ferveur et la fraternité.
Précisons que cette mobilisation s’inscrit dans une tradition bien plus ancienne. La dévotion à Notre Dame de la Peña remonte à 1570, lorsque le frère franciscain Pedro Palácios introduisit ce culte marial dans la région. Depuis lors, la Vierge est devenue une figure centrale de la vie spirituelle locale. Le sanctuaire qui lui est dédié, perché sur un promontoire rocheux dominant Vila Velha, attire chaque année des foules considérables de fidèles venus confier leurs intentions à celle qu’ils invoquent comme mère et protectrice.
Au fil des siècles, cette dévotion s’est profondément enracinée dans la culture populaire, au point de faire de Notre Dame de la Peña la patronne de l’État d’Espírito Santo.
Pornographie et violence : L’APCE doit se montrer plus ambitieuse
De Priscille Kulczyk, chercheur à l’ECLJ :
Dans l’après-midi du jeudi 25 juin 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) débattra d’un rapport intitulé « La pornographie violente : un test pour les droits humains » (document 16422) rédigé par la sénatrice espagnole Laura Castel (Groupe pour la gauche unitaire européenne-GUE). Ce débat devrait mener à l’adoption d’une résolution et d’une recommandation sur ce sujet.
Il faut se réjouir que la « pornographie violente » préoccupe l’Assemblée et que les textes devant être débattus contiennent quelques recommandations positives. En revanche, ces textes pourraient être largement améliorés, en particulier eu égard à la distinction illusoire opérée entre « pornographie » et « pornographie violente ». En effet, sans même parler du fait que la violence est omniprésente dans de tels contenus, force est de constater que la pornographie est en elle-même une violence, tant dans sa production souvent marquée par l’exploitation de d’êtres humains vulnérables que dans les conséquences de sa consommation, non seulement par les enfants parfois très jeunes mais aussi par les adultes. Il n’existe en cela aucune pornographie « éthique » : c’est la pornographie en soi qui constitue « un test pour les droits humains », pas seulement les contenus pornographiques violents.
Cette même frontière artificielle sous-tendait la résolution 1835 relative à « La pornographie violente et extrême » adoptée par l’APCE en 2011. Or il s’avère que les constats posés alors par l’Assemblée demeurent les mêmes quinze ans plus tard. Le fléau pornographique continue son œuvre de pornification de la société, au prix de nombreuses victimes, en particulier parmi les femmes et les enfants. La consommation de pornographie est toujours aussi massive, chez les adultes comme chez les jeunes, et ses conséquences toujours aussi nocives pour les individus, les familles et la société tout entière. D’autre part, les évolutions technologiques permettent l’émergence de nouvelles pratiques néfastes en la matière.
C’est pourquoi l’APCE doit saisir l’occasion qui lui est donnée et se montrer plus ambitieuse si elle veut véritablement lutter contre la violence de la pornographie. En ce sens, des parlementaires ont déposé des amendements pragmatiques qui tiennent compte des racines de ce problème et en favorisent une meilleure compréhension. Ceux-ci vont notamment dans le sens de l’atténuation de la distinction regrettable entre « pornographie » et « pornographie violente », d’une meilleure reconnaissance des effets négatifs à grande échelle de la pornographie, tout particulièrement sur les enfants, ou encore d’une responsabilisation accrue des différents acteurs de l’industrie pornographique en ligne.
Il importe que ces amendements puissent trouver un fort soutien à l’issue du débat en séance plénière, afin de permettre une meilleure compréhension et prévention des dégâts causés par la pornographie, y compris en ses formes les plus violentes.
Présentation à l’ONU d’une déclaration conjointe d’Etats appelant à un moratoire international sur la GPA en vue de son abolition
Communiqué de Juristes pour l’enfance :
Une première mondiale
Pour la première fois, une déclaration conjointe d’Etats a été présentée à l’ONU sur la gestation pour autrui (GPA), appelant à un moratoire international sur cette pratique : cet évènement historique et sans précédent en matière de GPA, atteste d’un engagement commun en faveur de l’abolition mondiale de la GPA – le moratoire international sur cette pratique étant une étape intermédiaire vers un instrument international juridiquement contraignant.
Le document a été présenté lors d’un événement de haut niveau organisé en marge de la 62e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, par les gouvernements de l’Italie, du Chili, du Cameroun et du Saint-Siège.
La déclaration met en lumière les graves violations et atteintes aux droits de l’homme inhérentes à la GPA, en soulignant particulièrement la marchandisation du corps des femmes et de la vie des enfants, et le caractère international de la pratique : « La mondialisation croissante des arrangements de GPA, en particulier les pratiques commerciales et transfrontalières, a généré des questions juridiques, éthiques et relatives aux droits de l’homme complexes », a précisé Felipe Kipreos Palau, Directeur des droits de l’homme du ministère chilien des Affaires étrangères.
Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes et les filles, a également déclaré : « Les États signataires reconnaissent que ces préoccupations ne se limitent pas aux arrangements commerciaux, mais que des approches nationales fragmentées faciliteront la croissance d’un marché mondial transfrontalier qui transfère les préjudices sur les femmes et les enfants dans les juridictions les plus vulnérables. Cette déclaration montre qu’une action politique est possible. »
Une étape majeure vers l’abolition de la GPA
Cette déclaration, qui s’inscrit dans la lignée des recommandations du rapport historique des Nations Unies présenté en octobre 2025 et demandant aux États de condamner la GPA sous toutes ses formes (Communiqué de presse ici), constitue une étape décisive puisqu’elle implique des États.
Elle marquera un avant et un après dans le mouvement international abolitionniste en plein essor, porté notamment par la Déclaration de Casablanca pour l’abolition universelle de la GPA.
« Cette déclaration n’est pas la conclusion d’un processus, mais son commencement », a rappelé lors de l’évènement Eugenia Roccella, ministre italienne de la Famille, de la Natalité et de l’Égalité des chances. « Elle représente une invitation adressée aux gouvernements, aux organisations internationales et aux acteurs de la société civile à engager un dialogue sérieux et constructif sur la meilleure manière d’aborder la question de la gestation pour autrui, tout en protégeant les droits de toutes les personnes concernées. »
Pour Aude Mirkovic, Présidente de Juristes pour l’enfance : « Une déclaration conjointe d’États condamnant la pratique de la GPA qui appelle à un moratoire et, à terme, à son abolition constitue l’avancée la plus importante depuis le rapport de l’ONU de 2025. Alors que, en France, la révision de la loi de bioéthique approche, Juristes pour l’enfance demande que la législation française prohibant la GPA soit renforcée afin d’assurer l’efficacité de la protection des femmes et des enfants que la loi est censée leur assurer ».
Rappelons que, en 2024, l’Italie est devenue le premier pays à sanctionner le recours par les Italiens à la GPA tant sur son territoire qu’à l’étranger, tandis qu’en septembre 2025 la Slovaquie a adopté un amendement constitutionnel prohibant cette pratique. Plus récemment, en janvier 2026, la Commission de la Famille, de l’Enfance et de l’Adolescence du Congrès national du Chili a fait progresser une législation historique qui interdirait la GPA.
Le même jour, Olivia Sarton directrice juridique de JPE a interpellé la Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants, sur la nécessité de faire le lien entre la GPA et la traite des êtres humains car le corps des femmes et la vie des enfants est l’objet d’un contrat au profit des commanditaires. (Intervention d’Olivia Sarton ici )
Juristes pour l’enfance organise le 29 juin prochain, avec d’autres organisations, un évènements parallèle à l’ONU sur le trafic d’êtres humains engendrés par la pratique de la gestation pour autrui afin de sensibiliser les Etats aux atteintes que la GPA portent aux droits humains.
Euthanasie d’un enfant de moins de 12 ans
C’est aux Pays-Bas mais c’est ce qui nous attend :
Pour la première fois aux Pays-Bas, une euthanasie a été pratiquée sur un enfant gravement malade âgé de moins de 12 ans. Il s’agit du premier cas depuis que le gouvernement a élargi, en février 2024, la réglementation autorisant cette pratique pour les mineurs, âgés entre un et douze ans, atteints de maladies incurables et souffrant de douleurs insupportables.
Les autorités néerlandaises n’ont pas révélé l’âge exact, le sexe ni la pathologie de l’enfant. Elles n’ont pas non plus fourni d’informations sur la situation familiale ni sur l’établissement de santé où les faits se sont déroulés.
Le gouvernement néerlandais a indiqué que le médecin responsable avait signalé l’acte à la commission spéciale chargée de contrôler ce type de procédures. La commission a examiné le dossier médical et entendu le médecin, puis transmis son avis au parquet, qui devra déterminer si le praticien a respecté le cadre légal en vigueur. Dans le système néerlandais, ce contrôle s’effectue a posteriori et non sur autorisation préalable.
Les Pays-Bas sont devenus en 2002 le premier pays à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Ils ont également été les premiers, en 2014, à l’autoriser pour les mineurs de plus de douze ans capables de discernement, ainsi que pour les bébés de moins d’un an, avec le consentement des parents. Le dispositif a ensuite été élargi en 2024 pour les enfants de moins de 12 ans.
Sud Liban : Fouad Abou Nader apporte les aides de Chrétienté-Solidarité
Communiqué de Chrétienté Solidarité :
Vendredi 19 juin dernier, à la tête d’un impressionnant convoi, Fouad Abou Nader (Président de l’ONG Nawraj, partenaire de Chrétienté Solidarité) s’est rendu au sud Liban toujours en guerre car aucune trêve n’existe à ce jour entre Israël et le Hezbollah.
Il s’est notamment rendu à Marjayoun, Qlayaa, Deir Mimas et Kawkaba.
On trouvera un très beau reportage d’Ici Beyrouth sur ce convoi de la solidarité chrétienne ici : https://www.youtube.com/watch?v=aBA44WAHbQ0
En premier lieu, un puissant générateur électrique a été livré au village de Deir Mimas pour assurer les besoins des habitants.
Puis, au National College, à Kawkaba et à l’école des Saints Coeurs (que nous avions visitée fin avril) de Marjayoun, il a remis les 70 bourses scolaires financés grâce à la générosité des parrains de Chrétienté-Solidarité.
Aux côtés de soeur Hiyam (directrice des Saints Coeurs), il a chaleureusement remercié Chrétienté-Solidarité et ses bienfaiteurs pour leur générosité et leur indéfectible soutien aux chrétiens du Liban, ceux du sud et d’ailleurs (voir la vidéo ci-dessous).
De son côté soeur Hiyam nous a adressé un émouvant message : “Je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude pour le soutien inestimable que vous avez apporté aux élèves de notre région touchée par la guerre. Ensemble, nous construisons un avenir plus prometteur pour ces jeunes”.
Les mots de cette religieuse et ceux de Fouad Abou Nader reflètent la reconnaissance des chrétiens du sud Liban (comme ceux de Kaa ou de Ras-Baalbeck au nord de la Bekaa) pour l’action constante de Chrétienté-Solidarité. Aux côtés de Nawraj, nous sommes devenus un acteur essentiel du soutien au Liban chrétien, où nous travaillons également en relation avec l’admirable Oeuvre d’Orient.
Prochaine action d’urgence : aider le collège des Saints Coeurs de Marjayoun à réparer les dégâts matériels causés par des roquettes du Hezbollah le 29 mai dernier (voir photo ci-dessous). Pour participez, faites un don : https://chretientesolidarite.fr/don-libre/
Les figures de sainteté du diocèse de Fréjus-Toulon
Découvrir une région française, c’est découvrir la foi qui l’a construite
« Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. » (1 Jn 4, 16)
Le diocèse de Fréjus-Toulon est une terre profondément marquée par la foi chrétienne. Depuis les premiers siècles jusqu’à nos jours, des hommes, des femmes et des enfants y ont témoigné de leur amour du Christ avec une fidélité remarquable. Leur prière, leur charité et leur abandon à la volonté de Dieu ont façonné l’âme de cette région et laissé une foi vivante dans le cœur de chacun.
Tout commença avec sainte Marie-Madeleine qui, selon la tradition provençale, aborda ces rivages pour annoncer le Christ ressuscité, puis y resta pour finir sa vie.
Quelques générations plus tard, saint Léonce s’attache à faire grandir et rayonner l’Église naissante. Par son zèle apostolique, il contribue à enraciner durablement la foi dans le cœur des habitants.
Puis les siècles défilent. Prêtres, religieux, missionnaires, âmes consacrées ou simples fidèles poursuivent cette œuvre : transmettre l’amour de Dieu aux générations suivantes et l’importance d’honorer son devoir d’état. Au XXe siècle, beaucoup de laïcs, humbles figures méconnues, ont donné leur vie pour leur foi et leur pays ; le dernier en date étant le scout, Joël Anglès d’Auriac, béatifié en décembre 2025.
A l’époque contemporaine, cette lumière continue de briller. Anne-Gabrielle Caron en est un exemple parfait. Malgré la maladie, et son très jeune âge, cette jeune fille a témoigné d’une confiance et d’une joie extraordinaires. Peut-être fut-elle inspirée par ce territoire au regard tourné vers le ciel ?
Ainsi, à chaque moment de l’histoire, le diocèse de Fréjus-Toulon a renouvelé sa confiance dans le Christ, témoignant plus largement de l’espérance qui anime la Fille aînée de l’Église.
Ces récits consacrés aux figures de sainteté et aux apparitions liées au diocèse sont réunis par Michel de Crousnilhon dans un livre événement. Cet ouvrage a pour ambition de mettre en lumière une facette souvent méconnue de notre patrimoine spirituel et d’encourager l’union des chrétiens afin de contribuer au renouveau spirituel de la France. Toulonnais de naissance, Michel de Crousnilhon s’est consacré à l’écriture après une carrière dans la banque afin de transmettre ce précieux héritage de foi.
À travers le livre Figures de Sainteté et apparitions dans le diocèse de Fréjus-Toulon, Michel de Crousnilhon nous offre bien plus qu’un ouvrage historique. Il nous invite à redécouvrir les racines chrétiennes d’une terre bénie, à marcher dans les pas de ces témoins de lumière et à puiser dans leur exemple le désir de vivre davantage l’humilité, la charité et l’amour de Dieu.
Figures de Sainteté et apparitions dans le diocèse de Fréjus-Toulon, de Michel de Crousnilhon, paru aux Éditions Résiac est à retrouver juste ici : https://www.resiac.fr/livres-resiac/12158-figures-de-saintete-et-apparitions-dans-le-diocese-de-frejus-toulon.html
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
“Mgr Schneider : les excommunications de la FSSPX seraient une erreur historique.”
Ci-après la traduction d’un article paru le 23 juin 2026 sur Lifesitenews sous le titre Bishop Schneider: SSPX excommunications would be a historic mistake.
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Mgr Athanasius Schneider affirme que Rome doit se pencher sur les questions doctrinales sérieuses soulevées par la Fraternité Saint-Pie X alors que celle-ci se prépare à des consécrations épiscopales.
Dans une déclaration publiée en exclusivité par la journaliste américaine Diane Montagna, Mgr Athanasius Schneider soutient que le débat entourant la FSSPX ne peut être compris sans aborder les questions doctrinales et liturgiques soulevées depuis le concile Vatican II. Il appelle à un examen serein de ce qu’il considère comme le véritable cœur du problème :
Les questions et les problèmes relatifs à la FSSPX font l’objet d’un débat largement infructueux depuis plus de cinquante ans ; ils ont désormais abouti à l’annonce de consécrations épiscopales qui n’ont pas encore reçu l’approbation du Saint-Siège. Cette discussion est alimentée par l’émotion — souvent, au sens littéral, cum ira et studio (avec colère et partialité) — et menée fréquemment par des personnes qui n’ont ni connaissance directe des documents en cause ni expérience personnelle de la FSSPX. Bien souvent, leurs connaissances sont superficielles et façonnées par des idées préconçues. En conséquence, le débat s’apparente souvent à un dialogue de sourds, où les mêmes arguments sont répétés à l’envi sans la moindre avancée significative.
Par ailleurs, ce débat fait largement l’impasse sur la question centrale soulevée par la FSSPX. Cette lacune découle d’une erreur méthodologique fondamentale et d’un manque d’argumentation factuelle concernant les ambiguïtés doctrinales et liturgiques objectives qui sont au cœur de la controverse. Au fond, le conflit porte sur la question de la vérité.
1. Vatican II dans le contexte des vingt autres conciles œcuméniques
La première erreur consiste à traiter un concile pastoral — en l’occurrence le concile Vatican II — comme s’il était entièrement dogmatique, et à présumer que toutes ses affirmations doivent être considérées comme définitivement proposées et contraignantes pour tous les catholiques. Ceux qui agissent ainsi oublient que Paul VI lui-même a déclaré : « Certains se demandent quelle autorité, quelle qualification théologique le Concile a entendu donner à ses enseignements, sachant qu’il a évité de promulguer des définitions dogmatiques solennelles engageant l’infaillibilité du Magistère ecclésiastique. La réponse est connue de quiconque se souvient de la déclaration conciliaire du 6 mars 1964, réitérée le 16 novembre 1964 : étant donné le caractère pastoral du Concile, celui-ci a évité de prononcer, de manière extraordinaire, des dogmes revêtus de la note d’infaillibilité. » (Audience générale du 12 janvier 1966). Cela vaut également pour les deux constitutions « dogmatiques » du Concile, Dei Verbum et Lumen Gentium, puisque l’adjectif « dogmatique » revêt un sens plus large et ne se limite pas aux dogmes compris comme des enseignements dotés de l’infaillibilité.
Parmi les vingt autres conciles œcuméniques, on trouve de nombreuses déclarations et documents à caractère pastoral ou disciplinaire qui ne sont plus applicables aujourd’hui (par exemple, le décret du quatrième concile du Latran stipulant : « Si un seigneur temporel néglige de purifier son territoire de la souillure de l’hérésie, il sera frappé d’excommunication »), ainsi que des déclarations doctrinales non définitives (par exemple, celles du concile de Florence concernant la matière et la forme du sacrement de l’ordre) qui ont été ultérieurement corrigées par le Magistère de l’Église. On ne saurait absolutiser une forme historique concrète de gouvernement de l’Église, car cela reviendrait à supprimer la distinction nécessaire entre, d’une part, les vérités de foi immuables et pérennes (Depositum Fidei) et, d’autre part, les divers modes de transmission de ces vérités (par exemple, une déclaration pastorale, une déclaration doctrinale non définitive ou une définition ex cathedra), chacun comportant un degré d’autorité et une force contraignante différents.
Aujourd’hui, toutefois, pour être en pleine communion avec le Saint-Siège, il faut accepter les affirmations et les enseignements de Vatican II qui sont de nature pastorale et assurément non définitifs quant à leur caractère magistériel. Cela soulève une question importante : pourquoi l’acceptation inconditionnelle des textes de Vatican II est-elle présentée comme une conditio sine qua non de la pleine communion avec le Saint-Siège, alors qu’aucune exigence comparable n’existe concernant les enseignements pastoraux, disciplinaires ou non définitifs des vingt conciles œcuméniques précédents ?
Parmi les enseignements non définitifs de Vatican II, plusieurs — notamment ceux concernant la liberté religieuse, l’œcuménisme, le dialogue interreligieux et la collégialité — présentent des formulations ambiguës, difficiles à concilier avec les doctrines constamment enseignées par le Magistère, depuis l’époque des Pères de l’Église jusqu’à la période précédant immédiatement le Concile.
Il convient également d’évoquer la question des lacunes rituelles et doctrinales du Novus Ordo Missae. De telles préoccupations ne peuvent plus être écartées d’emblée, comme en témoigne, par exemple, l’ouvrage de l’archimandrite Boniface Luykx intitulé A Wider View of Vatican II: Memories and Analysis of a Council Consultor (Angelico Press, Brooklyn, NY, 2025). Les défauts du Novus Ordo Missae demeurent un sujet de sérieuses discussions et ne sauraient être simplement éludés. Néanmoins, le Saint-Siège demande à la FSSPX d’accepter non seulement la validité, mais aussi la légitimité et la qualité de la réforme liturgique du Novus Ordo Missae.
2. Deux dérives modernes dans la vie de l’Église : le légalisme et le papocentrisme
La résolution de la question de la FSSPX est entravée non seulement par une réticence à affronter, avec honnêteté intellectuelle, les questions doctrinales sous-jacentes et à reconnaître l’existence d’ambiguïtés doctrinales nécessitant une correction, mais aussi par une mentalité malsaine qui s’est développée au sein de l’Église au cours des derniers siècles : à savoir la primauté du légalisme ou du positivisme juridique, conjuguée à un papocentrisme excessif frisant la quasi-divinisation tant de la charge que de la personne du Pape.
Ces exagérations modernes dénaturent et entravent la vie de l’Église en subordonnant la primauté de la pureté et de la clarté de la foi et de la liturgie aux exigences du légalisme et du papocentrisme — un phénomène étranger aux Pères de l’Église et à la grande Tradition. Dans cette forme exacerbée de papocentrisme, le Pape et son magistère, même lorsqu’ils ne sont pas strictement dogmatiques ou définitifs, tendent à être considérés comme revêtus d’un caractère absolu et quasi divin. Le climat ecclésial a souvent été façonné, du moins implicitement, par des présupposés qui s’apparentent à de telles attitudes.
La plupart des commentateurs de la controverse actuelle entourant les consécrations épiscopales de la FSSPX demeurent, souvent à leur insu, influencés par les dérives du légalisme et du papocentrisme excessif qui caractérisent une grande partie de la vie ecclésiale contemporaine. La règle selon laquelle les consécrations épiscopales effectuées sans autorisation papale — ou contrairement à la volonté exprimée du Pape — constituent un acte schismatique était étrangère à l’époque des Pères de l’Église. En effet, cette règle n’est entrée en vigueur qu’au cours du deuxième millénaire. Le canon 1387 du Code de droit canonique de 1983, qui interdit la consécration d’un évêque sans mandat pontifical, est classé parmi les « délits contre les sacrements » plutôt que parmi les « délits contre la foi et l’unité de l’Église », catégorie sous laquelle le schisme est sanctionné (can. 1364). Si la consécration épiscopale sans mandat pontifical était intrinsèquement schismatique, elle figurerait parmi les délits « contre l’unité de l’Église ». Le canon correspondant du Code de 1917 figurait également parmi les « Délits dans l’administration et la réception des ordres et autres sacrements » (Titre XVI), plutôt que parmi les « Délits contre la foi et l’unité de l’Église » (Titre XI).
3. L’état extraordinaire de crise, voire d’urgence, au sein de l’Église
Depuis le concile Vatican II, l’Église catholique connaît un climat d’ambiguïté, de flou et d’incertitude généralisés concernant des doctrines importantes telles que l’unicité du Christ Rédempteur, l’unicité de l’Église catholique, la structure monarchique de l’Église établie par Dieu (tant au niveau universel que local) et le caractère sacrificiel de la Sainte Messe. Il est indéniable que ceux qui ont exercé le pouvoir administratif au Saint‑Siège au cours des dernières décennies, et qui l’exercent encore aujourd’hui, exigent de la FSSPX — comme condition sine qua non d’une pleine communion avec le Saint-Siège — l’acceptation de ce climat de facto d’ambiguïté et de relativisme doctrinaux et liturgiques, lequel a atteint son paroxysme avec l’actuel processus synodal, extrêmement confus, qui touche l’Église tout entière. Depuis le Concile, et en lien avec certains des enseignements ambigus susmentionnés, un processus est à l’œuvre pour instaurer, sous l’autorité du Pontife romain, une soi-disant « Église de Vatican II » ou « Église conciliaire ». Cette tendance, qui prend aujourd’hui le nom d’« Église synodale », vise au fond à devenir une religion relativiste adaptée au monde. Les tentatives de masquer cette nouvelle orientation vers une forme d’Église catholique ambiguë, relativiste et mondaine au moyen d’une herméneutique de la continuité sont malhonnêtes et peu convaincantes.
4. Le dilemme de conscience de la FSSPX
Le Saint-Siège exige de la FSSPX qu’elle accepte des doctrines formulées de manière ambiguë et non définitives comme condition sine qua non de la pleine communion avec le Saint-Siège et de l’obtention d’une régularisation canonique. Ces doctrines incluent des enseignements relatifs à la liberté religieuse, à l’œcuménisme, au dialogue interreligieux (y compris, par exemple, l’affirmation de Lumen Gentium §16 selon laquelle les musulmans « adorent avec nous [les catholiques] le Dieu unique, miséricordieux »), à la collégialité épiscopale (telle qu’elle est comprise d’une manière qui amoindrit la structure monarchique de l’Église instituée par Dieu) et aux réformes liturgiques associées au Novus Ordo Missae. Le Saint-Siège exige également de la FSSPX qu’elle reconnaisse formellement les déclarations et les enseignements des papes post-conciliaires relevant de ce que l’on appelle le magistère authentique et ordinaire. Cela inclut, par exemple, certaines affirmations d’Amoris Laetitia qui portent gravement atteinte à la Révélation divine, voire la contredisent ; l’autorisation formelle donnée par le pape François aux personnes divorcées et remariées de recevoir la sainte communion ; ainsi que la déclaration sur la bénédiction des couples de même sexe, Fiducia Supplicans.
Si l’on examine avec honnêteté intellectuelle la crise extraordinaire qui frappe l’Église depuis le Concile — ainsi que les ambiguïtés et le relativisme doctrinal, liturgique et pastoral qui l’ont accompagnée — alors l’existence et l’activité de la FSSPX peuvent être considérées, dans une perspective à long terme et à la lumière de l’histoire bimillénaire de l’Église, comme une œuvre de la divine Providence et comme un soutien pour l’Église durant une crise d’une ampleur sans précédent.
À la lecture des documents récents publiés par le Supérieur général de la FSSPX, l’abbé Davide Pagliarani — en particulier la Déclaration de foi catholique et sa Communication aux fidèles et amis de la Fraternité — on ne peut manquer de remarquer un esprit profondément catholique, empreint d’une foi véritable en la primauté pontificale et d’une dévotion filiale envers la personne du Souverain Pontife.
Le problème auquel la FSSPX est confrontée est aisé à comprendre. Le Saint-Siège exige que la FSSPX accepte, sans objection substantielle, certains enseignements du concile Vatican II objectivement ambigus et non définitifs, des affirmations ambiguës du magistère pontifical post-conciliaire, ainsi que des défauts doctrinaux et rituels objectifs présents dans le Novus Ordo. Pourtant, Dieu n’a jamais exigé l’adhésion à des doctrines peu claires ou formulées de manière ambiguë, et l’Église a toujours agi en conséquence tout au long de son histoire.
La FSSPX considère comme l’une de ses raisons d’être essentielles d’appeler, avec parrhésie, à un retour à la clarté et à la pureté absolues de la doctrine, que l’Église s’est toujours efforcée de préserver au fil des siècles. Par le passé, les Pontifes romains ont enduré persécutions, martyres et même des schismes plutôt que de tolérer la moindre ambiguïté dans l’expression de la foi. Parmi les exemples les plus marquants, on peut citer le rejet du terme ambigu homoiousios ; le rejet de l’Henotikon qui, sans être formellement hérétique, compromettait néanmoins la clarté de la doctrine christologique et favorisait la propagation du monophysisme ; ainsi que le rejet des formulations christologiques ambiguës du pape Honorius Ier († 638). Plusieurs papes ont condamné Honorius Ier à titre posthume, non pour hérésie, mais pour ambiguïté doctrinale et pour avoir favorisé la propagation de l’hérésie. L’unité n’est pas, en soi, le critère ultime de la vérité. L’histoire de l’Église connaît de nombreuses situations où des tensions ont existé entre la tradition et l’exercice effectif de l’autorité ecclésiastique.
Le fait même que certains enseignements du concile Vatican II, ainsi que la réforme liturgique, aient suscité — et continuent de susciter, tant en théorie qu’en pratique — un affaiblissement de la clarté doctrinale, oblige le Pape, à l’instar de nombre de ses prédécesseurs héroïques, à clarifier et, le cas échéant, à amender ces enseignements. Cela doit être accompli avec une précision et une clarté doctrinales renouvelées, de telle sorte qu’il ne subsiste aucune place pour des interprétations ambiguës ou erronées. À cet égard, le principe suivant, qui a longtemps guidé les Pontifes romains, demeure plus pertinent que jamais : « L’ambiguïté ne saurait être tolérée dans un Synode (Concile), dont la gloire principale consiste avant tout à enseigner la vérité avec clarté et à exclure tout risque d’erreur » (Pie VI, Auctorem fidei).
Le drame de la situation actuelle réside dans le fait que le Saint-Siège exige de la FSSPX qu’elle accepte l’état d’ambiguïté doctrinale et liturgique existant comme une conditio sine qua non pour la pleine communion et la régularisation canonique. Lors de la controverse monothélite, alors que le pape Honorius Ier avait adopté une position ambiguë, le saint patriarche Sophrone de Jérusalem envoya son suffragant, Étienne, évêque de Dor, à Rome ; il le chargea de se rendre au Siège apostolique — là où se trouvent les fondements de la doctrine orthodoxe — et de ne cesser ni de prier ni d’insister jusqu’à ce que les autorités compétentes examinent et condamnent cette erreur nouvelle. L’évêque Étienne demeura dix ans à Rome, persévérant dans cette mission jusqu’à ce qu’il voie la condamnation de l’hérésie par le pape Martin Ier lors du concile de Latran en 649. En un certain sens, la FSSPX joue aujourd’hui un rôle analogue, exhortant sans relâche le Saint‑Siège à mettre un terme à cette situation d’ambiguïté et d’incertitude doctrinales et liturgiques. La FSSPX a déclaré à maintes reprises qu’elle n’a d’autre intention que de former les âmes confiées à sa sollicitude pastorale pour en faire de bons chrétiens et de véritables fils et filles de l’Église romaine. En fin de compte, il convient d’être reconnaissant envers la FSSPX pour ce rôle ; les futurs papes le seront assurément.
5. La solution pastorale du Pape au problème de la FSSPX
Le Saint‑Siège devrait dûment prendre en considération la Déclaration de foi catholique et la Communication aux fidèles publiés par le Supérieur général de la FSSPX, et reconnaître ces documents et actes comme suffisants — et satisfaisant aux conditions minimales — pour la communion ecclésiale. Une excommunication, à l’heure actuelle, ouvrirait une plaie nouvelle, inutile et évitable, au sein du Corps mystique du Christ.
À la lumière de ces documents et actes de la FSSPX, le Pape, avec son cœur de père, pourrait faire une exception et autoriser les consécrations épiscopales par un geste pastoral d’une réelle générosité. En frappant d’excommunication les évêques consécrateurs et consacrés, le Souverain Pontife punirait implicitement aussi les fidèles de la FSSPX — une partie de son troupeau — qui l’aiment et le reconnaissent sincèrement, mais qui, en raison de ce qu’ils perçoivent comme un véritable dilemme de conscience, ne voient d’autre alternative que de continuer à être assistés pastoralement par la FSSPX, pour l’existence de laquelle l’épiscopat demeure indispensable, notamment pour l’administration des sacrements de l’Ordre et de la Confirmation.
C’est pourquoi, uniquement pour le bien des âmes et celui de l’Église, la FSSPX demande au Souverain Pontife de faire preuve de compréhension, dans les circonstances actuelles, quant à son besoin d’avoir des évêques, et d’autoriser les consécrations épiscopales. Malheureusement, en dépit de ce qu’elle considère comme un dilemme de conscience objectif, la FSSPX est, pour l’essentiel, qualifiée de schismatique et d’orgueilleuse.
Dans un esprit de magnanimité, le Souverain Pontife, en véritable père, pourrait jeter un pont vers la FSSPX — cette partie de son troupeau — et autoriser les consécrations épiscopales à titre exceptionnel, afin de favoriser un climat propice à ce qu’une solution aux questions doctrinales et aux dispositions juridiques correspondantes puisse être trouvée patiemment et progressivement, grâce à une confiance mutuelle accrue. L’Église synodale d’aujourd’hui devrait être capable d’une telle ouverture et d’une telle générosité pastorales. Au vu des nombreuses déclarations et initiatives œcuméniques généreuses de ces dernières décennies, elle devrait également démontrer sa capacité à traiter un problème ecclésial sérieux par le dialogue, la patience et la compréhension au sein même de l’Église catholique.
Récemment, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, a affirmé qu’au sujet des dérives des évêques allemands, le Saint-Siège ne souhaite pas que les divisions débouchent sur des mesures punitives, soulignant que les problèmes au sein de l’Église devraient, dans la mesure du possible, être résolus pacifiquement. Pourquoi cette approche ne s’appliquerait-elle pas également à la FSSPX, qui ne nie aucun dogme, reconnaît la primauté du pape, prie pour lui et lui voue une dévotion filiale, tout en conservant ce que l’Église a cru et célébré universellement jusqu’au Concile ? Parallèlement, le Chemin synodal allemand a promu des dérives doctrinales manifestes, favorisant des hérésies de fait et même des positions blasphématoires. Pourquoi, dès lors, privilégier la réconciliation et le dialogue patient dans un cas et non dans l’autre ?
Si, cette année, le pape devait prononcer une excommunication — un nouvel anathème — à l’encontre des évêques consécrateurs et consacrés, cela resterait dans l’histoire de l’Église comme une erreur due à une sévérité pastorale excessive. Les générations futures et les papes à venir finiraient par le regretter. Pourquoi le pape ferait-il aujourd’hui ce que les générations futures pourraient déplorer demain ? Ne devrions-nous pas tirer les leçons de l’histoire ? Le pape, en tant que Souverain Pontife, n’est-il pas appelé avant tout à bâtir des ponts ?
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Comment les califes ont inventé l’islam
Notre ami Odon Lafontaine et le collectif Nour Al Aalam (Lumière du monde) préparent un livre sur la recherche historique au sujet des origines de l’islam – et tout spécialement de La Mecque (dont il n’existe aucune trace archéologique avant le règne des califes). Le titre et sous-titre du livre disent assez clairement la thèse: La Mecque ville imaginaire. Comment les califes ont inventé l’islam.
Vous trouverez ici la bande-annonce du livre (qui devrait paraître à la rentrée et qui est d’ores et déjà accessible en précommande).
Nouvelle victoire de l’Iliade contre Laurent Nunez
Communiqué de l’Institut Iliade :
À la suite de notre dîner de gala pour réunir des fonds permettant d’ouvrir le « Cercle Europa », un lieu de conférence et de rencontres au service de la civilisation européenne, le préfet de police de Paris, l’actuel ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, et le sénateur communiste Ian Brossat, associés à des associations « antiracistes » subventionnées, avaient procédé à un signalement au parquet de Paris pour « incitation à la haine et à la discrimination ».
Vous pouvez lire notre communiqué de presse du 4 septembre 2025 au sujet de cette affaire.
Nous venons d’apprendre seulement aujourd’hui par le parquet du tribunal judiciaire de Paris – et uniquement parce qu’il a été sollicité par notre avocat, alors que la décision date du 27 avril 2026 – le classement sans suite de cette affaire qui avait vu notre président Philippe Conrad entendu en audition libre par la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la police judiciaire de Paris.
Une persécution liberticide supplémentaire qui contribue à emboliser davantage la justice de plus en plus encombrée par la poursuite d’imaginaires crimes contre la pensée. Pour le plus grand bonheur des vrais criminels dont les forfaits ne cessent d’exploser.
C’est donc une nouvelle victoire de l’Institut Iliade qui a choisi la contre-attaque judiciaire systématique au moment où le bloc central choisit la répression de toute parole et initiative dissidente à la doxa. Cette fabrique du mensonge s’est faite avec la complicité des médias de gauche délateurs en dehors de toute déontologie journalistique.
Cela est possible grâce à la mobilisation et à l’engagement de nos donateurs qui nous permettent de prendre en charge une partie des frais de justice particulièrement lourds et que nous remercions très chaleureusement.
Il s’agit donc d’une seconde victoire pour l’Institut Iliade, qui avait déjà fait condamner de façon sèche Laurent Nuñez, qui avait interdit notre colloque d’hommage à l’historien Dominique Venner en 2023, et dont l’interdiction avait été invalidée par le tribunal administratif de Paris pour avoir été prise sans nécessité ou proportionnalité en l’absence de toute menace pour l’ordre public matériel ou immatériel.
L’Institut Iliade pour la Longue Mémoire Européenne s’est fixé pour mission de former, de créer et de rassembler. À travers ses cycles de formation, son grand colloque annuel, dont le dernier était consacré aux libertés, son Pôle études et sa production éditoriale traduite dans sept langues européennes, notre association travaille à l’affirmation de la richesse culturelle de la civilisation européenne et à la réappropriation de leur identité par les Européens.
Un travail légitime que l’État central comme les médias et officines de gauche tentent de freiner par tous les moyens.
Retrouvez la soirée des Eveilleurs sur l’euthanasie
Alors que le projet de loi sur la fin de vie revient au parlement, retrouvez la grande soirée débat des Eveilleurs sur l’euthanasie:
Fin de vie et dignité, une rupture de civilisation avec François-Xavier Bellamy:
François Braun, ancien Ministre de la santé et Philippe Juvin, député :
Laurent Frémont et Raphaël Enthoven sur la légalisation de l’euthanasie
Les soins palliatifs avec Alexis Burnod, médecin, et Elisabeth deCourrèges, ergothérapeuthe
Prêtez à l’association Solenciel, un tremplin pour une nouvelle vie
L’association Solenciel accompagne des personnes victimes de la prostitution dans leur reconstruction grâce à un parcours d’insertion sociale combiné à un programme d’insertion professionnelle, adaptés à leurs besoins.
Du premier contact à l’envol des bénéficiaires, ce sont en moyenne 24 mois d’accompagnement suivant le chemin de reconstruction des personnes abîmées par la prostitution.
Grâce aux partenariats avec des grandes entreprises engagées (Elior, Onet, Accor, …), Solenciel propose aux bénéficiaires un emploi stable et sécurisé, notamment dans les métiers de la propreté et de la restauration. En se faisant employeur, Solenciel absorbe les potentielles barrières à l’emploi et sert de courroie d’accès à une source de revenus stable.
L’association va connaitre une dynamique de croissance soutenue. Créé en 2017 à Grenoble, Solenciel ouvre à Lyon en 2020 puis implante trois antennes en 2023 (Toulouse, Nantes et Paris) car les demandes des personnes désirant démarrer une nouvelle vie sont nombreuses. Face au succès de cette proposition, l’association doit continuer son déploiement pour répondre au mieux à la demande croissante.
Ce Prêt participatif rémunéré auquel nous vous proposons de contribuer est destinée au financement du développement de Solenciel à savoir l’implantation de trois nouvelles antennes dont une à La Réunion et une à Bordeaux, le renforcement de l’équipe de l’association avec de nouveaux postes clés (finance, juridique, communication, délégué général adjoint) et le démarrage effectif de l’organisme de formation interne, véritables moteurs de croissance.
Les ressources financières régulières de l’association se définissent ainsi : vente de prestations de services aux grandes entreprises partenaires, l’Aide au Postes versées par l’État dans le cadre du conventionnement de l’association Solenciel « entreprise d’insertion » et de mécènes privés. L’Organisme de formation interne lancé en cette fin d’année complètera les revenus de Solenciel.
Souhaitez-vous donner du sens à votre épargne en prêtant à l’association Solenciel pour assurer la poursuite et l’accélération de son déploiement ?
Pour découvrir ce projet et y investir (prêter), il vous faut cliquer sur le lien ci-après qui vous dirigera sur la Page de Présentation officielle : https://www.credofunding.fr/fr/solenciel-pret
Vous pouvez contacter Edouard Vieilfault ([email protected]) pour toute demande de précision si nécessaire.
L’investissement comporte des risques de perte partielle ou totale du capital investi – Des frais sont dus par le porteur de projet et les investisseurs (18 € TTC).
Ce texte intervient avant que notre pays ait garanti à tous un accès effectif aux soins palliatifs
Intervention du député LR Patrick Hetzel pour défense sa motion de rejet de l’euthanasie :
En application de l’article 91 de notre règlement, je défends aujourd’hui une motion tendant au rejet préalable de la proposition de loi relative à l’aide à mourir. Je le fais avec gravité et avec le respect dû à toutes celles et ceux qui abordent cette question avec sincérité, souvent à partir d’expériences personnelles douloureuses. En effet, le sujet qui nous réunit touche à ce qu’il y a de plus essentiel : la vie, la souffrance, la vulnérabilité, la dignité humaine et la responsabilité collective envers les plus fragiles d’entre nous.
La motion que je présente ne vise pas à nier la souffrance de certains malades, mais à dire qu’un texte d’une telle portée ne peut pas être adopté dans les conditions actuelles, parce qu’il intervient avant que notre pays ait garanti à tous un accès effectif aux soins palliatifs et parce qu’il soulève des interrogations éthiques fondamentales, auxquelles il n’apporte pas de réponse satisfaisante.
Comme le rappelait Paul Ricœur, l’éthique consiste à viser la « vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes ». La question qui nous est posée n’est donc pas seulement celle de l’autonomie individuelle, mais aussi celle de notre responsabilité collective.
Les travaux en commission ont conduit à plusieurs modifications importantes du texte, notamment la suppression de ce qui était présenté comme une exception euthanasique et la volonté de considérer les décès résultant d’une euthanasie ou d’un suicide assisté comme des morts naturelles, comme vient de le rappeler le président de la commission. Ces évolutions ne sont pas de simples ajustements rédactionnels et révèlent la difficulté fondamentale du texte : faire entrer dans le champ du soin un acte qui consiste à provoquer délibérément la mort.
Or il faut avoir le courage de nommer les choses : soigner consiste à prévenir, à guérir lorsque cela est possible, à soulager lorsque cela est nécessaire et, bien entendu, à accompagner jusqu’au terme de la vie. Donner la mort relève d’une autre logique. Même lorsque l’intention invoquée est la compassion, provoquer la mort ne saurait être un acte thérapeutique. C’est pourquoi nous sommes confrontés à une véritable rupture anthropologique.
Lorsque ce débat a commencé dans notre pays, le texte était présenté comme une réponse exceptionnelle à des situations elles-mêmes exceptionnelles : celles de personnes en fin de vie dont le pronostic vital était engagé à court terme et confrontées à des souffrances réfractaires que la médecine ne pouvait plus soulager. Le dispositif était annoncé comme strictement encadré et limité. Or, au fil des débats, nous avons assisté à un élargissement progressif du périmètre envisagé.
Nous sommes aujourd’hui bien au-delà de ce qui avait été initialement présenté à nos concitoyens.
Lorsqu’on veut rendre légal ce qui relève de l’interdit, il faut s’interroger sur les raisons qui justifient ce franchissement. L’expérience des législations étrangères montre qu’une fois admis le principe selon lequel la mort provoquée peut constituer une réponse légitime à certaines souffrances, le débat porte moins sur le principe que sur les conditions de son extension. Je ne prétends pas que ces évolutions seraient inéluctables dans notre pays, je dis simplement qu’elles imposent une très grande prudence, dans un souci éthique. En effet, ce que nous décidons aujourd’hui ne concerne pas seulement quelques situations individuelles : nous sommes en train de définir un nouveau principe juridique, moral et éthique. Et lorsqu’il s’agit de la vie humaine, la prudence est un devoir impérieux.
Mes chers collègues, au-delà des dispositions techniques du texte, la question qui nous est posée est profondément éthique. Que doit faire une société juste lorsqu’un de ses membres souffre ? Doit-elle considérer que certaines vies sont devenues si marquées par la maladie ou la dépendance que la réponse appropriée consiste à organiser les conditions de leur disparition ?
Ou doit-elle considérer que, plus une personne est vulnérable, plus notre devoir de solidarité est élevé ?
Cette interrogation est au cœur de notre débat. Une loi n’organise pas seulement des procédures, elle exprime aussi un système de valeurs. Pour la première fois dans notre histoire, nous nous apprêtons à inscrire dans notre droit la possibilité qu’un acte destiné à provoquer délibérément la mort puisse être présenté comme une réponse à la souffrance. Je mesure la gravité de ces mots, mais nous ne devons pas édulcorer la réalité de ce dont nous débattons.
La compassion est une vertu. Le soulagement de la souffrance est un devoir. Mais la suppression de celui qui souffre n’est pas équivalente à la suppression de la souffrance. Lorsqu’on ne peut plus ajouter des jours à la vie, il reste toujours possible d’ajouter de la vie aux jours. C’est tout le message des soins palliatifs, et nous devons le respecter.
Pendant des siècles, l’éthique médicale s’est construite autour d’une idée simple : lorsqu’il n’est plus possible de guérir, il reste toujours possible de soigner et d’accompagner.
Le patient pouvait perdre sa santé, son autonomie, parfois même l’espoir de guérir ; il conservait néanmoins une certitude : jamais le médecin ne ferait de sa mort un objectif de son intervention. La question qui nous est posée est donc celle de savoir si nous souhaitons modifier ce pacte de confiance entre le soignant – en l’occurrence, le médecin – et le patient.
La manière dont une société traite ses membres les plus fragiles révèle toujours quelque chose de sa conception de la dignité humaine. Pour ma part, je demeure convaincu que la dignité est inhérente à la personne humaine : elle ne diminue pas avec la maladie, ne disparaît pas avec la dépendance, ne s’éteint pas à l’approche de la mort. C’est précisément lorsque l’être humain devient plus vulnérable que notre devoir de protection est impérieux – n’oublions pas que c’est là qu’il devient de plus en plus exigeant.
À ces interrogations éthiques s’ajoute une réalité concrète : l’accès aux soins palliatifs demeure profondément inégal sur notre territoire. Des milliers de nos concitoyens n’y ont toujours pas accès lorsqu’ils en ont besoin. Des équipes spécialisées manquent, des professionnels formés font défaut, si bien que des familles se trouvent seules face à la détresse.
Avant de créer un nouveau droit, avons-nous garanti l’exercice effectif du droit, déjà reconnu à chacun, d’être soulagé et accompagné ? Je ne le crois pas.
Comment parler d’un libre choix entre aide à mourir et soins palliatifs quand ces derniers ne sont pas accessibles à tous ? Un choix n’est libre que lorsqu’il y a une alternative, lorsque toutes les options existent effectivement. À défaut, nous courons le risque qu’un prétendu droit devienne, dans certaines situations, une solution par défaut – par défaut d’accompagnement, de présence médicale, de soutien psychologique ou de soins palliatifs. Ce serait éthiquement inacceptable, car notre responsabilité première n’est pas de proposer la mort, mais de faire en sorte que personne ne souhaite mourir parce qu’il a été abandonné à sa souffrance.
Avant d’ouvrir un droit à l’aide à mourir, assurons-nous que chaque Français puisse bénéficier d’un accompagnement palliatif digne de ce nom. Je souhaite toutefois être parfaitement clair : l’exigence d’un accès universel aux soins palliatifs ne saurait être interprétée comme la condition qui rendrait acceptable la légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté. L’insuffisance actuelle des soins palliatifs constitue une raison supplémentaire de ne pas adopter ce texte, mais elle n’est pas la seule.
Au-delà des questions d’organisation sanitaire demeure une interrogation fondamentale : celle de la frontière que nous souhaitons maintenir entre l’acte de soigner et l’acte de provoquer la mort. Même dans une société où les soins palliatifs seraient pleinement accessibles, la légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté continuerait de soulever des objections éthiques majeures touchant à la dignité de la personne, à la mission du médecin, à la protection des plus vulnérables et à notre conception même de la solidarité et de la fraternité.
Les questions éthiques soulevées par ce texte demeurent si profondes qu’elles ne sauraient être tranchées dans les conditions actuelles du débat. C’est pourquoi je propose cette motion de rejet.
L’impossible parodie du soin : quand l’Assemblée exclut les médecins du geste létal
Alors que l’Assemblée nationale pensait achever l’examen de la loi sur la fin de vie dans une indifférence relative, le vote d’un amendement surprise excluant les médecins du geste létal est venu faire vaciller tout l’édifice législatif. Analyse d’une contradiction éthique majeure, alors que la rue se lève pour dénoncer une « culture du déchet ».
Coup de théâtre, ou plutôt, sursaut de vérité. Au cœur de la nuit parlementaire, alors que l’Assemblée nationale s’apprêtait à graver dans le marbre de nos lois le principe d’une mort administrée, un grain de sable d’une force insoupçonnée est venu enrayer la mécanique législative. Contre l’avis du gouvernement et du rapporteur, les députés ont adopté un amendement excluant explicitement les médecins du processus d’administration de la substance létale.
L’argument invoqué pour justifier ce vote n’est autre que le Serment d’Hippocrate. Ce texte millénaire, boussole de la conscience médicale, stipule en termes clairs : « Je ne provoquerai jamais délibérément la mort. » En sanctuarisant cette interdiction, la représentation nationale vient de poser, peut-être malgré elle, un constat d’une gravité extrême : l’euthanasie est ontologiquement incompatible avec la médecine. En voulant sauver la forme, les partisans du texte ont condamné le fond.
La revanche de la déontologie
Pendant des mois, les promoteurs de l’« aide active à mourir » ont tenté de draper ce projet de loi dans les plis du vocabulaire médical, usant de l’expression trompeuse de « soin ultime ». Ce vote dissipe le mirage. En reconnaissant que l’acte de donner la mort violerait le serment des médecins, les parlementaires avouent une vérité fondamentale : administrer le trépas n’est pas soigner. C’est une rupture anthropologique majeure, une transgression que le corps médical ne saurait endosser sans renier sa propre nature.
La médecine existe pour protéger la vie, soulager la douleur et accompagner la vulnérabilité. Elle ne saurait devenir le bras séculier d’une idéologie de l’autonomie absolue qui, à force de vouloir maîtriser la fin, finit par détruire les fondements mêmes de la confiance entre le patient et son médecin. Si la main qui soigne devient celle qui tue, c’est tout l’édifice de la relation thérapeutique qui s’effondre.
Le « mistigri » de la mort dévolu aux infirmiers
Cependant, le texte ainsi amendé sombre dans une profonde et cynique incohérence. Le médecin étant écarté du geste fatal, la responsabilité en incomberait désormais, en l’état actuel du projet, aux seuls infirmiers. Quel aveu de faiblesse, et quelle injustice ! On refuse aux médecins la transgression au nom de leur déontologie, mais on choisit d’en déléguer le fardeau éthique aux bras des infirmiers. C’est feindre d’ignorer que le soin forme un tout indivisible et que la dignité d’une profession ne se construit pas sur le sacrifice de l’autre.
Comme l’a rappelé avec justesse le docteur Claire Fourcade, présidente du pôle plaidoyer de la SFAP, cette situation ubuesque démontre la fragilité extrême et la volatilité d’un texte construit sur des sables mouvants. Les soignants ne forment pas des catégories étanches où les uns pourraient exécuter les basses œuvres évitées par les autres. La communauté soignante, dans son ensemble, refuse d’être l’instrument de cette politique du désespoir. Le soin ne se divise pas ; il s’exerce au chevet du malade pour l’apaiser, non pour l’effacer.
Le sursaut citoyen et le cri des « Éligibles »
Ce bégaiement législatif trouve un écho direct et puissant sur le pavé. Deux jours plus tôt, le 22 juin, à l’appel d’Alliance Vita, des milliers de Français bravaient la chaleur dans une cinquantaine de villes sous une banderole unique : « Nos mourants ne sont pas des encombrants ». Une scénographie de cartons et de sacs-poubelles venait rappeler une question brutale : comment une société fraternelle peut-elle imposer un choix truqué entre souffrir et mourir, plutôt que de donner les moyens de soigner ?
Hier soir encore, mardi 23 juin, alors que les députés s’enfermaient dans l’Hémicycle pour sceller le sort des malades, un ultime sursaut est venu des premiers concernés. Aux Invalides, à quelques pas de l’Assemblée, l’association « Les Éligibles », entourée de nombreux aidants, s’est rassemblée dans une atmosphère de gravité poignante. Venus témoigner de la valeur inestimable de chaque instant de vie, ces malades et ces proches ont opposé leur courage à la froideur des calculs parlementaires. Par leur présence, ils ont rappelé l’urgence d’une véritable solidarité humaine plutôt que d’une réponse de rejet.
« Pourquoi fragiliser davantage un système de santé que nous savons en crise avec des soignants surmenés, des urgences encombrées, des soins palliatifs insuffisants ? », interrogeait Tugdual Derville devant une assemblée subitement confrontée à ses propres paradoxes.
Une inégalité criante face aux soins palliatifs
La mobilisation a mis en lumière un fait accablant : 50 % des départements français ne disposent pas de centre de soins palliatifs permanent. Dans les territoires où ils existent, la demande d’euthanasie est quasi nulle. Le constat est implacable : c’est d’abord un manque de soins que l’on prétend combler par une solution de mort.
Infirmière diplômée d’un master de prise en charge de la douleur, Aliette, présente à la manifestation de Vernon, le rappelait : « Avec les soins palliatifs, on peut soulager sans donner la mort. On doit répondre à une demande de personnes qui ont peur de finir dans d’atroces souffrances ». Opter pour l’aide à mourir, c’est, selon elle, « une démission de l’être humain ».
Face à la chimère, le choix de la vie
Ce double mouvement — le vote des députés reconnaissant l’incompatibilité de l’euthanasie avec la médecine et la mobilisation citoyenne refusant une société où les plus fragiles seraient rejetés — met à nu les contradictions insolubles des apprentis sorciers de l’euthanasie. À force de vouloir habiller la mort administrée des oripeaux de la compassion publique, la loi accouche d’une chimère inapplicable et éthiquement monstrueuse.
Il devient désormais évident que ce texte ne peut être amendé ou rectifié : il doit être rejeté en bloc. La seule réponse digne d’une civilisation face à la souffrance et à la détresse de la fin de vie demeure le développement résolu des soins palliatifs, l’engagement auprès des plus fragiles et le respect inconditionnel de la vie humaine jusqu’à son terme naturel.
Les masques sont tombés. L’euthanasie n’est pas un soin, elle en est la rupture. C’est une culture du déchet, pas une politique de la dignité. Le 15 juillet, les députés auront à choisir : écouter la raison et les citoyens ou persister dans l’aveuglement idéologique. Le choix, pour une société qui se veut véritablement humaine, ne fait aucun doute.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Partie intégrante de la liturgie, l’homélie ne peut être confiée qu’à un ministre ordonné
Le Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, dans une lettre en anglais datée du 17 juin 2026, répond à la question posée par les évêques allemands le 30 mars dernier concernant la possibilité de confier l’homélie, dans des cas exceptionnels, à des laïcs qualifiés.
Dans cette missive adressée à Mgr Heiner Wilmer, président de la Conférence épiscopale allemande, le Dicastère souligne qu’une telle possibilité n’existe pas et que
«la discipline en vigueur ne peut pas faire l’objet d’une dérogation par indult, car l’homélie réservée au prêtre ou au diacre ne résulte pas d’une simple norme disciplinaire, mais découle de la nature même de la liturgie».
L’homélie constitue en effet une partie intégrante de la liturgie, elle est intrinsèquement liée à la proclamation de l’Évangile et représente un exercice du munus docendi (le «pouvoir d’enseigner») confié aux ministres ordonnés par le sacrement de l’Ordre. La proclamation de la Parole au sein de la célébration liturgique est donc inséparable de la mission reçue sacramentellement et de l’unité qui relie la Parole et le Sacrement dans la célébration eucharistique.
La lettre souligne également l’importance de promouvoir la formation permanente des ministres ordonnés afin que l’homélie puisse exprimer pleinement son efficacité pastorale et spirituelle. Enfin, le Dicastère rappelle que la discipline actuelle de l’Église prévoit déjà de nombreuses formes d’annonce de la Parole et de prédication qui peuvent être confiées aux fidèles laïcs en dehors de l’homélie et en dehors de la célébration de l’Eucharistie, conformément au droit canonique et à la nature propre de ces différentes formes d’annonce de l’Évangile.

“Nous sommes responsables devant la vie elle-même, devant notre conscience et devant nos enfants.”
Intervention du député Vincent Trébuchet, UDR, sur la loi sur l’euthanasie :
Nous voici en troisième lecture, et disons-le tout de suite : l’euthanasie, plus on en parle, plus on comprend ce que c’est, moins on y adhère. Depuis 2021, le soutien des députés à l’assistance médicalisée active à mourir ne cesse de s’éroder : il était de 79 % en 2021 ; il est tombé à 75 % en 2023, à 64 % en 2024, à 54 % en 2025, puis à 53 % lors de la précédente lecture du texte, cette année. Et je ne parle pas du Sénat, qui a rejeté en bloc cette proposition de loi, maintes fois. Cette si mal nommée « aide à mourir » est donc minoritaire au Parlement.
Pourquoi donc le soutien à ce texte s’effondre-t-il ainsi ? Peut-être d’abord parce que tout lobbying incessant est suspect. Quand, en février dernier, au moment de la deuxième lecture, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet – après avoir assuré : « Je ferai tout pour que nous arrivions à l’aboutissement de ces débats avant l’été » – se trouve le matin chez RTL pour faire la promotion du texte, et l’après-midi au perchoir pour assurer la neutralité des débats, cela sème le doute, que voulez-vous. Quand Olivier Falorni, initiateur de cette proposition de loi, est présenté par de nombreux médias comme le nouveau Robert Badinter, cela renforce le doute – sans vouloir faire offense à mon collègue, dont je reconnais les talents. Quand l’audiovisuel public, dont notre commission d’enquête a montré la probité, nous sert matin, midi et soir des reportages à l’eau de rose qui vous donneraient presque envie de prendre un aller sans retour pour la Suisse, on se dit qu’on cherche peut-être à nous forcer la main.
Dernier exemple en date, le 11 juin, l’émission « Ça commence aujourd’hui », avec Faustine Bollaert, affiche un titre passe-partout : « Accompagner un proche jusqu’à son dernier souffle : leur ultime acte d’amour ! » Bien sûr, il ne s’agit pas d’un reportage sur les soins palliatifs, que personne ne connaît, mais d’une démonstration, sans aucune contradiction, dont la conclusion est annoncée dès le titre : l’euthanasie est un acte d’amour. Méchants, si vous être contre, c’est que vous n’aimez pas. Les soignants vous remercient du message.
Quand, enfin, le Conseil constitutionnel refuse l’organisation d’un référendum sur le sujet, alors que 200 parlementaires ont proposé de rendre la parole au peuple français, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que tout est déjà ficelé en haut lieu et que le peuple n’aura qu’à acquiescer à ce qui est déjà décrété comme un progrès.
Trêve de plaisanterie, tant cette propagande est excessive et clownesque. En réalité, je pense que les députés approuvent de moins en moins ce texte pour des raisons bien plus profondes.
Ils voient déjà que le mot garde-fous est une vaste blague. À chaque nouvelle lecture à l’Assemblée, les députés favorables à l’euthanasie reviennent, en commission, sur ces fameux garde-fous. Nous avions réussi à obtenir que le suicide assisté soit la règle, et l’euthanasie l’exception ; ce garde-fou a sauté. Nous avions réussi à rétablir un peu d’objectivité, en obtenant que la mort par euthanasie ne soit pas déclarée mort naturelle ; à nouveau, ce garde-fou a sauté. L’un comme l’autre ont sauté, après bien d’autres : bien sûr, les amendements visant à rendre la décision plus collégiale, à renforcer les clauses de conscience, à interdire la publicité pour le suicide assisté, à contrôler les pressions et les gains financiers, à protéger les personnes fragiles ont tous été rejetés.
Au fond, ce qui fait douter les députés jusque-là convaincus qu’il fallait légiférer pourrait se résumer en un mot : fragilité, ou vulnérabilité. Tous, nous pourrions être un jour dans la situation d’avoir recours à l’euthanasie. Et l’on se dit que, peut-être, ce jour-là, si quelqu’un nous propose d’appuyer sur le bouton « fin », nous serons trop fragiles pour dire non.
Surtout dans une France dont le système de santé est à l’agonie, où le nombre de seniors va exploser, où le poids de la dépendance et des retraites pèsera considérablement sur le budget. Ce jour-là, la proposition de quitter la scène risque fort d’être insistante. Qui peut dire qu’il aura assez de force intérieure pour savoir et dire vraiment ce qu’il souhaite ?
Position égoïste, me direz-vous. Mais où est l’égoïsme ? Dans ce regard qui reconnaît sa propre vulnérabilité comme pouvant être celle de tout homme, et devant donc être protégée ? Ou bien dans cet hémicycle, dans nos rangs de bien portants qui ont décrété qu’à partir de tel stade de pathologie, physique ou psychique, mourir dans la dignité signifiait – de préférence – mettre fin à ses jours et disparaître proprement ?
Chers collègues qui êtes contre ce texte, qui pensez que la société, au seuil de la mort, doit continuer à donner ce qu’elle peut donner de mieux – le soin et le sourire aimant, la présence et non la mort sur demande –, je vous adresse l’invitation de La Marseillaise : « Aux armes ! » Aux armes du débat ; aux armes, car l’heure est grave, et rien n’est perdu. L’Écosse, le 17 mars dernier, en troisième lecture – celle que nous commençons aujourd’hui –, a rejeté le projet de loi sur le suicide assisté. La même semaine, l’Espagne, qui a fait le choix inverse, euthanasiait Noelia Castillo Ramos, jeune paraplégique dépressive de 25 ans, contre l’avis de ses parents ! Choisissons. Nous sommes responsables devant la vie elle-même, devant notre conscience et devant nos enfants.
La question de Vatican II
« Certes, la division entre les chrétiens est un point douloureux. Cependant, ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Église, à commencer par plusieurs points du Concile Vatican II. S’ils prennent cette décision, j’en suis désolé. Mais nous devons aller de l’avant. »
Nos faiblesses face aux empires
De Guillaume de Thieulloy dans Les 4 Vérités :
La collection « Débats des Bernardins » chez l’éditeur Desclée de Brouwer nous a déjà offert de remarquables ouvrages (j’avais notamment eu l’occasion, dans le n° 1516, d’évoquer le débat entre Mgr Leborgne et Charlotte d’Ornellas sur l’immigration). Le débat entre Pascal Boniface et Pierre Lellouche est, lui aussi, d’une excellente qualité – de ces ouvrages qui vous donnent l’impression de devenir intelligents en les lisant! – et il traite l’une des questions les plus redoutables de la diplomatie contemporaine.
Les deux auteurs sont bien connus. L’un est de gauche et fondateur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, tandis que l’autre est ancien ministre sarkozyste. Je n’ai pas toujours été d’accord avec eux – loin de là – mais je les ai toujours lus avec intérêt car, au-delà de leurs choix idéologiques, ils figurent parmi les meilleurs spécialistes français des relations internationales.
Le thème sur lequel ils ont « planché » aux Bernardins est important pour l’avenir du monde: de plus en plus de pays majeurs ont une logique « impériale ». Mais, d’abord, de quoi parle-ton lorsque l’on parle d’empire? S’agit-il d’organismes politiques multinationaux ? S’agit-il de prédateurs ? S’agit-il de nations affichant leur continuité civilisationnelle? Cela peut être un peu de tout cela – et l’un des enjeux majeurs de ce débat est de clarifier le concept qui est tout, sauf univoque. Les auteurs cantonnent leurs regards à trois « empires » puissants : les États-Unis, la Chine et la Russie – et notent que les deux derniers sont « révisionnistes » (au sens de la volonté de réviser l’ordre international né de 1945) et que le premier semble les rejoindre sur ce point avec les notables évolutions que Donald Trump apporte à la diplomatie américaine.
En contrepoint, ils observent sans surprise que l’Union européenne apparaît comme un nain politique – malgré sa puissance économique. Il est d’ailleurs frappant que ces deux hommes qui représentent la droite et la gauche modérées (qui, ensemble, ont imposé le dogme européiste) sont extrêmement critiques sur l’Union européenne. Ils tombent d’accord pour affirmer que cette dernière n’a joué aucun rôle dans la paix des sept ou huit dernières décennies (très largement due à la protection de l’OTAN sur l’Europe de l’ouest) et, surtout, pour affirmer que l’UE se présente comme une proie grasse et consentante aux crocs des prédateurs.
C’est ici que le débat devient réellement déterminant pour l’action politique. Face aux « empires », les auteurs (Pierre Lellouche en particulier, mais il n’est pas contredit sur ce point par Pascal Boniface, avec lequel il partage l’essentiel de ses analyses) conviennent que la nation française doit redevenir forte (notamment militairement) – et doit refuser de se cacher derrière une improbable défense européenne (et même derrière l’OTAN, dont il y a fort à parier que les États-Unis se désengagent dans les années à venir). En définitive, ce livre est surtout intéressant pour ce qu’il dit de nous et de nos faiblesses (voulues), plus que pour ce qu’il dit du reste du monde!
Euthanasie : Grande chaîne de prière pour les députés français
À l’approche du vote définitif sur le projet de loi relatif à l’aide à mourir, rejoignez une grande chaîne de prière pour les députés français. Choisissez un député et engagez-vous à prier pour lui jusqu’au 15 juillet, afin que l’Esprit Saint l’éclaire dans sa mission. Parce que chaque décision compte, et que chaque prière compte aussi.
Voici le lien pour vous inscrire
Nous croyons profondément que la prière peut toucher les cœurs, ouvrir des chemins inattendus et porter l’espérance là où tout semble déjà joué.
Merci de tout cœur pour votre soutien et votre engagement pour défendre cette cause si importante.
Mathieu Bock-Côté et Laurent Dandrieu : faut-il être un pessimiste joyeux ?
Êtes-vous pessimiste ou joyeux ? Ou comme Mathieu Bock-Côté, êtes-vous un pessimiste joyeux ?
Pourquoi une telle question ? Tout simplement parce qu’à l’occasion de la sortie du Pessimiste joyeux (Fayard), livre d’entretiens de Mathieu Bock-Côté et Laurent Dandrieu, Philippe Maxence a reçu, au micro du Club des Hommes en noir, les deux auteurs pour un long entretien sur la généalogie des idées de l’écrivain et essayiste québécois, vedette de CNews et sur les points importants de sa pensée.
Un dialogue passionnant, vivant de bout en bout, et qui profite de l’analyse de deux observateurs attentifs de notre monde et de notre époque.
L’extraordinaire histoire du pèlerinage des pères de famille
Dans un ouvrage préfacé par Mgr Rey, Pierre Chazerans retrace l’histoire du pélé des pères de famille, Pères et pèlerins, dont l’origine remonte à 1976, lors d’une marche entre deux amis. 50 ans après, ce sont plus d’une centaine de pèlerinages de pères de famille qui se déroulent chaque année en France et dans le monde ?
Comment de deux, on est passé à plusieurs dizaines de milliers de pèlerins ? Comment deux sanctuaires, alors abandonnés, dédiés à Marie, à Joseph et à la Sainte Famille sont devenus en 50 ans le centre spirituel de la dévotion mariale, de la dévotion à saint Joseph, de la dévotion à la Sainte Famille ?
Le lecteur (re)découvrira le lien entre les deux sanctuaires de Cotignac, le roi Louis XIII, Jean-Louis et Michel et toutes ces routes de pèlerinage qui se sont ouvertes depuis 50 ans.
Et les grâces ont coulé : désir d’enfant, conversion, pardon, retour à la Foi, guérison, recherche de travail, paix familiale… le livre donne quelques témoignages émouvants.
5000 bouteilles de vin pour aider les sœurs de Solan à acheter un nouveau tracteur
Résumé de l’opération en cours
Installées au cœur du Gard, entre Provence et Cévennes, les 20 sœurs du monastère de Solan vivent de prière (liturgie chrétienne-orthodoxe), et de travail agricole, les mains dans la terre !
Depuis leur arrivée en 1992, elles cultivent l’intégralité de leur domaine en agriculture biologique. Leur vignoble, en particulier, s’étend sur 5 hectares, et représente aujourd’hui la principale source de revenus de la communauté.
Mais il y a quelques semaines, leur tracteur, l’outil le plus indispensable pour leur vignoble BIO, est tombé en rade après 17 ans d’utilisation… Il leur faut donc le remplacer, et vite !
Pour financer cela, elles ont besoin d’un coup de pouce, et organisent dans ce but une grande vente en ligne de leurs vins monastiques et bio.
Objectif minimum : vendre au moins 5000 bouteilles d’ici le 28 juin !
Pour participer à l’opération, vous pouvez :
- passer commande ici : https://divinebox.fr/operation-vin-monastere-solan/
- en parler autour de vous, notamment en partageant via ce lien Whatsapp

Soeur Iossifia sur le tracteur qu’il faut remplacer © Monastère de Solan
En savoir un peu plus sur les soeurs de Solan et leur travail
L’histoire du monastère de Solan commence en 1981, près de Grenoble, avec la fondation d’une communauté issue du Mont Athos, en Grèce. Et en 1992, comme la communauté s’agrandit, les sœurs s’installent à Solan et restaurent une ancienne ferme et ses terres environnantes.
Aujourd’hui, les 20 moniales orthodoxes vivent selon la règle de saint Basile, partageant leurs journées entre la prière – deux offices le matin et deux le soir – et le travail manuel qui leur permet de vivre financièrement. Elles occupent donc une partie de leurs journées avec les travaux des champs, le potager, les vignes et le verger.
Et à Solan, tout est cultivé en bio. Leurs produits ont donc tous le label “Agriculture Biologique” mais plus largement, les sœurs font un magnifique travail pour préserver la nature et mettent en œuvre de nombreuses pratiques agroécologiques pour prendre soin des sols. Par exemple, elles couchent l’herbe dans les rangs de vigne afin de retenir l’humidité et de limiter les effets de la sécheresse qui sévit dans leur région du Gard.
Le vignoble, planté en 1992, reflète parfaitement cette exigence. En effet, les vendanges sont réalisées à la main et les meilleurs raisins sont sélectionnés directement à la parcelle, pour un rendement d’environ 35 hectolitres par hectare. Certains vins sont ensuite élevés un an en barrique avant d’être mis en bouteille. Toutes les étapes sont réalisées sur place, au monastère, par les sœurs elles-mêmes.

Les soeurs de Solan en pleines vendanges dans leurs vignes © Monastère de Solan
Quels sont les vins disponibles durant la vente ?
Pour cette opération, voici les vins que les soeurs proposent :
- La cuvée « Sainte-Catherine » : vin blanc bio élaboré à partir d’un seul cépage, le rolle. Élevé six mois en barrique, cela lui donne une belle complexité. Malgré son origine du sud de la France, il rappelle par sa finesse certains blancs de Bourgogne, avec des notes florales, d’agrumes et de fruits exotiques. Il accompagne parfaitement les poissons grillés ou en sauce, ainsi que les coquillages.
- La cuvée « Mon bien aimé avait une vigne » : Vin rosé bio assemblant grenache, cinsault, rolle et syrah, premier vin produit par les sœurs du monastère de Solan. Sa macération plus longue lui donne une robe saumon soutenue et du caractère, avec des notes de pêche et de fruits rouges. Il accompagne grillades, poissons en sauce, charcuteries et plats provençaux.
- La cuvée « Saint-Martin » : Vin rouge bio du monastère de Solan, cultivé en agroécologie dans le Gard. Assemblage de grenache, cinsault, caladoc, syrah et cabernet franc, élevé uniquement en cuve pour préserver l’expression du fruit. Son nom rend hommage à saint Martin de Tours. Souple et facile à boire, il accompagne viandes rôties, volailles, charcuteries et repas estivaux entre amis.
- La cuvée « Saint-Ambroise » : Vin rouge bio du monastère de Solan, issu d’un petit vignoble de 6 hectares cultivé en agroécologie, vendangé manuellement avec un rendement digne des grands crus. Placé sous le patronage de saint Ambroise, il fait partie des meilleures cuvées des sœurs et est élevé en barrique. Soyeux et long en bouche, il s’accorde parfaitement avec les viandes en sauce et les fromages au lait cru.
Avis aux amateurs de (très) bons vins !

Les cuvées proposées par les moniales de Solan pour cette opération spéciale © Divine Box
Dans toute la France, une alerte citoyenne – « Nos mourants ne sont pas des encombrants »
Alors que les députés ont entamé l’examen en 3ᵉ lecture de la proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, des rassemblements ont eu lieu dans plus de cinquante villes en France à l’appel d’Alliance VITA.
À Paris, à proximité de l’Assemblée nationale et dans plus de cinquante villes en France, des mobilisations simultanées ont rassemblé des citoyens qui refusent cette loi dangereuse et injuste et défendent une société solidaire et protectrice des plus vulnérables.
Le message central de la mobilisation, « Nos mourants ne sont pas des encombrants », a été porté simultanément sur tout le territoire par une scénographie en forme d’alerte : « Aucune vie n’est de trop ».
Face à la souffrance, défendre l’accompagnement
Face à la maladie, au handicap, à la dépendance et au grand âge, une société fondée sur la fraternité ne devrait pas imposer un choix truqué entre souffrir et mourir, mais se donner les moyens de soigner, soulager et accompagner les plus fragiles de ses membres sans porter atteinte à leur vie.
Un texte aux conséquences lourdes
Dans un contexte de tensions sur le système de santé et d’inégalités d’accès aux soins palliatifs, les participants ont dénoncé les conséquences d’une telle loi sur :
- L’universalité des politiques de prévention du suicide.
- Le sens du soin et la relation soignant-soigné.
- Le regard porté sur les personnes les plus fragiles, qui pourraient se sentir “de trop”.
Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA, a déclaré :
« Ayons bien conscience qu’en toute fin de vie, le risque est grand d’être poussé vers la sortie par manque d’attention, de considération, d’accompagnement. Par lassitude, impatience, égoïsme. […] On parle d’un droit individuel, mais c’est largement le regard que nous portons tous sur les plus fragiles qui maintient ou pas leur goût de vivre. La loi en débat aurait à ce titre un impact particulièrement injuste : stigmatisant, discriminatoire, décourageant. Elle désignerait une catégorie de personnes dont la vie serait indigne d’être protégée. »
Une mobilisation pour défendre une autre vision de la société
À travers ces rassemblements, les participants mobilisés ont partagé les revendications portées par Alliance VITA :
- faire de l’accompagnement et du soulagement de tous les plus éprouvés le socle de la solidarité,
- sauvegarder l’universalité de la prévention du suicide,
- rendre effectif et opposable l’accès aux soins palliatifs,
- protéger le système de santé de la pire dérive, celle qui assimile l’empoisonnement délibéré à un soin.
Une mobilisation qui s’inscrit dans la durée
Alliance VITA conclut :
« Quant à nous, nous resterons toujours mobilisés pour la protection des vies les plus éprouvées car c’est notre raison d’être et de manifester : solidaires des plus fragiles. »
📣 Nous ne voulons pas d’une société qui laisse entendre que la vie des personnes en fin de vie n’a plus de valeur et qui organise la mise à mort de ceux qui se sentiraient « de trop ».
Nous voulons :
– que notre société fasse de l’accompagnement et du soulagement de tous les… pic.twitter.com/hUmC32hZwi— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 A quoi bon se battre pour prendre soin, soulager et accompagner quand l’option de facilité – l’administration de la mort – se répand, déguisée avec les mots de la solidarité ?
Comment seront regardés ceux qui s’accrocheront à la vie quand d’autres auront été salués pour avoir… pic.twitter.com/ispgG4UMT5— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 Il faut prendre conscience de l’ampleur de l’enjeu :
on présente les choses comme un droit pour quelques-uns, mais le message sous-jacent est tout autre : de nombreuses personnes gravement malades, dépendantes ou en fin de vie se sentiraient visées.Car chacune serait… pic.twitter.com/91ZbUCucNL
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 Une société s’humanise quand elle progresse dans la façon de traiter ses membres les plus fragiles.
C’est ce que nous voulons rappeler ce soir, dans toute la France, à la même heure, alors que revient pour la troisième fois à l’Assemblée nationale – par la volonté du… pic.twitter.com/5CGW8wlnsx
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 La légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté enverrait un signal délétère selon lequel certaines vies, considérées comme inutiles, ne seraient qu’un poids pour les proches ou la société.@AllianceVita21 #Dijon #FinDeVie #AllianceVITA pic.twitter.com/SEcfn8KGgu
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 Cette mobilisation nationale entend rappeler que toute personne garde toute sa dignité et toute sa place dans la société, quels que soient son état de santé et son degré d’autonomie.#Lyon #Findevie @AllianceVITA69 pic.twitter.com/8uOTBYHkht
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 Ce soir, partout en France, des citoyens se rassemblent pour refuser une loi dangereuse et injuste et défendre une société solidaire et protectrice des plus vulnérables.#Lyon #AllianceVITA #FinDeVie pic.twitter.com/0dfbPWDBmy
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
“Nos mourants ne sont pas des encombrants !”
📣 Alors que les débats sur l’euthanasie et le suicide assisté ont repris aujourd’hui à l’Assemblée nationale, Alliance VITA se mobilise à Paris, Lyon, Toulouse, Marseille et plus de 50 villes pour alerter l’opinion publique sur le… pic.twitter.com/NjI7jWgb2s— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
Echec de la motion de rejet de la loi sur l’euthanasie
Hier, en ouverture des débats d’examen de la loi sur l’euthanasie, les députés ont du se prononcer sur une motion de rejet préalable présentée par Patrick Hetzel (LR) avant d’aborder les 1831 amendements déposés. Patrick Hetzel a expliqué :
« La motion que je présente ne vise pas à nier la souffrance de certains malades, elle vise à dire qu’un texte d’une telle portée ne peut être adopté dans les conditions actuelles, parce qu’il intervient avant que notre pays n’ait garanti à tous un accès effectif aux soins palliatifs ». « Même lorsque l’intention invoquée est la compassion, provoquer la mort ne saurait être un acte thérapeutique ». « Nous sommes en train de définir un nouveau principe juridique, moral et éthique » : « la question qui nous est posée est profondément éthique : que doit faire une société juste quand un de ses membres souffre ? Doit-elle considérer que certaines vies sont devenues si marquées par la maladie ou la dépendance que la réponse appropriée consiste à organiser les conditions de leur disparition ? Ou doit-elle considérer que plus une personne est vulnérable, plus notre devoir est de solidarité et devrait être de plus en plus élevé ? »
La motion a été finalement rejetée par 139 voix contre 91.
Le député RN Christophe Bentz a déclaré :
Je suis très fier de mon pays, la France, de son histoire, de sa culture, de ses paysages, de son économie, de son tissu social, de sa recherche et de sa médecine. Il y a vraiment de quoi être fier !
Mais aujourd’hui, je suis très inquiet pour mon pays à cause ce texte, qui est, à mon sens, très dangereux. Certes, notre pays n’est pas parfait. Il traverse un certain nombre de crises liées aux défaillances de notre système de santé, en particulier de l’accès aux soins. C’est vrai. Mais ça, ça se corrige. Ça se réforme avec des politiques publiques. La mort, elle, est irréversible. Elle ne se corrige pas et ne se réforme pas.
Nous portons donc une immense responsabilité collective en légiférant sur un texte d’une telle gravité. Je le répète, je suis fier de mon pays, mais je ne veux pas qu’il abandonne les patients, les malades et les souffrants. Nous devons – c’est notre devoir collectif – accompagner jusqu’à la fin les personnes qui souffrent. Nous avons voté, il y a quelques semaines, le magnifique texte sur les soins palliatifs qui a été déposé et rapporté par Annie Vidal. Ce texte représente un véritable progrès social et médical. La seule chose que je vous demande aujourd’hui, c’est de laisser leur chance aux soins palliatifs. Laissons-leur le temps de se déployer, donnons-leur les moyens d’accompagner jusqu’à la fin les personnes qui souffrent. Laissons la France soigner la vie jusqu’à sa fin.
