À Noël, des religieuses américaines écrivent aux employés des cliniques d’avortement pour leur offrir prière et accompagnement
À l’occasion de la fête de Noël, des employés de cliniques d’avortement à travers les États-Unis ont de nouveau reçu des cartes manuscrites envoyées par des religieuses catholiques.
Aux États-Unis, des religieuses issues de couvents répartis dans tout le pays ont envoyé cette année plus d’un millier de cartes de Noël manuscrites à des employés de cliniques pratiquant l’avortement. Cette initiative, coordonnée par une association pro-vie, s’inscrit dans une démarche régulière de prière, d’écoute et de proposition d’un accompagnement en vue d’un changement professionnel. Cette action est coordonnée par l’association And Then There Were None ( Et il n’en resta plus aucun) , engagée depuis plusieurs années auprès des personnes travaillant dans l’industrie de l’avortement et souhaitant en sortir.
Les religieuses participantes proviennent de couvents situés dans différentes régions dupays. Elles appartiennent à plusieurs familles spirituelles de l’Église catholique, notamment des communautés dominicaines, bénédictines, franciscaines, carmélitaines, capucines et maronites, ainsi qu’aux Sœurs apostoliques de Saint Jean et aux Trinitaires de Marie. Certaines vivent dans des monastères de clôture, entièrement consacrées à la prière et à la vie contemplative, tandis que d’autres appartiennent à des instituts apostoliques.
Concrètement, l’association met à disposition des communautés religieuses une base de données recensant environ 850 cliniques d’avortement et centres de référence répartis sur le territoire américain. À partir de ces informations, les religieuses rédigent des cartes manuscrites adressées aux employés de ces établissements. Les messages, écrits depuis leurs propres couvents, ne visent pas une personne nommément désignée, mais s’adressent à ceux qui travaillent dans ces lieux.
Cette année, au moins 1 030 cartes de Noël ont été envoyées. Elles contiennent des paroles de prière, des messages de compassion et une présentation des ressources proposées par l’association à ceux qui envisagent de quitter leur emploi. Chaque carte comporte également une image de la Sainte Famille, choisie pour rappeler le sens chrétien de Noël.
Avant leur envoi, les cartes sont généralement déposées sur l’autel, bénies et portées dans la prière communautaire. Cette dimension spirituelle est considérée par les organisateurs comme centrale dans la démarche. L’association And Then There Were None a été fondée par Abby Johnson, ancienne directrice d’une clinique d’avortement au Texas, où elle a travaillé pendant huit ans. Après avoir quitté ce milieu, elle a créé cette structure afin d’accompagner d’autres employés souhaitant changer de voie, tant sur le plan professionnel que personnel.
Selon Abby Johnson l’envoi de messages manuscrits constitue l’un des moyens les plus efficaces pour établir un premier contact. Au cours des dix dernières années, l’association indique avoir envoyé près de 23 000 cartes et lettres écrites à la main aux cliniques américaines, à un rythme régulier tout au long de l’année.
La période de Noël suscite toutefois une attention particulière. L’association observe que de nombreux contacts sont établis à ce moment-là, certains employés conservant les cartes reçues avant de prendre contact pour demander de l’aide. Pour les religieuses engagées dans cette initiative, l’écriture de ces cartes s’inscrit naturellement dans leur vocation.
Pour les communautés contemplatives, il s’agit d’un prolongement direct de leur vie de prière et de leur mission d’intercession. Pour les autres, c’est une manière concrète de manifester une proximité spirituelle avec des personnes souvent peu visibles dans l’espace ecclésial.En renouvelant chaque année cette initiative, l’association et les communautés religieuses entendent maintenir une présence discrète et constante, fondée sur la prière, l’écoute et la proposition d’un accompagnement, sans recours à la polémique ni à la contrainte.
“J’invite chacun, particulièrement en cette période de fêtes de Noël, à réfléchir à la nature et à la beauté de la vie humaine”
Le pape Léon XIV a exprimé sa déception face à la légalisation de l’euthanasie dans son État d’origine, l’Illinois, quelques semaines après sa rencontre avec le gouverneur de l’Illinois, JB Pritzker :
J’ai parlé très clairement avec le gouverneur Pritzker à ce moment-là, alors que le projet de loi était déjà sur son bureau. Je suis certain que le cardinal Cupich l’a également fait, mais nous avons été très clairs sur la nécessité de respecter le caractère sacré du texte du début à la fin, et malheureusement, pour diverses raisons, il [Pritzker] a décidé de signer ce projet de loi. J’en suis très déçu. J’invite chacun, particulièrement en cette période de fêtes de Noël, à réfléchir à la nature et à la beauté de la vie humaine. Dieu s’est fait homme comme nous pour nous montrer le véritable sens de l’existence humaine, et je souhaite ardemment que le respect de la vie renaisse à chaque instant, de la conception à la mort naturelle.
Pope Leo XIV expresses disappointed that his home state of Illinois legalised euthanasia, weeks after the Pope met with Illinois Governor JB Pritzker, saying:
“I spoke very explicitly with Governor Pritzker at that, at that time the bill was already on his desk. I’m sure also… pic.twitter.com/v07K2wDZuA
— Catholic Sat (@CatholicSat) December 23, 2025
Le chant des anges : Préface et Sanctus
1. D’où vient le « canon »
Dans plusieurs anciens sacramentaires[1], la dénomination canon actionis est placée en tête du dialogue qui conclut l’offertoire et introduit la préface. Ainsi :
le texte qui débute par le Sursum corda est désigné comme la base, comme le ferme soutien de l’action sacrée qui va suivre. Ensuite, le mot canon est employé tout seul dans le même sens[2].
On pourrait traduire canon par règle : le canon actionis, c’est la règle de l’action. C’est bien cette notion de règle, de norme, de mesure que véhicule le nom canon ou l’adjectif canonique, lorsque l’on parle du canon des Écritures, des canons de la beauté – ou l’adjectif canonique, lorsqu’il s’agit du droit canonique (le droit de l’Église).
Le nom de canon lui-même, quoique mystérieux au premier abord – il faut bien le reconnaître – induit donc que les prières et les rites dont il sera question ont une certaine fermeté, non seulement par rapport aux autres textes liturgiques, qui peuvent varier au cours de l’année, mais également dans le temps long de l’histoire de la liturgie.
2. L’histoire du canon
Cette fermeté historique du canon romain n’est pas contredite par l’histoire de sa formation :
Le canon romain, qui s’est rapidement imposé à toutes les liturgies occidentales […] remonte, dans ses parties principales au moins à l’époque de saint Léon (440-461) et peut-être à celle de saint Damase (366-384)[3].
Lorsque l’on se penche sur les diverses couches de rédaction, on réalise que le canon s’est développé à partir du noyau primitif de la consécration, par additions successives :
| Te igitur | Memento des vivants | Comm-unicantes | Hanc igitur | Quam oblationem | Qui pridie | Unde et memores | Supra quae | Supplices | Memento des défunts | Nobis quoque |
– Époque primitive :
Consécration (Qui pridie)
– Époque de saint Léon († 461) ou saint Damase († 384)[4] :
Quam oblationem
Unde et memores
Supra quae propitio
Supplices te rogamus
– Prières dont l’existence est supposée dans une lettre du pape Innocent Ier (19 mars 416) :
Te igitur
Memento des vivants
– Époque de Symmaque († 514) ou de Vigile (vers 538) :
Communicantes
Hanc igitur
Nobis quoque
– Enfin, au VIIe siècle au plus tard :
Memento des défunts
3. Le début du canon
S’il est assez clair que le canon se termine avec la doxologie Per ipsum [« Par lui… »] qui précède le Pater [« Notre Père »], le début du canon demande à être précisé. En effet, nous avons dit que la mention canon actionis figurait en tête du dialogue de la préface, inclinant donc à inclure ce dialogue et la préface dans le canon. Cependant, la préface est précisément variable selon l’occasion liturgique. De plus elle est chantée, ainsi que le Sanctus, tandis que le reste du canon est récité à voix basse et ne connaît que d’infimes variations en de rares circonstances.
Il faut donc concevoir la préface comme une introduction qui en fait, en un sens déjà partie du canon, mais qui se distingue suffisamment du reste – tant par son contenu que par les rites qui l’accompagnent – pour que l’on désigne habituellement par canon l’ensemble des prières et des rites qui se tiennent après le Sanctus[5] et avant le Pater.
4. Le silence du canon
Entendu en ce sens « restreint »[6], le canon coïncide donc avec la récitation à voix basse des prières par le prêtre. Extérieurement, c’est peut-être ce silence qui frappe le plus profondément les esprits. Cet usage, pour le prêtre, de réciter les prières du canon à voix basse, imperceptible même pour ceux qui l’entourent, apparaît dès le VIIIe siècle et se généralise au IXe siècle[7]. L’introduction de ce silence sacré souligne la sainteté du canon, il signifie qu’il est un sanctuaire ou seul pénètre le prêtre[8].
Jusqu’ici se pressait autour [du prêtre] la foule du peuple, l’accompagnant de ses chants, surtout pendant l’avant-messe[9]. Puis les chants se sont faits plus rares et, la [prière] ayant pris un essor vigoureux, après le Sanctus ils se taisent. Il règne un silence sacré ; le silence est une digne préparation à l’approche de Dieu. Semblable au grand-prêtre de l’ancienne alliance, qui seul avait le droit, une fois l’an, de pénétrer avec le sang des victimes dans le Saint des Saints[10], le célébrant se détache maintenant du peuple et s’avance vers le Dieu de sainteté pour lui offrir le sacrifice[11].
Ce lien étroit entre silence et sacrifice[12], semble déjà connu de l’antiquité païenne[13]. Il y a là une convenance qui traduit une aspiration fondamentale de l’homme religieux, homo religiosus.
5. Les signes de croix du canon
Si l’on s’approche de l’autel, on sera également frappé par l’abondance de signes de croix que le prêtre réalise durant le canon, en particulier sur les oblats. Leur répartition dans le canon est quasi-symétrique, le centre étant évidemment la consécration[14].
| Te igitur | Memento des vivants | Comm-unicantes | Hanc igitur | Quam oblationem | Qui pridie | Unde et memores | Supra quae | Supplices | Memento des défunts | Nobis quoque | Per quem haec omnia |
| + + + | + + + + + | + + | + + + + + | + + | + + + |
Par conséquent, on ne peut se résoudre à n’y voir que des signes de bénédiction, puisque le prêtre les pratique aussi bien sur les oblats non-consacrés – le pain et le vin – que sur les oblats consacrés – le Corps et le Sang du Christ présents sous les apparences du pain et du vin. Saint Thomas d’Aquin donne le principe général de la solution :
On peut dire que la consécration de ce sacrement, l’acceptation du sacrifice, et le fruit de celui-ci ont pour origine la vertu de la croix du Christ. Et c’est pourquoi, chaque fois que l’on fait mention d’une de ces choses, le prêtre pratique le signe de la croix[15].
Ainsi, les signes de croix évoquent le sacrifice de la croix renouvelé sacramentellement à l’autel. Mais il faut préciser cette vue générale, car les signes de croix sont effectués à des moments déterminés. Il semble donc qu’ils « n’ont pas pour seul rôle de souligner l’idée de bénédiction ou de consécration, mais aussi de mettre en valeur certaines paroles sacrées »[16]. En cela, les signes de croix du canon seraient la transposition liturgique d’un usage des orateurs de l’Antiquité : les gestes oratoires ou indicatifs, par lesquels on désigne ce dont on parle. De tels gestes, stylisés en signes de croix, ont naturellement trouvé leur place dans la grand prière sacrificielle :
Puisqu’il s’agit d’une offrande que nous ne pouvons présenter à Dieu autrement que par le symbolisme expressif de la parole et du geste, ce geste indicatif, là où il se joint [par exemple] à la demande d’un accueil favorable […] devient un geste d’oblation[17].
Il s’agit de désigner les oblats pour montrer qu’ils appartiennent à Dieu. Quant à l’association du signe de croix au geste de signation : « [Elle révèle] le lien profond entre notre offrande et le sacrifice offert par le Seigneur sur la croix[18]. »
Les signes de croix indicatifs expriment donc simplement notre humble désir d’offrir à Dieu les dons posés sur l’autel ; en ce sens ils vont de pair avec l’imposition des mains sur les oblats, l’inclination qui accompagne la demande d’acceptation et l’élévation du calice et de l’hostie jointe à la doxologie finale[19].
6. Le style littéraire du canon
Quant au style, « [le canon] est une prière solennelle d’une noble grandeur, qu’accentuent diverses particularités littéraires : parallélismes dans la construction des phrases, termes binaires, ternaires et quintuple, harmonieusement équilibrés ; il est impossible de le lire en latin sans en apprécier la beauté[20]. »
Signalons enfin la symétrie d’ensemble qui ressort de l’agencement des prières, symétrie dont le centre est évidemment la consécration, en sorte que le canon, dans sa structure même constitue pour celle-ci un remarquable écrin.
7. Le dialogue d’introduction à la préface
La grande action du canon est introduite par une solennelle prière d’action de grâces : la préface. Contrastant avec le silence de l’offertoire, qui s’achève et celui du canon, dans lequel on va entrer, le chant de la préface contribue à en relever la solennité, de même que les versets qui l’introduisent, destinés à attirer tout particulièrement l’attention et le cœur des fidèles.
Le dialogue débute avec la conclusion de la secrète, qui termine l’offertoire :
– Per ómnia sæcula sæculórum. Dans tous les siècles des siècles.
– Amen. Ainsi soit-il.
Puis le prêtre interpelle le peuple de la manière habituelle :
– Dóminus vobíscum. Le Seigneur soit avec vous.
– Et cum spíritu tuo. Et avec votre esprit.
Néanmoins, cette fois-ci, il ne se retourne pas pour saluer le peuple, et ses mains demeurent posées sur l’autel.
Une fois ouverte l’action sacrée, une fois commencée l’œuvre qui s’accomplit en présence de Dieu, on ne peut plus s’en détourner[21].
En effet, l’offertoire qui vient de s’achever constituait déjà le début de l’action sacrée et si le prêtre rompt pour quelques instant le silence, son orientation au moins manifeste cette continuité.
Le prêtre poursuit :
– Sursum corda. Hauts les cœurs.
– Habemus ad Dominum. Nous les avons vers le Seigneur.
D’après saint Cyprien, cette injonction et sa réponse indiquent la disposition dans laquelle le chrétien doit entrer dans la prière : toute pensée charnelle et mondaine doit disparaître et l’esprit rester fixé uniquement sur le Seigneur[22].
Selon saint Augustin, c’est même l’attitude chrétienne dans son ensemble qui est exprimée par ces mots :
Ils rendent pour lui le même son que l’appel adressé par saint Paul à ceux qui sont ressuscités avec le Christ : quae sursum sunt quaerite[23] [“recherchez les choses d’en-haut”] ; notre chef est au ciel, nos cœurs aussi doivent donc être auprès de lui ; ils sont auprès de lui par la grâce de Dieu… Sans doute nos pensées ne peuvent-elles toujours demeurer auprès de Dieu, mais il faut au moins, insiste [saint Cyrille de Jérusalem], qu’elles y soient, ainsi que nos lèvres l’affirment, en cet instant sacré[24].
La joyeuse confiance exprimée par les fidèles dans leur réponse unanime – « Habemus ad Dominum. Nous les avons vers le Seigneur » – presse le prêtre de passer à l’action de grâces :
– Grátias agámus Dómino Deo nostro. Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.
– Dígnum et iústum est. C’est digne et juste.
Cette nouvelle injonction et sa réponse trouvent probablement leur origine dans le rituel juif, voire même dans le cérémonial civil.
En effet, l’expression « Rendons grâces… » introduisait déjà la prière d’action de grâces dans le rituel juif, et il était de pratique courante de répondre à une invitation à la prière par : « C’est digne et juste[25]. »
Par ailleurs :
Les appels de ce genre, les acclamations, jouaient de même, dans la culture antique, un rôle important. Il appartenait au peuple légalement assemblé de ratifier par acclamation une décision importante, une élection, une entrée en charge[26].
Ainsi, des expressions semblables furent employées à l’élection de l’empereur Gordien (238) ou de l’évêque d’Hippone[27]. C’est tout naturellement que la liturgie a repris à son compte cet usage :
Pareille acclamation du peuple [répond] parfaitement à la constitution de l’Église et à la nature de son culte. C’est l’Église assemblée qui veut rendre hommage à Dieu ; mais son organe, qui tient d’en haut ses pouvoirs, est le prêtre ou l’évêque placé à sa tête. Elle ne peut et ne veut agir que par son entremise et elle le confirme en manifestant son accord[28].
Par ailleurs, la réponse « Dignum et justum est… » indique la conscience que l’on a d’accomplir, par l’offrande du Saint Sacrifice, un « acte de convenance et de justice » à l’égard de Dieu[29].
8. La préface elle-même
En général
C’est le temps liturgique ou bien la fête du jour qui commande le choix de la préface. Il y a seize préfaces dans le missel romain (1962), auxquelles il faut ajouter quelques préfaces propres à certains diocèses ou pays. Au-delà des accents propres à l’occasion liturgique particulière, la préface aborde systématiquement deux thèmes fondamentaux, l’adoration et l’action de grâces :
d’un côté la conscience, foncièrement humaine, du devoir qui nous incombe de rendre à Dieu, notre Créateur et Seigneur, l’hommage de notre adoration ; c’est l’acte fondamental de toute religion et de tout culte ; d’autre part, la conviction proprement chrétienne de ne pouvoir, privilégiés et comblés que nous sommes par notre divine vocation dans le Christ, que remercier et encore remercier[30].
Les diverses préfaces partagent également une structure similaire[31]. En voici deux exemples :
| Préface de la Nativité | ||
| Introduction | Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : | Il est vraiment juste et nécessaire, c’est notre devoir et c’est notre salut, de vous rendre grâces toujours et partout, |
| Adresse | Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus : | Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant : |
| Développement | Quia per incarnáti Verbi mystérium, nova mentis nostræ oculis lux tuæ claritátis infulsit ut, dum visibíliter Deum cognóscimus, per hunc in invisibílium amórem rapiámur. | Car par le mystère de l’incarnation du Verbe un nouveau rayon de votre splendeur a brillé aux yeux de notre âme afin que, connaissant Dieu sous une forme visible nous soyons ravis par Lui en l’amour des choses invisibles. |
| Conclusion | Et ídeo cum Angelis et Archángelis, cum Thronis et Dominatiónibus, cumque omni milítia cæléstis exércitus, hymnum glóriæ tuæ cánimus, sine fine dicéntes. | C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec la troupe entière de l’armée céleste, nous chantons une hymne à votre gloire, redisant sans fin. |
| Préface du Carême | ||
| Introduction | Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : | Il est vraiment juste et nécessaire, c’est notre devoir et c’est notre salut, de vous rendre grâces toujours et partout, |
| Adresse | Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus : | Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant : |
| Développement | Qui corporáli jejúnio vitia cómprimis, mentem élevas, virtútem largíris et prǽmia : per Christum Dóminum nostrum. | Vous qui, par le jeûne corporel, réprimez les vices, élevez l’âme, accordez la force et la récompense : par le Christ notre Seigneur. |
| Conclusion | Per quem maiestátem tuam laudant Angeli, adórant Dominatiónes, tremunt Potestátes. Cæli cælorúmque Virtútes ac beáta Séraphim sócia exsultatióne concélebrant. Cum quibus et nostras voces ut admítti iúbeas, deprecámur, súpplici confessióne dicentes. | Par Lui les Anges louent votre majesté, les Dominations vous adorent, les Puissances se prosternent en tremblant. Les Cieux, les Vertus des cieux et les bienheureux Séraphins la célèbrent, unis dans une même allégresse. À leurs chants, nous vous prions, laissez se joindre aussi nos voix pour proclamer dans une humble louange. |
Introduction
« […] la préface romaine commence toujours par insister sur le caractère raisonnable et juste de notre hommage à Dieu : Vere dignum et iustum est, aequum et salutare. […] C’est la reprise de la réponse […] au Gratias agamus du prêtre : Dignum et istum est. […] Par elle, le prêtre confirme que l’hommage présenté à Dieu par l’assemblée réunie n’est que son dû[32]. »
Adresse
Cette introduction en forme de reprise s’achève généralement par une adresse solennelle, énumérant les titres divins :
« Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus. Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant. »
Développement
Le développement de la préface est le lieu où est évoquée la circonstance liturgique propre, qu’il s’agisse de la fête célébrée ou du temps liturgique. Ainsi, la préface de la Nativité mentionne « le mystère de l’Incarnation du Verbe », tandis que celle du Carême fait référence au « jeûne corporel ». Il s’agit principalement de rappeler les bienfaits divins, comme pour souligner le motif particulier de l’action de grâce qui s’exprime dans toute la préface.
Il n’est pas rare qu’une demande figure explicitement, ou du moins soit suggérée implicitement. Ainsi, la préface du Carême demande « la force et la récompense », tandis que celle de la Nativité appelle « l’amour des choses invisibles ».
Dans ce développement, le nom du Sauveur est presque toujours invoqué[33]. Il est en effet le médiateur de notre action de grâces, comme de nos demandes.
Nous ne présentons pas notre reconnaissance et notre hommage devant le trône de Dieu sans un intermédiaire ni comme un groupe quelconque d’humains en prière, mais nous l’offrons, en tant que communauté des rachetés, par Celui qui est notre rédempteur et notre chef, par le Christ notre Seigneur. [Lorsque] dans [certaines] préfaces des jours de fête, ce degré dans la marche ascensionnelle disparaît dans la joie de la fête ; il s’agit en effet toujours du mystère du Christ et il va de soi que c’est par lui que nous louons Dieu[34]. »
Conclusion
La préface se termine toujours par une association aux chœurs angéliques :
Nos louanges à Dieu s’achèvent en se perdant dans l’hymne de louange des chœurs célestes. C’est là un aspect de la grâce de notre salut dans le Christ, […] que par lui nous sommes associés aux esprits bienheureux du ciel et nous pouvons occuper les places des anges déchus : “Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, des myriades d’anges, de l’assemblée de fête et de la réunion des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux.”[35] Ainsi, dès cette vie, comme enfants de la Jérusalem d’en haut[36], surtout quand nous sommes assemblés pour célébrer la Nouvelle Alliance, nous pouvons mêler nos voix aux cantiques de louange des milices célestes[37]. »
9. Le Sanctus
La préface nous fait donc « pénétrer, une humble prière sur les lèvres, au milieu des esprits célestes […] et mêler nos voix à l’acclamation du trois fois Saint »[38]. Elle débouche naturellement sur le cantique du Sanctus.
Celui-ci est en réalité composé de deux parties, d’origines bien distinctes :
- Le Sanctus, à proprement parler :
« Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dóminus Deus Sábaoth. Pleni sunt cæli et terra glória tua. Hosánna in excélsis.
Saint, saint, saint le Seigneur, Dieu des Forces célestes, le ciel et la terre sont remplis de votre gloire. Hosanna au plus haut des cieux. »
- Le Benedictus :
« Benedíctus qui venit in nómine Dómini. Hosánna in excélsis.
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux. »
Origine du Sanctus
Le Sanctus est le chant des séraphins, que rapporte le prophète Isaïe[39], sans en être une citation exacte. Il constitue la suite de la Préface. Son usage liturgique est extrêmement ancien et l’on est en droit d’estimer que l’Église primitive chantait déjà le Sanctus. Une citation de saint Clément de Rome (4e pape, † vers 99) suggère en effet qu’il fait déjà partie à la fin du Ier siècle du fonds liturgique de la communauté chrétienne de Rome[40].
Sens du Sanctus
Le Sanctus exprime la crainte révérencielle à l’égard de Dieu. Rappelons-nous que les séraphins qui le chantent dans la vision du prophète Isaïe se voilent les yeux de leurs ailes, geste de révérence que reproduit en quelque manière le sous-diacre à la messe solennelle, qui se tient au bas de l’autel et porte devant ses yeux la patène enveloppée dans le voile huméral.
Tous les bienfaits et toutes les grâces dont nous avons à remercier Dieu ne sont en fin de compte que des manifestations de son être le plus intime, qui est toute lumière et clarté, intangible et sans tache, sainteté devant laquelle la créature ne peut que s’incliner dans le sentiment du plus profond respect[41].
La position inclinée du prêtre récitant le Sanctus signifie pareillement la révérence.
Origine du Benedictus
Le Benedictus semble inspiré directement des acclamations de la foule lors de l’entrée triomphale de Notre-Seigneur à Jérusalem[42]. L’usage liturgique du Benedictus est plus récent que celui du Sanctus. Probablement d’origine gallicane (Gaule), il est intégré dans la liturgie romaine depuis le VIIe siècle au moins. Le texte en lui-même est tiré, à l’origine, du Ps 117, 25.
Sens du Benedictus
Le Benedictus est un développement du Sanctus. Il s’agit de souligner que :
la gloire du Seigneur, dont sont remplis le ciel et la terre, n’a brillé sur terre de tout son éclat que lorsque le Fils de Dieu est venu à nous dans la chair. C’est pour cette raison que sa venue était saluée à Bethléem du Gloria des anges ; c’est pour la même raison que les foules l’acclamaient à Jérusalem, d’un mot emprunté aux psaumes, comme “Celui qui vient au nom du Seigneur”[43].
On peut aussi y voir une référence directe à l’action qui se déroule à l’autel, puisque, dans quelques instants, c’est le Fils de Dieu lui-même qui y sera réellement présent sous les apparences du pain et du vin. Bien que cela ne se pratique plus que rarement, il était auparavant d’usage, à la grand’messe, de ne chanter le Benedictus qu’après la consécration, ce qui soulignait cette signification.
Sens de l’acclamation Hosanna
Le Sanctus et le Benedictus sont ponctués de deux acclamations : « Hosanna in excelsis. Hosanna au plus haut des cieux. » Elles sont reprises à la foule accueillant Notre-Seigneur à Jérusalem.
Si Hosanna a pour sens primitif « sauve donc », sur les lèvres de la foule, il prend déjà le sens d’une acclamation – « Salut ! » – et d’une louange :
C’est une louange à Celui qui demeure dans les hauteurs, une louange à Dieu pour sa bénignité ; ainsi est-il dit de ceux qui étaient les témoins d’un miracle de Jésus : ils louaient et bénissaient Dieu[44].
Signe de croix
En disant le Benedictus, le prêtre fait le signe de croix, probablement parce que les paroles qu’il récite alors sont empruntée à l’évangile[45].
Quand l’Europe sanctionne les idées et s’indigne d’être sanctionnée
Lu sur Breizh info sous la plume de Balbino Katz :
Je suis dans ma cuisine, un matin de vent et de pluie fine, ce temps breton qui invite à la lenteur et aux plats qui prennent leur temps. Sur la table, un flanchet de bœuf soigneusement paré attend son destin. En Argentine, on l’appelle matambre, ce nom rude et tendre à la fois, tuer la faim, qui dit bien ce qu’il est, un plat de patience, roulé sur lui-même, farci de légumes simples, carottes, poivrons, œufs durs, herbes fraîches, puis serré comme un manuscrit ancien avant d’être confié au frémissement d’un court-bouillon. La cuisine, comme la politique, apprend la durée. Rien de bon ne sort de la précipitation.
Pendant que je dispose la farce et que je roule la viande avec le soin d’un relieur, l’ordinateur est ouvert sur le plan de travail. Je lis un article du Washington Post. Il y est question de la réaction indignée de l’Union européenne et du Royaume-Uni après l’annonce de sanctions américaines visant cinq individus, résidents en Europe, accusés d’avoir joué un rôle actif dans des politiques de censure touchant des citoyens américains, notamment des propriétaires ou des acteurs majeurs des réseaux sociaux. Les communiqués officiels parlent d’atteinte à la souveraineté, d’ingérence inadmissible, de précédent dangereux. Le ton est outré, presque offensé.
Je souris en nouant la ficelle autour du rôti. L’indignation européenne a parfois la mémoire courte. Ceux qui se posent aujourd’hui en victimes sont les mêmes qui, depuis des années, pratiquent une censure idéologique systématique, non seulement contre leurs propres ressortissants, mais aussi contre des étrangers jugés infréquentables. Il suffit d’observer les réseaux sociaux, les interdictions de conférences, les refus de visas, pour constater une constante, la plupart des personnes sanctionnées se situent à droite, hors du cercle des opinions autorisées.
L’exemple de Jared Taylor, fondateur d’American Renaissance, me revient à l’esprit tandis que l’eau commence à frémir dans la marmite. Il fut interdit d’entrée dans l’espace Schengen pour des raisons exclusivement idéologiques, empêché de participer à une conférence, non parce qu’il aurait commis un délit sur le sol européen, mais parce que ses idées étaient jugées inacceptables. Le même mécanisme a frappé Renaud Camus, interdit d’entrée au Royaume-Uni, non pour un trouble à l’ordre public matériel, mais pour ce que les autorités appellent pudiquement le bien public, cette notion élastique qui permet de sanctionner sans avoir à démontrer.
Ces décisions, prises au nom de la lutte contre la haine, ne relèvent pas du maintien de l’ordre, mais de la protection d’un ordre symbolique. Elles ne visent pas des actes, elles visent des paroles, des livres, des conférences, parfois même des intentions supposées. Elles disent clairement que certaines idées ne doivent pas circuler, même paisiblement, même dans le cadre d’un débat. Et ce sont précisément ces mêmes autorités qui crient aujourd’hui à l’injustice lorsque les États-Unis décident, à leur tour, de sanctionner des acteurs européens impliqués dans la censure de citoyens américains.
Je baisse le feu sous la marmite. Le matambre doit cuire lentement, sans bouillir, sous peine de se durcir. L’image me paraît presque trop évidente. L’Union européenne et le Royaume-Uni découvrent soudain ce qu’ils infligent depuis des années, des mesures politiques déguisées en décisions administratives, des exclusions fondées sur l’idéologie, non sur le droit commun. Leur indignation est d’autant plus malvenue qu’ils ont souvent justifié leurs propres interdictions par des arguments identiques à ceux qu’ils dénoncent aujourd’hui.
Je l’écris sans détour, je ne regrette qu’une chose, c’est que les États-Unis n’aient sanctionné que cinq personnes. L’arsenal de la censure européenne est autrement plus vaste, et ses responsables autrement plus nombreux. Je le dis avec d’autant plus de détachement que moi-même, sans tambour ni trompette, j’ai été interdit d’accès aux États-Unis par l’administration de Joe Biden. J’ai appris cette décision comme on apprend une contrariété bureaucratique de plus, sans colère, mais sans illusion. La liberté d’expression n’est jamais acquise, même chez ceux qui prétendent l’incarner.
Lorsque je ferme la marmite et que je laisse le plat poursuivre sa lente transformation, je pense à ce paradoxe de notre temps. L’Europe, qui se veut le continent des droits et des libertés, pratique une police des idées de plus en plus tatillonne. Les États-Unis, qui sanctionnent aujourd’hui, ont eux-mêmes leurs angles morts et leurs exclusions. Partout, le réel gêne. Partout, on préfère faire taire ceux qui le nomment plutôt que de s’y confronter.
Le matambre sera prêt dans quelques heures. Il se mangera froid, en tranches nettes, révélant la patience du geste initial. La politique, elle, continue de se nourrir de précipitation et d’hypocrisie. Entre deux tours de ficelle et un regard sur l’écran, je me dis que cuisiner reste l’un des rares actes où l’on peut encore respecter le temps long, sans décret, sans censure, sans indignation feinte.
P. Gerentet de Saluneaux, RIP
Un prêtre ami nous adresse cet article sur le P. Gerentet de Saluneaux qui vient de mourir:
Après 60 ans de sacerdoce le RP Gerentet de Saluneaux nous a quittés à 91 ans. Il a pris froid, a été hospitalisé deux jours, a reçu les derniers sacrements et est parti rejoindre Celui qu’il a servi pendant 60 ans comme prêtre mariste mais surtout comme “vicaire” jamais nommé mais bien efficace à la paroisse de la Sainte Trinité à Lyon.
Ce furent des dizaines d’années d’un ministère très actif, en particulier auprès des scouts et guides Saint Louis, des groupes Domus Chrisiani, des messes à la paroisse et ailleurs. Le Père était toujours prêt à rendre service à tous ceux qui en avaient besoin.
Dans son enthousiasme sacerdotal, il vint parmi les premiers prêtres au pèlerinage de Chrétienté entre Paris et Chartres. Sous le pseudonyme “frère Martin”, il écrivit de très beaux textes pour le pèlerinage. Ce pseudonyme n’en était d’ailleurs pas vraiment un puisque, oblat du Barroux, il reçut l’oblature sous ce vocable. Lorsque le Cardinal Médina, alors Préfet de la Congregation du Culte divin, fut empêché de venir par les autorités supérieures, Notre-Dam de Chrétienté dut trouver un remplaçant. L’idée de faire célébrer la messe de clôture par un prêtre sans affectation et amoureux du pèlerinage vint très vite aux organisateurs. Le père Gerentet fut très heureux de ce choix.
Avant la FSSPX et la FSSP, la vraie foi fut transmise par des héros de la Foi – parmi lesquels notamment l’abbé Largier, curé, et un prêtre sans grade, le père Gerentet. Les funérailles de ce dernier seront célébrées dans la plus stricte intimité familiale. Mais espérons qu’une grand-messe de requiem puisse être célébrée en région lyonnaise.
La fin de sa vie sacerdotale fut douloureuse et il eut à faire à la justice des hommes et à la justice de l’Eglise. Nous pouvons désormais laisser cela à la justice et à la miséricorde de Dieu.
Prions pour le Père, pour le repos de son âme, pour sa famille et pour que de nombreux jeunes entendent l’appel du Seigneur: “Viens, suis-moi!”
Le nouveau massacre des innocents
Communiqué de l’association Droit de naître, du 27 décembre :
A la veille de la fête des Saints Innocents, 5000 personnes ont déjà signé ce Manifeste en défense des tout-petits, à l’initiative de l’association Droit de Naître.
Le sang des enfants à naître inonde nos rues. En 2025, plus de 250 000 bébés ont perdu la vie à cause de l’avortement.
C’est l’équivalent d’une grande ville comme Bordeaux ou Lille qui a été rayée de la carte. Dans l’indifférence totale des médias et des élus.
Année après année, le nombre des petites victimes de l’avortement explose.
En 2023, 243 623 « IVG » ont été pratiquées dans notre pays. En 2022, il y en avait eu 234 300, en 2021, 223 300, et en 2001, 202 180. En vingt ans, environ cinq millions de bébés français ont été supprimés avant de voir le jour.
Qui peut prétendre que la violation de l’interdit divin de tuer n’a aucune conséquence sur le présent et l’avenir de la France ?
Combien de femmes souffrent d’avoir pris une décision irréversible ? Combien de foyers sont endeuillés ?
Qui s’occupera donc de nos anciens ? Qui financera notre système de soins ? L’avortement n’a jamais été un « fait de société », encore moins un « progrès », c’est un suicide. Un « crime abominable » dit le Concile Vatican II. D’autres voies sont possibles.
Chez nos voisins, en Allemagne, en Italie, partout l’avortement régresse. En France, toutes les lois votées depuis 1975 vont en un sens unique : banaliser et promouvoir l’avortement.
Maintenant, cette horreur doit prendre fin. Des solutions alternatives doivent être envisagées pour permettre aux mamans de choisir la vie.
Avec l’ensemble des amis de Droit de Naître, et d’innombrables Français, j’appelle nos responsables publics à agir pour que cesse ce nouveau massacre des innocents.
La révolution liturgique n’a pas touché que la messe
Le 28 décembre, Terres de mission recevait Arnaud Boüan du Chef du Bos pour parler de son petit livre sur Perinaïk (paru aux Editions Trésors de nos Pères), compagne bretonne de Jeanne d’Arc qui mourut elle aussi sur le bûcher pour avoir refusé d’admettre que son amie était une sorcière.
Puis l’abbé Claude Barthe présente son ouvrage sur la réforme post-conciliaire des sept sacrements (Editions Contretemps). On sait que la liturgie de la messe a été profondément modifiée après Vatican II. Mais on sait moins que ce fut également le cas de l’ensemble des sacrements (notamment celui du baptême).
Que Dieu ait pitié de l’âme de Brigitte Bardot
Un hommage national, ou populaire, sera-t-il rendu à Brigitte Bardot, icône médiatique s’il en fut ? Le sujet divise les lecteurs du Figaro, enflamme la toile et réveille les haines recuites de la gauche bobo. Quoi qu’il en soit, l’émotion suscitée par cette disparition est révélatrice de notre époque. Le portrait de « la plus belle femme du monde » y renvoie, plus ou moins consciemment, à un monde disparu dont beaucoup de Français éprouvent la nostalgie. La France des années 60, sûre d’elle-même et joyeuse, ethniquement homogène, confiante en l’avenir et riche de ses enfants. La France des Trente glorieuses, grisée par son décollage économique et « lâchement soulagée » d’être, enfin, débarrassée du bourbier algérien. La France d’Alain Delon, de Jean-Paul Belmondo, de Jean Gabin et de Louis de Funès, des Tontons flingueurs et du Tour de France.
D’étranges paradoxes
L’enthousiasme ne va pas sans quelque malentendu. Beaucoup de ceux qui, peu ou prou, se retrouvent, à droite, dans cette France d’avant la créolisation généralisée et le melting-pot interculturel, chantent les louanges de la vedette iconique de « Et Dieu créa la femme ». Elle serait « Notre flamme. Notre drapeau ». Ils ne semblent pas toujours bien mesurer que si Babette n’est plus en guerre, elle a rejoint au panthéon des « femmes libérées » Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir et Simone Veil, parce qu’elle reste le symbole d’un changement de société qui est à l’origine des maux que, souvent, ils déplorent. La vie et l’œuvre de Brigitte Bardot ne sont-elles pas, en effet, l’exaltation assumée d’un individualisme exacerbé, d’une immoralité triomphante, d’une panne démographique revendiquée et d’une irreligion vécue, à défaut d’être proclamée ? Tout cela n’a-t-il pas débouché sur une vie qui n’a plus guère de sens, car le plaisir est fugace, et sur un appel d’air démographique que l’immigration de masse a irrésistiblement comblé, suscitant, corrélativement, le développement d’une religion, l’Islam, qui, elle, donne un sens à la vie… et à la mort ?
Observons en outre que ceux qui voient, de leur côté, en Brigitte Bardot la figure de l’émancipation de la femme, et la célèbrent comme telle, feignent symétriquement d’ignorer qu’il est parfaitement incohérent d’exalter, ad nauseam, le plaisir sexuel et le corps féminin tout en déplorant les conséquences ultimes de cette esclavagisation de la femme dont témoignent le phénomène Me too comme les frasques sordides de Jeffrey Epstein et de ses commensaux. « Jouir sans entraves » est un programme de vie qui ne peut logiquement déboucher que sur l’exploitation des plus faibles, l’exaltation des plus basses passions de la nature humaine, blessée, et, en définitive, la mort et le néant, pour les personnes comme pour les civilisations.
Notre sympathie devrait, certes, spontanément aller vers celle contre laquelle se déchaine au contraire la gauche morale qui stigmatise « l’amie des Le Pen », la« raciste », « l’islamophobe », la contemptrice des «valeurs républicaines » (Olivier Faure). Mais ce qui est reproché à Brigitte Bardot c’est en réalité de ne pas être allée jusqu’au bout de la logique dont elle avait accepté les principes, d’avoir refusé les ultimes conséquences d’une démolition dont elle avait été un des artisans. Ce n’est pas une raison pour en faire un modèle. La vérité n’est pas le contraire de l’erreur ! Ce serait si simple.
On aura les conséquences
L’hôte de la Madrague est en réalité une parfaite représentante de cette génération des boomeurs, à la fois héritiers et fossoyeurs d’un héritage qu’ils se sont révélés incapables d’assumer, attachés à certaines valeurs comme la nation ou la culture chrétienne mais inaptes à les transmettre parce que, chez eux, cet héritage n’était pas vivant et, qu’après tout, il passait après le plaisir et la jouissance immédiate. Ils laissent la place à des générations qui, elles, n’auront même pas reçu un cadre culturel traditionnel, en harmonie avec le bien commun de la société et la réalité anthropologique de chacun, et la comparaison leur est, de ce fait, parfois favorable. Reste que ces gens-là, ont, inconsciemment, bel et bien fait le lit de l’islam, sans même s’en rendre compte. Issue d’une famille de la bourgeoisie catholique, élevée dans le XVI ème arrondissement de Paris Brigitte Bardot est, ainsi, l’archétype d’une classe sociale qui, s’est ralliée aux valeurs dominantes de l’individualisme consumériste et hédoniste, au détriment des valeurs traditionnelles qui ont fait la grandeur et la prospérité de la France.
Une vie chaotique
Pour nous chrétiens, l’essentiel est pourtant ailleurs. Mgr François Touvet, évêque de Fréjus-Toulon, diocèse dans lequel vivait et s’est éteinte Brigitte Bardot, a publié un communiqué dans lequel il demandait à « Dieu d’accueillir Brigitte dans son Royaume éternel de paix et de lumière ». Pieuse pensée, certes, mais qui fait, une fois de plus (après Johnny Halliday, Jacques Chirac), l’impasse sur le fait que si la miséricorde de Dieu est infinie elle n’est pas sans conditions et qu’il serait du devoir de la hiérarchie catholique de le rappeler. L’une de ces conditions est de regretter ses péchés. Cela relève, bien sûr, du secret des âmes et nul ne peut en juger à la place de Dieu. Il est, pourtant, pour l’Eglise, imprudent (et c’est un manque de charité pour les survivants, à qui est due la vérité, comme à l’égard de l’âme de la défunte, pour laquelle il faudrait appeler à prier) de tenir pour acquis, sans autre forme de procès, le salut éternel de la plus célèbre des tropéziennes au vu de sa vie pour le moins chaotique. Depuis « Et Dieu créa la femme » tourné avec Roger Vadim en 1956 Brigitte Bardot n’a cessé, selon des modalités diverses, comme l’écrira un critique du Canard enchaîné de travailler avec des producteurs dont le rôle consistera à « déshabiller BB de manière à faire admirer toutes les fesses de son talent ». La « ravissante idiote » est devenue, partant, le symbole de la libération de la femme enfin maîtresse de son corps et libre d’en disposer comme il lui plaît. Elle multiplie les amants prestigieux : Roger Vadim, Jean-Louis Trintignant, Sacha Distel, Gilbert Bécaud, Serge Gainsbourg, pour finir, dans sa superbe propriété de la Madrague à Saint Tropez, entourée de ses animaux : chats, chiens, pigeons et accompagnée de son mari, Bernard d’Ormale, rencontré par l’intermédiaire de Jean-Marie Le Pen. Celle que l’on voudrait présenter comme modèle aux femmes françaises n’a eu en 1960 qu’un fils de l’acteur Jacques Charrier, Nicolas, dont elle n’a pas eu la garde. Agée de 25 ans elle avait, alors, déjà avorté deux fois et aucun médecin n’avait voulu prendre le risque d’un troisième avortement, alors illégal. Dans son autobiographie, Initiales B.B. la star avait évoqué son fils en des termes très durs. « J’aurais préféré accoucher d’un petit chien », comparant sa grossesse à « une tumeur » et « un cercueil ». Rien-là qui permette de la proposer en modèle.
Une démarche de foi
Rien, pourtant n’est impossible à Dieu, dont la grâce souffle où elle veut. Or, il semble qu’à la fin de sa vie Brigitte Bardot ait renoué avec la foi de son enfance. Dans sa propriété de la Madrague, elle avait fait construire une petite chapelle en l’honneur de la Très Sainte Vierge Marie qu’elle appelait « ma petite vierge ». Elle confiait en septembre 2024 au site Aleteia : « J’ai la foi (…) Je trouve que la messe a perdu de son mystère, une certaine chaleur d’âme. Quand j’étais enfant, j’allais à l’église avec mes parents tous les dimanches. J’ai le souvenir d’un mystère qui sortait de cet endroit magnifique. Le prêtre célébrait dos à nous, en latin. C’est dommage que l’on ait modernisé cela. La célébration face aux fidèles me donne l’impression d’une représentation théâtrale ». C’est cette Bardot là pour laquelle il nous appartient, aujourd’hui, de prier. Une autre artiste française de renommée internationale, à la vie tout aussi chaotique, Edith Piaf, nous a laissé un émouvant testament dans lequel elle regrettait sa vie absurde et dissolue, et en appelait à la miséricorde de Dieu. Qui sait si dans le secret de son cœur, Brigitte Bardot, n’a pas accompli la même démarche ? C’est donc, au-delà du tumulte médiatique, d’abord à la miséricorde de Dieu, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, refuge des pécheurs et consolatrice des affligés, que nous confions l’âme de Brigitte Bardot. Puisse-t-elle, par la grâce de Dieu, avoir recouvré au seuil du grand passage une part de l’innocence qui fut celle de son baptême !
« Là où le Christ n’est pas roi, le chaos règne »
Mgr Robert Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, a prononcé le 23 octobre lors de la Conférence sur l’identité catholique (C.I.C) qui se tient chaque année à Pittsburgh (Etats-Unis), une longue allocution au cours de laquelle il a courageusement déclaré : « Là où le Christ n’est pas roi, le chaos règne ». En voici quelques extraits significatifs :
« On parle beaucoup des crises de notre époque : divisions politiques, incertitudes économiques, menace de guerre. Pourtant, sous ce tumulte se cache une crise plus profonde, souvent négligée : une crise spirituelle. Comme l’observait mon héros Chesterton, nous avons tendance à nous préoccuper des mauvais dangers. Nous craignons les guerres et les effondrements financiers, alors que la véritable menace est la corruption morale et spirituelle qui ronge l’âme.
« A la base, notre monde moderne a négligé la dimension spirituelle. Ce n’est pas tant le chaos qui nous entoure que le vide intérieur qui déstabilise la société. Les gens se perdent car ils ne savent plus pourquoi ils sont là – un problème profondément spirituel. Nous avons besoin d’idéaux plus élevés et d’une boussole morale, et non de simples slogans politiques. Lorsque l’humanité détourne le regard de Dieu, un vide se crée, comblé par des substituts : idéologies, modes et obsessions qui masquent le malaise sans jamais le guérir. »
Et de préciser sa pensée en citant cette phrase de Chesterton :
« L’idolâtrie ne se commet pas seulement en érigeant de faux dieux, mais aussi en érigeant de faux démons ; en faisant craindre aux hommes la guerre, l’alcool ou les lois économiques, alors qu’ils devraient craindre la corruption spirituelle et la lâcheté. »
« Cette remarque spirituelle de 1909 résonne aujourd’hui comme une prophétie. Nous identifions toutes sortes d’ennemis terrestres – du changement climatique aux épidémies virales – et nous nous mobilisons contre eux, tout en ignorant les ennemis invisibles de l’âme : l’absurdité de la vie, la décadence morale et le désespoir. C’est comme si l’humanité s’affairait à éteindre un petit feu dans le jardin, tandis que les fondations de la maison – le socle spirituel – s’affaissent lentement. »
D’où cette conséquence :
« Puisque la racine de la crise est spirituelle, la solution doit l’être aussi. C’est, au fond, un combat pour l’âme. On peut voter des centaines de lois et inventer des merveilles technologiques, mais si l’âme est malade, les symptômes ne cesseront de réapparaître. Nous le constatons clairement : la prospérité et la science ont accompli beaucoup, mais le malaise intérieur et la confusion morale n’ont pas diminué. En réalité, à mesure que les gens font moins confiance à Dieu, ils font confiance à tout le reste. Chesterton a bien saisi ce paradoxe : quand les hommes cessent de croire en Dieu, ils ne croient pas en rien ; ils croient en n’importe quoi.
« On le constate partout. Là où les bancs des églises se vident, les gourous du développement personnel, les sites d’horoscope et les “spiritualités” à la mode pullulent. La soif humaine de sens demeure, même quand on rejette le Christ. Mais les substituts – qu’il s’agisse d’une foi aveugle dans le marché, d’un culte de la science érigé en sauveur tout-puissant ou d’expériences ésotériques – ne peuvent remplacer le Christ. Ils sont comme du sel sans saveur. »
« Là où le Christ est absent, les choses tournent mal. Là où le Christ n’est pas roi, le chaos règne. Et cela, mes chers amis, c’est ce que nous appelons la modernité. »
« Chesterton, converti au catholicisme, était catégorique : adapter l’Eglise à chaque mode est vain. “Nous ne voulons pas, comme le disent les journaux, une Eglise qui suit le monde. Nous voulons une Eglise qui fasse bouger le monde.” Autrement dit : une Eglise gagne en crédibilité non pas en se faisant l’écho du monde, mais en le corrigeant. Nous avons besoin d’une foi qui nous avertit lorsque nous avons tort, et non d’une foi qui se contente de nous rassurer lorsque nous sommes déjà d’accord. »
Et de terminer son discours sur un vibrant : Viva Cristo Rey !
2026, année de l’euthanasie ?
C’est le voeu qu’a osé formuler Emmanuel Macron hier :
Je veillerai tout particulièrement à ce que plusieurs grands chantiers puissent aboutir. Nous verrons les premiers pas du service national pour l’engagement de nos jeunes, qui renforcera le lien entre nos armées et la nation. Nous protégerons nos enfants et nos adolescents des réseaux sociaux et des écrans. Nous irons, enfin, au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité, sujet sur lequel je m’étais engagé, devant vous en 2022.
Le monde ne se sauve pas en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement d’accueillir chacun
Extrait de l’homélie du pape Léon XIV ce matin en la basilique Saint-Pierre :
[…] En ce début d’année, alors que nous nous mettons en route vers les jours nouveaux et uniques qui nous attendent, demandons au Seigneur de sentir à chaque instant, autour de nous et sur nous, la chaleur de son étreinte paternelle et la lumière de son regard bienveillant, afin de comprendre de mieux en mieux et d’avoir toujours à l’esprit qui nous sommes et vers quelle destinée merveilleuse nous avançons (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 41). Mais en même temps, rendons-Lui gloire par la prière, par la sainteté de notre vie et en devenant les uns pour les autres le reflet de sa bonté.
Saint Augustin enseignait qu’en Marie « le créateur de l’homme est devenu homme afin que, bien qu’Il soit le maître des étoiles, Il puisse téter le sein d’une femme ; bien qu’Il soit le pain (cf. Jn 6, 35), Il puisse avoir faim (cf. Mt 4, 2) ; […] pour nous libérer même si nous sommes indignes » (Sermon 191, 1.1). Il rappelait ainsi l’un des traits fondamentaux du visage de Dieu : celui de la gratuité totale de son amour par lequel il se présente à nous – comme j’ai tenu à le souligner dans le Message de cette Journée Mondiale de la Paix –, “désarmé et désarmant”, nu, sans défense comme un nouveau-né dans son berceau. Et cela pour nous enseigner que le monde ne se sauve pas en aiguisant les épées, en jugeant, en opprimant ou en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement de comprendre, de pardonner, de libérer et d’accueillir chacun, sans calcul ni crainte.
Tel est le visage de Dieu que Marie a laissé se former et grandir dans son sein, changeant complètement sa vie. C’est le visage qu’elle a annoncé par la lumière joyeuse et fragile de son regard de future mère ; le visage dont elle a contemplé la beauté jour après jour, tandis que Jésus grandissait dans sa maison, enfant, adolescent et jeune homme ; et qu’elle a ensuite suivi avec son cœur d’humble disciple, alors qu’Il parcourait les sentiers de sa mission, jusqu’à la croix et à la résurrection. Pour cela, elle aussi a abaissé toutes ses défenses en renonçant à ses attentes, à ses prétentions et à ses garanties – comme savent le faire les mères -, en consacrant sans réserve sa vie à son Fils qu’elle a reçu par grâce, afin de le redonner à son tour au monde.
Dans la Maternité Divine de Marie, nous voyons la rencontre de deux immenses réalités “désarmées” : celle de Dieu qui renonce à tous les privilèges de sa divinité pour naître selon la chair (cf. Phil 2, 6-11), et celle de la personne qui, avec confiance, embrasse totalement sa volonté, Lui rendant l’hommage, dans un acte parfait d’amour, de sa plus grande puissance : la liberté.
Saint Jean-Paul II, méditant sur ce mystère, invitait à regarder ce que les bergers avaient trouvé à Bethléem : « La tendresse désarmante de l’Enfant, la pauvreté surprenante dans laquelle Il se trouve, l’humble simplicité de Marie et de Joseph » ont transformé leur vie en faisant d’eux des « messagers du salut » (Homélie lors de la messe de Marie, Mère de Dieu, 34e Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2001).
Il le disait à la fin du grand Jubilé de l’an 2000, avec des mots qui peuvent nous faire réfléchir nous aussi : « Combien de dons – affirmait-il – combien d’occasions extraordinaires le grand Jubilé a-t-il offert aux croyants! Dans l’expérience du pardon reçu et donné, dans le souvenir des martyrs, dans l’écoute du cri des pauvres du monde […] nous avons nous aussi ressenti la présence salvifique de Dieu dans l’histoire. Nous avons comme touché de façon tangible son amour qui renouvelle la face de la terre » (ibid.), et il concluait : « Comme aux pasteurs qui accourent pour l’adorer, le Christ demande aux croyants, auxquels il a offert la joie de le rencontrer, une disponibilité courageuse afin de repartir pour annoncer son Évangile, ancien et toujours nouveau. Il les invite à vivifier l’histoire et les cultures des hommes avec son message salvifique » (ibid.).
Chers frères et sœurs, en cette fête solennelle, au début de la nouvelle année, à l’approche de la fin du Jubilé de l’espérance, approchons-nous avec foi de la crèche comme le lieu par excellence de la paix “désarmée et désarmante”, lieu de bénédiction où nous nous souvenons des prodiges que le Seigneur a accomplis dans l’histoire du salut et dans notre existence, afin de repartir comme les humbles témoins de la grotte, en « glorifiant et louant Dieu » (Lc 2,20) pour tout ce que nous avons vu et entendu. Que ce soit notre engagement, notre résolution pour les mois à venir, pour notre vie chrétienne.
Les raisons de la discrétion magistérielle sur la royauté temporelle du Christ
De Guillaume de Thieulloy dans L’Homme nouveau à propos du centenaire de l’encyclique Quas Primas :
[…] Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette doctrine n’est plus guère professée par l’Église enseignante. Le magistère préfère aujourd’hui repousser la Royauté du Christ à la fin des temps – ce que laisse deviner la transformation de la fête liturgique passée du Christ-Roi des nations, célébré le dernier dimanche avant la Toussaint, au Christ-Roi de l’univers, célébré le dernier dimanche de l’année liturgique. Certes, les deux notions ne sont pas antithétiques et le Christ règne bel et bien à la fois sur l’univers et sur les nations, mais il est clair que les accentuations sont assez différentes. Examinons donc plus en détail les raisons de cette discrétion du magistère sur la dimension politique de la Royauté christique.
La première consiste à considérer que cet enseignement est peu ou prou périmé. On se souvient qu’autour du concile Vatican II, beaucoup de voix « autorisées » ont parlé de « fin du constantinisme » (en référence à l’empereur Constantin qui mit un terme aux persécutions avant que ses successeurs fassent du christianisme la religion officielle de l’empire). Soit que l’on considérât que l’Église s’était compromise avec les pouvoirs temporels et qu’elle devait revenir à la pureté des origines, soit que l’on considérât, du moins, qu’il n’existait quasiment plus de pouvoirs temporels chrétiens et qu’il était temps d’opter pour une autre stratégie d’évangélisation. À vrai dire, cette idée paraît beaucoup moins évidente aujourd’hui. D’une part, on ne saurait prétendre que les nouvelles stratégies pastorales aient été particulièrement fructueuses. D’autre part, quel crédit accorder à une Église qui aurait erré pendant quinze siècles ?
Il reste qu’il est parfaitement possible qu’un enseignement magistériel se « périme », au sens où plus personne ne le professe. On peut évoquer en ce domaine le millénarisme (l’idée, que décrit l’Apocalypse, de mille ans de règne temporel du Christ avant la fin du monde) qui fut professé par la plupart des Pères de l’Église avant d’être contesté par saint Augustin. On peut aussi, dans l’ordre théologico-politique, rappeler que les papes du Moyen Âge défendaient la fameuse théorie des deux glaives subordonnant strictement le pouvoir temporel des princes à leur propre pouvoir spirituel et que cette théorie n’est plus guère professée depuis saint Robert Bellarmin et la théorie du pouvoir indirect.
J’y reviendrai mais, selon moi, il n’est pas possible de considérer que la Royauté sociale du Christ soit périmée en ce sens sans entraîner l’effondrement de tout le dogme.
La seconde raison de la discrétion magistérielle sur cette royauté temporelle du Christ concerne l’enseignement de Vatican II sur la liberté religieuse. On sait que la déclaration Dignitatis humanae reste l’un des textes les plus controversés du Concile. Je ne prétends pas trancher, dans un article si court, des débats subtils et passionnants. Mais il est sûr que la tonalité de la déclaration conciliaire diverge fortement de celle de Quas Primas. S’il existe un droit de chaque personne humaine à professer en public comme en privé une fausse religion, on voit mal comment cela serait compatible avec la souveraineté du Christ sur les nations. Il devient assez logique de repousser celle-ci à la fin des temps. Pourtant, ce n’est pas si simple. D’abord, parce que Dignitatis humanae commence par rappeler que les sociétés temporelles sont tenues de professer la foi catholique lorsqu’une grande part de leurs sujets en ont reconnu la vérité. Mais, surtout, la Royauté sociale du Christ s’oppose bien davantage au laïcisme et au refus des autorités politiques de laisser l’Église prêcher la vérité qu’à la liberté religieuse proprement dite. Au demeurant, l’exemple américain, bien qu’il soit loin d’être certain qu’il soit devenu le modèle des relations Église-État (après avoir été condamné sous le nom d’américanisme par Léon XIII !), montre que des sociétés « laïques » peuvent fort bien être conformes à l’esprit comme à la lettre de Dignitatis humanae, tout en rendant périodiquement hommage à la souveraineté du Christ – comme on voit les présidents américains le faire dans leurs prières publiques. S’il est donc assez facile de comprendre pourquoi l’enseignement de Pie XI est aujourd’hui pratiquement passé sous silence, il n’est pas moins aisé de relever que rien ne s’opposerait à ce qu’il soit, au contraire, professé avec autorité.
Reste à savoir si ce serait opportun et si cet enseignement demeure d’actualité.
Selon moi, il n’est tout simplement pas possible que cet enseignement soit « périmé », ni que l’Église s’abstienne de le professer clairement. Occulter la Royauté sociale du Christ n’est pas bien différent de ce que faisait jadis Voltaire avec son « Grand Horloger » : on veut bien admettre que Dieu a créé le monde et qu’il jugera tous les hommes à la fin des temps mais, dans l’intervalle, il est, si j’ose dire, prié de se tenir à distance. Cela n’a aucun sens. Si, par impossible, le Dieu éternel et créateur cessait de penser à ses créatures, celles-ci retourneraient au néant : il n’est pas possible de penser l’acte créateur de Dieu sans penser à la Providence qui nous maintient dans l’être. Si la Royauté du Christ ne sera pleinement reconnue que dans la gloire de l’Église triomphale, elle ne peut être repoussée à la fin des temps sans être réduite à l’insignifiance. Par ailleurs, tout se passe comme si les évêques contemporains considéraient que l’Église ne doit plus « s’occuper de politique ». Il serait pourtant étrange que la religion du Dieu incarné laisse de côté un pan aussi important de la vie des hommes. De même qu’il y a un art chrétien, une morale chrétienne, il existe une politique chrétienne. Et aussi une politique antichrétienne contre laquelle nous avons le devoir de rappeler, à temps et à contre-temps, la souveraineté du Christ.
On devine, à travers bien des pudeurs épiscopales, qu’une sorte d’amalgame s’est opéré entre la Royauté sociale du Christ, la chrétienté et le Moyen Âge. Mais ce sont trois choses différentes. Le Christ règne sur toutes les sociétés. Y compris sur celles qui l’ont chassé : comme disait le cardinal Pie : « Si le Christ ne règne par les bienfaits de sa présence, il règne par les méfaits de son absence. » La chrétienté est une société où princes et sujets tentent de laisser toute sa place à la Royauté du Christ – malgré le péché qui demeure et qui empêche que cette royauté soit « tout en tous ». Bien sûr, le Moyen Âge fut la période qui s’approcha le plus de cet idéal mais « tout restaurer dans le Christ » n’impose pas d’abandonner l’énergie nucléaire ou nos connaissances en génétique !
La Royauté sociale du Christ n’est, en somme, rien d’autre que l’acceptation d’une morale politique – car la loi évangélique ne se réduit pas à la morale conjugale ! – et, corollairement, le refus du totalitarisme. En particulier, elle s’oppose frontalement à « l’alliance entre la démocratie et le relativisme éthique » naguère dénoncée par Jean-Paul II dans Veritatis Splendor, à cette « démocratie sans valeurs [qui] se transforme facilement en totalitarisme déclaré ou sournois » – où le Parlement prétend pouvoir dire le vrai et le faux, le bien et le mal. Si nos évêques prêtent attention aux « signes des temps », ils devraient remettre au goût du jour l’enseignement de Quas Primas qui n’a jamais été si actuel !
Les points de comparaison de la France de 2025 et celle de 1789

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Drôle de Noël en Beaujolais
Grégory Soodts et sa famille, qui diffusent depuis plusieurs années les Fabuleuses aventures de Jean et Henri, viennent de mettre en ligne “Drôle de Noël en Beaujolais”:
“La chute de la natalité, à laquelle s’ajoute l’inertie démographique, rendent extrêmement urgentes des réformes pragmatiques”
Voici le texte de Ludovine de La Rochère, présidente du syndicat de la famille, prononcé lors de son audition par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité en France, le 26 novembre :
Madame la présidente, Monsieur le rapporteur, Mesdames, Messieurs les députés,
Je vous remercie de m’auditionner, comme présidente du Syndicat de la Famille, sur cette question majeure de la natalité.
A ce sujet, la mise en parallèle des évolutions démographiques avec celles du contexte politique, sociale et culturel est riche d’enseignements. Certes, la France n’est pas la seule concernée par la chute de sa natalité, mais son calendrier particulier ouvre des pistes pour comprendre.
Je précise, au préalable, que l’enjeu dont nous parlons impose d’être pragmatique et concret. Les observations qui suivent sont des constats factuels.
I/ Les facteurs politiques
Au fil des années, la politique familiale a été déconstruite, avec une nette accélération en 2014. Nombre d’intervenants vous l’auront exposé :
– Les principes de la politique familiale ont été abandonnés au profit de ceux d’une politique sociale.
– De nombreuses familles ont été exclues des bénéfices de cette politique, en particulier celles des classes moyennes, qui peinent le plus à accueillir autant d’enfants qu’elles le souhaitent.
– La tendance a été aux économies de court terme : on a en effet oublié que la famille n’est pas une dépense à perte, mais un investissement rentable.
– Une rumeur, sans doute par esprit anti-famille, a diffusé l’idée que la politique familiale serait inefficace, malgré l’expérience, française notamment.
Mais je souhaiterai insister sur un autre aspect : l’impensé qu’est la famille en politique, et l’absence de vision globale.
En effet, nos choix politiques impactent tous la vie familiale, que ce soit en matière de logement, d’école, de transports, de santé et bien d’autres. Les mesures prises rendent le quotidien, et donc l’accueil de l’enfant, plus difficile ou moins difficile.
La loi Climat et résilience, par exemple, est néfaste pour l’accès au logement, sujet majeur pour la natalité.
Et de fait, les études d’impact qui précèdent la présentation des projets de loi en conseil des ministres ne prennent pas en compte la famille !
Il semble, au fond, que la famille intéresse peu nos dirigeants. Et pourtant, 70% des Français vivent en famille ! Et son importance est en outre cruciale pour la société !
En effet, la famille, cellule sociale de base, est irremplaçable pour accueillir et éduquer l’enfant, pour lui apprendre le respect et la solidarité, pour lui donner la capacité de s’instruire, pour le préparer à être un adulte inséré dans le monde du travail et la société. Elle est bien sûr aussi irremplaçable comme moteur de l’économie, etc.
Ce désintérêt est d’autant plus étonnant que la famille est plébiscitée par les Français !
Il résulte de cet impensé et de cette absence de vision globale des erreurs d’appréciation :
1. Les familles bi-parentales sont les grandes oubliées depuis les années 2010
Les familles monoparentales focalisent l’attention des responsables institutionnels et politiques et c’est une bonne nouvelle car elles ont besoin de la solidarité de tous. Mais si on oublie les familles bi-parentales, on met de côté les familles les plus susceptibles d’accueillir un ou des enfants de plus.
2. La politique familiale est devenue instable, mais aussi illisible
Or ces dérives vont à l’encontre du besoin de clarté et de sécurité dont les futurs parents potentiels ont besoin.
3. La confusion des objectifs
Dans un objectif d’égalité, il a été décidé – sans aucune consultation des familles – que les deux parents devraient prendre successivement un congé parental s’ils veulent en bénéficier jusqu’aux 3 ans de l’enfant. Sans cela, le congé est réduit d’une année, chaque parent n’ayant droit qu’à 24 mois maximum.
Or c’est un échec complet du point de vue de l’égalité puisqu’après 2015, comme avant, 96% des allocataires sont des mères.
Et cette réduction, dans les faits, de la durée du congé parental a entraîné une chute de plus de la moitié du nombre d’allocataires en moins de 10 ans.
De fait, cette contrainte a compliqué l’organisation du quotidien, ce qui est défavorable à la natalité. L’Etat a oublié que chaque couple a ses contraintes propres – en trajets, en horaires, en activités professionnelles, etc. Cette obligation de répartition va de fait à l’encontre du vœu de 84% des parents suivant le sondage IFOP d’août 2025 : « les modes de garde et la vie des parents de jeunes enfants ».
Et comme lesfuturs parents potentiels ont peur de ne pas trouver de mode de garde aux deux ans de l’enfant, et donc peur que l’un des deux ait à démissionner de son emploi, ils ont été nombreux à renoncer à ce congé, voire à renoncer à l’enfant.
Mais 10 ans après la mise en place de cette mesure, que l’on devrait urgemment abandonner, on devrait aussi s’interroger : pourquoi a-t-on toujours 96% de mères parmi les allocataires alors que, entre-temps, l’écart salarial homme-femme s’est réduit ? Ne serait-ce pas parce que, tout simplement, des mères – pas les mères, des mères – désirent s’occuper quelque temps de leur enfant, ce dont témoignent des enquêtes, comme celle que je viens de citer ?
Ne faudrait-il pas le prendre en compte au lieu de lutter contre, pour des raisons idéologiques, et ce, au détriment de leur liberté et de la natalité ?
II/ Les facteurs sociaux
L’épuisement des mères
Je poursuis sur les mères qui, massivement, témoignent de leur épuisement. Au point de renoncer à l’enfant de plus qu’elles désirent pourtant.
L’une des périodes la plus chargée pour les parents est la petite enfance : les premières semaines sont éreintantes ; les petits sont souvent malades ; la crèche et la maternelle ont leurs journées pédagogiques, leurs jours d’absence de personnel ou de grève… ; la vie et la ville sont compliquées avec un jeune enfant, etc.
L’organisation du quotidien avec les enfants restent largement le lot des mères, même si, avec la généralisation du travail féminin à l’extérieur du foyer, les pères s’occupent davantage d’eux.
Mais l’organisation reste nettement du côté de la mère, peut-être parce que les mères… sont mères !
Au lieu de le nier, prenons-le plutôt en compte, pour le bénéfice des femmes !
Par exemple, avec des changements urgents tels que des congés revalorisés, de durée courte ou longue, au choix ; mais aussi des horaires cohérents avec la parentalité, des temps partiels facilités, des journées pour enfant malade plus nombreuses, etc.
Aujourd’hui, tout cela est largement insuffisant en France, contrairement à certains pays du Nord de l’Europe, par culture et habitude française, mais aussi par idéologie !
Evidemment, cela conduirait les pères à s’impliquer encore davantage.
Solitude des parents
La solitude des parents rend difficile l’accueil d’un enfant de plus.
La grande ville et la dispersion géographique isolent les parents, qui peinent à s’en sortir, ou même à profiter de leurs enfants.
C’est d’autant plus vrai que, désormais les grands-parents travaillent, en particulier du fait de la réforme Touraine.
En effet, même lorsqu’une femme a acquis tous ses trimestres à 59 ou 60 ans parce qu’elle a accumulé travail et maternité, elle doit attendre l’âge minimum requis, de 62, voire 64 ans ! C’est une incroyable injustice et cela accroît les difficultés des jeunes parents.
Par ailleurs, les lieux d’accueil pour les parents sont hétéroclites, mal connus et pour certains, ils ne sont même plus actifs.
La baisse du nombre de mariages
Les démographes spécialistes de la natalité soulignent que la courbe de la natalité est corrélée à celle du mariage. C’est si vrai que Slate indiquait récemment que « les gouvernements auraient tout intérêt à développer des politiques incitatives favorisant la formation de couples mariés. »
De fait, le mariage est perçu comme lié au projet de fonder une famille. Et juridiquement, il est plus sécurisant que le pacs et l’union libre.
Mais depuis la création du pacs, il y a 26 ans, le nombre de mariages a chuté de plus de 20% tandis que le nombre de pacs n’a cessé de croître.
En outre, fiscalement, et pour les droits sociaux et reproductifs, cela revient au même d’être en union libre, pacsé ou marié.
Or c’est le contraire qu’il faut faire : il faut rendre attractif le mariage !
III/ Les causes culturelles
Sur le plan culturel, la dévalorisation, du couple, de la parentalité, de la famille est presque systématique.
Emmanuel Macron, par exemple, n’a cessé de répéter, pendant le 1er confinement de 2020, qu’il était dangereux que les enfants soient confinés en famille. Et quand il a reparlé des parents, c’était pendant les émeutes de juillet 2023, pour critiquer ceux qui laissent leurs enfants traîner dans la rue.
Certes, il y a des dysfonctionnements, et il faut faire de la prévention et sécuriser, mais c’est oublier que l’immense majorité des parents aiment leurs enfants et font tout ce qu’ils peuvent pour eux !
Les jeunes
Ils n’entendent que défiance vis-à-vis des parents, lourdeur et manque de partage des tâches parentales, critiques sur la famille.
Autre fait frappant :
Depuis des années, en éducation affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) le couple, la paternité, la maternité ne sont jamais évoqué, pas plus que le mariage et la parentalité en éducation morale et civique.
Mais pire encore, dès l’entrée en maternelle, il faut « déconstruire les stéréotypes de genre », c’est-à-dire lutter contre toutes les représentations que les petits peuvent avoir de l’homme et de la femme, c’est-à-dire de leur père et de mère.
Plus grave, pour dénoncer les inégalités, les filles sont décrites comme victimes et les garçons coupables.
Dès lors, comment donner envie d’avoir confiance en l’autre ? Comment ne pas instiller la peur dans le cœur des filles vis-à-vis des garçons ? Comment ne pas instiller un profond malaise dans celui des garçons vis-à-vis des filles ? Comment, dans ces conditions, leur donner envie de s’engager dans une vie de couple et de fonder une famille ensemble ?
Et de fait, la proportion des Français adultes qui vivent en couple ne cesse de se réduire, ce qui, évidemment, fait chuter la natalité.
Par ailleurs, l’évolution des modes de vie est majeure, en particulier depuis le début de l’utilisation massive des smartphones, applications et réseaux sociaux, c’est-à-dire depuis 2010-2012. Cette correspondance avec le retournement de la natalité française n’est pas un hasard.
Aujourd’hui, les jeunes adultes, passent en moyenne 4 heures par jour sur les écrans, auxquels s’ajoute 1h25 de TV pour les 15-34 ans.
Cela signifie moins d’activités extérieures, de temps social, de rencontres, et donc moins de projets de couples, d’unions et… d’enfants.
En outre, les réseaux sociaux incitent aux relations éphémères, et des sociétés, comme Gleeden, aux relations instables.
Or plus le couple est instable, plus les couples sont nombreux à se fracturer, moins ils auront d’enfants. Et moins les couples se forment et plus ils se forment tard, moins ils ont d’enfants.
Et de fait, la moyenne d’âge de la première maternité ne cesse de reculer. La moyenne actuelle de 29,1 an laisse évidemment moins de temps pour avoir d’autres enfants. C’est bien sûr lié aussi à l’allongement considérables des études, qui fait rentrer les jeunes dans la vie adulte de plus en plus tard.
Et plus encore, les médias et les réseaux sociaux valorisent sans cesse les tendances childfree ou nokids. Tout cela, on le sait, dans le contexte d’un avenir présenté comme sombre, voire apocalyptique (climat, effondrement économique et autres « peurs sur la ville »). Dès lors, comment les jeunes pourraient-ils envisager d’avoir des enfants !?
Autre aspect en lien avec l’évolution des modes de vie :
Avec la légalisation de l’autoconservation ovocytaires sans motif médical, en 2021, on a incité les femmes en âge de procréer à reporter la maternité à plus tard, à un âge où ce sera beaucoup plus difficile, même avec des ovocytes cryoconservés.
Mais c’est le contraire qu’il faut faire : non pas faire violences aux femmes en âge de procréer pour les adapter au marché du travail, mais adapter celui-ci aux femmes !
De même avec l’AMP pour les femmes seules : pour toutes les raisons bien connues des difficultés plus grandes qu’il y a à élever un enfant seule, cela défavorise une fécondité plus importante.
C’est donc le couple qu’il faut valoriser, auprès des femmes comme des hommes.
Conséquences
Sur les conséquences, j’insisterai sur un point :
Cette année, le solde démographique de la France est devenu déficitaire. Il en résultera un déséquilibre explosif dans les années qui viennent entre le nombre de personnes très âgées et le nombre de jeunes.
Or, du fait, de l’inertie démographique, cette situation va être difficile à corriger, puis cela deviendra presque impossible.
En effet, la réduction rapide du nombre de femmes en âge de procréer ne peut que conduire à une natalité très basse, même si l’indice de fécondité remontait.
Conclusion
La chute de la natalité, à laquelle s’ajoute l’inertie démographique, rendent extrêmement urgentes des réformes pragmatiques.
Le Syndicat de la Famille propose donc :
– d‘avoir une vision globale, qui prenne en compte tous les facteurs
– de cesser de multiplier et confondre les objectifs.
– d’adapter la vie professionnelle et l’espace public à la parentalité ;
– de tenir compte de la femme, dont le temps de fécondité est plus court et qui porte et met au monde les enfants. Cela doit être enfin valorisé, et non nié par idéologie.
– de laisser du temps aux femmes pour leur maternité, et de les aider à reprendre leur carrière et à retrouver la rémunération correspondante.
– de donner envie aux jeunes. La vie conjugale et familiale doit redevenir désirable.
– de prévenir les difficultés du couple pour réduire l’instabilité, laquelle est défavorable à la natalité, mais aussi à l’éducation.
Je vous remercie de votre écoute.
Dimanche dans l’octave de Noël : la prophétie de Siméon
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
La messe du dimanche dans l’octave de Noël prolonge les trois messes de la fête ; elle reprend même l’Alléluia et l’Offertoire de la messe de l’Aurore. Mais elle ouvre en même temps une première perspective sur la mission rédemptrice du Sauveur, pour laquelle il a voulu venir sur terre : on trouve à l’Évangile la prophétie du vieillard Siméon annonçant à la Sainte Vierge le glaive de douleur qui transpercerait son âme, tandis que la Communion, nous le verrons, se rapporte à l’épisode de la fuite en Égypte.
► Introït : Dum medium silentium
L‘Introït nous replace tout à fait dans l’ambiance mystérieuse de la sainte nuit et du grand événement qui s’y accomplit. Le texte est tiré du livre de la Sagesse dans un passage qui, parmi les manifestations de la sagesse dans l’histoire d’Israël, raconte la dixième plaie d’Égypte, l’extermination des premiers nés des Égyptiens, qu’on appelle la Pâque, c’est à dire le passage du Seigneur.
Dum medium silentium tenerent omnia, et nox in suo cursu medium iter haberet, omnipotens sermo tuus, Domine, de cælis a regalibus sedibus venit.
Tandis que toutes choses se tenaient en silence et que la nuit était parvenue au milieu de son cours, votre parole toute puissante, Seigneur, est descendue de votre trône royal qui est dans les cieux.
Cette parole toute puissante, que Dieu n’a qu’à prononcer pour qu’elle s’accomplisse, c’est aujourd’hui le Verbe, qui est une personne, et qui descend du ciel sur la terre au milieu de la nuit en se faisant petit enfant pour nous sauver. La mélodie de cet Introït commence dans le grave, évoquant de façon mystérieuse le silence de la nuit, puis elle s’élève progressivement de plus en plus affirmative jusqu’à la fin calme et pleine d’assurance. Le verset est formé du début du psaume 92 qui chante la beauté et la puissance du Christ Roi, et que nous retrouverons à l’Alléluia.
Dominus regnavit, decorem indutus est : indutus est Dominus fortitudinem, et præcinxit se.
Le Seigneur est Roi revêtu de splendeur et il s’est ceint de puissance.
► Graduel : Speciosus forma
Le Graduel du dimanche dans l’octave de Noël reprend une image qui figurait dans le psaume de l’Introït, celle du Seigneur revêtu de beauté. Le texte est pris cette fois dans le psaume 44, le grand cantique nuptial qui chante les noces mystiques du Christ et de l’Église et qui est utilisé à plusieurs reprises au temps de Noël. Ici le psalmiste s’adresse au roi d’Israël figure du Messie.
Speciosus forma præ filiis hominum : diffusa est gratia in labiis tuis.
Vous êtes le plus beau des enfants des hommes, la grâce est répandue sur vos lèvres.
Les lèvres sont avec le sourire l’un des éléments principaux de la beauté du visage de l’être humain, mais les lèvres c’est aussi le siège de la parole par laquelle le Seigneur révèle sa sagesse et sa toute puissance.
La deuxième partie de ce Graduel reprend le début du psaume où le psalmiste exprime son enthousiasme d’avoir à chanter les louanges d’un tel roi :
Eructavit cor meum verbum bonum : dico ego opera mea Regi : lingua mea calamus scribæ velociter scribentis.De mon cœur jaillit un beau discours car je dédie mes œuvres au Roi. ma langue est comme la plume d’un scribe à l’écriture rapide.
La mélodie, comme c’est toujours le cas pour les Graduels, est très ornée, mais elle ne contient pas de grandes vocalises. Elle reste assez douce et paisible, déroulant de souples ondulations dans une ambiance de contemplation mystique. Ces formules assez originales se répètent dans les deux parties.
► Alléluia : Dominus regnavit, decorem
L‘Alléluia et l’Offertoire du dimanche dans l’octave de Noël reprennent ceux de la messe de l’aurore de la fête, messe à laquelle les fidèles ont très rarement l’occasion d’assister, et ils ont ainsi au moins la possibilité d’entendre ces deux pièces ; on y trouve le même thème que dans l’Offertoire de la messe du jour : la contemplation des attributs divins du petit enfant qui vient de nôtre, qui contrastent avec sa faiblesse : beauté, force, puissance… Ils sont tirés du psaume 92, psaume » théocratique » célébrant la royauté de Dieu sur son peuple, s’appliquant aujourd’hui au Christ Roi ; on en trouve dans l’Alléluia le premier verset, qui accompagnait déjà l’Introït :
Dominus regnavit, decorem induit : Induit Dominus fortitudinem et præcinxit se virtute.
NB : Vous aurez remarqué que le texte de l’introït est : Dominus regnavit, decorem indutus est : Il est légèrement différent car nous avons là deux versions de la Vulgate utilisées l’une dans le Propre, l’autre dans le Psautier.Le Seigneur est Roi, il est revêtu de splendeur : Le Seigneur s’est revêtu de force et ceint de puissance.
On retrouve donc le thème de la beauté, que chantait déjà le Graduel, associé à celui de la toute puissance créatrice qui sera celui de l’Offertoire. La mélodie exprime notre admiration pour ces qualités du Seigneur par une mélodie solennelle, très ornée, bien que sans grandes vocalises, et pleine de mouvement, bien que sans grands écarts. Alors que celles des deux autres messes de Noël sont des mélodies type, celle-ci est originale.
► Offertoire : Deus enim firmavit
L‘Offertoire du dimanche dans l’octave de Noël reprend, comme l’Alléluia, celui de la messe de l’aurore de la fête, et le texte est la suite de celui de verset de l’Alléluia, au début de psaume 92 :
Deus enim firmavit orbem terræ, qui non commovebitur ; parata sedes tua, Deus, ex tunc, a sæculo tu es.
En effet (par sa puissance) Dieu a solidement établi le globe terrestre qui ne sera pas ébranlé. Votre trône, ô Dieu, est préparé depuis toujours, et à jamais vous êtes.
Ce petit enfant que nous adorons est le créateur qui fait sans cesse exister toutes choses, et nous lui retournons le nom que Dieu s’était donné en se manifestant à Moïse : » Je suis » avait-il dit, » Vous êtes » lui redisons-nous.
La mélodie de cet Offertoire est comme il convient très affirmative et pleine d’assurance ; ses tenues sur la même note et ses intervalles majeurs (il n’y a presque pas de demi-tons) expriment parfaitement la solidité et la plénitude dont parle le texte
► Communion : Tolle puerum
L‘année liturgique se déroule sur plusieurs plans qui avancent simultanément à des vitesses différentes. Nous sommes encore à quelques jours de l’Épiphanie, mais déjà la Communion de ce dimanche se rapporte à la fuite en Égypte, et l’antienne à Magnificat des Vêpres évoque les 30 ans de vie cachée à Nazareth. Cette antienne de Communion nous fait entendre les paroles de l’ange à saint Joseph, alors que la Sainte Famille se trouve en Égypte :
Tolle puerum et matrem ejus, et vade in terram Israël ; defuncti sunt enim qui quærebant animam pueri.
Prends l’enfant et sa mère, et retourne au pays d’Israël ; en effet ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant sont morts.
C’est la mission rédemptrice du petit enfant qui est ici évoquée, avec la mention des persécutions qu’elle va entraîner et qui le conduiront à donner sa vie pour notre salut. La mélodie est pleine d’élan, avec deux phrases qui se ressemblent et se terminent par la même cadence ; mais la deuxième monte plus haut, culminant sur le mot quærebant, qui exprime les mauvaises intentions des persécuteurs.
Au Liban, le conte merveilleux des Sursock est en train de revivre
Comment bien terminer cette année 2025 ? Mais oui : avec un conte ! Un conte des plus merveilleux qui nous entraîne loin des conflits, des soucis et des turpitudes multiples dans lesquelles notre humanité semble se perdre de nouveau, en retournant, hélas, à l’état barbare et sauvage. C’est au Liban que nous avons rendez-vous avec ce conte des plus merveilleux : celui des Sursock, dont le palais est en pleine reconstruction. Plus qu’un palais, il s’agit bien d’une famille et de ses multiples racines ancestrales. Leur palais à Beyrouth n’était plus que blessures et traumatismes, cendres et poussières, fissures et ruines. Mais, au creux de son foyer familial brillait encore une petite lumière, si fine qu’on avait peur de l’approcher. C’était celle de la vie qui rejaillit, celle des gardiens familiaux toujours prêts à rebâtir ! Alors, embarquons immédiatement pour ce conte merveilleux avec Roderick Sursock Cochrane, le dernier gardien des lieux. Première partie de notre trilogie de cette fin d’année 2025.
Ah, le Liban, ce pays merveilleux qui est plus qu’un pays, plus qu’un territoire, plus qu’un jardin. Il est un pays-peuple aux mille facettes, aux mille histoires, aux mille vies. Il est un pan de notre histoire civilisationnelle. Sa géographie au Levant lui donne cet air marin, méditerranéen, des plus doux, des plus épicés, des plus parfumés. Sentez-vous le cèdre, le jasmin et le romarin ? Ils sont presqu’envoutants. Puis, quand le regard se plonge dans ses rivages et remonte ses innombrables collines, l’ascension est bien réelle, et même, elle devient métaphysique. Elle est telle, cette ascension, qu’elle grimpe au plus haut, à plus de 3000 mètres d’altitude, surplombant les vestiges antiques des Cananéens et des Phéniciens. L’ivresse vous prend, l’excitation vous surprend. Vous vous jetez alors dans le vide et devenez cet aigle de sang royal qui se pose de temps en temps sur les cimes verdoyantes des cèdres du Liban. Vous avez envie d’embrasser son sol si généreux parce que bénit des dieux, de Dieu Lui-même.
Du nord au sud, de l’ouest marin à l’est montagneux et neigeux, le Liban respire un air si savoureux que le blanc de ses montagnes enneigées, dont certaines crètes sont éternelles, ressemble à du lait qui se déverse en silence dans toutes ses vallées. Toutes ? Oui, même les plus reculées… C’est alors que ses cascades et ses filets d’eau, ses fleuves et ses ruisseaux se mettent à chanter en abreuvant la terre qui devient si crémeuse que tout y est pureté. A tel point que ce pays, que l’on appelle le pays du Cèdre, la perle du Levant, la Phénicie, est un vrai pays de cocagne, un pays d’Eden, un jardin tout entier où s’épanouissent dans le silence de ses nuits, et dans l’étirement de ses aurores baignées par la rosée matinale, des myriades d’espèces végétales.

Le Cantique des Cantiques
Il suffit d’ouvrir une Bible et de relire le Cantique des Cantiques, si poétique, pour commencer à comprendre ce qu’est le Liban. Bien avant nous, le roi David et le roi Salomon l’avaient, déjà, compris :
« 0 LUI
01 Ah ! Que tu es belle, mon amie ! Ah ! Que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes au travers de ton voile. Ta chevelure : un troupeau de chèvres qui dévalent du mont Galaad.
02 Tes dents : un troupeau de brebis tondues qui remontent du bain ; chacune a sa jumelle, nulle n’en est privée.
03 Comme un ruban d’écarlate, tes lèvres ; tes paroles : une harmonie. Comme une moitié de grenade, ta joue au travers de ton voile.
04 Ton cou : la tour de David, harmonieusement élevée ; mille boucliers sont suspendus, toutes les armes des braves.
05 Tes deux seins : deux faons, jumeaux d’une gazelle ; ils pâturent parmi les lis.
06 Avant le souffle du jour et la fuite des ombres, j’irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de l’encens.
07 Tu es toute belle, ô mon amie ! Nulle tache en toi ! LUI
08 Avec moi, du Liban, ô fiancée, avec moi, du Liban, tu viendras. Tu regarderas du haut de l’Amana, des hauteurs du Sanir et de l’Hermon, depuis les repaires des lions, depuis les montagnes des léopards.
09 Tu as blessé mon cœur, ma sœur fiancée. Tu as blessé mon cœur, d’un seul de tes regards, d’un seul anneau de ton collier.
10 Qu’elles sont belles, tes amours, ma sœur fiancée ! Qu’elles sont bonnes, tes amours : meilleures que le vin ! L’odeur de tes parfums, une exquise senteur !
11 Un miel pur coule de tes lèvres, ô fiancée, le miel et le lait, sous ta langue ; l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban.
12 Jardin fermé, ma sœur fiancée, fontaine close, source scellée.
13 Tes formes élancées : un paradis de grenades aux fruits délicieux, le nard et le cyprès,
14 le nard et le safran, cannelle, cinnamome, et tous les arbres à encens, la myrrhe et l’aloès, tous les plus fins arômes.
15 Ô source des jardins, puits d’eaux vives qui ruissellent du Liban ! ELLE
16 Éveille-toi, Vent du nord ! Viens, Vent du sud ! Souffle sur mon jardin et ses arômes s’exhaleront ! Qu’il entre dans son jardin, mon bien-aimé, qu’il en mange les fruits délicieux. »

Les jardins des Sursock
Il est là, dans son jardin d’Eden, avec son épouse. Ils font le point avec leur architecte sur les travaux en cours. Le palais de Sursock est paré de ses échafaudages qui l’entourent presqu’entièrement. « Soyez le bienvenu au palais des Sursock, accueille le maître des lieux au moment de mon arrivée. Venez avec moi, visitons les jardins ! »
Je m’interroge, sont-ce des Libanais qui sont en face de moi ? Non, ils ressemblent plutôt à des Anglais ou des Irlandais de souche. Fin, le port altier, l’accent anglais justement, Roderick Sursock-Cochrane m’entraîne dans la découverte de son domaine. Les yeux sont grands ouverts. Il démarre par cette introduction : « Je ne suis qu’un quart Libanais, c’est mon arrière-grand-père Moussa Sursock qui a fait construire la maison, ici… ». La maison ? Elle est un vrai palais des Mille et une Nuits, une incroyable œuvre d’art majeure en architecture, avec sa petite montagne d’acier, de marbre, de plâtre, de pierre et de verre. Son architecture appartient à celle du 19e siècle qui est à la fois arabesque et beyrouthine, flamboyante et mystique !
Nous déambulons dans un jardin époustouflant… Telle une couronne princière qui viendrait du ciel et se serait posée sur notre terre, une pelouse géante entoure le palais et mène à d’autres jardins. Il faut descendre des escaliers pour découvrir leurs trésors de verdure : près d’un hectare consacré à Reine nature. Que serait le palais sans ses jardins merveilleux d’où s’élancent, majestueux, des dattiers et des palmiers royaux, des aloès, des palétuviers, des citronniers et des Zinzlakhts ? « Au début du siècle dernier, imaginez-vous qu’il n’y avait pas toutes ces nouvelles tours qui nous environnent. » C’est vrai, Beyrouth a changé, mais pas totalement.
L’histoire des Sursock : un véritable conte de Noël
Dans son bureau, Roderick Sursock-Cochrane continue de conter son passé. C’est un voyage à travers l’histoire, celle de plusieurs familles, qui n’en font qu’une finalement, et à travers la géographie, celle de plusieurs continents. « C’est mon grand-père, Alfred Bey Sursock, qui a surtout vécu dans ce palais. Il a épousé une Italienne, Marie Serra di Cassano, originaire de Naples. Par conséquent, ma mère est mi-Italienne, mi-Libanaise… » Nous avançons à pas feutrés et escaladons l’arbre généalogique…
Impossible de l’interrompre, son histoire familiale devient européenne, ottomane. Les Sursock sont de riches marchands ottomans de Constantinople. Chrétiens, ils sont des Grecs-orthodoxes. Il évoque les liens de ses aïeux avec la Sublime Porte (le siège du sultan de l’empire) qui « leur a octroyés des terres en Turquie, en Syrie, au Liban, en Palestine et en Egypte ». Ils sont des « immenses propriétaires terriens ». En Egypte, leurs propriétés – dans la culture du coton, surtout – s’étendent du delta du Nil jusqu’au Soudan. Un vrai mini-empire étalé sur plusieurs pays. Il faut prendre l’avion pour survoler tous leurs domaines qui s’étendent sur des milliers d’hectares.
Au Liban, il faut remonter jusqu’en 1714 pour déceler la première trace de leur présence. Cette année-là, les Sursock s’établissent à Beyrouth. Ils y possèdent plusieurs palais.

Des racines italiennes…
Le conte prend des colorations de Dolce Vita. Normal, nous nous retrouvons en Italie, plein nord, où nous voyons une grande cousine de Roderick, Isabelle, épouser le prince Marcantonio Colonna. Nous avons fait un petit bond en avant, car nous sommes, maintenant, en 1909. Dans les yeux du conteur brillent des étoiles : celles des histoires illustres de sa famille dont les origines les plus anciennes sont… Byzantines ! Le cœur du monde se met à battre à rompre. En Italie, le palais des Colonna est un palais praticien, l’un des plus majestueux au monde. Un vrai bijou.
Roderick continue à faire ses allers-retours entre l’histoire familiale et celle du monde, de l’Europe. Nous sommes, toujours, dans son bureau qui se situe dans une aile du palais, celle qui a le moins souffert de la double explosion du 4 août 2020, dont le blast (l’effet du souffle) a détruit tout le port de Beyrouth, et endommagé gravement une grande partie du palais et des alentours.
Il revient en arrière. Il vient de se souvenir de l’épopée familiale qui a soutenu le projet de construction du canal de Suez entre 1859 et 1869. Une épopée mondiale !
Soudain, il se lève et se dirige tout droit vers une pièce austère à l’abri de tout regard : la chambre secrète des archives familiales…
Seconde partie du Conte merveilleux des Sursock à suivre…
Première partie de la trilogie journalistique réalisée par Antoine BORDIER
Copyright des photos A. Bordier
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L’encyclique que projetait Pie XII pour les 50 ans de la condamnation du modernisme
De l’abbé Barthe sur Res Novae :
Quatre ans avant Vatican II, en 1958, un dernier document pontifical antimoderne, une encyclique, était en préparation dans les palais apostoliques. La mort du Pape en interrompit la rédaction finale et la publication. C’est ce qu’a révélé l’ouverture en 2020 des archives du pontificat de Pie XII, désormais consultables jusqu’à 1958, année de la mort de ce pape.
Cette ouverture avait provoqué l’arrivée d’une nuée de chercheurs en direction des archives vaticanes, qui pensaient pouvoir démontrer les faiblesses coupables du Pontife vis-à-vis du régime hitlérien, et qui, comme il était prévisible, ont eu la déception de trouver toutes les preuves du contraire. En revanche, des historiens sérieux ont vu s’ouvrir de vastes perspectives sur des sujets du plus grand intérêt.
On savait que Pie XII avait lancé en 1948 la préparation d’un concile œcuménique qui fit l’objet de travaux importants jusqu’en 1951. Il était d’ailleurs question, de manière très caractéristique, non pas de convoquer un autre concile, mais de « continuer » celui réuni par Pie IX en 1869 et, qui avait dû s’interrompre en 1870 en raison de la guerre franco-prussienne. Mais le projet fut abandonné1.
En revanche, on ignorait généralement ce dont fit état, dès mars 2020, l’historien allemand Matthias Daufratshofer. Voulant étudier dans les archives de l’ex-Saint-Office les travaux qui avaient précédé la proclamation du dogme de l’Assomption de la Sainte Vierge, il y découvrit les textes préparatoires, les schémas, d’une encyclique antimoderne élaborée dans les dernières années du pontificat pacellien, qui aurait développé et précisé la lettre encyclique de 1950, Humani generis, « sur quelques opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique »2.
Deux chercheurs, la sœur Sabine Schratz, op, de l’Institut Historicum Ordinis Prædicatorum, et Daniele Premoli (Archivum Generale Ordinis Prædicatorum) se sont consacrés à l’étude de ce projet. Ils préparent la publication du schéma en ses états successifs qui avait été réalisé par une commission, et ils ont publié, le 3 janvier 2024, un article sur l’état de leurs travaux dans le Journal of Modern and Contemporary Christianity : « L’Enciclica Pascendi dei tempi moderni. Il progetto per l’ultima enciclica di Pio XII (1956-58) ».
Le projet initial : publier une encyclique en 1957, pour les 50 ans de la condamnation du modernisme par Pascendi
Au cours du pontificat de Pie XII n’avait cessé de croître à Rome l’inquiétude à propos de la diffusion de courants nouveaux qu’on évoquait autour du Pape sous l’appellation générale de « Nouvelle Théologie ». L’expression était de Pie XII lui-même dans un discours à la congrégation générale des Jésuites le 19 septembre 19463, à la suite duquel le Père Réginald Garrigou-Lagrange, op, avait publié dans la revue Angelicum, en octobre 1946, un article qui fit grand bruit : « La nouvelle théologie, où va-t-elle ? ». La critique visait surtout le fait que cette Nouvelle Théologie, au nom d’un « retour » idéologisé à la théologie des Pères, dénigrait la théologie scolastique (et à travers elle, des formulations dogmatiques, grandement tributaires de cette scolastique). À propos de cette nouvelle manière de parler de doctrine, Humani generis dira en 1950 qu’on voulait remplacer « une présentation de plus en plus exacte des vérités de la foi » pour « leur substituer des notions conjecturales et les expressions flottantes et vagues ».
Rome s’inquiétait particulièrement de l’ébullition théologique qui régnait en France. Lors de l’Assemblée plénière des évêques français, qui devait se tenir en avril 1957, Mgr Joseph Lefebvre, archevêque de Bourges, de la même famille d’industriels du Nord que Mgr Marcel Lefebvre et qui sera fait cardinal par Jean XXIII, s’apprêtait à présenter un rapport doctrinal basé sur les réponses à un questionnaire envoyé à tous les évêques français4. Le rapport notait que le relativisme, le rationalisme, le naturalisme et l’humanisme athée ont conduit à une « mutilation de notre nature » qui coupe la référence de l’homme à Dieu, l’idéalisme et l’existentialisme le refermant sur lui-même, le marxisme le conduisant au déterminisme et au matérialisme. D’où, chez un certain nombre de catholiques, une perte du sens de Dieu, du péché et de l’Église, et une série de déviations, que le rapport qualifiait de faiblesse de la foi ou bien de fausse compréhension de la foi, revendiquant le droit à liberté personnelle, ignorant la nature de l’autorité ecclésiastique, dissociant l’Église visible de l’invisible, mettant l’Église à l’écart des affaires de l’État et de la société, réduisant enfin le témoignage chrétien à la pure intériorité. Le rapport parlait d’« une sorte de néo-protestantisme » et de la dépendance d’un certain nombre de théologiens vis-à-vis des idées de l’époque.
Mais le rapport Lefebvre, après cette critique du « progressisme », dénonçait aussi l’« intégrisme » de ceux qui s’érigeaient en censeurs des évêques français jugés trop faibles devant les théologiens défendant les positions nouvelles. Il accusait des prêtres et des fidèles de se livrer à « des interventions inadmissibles » par lesquelles ils donnaient des leçons d’orthodoxie « même à la hiérarchie ».
De ce fait le rapport Lefebvre n’était pas sans rappeler la lettre pastorale du cardinal Suhard, archevêque de Paris, intitulée Essor ou déclin de l’Église et publiée pour le carême 1947, dans laquelle le cardinal renvoyait dos à dos les deux options qui retardaient l’essor espéré, à savoir le « modernisme » et l’« intégrisme ». Le rapport Lefebvre prenait d’ailleurs soin de remarquer que les erreurs modernes qu’il énumérait ne devaient pas être considérées comme générales, certains évêques assurant même qu’elles étaient en régression, et qu’il fallait en tout cas se garder – sous-entendu adressé aux « intégristes » – de « transformer en un horizon noir chargé d’orages les quelques nuages qui traînent dans un ciel, par ailleurs lumineux. » Thème qu’on retrouvera dans le discours d’ouverture de Vatican II de Jean XXIII, Gaudet Mater Ecclesia, du 11 octobre 1962, avec la célèbre charge contre ces « prophètes de malheur qui annoncent de sinistres présages comme si la fin du monde allait arriver. »
Ce qui conduit à remarquer que la situation du catholicisme français sous Pie XII annonçait ce qu’elle serait à l’époque du Concile et du post-Concile. D’un côté un « progressisme » aux nuances diverses : mouvement œcuménique, pour une part mouvement liturgique, affaire des Prêtres Ouvriers, revues diversement fascinées par le marxisme, Esprit, Témoignage chrétien, La Quinzaine, publication d’ouvrages de remise en cause de la théologie traditionnelle sous divers aspects, par les dominicains Congar et Chenu (ce dernier ayant forgé l’appellation d’« école du Saulchoir »), par le Père de Lubac et les jésuites dits de l’école de Fourvière, et par d’autres encore. Sur le trottoir d’en face s’était constituée une sorte de minorité « intégriste », héritière du catholicisme intransigeant, tels l’abbé Luc Lefèvre, fondateur de La Pensée catholique, l’abbé Victor Berto, qui sera le théologien de Marcel Lefebvre lors du Concile, les abbés Alphonse Roul et Raymond Dulac, le Père Fillère et l’abbé Richard, fondateurs de L’Homme Nouveau.
Or, ces ecclésiastiques, marginalisés en France, étaient en revanche en phase avec le personnel théologique du pontificat de Pie XII, à savoir les dominicains Réginald Garrigou-Lagrange, Marie-Rosaire Gagnebet, Luigi Ciappi, les jésuites, comme le moraliste Franz Hürth, Sébastien Tromp, le franciscain Ermenegildo Lio, le religieux stigmatin Cornelio Fabro, le carme Philippe de la Trinité, et des prêtres séculiers, tels Pietro Parente, Pietro Palazzini, Dino Staffa et Antonio Piolanti, qui deviendra recteur de l’Université du Latran en 1957. Ils constituaient ce qu’on a appelé l’École romaine de Théologie, à laquelle se rattachaient aussi les cardinaux Pizzardo et Ottaviani, secrétaires successifs du Saint-Office, Ruffini, archevêque de Palerme, Siri, archevêque de Gênes.
En raison de l’attention particulière au sein de la Curie pour ce qui se passait en France, l’imminence de la réunion de l’Assemblée plénière de l’Épiscopat devant faire le point sur la situation doctrinale, fit adopter en 1956 la décision de reprendre le thème de la critique de la Nouvelle Théologie dans un document papal. La commission préparatoire de l’Assemblée de l’Épiscopat avait demandé au Père Paul Philippe, dominicain, commissaire du Saint-Office, futur cardinal, un rapport. Paul Philippe en une soixantaine de pages liait au modernisme la Nouvelle Théologie, tout en expliquant que les déviations de cette dernière n’avaient pas le caractère rationaliste de l’hérésie dénoncée par l’encyclique Pascendi en 1907, mais se présentaient de manière plus « mystique » et se voulaient très optimistes. Le cardinal Ottaviani jugea le rapport Philippe apte à servir de base à la préparation du document pontifical envisagé pour 1957.
Les travaux préparatoires à l’encyclique (1956-1958)
Pie XII approuva formellement le projet à la Noël 1956. Immédiatement, dans les derniers jours de décembre, fut nommée une commission ad hoc au sein du Saint-Office (Saint-Office qui deviendra la Congrégation pour la Doctrine de la Foi après Vatican II). De cette congrégation romaine, chargée de la doctrine, la plus éminente alors de la Curie (on l’appelait la Suprema), le pape se réservait la présidence (elle n’avait pas de Préfet, mais était dirigée par un Secrétaire). La commission ne parvint pas à achever ses travaux pour 1957 et les poursuivait encore lorsque Pie XII mourut en octobre1958.
Elle se réunit une première fois au début de 1957. Ses membres étaient parmi les plus éminents du Saint-Office : les dominicains Paul Philippe, président, Gagnebet et Garrigou-Lagrange, tous trois proches du Maître général de l’Ordre, Michael Browne, et formant avec lui un quatuor dominicain extrêmement influent ; les jésuites qui avaient contribué à la rédaction d’Humani generis, les Pères Tromp et Bea, ce dernier, confesseur de Pie XII, et qui vira de bord après 1958 ; le grand mariologue Karlo Balić, capucin ; le carme français Philippe de la Trinité ; et Antonio Piolanti.
Le rapport de Mgr Joseph Lefebvre, envoyé au Saint-Office, devint, avec le rapport Philippe, une source disponible pour l’examen que l’on se proposait de faire des erreurs doctrinales du moment. Sa critique des « intégristes » était en revanche jugée tout à fait contre-productive.
Le 20 mars 1958, le P. Tromp présenta un premier projet, un schéma de 64 pages, qui commençait par les mots Instaurare omnia in Christo, la devise de saint Pie X. Le P. Philippe présenta lui aussi un autre projet. L’un comme l’autre seront publiés par la sœur Sabine Schratz, et Daniele Premoli.
En mai 1958, le Saint-Office eut à trancher : compte tenu de l’importance des matériaux réunis par la commission, convenait-il de publier un seul document ou plusieurs ? Le cardinal Ottaviani entendait réserver la question des relations entre l’Église et l’État à un document spécifique, qui était d’ailleurs en préparation depuis 1950 (le P. Gagnebet en était l’artisan principal) et qui visait de fait à rappeler la doctrine traditionnelle contre les idées anticipant la doctrine de la liberté religieuse du P. Courtney Murray, jésuite américain, et de Jacques Maritain, le philosophe français. Le document du Saint-Office a servi de base, durant la préparation de Vatican II, au chapitre 9 du schéma De Ecclesia préparé par la commission de théologie et repris pour l’occasion par le Père Gagnebet5. L’ensemble du schéma sera d’ailleurs évacué et remplacé par celui qui aboutira à la constitution Lumen Gentium. Quant au contenu de son chapitre 9, il sera invalidé par la déclaration Dignitatis humanæ. À propos de tous les matériaux réunis par la commission, Pie XII, informé pas à pas des travaux de préparation, fit savoir qu’il voulait publier un texte unique et non plusieurs encycliques.
La commission, réduite à Philippe, Piolanti, Bea, Tromp, Balić et Gagnebet, se réunit une troisième fois le 10 juin 1958 et formula des recommandations que le P. Tromp incorpora dans sa deuxième version du schéma préparatoire. Il commençait désormais par les mots : Cultum Regi Regum, Culte du Roi des rois. Cet ultime schéma fut communiqué aux autres membres de la commission le 27 septembre 1958. Mais Pie XII mourut douze jours plus tard, le 9 octobre. Les archives postérieures n’étant pas consultables, on ne sait si le projet d’encyclique fut présenté à Jean XXIII, ce qui est fort probable. En tout cas, il n’eut pas de suite.
Le contenu du schéma Cultum Regi Regum
En fait, le projet avait pris la forme d’une suite et d’un approfondissement d’Humani generis. Le texte abordait tous les domaines de la vie ecclésiale, morale et sociale, exposant, cinquante ans après Pascendi, « l’hérésie globale de la modernité »6, à savoir l’acceptation d’une rupture de la société d’avec Dieu. Il le faisait en six chapitres :
- La nature de la religion.
- Le culte liturgique et les dévotions privées
,(culte dont l’importance sociale expliquait le titre qu’aurait reçu l’encyclique). - La théologie morale.
- La profession de foi.
- La relation entre autorité et liberté dans l’Église.
- Les relations entre l’ordre religieux et l’ordre profane.
Le schéma d’encyclique rappelait que la religion est une vertu par laquelle l’homme, reconnaissant l’excellence divine, rend un culte à Dieu créateur et maître de l’ordre naturel tout entier qu’il transcende. Elle n’est pas une réalité d’ordre purement affectif et émotionnel, ni l’opium du peuple.
Le traitement de la question liturgique, au deuxième chapitre, reprenait des thèmes de l’encyclique Mediator Dei de 1947, et visait diverses erreurs, entre autres celle qui veut « que la célébration d’une seule messe, à laquelle assistent religieusement une centaine de prêtres, est la même chose que cent messes célébrées séparément par une centaine de prêtres7 ». Le schéma insistait aussi sur la gravité et le dommage social du non-respect de la sanctification du dimanche par le culte et le repos
Dans la partie morale, la doctrine traditionnelle sur la loi naturelle était rappelée et les questions les plus controversées examinées : dangers du matérialisme, tant communiste que capitaliste ; caractère souverain du jugement de l’Église dont l’autorité a été constituée par Dieu lui-même et qui lui permet d’éclairer des questions morales difficiles — qui lui permet de trancher dans les questions aujourd’hui controversées — comme celle de la primauté de la procréation dans la hiérarchie des fins du mariage, la virginité pour le Royaume de Dieu restant un état plus parfait que le mariage.
C’est dans le quatrième chapitre qu’était abordé le thème de l’œcuménisme, sous l’aspect de la collaboration avec des chrétiens d’autres confessions dans l’opposition au communisme athée. Était relevé le caractère problématique de la mise de côté de ce qui sépare le catholicisme de ces confessions, notamment de ce qui les a fondées en haine de l’Église. Plus globalement, la collaboration pour des buts louables entre catholiques et non-catholiques, si elle pouvait être acceptée en principe, soulevait d’importantes réserves :
« Si un médecin en bonne santé collabore avec un médecin atteint de lèpre pour combattre la lèpre, il honorera son collègue, mais plus la collaboration avec son partenaire sera intime, plus il devra être vigilant de peur d’être lui-même atteint par la maladie. »
Le cinquième chapitre du projet traitait de la relation entre les autorités et la liberté, c’est-à-dire entre le magistère et les théologiens : on ne peut atteindre le Royaume de Dieu que par « la voie de l’autorité et de l’obéissance » ; or celle-ci, notamment après la chute des totalitarismes en Allemagne et en Italie, était entrée en crise, non seulement dans les États, mais aussi à l’intérieur de l’Église catholique. Cultum Regi Regum réaffirmait avec force que le munus docendi, la charge d’enseigner dans l’Église, résidait uniquement dans la hiérarchie, constituée par le Pontife romain et l’épiscopat.
Le texte ajoutait :
« Loin de nous l’idée de nier que les théologiens aient une vocation particulière au sein du Corps mystique du Christ, à laquelle correspondent grâce et lumière du Saint-Esprit. Car c’est à eux que l’Épouse du Christ confie la formation du futur clergé ; ils sont appelés par le Magistère sacré lui-même à préparer les documents doctrinaux ; il leur appartient d’approfondir et de préciser les décisions données par le Magistère authentique ; il leur appartient surtout de manifester au monde la merveilleuse et divine harmonie par laquelle les vérités divinement révélées s’accordent entre elles et avec les diverses sciences humaines. Il est également du devoir des théologiens de déterminer, pour quelles raisons et dans quelle mesure, telles vérités sont contenues dans le dépôt de la foi, ou sont proposées par le Magistère comme étant à croire ou à professer ; et, par conséquent, en quel sens et dans quelle mesure il convient de qualifier les erreurs contraires. Si les théologiens agissent ainsi sous la vigilance des Pasteurs, ils ne s’arrogent aucunement la compétence du Magistère, mais contribuent grandement à préserver la pureté de la foi. »
Le dernier chapitre du document, sous le titre d’Ordo religiosus et ordo profanus était en fait une sorte d’anticipation du document préparé par le Saint Office depuis 1950, dont il a été parlé plus haut, qui traitait des relations entre les deux sociétés parfaites (possédant chacune tout ce qui est nécessaire à l’accomplissement de sa fin), sociétés distinctes mais unies, que sont l’Église et l’État8.
* * *
Pie XII voulait-il ainsi couronner son pontificat par une sorte de grand texte testamentaire, qui aurait repris des thèmes traités par lui dans ses diverses encycliques, et aurait tenté de faire barrage au déluge qu’il sentait venir après lui. Notre allusion au mot prêté à Louis XV, « après moi, le déluge », est intentionnelle. L’activité d’approfondissement et de défense doctrinale par une série de grandes encycliques (Mystici Corporis en 1943, sur le Corps mystique du Christ, Divino afflante, en 1943 également, sur les études bibliques, Mediator Dei en 1947, sur les principes de la liturgie, Humani generis en 1950, sur les erreurs de notre temps), par la définition à contre-courant de l’Assomption de la Sainte Vierge en corps et en âme, et aussi par la canonisation de Pie X en 1954, n’est pas sans évoquer, toutes choses égales, la tentative de consolidation, en tout cas sur un point, celui de la justice, de ce qui allait devenir l’Ancien Régime, à la fin du règne de Louis XV, et qui fut interrompue par la mort du monarque en 1774.
À défaut d’avoir continué le concile du Vatican réuni par Pie IX, c’est par la continuation de Pascendi de Pie X, qui eût été accompagnée d’un document du Saint-Office fermant la voie aux thèses qui deviendront la doctrine de la liberté religieuse, que Pie XII eût scellé son pontificat. Mais Dieu, dans les mystérieux arrangements de sa Providence, avait décidé de châtier son peuple.
Neuvaine à la Sainte Famille sur Hozana
À l’occasion de la fête de la Sainte Famille, célébrée le dimanche qui suit Noël, l’application de prière Hozana vous propose une neuvaine portée par Inès d’Oysonville : « La Sainte Famille comme école de vie ».
Du 28 décembre au 5 janvier, ce parcours invite à prendre la Sainte Famille comme modèle de vie chrétienne, à l’école de Jésus, Marie et Joseph, et à confier son quotidien à Dieu dans la simplicité de la vie ordinaire.
Cette neuvaine s’adresse à tous ceux qui souhaitent relire leur vie à la lumière de l’Évangile : parents, couples, célibataires, consacrés. Nous sommes tous enfants, frères ou sœurs, marqués par une histoire familiale. La Sainte Famille nous apprend à aimer, à faire confiance et à avancer humblement dans le quotidien.
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Le clip du pèlerinage de Chartres 2025
Revivez le Pèlerinage de Chartres 2025, placé sous le thème « Que votre règne arrive ».
Trois jours de marche, de prière et de fraternité, de Saint-Sulpice jusqu’aux flèches de Chartres : des milliers de pèlerins, jeunes et familles, unis dans un même élan de foi.
Ce clip officiel vous plonge au cœur de la route : la beauté des paysages, la ferveur des chants, l’effort partagé, la joie simple des rencontres, la liturgie traditionnelle… Tout ce qui fait de ce pèlerinage un moment unique de conversion et d’espérance.
Laissez-vous porter par la marche, la prière, les visages et la lumière.
Découvrez une chrétienté vivante, enracinée, joyeuse, missionnaire — une jeunesse qui avance pour que le Christ règne dans les cœurs.
Nativité de Notre-Seigneur – 25 décembre – Messe du Jour Ad tertiam Missam in die Nativitatis Domini
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
►Introït : Puer natus est
Le texte de l’Introït est extrait de l’une des grandes prophéties d’Isaïe annonçant le mystère de l’Incarnation, comme nous en avons entendu plusieurs au temps de l’Avent.
Puer natus est nobis, et filius datus est nobis : cujus imperium super humerum ejus : et vocabitur nomen ejus magni consilii Angelus.
Un enfant nous est né, un fils nous est donné ; la souveraineté est sur son épaule. On l’appellera du nom d’envoyé du Grand Conseil.
La souveraineté sur son épaule évoque l’instrument par lequel il régnera, c’est-à-dire la Croix. Quant au Grand Conseil dont il est l’envoyé, c’est le grand dessein de la Sainte Trinité de sauver tous les hommes. Le texte d’Isaïe continue d’ailleurs par d’autres qualificatifs que l’on retrouve à d’autres moments de la liturgie de Noël, notamment à l’Introït de la messe de l’aurore. Il contraste singulièrement avec la faiblesse et la modestie de ce tout petit enfant : » Conseiller admirable, Dieu fort, Prince de la Paix, Père du siècle à venir. «
La mélodie exprime à merveille la joie légère de Noël. Elle s’élance dès le début en un grand élan enthousiaste, puis elle s’apaise en une contemplation amoureuse, se nuançant d’un brin de mélancolie à l’évocation de la Croix, et elle s’achève par l’affirmation solennelle de la qualité de celui qui nous est envoyé. Cet Introït est accompagné du premier verset du psaume 97 que nous allons retrouver au Graduel et à la Communion :
Cantate Domino canticum novum quia mirabilia fecit
Chantez au Seigneur un cantique nouveau car il a fait des merveilles.
►Graduel : Viderunt omnes
Le texte du Graduel de la messe du jour de Noël est tiré du psaume 97 dont nous avons entendu le premier verset à l’Introït : c’est un cantique de louange à la gloire du Seigneur tout puissant qui y est présenté à la fois comme sauveur et comme juge. Les versets retenus ici sont ceux qui affirment l’universalité du salut qui s’étend à tous les peuples.
Viderunt omnes fines terræ salutare Dei nostri : jubilate Deo omnis terra.
Tous les confins de la terre ont vu le salut donné par notre Dieu. Poussez des cris de joie, terre entière ;
Notum fecit Dominus salutare suum : ante conspectum gentium revelavit justitiam suam.
Le Seigneur a fait connaître son salut, il a révélé sa justice devant tous les peuples.
C’est donc à tous les hommes sans exception que le petit enfant de la crèche vient apporter le salut. Cette perspective est chantée ici avec une mélodie très joyeuse, pleine de ferveur et d’enthousiasme. On y trouve de grandes vocalises comme c’est toujours le cas dans les Graduels, mais aussi des notes répétées avec insistance comme une sonnerie de trompette.
► Alléluia : Dies sanctificatus
Le texte du verset de l’Alléluia du jour de Noël n’est pas tiré de la Sainte Écriture. Il insiste surtout sur un des caractères de Noël, qui est d’être une fête de la lumière.
Le Christ qui vient de naître est la lumière du monde, et ce n’est pas pour rien que la fête de sa nativité a été fixée au moment du solstice d’hiver, quand les jours recommencent à augmenter.
Dies sanctificatus illuxit nobis ; venite gentes et adorate Dominum, quia hodie descendit lux magna super terram.
Un jour très saint a brillé pour nous ; venez, peuples, adorez le Seigneur, car aujourd’hui une grande lumière est descendue sur la terre.
La mélodie est une mélodie type que l’on entend assez souvent au cours de l’année et particulièrement au temps de Noël. Nous la retrouverons notamment à l’Épiphanie, où l’étoile et les mages reprendront ce même thème. Cette mélodie est par elle-même très lumineuse et pleine d’une ferveur joyeuse. On notera le beau crescendo progressif sur l’invitation pressante adressée à tous les peuples : venez adorer.
► Offertoire : Tui sunt cæli
Comme celui de la messe de minuit, cet Offertoire est assez différent des autres chants de cette messe, qui expriment une joie légère et enthousiaste. Il s’agit ici d’une longue contemplation intérieure et méditative des attributs divins du petit enfant qui vient de naître, et qui est le maître absolu et le roi incontesté de toute la création. Le texte est tiré du psaume 88, un des grands psaumes messianiques.
Tui sunt cæli, et tua est terra : orbem terrarum, et plenitudinem ejus tu fundasti : justitia et judicium præparatio sedis tuæ.
À Vous sont les cieux et à Vous est la terre ; le globe terrestre c’est Vous qui l’avez créé. La justice (c’est-à-dire la perfection divine) et l’équité sont les fondements de votre trône.
La mélodie calme et douce exprime parfaitement cette contemplation émerveillée.
► Communion : Viderunt omnes
Comme à la messe de minuit, la Communion de la messe du jour de Noël reprend le texte de la première phrase du Graduel, tiré du psaume 97 :
Viderunt omnes fines terræ salutare Dei nostri.
Tous les confins de la Terre ont vu le salut donné par notre Dieu.
On y trouve la même ferveur joyeuse et enthousiaste, mais ici dans les limites restreintes d’une petite antienne, où cependant la mélodie monte et redescend à deux reprises toute l’octave dans un grand élan de reconnaissance pour le grand bienfait dont le Seigneur vient de nous combler.
Nativité de Notre-Seigneur – 25 décembre – Messe de Minuit Ad primam Missam in nocte
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La fête de Noël possède une particularité unique dans toute l’année, qui est de comporter trois messes différentes, alors que les autres jours n’en ont qu’une. Elles étaient souvent autrefois dites les unes à la suite des autres : on se rappelle Les Trois Messes basses d’Alphonse Daudet ; mais elles sont normalement destinées à être célébrées à trois moments différents, avec lesquels elles sont en harmonie : la messe de Minuit emplie de mystères, celle de l’Aurore pleine de lumière et celle du Jour pleine de joie.
Ces messes présentent un contraste étonnant entre les chants du propre et les Évangiles qui y sont lus. À la Messe de Minuit, on lit à l’Évangile le récit de la Nativité dans l’étable de Bethléem et l’apparition des anges aux bergers, tandis que les chants du propre, pleins du mystère qui convient à la nuit, nous font méditer sur la génération éternelle du Verbe au sein de la Très Sainte Trinité. À la Messe du Jour au contraire, on lit à l’Évangile le prologue de saint Jean : » Au commencement était le Verbe… « , tandis que les chants du propre célèbrent joyeusement la naissance de l’Enfant-Dieu.
Hormis l’Offertoire, les chants du propre de la Messe de Minuit contiennent tous les mots genui te : je t’ai engendré, adressés par Dieu le Père à son Fils. On les trouve dans deux passages extraits de deux grands psaumes messianiques, le psaume 2 à l’Introït et à l’Alléluia, le psaume 109 au Graduel et à la Communion.
► Introït : Dominus dixit
Voici le verset du psaume 2 qui est chanté à l’Introït.
Dominus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te.
Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui je t’ai engendré.
Cet aujourd’hui, c’est le présent éternel du ciel. Ces paroles sont celles du Père, mais ici c’est le petit enfant de la crèche qui les prononce en disant » Le Seigneur m’a dit « . Aussi la mélodie est-elle simple et dépouillée, presque immatérielle ; seul le mot meus est souligné, exprimant la tendresse du Père pour son Fils. Cet Introït est un des plus courts du répertoire. Il est accompagné bien entendu par le premier verset du psaume 2
Quare fremuerunt gentes et populi meditati sunt inania ?
Pourquoi les nations se sont-elles agitées et les peuples ont-ils comploté en vain ?
Il montre les vains efforts des païens pour s’opposer à la venue et au règne du Messie.
► Graduel : Tecum principium
Après le texte messianique tiré du psaume 2 qui figurait à l’Introït, nous allons trouver dans le Graduel l’autre texte messianique, tiré du psaume 109.
Tecum principium in die virtutis tuæ : in splendoribus sanctorum ex utero ante luciferum genui te.
On retrouve donc les mots genui te qui reviennent quatre fois dans cette messe. Mais ce texte est difficile à traduire car il est plein de symbolisme, s’appliquant à la fois au sacre du roi d’Israël, devenu par l’onction fils de Dieu, c’est à dire son représentant sur terre, et à la génération éternelle du Messie dont le roi n’était que la figure. On peut traduire à peu près ainsi :
À toi la primauté au jour de ta puissance. Dans les splendeurs sacrées, de mon sein, avant l’aurore, je t’ai engendré.
La deuxième partie de ce Graduel reprend le début du psaume 109, bien connu des fidèles qui assistent aux vêpres du dimanche.
Dixit Dominus Domino meo : sede a dextris meis, donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum.
Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite, tandis que j’abaisse tes ennemis comme un marchepied.
» Le Seigneur a dit à mon Seigneur « , c’est Dieu le Père qui s’adresse au roi d’Israël, figure du Messie ; c’est celui-ci, deuxième personne de la sainte Trinité, qui est assis à la droite de Dieu, comme nous le chantons dans le Credo.
On voit que nous sommes ici dans un monde de grandeur, de mystère et d’éternité. Ce Graduel a des dimensions imposantes ; si l’Introït de cette messe est un des plus courts du répertoire, le Graduel est au contraire un des plus longs. La mélodie est dans l’ensemble une mélodie type avec des formules que l’on retrouve souvent en d’autres Graduels, mais elle est plus développée, avec une grande introduction qui lui donne un caractère très solennel.
► Alléluia : Dominus dixit
Nous allons trouver dans l’Alléluia de la messe de minuit le même texte que nous avons entendu à l’Introït :
Dominus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te.
Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré.
Toujours les mots genui te qui reviennent pour la troisième fois dans cette messe. La mélodie est une mélodie type comme celle du Graduel, mais ici sans aucune adjonction, et telle que nous l’avons déjà souvent entendue. Il faut dire pourtant que ses vocalises souples et légères expriment si bien la joie de Noël qu’on les croirait faites pour cela.
► Offertoire : Lætentur cæli
Comme c’est souvent le cas, le chant de l’Offertoire de la messe de minuit est un peu à part, et son texte ne contient pas les mots genui te. Il est tiré du psaume 95, cantique de louange au Seigneur, roi et juge universel :
Lætentur Cæli et exsultet terra ante faciem Domini ; quoniam venit
Que les cieux se réjouissent et que la terre exsulte devant la face du Seigneur, car Il vient.
Le psaume ajoute : car il vient pour juger la terre. Il s’agit donc du retour glorieux du Seigneur à la fin des temps, le dernier avènement. Mais la liturgie en arrêtant le texte à quoniam venit, sans préciser, permet de l’appliquer au premier avènement dans la nuit de Noël et à son avènement dans nos âmes en cette fête de Noël si nous sommes prêts à le recevoir. C’est de cette venue quelle qu’elle soit que les cieux et la terre se réjouissent, joie très intérieure exprimée par une mélodie douce et contemplative aux ondulations calmes et souples.
► Communion : In splendoribus
Le texte de l’antienne de Communion de la messe de minuit est en partie celui du Graduel, le deuxième grand texte messianique tiré du psaume 109.
In splendoribus sanctorum ex utero ante luciferum genui te.
Dans les splendeurs sacrées, de mon sein, avant l’aurore, je t’ai engendré.
On rencontrons bien entendu pour la quatrième fois les mots genui te, la génération éternelle du Verbe au sein de la Très sainte Trinité. La mélodie est très simple ; les musiciens remarqueront qu’elle est pentatonique c’est à dire qu’il n’y a pas de demi-ton. Elle a une certaine parenté avec celle de l’Introït, mais elle n’en a pas la légèreté céleste. Elle est plus appuyée et plus solennelle. Ici ce n’est plus le petit enfant qui parle, c’est Dieu le Père qui s’adresse à lui directement.
Le site nord-américain Musica Sacra nous offre des partitions du psaume qui peut être interprété en alternance avec cette antienne de communion. C’est aisément déchiffrable pour tout choriste et nous encourageons vivement les chefs de scholas à les imprimer et à les travailler lors des répétitions. La psalmodie est le meilleur moyen d’apprendre à déclamer la phrase latine, à respecter les accents toniques, à prononcer cette langue liturgique sans hésiter…
L’origine des trois messes de Noël par le père Edward McNamara, L.C.
Comme pour de nombreuses pratiques liturgiques, l’origine des trois messes de Noël (à minuit, à l’aube et le jour) n’est pas du tout sûre, explique le père Edward McNamara, L.C., professeur de théologie et directeur spirituel.
La fête liturgique de Noël tombe le 25 décembre de chaque année. Cette fête est née à Rome, autour de l’an 330, peut-être précisément cette année-là. Elle fut très probablement célébrée pour la première fois dans la basilique Saint-Pierre, dont la construction était à peine terminée.
La célébration de Noël s’est ensuite diffusée à partir de Rome, lentement, dans les provinces orientales de l’Empire romain et, petit à petit, elle a été insérée dans le calendrier liturgique des Églises principales. Certaines de ces Églises célébraient la naissance du Christ le 6 janvier – l’Épiphanie – et ont continué à donner davantage d’importance à cette date, même après avoir accepté la date du 25 décembre.
Pendant toute cette période, l’Église à Jérusalem avait continué de développer certains usages particuliers.
Égérie, une femme qui a fait un long pèlerinage en Terre Sainte de 381 à 384, a décrit dans son Itinerarium comment les chrétiens de Jérusalem commémoraient le mystère de Noël le 6 janvier avec une veillée à minuit à Bethléem, suivie d’une procession aux flambeaux vers Jérusalem, qui finissait à l’aube dans l’église de la Résurrection (Anastasis, en grec).
Cinquante ans plus tard, à Rome, le pape Sixte III (432-440) décida d’honorer la proclamation de la maternité divine au Concile d’Éphèse (431), avec la construction de la grande basilique de Sainte Marie Majeure sur la colline de l’Esquilin.
Sixte III fit construire, en outre, une chapelle qui reproduit la grotte de Bethléem (les reliques de la crèche, jusqu’alors conservées dans la basilique de Sainte Marie Majeure, ne furent placées dans la chapelle qu’au VIIe siècle). Probablement inspiré par la coutume de la veillée de minuit célébrée à Bethléem, le pape Sixte III lui-même instaura la tradition d’une messe de minuit célébrée dans la chapelle de la « grotte de la Nativité ».
A Rome existait déjà la coutume de commémorer les fêtes importantes par deux services liturgiques distincts, l’un célébré dans la nuit, l’autre vers l’aube. Il est facile d’imaginer comment cette simple fête, initiée par le pape Sixte III dans la basilique Sainte Marie Majeure, a gagné en importance et s’est développée. La première étape de ce développement consista dans le fait que la plus ancienne liturgie de Noël, celle qui était chantée à Saint Pierre, fut aussi célébrée à Sainte Marie Majeure.
Un développement ultérieur a eu lieu autour de l’année 550. Le pape et certains membres de la curie célébraient une seconde messe un peu avant l’aube dans l’Eglise Sainte Anastasie, située sur un versant du Palatin.
A l’origine, cette dernière célébration se tenait en l’honneur de la mémoire de sainte Anastasie qui tombe le 25 décembre, et elle n’avait donc rien à voir avec Noël. Mais plus tard, cette célébration fut transformée en une seconde messe de Noël, s’inspirant probablement de la coutume de la messe célébrée à l’aube dans l’église de la Résurrection à Jérusalem, et à cause de l’association faite entre le nom d’Anastasia et anastasis (résurrection).
Après cette messe, de caractère quasiment privé, le pape se rendait directement à Saint-Pierre, où une grande foule de fidèles attendaient la liturgie solennelle à l’aube de Noël. Cette coutume continua au moins jusqu’à l’époque du pape Grégoire VII (mort en 1085).
Au début, le privilège des trois célébrations de Noël était réservé aux papes. Le premier témoignage que nous ayons d’un prêtre ordinaire qui célèbre les trois messes provient de la fameuse abbaye de Cluny, en France, avant l’an 1156.
Tous les prêtres peuvent désormais user de ce privilège et célébrer trois messes à Noël, à condition qu’ils respectent précisément les horaires. La première messe est célébrée en correspondance ou à proximité de minuit (la messe de la veille, le soir du 24 décembre, n’est pas considérée comme la première des trois messes), la seconde à l’aube et la troisième à un moment dans la journée du 25 décembre.
Les Libanais du monde entier fêtent saint Charbel !
De notre Envoyé spécial Antoine Bordier, auteur de la quadrilogie Arthur, le petit prince
Oui, du monastère de Villiers-sur-Marne en France à celui d’Annaya au Liban, et en passant par le monde entier, ce 24 décembre, les Libanais et les Maronites du monde entier célèbrent saint Charbel…
Déjà 20 jours que le pape Léon XIV est reparti de Beyrouth. Il a laissé derrière-lui ce message : « Chers chrétiens du Levant, je vous invite à regarder vers le ciel pour voir le Seigneur qui arrive. Soyez des artisans de la paix, des héraults de la paix, des témoins de la paix. » Au début de son premier voyage pontifical au Liban, il avait tenu à pérégriner vers le saint patron du Liban : Mar Charbel Makhlouf. Plus tôt, le 20 septembre dernier, en France, à Villiers-sur-Marne, le cardinal-patriarche des Maronites Béchara Boutros Rahi en présence du supérieur, le père Georges Ghattas, et de nombreuses personnalités, ouvrait les portes du premier monastère maronite de France qui porte le joli prénom du saint. Ce 24 décembre les Maronites du monde entier honorent celui que l’on surnomme : l’ermite de la lumière et des miracles. Eclairage sur un être hors-du-commun qui a à son actif près de 30 000 miracles répertoriés !
L’homme en blanc, le pape, quittait la terre du pays des Cèdres le 2 décembre. Son avion décollait de Beyrouth à 13h49, en direction de Rome. Tout au long de ces trois jours et deux nuits, l’artisan de l’Eglise a semé ce bien si précieux au Liban souvent représenté par la blanche colombe, le blanc drapeau et le vert rameau d’olivier : le bien de la PAIX !
Au début de son voyage au Liban, un jour après son atterrissage, il rendait hommage au saint du Liban, dans les montagnes d’Annaya, à 1h13 de Beyrouth, plein nord-est, à 20 mn de Byblos, Jbeil, la Belle. Dans ce monastère Saint-Maron situé à 1099 m d’altitude, la saison hivernale s’inaugurait sous une pluie fine. Pas de neige, mais l’homme en blanc était bien là, entouré du président Joseph Aoun et de son épouse, qui l’avaient précédé. Pour se rendre au plus près du saint, marcher dans ses pas, il faut pérégriner sous des arcades en pierre, emprunter des couloirs, descendre des escaliers qui donnent sur une cour intérieure où trône un bassin. On dirait une cour des miracles. Puis, il faut pousser la lourde porte de la chapelle-crypte. Il est là dans la pénombre, éclairé par quelques bougies. Il est là le tombeau du saint au plus de 29 000 miracles. Certains évoquent 126 000, le chiffre officiel se situant à 29 671.
Inauguration du premier monastère maronite de France
Quelques semaines plus tôt, le 20 septembre, ils sont tous là ou presque. François Fillon, ancien Premier ministre, grand défenseur des Chrétiens d’Orient, qui – on ne le répétera pas assez – sont toujours persécutés et dont leur nombre ne cesse de baisser. A ses côtés, Jacques-Alain Bénisti, le maire de Villiers-sur-Marne, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, et le vice-président de la région, Patrick Karam. Vient d’arriver sous la grande tente dressée à l’entrée du parc, l’ambassadeur du Liban en France, Rabih El Chaer, avec sa famille.
Puis, c’est l’attroupement devant les grilles de cette maison bourgeoise, qui est devenue avec son grand parc, le premier monastère maronite en France. Le cardinal patriarche Béchara Boutros Rahi vient d’arriver, accueilli par le père-supérieur Georges Ghattas. Les drapeaux de la France, du Liban et du Vatican volent au-dessus de la grille ; en entrant sur la gauche le pèlerin du jour est salué par saint Charbel lui-même.
« Saint Charbel nous a guidé ici, raconte le supérieur, pour édifier un monastère en son nom. L’ouverture est historique, comme la présence du patriarche. Auparavant, je me trouvais au monastère Saint-Maron, à Annaya. Le message que nous apportons à la France est plus qu’un message, c’est une mission monastique. Saint Charbel est très connu dans le monde entier – vous imaginez, un ermite qui vivait dans la prière et le silence, hors du monde, c’est impensable – grâce à ses miracles. La mission essentielle est d’insister sur la prière, le silence et la pureté du cœur. Aujourd’hui, dans le monde entier, nous avons besoin de ce cœur miséricordieux, de ce cœur de paix… »

Saint Charbel : le jeune moine
Difficile de résumer un tel ermite, un tel saint, une telle vie. Quelques-uns s’y sont essayés avec brio, surtout sur ses miracles, car le saint est un silencieux, par vocation. Il faut lire l’excellent livre du père Elias Al Jamhoury, du même ordre, l’Ordre libanais maronite, l’OLM. C’est un livre XXL très augmenté des derniers miracles. C’est le livre du 50e anniversaire de sa béatification. La couverture de ce livre-documentaire est noire. En première page le visage du saint y apparaît sombre et lumineux à la fois, les yeux fermés, l’âme, le cœur et le corps en prière. Sa barbe monastique est marquée par une trace noire en son milieu, comme un signe de bénédiction, comme la fumée d’un cierge ou d’un encens qui monte vers le Père.
C’est le 8 mai 1828 que naît Youssef Antoun Makhlouf, dans une famille de montagnards et de paysans, à Beqa’Kafra (ou Bekaa Kafra), un petit village très pittoresque qui se situe entre 1600 et 2000 mètres d’altitude, plein nord-est. Les hivers y sont plus que rigoureux, avec des températures qui descendent en dessous de zéro.
Sa fratrie est composée de 5 enfants qui deviennent vite orphelins. Youssef n’a que 3 ans lorsqu’il perd son père. A l’âge de 7 ans, il devient berger et partage son temps entre son petit troupeau et les premières leçons d’école. Mais, il passe la plupart de son temps dans la prière et dans le service de l’autel, à l’église.
A 23 ans, celui que l’on n’appelle pas encore « la gloire du Liban », Youssef part dans le silence, sans prévenir sa famille et sans rien dire à personne, au monastère de Notre-Dame de Maïfouk qu’il connaît bien. Huit jours après son entrée, il y reçoit l’habit monastique, qui ressemble à celui des moines bénédictins, de couleur noire, mais sans le scapulaire et en tissu plus léger, avec son petit couvre-chef, le skouphos. Il choisit le prénom de Charbel, un martyr de la première église des chrétiens d’Antioche, au premier siècle. Quelques jours plus tard, sa famille l’ayant retrouvé lui rend visite. Il refuse catégoriquement de les voir. Et, il fait dire à sa mère : « Nous nous reverrons au Ciel ! ».

De la nuit à la Lumière, et aux miracles
Comme les pères du désert, comme les premiers moines, comme saint Antoine le Grand, le jeune Charbel s’enfonce dans la nuit de Dieu et se consume à petites braises : celle du don de soi le plus total, celle de l’humilité, et celle de la prière.
Ordonné prêtre en 1859, il n’est plus de ce monde et veut vivre encore plus de radicalité. L’une de ses rares paroles, selon le père Hanna Skandar, moine également qui les a recensées : « Tout l’univers se meut autour du mystère de la croix. L’homme croit que l’univers tourne autour de sa personne, or la croix est le centre de l’univers ; donc, celui qui veut être au centre de l’univers doit être avec le crucifié sur la croix. Celui qui ne vit pas le mystère de la croix ne peut pas comprendre le mystère de l’univers. » C’est certain, il y a du saint Jean de la Croix dans ce moine qui poursuit sa vocation au monastère d’Annaya, après son ordination. Il va vivre 16 ans avec ses frères moines et 23 ans seul dans son ermitage. Il en rêve depuis le début !
Il faut la voir sa cellule pour bien comprendre comment a vécu le saint. Elle mesure moins de 9m2. Au sol, une simple paillasse. A côté, une petite chapelle où il célèbre la Messe. Il s’y rend jour et nuit, adore, chante du bout des lèvres, prie les psaumes, s’agenouille, et se prosterne. Sa vie mystique ne fait que se développer. Il est comme un poisson dans l’eau foisonnante du baptême, où il intercède sans cesse.
Il est seul, par vocation. Mais il accepte de recevoir les fidèles qui frappent à sa porte. Là, il bénit, confesse, et soigne les plaies de l’âme. Et, les premiers miracles de son vivant se multiplient. Le père-supérieur du nouveau monastère en France se souvient : « Oui, des malades ont été guéris après avoir reçu sa bénédiction ou après avoir prié à ses côtés. Son intercession est sollicitée par des personnes de tout le Liban, et même au-delà, et il devient un symbole d’espoir et de guérison. » D’autres racontent voir, déjà, des petites lumières, telles des petites fées, danser autour de son ermitage.
Une vie de Dieu, une vie de Feu
Là, dans sa pauvre cellule en pierre, l’ermite se lève durant la nuit. Sur sa paillasse, il se met d’un geste à genoux, et fait lentement son signe de croix. C’est sa prière. Comme le pèlerin russe, il prononce sans doute ces paroles : « Prends pitié de moi Seigneur. » Puis, il se dirige vers la chapelle où demeure le Roi des rois dans son tabernacle. Mais, lui, n’est-il pas devenu un tabernacle, n’est-il pas la demeure du Seigneur ? Quoiqu’il en soit, pendant 5 à 7 heures, le mystique vit un cœur à cœur des plus mystérieux, qui ressemblerait à celui du Fils gravissant la Montagne sainte et priant son Père toute une nuit, sous la voûte étoilée qui exulte de contempler un si bel Amour. Puis, en fin de matinée, il reçoit ces pèlerins et déverse très sobrement son Feu d’Amour…
Lors d’une Messe – il en aura célébré plus de 14 000 – un froid glacial le prend, celui de l’hiver 1898. Nous sommes le 16 décembre. Pour la première fois, l’ermite qui était une force de la nature s’alite. « Son agonie dura 8 jours, continue de raconter le père Georges. Une agonie de feu, de paix et de sainteté. » Ses frères moines se relaient auprès de lui, comme les témoins d’une Noce. L’Epoux appelle son bien-aimé, l’ermite-serviteur. Ce-dernier vivra ses 8 jours derniers en prononçant cette dernière prière, telle une litanie incandescente : « Ô Père de vérité, voici Votre fils, victime pour Vous plaire… »

Un premier bienheureux, un saint, une victime d’Amour
Très vite, après sa mort, dans la nuit de Noël 1898, des phénomènes extra-ordinaires apparaissent. Les moines voient des lumières sortir du tabernacle et éclairer le visage du saint ermite dont le corps est exposé. Puis, ce sera autour de son cercueil, et de son tombeau. Des lumières jaillissent et les miracles se multiplient.
A tel point, que tout le Liban se met en marche vers son sanctuaire. Même les musulmans viennent y prier.
Mieux, le Vatican se met, également, en pèlerinage et enquête sur ce pauvre ermite, dont la mort n’a pas corrompu le corps. Une huile et du sang suintent de ses pores et se déversent tout autour de lui. Un parfum surnaturel embaume le visiteur tardif.
Le 5 décembre 1965, Paul VI le béatifie en plein Vatican II, et plus exactement lors de la clôture du concile. Cette béatification est historique pour l’Église maronite, car c’est bien la première fois qu’un moine maronite est officiellement reconnu comme bienheureux par le Vatican. Puis, 12 ans plus tard, le 9 octobre 1977, Charbel est canonisé par ce même pape.
Dans son discours de canonisation, Paul VI conclut ainsi : « Bénissons le Seigneur de nous avoir donné saint Charbel Makhlouf, pour raviver les forces de son Eglise, par son exemple et sa prière. Puisse le nouveau saint continuer à exercer son influence prodigieuse, non seulement au Liban, mais en Orient et dans l’Eglise entière ! Qu’il intercède pour nous, pauvres pécheurs, qui, trop souvent, n’osons pas risquer l’expérience des béatitudes qui conduisent pourtant à la joie parfaite ! Qu’il intercède pour ses frères de l’ordre libanais maronite, et pour toute I’Eglise maronite, dont chacun connaît les mérites et les épreuves ! Qu’il intercède pour le cher pays du Liban, qu’il l’aide à surmonter les difficultés de l’heure, à panser les plaies encore vives, à marcher dans l’espérance ! Qu’il le soutienne et l’oriente sur la bonne et juste voie, comme nous le chanterons tout à l’heure ! Que sa lumière brille au-dessus d’Annaya, ralliant les hommes dans la concorde et les attirant vers Dieu, qu’il contemple désormais dans la félicité éternelle ! Amen ! »

Et aujourd’hui ?
Aujourd’hui, Saint Charbel est l’un des saints les plus vénérés du Moyen-Orient. Son sanctuaire à Annaya attire des dizaines de milliers de pèlerins chaque année, venus du monde entier. Ses miracles y sont incessants. C’est ce qu’a bien compris le pape Léon XIV lors de sa visitation, le 1er décembre. A genoux devant sa tombe qui a été fleurie de fleurs blanches, le pape prie, tel un pèlerin. Le silence est total ; il rappelle celui du saint. Il se remplit du chant des anges. Puis, il se relève, s’assoit et écoute attentivement le mot d’accueil du nouveau supérieur général de tout l’ordre des Maronites, le père abbé Hady Mahfouz.
« Très Saint Père, Grâce, sur grâce, nous ne cessons de recevoir de la plénitude de notre Seigneur Jésus-Christ… D’abord, la grâce de saint Charbel, le saint du Liban, dont l’intercession continue d’illuminer les âmes et de répandre sur le monde les merveilles du Ciel. Et voici une nouvelle grâce : celle de Votre présence, Très Saint Père. »
Puis, c’est au tour du pape de délivrer son message. Il commence par évoquer le saint qui a vécu « caché, silencieux, et dont la renommée s’est répandue dans le monde. » Il continue sous la forme d’une exhortation douce et humble :
« Le Saint-Esprit l’a façonné, afin qu’il enseigne la prière à ceux qui vivent sans Dieu, qu’il enseigne le silence à ceux qui vivent dans le bruit, qu’il enseigne la modestie à ceux qui vivent dans le paraître, et qu’il enseigne la pauvreté à ceux qui recherchent les richesses. »

Un miracle pour finir…
Impossible de conclure sans évoquer au moins l’un de ses 29 671 miracles qui lui sont attribués. Il y a bien celui de sœur Marie-Abèl, mais c’est un livre qu’il faudrait écrire. Il y a, aussi, celui d’Iskandar Obéid, mais là encore, impossible de le résumer.
Le plus connu est celui de Nouhad Chami. Mère de douze enfants, à 55 ans, elle est atteinte d’une hémiplégie et se retrouve alitée, incapable de se nourrir seule. Hospitalisée, les médecins sont sceptiques quant à une potentielle amélioration de son état. L’un de ses garçons décide d’aller prier auprès du tombeau de saint Charbel. Il rapporte à sa mère un coton imbibé d’huile et un peu de terre prise au tombeau du saint.
La nuit du 21 au 22 janvier 1993, elle voit dans un songe un faisceau de lumière dans lequel elle reconnaît saint Charbel, accompagné d’un autre moine qu’elle reconnaîtra comme étant saint Maron. Revigorée, Nohad se tourne vers sa statue de la Vierge Marie et prie : « Ô Sainte Vierge, intercédez pour moi ! ». C’est alors qu’elle raconte avoir vu la Vierge apparaître à son tour entre les deux moines. Dès le lendemain, Nohad est complètement guérie. Sa guérison est telle, qu’elle se rend suite à sa guérison miraculeuse, avec sa famille, sur la tombe de saint Charbel à Annaya pour lui rendre grâce. Elle a par la suite témoigné que saint Charbel lui aurait dit : « Je t’ai guérie par la puissance de Dieu pour qu’ils te voient ! Parce que certains se sont éloignés de la prière, de l’Église et du respect des saints. Celui qui veut de moi quelque chose, moi, le père Charbel, je suis toujours présent à l’ermitage. Je te demande de visiter l’ermitage le 22 de chaque mois et de participer à la messe durant toute ta vie ».
A noter que les Libanais vivant au Liban sont de plus ou moins 3 millions d’habitants. Et, que ceux qui appartiennent à la diaspora et vivent répartis sur les 5 continents seraient au nombre de 14 millions (dont 200 000 qui séjournent sur le territoire français, selon les chiffres du Quai d’Orsay, datant de 2022).
Reportage réalisé par Antoine BORDIER
Copyright des photos A. Bordier
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Si le corps n’a rien à dire dans la définition de l’identité humaine, le transgendérisme fait de l’homme un pur esprit
Pauline Tessier, professeur de philosophie et d’anthropologie dans un établissement sous contrat, publie Les pourris-gâtés, c’est à l’anthropologie chrétienne qu’ils en veulent, pour dénoncer ces politiques, activistes constitués en association, profs, juristes, journalistes, fonctionnaires, médecins… ouvertement hostiles au christianisme, culturel ou cultuel.
Elle propose donc un manuel d’auto-défense anthropologique pour tous ceux qui veulent se réapproprier ce que l’on tente de leur confisquer, pour tous ceux qui pressentent que la civilisation occidentale est un patrimoine vivant et vivifiant et qui ne demandent qu’une seule chose : le connaître, l’incarner et le transmettre. Ce livre sur l’anthropologie chrétienne, s’appuie sur et reprend les grandes encycliques des papes Pie XII et Léon XIII. Sauf que l’auteur transforme les idées complexes en messages simples et percutants pour qu’elles soient comprises et partagées par le plus grand nombre, pour qu’il soit capable de saisir, d’analyser et d’interpréter les enjeux anthropologiques de notre époque avec lucidité.
Exemple avec l’idéologie du genre :
Quand catharisme, jansénisme et même transgendérisme font de l’homme un pur esprit (car soutenir que le corps n’a rien à dire dans la définition de l’identité humaine, c’est se définir comme un pur esprit), le Christianisme affirme la dignité et la beauté du corps humain.
Quand le transhumanisme pose “l’homme machine” pour mieux en venir à “homme, pièces détachées consommables”, le Christianisme redit encore que l’homme est un esprit incarné et condamne cette grave dérive anthropologique de la culture et de la science. Ce qui est infligé au corps l’est aussi à la psyché.
Ou encore sur le fameux sens de l’Histoire :
Il ne se passe pas une journée sans qu’un Pourri-Gâté ne vous fasse part de sa remarque so 2025 “Mais ne redoutez-vous pas de passer à côté du sens de l’Histoire ?” “Ne craignez-vous pas de manquer le rendez-vous de l’Histoire ?” C’est qu’au garde-penser de ses formules prêtes à l’emploi, il s’est quand même préparé quelques amuse-gueules un peu “sympatoches”, de mauvaise facture certes, mais qui font néanmoins leur petit effet dans un débat. Et qui ont l’avantage, ce n’est pas négligeable, de rassasier son adversaire à peu de frais. Du moins en apparence. Parce que “le sens de l’Histoire” est à l’intelligence ce que le burrito est à votre estomac : un mensonge. Il donne une impression de satiété pour mieux vous indisposer par la suite. Pour ne citer que ce qui est proche de nous, le “sens de l’Histoire” pontait en 33 du côté nazi et en 41 il avait des petits relents de goulag depuis quelques temps déjà…
Interdits, ruinés et sans abri : le coût humain du système de crédit social chinois
Des dizaines de milliers de jeunes se retrouvent sans abri en Chine, car ils sont fichés par le système de crédit social. Une fois inscrit sur liste noire, vous êtes immédiatement privé d’accès aux services bancaires et aux paiements numériques. Cela empêche de trouver un emploi et ils se retrouvent sans abri :
Meanwhile tens of thousands young people are becoming homeless in China 😭. Because they are blacklisted by social credit system.
Once you are blacklisted, you are immediately cut off from banking service and digital payments.
——This makes it hard for you to find a job to… https://t.co/F8oylwO9oU pic.twitter.com/lF8KLXcy9X— Songpinganq (@songpinganq) November 27, 2025
Tout a commencé par des murmures : quelques personnes sous les ponts, quelques familles disparues du jour au lendemain. Mais bientôt, le phénomène est devenu impossible à ignorer. Partout en Chine, des dizaines de milliers de personnes se sont volatilisées dans le silence numérique — non pas des criminels, mais des victimes d’un algorithme. Derrière la promesse de « confiance », un système occulte décide désormais qui peut vivre librement… et qui disparaît de la société.
Banned, Broke, and Homeless: The Human Cost of China’s Social Credit System
It began as whispers — a few people under bridges, a few families gone overnight. But soon, it became impossible to ignore. Across China, tens of thousands vanished into digital silence — not criminals,… https://t.co/GrBDqknJXJ pic.twitter.com/XcjZQynCjQ
— Songpinganq (@songpinganq) November 27, 2025
Une fois inscrit sur liste noire, votre portefeuille numérique WeChat vous interdit immédiatement d’utiliser votre propre monnaie numérique pour payer votre loyer et acheter de la nourriture.
China is in a big trouble: Tens of thousands of young people are becoming homeless and sleeping in the streets 😭. Because they are Blacklisted by Social Credit System.
Once you are blacklisted, your digital wallet WeChat immediately bans you from spending your own digital… https://t.co/WrCVKF0Fpr pic.twitter.com/RjnSeKGhpT
— Songpinganq (@songpinganq) December 18, 2025
En même temps, plus de 30 millions de paysans chinois vivent encore dans des huttes de boue, sans eau courante, sans toilettes, sans chauffage. Ils sont trop pauvres pour scolariser leurs enfants. Ces derniers n’ont rien d’autre à faire que jouer dans la terre.
Meanwhile over 30 million Chinese peasants are still living in mud huts, without running water, indoor toilets, indoor heating.
They are too poor to send their kids to schools. The kids have nothing to do but play dirt..Without education, poverty becomes multi-generational… https://t.co/3g5ce4XxcS pic.twitter.com/wPgQ2996UV
— Songpinganq (@songpinganq) December 18, 2025
La tentation entre deux extrêmes : tout uniformiser ou exacerber les diversités
Extrait du discours du pape à la Curie romaine :
[…] Parfois, derrière une tranquillité apparente, s’agitent les fantômes de la division. Ceux-ci nous font tomber dans la tentation d’osciller entre deux extrêmes opposés : tout uniformiser sans valoriser les différences ou, au contraire, exacerber les diversités et les points de vue, plutôt que de rechercher la communion. Ainsi, dans les relations interpersonnelles, dans les dynamiques internes aux services et aux fonctions, ou en traitant des questions concernant la foi, la liturgie, la morale ou bien d’autres choses encore, nous risquons d’être victimes de la rigidité ou de l’idéologie, avec les oppositions qui en découlent.
Nous sommes cependant l’Église du Christ, nous sommes ses membres, son corps. Nous sommes frères et sœurs en Lui. Et dans le Christ, bien que nous soyons nombreux et différents, nous sommes une seule chose : « In Illo uno unum ».
Nous sommes appelés, aussi et surtout ici à la Curie, à être des bâtisseurs de la communion du Christ, qui demande à prendre forme dans une Église synodale, où tous collaborent et coopèrent à la même mission, chacun selon son charisme et le rôle qui lui a été confié. Mais cela se construit, plus qu’avec les mots et les documents, par des gestes et des attitudes concrètes qui doivent se manifester dans notre quotidien, y compris dans le domaine professionnel. J’aime rappeler ce qu’écrivait saint Augustin dans sa Lettre à Proba : « Parmi toutes les choses humaines, quelles qu’elles soient, rien n’est doux pour l’homme sans un ami ». Mais il se demandait avec une pointe d’amertume : « Mais combien en trouve-t-on de si fidèles que l’on puisse s’y fier avec sécurité concernant l’esprit et la conduite de la vie ? » (Lettre à Proba, 130, 2.4).
Cette amertume s’installe parfois aussi parmi nous lorsque, après avoir passé de nombreuses années au service de la Curie, nous constatons avec déception que certaines dynamiques liées à l’exercice du pouvoir, à la soif de domination, à la défense de ses propres intérêts, ont du mal à changer. Et l’on se demande: est-il possible d’être amis au sein de la Curie romaine ? Avoir des relations de fraternité amicale ? Dans la fatigue quotidienne, il est beau de trouver des amis en qui nous pouvons avoir confiance, lorsque les masques et les subterfuges tombent, lorsque les personnes ne sont pas utilisées ni ignorées, lorsque l’on s’entraide, lorsque l’on reconnaît à chacun sa valeur et ses compétences, et que l’on évite de générer des insatisfactions et des rancœurs. Il y a une conversion personnelle que nous devons désirer et poursuivre, afin que l’amour du Christ qui nous rend frères puisse transparaître dans nos relations.
Cela devient aussi un signe ad extra, dans un monde blessé par les discordes, les violences, les conflits, où l’on assiste à une montée de l’agressivité et de la colère, souvent instrumentalisées par le monde numérique et la politique. La Nativité du Seigneur apporte avec elle le don de la paix et nous invite à en devenir le signe prophétique dans un contexte humain et culturel trop fragmenté. Le travail de la Curie et de l’Église en général doit également être envisagé dans cette perspective plus large : nous ne sommes pas de petits jardiniers occupés à cultiver leur jardin, mais des disciples et des témoins du Royaume de Dieu, appelés à être dans le Christ un levain de fraternité universelle, entre peuples différents, religions différentes, entre femmes et hommes de toutes langues et cultures. Et cela se produit si nous vivons nous-mêmes en frères et si nous faisons briller dans le monde la lumière de la communion. […]
Le manque de vocations sacerdotales exige une vérification de la fécondité des pratiques pastorales
Aujourd’hui a été publiée la Lettre apostolique Une fidélité qui génère l’avenir de Sa Sainteté le Pape Léon XIV à l’occasion du 60e anniversaire des décrets conciliaires Optatam Totius et Presbyterorum Ordinis. Extraits :
[…] Dans de nombreux contextes, notamment occidentaux, de nouveaux défis se posent dans la vie des prêtres, liés à la mobilité actuelle et à la fragmentation du tissu social. Cela signifie que les prêtres ne sont plus intégrés dans un contexte cohérent et croyant qui soutenait leur ministère dans le passé. En conséquence, ils sont plus exposés aux dérives de la solitude qui éteint l’élan apostolique et peut provoquer un triste repli sur soi. C’est aussi pour cette raison que, suivant les indications de mes Prédécesseurs [16], je souhaite que dans toutes les Églises locales puisse naître un engagement renouvelé à investir et à promouvoir des formes possibles de vie commune, afin que les prêtres puissent « s’entraider pour le développement de leur vie spirituelle et intellectuelle, améliorer leur coopération dans le ministère, éviter les dangers que peut entraîner la solitude ». [17] […]
24. Dans notre monde contemporain, caractérisé par des rythmes effrénés et l’angoisse d’être hyper connectés qui nous rend souvent frénétiques et nous pousse à l’activisme, au moins deux tentations s’insinuent contre la fidélité à cette mission. La première consiste en une mentalité axée sur l’efficacité selon laquelle la valeur de chacun se mesure à ses performances, c’est-à-dire à la quantité d’activités et de projets réalisés. Selon cette façon de penser, ce que l’on fait passe avant ce que l’on est, inversant la véritable hiérarchie de l’identité spirituelle. La deuxième tentation, à l’opposé, se qualifie comme une sorte de quiétisme : effrayé par le contexte, on se replie sur soi-même en refusant le défi de l’évangélisation et en adoptant une approche paresseuse et défaitiste. Au contraire, un ministère joyeux et passionné – malgré toutes les faiblesses humaines – peut et doit assumer avec ardeur la tâche d’évangéliser toutes les dimensions de notre société, en particulier la culture, l’économie et la politique, afin que tout soit récapitulé dans le Christ (cf. Ep 1, 10). Pour vaincre ces deux tentations et vivre un ministère joyeux et fécond, chaque prêtre doit rester fidèle à la mission qu’il a reçue, c’est-à-dire au don de grâce transmis par l’évêque lors de l’ordination sacerdotale. Être fidèle à la mission c’est adopter le paradigme que nous a transmis saint Jean-Paul II lorsqu’il a rappelé à tous que la charité pastorale est le principe qui unifie la vie du prêtre. [24] C’est précisément en maintenant vivant le feu de la charité pastorale, c’est-à-dire l’amour du Bon Pasteur, que chaque prêtre peut trouver un équilibre dans sa vie quotidienne et savoir discerner ce qui est bon et ce qui est le proprium du ministère, selon les indications de l’Église.
25. L’harmonie entre contemplation et action ne doit pas être recherchée à travers l’adoption précipitée de schémas de fonctionnement ou par un simple équilibre des activités, mais en plaçant la dimension pascale au centre du ministère. Se donner sans réserve, en tout cas, ne peut et ne doit pas impliquer le renoncement à la prière, à l’étude, à la fraternité sacerdotale, mais au contraire devenir l’horizon dans lequel tout est orienté vers le Seigneur Jésus, mort et ressuscité pour le salut du monde. C’est ainsi que s’actualise également les promesses faites à l’ordination qui, avec le détachement des biens matériels, réalisent dans le cœur du prêtre une recherche et une adhésion persévérantes à la volonté de Dieu, faisant ainsi transparaître le Christ dans chacune de ses actions. C’est le cas, par exemple, lorsque l’on fuit tout personnalisme et toute célébration de soi malgré l’exposition publique à laquelle le rôle peut parfois contraindre. Éduqué par le mystère qu’il célèbre dans la sainte liturgie, le prêtre doit « disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu’Il soit connu et glorifié (cf. Jn 3, 30), se dépenser jusqu’au bout pour que personne ne manque l’occasion de Le connaître et de L’aimer ». [25]C’est pourquoi l’exposition médiatique, l’utilisation des réseaux sociaux et de tous les outils disponibles aujourd’hui doivent toujours être évalués avec sagesse, en prenant comme paradigme de discernement celui du service de l’évangélisation. Tout m’est permis mais tout n’est pas bon (cf. 1 Co 6, 12). […]
28. Cependant, outre la prière, le manque de vocations sacerdotales – surtout dans certaines régions du monde – exige de chacun une vérification de la fécondité des pratiques pastorales de l’Église. Il est vrai que les raisons de cette crise peuvent être diverses et multiples, et dépendre en particulier du contexte socioculturel, mais nous devons en même temps avoir le courage de faire aux jeunes des propositions fortes et libératrices et de faire en sorte que, dans les Églises particulières, se développent « des environnements et des formes de pastorale des jeunes imprégnés de l’Évangile, où les vocations au don total de soi puissent se manifester et mûrir ». [28] Dans la certitude que le Seigneur ne cesse jamais d’appeler (cf. Jn 11, 28), il est nécessaire de toujours garder à l’esprit la perspective vocationnelle dans tous les domaines pastoraux, en particulier ceux de la jeunesse et de la famille. Rappelons-le : il n’y a pas d’avenir sans le souci de toutes les vocations ! […]
Diaconat féminin : un piège progressiste ?
Philippe Maxence reçoit au micro du Club des Hommes en noir, l’abbé Grégoire Célier, l’abbé Marc Guelfucci, et comme laïc de l’étape, le journaliste et écrivain, Richard de Seze.
Lors d’une discussion passionnée et animée, ils traitent de la question du diaconat féminin revenu sur le devant de l’actualité religieuse le 4 décembre dernier quand la Commission d’étude sur ce sujet a rendu son rapport. Celui-ci conclut par un « non » à l’ouverture du diaconat aux femmes mais laisse aussi entendre que la question pourrait évoluer dans les années à venir…
Y a-t-il un fondement historique au diaconat pour les femmes ? Quelles seraient les conséquences de son élargissement ? Que faut-il entendre par là et qu’est-ce qu’un diacre exactement ? Pourquoi la commission n’apporte-t-elle pas une conclusion définitive ?

