Encore de la censure à Bruxelles
Nous vous avons déjà parlé de la campagne Save Europe Act, soutenue par le Salon beige (et que vous pouvez rejoindre ici). Il était prévu qu’une manifestation ait lieu demain devant le Parlement européen. Eh bien, ladite manifestation a été tout simplement interdite! On peut manifester pour tout et n’importe quoi à Bruxelles, mais pas pour défendre la civilisation européenne…
BANNED IN BRUSSELS: Europe proving @JDVance right again and again. Insane that Leftists have no problem protesting in front of European Parliament, but as soon as Patriots who want to protect their borders want a demo, NO. https://t.co/oG7IqQNhRP
— Brian Brown (@briansbrown) July 14, 2026
La vie chrétienne victorieuse – Le couple chrétien : appel, épreuves et espérance
Le mariage n’est pas un sujet théorique réservé à la réflexion : il est le lieu concret où se vivent les plus grandes joies humaines, mais aussi les blessures les plus profondes. C’est dans le couple que se révèlent la patience, la fidélité, mais aussi les fragilités du cœur humain.
Rappelez-vous une vérité essentielle : Dieu vous connaît. Il voit ce que personne ne voit. Il comprend les efforts silencieux, les tensions non exprimées, les prières parfois essoufflées, et Il vous aime infiniment plus que vous ne pouvez l’imaginer.
Bien avant qu’il n’y ait des lois, des nations ou des institutions religieuses, Dieu a regardé Adam, seul dans le jardin, et il a déclaré avec une tendresse profonde :
« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Genèse 2:18).
Ce n’est pas un reproche, mais une parole de compassion. Dieu révèle ici qu’il connaît intimement le besoin humain de relation, de réciprocité et d’amour partagé.
Alors Dieu créa la femme. Et il ne la créa pas comme une simple assistante ou une aide secondaire. Le terme hébreu utilisé pour « aide » est employé pour désigner Dieu lui-même venant au secours de son peuple. Ainsi, dans la pensée biblique, cette aide n’a rien d’inférieur : elle exprime une force complémentaire, une présence indispensable. Lorsque la femme aime, soutient, relève et encourage, elle reflète quelque chose du cœur même de Dieu.
Homme et femme viennent de la même source, portent la même dignité, et sont appelés à marcher ensemble dans une unité profonde, non dans une hiérarchie de valeur.
« Ils deviendront une seule chair » (Genèse 2:24).
Cette unité ne se limite pas à l’union physique : elle engage toute la vie. Elle implique le détachement des attaches premières, la construction d’un nouveau foyer, et la formation d’une alliance qui touche le corps, le cœur, l’âme, les projets, les blessures et les joies.
Puis le péché est entré dans le monde, et avec lui la méfiance, l’orgueil, les incompréhensions, et les blessures parfois profondes infligées à ceux que l’on aime le plus (Genèse 3). Depuis lors, aucun foyer n’échappe aux tensions de la condition humaine déchue. Si votre couple porte des cicatrices, vous n’êtes pas seuls. C’est la réalité de toute l’humanité. Mais l’Évangile annonce une espérance : en Jésus-Christ, la restauration est possible. Dieu ne se contente pas de réparer superficiellement ; il peut renouveler, guérir et refleurir ce qui semble mort.
L’Écriture affirme que le mari est le chef de la femme (Éphésiens 5:23). Mais cette affirmation ne peut être comprise correctement qu’à la lumière du modèle suprême : Jésus-Christ lui-même. Avant toute notion d’autorité, il faut contempler un Sauveur qui s’abaisse, qui lave les pieds de ses disciples, et qui donne sa vie pour ceux qu’il aime.
Si vous êtes le mari, votre appel n’est pas de dominer, ni de contrôler, ni d’imposer votre volonté. Votre appel est d’aimer. Et Paul insiste en plaçant cette responsabilité au premier plan :
« Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église et s’est livré lui-même pour elle » (Éphésiens 5:25).
Cet amour n’est pas sentimental uniquement, il est concret comme un dévouement actif et volontaire pour le bien-être de l’autre. Il accepte de renoncer à ses intérêts personnels lorsque l’autre en a besoin.
Il est un amour protecteur : il veille sur le bien-être spirituel, émotionnel et matériel de son épouse. Il est un amour édifiant : il cherche à faire grandir, à encourager, à fortifier plutôt qu’à écraser (Éphésiens 5:29).
Il est un amour fidèle : il demeure constant dans les saisons difficiles. Il est un amour spirituel : il conduit le foyer dans la prière, la Parole de Dieu et la communion avec l’Église.
Ce modèle est exigeant, mais il n’est pas une performance humaine. C’est une œuvre de grâce. Le mari chrétien n’est pas appelé à produire cet amour par ses seules forces, mais à le recevoir continuellement de Christ pour le refléter.
L’apôtre Paul écrit ensuite :
« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur » (Éphésiens 5:22).
Cette parole a souvent été mal interprétée et parfois utilisée pour justifier des formes d’autorité injustes ou d’abus. Une telle utilisation contredit l’ensemble de l’enseignement biblique. La soumission biblique n’est ni une diminution de la dignité, ni une disparition de la personnalité. Devant Dieu, homme et femme ont la même valeur et la même dignité (Galates 3:28).
La soumission décrite par Paul est une attitude volontaire de confiance, librement consentie, semblable à celle que Christ manifeste envers le Père dans l’harmonie parfaite de la Trinité. Il s’agit d’une disposition du cœur, non d’une contrainte imposée. L’apôtre Pierre parle d’un « esprit doux et paisible », d’une grande valeur aux yeux de Dieu (1 Pierre 3:1-6). Ce n’est pas une faiblesse, mais une force intérieure capable d’apaiser, de construire et parfois même de transformer un climat familial difficile.
La valeur d’une épouse ne réside pas dans son apparence ou dans son rôle social, mais dans la profondeur de son cœur : sa sagesse, sa fidélité, sa capacité à aimer dans la vérité. Un couple chrétien ne se construit pas sur des droits revendiqués, mais sur des dons librement offerts. Le mari aime, la femme respecte ; l’un protège, l’autre encourage ; l’un conduit avec humilité, l’autre soutient avec confiance. Et dans cette dynamique, chacun apprend le pardon, encore et encore.
Paul résume cette harmonie ainsi :
« Que chacun de vous aime sa femme comme lui-même, et que la femme respecte son mari » (Éphésiens 5:33).
L’amour et le respect ne s’opposent pas : ils s’alimentent mutuellement et créent un cercle vertueux voulu par Dieu. Voici une vérité profonde : votre mariage dépasse votre propre histoire. Il est un signe visible d’une réalité invisible. Christ est l’époux qui s’est donné pour son Église, et l’Église est l’épouse qu’il a aimée et rachetée.
Chaque geste d’amour fidèle, chaque acte de pardon, chaque effort de persévérance dans le couple reflète quelque chose de cet amour divin dans le monde. Paul appelle cela « un grand mystère » (Éphésiens 5:32). Ce mystère n’est pas une énigme à résoudre, mais une réalité spirituelle à contempler : le mariage devient une image vivante de l’alliance entre Christ et son peuple. Vos enfants, vos proches, votre entourage observent votre couple, parfois sans le dire. Ils y lisent quelque chose de Dieu ou de son absence.
Soyons réalistes : aucun mariage n’est parfait.
L’orgueil, la lassitude, les blessures anciennes ou les non-dits peuvent fragiliser même les couples les plus sincères. C’est pourquoi la prière commune, la lecture de la Parole, la vie d’Église et le pardon quotidien ne sont pas optionnels : ce sont des moyens de grâce indispensables.
Concernant le divorce, Jésus rappelle toujours le dessein originel :
« Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » (Matthieu 19:6).
La concession de Moïse n’était pas l’idéal divin, mais une réponse à la dureté du cœur humain (Matthieu 19:8). Le divorce apparaît ainsi comme une conséquence de la chute, non comme une volonté première de Dieu. Lorsque des crises surviennent, la grâce de Dieu ouvre toujours un chemin de restauration. Mais cette grâce ne nie jamais la gravité des situations destructrices. Là où la dignité ou la sécurité sont menacées, la protection des personnes reste prioritaire. L’amour biblique ne couvre pas l’injustice : il la confronte avec vérité et responsabilité.
Il est nécessaire de distinguer clairement la séparation du divorce.
Le divorce met fin à l’alliance conjugale sur le plan civil et soulève ensuite la question d’un éventuel remariage. La séparation, elle, ne met pas fin au mariage : les époux demeurent liés devant Dieu, même s’ils ne vivent plus ensemble. Le Nouveau Testament reconnaît implicitement cette réalité :
« Que la femme ne se sépare pas de son mari ; mais si elle est séparée, qu’elle demeure sans se remarier ou qu’elle se réconcilie avec son mari » (1 Corinthiens 7:10-11).
Paul n’encourage pas la séparation, mais il reconnaît qu’elle peut exister dans un monde marqué par la rupture. L’objectif reste toujours la réconciliation. Dans des situations graves – violences, abus, danger réel – la séparation peut devenir une mesure de protection légitime. Préserver la vie et la dignité humaine est pleinement cohérent avec la volonté de Dieu. L’amour chrétien ne consiste jamais à exposer une personne au mal. La séparation peut donc être temporaire, visant à interrompre une situation destructrice et, si possible, à ouvrir un chemin de repentance et de restauration. Le divorce, lui, constitue une rupture définitive.
Le célibat
Le Nouveau Testament honore également le célibat. Paul affirme que chacun reçoit de Dieu un don différent (1 Corinthiens 7:7) et souligne que le célibat peut offrir une disponibilité particulière pour servir le Seigneur sans les contraintes familiales (1 Corinthiens 7:32-35). Il ne dévalorise jamais le mariage, mais il montre que les deux états peuvent être pleinement bénis de Dieu. Le célibat, lorsqu’il est reçu comme un don, n’est ni une attente ni une privation : il est une vocation à part entière. Ainsi, le célibataire n’est pas dans une vie incomplète. Sa vie est pleinement significative devant Dieu, ici et maintenant.
Que vous soyez marié depuis longtemps, jeune couple, en difficulté ou célibataire, la même vérité demeure : Dieu vous aime, il connaît votre histoire, et il vous appelle à une communion vivante avec lui. Le mari est appelé à aimer comme Christ. L’épouse est appelée à vivre dans la confiance et la dignité. Et tous, quels que soient leur état, sont appelés à demeurer en Christ, car c’est en lui seul que se trouvent l’amour véritable, le pardon et la persévérance.
Et quel que soit votre état aujourd’hui, il n’est jamais trop tard pour revenir à Celui qui promet de ne jamais abandonner les siens. La victoire dans la vie chrétienne ne se mesure pas à l’absence de luttes, mais à la présence de Christ au cœur du foyer. Là où il est honoré, l’amour renaît, le pardon circule, et l’espérance demeure, même au milieu des faiblesses.
Que chaque couple, et chaque croyant, se souvienne que Dieu cherche des cœurs tournés vers Lui. Car c’est en demeurant en Christ que le mariage devient non seulement un lieu de vie, mais un témoignage vivant de sa grâce et de sa fidélité.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Réponse à Dollie: Cycle féminin et vie spirituelle
Cher Dollie,
Vous en conviendrez, vos échanges avec Madame Vialla au sujet de son livre « Prier avec le cycle féminin » relève de plusieurs débats à la fois actuels et extrêmement anciens : L’Eglise et les femmes, l’Eglise et la sexualité, les sacrements, la psychologie et la foi…
Sur la forme, il est regrettable que soit brandie fréquemment dans vos écrits la menace de l’hérésie. Le catholicisme n’a jamais interdit l’exercice de l’intelligence, même quand elle tâtonne et se trompe. Et sur des sujets comme la place du cycle féminin dans la vie spirituelle d’une femme, il n’y pas de condamnation directe ou de déclaration magistérielle. Il y a, de fait, tout un tas de réalités théologiques et morales qui peuvent encadrer ce débat de manière indirecte, mais rien qui permettent de brandir la condamnation pour hérésie de facto. Depuis les universités du Moyen-âge, l’Eglise pratique la disputatio. Il est nécessaire que cela continue, dans la prudence, pour ne déclarer bon ce qui est mauvais. Mais aussi dans l’intelligence, il n’y aucune question interdite d’avance, l’Eglise n’est pas une secte, cela fait 2000 ans qu’elle cherche à comprendre et à soutenir l’être humain tant du point de vue individuel que social. Et cela fait aussi 2000 ans qu’Elle répond aux questions des catholiques de l’Eglise militante qui doivent faire leur salut ici et maintenant et éduquer leurs enfants. Toutes les questions légitimes ne se sont pas arrêtées avec le Concile et la crise de l’Eglise.
Sur le fond, ce livre est l’occasion de remettre sur la table des questions qui reviennent souvent : Est-ce que l’Eglise a quelque chose à dire de pertinent sur la femme, la vocation spécifique ordonnée à sa nature spécifique qui est la sienne ?
Vous reprochez à Madame Vialla de mauvaises interprétations qui, même si elles ne sont pas explicites, transparaitraient (Sur l’épitre aux Ephésiens, Partie I, 3 de vos écrits)
Mais sur le fond : il est clair que vos écrits trahissent également une conception anthropologique et philosophique, très problématique et du point de vue du Magistère et du point de vue de la femme.
Pour ne pas assommer les lecteurs, je ne reprendrai que les points qui semblent à vous lire les plus problématiques.
– « Vouloir faire intervenir le corps sexué dans cet acte de connaissance et affirmer qu’il pénètre les pensées les plus intellectuelles est méconnaître le mode de fonctionnement de l’âme, voulu par Dieu. L’acte d’intelligence est indépendant de la notion de sexe et n’a rien à voir avec lui. Il y a une sorte de perversité à vouloir faire intervenir dans les pensées intellectuelles humaines la notion de sexe. De plus on ne peut dire que le corps pénètre des pensées ».
Si, on pourrait le dire puisque comme le rappelle le paragraphe 365 du catéchisme de l’Eglise catholique « l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature. ».
Il n’y a rien que l’homme fasse qui soit donc purement spirituel ou purement corporel. Même la sexualité est spirituelle, ce qui explique tout l’enseignement et toute la réflexion de l’Eglise autour de la sexualité et de la vocation du mariage, consommée dans l’union sexuelle des époux.
Quant à Saint Thomas, s’il fait une hiérarchie de capacité à la connaissance entre le corps et l’esprit, ce n’est absolument pas pour condamner le corps ou même nier sa place dans la connaissance, ou sur le fait que l’homme soit un esprit incarné. Et je ne vous apprendrai rien sur ce qu’il appelle le « sensus communis »…
– Vous confondez la réalité du cycle féminin et la sexualité féminine et vous prenez sans prudence l’un pour l’autre. C’est un abus de langage. Le cycle féminin est une réalité quotidienne, scientifique, parfois relevant du médical, qui rythme la vie d’une femme. Les religieuses sont aussi soumises au cycle féminin et les Mères Supérieures le savent bien ! Parlez du cycle féminin n’est pas sale, ni dégradant et ce n’est pas la même question que celle de la sexualité. Et poser la question de « comment vivre son cycle féminin et sa vie spirituelle en même temps » ce n’est absolument pas sexualiser la prière (Partie I,1) Par contre, il est tout à fait possible que la prière soit « genrée », que les hommes et les femmes ne prient pas de la même manière. Et que cela ne soit ni regrettable ni à éliminer. L’Eglise n’effacera jamais la différence ni la complémentarité des sexes.
-La couverture de Madame Vialla n’est pas une offense à Dieu, le corps humain est une création divine et le représenter n’est pas dégradant ni offensant. « Je te rends grâce pour tant de prodiges : merveille que je suis, merveille que tes œuvres. » Psaume 138
Vous précisez « organe génital » mais là encore ce n’est pas dégradant. L’être humain n’est pas un pur esprit, il est création divine en tant que corps et esprit. Cet organe génital est aussi un des paramètres qui encadre le chemin vers le salut pour la femme. (idem chez l’homme) Le puritanisme est un fruit du protestantisme pas du catholicisme.
– L’unité de la personne. Il n’y a pas besoin d’aller sur un site ésotérique pour savoir que l’Eglise défend le « tout » de l’être humain. Et si, il faut affirmer qu’elle cherche bien à unifier intelligence et sensibilité, corps et esprit et vers le plein épanouissement de la personne et vers Dieu. L’un va avec l’autre. « La grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne. » St Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q. 1, a. 8, ad 2. C’est le principe de l’ascèse monastique, de l’éducation chrétienne, de la morale catholique.
– Le cycle féminin a donc bien une valeur sur le plan surnaturel contrairement à ce que vous écrivez.
L’être humain n’est pas « en tranches », d’un côté le corps, d’un côté l’esprit. L’Eglise prend toujours soin de l’être humain en tant qu’esprit incarné. La réalité du cycle féminin est vécue au quotidien par les femmes, l’Eglise même encourage que cette réalité soit connue et intégrée dans la vie de couple afin qu’homme et femme puissent ensemble être en mesure d’accueillir des enfants de manière prudente et responsable. Il est évident que le cycle féminin a une valeur directe et indirecte sur le plan surnaturel : il rythme la vie de la femme qui doit faire son salut sur Terre, il a des répercussions sur la vie sexuelle et morale du couple. Comme absolument rien dans la vie de l’être humain, il n’est pas une simple « fonction biologique », il est une fonction biologique assumée et vécue par une âme qui doit faire son salut et qui participe à celui de son époux. Le dualisme est incompatible avec la foi.
– Vous rappelez souvent que la vocation de l’être humain, homme ou femme, est la même : le salut par la vie de la Grâce, comme l’enseigne l’Eglise catholique. Mais cela n’exclut pas la proposition qui vient dire qu’il y a une spécificité et une vocation propre à la nature féminine ou masculine. Les deux sont appelés à faire leur salut et le cadre de ce cheminement vers Dieu est leur nature d’être humain, avec un corps d’homme et des hormones d’homme ou avec un corps de femme et des hormones de femme. En somme, exactement ce que la Transidentité ne supporte pas de s’entendre dire.
Cet article est déjà trop long, mais le débat ne fait que commencer. Les femmes et les jeunes femmes en devenir ont besoin de réponses vraies et de compassion authentique. Les idéologies modernes sont prêtes à les blesser voire à les détruire, l’Eglise doit être à leur côtés sans rien nier ni de son Magistère ni de la spécificité propre de la femme.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Euthanasie : Sébastien Lecornu saisit le Conseil constitutionnel
Le premier ministre, Sébastien Lecornu, va saisir le Conseil constitutionnel sur une partie des dispositions du texte qui légalise l’euthanasie et le suicide assisté. Cette annonce surprise intervient la veille vote solennel de la proposition de loi, prévue le 15 juillet.
D’après l’entourage de Sébastien Lecornu, il s’agit d’une initiative personnelle, sans demande d’Emmanuel Macron ni même concertation.
3 aspects de la loi sont contestés dans ce recours : le délai de rétractation des malades, la situation des majeurs protégés et l’obligation de tous les établissements de santé ou médico-sociaux de pratiquer l’aide à mourir.

Screenshot
Cette annonce pourrait elle faire pencher quelques votes ? Réponse demain.
Fin de vie : Louis Sarkozy et l’erreur de la « propriété de soi »
Dans son intervention du lundi 13 Juillet sur RMC,
Louis Sarkozy a vivement critiqué Mgr Marc Aillet et l’abbé Michel Viot après leurs prises de position contre la loi sur la fin de vie. Au-delà de la polémique, une phrase mérite qu’on s’y arrête :
« Si un individu n’est pas propriétaire de sa propre mort, de quoi est-il réellement propriétaire ? »
La question est habile. Elle a l’allure d’une évidence. Pourtant, elle repose sur un présupposé rarement interrogé : notre rapport à nous-mêmes relèverait du droit de propriété. C’est précisément là que se loge l’une des grandes ruptures anthropologiques de notre temps.
L’erreur consiste à confondre la personne et la chose. Être propriétaire, c’est disposer librement d’un bien. Or une personne n’est pas un bien. Elle possède une dignité qui interdit précisément de la réduire à un objet dont on pourrait disposer à sa guise.
Bien avant le christianisme, la philosophie classique avait déjà récusé cette assimilation de la personne à une propriété. Pour Aristote comme pour saint Thomas d’Aquin, l’homme ne s’appartient pas comme une maison appartient à son propriétaire. Sa liberté ne consiste pas à faire tout ce qu’il veut de lui-même, mais à orienter son existence vers le bien.
L’idée de la « propriété de soi », développée par une partie de la philosophie politique moderne puis radicalisée par l’individualisme contemporain, rompt avec cette tradition. Elle fait de l’individu un propriétaire absolu de son corps, de sa vie et, par conséquent, de sa mort. Dès lors, toute limite apparaît comme une atteinte à sa liberté.
Mais cette logique conduit à une impasse. Si je suis véritablement propriétaire de ma vie, pourquoi ne pourrais-je pas la vendre, la louer ou y renoncer comme à n’importe quel bien ? Une telle conception finit inévitablement par transformer la personne humaine en objet de droit.
Pour les chrétiens, cette vérité reçoit un éclairage supplémentaire : la vie est un don reçu, non un bien dont nous pourrions disposer comme d’une propriété privée. Nous en sommes les gardiens, non les propriétaires.
La véritable question n’est donc pas : « De quoi suis-je propriétaire ? » Elle est : « De quoi suis-je responsable ? »
Responsable de ma propre vie, certes. Mais aussi de ceux auxquels ma vie est liée : mes proches, les soignants, la société tout entière.
La mort n’est jamais un acte purement privé. Elle engage le médecin qui accomplit le geste, la famille qui devra vivre avec cette décision, et la communauté politique qui choisit de reconnaître ou non un tel pouvoir.
Revendiquer la propriété de sa mort, c’est oublier une évidence : nul ne s’est donné la vie à lui-même. Nous arrivons dans un monde que nous n’avons pas choisi et nous le quittons sans pouvoir en fixer souverainement le terme. Notre liberté s’exerce à l’intérieur de cette condition ; elle ne l’abolit pas.
La dignité humaine ne réside pas dans la toute-puissance. Elle réside dans la capacité de demeurer pleinement homme jusque dans la vulnérabilité, la dépendance et l’épreuve.
Louis Sarkozy reproche ensuite à l’Église d’adopter une posture « contre-parlementaire » et accuse certains évêques de vouloir faire pression sur les élus.
Mais depuis quand une autorité spirituelle perdrait-elle le droit d’interpeller les consciences lorsqu’est en jeu la légitimation juridique de l’acte de donner la mort ?
L’Église ne retire aucun mandat électif. Elle ne vote aucune loi. Elle rappelle simplement qu’aucune décision politique n’échappe à une responsabilité morale.
L’histoire montre d’ailleurs que les grandes voix religieuses ont souvent été accusées de sortir de leur rôle lorsqu’elles dénonçaient l’esclavage, l’eugénisme ou les totalitarismes. Faut-il leur reprocher d’avoir parlé ?
Dans une démocratie, les croyants ont, comme tous les citoyens, le droit de participer au débat public. Leur demander de se taire au motif que leurs convictions sont religieuses reviendrait à instaurer une étrange conception de la liberté d’expression : une liberté ouverte à tous… sauf à ceux qui parlent au nom de leur foi.
Le véritable paradoxe n’est donc pas celui que dénonce Louis Sarkozy. Il consiste à trouver normal qu’une société reconnaisse un droit à provoquer délibérément la mort, tout en jugeant scandaleux que des responsables religieux rappellent les conséquences morales d’un tel choix.
Une démocratie n’a certes pas à recevoir ses lois d’une religion. Mais elle aurait tort de croire qu’elle peut se construire durablement sans reconnaître qu’il existe des limites que le pouvoir politique ne devrait jamais franchir.
Car la question ultime n’est pas de savoir si l’homme est propriétaire de sa mort. Elle est de savoir quelle conception de la personne humaine une civilisation choisit d’inscrire dans son droit.
Au fond, ce débat n’oppose ni des croyants à des laïcs, ni des conservateurs à des progressistes. Il oppose deux conceptions de la personne humaine : l’une fait de l’homme le propriétaire absolu de lui-même ; l’autre reconnaît qu’il reçoit son existence avant d’en exercer la liberté.
Une civilisation commence rarement par renier l’homme ; elle commence par changer les mots avec lesquels elle le définit. Lorsqu’elle remplace la responsabilité par la propriété, la dignité par l’autonomie absolue, elle prépare déjà le terrain où la mort pourra devenir un droit.
La liberté ne naît jamais de la toute-puissance. Elle naît de la reconnaissance de ce qui nous dépasse. Une civilisation grandit lorsqu’elle protège la vie jusque dans sa fragilité ; elle décline lorsqu’elle croit résoudre la souffrance en donnant à la mort le visage d’un droit.
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La FSSPX dépose un recours
Communiqué de la FSSPX :
La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X informe que, en réponse au décret publié le 2 juillet 2026 par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, elle a déposé le 11 juillet un recours préliminaire auprès de ce même Dicastère, conformément aux canons 1734 et suivants du Code de droit canonique.
Cette démarche, qui constitue le préalable requis avant l’introduction éventuelle d’un recours hiérarchique, a pour effet de suspendre l’exécution du décret, conformément au canon 1353 du Code de droit canonique.
Par ce recours, la Fraternité entend exercer le droit que l’Église reconnaît à toute personne qui s’estime lésée par un acte administratif de demander sa rectification, dans un esprit de respect envers l’autorité ecclésiastique et de fidèle attachement à la justice, à la vérité et au bien de l’Église.
La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X remet cette demande entre les mains des autorités compétentes et confie cette démarche à la prière de tous les fidèles.
Menzingen, le 13 juillet 2026
Euthanasie : le message de Mgr Turini
Message de Mgr Turini, archevêque de Montpellier :
Madame, Monsieur le Député,
Au moment où vous allez voter la loi relative à la fin de vie, je me permets de vous adresser cette lettre, non pour entrer dans un débat partisan, mais pour faire entendre une parole humaine, spirituelle et profondément fraternelle.
Les évêques de France ont exprimé avec clarté leur opposition à ce texte. Je m’inscris dans cette prise de position, par fidélité à l’enseignement de l’Église, mais aussi par souci du bien commun et du respect de la dignité de toute personne humaine.
L’Église ne parle pas ici au nom d’une idéologie, encore moins d’un pouvoir moral qui s’imposerait de l’extérieur. Elle parle à partir de l’expérience millénaire de l’accompagnement des personnes fragiles, souffrantes, âgées, en fin de vie. Elle parle à partir de visages, de mains tenues, de silences habités, de paroles murmurées au seuil de la mort.
La vie humaine, de son commencement à son terme naturel, n’est pas un bien disponible. Elle est relation, elle est don, elle est confiée. Introduire dans la loi la possibilité de provoquer intentionnellement la mort, même au nom de la compassion, constitue une rupture anthropologique majeure. Ce n’est pas seulement un nouveau droit que l’on crée : c’est un changement profond dans le regard que notre société porte sur la vulnérabilité.
La souffrance appelle la solidarité, non l’élimination de celui qui souffre. La dépendance appelle la présence, non la disparition. La dignité d’une personne ne se mesure ni à son autonomie, ni à son utilité sociale, mais au simple fait qu’elle est humaine.
L’Église affirme avec force qu’il existe une autre voie : celle du développement réel et équitable des soins palliatifs, celle de l’accompagnement global – médical, psychologique, social, spirituel –, celle du refus de l’acharnement thérapeutique comme de l’abandon. Soulager sans supprimer. Accompagner sans provoquer la mort.
Nous savons aussi combien la notion de liberté peut être fragilisée lorsque la solitude, la peur de devenir un poids, la pression économique ou sociale s’invitent dans la décision. Une société juste ne peut faire peser, même implicitement, sur les plus fragiles la question : « Pourquoi es-tu encore là ? »
Enfin, je veux redire l’importance absolue de la liberté de conscience des soignants. On ne peut construire une société fraternelle en contraignant celles et ceux qui ont fait le choix de soigner à poser des gestes contraires à leur conscience la plus intime.
Madame, Monsieur le Député, votre responsabilité est grande. La loi ne dit pas tout, mais elle dit quelque chose de ce que nous voulons devenir ensemble et c’est cela qui m’inquiète. Au nom de l’Évangile de la vie, au nom de la fraternité humaine, au nom des plus fragiles qui n’ont pas toujours voix au chapitre, je vous appelle respectueusement à ne pas ouvrir une voie dont nous ne mesurerions que trop tard les conséquences.
Avec l’assurance de ma considération respectueuse,
+ Norbert TURINI
Le rapporteur de la loi sur l’euthanasie croit pouvoir assister tranquillement à la messe
Lors de la messe dominicale du 5 juillet en l’église de la Madeleine, le curé de Châteaudun a condamné la proposition de loi sur l’aide à mourir devant le député-maire, Philippe Vigier, qui en est le rapporteur général. L’élu s’est senti « attaqué personnellement » et s’est « ouvertement expliqué » avec le prêtre qui est soutenu par l’évêque de Chartres.
Le père François Yambressinga a tenu à évoquer la proposition de loi dans son homélie.
Selon plusieurs témoignages, il a rappelé le profond respect de l’Église pour les personnes confrontées à la fin de vie, la maladie grave ou incurable, à la souffrance et la peur de dépendre des autres. Il a assuré que la tentation de maîtriser la mort ne doit pas faire oublier le devoir d’accompagner, de soulager et de ne jamais abandonner.
« On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort », a insisté le curé de Châteaudun avant d’inviter les fidèles à « prier pour la vie » et à « prier pour les parlementaires pour qu’ils ne fassent pas n’importe quoi ».
Philippe Vigier, député (Les Démocrates) et maire de Châteaudun, était assis au premier rang…
Le christianisme est-il devenu un sucre d’orge ?
Le christianisme d’aujourd’hui est-il devenu un simple “sucre d’orge à sucer” ? Le Christ a-t-il été pris en otage par nos peurs et nos idéologies modernes ?
Dans ce grand entretien pour Academia Christiana, le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine livre un constat sans concession sur l’état de l’Église et de notre société. À l’occasion de la sortie de son ouvrage « On n’est jamais trahi que par les siens ? » (Éditions Pierre Téqui), il nous appelle à un véritable bain d’Évangile. Face aux divisions internes, au déracinement et à la dureté de la justice humaine, découvrez un plaidoyer vibrant pour retrouver la radicalité de la foi catholique et de l’amour chrétien, sans filtre ni compromission mondaine.
⏱️ CHAPITRES DE LA VIDÉO :
00:00 Introduction
01:32 Le parcours d’un curé marseillais en soutane
02:46 La trahison du Christ : Lâcheté et peur du jugement
05:01 Un christianisme “vidé de son collagène” ? (Léon Bloy)
07:59 Le démon, l’Église et la saturation de la modernité
13:18 Divisions dans l’Église : Le piège des querelles internes
19:44 La miséricorde divine face à la justice des hommes
30:15 Peut-on pardonner à ceux qui ne demandent pas pardon ? (La femme adultère)
35:48 Le cas de l’abbé Pierre : La miséricorde est-elle de la naïveté ? 42:19 Droite vs Gauche : La charité n’est pas la lâcheté
55:07 L’Incarnation et la religion du “touchant”
01:01:25 Accueillir l’imprévu et “absolutiser le relatif”
01:04:49 Conclusion et présentation du livre
Pour bien et mieux… fêter Marie, reine de tous les saints, Dom Aubourg dans six méditations spirituelles nous élève vers la Reine du Ciel
Voilà un petit livre fort à propos pour la belle fête de Marie à venir !
Sous la plume de Dom Aubourg la théologie devient poème : Marie, “commencement du commencement”, incarne la transparence de Dieu dans la chair, la victoire de la grâce sur le péché et la joie du monde restauré.
Dans ces six homélies retrouvées, prononcées entre 1931 et 1943, Dom Aubourg médite les grandes fêtes mariales comme un chemin d’incarnation :
La Nativité de Marie
La Présentation de Marie au Temple
L’Immaculée Conception
La Visitation
L’Assomption, la maternité éternelle
L’Assomption, Marie la joie de Dieu
Notre-Dame des Sept Douleurs.
Langue ample, rythme d’office, rigueur doctrinale — ce texte, d’une beauté rare, redonne à la parole spirituelle française son éclat et sa verticalité. Entre Bérulle et Claudel, un grand moment de littérature théologique.
Moine bénédictin né à May-sur-Orne en 1887, dom Gaston Aubourg intègre après son ordination en 1916 l’abbaye de Solesmes. Il est l’archétype du moine savant fidèle à la règle et à la spiritualité de saint Benoît. Après la condamnation de l’Action française en 1926, il devient l’aumônier des religieuses de Saint-Vigor, et s’adresse aussi à celles de Couvrechef, de Bayeux ou de la Vierge Fidèle.
Étroitement mêlé à la vie littéraire de son temps, il fut l’une des figures spirituelles les plus fines de la Normandie du XX° siècle. Il échange avec L. Salleron, J. Maritain, L. Massignon, G. Bernanos, J. de La Varende et L. Delarue-Mardrus. Il rencontre Saint-Exupéry en 1939, partage une vraie fraternité spirituelle avec la pensée de Simone Weil. Il meurt à Caen en 1967, profondément affecté par la déchristianisation, l’effondrement des vocations et celui de la formation du clergé.
Présentation et commentaires de soeur Ambroise-Dominique Salleron, avec les illustrations expressives en couleurs de Nicolaï Greshny.
Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/spiritualite/30795-marie-reine-de-tous-les-saints-six-meditations-theologiques-et-mystiques-sur-les-fetes-mariales.html
Marie reine de tous les saints, Dom Aubourg osb, Editions Saint-Léger, 66 pages, 14 €.
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“Le beau est une des plus puissantes apologétiques qui existent. Pour nous, le beau est une voie d’accès à Dieu.”
Lu dans L’Homme nouveau :
Henri Charlier est décédé le 24 décembre 1975. C’est à la suite du cinquantenaire de sa mort que l’abbaye de La Lucerne organise l’exposition d’une partie de ses œuvres, dans l’ancien carmel de Saint-Pair-sur-Mer, à neuf kilomètres de l’abbaye.
Pour les abbés Henri Vallançon et Guillaume Antoine, prêtres diocésains, en charge du centre spirituel de l’abbaye de La Lucerne, cette initiative fait partie de leur apostolat :
« Nous avons tous deux la conviction que le beau est une des plus puissantes apologétiques qui existent, explique l’abbé Vallançon. Pour nous, le beau est une voie d’accès à Dieu. »
C’est la raison pour laquelle ces deux prêtres présentent des expositions d’art sacré chaque année. « Dans ce monde en quête de Dieu, nos artistes peuvent témoigner de la Vérité, à travers leur art. » Cette année, l’événement prend une ampleur plus importante. « Tout d’abord, Henri Charlier est un des plus grands représentants de cette génération d’artistes », affirme l’abbé Vallançon. Pour l’illustrer, un documentaire, réalisé par Louis-Marie Simon, présentera la vie de l’artiste, avec de nombreux documents d’archives. Il sera visionné tout au long de l’exposition. « Ensuite, cette exposition révélera au grand public des œuvres qui étaient restées dans le cadre familial. » En effet, Henri Charlier était peintre avant d’être sculpteur. C’est dans cette discipline qu’il a commencé ses recherches sur l’art. La sculpture n’est venue qu’en 1916. La suite de la vie de l’artiste n’a pu être consacrée qu’au travail de la pierre. Henri Charlier ne pouvait plus peindre. Et il a peu exposé. De nombreuses œuvres sont donc restées chez lui, puis ont été transmises à sa famille. Cette année, à l’occasion de l’exposition, les Charlier ont prêté certains tableaux et dessins, qui seront donc visibles pour la première fois. Henri Charlier avait soif de transmettre sa réflexion sur l’art. Il écrivait :
« J’ai voulu faire une réforme des arts pour compléter celle qu’avaient commencée Gauguin, Rodin et Van Gogh […]. Si la pauvreté ne m’en avait empêché, si j’avais eu du temps libre pour faire les essais de peinture qu’il eût fallu pouvoir faire, j’aurais porté la réforme dans la peinture aussi. Je l’ai faite sans doute aussi, mais je n’en ai jamais montré les preuves au public. »
Cinquante ans après la mort de l’artiste, ces « preuves » seront enfin exposées, pour manifester l’art d’un peintre et sculpteur oublié.
En quoi “Prier avec le cycle féminin” n’est pas catholique ?
Réponse de Gabrielle Vialla aux articles :
Cher détracteur,
En quoi Prier avec le cycle féminin n’est pas catholique ? L’accusation répétée est fatigante mais elle ne fait pas la vérité pour autant.
Au pèlerinage de Chartres, on ne prie pas avec ses pieds ?
Et le Bon-Dieu est bien content non ?
J’en appelle à toutes les femmes de tous les états de vie, qui souffrent de leur cycle. Certaines femmes rares, mais de moins en moins rares, font en termes de sacrifice et d’offrande l’équivalent du pèlerinage de Chartres chaque mois. Là, pour le confort d’hommes peu empathiques, il conviendrait de comprendre que la prière avec le cycle, n’est pas agréée par Dieu ?
Maintenant passons aux genoux. Peut-on prier avec les genoux ? Est-ce catholique ? Avec les pieds oui… les genoux oui… les mains jointes oui… la bouche pour chanter oui… mais attention pas avec le cycle… Êtes-vous vraiment certain d’être bien cohérent ?
J’aurais été influencée par un prêtre chartreux “moderniste”. L’ordre cartusien est pourtant plus ancien que le rite tridentin. On est toujours le moderniste d’un autre. Seulement voilà, dans certains lieux si l’on vous fait une réputation de moderniste l’affaire est réglée à la convenance de l’attaquant. À la télévision j’aurais été fasciste.
Sous l’Ancien Régime, les dames de la cour avaient des pots de messe, entendre des pots de chambre. Au XVIIème siècle, par pudicité on les nomme des “Bourdaloue” du nom d’un prêtre jésuite trop bavard. La réalité est que le manque de connaissances physiologiques, les enfantements rapprochés rendaient malheureusement trop de femmes incontinentes. Pot cassé, absence de pot, on mettait les pieds dedans. Les hommes ne pouvaient pas nier la vie intime féminine jusque pendant la sainte Messe. La baisse drastique de la maternité, la contraception, le matraquage idéologique qui gomme aujourd’hui les différences hommes-femmes effacent les signes concrets de la dette que l’homme en général contracte envers la femme pour sa vie naturelle.
Je devrais me méfier, mais je suis joueuse. J’affirme que par analogie nous avons une dette spirituelle envers la Vierge Marie. Vous risquez de ne pas me comprendre et de me rappeler que tous les mérites reviennent au Christ Sauveur. Ce que je vous accorde sans souci. La seconde proposition n’empêche pas que la première soit, à sa manière, juste également. L’angélus est une façon de nous rappeler les deux. Ainsi est-il de nombreux points que vous soulevez avec malheureusement des extrapolations sidérantes.
Même si vous l’admettrez avec peine, j’en ai peur, saint Jean-Paul II a donné des enseignements qui peuvent être complémentaires de ceux de saint Thomas d’Aquin sur l’homme et la femme comme image de Dieu. C’est assurément catholique ! Quant aux divers niveaux de lecture de l’Écriture, les pères de l’Église y tenaient fortement, loin de tout fondamentalisme. Si la tradition que vous dites représenter n’en veut plus, elle perdra le bon sens tout court. Elle le perd déjà, semble-t-il. Prions avec nos pieds, nos cœurs… et chut en silence, la porte fermée pour nous mesdames avec nos cycles !
Gabrielle Vialla
Et en bref :
- Le premier mot du titre de mon livre est « Prier ». Il ne s’agit pas d’abord du cycle mais de prier avec ou malgré le cycle. Saint François de Sales, dans Introduction à la vie dévote écrit : « la dévotion doit être pratiquée différemment par le gentilhomme, par l’artisan… par la veuve, par la fille et la femme mariée. »
- Le cycle ne serait pas traditionnel ? C’est à l’accusation de supporter la charge de la preuve, de trouver une condamnation du magistère, de saintes qui auraient refusé de prier lors des menstruations, etc.
- La liturgie ne se prive pas de termes corporels féminins bien concrets : “Beata viscera Mariae Virginis qui portaverunt Aeterni Patris Filium. Et beata ubera quae lactaverunt Christum Dominum”.
- Le mépris du corps : du manichéisme au jansénisme, l’Église Catholique l’a toujours condamné.
- Le mépris de soi ? La théologie à la suite du Christ rappelle qu’il n’y a pas d’amour du prochain sans amour de soi.
- « Toute la vie chrétienne porte la marque de l’amour sponsal du Christ et de l’Église » Catéchisme de l’Église Catholique §1617
- Les 4 éléments ne sont pas ésotériques. Ils viennent de la médecine d’Hippocrate, repris par sainte Hildegarde de Bingen, docteur de l’Église. Je n’ai rien lu, et rien repris du New Age, du féminin sacré.
- Saint Augustin nous parle admirablement de l’unification de l’être dans les Confessions. « La chasteté nous recompose ; elle nous ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant »
Etude sur le livre « Prier avec le cycle féminin » : ce livre est-il conforme à la doctrine catholique ? (Partie III sur III)
Image : Soeur Elisabeth de la Trinité
14) Le livre « Prier avec le cycle féminin » sacralise le cycle féminin et la féminité
Un autre prêtre, cette fois-ci un Bénédictin, a conforté Gabrielle Vialla dans son erreur. Voici ce qu’il écrit, p.117 et 118, à propos du mystère de Noël : « Le corps de la Vierge Marie est devenu le sanctuaire, la chambre nuptiale de l’Incarnation du Fils de Dieu. Et par là, c’est toute maternité qui se trouve honorée, toute grossesse qui se voit ennoblie et qui mérite le nom de plénitude. Le fait qu’un cycle féminin, dans l’Histoire, ait un jour abouti à la conception du Verbe dans la nature humaine, proclame hautement la dignité de la féminité inséparable de sa mission maternelle, et l’immense respect dont elle doit être entourée. »
Cela est faux théologiquement. La féminité de toute femme et le cycle féminin ne prennent pas de dignité extraordinaire de la dignité de la maternité de Marie, conçue sans péché et dont le fils est Dieu. Les femmes normales n’ont pas Dieu pour fils et peuvent être en état de péché mortel. Ce qui donne de la dignité à l’homme et à la femme, c’est d’être en état de grâce par le baptême catholique et la confession qui viennent les laver de leurs péchés.
Saint Thomas d’Aquin dit que l’homme perd sa dignité en péchant car en péchant, il s’écarte de l’ordre de la droite raison. II-II q.64 a.2, ad 3.
Léon XIII dans « Immortale Dei » dit :”Si l’intelligence adhère à des opinions fausses, si la volonté choisit le mal et s’y attache, ni l’une ni l’autre n’atteint sa perfection, toutes deux déchoient de leur dignité native et se corrompent. Il n’est donc pas permis de mettre au jour et d’exposer aux yeux des hommes ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, et bien moins encore de placer cette licence sous la tutelle et la protection des lois. »
Donc il faut se méfier beaucoup de ce courant de l’Eglise conciliaire qui ne cesse d’exalter l’homme et la dignité humaine, sans préciser que le péché et l’adhésion à des erreurs font perdre en grande partie cette dignité.
Il est vrai que l’homme, en tant qu’il est à l’image de Dieu par son intelligence et sa volonté possède une certaine dignité ontologique, mais il faut tout de suite préciser que le péché ainsi que l’adhésion à des erreurs le font déchoir en grande partie de cette dignité, et que s’il n’est pas en état de grâce, il passe à côté de la dignité d’enfant de Dieu qui est la seule importante : en effet, il est absolument nécessaire d’être en état de grâce pour aller au ciel. Il faut donc rappeler l’importance du baptême et de la confession pour obtenir puis recouvrer l’état de grâce si on l’a perdu. Or l’Eglise conciliaire ne parle presque jamais de la nécessité d’être en état de grâce pour se sauver, ce qui est infiniment dommageable pour les âmes.
La maternité d’une femme n’a pas de dignité spéciale liée à Marie. Au lieu de louer en Marie ce qui est admirable, c’est-à-dire son âme sainte, plus sainte que tous les saints réunis de tous les temps, (enseigne Saint Alphonse de Liguori dans « Les gloires de Marie »), on la rabaisse à son cycle féminin, c’est-à-dire à une fonction purement physiologique sans noblesse particulière. C’est une offense envers Marie, faite avec une bonne intention, mais il faut se conscientiser du problème. C’est une vision païenne de Marie.
Il y a aussi une sacralisation indue de toutes les femmes, dans le texte de ce Bénédictin. Il est dangereux et faux de dire que la féminité doit être considérée « avec un immense respect ». Cela rappelle la phrase de Paul VI qui dit : « Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ». La spiritualité du cycle féminin amène à vouer un culte à la féminité, au cycle féminin, au lieu de se tourner vers Dieu. Elle est anthropocentrique alors que la spiritualité authentique est théocentrique et christocentrique. La vérité est que la féminité n’a pas de dignité particulière. C’est le fait d’être en état de grâce qui donne une dignité.
p. 29, Gabrielle Vialla présente ainsi le mystère de la Rédemption : « L’autre réponse, née de la Passion, de la Croix, est l’abaissement du masculin dans le Christ pour glorifier le féminin, l’Eglise. Cet abaissement est consenti par le masculin qui s’offre lui-même. »
C’est une conception totalement erronée de la Passion et des relations entre le Christ et l’Eglise. Jésus n’a absolument pas voulu glorifier le féminin mais il a voulu racheter les âmes par son sang précieux. Considérer Jésus comme le principe masculin face à l’Eglise qui serait le principe féminin est faux et découle de la fausse interprétation de l’épître aux Ephésiens V, 31-32 que nous avons étudiée auparavant. Il y a ici une sexualisation erronée.
L’Eglise, même si elle est appelée notre Mère, n’est pas féminine. En effet, nous sommes dans l’ordre de la grâce ou la sexualisation n’intervient pas. L’Eglise est le Corps mystique du Christ. Jésus nous incorpore à Lui par la vie de la grâce sanctifiante. Quand on dit que l’Eglise est l’épouse du Christ, nous sommes dans l’ordre surnaturel. Il n’y a donc aucune notion sexuelle ni aucun principe masculin ou féminin. Il s’agit d’une union de charité par laquelle les âmes adhèrent à Dieu par la grâce sanctifiante et la remise de leur volonté.
15) Une parenté avec le mouvement ésotérique du Féminin sacré
« Prier avec le cycle féminin » rejoint en partie, par plusieurs des erreurs exposées dans cet article, le mouvement ésotérique, repris par le New Age, du Féminin sacré. Le Féminin sacré est un concept qui vient du démon.
Certes, il n’y a pas de dimension magique de sorcellerie dans « Prier avec le cycle féminin », ni d’intervention de divinité païenne, contrairement à ce qu’on trouve souvent dans le Féminin sacré, mais il y a une exaltation du cycle féminin comme source de vie intérieure, il y a la notion de guérison, d’épanouissement psychologique, de mystique liée à la féminité, une exaltation et une sacralisation de la féminité qui doit « être entourée d’un immense respect », nous dit ce Bénédictin hétérodoxe.
Il faut se méfier cependant que l’intervention des quatre éléments présentés dans « Prier avec le cycle féminin » comme influençant la vie spirituelle peut être un premier pas vers la magie ésotérique.
Voici ce que dit la sociologue Constance Rimlinger au sujet du Féminin sacré :
« À l’intersection de la spiritualité et du développement personnel, le Féminin sacré s’inscrit dans une quête de sens et de « mieux-vivre » caractéristique de la « nébuleuse psycho-philo-spirituelle » (Garnoussi, 2007). […] S’inscrivant dans une quête de sens et de réenchantement du monde, cette démarche présente des caractéristiques des spiritualités alternatives inscrites dans le sillon du Nouvel Âge (New Age) et dans la « nébuleuse mystique-ésotérique » : la primauté accordée à l’expérience, l’appel à cultiver son intériorité, à habiter son corps, l’optimisme quant aux possibilités pour l’humanité de « s’éveiller », d’entrer dans une période d’harmonie, ainsi que l’accent mis sur la transformation intérieure et sur la notion de guérison, avec un « débordement […] à la fois du côté du magique et du côté du psychologique ». (cf. Wikipédia, article « Féminin sacré »)
Mis à part le mot « magique », cette définition du Féminin sacré correspond bien à l’esprit de ce livre. Gabrielle Vialla veut amener l’Eglise à s’éveiller en adoptant la spiritualité du cycle féminin, présenté comme source d’harmonie et seul moyen pour les femmes d’accéder à la plénitude de la vie spirituelle.
D’après la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, « Le féminin sacré est présenté comme un travail « de reconnexion du corps et de l’esprit […] ». (Wikipédia, article Féminin sacré). C’est ce que « Prier avec le cycle féminin » veut faire, en proposant aux femmes « d’unifier en elles toutes les dimensions de leur être » et en voulant faire intervenir le cycle féminin dans la spiritualité.
La suite de la définition de la Mission interministérielle ne correspond pas au livre de Gabrielle Vialla car « Prier avec le cycle féminin » ne fait pas appel au karma ou à l’énergie quantique ou à la sorcellerie, alors que la Mission interministérielle dit que le Féminin sacré y fait appel. Mais au plan idéologique, il y a une parenté.
16) Un dessin de couverture offensant pour Dieu
La couverture du livre représente l’appareil génital féminin déguisé en composition florale. On reconnaît de chaque côté de la composition florale, les trompes de Fallope, sous forme de longues tiges incurvées, se terminant par des roses. Tout autour de cette composition florale, on voit une croix, un calice, une Bible etc. L’appareil génital féminin est donc le centre de la composition, et les symboles divins gravitent autour, comme des satellites.
Associer une croix et un calice à une représentation de l’appareil génital est offensant pour Dieu. Dans le dessin, l’appareil génital tient la vedette et les symboles religieux sont représentés comme subalternes : cela montre bien l’anthropocentrisme de cette doctrine.
Encore une fois, je sais bien que l’auteur n’a pas voulu offenser Dieu et a une très bonne intention, mais de fait, l’offense est présente.
17) Une spiritualité authentique : Soeur Elisabeth de la Trinité et Dom Marmion
Sr Elisabeth de la Trinité, loin de se focaliser sur elle-même, cherchait à s’oublier. Dans sa prière « Elévation à la Trinité », elle dit : « O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité ! »
Elle dit aussi plus loin : « O Feu consumant, Esprit d’amour, survenez en moi afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe ; que je lui sois une humanité de surcroît, en laquelle il renouvelle son mystère. »
La vraie spiritualité pour une femme n’est donc pas une exaltation de la féminité et une introspection au sujet de son cycle féminin, mais l’oubli de soi et une transformation dans le Christ, comme pour les hommes.
Dom Marmion, un moine bénédictin très célèbre, réputé pour ses connaissances théologiques et sa direction spirituelle, dans les premières pages du « Christ dans ses mystères », dans la conférence intitulée « Les mystères du Christ sont les nôtres », cite Saint Paul : « Voici que je fléchis les genoux devant le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, afin qu’il vous donne en abondance la force de son Esprit pour former en vous l’homme intérieur. »
Le directeur spirituel n’est donc pas le cycle féminin, mais l’Esprit Saint qui doit former en nous l’homme intérieur.
Saint Paul poursuit : « Je lui demande même que vous arriviez à connaître la charité du Christ, qui dépasse toute science ».
Donc la vraie science, c’est connaître la charité du Christ, ce n’est pas connaître le cycle féminin.
Dom Marmion poursuit, un peu plus loin : « C’est pourquoi Saint Paul ramène toute la formation de l’homme intérieur à la connaissance pratique du mystère de Jésus. » […] « Celui – ci est mon Fils Bien aimé, écoutez-le ». Tout ce que le Père demande de nous se ramène à ce point : contempler Jésus, son Fils, l’écouter, pour l’aimer et l’imiter […] »
Dom Marmion dit : « Notre piété doit être basée sur la foi et sur la connaissance que Dieu nous a donnée des choses surnaturelles et divines. Une piété qui n’est fondée que sur le sentiment est aussi fragile et aussi éphémère que le sentiment qui lui sert de base : c’est une maison bâtie sur le sable. »
Il est donc mauvais d’utiliser les prières pour exprimer les états d’âme du cycle féminin, comme cela a été conseillé pour les psaumes, par exemple. C’est une piété basée sur le sentiment et centrée, non plus sur la connaissance de Dieu, mais sur la connaissance du cycle féminin et l’introspection de ses états d’âme. Il y a donc une inversion spirituelle dans « Prier avec le cycle féminin » qui égare les âmes au lieu de les conduire à Dieu.
Dom Marmion poursuit :
« Au contraire, quand notre piété est basée sur la foi, sur des convictions qui résultent elles-mêmes d’une connaissance profonde des mystères de Jésus […] elle est comme un édifice bâti sur le roc, c’est-à-dire inébranlable. » […] « Je vous ai créés à mon image et à ma ressemblance, disait Notre-Seigneur à Sainte Catherine de Sienne […] En conséquence, je ne cesse plus de travailler à vous rendre semblables à moi, autant que vous en êtes capables […] C’est pourquoi la contemplation des mystères du Christ est si féconde pour l’âme. La vie, la mort, la gloire de Jésus sont l’exemplaire de notre vie, de notre mort, de notre gloire. N’oubliez jamais cette vérité : le Père éternel ne nous agrée que pour autant que nous imitons son Fils, que pour autant qu’il voit en nous la ressemblance avec son Fils. Pourquoi cela ? Parce que « c’est à cette ressemblance que, de toute éternité, il nous a prédestinés » (Rom. VIII, 29). Il n’y a pas pour nous d’autre forme de sainteté que celle que nous a montrée le Christ ; la mesure de notre perfection est fixée par le degré de notre imitation de Jésus et notre union à lui. »
Dom Marmion insiste bien sur le fait qu’ « il n’y a pas pour nous d’autre forme de sainteté que celle que nous a montré le Christ ». Donc la forme de sainteté à partir du cycle féminin est une fausse spiritualité qui ne vient pas de Dieu. La mesure de la perfection de l’âme n’est donc pas sa connaissance du cycle féminin, mais son degré d’imitation de Jésus. Notre perfection est d’imiter le Christ dans ses mystères, dans l’esprit enseigné par l’Eglise depuis deux mille ans.
Dom Marmion explique ensuite que le Christ veut nous revêtir de ses mérites, mais bien sûr, pour cela, il faut vivre dans la doctrine catholique. Il faut donc renoncer à la doctrine hérétique du cycle féminin, considéré comme le moyen pour les femmes de vivre pleinement leur vie spirituelle. Dom Marmion dit ensuite que c’est par la liturgie que nous sommes éduqués par l’Eglise à nous conformer au Christ et tout au long du livre, il explique comment nous pouvons nous approprier les mystères du Christ et ainsi être transformés en Jésus.
J’espère avoir convaincu Gabrielle Vialla de la nocivité de sa doctrine pour elle et pour les âmes. Bien qu’elle se soit défendue de vouloir exposer une doctrine, dans son article écrit en réaction au mien, il faut reconnaître qu’elle expose une doctrine, tout au long de son livre, comme le prouvent les citations que nous avons étudiées, et qu’elle présente cette doctrine comme indispensable aux femmes qui veulent la plénitude de la vie spirituelle et leur place dans l’Eglise.
Je ne lui jette cependant pas du tout la pierre. On voit dans le livre la bonne volonté de Gabrielle Vialla. L’auteur est victime de prêtres ayant une fausse doctrine et elle est victime de mauvais enseignements qui circulent dans l’Eglise moderniste actuelle. La mauvaise interprétation de Genèse, I, 27 : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Homme et femme Il les créa. » ainsi que la mauvaise interprétation de l’épître aux Ephésiens V, 31-32 sont les sources de cette fausse spiritualité.
Je lui conseille vivement, par amour pour son âme et pour les âmes de sa famille et de ses lecteurs, de devenir catholique traditionnelle et de retirer son livre de la vente.
Jésus attend sa conversion à la bonne doctrine avec amour. Il sait qu’en raison de la crise de l’Eglise, il est devenu très difficile de trouver la vérité. Il voit ses bonnes intentions et son désir de sainteté et il est prêt à lui pardonner et à lui donner de belles grâces, cette fois-ci qui viendront de Lui.
Pour nourrir nos âmes avec sécurité, voici une liste de livres de spiritualité très précieux, qui sont approuvés par l’Eglise, conformes à la doctrine catholique traditionnelle et qui donnent beaucoup de grandes grâces.
– Les gloires de Marie, de Saint Alphonse de Liguori
– L’art d’aimer Jésus-Christ, de Saint Alphonse de Liguori
– Introduction à la vie dévote, par Saint François de Sales
– La doctrine spirituelle de Soeur Elisabeth de la Trinité, par M. Philipon
– Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Œuvres complètes
– Tous les livres de Dom Marmion, en particulier « le Christ vie de l’âme » et « le Christ dans ses mystères ».
– « Un appel à l’amour ». Il s’agit des paroles de Jésus à Soeur Josefa Menendez entre 1921 et 1923. Pie XII a approuvé ces révélations, quand il était encore cardinal Pacelli.
Jésus a dit à Josefa :
« Je te découvrirai les secrets brûlants de mon Cœur et ils serviront au bien d’un grand nombre d’âmes. Je désire que tu écrives et que tu gardes tout ce que Je te dirai. Tout se lira quand tu seras au ciel. […] Je veux que le monde soit sauvé… que la paix et l’union règnent en lui. Je veux régner et Je régnerai par la réparation de mes Ames choisies et par une nouvelle connaissance de ma Bonté, de ma Miséricorde et de mon Amour. […] Mes Paroles seront Lumière et Vie pour un nombre incalculable d’âmes. Toutes seront imprimées, lues et prêchées, et Je leur donnerai une grâce spéciale, afin qu’elles éclairent et transforment les âmes. »
Le livre est passé dans le domaine public. Rentrez dans google ce lien, pour télécharger gratuitement le livre
– Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, par Saint Louis-Marie Grignon de Monfort.
– « Sœur Marie Marthe Chambon et les saintes plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ ». On peut se procurer la réédition de la brochure de 1924 sur le site des éditions Rassemblement à son Image.
On peut lire la brochure en ligne presqu’intégralement sur ce lien
Cette brochure sur les Saintes Plaies enseigne deux invocations très puissantes, révélées par Jésus lui-même à Sr Marie-Marthe Chambon, pour sauver les âmes en très grand nombre. Ces invocations sont : « Mon Jésus, pardon et miséricorde, par les mérites de vos Saintes Plaies » et « Père éternel, je vous offre les Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour guérir celles de nos âmes. » Jésus demande que de nombreuses personnes les récitent pour sauver le monde. Il a institué le rosaire des Saintes Plaies. Il dit que le monde sera sauvé en grande partie par cette dévotion unie à la dévotion à Marie Immaculée. Jésus fait de très belles promesses à ceux qui seront fidèles à cette dévotion.
La dévotion a été approuvée par Saint Pie X en 1908 et en 1924 les deux invocations enseignées par Jésus ont été enrichies chacune par Rome de 300 jours d’indulgence, gagnables par tous les fidèles qui les diraient, à chaque fois qu’ils les prononceraient. Ces indulgences sont valables à perpétuité.
Notons que certains sites présentant cette dévotion se sont permis de changer les paroles de Jésus en introduisant dans les invocations le tutoiement au lieu du vouvoiement initial enseigné par le Christ. Il faut donc réciter ces invocations en gardant le vouvoiement.
– « Sœur Marie-Marthe Chambon, religieuse de la Visitation Sainte Marie de Chambéry, 1841-1907 », 1928, livre réédité en 2011 par les Editions Saint Rémi.
– Manuel de l’archiconfrérie de la Sainte Face :
Il s’agit d’autres prières très puissantes enseignées par Jésus à Sœur Marie de Saint Pierre, une carmélite de Tours, pour réparer les péchés et sauver les âmes. C’est Jésus qui a demandé l’organisation de cette confrérie. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus portait sur elle en permanence une mèche de cheveux de Sr Marie de Saint Pierre. La sainte de Lisieux a développé sa grande dévotion à la Sainte Face grâce à ces révélations, approuvées par l’Eglise.
– Le livre de la grâce spéciale (Révélations de Sainte Mechtilde) :
« […] après avoir prié Dieu pour tous ceux qui liraient ce livre, [Mechtilde] lui demanda quel mérite peuvent acquérir ceux qui aiment le don de Dieu chez autrui, et elle reçut cette réponse [de Jésus] : « Tous ceux qui aiment mes dons chez les autres recevront le même mérite et la même gloire que ceux à qui j’ai octroyé cette grâce. Si une fiancée était ornée d’une parure exquise qui la ferait briller au milieu de ses compagnes, d’autres fiancées pourraient acquérir une parure semblable et devenir aussi belles ; ainsi les âmes de ceux qui, par leur charité, s’approprient de tels dons, peuvent gagner le mérite et la gloire que je destine aux personnes enrichies de ces dons. » (Cinquième partie, ch. XXIII)
– Le héraut de l’amour divin (Révélations de Sainte Gertrude)
Jésus a dit à Sainte Gertrude, au sujet du « héraut de l’amour divin » :
« Tu ne sortiras pas de ce monde, que tu n’aies achevé d’écrire… Je l’exige : je veux que tes écrits soient, pour les derniers temps, un gage de ma divine bonté : par eux je ferai du bien à un grand nombre… tandis que tu écriras, je tiendrai ton cœur près du mien, et j’y distillerai goutte à goutte, ce que tu devras dire. […] Si quelqu’un cherche dans ces pages les biens spirituels de son âme, je l’attirerai tout près de moi, je prendrai part à sa lecture […] j’aspirerai le souffle des désirs de cette âme et ils viendront émouvoir en sa faveur les entrailles de ma miséricorde ; de mon côté je lui ferai respirer le souffle de ma divinité, et elle sera toute renouvelée intérieurement. […] Par la vertu de ma Divinité, celui qui pour ma gloire lira ce livre avec une foi droite, une humble dévotion, une amoureuse reconnaissance et pour y trouver le bien de son âme obtiendra la rémission de ses péchés véniels, la grâce des consolations spirituelles, et de plus une disposition à recevoir un accroissement des biens célestes. »
Lire la réponse de Gabrielle Vialla.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Etude sur le livre « Prier avec le cycle féminin » : ce livre est-il conforme à la doctrine catholique ? (Partie II sur III)
Image : Les quatre éléments présentés faussement comme pouvant aider à la prière par l’auteur de “Prier avec le cycle féminin”
5) Locution intérieure (?) et charismes : quand le démon se déguise en ange de lumière
Page 15, il semblerait que l’auteur ait eu une locution intérieure (à moins que ce ne soit une personne humaine qui lui ait parlé, ce n’est pas net). Gabrielle Vialla commente ainsi son état d’esprit, après avoir lu la phrase du Chartreux :
« Je prie avec mon cycle. Voilà tout simplement. Il me restait à comprendre comment tout cela s’articule concrètement dans la vie spirituelle. Immédiatement, je perçus la présence de l’Ami qui non seulement pouvait me comprendre mais me comprenait déjà depuis le début. Je m’entendis déclarer un jour : « Bien sûr que le Christ s’intéresse au cycle féminin. Il a guéri la femme hémorroïsse. » Une certitude à partager. »
Il est faux de faire cette interprétation de l’évangile. Jésus voulait guérir cette femme parce qu’elle souffrait, sans vouloir aucunement marquer un intérêt quelconque pour le cycle féminin.
En discernement spirituel, faut se méfier des locutions intérieures, des sensations de présence, qui peuvent venir du démon. Donc s’il y eu une locution intérieure, comme le texte semble le suggérer, il faut la rejeter, car elle promeut une nouveauté dans l’enseignement bimillénaire de l’Eglise, en ne le faisant pas aller dans le même sens que le développement de la Tradition, mais au contraire en introduisant une rupture, ce qui est signe d’hérésie, selon Saint Vincent de Lérins (Commonitorium).
L’auteur parle aussi de recevoir des charismes, p. 129 : Elle dit qu’à une certaine période du cycle féminin, c’est le moment de « recevoir les dons de l’Esprit, recevoir de l’Esprit Saint les fameux charismes, non pour soi mais pour les autres. »
Il faut se méfier de nombreux pseudo charismes qui viennent du démon. L’origine des « charismes » qui refont surface, depuis quelques décennies, est une secte protestante, les Pentecôtistes. Ce sont eux qui ont commencé à ressentir des « charismes ». Puis un jour, ils les ont transmis à des catholiques oecuménistes et le mouvement charismatique catholique est né. Mais étant donné que ce mouvement et ces charismes viennent du protestantisme, nous pouvons être certains que cela ne vient pas de Dieu.
Le Saint Esprit en effet ne peut intervenir chez des protestants ou chez les charismatiques catholiques qui tirent originellement leurs pseudo-charismes de protestants. Dieu ne soutient pas l’hérésie protestante ou ce qui est issu de cette hérésie. Au contraire, il la combat pour sauver les âmes. Dieu combat le protestantisme, comme Saint François de Sales par exemple nous l’a montré, par son zèle à convertir les protestants, pour sauver leurs âmes. Les charismes actuels liés au courant charismatique ne sont donc pas de Dieu, puisqu’ils viennent du protestantisme.
Par exemple, concernant le charisme du parler en langues, plusieurs personnes de différentes assemblées, lors de manifestations de ce type, ont témoigné qu’elles reconnaissaient la langue étrangère dans laquelle parlaient les personnes et qu’il s’agissait de blasphèmes.
Une religieuse qui venait de Papouasie et assistait à une réunion de la communauté du Lion de Juda, a reconnu dans le parler en langue de cette réunion la langue de la Papouasie et elle a dit qu’il s’agissait de blasphèmes.
Il faut donc ne pas chercher à avoir de charismes, qui sont quasiment toujours des pièges du démon. Actuellement, Dieu ne donne qu’extrêmement rarement des charismes authentiques. Il les donne uniquement à de très grands saints comme Padre Pio.
6) Un problème de discernement des esprits
Dans l’article qui a été fait contre mon article, l’auteur écrit : « Mon hypothèse, vous l’avez compris, est que le cycle féminin dans son articulation avec la vie spirituelle, parmi d’autres problématiques corporelles fait peur, particulièrement peur. J’en témoigne dans mon ouvrage. Une vie spirituelle sans corps serait tellement plus facile. Une vie spirituelle en niant le cycle féminin semblerait tellement plus facile. Le démon le susurre aussi à qui mieux mieux… »
L’auteur affirme que c’est le démon qui inspire de refuser l’intrusion dans la prière du cycle féminin. La vérité est que c’est exactement l’inverse : c’est le démon qui inspire de prier avec le cycle féminin. On le sait car cela est une nouveauté en rupture avec la Tradition de l’Eglise, incompatible avec la nature spirituelle de l’âme et la nature spirituelle de l’union avec Dieu, comme nous l’avons étudié précédemment en partie I. De plus, nous verrons en partie III de l’étude que cette intrusion du cycle féminin dans la prière se rapproche d’un courant ésotérique très dangereux.
7) Une perception erronée du cycle féminin, au plan naturel
L’auteur dit que le cycle féminin fait peur. C’est peut-être vrai pour certaines femmes qui ont des problèmes psychologiques, mais je ne vois pas pourquoi nous devrions avoir peur de la physiologie inventée par Dieu.
Par contre, nous devons avoir la crainte de Dieu, premier des dons du Saint Esprit. La crainte de Dieu, c’est la crainte filiale de l’offenser par le péché. Et sur ce point, oui, nous devons craindre la fausse doctrine du cycle féminin qui vient fausser complètement la vie spirituelle en la sexualisant.
L’auteur dit dans le livre p. 36 que nous devons laisser « l’Esprit Saint nous indiquer ce qu’il convient de demander au Christ Sauveur comme guérison de notre féminité blessée. Elle présente le cycle féminin comme une blessure, ce qui est étrange et peu conforme à la réalité. Page 11, elle dit : « ma féminité est blessée, mon cycle est blessé ». Elle dit aussi page 36 que notre « psychologie blessée » a besoin d’être guérie, que notre intelligence est « embrumée sur les sujets du cycle, de la sexualité et de la vie ».
P. 24, elle demande : « Mais désirons-nous alors des guérisons humaines de notre cycle, et que celles-ci aient un certain impact spirituel ? »
Je ne vois pas pourquoi l’auteur présente à plusieurs reprises dans le livre toutes les femmes non initiées à sa doctrine comme étant « blessées » et ayant besoin d’être guéries ou converties. De plus, il ne faut pas établir de lien entre le cycle féminin et la vie spirituelle, en affirmant que celui-ci peut avoir un impact sur celle-là. C’est hérétique.
Page 36, l’auteur affirme : « Le bien-être par et dans le cycle est important et il n’y a rien d’égoïste à le demander. […] La guérison de la féminité va nous obliger à la maternité spirituelle. »
L’auteur établit donc un lien entre le bien-être du cycle féminin et la maternité spirituelle, celle-ci étant présentée comme le fruit du bien-être dans le cycle féminin. C’est hérétique de dire cela et cela dénature complètement la beauté de la véritable maternité spirituelle.
La véritable maternité spirituelle n’a aucun lien avec le cycle menstruel. La maternité spirituelle, c’est sauver les âmes de l’enfer en offrant pour elles au Père céleste Jésus, son Sacré-Coeur, les mérites de toute sa sainte vie, particulièrement les mérites de sa Passion, sa présence dans l’hostie consacrée, sa sainte Face, ses Saintes Plaies. C’est faire nos actions en union avec celles du Christ pour leur donner ainsi une valeur méritoire infinie pour sauver les âmes.
8) Les quatre éléments et les périodes du cycle féminin, présentées comme devant diriger la vie spirituelle de l’âme.
Gabrielle Vialla dit, p.40 : « [J’] ai choisi de décrire le cycle avec les quatre éléments ». L’auteur scinde donc le cycle féminin en quatre périodes correspondant chacune à un élément (air, eau, terre, feu). Cette correspondance des périodes du cycle avec les quatre éléments est une invention de l’auteur, de son propre aveu. Certains courants ésotériques aiment beaucoup utiliser les quatre éléments et l’auteur, sans s’en apercevoir, se fait contaminer.
L’auteur dit p. 64 : « Je vais tâcher de décrire comment chaque élément ou période de cycle peut aider à un type de prière ». Les quatre éléments et le suivi des différentes périodes du cycle féminin deviennent donc la direction spirituelle de l’âme. C’est très nocif et ésotérique. On remplace l’action du Saint Esprit par les hormones et les quatre éléments, pour nous aider nos prières. Il faut se méfier que derrière chacun des quatre éléments, peut se cacher un démon, si l’on commence à se faire aider dans notre prière par ces éléments.
L’auteur conseille certains types de prières pour chaque période du cycle. Il y a par exemple la période du cycle propice aux psaumes, parce qu’ils permettent d’exprimer la détresse ou la joie des différentes moments du cycle féminin (p. 93), la période propice à la lecture spirituelle, la période propice à la contemplation, etc. Ce sont donc non plus le Saint Esprit et le cycle liturgique institué par Lui, qui dictent la vie spirituelle mais le cycle féminin et les quatre éléments. Les psaumes ne sont plus la prière du Christ, mais servent à exprimer les états d’âme de la femme liés à ses cycles hormonaux.
9) Le problème de la théorie de l’estime de soi, très à la mode en psychologie
A deux reprises, l’auteur, influencée par un courant actuel de la psychologie, affirme qu’il est important d’avoir l’estime de soi. Page 75, elle dit que la période du cycle menstruel correspondant à l’eau est le moment « pour grandir dans une juste estime de soi ».
Cela s’oppose à la doctrine de l’Eglise qui dit que nous devons nous mépriser. Saint Augustin dit que la cité de Dieu, c’est l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi et que la cité de Satan, c’est l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu.
Les maîtres spirituels nous enseignent que nous devons nous mettre à la dernière place. Jésus nous le dit aussi dans l’évangile. La Sainte Vierge nous enseigne que Dieu exaltera les humbles, dans son Magnificat. Prôner l’estime de soi est donc mauvais pour la vie spirituelle.
Mais le mépris de soi n’empêche pas d’attendre de Dieu la sainteté pour nous, bien au contraire. C’est parce que nous nous serons méprisés que nous obtiendrons la sainteté. L’humilité va de pair avec les grands désirs et la confiance de les voir réalisés un jour. C’est par exemple la spiritualité de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui sait qu’elle est un petit enfant qui ne peut même pas franchir la première marche de l’escalier de la perfection, mais qui a confiance que Jésus viendra un jour la prendre dans ses bras et la porter tout en haut de l’escalier.
10) Le problème de l’identité spirituelle de la femme
P. 15, on peut lire : « Seigneur me voici. Je désire venir déposer mes fardeaux liés à mon cycle et apprendre de vous qui je suis, et ce que je dois devenir. »
p. 109, un paragraphe s’intitule : « rendre grâce d’être femme avec les psaumes ». P. 110, l’auteur écrit : « Recevoir notre féminin cyclique est une occasion extraordinaire d’amour de Dieu »
La relation à Dieu est donc sexualisée, ce qui modifie la prière en profondeur, la pervertit en la rendant dépendante du cycle féminin. Le féminin cyclique ne peut produire la charité théologale. C’est impossible.
Pour l’auteur, l’étude et la contemplation du cycle féminin révèlent la femme à elle-même, lui donnent son identité spirituelle et sa vocation face au Christ, ce qui est faux et malsain. Il n’y a pas de spiritualité chrétienne du cycle féminin.
Notre identité spirituelle nous sera donnée par Jésus, en fonction de la participation qu’il veut nous donner à ses mystères. Nous verrons en partie III de cette étude les explications de Dom Marmion à ce sujet.
11) Une doctrine hérétique présentée comme obligatoire pour l’épanouissement spirituel complet de la femme.
Page 54 : « Faisons-nous de notre cycle féminin un obstacle ou une école pour notre vie intérieure ? Tel est le défi qui se présente pour chaque femme lorsqu’elle a son cycle inscrit en elle. »
Ce pseudo-défi se présente à « chaque femme », selon l’auteur : cela implique donc que si nous refusons de prier avec le cycle féminin, nous faisons obstacle à notre vie intérieure, dans l’esprit de l’auteur. Elle ne présente pas d’alternative.
Elle poursuit encore, p. 54 : « La connaissance fine du cycle féminin est une école d’acceptation de soi, de réceptivité, une école pour l’altérité du masculin et du féminin. A l’instar du cycle liturgique, nous l’avons déjà dit, à son humble place, il peut pourtant être une école de vie spirituelle. Conjointement, il m’est évident que le cycle féminin, nié, non accepté dans sa réalité prosaïque, peut aussi devenir une gêne pour la vie spirituelle. »
Comparer le cycle féminin au cycle liturgique et le présenter comme école de vie spirituelle est faux. L’auteur fait pression à plusieurs reprises sur ses lectrices en leur présentant que si elles refusent sa doctrine, elles seront moins saintes.
p. 56 : « Le monde, l’Eglise a besoin des femmes qui, n’ayant pas pu vivre pleinement leur cycle ou en ayant souffert, désirent toucher le Christ et tout remettre à sa miséricorde. Elles sauront alors témoigner de la Vie reçue et souhaiter aux autres femmes de faire une rencontre personnelle avec le Sauveur. »
L’auteur affirme donc que vivre pleinement son cycle féminin permet de recevoir la Vie (avec une majuscule) de la part du Christ et permet de le rencontrer personnellement. Le cycle féminin est donc présenté comme donnant la grâce sanctifiante (la Vie) et comme procurant une expérience mystique. C’est hérétique de dire cela et cela présente des parentés avec le mouvement ésotérique dont nous parlerons en partie III de l’étude.
La vérité est que la grâce sanctifiante vient des sacrements et peut augmenter en nous de degré en degré si nous faisons des actes de ferveur explique Tanquerey dans son « Précis de théologie ascétique et mystique ». Mais notre ferveur doit être orientée selon la doctrine catholique et ne doit pas s’égarer dans de fausses doctrines, sinon, nous mettons notre âme en danger de se perdre. Les expériences mystiques des saints authentiques viennent d’une conformité au Christ dans ses mystères et d’une union de volonté avec Lui.
p. 56, l’auteur écrit : « Lorsqu’il nous a été donné de connaître suffisamment jeune la beauté du cycle, gardons-nous du moindre jugement sur nos aînées, et remercions celles qui donnent un témoignage généreux verbalement ou implicitement. Souhaitons à toutes les femmes qui peuvent le vivre d’unifier en elles toutes les dimensions de leur être, au plus tôt. Rappelons qu’il n’est jamais trop tôt ou trop tard pour se tourner vers le Christ. »
Donc pour l’auteur, on se tourne vers le Christ quand on connaît la « beauté » du cycle féminin. C’est faux. En se tournant vers le cycle féminin, on quitte au contraire le plan surnaturel pour s’abaisser à l’étude d’un processus physiologique qui n’a aucune valeur spirituelle. On avilit sa spiritualité. Les femmes qui refusent la pseudo-spiritualité du cycle sont présentées par l’auteur comme étant moins avancées dans la vie spirituelle et comme n’ayant pas unifié toutes les dimensions de leur être. Si l’on tape dans google entre guillemets : « unifier les dimensions de l’être », on tombe sur des sites ésotériques. Cette notion ne se trouve pas dans la spiritualité catholique.
p. 59, de nouveau la fausse spiritualité du cycle féminin est présentée comme indispensable pour avoir une vraie relation à Dieu et pour se sentir bien. L’auteur affirme :
« Dieu n’impose jamais sa présence, pourtant il est la Présence même, présent car Créateur, présent car Rédempteur par la grâce des sacrements. En retour, comment puis-je être présente à lui, si je ne le suis pas à moi-même ? Comment puis-je être présente à moi-même, si je fuis une dimension dynamique essentielle de mon être [c’est-à-dire le cycle féminin], qui va impliquer mes capacités corporelles, intellectuelles, relationnelles ? »
La notion moderne et psychologisante d’ « être présent à soi-même » désigne un faux développement personnel. D’après un centre de sophrologie et de yoga, « Être présent à soi-même signifie être à l’écoute de son corps, de ses émotions. » Or dans la spiritualité authentique, il faut au contraire s’oublier, comme nous le verrons plus loin avec la très belle prière d’Elisabeth de la Trinité. De plus, Gabrielle Vialla, trompée par la phrase de ce Chartreux, donne une importance exagérée au cycle féminin en disant qu’il implique même les capacités intellectuelles et relationnelles.
p. 133 : « Il n’y a pas d’espoir que la femme soit à sa place dans l’Eglise, si la femme ne tire pas de Dieu une notion d’elle-même et du féminin cyclique, bien supérieure à ce qu’elle en tire communément aujourd’hui. »
Cette affirmation implique donc que jusqu’à présent les saintes n’étaient pas bien à leur place dans l’Eglise, parce qu’il leur manquait la connaissance du cycle féminin. C’est un affront fait à la Tradition de l’Eglise et fait aux innombrables saintes qui sont dans l’Eglise depuis des siècles. C’est (sans le vouloir et de façon inconsciente de la part de l’auteur) une injure faite à Dieu qui n’aurait soi-disant pas bien veillé à l’épanouissement de la femme dans l’Eglise jusqu’à présent.
Ce livre prétend donc apporter à l’Eglise quelque chose de nouveau, quelque chose que l’Eglise n’avait soi-disant jamais compris auparavant. L’enseignement vient donc non plus de la Révélation et des autorités de l’Eglise qui l’explicitent, mais il vient de la base. Il vient d’une fidèle, induite en erreur par un prêtre Chartreux.
La foi catholique est réinventée et réinterprétée et, en fait, des erreurs graves sont diffusées, parce que les fidèles de l’Eglise conciliaire ne sont plus formés doctrinalement selon l’enseignement traditionnel de l’Eglise. Ce n’est donc pas la faute de Gabrielle Vialla. Elle a seulement reçu avec confiance de mauvais enseignements. Il faut nous rappeler que la Révélation est close depuis la mort du dernier apôtre. Il est donc impossible d’introduire dans l’Eglise une nouvelle doctrine sans dévier de la foi catholique.
12) Tout homme est-il le temple de l’Esprit Saint ?
Dans l’Eglise moderniste actuelle, il est une autre erreur qui est souvent affirmée. C’est l’erreur de croire que Dieu serait présent dans le cœur de tout homme. L’auteur de « Prier avec le cycle féminin » croit peut-être cela, car elle dit, p. 96 : « Avec Saint Paul nous croyons que notre corps est le temple de l’Esprit Saint », sans préciser qu’il faut pour cela être en état de grâce.
Donc je préfère préciser la doctrine de l’Eglise, au cas où elle aurait été trompée également sur ce point : l’Esprit Saint n’est présent surnaturellement en l’homme que si l’homme est en état de grâce (grâce sanctifiante). Saint Paul parlait dans son épître uniquement pour les premiers chrétiens en état de grâce, quand il affirmait qu’ils étaient le temple du Saint Esprit.
Avant le baptême, nous ne sommes pas en état de grâce. Dans la liturgie traditionnelle du baptême, l’Eglise prononce des exorcismes sur le futur baptisé en disant : « Sors de cet enfant, esprit impur et cède la place à l’Esprit Saint Paraclet. » Donc on ne possède pas le Saint Esprit, quand on n’est pas baptisé, sauf pour quelques fidèles des fausses religions faisant partie de l’Eglise in voto (appartenance à l’âme de l’Eglise), parce qu’ils sont dans l’ignorance invincible, ont une très grande volonté de plaire à Dieu et suivent la loi naturelle. Ils sont considérés alors comme ayant le baptême de désir implicite, s’ils sont dans l’erreur sans faute de leur part.
Mais la Tradition de l’Eglise enseigne que les personnes qui appartiennent à l’âme de l’Eglise ne sont pas très nombreuses. Pie IX, dans la proposition 17 du Syllabus, condamne la proposition suivante : « on peut au moins avoir bon espoir pour le salut éternel de tous ceux qui ne se trouvent pas dans la véritable Eglise du Christ. » Jésus dans l’Evangile dit que « large est la voie qui mène à la perdition » et que beaucoup sont appelés mais peu sont élus.
Si après le baptême on perd l’état de grâce par le péché mortel et que l’on ne se confesse pas, le Saint Esprit n’habite plus en nous. Mais nous pouvons retrouver sa présence et l’état de grâce par une bonne confession.
13) Une notion fausse de la confession
Page 32, l’auteur écrit : « Lorsque nous sommes catholiques, nous avons la médiation du prêtre pour recevoir les sacrements, en particulier la confession. C’est magnifique mais aussi exigeant sur le plan humain. Cela implique, lorsqu’on est femme, d’assumer en plus la rencontre avec l’autre sexe, puisque le prêtre est un homme. L’altérité blessée du féminin et du masculin y est aussi présente. L’enjeu est de tout remettre à Dieu […] ».
C’est une conception fausse et trop humaine de la confession. L’Eglise catholique enseigne que lorsque nous allons nous confesser, ce n’est pas au prêtre que nous disons nos péchés, mais au Christ. Le prêtre est un autre Christ, dans le sacrement de confession. Il nous donne l’absolution « in persona Christi ». Cela veut dire que le Christ Lui-même nous donne l’absolution à travers le prêtre.
Il n’y a pas d’altérité blessée du masculin et du féminin. Il ne faut pas voir des blessures et créer des problèmes psychologiques là où il n’y en a pas.
Fin de la deuxième partie de l’article sur 3.
Lire la réponse de Gabrielle Vialla.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Etude sur le livre « Prier avec le cycle féminin » : ce livre est-il conforme à la doctrine catholique ? (Partie I sur III)
Image : Saint Thomas d’Aquin
Gabrielle Vialla, auteur de « Prier avec le cycle féminin, a écrit récemment un article pour défendre son livre contre mon article qui affirmait que « Prier avec le cycle féminin » n’était pas catholique, d’après la publicité qui en était faite. (NB : Il faut noter que le titre même du livre n’est pas catholique car le cycle féminin, fonction physiologique naturelle, ne peut aider à la prière qui est un acte surnaturel).
J’ai donc décidé d’acheter ce livre pour en faire une étude plus approfondie. Je livre ici cette étude, non pour le plaisir de faire de la polémique, mais parce qu’il est très important aux yeux de Dieu que les âmes gardent la bonne doctrine. Dès que l’on s’écarte de la foi catholique, on met son âme en danger de se perdre éternellement. Or ce livre s’écarte de la foi catholique et présente un grave danger pour les âmes, même s’il a été écrit avec une bonne intention.
1) L’auteur a été induite en erreur par un prêtre
Depuis le concile Vatican II, de très nombreux livres contenant des erreurs doctrinales ont été écrits par des prêtres modernistes. L’auteur explique qu’elle a reçu une lumière en lisant le livre d’un Chartreux, intitulé « Le bonheur d’être chaste ». Dans ce livre, se trouvait la phrase suivante : « Mon corps sexué pénètre mes pensées les plus intellectuelles et mes élans les plus spirituels. »
L’auteur explique, p.14 et 15 du livre : « La phrase m’est apparue immédiatement évidente et lumineuse. J’y reviens régulièrement depuis toutes ces années, en ajoutant immédiatement : « Mon corps féminin, marqué par les périodes de mon cycle, pénètre mes pensées les plus intellectuelles et mes élans les plus spirituels ». Oui, toute mon existence, jusque dans sa relation intime avec le Christ, est colorée, vivifiée ou ébranlée par mon cycle. […] Le cycle féminin pénètre les pensées et la prière. Je prie avec mon cycle. »
La phrase de ce Chartreux n’est pas correcte doctrinalement, tant au plan philosophique qu’au plan spirituel.
Au plan philosophique, Saint Thomas d’Aquin nous enseigne que l’intelligence est une puissance de l’âme. Saint Thomas, dans le Traité de l’âme dit que c’est une substance. Mais cette substance est uniquement spirituelle, puisque qu’elle appartient à l’âme. L’intelligence nous permet d’accéder à la vérité. Il est vrai, enseigne Saint Thomas, que nous commençons à connaître par les sens. Mais il ajoute que la connaissance sensible n’est pas la cause totale et parfaite de la connaissance intellectuelle, laquelle s’étend plus loin que la connaissance sensible.
Vouloir faire intervenir le corps sexué dans cet acte de connaissance et affirmer qu’il pénètre les pensées les plus intellectuelles est méconnaître le mode de fonctionnement de l’âme, voulu par Dieu. L’acte d’intelligence est indépendant de la notion de sexe et n’a rien à voir avec lui. Il y a une sorte de perversité à vouloir faire intervenir dans les pensées intellectuelles humaines la notion de sexe. De plus on ne peut dire que le corps pénètre des pensées.
Au plan spirituel, c’est encore pire. Ce Chartreux mêle la notion de « corps sexué » à « [ses] élans les plus spirituels ». Cela vient profaner la prière qui est une relation spirituelle de l’âme avec Dieu, sans aucune notion de sexe. Jésus nous a appris à prier en nous enseignant le Notre Père. Le Notre Père est la prière parfaite. Il n’y a pourtant aucune notion de « corps sexué » dans cette prière.
Gabrielle Vialla a donc pensé de bonne foi qu’elle pouvait en faire autant avec le cycle féminin et mettre le cycle féminin dans ses prières, « dans sa relation intime avec le Christ ». Elle ne s’est pas aperçu que c’était une profanation de la prière, encouragée qu’elle était par la fausse doctrine de ce Chartreux.
Certains diront : « Mais c’est faux, nous prions avec notre corps ».
Il faut distinguer : C’est vrai que nous prions avec notre corps quand nous nous agenouillons ou quand nous chantons, ou quand nous disons à Dieu que nous voulons renouveler telle prière à chaque battement de notre cœur ou à chaque respiration. Mais ces gestes, ces battements de cœur, ces respirations ne servent qu’à exprimer notre adoration, notre amour, notre louange envers Dieu. Ils sont au service de Dieu et ne deviennent pas objet de vénération ou d’introspection en eux-mêmes. Ils restent centrés sur Dieu.
A l’inverse, ce Chartreux et l’auteur de « Prier avec le cycle féminin », au lieu de se centrer sur le Christ, se centrent, l’un sur son « corps sexué », l’autre, sur « son cycle féminin ». On est passé d’une prière centrée sur Dieu à une prière centrée sur le corps sexué, ce que nous verrons tout au long de cet article, et cela pervertit toute la prière.
Gabrielle Vialla écrit, p.25 : « Si je nie mon corps, je passe à côté d’une partie de ma vie spirituelle. […] La vie spirituelle ne peut être un prétexte pour supprimer la physiologie, nier le vécu associé à ce cycle. Au contraire, une authentique relation au Christ, une intimité avec le Seigneur par le don de notre vie, sous-entend que soit assumée toute notre féminité incarnée. »
Ces paroles sont fausses. Il ne s’agit pas de supprimer la physiologie, mais de la garder à sa place. Le cycle féminin est une fonction naturelle du corps, mise en place pour avoir des enfants. C’est une fonction purement naturelle, qui ne peut aider en rien notre vie spirituelle. Dire que la femme, pour avoir une authentique relation avec le Christ, doit s’intéresser à son cycle mentruel est une hérésie. Si c’était le cas, la Tradition de l’Eglise nous l’aurait enseigné. Or, la Tradition n’a jamais rien enseigné de tel, l’auteur en convient elle-même dans la quatrième de couverture du livre. Saint Vincent de Lérins enseigne dans son Commonitorium que toute nouvelle doctrine étrangère à la Tradition est une hérésie.
Page 27 du livre, l’auteur continue à élaborer sa doctrine en affirmant : « Dieu n’a pas créé ce cycle seulement pour que nouveaux vivants puissent s’y nicher [c’est-à-dire, dans le contexte, pour faire des enfants]. Il l’a voulu aussi pour la propre croissance de la femme, et – soyons audacieuses – pour la relation que nous avons avec lui. Encore une fois, il n’est pas une dimension de notre existence qui ne soit colorée par le cycle. […] Le défi spirituel est de recevoir ce cycle pour que nous soyons pleinement nous-mêmes afin d’être pleinement à lui [Dieu]. »
L’auteur affirme par ces mots qu’on ne peut ni s’épanouir pleinement soi-même ni s’épanouir dans notre relation avec Dieu sans étudier le cycle féminin et vivre le cycle féminin. Celui-ci devient un moyen nécessaire de bien-être et de sainteté féminine. C’est hérétique. Dieu n’a pas besoin du cycle féminin pour sanctifier les femmes. Affirmer le contraire, c’est s’éloigner gravement de l’Ecriture Sainte et de la Tradition de l’Eglise, qui sont les deux sources de la Révélation. C’est ne plus être catholique et s’engager dans une voie de perdition.
De plus, au plan psychologique, il y a un problème à regarder toute notre vie au travers du prisme du cycle féminin : il est faux et malsain de dire qu’ « il n’est pas une dimension de notre existence qui ne soit colorée par le cycle ». Cela tourne à l’obsession maladive. Si nous adhérions à cela, la perception toute entière de notre vie, au plan naturel, serait gravement faussée. Cela nous mettrait dans le mal-être psychologique.
2) Erreur sur la nature de Dieu enseignée par une partie de l’Eglise conciliaire
L’auteur a été également induite en erreur par l’enseignement faux d’une partie de l’Eglise conciliaire qui donne une mauvaise interprétation des paroles de la Genèse I, 27 : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Homme et femme Il les créa. »
Certains modernistes pensent que ce verset doit s’interpréter en ce que la complémentarité des sexes masculin et féminin serait à l’image de Dieu. Gabrielle Vialla écrit p. 83 : « Ni l’homme ni la femme ne peuvent prétendre à se suffire, à leur autonomie pour se passer symboliquement de l’autre sexe. Cela est comme inscrit dans l’acte de la prière. Si nous pouvions comprendre cela paisiblement, une gratitude émergerait davantage de cette complémentarité du masculin et du féminin, nous rappelant qu’homme et femme, il les créa à son image. Cette image ne concerne pas « que » le mariage, mais bien aussi l’action de grâces de Jésus, sa prière vécue au sein de l’Eglise son épouse. »
Ce verset de la Genèse I, 27 ne signifie pas que la complémentarité des sexes est l’image de Dieu. La doctrine traditionnelle de l’Eglise enseigne depuis deux mille ans que l’homme est à l’image de Dieu en ce qu’il possède une âme spirituelle, doué d’intelligence et de volonté, à l’image de Dieu qui est Intelligence pure et Volonté pure. Cela fait plusieurs siècles que l’Eglise enseigne explicitement que la complémentarité des sexes n’est pas à l’image de Dieu.
Saint Thomas d’Aquin explique cela dans la Somme théologique :
« On dit que l’homme est créé à l’image de Dieu non pas selon son corps, mais selon sa supériorité sur les autres animaux. […] Or, l’homme est supérieur aux autres animaux par la raison et l’intelligence. C’est donc selon l’intelligence et la raison, qui sont incorporelles, que l’homme est à l’image de Dieu.[…] « c’est par son âme que l’homme est à l’image de Dieu. […] « Si l’on considère la réalité dans laquelle réside principalement la qualité d’image, à savoir la nature intellectuelle, l’image de Dieu se trouve aussi bien chez la femme que chez l’homme. »
Saint Thomas dit un peu plus loin : « la Trinité incréée se distingue selon la procession du Verbe à partir de celui qui le profère, et la procession de l’Amour à partir des deux autres […] On pourra donc pour la créature dotée de raison, chez laquelle on trouve la procession du verbe dans l’intelligence et la procession de l’amour dans la volonté, parler d’une image de la Trinité incréée en vertu d’une certaine représentation spécifique. » […] « On appelle l’homme image de Dieu, non parce qu’il serait image lui-même par son essence, mais parce que l’image de Dieu a été imprimée en lui au niveau de l’âme spirituelle, à la façon dont on appelle un denier l’image de César ; en tant qu’il porte l’image de César. Et ainsi il n’est pas nécessaire de trouver l’image de Dieu dans n’importe quelle partie de l’homme. » […] « Aussi faut-il dire que si l’Écriture, après avoir dit : ” A l‘image de Dieu il le créa “, ajoute : ” Homme et femme il les créa “, ce n’est pas pour inviter à découvrir l’image de Dieu dans la distinction des sexes, mais parce que l’image de Dieu est commune à l’un et à l’autre sexe, puisqu’elle se réalise au niveau de l’âme spirituelle dans laquelle il n’y a pas de distinction des sexes. C’est pourquoi S. Paul (Col 3, 1 0) après avoir dit : ” A l’image de son Créateur “, ajoute : ” là il n’est plus question d’homme ou de femme “. »
Pour retrouver toutes ces citations, aller sur ce lien : http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/sommes/1sommetheologique1apars.htm
Faire ctrl + F et rentrer dans la fenêtre : « à l’image de Dieu ». Faire défiler ensuite toutes les occurrences de cette expression dans le texte.
La complémentarité des sexes n’est donc pas à l’image de Dieu. Cette doctrine nouvelle de la féminité comme source de vie spirituelle me semble en bonne partie causée par cette fausse interprétation de la Genèse. En effet, p. 133, l’auteur écrit par exemple : « Le vis-à-vis véritable du cœur féminin, c’est le cœur du Sauveur. ». Page 134 : « que je vive pleinement le privilège d’être une femme vis-à-vis du Christ mon sauveur »
Page 82, elle cite Mère Térésa qui dit : « Pourquoi Dieu nous a-t-il créés, les uns hommes, les autres femmes ? Parce que l’amour d’une femme est l’un des visages de l’amour de Dieu. L’amour d’un homme est un autre visage de ce même amour […] tous les deux ensemble manifestent l’amour de Dieu beaucoup mieux qu’ils ne le pourraient chacun séparément. »
Mère Térésa semble donc faire la confusion que nous avons évoquée. Il est faux de dire que l’amour entre un homme et une femme manifeste beaucoup mieux l’amour de Dieu qu’ils ne le pourraient le faire chacun séparément. En effet, l’amour conjugal commun entre deux personnes qui peuvent ne pas être en état de grâce est un amour naturel qui n’a pas de valeur spirituelle surnaturelle, au plan du salut, si les conjoints ne sont pas en état de grâce.
Par contre, un célibataire en état de grâce qui vit saintement et aime Dieu de tout son cœur, cherche tous les jours à lui sauver des âmes par l’offrande des mérites du Christ, en les appliquant aux pécheurs, a une valeur très grande aux yeux de Dieu. Ce célibataire vit d’une vie divine et son amour surnaturel le fait ressembler à Dieu. Le couple marié en état de péché mortel ne ressemble pas à Dieu.
A cause de cette fausse doctrine de la complémentarité des sexes comme étant l’image de Dieu, l’auteur affirme, p. 82 : « il est bon et beau pour la femme d’offrir son cycle par la prière. Et l’homme qui ne peut vivre cela, peut, quelque soit son état de vie, être reconnaissant de cette part invisible donnée à la femme. »
Or la vérité est que le cycle féminin se situe au plan naturel et n’a aucune valeur spirituelle. Ce qui a de la valeur, dans la prière, c’est la participation aux mystères de la vie du Christ, exprimés dans l’année liturgique, car chaque mystère contient des mérites infinis que l’on peut appliquer à soi et aux âmes, pour les sauver.
3) Problème d’interprétation de l’épître aux Ephésiens, V, 31-32
Bien que le livre ne parle pas de cette épître, on retrouve de façon sous-jacente une mauvaise interprétation des versets de l’épître aux Ephésiens qui disent : Ephésiens V, 31-32 : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand; je dis cela par rapport à Christ et à l’Eglise. » Fillon, dans une note de sa Bible explique : « Ce mystère, […] est relatif au Christ et à l’Eglise, c’est-à-dire d’après les détails qui précèdent, à leur union mystique, qui a tant d’analogie avec le mariage humain. »
Cette note nous donne la clé de la bonne interprétation. La comparaison entre le mariage humain et l’union mystique est seulement une analogie, c’est-à-dire une comparaison imparfaite pour exprimer l’intimité de l’union mystique du Christ avec l’Eglise mais il ne faut surtout pas croire qu’il soit nécessaire de faire intervenir une notion de « cycle féminin » ou de « corps sexué » dans notre relation avec le Christ, pour accéder à une plus grande union avec Lui. Ce serait pervertir toute la vie spirituelle et mettre notre âme gravement en danger.
En effet, les âmes sont unies au Christ dans l’Eglise le jour du Baptême, au moment où elles reçoivent la grâce sanctifiante, lors de la cérémonie du Baptême. La grâce sanctifiante est la vie trinitaire de Dieu dans l’âme. Elle est uniquement spirituelle, sans aucun rattachement de quelque façon que ce soit à la sexualité.
Sainte Thérèse d’Avila, Saint Jean de la Croix et le Père Marie-Eugène de l’Enfant Jésus, dans son livre « Je veux voir Dieu » enseignent que de rares personnes, lorsqu’elles progressent dans la vie spirituelle, obtiennent aux cinquièmes demeures l’union de volonté (fiançailles spirituelles) puis, aux septièmes demeures le mariage mystique (mariage spirituel). Mais comme l’indique le terme « union de volonté », cette union de l’âme avec le Christ est entièrement et uniquement spirituelle, au niveau de la volonté et il en va de même pour le mariage mystique, où l’âme est divinisée et est devenue un autre Christ. Aucune notion de sexualité ne rentre dans cette union ni n’est nécessaire pour y accéder. Vouloir faire intervenir une notion de sexualité serait blasphémer et faire courir à l’échec toute la vie spirituelle.
4) Le problème du libre examen, dans l’Eglise moderniste
Depuis Vatican II, beaucoup de personnes, dans l’Eglise conciliaire, inventent de nouvelles interprétations de l’Ecriture Sainte. Cela vient du protestantisme. Le libre examen protestant prône le rejet de l’argument d’autorité en matière d’interprétation de l’Ecriture Sainte.
L’auteur fait donc une interprétation personnelle erronée et sexualisée de l’évangile, au sujet de la guérison de l’hémorroïsse et de la fille de Jaïre. Elle interprète le fait que la guérison de l’hémorroïsse intervient avant la résurrection de la fille de Jaïre comme une preuve de l’intérêt de Jésus pour le cycle féminin.
Elle affirme, p.23 : « Dans un service d’urgence médicale, un enfant mourant est prioritaire sur une femme qui saigne depuis 12 ans. Logiquement, la femme hémorroïsse aurait dû passer derrière pour que Jésus aille voir en priorité la fille de Jaïre. L’Evangéliste nous indique l’inverse : la fille de Jaïre est reléguée en second dans l’épisode de la femme hémorroïsse. Cela devrait nous interroger. Nous pouvons nous mettre quelques secondes à la place de cette femme qui souffre de son cycle. »
Le fait que Jésus ait guéri l’hémorroïsse avant la fille de Jaïre ne signifie aucunement qu’il veuille attirer notre attention sur l’importance du cycle féminin. Jésus guérissait les malades dans l’ordre où ils se présentaient, il ne faut pas chercher plus loin.
L’auteur affirme également, p. 33, en parlant de la guérison de la fille de Jaïre juste après la guérison de l’hémorroïsse : « Les deux miracles sont imbriqués. Les douze ans sont repris à la fois pour le flux de sang et l’âge de la fillette. Comme si la conversion et la guérison de la femme hémorroïsse rejaillissaient sur la petite. La fille de Jaïre a douze ans, c’est l’âge de la puberté, peut-être l’âge des premières règles. Encore une enfant mais bientôt une jeune femme. »
Une notion de sexualité est donc introduite sans aucune justification dans le miracle de la guérison de la fille de Jaïre. L’auteur a tendance à tout voir au travers du prisme du cycle féminin.
De plus, elle parle de la « conversion » de la femme hémorroïsse, alors qu’il n’y a pas eu besoin de conversion, la femme croyant en Jésus dès le début. Mais si j’ai bien compris, il s’agit dans l’esprit de l’auteur d’une « conversion » liée au cycle féminin, au sujet duquel l’hémorroïsse aurait dit la « vérité » à Jésus. Voici ce qu’on peut lire : « Véronique [l’hémorroïsse] n’est pas dans une complaisance face à son malheur mais dans une vérité face au Christ ». Page 11 du livre, l’auteur imagine l’attitude de l’hémorroïsse quand elle parle à Jésus. Elle la décrit ainsi : « Elle s’approcha en tremblant [de Jésus qui venait de la guérir]. Elle parla. Un flot de paroles, décrivant toute sa vie, de ses pensées les plus secrètes à ses actes les plus honteux, se déversaient sans peine pour rejoindre l’âme du Seigneur, l’étendue de son infinie miséricorde. »
Cette façon imaginaire de présenter le comportement de l’hémorroïsse est une offense envers elle, qui nous regarde du haut du ciel. L’évangile ne dit pas qu’elle avait fait des « actes honteux » et il ne dit pas non plus qu’elle a déversé sur Jésus un flot de paroles inconvenantes ou indiscrètes dans la rue.
Page 83 du livre, l’auteur interprète, sans s’en apercevoir, de façon très offensante pour la Sainte Vierge, la parole de Siméon à Marie : « Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive ». Elle met cette parole juste sous le titre d’un paragraphe intitulé : « Quand les cycles semblent se contredire ». Elle met ensuite la parole de Siméon à Marie, puis commente, sous la parole de Siméon : « Avec son cycle, particulièrement lors de la grossesse, la femme peut se trouver écartelée entre d’apparentes contradictions intérieures. »
La souffrance inimaginable de Marie, sa compassion au vu des souffrances de Jésus lors de sa Passion sont comparées à des problèmes de cycle féminin. C’est un affront à la Sainte Vierge, fait sans s’en apercevoir et de bonne foi, je le répète. Mais le mal est là.
P. 97, l’auteur écrit : « dans le livre d’Esdras qui traite de la reconstruction du Temple et de la restitution du culte, on assiste à une véritable montée en intensité jusqu’au 14e jour. Et cela peut interpeller la femme consciente de l’œuvre de louange qui se fait en elle jusqu’à l’ovulation, si elle y consent. » […] « Par analogie avec l’ancien Temple, nous pouvons contempler les merveilles que Dieu fait dans l’espace de notre corps, l’ordre qu’il y met selon un calendrier mensuel, et l’intimité qu’il désire vivre avec nous. »
On n’a pas le droit d’interpréter la Bible ainsi. Il n’y a aucun rapport entre la construction du Temple et le cycle féminin. C’est très inconvenant de l’affirmer. De plus, ce n’est pas une spiritualité catholique de contempler le cycle féminin en soi. C’est rabaisser l’âme à contempler des processus physiologiques qui n’ont aucune valeur surnaturelle pour le salut. Enfin, il est hérétique de croire que la contemplation du cycle féminin augmente notre intimité avec Jésus. Il ne faut pas non plus sacraliser le cycle féminin en le comparant à la construction du Temple. Aucune « œuvre de louange » ne se fait en la femme dans les jours qui précèdent l’ovulation car le cycle féminin est dans l’ordre de la nature et non dans l’ordre de la surnature. La louange envers Dieu est surnaturelle et ne peut venir d’un processus physiologique naturel.
Fin de la première partie sur 3.
Lire la réponse de Gabrielle Vialla.
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Est-il immoral d’aider les étrangers plus que ses compatriotes ?
Dans l’article publié la semaine dernière (Immigration et ordre dans la charité, l’“accueil” désordonné des migrants est la négation de l’amour de Dieu) nous avons abordé la question de l’ordre dans l’exercice de la charité, nous référant particulièrement au problème de l’immigration, y compris de l’immigration islamique, surtout par rapport au bien commun de la société naturelle et surnaturelle. Cet article, en étroite relation avec le précèdent, dont il est un développement, veut offrir des commentaires des passages de Saint Thomas qui décrivent l’exercice de la charité surtout par rapport au problème de savoir s’il est juste ou non de s’occuper d’abord de ses propres compatriotes plutôt que des étrangers. Y a-t-il matière à pécher et même à pécher de manière grave lorsqu’un étranger est traité de la même manière qu’un membre de notre famille, de notre nation ou même qu’un compagnon d’armes ? Nous verrons la réponse de Saint Thomas d’Aquin en restant dans le sillage de la question 26 de la Secunda Secundae de la Summa Theologiae.
Saint Thomas aborde le problème par un argument tiré de Saint Augustin et qui contient déjà in nuce la réponse qu’il développera par la suite. En effet, d’un côté il semblerait qu’il faille aider tous les hommes de manière égale, mais d’un autre côté, il n’est pas possible d’aider tout le monde et il faut tenir compte du fait que nous sommes unis à certains par des circonstances de temps et de lieu, ou pour d’autres motifs, presque comme si “le sort” nous les avait confiés, dit l’Evêque d’Hippone[1].
D’un côté en effet, il est vrai que la raison d’un tel amour envers les hommes étant Dieu, elle a une égale nature pour tous et il est aussi vrai que le bien que nous désirons pour chaque homme est le bien suprême de la vie éternelle dont la nature est la même pour tous. Mais il n’en découle pas le devoir pour chacun d’entre nous d’aimer également tout le monde, parce que l’exercice de la charité est à ordonner aussi en relation à la situation spécifique et concrète de chacun. Nous devons donc avoir envers tous sans distinction, l’amour que Saint Thomas appelle “amour de bienveillance”, qui, littéralement veut dire vouloir le bien pour tous les hommes. Cependant ne pouvant pas faire du bien à tous, nous devrons être inégaux dans l’ “amour de bienfaisance” (mot à prendre dans le sens le plus large du terme bene facere)[2]. C’est-à-dire que, sans exclure positivement personne de notre amour de bienveillance, selon lequel nous désirons pour chacun le bien suprême et éternel, nous devons aimer de manière différenciée le prochain quant à la bienfaisance. Cet amour de bienfaisance aura une intensité différente selon que le prochain sera plus ou moins lié à nous selon diverses circonstances.
Saint Thomas dit donc avec clarté que pèche bien plus gravement celui qui refuse son amour à une personne qui lui est objectivement plus proche et qu’il devrait aimer que celui qui refuse son amour à une personne lointaine. Et pour appuyer et expliquer une telle assertion il cite les paroles du Lévitique : “quiconque maudira son père et sa mère qu’il soit mis à mort”[3]. Peine de mort qui n’est pas prévue pour celui qui maudit un autre que son père et sa mère. Il est bien plus grave pour un fils d’éprouver de la haine pour ses propres parents, que d’éprouver de la haine pour une personne quelconque. Il s’en suit évidemment que nous devons aimer d’avantage certains de nos proches plutôt que d’autres, en raison du lien objectif et inégal qui nous unit à eux, lien qui ne peut pas être établi ni par notre choix ni par l’égalitarisme à la mode.
Saint Thomas spécifie donc que, s’il est vrai que par rapport à la nature du bien surnaturel que nous voulons pour tous il n’y a pas de différence, pour tous en effet nous devons vouloir la béatitude éternelle, il est aussi vrai qu’il y a une intensité différente dans l’amour de charité et dans la bienfaisance que nous devons prodiguer au prochain, cette différente intensité nait de la plus ou moins grande proximité de la personne à aimer. Saint Paul dit que si quelqu’un ne prend pas soin des personnes de sa propre famille il est pire que l’infidèle (1 Tim 5,8). La dilection interne de la charité, avec ce qu’elle comporte d’extérieur, doit s’exercer d’abord envers celui qui nous est plus proche[4]. Chacun de nous doit “proportionner” l’amour de charité à ce qu’il est, à la situation dans laquelle la Providence l’a mis, à la famille dans laquelle Dieu l’a fait naître, à la patrie dans laquelle il a grandi. D’où le devoir primaire d’aimer de charité plus intense ceux qui nous sont plus proches; si à tous nous devons l’amour de charité de manière indistincte, à certains, en raison d’un autre amour d’amitié (au sens le plus large du terme) qui nous lie à eux, nous devons un amour de charité plus grand[5]. Et c’est ainsi que l’ordre même de la charité nous “commande” d’aimer davantage d’abord nos consanguins, ensuite ceux auxquels nous sommes liés pour d’autres raisons et Saint Thomas cite, tout de suite après les membres de la famille, les concitoyens[6].
On pourrait dire que sur les proches, sur les membres de la famille, sur les concitoyens nous avons d’une certaine façon un “mandat divin d’amour”, presqu’une responsabilité sur eux, qui nous vient de l’ordre voulu par Dieu Créateur, sur lequel l’ordre surnaturel se greffe.
“Nous devons avoir une plus grande charité pour ceux qui nous sont unis par le sang, soit parce que l’amour que nous leur portons est plus intense, soit parce que nous les aimons sous un plus grand nombre de rapports”[7], Saint Thomas est en train de nous expliquer que selon le type de lien qui nous unit nous sommes tenus à une dilection particulière et ordonnée envers certains avant d’autres. Par exemple, en ce qui regarde notre origine naturelle nous devons aimer principalement les consanguins, en ce qui regarde les relations sociales nous devons aimer principalement nos concitoyens et en ce qui regarde la guerre notre dilection doit aller d’abord vers nos compagnons d’armes[8]. Par exemple, dans la distribution des ressources familières, dit le Saint Docteur en commentant Saint Ambroise, un père est tenu de nourrir ses propres enfants naturels plutôt que d’éventuels fils spirituels[9]. C’est l’ordre des choses, que l’ordre surnaturel ne va pas bouleverser mais perfectionner. De façon analogue donc on doit dire du devoir des citoyens et des gouvernants, lesquels in primis doivent s’occuper des citoyens de leur propre Civitas avant de s’occuper de ceux des autres villes. Et un tel amour de charité doit s’adresser plus intensément aux concitoyens justement par rapport aux choses qui regardent la vie civile, dit Saint Thomas, c’est-à-dire que le soutien dérivant de l’intervention publique, par exemple, doit respecter cette plus grande intensité qui comporte inégalité d’amour et de traitement entre les compatriotes et les étrangers. Ainsi seulement l’intervention civique pourra être vraiment juste et surtout vraiment charitable.
A la lumière de l’enseignement de Saint Thomas d’Aquin, affirmer que les étrangers doivent être aimés et aidés de manière égale par rapport aux concitoyens ne paraît pas conforme à la doctrine catholique sur la charité. Elever à la dignité de principe le devoir de traiter de manière égalitaire, tant dans le milieu familial que dans celui de la Civitas, ses propres enfants comme les enfants des autres, ses propres concitoyens comme les étrangers, les fils de l’Eglise comme les infidèles musulmans, non seulement n’est pas conforme au droit naturel mais apparait aussi en contradiction avec la Divine Révélation et la Tradition catholique qui nous enseignent la charité ordonnée.
Don Stefano Carusi
P.S.: Saint Thomas offre une dernière considération dans la question 26 sur la charité, citée plus haut, à propos de la bienfaisance trop facile et du rapport entre bienfaiteur et bénéficiaire: “nous aimons d’avantage les choses que nous obtenons au prix d’un effort, celles par contre qui nous arrivent facilement, d’une certaine façon nous les méprisons”[10]. On pourrait en tirer un dernier avertissement indirect de l’Aquinate en matière de charité ordonnée: les aides excessives, complètement gratuites et de plus souvent souverainement injustes, parce que donnés en enlevant ce qui est dû à ses propres enfants ou à ses propres concitoyens au bénéfice de ceux qui sont loin ou des étrangers, parfois même ouvertement hostiles à la nation qui les accueille, peuvent engendrer aussi le mépris de celui qui reçoit les bénéfices et se retourner gravement contre les sociétés qui ont renié non seulement la justice, mais aussi l’ordre qui nous est offert par la foi et la charité.
[1] Saint Thomas d’Aquin, S. Th., IIa IIae, q. 26, a. 6, arg. 1: “Dicit enim Augustinus, in I de Doct. Christ., omnes homines aeque diligendi sunt. Sed cum omnibus prodesse non possis, his potissimum consulendum est qui pro locorum et temporum vel quarumlibet rerum opportunitatibus, constrictius tibi quasi quadam sorte iunguntur”.
[2] Ibidem, ad 1: “Ad primum ergo dicendum quod dilectio potest esse inaequalis dupliciter. Uno modo, ex parte eius boni quod amico optamus. Et quantum ad hoc, omnes homines aeque diligimus ex caritate, quia omnibus optamus bonum idem in genere, scilicet beatitudinem aeternam. Alio modo dicitur maior dilectio propter intensiorem actum dilectionis. Et sic non oportet omnes aeque diligere. Vel aliter dicendum quod dilectio inaequaliter potest ad aliquos haberi dupliciter. Uno modo, ex eo quod quidam diliguntur et alii non diliguntur. Et hanc inaequalitatem oportet servare in beneficentia, quia non possumus omnibus prodesse, sed in benevolentia dilectionis talis inaequalitas haberi non debet. Alia vero est inaequalitas dilectionis ex hoc quod quidam plus aliis diliguntur. Augustinus ergo non intendit hanc excludere inaequalitatem, sed primam, ut patet ex his quae de beneficentia dicit”.
[3] Ibidem, s.c.: “Sed contra est quod tanto unusquisque magis debet diligi, quanto gravius peccat qui contra eius dilectionem operatur. Sed gravius peccat qui agit contra dilectionem aliquorum proximorum quam qui agit contra dilectionem aliorum, unde Levit. XX praecipitur quod qui maledixerit patri aut matri, morte moriatur, quod non praecipitur de his qui alios homines maledicunt. Ergo quosdam proximorum magis debemus diligere quam alios”.
[4] Ibidem, a. 7, s.c.: “Sed contra est quod dicitur I ad Tim. V, si quis suorum, et maxime domesticorum curam non habet, fidem negavit et est infideli deterior. Sed interior caritatis affectio debet respondere exteriori effectui. Ergo caritas magis debet haberi ad propinquiores quam ad meliores”. Ibidem, corpus.
[5] Ibidem, corpus: “Sed intensio dilectionis est attendenda per comparationem ad ipsum hominem qui diligit. Et secundum hoc illos qui sunt sibi propinquiores intensiori affectu diligit homo ad illud bonum ad quod eos diligit, quam meliores ad maius bonum. Est etiam ibi et alia differentia attendenda. Nam aliqui proximi sunt propinqui nobis secundum naturalem originem, a qua discedere non possunt, quia secundum eam sunt id quod sunt”.
[6] Ibidem, corpus: “Et sic hoc ipsum quod est diligere aliquem quia consanguineus vel quia coniunctus est vel concivis, vel propter quodcumque huiusmodi aliud licitum ordinabile in finem caritatis, potest a caritate imperari. Et ita ex caritate eliciente cum imperante pluribus modis diligimus magis nobis coniunctos”.
[7] Ibidem, a. 8, corpus.
[8] Ibidem: “Sic igitur dicendum est quod amicitia consanguineorum fundatur in coniunctione naturalis originis; amicitia autem concivium in communicatione civili; et amicitia commilitantium in communicatione bellica. Et ideo in his quae pertinent ad naturam plus debemus diligere consanguineos; in his autem quae pertinent ad civilem conversationem plus debemus diligere concives; et in bellicis plus commilitones”.
[9] Ibidem, ad 2.
[10] Ibidem, a. 12, corpus.
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Être vivant à l’ère du smartphone
Être vivant à l’ère du smartphone
Le désert des présences : retrouver le sens de l’autre
Illustration : Automate (1927), Edward Hopper
Derrière le silence suspendu de cette scène se devine déjà notre désert de présences. Bien avant les écrans, Hopper avait saisi une humanité menacée par une autre solitude : celle d’une vie où l’on cesse peu à peu d’habiter pleinement le monde.
Il est des œuvres qui semblent attendre leur époque. Elles demeurent silencieuses pendant des décennies, puis, soudain, elles commencent à parler avec une force inattendue. Automate, qu’Edward Hopper peint en 1927, appartient à cette étrange famille de tableaux qui vieillissent mieux que les hommes. Plus le temps passe, plus ils deviennent nos contemporains.
La scène paraît d’une simplicité désarmante. Une jeune femme est assise, seule, devant une tasse de café. La nuit s’étend derrière la vitre comme une étendue sans visage. Rien ne vient troubler l’immobilité du lieu. La lumière électrique éclaire la pièce sans parvenir à la réchauffer. Aucun drame n’est visible. Aucun événement ne retient le regard. Et pourtant, quelque chose manque.
Ce manque est presque impossible à nommer. Ce n’est pas seulement l’absence d’un interlocuteur. Ce n’est même pas la solitude. C’est une forme plus secrète de déracinement, comme si la jeune femme avait commencé à se détacher du monde qui l’entoure. Son corps est bien là ; son âme semble déjà ailleurs.
Hopper n’a évidemment jamais connu nos téléphones, nos réseaux sociaux ou les algorithmes qui se disputent aujourd’hui notre attention. Mais il avait discerné une fragilité plus profonde que toutes les technologies : la possibilité, pour l’être humain, de demeurer physiquement présent tout en cessant peu à peu d’habiter l’instant. La femme d’Automate est notre contemporaine ; elle nous regarde depuis 1927. Son silence ressemble au nôtre. Elle est le premier visage d’une humanité qui risque de ne plus savoir se rencontrer.
Cette intuition est devenue l’une des grandes questions de notre temps.
I. Le temps dispersé : quand l’homme cesse d’habiter le présent
Notre époque a inventé une nouvelle forme de pauvreté : celle d’un homme qui possède tout pour être relié, mais qui peine parfois à être rejoint.
Il suffit de regarder autour de nous. Dans un wagon de métro, dans une salle d’attente, à la terrasse d’un café, la scène est devenue familière. Des hommes et des femmes sont là, les uns à côté des autres, partageant le même espace, parfois même le même silence. Pourtant, leurs regards sont ailleurs. Chacun semble enfermé dans une petite chambre invisible dont la porte s’ouvre sur un univers sans limite.
Le paradoxe est saisissant : jamais nous n’avons eu autant de fenêtres ouvertes sur le monde, et jamais peut-être nous n’avons été aussi tentés de fermer celle qui nous relie à celui qui se tient devant nous.
Le téléphone promet la proximité. Il peut en effet rapprocher ceux qui sont éloignés, maintenir des liens précieux, transmettre une parole urgente ou un geste de solidarité. Mais il porte aussi une illusion subtile : celle de remplacer la rencontre par la connexion.
Or, une connexion n’est pas une présence. Une connexion transmet une information. Une présence accueille un être.
La différence est immense. Une information peut être envoyée à des milliers de personnes en quelques secondes. Une présence, elle, demande du temps. Elle exige une disponibilité intérieure. Elle suppose de suspendre un instant son propre mouvement pour laisser entrer quelqu’un d’autre.
C’est pourquoi les moments les plus précieux d’une existence sont souvent ceux qui ne laissent aucune trace numérique. Le regard d’un père posé sur son enfant qui raconte sa journée. La main d’un proche tenue dans un moment d’épreuve. Une conversation qui s’étire sans objectif particulier. Le silence partagé de deux personnes qui n’ont plus besoin de parler pour être ensemble.
Rien de tout cela n’est spectaculaire. Rien ne se mesure. Rien ne se publie. Et pourtant, c’est souvent là que se joue l’essentiel.
Nous avons progressivement habitué notre esprit à une forme de dispersion permanente. Une attente de quelques secondes suffit pour chercher un écran. Un silence dans une conversation devient presque une anomalie à combler. Un trajet sans stimulation paraît perdu. Nous vivons entourés de possibilités infinies, mais nous avons de plus en plus de mal à demeurer dans une seule réalité.
Cette fragmentation n’est pas seulement une question d’organisation du temps. Elle touche à notre manière même d’exister. Car l’homme ne se construit pas dans la multiplication des expériences, mais dans la profondeur avec laquelle il accueille celles qu’il reçoit. Une vie riche n’est pas nécessairement une vie remplie. Elle est une vie habitée.
Nous pouvons traverser mille paysages sans jamais vraiment les voir. Nous pouvons rencontrer des centaines de personnes sans jamais vraiment en rencontrer une seule. Nous pouvons accumuler les images du monde tout en perdant peu à peu le sens de sa beauté.
Le problème n’est donc pas seulement que nous regardons trop nos écrans. Le problème est que nous risquons de perdre la capacité de regarder véritablement. Regarder est un acte beaucoup plus profond qu’une simple perception visuelle. C’est une manière de reconnaître que ce qui est devant nous mérite notre attention. C’est dire silencieusement à l’autre : « Tu n’es pas un élément du décor de ma vie. Tu comptes. »
Simone Weil avait compris cette dimension spirituelle de l’attention. Pour elle, l’attention véritable n’était pas une simple faculté intellectuelle ; elle était la forme la plus pure de la générosité. Être attentif à quelqu’un, c’est déjà lui offrir quelque chose de soi.
À l’inverse, la distraction permanente finit par nous rendre indisponibles. Elle ne nous prive pas seulement de temps ; elle nous prive de profondeur. C’est peut-être là le drame silencieux de notre époque : nous ne manquons pas d’informations, nous manquons parfois d’intériorité. Nous savons ce qui se passe à l’autre bout du monde, mais nous ignorons parfois ce qui traverse le cœur de celui qui partage notre quotidien. Nous suivons les émotions de milliers d’inconnus, mais nous avons du mal à accueillir la tristesse d’un proche.
Le désert des présences commence ainsi : non par une disparition brutale de l’autre, mais par une lente incapacité à le recevoir.
II. La vieille tentation de fuir
Nous pourrions croire que notre époque a inventé une maladie nouvelle : celle de l’homme incapable de quitter son écran. Mais ce serait oublier que la tentation est beaucoup plus ancienne que les technologies qui l’accompagnent.
Depuis toujours, l’être humain éprouve une difficulté mystérieuse : demeurer. Demeurer dans un lieu. Demeurer dans une relation. Demeurer face à lui-même.
Il existe en chacun de nous une inclination à chercher ailleurs ce que nous refusons parfois de rencontrer là où nous sommes. Nous imaginons qu’un changement permanent nous délivrera de nos inquiétudes, qu’une nouvelle expérience comblera nos manques, qu’une agitation plus grande fera taire nos questions.
Mais l’agitation ne guérit pas le vide. Elle le recouvre seulement.
Les anciens moines avaient observé cette fragilité de l’âme avec une finesse étonnante. Ils lui avaient donné un nom : l’acédie. L’acédie n’est pas simplement la paresse. Elle est une forme de lassitude intérieure, une incapacité à consentir au présent. Elle pousse l’homme à fuir le lieu où il se trouve, à désirer toujours autre chose, à chercher dans le mouvement extérieur un remède à une inquiétude intérieure. Le moine atteint d’acédie ne souffre pas d’un manque d’activité. Il souffre au contraire d’une incapacité à habiter pleinement l’activité qui lui est donnée. Son cœur devient disposé. Son esprit voyage sans cesse.
Ce que les Pères du désert décrivaient dans le silence de leurs cellules, nous le reconnaissons aujourd’hui dans le bruit permanent de nos sociétés. Nos instruments ont changé. La tentation demeure.
Le téléphone n’est pas l’origine de notre dispersion ; il en est devenu l’outil le plus efficace. Il offre à chaque instant une possibilité d’évasion. Il remplit les attentes, détourne les regards, évite les silences. Il nous permet de ne jamais être complètement seuls avec nous-mêmes.
Or, le silence n’est pas un ennemi. Il est un révélateur. C’est peut-être pourquoi nous le redoutons tant. Dans le silence, les questions que nous repoussons reviennent à nous. Qui suis-je réellement ? Quel est mon désir plus profond ? Qu’ai-je fait de ma vie ? Quelle place ai-je donnée aux autres ? Qu’est-ce qui demeure lorsque disparaissent les distractions qui occupent mes journées ?
La fuite devient alors une manière de ne pas entendre. Blaise Pascal avait formulé cette intuition avec une profondeur qui conserve toute son actualité : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. »
Pascal ne condamnait pas l’action. Il connaissait trop bien la grandeur de l’engagement humain. Il désignait quelque chose de plus profond : cette incapacité à supporter notre propre présence.
L’homme moderne ne fuit plus seulement dans le divertissement au sens ancien du terme. Il fuit dans un flux continu d’images, d’informations, de réactions et de sollicitations. Le divertissement a changé de visage, mais sa fonction demeure : empêcher l’homme de se retrouver face à lui-même.
Il existe pourtant une vérité paradoxale : c’est précisément dans cette rencontre intérieure que peut commencer une véritable liberté. Car celui qui ne sait jamais demeurer devient facilement prisonnier de ce qui l’attire à l’extérieur. Celui qui ne supporte aucun silence devient dépendant de tous les bruits. Celui qui ne sait pas regarder son propre cœur risque de laisser d’autres forces décider à sa place de ce qui mérite son attention.
La question fondamentale n’est donc pas seulement : « Combien de temps passons-nous devant nos écrans ? » Elle est plus radicale : sommes-nous encore capables d’être présents à ce qui nous est donné ?
Cette question touche au cœur même de notre liberté. Car l’attention est devenue aujourd’hui l’un des grands enjeux de notre époque. Les technologies cherchent à la capter, les plateformes cherchent à la retenir, les algorithmes cherchent à l’orienter. Mais avant même d’être une ressource économique disputée, l’attention est une faculté spirituelle. Ce que nous regardons façonne ce que nous devenons.
L’homme qui ne choisit plus son regard finit par ne plus choisir entièrement sa vie.
Retrouver la présence, ce n’est donc pas simplement réduire l’usage d’un outil. C’est reconquérir une liberté intérieure. C’est redevenir capable de recevoir le monde avant de vouloir le consommer, d’écouter avant de répondre, de contempler avant de juger.
III. La révolution de l’Incarnation : quand Dieu choisit d’être présent
Au cœur du christianisme se trouve une affirmation qui demeure, après deux mille ans, d’une audace presque incompréhensible : Dieu n’a pas voulu rester une idée. Il n’a pas choisi de demeurer dans la distance inaccessible d’un absolu lointain. Il n’a pas seulement transmis aux hommes une sagesse, une morale ou un enseignement. Il est venu Lui-même. Il a pris un visage.
Cette affirmation constitue peut-être la réponse la plus profonde au drame de notre époque : l’homme souffre moins d’un manque d’informations que d’un manque de présence. Il ne cherche pas seulement des réponses ; il cherche quelqu’un qui soit là.
Or, l’Incarnation révèle précisément cela : Dieu ne sauve pas l’homme depuis l’extérieur. Il entre dans son histoire. Il accepte la fragilité d’un corps, la lenteur d’une existence humaine, la proximité d’une rencontre.
Le Verbe se fait chair.
Cette phrase de l’Évangile de saint Jean contient une révolution anthropologique immense. Elle affirme que la matière n’est pas un obstacle à Dieu, que le visage humain peut devenir le lieu d’une rencontre avec l’invisible, que le temps ordinaire peut être traversé par l’éternité.
À l’opposé d’une civilisation qui tend parfois à dématérialiser les relations, le christianisme rappelle que l’homme est un être incarné. Nous ne sommes pas des consciences flottantes. Nous sommes des êtres de chair et de sang. Nous avons besoin d’une voix, d’un regard, d’une proximité réelle. Nous avons besoin de cette expérience fondamentale : quelqu’un est là.
C’est pourquoi le Christ ne se contente jamais de parler aux hommes depuis une distance sécurisée. Il marche sur les routes, il s’arrête devant les malades, il touche les corps blessés, il partage les repas, il pleure devant la tombe de Lazare. Chaque page de l’Évangile est une école de présence. Jésus ne traite jamais les personnes comme des problèmes à résoudre. Il rencontre des visages. Il connaît les histoires singulières. Il appelle chacun par son nom.
Là se trouve peut-être l’une des grandes différences entre une logique technique et une logique humaine. Une machine peut analyser des données. Elle peut détecter des comportements, anticiper des besoins, proposer des réponses. Elle peut même parfois accomplir des tâches avec une efficacité remarquable. Mais elle ne peut pas aimer. Elle ne peut pas regarder un être humain et lui dire, par sa seule présence : « Tu comptes pour moi. » Car aimer suppose une proximité qui ne se réduit pas à une fonction. Cela suppose d’être là, gratuitement, sans autre objectif que d’accueillir l’autre.
C’est précisément ce que révèle la présence eucharistique.
Il m’est arrivé de voir, au détour d’une nef, un homme assis dans une ancienne chapelle romane. Les pierres portaient encore la mémoire des siècles de prières qui les avaient traversées. La lumière descendait doucement des vitraux, et tout invitait au recueillement. Pourtant, toutes les trente secondes, une lueur bleutée venait éclairer son visage. Même ici, dans un lieu édifié pour apprendre à se tenir devant l’invisible, nous transportons avec nous notre agitation.
La liturgie eucharistique enseigne exactement le contraire de cette dispersion. À l’élévation, lorsque le prêtre lève l’hostie, les regards se lèvent avec elle. Pendant quelques instants, personne ne consulte un écran, personne ne commente, personne ne fuit. Il y a une Présence. Une présence qui ne se capture pas, qui ne se possède pas, qui ne se transforme pas en donnée algorithmique. Elle se reçoit dans le silence de l’adoration.
Dans un monde saturé de sollicitations, l’Eucharistie enseigne une autre manière d’exister : recevoir plutôt que saisir, demeurer plutôt que courir, contempler plutôt que consommer. Elle rappelle à l’homme une vérité oubliée : ce qui est le plus précieux dans la vie n’est pas toujours ce qui produit quelque chose.
Une présence aimante auprès d’un malade ne produit aucun chiffre. Une prière silencieuse ne produit aucune visibilité. Un pardon accordé dans le secret ne génère aucune reconnaissance publique. Et pourtant, ce sont souvent ces actes invisibles qui transforment réellement le monde.
La modernité mesure volontiers la valeur des choses à leur efficacité, leur rapidité ou leur rendement. Le christianisme rappelle une autre mesure : la capacité d’aimer. Car l’homme n’est pas seulement un producteur, un consommateur ou un utilisateur d’informations. Il est un être appelé à la relation. Il ne se réalise pas en possédant davantage, mais en donnant davantage de lui-même.
La réponse au désert des présences ne sera donc pas une nostalgie du passé ni un rejet de la technique. Elle sera une redécouverte de ce qui fait l’homme depuis toujours : la capacité d’accueillir un autre être comme un mystère, et non comme un objet.
IV. Réapprendre à habiter le monde
Si le désert des présences est une réalité de notre temps, il n’est pas une fatalité. L’homme conserve toujours cette capacité étonnante de recommencer. Il suffit parfois d’un geste très simple pour que quelque chose se rouvre : un regard qui se lève, une attention offerte, un silence accepté.
La présence ne revient pas par de grandes déclarations. Elle renaît dans ces fidélités discrètes qui ne font jamais la une des journaux. Un père qui pose son téléphone pour écouter vraiment son enfant. Une mère qui prend le temps de regarder le visage de celui qui lui parle. Des amis qui partagent un repas sans chercher à interrompre chaque silence. Un homme qui, dans la rue, prend quelques secondes pour saluer celui qu’il croise.
Ces gestes semblent dérisoires dans un monde qui valorise l’exploit, la vitesse et la visibilité. Pourtant, ils touchent à quelque chose d’essentiel : ils restaurent le lien invisible qui unit les êtres humains.
Car être présent, c’est d’abord reconnaître que l’autre n’est jamais un décor. Chaque visage porte une histoire que nous ignorons. Chaque personne rencontrée possède une profondeur qui dépasse infiniment ce que nous pouvons en percevoir en quelques secondes.
Lorsque nous cessons de regarder vraiment, nous réduisons le monde. Nous transformons les personnes en silhouettes, les événements en informations, les lieux en simples arrière-plans. La présence est précisément l’acte inverse : elle rend au monde son épaisseur. Elle nous apprend à voir de nouveau.
Voir une lumière d’automne sur une façade. Entendre le silence d’une forêt. Prendre le temps d’écouter une personne âgée raconter un souvenir déjà entendu. S’arrêter devant une œuvre d’art sans chercher immédiatement à la photographier. Toutes ces expériences ont une même exigence : elles demandent que nous soyons là.
Notre époque nous pousse souvent à accumuler des traces. Photographier, enregistrer, partager, conserver. Mais il existe une manière plus profonde de garder quelque chose : l’avoir véritablement vécu. Une présence authentique n’a pas besoin d’être archivée. Elle demeure en nous.
C’est peut-être l’une des grandes illusions contemporaines : croire que nous possédons davantage la réalité lorsque nous la fixons dans une image. Mais parfois, en voulant tout conserver, nous oublions simplement d’être présents à ce qui se passe. Il y a des moments qu’il faut laisser passer pour pouvoir les recevoir.
La vie humaine n’est pas un contenu à produire. Elle est un mystère à accueillir.
Retrouver la présence suppose donc un choix. Non pas un rejet du monde moderne, mais une décision intérieure : celle de ne pas laisser d’autres forces disposer entièrement de notre attention. Les algorithmes peuvent proposer. Ils peuvent orienter. Ils peuvent chercher à retenir notre regard. Mais ils ne peuvent pas choisir à notre place ce qui mérite notre amour.
Notre liberté commence précisément là : dans cette capacité à tourner notre regard vers ce qui compte vraiment. Car ce que nous regardons façonne notre cœur. Celui qui ne choisit plus son attention finit par laisser les autres choisir son monde.
C’est pourquoi la reconquête de la présence est peut-être l’un des grands actes de résistance spirituelle de notre époque. Une résistance sans colère, sans bruit, sans slogans. Une résistance faite de gestes simples : écouter, contempler, attendre, aimer.
Elle commence chaque fois qu’un homme refuse de vivre entièrement à la surface des choses. Elle commence chaque fois qu’il accepte de demeurer.
Un jour, dans une rue ordinaire, un vieil homme m’a souri. Ce n’était pas un sourire automatique, ni un simple geste de politesse. C’était un regard qui disait simplement : « Je te vois. » Rien de spectaculaire, rien qui puisse être partagé sur un réseau social. Et pourtant, pendant un instant, deux êtres humains ont réellement existé l’un pour l’autre.
Ces instants ne produisent rien de mesurable, ils ne génèrent aucune donnée et ne sont pas rentables. Mais ce sont eux qui sauvent. Car une vie ne se mesure pas au nombre de notifications reçues ; elle se mesure aux regards échangés, aux silences partagés et à la présence offerte. Le reste n’est que du bruit.
La femme d’Hopper est toujours assise devant sa tasse de café, figée depuis près d’un siècle. Elle ne nous accuse pas, elle nous attend. Peut-être n’attend-elle personne, ou peut-être attend-elle simplement qu’un homme relève enfin les yeux. Le peintre n’a pas prédit les écrans, il a vu l’homme dans sa propension à fuir et à oublier d’habiter le monde. Mais il a aussi entrevu la possibilité du retour.
La présence, c’est peut-être cela : accepter de se déranger, de quitter sa table et sa tasse de café, pour aller vers celui qui attend. L’écran, lui, nous cloue sur place. La Présence, elle, nous met en chemin. Nous ne sommes pas faits pour être connectés à tout. Nous sommes faits pour être présents à quelqu’un.
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Madame Mamdani et la Vierge Marie en Corse
La retraite organisée dans un ancien couvent capucin de Corse autour de la figure de Marie, à laquelle participe notamment Rama Duwaji, épouse du maire de New York Zohran Mamdani, ne peut laisser les catholiques indifférents.
Le choix du lieu est déjà chargé de symboles. Pendant des siècles, les Capucins ont incarné en Corse une présence de prière, de pauvreté évangélique et de fidélité à l’Évangile. Voir aujourd’hui un ancien couvent accueillir une retraite islamique consacrée à Marie invite à une réflexion plus profonde sur la mémoire chrétienne de l’Europe et sur le devenir de son patrimoine spirituel.
La Corse n’est pas une terre neutre dans l’histoire des rapports entre chrétienté et monde musulman. Pendant près d’un millénaire, elle fut régulièrement frappée par les razzias venues d’Afrique du Nord. Les chroniqueurs rapportent des villages incendiés, des populations massacrées ou réduites en esclavage, des familles entières emmenées vers les marchés d’esclaves de Tunis, d’Alger ou de Tripoli. Les nombreuses tours génoises qui jalonnent encore aujourd’hui le littoral corse ne sont pas un simple décor touristique : elles témoignent d’une île vivant dans l’attente permanente des voiles barbaresques. Les villages perchés de l’intérieur doivent également beaucoup à cette longue insécurité.
Cette mémoire ne justifie évidemment aucune hostilité envers les personnes. Mais elle rappelle qu’un lieu porte une histoire, et qu’il n’est jamais complètement indifférent de le transformer.
Le thème même de cette retraite mérite également d’être examiné. Les organisateurs présentent Marie comme « une femme palestinienne donnant naissance sous occupation ». Cette formulation relève d’une lecture politique contemporaine davantage que d’une démarche historique. Marie était une jeune fille juive de Judée vivant sous domination romaine. Lui attribuer une identité nationale moderne revient à projeter sur le Ier siècle les catégories idéologiques du XXIe.
Plus profondément encore, la figure de Marie dans le Coran ne provient pas uniquement des Évangiles canoniques. Les chercheurs ont depuis longtemps montré que plusieurs épisodes coraniques trouvent leurs parallèles les plus proches dans des écrits chrétiens non retenus par l’Église.
Ainsi, la présentation de Marie enfant au Temple provient très probablement d’une tradition connue par le Protévangile de Jacques. L’épisode du palmier qui nourrit Marie au moment de la naissance de Jésus rappelle fortement le Pseudo-Matthieu. Le miracle des oiseaux d’argile façonnés par l’enfant Jésus correspond presque exactement à un épisode de l’Évangile de l’Enfance selon Thomas. Quant au Jésus parlant dès son berceau, il appartient également au corpus des évangiles de l’enfance qui circulaient dans plusieurs communautés chrétiennes orientales.
Pourquoi l’Église n’a-t-elle pas retenu ces écrits ?
Non parce qu’ils seraient dépourvus de tout intérêt ou de toute tradition ancienne, mais parce qu’ils ne remplissaient pas les critères du canon. Ils sont généralement tardifs, rédigés plusieurs générations après les apôtres, attribués fictivement à des auteurs prestigieux, et n’ont jamais été reçus universellement comme inspirés par les Églises apostoliques. Beaucoup développent aussi une littérature merveilleuse qui dépasse largement la sobriété des Évangiles canoniques. L’Église a donc distingué avec prudence ce qui pouvait nourrir une tradition pieuse de ce qui devait être reconnu comme Parole de Dieu.
Ce constat éclaire également la manière dont le Coran se situe par rapport au christianisme. Il reprend certains éléments issus de traditions chrétiennes anciennes tout en rejetant précisément les affirmations qui constituent le cœur de la foi chrétienne : la divinité du Christ, sa filiation divine, sa mort rédemptrice sur la Croix et le mystère de la Trinité. Dès son apparition, l’islam se présente non comme une simple continuation du christianisme, mais comme une révélation qui entend corriger ce qu’elle considère comme les erreurs des chrétiens.
Cette question est d’autant plus importante que les origines mêmes de l’islam font aujourd’hui l’objet d’un vaste débat historiographique. Les recherches contemporaines, qu’elles s’appuient sur la philologie, l’archéologie, l’épigraphie ou l’étude critique des sources, conduisent un nombre croissant de spécialistes à considérer que les récits musulmans classiques ont été rédigés tardivement et doivent être interrogés comme toute source historique. Les hypothèses divergent ensuite largement sur la reconstruction des événements, mais le consensus ancien consistant à recevoir sans examen critique l’ensemble du récit traditionnel appartient désormais au passé de la recherche.
Pour les catholiques, cette actualité est finalement une invitation à revenir à Marie telle que l’Église la contemple depuis deux mille ans. Non une figure remodelée au gré des causes politiques du moment, ni un personnage recomposé à partir de traditions secondaires, mais la Mère de Dieu, la Nouvelle Ève, celle qui conduit toujours à son Fils.
Les pierres des anciens couvents, les tours qui veillent encore sur les côtes corses et la mémoire des générations qui nous ont précédés rappellent une vérité simple : une civilisation ne se transmet pas uniquement par ses bâtiments, mais d’abord par la fidélité de ceux qui continuent à vivre la foi qui les a fait naître.
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La France va-t-elle légaliser l’euthanasie?
Le 12 juillet, Terres de mission reçoit Marie-Lys Pélissier, porte-parole de la Marche pour la Vie, pour évoquer les dernières étapes de la discussion parlementaire sur l’euthanasie.
Puis Françoise Breynaert, docteur en théologie, présente son livre sur l’évangile de saint Matthieu dans l’Eglise de langue araméenne: “L’Evangile de saint Matthieu. Un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal” (Parole et Silence).
Sainte Catherine de Sienne et défense de la papauté
SAINTE CATHERINE DE SIENNE
1347-1380 DOCTEUR DE L’EGLISE
LETTRE N°49 AUX SEIGNEURS DE FLORENCE
En étant en guerre avec Dieu par l’injure que vous avez faite à son Vicaire, à notre Père, je dis que vous vous êtes affaiblis, puisque vous avez perdu son secours, je sais que beaucoup ne croient pas avoir offensé Dieu, et qu’ils s’imaginent lui avoir été agréables en persécutant l’Eglise et ses pasteurs ; ils se défendent en disant : ils sont coupables, et font beaucoup de mal ; et moi je vous dis ce que Dieu veut et vous ordonne : lors même que les Pasteurs de l’Eglise et le Christ de la terre (le pape) seraient des démons incarnés, au lieu d’avoir la douceur et la bonté d’un père, il faudrait leur être SOUMIS et OBEISSANT, non pas à cause d’eux, mais à cause de l’obéissance que nous devons à Dieu, qu’ils représentent.
Vous savez qu’un fils n’a jamais raison contre son père, lors même que celui-ci est mauvais et qu’il lui a fait injure ; car l’existence qu’il a reçue de son père est un si grand bienfait, que rien ne pourra l’acquitter envers lui. Songez que l’existence et la grâce que nous tirons du corps mystique de la sainte Eglise sont des bienfaits si grands, qu’aucun hommage, aucun acte ne pourront jamais acquitter cette dette. Hélas ! Hélas ! mes enfants, je vous le dis en pleurant et je vous en conjure de la part de Jésus crucifié, réconciliez-vous, faites la paix avec lui, ne continuez pas la guerre, et n’attendez pas que la colère de Dieu éclate sur vous. Car je vous le dis : Dieu regarde cette injure comme faite à lui-même.
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Nombre d’ordinations catastrophique : quels diocèses de France sont en queue de peloton ?
En 2024, 4 diocèses français étaient sans ordinations depuis au moins 10 ans :
* Carcassonne et Narbonne, dont la dernière ordination datait de 2006. Le diocèse a eu une ordination en 2025 (ordinand de 51 ans), soit 19 ans plus tard.
* Aire-et-Dax, dont la dernière ordination date toujours de 2012, il y a désormais 14 ans
* Le Puy-en-Velay, dont la dernière ordination date toujours de 2013, il y a désormais 13 ans
* Le Havre, dont la dernière ordination date toujours de 2014, il y a désormais 12 ans
Aucun diocèse n’a à ce jour rejoint cette liste, mais les diocèses d’Annecy et de Rodez, qui n’ont pas eu d’ordination diaconale en 2026, devraient la rejoindre l’an prochain.
Par ailleurs, sur les 16 dernières années (soit de 2011 à 2026) trois diocèses n’ont eu qu’une seule ordination sacerdotale diocésaine :
* Carcassonne et Narbonne, avec l’ordination de 2025 (ordinand de 51 ans) sus-mentionnée
* Rodez et Vabres, avec une unique ordination en 2017 (ordinand originaire d’Inde)
* Pamiers, Couserans et Mirepoix, avec une unique ordination en 2016 (et une autres certes en 2023 mais pour le Diocèse aux armées)
Pour ces trois diocèses, si la dynamique vocationnelle se poursuit à l’identique, et considérant une hypothèse généreuse où un prêtre est actif sur une période de 50 ans (entre ses 30 et ses 80 ans), cela représente pour chacun de ces diocèses un clergé diocésain natif composé à terme d’environ 3 prêtres.
Ensuite, sept diocèses ont eu seulement deux ordinations sur ces 16 mêmes dernières années :
* Agen (2013 et 2017)
* Périgueux et Sarlat (2015, et 2018 où l’ordinand avait 54 ans)
* Saint-Flour (2012 et 2019)
* Nevers (2024 et 2025)
* Sens-Auxerre (2011, et Matthieu Jasseron en 2019 qui a bruyamment défroqué en 2024)
* Mende (2017 et 2026)
* Tulle (2017 où l’ordinand avait 63 ans, et 2019 où l’ordinand avait 44 ans)
Pour ces sept diocèses, si la dynamique vocationnelle se poursuit à l’identique, et considérant une hypothèse généreuse où un prêtre est actif sur une période de 50 ans (entre ses 30 et ses 80 ans), cela représente pour chacun de ces diocèses un clergé diocésain natif composé à terme d’environ 6 prêtres.
De même, les sept diocèses suivants risquent d’avoir un clergé diocésain natif composé à terme d’environ 10 prêtres (car uniquement 3 ordinations sur les 16 dernières années) si la dynamique se poursuit : Aire et Dax, Le Puy-en-Velay, Moulins, Angoulême, Troyes, Le Havre, Montauban. On pourrait continuer ce type de liste longtemps, le nombre de diocèses sinistrés étant important.
Il faudrait également prendre en compte du nombre de prêtres qui quittent le sacerdoce chaque année. Sur la période 2023-2025, le site laveritedeschiffres.net recensait, pour les diocèses uniquement et hors communautés, 56 sorties (hors décès) pour 105 ordinations.
Si la Conférence des évêques de France fait état d’une augmentation réjouissante de 50% des entrées en propédeutique entre 2023 et 2025, il serait également bon d’en connaitre la part de nouveaux convertis (qui sembleraient plus volatils à terme).
Laurent Dastros
Article publié sur Substack. Image tirée de Wikipedia.
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Pense à la prime…
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Septième dimanche après la Pentecôte : « Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous en vêtements de brebis, mais qui au-dedans sont des loups rapaces »
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
La messe du septième dimanche après la Pentecôte présente quelques caractères assez particuliers. Elle ne figure pas dans les anciens livres romains, et serait donc d’origine gallicane. Précisons qu’il ne s’agit pas ici du gallicanisme du XVIIe siècle, et des prétentions de l’Église de France à s’ériger en Église nationale indépendante de Rome, mais de la liturgie de l’Église des Gaules antérieure à l’époque carolingienne, alors que l’unité liturgique n’était pas réalisée, et qu’il y avait encore un chant romain (ancêtre du chant grégorien), un chant ambrosien (à Milan), un chant bénéventin, un chant hispanique, un chant gallican etc.. C’est seulement au VIIIe siècle, sous Pépin le Bref et Charlemagne, que la liturgie romaine a été adoptée par tout l’occident chrétien, incorporant cependant certains éléments gallicans, dont cette messe est un témoin. C’est très net en ce qui concerne l’Alléluia, dont la mélodie s’étire en longueur de façon exubérante. De même l’Offertoire est une prière longue et développée, mais à l’opposé l’Introït, le Graduel et la Communion sont très simples et parmi les plus courts du répertoire.
► Introït : Omnes gentes
L‘Introït, très court, et l’Alléluia, très long, ont exactement le même texte, ce qui est très rare (il n’y a qu’un autre cas, à la messe de minuit de Noël). Il s’agit du premier verset du psaume 46, acclamation triomphale qui accompagnait la montée de l’arche d’alliance sur la montagne de Sion, pour remercier le Seigneur d’une grande victoire accordée à son peuple. Ce psaume était déjà utilisé à la fête de l’Ascension, où cette montée préfigurait celle du Christ dans le ciel.
En ce temps après la Pentecôte, après les sentiments exprimés dans les chants des précédents dimanches : confiance en Dieu, abandon à sa volonté, prière pour obtenir sa protection, nous trouvons ici une autre attitude chrétienne fondamentale, que nous retrouverons le dimanche suivant : la louange de la majesté et de la toute puissance divine, l’action de grâces pour ses bienfaits :
Omnes gentes, plaudite manibus, jubilate Deo in voce exsultationis.
Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu avec des cris de joie.
On remarquera que cette louange divine doit s’effectuer par les mains et par la voix, c’est-à-dire aussi bien par nos actions que par nos paroles.
Le deuxième verset du psaume est psalmodié à la suite :
Quoniam Dominus excelsus, terribilis, rex magnus super omnem terram.
Car le Seigneur est très haut, redoutable, grand roi sur toute la terre.
Cet Introït, nous l’avons dit, est très court, et sa mélodie, très simple, est légère et joyeuse.
► Graduel : Venite fili
Contrairement aux autres chants de la messe du septième dimanche après la Pentecôte, le Graduel figure dans les anciens livres romains, mais au mercredi de la quatrième semaine de Carême, appelé » férie des grands scrutins « , car c’était le jour où l’on désignait les catéchumènes qui allaient recevoir le baptême à la Vigile Pascale, et où il a été repris pour ce dimanche. C’est donc d’abord à ces futurs baptisés que ce texte s’adresse. Il est tiré du psaume 33, cantique de louange et d’action de grâces, attribué à David, que nous retrouverons à plusieurs reprises en ce temps après la Pentecôte. Les deux versets réunis ici ne se suivent pas dans le psaume, mais ils se complètent admirablement :
Venite filii, audite me : timorem Domini docebo vos. Accedite ad eum, et illuminamini : et facies vestræ non confundentur.
Venez mes enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Approchez-vous de Lui et vous serez illuminés et vos visages n’auront pas à en rougir.
Cette invitation aux nouveaux baptisés s’adresse aujourd’hui à nous tous. Nous y trouvons réunies deux grandes étapes de la vie spirituelle ; la crainte de Dieu, premier des dons du Saint Esprit, qui nous fait nous prosterner avec humilité devant la majesté divine, et l’illumination, qui nous fait connaître et contempler celui qui est la beauté et le bien infini, et nous attire irrésistiblement vers Lui.
Comme l’Introït Omnes gentes, ce Graduel est très court, mais sa mélodie, bien qu’elle utilise des formules que l’on retrouve dans de nombreux autres Graduels, exprime à merveille les richesses contenues dans le texte. On remarquera en particulier la descente au grave sur les mots docebo vos exprimant la profonde adoration devant la majesté divine, et à l’opposé la grande vocalise sur les mots accedite ad eum montant progressivement jusqu’à l’extrême aigu, exprimant ainsi notre attirance vers le ciel où nous contemplerons la splendeur divine.
► Alléluia : Omnes gentes
Comme nous l’avons dit le texte de l’Alléluia du septième dimanche après la Pentecôte est le même que celui de l’Introït, le premier verset du psaume 46, acclamation à la majesté et la toute puissance divine :
Omnes gentes plaudite manibus, jubilate Deo in voce exsultationis.
Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu avec des cris de joie.
Mais alors que l’Introït était très court, faisant retentir cette acclamation avec une mélodie simple, légère et joyeuse, à l’opposé l’Alléluia est très long, avec une mélodie ample et solennelle, de grandes vocalises, de nombreuses modulations, s’attardant ainsi pour célébrer toutes les splendeurs de Dieu et de son œuvre dans leur immensité et leur variété. On voit là à quel point la mélodie grégorienne peut donner à un même texte des expressions différentes.
► Offertoire : Sicut in holocausto
Tous les chants des précédents dimanches étaient tirés des psaumes. Dans la messe du septième dimanche après la Pentecôte, nous allons trouver à l’Offertoire un chant tiré d’un autre livre de l’Ancien Testament, comme le seront plusieurs autres grands Offertoires que nous rencontrerons au cours de ce temps liturgique. Celui-ci est emprunté au prophète Daniel, et plus précisément à l’épisode des trois jeunes Hébreux jetés dans la fournaise par le roi Nabuchodonosor, et miraculeusement épargnés par les flammes, après avoir adressé à Dieu une magnifique prière, souvent utilisée dans la liturgie, dans laquelle ils offrent leur sacrifice pour le salut de leur peuple :
Sicut in holocausto arietum et taurorum, et sicut in millibus agnorum pinguium, sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie ut placeat tibi, quia non est confusio confidentibus in te Domine.
Comme un holocauste de béliers, de taureaux et de milliers d’agneaux gras, qu’ainsi notre sacrifice s’accomplisse en votre présence afin qu’il vous plaise ; car ceux qui mettent en vous leur confiance, Seigneur, n’auront pas à en rougir.
On remarquera qu’une partie de ce texte, la deuxième phrase, figure dans les prières que le prêtre récite à l’Offertoire de la messe, au moment précis ou il est chanté aujourd’hui par la schola. Les sacrifices de l’Ancien Testament, et particulièrement celui que les trois jeunes hébreux étaient prêts à offrir pour leur peuple, sont évidemment la figure du sacrifice du Christ qui est offert sur l’autel. La mélodie de ce chant d’Offertoire commence très humblement avant de s’élever progressivement d’une manière suppliante avec des motifs répétés ; puis soudain elle s’envole en un grand élan sur les mots in conspectu tuo, et devient ensuite pleine d’assurance, avec de nouveau des motifs répétés plusieurs fois et une insistance très marquée jusqu’à la fin.
► Communion : Inclina aurem tuam
L‘antienne de Communion du septième dimanche après la Pentecôte, comme l’Introït et le Graduel de cette messe, est une pièce très courte, peut-être la plus courte du répertoire. Nous y retrouvons un texte qui avait déjà été chanté le dimanche précédent, c’était la dernière phrase du verset de l’Alléluia, tiré du psaume 30 :
Inclina aurem tuam, accelera ut eruas nos.
Tendez l’oreille, hâtez-vous de nous délivrer.
Une petite différence cependant : le texte est mis ici au pluriel (eruas nos au lieu de erue me) et de prière personnelle, devient prière collective. C’est tout le peuple de Dieu, toute l’Église qui supplie le Seigneur avec confiance. Bien que la pièce soit très courte, elle comporte néanmoins deux phrases et la mélodie n’est pas celle d’une petite antienne. Elle est peu développée, mais assez ornée et très expressive, dans une ambiance douce et contemplative.
Lettre aux députés : Si cet acte est, comme vous l’affirmez, un progrès de civilisation, accepteriez-vous de l’accomplir vous-mêmes ?
À l’occasion du vote du 15 juillet 2026 sur la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir
Par Maroun BADR (PhD), Docteur en bioéthique, chercheur et enseignant de droit civil
Francis JUBERT (PhD), Philosophe praticien en soins palliatifs et médecine narrative
Guillaume de THIEULLOY, Docteur en sciences politiques
Mesdames, Messieurs les Députés,
À quelques jours d’un scrutin qui restera gravé dans l’histoire de notre droit, je m’adresse à vous. Vous vous apprêtez à engager, par un vote, la responsabilité de la République envers ceux qui ne peuvent plus se défendre eux-mêmes. Ce n’est pas un texte parmi d’autres, ni un simple ajustement technique du droit de la santé. C’est un basculement : celui d’un ordre juridique qui, depuis toujours, interdit de donner la mort, vers un ordre qui l’organise, la planifie, la budgète et la fait administrer par l’État.
1. La gravité irréversible d’un vote
Une loi de finances se corrige l’année suivante. Une loi sur le droit à l’« aide à mourir » – et pour nommer les choses : l’euthanasie et le suicide assisté – ne se corrige pas : elle s’exécute, et ce qui a été exécuté ne revient pas. Voter « pour » ce texte, c’est renoncer, en son fondement même, à l’interdit le plus ancien qui tienne les hommes en société : celui de tuer. En légitimant l’administration de la mort, vous ne répondez pas à la souffrance, vous supprimez le souffrant. Vous demandez au soignant, dont la fonction sociale est de protéger la vie, de devenir l’instrument de son terme. Chaque voix levée le 15 juillet engagera des vies concrètes, non pas des statistiques mais des personnes précises, à un instant précis, dans une chambre précise. Nous vous demandons de mesurer, avant de lever la main, que ce vote n’est pas réversible pour ceux qu’il concernera.
2. Liberté : un choix qui n’en est pas un
Il n’y a de choix libre que là où existe une alternative réelle. Or cette alternative, des soins palliatifs accessibles partout et pour tous, n’existe pas encore sur notre territoire. Une vingtaine de départements restent aujourd’hui dépourvus de toute unité de soins palliatifs, et une part significative des patients qui en auraient besoin n’y accèdent jamais. Proposer une « aide à mourir » à un malade qui n’a jamais pu bénéficier d’un accompagnement de la douleur n’est pas lui offrir une liberté : c’est lui présenter une seule porte, quand la promesse républicaine lui en devait deux. Un consentement donné faute d’alternative n’est pas un consentement libre : il est le produit d’une carence organisée par la puissance publique elle-même.
3. Égalité : une loi à deux vitesses
Dans ce système, l’égalité se retourne contre elle-même. Le citoyen d’un département pourvu d’une unité de soins palliatifs aura un accès réel à l’accompagnement ; celui d’un département qui en est dépourvu n’aura, en pratique, que l’accès à la mort. Ce n’est plus la maladie qui décidera du sort du patient, mais son code postal. Voter cette loi avant d’avoir comblé ce vide territorial, c’est instaurer, sous couvert de progrès, une inégalité entre Français devant la vie elle-même, inégalité que la République ne devrait jamais organiser elle-même.
4. Fraternité : accompagner ou éliminer
Une société fraternelle ne se débarrasse pas de ses membres les plus vulnérables, elle les accompagne. Un pays qui n’a pas encore généralisé l’accès aux soins palliatifs, mais qui organise déjà l’accès à la mort, inverse l’ordre des priorités : il choisit la solution la moins coûteuse plutôt que la plus digne. Derrière le mot d’« autonomie » se cache une réalité plus froide : la personne malade, âgée ou dépendante en vient à se sentir un poids pour les siens. C’est cette pression sourde, ce glissement du droit de mourir vers le devoir de ne plus déranger, dont vous serez comptables. La fraternité se prouve par les moyens que l’on donne à ceux qui souffrent pour continuer à vivre dignement, non par les moyens qu’on leur donne pour mourir plus vite.
5. La question que vous ne pouvez pas esquiver : auriez-vous le courage du geste ?
Derrière la froideur juridique des articles et de votre vote, il y a le geste : concret, définitif, qui arrête un cœur. Si cet acte est, comme vous l’affirmez, un progrès de civilisation, accepteriez-vous de l’accomplir vous-mêmes ? Accepteriez-vous de tenir la seringue, de presser le piston, de regarder le produit létal entrer dans les veines d’un patient, ou d’un des vôtres, et d’en assumer, en votre nom propre, la responsabilité entière ? Si vos mains trembleraient devant ce geste, demandez-vous pourquoi vous l’imposeriez à d’autres par délégation.
6. L’exigence de cohérence : appliquez sur vous-mêmes ce que vous votez pour les autres
Aucun élu ne devrait voter un dispositif qu’il ne serait pas prêt à voir s’appliquer d’abord à lui-même, à ses parents, à son conjoint, à ses enfants – publiquement, en donnant l’exemple de ce qu’il présente comme un bienfait. Une loi que l’on n’oserait pas expérimenter sur sa propre chair est une loi que l’on impose aux autres sans y croire soi-même pour ses proches. Si vous ne pouvez, en votre âme et conscience, la souhaiter pour ceux qui vous sont chers, par quel paradoxe estimez-vous qu’elle est bonne pour les autres ?
7. Élus : vous êtes la voix d’un peuple, non celle d’un lobby
Vous êtes élus pour porter la voix du peuple, non celle d’une association militante. La majorité des Français ne réclame pas la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, mais une offre de soins palliatifs sur tout le territoire. La majorité des Français juge qu’il faut d’abord garantir cette offre avant d’envisager un « droit à l’aide à mourir ». La majorité des Français privilégie, pour leurs proches gravement malades, des soins palliatifs de qualité plutôt qu’une euthanasie.
Ce que certains présentent comme une demande sociétale irrépressible doit beaucoup, en réalité, à l’action d’un lobby structuré, l’ADMD, dont l’influence sur la rédaction et le calendrier de ce texte n’est plus un fait caché. Un mandat électif ne se met pas au service d’un groupe de pression, si ancien et si organisé soit-il : il se met au service du peuple souverain, y compris, surtout, quand ce peuple hésite, doute, ou dit vouloir autre chose que ce qu’on lui présente comme acquis.
Conclusion
Mesdames, Messieurs les Députés, le 15 juillet 2026, vous ne voterez pas un article de loi : vous déciderez qui, en France, aura le droit d’être protégé et accompagné jusqu’au bout, et qui, faute de moyens, pourra être conduit vers la sortie la plus économique. Ne dites pas, après ce vote, que vous avez répondu à une demande de liberté : dites, en conscience si celle-ci existe, si vous avez d’abord donné à chacun des moyens de choisir, et si vous avez voté pour le peuple ou pour ceux qui prétendent parler en son nom. L’histoire du droit et celle de notre pays retiendront ce vote, et votre propre conscience aussi.
Euthanasie : c’est Emmanuel Macron qui a imposé l’accélération du calendrier parlementaire
Le Figaro révèle que le 6 mai, au cours d’une réunion secrète à l’Élysée, le président de la République a tranché, contre l’avis de son premier ministre, Sébastien Lecornu, pour que le vote final de la proposition de loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté se déroule avant l’été.
[…] Sébastien Lecornu prend alors la parole pour faire le point sur la situation : sénateurs et députés devraient être en désaccord lors de la commission mixte paritaire. Si le président de la République souhaite que la loi soit adoptée, alors il faudra décider que la navette parlementaire se poursuive, et, in fine, donner le dernier mot à l’Assemblée nationale, comme le permet la Constitution. Mais, selon lui, rien ne sert de brusquer le calendrier. «Il ne bataillait pas pour inscrire le texte avant l’été», rapporte un élu au fait des discussions. «Sébastien Lecornu ne voulait pas prendre le risque de braquer le Sénat», confirme un familier de l’Élysée. Mais son ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, ne tient pas le même discours. Depuis plusieurs semaines déjà, comme la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, il le répète à l’envi dans les médias : cette loi sera définitivement adoptée avant l’été. C’est d’ailleurs ce qu’il dit au président de la République : le calendrier parlementaire permet d’inscrire le texte à l’agenda des deux chambres avant l’été. Rien ne sert donc de temporiser.
Un discours qui ne plaît pas à Sébastien Lecornu. D’autant que le premier ministre, qui ne s’est jamais prononcé publiquement sur le sujet, a de nombreuses fois confié à ses proches qu’il n’est pas favorable à la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Le président de la République écoute les différentes argumentations et tranche : le vote définitif aura lieu en juillet, comme le suggérait Laurent Panifous et non en septembre ou octobre, comme le souhaitait plutôt Sébastien Lecornu. «Le président a indiqué qu’il avait pris un engagement devant les Français, qu’il y avait eu un processus de concertation totalement inédit et que, désormais, il fallait que cela aboutisse», révèle un interlocuteur du président de la République. De quoi «vexer», selon plusieurs sources, le premier ministre, mécontent d’avoir perdu cet arbitrage face à son ministre des Relations avec le Parlement. «Après cette réunion, Sébastien Lecornu n’a plus parlé à Laurent Panifous pendant trois jours», s’esclaffe un élu au courant de l’affaire.
Présidentielle 2027 : IA 3 – Candidat 0 !
René Magritte peignait en 1933 une question qui devient aujourd’hui vertigineuse : lorsque nos représentations du monde sont fabriquées par des machines, comment distinguer encore le réel de l’image que l’on nous propose ?
I. Prophétie silencieuse
René Magritte, avec La Condition humaine, nous a laissé une prophétie silencieuse : celle d’un monde où le regard ne perçoit plus la réalité, mais la représentation qu’on lui impose. En 2027, cette intuition devient vertigineuse. Nous ne sommes plus seulement devant un tableau ; nous sommes dans l’antichambre d’une élection où, pour la première fois, l’intelligence artificielle menace de transformer la souveraineté populaire en une vaste opération d’optimisation comportementale.
Mais il y a plus grave encore. Le 2 mai 2027, le vainqueur risque de ne pas être le meilleur, le plus juste, le plus visionnaire ou le plus intègre. Il sera celui qui aura l’IA la plus performante. Le score, je le crains, sera sans appel : IA 3 – Candidat 0.
II. La métamorphose du combat politique
J’ai passé ma vie de médecin et de chercheur à ausculter le vivant, à comprendre que l’être humain est une réalité complexe, faite d’hésitations, de souffrances et de transcendance. La politique, dans ce qu’elle a de noble, devrait être le lieu de cette rencontre charnelle : un homme, une vision, une parole donnée.
Mais ce combat-là est en train de disparaître. Il est remplacé par une compétition sourde, hors de vue des citoyens, entre des armées de data scientists et des infrastructures de calcul. En 2027, le duel ne se jouera plus entre deux candidats, mais entre deux machines. L’une aura absorbé des années de discours et de données pour générer la phrase parfaite et l’émotion dosée au milligramme, tandis que l’autre, moins entraînée, tâtonnera, laissera des silences et prendra le risque de se tromper. Je le crains : ce ne sera pas le plus vrai qui l’emportera, mais le plus fluide. L’IA marque le premier point.
III. Un concours de moyens, non de fins
On m’objectera que la technique a toujours été un outil de conquête. Mais il y a ici une différence de nature. L’IA ne transmet plus un message, elle le fabrique. Elle ne conseille pas, elle pilote. Dès lors, l’élection cesse d’être un jugement sur une vision du monde pour devenir un test de performance algorithmique. Quelle campagne aura su modéliser les angoisses et les espoirs des Français pour les transformer en leviers d’adhésion ? Ce n’est plus une démocratie, c’est une technocratie algorithmique déguisée en suffrage universel. Deuxième point pour l’IA.
IV. Le « dividende du menteur » et l’effondrement de la preuve
Nous entrons dans une ère de suspicion totale. La puissance de l’IA générative permet de fabriquer des simulacres si parfaits que la notion même de preuve s’étiole. C’est le « dividende du menteur » : lorsque tout peut être faux, la vérité perd son pouvoir de contrainte. Le citoyen, lassé de cette confusion, risque de ne plus chercher le juste, mais le vraisemblable. L’IA la plus performante ne répond plus à la question « qu’est-ce qui est juste ? », mais à « qu’est-ce qui sera cru ? ». Troisième point : l’IA fait le break. Le candidat est à terre.
V. L’illusion de la compétence et le sabordage du mérite
Cette bascule a une conséquence mortelle pour l’idée même de mérite politique. L’élection devient un concours d’ingénierie comportementale. Qu’advient-il du candidat qui, faute de moyens financiers ou par intégrité, refuse d’utiliser ces outils ? Il est traité de ringard et éliminé avant même d’avoir parlé. C’est une forme de dopage technologique sans sanction. Le match est plié. IA 3 – Candidat 0. Mais ce score n’est pas une fatalité. Il est un avertissement.
VI. Le rempart : restaurer la primauté de l’humain
Face à ce péril, le rejet technologique serait naïf, mais l’acceptation serait une abdication. Je refuse le ciblage opaque qui traite les Français comme du bétail électoral. Je réclame le droit à l’improvisation, à l’hésitation, à la contradiction : ces failles où loge notre liberté. Ma résistance est double.
* D’une part, le retour au réel, au local, à la rencontre physique. Engageons-nous là où la chair et le sang reprennent leurs droits sur le pixel, là où la charité chrétienne nous rappelle que chaque visage est une image de Dieu que nulle machine ne pourra jamais répliquer.
* D’autre part, l’action politique et législative est indispensable, bien que je mesure la difficulté de la tâche. Face à une menace systémique, le silence serait une complicité. Certes, la technique ignore les frontières et le contrôle des algorithmes sera un défi colossal pour nos institutions. Mais une loi n’est pas seulement un outil de contrainte : elle est une boussole morale.
Je propose donc de poser trois jalons pour la dignité du scrutin : l’interdiction du ciblage prédictif sans consentement explicite, l’exigence d’un label éthique garantissant la traçabilité des contenus, et l’instauration d’un moratoire sur l’exploitation des données comportementales. Même si ces mesures sont ardues à appliquer, elles ont le mérite de nommer le scandale, de fixer une limite et de transformer une pratique technologique opaque en une transgression juridique caractérisée.
VII. Conclusion : que voulons-nous rester ?
Le 7 mai 2027, voterons-nous pour un homme, ou pour la machine qui l’a porté ? Une nation n’est pas une population prévisible. C’est une communauté d’hommes capables de penser, de choisir, et même de se tromper par eux-mêmes. L’algorithme calcule des probabilités, mais l’homme vit des impossibilités. C’est dans cet écart que gît notre liberté.
Si nous laissons les machines désigner le vainqueur, nous avons déjà perdu, non pas parce que nous aurions élu le mauvais candidat, mais parce que nous aurions cessé d’être le sujet de notre propre histoire. Contre cet effacement, restons, avec une obstination charnelle et spirituelle, des êtres capables de dire « je » devant Dieu et « nous » devant la loi. Pour que, ce jour-là, le score soit nul et que la démocratie l’emporte.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
A-t-on vraiment besoin de l’Ancien Testament ?
Les catholiques sont souvent gênés et complexés face à l’Ancien Testament : on le connaît mal, peu, on ne s’y trouve pas à l’aise… On peut même facilement être tenté (comme l’hérétique Marcion dès le IIème siècle) de ne pas lire l’Ancien Testament : trop “ancien” (vieux), trop compliqué, trop obscur, trop violent, trop choquant… Et en plus “ça ne parle pas de Jésus” ! Rien n’est moins vrai : on ne peut comprendre l’Ancien Testament sans comprendre qu’il est tout entier tourné vers le dévoilement d’un visage, qui se donne à connaître peu à peu au long des pages – le visage du Christ. Dans cette vidéo nous parlons du rapport (indispensable et réciproque) entre les deux testaments, des quatre grandes parties de l’Ancien Testament, et nous donnons quelques conseils et suggestions de lecture pour se lancer dans l’Ancien Testament.
Ne manquez donc pas ce quatrième épisode et faites connaître notre série autour de vous !
CHAPITRAGE
- 00:00 – Introduction
- 00:30 – Les Chrétiens ont-ils vraiment besoin de l’Ancien Testament ?
- 01:40 – La violence et les sacrifices dans l’Ancien Testament
- 02:13 – Comment comprendre le lien entre Ancien et Nouveau Testament ? Parle-t-on de Jésus dans l’Ancien Testament ?
- 03:07 – Le Nouveau Testament, indispensable pour comprendre l’Ancien
- 03:35 – Les indices de la venue de Jésus dans l’Ancien Testament
- 04:04 – Le Pentateuque, 1ère des 4 grandes parties de l’Ancien Testament
- 04:57 – Les Livres historiques et le roi David
- 05:34 – Les Livres sapientiaux et poétiques
- 06:06 – Les Livres prophétiques
- 06:41 – Différences entre les Bibles catholiques et protestantes
- 07:30 – Tout l’Ancien Testament a-t-il été écrit en hébreu ?
- 08:41 – Peut-on lire le texte dans une traduction ?
- 09:10 – Par où commencer pour se lancer dans l’Ancien Testament ?
- 10:35 – Que faire des passages difficiles ?
- 11:23 – Dans sa diversité, où est l’unité de l’Ancien Testament ?
- 12:11 – Faut-il lire l’Ancien Testament ?
- 12:40– Conclusion




