100 000 € de dons de particuliers pour sauver trois églises du Morbihan
A Bignan, Billio et Camors, trois églises qui ont besoin d’être sérieusement rénovées, font l’objet d’une collecte de dons par l’intermédiaire de la Fondation du Patrimoine. Alors que les opérations de collecte ne sont pas terminées, les trois monuments ont déjà reçu près de 100 000 € de dons.
522 donateurs pour une somme de 64 776 € sur un objectif fixé de 80 000 €. Et ce alors qu’il reste encore plus de 300 jours de collecte. L’appel à l’aide concernant l’église Saint-Pierre Saint-Paul de Bignan suscite un bel engouement. Et ce d’autant plus qu’il faut rajouter à cela 62 000 € de mécénat. Les travaux, dont le coût total est estimé à environ 3,5 M€, sont prévus en cinq tranches.
A Billioque, la collecte, qui doit encore durer environ un an et demi, atteint aujourd’hui 11 527 € sur un objectif de 60 000 €.
A Camors, la collecte pour l’église Saint-Sané atteint aujourd’hui la somme de 20 555 € sur les 50 000€ nécessaires.
Comme le disait le cardinal Ratzinger, dans un schisme, les torts sont malheureusement partagés
Dans le n°176 de Sedes Sapientiae, le père Louis-Marie de Blignières revient sur le séparatisme provoqué par les sacres annoncés au sein de la FSSPX. Extrait :
[…] Pour justifier les sacres annoncés, la FSSPX et ses sympathisants avancent aussi que « seule la FSSPX dénonce les erreurs ». C’est faux. Notons en particulier les cardinaux Brandmüller, Burke, Caffara, Müller, Sarah et Zen ; Mgrs Schneider, Mutsaerts et Eijk, et, pour Fiducia supplicans, tout l’épiscopat africain, ont fermement dénoncé certaines déclarations du pape François.
Les prêtres et les fidèles des Instituts ex-Ecclesia Dei (et d’autres prêtres) dénoncent des erreurs. Ils le font plutôt dans des articles argumentés que par des affirmations à l’emporte-pièce du haut de la chaire. Et ils s’efforcent de garder le ton qui convient à des théologiens ou à des laïcs cultivés s’adressant aux autorités de l’Église, comme des fils s’adressent à leur père, avec « la révérence due aux pasteurs », selon la recommandation du droit canonique lui-même [35].
Ce combat contre les erreurs, ils le mènent plus complètement que la FSSPX. Sur un point essentiel, la mouvance ex-Ecclesia Dei ne mutile pas la tradition, comme le font la FSSPX et les fidèles ou communautés qui la suivent. Il est en effet une partie fondamentale de la tradition catholique qui n’est plus honorée dans la position et l’action de ces derniers : l’union à la hiérarchie catholique. Le combat de la mouvance ex-Ecclesia Dei tient ensemble deux éléments inséparables : la continuité dans le temps de ce qui vient (en matière de doctrine et de sacrements) des apôtres, et l’union avec leurs successeurs.
Sur ce point, je récuse l’accusation de « silence » qui nous est parfois faite. Pour la seule revue Sedes Sapientiæ, je relève des contributions critiques sur la réforme liturgique (nn° 40, 45, 49, 56, 84, 93, 107, 158, 163, 167), sur la vie religieuse dans le Code de droit canonique (n° 49), sur la pseudo-obligation de la concélébration (nn° 68, 113, 158, 159, 172, 174), sur la repentance (nn° 74, 80 et 100), sur Assise (n° 80), sur Amoris lætitia (nn° 136, 137, 140, 166), sur Cor orans (n° 149), sur Traditionis custodes (n°159, 160, 167), sur l’homosexualité (n° 165), sur la conception moderne du droit (nn° 163, 167, 171), sur le texte du DDF sur la corédemption (n° 174).
Des publicistes ou des personnalités laïques qui n’ont pas accepté les sacres de 1988 – notamment Jean Madiran et Bernard Antony – sont restés aussi très actifs dans le domaine de la controverse doctrinale. Il suffit pour s’en convaincre de lire ce que Madiran écrivait dans Itinéraires, puis dans Présent, jusqu’à sa mort en 2013, et ce qu’Antony a écrit dans les revues ou sur les sites où il s’est exprimé depuis 1988 jusqu’à aujourd’hui.
L’argument : « Il faut faire des sacres pour dénoncer les erreurs, car seule la FSSPX le fait » est donc faux. Il arrive malheureusement à des responsables de la FSSPX d’énoncer en ce domaine des contre-vérités. En des colloques publics ou en chaire, ils soutiennent, par exemple, le fait que les Supérieurs Ecclesia Dei auraient tous concélébré dans le nouveau rite, ou qu’ils n’auraient pas réagi au récent document du DDF sur la corédemption. Mais ils ne publient aucune rectification après avoir été informés de leur erreur.
Quelle est la crédibilité des dénonciations de la Fraternité Saint-Pie X ?
Certes, la FSSPX dénonce des erreurs, mais est-elle toujours crédible quand elle le fait, s’étant séparée et mise à l’abri de tout contrôle ? L’outrance des propos, qui est parfois flagrante, ne plaide pas pour leur objectivité. L’argumentation n’est pas non plus toujours convaincante, du fait que la FSSPX est dans un crescendo de critiques vis-à-vis de la hiérarchie, et qu’elle donne l’impression de forcer la note, afin de justifier sa séparation.
On est frappé du caractère parfois simpliste et univoque de l’argumentation de prêtres et de sympathisants de la FSSPX, du passage du raisonnement théologique à la rhétorique – l’Église est un bateau qui coule ou une maison qui brûle, les « bons » enseignements postconciliaires sont en fait des gâteaux empoisonnés –, et parfois de l’arrogance du ton. C’est assez déplorable pour des personnes qui se veulent catholiques et qui s’adressent à la hiérarchie de l’Église. Donnons un exemple récent tiré d’un texte de l’abbé Jean-Michel Gleize, théologien influent et quasi officiel de la FSSPX.
En toute réalité, il y a : 1° une autorité gravement défaillante à Rome, au point de scandaliser gravement les âmes ; […] Toute la question est de savoir si on admet le 1°. Si on ne l’admet pas, si la Nouvelle Messe n’est pas un buisson rempli de reptiles venimeux, si le concile Vatican II ne met pas la foi en péril, si la liberté religieuse n’est pas contraire aux enseignements de Pie IX, si l’œcuménisme ne remet pas en cause le dogme de l’unicité de la valeur salvifique de l’Église catholique, si la Collégialité ne remet pas en cause le dogme de l’unicité du sujet du Primat, alors « tout va bien » et le Supérieur Général est un halluciné et toute la Fraternité avec lui [36].
Ce texte manifeste une vision binaire. Pour l’abbé Gleize, soit le magistère est hérétique (Vatican II est plein d’erreurs contraires à la foi, la liturgie réformée est pleine de « reptiles venimeux » [sic !]), soit il n’y a pas de crise dans l’Église (tout va bien). Il n’y a pas d’entre-deux.
Mais la réalité est plus nuancée. Si on voulait esquisser les grandes lignes de cette grave crise que l’Église traverse depuis soixante ans, sans complaisance, mais sans forcer le trait, on pourrait retenir trois points.
- Il y a une certaine faiblesse des Actes de Vatican II, comme l’explique l’abbé Berto dans sa lettre à l’abbé de Nantes citée plus haut. Et il y a des ambiguïtés sur certains passages [37], que le mouvement progressiste a mises à profit pour diffuser des erreurs dans l’Église.
- Durant de longues années, la hiérarchie a été trop faible pour arrêter ce mouvement subversif, elle n’a guère encouragé ceux qui s’efforçaient de l’endiguer [38], et elle les a même en certains cas durement combattus.
- La réforme de la liturgie, par ses déficiences (quoique les sacrements soient valides et donc de soi sanctifiants), a contribué à déstabiliser la vie chrétienne des fidèles.
Juger l’arbre à ses fruits ?
Enfin, le critère, avancé par certains des responsables ou des sympathisants de la FSSPX, de « juger un arbre à ses fruits », est mis en œuvre de façon parfois grossière. « Il y a plein d’enfants et de familles dans nos assemblées, nous avons beaucoup de vocations et nous ouvrons régulièrement de nouveaux lieux de culte. » Oui, mais l’argument ne prouve pas en faveur de la seule FSSPX, car c’est le cas aussi chez les ex-Ecclesia Dei, comme en plusieurs instituts « non tradis » qui connaissent un fleurissement de vocations… On observe aussi un vrai dynamisme chez les orthodoxes [39], et parmi les chrétiens évangéliques. Cela ne suffit pas pour affirmer que ces arbres sont bons à tous les points de vue.
Ce critère est aussi employé de façon sélective, car il faudrait tenir compte de tous les fruits, les bons et les mauvais.
La division du mouvement traditionaliste, par exemple, est aussi un fruit des sacres de 1988. Si Mgr Lefebvre, au lieu de sacrer illégalement, avait persévéré dans l’accord signé, nous aurions aujourd’hui des évêques traditionalistes en situation régulière. Probablement, la diffusion des pédagogies traditionnelles de la foi aurait été renforcée dans les structures visibles de l’Église, acquérant légitimité et appui, au lieu d’être en partie reléguée à l’extérieur. La crise n’aurait-elle pas été ainsi plus efficacement combattue ? Mgr Richard Williamson, et la douzaine d’évêques qu’il a sacrés, sont aussi un fruit des sacres de 1988. En sacrant des évêques le 1er juillet 2026, la FSSPX prendra le risque de voir se fonder de nouvelles lignées épiscopales de plus en plus « sauvages », comme cela s’est historiquement passé dans tous les cas de sacres en dehors et contre la hiérarchie catholique.
Les torts de la hiérarchie
Des sacres de 1988 à ceux de 2026, le Saint-Siège, à diverses reprises, a tenté de faire face, sous les papes successifs, à la dissidence qui s’installait dans le temps. Elle a proposé des rencontres aux responsables de la FSSPX, notamment en 2001, puis en 2010-2012 à Mgr Fellay, et tout récemment (trop tardivement), à l’abbé Pagliarani. Il y a plusieurs raisons à l’échec de ces propositions. J’en ai évoqué quelques-unes ci-dessus, à charge de la FSSPX.
Mais il est juste de mentionner une autre importante raison de ces échecs, où les torts sont, me semble‑t-il, du côté de la hiérarchie : la perte de confiance.
Tout d’abord, en dépit de louables efforts de plusieurs cardinaux présidents d’Ecclesia Dei, le Saint-Siège n’a pas pu faire respecter par les évêques, lorsqu’ils étaient mal disposés (ce fut souvent le cas en France), les dispositions prévues par le motu proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988 pour les « fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine [40] ». Ainsi Mgr Fellay disait en 2001 :
« Il faut que les fidèles qui désirent suivre l’ancienne messe puissent le faire sans brimade. La solution qui a été accordée à la Fraternité Saint-Pierre est invivable : on laisse les évêques locaux tout décider, eux qui sont pour la plupart radicalement opposés à la tradition [41]. »
Le Saint-Siège n’a pas non plus fait appliquer complètement ce qui était légitimement demandé pour que le motu proprio soit efficacement appliqué. Ainsi l’ordination d’évêques issus des rangs de la mouvance, demandée par les Instituts [42] et les fidèles [43], n’a pas été mise en œuvre. Elle aurait pourtant constitué un argument de crédibilité de poids pour la FSSPX. Par ailleurs, lors d’une crise interne importante qui menaçait l’identité de la Fraternité Saint-Pierre (1998-2006), celle-ci n’a pas reçu du Saint-Siège la protection qu’elle était en droit d’attendre, alors que les éléments perturbateurs étaient encouragés. Cela a créé chez les responsables de la FSSPX une défiance compréhensible vis-à-vis des promesses qu’on leur faisait.
Il est normal qu’il y ait une méfiance en voyant ce qui se passe, […] en voyant ce qui vient de se produire à la Fraternité Saint-Pierre. On peut légitimement se demander s’il ne s’agit pas d’un piège pour nous casser, pour créer par exemple une dissension entre ceux qui voudraient accepter telle ou telle proposition romaine et ceux qui ne le voudraient pas. Il est donc évident qu’il y a une méfiance, cela ne peut pas être autrement [44].
Ensuite, en 2021, le motu proprio Traditionis custodes, programmant en droit la disparition des rites anciens dans l’Église, a donné un aliment substantiel à la méfiance au sein de la FSSPX et au refus de toute tentative de rapprochement avec le Saint-Siège.
Par ailleurs, dans les négociations avec Mgr Fellay puis avec l’abbé Pagliarani, le fait de ne pas s’en être tenu aux termes du Protocole du 5 mai 1988 a constitué une grave maladresse. Certes, il y avait eu une « surenchère anti-Vatican II » de la FSSPX, qui expliquait en partie la crainte du Saint-Siège, mais le texte du Protocole offrait la seule garantie acceptable par la FSSPX. La FSSPX a eu l’impression en 2012 que ce texte était considéré comme dépassé, et que le Saint-Siège demandait un alignement complet sur les éléments nouveaux qui justement lui posaient problème.
En 2026, les propositions du DDF étaient plus larges, mais elles étaient formulées, après plusieurs années de silence, sous la perspective de l’annonce des sacres et la confiance s’était évanouie.
Comme me le disait le cardinal Ratzinger en 1988, dans un schisme, les torts sont malheureusement partagés.
Sauver la tradition ?
Si les torts de la hiérarchie sont bien réels, est-ce que cela justifie d’affirmer que « la Tradition » ne peut être concrètement maintenue et vécue qu’en dehors de la hiérarchie catholique ? Non, ce serait une position fondamentalement non traditionnelle, et finalement non catholique. On ne sauve pas la tradition par des moyens anti-traditionnels, comme l’avait fait observer en son temps Jean Madiran.
« Je n’ai pas de doctrine personnelle, disait Mgr Lefebvre. Je me suis tenu toute ma vie à ce qu’on m’a enseigné sur les bancs du séminaire français de Rome. Je n’ai rien inventé de nouveau. Nous ne pouvons pas nous tromper en nous attachant à ce que l’Église a enseigné pendant deux mille ans. Je fais ce que les évêques ont fait pendant des siècles et des siècles, je n’ai pas fait autre chose. »
Mais voici précisément que Mgr Lefebvre, le 30 juin 1988, fait autre chose ; il fait quelque chose de nouveau : il consacre des évêques contre la volonté expressément notifiée du pape. On ne peut pas dire cette fois que les évêques ont fait cela pendant des siècles et des siècles. L’Église n’a enseigné, ni pendant deux mille ans, ni sur les bancs du séminaire français de Rome, qu’on peut passer outre à une interdiction formelle du Souverain Pontife concernant la consécration de nouveaux évêques.
Pour cet acte-là, voici que la garantie de s’en tenir à ce que l’Église a toujours fait vient de disparaître. Mgr Lefebvre est sorti du domaine où « nous ne pouvons pas nous tromper [45] ».
Méditons en terminant les beaux reproches d’un père de la primitive Église à un fauteur de schisme :
« Il fallait en effet tout supporter plutôt que de déchirer l’Église de Dieu – écrivait saint Denys d’Alexandrie à Novatien – et il n’est pas plus glorieux de rendre témoignage pour ne pas adorer les idoles que pour ne pas faire de schisme ; ceci est, selon moi, plus grand encore ; car dans ce premier cas on est martyr pour son âme seule, et dans l’autre on l’est pour toute l’Église [46]. »
La crise des démocraties, fruit d’un oubli généralisé du Créateur
Extrait du discours du pape Léon XIV samedi à la Fondation Centesimus Annus Pro Pontifice :
[…] Ce que nous découvrons ici, ce sont les deux « cités » décrites par saint Augustin qui continuent de caractériser non seulement le cœur humain, mais aussi les civilisations que nous créons. La Cité de l’Homme, bâtie sur l’orgueil et l’amour-propre, est marquée par un individualisme égoïste. La Cité de Dieu, bâtie sur l’amour de Dieu jusqu’au désintéressement et sur le développement des relations, est ce qui rend véritablement possible l’édification d’une civilisation de l’amour. À la lumière de cette perspective, nous pouvons constater que la crise des démocraties contemporaines et l’affaiblissement du multilatéralisme constituent en réalité une crise anthropologique, fruit d’un oubli généralisé du Créateur. Loin de désespérer, cependant, nous sommes appelés à prendre notre part, en nous souvenant que « la civilisation de l’amour ne naîtra pas d’un geste unique ou spectaculaire, mais de la somme de tous ces petits actes de fidélité constants qui font rempart contre la déshumanisation » ( Magnifica Humanitas 213). […]
La loi que personne n’assumera
Alors que la Commission Mixte Paritaire se réunit ce mardi 2 juin dans un climat de démission collective, l’émission de Guillaume de Thieulloy du 30 mai sur Radio Courtoisie, “Euthanasie : les enjeux cachés de ce projet de loi”:
https://www.youtube.com/watch?v=Jvb6jAWugPg
a magistralement mis en lumière les coulisses de ce texte. En écho à ce débat essentiel, voici une réflexion sur ce que nous nous apprêtons à dire aux plus fragiles.
Illustration
« La Mort de Marat » — Jacques-Louis David (1793)
sous-titre: Lui, au moins, avait signé.
La loi que personne n’assumera
Dans quarante-huit heures, une Commission Mixte Paritaire tentera de finaliser l’un des textes les plus importants de ces dernières décennies. Une loi qui pourrait modifier durablement le rapport de la France à la maladie, à la dépendance, à la vieillesse et à la mort.
Une loi historique. Une loi civilisationnelle.
Et pourtant — une loi dont personne ne semble vouloir être pleinement l’auteur.
Il ne s’agit pas de nier qu’un texte ait été déposé, porté, discuté. L’auteur juridique existe. Mais l’auteur politique pleinement assumé — celui qui dirait : « je porte ce choix devant l’Histoire » — demeure introuvable.
C’est là le fait le plus troublant de ce débat. Lorsqu’une société s’apprête à franchir une frontière aussi importante, on s’attendrait à voir des responsables politiques défendre explicitement une vision de l’homme, assumer un choix de civilisation, en porter la charge devant l’Histoire.
Or il se produit exactement l’inverse :
• Les associations expliquent qu’elles n’ont fait qu’accompagner une évolution de la société.
• Les experts assurent qu’ils n’ont fait que constater une demande.
• Les médias affirment qu’ils n’ont fait que refléter l’opinion.
• Le gouvernement dit qu’il n’a fait qu’ouvrir une possibilité.
• Les parlementaires prétendent qu’ils n’ont fait que traduire une attente.
À la fin de la chaîne : personne ne décide vraiment. Personne n’assume pleinement. Personne ne signe moralement. Et pourtant, une décision irréversible est en train d’être prise sans sujet clairement identifiable.
C’est précisément ce mécanisme — cette dilution progressive de la responsabilité — qui devrait nous alerter. Car les grandes ruptures historiques ne surviennent pas seulement lorsqu’une volonté s’impose. Elles surviennent aussi, et peut-être surtout, lorsque plus personne ne veut en porter explicitement la charge.
Car derrière les mots liberté, autonomie, dignité — que personne ne conteste en eux-mêmes — se cache une question que l’on évite de formuler clairement : Que dit une société lorsqu’elle transforme la mort en réponse légalement proposée à la vulnérabilité humaine ?
Que dit-elle au malade qui souffre ? Au vieillard dépendant ? À la personne handicapée ? À celui qui a perdu son autonomie, sa force, parfois même le désir de continuer ?
Officiellement, elle lui dit qu’il reste libre.
Mais une liberté ne se juge pas à ce qu’elle autorise. Elle se juge à ce qu’elle rend psychologiquement supportable.
Dans une société qui valorise l’autonomie, la performance et la maîtrise de soi, combien finiront par ne plus seulement se demander s’ils souffrent — mais s’ils ont encore le droit symbolique de peser sur les autres ? Combien auront le sentiment de coûter trop cher ? Combien en viendront à intérioriser l’idée que leur disparition pourrait soulager leurs proches ?
Les défenseurs de la réforme répondront qu’aucune pression n’est prévue, que des garde-fous existent. Sans doute. Mais les lois ne vivent jamais uniquement dans leurs articles. Elles vivent dans les esprits. Ce qu’une loi autorise compte moins que ce qu’elle rend imaginable. Puis acceptable. Puis banal.
Le véritable test d’une civilisation n’est pas de savoir comment elle accompagne ceux qui veulent mourir. Il est de savoir ce qu’elle dit à ceux qui hésitent encore à vivre.
Voilà pourquoi les membres de la Commission Mixte Paritaire ne voteront pas seulement un texte juridique. Ils voteront un message adressé à la fragilité humaine.
Dans quarante-huit heures, chacun d’entre eux fera un choix.
Pas l’Histoire. Pas les sondages. Pas une « évolution inéluctable de la société ».
Eux. Personnellement.
Cette loi ne sera pas votée par « la société ». Elle sera votée par des femmes et des hommes identifiables.
Et lorsque l’on se demandera ce que nous avons commencé à dire à nos plus vulnérables, il ne sera plus possible de répondre : « Personne n’a décidé. » Car quelqu’un aura voté.
L’Histoire ne retient pas les justifications.
Elle ne retient pas les intentions.
Elle retient les décisions.
Et elle retient les noms.
#AideÀMourir #FinDeVie #CMP #Parlement #Dignité #LaLoiQuePersonneNAssumera
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Des rives de l’Euphrate aux steppes mongoles : l’ombre longue du nestorianisme
Il y a des hérésies qui disparaissent comme des disputes de spécialistes, et d’autres qui deviennent des civilisations de rechange. Le nestorianisme appartient à cette seconde catégorie. Né d’une querelle christologique au Ve siècle, condamné par l’Église au concile d’Éphèse en 431, il n’est pas seulement resté dans les marges de l’Empire romain : il a fui vers l’Est, s’est enraciné en Perse, a longé les routes de la soie, a touché l’Inde, l’Asie centrale, les steppes mongoles et jusqu’à la Chine des Tang.
Encore faut-il commencer par une prudence. Le mot « nestorien » est souvent un mot de polémique, appliqué très largement à l’Église de l’Orient. La déclaration christologique commune signée en 1994 entre Jean-Paul II et le patriarche Mar Dinkha IV de l’Église assyrienne de l’Orient reconnaît une foi commune au Christ vrai Dieu et vrai homme, et affirme que les anciennes divisions tenaient en large part à des malentendus de formulation. Autrement dit, il faut distinguer l’hérésie nestorienne, condamnée comme séparation dangereuse des deux réalités du Christ, et les chrétiens orientaux appelés « nestoriens » par l’Occident, souvent de manière approximative.
La crise commence autour de Nestorius, patriarche de Constantinople. Ce qui est en jeu n’est pas une nuance byzantine pour théologiens fatigués, mais la question centrale : qui est Jésus-Christ ? Peut-on dire que Marie est Theotokos, Mère de Dieu ? Nestorius craint que ce titre ne brouille l’humanité réelle du Christ. Cyrille d’Alexandrie, au contraire, y voit la conséquence nécessaire de l’Incarnation : celui qui naît de Marie est bien le Verbe fait chair. L’Église condamne donc Nestorius, car, vue depuis l’orthodoxie catholique et chalcédonienne, sa doctrine risque de faire du Christ non plus une seule personne divine assumant une vraie nature humaine, mais une sorte d’union trop extérieure entre l’homme Jésus et le Verbe de Dieu. Britannica résume cette ligne en parlant d’une insistance nestorienne sur l’indépendance des natures divine et humaine, jusqu’à suggérer deux personnes trop lâchement unies.
Après Éphèse, l’histoire devient orientale. Les milieux proches de Nestorius trouvent refuge dans l’Empire perse sassanide, notamment à Nisibe. Politiquement, c’est presque logique : pour les Perses, accueillir des chrétiens séparés de Constantinople permet de disposer d’une Église chrétienne moins suspecte de fidélité à l’ennemi byzantin. L’Église de Perse, devenue largement autonome, adopte progressivement une théologie d’orientation nestorienne ; Édesse décline, Nisibe devient un centre intellectuel majeur.
Ce déplacement change tout. Pendant que l’Occident regarde Rome, Constantinople, Alexandrie ou Antioche, une autre chrétienté s’organise vers l’Est. Elle parle syriaque, vit dans un monde perse, fréquente les marchands sogdiens, les caravaniers, les villes-oasis et les cours nomades. Elle n’a pas la puissance impériale de Byzance, mais elle possède un avantage immense : elle circule. Là où l’Église latine structure des royaumes, l’Église de l’Orient épouse les routes.
C’est ainsi qu’on la retrouve en Asie centrale. Des traces chrétiennes apparaissent au Khwarezm dès la fin du VIIe siècle ; les nestoriens sont bien établis en Transoxiane ; Samarcande semble florissante aux Xe et XIIIe siècles ; on trouve des inscriptions syriaques, des cimetières, des tombes turques et syriaques, des Églises à Kashgar, Khotan, Turfan. Sous le patriarche Timothée Ier, à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle, l’expansion missionnaire vers les Turcs, le Tibet et l’Asie intérieure se consolide.
Puis vient la Chine. La stèle de Xi’an, érigée en 781, raconte l’arrivée de la « religion lumineuse » à Chang’an en 635, sous les Tang, avec le moine Alopen. Elle mentionne des communautés, des églises, des évêques, et atteste que ce christianisme syriaque avait été autorisé à se diffuser. En 845, l’empereur Wuzong interdit cependant les religions étrangères, dont le christianisme, le bouddhisme et le zoroastrisme ; la stèle est alors ensevelie, avant d’être redécouverte au XVIIe siècle.
C’est ici que l’histoire devient vertigineuse : au Moyen Âge, il exista bel et bien une chrétienté asiatique, non latine, non grecque, non occidentale, présente des confins de la Mésopotamie aux steppes mongoles et à la Chine. Elle n’a pas donné naissance à une Europe orientale bis, mais à un christianisme de marchands, de moines, de scribes, de médecins, de diplomates et parfois de princesses.
Car les princesses sont essentielles. Lorsque les Mongols entrent dans l’histoire mondiale, certains grands peuples des steppes — notamment les Kéraït — sont déjà christianisés dans la tradition de l’Église de l’Orient. Les sources médiévales associent fortement ces milieux kéraït au nestorianisme, et plusieurs femmes chrétiennes de grandes familles entrent dans la maison de Gengis Khan. Les observateurs européens et orientaux furent fascinés par cette présence chrétienne au cœur même de l’empire mongol.
La plus célèbre est Sorghaghtani Beki. Princesse kéraït, chrétienne de l’Église de l’Orient, épouse de Tolui, le plus jeune fils de Gengis Khan, elle devient la mère de quatre figures immenses : Möngke, Grand Khan ; Kubilaï, fondateur de la dynastie Yuan en Chine ; Hülegü, fondateur de l’Ilkhanat de Perse ; et Ariq Böke. Les chroniqueurs persans eux-mêmes l’admirent. Juvaini et Rashid al-Din la présentent comme une femme d’une intelligence politique extraordinaire, consultée par Ögödei et capable d’assurer l’ascension de ses fils.
Sorghaghtani n’a pas transformé ses fils en rois chrétiens. Aucun d’eux ne se convertit pleinement au christianisme. Mais elle leur transmit une disposition favorable aux religions, aux lettrés, aux administrateurs, aux échanges. Sa foi nestorienne n’a pas fait de l’empire mongol un empire chrétien ; elle a pourtant pesé dans la formation d’une élite mongole cosmopolite, relativement ouverte aux chrétiens, aux musulmans, aux bouddhistes et aux taoïstes.
Autre figure fascinante : Doquz Khatun, elle aussi issue du monde kéraït chrétien. Épouse principale de Hülegü, le conquérant mongol qui prend Bagdad en 1258 et met fin au califat abbasside, elle devient dans la mémoire chrétienne orientale une protectrice providentielle. Les sources rapportent qu’elle intercéda en faveur des chrétiens lors du sac de Bagdad, qu’elle favorisa l’élection du catholicos nestorien Mar Denha en 1265, et qu’une église mobile avec cloches fut installée dans son camp.
Il faut mesurer la scène : une princesse chrétienne orientale, héritière d’un christianisme condamné en Occident comme hérétique, se tient au côté du conquérant qui abat le cœur politique du monde musulman abbasside. L’image est presque romanesque. Bagdad tombe, le califat s’effondre, et dans la tente du vainqueur se trouve une femme de la vieille Église syriaque de l’Est.
On pourrait ajouter Qutui Khatun, épouse de Hülegü puis d’Abaqa selon la coutume mongole, mère de Tekuder. Elle est décrite comme chrétienne de l’Église de l’Orient et protectrice des chrétiens syriaques orientaux. Son fils Tekuder, lui, devient musulman sous le nom d’Ahmad et règne brièvement sur l’Ilkhanat. Là encore, la scène est révélatrice : une mère chrétienne orientale, un fils souverain musulman, une dynastie mongole encore hésitante entre christianisme, bouddhisme, chamanisme et islam, avant la conversion plus nette de l’Ilkhanat à l’islam.
Ces femmes ne sont donc pas anecdotiques. Elles incarnent un moment possible de l’histoire : celui où une partie de l’Asie aurait pu basculer vers un christianisme oriental, syriaque, mongol, non latin. Ce moment n’a pas duré. Les souverains mongols ont souvent préféré la souplesse religieuse à la conversion exclusive ; puis, en Perse et en Asie centrale, l’islam finit par l’emporter. Avec les persécutions, les recompositions politiques, puis les ravages de Tamerlan, l’Église de l’Orient recule dramatiquement. elle fut presque exterminée au XIVe siècle par les raids de Timur, ne survivant plus que dans certaines régions d’Irak, du Kurdistan, de Turquie et d’Iran.
Reste la question la plus délicate : le nestorianisme préfigure-t-il l’islam ?
Oui, mais seulement si l’on parle avec précision. Le nestorianisme ne nie pas la divinité du Christ comme le fait l’islam. Il ne nie pas la Croix. Il ne réduit pas Jésus à un prophète. L’Église de l’Orient, malgré les ambiguïtés christologiques qui lui furent reprochées, demeure une Église chrétienne confessant le Christ Sauveur. Le Coran, lui, refuse explicitement la crucifixion de Jésus dans la lecture musulmane classique, et présente Jésus comme le Messie, fils de Marie, messager d’Allah, non comme le Verbe incarné mort et ressuscité pour le salut du monde.
Mais il existe bien une parenté de climat. Le nestorianisme, ou du moins sa caricature, tend à séparer fortement l’homme Jésus et le Verbe divin. Il se méfie du titre Theotokos. Il rend plus difficile l’expression simple et lumineuse de la foi catholique : Dieu lui-même est né de Marie selon la chair. Or l’islam reprend précisément le refus de toute maternité divine, le refus de la filiation divine, le refus de l’Incarnation au sens fort. Il conserve Jésus, mais le décentre : Jésus n’est plus Dieu fait homme, il devient prophète exceptionnel ; Marie est honorée, mais non Mère de Dieu ; l’Évangile est reconnu, mais comme message altéré ; le Christ est sauvé de la Croix, mais l’humanité est privée du Crucifié.
C’est pourquoi on peut dire que certains christianismes orientaux hétérodoxes ont préparé le terrain mental de l’islam, non comme cause unique, mais comme atmosphère. L’islam surgit dans un Orient saturé de débats judéo-chrétiens, syriaques, araméens, apocalyptiques, anti-byzantins, antichalcédoniens. Les travaux historico-critiques contemporains replacent d’ailleurs de plus en plus le Coran dans l’Antiquité tardive, au croisement des judaïsmes, des christianismes orientaux, des cultures syriaques, araméennes et gréco-byzantines, plutôt que dans un désert religieux isolé.
En ce sens, le nestorianisme est moins « l’islam avant l’islam » qu’un des grands signes de la fragmentation chrétienne de l’Orient. Là où l’unité catholique confessait le Christ vrai Dieu et vrai homme dans l’unique personne du Verbe, les controverses orientales ont laissé circuler des images diminuées, séparées ou brouillées du Christ. L’islam naîtra plus tard comme une simplification radicale : un Dieu unique, un livre, une loi, un prophète, et un Jésus honoré mais découronné.
La tragédie est là. L’Orient avait reçu l’Évangile très tôt. Il l’avait porté jusqu’à la Chine. Il avait donné des moines, des théologiens, des missionnaires, des lettrés et des princesses. Mais parce que la confession du Christ s’y était divisée, parce que les empires avaient utilisé les querelles théologiques comme armes politiques, parce que les routes de la soie étaient aussi des routes d’exil doctrinal, le christianisme oriental a parfois préparé malgré lui le terrain d’une autre religion, qui allait reprendre des noms bibliques tout en refusant le cœur de la foi : l’Incarnation, la Croix, la Résurrection, l’Église.
Les princesses nestoriennes des steppes semblent alors appartenir à un monde englouti. Sorghaghtani, Doquz, Qutui : femmes de tente et de cour, chrétiennes au milieu des conquérants, mères ou épouses de souverains qui dominèrent des peuples musulmans, bouddhistes et chinois. Elles furent peut-être les dernières grandes silhouettes d’une possibilité perdue : celle d’une Asie chrétienne, non occidentale, enracinée dans le syriaque, traversant la Perse et la Mongolie jusqu’à la Chine. Un christianisme immense, fragile, imparfait, parfois hérétique, mais réel ; une lumière orientale qui, faute d’unité doctrinale et de force historique, s’est peu à peu retirée devant le croissant, les khans convertis et les empires de l’islam.
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Secret de confession : l’État devient une dictature religieuse
De Thomas Debesse :
Ce lundi 1er juin 2026 sera examinée à l’Assemblée Nationale une proposition de loi soumettant les ministres du culte aux obligations de signalement de certaines violences y compris quand celles-ci ont été entendues en confession. Il s’agit en pratique de contraindre le prêtre à lever le secret de confession.
De prime abord, nombreux adhéreront à ce principe avant de se rendre compte que cette obligation transforme l’État français en dictature religieuse, la pratique sacramentelle animée par la foi devenant alors un moyen légal d’extorsion d’aveu.
Il est raisonnable de considérer spontanément que toute personne ayant acquis la connaissance d’un fait grave doit rapporter cette connaissance aux autorités compétentes, y compris les autorités publiques, afin de permettre la protection des victimes, la réparation éventuelle du mal quand c’est possible, la mise hors d’état de nuire de ceux commettant des faits graves, la répression des crimes, la prévention de la récidive, etc.
Mais il ne faut pas faire abstraction du moyen utilisé pour obtenir cette information.
Ce qui est exprimé verbalement dans le sacrement de confession est exprimé par domination spirituelle. Je n’emploie pas ici le mot de « domination » négativement, je l’emploie de la même façon que l’on peut dire par exemple « en grandissant vers l’âge adulte, l’être humain apprend à dominer ses passions ».
Le devoir de confession est un devoir moral qui est uniquement contraint par une domination spirituelle à laquelle la personne humaine accepte de se soumettre. On distingue deux types de contritions : la contrition parfaite, par amour du Christ, et la contrition imparfaite, par peur de l’enfer.
Pour qu’une personne se contraigne à la confession par contrition parfaite, cette personne doit être convaincue préalablement que Jésus existe, qu’il est Dieu, le créateur de toute chose, qu’il s’est incarné, qu’il est mort et est ressuscité pour la sauver.
Pour qu’une personne se contraigne à la confession par contrition imparfaite, cette personne doit être convaincue qu’il existe une vie après la mort, que l’enfer existe et que c’est une souffrance éternelle, qu’elle mérite cette souffrance éternelle et que sa confession lui permet d’en être libérée.
Ce sont ces convictions produites par la foi et enseignées par une doctrine religieuse qui contraignent une personne à exprimer un aveu auprès d’un prêtre dans la confession.
Dès lors que l’État contraint la communication de l’aveu exprimé dans la confession, l’État utilise et requiert la domination spirituelle de cette foi pour obtenir cet aveu, comme moyen de collecte de renseignements et comme moyen de documentation dans ses enquêtes de police, comme moyen d’instruction des affaires judiciaires, et comme moyen de gouvernement des hommes, d’administration, et d’exercice du pouvoir politique.
L’État devient alors une dictature religieuse qui instrumentalise la pratique religieuse et la foi comme moyens d’extorsion d’information pour exécuter ses fonctions régaliennes.
Quand l’État contraint par la loi un prêtre à révéler un secret de confession, l’État recourt à l’autorité spirituelle de l’Église et à un système de croyance exclusivement religieux pour obtenir les aveux. Quand le prêtre est contraint par la loi à révéler à l’autorité publique les aveux qu’il entend en confession, l’État mobilise la discipline sacramentelle et la foi elle-même comme instruments d’obtention d’informations en vue de leur exploitation dans ses missions de police, de justice, et de gouvernement.
L’État devient alors une autorité centrale incontestable dans tous les aspects de la vie, y compris dans sa dimension spirituelle, exerçant alors une emprise mentale et religieuse sur les administrés. Si la proposition de loi est adoptée, l’État français se comportera comme une secte.
Face à cette dictature religieuse qui utilise ainsi la foi et la doctrine religieuse pour extorquer des aveux de la population, le refus de collaborer expose à toutes les mesures de rétorsion et châtiments que l’État pourrait imposer : ostracisation, amendes, perte d’emploi, travail forcé, exil, déportation, internement, mort.
De l’identité à la foi chrétienne
De Gérard Leclerc dans France catholique :
Décidément, le problème posé par le profil nouveau de beaucoup de candidats au baptême ne cesse de provoquer des interventions contraires. Récemment, un échange plutôt vif sur les réseaux sociaux avait au moins le mérite d’exposer clairement les positions en cause. L’un assène : « Le national-christianisme est un long et pénible blasphème continu. » L’autre réplique : « Le gaucho-christianisme est une longue agonie civilisationnelle… et spirituelle. »
Cet échange pour le moins « musclé » s’inspire au départ de la situation américaine, avec la mise en cause de Donald Trump et sa façon de bousculer tout un climat culturel. C’est donc que le débat dépasse nos frontières nationales et que nous nous trouvons face à un défi assez redoutable. Si la droite catholique américaine, présente aux côtés du président des États-Unis, notamment avec le vice-président J.D. Vance, se manifeste à l’encontre d’un progressisme solidement implanté dans le milieu universitaire, c’est en raison d’un climat idéologique caractérisé par le wokisme. C’est-à-dire la dévaluation et même la récusation de tout un héritage.
Éviter l’impasse
Que la réaction à l’encontre de ce climat pose des questions de pertinence ne fait pas de doute. Qu’elle soit marquée par une militance qui se réclame du christianisme constitue aussi un sujet de réflexion. Le seul nom de Charlie Kirk, assassiné en raison de ses convictions, en est un signe manifeste. Que cela provoque la polémique n’a rien pour nous étonner. Mais il serait dommage que les oppositions entre les uns et les autres débouchent sur une impasse, dans une totale incompréhension et l’hostilité telle qu’elle s’exprime dans l’échange que nous citions.
Le mieux est de revenir calmement sur les termes du débat, sans ignorer les arguments essentiels des deux bords. Ainsi il sera intéressant de prendre connaissance du livre du Père Benoist de Sinety qui paraît ces jours-ci sous le titre La cause du Christ. L’Évangile contre « l’identité chrétienne » (Grasset). On peut joindre au dossier la contribution du dernier numéro de la revue Communio, « Catholicisme et politique aux États-Unis ».
Compatibilité ou pas ?
Y a-t-il incompatibilité entre l’adhésion au Christ vécue dans la plénitude de l’Évangile et une certaine identité culturelle et civilisationnelle se réclamant du christianisme ?
Oui, si une telle identité s’affirme comme une idéologie et une pratique fermées aux vertus évangéliques et à l’action de la grâce dans les âmes.
Non, si la mystique chrétienne n’ignore pas les nécessités de l’Incarnation dans les réalités contemporaines, notamment dans le domaine décisif de la culture.
La découverte par une génération, désaffiliée par rapport à toute tradition, de la civilisation chrétienne peut être le préambule à une véritable conversion. Il est gravement préjudiciable de traiter par le mépris le cheminement de jeunes en quête d’identité. La mystique la plus profonde n’est nullement contraire à une telle démarche qu’elle éclaire et purifie. Encore faudrait-il revenir aussi sur la notion de civilisation qui est souvent le point aveugle des incompréhensions actuelles. L’histoire entière du christianisme ne saurait se séparer de cette inscription de la foi chrétienne dans l’espace et dans le temps.
Euthanasie : les enjeux cachés de ce projet de loi
Sur Radio courtoisie, Guillaume de Thieulloy recevait samedi
- Patrick Hetzel, ancien ministre de l’enseignement supérieur, député du Bas-Rhin
- Francis Jubert, philosophe, praticien des soins palliatifs à domicile, fondateur de la fondation de service politique
- Marie-Lys Pélissier, porte-parole de La Marche pour la vie
- Paul-Marie Coûteaux, ancien député français au Parlement européen
La part d’actes antichrétiens a augmenté entre 2015 et 2022
Le 28 mai, le ministère de l’Intérieur a publié un bilan national détaillé des actes antireligieux pour l’année 2025.
- La part d’actes antisémites est en nette augmentation depuis 2023. Ils représentent désormais plus de la moitié des actes antireligieux (environ 53 %) en raison de la hausse de +203 % des actes antisémites entre 2022 et 2025.
- La part d’actes antichrétiens a augmenté entre 2015 et 2022, période pendant laquelle ils représentent la majorité des actes antireligieux (environ 57 %). La baisse de la part des actes antichrétiens depuis 2022 dans le total des actes antireligieux s’explique par la forte hausse des actes antisémites et, dans une moindre mesure, celle des actes antimusulmans ;
- La part d’actes antimusulmans est relativement stable depuis 2010, avec un pic observé en 2015 (+223 % par rapport à 2014) dans le contexte des attentats terroristes de Paris.


Emeutes et violences
Un mort, 780 interpellations et 57 fonctionnaires de police et de gendarmerie ont été blessés à Paris et dans une soixantaine de communes en France, à l’occasion du sacre du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, samedi 30 mai.
Mais le ministère de l’Intérieur préfère communiquer sur les infractions anti-LGBTQXYZ :
En 2025, les infractions anti-LGBT+ enregistrées par les services de police et de gendarmerie nationales ont progressé de 2 % sur un an, après avoir augmenté en moyenne de 13 % par an sur la période 2016-2024. 64 % de ces 4 900 infractions sont des crimes ou des délits et sont en hausse de 4 % sur un an. Les contraventions représentent 36 % des infractions et sont en baisse de 3 % sur un an.
Terres de mission : pluie de grâces malgré la canicule
Eglise universelle: Rencontre avec l’Eglise cubaine
Martin Dousse a réalisé un reportage sur l’Eglise à Cuba en y accompagnant la Communauté des Missionnaires Serviteurs des Pauvres. De 1961 à 1998 une persécution violente a frappé l’Eglise, à la suite de la prise de pouvoir par Fidel Castro en 1959. Depuis la visite du pape Jean-Paul II en 1998, l’Eglise renaît dans un contexte politique et social très difficile.
Eglise en France: Les Français et l’école
Directeur Général de la Fondation Pour l’Ecole, Michel Valadier présente le colloque qui a eu lieu le 4 mai dernier au Sénat sur le thème: Les Français et l’école. Il présente, en particulier les résultats d’un sondage mené par l’Ifop et présenté par Jérôme Fourquet, Directeur du département “Opinions” de l’IFOP. De salutaires contats et réflexions à un an de l’élection présidentielle.
Eglise en Marche: 30 000 pèlerins de la Pentecôte
Le 44 éme pèlerinage de chrétienté a été marqué par un nouvel afflux de pèlerins: 20 000 de Paris à Chartres. Philippe Darantière, Président de l’association Notre-Dame de Chrétienté nous présente les enjeux logistiques, spirituels et ecclésiaux d’un tel événement. Il commente en particulier un sondage fait auprés de 4 000 pélerins: ce qu’ils sont, ce qu’ils pratiquent, ce qu’ils croient.
DEX AIE le pélé normand de tradition : les âmes du purgatoire à Montligeon les 3 & 4 octobre
Le grand pèlerinage de Normandie est lancé pour sa seconde édition.
Cette année, nos pas nous conduiront vers le Sanctuaire International de Montligeon, haut lieu de prière et d’espérance pour les âmes du purgatoire.
N’hésitez pas à nous rejoindre nombreux : enfant, parents, grands-parents et en parler autour de vous.
Au programme : 42 km de marche, veillée et adoration, banquet normand, messe selon le rite tridentin le samedi et le dimanche (dans la basilique de Montligeon).
Saint-Michel l’Archange, Consolateur des âmes du purgatoire, priez pour nous !
DEX AIE
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Conflit à Marjayoun au Sud Liban
Communiqué de l’Eouvre d’Orient :
Dans le conflit qui l’oppose à l’armée israélienne, plusieurs roquettes lancées par le Hezbollah sont tombées la nuit dernière dans le village à majorité chrétienne de Marjayoun au Sud-Liban, causant des dégâts sur l’école des sœurs des St Cœurs et sur l’église grecque-orthodoxe St Georges, classée au patrimoine historique libanais.
L’Œuvre d’Orient, qui soutient cet établissement scolaire et les habitants de cette localité, condamne fermement ces actes de guerre qui menacent les populations civiles, endommagent leur lieux de vie et de culte qui poussent les populations restées sur place à l’exode.
À l’instar des habitants vivant sur place, l’Œuvre d’Orient demande le retour à la paix et le droit des populations locales à rester sur leurs terres.
Quand la République cherche les délinquants dans les confessionnaux
Il fallait y penser. Dans une France où les violences physiques, les violences sexuelles, les trafics, les refus d’obtempérer, les fraudes et les atteintes du quotidien saturent de plus en plus l’expérience ordinaire des Français, une partie de la représentation nationale a trouvé l’une des urgences du moment : ouvrir une brèche dans le secret de la confession.
La proposition de loi n°2708, déposée le 28 avril 2026, prétend “protéger les enfants et lutter contre les violences en milieu scolaire”. Qui pourrait être contre un tel objectif ? Personne de bonne foi. Mais son article 9 va beaucoup plus loin : il entend explicitement soumettre les ministres du culte au régime commun de signalement, en écartant l’exception liée au secret professionnel lorsque des violences graves sur mineurs sont connues. Dans le rapport parlementaire, l’intention est claire : empêcher que le secret de la confession puisse être assimilé à un secret professionnel opposable à cette obligation.
Le texte est porté notamment par Violette Spillebout, députée Ensemble pour la République, anciennement Renaissance, et par Paul Vannier, député LFI. Il est donc transpartisan, ou plutôt typique de cette époque où le centre gouvernemental et la gauche radicale peuvent s’entendre quand il s’agit de rogner un peu plus les libertés concrètes de l’Église.
La Conférence des évêques de France a d’ailleurs réagi le 29 mai 2026, en alertant sur un texte qui, selon elle, touche à la liberté de conscience, au secret professionnel, à la liberté de culte et même à la liberté d’enseignement. Elle a raison de s’inquiéter : ce qui est présenté comme une mesure de protection des mineurs introduit en réalité un précédent très lourd dans le rapport entre l’État et la vie sacramentelle de l’Église.
Et c’est ici que la situation devient presque comique. Presque. Car “L’humour est la politesse du désespoir.”
Regardons la France réelle. Le service statistique du ministère de l’Intérieur a publié, en janvier 2026, son bilan provisoire de l’insécurité et de la délinquance pour l’année 2025. Les violences physiques enregistrées augmentent de 5 %. Les violences sexuelles augmentent de 8 %, les viols et tentatives de viol de 9 %. Les homicides atteignent 982 victimes, les tentatives d’homicide progressent encore de 5 %. Les usages de stupéfiants montent de 6 %, les trafics de 8 %, les escroqueries de 8 %, les refus d’obtempérer de 11 %.
Alain Bauer parle depuis des années d’un retour de la violence sur les corps, d’une société où les seuils de passage à l’acte s’abaissent. Il a encore récemment résumé le climat par une formule terrible : “plus rien n’empêche le passage à l’acte”. On peut discuter tel ou tel indicateur, mais l’intuition est largement partagée par les Français : la violence n’est pas seulement une statistique, elle devient une atmosphère.
Et face à cela, que découvre-t-on ? Que l’on va chercher le danger dans le confessionnal.
Sociologiquement, l’affaire est vertigineuse. Les catholiques pratiquants réguliers forment aujourd’hui une petite minorité. L’enquête INSEE-INED de 2019-2020 indiquait déjà que, chez les 18-59 ans en France métropolitaine, environ une personne sur deux déclarait une religion, et que les catholiques formaient la majorité des affiliés religieux ; mais, parmi ces affiliés, seuls 14 % déclaraient assister à une cérémonie religieuse au moins une fois par mois.
Une enquête IFOP pour Bayard-La Croix publiée en 2025 donne un ordre de grandeur encore plus parlant : 46 % des adultes français se disent catholiques, mais seulement 5,5 % vont à la messe au moins une fois par mois. Quant à la confession, elle concerne surtout une fraction de cette fraction : environ la moitié des messalisants hebdomadaires et un peu plus d’un tiers des messalisants mensuels déclareraient s’y confesser.
Autrement dit, le confessionnal n’est pas exactement le grand carrefour sociologique de la délinquance française. On cherchera longtemps les réseaux de stupéfiants, les bandes violentes, les auteurs de refus d’obtempérer, les cambrioleurs, les agresseurs de rue et les récidivistes endurcis dans la file d’attente du sacrement de pénitence, entre une vieille dame récitante, un père de famille scrupuleux et un étudiant qui vient accuser sa paresse ou ses colères.
Cela ne veut évidemment pas dire qu’un catholique pratiquant ne peut jamais commettre un crime. Le péché traverse toute l’humanité, y compris les bancs des églises. Mais faire comme si le secret de la confession constituait un verrou majeur de la politique pénale française relève moins du sérieux législatif que du théâtre idéologique.
Car enfin, que se passe-t-il dans une confession ? Un prêtre n’y tient pas un guichet administratif. Il ne collecte pas des renseignements pour l’État. Il reçoit, dans un cadre sacramentel, une conscience devant Dieu. Si un coupable vient réellement confesser un crime, le rôle du confesseur n’est pas de banaliser l’acte, mais de conduire à la vérité, à la réparation, à la dénonciation de soi quand elle est nécessaire, à la protection des victimes, à la sortie du mensonge. Briser le secret ne rendrait pas les criminels plus bavards : il les dissuaderait simplement de venir là où une parole de repentir peut encore naître.
C’est tout le paradoxe. En voulant transformer le prêtre en auxiliaire forcé de police judiciaire, on ne protège pas nécessairement mieux les victimes. On risque surtout de fermer l’un des très rares lieux où un homme coupable peut encore entendre qu’il doit cesser, réparer, se livrer, changer de vie. L’État moderne adore confondre efficacité et intrusion. Il croit résoudre un problème en violant un sanctuaire.
Que l’on renforce les contrôles des établissements, que l’on poursuive les prédateurs, que l’on protège les enfants, que l’on sanctionne les complicités, que l’on donne enfin à la justice les moyens de juger vite et bien : oui, mille fois oui. Mais qu’on ne fasse pas semblant de croire que la France va reprendre le contrôle de sa violence en installant la République dans le confessionnal.
Il y a là une inversion presque burlesque des priorités. Les chiffres officiels décrivent une société où la violence physique, sexuelle, sociale et délictuelle progresse sur plusieurs fronts. Des criminologues alertent sur la désinhibition du passage à l’acte. Les Français voient bien ce qui se passe dans les transports, dans certaines rues, dans certains établissements, dans certaines familles, dans certains quartiers, dans les trafics et dans les violences de mineurs. Et pendant ce temps, une partie de la classe politique désigne le secret sacramentel comme s’il était l’un des nœuds cachés de l’insécurité française.
Non : le confessionnal n’est pas le coffre-fort de la délinquance nationale. Il est l’un des derniers lieux où l’on ose encore dire que le mal est le mal, que la faute existe, que le pardon n’est pas l’excuse, que la réparation est nécessaire, que la conscience ne se réduit pas à une procédure.
La République n’a rien à gagner à piétiner ce qu’elle ne comprend plus. Elle a beaucoup à perdre, en revanche, à faire de la liberté religieuse une variable d’ajustement émotionnelle. Un État sûr de lui protège les enfants, poursuit les criminels, respecte les cultes et comprend la différence entre un secret qui protège le crime et un secret qui protège la possibilité même de la conversion morale.
Quand le pouvoir ne sait plus tenir la rue, il est toujours tenté de fouiller la sacristie. C’est peut-être cela, le plus désespérant. Ou le plus drôle, si l’on se souvient que l’humour reste, parfois, la dernière politesse du désespoir.
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Tirs du Hezbollah contre une école chrétienne au sud Liban
Communiqué de Yann BALY, Président de Chrétienté-Solidarité
Hier, vendredi 29 mai, des tirs de roquettes du Hezbollah ont touché l’école des Saints Coeurs et l’église grecque-orthodoxe de Marjayoun au sud-Liban. Ces tirs ont causé des dégâts matériels. Heureusement, aucune victime n’est à déplorer (les cours se font depuis mars en visioconférence).
Comme lors des attaques israéliennes ayant touché les chrétiens, Chrétienté-Solidarité condamne avec la plus grande fermeté ces frappes de la milice chiite pro-iranienne. Après avoir pris en otages les chrétiens du sud Liban, pour mener une guerre qui sert exclusivement les intérêts iraniens, le Hezbollah opère désormais des tirs directs contre des édifices chrétiens. Est-ce qu’il entend intimider les chrétiens de la région de Marjayoun pour les inciter à fuir ? Le Hezbollah apporterait une nouvelle preuve de son désintérêt total de la cause et de l’unité libanaises, oubliant que les Chrétiens apportent un service à tous les habitants du sud tant en matière scolaire que médicale.
On se souvient qu’en 2002, le parti Amal, allié du Hezbollah, a chassé les religieuses basiliennes qui tenaient parfaitement l’hôpital de Marjayoun, prenant possession de l’établissement pour en faire un élément du dispositif social et militaire du Hezbollah. La qualité des soins a progressivement chuté. Depuis la guerre récente, l’ensemble du personnel médical chiite a déserté l’hôpital qui est désormais à l’abandon.
En ces nouvelles épreuves, nous renouvelons notre soutien et l’assurance de nos prières à la direction, aux enseignants et aux élèves de l’école des Saints Coeurs (dont près de 50 sont parrainés par Chrétienté Solidarité). Nous les avons rencontrés il y a 1 mois, jour pour jour (voir ci-dessous). Sur fond de bombardements, ils nous ont dit leurs angoisses et leurs peines mais aussi leur courageuse volonté de tenir bon pour continuer à vivre, étudier et travailler sur leur terre.
Avec Chrétienté-Solidarité, plus que jamais, nous allons continuer de les aider !
Soutenez notre action : https://chretientesolidarite.fr/don-libre/
Le témoignage de fidélité, expression renouvelée de la foi
Léon XIV a publié ce lundi de Pentecôte son encyclique Magnifica humanitas dans laquelle il enseigne que
« La civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation ».
Ce même lundi de Pentecôte, Thomas Debesse proposait sur les chemins de Chartres sa méditation sur la fidélité comme témoignage renouvelé de la foi, rappelant comment la foi se témoigne dans une habitude renouvelée, exprimée de manière continuelle et durable, et comment le spectaculaire se retrouve également dans une vie de fidélité, dans l’obéissance, et pas seulement dans des actes isolés :
Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre.
Voici le thème de notre pèlerinage.
Et de quoi témoignons-nous ? De la foi que Dieu nous a sauvés. C’est-à-dire que nous sommes saints, nous sommes déjà saints, nous sommes déjà sauvés. Nous recevons l’état de grâce dans le baptême. Nous devons le conserver. Nous devons le retrouver dans le sacrement de pénitence. C’est notre sainteté qui nous permet de nous unir au Christ dans l’Eucharistie. C’est notre sainteté que nous a donné le Christ lui-même, par son sacrifice, dans notre baptême, par son Eucharistie.
Et ceci est un topo sur la fidélité comme expression renouvelée de la foi.
Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Il y a en quelque sorte dans cette affirmation un ordre, mais surtout un constat. Vous serez témoins parce que vous témoignerez. Mais alors qu’est-ce qu’un témoignage ? De quoi témoignons-nous ? De qui témoignons-nous ?
Nous témoignons du Christ, mais comment en témoignons-nous ? J’ai participé à diverses oeuvres missionnaires, d’évangélisation directe parfois. Et là où certains mouvements plus traditionnels insistent évidemment sur l’annonce de l’évangile et du kérygme. Donc le kérygme, c’est le condensé de la foi. Jésus est Messie, Fils de Dieu, il est mort et résuscité pour nous sauver. Et il nous appelle à la conversion.
Donc de toute façon, tous les mouvements missionnaires font ça. C’est notre premier témoignage.
Mais voilà, certains mouvements plus charismatiques insistent aussi beaucoup sur le témoignage personnel. En fait, notre expérience, comment ça nous a touchés, comment ça nous habite. Et c’est important aussi. Mais cette insistance sur le témoignage personnel a toujours été difficile pour moi.
Parce que je me suis rendu compte que le seul schéma qui était prévu, était en fait le témoignage du converti. Et c’est très bien d’avoir le témoignage des convertis. Les convertis ravivent la flamme de la foi. Mais pour quelqu’un qui a été éduqué dans la foi depuis tout petit, qui s’est affermi au fur et à mesure des années, eh bien on ne rentre pas dans ce cadre de celui qui un jour fait une rencontre, une expérience physique qui se fait retourner comme une crêpe, qui tombe à genoux, qui se convertit d’un coup progressivement, mais avec un avant et un après bien discernables.
Et le converti, lui, il a besoin de notre témoignage de fidélité.
Ceux qui ont été éduqués dans une famille catholique peuvent aussi vivre cela, cette conversion, mais pas tous. Enfin, pas une conversion aussi spectaculaire. Charles de Foucault ne grandit pas dans l’ignorance de la foi chrétienne. Il suit un chemin de débauche puis de conversion. Mais que se passe-t-il quand vous n’avez pas eu cette vie, et que vous avez bien sûr vos faiblesses ? Vous n’êtes pas parfaits, mais vous n’avez pas ce témoignage-là à donner.
Ça ne veut pas dire que vous n’avez pas de témoignage. Vous devez être témoin, et vous le serez. Vous serez témoin jusqu’aux extrémités de la terre. C’est une promesse. Et comment cette promesse se réalise-t-elle ? Comment serez-vous témoin jusqu’aux extrémités de la terre ?
Nous sommes déjà saints parce que nous sommes déjà sauvés. Le Christ est mort pour nous. Il a épousé l’Église sur la croix.
L’Église, dans son processus de canonisation, évalue ce qu’on appelle l’héroïcité des vertus. Et savez-vous à quelle vertu se rapporte la fidélité ? La fidélité se rapporte à la vertu de foi. En fait, la foi et la fidélité, c’est quasiment la même chose. La fidélité, c’est la façon d’où nous exprimons notre foi. Le mot latin pour la foi se dit « fidei ». Fidélité, c’est quasiment le même mot. La fidélité dérive directement de la foi. Nous disons d’ailleurs que les fidèles, ce sont les croyants. Les croyants, ce sont les fidèles. Et les infidèles, ce sont les incroyants.
Mais pourquoi cette distinction entre foi et fidélité ? La foi est un don. Mais si nous étions en dehors du temps, des purs esprits, et qu’un unique acte d’adhésion ou de refus décidait de nous pour l’éternité de notre vie, nous ne pourrions pas vraiment être fidèles. En fait, dans le langage courant, on pourrait dire que nous aurions été fidèles, que nous aurions agi par fidélité, que nous serions restés fidèles, mais c’est un anthropomorphisme de parler ainsi. Ça suppose un avant, un après, une temporalité, une incarnation.
Le propre de la foi de l’homme, c’est d’exprimer sa foi dans la fidélité. La fidélité est l’expression de la foi, donc l’expression renouvelée de la foi. Et la fidélité est un moyen inévitable de l’expression de la foi, car la foi est une vertu. Si on demande à quelqu’un : as-tu la foi ? Il peut répondre oui, et il peut répondre non, mais est-ce qu’il a vraiment la foi ? Comment on le vérifie ? Comment on le sait ? Peut-être est-il persuadé d’avoir la foi ? Peut-être ce qu’il appelle foi est une conviction et non une vertu ? Peut-être n’est-ce qu’un sentiment et non une vertu ? Peut-être que ce qu’il appelle foi n’est pas la foi ?
Quand on dit avoir la foi, on désigne quelque chose d’intérieur, d’intime. On ne peut pas vraiment évaluer cette prétention d’avoir la foi si elle n’est pas exprimée de manière qu’un autre puisse en témoigner pour soi. La foi n’est pas seulement une conviction, ce n’est pas seulement une adhésion interne.
Nous sommes prophètes, c’est-à-dire que nous sommes expression. Le fait d’être prophète, c’est d’exprimer une vérité. Notre vie est une prophétie, notre vie est une expression, notre personne est une expression. Notre vie est l’expression d’une vérité et nous sommes l’expression d’une vérité. Notre vie doit être l’expression de cette foi par le témoignage de la fidélité.
Notre nature incarnée fait qu’il n’y a pas d’acte de foi sans un acte matériel, par un geste, une parole ou un renoncement. La foi supporte notre agir quotidien et ce quotidien supporté par la foi est une fidélité. La sainteté est l’héroïcité des vertus.
La vertu est un habitus dans le bien, c’est-à-dire l’habitude de faire le bien. C’est un renouvellement de cette expression de foi et la fidélité nourrit la foi en retour. La foi est le renouvellement, la fidélité est le renouvellement de la foi exprimée. C’est une habitude renouvelée, exprimée de manière continuelle et durable.
Et donc, je disais que la foi appartient à l’intime, au for interne, alors que la fidélité appartient au for externe, et que la fidélité est le témoignage de notre foi.
Si, par exemple, on pose la question : « Nos pasteurs ont-ils encore la foi ? », on peut en discuter longtemps et, en fait, on parle pour ne rien dire. Par contre, si je pose la question : « Nos pasteurs sont-ils fidèles ? », là, nous pouvons évaluer la fidélité du pasteur.
Et si vous posez la même question : « Thomas a-t-il la foi ? », il y a peu de chances que je vous réponde. Et si je dis oui, est-ce que vous allez me croire ? Par contre, si vous posez la question : « Est-ce que Thomas est fidèle ? », ma fidélité parle pour moi. Mes actes parlent pour moi. C’est déjà là un témoignage. Je n’ai pas besoin d’en parler. Même d’autres personnes peuvent répondre à ma place. Car ma fidélité est mon témoignage.
Et donc, votre fidélité est aussi votre témoignage de foi. La sainteté se vit dans l’héroïcité des vertus. Et l’héroïcité des vertus se mesure de manière objective en jugeant le for externe. Donc la foi est une vertu théologale. Et l’expression de la foi s’appelle la fidélité.
Le martyr, tué pour sa foi, est fidèle jusqu’au bout. Sa fidélité est son témoignage. Et celui qui est fidèle toute sa vie, témoigne tout autant.
Le témoignage de la fidélité est difficile à discerner car notre siècle est centré sur l’instant. Le geste isolé est mieux valorisé. Et c’est très bien d’avoir des actes isolés et héroïques. Mais l’héroïcité s’applique aussi à la vertu, dans l’exercice renouvelé, de l’Espérance, de la Foi et de la Charité.
Il faut du courage pour demander quelqu’un en mariage, de proposer à quelqu’un le mariage. Mais cela ne suffit pas. Le sentiment que vous avez n’est pas une fidélité. C’est peut-être un pari au début, c’est au mieux un courage. Mais ce n’est pas encore de la fidélité.
La parole que vous avez eue en disant « je t’aime » un jour, elle doit être renouvelée tous les jours. Et c’est ça, l’héroïcité de la vertu.
Et je reprends l’exemple du témoignage de conversion. Certains pourraient dire que ce témoignage est favorisé parce qu’il est spectaculaire. J’ai employé ce mot tout à l’heure. Mais en disant cela, vous supposerez que le spectaculaire se réserve à un geste, à un moment, un fait particulier, à un instant précis.
Pourtant, on peut tout à fait dire que 40 ans de mariage, c’est spectaculaire. On peut aussi dire que 40 ans de virginité, c’est spectaculaire.
Trop souvent, nous faisons l’erreur de supposer, par habitude et donc par vice, que de tels qualificatifs ne s’appliquent pas à la fidélité. Mais la définition du spectacle, c’est la manifestation publique. Nous parlons donc bien du for externe, du témoignage remarquable ou admirable, qui peut donc être tout aussi spectaculaire quand il est exprimé dans le temps long.
La fidélité est admirable. 10 ans de fidélité, c’est admirable. 30 ans de fidélité, c’est admirable. Une vie de fidélité, c’est admirable et c’est spectaculaire. Et voilà où se trouve votre témoignage : dans la fidélité.
Le témoignage de fidélité ne ment pas, car la fidélité est le renouvellement de la vérité.
Dans le catéchisme de Saint-Pie X, la question est posée : « Êtes-vous chrétien ? » La réponse est : « Oui, je suis chrétien par la grâce de Dieu ». Car oui, nous sommes saints, nous sommes déjà sauvés par la grâce de Dieu. La foi est un don.
La question suivante demande : « Pourquoi dites-vous par la grâce de Dieu ? » À quoi nous répondons : « par la grâce de Dieu parce qu’être chrétien est un don gratuit de Dieu que nous n’avons pu mériter ».
Nous avons reçu la grâce. Nous sommes déjà sauvés. Nous devons garder la foi. Nous devons conserver notre état de grâce. Nous devons être fidèles. Et la foi est aussi une vertu.
Ensuite, la question est posée : « Quel est le vrai chrétien ? » Nous sommes là pour témoigner aux extrémités de la terre, quel est le vrai chrétien ? Réponse : « Le vrai chrétien est celui qui est baptisé, qui croit et professe la doctrine chrétienne et obéit aux pasteurs légitimes de l’Église ».
Nous croyons et nous professons. Nous sommes prophètes. Notre vie est une expression. Le témoignage de notre fidélité s’exprime particulièrement dans l’obéissance aux pasteurs légitimes de l’Église.
Je précise parce que ça ne s’entend pas à l’oral, mais « pasteurs légitimes » est au pluriel. Le pluriel est important parce que la légitimité du pasteur se trouve dans la filiation apostolique.
La fidélité est une fidélité envers une personne. Nous pouvons dire parfois que nous sommes fidèles à la vérité, mais plus exactement, nous sommes fidèles à une personne. Car la vérité a un nom et un visage. Nous sommes fidèles au Christ et donc à son Église.
La légitimité des pasteurs de l’Église n’est pas le produit d’un contrat social. Ce n’est pas notre conviction ni une convention sociale qui produit la légitimité des pasteurs. La légitimité des pasteurs de l’Église ne se retrouve pas non plus dans leur conviction personnelle, leur pratique des vertus ou la droiture de leur enseignement.
La légitimité des pasteurs de l’Église se trouve dans la succession apostolique. C’est d’ailleurs ce qui leur permet de se convertir. Et cette succession apostolique est une expression de fidélité.
Soyez fidèles et votre fidélité témoignera pour vous. Par votre fidélité, par votre obéissance, vous serez témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Vous serez témoins du Christ et de son Église jusqu’aux extrémités de la terre.
Israël veut garder sa liberté d’action au Liban
Selon le Wall Street Journal, « Israël fait pression sur les États-Unis pour que la liberté d’opérations pour Israël au Liban soit incluse dans le projet d’accord de paix avec l’Iran ». Autrement dit, Israël souhaite pouvoir continuer à agir militairement et sans contrainte au Liban contre le Hezbollah. Pour le journal américain, cette volonté israélienne « risque de constituer un autre point de blocage dans les négociations avec l’Iran, qui insiste sur le fait que tout cessez-le-feu doit inclure la fin des combats au Liban ». Pendant ce temps, au Liban, la guerre continue.
Depuis quelques jours, l’armée israélienne intensifie ses opérations militaires au Liban. Beyrouth a été touché cette semaine, tandis que le sud du pays est bombardé quotidiennement. De nouveaux ordres d’évacuation forcée ont également été donnés dans plusieurs villages du Sud-Liban. Une réunion se tient aujourd’hui même aux Etats-Unis entre Libanais et Israéliens, notamment pour évoquer la question du désarmement du Hezbollah.
Selon l’Agence national d’information, le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, « a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales compétentes, afin d’attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques et aux quartiers patrimoniaux » dans le sud du pays. Deux grands sites historiques sont principalement touchés : la ville antique de Tyr et le château de Beaufort.
Source : SOS Chrétiens d’Orient
Fête de la Très Sainte Trinité
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
Nous voici dans le temps après la Pentecôte, le plus long de l’année liturgique, puisqu’il en couvre à peu près la moitié, et va nous conduire jusqu’à la fin de novembre. En ce premier dimanche après la Pentecôte, l’Église célèbre la fête de la Très Sainte Trinité, Dieu unique en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint Esprit…
Autrefois, selon le rit romain, ce dimanche qui suivait la veillée nocturne du samedi des Quatre-Temps de la Pentecôte à Saint-Pierre, était consacré au repos : Domínica vacat. Mais vers le VIIIe siècle, les calendriers romains commencent à noter une octave de la Pentecôte – à l’imitation certainement du dimanche in Albis – avec la lecture évangélique du colloque du Seigneur et de Nicodème (Jn, 3, 1-16) où il est question de l’efficacité de l’action du Saint-Esprit dans la régénération baptismale. Presque en même temps apparaît en usage la leçon actuelle pour la messe du Ier dimanche après la Pentecôte (messe que l’on ne peut entendre qu’en semaine quand le calendrier le permet) de l’Évangile selon saint Luc (6, 36-42). Toutefois en 1334, l’un et l’autre passages devinrent à peu près inutiles, en raison de la fête nouvelle de la Très Sainte Trinité, qui fut introduite par Jean XXII dans le rit romain.
Pour la première fois depuis le début de l’année liturgique, nous trouvons une fête qui n’a pas pour but de commémorer un événement de l’histoire du salut, mais de nous remettre en mémoire et graver en notre esprit un des dogmes fondamentaux de la foi catholique. C’est seulement à la fin du Moyen Âge que l’Église en a éprouvé le besoin en raison du refroidissement des convictions et de la prolifération des théories hétérodoxes. Cette fête était célébrée en certains lieux dès le Xe siècle, à la suite de révélations privées, mais ce n’est qu’au XIVe siècle qu’elle a été instituée officiellement pour l’Église universelle et fixée au premier dimanche après la Pentecôte. Il s’agit donc ici d’un office composé, non de l’expression spontanée de la prière de l’Église comme pour les messes plus anciennes. Les mélodies ne sont pas originales, à part l’Alléluia qui a été repris dans un office existant. Ce sont des adaptations plus ou moins adroites, il faut le dire, de textes nouveaux à des mélodies qui avaient été faites pour d’autres.
Les textes de la messe de la fête de la Sainte Trinité ne constituent pas un exposé théologique du dogme, comme ce sera le cas dimanche prochain pour la fête du Saint Sacrement. Comment exprimer l’inexprimable ? Ils se contentent de répéter indéfiniment notre louange à Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. En particulier les chants de la messe disent tous à peu près la même chose et on remarquera que les cinq pièces du propre : Introït, Graduel, Alléluia, Offertoire et Communion commencent toutes par le verbe bénir, benedicere c’est-à-dire : dire du bien. Et lorsque c’est l’homme qui est sujet, ce verbe est synonyme de louer. Ces textes s’inspirent plus ou moins de deux passages de la Bible, tous deux dans l’Ancien Testament, le cantique des trois jeunes hébreux dans la fournaise au livre de Daniel, qu’on trouvera au Graduel et à l’Alléluia, et les paroles de l’archange Raphaël au livre de Tobie, qu’on trouvera à la Communion et dont s’inspirent l’Introït et l’Offertoire, en y ajoutant la notion de Sainte Trinité dont l’Ancien Testament ne parlait évidemment pas.
L’idée d’une solennité spéciale en l’honneur de ce mystère, fondement de notre foi chrétienne, est belle, et le moment de sa célébration, à l’expiration du temps pascal, est heureusement choisi. On sentait comme le besoin de manifester toute notre reconnaissance à l’Auguste Triade, qui a daigné accomplir avec tant de miséricorde et tant d’honneur pour nous, l’œuvre de notre Rédemption (c’est la phrase que nous répétons à l’Introït, à l’Offertoire et à la Communion : « parce qu’il a fait éclater sur nous sa miséricorde »). Pour l’amour de nous, le Père éternel a daigné nous donner comme hostie et victime d’expiation son Fils unique lui-même ; Jésus nous a aimés in finem, c’est-à-dire jusqu’à s’immoler lui-même pour nous ; l’Esprit Saint s’est donné à nous si intimement qu’il est appelé donum, le don, précisément parce qu’il nous atteste l’amour du Père et du Fils à notre égard.
De plus, la révélation du dogme de la Très Sainte Trinité est un de ces secrets que les Hébreux avaient seulement entrevus mystérieusement, mais qui ne fut expressément révélé que dans la Nouvelle Loi. Il regarde la vie intime de Dieu ; or, les choses intimes ne se disent pas à tous, mais seulement aux amis. La connaissance de Dieu trine dans les Personnes et un dans son essence, marque le plus haut sommet de la science théologique et confère au peuple chrétien une perfection et une dignité si grandes qu’on peut bien dire qu’en ce dogme réside l’honneur, la gloire et le salut de l’Église. C’est donc fort à propos, après que l’Esprit Saint est venu instruire le troupeau des fidèles, les initiant à la possession intégrale de la vérité divine, que la famille chrétienne s’élève à la contemplation et à l’adoration in Spíritu et veritáte de l’auguste Triade, qui constitue la fin première et essentielle de l’Incarnation du Sauveur et de la rédemption du monde.
Introït : Benedicta sit
Voici le texte de l’Introït :
Benedicta sit Sancta Trinitas, atque indivisa unitas : confitebimur ei quia fecit nobiscum misericordiam suam.
Bénie soit la Sainte Trinité et son indivisible unité ; Proclamons sa louange car elle a exercé envers nous sa miséricorde.
La mélodie est calquée presque note pour note sur celle de l’Introït Invocabit me du premier dimanche de Carême, qui est affirmative, pleine d’une assurance paisible et assez solennelle. Le verset est le premier du psaume 8 :
Domine Dominus noster : quam admirabile est nomen tuum in universa terra !
Seigneur notre maître que votre nom est admirable sur toute la terre.
Ce verset est suivi comme toujours du Gloria Patri qui convient aujourd’hui plus que jamais.
Graduel : Benedictus es
En ce premier dimanche après la Pentecôte, fête de la Sainte Trinité, le temps pascal étant terminé, nous allons retrouver le Graduel pour la première fois depuis le dimanche de Pâques.
Le texte de ce Graduel est emprunté au cantique des trois jeunes hébreux dans la fournaise, au livre de Daniel, grand cantique d’action de grâces dont tous les versets commencent par le verbe » bénir « .
Benedictus es, Domine, qui intueris abyssos, et sedes super Cherubim. Benedictus es, Domine, in firmamento cæli et laudabilis in sæcula.
Vous êtes béni, Seigneur, qui contemplez les abîmes et trônez au-dessus des Chérubins. Vous êtes béni, Seigneur, au firmament du ciel, et digne des louanges dans les siècles.
La mélodie est calquée, à peu près note pour note là aussi, sur celle du Graduel Constitues eos de la fête des saints Apôtres Pierre et Paul le 29 Juin. Mais, comme on le sait, les Graduels sont généralement faits de formules toutes faites qui s’enchaînent les unes aux autres. Ils s’adaptent donc plus facilement à des textes différents. Ici l’adaptation est excellente et les grandes vocalises de la mélodie expriment bien la louange du texte. En particulier le mot Domine se retrouve une fois au grave et une fois à l’aigu sur des mélodies réservées habituellement au nom du Seigneur.
Alléluia : Benedictus es
L‘Alléluia de la fête de la Sainte Trinité est la seule pièce ancienne de cette messe. Il a été repris à la messe de la veille, le samedi des Quatre-Temps de la Pentecôte. Dans les premiers siècles, les samedis des Quatre-Temps étaient des jours d’ordinations et la messe était très longue ; commencée dans la soirée, elle se poursuivait une partie de la nuit, et servait de messe de dimanche. Cet Alléluia est donc bien à sa place aujourd’hui, d’autant que son texte convient parfaitement à la fête. Les messes des samedis des Quatre Temps comportent de nombreuses lectures, parmi lesquelles on trouve toujours le cantique des trois jeunes hébreux dont nous venons de parler à propos du Graduel. Le texte de l’Alléluia qui le suit en est également tiré.
Benedictus es, Domine, Deus patrum nostrorum, et laudabilis in sæcula.
Vous êtes béni Seigneur, Dieu de nos pères, et digne de louanges dans les siècles.
La mélodie cette fois, est originale. Elle est légère et très joyeuse.
Offertoire : Benedictus sit
Le texte de l’Offertoire de la fête de la Sainte Trinité est à peu près le même que celui de l’Introït. Les trois personnes y sont seulement en plus explicitement énumérées.
Benedictus sit Deus Pater, unigenitusque Dei Filius, Sanctus quoque Spiritus : quia fecit nobiscum misericordiam suam.
Béni soit Dieu le Père et le Fils unique de Dieu ainsi que le Saint Esprit, car il a exercé envers nous sa miséricorde.
On remarquera dans ce texte que, si les trois personnes sont énumérées, les verbes restent au singulier, montrant bien qu’elles forment un seul Dieu.
Comme celle du Graduel, la mélodie est calquée sur celle de la pièce correspondante de la messe des saints apôtres Pierre et Paul, dont le Graduel et l’Offertoire ont exactement le même texte. Mais ici l’adaptation est moins heureuse. Cette mélodie est assez complexe et très ornée, pleine de mouvement, mais se termine dans une ambiance contemplative.
Communion : Benedicimus
Nous trouvons dans l’antienne de Communion de la fête de la Sainte Trinité le texte du livre de Tobie dont ceux de l’Introït et de l’Offertoire étaient plus ou moins inspirés. Ce sont les paroles de l’Archange Raphaël lorsqu’il se fait connaître, et invite Tobie et sa famille à rendre grâces à Dieu pour tous les bienfaits qu’ils ont reçus par son intermédiaire.
Benedicimus Deum cæli, et coram omnibus viventibus confitebimur ei : quia fecit nobiscum misericordiam suam.
Bénissons le Dieu du ciel et proclamons sa louange devant tous les êtres vivants, car il a exercé envers nous sa miséricorde.
Ce texte nous rappelle ainsi que la Sainte Trinité est source d’amour. Seule petite différence avec le texte original, les verbes sont passés de la deuxième à la première personne : Bénissons au lieu de Bénissez. À part cela, c’est le texte exact de la Bible, tandis que l’Introït et l’Offertoire n’en avaient repris que les derniers mots et le verbe bénir au début. La mélodie est celle de la Communion Feci judicium de la messe d’une vierge martyre, avec quelques petites variantes. Elle est assez douce dans un mode contemplatif.
Les évêques de France dénoncent la proposition de loi visant à supprimer le secret de la confession
Nous avions évoqué le 1er février le dépôt d’une Proposition de loi visant à prévenir et lutter contre les violences en milieu scolaire, déposée par Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (LFI), laquelle prévoit non seulement de restreindre la liberté des établissements scolaires, mais aussi de porter atteinte au secret de la confession.
La menace se précise puisque, le Gouvernement a engagé la procédure accélérée sur ce texte le lundi 11 mai. La commission parlementaire l’a examiné le 26 mai et cette proposition de loi sera discutée en séance le 1er juin.
Les évêques de France ont réagi à cette proposition de loi qui envisage de remettre en question le secret de la confession ou le contrat d’association pour l’Enseignement catholique. Cette réaction a été publiée dans Le Figaro le 29 mai :
La proposition de loi d’origine parlementaire visant à prévenir et lutter contre les violences en milieu scolaire, comme le projet de loi pour la protection de l’enfance porté par le gouvernement, manifestent l’intention de nos dirigeants d’engager résolument notre pays dans ces combats nécessaires et urgents. L’Eglise soutient cette intention. Elle est elle-même investie depuis plusieurs années dans un travail de vérité et mobilisée dans la lutte et la prévention contre les violences sexuelles.
Néanmoins, certains articles de la proposition de loi qui sera débattue lundi en séance publique à l’Assemblée nationale remettent en cause plusieurs libertés fondamentales, comme la liberté de conscience, le secret professionnel, la liberté d’enseignement ou la liberté de culte. C’est pourquoi la Conférence des évêques de France interpelle les parlementaires à ce sujet et exprime ici sa grande préoccupation.
Juifs et musulmans se convertissent au christianisme à un rythme historique
Si l’on en croit cet article :
Une nouvelle enquête de Lifeway Research menée aux États-Unis a révélé que 871 000 personnes d’origine juive reconnaissent désormais Jésus comme le Messie.
Rosenberg, du Joshua Fund, une organisation sioniste chrétienne, explique :
« Nous vivons à une époque où les gens ouvrent les yeux (en référence à la conversion de l’apôtre Paul sur le chemin de Damas, Actes 9:18). Plus nous avançons dans les temps de la fin, plus nous devrions nous attendre à ce que davantage de Juifs se convertissent à la foi en Jésus. »
Il fait référence aux promesses bibliques, comme dans Ézéchiel 36:24-26, concernant le rassemblement des Juifs à la fin des temps, d’abord sur leur terre, puis auprès de leur Sauveur lorsqu’il leur donnera un cœur nouveau. Ils peuvent être haïs du monde, mais ils sont aimés de Jésus, leur Messie.
Les musulmans aussi se tournent en grand nombre vers le Christ, avec plus de quatre millions de personnes rien qu’en Iran, selon Hormoz Shariat, surnommé le Billy Graham iranien, qui diffuse l’Évangile dans son pays par satellite « juste au-dessus de la tête des mollahs », comme le dit Rosenberg. Il ajoute :
« Malgré la plus grande persécution des chrétiens de toute l’histoire de l’humanité, nous assistons à une moisson d’âmes sans précédent dans le monde musulman. Alors que la sauvagerie se déchaîne au Moyen-Orient, l’Esprit du Dieu vivant agit avec puissance et gloire. Satan est à l’offensive, certes, mais le Christ l’est aussi. »
Joseph Steinberg, directeur général de la Mission internationale auprès du peuple juif, rapporte qu’environ deux fois plus de Juifs en Israël se sont convertis au christianisme l’an dernier par rapport à l’année précédente.
Elle aimerait que les prêtres parlent davantage de la fin de vie, notamment dans leurs homélies
La Croix du vendredi 22 mai dressait le portrait de 10 jeunes catholiques engagés, parmi lesquels Marie-Lys Pellissier, porte-parole de la Marche pour la vie :
La proposition de loi sur l’aide à mourir entre dans sa dernière ligne droite parlementaire. À mesure que l’échéance approche, et consciente des enjeux que cela implique pour le respect de la vie, Marie-Lys Pellissier, 24 ans, porte-parole du collectif Marche pour la vie, consacre quasiment tout son temps à ce combat. Professeure de philosophie l’an dernier dans le sud de la France, elle s’est installée en région parisienne pour suivre de près les débats et multiplier mobilisations, interventions médiatiques et conférences. Pourquoi un engagement aussi exposé ? Chez elle, la conviction remonte à l’enfance. Élevée dans une famille catholique pratiquante, elle grandit avec l’idée que la vie est sacrée, «de sa conception à sa fin naturelle ». Mais c’est au lycée que son engagement prend une dimension personnelle, au fil de discussions sur l’avortement avec des filles de sa classe. « Je voyais que le sujet était très sensible, qu’il blessait », raconte la jeune femme, attachée à écouter plutôt qu’à juger. Marie-Lys Pellissier constate alors que certaines femmes n’osent pas exprimer leur souffrance après un avortement tant l’acte lui semble « banalisé ». Comme un déclic, elle se mobilise à la Marche pour la vie en 2020, puis, en 2024, sort de l’ombre en devenant porte-parole. Depuis un an, elle est aussi diplômée d’un master de philosophie éthique et politique à la Sorbonne. Dans son engagement parfois difficile, celle qui est devenue l’un des visages du mouvement pro-vie trouve des raisons d’espérer. « Les députés qui ont changé d’avis entre les deux lectures, les prises de parole de soignants et de malades, la position ferme des évêques sur le sujet… », égrène-t-elle. Ce qu’elle aimerait ? Que les prêtres parlent davantage de la fin de vie, notamment dans leurs homélies.
“Les écoles libres jouent un peu le rôle d’aiguillon car elles sont le symptôme de l’échec des réformes”
À l’approche des élections présidentielles, la Fondation pour l’école a rendu public un sondage Ifop sur les attentes des Français en matière d’organisation scolaire, de liberté de choix et d’accompagnement des familles. Son directeur, Michel Valadier, a été interrogé dans L’Homme Nouveau. Extrait :
Quelles perspectives d’amélioration peut-on espérer pour le hors-contrat, qui demeure minoritaire et quasiment absent des programmes présidentiels, tous mouvements politiques confondus ?
En effet, le hors-contrat ne représente que 4,4 % des écoles en France, mais il faut observer leur dynamique car elles étaient inexistantes il y a trente ans. L’an dernier, il y a eu 5 000 fermetures de classes dans le public, 530 dans le privé sous contrat et 400 ouvertures de classes dans le privé hors contrat. Cela pourrait inspirer ceux qui veulent réformer l’école. Les écoles libres jouent un peu le rôle d’aiguillon car elles sont le symptôme de l’échec des réformes engagées par les « pédagogistes » depuis plus de cinquante ans. La Fondation pour l’école interrogera les candidats à l’élection présidentielle afin de leur demander comment ils comptent prendre en compte cette réalité. De plus, il se trouve que beaucoup de ces écoles hors contrat ne refuseraient pas de passer leurs classes sous un type de contrat prévu par la loi Debré de 1959 : le contrat simple. Celui-ci a malheureusement été délaissé par la plupart des écoles catholiques qui lui préfèrent le contrat d’association, alors que ce dernier est beaucoup plus contraignant, dans l’application des programmes notamment. Nous comptons donc demander la facilité d’accès au contrat simple pour les écoles primaires mais aussi secondaires qui le demandent car elles essuient aujourd’hui un refus quasi systématique pour des raisons budgétaires.
Sacres : une gestion calamiteuse depuis Rome
D’un lecteur :
Le titre de la lettre 1372 de Paix liturgique intitulée LA CALAMITEUSE GESTION DE L’AFFAIRE DE LA FSSPX a attiré l’attention de l’humble catholique du rang que je suis.
Calamiteuse gestion ? Certainement pas de la part de la FSSPX qui me semble au contraire avoir agi finement en demandant à Rome l’autorisation de procéder au sacre de quatre évêques en son sein.
Par cette demande elle se positionne comme une société catholique qui reconnait totalement l’autorité du Pape mais –plus subtilement- elle place Rome devant un dilemme :
- soit accepter (comme elle le fait avec la Chine et comme le lui ont demandé plusieurs cardinaux et évêques) et se voir reprocher de céder aux demandes d’une société en « communion imparfaite avec Rome » ;
- soit refuser en se comportant comme une mère qui donne des pierres à ses enfants qui lui demandent du pain.
En choisissant une de ces solutions (ce qu’elle a fait pour l’instant en choisissant la seconde) Rome pouvait en effet se voir reprocher sa « calamiteuse gestion ».
Est-ce à dire qu’elle n’a pas d’autre choix ?
Ne pourrait-elle pas au contraire choisir une solution qui lui permettrait de répondre au besoin de la FSSPX tout en imposant son autorité et en mettant ladite fraternité à son tour au pied du mur ?
Comment ? En choisissant elle-même discrètement quatre prêtres de la FSSPX, en s’assurant de leur accord et en annonçant officiellement leurs noms, le lieu et la date de leur sacre (dans la première quinzaine de juillet) ainsi que les noms des cardinaux et évêques consécrateurs (parmi lesquels devraient bien sur figurer les deux actuels évêques de la FSSPX…s’ils le désiraient, la balle serait alors dans leur camp).
Ces sacres auraient lieu quelle que soit la décision d’Ecône qui se trouverait à son tour forcée de choisir entre :
- l’acceptation des quatre évêques choisis par Rome. Prouvant ainsi son attachement à l’Eglise et que sa demande de sacrer des évêques était bien uniquement motivée par le souci des âmes de ses fidèles ;
- le refus des évêques choisis en son sein par Rome. Auquel cas elle démontrerait qu’elle refuse l’autorité de l’Eglise et que les motifs avancés n’étaient que des prétextes pour sacrer des évêques sans l’accord du Vatican. En outre ce refus entrainerait une crise au sein de cette institution entre :
-
- ceux qui veulent vraiment rester attachés à l’Eglise (au nombre desquels figureraient bien sûr les quatre évêques ordonnés, éventuellement le ou les évêques actuels de la FSSPX et également les fidèles qui suivraient ces évêques en communion avec Rome) ;
- et ceux qui ne rêvent que d’une « structure indépendante » (pour ne pas dire schismatique).
-
Il reste moins d’un mois pour que Rome sorte par le haut de cette affaire qu’elle a jusqu’à présent traitée de manière effectivement assez calamiteuse.
L’Esprit Saint soufflera-t-il assez fort pour lui inspirer une décision de bon sens…et de bonne gestion ?
Jean-Daniel TRIBORD
Peut-on être condamné pénalement pour avoir énoncé des faits exacts ? En Belgique oui
Le tribunal correctionnel de Louvain a condamné le militant nationaliste flamand Dries Van Langenhove à une amende de 4 000 euros pour une conférence prononcée début 2024 à la prestigieuse université catholique de Louvain (KU Leuven). Reconnu coupable d’incitation à la haine fondée sur la nationalité ou l’origine ethnique et de diffusion d’idées fondées sur la haine raciale, le fondateur du mouvement Schild & Vrienden voit s’allonger une liste déjà conséquente de poursuites judiciaires. Mais au-delà du cas particulier, cette condamnation soulève une question vertigineuse pour l’ensemble des démocraties européennes : peut-on désormais être condamné pénalement pour avoir énoncé des faits exacts ?
Car c’est bien là que réside le caractère proprement inquiétant de cette affaire. Le juge lui-même, dans son verdict, ne conteste pas l’exactitude des propos tenus. Il les condamne malgré leur véracité.
Une conférence transformée en procès des idées
Les faits remontent au début de l’année 2024. Invité par l’Association nationaliste des étudiants (NSV) à l’Institut pédagogique de la KU Leuven, Van Langenhove devait initialement intervenir sur le thème de l’agriculture régénérative. La conférence a rapidement dévié vers un exposé plus large de sa vision politique, au cours duquel il a établi un lien entre l’immigration de masse, la criminalité et la dégradation de la qualité de vie en Flandre.
L’université a porté plainte, et le parquet a estimé que le sujet annoncé n’était qu’un prétexte pour tenir un discours politique dans ses locaux. Le ministère public a considéré que le militant avait brossé un portrait systématiquement négatif de certains groupes de population, contribuant selon lui à la propagation d’idées racistes. Il a notamment indiqué qu’il est « logique que moins d’Africains noirs décrochent un diplôme d’ingénieur, mais qu’ils soient de meilleurs coureurs de fond car il existe des différences entre les groupes ethniques« .
Van Langenhove, lui, conteste fermement toute infraction. Sa ligne de défense est limpide : « Si je devais être condamné, ce serait pour avoir exprimé des faits vérifiables. » À l’issue de l’audience, il s’est dit déçu, estimant que le ministère public était incapable de démontrer le moindre élément constitutif d’une infraction réelle.
Le verdict le plus glaçant : la vérité ne constitue pas une défense
C’est dans la motivation même du jugement que se niche l’élément le plus alarmant de cette affaire. Le magistrat écrit noir sur blanc une phrase qui mérite d’être méditée par tout citoyen attaché à la liberté d’expression : même si l’ensemble des déclarations de Van Langenhove reposent sur des preuves scientifiques et des statistiques, cela ne change rien à l’intention délictuelle. Le juge précise que le prévenu n’est pas poursuivi pour avoir diffusé de fausses informations, mais pour avoir présenté des faits d’une manière susceptible d’inciter à la haine envers des personnes en raison de critères protégés par la loi anti-racisme.
En d’autres termes, la véracité des propos est explicitement déclarée sans pertinence juridique. On ne reproche pas au militant d’avoir menti. On lui reproche d’avoir dit vrai d’une manière jugée dérangeante.
Plus troublant encore, le jugement précise qu’il n’est nullement nécessaire que le prévenu ait incité à des actes concrets de haine ou de violence pour qu’une infraction soit caractérisée. Il suffit, selon le tribunal, que d’autres personnes puissent être amenées à adopter une « attitude générale d’intolérance ou de désapprobation » à l’égard d’un groupe protégé. Aucun acte, aucune violence, aucune incitation concrète : la simple possibilité qu’un auditeur puisse en venir à penser du mal d’un groupe protégé suffit à fonder une condamnation pénale. […]
La vie chrétienne victorieuse – L’Amour pour le Seigneur
L’Amour éternel du Père pour le Fils
« Tu es mon Fils bien-aimé » (Luc 3:22).
Avant que le monde existe, avant même que le temps commence son cours, l’amour était déjà pleinement manifesté au sein de la Trinité divine. Le Père trouvait ses délices éternelles dans son Fils bien-aimé. Rien ne troublait cette communion parfaite, immuable et infinie. Le Seigneur Jésus pouvait dire au Père : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). Ces paroles nous introduisent dans un mystère sublime : avant toute création, avant l’existence des anges et des hommes, le Fils était l’objet éternel de l’amour du Père.
Cet amour n’a jamais connu ni commencement ni variation. Le Père aime le Fils d’un amour parfait, infini, saint et éternel. Le Fils répond à cet amour dans une communion absolue avec le Père. Toute l’Écriture nous présente cette relation merveilleuse. Lorsque le Seigneur Jésus marchait ici-bas, le ciel s’ouvrit à plusieurs reprises pour rendre témoignage à cette affection divine : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Matthieu 3:17). Le Père trouvait toute sa satisfaction en Jésus : dans ses paroles, ses œuvres, son obéissance parfaite et sa sainteté sans défaut.
Durant toute sa vie terrestre, le Seigneur a manifesté cette dépendance parfaite envers son Père. Il ne cherchait jamais sa propre volonté, mais celle de Celui qui l’avait envoyé. Dans un monde marqué par le péché, la désobéissance et l’indépendance de l’homme, Jésus a glorifié son Père à chaque instant. Son chemin fut celui d’une obéissance constante, humble et parfaite. Même dans les circonstances les plus douloureuses, son amour pour le Père demeurait intact. Au jardin de Gethsémani, alors que l’angoisse de la croix pesait sur son âme sainte, il pouvait encore dire : « Non pas ma volonté, mais la tienne. »
La croix n’a nullement diminué l’amour du Père pour son Fils. Au contraire, elle en révèle toute la profondeur. Le Père a livré son Fils bien-aimé afin que des pécheurs perdus puissent être sauvés. Quel mystère insondable ! Celui qui était éternellement aimé du Père a accepté de souffrir pour nous, de porter le jugement du péché et de mourir à notre place. Là où le péché de l’homme s’est manifesté dans toute son horreur, l’amour de Dieu a resplendi dans toute sa grandeur.
Le Père aime le Fils et lui a remis toutes choses entre ses mains (Jean 3:35). Après les souffrances de la croix, Dieu l’a souverainement élevé et glorifié. Désormais, le Seigneur Jésus est assis à la droite de Dieu, couronné de gloire et d’honneur. Les croyants sont introduits par grâce dans cette sphère d’amour éternel. Nous sommes « agréés dans le Bien-aimé ». Quelle grâce merveilleuse ! Celui qui croit en Christ est accepté devant Dieu dans toute la valeur de la personne du Fils.
Ainsi, le chrétien n’est pas seulement pardonné ; il est aimé. Il est introduit dans une relation de proximité avec Dieu par le moyen du Seigneur Jésus. Le même amour dont le Père aime le Fils repose désormais sur ceux qui appartiennent à Christ. Cette vérité remplit le cœur de paix, d’assurance et d’adoration. Contempler l’amour éternel du Père pour son Fils conduit l’âme à se prosterner dans l’adoration.
L’amour des anges pour le Fils de Dieu
Les saints anges manifestent depuis leur création un profond attachement au Fils de Dieu. Créés par Lui et pour Lui, ils contemplent sa gloire céleste et exécutent avec joie ses commandements. L’Écriture déclare : « Que tous les anges de Dieu lui rendent hommage » (Hébreux 1:6). Leur amour est un amour d’adoration, de service et d’obéissance envers Celui qui est le centre des conseils éternels de Dieu.
Déjà avant l’incarnation, les anges étaient témoins des desseins divins concernant Christ. Mais lorsque le Fils de Dieu vint dans ce monde sous la forme d’un petit enfant, leur joie éclata publiquement. Une multitude de l’armée céleste apparut aux bergers pour annoncer la naissance du Sauveur : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et sur la terre paix » (Luc 2:14). Les anges reconnaissaient dans l’enfant couché dans une mangeoire le Seigneur de gloire venu accomplir l’œuvre de la rédemption.
Durant le ministère terrestre du Seigneur Jésus, les anges entourèrent constamment sa personne d’une sollicitude respectueuse. Après la tentation au désert, alors que Jésus avait remporté la victoire sur Satan, « les anges vinrent et le servirent » (Matthieu 4:11). Plus tard, dans le jardin de Gethsémani, lorsqu’il fut accablé d’angoisse devant la coupe des souffrances, « un ange lui apparut du ciel, le fortifiant » (Luc 22:43).
Quel spectacle pour les armées célestes ! Celui qu’ils adoraient depuis toujours était rejeté par les hommes. Leur Créateur était méprisé, insulté et crucifié. Pourtant, dans une parfaite soumission aux desseins de Dieu, ils n’intervinrent pas. Le Seigneur lui-même déclara qu’il pouvait demander à son Père plus de douze légions d’anges, mais le chemin de la croix devait s’accomplir.
Aujourd’hui encore, les anges trouvent leur joie dans l’exaltation du Christ glorifié. Ils adorent l’Agneau au ciel et contemplent avec admiration les merveilles de la grâce divine révélée dans l’Église. Leur regard demeure fixé sur Celui qui est digne de toute adoration.
L’amour des prophètes pour le Messie promis
Les prophètes de l’Ancien Testament ont profondément aimé le Dieu qu’ils servaient, mais aussi Celui que Dieu promettait d’envoyer : le Messie, Jésus-Christ. Bien qu’ils ne l’aient pas vu de leurs yeux, leurs cœurs étaient tournés vers sa personne et vers les gloires à venir. Ils annonçaient ses souffrances, sa royauté, sa grâce et son salut avec une foi vivante inspirée par l’Esprit de Dieu.
Le prophète Isaïe pouvait annoncer : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; et la domination reposera sur son épaule ; on l’appellera Merveilleux, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de paix » (Isaïe 9:5). Ces paroles témoignent déjà de l’admiration et de l’attente des prophètes pour la personne du Christ.
Ils contemplaient de loin les souffrances du Christ et les gloires qui suivraient. Ils vivaient dans l’espérance des promesses de Dieu. Leur exemple demeure précieux pour nous aujourd’hui. Nous aussi, nous sommes appelés à aimer la personne du Seigneur Jésus, même lorsque certaines vérités dépassent notre compréhension. La foi se nourrit des Écritures et apprend à demeurer humble devant les mystères divins.
L’adoration des mages et l’affection des saintes femmes
Les mages venus d’Orient représentent aussi ces cœurs attirés vers le Seigneur Jésus. Savants observant les astres, ils discernèrent dans l’apparition d’une étoile le signe de la naissance du Roi des Juifs. Ils entreprirent un long voyage afin de venir l’adorer. Lorsqu’ils trouvèrent le petit enfant : ” ils se prosternèrent et l’adorèrent » (Matthieu 2:11). Leur voyage, leur persévérance et leurs présents manifestaient l’honneur qu’ils rendaient au Christ.
Marie, la mère du Seigneur, exprime également une profonde adoration lorsqu’elle déclare : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur » (Luc 1:46-47). Son cœur humble et soumis trouvait sa joie en Dieu.
Durant le ministère du Seigneur Jésus, plusieurs femmes manifestèrent un attachement fidèle à sa personne. Elles le suivaient, le servaient de leurs biens et écoutaient sa parole avec affection. Marie de Magdala, Jeanne, Suzanne et beaucoup d’autres demeuraient proches du Seigneur.
Au pied de la croix, alors que beaucoup avaient fui, ces femmes restèrent présentes dans le silence des larmes. Leur amour les retenait près du Sauveur souffrant. Puis, au matin de la résurrection, elles se rendirent au tombeau avec des aromates, poussées par une affection plus forte que la mort. Elles furent les premières témoins du Ressuscité, honorées d’annoncer la victoire du Seigneur sur la mort.
Pierre et l’amour restauré
Pierre aimait profondément le Seigneur Jésus. Son amour était ardent, sincère, mais souvent marqué par l’impulsivité de son caractère. Dès l’appel du Maître, il abandonna ses filets pour le suivre. Son cœur brûlait d’un attachement exclusif au Seigneur, au point de promettre fidélité jusqu’à la mort.
Pourtant, durant la nuit du reniement, Pierre tomba dans une profonde faiblesse. Devant une simple servante, il nia connaître son Maître. Mais lorsque le regard du Seigneur se posa sur lui, Pierre sortit et pleura amèrement. Son amour n’était pas éteint, mais brisé par la conscience de sa propre faiblesse.
Après sa résurrection, Jésus restaura avec grâce son disciple défaillant. À trois reprises, il lui demanda : « M’aimes-tu ? ». Humilié mais sincère, Pierre répondit : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu connais que je t’aime ». Dès lors, son amour purifié devint plus humble et plus dépendant de la grâce divine. Il consacra sa vie au service du Seigneur jusqu’au martyre.
L’amour des premiers chrétiens pour Jésus-Christ
L’amour des premiers chrétiens pour le Seigneur Jésus se manifestait chaque jour. Animés par la foi en Celui qui était ressuscité, ils vivaient dans une communion fervente centrée sur sa personne. Rien ne pouvait éteindre leur attachement : ni les persécutions, ni les privations, ni les menaces de mort.
Leur amour pour Christ se traduisait par une vie fraternelle simple, sincère et généreuse. Leur regard était tourné vers le retour du Christ. Cette espérance vivante nourrissait leur fidélité et leur séparation du monde. Leur foi n’était pas centrée sur des institutions humaines, mais sur une personne vivante : le Seigneur glorifié.
Lorsque le Seigneur s’adresse à l’église de Thyatire, il peut encore dire : « Je connais tes œuvres, ton amour, ta foi, ton service et ta constance » (Apocalypse 2:19). Malgré les graves manquements de cette assemblée, le Seigneur reconnaît ce qui demeure pour Lui précieux : un amour sincère envers sa personne. Quelle grâce de voir que le Seigneur apprécie l’attachement de ses rachetés, même au milieu de beaucoup de faiblesse.
Notre amour pour le Seigneur aujourd’hui
Notre amour pour le Seigneur Jésus connaît souvent des variations. Comme l’assemblée d’Éphèse, nous pouvons abandonner notre « premier amour ». Les préoccupations de la vie, les occupations religieuses ou les attraits du monde risquent facilement d’affaiblir notre affection pour Christ.
Pourtant, le Seigneur demeure digne d’un amour entier et exclusif. Le Seigneur lui-même a déclaré : « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai » (Jean 14:21). Plus nous contemplons l’amour éternel du Père pour le Fils, plus nos propres cœurs sont attirés vers Lui. La communion avec Christ nourrit l’adoration, fortifie la foi et produit une vie consacrée.
Puissions-nous donc garder les regards fixés sur Jésus, l’objet éternel de l’amour du Père ; celui qui a donné sa vie pour nous sauver et qui revient bientôt chercher les siens. Alors nos cœurs répondront avec reconnaissance, adoration et fidélité à celui qui nous a aimés le premier.
« C’est avec raison que l’on t’aime » (Le Cantique des Cantiques 1:4).
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Sociologie d’une Église minoritaire
Lu sur Claves :
L’afflux récent des catéchumènes conduit l’Église de France à se poser l’enjeu de leur préparation et de leur persévérance : peut-on se satisfaire de recettes anciennes, continuer à amener les nouvelles générations vers les sacrements en conservant les vieilles habitudes, alors que tout le contexte semble avoir changé ? Cette réflexion ne peut faire l’économie d’un retour aux enjeux théologiques.
Constitué à partir des actes du forum « Garder la Parole de la Persévérance » tenu en 2025 en région parisienne, l’ouvrage collectif Renaître et vivre s’ouvre sur un constat que l’on serait tenté de qualifier de brutal, mais appuyé sur des données précises, indispensable état de lieux avant d’envisager les enjeux et les moyens d’un accompagnement adapté des catéchumènes et néophytes (sujet du Concile provincial qu’ouvriront les évêques d’Île de France dimanche prochain).
Une sécularisation à plusieurs visages
La France catholique est engagée dans un processus de “minorisation“, dont aucun signe ne laisse entrevoir l’inversion prochaine. Ainsi entre 2000 et 2023, le nombre de baptêmes annuels est passé de 400 000 à 200 000, les générations montantes apparaissant de plus en plus étrangères au catholicisme (les catholiques déclarés sont encore 48% parmi les plus de 60 ans, mais seulement 15% parmi les 18-29 ans[1]), jusque dans sa dimension culturelle.
Le sociologue Yann Raison du Cleuziou, dont la contribution ouvre la première partie de l’ouvrage, invite à distinguer trois dimensions dans ce processus de sécularisation (p. 27) : le déclin (quantitatif et qualitatif) de l’affiliation religieuse ; la « sectorisation de la foi » — la religion reléguée dans un espace privatisé, déconnectée de la vie publique, réduite à une option parmi d’autres ; et le déclassement des autorités religieuses, dont la parole ne bénéficie plus d’aucune présomption de légitimité dans le débat public. Cette combinaison représente l’aboutissement d’un long processus dans l’histoire du christianisme occidental.
Pour autant, Yann Raison du Cleuziou refuse de chercher les causes de cette sécularisation uniquement à l’extérieur de l’Église (p. 28). L’historien Marc Venard (1929-2014) avait déjà montré que des vagues de déchristianisation avaient historiquement suivi les réformes venues de Rome. François-André Isambert (1924-2017) avait décrit en 1976 une « sécularisation interne » ou « exchristianisation » du catholicisme : autonomisation par rapport au magistère, désacralisation des formes, déritualisation appuyée sur une confiance naïve dans les ressources de la modernité. Au plan strictement sociologique et statistique, le verdict est sans appel : aucun rebond ne s’est produit de ce côté, cette stratégie de l’accommodation avec l’évolution du monde moderne semble avoir accéléré le délitement qu’elle prétendait enrayer.
Trois groupes, trois logiques
L’analyse statistique permet encore de distinguer trois grands groupes parmi les Français qui s’éloignent de l’Église ou ne l’ont jamais rejointe. Le premier et le plus nombreux (59 % d’après une enquête IFOP pour la revue Mission en 2022, qui sert de base à cette clasification) est celui que Raison du Cleuziou appelle les « démobilisés déférents ». Ces personnes ne nourrissent aucun conflit de valeurs ouvert avec l’Église, ne revendiquent rien, ne contestent rien, mais se sont détachées progressivement de la communauté et de la pratique, comme par gravité, sans l’avoir véritablement décidé : le conformisme social a joué son rôle, mais aussi la rétractation de la présence paroissiale et de la visibilité de l’Église dans les lieux, les services…
Le deuxième groupe est celui des « contestataires en recherche », qui ont rompu avec l’Église pour des raisons de valeurs — positions morales, gestion des abus, inadéquation entre la parole institutionnelle et leurs choix de vie… — mais n’ont pas renoncé à une quête spirituelle et cherchent une alternative caritative ou sociale, voire dans d’autres religiosités.
Le troisième groupe, enfin, est celui des indifférents au sens fort : sans éducation religieuse, ni socialisation dans ce milieu, ni même désir de rupture puisqu’il n’y a rien à rompre. Ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui
La figure du « dernier représentant » (selon l’expression de l’abbé Guillaume de Menthière) est intéressante à cet égard. Les catéchumènes d’aujourd’hui appartiennent en effet massivement à la troisième génération après le décrochage. Or Guillaume Cuchet a montré de manière décisive que la « foi sans pratique » ne se transmet pas (deux ou trois générations suffisent à l’éteindre entièrement). Ce qui subsiste, parfois, c’est la figure d’un grand-père ou d’une grand-mère ayant prié toute leur vie : un souvenir, une empreinte affective, une lumière distante que certains cherchent à rallumer en poussant la porte d’une église ou (déjà) en se renseignant sur les réseaux sociaux.
Le constat ainsi posé semble peu réjouissant, mais empreint de réalisme, et c’est à partir de ce fond quasi vide que l’Église doit aujourd’hui travailler.
La différenciation générationnelle au sein du catholicisme
Un autre apport stimulant de cette étude sociologique est l’attention portée à la différenciation générationnelle. Yann Raison du Cleuziou observe que la sécularisation accélérée des années 1960 est devenue une « matrice de différenciation générationnelle » (p. 33). En effet, les contextes vécus par les catholiques de plus de 60 ans et ceux de 18-29 ans sont radicalement distincts : les premiers ont grandi dans une société encore majoritairement marquée par la référence chrétienne, même affaiblie ; tandis que les seconds grandissent dans un espace où les catholiques sont minoritaires et talonnés par les musulmans.
Ce changement de contexte engendre des comportements très différents. La pastorale héritée de la génération descendante est encore ancrée dans une expérience majoritaire : elle cherche à maintenir un consensus avec les valeurs sociales dominantes, à ne pas heurter, à rester audible pour tous (l’ouvrage parle de pastorale “de la mèche qui fume”, que l’on cherche à tout prix à ne pas éteindre). Les catholiques plus jeunes, ont quant à eu intériorisé leur condition minoritaire : ils cherchent l’intensité de l’expérience, réclament une formation doctrinale sérieuse et acceptent volontiers une posture contre-culturelle. La recherche catholique des jeunes générations est d’ailleurs intéressante à observer : elle est imprégnée, parfois de manière inconsciente, par la référence à l’islam (p. 35) — pratiques de jeûne, discipline corporelle, appartenance communautaire affichée — comme si la reconfessionnalisation dans un contexte minoritaire appelait des formes d’expression plus intensément identitaires. En réponse à l’analyse d’Isambert dans les années 1970, Yann Raison du Cleuziou ose ici parler de « désécularisation » (p. 39).
Le « U » catholique et ses implications
Yann Raison du Cleuziou rejoint Guillaume Cuchet[2] pour remarquer que la sociologie du catholicisme français dessine depuis plusieurs décennies une courbe en « U » : une classe modeste d’origine immigrée où se maintient une pratique fervente, une base populaire qui s’est effondrée au cours du XXe siècle et un second sommet relativement préservé dans les classes supérieures. Or les catéchumènes d’aujourd’hui proviennent massivement de cette base effondrée : de milieux populaires ou intermédiaires, sans formation religieuse préalable, sans codes culturels ecclésiastiques et souvent en situation de précarité existentielle (conjugale, professionnelle, affective).
L’analyse de l’abbé Thibaud Guespereau (diocèse de Nanterre), en conclusion de l’ouvrage, convoque sur ce point la figure du père Georges Michonneau (1899-1983, Fils de la Charité, longtemps curé dans les banlieues ouvrières de Paris), qui notait déjà dans les années 1940 un problème que l’on pourrait croire récent : la culture des prêtres est une culture bourgeoise, et cette dissymétrie culturelle rend difficile la rencontre avec le milieu populaire. Ainsi le bourgeois passe par le concept, le savoir, la distinction, tandis la personne modeste a besoin d’un modèle concret auquel se conformer, d’une religion en actes plutôt qu’en idées. Il note encore que le fait de la conversion singularise aujourd’hui une personne : or la singularisation est vécue très différemment selon les milieux sociaux. Pour une personne d’un milieu modeste où le conformisme est souvent la règle, devenir catholique pratiquant peut apparaître comme une revendication personnelle difficile à porter. Ce décalage et cette réalité ne doivent pas être sous-estimés pour une nouvelle approche de l’accompagnement des néophytes.
Les lueurs d’espoir et leurs limites
Le tableau n’est pas uniformément sombre cependant : les auteurs signalent plusieurs lueurs d’espoir. Ils relèvent la montée d’un fond de défiance à l’égard d’un laïcisme perçu comme idéologie dominante (p. 19), ou encore une curiosité diffuse pour le catholicisme dans certaines franges de la jeunesse, marquée par la hausse réelle des baptêmes d’adultes (autour de 20000 en 2026). L’enquête de La Croix à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de 2023 (p. 42) atteste d’une recomposition interne du catholicisme français, avec une jeunesse catholique plus fervente, plus attachée à la sacramentalité, plus doctrinalement exigeante. L’étude sur le recrutement sacerdotal de décembre 2024 (p. 44) confirme cette tendance : les séminaristes d’aujourd’hui se situent davantage dans une logique de conversion et d’appel que dans une tranquille continuité sociologique.
Mais ces éléments d’analyse sociologique appellent à la prudence et à la réflexion sur plusieurs plans. S’il est difficile à évaluer (en l’absence d’étude statistique, les chiffres évoqués varient drastiquement selon les paroisses), le taux de persévérance des néophytes reste problématique (on parle de 10%, voir p. 20). En outre, l’âge des baptisés adultes (majoritairement jeunes) pose la question de leur insertion dans un tissu communautaire souvent vieillissant. Surtout, comme en avertit Yann Raison du Cleuziou, la recomposition minoritaire en cours dans le catholicisme français risque de poursuivre la sécularisation par d’autres moyens : en concentrant toujours davantage l’Église sur ses pratiquants convaincus, en élevant la frontière avec la société, elle pourrait contribuer à former un groupe très zélé mais élitiste, puriste, finalement décourageant pour ceux qui frappent timidement à la porte. [lire la suite]
Reportage de KTO sur le pèlerinage de Chartres
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L’alliance des réfractaires face à la doxa : quand la lucidité devient un acte de résistance
L’alliance des réfractaires face à la doxa
Il est des époques où l’oligarchie au pouvoir efface méthodiquement le passé d’un peuple pour lui confisquer son avenir. La France vit cette heure. De notre passé et du legs que nous ont laissé les générations qui ont fait la France, l’oligarchie au pouvoir fait chaque jour un peu plus table rase. Ce constat, on vous signifie que vous n’avez pas le droit de le poser. Les « experts » dépêchés sur les grands médias sont là pour vous signifier que ce que vous voyez de vos propres yeux ne correspond à aucune réalité.
C’est de ce présent sans passé ni avenir qu’il nous faut d’urgence faire table rase. C’est l’intuition qui traverse plus ou moins confusément la France d’en bas. C’est le cri poussé par quatre voix qui s’unissent pour décrire la réalité que tous perçoivent et provoquer le peuple de France au sursaut : André Bercoff, Daniel Cosculluela, Alain de Peretti della Rocca et Philippe Bornet, sous la bannière des « Coriaces ». Refusant les compromissions et le prêt-à-penser, ils unissent leurs plumes pour disséquer les mécanismes d’une société qui, sous couvert d’émancipation, s’enfonce dans une tyrannie douce et technocratique.
https://www.chire.fr/librairie/les-coriaces-du-present-faisons-table-rase-allons-enfants-de-la-matrix-p-513698
Le procès des illusions contemporaines
Le sous-titre de l’ouvrage, Allons enfants de la Matrix, annonce la couleur : nous vivons sous l’empire de narratifs artificiels fabriqués par ceux que les auteurs appellent les « Voraces » — ces mondialistes, globalistes, totalitaires qui rêvent d’« huit milliards de consommateurs rangés, assignés à résidence jusque dans leurs fors intérieurs, éternellement managés par le bâton de la peur et la carotte de la satisfaction strictement individuelle ». André Bercoff ouvre le feu en nommant la guerre que l’on nous fait : une offensive méthodique, de longue durée, qui « oppose les tenants d’un monde unifié, formaté, transhumanisé, défrontiérisé » à ceux qui refusent de disparaître sans combattre. Journaliste aguerri, il dresse un état des lieux clinique de la manipulation médiatique, de la dette abyssale et de l’infantilisation généralisée des peuples, avant de conclure par un appel au sursaut : « il importe plus que jamais d’être militant de la vie contre la survie, de la liberté stellaire contre la servitude volontaire ».
Daniel Cosculluela, psychiatre et anthropologue, sonde ensuite les soubassements de ce désastre. Son analyse est impitoyable : la fabrication du « nouvel homme », déraciné, standardisé, hypnotisé par ses écrans, « ne saura pas nécessairement ce qu’il porte en lui d’authentique et ce qui relève du conditionnement ». Ce sujet sans mémoire n’est pas le fruit d’une évolution naturelle. C’est un projet. Et la séquence Covid en a été « un laboratoire grandeur nature : management par la peur, fabrique du consentement, servitude volontaire confortable ».
Alain de Peretti della Rocca rappelle ce que nous perdons de chair et de sang à chaque génération qui passe sans transmettre. La langue d’abord, dont « la disparition progressive des temps grammaticaux donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projection dans le temps ». L’histoire ensuite, sans laquelle un peuple privé de son passé devient une matière première docile. La famille enfin, seul creuset d’une transmission authentique. Sa conclusion est sans appel : « nous n’avons pas le droit moral d’être la génération qui aura laissé s’éteindre une civilisation bimillénaire par confort, par lâcheté ou par oubli. »
La sentence doctrinale
C’est Philippe Bornet qui referme le livre sur sa vérité la plus profonde, celle que Chiré n’a jamais cessé de professer. La République française n’est plus qu’un décor en carton-pâte que ses propres tricheries ont rongé de l’intérieur. Car la Révolution, en décapitant le roi, n’a transmis qu’une souveraineté sans enracinement, sans transcendance, sans verticalité : vouée à s’écrouler. Les folies de notre temps ne sont pas des accidents de parcours : elles sont les conséquences logiques et inexorables de la Révolution de 1789 et de la religion républicaine qu’elle a enfantée, et qui porte en elle-même sa propre ruine. « La République n’est plus réformable : elle est déjà morte. »
Le devoir du moment
La conclusion de l’ouvrage mérite d’être lue comme un ordre de marche : « Nous ne savons pas combien de temps durera l’agonie de la société présente. Nous savons en revanche que ce temps ne sera pas perdu si nous l’utilisons pour préparer autre chose. »
Préparer autre chose exige de rassembler les intelligences et les volontés. Une évidence que rappelait un authentique contre-révolutionnaire, l’abbé Charles Maignen, en 1901 dans Nationalisme, catholicisme, Révolution :
« Il y a toute une pléiade d’esprits en travail, très divers d’origines, d’éducation, de croyances, mais que l’amour de la France unit […]. Suivre ces travaux, profiter de ces études, encourager ces efforts, n’est-ce pas le devoir du moment ? »
Du présent faisons table rase est disponible aux Éditions de Chiré.
168 pages
https://www.chire.fr/librairie/les-coriaces-du-present-faisons-table-rase-allons-enfants-de-la-matrix-p-513698
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