La question de Vatican II
« Certes, la division entre les chrétiens est un point douloureux. Cependant, ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Église, à commencer par plusieurs points du Concile Vatican II. S’ils prennent cette décision, j’en suis désolé. Mais nous devons aller de l’avant. »
Nos faiblesses face aux empires
De Guillaume de Thieulloy dans Les 4 Vérités :
La collection « Débats des Bernardins » chez l’éditeur Desclée de Brouwer nous a déjà offert de remarquables ouvrages (j’avais notamment eu l’occasion, dans le n° 1516, d’évoquer le débat entre Mgr Leborgne et Charlotte d’Ornellas sur l’immigration). Le débat entre Pascal Boniface et Pierre Lellouche est, lui aussi, d’une excellente qualité – de ces ouvrages qui vous donnent l’impression de devenir intelligents en les lisant! – et il traite l’une des questions les plus redoutables de la diplomatie contemporaine.
Les deux auteurs sont bien connus. L’un est de gauche et fondateur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, tandis que l’autre est ancien ministre sarkozyste. Je n’ai pas toujours été d’accord avec eux – loin de là – mais je les ai toujours lus avec intérêt car, au-delà de leurs choix idéologiques, ils figurent parmi les meilleurs spécialistes français des relations internationales.
Le thème sur lequel ils ont « planché » aux Bernardins est important pour l’avenir du monde: de plus en plus de pays majeurs ont une logique « impériale ». Mais, d’abord, de quoi parle-ton lorsque l’on parle d’empire? S’agit-il d’organismes politiques multinationaux ? S’agit-il de prédateurs ? S’agit-il de nations affichant leur continuité civilisationnelle? Cela peut être un peu de tout cela – et l’un des enjeux majeurs de ce débat est de clarifier le concept qui est tout, sauf univoque. Les auteurs cantonnent leurs regards à trois « empires » puissants : les États-Unis, la Chine et la Russie – et notent que les deux derniers sont « révisionnistes » (au sens de la volonté de réviser l’ordre international né de 1945) et que le premier semble les rejoindre sur ce point avec les notables évolutions que Donald Trump apporte à la diplomatie américaine.
En contrepoint, ils observent sans surprise que l’Union européenne apparaît comme un nain politique – malgré sa puissance économique. Il est d’ailleurs frappant que ces deux hommes qui représentent la droite et la gauche modérées (qui, ensemble, ont imposé le dogme européiste) sont extrêmement critiques sur l’Union européenne. Ils tombent d’accord pour affirmer que cette dernière n’a joué aucun rôle dans la paix des sept ou huit dernières décennies (très largement due à la protection de l’OTAN sur l’Europe de l’ouest) et, surtout, pour affirmer que l’UE se présente comme une proie grasse et consentante aux crocs des prédateurs.
C’est ici que le débat devient réellement déterminant pour l’action politique. Face aux « empires », les auteurs (Pierre Lellouche en particulier, mais il n’est pas contredit sur ce point par Pascal Boniface, avec lequel il partage l’essentiel de ses analyses) conviennent que la nation française doit redevenir forte (notamment militairement) – et doit refuser de se cacher derrière une improbable défense européenne (et même derrière l’OTAN, dont il y a fort à parier que les États-Unis se désengagent dans les années à venir). En définitive, ce livre est surtout intéressant pour ce qu’il dit de nous et de nos faiblesses (voulues), plus que pour ce qu’il dit du reste du monde!
Euthanasie : Grande chaîne de prière pour les députés français
À l’approche du vote définitif sur le projet de loi relatif à l’aide à mourir, rejoignez une grande chaîne de prière pour les députés français. Choisissez un député et engagez-vous à prier pour lui jusqu’au 15 juillet, afin que l’Esprit Saint l’éclaire dans sa mission. Parce que chaque décision compte, et que chaque prière compte aussi.
Voici le lien pour vous inscrire
Nous croyons profondément que la prière peut toucher les cœurs, ouvrir des chemins inattendus et porter l’espérance là où tout semble déjà joué.
Merci de tout cœur pour votre soutien et votre engagement pour défendre cette cause si importante.
Mathieu Bock-Côté et Laurent Dandrieu : faut-il être un pessimiste joyeux ?
Êtes-vous pessimiste ou joyeux ? Ou comme Mathieu Bock-Côté, êtes-vous un pessimiste joyeux ?
Pourquoi une telle question ? Tout simplement parce qu’à l’occasion de la sortie du Pessimiste joyeux (Fayard), livre d’entretiens de Mathieu Bock-Côté et Laurent Dandrieu, Philippe Maxence a reçu, au micro du Club des Hommes en noir, les deux auteurs pour un long entretien sur la généalogie des idées de l’écrivain et essayiste québécois, vedette de CNews et sur les points importants de sa pensée.
Un dialogue passionnant, vivant de bout en bout, et qui profite de l’analyse de deux observateurs attentifs de notre monde et de notre époque.
L’extraordinaire histoire du pèlerinage des pères de famille
Dans un ouvrage préfacé par Mgr Rey, Pierre Chazerans retrace l’histoire du pélé des pères de famille, Pères et pèlerins, dont l’origine remonte à 1976, lors d’une marche entre deux amis. 50 ans après, ce sont plus d’une centaine de pèlerinages de pères de famille qui se déroulent chaque année en France et dans le monde ?
Comment de deux, on est passé à plusieurs dizaines de milliers de pèlerins ? Comment deux sanctuaires, alors abandonnés, dédiés à Marie, à Joseph et à la Sainte Famille sont devenus en 50 ans le centre spirituel de la dévotion mariale, de la dévotion à saint Joseph, de la dévotion à la Sainte Famille ?
Le lecteur (re)découvrira le lien entre les deux sanctuaires de Cotignac, le roi Louis XIII, Jean-Louis et Michel et toutes ces routes de pèlerinage qui se sont ouvertes depuis 50 ans.
Et les grâces ont coulé : désir d’enfant, conversion, pardon, retour à la Foi, guérison, recherche de travail, paix familiale… le livre donne quelques témoignages émouvants.
5000 bouteilles de vin pour aider les sœurs de Solan à acheter un nouveau tracteur
Résumé de l’opération en cours
Installées au cœur du Gard, entre Provence et Cévennes, les 20 sœurs du monastère de Solan vivent de prière (liturgie chrétienne-orthodoxe), et de travail agricole, les mains dans la terre !
Depuis leur arrivée en 1992, elles cultivent l’intégralité de leur domaine en agriculture biologique. Leur vignoble, en particulier, s’étend sur 5 hectares, et représente aujourd’hui la principale source de revenus de la communauté.
Mais il y a quelques semaines, leur tracteur, l’outil le plus indispensable pour leur vignoble BIO, est tombé en rade après 17 ans d’utilisation… Il leur faut donc le remplacer, et vite !
Pour financer cela, elles ont besoin d’un coup de pouce, et organisent dans ce but une grande vente en ligne de leurs vins monastiques et bio.
Objectif minimum : vendre au moins 5000 bouteilles d’ici le 28 juin !
Pour participer à l’opération, vous pouvez :
- passer commande ici : https://divinebox.fr/operation-vin-monastere-solan/
- en parler autour de vous, notamment en partageant via ce lien Whatsapp

Soeur Iossifia sur le tracteur qu’il faut remplacer © Monastère de Solan
En savoir un peu plus sur les soeurs de Solan et leur travail
L’histoire du monastère de Solan commence en 1981, près de Grenoble, avec la fondation d’une communauté issue du Mont Athos, en Grèce. Et en 1992, comme la communauté s’agrandit, les sœurs s’installent à Solan et restaurent une ancienne ferme et ses terres environnantes.
Aujourd’hui, les 20 moniales orthodoxes vivent selon la règle de saint Basile, partageant leurs journées entre la prière – deux offices le matin et deux le soir – et le travail manuel qui leur permet de vivre financièrement. Elles occupent donc une partie de leurs journées avec les travaux des champs, le potager, les vignes et le verger.
Et à Solan, tout est cultivé en bio. Leurs produits ont donc tous le label “Agriculture Biologique” mais plus largement, les sœurs font un magnifique travail pour préserver la nature et mettent en œuvre de nombreuses pratiques agroécologiques pour prendre soin des sols. Par exemple, elles couchent l’herbe dans les rangs de vigne afin de retenir l’humidité et de limiter les effets de la sécheresse qui sévit dans leur région du Gard.
Le vignoble, planté en 1992, reflète parfaitement cette exigence. En effet, les vendanges sont réalisées à la main et les meilleurs raisins sont sélectionnés directement à la parcelle, pour un rendement d’environ 35 hectolitres par hectare. Certains vins sont ensuite élevés un an en barrique avant d’être mis en bouteille. Toutes les étapes sont réalisées sur place, au monastère, par les sœurs elles-mêmes.

Les soeurs de Solan en pleines vendanges dans leurs vignes © Monastère de Solan
Quels sont les vins disponibles durant la vente ?
Pour cette opération, voici les vins que les soeurs proposent :
- La cuvée « Sainte-Catherine » : vin blanc bio élaboré à partir d’un seul cépage, le rolle. Élevé six mois en barrique, cela lui donne une belle complexité. Malgré son origine du sud de la France, il rappelle par sa finesse certains blancs de Bourgogne, avec des notes florales, d’agrumes et de fruits exotiques. Il accompagne parfaitement les poissons grillés ou en sauce, ainsi que les coquillages.
- La cuvée « Mon bien aimé avait une vigne » : Vin rosé bio assemblant grenache, cinsault, rolle et syrah, premier vin produit par les sœurs du monastère de Solan. Sa macération plus longue lui donne une robe saumon soutenue et du caractère, avec des notes de pêche et de fruits rouges. Il accompagne grillades, poissons en sauce, charcuteries et plats provençaux.
- La cuvée « Saint-Martin » : Vin rouge bio du monastère de Solan, cultivé en agroécologie dans le Gard. Assemblage de grenache, cinsault, caladoc, syrah et cabernet franc, élevé uniquement en cuve pour préserver l’expression du fruit. Son nom rend hommage à saint Martin de Tours. Souple et facile à boire, il accompagne viandes rôties, volailles, charcuteries et repas estivaux entre amis.
- La cuvée « Saint-Ambroise » : Vin rouge bio du monastère de Solan, issu d’un petit vignoble de 6 hectares cultivé en agroécologie, vendangé manuellement avec un rendement digne des grands crus. Placé sous le patronage de saint Ambroise, il fait partie des meilleures cuvées des sœurs et est élevé en barrique. Soyeux et long en bouche, il s’accorde parfaitement avec les viandes en sauce et les fromages au lait cru.
Avis aux amateurs de (très) bons vins !

Les cuvées proposées par les moniales de Solan pour cette opération spéciale © Divine Box
Dans toute la France, une alerte citoyenne – « Nos mourants ne sont pas des encombrants »
Alors que les députés ont entamé l’examen en 3ᵉ lecture de la proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, des rassemblements ont eu lieu dans plus de cinquante villes en France à l’appel d’Alliance VITA.
À Paris, à proximité de l’Assemblée nationale et dans plus de cinquante villes en France, des mobilisations simultanées ont rassemblé des citoyens qui refusent cette loi dangereuse et injuste et défendent une société solidaire et protectrice des plus vulnérables.
Le message central de la mobilisation, « Nos mourants ne sont pas des encombrants », a été porté simultanément sur tout le territoire par une scénographie en forme d’alerte : « Aucune vie n’est de trop ».
Face à la souffrance, défendre l’accompagnement
Face à la maladie, au handicap, à la dépendance et au grand âge, une société fondée sur la fraternité ne devrait pas imposer un choix truqué entre souffrir et mourir, mais se donner les moyens de soigner, soulager et accompagner les plus fragiles de ses membres sans porter atteinte à leur vie.
Un texte aux conséquences lourdes
Dans un contexte de tensions sur le système de santé et d’inégalités d’accès aux soins palliatifs, les participants ont dénoncé les conséquences d’une telle loi sur :
- L’universalité des politiques de prévention du suicide.
- Le sens du soin et la relation soignant-soigné.
- Le regard porté sur les personnes les plus fragiles, qui pourraient se sentir “de trop”.
Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance VITA, a déclaré :
« Ayons bien conscience qu’en toute fin de vie, le risque est grand d’être poussé vers la sortie par manque d’attention, de considération, d’accompagnement. Par lassitude, impatience, égoïsme. […] On parle d’un droit individuel, mais c’est largement le regard que nous portons tous sur les plus fragiles qui maintient ou pas leur goût de vivre. La loi en débat aurait à ce titre un impact particulièrement injuste : stigmatisant, discriminatoire, décourageant. Elle désignerait une catégorie de personnes dont la vie serait indigne d’être protégée. »
Une mobilisation pour défendre une autre vision de la société
À travers ces rassemblements, les participants mobilisés ont partagé les revendications portées par Alliance VITA :
- faire de l’accompagnement et du soulagement de tous les plus éprouvés le socle de la solidarité,
- sauvegarder l’universalité de la prévention du suicide,
- rendre effectif et opposable l’accès aux soins palliatifs,
- protéger le système de santé de la pire dérive, celle qui assimile l’empoisonnement délibéré à un soin.
Une mobilisation qui s’inscrit dans la durée
Alliance VITA conclut :
« Quant à nous, nous resterons toujours mobilisés pour la protection des vies les plus éprouvées car c’est notre raison d’être et de manifester : solidaires des plus fragiles. »
📣 Nous ne voulons pas d’une société qui laisse entendre que la vie des personnes en fin de vie n’a plus de valeur et qui organise la mise à mort de ceux qui se sentiraient « de trop ».
Nous voulons :
– que notre société fasse de l’accompagnement et du soulagement de tous les… pic.twitter.com/hUmC32hZwi— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 A quoi bon se battre pour prendre soin, soulager et accompagner quand l’option de facilité – l’administration de la mort – se répand, déguisée avec les mots de la solidarité ?
Comment seront regardés ceux qui s’accrocheront à la vie quand d’autres auront été salués pour avoir… pic.twitter.com/ispgG4UMT5— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 Il faut prendre conscience de l’ampleur de l’enjeu :
on présente les choses comme un droit pour quelques-uns, mais le message sous-jacent est tout autre : de nombreuses personnes gravement malades, dépendantes ou en fin de vie se sentiraient visées.Car chacune serait… pic.twitter.com/91ZbUCucNL
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 Une société s’humanise quand elle progresse dans la façon de traiter ses membres les plus fragiles.
C’est ce que nous voulons rappeler ce soir, dans toute la France, à la même heure, alors que revient pour la troisième fois à l’Assemblée nationale – par la volonté du… pic.twitter.com/5CGW8wlnsx
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 La légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté enverrait un signal délétère selon lequel certaines vies, considérées comme inutiles, ne seraient qu’un poids pour les proches ou la société.@AllianceVita21 #Dijon #FinDeVie #AllianceVITA pic.twitter.com/SEcfn8KGgu
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 Cette mobilisation nationale entend rappeler que toute personne garde toute sa dignité et toute sa place dans la société, quels que soient son état de santé et son degré d’autonomie.#Lyon #Findevie @AllianceVITA69 pic.twitter.com/8uOTBYHkht
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
📣 Ce soir, partout en France, des citoyens se rassemblent pour refuser une loi dangereuse et injuste et défendre une société solidaire et protectrice des plus vulnérables.#Lyon #AllianceVITA #FinDeVie pic.twitter.com/0dfbPWDBmy
— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
“Nos mourants ne sont pas des encombrants !”
📣 Alors que les débats sur l’euthanasie et le suicide assisté ont repris aujourd’hui à l’Assemblée nationale, Alliance VITA se mobilise à Paris, Lyon, Toulouse, Marseille et plus de 50 villes pour alerter l’opinion publique sur le… pic.twitter.com/NjI7jWgb2s— Alliance VITA (@allianceVITA) June 22, 2026
Echec de la motion de rejet de la loi sur l’euthanasie
Hier, en ouverture des débats d’examen de la loi sur l’euthanasie, les députés ont du se prononcer sur une motion de rejet préalable présentée par Patrick Hetzel (LR) avant d’aborder les 1831 amendements déposés. Patrick Hetzel a expliqué :
« La motion que je présente ne vise pas à nier la souffrance de certains malades, elle vise à dire qu’un texte d’une telle portée ne peut être adopté dans les conditions actuelles, parce qu’il intervient avant que notre pays n’ait garanti à tous un accès effectif aux soins palliatifs ». « Même lorsque l’intention invoquée est la compassion, provoquer la mort ne saurait être un acte thérapeutique ». « Nous sommes en train de définir un nouveau principe juridique, moral et éthique » : « la question qui nous est posée est profondément éthique : que doit faire une société juste quand un de ses membres souffre ? Doit-elle considérer que certaines vies sont devenues si marquées par la maladie ou la dépendance que la réponse appropriée consiste à organiser les conditions de leur disparition ? Ou doit-elle considérer que plus une personne est vulnérable, plus notre devoir est de solidarité et devrait être de plus en plus élevé ? »
La motion a été finalement rejetée par 139 voix contre 91.
Le député RN Christophe Bentz a déclaré :
Je suis très fier de mon pays, la France, de son histoire, de sa culture, de ses paysages, de son économie, de son tissu social, de sa recherche et de sa médecine. Il y a vraiment de quoi être fier !
Mais aujourd’hui, je suis très inquiet pour mon pays à cause ce texte, qui est, à mon sens, très dangereux. Certes, notre pays n’est pas parfait. Il traverse un certain nombre de crises liées aux défaillances de notre système de santé, en particulier de l’accès aux soins. C’est vrai. Mais ça, ça se corrige. Ça se réforme avec des politiques publiques. La mort, elle, est irréversible. Elle ne se corrige pas et ne se réforme pas.
Nous portons donc une immense responsabilité collective en légiférant sur un texte d’une telle gravité. Je le répète, je suis fier de mon pays, mais je ne veux pas qu’il abandonne les patients, les malades et les souffrants. Nous devons – c’est notre devoir collectif – accompagner jusqu’à la fin les personnes qui souffrent. Nous avons voté, il y a quelques semaines, le magnifique texte sur les soins palliatifs qui a été déposé et rapporté par Annie Vidal. Ce texte représente un véritable progrès social et médical. La seule chose que je vous demande aujourd’hui, c’est de laisser leur chance aux soins palliatifs. Laissons-leur le temps de se déployer, donnons-leur les moyens d’accompagner jusqu’à la fin les personnes qui souffrent. Laissons la France soigner la vie jusqu’à sa fin.
L’appartenance à la franc-maçonnerie incompatible avec la déontologie des magistrats
Alors que la possibilité pour un magistrat d’appartenir à la franc-maçonnerie est questionnée depuis des années, mais semblait relever jusqu’ici de la liberté de pensée et d’association, le Collège de déontologie des magistrats de l’ordre judiciaire (CDJ), en réponse à une question qui lui était posée par un juge, vient de poser le principe suivant dans un avis du 9 juin :
« L’appartenance à la franc-maçonnerie est incompatible avec les obligations déontologiques qui pèsent sur tout magistrat lorsque le serment prêté induit une allégeance ou une solidarité prioritaire. A défaut, elle suscite des réserves importantes et appelle la plus grande vigilance du magistrat au regard du respect, dans l’apparence comme dans la réalité, des principes d’indépendance, d’impartialité et de neutralité ».
Par courrier électronique du 26 mai, un magistrat – anonymisé -, explique avoir été approché par le représentant d’une loge maçonnique pour lui fournir des renseignements en vue d’un « rapprochement éventuel ». L’intéressé raconte avoir consulté beaucoup de littérature sur le sujet et conclu que le fonctionnement de la maçonnerie ne lui apparaissait pas incompatible avec les dévoirs du magistrat. Toutefois, il a estimé nécessaire de recueillir l’avis du collège avant de se décider.
Allégeance et secret
L’avis commence par rappeler le principe : un magistrat est libre d’adhérer à une association.
« Toutefois, note le collège, cette appartenance ne doit, comme l’indique la charte (de déontologie ndlr), ni créer de conflit d’intérêts ni « rejaillir sur la fonction ». À cet égard, il est important de rappeler que l’engagement privé du magistrat ne saurait « influencer ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction ».
Or, l’adhésion à la franc-maçonnerie, ainsi que le révèle la note wikipedia sur laquelle s’est appuyé le collège pour mener sa réflexion, évoque un serment d’allégeance ou d’obéissance ; il relève aussi l’obligation de « secret de principe » entourant les activités de l’association, qui comporte un risque au regard de l’apparence d’impartialité et d’indépendance. Enfin, le collège rappelle que l’appartenance à la franc-maçonnerie a été à l’origine d’au moins un scandale dans l’univers judiciaire.
Les dangers seraient d’autant plus élevés dans une petite juridiction et poseraient par ailleurs des difficultés spécifiques pour un président de juridiction qui serait gêné dans sa mission par les caractéristiques (allégeance et secret) évoquées précédemment.
La dernière ligne droite
illustration: « Près du lit de mort » (Ved dødssengen), Edvard Munch, 1894.
Les proches sont debout, impuissants. Le mourant est hors-champ. Son visage est invisible. Le tableau de Munch répond d’avance à la loi : le mourant est déjà effacé.
« Personne ne vous obligera à mourir. » Cette promesse est fausse. Le 15 juillet, vous voterez peut-être la mort de quelqu’un. Peut-être la vôtre. On vous parle de liberté, de progrès, de dignité. Des mots de professionnels de la communication.
On vous rassure : des conditions strictes encadreront la loi. Maladie incurable, souffrance réfractaire, capacité de discernement. Des délais, des avis multiples. On vous cite les Pays-Bas, la Belgique, le Canada. Des pays civilisés, disent-ils.
Mais posons-nous la question autrement : dans ces pays, les protocoles ne se sont-ils pas assouplis d’année en année ? Ce qui commençait comme une « exception ultime » ne devient-il pas, avec le temps, une solution ordinaire ? La pente glissante n’est pas une théorie. C’est un fait clinique. Le Canada vient de prendre peur de sa propre loi : dix ans après avoir légalisé l’euthanasie, un comité parlementaire recommande d’exclure indéfiniment les malades mentaux, jugeant impossible de distinguer un désir de mourir d’une souffrance qu’on peut soigner. Les Pays-Bas, eux, l’administrent déjà à des patients déments qui ne peuvent plus confirmer leur consentement.
Alors oui, la loi française aura des garde-fous. Au début.
Le mirage du consentement
Le médecin qui entrera vous connaît. Il vous soigne depuis des mois. Il a porté vos angoisses et celles de votre famille. Ce jour-là, la loi l’autorisera à faire ce que la médecine s’était toujours interdit : provoquer délibérément la mort.
Vous imaginez que ce sera votre choix. Mais quand la douleur occupera tout l’espace, quand l’épuisement aura brisé vos défenses, quand vous lirez dans les yeux de vos proches, usés par des semaines de veille, ce souhait muet que « tout cela finisse »… Serez-vous vraiment libre ? Saurez-vous faire la différence entre le désir de mourir et l’immense besoin que la douleur s’arrête ?
On vous parle de « capacité de discernement ». Mais le discernement a-t-il jamais résisté à des nuits blanches de souffrance ? À la morphine ? À la fatigue de vivre ?
La clause de conscience : un leurre
On vous promet que les médecins pourront refuser. C’est un miroir aux alouettes. Le texte est écrit : le médecin pourra refuser l’injection létale. Mais il aura l’obligation légale d’orienter le patient, de fournir les pièces, de guider la démarche vers un confrère plus conciliant.
On lui retire le droit de dire « Non ». On lui accorde seulement le droit de dire : « Pas moi, mais je vous livre le nom de celui qui va le faire. » Cette collaboration forcée vide la liberté de conscience de sa substance. Le médecin n’est plus un refuge. Il est le premier maillon de la chaîne.
La question que les députés esquivent
Dans quel autre domaine de l’existence la réponse à la détresse consiste-t-elle à supprimer celui qui appelle à l’aide ?
• Un enfant coule à l’école : on l’accompagne.
• Un homme sombre dans la dépression : on le soigne.
• Un vieillard meurt de solitude : on lui rend visite.
Pourquoi la mort deviendrait-elle le soin ultime du mourant ?
On vous répondra : « Les soins palliatifs ne répondent pas à toutes les souffrances. » C’est vrai. Mais parce qu’une solution est imparfaite, doit-on la remplacer par une seringue ? Parce que la présence est exigeante, doit-on choisir l’absence définitive ?
Les soins palliatifs réclament du temps, de la présence, de l’argent, de l’épaisseur humaine. Ils n’offrent pas le spectacle d’une solution instantanée en un coup de piston. Mais ils restent humains parce qu’ils refusent de confondre l’anesthésie définitive avec la thérapeutique.
Une rupture de civilisation
Le 15 juillet, le vote ne portera pas sur un aménagement technique de la fin de vie. Ce sera une rupture. La société ne demandera plus à la médecine de protéger la vulnérabilité, mais d’administrer la disparition de ceux qui coûtent ou qui pèsent. La valeur de la vie humaine ne dépendra plus de son existence, mais de son utilité sociale ou de son coût.
On vous dira : « La liberté, c’est choisir sa mort. » La vraie liberté, c’est de pouvoir compter sur une société qui ne vous abandonne pas quand vous êtes à bout de forces.
Ce que vous pouvez faire
Il vous reste, avant le verdict du 15 juillet, un acte de résistance : diffusez ce texte, transmettez-le à vos proches, mais surtout à votre député. Un parlementaire ne vote pas en fonction de la vérité d’un dossier : il vote en fonction du bruit qui monte de sa circonscription. C’est ainsi qu’il garde son siège. Faites-lui savoir qu’un vote sur la vie ne s’oublie pas un jour d’élection. Écrivez-lui, interpellez-le par courriel ou sur ses réseaux sociaux, joignez-lui ces lignes — avant que le vote ne scelle ce que nous choisissons de faire de notre humanité commune.
Que chacun vote, mais que personne ne feigne l’ignorance. Derrière la rhétorique lissée de l’« aide à mourir », il y aura un homme affaibli, une famille à bout de bras, un médecin acculé.
Et cette question que le silence des cimetières ne résoudra jamais :
« Est-ce ma volonté qui s’est exprimée, ou la suggestion d’une société qui me faisait comprendre que je n’avais plus ma place ? »
VOUS POUVEZ MAINTENANT DIFFUSER CE TEXTE ET L’ENVOYER À VOTRE DÉPUTÉ.
Avant le 15 juillet. Avant que le vote ne scelle ce que nous choisissons de faire de notre humanité commune.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Retour de la droite en Colombie
L’avocat antisystème soutenu par les États-Unis, Abelardo de la Espriella, a remporté le second tour de l’élection présidentielle en Colombie dimanche, face au sénateur de gauche Ivan Cepeda, allié du président sortant Gustavo Petro.
Les résultats le donnent gagnant avec 49,7% des voix, devant Ivan Cepeda (48,7%). Le président élu prendra ses fonctions le 7 août, pour un mandat de quatre ans.
La Colombie passe à droite après l’Argentine, le Chili et l’Équateur.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a vanté sur X une future collaboration «en matière de sécurité» et pour «mettre fin à l’immigration clandestine vers les États-Unis». Le président américain Donald Trump a publié sur son réseau Truth social une photo du millionnaire colombien, accompagnée du message: «il a gagné, et largement!».
Conflits dresse le portrait d’Abelardo de la Espriella :
Avocat médiatique sans expérience de gestion publique, admirateur revendiqué de Donald Trump, Javier Milei et Nayib Bukele, il a construit sa campagne autour d’un discours de rupture complète, structuré autour de la réduction drastique de la taille de l’État, de la restauration de l’ordre public, de la relance des activités extractives et d’une politique répressive contre le crime organisé.
Le premier tour de scrutin, organisé le 31 mai dernier, a bouleversé tous les pronostics. Abelardo de la Espriella est en effet arrivé en tête avec 10,36 millions de voix, soit 43,74 % des suffrages. Iván Cepeda, souvent donné premier dans les sondages, le suivait avec 40,9 %. En revanche, Paloma Valencia s’est effondrée à seulement 6,92 % des bulletins exprimés, en dépit de son succès massif lors des primaires de mars.
Ce résultat révèle l’ampleur du vote anti-Petro, puisqu’une partie importante de l’électorat conservateur a décidé d’abandonner les formations traditionnelles pour se rallier à un candidat perçu comme plus radical et plus capable d’imposer l’ordre.
La géographie électorale a par ailleurs fait apparaître deux pays irréconciliables. D’un côté, les régions centrales et économiquement dynamiques soutiennent massivement Abelardo de la Espriella. De l’autre, les périphéries rurales et les territoires les plus marqués par le conflit armé entre l’État colombien et les anciennes FARC demeurent clairement favorables à Cepeda.
Pour sa part, l’entre-deux-tours a transformé l’élection colombienne en enjeu international. La quasi-totalité de la droite nationale et internationale s’est en effet rassemblée derrière Abelardo de la Espriella. Paloma Valencia et Álvaro Uribe ont ainsi ouvertement appelé à voter pour lui, tandis que Claudia López a apporté son soutien à Iván Cepeda.
Le tournant décisif est intervenu le 17 juin, lorsque le président américain Donald Trump a accordé son « soutien total » au candidat conservateur. Un tel appui a immédiatement été exploité comme une preuve de crédibilité internationale par l’équipe de campagne d’Abelardo de la Espriella.
La confrontation est alors devenue autant géopolitique qu’électorale : le second tour allait-il marquer le retour dans l’orbite stratégique de Washington ou, au contraire, la poursuite de l’ancrage progressiste latino-américain ?
Une victoire serrée et un pays coupé en deux
Signe de grandes tensions idéologiques, le second tour du 21 juin a enregistré une participation historique de 63,59 %, soit plus de 26,3 millions de votants.
Selon le dépouillement préliminaire, Abelardo de la Espriella l’a finalement emporté avec 12 959 542 voix, soit 49,66 % des suffrages, là où Iván Cepeda obtenait 12 708 695 voix, soit 48,70 % (les votes blancs et nuls étant décomptés à part).
L’écart final n’est ainsi que de 250 847 voix, soit moins d’un point.
Sans surprise, le vainqueur doit son succès avant tout aux grands centres économiques colombiens (départements d’Antioquia, de Santander ou encore de Cundinamarca), à la diaspora installée en Amérique du Nord et à l’effet rassurant produit par son colistier, José Manuel Restrepo, ancien ministre des Finances d’Iván Duque. Iván Cepeda domine quant à lui Bogotá, la côte Pacifique (départements de Chocó, du Valle del Cauca ou encore de Nariño) et plusieurs régions historiquement marginalisées de la nation (comme les départements de Vichada et de Vaupés, dans l’est et le sud du pays).
Néanmoins, la gauche a immédiatement refusé de reconnaître sa défaite, puisque Gustavo Petro et Iván Cepeda ont pointé des irrégularités présumées et contesté les résultats devant les autorités électorales, en dénonçant de possibles fraudes dans 33 000 bureaux de vote. Des manifestations ont alors éclaté dans plusieurs grandes villes du pays, notamment à Cali (ouest).
Le pari impossible d’« El Tigre »
Le 7 août 2026, Abelardo de la Espriella, surnommé « El Tigre », devrait malgré tout faire son entrée à la Maison de Nariño (siège de la présidence) à l’issue d’une victoire fragile et au sein d’un pays profondément divisé.
Les défis de son gouvernement sont nombreux, étant donné qu’il devra simultanément restaurer la sécurité, sauver un système de santé proche de la faillite, réduire un déficit budgétaire devenu préoccupant et négocier avec un Congrès où aucune majorité stable n’existe. Il lui faudra également composer avec une opposition de gauche encore forte.
L’ancien outsider, qui a bâti sa campagne sur la promesse d’incarner un « Bukele colombien » (en référence à la politique répressive et carcérale très marquée de l’actuel chef d’État salvadorien), devra dans tous les cas faire face à des contraintes institutionnelles, à une urgence budgétaire et à la polarisation extrême de la société.
Le pape salue l’engagement de la Fondation Lejeune en faveur de la vie et de la dignité humaine
Le pape a reçu ce jour les membres de la Fondation Jérôme Lejeune :
Chers membres de la Fondation,
chers parents du Vénérable Professeur Jérôme Lejeune,
chers amis,
c’est une joie de marquer le centenaire de la naissance de Jérôme Lejeune avec vous, membres de la Fondation qui porte son nom et qui poursuit son œuvre.
Touché par la détresse des enfants porteurs d’handicap, le Professeur Lejeune leur a consacré sa vie de chercheur scientifique. Sa plus fameuse découverte, celle de l’anomalie chromosomique responsable de la trisomie 21, fit de lui le précurseur de la génétique moderne, reconnu dans le monde entier ; la longue liste de ses titres honorifiques en témoigne. Mais il fut aussi un médecin par vocation et n’eut de cesse de travailler pour trouver un traitement, afin de soulager la détresse de ses patients qu’il appelait « les pauvres parmi les pauvres ». Il défendit ardemment la vie et la dignité des plus fragiles, fût-ce au prix de sa carrière : « La médecine – aimait-il affirmer – c’est la haine de la maladie et l’amour du malade ».
Conscient de l’excellence académique du Professeur Lejeune et de son inlassable dévouement pour l’Église, le Pape saint Paul VI le nomma membre de l’Académie Pontificale des Sciences. Par la suite, comme vous le savez, sa profonde amitié nouée avec saint Jean-Paul II et leur vision commune en faveur de la défense de la vie ont été à l’origine de la création de l’Académie Pontificale pour la Vie, que le Professeur Lejeune voyait comme institution nécessaire face à la multiplication des menaces contre la vie.
Homme de science et de sagesse, Jérôme Lejeune a rapidement compris que sa découverte scientifique serait utilisée pour éradiquer les personnes porteuses de trisomie 21 avant leur naissance. Il n’hésita pas alors à se faire leur avocat, dénonçant la transgression du serment d’Hippocrate et ce nouvel eugénisme, qu’il qualifiait de « racisme chromosomique ». Ses prises de parole prophétiques le conduisirent à défendre la vie de toute personne humaine en référence à l’inviolable dignité qui a son origine dans l’acte créateur de Dieu. Il interpela à cet égard et conseilla des institutions et des souverains du monde entier. Ce combat lui valut d’être malmené dans certains milieux scientifiques.
Le Professeur Lejeune était conscient que si la technique peut aider la médecine, elle ne saurait en revanche la remplacer. De plus, il savait que la technique peut être utilisée contre la médecine – qui est par nature au service de la vie –, ainsi que cela se vérifie lorsque la technique échappe à tout contrôle éthique indispensable et que prévalent des calculs d’efficacité, de rentabilité ou d’utilité. Or, la valeur de la personne ne dépend pas de ce qu’elle réalise ou produit. C’est pourquoi, jamais un médecin ne devrait se permettre, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée !
Chers amis, aujourd’hui, la Fondation Lejeune, dont vous êtes des membres actifs, poursuit l’œuvre initiée par le Professeur Lejeune dans les trois dimensions de la recherche, du soin et de la défense inconditionnelle de la personne humaine. Je me réjouis de la place que vous occupez au plan mondial dans la recherche sur les déficiences intellectuelles d’origine génétique. Vous avez aussi créé et soutenez l’Institut Jérôme Lejeune, lequel reçoit en consultation des milliers de patients souffrant de différents handicaps mentaux.
Je tiens à vous exprimer mes encouragements dans votre engagement en faveur de la vie et de la dignité humaine, et notamment auprès des pouvoirs publics. Je sais que vous intervenez régulièrement dans les débats de société afin de protéger chaque personne dans toutes les circonstances de son existence. Mais je vous sais également attentifs à développer la culture de vie à travers la Chaire internationale de bioéthique, qui délivre une formation académique aux différents acteurs en ce domaine : soignants, juristes et philosophes. Soyez remerciés de cette formation que vous dispensez auprès d’hommes et de femmes, qui demain pourront ainsi contribuer à garantir une éthique médicale au service de la dignité humaine et de la vie.
À vous, chers amis porteurs de trisomie 21 et à vos parents, à vous les enfants du Vénérable Professeur Lejeune présents ce matin, à vous tous, membres des Fondations Jérôme Lejeune d’Espagne, d’Argentine et des États-Unis, et enfin à vous, membres venus du Portugal, d’Italie, de Tunisie, de Côte d’Ivoire et de Corée, je souhaite vous exprimer ma satisfaction devant l’œuvre que, en tant que laïcs, vous poursuivez dans la charité de la vérité, sur les pas du Vénérable Jérôme Lejeune. Soyez comme lui des témoins engagés dans la société, au service de la recherche constante du bien commun. Il s’agit là du premier grand principe de l’enseignement social de l’Eglise, et de la « forme sociale » de la dignité reconnue à chacun (Magnifica humanitas, n. 59). Le bien commun n’exclut aucun de ceux qui ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Le message et l’œuvre du Vénérable Jérôme Lejeune reposent sur l’universalité de la raison et du cœur conjugués. Puisse-t-il inspirer le courage de la vérité aux nombreux jeunes et professionnels désireux de cohérence ; puisse-t-il les aider à unir sans raideur, la raison et la foi, la parole et les actes, l’absence de jugement sur les personnes et le rejet du mensonge.
Je vous confie à l’intercession de Notre-Dame, en lui demandant de guider vos pas, de soutenir vos efforts et de répandre sa tendresse sur toutes les personnes fragiles. À vous tous ici présents, j’impartis de grand cœur ma Bénédiction apostolique, que j’étends à tous les membres de la Fondation, à leurs familles et aux « chers protégés » de Jérôme Lejeune. Merci.
Collectif chrétien Anastasis : recension de dérapages
Anastasis est un collectif de chrétiens, qualifiés pudiquement par La Nef d’ « engagés à gauche »[1], et à qui Famille Chrétienne a consacré un article très positif[2], les présentant comme des altermondialistes militants, sans mentionner de problème doctrinal potentiel. Anastasis précise dans son manifeste fondateur[3] : « la grande majorité d’entre nous est catholique, certains appartiennent aux traditions protestantes ou orthodoxes », et cite parmi ses traditions[4] la théologie de la libération, l’anarchisme chrétien, le communisme chrétien, et la théologie de la libération noire. Anastasis est présent au Congrès Mission 2025.
Que les choses soient claires, l’objectif n’est pas ici d’avoir un avis général sur ce collectif. Concernant ses aspects positifs, il suffit de lire La Vie, La Croix, Témoignage Chrétien, Golias, le Pèlerin, et autres. L’objectif ici est de recenser des aspects doctrinaux problématiques de ce collectif, sans prétendre toutefois à l’exhaustivité.
Anastasis avait publié un ouvrage en mai 2025, Urgence évangélique, qui a été critiqué dans l’article de La Nef susmentionné. Elisabeth Geffroy a ainsi vu dans cet ouvrage « un fonds de référentiel marxiste qui leur fait prêter le flanc aux critiques formulées par le Magistère à l’encontre des catholiques qui s’en remettent trop imprudemment aux outils d’analyse de Marx ». Ce à quoi le collectif a répondu de manière relativement virulente[5], se défendant d’être marxiste. Il faut dire que c’est effectivement un des principaux terrains glissants d’Anastasis.
Le collectif co-signe en 2023 un texte affirmant notamment : « Le message essentialisant du magistère, prônant une “complémentarité des sexes”, entretient l’homophobie, discrimine les femmes et les minorités sexuelles ».
Anastasis a lancé en 2023 le Festival des Poussières, qui a pris peu à peu son indépendance organisationnelle en grossissant. Son slogan est « Evangile et révolutions », le dernier mot étant au pluriel ou non selon les versions. En 2023, le Comité de la Jupe y animait 3 ateliers : théologie féministe, Place des femmes dans l’Eglise, et Place des personnes LGBTQIA+ dans l’Eglise. En 2024, une laïque y avait donné une homélie, à rebours de toute règle liturgique et canonique, et une prière queer en langage inclusif avait été expérimentée, ainsi qu’une prière musulmane, et une liturgie réécrite pour ne pas parler qu’au masculin. Les participants s’étaient vus proposer des ateliers « Pour une théologie (critique) de la police » ou « Faire lieu d’Islam en France », des conférences « Construire un antifascisme chrétien » ou « Chrétien·nes au coeur des luttes ». Durant l’édition 2025, les 600 participants avaient pu assister à des tables rondes comme « La morale catholique favorise-t-elle les violences sexuelles ? », « Opprimés de tous les pays, unissez-vous : quel internationalisme pour notre temps ? », « La récupération identitaire des Chrétiens d’Orient », un atelier comme « Théologie lesbienne et amitié », une proposition spirituelle comme « Yoga et souffle ».
Le collectif Anastasis propose aussi sur son site internet « des articles de réflexion politique à la lumière de la foi et de la théologie chrétienne » comme le déclare son manifeste fondateur. Et plusieurs de ces articles sont problématiques à des degrés divers. En voici quelques-uns des pires de ces dernières années.
”Sufjan Stevens et la sensualité du christianisme”. Un texte qui va jusqu’à qualifier de « diabolique » et d’ « antichrétien » le paragraphe 2357 du Catéchisme de l’Eglise Catholique consacré à l’homosexualité, et qui mobilise l’image eucharistique pour valider l’éros homosexuel comme lieu de rencontre avec Dieu au même titre que la prière.
”Comment lire une exhortation apostolique ? Pour une herméneutique de la discontinuité”. Un renversement complet de la règle de lecture de la Tradition, en contradiction flagrante avec l’enseignement de l’Eglise.
”Synode : et les femmes ?” Un appel à la détermination « d’une manière bisexuelle ou trans-sexuelle » d’un Père qui engendre son Fils.
”Sur la question de l’avortement”. Une grande discussion se voulant pluraliste mais relativisant fortement le commandement de Dieu lui-même : « Tu tueras pas ».
Trois articles tendant à « réduire l’Évangile à une réalité essentiellement terrestre » comme le condamnait Libertatis Nuntius en 1984 : ”La guerre des classes et la révolution à venir” ; ”Situation pré-révolutionnaire, urgence théologico-politique, exigence évangélique” ; et ”La propriété privée et ses dommages”.
”La nouvelle ecclésiologie et la possibilité du conflit dans l’Église”, une republication du texte du jésuite Jon Sobrino dont est saluée la « clairvoyance » sans aucune critique, alors même que ce théologien avait été condamné par Rome en 2007 pour des insuffisances doctrinales justement sur l’ecclésiologie et la christologie.
”Ce qu’est la communion”, un texte sur la pensée du communiste Mario Tronti, sans aucun recul ou mise en garde sur sa confusion entre l’espérance eschatologique et sa « foi » révolutionnaire communiste.
Que le lecteur se fasse sa propre conclusion sur les hétérodoxies que véhicule ce collectif.
Laurent Dastros
Article publié sur Substack (https://laurentdastros.substack.com/p/collectif-chretien-anastasis-recension)
[1] https://lanef.net/2025/08/29/chretiens-et-marxistes-limpossible-compromis/
[2] https://www.famillechretienne.fr/41191/article/le-collectif-anastasis-bouscule-les-codes-de-la-contestation
[3] https://collectif-anastasis.org/manifeste/
[4] https://collectif-anastasis.org/nos-traditions/
[5] https://collectif-anastasis.org/2025/10/31/il-etait-une-fois-des-catholiques-marxistes/
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Chrétiens versus Musulmans
À cette question, il convient de répondre de manière systémique, avec clarté et avec vérité.
Dès l’abord, nous ne pouvons ignorer que beaucoup de personnes, en quête de spiritualité, se tournent vers l’islam ou vers les religions orientales. Certains responsables musulmans affichent une volonté d’expansion, et l’Occident est de plus en plus exposé à l’influence de l’islam. Dans ce contexte, il est important d’éclairer et de guider ceux qui curieux, assoiffés de nouveauté, cherchent à connaître la vérité.
La vie de Jésus-Christ constitue l’accomplissement d’un grand nombre de prophéties bibliques, tandis que, pour le fondateur de l’islam, il n’existe pas une seule prophétie biblique qui le désigne. Ce fait a une importance décisive. La Bible, en tant que Parole de Dieu, annonce longuement le Messie, et Jésus correspond exactement à ces prophéties.
Le fondateur de l’islam était un homme, certes influent, mais seulement un homme. Jésus-Christ, s’il est vraiment homme, est aussi Dieu. Entre Mahomet et Christ, la différence est celle de la filialité divine.
Jésus a pu dire : « Celui qui me voit, voit le Père » (Jean 14:9). Jamais Mahomet, ni Bouddha, ni aucun autre fondateur de religion n’a osé dire cela. Ce qui différencie Mahomet du Christ ne touche pas seulement leur enseignement, mais surtout leur personne.
La différence entre Mahomet et Jésus-Christ touche aussi leur vie. La différence fondamentale est l’absence ou non de péché.
Jésus est sans péché; il n’a jamais commis d’injustice. Mahomet, au contraire, a connu des manquements notables dans sa vie, même au moment où il fondait l’islam, et ses propres adeptes lui ont fait à ce sujet de sérieuses remontrances.
La différence entre Mahomet et Jésus-Christ est celle qui existe entre la religion et l’Évangile. La religion est fondée sur ce que l’homme fait pour Dieu. La foi chrétienne est fondée sur ce que Dieu a déjà fait pour l’homme. L’Évangile est ce que Dieu est, et ce qu’Il a fait en envoyant son Fils.
Le message de Jésus est très supérieur aux doctrines de Mahomet quant à la connaissance du Divin.
Le Dieu de Mahomet est perçu comme celui de l’arbitraire. Allah ne laisse à l’homme aucune liberté réelle. Ce n’est pas fortuit si on ne trouve pas les mots de « Père » et d’« amour » parmi les attributs d’Allah. Le message de l’amour est inconnu chez Mahomet.
En revanche, le Dieu de la Bible se révèle comme Père, et son amour est le fondement de tout. En Jésus, Dieu n’est plus seulement juste, il est amour.
La différence entre Jésus-Christ et Mahomet est celle qui existe entre la rédemption et l’auto-délivrance. Toutes les religions font allusion à la culpabilité dans la vie des hommes. Mais pas une seule ne donne l’ultime réponse à la question : « Que résulte-t-il de ma culpabilité, que devient ma dette ? »
Le péché, la culpabilité et la dette sont une affreuse réalité dans notre vie. Que l’homme reconnaisse ou non sa culpabilité et la dette qu’elle entraîne, tôt ou tard il devra assumer.
Tandis que tout est différent chez Jésus-Christ. Par lui, nous savons que Dieu est justice ; il y a eu la croix de Golgotha, où Jésus le « Juste est mort pour des injustes » (1 Pierre 3:18). Il prit sur lui la punition réservée au péché, et de donner ainsi satisfaction à la justice de Dieu.
Mahomet est mort, mais Jésus est corporellement ressuscité et vit. Sa résurrection est le couronnement de son œuvre de rédemption accomplie à la croix. S’il n’y avait pas sa résurrection, l’Évangile n’en serait pas un, mais seulement une religion parmi d’autres.
C’est par une confiance absolue en Jésus-Christ qu’est comblée l’aspiration du cœur humain. Aucun fondateur de religion n’est à même de satisfaire cette aspiration, ce que prouvent les efforts que tous s’imposent en vue d’obtenir le salut.
L’Islam est une religion rigoureuse de la loi. Sous son joug l’homme ne peut que gémir. Or, la Parole de Dieu dit de Jésus : « Il est notre paix » (Éphésiens 2:14).
En conséquence, il est permis à la chrétienté et à chaque chrétien de marcher sans crainte à la rencontre de son Seigneur, Jésus le Sauveur. Il n’y a pas d’autre nom sous le ciel qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devrons être sauvés (Actes 4:12).
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Dix questions aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X
Chers confrères, indépendamment des consécrations épiscopales annoncées pour le 1er juillet prochain, sur lesquelles cette revue s’est déjà exprimée dans “La Fraternité Saint-Pie X demande le maintien de l’accord pratique bergoglien”, nous formulons, dans l’esprit de transparence doctrinale souvent évoqué et afin de tenter de dissiper les ambiguïtés de position qui ne peuvent être entretenues ni dans un sens ni dans l’autre, dix questions simples auxquelles nous vous demandons de répondre. Chacun d’entre vous pourra répondre, y compris publiquement dans cette revue ou ailleurs, aux questions de ses propres fidèles ainsi qu’à l’accusation de tenir une position ou, du moins, une pratique schismatique ou sectaire.
Chacun pourra également, si nécessaire, prendre ses distances avec ce qui a été jusqu’à présent la position dominante dans la FSSPX. Cette position a, de fait, déterminé les choix jusqu’à présent, y compris en matière d’accords – ou plutôt d’accord manqué – avec Rome.
La Fraternité Saint-Pie X a institué la Commission Saint Charles Borromée, qui instruit de manière autonome les procès en validité matrimoniale et procède à l’annulation des mariages ; sur la base de quel pouvoir de juridiction procède-t-elle à ces “annulations de mariage” ? Lorsque Mgr Tissier, qui était à la tête de cette commission, affirmait que ces “annulations” équivalent à la «troisième instance de la Rote», que voulait-il dire ? Que cette Commission s’attribue la même autorité que le Pape?
La Fraternité Saint-Pie X ne mélange pas les hosties consacrées par ses propres prêtres avec celles consacrées selon le rite de Paul VI ; elle ne distribue pas les hosties présentes dans les tabernacles si ces particules ont été consacrées selon la messe de Paul VI, et inversement, lorsqu’elle se trouve à célébrer dans des églises mises à disposition par l’autorité ecclésiastique, elle ne laisse pas dans les tabernacles les hosties consacrées par ses propres prêtres et les emporte avec elle ou les consomme. Quelle est la raison théologique et doctrinale d’un tel comportement pratique ? Existe-t-il deux types de présence réelle, l’une pour les hosties consacrées par la Fraternité Saint-Pie X et l’autre pour les hosties non consacrées par les prêtres de ladite Fraternité ? Existe-t-il une “présence réelle Paul VI spéciale” qui causerait des problèmes eucharistiques ? Ou bien doutez-vous de la présence réelle dans les églises qui ne sont pas de la Fraternité au point que l’abbé Puga (professeur de morale à Écône) enseignait aux séminaristes que la génuflexion dans les églises qui ne sont pas de la Fraternité Saint-Pie X doit être faite non pas simplement, mais avec réserve, c’est-à-dire en disant mentalement «je fais la génuflexion sous condition que le Saint-Sacrement soit véritablement présent»? Ou bien existe-t-il une autre théorie eucharistique qui n’est pas décrite ci-dessus? Dans ce cas, pourriez-vous l’expliquer?
Selon la Fraternité Saint-Pie X, la messe de Paul VI, ou Novus Ordo Missae, est une messe « mauvaise en soi », c’est-à-dire un acte moral que personne ne peut accomplir sans tomber dans le péché contre la foi, comme cela est couramment enseigné à Écône et tel qu’il est transcrit dans le Bref catéchisme de la Nouvelle Messe que vous distribuez dans les prieurés. En quoi cette thèse est-elle compatible avec la validité du pontificat de Paul VI ? Est-il possible pour vous qu’un Pape promulgue une loi liturgique universelle qui soit non seulement problématique, mais qui constitue même un « péché grave contre la foi » et un « acte moral mauvais en soi », à l’instar d’un acte toujours peccamineux tel que l’adultère, qui ne peut être commis pour aucune raison au monde ?
La Fraternité Saint-Pie X accepte-t-elle encore ou rejette-t-elle la phrase de Mgr Lefebvre, prononcée lors de l’homélie des consécrations épiscopales du 30 juin 1988, dans laquelle il expliquait pourquoi il procédait à la création de nouveaux évêques sans mandat pontifical, à savoir parce que les nouveaux sacrements «sont tous douteux»? Le sens évident de cette affirmation est que tous les évêques de l’Église catholique qui ont reçu l’épiscopat selon le rite réformé par Paul VI pourraient ne pas être évêques; il est donc nécessaire que ce soient les évêques de la Fraternité Saint-Pie X qui en consacrent d’autres afin que l’on puisse être certain de la validité de leur épiscopat. Maintenez-vous cette position ou la rejetez-vous comme schismatico-sectaire? En cas d’accord, accepteriez-vous que le Pape envoie des évêques qui ne sont pas de la Fraternité Saint-Pie X pour consacrer vos candidats à l’épiscopat selon le rite traditionnel? Ou bien les évêques consécrateurs doivent-ils appartenir à la lignée épiscopale de Mgr Lefebvre, car c’est la seule qui ne soit pas douteuse, même quant à la validité?
Lorsque l’abbé Davide Pagliarani évoque un « état de nécessité » comme motif pour consacrer sans mandat du Pape, fait-il référence à une nécessité d’ordre pastoral ou également à un doute que vous émettez quant à la validité de tous les sacrements dispensés en dehors de la Fraternité Saint-Pie X, y compris l’épiscopat, au motif que les nouveaux sacrements «sont tous douteux»? Si tel était le cas, ne serait-il pas plus honnête de le déclarer?
Les évêques de la Fraternité Saint-Pie X seront-ils au service de toute l’Église et seront-ils là pour administrer les sacrements traditionnels à quiconque les demande? Ou les réserveront-ils exclusivement aux membres de la Fraternité elle-même, de sorte que pour recevoir le baptême, la confirmation ou être ordonné prêtre selon le rite traditionnel, il faut, de fait, adhérer aux autorités de la Fraternité Saint-Pie X?
La Fraternité Saint-Pie X réitère les confirmations conférées selon le rite réformé par Paul VI; et même récemment encore, à Bordeaux, la confirmation a été à nouveau conférée à un jeune homme qui avait déjà été confirmé par le cardinal Ricard selon le rite traditionnel. La Fraternité Saint-Pie X met-elle en doute la validité des évêques ou celle des saintes huiles ? Sur quelle étude préliminaire repose cette manière d’agir?
La Fraternité Saint-Pie X affirme qu’elle doit recourir à des consécrations épiscopales sans mandat pontifical parce que le Saint-Siège demande l’ «acceptation du Concile Vatican II pour tout accord canonique». Mais la Fraternité Saint-Pie X a déjà « accepté le Concile », pour reprendre cette expression, à au moins trois reprises connues. La première fois, ce fut dans le protocole signé par Mgr Lefebvre en 1988. La deuxième, dans la lettre du 15 décembre 2008, écrite par le Supérieur général de la Fraternité Saint Pie X au nom des quatre évêques pour demander la levée des excommunications, où il a été signé ce qui suit : « Nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu’à Vatican II, au sujet duquel nous émettons des réserves.» La troisième fois dans la Protocole doctrinal avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signé le 15 avril 2012 par le Supérieur général de cette Fraternité. Ce texte contient non seulement l’acceptation du “classique” Lumen Gentium n° 25, mais aussi la pleine reconnaissance – sur ce point sans réserve – de la doctrine de Vatican II sur la collégialité épiscopale, telle qu’elle est exprimée «par la Constitution dogmatique Lumen Gentium du Concile Vatican II, chapitre 3 (De constitutione hierarchica Ecclesiæ et in specie de episcopatu)». Il comporte également l’acceptation du Code de droit canonique de 1983. La véritable raison des consécrations épiscopales sans mandat de Rome ne semble donc pas résider dans « l’acceptation du Concile » puisque celui-ci a déjà été « accepté » à plusieurs reprises, et cela dans des termes qui, s’ils avaient été adoptés par d’autres, auraient été qualifiés de trahison doctrinale. La véritable raison serait-elle alors que les nouveaux sacrements « sont tous douteux »?
Lorsque la Fraternité Saint-Pie X demande à ses propres fidèles de ne pas assister aux messes traditionnelles célébrées par des prêtres « en union avec l’Église conciliaire », veut-elle dire qu’il n’y a pas de communicatio in sacris avec les autres membres de l’Église parce qu’il y a deux églises, ou bien que l’on doute de la validité de leur ordination sacerdotale?
Si les thèses théologiques sous-jacentes aux questions susmentionnées étaient d’une nature différente de celle supposée par cette liste, les prêtres de cette Fraternité pourraient-ils indiquer s’ils soutiennent personnellement d’autres positions et s’ils peuvent les assumer, en prenant publiquement leurs distances à l’égard des erreurs doctrinales de leurs autorités? Pourraient-ils s’excuser publiquement pour ces erreurs diffusées en matière sacramentaire, ces erreurs qui ont conduit certains fidèles insuffisamment formés à mourir sans recevoir les sacrements de l’Église, simplement parce qu’ils ne pouvaient pas recevoir ceux de la Fraternité Saint-Pie X ?
Le présent questionnaire s’adresse à tous les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, afin de dissiper d’éventuels doutes quant à leur position, qui apparaît actuellement ambivalents selon les interlocuteurs. Pour notre part, nous publierons toute réponse signée à ces questions. Chaque fidèle de cette Fraternité devrait toutefois exiger des prêtres des réponses claires, si possible écrites, avant de choisir de fréquenter ces chapelles. Cela permettrait d’éviter des choix irréfléchis ou dictés par les sentiments et les passions.
Cela est d’autant plus important que ces positions extrêmes sont révélées progressivement aux fidèles et sont révélés progressivement également aux séminaristes. C’est ce qui s’est produit pour les signataires du présent texte, auxquels certaines positions ont été dévoilées par étapes. Comme, par exemple, lorsque le Directeur d’Ecône ordonna aux séminaristes de se limiter à servir la Messe (traditionnelle) des prêtres diocésain de Novara en visite au séminaire, mais de ne pas recevoir l’hostie consacrée par eux, et de communier ce jour là à une deuxième Messe, célébrée par un prêtre de la Fraternité Saint Pie X.
Ces positions, d’abord partiellement cachées puis dévoilées progressivement, finissent ainsi par s’imposer de facto comme des principes à accepter et à mettre en pratique.
Et tout cela indépendamment de ce qui pourra ou non se passer le 1er juillet prochain, événement qui ne changera pas grand-chose à la substance de ces questions capitales pour le bien de l’Église.
Don Stefano Carusi
Abbé Louis-Numa Julien
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Elizabeth Woning sur The Becket Cook Show : quand le Christ libère aussi de l’identité imposée par le désir
Il y a des témoignages que notre époque ne sait plus entendre. Non parce qu’ils seraient violents, confus ou haineux, mais parce qu’ils démentent l’un de ses dogmes les plus profonds : l’idée que le désir sexuel constituerait le noyau ultime de l’identité humaine.
Elizabeth Woning fait partie de ces voix devenues presque impossibles à classer dans les catégories ordinaires du débat public. Ancienne femme lesbienne engagée dans une théologie favorable aux revendications LGBT, passée par un séminaire presbytérien aux États-Unis, elle raconte aujourd’hui comment sa rencontre avec le Christ a bouleversé sa vie, sa théologie, son rapport à son corps, à sa féminité et à Dieu.
Elle vient d’être reçue dans The Becket Cook Show, émission chrétienne américaine animée par Becket Cook, lui-même ancien homme homosexuel venu au Christ après une conversion marquante. Ancien décorateur dans le milieu hollywoodien, Becket Cook anime aujourd’hui une émission suivie dans les milieux évangéliques conservateurs, où il reçoit des témoins, pasteurs, théologiens et convertis autour des grandes questions de foi, de culture, de sexualité et d’identité. Son émission n’est pas catholique, et il faut le préciser, et elle aborde avec courage des sujets que beaucoup de milieux ecclésiaux occidentaux préfèrent contourner.
L’épisode consacré à Elizabeth Woning, intitulé Feminist Lesbian Comes to Christ, présente un parcours particulièrement révélateur. Elizabeth Woning ne vient pas d’un milieu ignorant de la théologie ou étranger au langage chrétien. Au contraire : elle a étudié la Bible, fréquenté un séminaire, défendu une lecture “inclusive” de la foi chrétienne, milité pour le mariage homosexuel et l’ordination de personnes LGBT. Elle connaissait donc de l’intérieur cette tentative très contemporaine de faire cohabiter le christianisme avec l’anthropologie sexuelle moderne.
Or c’est précisément ce point qui rend son témoignage intéressant. Elle ne dit pas seulement : “J’ai changé de mode de vie.” Elle dit plus profondément : “J’ai découvert que je ne savais pas qui était vraiment le Christ.” La conversion n’a pas seulement déplacé son comportement ; elle a déplacé le centre de gravité de son existence. Là où l’époque dit à l’homme : “Tu es ce que tu désires”, le christianisme répond : “Tu es appelé par Dieu, créé à son image, blessé par le péché, mais rachetable par la grâce.”
C’est ici que le témoignage d’Elizabeth Woning prend une force particulière. Notre monde a sacralisé l’identité sexuelle au point de la rendre presque intouchable. On peut remettre en question sa patrie, sa religion, son héritage familial, son corps même, mais il deviendrait interdit de remettre en question une orientation sexuelle ou une identité LGBT. Le moi contemporain se veut liquide dans tous les domaines, sauf dans celui du désir, devenu étrangement dogmatique.
Elizabeth Woning vient troubler cette liturgie moderne. Elle ne prétend pas que tous les parcours se ressemblent, ni que la vie chrétienne serait une formule magique supprimant instantanément toutes les blessures. Mais elle affirme, par son existence même, qu’une personne ne doit pas être enfermée dans l’identité que le monde lui assigne. Elle rappelle qu’une attirance, une histoire personnelle, une blessure, une appartenance militante ou un vocabulaire culturel ne suffisent pas à définir une âme.
Avec Ken Williams, elle a cofondé le CHANGED Movement, qui rassemble des hommes et des femmes affirmant avoir quitté l’identité LGBT à la suite de leur cheminement chrétien. Le simple fait qu’un tel mouvement existe est déjà insupportable à une partie du monde contemporain. Car si ces personnes existent, si elles parlent, si elles racontent une joie réelle, alors le discours dominant se fissure. Il ne peut plus prétendre que toute remise en cause de l’identité LGBT serait nécessairement violence, mensonge ou oppression.
Bien sûr, le sujet est délicat. Les blessures liées à la sexualité, à l’enfance, au rejet, à l’incompréhension familiale ou ecclésiale ne doivent jamais être traitées brutalement. Le christianisme n’a pas à humilier les personnes en souffrance. Il n’a pas à transformer la vérité en arme mondaine. Mais il n’a pas non plus le droit de trahir l’Évangile en répétant servilement les slogans de l’époque.
Le témoignage d’Elizabeth Woning oblige donc les chrétiens à retrouver une parole à la fois ferme et miséricordieuse. Ferme, parce que le Christ ne confirme pas toutes nos identités blessées ; il vient les sauver, les purifier, les ordonner. Miséricordieuse, parce que cette purification n’est jamais un mépris de la personne, mais l’œuvre patiente de la grâce dans une histoire humaine souvent compliquée.
Il faut également recevoir ce témoignage avec discernement catholique. Elizabeth Woning évolue dans un univers évangélique-charismatique américain, notamment autour de Bethel Church, qui n’est pas notre monde ecclésial. Les catholiques n’ont pas à importer sans examen toutes les catégories, les méthodes pastorales ou les sensibilités théologiques de ces milieux. Mais ils auraient tort de ne rien entendre. Car sur le fond anthropologique, quelque chose d’essentiel est rappelé : l’homme ne se reçoit pas de son désir, il se reçoit de Dieu.
La grande erreur contemporaine consiste à confondre compassion et validation. Aimer quelqu’un ne signifie pas lui dire que tout ce qu’il ressent est bon, juste, définitif ou constitutif de son être. Aimer chrétiennement, c’est vouloir pour l’autre la vérité qui libère. Or la vérité chrétienne ne réduit jamais la personne à sa sexualité. Elle ne réduit pas non plus la sexualité à un matériau disponible pour toutes les constructions identitaires. Elle voit dans le corps, dans la différence sexuelle, dans la vocation à l’amour, une grammaire profonde de la création.
Voilà pourquoi des témoignages comme celui d’Elizabeth Woning sont si précieux. Ils ne règlent pas tous les débats. Ils ne dispensent pas de la prudence pastorale. Ils ne permettent pas de parler à la place de toutes les personnes ayant des attractions homosexuelles ou une histoire LGBT. Mais ils rouvrent un espace interdit : celui de la conversion.
Et c’est peut-être cela qui dérange le plus. Dans le christianisme, rien n’est plus profond que la conversion. Ni le passé, ni le péché, ni la blessure, ni le regard des autres, ni même l’image que nous nous sommes construite de nous-mêmes. L’homme moderne veut parfois être reconnu exactement tel qu’il se définit ; le Christ, lui, appelle chaque personne par son nom, non pour la laisser immobile, mais pour la conduire vers la vérité de son être.
Elizabeth Woning rappelle donc une chose simple et immense : le Christ ne vient pas bénir nos prisons intérieures. Il vient ouvrir les portes. Et cela vaut pour tous.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Le Pape doit panser les plaies infligées à la doctrine de l’Église pour apaiser la méfiance et restaurer la confiance
De Monseigneur Martin Grichting, professeur de droit canonique, vicaire général émérite du diocèse de Coire et ancien consulteur de la Congrégation pour le Clergé au Vatican :
Le libéral catholique Lord Acton (1834-1902) a déclaré : « Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. » En démocratie, on en conclut que le pouvoir doit être source de méfiance et limité. Il est donc contrôlé, entre autres, par la reconnaissance des droits fondamentaux, la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire), le principe de subsidiarité et le fédéralisme, les référendums et la limitation des mandats. Par un « contrat social » entre tous les citoyens – la constitution –, le peuple s’engage à partager le pouvoir politique de cette manière. Mais même ce contrat ne suffit pas toujours à le contenir.
Au sein de l’Église, le problème du pouvoir est encore plus aigu. En effet, aucun des moyens susmentionnés de fragmentation du pouvoir n’y existe. Au contraire, selon la doctrine de la foi et le Code de droit canonique (CIC/1983), le pape possède « en vertu de sa charge le pouvoir ordinaire suprême, plein, immédiat et universel dans l’Église » (c. 331).
Le Pape détient donc un pouvoir absolu. Ce pouvoir absolu au sein de l’Église conduit-il pour autant à une corruption absolue ? Si l’on considère l’Église uniquement d’un point de vue humain, la réponse serait sans doute : oui. Mais, du point de vue de la foi, il n’en est rien. Car il existe un seul « instrument » pour limiter l’omnipotence papale : l’obéissance inconditionnelle à la Tradition et à l’Écriture saintes, auxquelles le Pape est tenu par sa conscience. C’est uniquement parce que l’Église dans son ensemble, et le Pape en particulier, sont liés par cette limitation du pouvoir que le pouvoir absolu peut être confié à une seule personne en son sein. La méfiance envers le pouvoir est ainsi surmontée dans l’Église par la confiance que les fidèles ont dans le fait que le Pape sait lui-même être tenu par une obéissance inconditionnelle à la foi dans l’exercice de son pouvoir, lequel est par nature illimité.
Cette confiance a été ébranlée au sein de l’Église ; pour beaucoup, elle a été anéantie. Le pape François a transformé l’indissolubilité du mariage en une farce avec « Amoris Laetitia ». Elle n’est plus valable qu’en théorie. En pratique, grâce à quelques « distinctions pastorales » – sur n’importe quel fondement, par n’importe qui – on peut vivre dans l’adultère en toute conscience. La bénédiction non liturgique de quelques secondes accordée par le Vatican aux couples de même sexe et aux couples non mariés (« Fiducia supplicans ») représente un éloignement supplémentaire du mariage chrétien. Des gestes ambigus tels que le culte de la Pachamama au Vatican et le « Document sur la Fraternité Humaine » (Déclaration d’Abou Dhabi) de 2019 ont de fait nié l’universalisme chrétien du salut. La nomination de laïcs à des postes de direction au Vatican impliquant l’exercice de l’autorité gouvernementale constitue une rupture avec le Concile Vatican II (LG 21 ; Nota explicativa praevia 2). Elle sape l’ordre sacramentel et hiérarchique de l’Église. Cette situation persiste sous le pontificat de Léon XIV. Dans la foulée du « synodalisme », le Saint-Siège a publié un document qui tente de justifier le rejet du concile Vatican II (Rapport final du Groupe d’étude 5 sur le sacrement de l’Ordre et la « potestas sacra »). Sans commentaire – et de manière irresponsable –, le Saint-Siège a publié un texte hérétique qui relativise l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille (Rapport final du Groupe d’étude 9 sur les « questions complexes »).
Même les graves abus liturgiques sont ignorés ou minimisés par les évêques et le Saint-Siège. Pourtant, les adeptes de la forme extraordinaire sont persécutés. On empêche les prêtres de célébrer l’Eucharistie de cette manière, ou on leur impose des difficultés à le faire. Les laïcs sont humiliés par l’interdiction de célébrer cette forme de l’Eucharistie dans les églises paroissiales. Ces fidèles sont contraints à la clandestinité ou se tournent vers la Fraternité Saint-Pie-X, dont l’existence même est alors déplorée.
Le pape laisse les évêques allemands, qui depuis des années sapent l’ordre sacramentel de l’Église avec leur « chemin synodal » et institutionnalisent la bénédiction des couples de même sexe, agir en toute impunité. Des discussions auraient eu lieu avec eux. La Fraternité Saint-Pie-X, quant à elle, est menacée d’excommunication en vertu de l’autorité absolue du pape. Ce dernier ignore la Constitution dogmatique « Lumen Gentium » (n° 21) relative au sacrement de l’Ordre et exige l’acceptation de la Constitution sur la liturgie (« Sacrosanctum Concilium »). Or, ces deux documents émanent du même concile. Ce double discours érode la confiance de nombreux fidèles.
L’annonce par la Fraternité Saint-Pie X de consacrer des évêques de sa propre initiative témoigne d’une perte de confiance envers le Pape. La sympathie suscitée par cet acte, bien au-delà des seuls membres de la Fraternité, révèle que pour beaucoup, la confiance a cédé la place à la méfiance. Trop de choses se sont passées, et les conséquences sont dévastatrices. De plus en plus de catholiques prennent conscience que la doctrine de l’Église ne limite plus les actions de la hiérarchie. C’est là le mal qui ronge véritablement l’Église. Et ce mal ne saurait être guéri par l’exercice de la toute-puissance papale au moyen de menaces et d’excommunications. Car si le pouvoir sans contrôle de la partie la plus forte est déterminant au sein de l’Église, une seule conclusion s’impose : ce pouvoir doit être limité. L’ordination d’évêques contre la volonté du Pape constitue en définitive une tentative – incontestablement problématique – de limiter la toute-puissance papale lorsque sa limite ne semble plus être la doctrine de l’Église.
Pour éviter de nouvelles limitations de la toute-puissance papale dues aux schismes, il n’y a qu’une seule voie possible : le Pape doit panser les plaies infligées à la doctrine de l’Église. C’est la seule façon d’apaiser la méfiance et de restaurer la confiance. Il n’y parviendra pas par des diktats, des menaces et une politique de deux poids, deux mesures. La Fraternité Saint-Pie-X n’est pas le mal, mais un symptôme. Ce symptôme peut être combattu par l’excommunication. La suprématie papale le permet sans aucun doute juridiquement.
Mais cela ne guérira pas le mal. Il continuera de s’envenimer, de diviser et d’affaiblir le Corps du Christ, l’Église. Le Pape détient la clé de la guérison. Il doit l’exercer et ne peut rester indifférent. Car même ne pas gouverner, c’est gouverner. C’est aussi une conséquence de l’omnipotence papale.
Un prélat orthodoxe dénonce les Journées catholiques LGBTQXYZ à Wurtzbourg en Allemagne
Le métropolite Séraphim du Pirée, hiérarque de l’Église orthodoxe de Grèce, a critiqué le forum des Journées catholiques allemandes à Wurtzbourg. L’évêque a souligné que cet événement témoignait « de façon éloquente » de la crise au sein de l’Église catholique romaine, bien plus profonde que ce que la société imagine généralement.
« Bien qu’il s’agisse d’un événement ecclésiastique de l’Église papale en Allemagne, le grand absent était le Christ lui-même ».
Selon le métropolite, le programme officiel du forum a presque entièrement ignoré les concepts chrétiens traditionnels tels que le péché, le repentir et la vie éternelle.
Un fait encore plus flagrant, a déclaré le hiérarque, était que le nom de Jésus-Christ n’apparaissait qu’une seule fois dans le programme du congrès, et uniquement dans le cadre d’un événement musical international.
Lors du congrès, les courants idéologiques modernes ont supplanté la doctrine chrétienne. Le métropolite Séraphim a constaté que les principaux sujets de discussion étaient la politique climatique, les questions d’identité de genre et la « théorie queer ». Une espèce de célébration queer s’est déroulée dans une église.
Le hiérarque grec fut particulièrement indigné par le programme destiné aux enfants : l’homosexualité y était présentée comme une forme de « diversité normale » et on leur enseignait des notions de « familles arc-en-ciel », qui contredisent directement le mariage chrétien traditionnel.
« Le papisme sécularisé, s’étant éloigné de l’authenticité de l’enseignement chrétien, au lieu de suivre le Christ, suit de plus en plus l’esprit du monde déchu ».
Il a également établi un parallèle avec le « Grand Inquisiteur » de Dostoïevski, soulignant que la quête du pouvoir temporel et l’adaptation aux exigences de l’époque sont des vices de longue date du Vatican. La situation actuelle montre que le problème auquel sont confrontés les catholiques aujourd’hui n’est pas d’ordre organisationnel, mais avant tout spirituel et ecclésiologique.
Le silence de Rome est éloquent et ne scandalise pas uniquement les orthodoxes.
L’avortement sous contrainte dénoncé à l’ONU
Le Rapporteur spécial de l’ONU sur la violence faite aux femmes a publié un nouveau rapport sur «la violence à l’égard des mères» dénonçant l’avortement pour cause économique et l’avortement sous contrainte.
L’ECLJ, qui a contribué à l’élaboration de ce rapport, est cité nommément dans ce dernier.
Des milliers de femmes n’avortent pas “librement” sans être pour autant physiquement “forcées” de le faire. Ce sont les circonstances familiales et économiques qui poussent ces femmes à ne voir qu’une solution à la grossesse, celle que leur propose systématiquement et uniquement le Planning familial: l’avortement. Elles avortent par dépit, suite à des pressions, des incitations, en étant poussées par des proches ou leur conjoint, sans qu’on leur présente aucune alternative.
Le Rapporteur recommande aux États de:
- Veiller à ce que les femmes qui envisagent un avortement reçoivent des informations précises et complètes sur les alternatives disponibles, y compris l’accès à des services d’accompagnement”
- d’ériger en infraction pénale l’avortement sous contrainte ou forcé, y compris l’avortement sélectif fondé sur le sexe ou le handicap.
C’est la première fois que l’avortement sous contrainte est dénoncé en droit international et c’est véritablement grâce à notre action institutionnelle depuis des années aux Nations unies.
« Soyons collectivement attentifs à nos aînés »… en attendant de les euthanasier !
Un nouveau couplet de “en même temps”…
Face à la canicule, veillons les uns sur les autres. Soyons collectivement attentifs à nos aînés, à nos enfants et aux personnes isolées ou fragiles. pic.twitter.com/LoKxfLvAVE
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) June 21, 2026
Transmissio cherche des volontaires pour “des vacances avec le Bon Dieu”, fin août
Transmissio signale qu’il reste quelques places pour « des vacances familiales avec le Bon Dieu », du 21 au 25 aout ! Pour plus d’informations, c’est ici !
Vous êtes étudiant, scout / guide, jeune pro et vous souhaitez donner un peu de votre temps pour une œuvre dans une ambiance exceptionnelle ?
Rejoignez l’équipe des bénévoles de Transmissio !
TRANSMISSIO est une initiative de laïcs soutenue par les communautés catholiques traditionnelles en partenariat avec Notre-Dame de Chrétienté et Renaissance Catholique pour :
- permettre aux familles de se ressourcer
- donner les clefs d’une vie conjugale et familiale harmonieuse
- aider à grandir par des enseignements adaptés à tous les âges
- faire vivre l’expérience de la chrétienté
- aider à tisser des liens d’amitié et d’entraide avec d’autres familles
Dates : du mercredi 19 août au mercredi 26 août 2026
- Installation : mercredi 19 et jeudi 20 août
- Session avec les familles : du vendredi 21 au mardi 25 août
- Rangement et soirée de clôture : le mercredi 26 août
Lieu : Domaine de Chalès, 41600 Nouan-le-Fuzelier
Services demandés aux bénévoles :
- Accueil des familles
- Encadrement des activités adultes et enfants
- Aide à la mise en place des repas
- Garde des plus jeunes
- + 1 bénévole moniteur d’optimist !
+ d’infos et inscription sur https://transmissio.org/index.php/devenir-membre/
Intelligence artificielle : l’Eglise et la Silicon Valley
Le JDNews a interrogé l’essayiste technophile Laurent Alexandre et l’évêque de Nanterre Mgr Matthieu Rougé à propos de l’encyclique que Léon XIV vient de consacrer à l’intelligence artificielle. Extrait :
Le pape a-t-il compris la force des enjeux ?
Mgr Rougé : Léon XIV a pris en quelques mois une stature mondiale, dans un contexte de fractures géopolitiques, en tenant un langage de paix très fort. La question de la paix appliquée à l’IA est particulièrement cruciale. J’entends Laurent Alexandre dire : attention, si on est réticent sur l’IA dans les systèmes de défense, d’autres s’en serviront. Ce que dit le pape, c’est qu’ouvrir la voie à une présence massive de l’IA dans ces systèmes expose tout le monde à des périls graves. On voit déjà comment les drones ont complètement modifié le rapport à la guerre et à la paix.
Laurent Alexandre : Le Saint-Père m’a impressionné par la maturité de sa réflexion. Le fait qu’il ait lui-même signé et présenté l’encyclique, le fait que ce soit au début de son pontificat – et qu’il insiste sur les enjeux majeurs de l’IA pour l’humanité –, le fait que le pape soit le premier chef d’État à mettre au cœur de son mandat cette question : tout cela est essentiel. J’aimerais que les dirigeants politiques s’y intéressent aussi sérieusement. Il y a cependant deux points sur lesquels je suis en désaccord. D’abord, désarmer l’IA de façon unilatérale serait la certitude d’une vassalisation devant les autocrates qui, eux, s’en serviront à des fins de puissance. Ensuite, je pense que le pape est en retard sur le transhumanisme. Comme il est impossible d’arrêter l’intelligence artificielle, nous avons deux choix : soit nous sommes marginalisés face à une IA que nous ne comprendrons même plus, soit nous nous augmentons. Si on n’augmente pas le cerveau humain – par voie biologique ou électronique, comme les implants Neuralink –, nous serons vassalisés. Le renoncement au transhumanisme au moment où l’IA écrase l’intelligence humaine me paraît dangereux.
Mgr Rougé : Sur le transhumanisme, c’est notre vrai point de désaccord. Le mot « trasumanar », qui a donné transhumanisme, vient de la Divine Comédie de Dante, pour exprimer l’entrée dans la vie éternelle. Je ne crois pas que le salut de l’humanité passe par l’augmentation bioélectronique. Le plus décisif dans la condition humaine n’est pas la capacité à dominer mais plutôt, comme le développe le pape, l’accueil de nos limites et de nos fragilités.
Laurent Alexandre, vous avez écrit que la mort est une maladie que la science guérira. Peut-on vouloir vivre éternellement sans vider la vie de son sens ?
L. A. : Dans mon livre, coécrit avec Alexandre Tsicopoulos, Vivre 1 000 ans (Buchet-Chastel), je développe les conséquences éthiques de cette conviction de la Silicon Valley : la superintelligence artificielle va permettre de corriger le vieillissement et la mort comme un bug. Si la mort était positive, il faudrait mourir le plus tôt possible – or ce n’est pas ce que nous souhaitons. La volonté de vivre plus longtemps sera forte, à condition d’arrêter le vieillissement. Demis Hassabis l’affirme : entre 2035 et 2040, on saura l’arrêter et même l’inverser grâce à la superintelligence artificielle. Je ne sous-estime pas pour autant les conséquences en cascade. Il y a là une problématique faustienne : aux États-Unis, des transhumanistes âgés disent qu’il faut aller très vite, avant de mourir. On voit le risque d’utiliser la superintelligence artificielle trop tôt, poussé par la peur de mourir. Ce qui m’inquiète, c’est que l’IA va trop vite pour nos institutions, nos psychologies, notre philosophie, nos organisations spirituelles. Geoffrey Hinton, prix Nobel de physique 2024 pour l’invention des réseaux de neurones profonds, dit que l’homme n’est plus l’espèce la plus intelligente sur Terre : il devient la deuxième. Ce basculement, nos modes de pensée n’y sont pas préparés.
M. R. : La mort est un phénomène ambivalent : Dieu n’a pas créé la mort, nous dit le Livre de la Sagesse et, en même temps, nous sommes faits pour passer de cette terre vers Dieu. Que la révolution de l’IA interroge profondément notre rapport à la vie et à la mort, c’est certain. Mais aujourd’hui, les questions les plus aiguës, c’est la mort trop présente : les pandémies, les conflits armés, la montée des cancers chez les jeunes, etc. Ne nous trompons pas de priorité. Le pape oppose ce qu’il appelle « le syndrome de Babel » – un développement de l’humanité par elle-même, totalement homogénéisant – à la « voie de Néhémie », un travail collaboratif qui prend en compte la diversité de l’humanité. Une vie privée de tout vieillissement serait une vie privée de toute maturation. Une bonne partie du sel de la vie, c’est de pouvoir être enfant, adolescent, jeune adulte, puis personne plus âgée qui a du recul. Stopper le vieillissement porterait atteinte à la beauté de la vie dans toute la complexité de son rythme. En revanche, utiliser l’IA en médecine pour mieux diagnostiquer, élaborer des protocoles thérapeutiques, cela se fait déjà, et c’est une réalité heureuse.
Pères : à la recherche de la paternité de Dieu
Aymeric Pourbaix reçoit :
- 𝐀𝐛𝐛𝐞́ 𝐕𝐢𝐧𝐜𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐌𝐄𝐋𝐋𝐎, prêtre et éducateur
- 𝐁𝐞𝐧𝐨𝐢̂𝐭 𝐝𝐞 𝐁𝐋𝐀𝐍𝐏𝐑𝐄́, directeur de l’Aide à l’Église en Détresse de France
- 𝐏𝐢𝐞𝐫𝐫𝐞 𝐃𝐔𝐑𝐈𝐄𝐔𝐗, délégué général de la Fédération Village Saint Joseph
Deux cardinaux soutiennent une manifestation militante LGBTQXYZ : quelle sanction ecclésiale ?
Le cardinal Robert McElroy et le cardinal Blase Cupich, archevêques de Washington, DC et de Chicago, ainsi qu’Eduardo Peñalver, le futur président pro-LGBT de l’université jésuite de Georgetown, ont chacun adressé leurs salutations aux participants de la conférence de sensibilisation LGBTQXYZ du père James Martin ce week-end.
Dans un message publié sur X, Outreach a partagé trois lettres datées du 19 juin, écrites par Mgr McElroy, qui prendra la parole lors de la conférence, Mgr Cupich et Peñalver, qui encouragent les participants à la conférence, dont certains ne vivent probablement pas en accord avec l’enseignement catholique, et soulignent le « nouveau ministère » envers les « catholiques LGBT » sous les papes François et Léon.
La conférence de Martin de 2026, intitulée « Marcher côte à côte : célébrer cinq ans de ministères de sensibilisation », a lieu du 19 au 21 juin à l’Université de Georgetown avec des laïcs, des membres du clergé, des universitaires, des artistes, des éducateurs, des étudiants et des membres de leur famille LGBTQ pour célébrer cinq ans de ministère de sensibilisation.
En amont de la conférence Outreach 2026, le cardinal Robert McElroy de Washington, D.C., et le président de l’université de Georgetown, Eduardo Peñalver, ont adressé des paroles d’hospitalité et de bienvenue aux participants. Le cardinal Blase Cupich de Chicago a également offert des paroles d’encouragement et de bénédiction à l’assemblée. pic.twitter.com/NkJP1yWl5o
— Outreach (@OutrchCatholic) 19 juin 2026
Cette réunion intervient à un moment clé de l’histoire de l’Église.
« Je suis ravi de vous accueillir à la Conférence de rayonnement de 2026 ici à Washington », a écrit McElroy. « Car je sais que le Saint-Esprit sera profondément présent lors de nos réunions et discussions en ce moment crucial de l’histoire de notre Église et de notre nation. »
Le cardinal a ensuite souligné que cette conférence intervenait après que le pape François eut posé les fondements d’un « ministère authentique » envers la communauté LGBT, ministère poursuivi, selon lui, par le pape Léon XIV. Le prélat s’est félicité que cette conférence se tienne également après la publication du rapport du Groupe d’étude 9 du Synode sur la synodalité.
« Nous nous réunissons à un moment où les fondements pastoraux posés par le pape François pour un ministère authentique auprès et avec la communauté LGBT sont approfondis et affinés par le pape Léon XIV ».
En effet, le pontificat du pape François a été marqué par plusieurs contradictions avec l’enseignement clair de l’Église sur l’homosexualité.
L’Église catholique enseigne que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés » et « contraires à la loi naturelle », et que l’inclination homosexuelle est « objectivement désordonnée ». Le Catéchisme est très clair : l’activité homosexuelle ne peut jamais être approuvée et il rappelle que « les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté ».
Le rapport hérétique du Synode, publié en mai, a scandaleusement approuvé des témoignages, sans réserve, affirmant que « le péché, à sa racine, ne consiste pas dans la relation de couple (homosexuelle) » mais dans « un manque de foi en un Dieu qui désire notre épanouissement ».
Dans sa lettre à la conférence, le cardinal Cupich a noté que des responsables de l’organisme de sensibilisation des homosexuels et des lesbiennes de l’archidiocèse de Chicago (AGLO) seraient présents et a salué le thème de la conférence de 2026, « Marcher côte à côte », affirmant qu’il correspondait à « l’Église synodale ».
« Le thème de la conférence trouve un écho particulier au sein de notre Église synodale et, en cette nouvelle ère missionnaire, il est utile de se tourner vers les premiers chrétiens qui étaient déterminés à ce que personne ne se sente exclu ou laissé pour compte ». « En accordant une plus grande importance à l’écoute du cheminement spirituel de chacun et en reconnaissant l’évangélisation comme un processus, nous permettons à chacun de grandir dans sa relation avec Jésus-Christ et dans la solidarité avec les autres membres du Corps du Christ. »
S’il est vrai que l’Église, dès ses origines, a eu pour objectif de ne laisser personne « de côté », l’authentique action missionnaire catholique consiste notamment à appeler à la repentance ceux qui ne suivent pas l’Évangile, comme ceux qui entretiennent des « relations » homosexuelles, un point que Cupich et la conférence omettent complètement d’aborder.
Mgr Cupich a conclu sa lettre en joignant ses prières aux participants de la conférence, afin que l’événement les « enrichisse » et les encourage « à cheminer avec les autres dans la foi ».
Dans sa lettre, Peñalver, qui a explicitement déclaré rejeter l’enseignement de l’Église sur l’homosexualité, s’est dit ravi que l’université dont il deviendra bientôt le président accueille la conférence. Il a également souligné sa conviction erronée selon laquelle l’une des missions essentielles des universités catholiques et jésuites est de « créer un campus inclusif ».
« Les universités catholiques et jésuites ont une mission particulière. Notre engagement envers l’éducation est indissociable de notre engagement à créer un environnement universitaire inclusif qui accueille chacun et qui donne à nos étudiants les moyens de guider le monde vers plus de justice et d’humanité ».
« Vous êtes ici pour écouter, réfléchir et échanger avec les autres sur les questions de foi, d’identité et de communauté ». « Je ne vois pas de meilleur cadre pour aborder ces questions qu’à cette conférence, à ce moment précis et dans cette université. Dans l’esprit du thème de cette année, nous sommes fiers de cheminer à vos côtés, unis dans notre foi commune. »
Chrétiens et musulmans ont-ils le même Dieu?
Le 21 juin, Terres de mission reçoit l’abbé Fabrice Loiseau, fondateur des Missionnaires de la Miséricorde divine, pour une émission spéciale entièrement consacrée à son dernier livre: “Chrétiens et musulmans: avons-nous le même Dieu” (Artège). Un livre très pédagogique qui explique avec charité, mais sans détours, les différences entre les deux religions.
Euthanasie : l’avenir est à Dieu
Illustration : Matthias Grünewald, Le Retable d’Isenheim (v. 1512-1516), Musée Unterlinden, Colmar.
Légende : Au-delà des plaies du corps et des illusions d’une « biologie heureuse », la chair transfigurée du Ressuscité rappelle à l’homme que sa destinée ultime n’est pas la mort, mais la vie éternelle.
Le débat qui agite aujourd’hui notre pays autour du projet de loi sur la fin de vie et de la prétendue « aide à mourir » dépasse infiniment les frontières de la politique politicienne, ses calculs misérables et ses clivages factices. Il ne s’agit pas d’un simple affrontement entre la droite et la gauche, ni même d’un énième débat sociétal destiné à amuser les galeries parlementaires. Ce qui se joue sous nos yeux est un affrontement spirituel radical qui engage directement notre éternité.
Chaque acte posé, chaque loi votée s’inscrit en réalité face à Dieu, sous le regard souverain du Juste Juge. Notre passage sur cette terre n’est pas une parenthèse absurde, une existence profane vouée au confort matériel ou aux compromis lâches avec l’esprit du siècle ; il est le lieu d’un choix crucial, exclusif et définitif pour le salut de notre âme.
Devant la souffrance, l’angoisse et l’imminence de la mort, les masques tombent, les artifices mondains s’effondrent et les appartenances profanes s’effacent. Il ne reste que l’homme dans sa vérité nue, créature indissolublement reliée à son Créateur, appelée à traverser le voile du temps pour la vie éternelle dans l’au-delà.
Pour quiconque cherche la vérité — et plus encore pour un catholique conscient de ses devoirs sacrés et de son salut —, ce projet de loi n’est pas une simple inflexion législative : c’est une rupture éthique majeure, une rébellion ouverte contre le plan de Dieu, parce qu’il s’oppose, en son principe même, à la vérité immuable que la vie humaine est un don reçu et non une propriété dont l’homme pourrait disposer souverainement.
L’illusion de la « biologie heureuse » et les nouveaux autels du néant
Il faut nommer le mal qui s’insinue dans les consciences avec la rigueur inflexible de la vérité. L’euthanasie, comme l’avortement, procède d’une seule et même matrice idéologique : une conception strictement matérialiste, nihiliste et païenne de l’existence, que l’on doit appeler la « biologie heureuse ».
Selon cette logique purement immanente et marchande, la vie ne vaudrait d’être vécue que tant qu’elle demeure fonctionnelle, indolore, esthétique et maîtrisable. La dignité humaine se trouve ainsi indexée sur l’état du corps, insultant et niant la grandeur de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Cette entreprise législative relève, comme le dénonce le père Laurent Stalla-Bourdillon dans sa tribune au Journal du Dimanche, d’une véritable religion déguisée. Ce prêtre, longtemps aumônier des parlementaires français, n’hésite pas à écrire qu’« elle enrégimente la société sous l’autorité d’une doctrine dissimulée ». Sous couvert de neutralité, cette loi impose en réalité un dogme bien réel : le postulat selon lequel l’être humain se réduirait exclusivement à sa biologie.
Il faut aller plus loin encore dans le dévoilement : l’État totalitaire est en train d’ériger une idolâtrie d’un genre nouveau, une religion inversée. Les lits d’hôpitaux détournés et les protocoles de mort deviennent les nouveaux autels sacrificiels de ce culte matérialiste. Quant aux médecins, formés à l’origine pour défendre la vie, ils se retrouvent enrégimentés de force pour devenir les ministres d’une liturgie macabre. Ceux qui s’apprêtent à voter cette loi ne sont pas les gardiens de la laïcité, mais les officiants d’un culte du rien qui ne sait que supprimer la personne au lieu de la soulager.
Romano Guardini l’avait parfaitement perçu : lorsque l’homme se comprend uniquement à partir de la technique ou de la biologie, il s’aveugle sur sa propre vocation céleste. Sa destinée n’est plus alors qu’une trajectoire matérielle à optimiser, un déchet à éliminer, et non un appel divin à accomplir.
Or, la vie humaine n’est pas une mécanique que l’on brise dès qu’elle dysfonctionne. Elle est un pèlerinage sacré, une histoire sainte ouverte à la transcendance, où la vulnérabilité devient le lieu même de la configuration mystique au Christ souffrant. Sortir l’homme de sa destinée éternelle pour le livrer aux seules logiques du confort ou de l’efficacité, c’est l’amputer de son âme, c’est le déshumaniser radicalement.
La subversion du langage et le devoir de compassion
Pour rendre acceptable cette apostasie éthique, notre époque décadente déploie une rhétorique lénifiante, mais profondément démoniaque. L’homicide devient « compassion ». La mise à mort est rebaptisée « aide ». On en vient même à suggérer l’infamie d’inscrire « mort naturelle » sur le certificat de décès d’une personne sciemment euthanasiée. Ce travestissement du langage procède d’une volonté d’occulter le réel et d’anesthésier définitivement le sens du péché dans les consciences.
Comme le mettait en garde le père Laurent Stalla-Bourdillon dans sa puissante tribune du Journal du Dimanche, nous assistons à l’imposition progressive d’une anthropologie défigurée où l’homme prétend s’ériger en maître absolu de la vie et de la mort. Mais cette autonomie radicale est une illusion mortifère. Elle ne fonde pas la liberté ; elle la dissout dans la révolte originelle. Comme l’enseignait saint Jean-Paul II dans l’encyclique Veritatis Splendor, la liberté humaine ne crée pas la vérité : elle s’y conforme et s’y soumet. Rompre le lien fondamental et indissoluble entre la liberté et la vérité, c’est condamner l’homme à l’errance absolue et aux ténèbres de l’orgueil.
Contre ce nihilisme d’État, la véritable espérance chrétienne se dresse comme un rempart unique. Dans son encyclique Spe Salvi, le pape Benoît XVI rappelait une vérité fondamentale trop souvent oubliée par nos contemporains : la grandeur de l’humanité se détermine essentiellement par son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Le Souverain Pontife écrivait que la société qui ne réussit pas à accepter la souffrance de ses membres et qui n’est pas capable de contribuer à partager la souffrance pour la porter aussi spirituellement, est une société cruelle et inhumaine.
L’amour authentique ne devance jamais la mort pour abréger la peine par le crime ; il se fait présence, adoration, fidélité et accompagnement héroïque au pied de la Croix. Il cherche à soulager sans supprimer, à soutenir sans éliminer. Dans une société dominée par les logiques comptables et utilitaristes, légaliser l’euthanasie revient ouvertement à exposer les plus fragiles à une pression silencieuse et perverse : celle de se percevoir comme une charge inutile. Une communauté qui n’assume plus ses membres les plus souffrants renonce à Dieu et s’exclut elle-même de l’humanité.
L’appel aux consciences : le devoir du « Reste » fidèle
Je m’adresse ici avec la plus haute gravité à ceux qui hésitent, à ceux qui se taisent par prudence mondaine, par fatigue ou par crainte du jugement du siècle. Que vaut une conscience qui choisit le lâche silence de la neutralité lorsque l’essentiel — c’est-à-dire l’éternité — est en jeu ?
Force est de constater que beaucoup de nos parlementaires s’apprêtent à voter ce texte de mort davantage par esprit de parti, par discipline politique ou par de misérables tactiques de carrière que par conviction profonde. Mais que valent le pouvoir, la carrière politique ou les lumières éphémères de la célébrité médiatique ? Tout cela n’est que poussière, cendre et vanité devant le Tribunal de Dieu.
En acceptant de vivre et de décider à la superficie d’eux-mêmes, beaucoup de responsables publics proposent de violer la neutralité de l’État pour imposer par la force une philosophie nihiliste. En censurant toute liberté de conscience par un véritable tribunal de la pensée, ils semblent avoir totalement oublié qu’ils ont une âme. Le matérialisme ambiant coupe l’homme de ses racines célestes. On peut tromper les assemblées terrestres, séduire l’opinion publique ou habiller les réalités les plus graves de mots rassurants. Mais on ne se moque pas de Dieu.
L’Évangile nous avertit avec une clarté sans détour (Mt 10, 26-33) :
« Rien n’est voilé qui ne doive être dévoilé, rien n’est caché qui ne doive être connu. »
Et la parole du Christ se fait plus redoutable encore pour les tièdes :
« Quiconque me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père. »
C’est pourquoi, même si cette loi inique venait à être définitivement adoptée et gravée dans le marbre profane de nos codes républicains, cela ne changerait absolument rien aux racines théologiques de nos décisions. Une loi humaine opposée à la loi divine et naturelle est moralement nulle et non avenue ; elle n’oblige jamais la conscience.
Il appartient aujourd’hui au « petit Reste » des chrétiens fidèles de relever le défi de la résistance spirituelle. Refuser de défendre le plus fragile par peur du monde ou par calcul, c’est consommer le reniement. Face à l’euthanasie comme face à l’avortement, deux visages d’une même culture de mort, l’objection de conscience n’est pas seulement un droit accordé par les hommes ; elle est un devoir moral absolu, impérieux et non négociable devant le Créateur.
Le seuil de l’Éternité et le mystère du Jugement
Il nous faut regarder la vérité en face, dans toute sa brutalité mystique : personne ne sait si celui qui meurt est réellement en état de mourir. Disposer du jour de son trépas relève d’une insupportable présomption, car disposer du corps ne garantit en rien la félicité de l’âme. Nul ne peut sonder ce qui se joue au moment exact où l’âme perd son lien avec la chair.
À cet instant précis, l’âme entre dans son état définitif. Le temps du mérite et du démérite est clos, les trajectoires terrestres sont figées. L’âme est alors instantanément jugée à la lumière de la Vérité parfaite, recevant sa destinée éternelle : soit l’entrée dans la splendeur de Dieu, soit une purification nécessaire, soit l’obscurité irréversible de l’enfer, conséquence du respect absolu que Dieu accorde à la liberté humaine lorsque celle-ci refuse obstinément l’Amour.
Qui peut prétendre jouer avec les décrets éternels en devançant l’heure par un geste technique ? Qui peut mesurer ce qui se joue dans les derniers instants d’une existence humaine ? Qui peut prétendre connaître les grâces de conversion, de réconciliation ou d’abandon mystique que Dieu peut encore offrir à une âme au seuil même de la mort ?
À l’échelle de l’Éternité, nos lois, nos gouvernants et nos parlements ne sont que de la paille que le vent emporte. Tout cela passera. Une seule réalité subsistera : l’amour divin que nous aurons incarné dans la fidélité absolue à Ses commandements.
Le malade que la société matérialiste juge parfois « de trop », celui dont certains envisagent froidement d’organiser la mort, c’est le Christ lui-même que le croyant reconnaît et sert dans sa détresse.
Le retable d’Isenheim, conservé au Musée Unterlinden de Colmar, en offre une contemplation saisissante. Peint par Matthias Grünewald pour des malades rongés par la souffrance physique, il ne s’arrête pas aux chairs meurtries et torturées du Crucifié : il s’ouvre, dans une explosion de lumière chorale, sur la gloire inouïe du Ressuscité. Là où notre siècle décadent ne voit qu’un corps diminué qu’il faut éliminer, le génie chrétien révèle une chair appelée à la transfiguration éternelle.
C’est pourquoi nous devons aborder les temps qui viennent sans aucune crainte, ancrés dans la liberté glorieuse des enfants de Dieu, indifférents aux sentences du monde et tendus vers la seule Vérité.
Victor Hugo l’écrivait dans Les Contemplations :
« L’avenir est à Dieu. »
Au terme de notre pèlerinage terrestre, nous ne serons pas jugés sur nos habiletés, nos prudences humaines ou nos compromis avec l’esprit du temps. Comme l’enseigne saint Jean de la Croix dans les Dichos de Luz y Amor :
« Au soir de cette vie, vous serez jugés sur l’amour. »
C’est pour cet Amour, le seul qui demeure pour l’éternité, qu’il nous faut dès aujourd’hui rester debout, fidèles, inflexibles et témoins de la Vérité qui sauve.
Pour approfondir et prolonger la réflexion
• Père Laurent Stalla-Bourdillon, « Euthanasie : un dogme matérialiste au service du néant », tribune parue dans le Journal du Dimanche, 26 mai 2025.
• Benoît XVI, Spe Salvi (Encyclique sur l’espérance chrétienne), 30 novembre 2007 (en particulier les paragraphes dédiés à la souffrance et à la consolation).
• Homélie du père Michel Viot, « Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ! », diffusée le 19 juin sur la chaîne YouTube de Gilbert Collard TV.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
La suppression de l’Institut Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille vise à repenser le concept de « droit naturel »
La suppression de l’Institut Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille était une opération idéologique aux graves conséquences pour l’Église tout entière. Voici la réponse de Mgr Melina, président de l’institut de 2006 à 2016, docteur en théologie et maître en philosophie, à Mgr Paglia, qui soutient cette décision.
Dans un entretien accordé à Settimana News le 21 mai 2026, Mgr Vincenzo Paglia a réaffirmé son rôle déterminant dans la suppression de l’Institut Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille et son remplacement par une nouvelle entité académique, ainsi que dans la transformation radicale de l’Académie pontificale pour la vie. Il a également expliqué que ces interventions visaient un changement de paradigme radical, reconnu pour la première fois non seulement au niveau pastoral, mais aussi au niveau doctrinal. Cette réforme « très profonde », selon Mgr Paglia, impliquait avant tout de repenser le concept même de « droit naturel ». Celui-ci ne pouvait plus se fonder sur des principes immuables permettant de déduire des normes, mais devait s’appuyer sur un discernement historique continu de l’expérience subjective et culturelle. Il s’agissait donc de proposer une « théologie dans l’histoire et dans la vie des hommes », dépassant ainsi la « théologie de salon ».
Il convient tout d’abord de se demander si cette critique correspond aux travaux menés par l’Institut Jean-Paul II. Ensuite, il faut examiner la pertinence des nouvelles propositions doctrinales de Paglia. Ce n’est qu’alors que nous pourrons comprendre la véritable raison de la suppression de cet institut universitaire.
1. Pour répondre à cette question, il est nécessaire de partir de l’intention initiale de Jean-Paul II et d’examiner dans quelle mesure l’Institut qu’il a créé le 13 mai 1981, à la suite du premier synode sur la famille et à la veille de Familiaris consortio, s’est développé.
Commençons par l’intention première de Jean-Paul II. L’étude approfondie de sa correspondance avec Paul VI, menée par Paweł Gałuszka dans les archives de l’archidiocèse de Cracovie, a démontré son influence profonde sur la préparation et la réception de l’encyclique Humanae Vitae . Saint Jean-Paul II était profondément convaincu que la question de la morale conjugale et familiale constituait un défi décisif pour l’Église. Mais il estimait également que la structure de la théologie morale enseignée dans les manuels catholiques était inadéquate pour y répondre. Ni le droit naturel traditionnel et l’approche légaliste, ni le caractère unilatéral d’un personnalisme de la conscience détaché de la nature, ne rendaient compte de la valeur positive de la sexualité conjugale et de la nature personnaliste de la procréation.
L’archevêque Wojtyła ressentait le besoin d’une anthropologie à la hauteur de l’expérience de l’amour et d’une théologie du corps. Ce qu’il avait suggéré à Paul VI, il put le réaliser une fois devenu pape. Avec ses Catéchèses sur l’amour humain dans le plan divin (1979-1984), il illustra la grandeur de la vocation à l’amour, au don de soi, à la communion entre les personnes et à la collaboration avec Dieu pour engendrer des vies nouvelles.
Dans le même temps, le pape polonais prit rapidement conscience que les résistances et les contestations de l’encyclique de Paul VI n’étaient plus seulement partielles et ponctuelles, mais se muaient en une remise en question globale et systématique de la « saine doctrine morale » de l’Église. Ainsi, dans l’encyclique Veritatis Splendor, il put ouvrir la voie à une resémantisation personnaliste du droit naturel. Le droit naturel se comprend à travers le langage du don de soi, que le Créateur a inscrit dans le corps humain, langage que nous pouvons découvrir à la lumière de la raison et grâce au soutien de la vertu (cf. n° 48). Le droit naturel naît de la capacité de la raison à saisir, « à la lumière de la dignité de la personne », « la valeur morale spécifique de certains biens » auxquels la personne est naturellement encline. Ainsi, les « biens pour la personne », objet des inclinations naturelles, acquièrent une pertinence morale du point de vue du « bien de la personne » en tant que tel (ibid.).
Dans la constitution apostolique Magnum Matrimonii Sacramentum du 7 octobre 1982, qui a conféré une forme juridique définitive à l’Institut d’études sur le mariage et la famille, le pape polonais a explicitement cité Humanae Vitae. Il a également indiqué comme objet d’étude « le dessein de Dieu pour le mariage et la famille », dont la pleine vérité doit être recherchée par une approche interdisciplinaire. Ainsi, deux grands axes de recherche théologique ont émergé : d’une part, l’anthropologie théologique ; d’autre part, la théologie morale.
Examinons maintenant comment l’Institut a développé ces deux aspects au cours de ses 36 années d’existence. On constate une proposition globale capable, d’une part, de surmonter les fortes résistances qui laissaient présager une évolution négative et, d’autre part, de dépasser l’étroitesse d’une vision de l’homme et de ses actions centrée sur une anthropologie des facultés, caractéristique de la néo-scolastique.
a) D’un point de vue anthropologique, une vision de l’humanité centrée sur le mystère du mariage a été proposée, démontrant le dynamisme que la différence sexuelle introduit dans la vie humaine en ouvrant la possibilité d’un amour nouveau et fécond. L’être humain est perçu précisément dans sa relationnalité constitutive. L’humanité non seulement naît de l’amour, mais s’ouvre aussi à de nouvelles relations amoureuses qui enrichissent son être. Ainsi, les étapes décisives de l’épanouissement humain peuvent être proposées : de l’enfance au mariage, puis à la parentalité. La nature est ainsi envisagée dans la dynamique de croissance engendrée par le don de l’amour, et non simplement comme un développement métaphysiquement prédéterminé dont on pourrait déduire les règles d’action.
Dans ce contexte, il apparaît clairement que l’Institut ne s’est pas concentré, comme le pense Mgr Paglia, sur une vision étroite du couple, négligeant la famille. Au contraire, dès le départ, il a été affirmé que le couple s’ouvre au-delà de lui-même, à toute la création et à toute la société. Les titres de certains colloques et publications le confirment : « Pour une culture de la famille », « Famille et nouvelle évangélisation », « Subjectivité sociale de la famille », « Anthropologie et générativité », « Alliance des générations », « Entreprise : êtes-vous une famille ? Famille et développement durable », « La famille, lumière de Dieu dans une société sans Dieu », « Famille et foyer : construire, engendrer, habiter », « Le mystère de l’enfance », « Action sacramentelle et action familiale », « Paternité »…
Par ailleurs, la méthode de travail de l’Institut s’est toujours développée grâce à un dialogue constant avec les sciences humaines, notamment la sociologie et la psychologie (une collaboration continue avec le Département de la famille de l’Université de Bologne et l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan). De plus, des séminaires et des conférences ont été organisés afin d’échanger avec les grandes traditions religieuses et spirituelles : avec l’Université Bar-Ilan de Tel-Aviv, l’Université islamique Zeituna de Tunis, ainsi qu’avec des représentants du bouddhisme et de l’hindouisme.
b) Dans une perspective de réflexion morale, une proposition a été systématiquement élaborée, dès la création du Domaine international de recherche en théologie morale en 1997, centrée sur le caractère radical de la rencontre avec le Christ comme source de l’expérience morale chrétienne. Ceci a été rendu possible grâce à une conception précise de l’amour comme expérience fondatrice de la moralité, pour la transformation qu’il implique et la plénitude qu’il promet, permettant ainsi de clarifier le sens du bonheur. Dans cette perspective, il a été possible de comprendre que la construction du sujet moral ne résulte pas de l’imposition extérieure d’un idéal, mais du fruit d’un amour qui restructure la vie et donne sens à la liberté. L’amour, en effet, engendre des vertus comme excellences du sujet qui lui permettent d’agir avec excellence avec autrui. La charité, en tant qu’amitié avec Dieu et avec les autres au sein de l’Église, manifeste ainsi sa contribution majeure et définitive : la formation du sujet chrétien.
Depuis plus de 22 ans, le domaine de recherche en théologie morale s’était fixé pour objectif, sur la suggestion du cardinal Ratzinger de l’époque, de dialoguer avec des théologiens moralistes de diverses tendances, même ceux opposés à celle développée au sein de l’Institut, et de retenir tout ce qui était bon dans leurs recherches. Voici, juste pour donner un avant-goût, quelques noms invités au dialogue: W. Pannenberg, S. Pinckaers, R. Tremblay, B. Petrà, E. Schockenhoff, G. Angelini, P. Wadell, E. Falque, G. Abbà, E. Feder Kitay, A. Rodríguez Luño, F. Botturi, LF Ladaria, K. Flannery, B. Kiely, S. Hauerwas, Ph. Bordeyne, A. Ales Bello, P. Gilbert, M. Chiodi, S. P. Bonanni, J. Mimeault, M. Sherwin, M. S. Archer, P. Donati, E. Scabini, J. Milbank, T. Rowland. Mais aussi à d’autres moments de la vie de l’Institut, A. M. Pelletier, X. Lacroix, J. L. Marion, S. Ubbiali, C. Pagazzi, P. Gisel.
Ce dialogue nous a enrichis, professeurs et étudiants. Un coup d’œil aux titres de certaines conférences organisées révèle également l’ampleur de la vision : « Question sur le bien, question sur Dieu » ; « Quel lieu pour l’action ? Dimensions ecclésiologiques de la morale » ; « Le chemin de la vie : l’éducation, un défi pour la morale » ; « L’action, source de nouveauté » ; « L’intelligence de l’amour : une nouvelle épistémologie morale au-delà de la dialectique entre norme et hasard » ; « Marcher dans la lumière : perspectives pour la théologie morale à partir de Veritatis Splendor » ; « Suivre le Christ : la dimension morale et spirituelle de l’expérience chrétienne » ; « Le Logos de l’agapè : l’amour et la raison comme principes d’action » ; « L’amour, principe de la vie sociale » ; « La révélation de l’amour et la réponse de la liberté » ; « La famille : clé du dialogue entre l’Église et le monde » ; « Reconstruire le sujet moral chrétien » ; « La subjectivité morale du corps ». Mais aussi, d’un point de vue pastoral plus concret : « Aimer l’amour humain ». « La famille, une ressource pour la société » ; « De l’huile sur les plaies : une réponse aux fléaux de l’avortement et du divorce » ; « La miséricorde, vérité pastorale ».
Ces deux axes (anthropologique et moral) convergent de manière décisive dans la perspective sacramentelle développée à l’Institut. Les sacrements façonnent le sens ultime de la vie et de la réalité humaines : ils sont un don qui, lorsque nous l’accueillons, nous permet de nous donner nous-mêmes. L’action humaine trouve dans les sacrements la source qui vient de Dieu et qui intègre le dynamisme de notre action morale à l’action du Christ, afin que nous puissions participer à ses vertus.
Dans la dynamique sacramentelle, le mariage s’est révélé un sacrement stratégique. Source du langage du corps comme langage du don de soi, le mariage se révèle une clé privilégiée pour comprendre la nature du sacrement à travers son lien avec le don eucharistique du Corps du Christ. De cette perspective ont émergé des propositions visant à aider les époux à vivre leur vocation à la sainteté, ainsi que des programmes d’accompagnement pastoral destinés à guider ceux qui ne sont pas encore capables de vivre selon l’enseignement de Jésus sur le mariage et la famille vers la vérité de l’amour.
Le fruit de la recherche et de l’enseignement fut précisément l’aspect le plus frappant : les étudiants en ressortaient transformés, animés par le désir de partager leurs connaissances et par la volonté de subvenir aux besoins de leurs familles. De retour dans leurs pays d’origine, ils devinrent un exemple à suivre, faisant preuve d’une grande créativité pastorale et continuant à cultiver les amitiés nouées avec leurs professeurs et collègues. Les douze sections de l’Institut, implantées sur les cinq continents, témoignent de la fécondité pastorale et de l’universalité potentielle de cette vision et de cette méthode de travail.
Au vu de tout cela, il est véritablement difficile de comprendre la critique de Paglia à l’égard des travaux de l’Institut pontifical Jean-Paul II. Ni ce qui vient d’être dit des deux axes principaux de l’Institut, ni ses cours, ni ses recherches doctorales, ni ses articles dans la revue Anthropotes, ni ses ouvrages publiés, ne reflètent une théologie apologétique de salon, centrée sur une conception anhistorique de la nature et des absolus moraux, conçue comme une déduction éthique abstraite et incapable d’interpréter l’expérience humaine. Au contraire, il s’agissait précisément d’une théologie de l’amour, qui cherchait à éclairer, par des arguments, le caractère fondamental de l’expérience dans la vie des personnes et à soutenir leur cheminement. La critique de Paglia apparaît donc idéologique et superficielle, car elle ne rend pas compte de la qualité des travaux de recherche de l’Institut et permet de les assimiler à la néo-scolastique.
2. Nous en revenons donc au changement de paradigme radical prôné par Mgr Paglia, exprimé le plus explicitement dans l’ouvrage qu’il a dirigé pour l’Académie pontificale pour la vie, intitulé * Éthique théologique de la vie. Écriture, Tradition, défis pratiques* (Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 2022), auquel il fait lui-même référence. Cet ouvrage comprend également un « document de base », conçu comme une mise à jour de l’encyclique *Humanae Vitae* , mais qui n’a jamais été publié comme texte pontifical. Il a déjà fait l’objet d’une analyse critique approfondie dans un ouvrage dirigé par R. Fastiggi et M. Levering : *Humanae Vitae et la morale sexuelle catholique. Une réponse à l’*Éthique théologique de la vie* de l’Académie pontificale pour la vie* (Sapientia Press, Ave Maria, Floride, 2024).
Les deux fondements théoriques du document de Paglia sont la primauté de l’herméneutique et, par conséquent, celle de la conscience subjective. La première affirmation établit le « principe d’immanence » inhérent au modernisme : l’historicité complète du sujet interprétant, qui se trouve toujours dans une position perspective, conditionnée par sa situation existentielle et culturelle, et ne peut jamais avoir de contact immédiat et direct avec la réalité. « Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations », disait Nietzsche. En théologie, cela signifie que la conversion pastorale souhaitée exigerait de contextualiser systématiquement chaque affirmation, afin de repenser la doctrine et de l’adapter à la mentalité contemporaine. Ainsi, par exemple, la situation nouvelle des couples divorcés et remariés ou vivant en concubinage devient une occasion de repenser la doctrine sur l’adultère, la sexualité hors mariage et les conditions d’accès aux sacrements.
La seconde assertion réduit le sujet moral à sa conscience, y intégrant toutes les données antérieures susceptibles de servir de critère objectif de vérité : une véritable hypertrophie de la conscience, qui n’est plus un simple jugement réflexif sur la moralité d’un acte, mais qui absorbe la norme morale en elle-même. Ainsi, tout en reprenant l’ancien cadre post-tridentin, qui opposait loi et conscience dans une dialectique systémique, le conflit est censé être résolu par l’abolition de la référence objective. Puisque « seule la conscience de l’agent moral peut formuler la norme concrète de l’action », elle revêt l’apparence d’une « décision » subjective, autonome et définitive. De cette manière, les absolus moraux sont niés, c’est-à-dire la possibilité de définir des normes morales négatives valides sans exception parce qu’elles se réfèrent à des actions intrinsèquement mauvaises en raison de leur objet moral.
La dimension historique de l’être humain, qui vit toujours au sein d’une culture particulière, ne doit cependant pas nier l’existence en lui d’une essence qui transcende les cultures. Saint Jean-Paul II, dans Veritatis Splendor, rappelle que cette essence est précisément la nature humaine, qui est dès lors la mesure de la culture (n° 53). Cette doctrine n’est pas simplement une prérogative de la raison humaine, la préservant d’un relativisme susceptible d’entraîner des violations des droits des individus et des peuples, comme l’a tragiquement démontré l’histoire du totalitarisme au XXe siècle. Elle concerne aussi la doctrine de la foi, car le thème de la nature interroge le fondement christologique ultime et la vérité même de la rédemption.
Et en effet, l’encyclique Veritatis splendor, citant le concile Vatican II dans la constitution Gaudium et spes , enseigne :
« L’Église affirme que sous tous les changements, il y a beaucoup de choses qui ne changent pas ; celles-ci trouvent leur fondement ultime dans le Christ, qui est toujours le même : hier, aujourd’hui et éternellement. Il est le Principe qui, ayant assumé la nature humaine, l’illumine définitivement dans ses éléments constitutifs et dans son dynamisme de charité envers Dieu et le prochain (n° 53). »
3. L’exposé des activités de l’Institut pontifical Jean-Paul II et du nouveau paradigme proposé par Paglia éclaire la véritable raison de sa suppression. Les agissements de Paglia n’étaient pas motivés par des raisons théologiques, mais par une critique idéologique de l’Institut. Or, comme l’a enseigné Karl Marx, l’idéologie masque des intérêts inavouables. Quel fut donc cet intérêt inavouable à l’origine de la disparition d’un institut si florissant, souhaité par un pape saint et prophétique ?
On pourrait répondre : la difficulté d’accepter le message sur le mariage et la famille proposé jusqu’alors par l’Église, que Paglia jugeait déraisonnable et irréalisable. De ce point de vue, son intervention a de fait bloqué l’élaboration d’une proposition capable de rester fidèle à l’enseignement traditionnel de l’Église tout en le présentant dans des termes compréhensibles par l’homme contemporain, une proposition dotée d’une fécondité pastorale qui permettrait aux fidèles de la vivre pleinement.
Considérons l’autre concept clé qui caractérise le changement de paradigme de Paglia : la notion de « bien possible » devient le critère d’établissement de la norme morale effectivement contraignante. Le principe tout à fait traditionnel « ad impossibilia nemo tenetur » (que l’impossible ne puisse tenir) s’applique également aux préceptes moraux négatifs, qui interdisent les actions intrinsèquement mauvaises. Ceci contrevient à la tradition constante de l’Église, exprimée ainsi par le concile de Trente, à partir d’un texte de saint Augustin : « Que personne n’adopte cette expression téméraire, condamnée par l’excommunication des Pères, selon laquelle il serait impossible à un homme justifié d’observer les commandements de Dieu. Dieu, en effet, ne commande pas l’impossible, mais en commandant, il nous exhorte à faire tout notre possible, à demander ce que nous ne pouvons pas, et il nous aide à le faire ; car « les commandements de Dieu ne sont pas un fardeau » (cf. 1 Jn 5, 3), et « son joug est doux et son fardeau léger » (cf. Mt 11, 30). »
C’est l’enseignement de saint Jean-Paul II dans Veritatis Splendor, n° 102-103 , qui met en garde contre de telles réductions. Il rappelle que la réalité de la rédemption est ici en jeu, car « c’est seulement dans le mystère de la Rédemption du Christ que résident les possibilités concrètes de l’homme ». Par conséquent, « ce serait une grave erreur de conclure que la norme enseignée par l’Église n’est en elle-même qu’un idéal qu’il faudrait ensuite adapter, proportionner et graduer jusqu’aux possibilités concrètes de l’homme ».
L’Institut pontifical Jean-Paul II, le premier, aujourd’hui disparu, avait démontré la justesse du message chrétien, en accord avec le désir humain authentique. Il avait également démontré la faisabilité de ce message, grâce aux sacrements et à l’accompagnement ecclésial. Cet accompagnement, dans la concrétisation de ses diverses formes communautaires, devient le terreau où le sujet moral se reconstruit et se revigore par la transformation de ses désirs à travers les pratiques proposées. Ce chemin, le chemin étroit de la régénération des sujets dans la patience d’un parcours de guérison et d’éducation communautaire, est celui que l’œuvre de Paglia s’est efforcée de fermer.
Ce travail, cependant, a dépassé le cadre des salles de classe et des publications de l’Institut. Il a touché l’Église elle-même, qui se trouve aujourd’hui à un carrefour crucial. D’une part, elle peut continuer à proposer l’Évangile de la grandeur de la vocation humaine, en expliquant qui est l’homme, quel est son appel suprême, ce que sont le mariage et la famille, et quels sont les chemins pour vivre cette vocation à aimer. Autrement dit, elle peut nous inviter à tourner d’abord notre regard vers le Christ et le plan originel de Dieu. D’autre part, elle peut abandonner cette perspective étroite, en fermant les yeux sur la grandeur de cet appel et en le réduisant aux possibilités concrètes de l’humanité blessée dans le contexte actuel.
Quelle morale l’Église recherche-t-elle ? Une morale du retrait, une sorte de « pélagianisme du minimum » qui, faute de s’appuyer sur la grâce divine, finit par renoncer à la plénitude de la vie et justifie les faiblesses et les fragilités comme insurmontables ? Ou une morale qui offre un chemin à ceux qui, humblement, demandent la grâce suffisante pour vivre leur vocation au don de soi et aspirent à un contexte ecclésial où la vivre ? Autrement dit, quelle espérance l’Église veut-elle offrir à ceux qui sont blessés et en quête de sens ? L’espérance de ceux qui se contentent de leur situation, ou celle de ceux qui savent qu’ils sont appelés à une grande destinée et qui ont devant eux un cheminement jalonné de petits pas significatifs ?
En réalité, comme nous l’avons vu, le paradigme de Paglia n’est nullement nouveau, mais bien ancien, non seulement parce qu’il réintroduit la dialectique de la casuistique post-tridentine entre loi et conscience, mais aussi parce qu’il nie en définitive la nouveauté permanente du Christ, venu non pour abolir la loi, mais pour nous donner la possibilité de l’accomplir et ainsi réaliser le grand dessein d’amour de Dieu. L’Église, pour être miséricordieuse, n’a pas besoin d’abaisser la plénitude de la vie et de s’adapter aux normes du monde, mais plutôt d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce qui nous permet de vivre, malgré nos fragilités et nos faiblesses, dignes de notre vocation divine.
Mgr Weisenburger préfère les mosquées à la messe en latin
Mgr Edward Weisenburger, archevêque de Détroit dans le Michigan, était invité à l’inauguration au sein de la mosquée Imam Al-Hasanain des nouveaux locaux de l’Institut islamique d’Amérique de l’imam chiite Sayyid Hassan al-Musawi al-Qazwini à Deaborn Heights. Lors de son allocution, il a déclaré :
« Nulle part ailleurs je ne ressens plus d’honneur, de fraternité et de bienveillance, et dès l’instant où j’ai foulé le sol de cette magnifique propriété aujourd’hui, j’ai pleinement ressenti la présence divine. » « Nous appartenons à la même famille humaine. Toutes les églises, toutes les mosquées, toutes les synagogues, tous les lieux où Dieu se manifeste sont sacrés. C’est un lieu véritablement merveilleux et sacré, un lieu qui, je le crois, permettra à toute l’humanité d’entrer en communion plus profonde avec notre Dieu unique. »
Mgr Edward Weisenburger s’est fait connaître par son application brutale de Traditionis custodes dans son diocèse, interdisant la messe dans toutes les paroisses et ne la permettant que dans une église de Detroit et trois chapelles dans le diocèse, interdisant aussi toute messe ad orientem, exigeant un autel face au peuple dans tous les lieux de culte « sous 180 jours », et chassant trois professeurs de renom du grand séminaire parce que trop « conservateurs », dont le célèbre canoniste Edward Peters.
Quatrième dimanche après la Pentecôte : “désormais ce sont des hommes que tu prendras”
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
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Introït : Dominus illuminatio
Nous avons abordé avec le troisième dimanche après la Pentecôte (pour les chorales qui ne font pas la solennité de la fête du Sacré-Cœur) la longue série des dimanches de ce temps liturgique, qui sont des dimanches ordinaires, pour lesquels le célébrant revêt des ornements verts. Nous avons dit que durant cette période l’Église s’efforce, par les chants du propre de la messe, de nous inspirer les sentiments qui doivent habiter l’âme chrétienne durant son séjour sur la terre, en utilisant principalement le livre des psaumes qui en constitue l’expression inépuisable. Elle le fait par petites touches, dans un désordre apparent, qui est en réalité l’œuvre du Saint Esprit.
On peut cependant trouver en ces premiers dimanches après la Pentecôte un sentiment dominant, qui est la confiance en Dieu : nous savons que nous sommes faibles, et incapables par nous-mêmes de surmonter les difficultés et les tentations qui nous assaillent, mais Dieu est tout puissant, et il nous aime, et si nous mettons notre confiance en lui nous n’avons rien à craindre. Un psaume exprime particulièrement ces dispositions de l’âme, c’est le psaume 26, composé par David lorsqu’il fut investi de la royauté, se sentant humainement démuni devant les périls qui le menaçaient ; ce psaume figurera à plusieurs reprises dans les messes les prochains dimanches, et dès celui-ci, en voici le début dans l’Introït …
Dominus illuminatio mea et salus mea, quem timebo ? Dominus defensor vitæ meæ, a quo trepidabo ? Qui tribulant me inimici mei, infirmati sunt et ceciderunt.
Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je peur ? Le Seigneur est le défenseur de ma vie, pourquoi tremblerais-je ? Les ennemis qui m’assaillent, c’est eux qui chancellent et tombent.
On psalmodie à la suite le verset suivant du psaume 26 :
Si consistant adversum me castra, non timebit cor meum.
Même si une armée se dresse contre moi, mon cœur est sans crainte.
La mélodie calme et douce fait de cet Introït une prière pleine de ferveur et d’assurance. On remarquera au début de la deuxième phrase la même intonation qu’à la première phrase, mais une quarte plus haut, ce qui indique une insistance très marquée. Cette deuxième phrase se termine par une interrogation remontant à l’aigu d’une manière qui pourrait paraître angoissée, si la troisième phrase ne revenait à la calme assurance du début.
Graduel : Propitius esto
Après la confiance en Dieu qu’exprimait l’Introït du quatrième dimanche après la Pentecôte, nous trouvons dans le Graduel un autre sentiment chrétien, la contrition de nos péchés : nous reconnaissons que les souffrances de cette vie sont un châtiment, et nous supplions Dieu de nous pardonner et de nous libérer. Le texte est tiré du psaume 78, qui est souvent utilisé dans la liturgie du Carême ; c’est une complainte du peuple élu, vaincu, emmené en captivité, et qui se tourne vers Dieu avec repentir :
Propitius esto, Domine, peccatis nostris, nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ? Adjuva nos, Deus salutaris noster, et propter honorem nominis tui, Domine, libera nos.
Seigneur, pardonnez-nous nos péchés ; que les païens ne disent pas : où est leur Dieu ? Venez à notre secours, Dieu de notre salut, et pour la gloire de votre nom délivrez-nous.
La mélodie, comme c’est généralement le cas pour les Graduels, est faite de formules que l’on retrouve en différents autres Graduels, spécialement dans ceux de ces premiers dimanches après la Pentecôte. C’est particulièrement le cas pour les trois grandes vocalises de la deuxième partie.
Alléluia : Deus qui sedes
Comme celui du troisième dimanche, le texte de l’Alléluia du quatrième dimanche après la Pentecôte est un hommage à la justice infinie et toute puissante de Dieu. Il est tiré du psaume 9, qui était déjà utilisé dans l’Offertoire de dimanche précédent ; c’est un cantique de louange au Seigneur, protecteur des faibles et défenseur des opprimés :
Deus, qui sedes super thronum et judicas æquitatem, esto refugium pauperum in tribulatione.
O Dieu qui siégez sur votre trône, et jugez avec équité, soyez le refuge des pauvres dans leur détresse.
La mélodie est très ornée et chargée de neumes. Dans la vocalise de l’Alléluia elle est joyeuse et pleine d’une calme assurance. Dans le verset il y a un net contraste entre les deux phrases : la première qui rend hommage à la majesté et à la justice divines, contient une immense vocalise sur le mot thronum, le trône où siège cette majesté, vocalise assez exceptionnelle, montant et descendant en une contemplation éperdue, pour s’élever finalement en une dernière montée jusqu’aux sommets de l’échelle ; la deuxième phrase, qui est une prière, est au contraire beaucoup plus calme, et elle retrouve pour finir la vocalise de l’Alléluia et sa paisible assurance.
Offertoire : Illumina
Après la confiance en Dieu, la contrition de nos péchés et l’acclamation de la justice divine, nous trouvons dans l’Offertoire du quatrième dimanche après la Pentecôte une supplication ardente, qui monte vers le Seigneur dans une grande détresse. Le texte est tiré du psaume 12, composé par David alors qu’il était sur le point de succomber aux attaques de ses ennemis, ne voyant plus humainement quelle solution y apporter. C’est pourquoi il demande d’abord à Dieu la lumière : à l’affirmation de l’Introït Dominus illuminatio mea, le Seigneur est ma lumière, répond cette demande :
Illumina oculos meos, nequando obdormiam in morte, nequando dicat inimicus meus : Prævalui adversus eum.
Éclairez mes yeux, pour que je ne m’endorme pas dans la mort, pour que mon ennemi ne dise pas : je l’ai emporté contre lui.
Nous pouvons faire nôtre cette prière lorsque nous sommes accablés par les doutes et les tentations, que nous n’y voyons plus clair, et risquons de succomber à la mort du péché. C’est alors que l’ennemi infernal pourrait se vanter de nous avoir vaincus, car c’est bien de lui qu’il s’agit, et on a dit de cet Offertoire que c’était la seule pièce grégorienne qui faisait parler le diable ; il faut entendre avec quelle voix grave et sombre il prononce son prævalui : je l’ai emporté. Dans l’ensemble la mélodie est très suppliante, avec des montées successives de plus en plus insistantes, puis, après la descente dans les profondeurs sur le mot prævalui, une finale plus douce et contemplative.
Communion : Dominus firmamentum
Nous retrouvons dans la Communion du quatrième dimanche après la Pentecôte le même sentiment de confiance en Dieu que dans l’Introït. Le texte est tiré cette fois du psaume 17, encore un psaume de David, dans lequel il exprime sa reconnaissance au Seigneur qui l’a délivré une fois de plus d’une grande épreuve. Nous avions déjà rencontré ce psaume à l’Introït du dimanche de la Septuagésime, et le texte de cette Communion, pris au début du psaume, figurait dans le verset de cet Introït :
Dominus firmamentum meum et refugium meum et liberator meus, Deus meus adjutor meus.
Le Seigneur est mon appui, mon refuge et mon libérateur, mon Dieu et mon secours.
On notera l’accumulation des adjectifs possessifs : c’est vraiment chacun de nous qui exprime personnellement sa confiance en Dieu dans le cœur à cœur de la Communion. La mélodie est très expressive, paisible, affirmative et pleine de ferveur. On remarquera comment les quatre substantifs firmamentum, refugium, liberator et adjutor ont leurs accents particulièrement bien soulignés.
Une initiative citoyenne européenne sur l’immigration
Eva Vlaardingerbroek et Martin Sellner ont lancé une campagne pour réunir une initiative citoyenne européenne (ICE) sur les questions migratoires. Cette initiative a reçu un soutien large de plusieurs dirigeants des droites européennes, de Viktor Orban à Georges Simion en passant par Eric Zemmour ou Santiago Abascal. Et cette initiative démarre sur les chapeaux de roue, puisque plus de 370 000 personnes l’ont déjà signée (il faut un million de signatures pour obtenir une ICE).
J’ai fait récemment la connaissance d’Eva lors d’un colloque à Rome et j’ai ainsi été assez rapidement averti de cette ICE. Et, sachant que le Salon beige disposait de l’une des plus importantes bases de “conservateurs” en Europe, Eva et Martin m’ont demandé d’être partenaire de leur campagne. Ce que j’ai naturellement accepté très volontiers – et je vous invite tous, amis lecteurs, à soutenir cette ICE. Les initiateurs comptent beaucoup sur la France pour faire de cette campagne la plus grande campagne civique jamais vue en Europe.
Vous savez sans doute que les droites européennes ont déjà obtenu à Bruxelles quelques résultats en s’unissant – et cette question migratoire est l’un des sujets sur lesquels l’union se fait le plus facilement. Cette résistance à l’invasion migratoire devrait avoir un double effet: d’abord, ne pas encourager des malheureux à traverser la mer pour un improbable eldorado européen (et les aider au contraire à rester chez eux pour développer leur propre pays) et ne pas détruire nos sociétés par une immigration non assimilée.
Pour signer, c’est ici.
Guillaume de Thieulloy
