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Le jour où la Sainte Madeleine de Crespi m’a retenu

Illustration: Sainte Madeleine — Giuseppe Maria Crespi (1665-1747)
Musée des Beaux-Arts de Lyon. (photo: Sergyl Lafont)
C’est devant cette toile de Crespi, au Musée des Beaux-Arts de Lyon, que l’écho d’une voix a suspendu mon regard.

Je n’étais pas venu chercher ce visage.

Au Musée des Beaux-Arts de Lyon, je traversais les salles sans attente, comme on traverse une journée où rien ne doit arriver. On marche parmi les autres avec cette sensation familière que nos paroles se perdent, que personne ne nous écoute tout à fait. Mes pas résonnaient sur le parquet. Les œuvres glissaient sans accrocher mon regard. Puis, devant moi, quelque chose a cessé de bouger.

Devant la Sainte Madeleine de Giuseppe Maria Crespi, je ne me suis pas arrêté. C’est plutôt comme si le mouvement s’était retiré de moi. Mes pieds étaient encore là, mais je ne savais plus avancer.

Une femme penchée dans une ombre chaude. Son visage incliné, comme retenu par une pensée plus lourde que son corps. La lumière ne l’éclairait presque pas ; elle l’effleurait. Contre elle, un crucifix. Ses doigts ne semblaient pas le tenir, mais s’y retenir. Ses yeux étaient rouges — non d’une larme, mais d’une longue traversée.

Je ne pensais plus. Je restais là. Le silence avait pris toute la place. Ce visage m’était familier. Non pas reconnu : déjà là.

Le temps s’est défait. Je ne sais combien de minutes ont passé. Seulement qu’il y eut du silence. Beaucoup. Au musée, les heures ne s’écoulent pas. Elles s’épaississent.

Mon regard est descendu plus profondément dans la toile. Dans la pénombre, un crâne. Posé là, comme une présence muette. Et j’ai vu, sans le chercher, le triangle : le crâne, la croix, son visage. La mort, l’attente et ce bois qui les sépare autant qu’il les relie.

Puis une pensée est venue, sans forme, comme portée par l’air même de la salle. Et si, au matin de la Résurrection, elle ne l’avait pas reconnu avec les yeux ?

Il a fallu un mot. Un seul : « Marie. » Pas un visage rendu à la vue, mais une voix rendue à son nom. Elle l’avait vu, croyant voir le jardinier. C’est lorsqu’elle l’a entendu prononcer son nom qu’un second retournement a tout changé.

Je me suis souvenu, alors, d’une voix au téléphone : celle d’un ami cher, dans les derniers mois, quand la maladie avait changé son visage mais pas la manière dont il disait mon prénom. Comme s’il le déposait devant moi, pour que je le prenne. On oublie parfois un visage que l’on a contemplé durant des années. On n’oublie presque jamais la manière dont quelqu’un que l’on aime prononce notre nom.

Devant ce visage, je me suis senti pauvre. Non pas de ce qui me manquait, mais de ce que j’avais laissé, sans le savoir, s’endormir en moi.

Je me suis détourné. Pas brusquement. Comme on quitte une présence réelle. Dans le hall, la lumière s’est faite plus froide. Les voix redevenaient le bruit ordinaire du monde. Au-dehors, la ville était là, intacte, avec son agitation et ses urgences. Et pourtant, en moi, quelque chose ne coïncidait plus tout à fait avec le décor.

Je n’étais pas venu chercher ce visage. Je sais seulement qu’il m’avait trouvé.

Depuis ce jour, je suis retourné la voir. Et je suis revenu. Et je reviens encore. Peu à peu, elle est devenue une présence familière. Quand je vais mal, je la regarde. Quand je pense à ma mort, je la regarde. Quand je rencontre des êtres qui souffrent, je la regarde.

Le crâne, à côté d’elle, n’est plus une menace. Il est devenu un compagnon silencieux.

Je ne lui dis rien. Elle ne me dit rien. Nous échangeons un regard. Cela dure depuis des années. Cela suffit.

Lyon, 2026.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

OClocher, le réseau social de référence

Vous venez d’emménager dans une nouvelle ville ? Vous êtes en déplacement ? en vacances ? Vous cherchez une messe, un groupe de prière ou simplement des catholiques près de chez vous ? Aujourd’hui encore, il n’est pas toujours facile de savoir où se vit la foi autour de soi. Pourtant, partout en France, des prêtres, des bénévoles et des paroissiens se mobilisent chaque jour pour faire vivre leurs communautés. Des initiatives existent, des propositions fleurissent, des rencontres s’organisent… mais elles restent parfois méconnues. Et si le digital pouvait aider à recréer du lien, faciliter l’engagement des paroissiens et renforcer la communion au sein de nos paroisses ?

Xavier de Colombel, co-fondateur et président de Oclocher, et Antoine Desplanches, directeur associé et responsable des partenariats, sont interrogés dans Genèse. Avec leur équipe, ils ont fait le pari de mettre la technologie au service de l’Église, avec une ambition simple mais audacieuse : ré-enchanter la vie de nos paroisses ! Avec OClocher, ils ont créé le premier réseau social permettant aux catholiques de découvrir ce qui se vit autour d’eux, de participer plus facilement à la vie de leur paroisse et de devenir eux-mêmes acteurs de la mission. Une application pensée pour les paroissiens, mais aussi pour les prêtres et les bénévoles, afin de simplifier l’organisation, la communication et l’animation de la vie paroissiale. Alors comment est née cette idée ? Pourquoi l’Église a-t-elle besoin d’un tel outil aujourd’hui ? Pourquoi ont-ils besoin de nous aujourd’hui ? C’est ce que nous allons découvrir.

Pour vous qui nous regardez où nous écoutez, si vous souhaitez découvrir OClocher et rejoindre dès aujourd’hui le réseau social chrétien de référence, rendez-vous sur https://www.oclocher.fr/ et téléchargez dès maintenant l’application.

Épisode disponible sur toutes les plateformes d’écoute !

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Et pendant ce temps-là au Synode sur la synodalité… objectif 2028 !

Vous croyez que le Synode sur la synodalité est terminé, et qu’on a fini de nous faire marcher ?
Détrompez-vous.

Ce grand chemin ecclésial initié par le pape François cinq années en arrière a accouché d’un rapport de synthèse en octobre 2024 au terme d’un long et coûteux processus où tout le peuple de Dieu a été soit-disant consulté.
Puis, pendant que tout le monde s’imagine que le chemin est fini, 16 groupes de travail sont institués pour approfondir diverses problématiques.
Le langage synodal s’installe dans le discours ecclésial et la mise en pratique du Synode est à l’ordre du jour des diverses rencontres épiscopales. Ce fut le cas du dernier consistoire de juin 2026 autour du pape Léon XIV.
Enfin, nous apprenons qu’un nouvel horizon nous est tracé pour octobre 2028 par la tenue de diverses assemblées :
– premier semestre 2027 : Assemblées d’évaluation diocésaines et éparchiales
– second semestre 2027 : Assemblées d’évaluation nationales ou régionales
– premier quadrimestre 2028 : Assemblées d’évaluation continentales
– octobre 2028 : Assemblée ecclésiale au Vatican

Le programme n’est pas de faire un nouveau « travail », et donc de réfléchir à nouveau en Église, mais de « relancer le chemin » pour qu’il devienne « expérience concrète » dans les Églises, par la « conversation dans l’Esprit ».

https://www.synod.va/en/news/towards-the-ecclesial-assembly-of-october-2028.html

Je vous invite à lire les rapports des 16 groupes de travail qui paraissent en cette année 2026, le soir pour vous endormir :
https://www.synod.va/en/the-synodal-process/phase-3-the-implementation/the-study-groups/final-reports.html
Sans faire de commentaires sur la plupart d’entre eux, j’attirerai simplement votre attention sur le groupe de travail numéro 9 intitulé :
« Critères théologiques et méthodologiques synodaux pour le discernement partagé de questions doctrinales, pastorales et éthiques émergentes »
https://www.synod.va/en/the-synodal-process/phase-3-the-implementation/the-study-groups/final-reports/group-9.html

Le monde d’aujourd’hui suscite des questions nouvelles, et le Synode se laisse interpeller. Dans sa sagesse, il nous explique une méthode pour appréhender ces questions : la conversation dans l’Esprit sans jugement, une écoute mutuelle en vue d’un consensus, la reconnaissance des aspirations au bien que toutes pratiques religieuses expriment, etc.

Et quelles sont les « questions nouvelles » que ce groupe de travail met en avant ? Il y en a deux :
→ les pratiques homosexuelles chez des personnes croyantes,
→ et la non-violence en situation de guerre.

Mais pourquoi ont-ils choisi ces deux questions ?
Il est facile de lister au moins une dizaine de « questions nouvelles » qui mériteraient d’être traitées par l’Église aujourd’hui.
Je peux vous donner des exemples (qui ne sont pas dans le rapport, je précise) : les dilemmes bioéthiques conduisant à des choix exigeants, le boursicotage et les nouvelles formes d’usure, la relecture de la gestion de la crise sanitaire qui nous a divisés et traumatisés, la montée du New-Age et de la magie dans un contexte de méconnaissance du monde angélique, le foisonnement des prophéties qui intéressent les fidèles mais visiblement pas le clergé qui n’a reçu aucune formation à ce sujet, les rencontres et prières par internet en visio et la confusion possible entre réel et virtuel, les projets de retour à la vie rurale et villageoise pour sortir des errances de la modernité, etc, etc.

Les « questions nouvelles » des fidèles ont donc été passées au crible du processus synodal, et voici les grands gagnants : les pratiques homosexuelles et la non-violence.

Le dossier comporte trois témoignages pour accompagner notre réflexion : deux pour l’homosexualité et un pour la non-violence.
Nous sommes conviés à lire le récit de deux croyants catholiques ayant fait le choix de pratiques homosexuelles, et même de « mariage homosexuel » et d’engagement LGBT. Nous découvrons que ce qui compte finalement c’est la confiance en Jésus et l’amour : ces pratiques ne sont donc pas un problème puisque Dieu veut notre bonheur et notre accomplissement.
C’est écrit dans le texte des témoignages. Quant au rapport du groupe de travail, il nous invite à nous laisser interpeller par ces témoignages, et à renoncer à « l’illusion d’une pensée qui prétend s’exercer a priori, sans reconnaître sa dette fondamentale envers les conditions réelles, les processus culturels et la concrétude de l’expérience. »
https://www.synod.va/content/dam/synod/process/implementation/10workinggroups/final-reports/sg9/Testimony-A1-Homosexuality.pdf
https://www.synod.va/content/dam/synod/process/implementation/10workinggroups/final-reports/sg9/Testimony-A2-Homosexuality.pdf

Ils auraient pu contrebalancer cela par des témoignages de croyants ayant entièrement renoncé à toute pratique homosexuelle au cours de leur chemin de foi. Je connais des personnes qui ont des témoignages édifiants à ce sujet : je peux donner des noms. Ce sont des exemples d’irruption de la grâce dans des “conditions réelles, processus culturels et concrétude de l’expérience”.
Mais non, ce n’est pas à l’ordre du jour.

Et voilà. D’ici 2028, nous sommes invités, non pas à débattre à nouveau de ces sujets, puisque la porte de l’interprétation de la Synodalité a été fermée en 2024, mais à mettre en pratique la méthode synodale en méditant sur ces merveilleux rapports des groupes synodaux.
Paix et homosexualité, tout un programme.

« Outre le Document final et les Pistes, les Rapports finaux des Groupes d’Étude institués par le Pape François après la première Session de l’Assemblée accompagnent également le parcours ; ils sont publiés progressivement sur le site www.synod.va. La Secrétairerie Générale du Synode mettra par ailleurs à disposition d’autres matériaux de travail et organisera des rencontres de formation en ligne pour soutenir les responsables du processus dans les Églises locales. »
https://www.synod.va/content/dam/synod/news/2026-05-20_doc_towardsassemblies/2026.05.20_FRA_Communique-de-presse.pdf

Là, franchement, ras-le-bol.
Je vais aller lire saint Cyprien de Carthage, cela va me remonter le moral :
https://www.patristique.org/sites/patristique.org/IMG/pdf/Cyprien.pdf

PS : Vous trouverez aussi ici un article que j’avais écrit au sujet du Synode sur la synodalité en 2024.
https://lesalonbeige.fr/synode-st-jean-chrysostome-utilise-abusivement-pour-rendre-synonymes-eglise-synode-et-marcher-ensemble/

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Une grave blessure pour l’Église, qui aurait pu être évitée si la FSSPX avait accepté la Déclaration doctrinale en 2018

L’histoire aurait pu prendre un tout autre tournant si, il y a huit ans, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) n’avait pas rejeté la Déclaration doctrinale proposée par Rome, fruit d’un effort commun, et n’avait pas exigé du Saint-Siège une autocritique. Ce travail de consolidation, alors interrompu, est aujourd’hui suivi par la rupture survenue le 1er juillet à Écône, une rupture douloureuse pour ceux qui ont été témoins des événements. Mgr Guido Pozzo, archevêque titulaire de Bagnoregio et actuel surintendant des finances du Chœur pontifical, s’est exprimé auprès de La Bussola. Il fut le dernier secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, de 2009 à 2018. Le prélat n’ignore rien des « turbulences » post-conciliaires qui affectent la communauté ecclésiale, mais réaffirme que rien de tout cela ne saurait justifier un acte schismatique, ni un prétendu « état de nécessité».

Excellence, comment avez-vous réagi à l’annonce des consécrations épiscopales effectuées sans mandat papal le 1er juillet à Écône ?

Avec tristesse et un profond regret. C’est une grave blessure pour l’Église, qui aurait pu être évitée si la FSSPX avait accepté la Déclaration doctrinale proposée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), laquelle aurait été suivie d’une reconnaissance canonique sous la forme juridique établie. Mgr Fellay, lors de notre rencontre du 28 février 2018 au Dicastère avec le cardinal Ladaria, alors préfet de la Congrégation, et moi-même, le cardinal Fellay a déclaré qu’il soumettrait le texte de la Déclaration à l’examen du Chapitre de la FSSPX, prévu en juillet 2018. À l’automne 2018, le cardinal Ladaria et moi-même avons rencontré le nouveau supérieur de la FSSPX, le père Davide Pagliarani, élu en juillet lors de la réunion du Chapitre. Pagliarani a fait savoir qu’il ne signerait pas la Déclaration, la jugeant insuffisante et inadéquate pour répondre aux difficultés et aux questions critiques soulevées par la FSSPX, et que Rome devait reconnaître ses erreurs. Ce refus a été pris en compte, et le pape François, informé de cette décision, a dissous la Commission Ecclesia Dei, qui, depuis 2009, menait des discussions doctrinales avec le supérieur de la FSSPX en vue d’une réconciliation, et a délégué la responsabilité des relations futures avec la FSSPX à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF). Je dois avouer avoir été profondément déçu par le refus de la FSSPX, d’autant plus que de nombreux points de la Déclaration étaient le fruit d’un travail commun mené dans le cadre du dialogue jusque-là.

Il existe une dimension que peu de commentateurs abordent, la dimension intérieure : quels sont les effets sur les âmes de ce geste revendiqué au nom du salut des âmes , mais qui, objectivement du moins, demeure schismatique ?

Il ne s’agit pas d’une question subjective dissociable de l’obéissance à l’autorité formelle et juridique du Pape. Il n’existe pas d’« Église d’urgence » qui puisse se soustraire à l’unité visible de l’Église pour établir un ordre ecclésial hors de la pleine communion avec le Successeur de Pierre. Aucun groupe catholique, ni aucun catholique individuellement, ne peut invoquer sa conscience subjective de vérité pour s’opposer à l’Église institutionnelle et à la juridiction du Pontife romain, non seulement en matière de foi et de morale, mais aussi en matière de discipline et de gouvernement de l’Église. Telle est la doctrine de la foi catholique, dont nul ne peut s’écarter sans compromettre sa foi et son salut (cf. Concile Vatican I, Constitution dogmatique sur l’Église , Pastor aeternus , chap. 3, DH 3060).

Même si le rite est l’élément le plus visible, nous savons que la question n’est pas d’ordre liturgique premier. Quels sont, selon vous, les principaux points de blocage ?

Il s’agit de l’acceptation de l’enseignement du Concile Vatican II et du Magistère qui lui a succédé. Lorsque je parle du Concile, je fais référence au contenu des documents, et non au Conseil des médias, au Concile virtuel ou para-concile, ni à l’« esprit » fantasmagorique du Concile qui, malheureusement, s’est confondu avec le véritable Concile dans l’opinion publique et dans de nombreux milieux ecclésiaux.

À cet égard, les points principaux de la Déclaration doctrinale de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), proposée à l’adoption par la FSSPX, abordent précisément ces questions et, à mon avis, de manière satisfaisante.

a) Il a été demandé à la FSSPX d’accepter la vérité catholique selon laquelle « le Christ Seigneur a confié au Magistère le dépôt de la foi – c’est-à-dire l’Écriture sainte et la “tradition” divine – à sauvegarder, défendre et interpréter » (Pie XII, Lettre encyclique Humani generis , 18, Denz. 3884) et que « le Magistère n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais la sert, n’enseignant que ce qui a été transmis » (Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum , 10). Le Magistère de l’Église, à son tour, a l’autorité d’expliquer ou d’expliciter également les documents antérieurs du Magistère, y compris ceux du Concile Vatican II, conformément aux vérités de la foi catholique et à la lumière de la Tradition pérenne qui progresse dans l’Église avec l’assistance du Saint-Esprit, non par une nouveauté contraire, mais par une meilleure compréhension du dépôt de la foidans la mesure où il est dogmatique, et dont il est question dans le sens même de la sentence (cf. Concile Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius , 4, Denz. 3020 ; Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum , 8).

b) Il a été demandé de reconnaître que le Concile Vatican II soit compris à la lumière de toute la Tradition et sur la base du Magistère constant de l’Église, tout en restant ouvert à une discussion et à une clarification légitimes sur le plan théologique concernant la formulation de points particuliers dans les documents conciliaires ou concernant les réformes ultérieures de la liturgie et du droit canonique.

c) Il a été demandé que la validité du rite de la Sainte Messe et des sacrements légitimement célébrés selon les livres liturgiques dans leur editio typica, promulguée par les papes Paul VI et Jean-Paul II, soit reconnue.

Il serait cependant malhonnête d’aborder les questions concernant la FSSPX sans reconnaître que, depuis le Concile Vatican II et jusqu’à nos jours, le catholicisme a traversé une période de turbulences. Ces turbulences ne sont certainement pas dues à l’enseignement du Concile et du Magistère qui a suivi, mais à de nombreux facteurs internes et externes à la communauté ecclésiale. Cette turbulence se manifeste par de profondes divisions et des erreurs au sein de l’ Église (mais non de l’ Église elle-même), concernant la doctrine, l’identité catholique et la pratique pastorale, avec de nombreuses déviations et ambiguïtés qui engendrent confusion et incertitude parmi les fidèles. La critique et la lutte contre ces erreurs et déviations sont indispensables, mais l’acte schismatique de consacrer des évêques sans mandat papal est injustifiable, de même que la prétention de s’ériger en juge et de déclarer le Magistère actuel ou celui du Concile contraire à la Tradition de foi de l’Église. Des clarifications ou des précisions peuvent s’avérer nécessaires concernant certaines formulations ou orientations exprimées par le Magistère ordinaire, non définitif, ou d’ordre pastoral pratique, afin d’éviter des interprétations unilatérales ou réductrices du Magistère lui-même.

Mais est-il possible de vouloir « sauver » le sacerdoce catholique (comme l’a toujours affirmé la Fraternité) en le transplantant hors de l’Église visible ?

Je ne le crois pas. Rappelons l’enseignement de saint Robert Bellarmin, repris et précisé par le concile Vatican I dans Pastor Aeternus. L’Église y est décrite comme une assemblée de croyants professant la même foi, participant aux sacrements et guidés par des évêques légitimes en communion avec le Pontife romain. La communion avec le Pontife romain est la condition absolument nécessaire pour appartenir à l’Église catholique, et cela est d’autant plus vrai pour le sacerdoce catholique.

À cet égard, il me semblait improbable que la FSSPX affirme, d’une part, que l’on appartient à l’Église en vertu de la profession intégrale de foi (qui, en réalité, n’est qu’un élément essentiel, et non le seul), et d’autre part, qu’elle affirme (et juge) que les autorités ecclésiastiques manifestent une attitude contraire à la foi et agissent à l’encontre de la Sainte Tradition et du Magistère constant de l’Église. Il peut arriver (cela s’est produit par le passé et arrive malheureusement encore aujourd’hui) que certains évêques, prêtres, théologiens et laïcs tombent dans l’erreur et s’égarent en matière de foi et de morale, mais on ne saurait étendre cette critique à l’ensemble des autorités ecclésiastiques, et encore moins désobéir à la communion hiérarchique avec l’Autorité suprême. Il paraît pour le moins étrange que la FSSPX demande au Pape un geste paternel tout en accusant le Saint-Siège de s’éloigner de la Tradition et d’être soumis à une Église moderniste.

Les consécrations du 1er juillet reprennent celles accomplies par Mgr. Lefebvre en 1988 : sommes-nous face à une rupture définitive, ou subsiste-t-il une lueur d’espoir pour une future réconciliation entre la Fraternité et Rome ?

Il ne faut jamais dire jamais. Il faudrait repartir de la Déclaration doctrinale de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, mais surtout, il est nécessaire de changer l’attitude partiale de la FSSPX, qui considère Rome comme ayant tort et la FSSPX comme ayant forcément raison.

Excluez-vous la création d’une structure (proposée par le cardinal Müller) comme Ecclesia Dei ou, par exemple, la création d’ordinariats sur le modèle de ceux destinés aux anciens anglicans ?

Je n’exclurais pas de telles formes juridiques, à condition que les problèmes doctrinaux soient résolus et qu’un groupe suffisamment important de prêtres puisse se constituer, qui, comme cela a déjà été le cas pour la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre ou l’Institut du Bon Pasteur, aspirent à la pleine communion avec le Pontife romain.

Naturellement, la FSSPX suscite un grand engouement médiatique, mais il existe des « réalités traditionnelles » déjà présentes sous Petro : ne sont-elles pas ignorées, voire marginalisées au sein même du monde catholique, comme s’il s’agissait de réserves plutôt que d’un don offert à toute l’Église ?

Les Instituts auxquels il est fait référence sont des réalités vivantes et en constante évolution. Comme l’a enseigné et déclaré le pape Benoît XVI, les deux formes liturgiques, celle du Novus Ordo , qui est la forme commune, habituelle et universelle de la liturgie, et celle du Vetus Ordo pour des groupes particuliers et spécifiques, les pratiques s’enrichissent mutuellement et ne s’opposent pas. Les instituts et les fidèles qui suivent les disciplines liturgiques et spirituelles traditionnelles ne doivent pas être marginalisés ni isolés, mais doivent contribuer, en communion avec les autres réalités ecclésiales, à l’évangélisation et à l’apostolat chrétien. Il me semble urgent de renforcer les communautés ecclésiales et sacerdotales qui vivent fidèlement à la Tradition, à l’intégrité de la foi catholique et à la liturgie sacrée, en pleine communion avec l’ordre épiscopal sub Petro et cum Petro.

Seront-ils excommuniés ?

De Jean-Pierre Maugendre :

Ni l’un ni l’autre ne font mystère de leur catholicisme. Emmanuel Macron a demandé le baptême, à l’âge de 12 ans, contre l’avis de son père, alors qu’il était élève au collège La Providence, fondé en 1850 par les Jésuites à Amiens. Sébastien Lecornu est issu d’une famille de tradition catholique et a même envisagé, à l’âge de 16 ans, de rejoindre l’abbaye bénédictine de Saint Wandrille, en Normandie.

Le premier a déjà à son palmarès la constitutionnalisation de l’avortement par vote solennel du parlement réuni en Congrès le 4 mars 2024. Il compte transformer l’essai en obtenant, le 15 juillet prochain, sous l’impulsion de son premier ministre Sébastien Lecornu, le vote d’une loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté. Dire que ces mesures sont en opposition frontale avec l’enseignement constant de l’Eglise sur la défense de la vie humaine innocente est une évidence qu’il est inutile de redémontrer ici. Le président de la Conférence des Evêques de France, le cardinal Jean-Marc Aveline, semble aux abonnés absents sur ce sujet laissant Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, faire part des réticences de l’épiscopat français quant à ce projet de loi. Après avoir dénoncé en janvier « l’acharnement idéologique » du gouvernement puis sa « désinvolture institutionnelle », Mgr Rougé a fait part de son inquiétude quant à l’atteinte à la liberté de conscience que constituerait l’obligation pour tous les établissements de soins, en particulier catholiques, de proposer l’euthanasie ou le suicide assisté. Certaines congrégations comme les petites Sœurs des Pauvres auraient ainsi obligation de fermer leurs établissements en France et de s’exiler à l’étranger. Le choix a ainsi été fait, par l’Eglise de France, de ne placer le débat sur la fin de vie que sur le plan de la loi naturelle en appelant à la liberté de conscience de chacun dans une forme de plaidoyer pro domo qui semble occulter la portée universelle de la loi de Dieu. Mgr Rougé citant la récente encyclique du pape Léon XIV Sacra humanitas évoque des « choix gravement illicites » et en appelle au » choix salutaire du principe d’humanité ». Certes, mais est-il nécessaire d’être évêque pour tenir un tel discours ? Le temps est bien lointain où les évêques se voulaient les intendants de mystères de Dieu et les gardiens de la loi divine. Comment lutter contre la sécularisation de la société civile et politique si même les évêques s’interdisent de mentionner la loi de Dieu ? De plus, quelles conséquences compte tirer Mgr Rougé à propos des promoteurs de ces choix qu’il serait plus exact de qualifier de criminels plutôt que de simplement illicites ? Mgr Von Galen, évêque de Munster, dénonçant vigoureusement, en 1941, en chaire, le programme nazi Aktion T4 d’euthanasie des malades mentaux ne semble guère avoir fait d’émules ! Depuis le concile Vatican II, l’Eglise a fait le choix de ne plus condamner l’erreur. Il s’agit d’être positif. Le raisonnement a cependant ses limites comme vient de le démontrer la récente excommunication de la FSSPX.

 Aux USA certains évêques diocésains refusent la communion aux politiciens notoirement partisans de l’avortement, arguant du canon 915 du code de Droit canonique qui prévoit que :  « ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion ». Le 20 mai 2022 Mgr Salvatore Cordileone, archevêque de San Francisco,  adressait la monition suivante à Nancy Pelosi, élue démocrate de Californie et partisane de l’avortement : « Vous ne devez pas vous présenter pour (recevoir) la Sainte-Communion et, si cela devait arriver, vous ne devrez pas être admise pour la Sainte-Communion, jusqu’à ce que vous répudiiez publiquement votre défense de la légitimité de l’avortement, et que vous vous confessiez et receviez l’absolution pour ce grave péché». Voilà qui est clair !

L’opposition à l’avortement est, bien sûr, une des préoccupations du pape Léon XIV ce dont témoigne son accueil chaleureux le 22 juin dernier de Jean-Marie Le Méné, Président de la Fondation Jérôme Lejeune et de Marie-Lys Pellissier, porte-parole de la Marche pour la Vie. Sans vouloir offenser personne cette rencontre est restée très confidentielle. Il n’en sera pas de même des rencontres à venir entre le pape Léon XIV et MM. Macron et Lecornu en septembre prochain. Nous pouvons faire confiance à notre « Mozart de la finance » pour mettre en scène sa rencontre avec le pape à son bénéfice exclusif. Quel feu d’artifice final : peut-être la coupe du monde de football et des photos avec le pape, toujours souriant et affable, quels que soient les propos qu’il tiendra par ailleurs ! Le précédent espagnol est, à cet égard, extrêmement surprenant. Les Cortes Generales, à majorité socialiste et donc favorable à l’avortement et à l’euthanasie, ont applaudi debout, le 8 juin, pendant de longues minutes, le discours du pape qui venait d’exalter la défense de la vie humaine innocente, la famille, le droit des parents à choisir l’éducation de leurs enfants, la lutte contre les mafias qui exploitent les migrants et le maintien du secret de la confession. Une des grandes victimes de la confusion actuelle des esprits semble être le principe de non-contradiction. Emmanuel Macron constitutionnalise l’avortement, autorise par la loi l’euthanasie et le suicide assisté et « en même temps » participe le 30 juin au 9 ème Congrès contre la peine de mort.

Chacun conviendra, pour s’en réjouir ou s’en désoler, que l’Eglise n’a plus sur la société française l’influence qu’elle eut pendant des siècles. Les catholiques pratiquants représentent moins de 2% de la population. Les années qui passent voient enfler le flot des lois qui nient toute forme de loi naturelle sans même parler de la loi de Dieu, mettant ainsi en péril le salut de nombreuses âmes. Face à ce déferlement d’immoralité, trop souvent les évêques de France s’inquiètent, alertent, se préoccupent, etc. Ainsi le programme EVARS (Education à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle) sera-t-il déployé à la prochaine rentrée scolaire dans toutes les écoles catholiques sous contrat, au détriment de la responsabilité première des parents dans ce domaine. Les promoteurs de l’avortement Valéry Giscard d’Estaing ou Jacques Chirac sont benoîtement enterrés avec grand concours d’évêques sans qu’il n’ait été fait mention de leurs éventuelles repentances pour les centaines de milliers d’avortements dont ils sont, en partie, responsables. Il n’est pas interdit de penser que certains parlementaires ne seraient pas insensibles à une monition épiscopale qui les préviendrait qu’à moins de rétractations publiques ils ne pourraient bénéficier d’obsèques religieuses. Il nous faudrait des évêques qui soient les lions et des prophètes, à l’exemple de Mgr Von Galen (1878-1946) le « lion de munster » ou de Mgr Cazaux (1897-1975), évêque de Luçon organisant de gigantesques manifestations pour la défense de l’enseignement catholique dans les années 50, et non de simples fonctionnaires ecclésiastiques. Mais, les méritons-nous ?

François-Noël Buffet, hostile à la loi Taubira et à la constitutionnalisation de l’avortement, bientôt Défenseur des droits ?

Emmanuel Macron a proposé, mardi 7 juillet, de nommer au poste de Défenseur des droits le sénateur et ancien ministre François-Noël Buffet (Les Républicains) pour remplacer Claire Hédon. Son mandat doit prendre fin durant le mois de juillet après un mandat de six ans, non renouvelable.

L’ancien ministre auprès de Bruno Retailleau à l’Intérieur et brièvement ministre chargé des Outre-mer est critiqué pour ses positions passées sur l’avortement ou la dénaturation du mariage. Le sénateur avait participé aux manifestations contre le mariage pour tous en 2013 et signé la charte de la Manif pour tous.

En 2021, François-Noël Buffet avait ensuite voté contre l’extension de la procréation médicalement assistée. Quelques années plus tard, en 2024, il avait voté contre la constitutionnalisation de l’avortement. Le sénateur s’est aussi prononcé pour diminuer ou réformer l’Aide médicale d’État pour les sans-papiers.

Unicef France, Médecins du monde, la Ligue des droits de l’homme, le MRAP, Act-Up et tous les lobbys perfusés aux subventions militent contre cette possible nomination.

Créée en 2011 et inscrite dans la Constitution, cette autorité administrative est chargée de veiller au respect des libertés et des droits des citoyens.

Les commissions des Lois du Sénat et de l’Assemblée nationale doivent encore entériner ou repousser cette nomination, après avoir successivement auditionné François-Noël Buffet.

Cette manœuvre politico-judiciaire vise à nous tuer

L’ancien député national et européen FN, ancien vice-président de ce parti, conseiller régional et conseiller municipal de Lyon, Bruno Gollnisch, a vu sa condamnation atténuée, mais confirmée en appel à trois ans de prison avec sursis ce 7 juillet, lors du procès en appel des assistants parlementaires européens du Rassemblement national. Il réagit :

Vous attendiez-vous à une telle décision ?

Je m’attendais au pire et je me suis abstenu de venir à la lecture de l’arrêt, parce que j’aurais peut-être été porté à pratiquer l’outrage à magistrat. Depuis le début de dette « affaire », je sais que la manœuvre politico-judiciaire vise à nous tuer : dans notre réputation d’intégrité, en nous ruinant, moralement, financièrement, et en nous privant de nos droits civiques.

Il en est ainsi, et je suis bien sûr indigné, car ce procès méconnaît tous les principes fondamentaux du droit. Et je ne suis pas le seul à le dire. D’autres se sont exprimés, comme les professeurs Pierre Avril et Jean Gicquel, qui sont des sommités incontestées en matière de droit constitutionnel, Monsieur Gicquel ayant été en outre le déontologue, assez exigeant d’ailleurs, de l’Assemblée nationale. Aussi M. Jean-Eric Schoettl, ancien Secrétaire Général du Conseil constitutionnel.  Le pouvoir judiciaire n’avait absolument pas à se mêler des activités des assistants parlementaires, car, sinon, il se mêlait directement de l’activité des députés, ce qui est contraire au principe de séparation des pouvoirs. Principe dont la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 nous dit qu’il est fondamental dans nos institutions.

Toutes les règles de droit ont été violées, dont la prescription, puisque l’on est remonté à des années pour obtenir le total des salaires versés à nos assistants, en présumant qu’ils n’ont jamais travaillé le moins du monde pour nous, ce qui est non seulement faux, mais absurde.

Quels éléments avez-vous opposés pour votre défense ?

Tout est ahurissant dans cette affaire. J’ai prouvé que mes assistants avaient travaillé pour moi, et notamment l’un d’entre eux qui, devant un huissier procédant par sondages aléatoires, a montré qu’il connaissait parfaitement le contenu de mes 600 dossiers ! L’instruction avait même retrouvé une série d’entretiens entre nous portant sur 14 points de politique européenne. Il n’en a pas été tenu compte. Ce jugement reprend, en les atténuant légèrement, les extravagantes réquisitions du Parquet. Mais il faut surtout se souvenir que tout cela part de nos adversaires au sein de l’Union européenne, les euro-mondialistes, partisans de l’établissement de la dictature du super-État « eurocratique », qui craignent de plus en plus la progression de nos analyses dans l’opinion, en France et dans le reste de l’Europe.  Il s’agit en particulier de l’ancien chancelier allemand M. Schulz, qui, pour le coup, avait des assistants qui se sont plaints d’être utilisés à des travaux domestiques, et un autre qui, sous statut d’accrédité, devait résider à Bruxelles ou à Strasbourg, mais dirigeait en réalité depuis Aix-la-Chapelle la Société « Euregio Tours », agence de tourisme du SPD, le parti socialiste allemand !

Mais nos ennemis ne se gênent pas de pratiquer l’inversion accusatoire et de prétendre que, l’activité de nos assistants n’ayant pas été mise au service de la « construction » européenne, nous aurions « détourné » des millions ! Alors que le Parlement européen, contrairement à ces allégations, n’a pas subi le moindre préjudice, pas même d’un centime. On se moque du monde. Cette dotation nous était due. Et l’on nous dit qu’elle devait n’être utilisée que dans l’intérêt de l’Europe, ce qu’a d’ailleurs répété le tribunal, alors que l’on confond là l’intérêt de l’Europe et les ambitions de la Commission européenne.

Or, nous n’avons pas été élus pour servir ces ambitions, mais élus sur des listes nationales pour contester les évolutions de l’Union européenne et défendre les intérêts français. Les trois assistants pour lesquels je suis mis en cause étaient des assistants locaux qui, selon le propre règlement du Parlement européen, n’avaient pas à venir à Bruxelles ou à Strasbourg. Donc, ils ne pouvaient pas assister aux votes. Ils ne pouvaient pas assister aux réunions des groupes politiques dans lesquels sont décidées les politiques législatives, ni assister aux travaux des commissions. Que pouvaient-ils, alors, faire d’autre que de participer à l’activité politique de leur député ?

Comment expliquez-vous une telle décision ?

J’ai dit aux magistrats, qui n’en ont tenu aucun compte, que nous sommes en quelque sorte comme des joueurs de football à qui les dirigeants de leur club auraient dit qu’ils avaient le droit de jouer, mais individuellement, et pas en équipe ! C’est exactement la substance de ces décisions aberrantes, qui ne tiennent aucun compte ni des usages du parlementaire, ni des réalités de la vie politique, laquelle est un « sport collectif », surtout à l’Europe, où nous sommes élus sur un scrutin de liste nationale !  Autant de choses que ces juges ignorent d’ailleurs, et c’est pourquoi existe le principe de la séparation des pouvoirs : imaginez, un instant, qu’à l’occasion d’une décision de justice aberrante, comme la libération d’un individu dangereux pour un tampon oublié sur un formulaire, je me mêle de cela en excipant de ma qualité de député, demandant aux magistrats de me communiquer les brouillons de leurs décisions et en les questionnant sur le rôle de leur greffier ou la nature de leurs relations avec leurs assesseurs… Mais on aurait eu vite fait de me répondre : « Mêlez-vous de vos affaires, vous n’avez pas à vous immiscer dans le fonctionnement du pouvoir judiciaire » ! Eh bien, le pouvoir judiciaire n’a pas à s’immiscer dans les activités d’un assistant parlementaire.

Estimez-vous que nous sommes, désormais, face à la tyrannie d’une République des juges ?

Oui, assurément. Cela a été une évolution progressive, due à plusieurs facteurs. D’une part des juges partisans, puisque le Syndicat de la magistrature recueille un tiers des suffrages aux élections professionnelles, et il s’est fait gloire, sur un « mur des cons » installé dans ses locaux, de désigner à la vindicte de ses adhérents un certain nombre de justiciables, y compris le père d’une malheureuse jeune fille assassinée pour s’être refusée à un viol dans un train de banlieue. Mais il y a aussi l’hybris, que j’ai pu observer aussi chez les élus européens – pas les nôtres bien sûr -, qui les pousse à vouloir augmenter le pouvoir de l’institution par une dynamique de groupe délétère. Ils deviennent ainsi des instruments dociles de la conquête du pouvoir par l’Eurocratie.

Eh bien, cette ivresse du pouvoir existe aussi chez certains juges. C’est formidable, de pouvoir « se faire » des politiques ! Ils veulent condamner un ancien président de la République à sept ans de taule sur des présomptions, et deux anciens ministres de l’Intérieur, en prime. Ils ont arbitré la présidentielle de 2017 en inculpant avec une célérité exceptionnelle ce pauvre Fillon, qui pensait qu’il avait le temps devant lui, qu’on n’oserait pas… Lui qui avait eu l’imprudence de dire : « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? »

Quant aux élus du MoDem, poursuivis pour des motifs similaires à notre affaire, ils ont tous été condamnés, injustement d’ailleurs, comme nous, mais beaucoup plus légèrement. Tous condamnés… sauf monsieur Bayrou ! LFI, aussi, est concernée par une affaire du même type. Et  même bien plus grave : que faisaient les assistants parlementaires de M .Raphaël Arnault, député du Vaucluse, à Lyon, où ils sont inculpés de participation au lynchage atroce du malheureux Quentin Deranque ?  Mais étonnamment, ces affaires traînent en longueur, ou ne perturbent pas la vie des Assemblées. Pour LFI, cela fait sept ans et rien ne bouge. Je pourrais aussi citer le cas d’un socialiste alsacien, haut responsable du groupe socialiste au Parlement européen, qui m’a d’ailleurs envoyé un message honnête, me disant : « Avec des motifs comme celui qu’on invoque contre vous, on pourrait envoyer 500 députés en correctionnelle à chaque législature. »

Je vais examiner avec mes avocats les recours encore possibles, mais je dois avouer qu’il y a déjà longtemps que j’ai perdu confiance dans la justice de notre pays…

Le canal Saint-Martin, symbole de la faillite de l’éducation, de l’immigration mal assimilée et des « incivilités »

Lu dans Les 4 Vérités :

Le canal Saint-Martin était jusqu’ici connu comme lieu fétiche de la gauche bobo qui se vante de pouvoir s’y baigner (vu la propreté des lieux et de l’eau, je déconseillerais plutôt la baignade mais c’est une autre affaire!). Il est désormais le symbole de la faillite de l’éducation, de l’immigration mal assimilée et des « incivilités » qui pourrissent le quotidien de tant de Français.

Un jeune garçon, prénommé Hamza et surnommé « la Douane », rackette les badauds avec un pistolet à eau (!) pour leur faire payer un ou deux euros avant de bénéficier de la relative fraîcheur des lieux. Naturellement, comme toujours en notre époque exhibitionniste, il a diffusé ses « exploits » sur les réseaux sociaux. Inutile de dire que la plupart de ses contemporains ne sont pas tombés en pâmoison devant le jeune prodige. D’autant que l’on a appris assez rapidement que l’intéressant énergumène avait été interpellé une dizaine de fois depuis 2025 (il a 14 ans : cela promet une jolie carrière!).

Que croyez-vous qu’il arriva? Que ses parents l’ont repris en main? Que les forces de l’ordre ont sévi ? Point du tout. Son père a doctement expliqué aux médias bien-pensants que son sympathique rejeton était « gentil ». Ce qui doit sans doute dispenser de l’éduquer! Quant aux institutions, une certaine Annah Bikouloulou, élue écologiste et adjointe au maire de Paris en charge de la lutte contre les discriminations, a dénoncé « les influenceurs d’extrême droite » (sic !) qui présentait le garçon comme un délinquant (je suppose qu’il aurait fallu le présenter comme un saint de vitrail). Mieux, SOS Racisme, association copieusement financée par nos impôts, dénonce une campagne de « harcèlement raciste ». Encore un peu et ce sera le jeune Hamza qui va porter plainte contre les personnes qu’il a insultées – selon la perpétuelle inversion des valeurs chère à la gauche (de même que les squatteurs sont vus comme victimes).

Tout ceci serait grotesque si ce n’était pas révélateur. À force d’avoir voulu « interdit d’interdire », à force d’avoir refusé toute manifestation d’autorité, nous avons des hordes de gamins mal dégrossis qui prétendent faire la loi. Le cas Hamza ne serait rien s’il ne manifestait pas au grand jour la faillite de l’éducation permissive, la ruine de l’autorité parentale, et l’échec de l’intégration. Et s’il n’était pas un symbole de l’auto-aveuglement de la gauche prétendument libertaire (et vraiment liberticide) qui pourrit la vie des honnêtes gens pour flatter les racailles.

Fin de vie : après trois rejets du Sénat, le Gouvernement ne peut plus passer en force

Communiqué du Syndicat de la famille :

En prenant ses fonctions, le Premier ministre s’était engagé à gouverner avec le Parlement et à dépasser les logiques partisanes et idéologiques. Il ne peut aujourd’hui ignorer le message adressé par le Sénat. Persister reviendrait à imposer une réforme qui ne rassemble ni le Parlement, ni le pays, au mépris de l’esprit de dialogue qu’il avait lui-même revendiqué.

Le Premier ministre doit prendre acte du choix exprimé par le Parlement.

Mardi 7 juillet, le Sénat a adopté, par 169 voix contre 164, la motion de rejet préalable de la proposition de loi relative à l’aide à mourir. Pour la troisième fois, la Haute Assemblée refuse d’examiner ce texte. Ce vote confirme les profondes réserves éthiques, médicales et juridiques qu’il continue de susciter.

Ce nouveau rejet, ajouté à la très courte majorité obtenue à l’Assemblée nationale, démontre qu’une réforme d’une telle gravité ne bénéficie d’aucun consensus parlementaire. Plus de 400 parlementaires ont exprimé leur opposition au texte. Une loi qui bouleverse la vocation de la médecine et modifie profondément notre pacte de solidarité ne peut être imposée sur la seule base d’une majorité aussi étroite.

Sur un sujet qui touche à la vie et à la mort, le doute devrait conduire à la prudence, non à l’obstination. La responsabilité du Gouvernement est désormais de mettre un terme à l’examen de cette proposition de loi et d’ouvrir enfin le véritable chantier attendu par les Français : celui du développement des soins palliatifs, de la lutte contre les déserts médicaux, de l’accès aux centres antidouleur et de l’accompagnement des personnes les plus vulnérables.

Le Syndicat de la Famille appelle le Premier ministre à retirer ce texte et à respecter l’esprit de nos institutions. On ne transforme pas le rôle de la médecine, ni le rapport de notre société à la vulnérabilité, sans un large consensus national.

Enfin, le Gouvernement ne peut ignorer que cette réforme est également rejetée par ceux qui auront la responsabilité de l’appliquer. Une immense majorité des soignants, des sociétés savantes, des professionnels des soins palliatifs et des représentants du monde médical, mais aussi de nombreux patients et familles, ont exprimé leurs réserves ou leur opposition à cette légalisation. Gouverner contre le Sénat est une chose. Gouverner contre les soignants en est une autre. Lorsqu’un texte ne convainc ni une chambre du Parlement, ni une part considérable des députés, ni ceux qui consacrent leur vie à accompagner les plus fragiles, il n’est plus temps de passer en force : il est temps d’y renoncer.

Les parlementaires catholiques qui auront voté ce projet de loi ne pourront plus communier

Mgr Aillet a été interrogé dans France catholique à propos des élus catholiques qui votent en faveur de l’euthanasie :

Peut-on se dire chrétien et voter un texte aussi contraire à l’enseignement de l’Église ?

Il y a là une contradiction profonde. La question de l’euthanasie ou du suicide assisté n’est pas seulement une question confessionnelle. Elle touche à la loi naturelle, c’est-à-dire à ce qui fonde le respect de toute vie humaine dans une société civilisée. Lorsqu’un député se déclare catholique tout en soutenant une législation qui autorise à donner la mort, il se place objectivement en opposition avec un enseignement constant de l’Église, mais aussi avec un principe fondamental de la raison humaine. L’instruction Samaritanus Bonus, publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi, a clairement réaffirmé que l’euthanasie était « un acte intrinsèquement mauvais, quelles que soient les circonstances ». Un catholique engagé dans la vie publique ne peut pas l’ignorer.

Une telle position a-t-elle des conséquences spirituelles ?

Oui, car la foi chrétienne engage toute l’existence. Chacun doit s’interroger en conscience sur la cohérence entre les actes qu’il pose et la foi qu’il professe. Une adhésion publique à une loi gravement contraire à l’enseignement moral de l’Église pose un vrai problème de cohérence ecclésiale. Les parlementaires catholiques qui auront voté ce projet de loi doivent en peser les conséquences. S’ils sont conscients de cette incohérence, ils ne pourront plus communier. L’Église est fondée à le leur rappeler, comme certains évêques l’ont fait aux États-Unis. J’aimerais les inviter à un examen de conscience sincère. Avons-nous le droit de faire de la suppression volontaire d’une vie humaine une réponse à la souffrance ?

Certains fidèles ne semblent pas insensibles aux arguments des partisans de l’euthanasie, présentée comme un « geste d’humanité ». Que leur dites-vous ?

Il faut distinguer la véritable compassion de ce que Jean-Paul II appelait une « fausse miséricorde ». Une société vraiment fraternelle ne répond pas à la détresse par l’élimination de celui qui souffre mais par le développement des soins palliatifs, de l’accompagnement psychologique, familial et spirituel. Quant à la liberté, elle ne consiste pas à pouvoir tout faire. La liberté authentique est ordonnée au bien. Contre le discours dominant qui obscurcit gravement les consciences, contre le matraquage médiatique influencé par de puissants lobbies, les fidèles sont appelés à se former – et à soutenir concrètement les personnes malades, âgées ou isolées.

Qu’en est-il de celles qui demanderaient l’euthanasie ? Quelles conséquences sur le salut de leurs âmes ? Pourraient-elles avoir des obsèques chrétiennes ?

L’Église continue d’affirmer que le suicide demeure objectivement contraire à la volonté de Dieu, qui est le maître de la vie. Mais elle tient aussi compte des situations concrètes. La souffrance, la solitude, la dépression, les pressions familiales ou sociales sont parfois si fortes qu’elles peuvent altérer profondément la liberté d’une personne. C’est pourquoi le discernement pastoral est indispensable. Le rôle du prêtre est d’aider la personne à retrouver l’espérance, à se réconcilier avec Dieu et à renoncer à son projet. Cet accompagnement spirituel consiste à l’aider à choisir la vie jusqu’à son terme naturel, jamais à cautionner un geste létal. Concernant les funérailles chrétiennes, chaque situation doit être examinée avec prudence. L’Église tient compte de nombreux éléments, notamment des signes éventuels de repentance avant la mort. Rien ne doit être fait qui laisserait penser qu’elle approuve l’euthanasie.

Qu’en est-il des soignants qui appliqueraient cette loi ?

Je pense d’abord aux drames de conscience que cette loi risque de provoquer. Les professionnels de santé ont choisi leur métier pour soigner, soulager, accompagner. On leur demanderait désormais de participer à la mise à mort d’un patient. Mais la loi civile ne peut pas abolir les exigences de la conscience morale, que l’on soit ou non croyant. Il est donc essentiel que la clause de conscience soit pleinement garantie.

Des religieuses au sein d’établissements de soins catholiques ont annoncé leur intention de « résister » ? Qu’en pensez-vous ?

Une société véritablement démocratique ne peut pas exiger d’institutions fondées sur le respect inconditionnel de la vie qu’elles agissent contre leurs convictions les plus fondamentales. Veut-on que ces établissements ferment, alors qu’ils gèrent des dizaines de milliers de lits ? Qu’ils s’exilent à l’étranger, comme les congrégations chassées de France au début du XXe siècle ? Va-t-on emprisonner les religieuses qui n’appliqueraient pas cette loi ? Il faut défendre la liberté de ces établissements avec détermination.

Léon XIV a choisi comme devise pour sa visite en France : « Pour que le monde ait la vie ». Qu’attendez-vous de lui ? N’arrive-t-il pas trop tard, après une probable adoption de la loi ?

Une loi, même adoptée, ne met pas fin au devoir de témoignage des chrétiens. J’attends du Saint-Père qu’il rappelle avec force la dignité inaliénable de toute vie humaine. J’attends qu’il encourage les familles, les soignants, les bénévoles et tous ceux qui accompagnent les personnes malades ou âgées. J’attends surtout qu’il nous redonne le sens de l’espérance. Car l’enjeu ultime est spirituel. Une société s’affaiblit lorsqu’elle présente la mort comme une solution. Le Christ est venu « pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». C’est cette espérance que l’Église continuera d’annoncer, quelles que soient les évolutions législatives.

L’Œuvre d’Orient mobilisée en Syrie auprès des autorités syriennes

Communiqué de l’Oeuvre d’Orient :

L’Œuvre d’Orient, en la personne de son Directeur général Hugues de Woillemont, était invitée par le Président de la République française à des rencontres historiques.

Depuis le début de la guerre civile, et ce malgré l’absence de relation diplomatique entre les deux pays L’Œuvre d’Orient n’a jamais cessé d’être présente auprès de la population syrienne.

L’association a continué à soutenir les projets des communautés chrétiennes au service de toute la population syrienne sans distinction ethnique ou religieuse. Ainsi 34 millions d’euros ont été distribués depuis 2017 pour soutenir 1125 projets sur le terrain en Syrie.

Lors de ce déplacement l’Œuvre d’Orient a pu échanger avec les autorités sur la question de la sécurité : quelles garanties de sécurité offrir à toutes les composantes ethniques et religieuses qui composent la Syrie afin qu’elles puissent continuer à vivre sur leur terre.

Pendant la rencontre en huit clos à l’aéroport entre le Président de la République française, les autorités ecclésiales locales et le Directeur général de L’Œuvre d’Orient, ont été évoquées les problématiques d’éducation.

L’Œuvre d’Orient a demandé aux autorités syriennes la restitution aux communautés chrétiennes des écoles chrétiennes  confisquées dans les années 1960. Elles permettraient à des élèves chrétiens et musulmans de réapprendre à étudier ensemble, et de construire un avenir commun, notamment à travers l’usage de la langue française enseignée dans ces établissements.

Convaincu qu’en soutenant les chrétiens de Syrie, c’est la Syrie tout entière qui est soutenue, Mgr Hugues de Woillemont a plaidé pour que les chrétiens d’Orient retrouvent toute leur place dans la société syrienne et puissent contribuer pleinement à son avenir.

Le Sénat rejette le texte de l’Assemblée nationale visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté

Hésitants à poursuivre les débats face au mépris de l’Assemblée nationale, les sénateurs ont finalement voté la motion de rejet préalable.

Pour la 3ème fois, la chambre haute rejette le texte de l’Assemblée nationale visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté.

Pour la 3ème fois, les sénateurs ont rejeté le texte de l’Assemblée nationale.

Il ne reste donc que deux scénarios possibles :

– soit le Premier ministre décide enfin de prendre la parole et d’arrêter l’examen de ce texte

– soit rien ne change, et le texte de l’Assemblée nationale sera voté une dernière fois le 15 juillet.

ÉCRIRE AU PREMIER MINISTRE
Voici quelques rappels sur le contenu de la loi :

1. Inscription dans le code de la santé public d’un “droit à l’aide à mourir”, c’est-à-dire au suicide assisté et à l’euthanasie si le malade ne peut s’administrer la substance.

2. Des critères d’accès à ce droit déjà larges et flous :

  • Être majeur,
  • Être Français ou résident en France de manière stable et régulière,
  • Avoir une affection grave et incurable engageant le pronostic vital en phase avancée (> pas nécessairement en fin de vie),
  • Présenter une souffrance jugée insupportable (subjectif) liée à cette affection,
  • Être apte à exprimer une volonté libre et éclairée.

3. Une procédure peu encadrée :

  • Le malade fait sa demande, et n’a que 48h de réflexion obligatoires.
  • Le médecin qui reçoit la demande doit juger de son éligibilité, et lui seul prendre la décision finale qu’il devra rendre sous 15 jours maximum.
  • Le médecin doit prendre l’avis de deux autres soignants qui n’examinent pas forcément le patient.
  • Le médecin doit s’assurer de la “volonté libre et éclairée du patient”, mais n’a aucune obligation d’avoir recours à un psychiatre.
  • Un médecin / un infirmier doit être présent lors du suicide assisté.
  • L’injection létale peut avoir lieu à domicile, dans la résidence d’un proche, et dans tout établissement où exercent des professionnels de santé. La personne peut être entourée des personnes de son choix, y compris des mineurs.

4. Une liberté de conscience limitée : pas de clause de conscience pour les pharmaciens qui devront réaliser et fournir la substance létale. Tous les établissements de santé devront permettre que l’acte létal soit pratiqué en leur sein.

5. Le contrôle de la procédure et de l’éligibilité se fera a posteriori, c’est-à-dire après la mort du malade.

6. Les majeurs protégés (sous tutelle et curatelle), et les personnes atteintes d’une déficience intellectuelle pourront demander cette injection létale.

Ce texte est mortifère et nous concerne tous. Mobilisons-nous jusqu’au bout ! Pour ce faire, continuons à écrire à nos députés :

Commander des cartes postales

Baisse du nombre d’avortements en Israël

Le Bureau central des statistiques d’Israël (CBS) a signalé une « baisse continue » des demandes d’avortement dans le pays : elles étaient de 6,6 pour 1000 femmes en âge de procréer en 2024, contre 6,9 en 2023. Un chiffre en dessous des moyennes des pays de l’OCDE et de l’Union européenne.

En 2024, le motif le plus fréquemment invoqué auprès du Comité d’interruption de grossesse était une grossesse hors mariage. Les femmes mariées représentent toutefois la majorité des demandeuses (51,2%). Parmi les autres raisons avancées figurent le « risque de malformation physique ou de déficience mentale chez le fœtus » et le « risque pour la santé de la femme ».

Dans 99,8% des cas, le Comité donne son feu vert pour que soit pratiqué l’avortement. Certains témoignages suggèrent que les professionnels de santé abordent la question de l’interruption de grossesse lorsque le dépistage prénatal révèle des « complications potentielles ».

Source : Gènéthique

« Nos enfants méritent-ils encore de naître ? » : le cri d’alarme de parents d’enfants atteints d’anomalies

Le Figaro a publié une tribune alertant sur l’eugénisme à l’égard des personnes atteintes d’anomalie chromosomique :

Cinq ans après l’avoir rejeté, la France pourrait autoriser le tri des  atteints d’anomalies chromosomiques, alertent les membres de Tous imparfaits[1], un collectif de parents d’enfants porteurs de trisomie, de maladies génétiques ou de syndromes rares. Pour eux, ce choix reviendrait à réhabiliter une forme d’eugénisme.

« Il faut traquer, oui je dis traquer les embryons porteurs d’anomalies chromosomiques. » Nous n’oublierons jamais la violence de ce député fulminant au perchoir lors de l’examen de la loi bioéthique de 2021.

Nous sommes les parents d’enfants que certains qualifieraient d’« imparfaits ». Nos enfants sont porteurs de trisomie 13, 14, 18, 21, de maladies génétiques ou de syndromes rares. Certains vivent aujourd’hui. D’autres nous ont quittés après une vie trop courte. Ils ont été accueillis, aimés.

En 2021, lors des débats sur la révision de la loi de bioéthique, nous avons créé le collectif Tous imparfaits pour réagir devant ce que nous avons vécu comme une stigmatisation et une discrimination de nos enfants. Il s’agissait de rendre légale la sélection d’embryons in vitro, sur la base de leurs caractéristiques chromosomiques, avant transfert chez la femme en parcours de  (PMA). Autrement dit, il s’agissait d’étendre le  aux « aneuploïdies » (DPI-A), c’est-à-dire aux anomalies du nombre de chromosomes, afin d’éliminer les embryons atteints de telles anomalies.

Le débat avait été éprouvant. Au motif d’éviter un avortement, traumatisant pour les couples en parcours de PMA, les partisans du DPI-A avaient osé qualifier les enfants porteurs de  de « légumes » et appelé à les supprimer au stade embryonnaire, avant l’implantation.

Un « tri épouvantable »

Nous nous sommes sentis respectés lorsque des parlementaires de tous bords ont dénoncé un « tri épouvantable ». La ministre de la Santé d’alors, Agnès Buzyn, avait dénoncé la dérive eugéniste : avec le DPI-A, disait-elle, la PMA deviendrait plus intéressante pour les couples qui auraient le « droit de trier ». Finalement, le DPI-A avait été rejeté. La dignité de nos enfants avait été reconnue, protégée. La limite éthique avait été posée : que ce soit à titre dérogatoire ou expérimental, la France ne se prêterait pas à cette pratique eugénique.

Cinq ans plus tard, nous découvrons avec stupeur que le même débat revient dans l’espace public. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) rend la synthèse des Etats généraux de la bioéthique et un office parlementaire (l’Opecst) fait 80 recommandations pour orienter la prochaine révision des lois de bioéthique.

Si le CCNE reconnaît que le DPI-A ne fait pas consensus et soulève un problème éthique majeur, l’Opecst l’envisage à titre expérimental. Et le lobbying politique et médiatique mené en parallèle nous choque et nous inquiète.

« Pourquoi devons-nous, cinq ans plus tard, recommencer à justifier leur existence ? »

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes et candidate à la présidentielle, en fait le sujet sociétal de sa campagne. Un collectif de parents, qui ne cache pas être financé par l’industrie pharmaceutique et l’industrie de la procréation, inonde les réseaux sociaux. La presse grand public relaye leur revendication, qui se résume en une phrase : légaliser le DPI-A pour améliorer la PMA. Cette pression est d’autant plus indécente que, scientifiquement, le bénéfice prêté au DPI-A n’est pas juste. Le généticien Stéphane Viville l’explique : « Sur le plan théorique, la  par le DPI-A ne tient pas ses promesses. Pire encore, elle pourrait, dans certains cas, réduire les chances globales de succès. »[2]

Nous entendons la souffrance des couples confrontés à l’infertilité, au parcours de PMA interminable, aux fausses couches répétées. Comment ne pas l’entendre ? Beaucoup d’entre nous connaissent l’épreuve de l’attente de l’enfant, de la maladie, de l’incertitude et de la souffrance. Mais la compassion pour une souffrance ne dispense pas de sonder éthiquement les moyens proposés pour y répondre.

Nous parlons d’enfants dont le patrimoine génétique et chromosomique aurait conduit à leur élimination avant même qu’ils aient une chance de naître. Nous parlons de nos enfants : Claire, Gaspard, Syméon, Philomène, Gabriel, Thaïs, Paola, Brune et tant d’autres. Comment ne pas comprendre, derrière la promotion du DPI-A, qu’il aurait mieux valu qu’ils ne viennent jamais au monde ? Pourquoi devons-nous, cinq ans plus tard, recommencer à justifier leur existence ?

« Une société qui autorise la sélection de ses membres selon leur patrimoine génétique se déshumanise »

Nous sommes les parents des enfants dont il est question lorsque l’on parle d’anomalies chromosomiques. Nous sommes les familles qui vivent chaque jour avec les conséquences concrètes des choix que la société envisage d’inscrire dans la loi.

Nous refusons que le débat soit confisqué par des lobbies. Nous refusons que la valeur d’une vie humaine soit appréciée à l’aune d’un résultat génétique. Nous refusons qu’une norme génétique s’impose.

Nos enfants ne sont pas des erreurs ni des malfaçons. Ils ont un prénom, un visage, une personnalité, une histoire. Ils ont leur place dans la société.

A l’heure où s’ouvre une nouvelle révision de la loi de bioéthique, nous demandons que la société n’oublie pas ce qu’elle avait reconnu en 2021 : une société qui autorise la sélection de ses membres selon leur patrimoine génétique se déshumanise.

Ce qui était un eugénisme hier l’est toujours aujourd’hui.

Première béatification sur le sol vietnamien

Jeudi 2 juillet, plus de 70 000 pèlerins ont assisté à la messe de béatification de François Xavier Truong Buu Diep (1887-1946), le premier Vietnamien du XXe siècle à être béatifié. C’est aussi la première béatification célébrée sur le sol vietnamien.

Comme l’a déclaré le cardinal Tagle, c’est une occasion de montrer que « la grâce de Dieu est présente » dans l’histoire du Vietnam. Le 28 juin, le Vietnam a également célébré la Journée de la famille, un rendez-vous annuel institué en 2001. Mais de plus en plus, le pays s’interroge face aux mutations de la famille et à l’avenir des traditions locales. Enfin, le 21 juin, le jour de la fête de saint Louis de Gonzague, patron de la jeunesse, le missionnaire Marc Nguyen Dinh Minh Tri, originaire de Ca Mau au sud du Vietnam, a été ordonné prêtre à Hong-Kong.

François Xavier Truong Buu Diep est né en 1887 et a été ordonné prêtre en 1924. Il a servi la paroisse de Tac Say de 1930 jusqu’à sa mort le 12 mars 1946, durant la période de troubles et de violences qui a suivi la Seconde Guerre mondiale au Vietnam. Malgré des menaces répétées, il a refusé d’abandonner ses paroissiens.

Il a refusé de quitter sa paroisse de Tac Say alors que les conflits armés avaient atteint le delta du Mékong. Quand des hommes armés ont arrêté des dizaines de paroissiens, il est intervenu en s’offrant lui-même à leur place pour les sauver. Il a été emmené et n’est jamais revenu. Les paroissiens ont ensuite été libérés. L’identité des assassins est incertaine en raison de la situation chaotique de l’époque, et a été attribuée à différentes factions armées alors actives dans la région.

Son corps a été retrouvé avec des blessures mortelles, et a été transféré à Tac Say, où sa tombe est devenue l’un des sites de pèlerinage les plus connus dans le pays. Le Vatican a reconnu en 2024 que le père Truong Buu Diep a été tué in odium fidei (« en haine de la foi ») ce qui a ouvert la voie vers sa béatification.

Il fait désormais partie des bienheureux vietnamiens, après André de Phu Yen, considéré comme le premier martyr du Vietnam et béatifié en l’an 2000 par saint Jean-Paul II. Ce dernier a également canonisé 117 martyrs vietnamiens en 1988 au Vatican, afin d’honorer les catholiques qui ont choisi la mort plutôt que d’abandonner leur foi face aux persécutions.

Kata Jurák : « Ecrire en hongrois, c’est défendre la patrie, être journaliste est une mission »

Extrait d’un entretien de Kata Jurák, journaliste hongroise et rédactrice auprès du journal-blog L’Espoir.

” L’Espoir : Comment définiriez-vous le journalisme ? Quelles sont vos valeurs ?

Kata Jurák : Le grand écrivain hongrois Albert Wass a écrit un jour des lignes qui résonnent aujourd’hui en moi avec une force divine et singulière : « La tâche de l’écrivain hongrois, de tout temps, est d’écrire en hongrois, par la parole et par l’esprit. S’il fait cela, il n’a pas besoin de faire de la politique. Car s’il écrit en hongrois, dans l’esprit hongrois, selon les impératifs de sa conscience et de sa responsabilité, et avec une fidélité inquiète pour sa nation, c’est déjà plus que de la politique. C’est déjà de la défense nationale (honvédelem). »

Ces mots définissent exactement le sens de mon existence. Je n’ai pas un simple métier, j’ai une vocation. J’aime Dieu, ma patrie et ma famille d’un amour radical. Je protège ma nation et je sers mon pays de toute ma vie, à travers chaque ligne que je trace.

L’Espoir : D’où est venue votre passion du journalisme , expliquez-nous votre parcours ?

Kata Jurák : Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours su que je voulais être journaliste. J’avais à peine 14 ans lorsque j’ai commencé à travailler pour une télévision régionale et une radio diffusant sur six fréquences. Au fil des années, mon travail d’investigation m’a conduit sur les lignes de front médiatiques les plus exigeantes, de HírTV à EchoTV, de Karc FM à Magyar Idők, en passant par Magyar Nemzet et PestiSrácok.hu. Plus récemment, j’ai dirigé en tant que rédactrice en chef le portail chrétien-conservateur Vasárnap.hu, une mission qui vient de prendre fin brutalement, le site ne pouvant plus être maintenu en raison de la situation étouffante imposée par le gouvernement Tisza.”

Pour lire la suite de l’entretien : https://journallespoir.wordpress.com/2026/07/04/kata-jurak-ecrire-en-hongrois-cest-defendre-la-patrie-etre-journaliste-est-une-mission/

Pour aide Madame Jurák : https://revolut.me/katajurak

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Bénédiction d’une union entre personnes du même sexe : le cardinal Radcliffe rétropédale

La ficelle est un peu grosse, mais le cardinal Radcliffe a nié avoir participé à la bénédiction d’une union entre personnes de même sexe. Craindrait-il l’excommunication ?

Après la polémique suscitée par la messe célébrée le 13 juin dans l’église des Saints Apôtres de Londres, au cours de laquelle deux personnes de même sexe ont reçu une bénédiction publique à l’issue de la célébration, le cardinal Timothy Radcliffe rejette toute participation à cette bénédiction et affirme qu’il ignorait qu’elle allait avoir lieu. Sic.

Cette célébration commémorait les cinquante ans de vie commune de Julian Filochowski et Martin Pendergast, deux militants connus de la pastorale auprès des personnes homosexuelles dans l’archidiocèse de Westminster. À la fin de la messe, le clergé présent a donné une bénédiction.

Le cardinal a insisté sur le fait que sa participation s’était limitée à la prédication de l’homélie et a nié avoir voulu présenter la relation des personnes honorées comme un objet de célébration ecclésiale. Selon lui, sa réflexion portait sur l’amitié chrétienne.

« J’ai dit que l’amitié est une participation à la vie de Dieu. C’est parfaitement orthodoxe. Je ne faisais pas spécifiquement référence à la leur. La messe était une célébration de toute amitié ».

Radcliffe a également soutenu que la célébration avait été conçue comme un événement privé précisément pour éviter les interprétations erronées.

« Les directives données par l’Église stipulent que toute occasion de ce type doit être privée afin de ne pas susciter de malentendus. Il avait été convenu que cette célébration serait privée. Je ne sais pas pourquoi cette confidentialité n’a pas été respectée ».

Peut-être parce que ces militants ont profité de la présence d’un cardinal pour faire avancer leur revendication ?…

Dans la même veine, il a rejeté l’idée que la messe puisse être interprétée comme une célébration d’une relation homosexuelle.

« Elle n’a pas été conçue pour célébrer les relations homosexuelles en tant que telles. La présenter ainsi serait la déformer. Le faire dans le but de provoquer un scandale serait moralement incorrect ».

Cependant, les images diffusées par les organisateurs eux-mêmes montrent qu’à l’issue de la célébration, une bénédiction publique a été donnée au moyen d’un texte préparé à l’avance, inspiré —selon les organisateurs— d’un formulaire approuvé par les évêques de Belgique. Ce texte demandait que la grâce de Dieu descende sur les deux hommes à l’occasion du cinquantenaire de leur relation et que leur amour continue de grandir.

La cérémonie comprenait également d’autres éléments qui ont suscité la controverse, notamment la proclamation dialoguée de l’Évangile par plusieurs laïcs —dont la sœur Jeannine Gramick et le théologien James Alison.

Du côté de Rome, le cardinal Tucho n’a pas réagi. On l’a connu plus rapide.

Et si le pape conditionnait sa venue en France au rejet de la loi sur l’euthanasie ?

Un groupe de laïcs a lancé une supplique pour que le pape Léon XIV fasse savoir aux autorités françaises qu’il ne viendra pas en France si la loi sur l’euthanasie était, par malheur, adoptée.

En 1200, votre glorieux prédécesseur le pape Innocent III n’avait pas craint de jeter l’interdit sur le royaume de France pour protester contre la répudiation par le roi Philippe Auguste de sa femme légitime. Messes et mariages avaient été suspendus dans tout le pays, les cloches avaient cessé de sonner, et le roi avait dû finir par céder. Aussi, nous vous supplions très respectueusement d’user de toute votre autorité auprès du Président de la République et du chef du gouvernement français : nous pensons très sincèrement que votre présence en France en septembre doit pouvoir être conditionnée au refus de ce funeste projet.

Un évêque arrêté au Nicaragua après avoir prié pour « l’Église persécutée »

La police nicaraguayenne a arrêté un évêque catholique de 80 ans après qu’il ait publiquement demandé des prières pour l’Église persécutée dans le pays.

Mgr Abelardo Mata, évêque émérite d’Estelí, a été arrêté et détenu pendant plusieurs heures le 29 juin par la police, un jour après avoir célébré une messe où il avait demandé des prières pour l’Église persécutée au Nicaragua. Il demandait des prières pour l’Église persécutée et priait pour les prêtres exilés, notamment l’évêque Rolando Álvarez et le père Frutos Constantino Valle Salmerón.

Il a été interpellé lundi en milieu de journée alors qu’il se trouvait dans une clinique pour un contrôle lié à son stimulateur cardiaque. Il a été conduit au centre d’enquêtes du commissariat, où il a été détenu pendant plusieurs heures.

L’évêque Álvarez, mentionné par Mata dans son sermon, occupe le poste d’administrateur apostolique d’Estelí depuis la démission de Mata en 2021 et réside actuellement à Rome. Il a été exilé en 2024 après avoir purgé 11 mois de sa peine de 26 ans de prison, prononcée pour ses critiques constantes à l’encontre du dictateur du pays, Daniel Ortega, et de son épouse et vice-présidente, Rosario Murillo. Le père Valle, qui a maintenant plus de 80 ans, est l’« administrateur ad omnia » d’Estelí et vit actuellement en résidence surveillée au séminaire Notre-Dame de Fatima.

L’évêque Silvio Báez, évêque auxiliaire de Managua actuellement en exil à Miami, a écrit sur X :

« Je suis profondément indigné et je condamne absolument l’acte d’agression commis par la police du régime contre mon frère Juan Abelardo Mata, évêque émérite d’Estelí. » « Ces actes lâches ne font que démontrer la faiblesse et l’irrationalité d’une dictature criminelle ».

Sacres FSSPX : Eviter l’alternative

A titre simplement rétrospectif, extraits d’un article paru dans la revue Itinéraires de juillet-octobre 1988 juste après les sacres de Mgr Lefebvre. Si, depuis, les choses ont évolué (en bien ou en mal) et les circonstances ont bien sûr changé, cette analyse, qui s’appuie beaucoup sur le P. Calmel et défend en substance (avant les mots) une “herméneutique de la continuité” contre toute “herméneutique de rupture”, ne s’applique-t-elle pas encore et toujours, sans besoin de recourir à d’autres critères que ceux développés explicitement par Benoît XVI ?

Le schisme (apparent) ou l’apostasie (immanente). L’hérésie sans schisme ou le schisme sans hérésie ! L’alternative sommaire devant laquelle certains voudraient nous acculer, après la rupture entre Mgr Lefebvre et le Vatican, est-elle inévitable ? Poser ainsi le problème, c’est présenter ce qu’on appelle en philosophie une aporie (…).

L’aporie est un terme platonicien qui désigne l’« embarras » du philosophe devant un dilemme qui paraît exclure la possibilité d’une solution. C’est plus précisément chez Aristote « la mise en présence de deux opinions contraires et également raisonnées en réponse à une même question ».

La question est ici bien sûr celle de la crise majeure que connaît l’Eglise depuis plusieurs années. Et l’aporie pourrait très schématiquement se formaliser dans le double raisonnement suivant :

1 – On relève une certaine incompatibilité entre le discours des papes après Vatican II et la tradition de l’Eglise.

2 – Or, déclarent les uns, là où est le pape : là est l’Eglise !

3 – Donc, nous préférons avoir raison avec ce concile et « ses » papes contre les précédents.

2’ – Or, rétorquent les autres, là où est la tradition : là est l’Eglise !

3’ – Donc, nous préférons avoir raison avec 20 conciles et 260 papes contre le seul Vatican II et les quelques papes dans son sillage.

Selon que l’on privilégie l’une ou l’autre des deux mineures, eu égard à la majeure commune de l’enchaînement « aporique », on obtient deux conclusions opposées. Toutes deux faisant appel à l’argument d’autorité qui, on le sait, est la première des raisons en théologie. Dans le cas d’actualité qui nous intéresse, on se sauverait ainsi soit de l’hérésie par le schisme apparent (« lefebvristes »), soit du schisme par l’apostasie apparente (« papolâtres »). Alternative évidemment insupportable pour quiconque se veut classiquement d’Eglise.

On ne peut nier cependant la vérité de chacune des propositions que chaque parti admet sous la prémisse originelle. Là où est le pape : là est l’Eglise ; mais d’autre part, là où est l’Eglise : là est la tradition ! Si les mineures sont toutes les deux vraies, il faut donc s’en prendre à la majeure commune :

— Y a-t-il vraiment rupture entre Vatican II et la tradition, entre les papes post-conciliaires et tous les autres ?

A première vue, oui. En partie du moins. La crise en témoigne. Notre propos n’est pas ici de recenser les cas nombreux d’incompatibilité, les textes et les actes inconciliables entre eux. Contentons-nous seulement de rappeler qu’on s’accorde de part et d’autre à reconnaître — soit pour l’assumer soit pour la refuser — une étrange discontinuité entre la « pastorale » nouvelle issue de Vatican II et la doctrine commune et traditionnelle de l’Eglise (…).

La question est maintenant de savoir si cette rupture forcément suspecte et très grave pour l’identité et l’autorité de l’Eglise est grave à ce point qu’elle puisse mettre en cause l’assistance du Saint-Esprit au Vicaire du Christ. Assistance même négative qui est de maintenir sa défaillance possible dans une marge très précise. De sorte qu’il lui soit impossible d’imposer une hérésie formelle (…). De sorte aussi que cette défectibilité et ses effets dans l’Eglise ne puissent empêcher celle-ci de « conserver, jusqu’à la fin du monde inclusivement, assez de hiérarchie personnelle authentique pour que se maintiennent les sept sacrements, en particulier les sacrements de l’autel et de l’ordre ; ensuite pour que soit prêchée et enseignée la doctrine du Salut, unique et invariable » (P. Calmel). Le Saint-Esprit pourrait-il laisser le pape être l’instrument principal d’une transformation substantielle — contre-nature — de l’Eglise ?

La décision de Mgr Lefebvre de sacrer quatre évêques de sa Fraternité (non seulement sans mandat de Jean-Paul II mais contre la volonté expresse de celui-ci) et certaines de ses paroles (…) sembleraient accréditer cette hypothèse terrible. Sans pour autant aboutir à sa logique extrême qui est le sédévacantisme (un pape hérétique n’est plus pape et le Siège est vacant). Qu’on nous permette cependant d’écarter cette cruelle supposition en nous appuyant sur un long extrait de la Brève apologie pour l’Eglise de toujours du P. Calmel (p. 70 et suivantes):

« Ainsi donc, même si quelque pape venait à prendre des allures de faux-messie ce ne pourrait être que par intermittence, sans continuité, avec toutes sortes d’hésitations et de repentirs. Il n’entrerait dans son deuxième personnage, celui de tentateur de l’Eglise et d’instrument du démon, ni tout entier, ni franchement. Il ne proclamerait jamais par exemple comme un point assuré du magistère ordinaire, comme une interprétation authentique de vingt siècles de catholicisme, encore moins comme une définition ex cathedra, que la montée de l’humanité et sa réussite terrestre est maintenant la forme nouvelle de notre religion. Seulement il mélangerait à s’y méprendre deux messages qui s’opposent dans leur essence même : d’une part le message de domination prométhéenne du monde, conformément aux Trois Tentations et sans tenir compte pratiquement de la souveraineté de Dieu ni du péché de l’homme, et d’autre part le message de la foi chrétienne qui annonce la Rédemption par la seule croix du Seigneur Jésus. Par l’effet de cette intrication contre-nature le scandale serait près d’atteindre sans doute ses limites ultimes ; il serait porté à un point de séduction extraordinairement dangereux.

Il ne serait pas assez fort, malgré tout, pour perdre les élus, ni abolir l’Eglise. D’abord parce que la promesse de Jésus à Pierre ne passera pas. « J’ai prié, Pierre, pour que ta foi ne défaille point. Et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères. » (Luc 22, 32). — Par ailleurs nous tenons comme un principe certain et universel que l’ordre du bien et celui du mal ne s’opposent pas à égalité et ne sont pas symétriques. Ce qui signifie notamment que le fauteur du scandale ne sera jamais qu’une créature, alors que le défenseur contre le scandale est le Seigneur tout-puissant. Les insinuations, propagandes, pressions et persécutions du monde, quelque soutien qu’elles reçoivent de la part des hommes d’Eglise, n’ont rien de comparable à la grâce du Seigneur, soit comme force qui pénètre la liberté, soit comme douceur qui l’attire au parfait amour. La grâce est d’un autre ordre que tout le créé, infiniment plus forte. — Enfin l’intercession maternelle et royale de la Vierge Marie défendra toujours victorieusement l’Eglise contre les embûches des faux messianismes (…). »

Autrement dit, et selon le cas-limite d’un pape (voire d’une « dynastie ») aux allures de faux-messie(s), la rupture entre le(s) pape(s) d’hier ne pourrait jamais se consommer pleinement de par les promesses de Notre Seigneur à Pierre et aussi à l’Eglise :

« Voici que je suis avec vous chaque jour jusqu’à la fin du monde » (Matt. 28, 20). « Chaque fois donc que vous mangerez ce pain et boirez ce calice vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il revienne » (Ia Cor., 11,26). « Si ces jours n’étaient pas abrégés nulle âme ne serait sauvée, mais ces jours seront abrégés, à cause des élus » (Matt. 24, 22)…

« La ligne de partage (entre l’Eglise catholique et l’Eglise conciliaire), écrit l’abbé Sulmont dans son bulletin paroissial, on pourrait l’imaginer entre Pie XII et ses successeurs mais en réalité elle a divisé le cœur même de Paul VI et divise encore les pensées de Jean-Paul II. L’un et l’autre sont partagés au plus profond d’eux-mêmes, entre leur mission d’assurer la continuité de l’Eglise catholique et la tentation de céder aux séductions du monde en bricolant progressivement une nouvelle Eglise : l’Eglise conciliaire… »

On peut évincer l’aporie du début, sortir de cette impasse théorique, en distinguant deux aspects :

— La personne du pape actuel, dont on peut refuser les idées et désapprouver les faits si on les considère comme modernistes : on garde et on défend la tradition… sans Rome s’il le faut mais sans rompre la communion ecclésiale. Comme on peut vivre le mariage exceptionnellement sans le conjoint et sans porter atteinte au lien conjugal dans une séparation licite des corps.

— L’autorité du pape actuel, successeur légitime de Pierre « en qui se poursuit le mystère du Dieu fait chair habitant en nous » (Dom Guéranger) et auquel on doit soumission quelles que soient ses faiblesses (limitées) du moment. « On peut parfois aller sans Rome, disait Mgr Duchesne, mais jamais contre Rome. » Le divorce n’est pas admissible. La trahison des clercs n’abolit pas la cléricature : la succession apostolique et la primauté du Siège romain. « Eglise d’abord ! » comme disait l’abbé Dulac.

Le culte qu’on doit au souverain pontife, précise même Dom Guéranger — qui savait pourtant manifester son opposition au Saint-Père — ce culte réel donc, « allant au Christ en Son Vicaire (…) ne saurait s’accommoder de la distinction subtile entre le Siège de Pierre et celui qui l’occupe » (L’Année liturgique au 29 juin). « Je ne sais pas toute la religion, répondait à son persécuteur un jeune Chinois il y a quelque trente ans, mais je sais qu’il faut plutôt mourir que se séparer du pape. »

Si exigu soit-il, on doit penser qu’il existera toujours nécessairement un espace de tradition entre le schisme et l’hérésie, une aire de continuité in medio Ecclesiae, que ne pourront anéantir les fumées de Satan et l’autodestruction elle-même de l’Eglise. Le penser en contrevenant cependant aux lois fondamentales de l’Eglise ou en les débordant, c’est évidemment le point de litige après les sacres du 30 juin dernier. Certains objecteront que c’est devancer sinon forcer un peu la Providence. Au contraire de ce que préconisait lui-même Mgr Lefebvre à la conclusion de sa Lettre ouverte aux Catholiques perplexes (4 juillet 1984) :

« On écrit aussi qu’après moi mon œuvre disparaîtra, parce qu’il n’y aura pas d’évêques pour me remplacer. Je suis certain du contraire, je n’ai aucune inquiétude. Je peux mourir demain, le Bon Dieu a toutes les solutions. Il se trouvera de par le monde, je le sais, suffisamment d’évêques pour ordonner nos séminaristes. Même s’il se tait aujourd’hui, l’un ou l’autre de ces évêques recevrait du Saint-Esprit le courage de se dresser à son tour. Si mon œuvre est de Dieu, Il saura la garder et la faire servir au bien de l’Eglise. Notre Seigneur nous l’a promis : les Portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle. »

Le Bon Dieu, tout-puissant, connaît les besoins des fidèles (Matt 6, 32-34) et n’a pas besoin d’eux — et encore moins de leurs désobéissances ! La grâce de Dieu ne passe pas généralement dans la désobéissance. Même lorsque la Sainte Vierge apparaît comme à Lourdes ou à Fatima…, rien ne se fait sans l’obéissance à l’Eglise visible, légitime, par la médiation de sa hiérarchie. Ne faut-il pas, au pire, espérer contre toute espérance, selon la sagesse chrétienne ? Le serviteur n’est pas au-dessus du maître, ni l’Epouse plus grande que l’Epoux…

Certes, « l’Eglise nous fait mal » (P. Calmel) ! Nous sommes submergés par l’humiliation, la souffrance et l’injustice. Mais si le mal peut légitimement scandaliser, ajoutent les réticents aux sacres, il ne doit — chrétiennement parlant — engendrer la « révolte » qu’à de très rares exceptions (…). Le chrétien peut assumer le mal à cause du mystère du Christ, du mystère de la Croix et, à plus forte raison dans l’Eglise, à cause du mystère de l’Eglise. Fort dans la foi, il peut lui résister, affronter avec mérite le mystère d’iniquité. Ce n’est jamais pour rien que Dieu permet la souffrance. Il faut savoir assurément souffrir pour l’Eglise mais quelques fois, et sans doute plus durement encore, c’est par l’Eglise elle-même.

En outre, la « révolte » qui succède à un scandale souvent bien compréhensible risque d’entraîner un désordre encore plus grand que celui contre lequel on se scandalisait. « Il ne faudrait pas, observe Dom Gérard, que notre résistance légitime se transformât en résistantialisme » (Présent du 18 août). Le « non possumus » doit être de toute façon considéré avec une très grande circonspection (…). Surtout lorsqu’il fait, semble-t-il, le jeu des ennemis de l’Eglise, de Rome et d’Écône à la fois.

« L’Eglise, écrit Bossuet, semble quelques fois être donnée en proie à l’erreur qui menace de la couvrir toute ; cependant sa sainteté demeure entière ; sa foi éclate toujours avec autant de force, que même ses ennemis sentent bien, par une céleste vigueur, qu’ils ne peuvent point l’abattre ; mais par là, elle-même sent bien qu’il n’y a que Dieu qui la soutienne. » (Lettre à une demoiselle de Metz sur le mystère de l’Unité de l’Eglise : semaine de la Pentecôte, juin 1659.)

Assurément encore, Mgr Lefebvre a des raisons d’agir comme il a fait. Mais a-t-il raison ? Ses défenseurs utilisent aisément l’argument ad hominem (consistant à demander l’application à son profit d’un principe dont on récuse par ailleurs le bien-fondé) :

— Eh quoi ! Rome, qui ne discerne même plus l’hérésie ou l’apostasie galopante des évêques, qui permet l’ordination (secrète) d’un Max Thurian et absout les vrais schismatiques, Rome qui ne parle même plus de schisme pour l’Eglise chinoise patriotique, Rome voudrait maintenant excommunier cet évêque fidèle (…) qui n’a commis aucune hérésie et n’a fait que conférer l’épiscopat sans institution apostolique mais au nom d’une nécessité vitale autrement plus authentique que celle invoquée par cette Eglise chinoise. N’y aurait-il plus d’œcuménisme (interne) chez les amis de l’œcuménisme (externe) ? Allons, pas d’excommunication chez les ennemis de l’anathème !

On saisit pourtant les limites de l’argument ad hominem et ses dangers chez ceux qui le brandissent sans réserve ni précaution. Il implique en effet qu’on mette un pied chez l’adversaire. Or, disait saint Pie X, « ne mettons pas le pied dans le camp adverse, parce que nous donnerions ainsi à l’ennemi une preuve de notre faiblesse que l’ennemi essaierait d’interpréter comme un signe et une marque de complicité ». On risque aussi de se laisser prendre à son propre jeu. A force de réclamer à bénéficier de la libéralité libérale, du pluralisme dogmatique, du droit à la différence, voire à la désobéissance, on finit par cautionner subrepticement et malgré soi les principes libéraux en donnant le mauvais exemple. Pourquoi entre autres condamner des consécrations épiscopales comme celles commises hier par Mgr Ngo-Dinh-Thuc, sans l’autorisation du saint-siège, et accréditant notamment le sédévacantisme ?

Or, il va de soi que les « traditionalistes » sont contre ces désobéissances et ces dissidences-là. Que diraient-ils, par exemple, si un évêque charismatique, trouvant le Renouveau « en manque »… d’appui romain, faisait de telles consécrations pour développer sa mouvance menacée ? Mais pourquoi des moyens mauvais pour les uns seraient bons pour les autres : quand la fin pourrait-elle justifier les moyens et quel est le critère de la nécessité vitale ?

Enfin, contre cet argument ad hominem, les catholiques libéraux ont eux aussi un argument de même nature à opposer aux catholiques traditionnels :

— Eh quoi ! Vous exigeriez de bénéficier de nos principes et de notre tolérance alors que votre doctrine en est la négation. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! Pas d’œcuménisme pour les ennemis de l’œcuménisme ! Hors du pluralisme point de salut !

A quoi le catholique traditionnel pourrait répondre comme Louis Veuillot lorsqu’il répliquait à Jules Ferry sur la question de l’école (…) :

« Je n’ai pas demandé la liberté aux libéraux, parce que c’est leur principe ; je l’ai demandée et je la demande, parce que c’est mon droit, je ne le tiens pas d’eux, mais de mon baptême, qui m’a fait digne et capable de la liberté. En renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, c’est par là, et non autrement, que je suis devenu libre. »

Reste la « liberté » qu’a prise Mgr Lefebvre en son âme et conscience, avec ou sans les grâces d’état qui sont les siennes, de sacrer quatre évêques de sa Fraternité sans mandat pontifical pour la survie de la tradition et de l’Eglise. Reste aussi le choix devant lequel il place les catholiques fidèles après son « excommunication » par la Rome actuelle. D’aucuns ont déjà refusé le faux dilemme dans lequel ils se voyaient déjà enfermés :

« — Soit rester attaché à la tradition de l’Église et ne plus respecter la primauté du pontife romain (comme si celle-ci ne constituait pas une partie intégrante de la tradition).

— Soit respecter la primauté de ce pontife et abandonner, sur des points essentiels, la tradition de l’Église. »

On doit le refuser en principe pour les raisons que nous avons dites plus haut. D’autres redoutent de leur côté les conséquences possibles d’une décision qui ne présuppose pas nécessairement ce dilemme. Conséquences déjà décrites en filigrane, dès 1971, par le P. Calmel :

« Songeons-nous alors à mettre sur pied une immense et mondiale ligue ou association de prêtres et de chrétiens fidèles qui, devenus des “interlocuteurs valables” pour la hiérarchie officielle, l’obligeront à reprendre en main les rênes et à rétablir l’ordre ? Dessein grandiose, dessein émouvant, dessein chimérique. Car enfin ce groupe qui se voudra d’Église mais ne sera ni diocèse, ni archidiocèse, ni paroisse ni ordre religieux, qui n’entrera dans aucun des secteurs sur lesquels et pour lesquels s’exerce l’autorité dans la sainte Église, ce groupe sera artificiel : arte-factum. Étranger aux groupes réels, établis et reconnus. Comme pour tout groupement le problème du chef et de l’autorité se posera pour ce groupe ; et même avec d’autant plus d’acuité que le groupe sera plus énorme. Nous ne tarderions pas à aboutir à ceci : un groupe qui, étant une association, ne peut éluder la question de l’autorité ; un groupe qui, étant artificiel (par là-même en dehors des associations selon la nature et selon la Révélation et la grâce), rendra insoluble la question de l’autorité. Des groupes rivaux ne tarderont pas à s’élever. La guerre en deviendra inévitable. Il n’existera entre les groupes rivaux aucun moyen canonique de mettre fin à cette guerre ni même de la conduire. » (Brève apologie pour l’Église de toujours, p. 49)

Dans notre misère présente, l’alternative peut cependant se poser pratiquement — c’est-à-dire localement — entre l’apostasie immanente mais flagrante d’une paroisse ordinaire de l’Église « conciliaire » et le schisme apparent d’une paroisse « artificielle » de la Fraternité Saint-Pie X. Hélas ! Que faire alors ? L’Église de toujours ne peut évidemment laisser ses enfants dans la situation de l’âne de Buridan…

L’argument de la suppléance doit jouer ici pour la survie surnaturelle comme il joue pour le droit naturel. Même dans la pire des hypothèses qui serait celle du schisme effectif de Mgr Lefebvre, c’est le nouveau code de droit canon qui nous le donne :

« Chaque fois que la nécessité l’exige ou qu’une vraie utilité spirituelle s’en fait sentir, et à condition d’éviter tout danger d’erreur ou d’indifférentisme, il est permis aux fidèles qui se trouvent dans l’impossibilité physique ou morale d’avoir recours à un ministre catholique, de recevoir les sacrements de pénitence, d’Eucharistie et d’onction des malades de ministres non catholiques, dans l’Église desquels ces sacrements sont valides. » (Can. 844 § 2).

Dans cette jungle actuelle où se débat l’Église, à chacun dans son fortin intérieur et si possible communautaire de trouver la force de sa survie :

« Confesser la foi dans l’Église en face du modernisme, être heureux d’avoir à souffrir pour rendre un beau témoignage à l’Église trahie de toute part, c’est veiller avec elle dans son agonie ou veiller avec Jésus au Jardin des oliviers. Dans la mesure où nous serons des veilleurs fidèles, inaccessibles à la crainte mondaine et au découragement, nous saurons d’expérience que la Sainte Église est un mystère de force surnaturelle et de paix divine : Urbs Jerusalem beata dicta pacis visio (Ville de Jérusalem bienheureuse dénommée vision de paix). » (P. Calmel).

Sentinelles réparties au rempart visible de l’Église à qui s’adresse à nouveau l’antique appel :

« Custos, quid de nocte ? » Gardien, qu’en est-il de la nuit ? (Isaïe, XXI, 11).

Rémi Fontaine (1988)

Un individu saccage une église à Mulhouse

L’église Saint-Étienne de Mulhouse a été la cible de dégradations dimanche 5 juillet. Un individu, en short, torse et pieds nus, est entré aux alentours de 16h30 et s’est dirigé vers l’autel et s’est emparé de la croix qui s’y trouvait avant de la projeter au sol.

Il a ensuite saisi un vase dont il a renversé le contenu, de l’eau et des fleurs, sur l’autel. Puis il a éventré les portes de trois confessionnaux à l’aide de la croix qu’il a utilisée comme un pied de biche.

Aucun vol n’a été commis, ce qui laisse supposer un acte avant tout antichrétien. Le curé de l’église a porté plainte. Les dégradations ont été filmées par une caméra de vidéosurveillance. L’auteur a pris la fuite avec un second individu.

Comme il n’a pas d’argent pour se soigner, alors il demande l’euthanasie

L’histoire de cet Australien, rapportée par Gènéthique, pourra être quotidien en France prochainement :

L’Australien Glenn Rowan est atteint de la maladie du motoneurone, une maladie dégénérative rare qui consiste en la perte progressive des neurones moteurs, entraînant des troubles de la motricité et une paralysie progressive.

Faute de moyens financiers suffisants pour subvenir aux besoins liés à sa maladie, il a fait une demande d’euthanasie qui a été acceptée.

Les patients atteints de maladie du motoneurone ont un accès prioritaire au régime d’assurance national pour les personnes handicapées, car leur espérance de vie ne dépasse pas les deux ans – à condition qu’ils soient diagnostiqués avant l’âge de 65 ans. Glenn Rowan n’y est pas éligible en raison de son âge. Il ne peut prétendre qu’aux services dédiés aux personnes âgées (My aged care). Or les prestations offertes par ce service ne suffisent pas à soutenir des patients atteints d’une maladie aussi handicapante que la perte des neurones moteurs, qui ont besoin d’être assistés en permanence. Glenn Rowan recevra l’équivalent de 48.000 euros au titre de l’allocation My aged care, au lieu des 182.000 euros qu’il aurait touchés avec le NDIS, s’il avait été âgé de 64 ans ou moins. Il dénonce le fait que pour les patients dans sa situation, « il faut un bon compte en banque ». Sa demande d’euthanasie a été acceptée.

Oh je t’en prie : fais le bon choix : Choisis la vie ! Reste avec moi !

Emilie du Parc apporte sa pierre artistique au grand combat contre l’euthanasie. Cette chanson évoque ceux qui traversent l’épreuve, celle de la fin de vie, ou de la grande douleur physique et morale. L’amour, le vrai, les accompagne et les porte dans la souffrance, avec une infinie tendresse, jusqu’au bout… L’amour, le vrai, ne peut jamais vouloir éliminer les personnes en détresse… La mort n’est pas la bonne réponse à la vraie souffrance. Nous sommes TOUS concernés, un jour ou l’autre, par cette question…

Paroles :

Comme un fauve elle me jette à terre,
La douleur me serre et me broie
Et lentement dévore sa proie,
Ses dents bien plantées dans ma chair…

Jour et nuit, sa rage m’étouffe,
Elle m’écrase au fond de sa cage,
Où, seul, elle me garde, en otage.
On est tellement seul quand on souffre…

Couché sur le bord de la vie,
Je regarde courir les forts :
Moi qui vis déjà comme un mort,
Ai-je encore une place ici ?

Mais non ! me chantent les sirènes :
« Tu souffres et tu ne sers à rien,
Est-ce cela digne pour un humain ?
Ta vie ne vaut pas cette peine…

Vivre, c’est pour les bien-portants,
Les faibles sont de trop sur terre.
Mettons un terme à ton calvaire,
Par une mort douce, un jeu d’enfant… ! »

C’est vrai que je pèse trop lourd,
Avec ma figure de misère
Et mon interminable guerre :
Je m’en veux d’assombrir vos jours…

Adieu, je largue les amarres,
J’ai tant pleuré, j’ai trop souffert ;
Je n’ai plus ma place sur terre :
Aidez-moi à finir l’histoire… !

L’amour, le vrai, dit le contraire !
Oh oui, l’amour CRIE le contraire !
Oh non, je t’en supplie !
N’écoute pas les bel’ sirènes !

Non, ne les écoute pas !
Elles mentent, elles ne t’aiment pas !
L’amour, le vrai, dit le contraire !
Oh oui, l’amour CRIE le contraire !

L’amour te crie, de toute sa chair :
« Donne-moi tes larmes et ton cri
Reste avec moi, oui reste en vie,
Elle est sans prix, elle m’est si chère…

Marchons ensemble sur ce fil,
Qui relie ton cœur à mon cœur,
Par-dessus le gouffre des peurs :
Viens vers l’amour, le seul asile…

Je voudrais serrer dans mes bras
Ton corps déchiré en lambeaux,
Réparer ton cœur en morceaux,
Comme une mère, une pietà…

Ta vie est belle, puisque je t’aime :
Elle vaut infiniment la peine… !
Oh je t’en prie : fais le bon choix !!
Saisis ma main ! Reste avec moi ! »

Oh je t’en prie : fais le bon choix :
Choisis la vie ! Reste avec moi !!!

Émilie du Parc

FSSPX : l’Église veut identifier les « vrais catholiques ». Chiche ?

Les sacres FSSPX sont l’occasion pour l’Église de (re)définir qui est catholique et qui ne l’est pas. Paradoxalement, cela peut être une « arme » redoutablement efficace contre le modernisme.

ANALYSE DE LA « PRATIQUE POUR LA RECONCILIATION DE CERTAINS LAICS PROVENANT DE LA FSSPX »

Prenons ce document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi avec le plus grand sérieux : https://lesalonbeige.fr/procedure-du-dicastere-pour-la-doctrine-de-la-foi-pour-les-pretres-et-laics-qui-decident-de-quitter-la-fraternite-sacerdotale-saint-pie-x/

Les annexes montrent ce qu’il faut professer pour être catholique. A vrai dire, tout semble parfaitement interprétable pour être accepté par un fidèle de la FSSPX, sans se renier : l’annexe 2 précise qu’il faut « une ligne positive d’interprétation » de Vatican II. On peut donc interpréter, avec la précision suivante « afin que personne ne la sépare du reste du patrimoine sacré de la doctrine de l’Eglise ».

Or, l’annexe 1 mentionnait qu’il faut aussi adhérer à « tout ce qui est enseigné de manière définitive par [l’Église] concernant la doctrine de la Foi et des mœurs ». Nous sommes dans l’herméneutique de la continuité chère au regretté Benoît XVI.

Nous sommes très proches également des termes initialement acceptés par Mgr Lefebvre en 1988. Sa rétractation d’alors ne portait d’ailleurs pas sur ces termes, mais sur l’absence de perspective claire concernant le sacre d’un évêque FSSPX, notamment aucune date.

Revenons à notre document.

Le seul point discutable pour un fidèle FSSPX est le suivant : il faut désormais s’abstenir de toute déclaration publique qui s’opposerait (…) à son Magistère [du Pape] ».

A ce propos, le communiqué de Chéméré semble donc très audacieux : https://www.chemere.org/sacres-episcopaux-communique-de-la-fsvf/.
La FSVF y écrit qu’on peut « adopter une juste position d’adhésion au magistère, tout en critiquant respectueusement les déficiences de certains textes. ».

Ce point concernant l’interdiction de critiquer publiquement le Magistère du Pape semble donc le seul réellement inenvisageable pour un « vrai » fidèle de la FSSPX. Cela ressemble d’ailleurs fort à un abus de pouvoir : le magistère ordinaire est-il vraiment si constamment parfait, depuis 2000 ans, pour imposer ce silence absolu ?
Nous verrons bien si Chéméré peut continuer sa pratique de « critique respectueuse ».

MAIS SURTOUT : QUID DES MODERNISTES ACTUELS ?

D’un autre côté, ce texte ne serait-il pas la meilleure arme contre les modernistes ?

En effet, les attaques modernistes abondent sur les sujets évoqués, la Foi, les mœurs, etc.

Nous avons déjà cité qu’il faut adhérer à « tout ce qui est enseigné de manière définitive par [l’Église] concernant la doctrine de la Foi et des mœurs ». Ainsi, tout clerc ou fidèle qui n’adhère pas à Humanae Vitae ne serait pas catholique, par exemple concernant l’interdiction de l’avortement et même de la contraception. Ça va faire du monde…

Plus encore, dans la Déclaration d’Abu Dhabi, le Pape François est en opposition avec la doctrine de la Foi. Aïe, ça se complique… Le document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi devient alors contradictoire…

A vrai dire, les seuls qui seraient pleinement conformes à ces annexes sont certains instituts ex-Ecclesia Dei, qui s’interdisent toute critique publique du Pape, tout en étant généralement rigoureux dans leurs enseignements. On peut sans doute y ajouter la Communauté Saint-Martin, et d’autres maisons sérieuses du même style. Mais tout cela représente une bien faible fraction des fidèles et du clergé.

A moins que la nouvelle règle soit la suivante : si vous avez fréquenté la FSSPX, vous devez professer une foi catholique irréprochable et complète pour être dans l’Église. Si vous n’avez jamais fréquenté la FSSPX, vous pouvez continuer à croire et dire n’importe quoi… (sauf quelques exceptions qui ont été condamnées, il est vrai).

Charles Rosiers, ancien chroniqueur au quotidien Présent, charles.rosiers@gmail.com

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Lettre ouverte à M. l’abbé Spriet

Cher Monsieur l’abbé,

Pour aller droit au but, votre lettre ouverte parue sur ce même site le 04/07 m’a profondément choqué. Vous brandissez cette excommunication comme une victoire, à tout le moins comme une certitude. Mais pourrais-je vous poser quelques questions ?

Vous avez beaucoup écrit pour critiquer la position de la Fraternité. Avez-vous pris votre plus belle plume quand le pape Léon XIV a invité en grande pompe au Vatican Madame Mullaly (grande Papesse de l’Eglise Anglicane pro avortement et pro LGBT). Avez-vous dénoncé ce scandale de voir cette femme, représentant les Anglicans, schismatiques et excommuniés depuis des siècles, donner sa bénédiction à un parterre de cardinaux dont certains se sont signés ? L’avez-vous dénoncé en chaire ? L’avez-vous écrit dans votre gazette paroissiale ?

Avez-vous pris position haut et fort (comme vous le faites courageusement à l’égard de la FSSPX) quand le pape François adorait (ou laissait adorer) la Pachamama dans les jardins du Vatican, acte qui a choqué profondément tous les catholiques dignes de ce nom ?

Vous a-t-on entendu quand le pape François déclarait à la conférence d’Abu Dhabi que « la pluralité des religions est un bienfait de la sagesse divine ». Proposition qui heurte frontalement l’enseignement de l’Eglise !

Tous ces exemples (et on pourrait en écrire un livre entier) sont des actes formellement hérétiques et schismatiques, et ils sont commis par les plus hautes autorités de l’Eglise. Les avez-vous condamnés courageusement ?

Ces questions je vous les pose à vous, mais à travers vous, à tous ceux qui critiquent l’action de la FSSPX !

Par ailleurs, pourriez-vous aussi écrire une lettre ouverte aux fidèles de la Frat St Pierre qui n’ont plus d’église à Quimper, Grenoble, Dijon … comment est-ce qu’ils doivent s’y prendre pour avoir la doctrine et les sacrements traditionnels ? Il me semblait que ces communautés étaient « cum petro et sub Petro » et que par conséquent elles étaient les bienvenus dans l’Eglise, mais j’ai dû manquer une étape !
Pourriez-vous leur expliquer qu’il vaut mieux que leurs enfants ne reçoivent pas le sacrement de confirmation plutôt que d’être confirmés par un évêque de la FSSPX !
Qu’écrirez-vous à tous ses fidèles attachés à la Messe traditionnelle qui n’y ont plus accès en raison du Motu Proprio Traditionis Custodes ! Qu’ils feraient mieux de s’en passer ? Dans de nombreux diocèses en France et dans le monde l’évêque a considérablement restreint l’accès à la messe traditionnelle. Vous bénéficiez de ce privilège et par votre lettre vous voulez en priver certains fidèles.

Pourriez-vous également écrire une lettre ouverte à tous ces fidèles du bout du monde qui habitent dans des coins si reculés que jamais vous n’en entendrez parler que c’est un péché de recevoir des sacrements des prêtres de la FSSPX ! Qu’il vaut bien mieux s’en passer même s’il n’y a rien à des milliers de km autour ?

Alors on dit qu’on est schismatique ? Honnêtement, je rirais volontiers si la situation n’était pas si grave ! Mais votre lettre laisse comme un goût très amer dans la bouche car :
• Elle est remplie d’un pharisaïsme juridique qui ne tient aucun compte de la situation exceptionnelle dans laquelle nous sommes tous.
• Elle jette le bébé avec l’eau du bain. Peu importe pour vous que des milliers d’âmes soient sauvées par son apostolat, ou que ses écoles (bien remplies de fidèles venus de chez vous soit dit en passant) forment des âmes chrétiennes. Exit également toutes les autres œuvres : maisons de retraites, actions caritatives, mouvement scouts, croisades eucharistiques… Tout cela est balayé d’un revers de main dans votre lettre, sans discernement ni analyse.
• Et le plus grave : elle méprise le grand malaise de centaines de milliers de fidèles qui face aux dérives conciliaires cherchent seulement un endroit stable et sûr pour sauver leur âme. Par votre lettre, vous leur niez ce droit, comme s’il n’y avait aucun problème dans l’Eglise officielle et que la situation était normale.
• Enfin, je ne vais pas vous apprendre en ces temps troublés que la vérité est parfois plus complexe et plus contre intuitive que ne le laisse supposer un décret d’excommunication.

Très humblement voici ce que je dirais au jeune qui veut entrer dans un séminaire de la FSSPX :
• Fonce, tu seras bien formé, loin de la doctrine frelatée d’un concile dont soixante-dix ans après, personne ne sait comment il faut l’interpréter, tellement il est ambigu !
• Fonce, tu pourras vivre pleinement ton sacerdoce sans te soucier de savoir si ton évêque va te mettre des bâtons dans les roues parce que tu enseignes simplement la doctrine catholique ou que tu veux porter la soutane.
• Fonce car si tu rentres dans un autre séminaire et que tu n’es pas le champion du grand écart, tu devras faire des compromis toute ta vie, et à la longue c’est fatiguant.
• Ne te soucie pas de cette excommunication. Elle est nulle et non avenue. La FSSPX est excommuniée par des autorités qui en temps normal auraient été exclues de l’Eglise sans coups férir pour hérésies de toutes sortes. Donc surtout pas de panique à ce sujet.
• Sois patient : un jour viendra où les autorités romaines remercieront la FSSPX pour ce geste salutaire. Tu seras très bientôt dans le camp des vainqueurs.

Enfin je dirais à l’abbé Spriet et à tous ceux qui fustigent la FSSPX : Je comprends que vous ne soyez pas d’accord, nous ne demandons à personne de nous rejoindre. Mais arrêtez d’être en guerre avec nous comme si on était l’ennemi public n°1 de l’Eglise, alors que nous voulons nous aussi être ses serviteurs, même si nous prenons des moyens que vous ne comprenez pas ou avec lesquels vous n’êtes pas d’accord.
Comprenez qu’à situation exceptionnelle répondent parfois des circonstances exceptionnelles, et ce qui devrait prévaloir entre nous actuellement c’est la charité. Et je trouve personnellement que votre lettre en manque cruellement. Elle ressemble à ce coup de pied que l’on assène à celui qui est déjà à terre.
Si vous estimez que la question des sacres ou de l’état de nécessité demeure discutables entre catholiques de bonne foi, alors pourquoi ne pas appliquer cette maxime tirée de la sagesse chrétienne : « Dans les choses nécessaires, l’unité ; dans les choses incertaines, la liberté ; en toutes choses, la charité ». Votre situation est peut-être tellement confortable que cette précaution vous semble inutile ? Sachez qu’il y a des milliers de fidèles qui ne partagent pas votre optimisme et qui ne trouvent plus dans l’Eglise officielle de quoi nourrir leur âme. Alors s’il vous plaît, je ne vais pas vous dire où est votre devoir mais je pense qu’il consiste plus à remplir votre église qu’à vider nos séminaires !

Quoi qu’il en soit j’espère de tout cœur que cette sentence de l’Evangile ne vous sera pas appliquée : « Malheurs à vous, Scribes et Pharisiens, vous filtrez le moucheron et vous avalez le chameau (Mt 23, 24) !»

Votre dévoué serviteur

Thomas Legrier

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Immigration et ordre dans la charité par Disputationes theologicae

https://disputationes.over-blog.com/2017/01/immigration-et-ordre-dans-la-charite.html

L’ “accueil” désordonné des migrants est la négation de l’amour de Dieu

“L’obligation d’accueillir” l’étranger à n’importe quel prix même contre le bien commun. Voilà le nouveau dogme, non révélé par Dieu, mais propagé presque sans distinction par tous les centrales du pouvoir maçonnique. Il est évident qu’un cœur chrétien, s’il le peut, prête secours à celui qui se trouve en grave difficulté, mais la “religion de l’homme” – qui semble désormais avoir conquis la presque totalité des bastions catholiques – impose celui de l’accueil comme un “impératif catégorique” auquel on ne peut qu’“obéir”. Il n’est presque pas licite de réfléchir aux circonstances et à l’opportunité de certaines actions présentées officiellement comme charitables, et cela sous peine d’“excommunication médiatique”. Nolite cogitare.

Le désarroi en plus est alimenté par les déclarations de certaines autorités ecclésiastiques qui souvent propagent la confusion, en prêchant comme doctrine catholique des concepts qui semblent plutôt l’aboutissement du pire mondialisme que la doctrine de Jésus-Christ.

Le genre de l’immigration actuelle soulève certes plusieurs questions qui portent sur différents sujets, à commencer par un discernement sérieux concernant la nature de ces flux jusqu’au devoir d’aide envers nos frères, in primis les chrétiens d’Orient. La question de la nécessité pour certaines réalités précises, d’un possible soutien in loco, même militaire, se pose ainsi que celle de l’évaluation sérieuse de la présence parmi les immigrés de plusieurs loups déguisés en agneaux.

L’importance fondamentale de la notion de “souveraineté” face à ce qui semble être une vraie et propre “immigration de substitution” ne doit pas non plus être oubliée.

Ces interrogations suscitent plusieurs perspectives d’analyse. On peut traiter la question sous l’angle de l’invasion masquée (plus ou moins islamiste et plus ou moins violente). Cette perspective impose une analyse sur la licéité du recours à la force pour repousser la violence et implique même la question de la guerre juste. Une autre perspective conduit à considérer que la question ne doit être envisagée que sous l’angle de ce qu’on appelle aujourd’hui avec emphase “accueil” et que l’on voudrait être une émanation de la charité chrétienne.

Nous concentrerons l’attention de cet article sur ce dernier point, sans exclure de traiter du juste recours à la force dans une prochaine intervention. En effet, il paraît urgent de faire d’abord la clarté sur un point parmi les plus exposés à la contrefaçon : l’exercice (ordonné) de la charité chrétienne.

Après une brève suggestion de bon sens aux gouvernants, tirée de la réflexion scholastique, nous parcourrons rapidement certaines indications sur l’exercice de la charité ordonnée données par Saint Thomas d’Aquin dans la Summa Theologiae, particulièrement dans la question 26 de la Secunda Secundae, pour chercher à en tirer quelques conclusions, même d’ordre pratique. Quel est en effet l’exercice de la vraie charité en matière d’immigration ?

La présence d’étrangers dans la patrie, une simple réflexion à la suite d’Aristote

Avant d’entrer dans le domaine de la vertu surnaturelle et particulièrement de la charité ordonnée il est utile de rappeler un bref passage du De Regno, qui a le mérite d’éclaircir en peu de lignes la problématique au point de vue naturel. Au XIIIème siècle, la question des étrangers, quoique non différente dans la substance, se posait sous une autre forme et Saint Thomas dans l’opuscule cité, en conseillant les gouvernants, donne des indications au Roi sur la façon de se comporter par rapport à la “présence d’étrangers”, personnifiés principalement à l’époque par les commerçants. La question de fond étant de savoir si la multitude d’étrangers est un bien ou un mal pour la Civitas[i].

La réponse de l’auteur se fonde, en suivant Aristote, sur la nécessaire unité du corps social, à l’imitation du corps physique. On déconseille donc vivement aux gouvernants de favoriser une présence de marchands étrangers dans la ville pour un motif très simple : leurs usages différents, quoique légitimes dans leur patrie, déstabilisent la société. Ils compromettent l’unité de la Civitas, qui fonde sa propre unité et son propre bien-être spirituel et temporel sur un patrimoine commun. Les étrangers ne partagent pas cet ensemble de traditions “identitaires” qui sont le ciment de l’état et qui contribuent à donner une direction claire et partagée par tous vers le bien commun que tous recherchent. Le citoyen de longue tradition partage avec ses concitoyens ce mode particulier de connaître et d’aimer sa propre Civitas, et cela s’accomplit non pas d’une façon artificielle, par des “projets d’intégration” autant cérébraux qu’utopiques, mais d’une façon tellement naturelle que ce patrimoine commun ne nécessite aucune explication, tant il est enraciné dans les cœurs.

Cela ne signifie pas que pour des raisons par exemple commerciales un étranger ne puisse pas traverser la ville ou même y demeurer longtemps, jusqu’à en devenir un membre vital. Et même, sa présence peut dans une certaine mesure constituer un bien objectif et appréciable pour la Civitas, que l’on pense aux Maîtres de Côme du Moyen-Age qui coupaient si bien la pierre qu’ils ont rempli l’Italie de chefs d’œuvre, en formant partout où ils allaient des petites communautés lombardes, qui par la suite se sont amalgamées au tissu préexistant. Mais le nombre doit être contenu, parce que le bien de la société entière est supérieur au bien d’un seul ou d’un groupe de citoyens ou d’un seul ou plusieurs étrangers.

En effet, le vrai bien de chacun s’articule avec le vrai bien commun et jamais il ne peut être en opposition avec ce dernier. En suivant l’analogie entre le bien du corps humain et le bien du corps social, il est clair que le maintien en santé de la personne entière est supérieur au bien d’un seul membre. Dans certains cas il peut donc être nécessaire d’amputer, à plus forte raison dans le cas d’un élément étranger qui n’est pas encore organiquement uni à la personne. En effet, l’étranger n’est pas encore membre du corps social, et ne le devient que suite à un long processus nécessitant entre autres l’acceptation des conditions posées par la Civitas qui choisit de l’accueillir ou pas. Donc son bien est toujours soumis et doit toujours s’articuler au bien de toute la ville. Sinon, tout comme il est licite de couper du corps social l’élément nuisible, à plus forte raison est licite le refus d’un corps étranger qui altérerait la paix et l’ordre social.

Du point de vue du bien commun naturel, la nécessité de se prémunir contre l’arrivée excessive d’étrangers est un devoir du Prince et cela en raison de la nature même de l’homme. A cette considération il faut ajouter que ratione peccati, c’est-à-dire en considérant la nature humaine en tant que blessée par le péché originel, une telle nécessité se fait encore plus pressante. Et cela – même en voulant rester au point de vue strictement naturel – est particulièrement important lorsqu’on parle d’immigration d’étrangers de religion musulmane, compte tenu du caractère violemment agressif du Coran qui en est le fondement.

En mettant de côté les délires des idéologues multiethniques et multiraciaux et de ceux qui les suivent, on reconnaît généralement un certain fondement à ce qui a été exposé jusqu’à présent. Cependant, dans le milieu catholique surgit souvent l’objection – non dépourvue d’une bonne dose d’hypocrisie – que si un tel discours peut paraître raisonnable à l’intelligence dans l’ordre naturel, il n’est cependant pas admissible après l’avènement de la charité chrétienne, laquelle accepte tout, pardonne tout et…accueille tout.

Mais dans la charité aussi (et surtout) il y a un ordre établi par Dieu, Créateur et Législateur

Saint Thomas d’Aquin en parlant de la charité souligne qu’il est absolument nécessaire d’évaluer quel est l’ordre dans la charité[ii]. Dois-je aimer plus Dieu ou le prochain ? Dois-je aimer plus le prochain ou mon corps ? Dois-je aimer un proche plus qu’un autre ou tous de manière identique ? Dois-je aimer celui qui m’est plus proche (“prochain” veut dire proche…) ou dois-je aimer aussi les plus lointains d’une manière égale et identique ? Dois-je aimer davantage la paix (religieuse aussi) dans ma patrie ou dois-je accueillir n’importe quel étranger qui la menace au nom de la charité ?

Là où il y a une multiplicité, comme dans ce cas il y a une multiplicité d’objets à aimer, il faut un ordre et un ordre se fait par rapport à un principe. Par exemple, un ensemble de fruits peut être ordonné selon différents principes, selon la couleur, selon le poids, selon le parfum ; pour faire de l’ordre et savoir ce qu’il faut mettre avant et mettre après il faut un principe. Mais quel est dans la charité ce “point ferme” qui nous permet de mettre de l’ordre ? « L’amour de la charité tend vers Dieu en tant qu’il est source de béatitude[…]. Et donc il est nécessaire que dans les choses qui sont aimées par la charité on s’en tienne à un certain ordre, en relation au principe premier d’un tel amour, qui est Dieu »[iii].

La charité et son exercice s’ordonnent donc seulement par rapport à Dieu et non pas par rapport aux principes d’un anthropocentrisme mielleux.

Malheureusement aujourd’hui, une pensée non catholique a avancé partout, au point que pour l’homme moderne – qui marche au pas avec l’ecclésiastique moderniste – il faut aimer le prochain sans établir un ordre quelconque et cela parfois même…contre Dieu ou plus que Dieu. Ou sinon, lorsque le panthéisme a atteint des niveaux pathologiques, on arrive presque à l’affirmation explicite qui identifie le prochain avec Dieu presque métaphysiquement. A partir de là, aucun raisonnement – et aucun ordre dans la charité – n’est plus possible. Des phrases fréquentes comme par exemple « le pauvre est Dieu », quoique prononcées avec une intention rhétorique, alimentent – de façon non intentionnelle on voudrait l’espérer – une telle confusion. Car s’il est vrai que dans le visage du pauvre je dois voir l’empreinte de Dieu Créateur et l’action de Dieu Rédempteur, il est aussi vrai qu’une créature ne pourra jamais s’identifier avec le Créateur et l’amour qu’il faut porter à n’importe quelle créature ne sera jamais aussi inconditionné que l’amour qu’il faut porter à Dieu.

L’objet de l’acte de charité regarde donc principalement Dieu, secondairement les créatures, dans la mesure selon laquelle elles se réfèrent à Dieu. Cet ordre de la charité que nous recherchons donc – dit l’Angélique[iv] – se trouve dans les choses elles-mêmes, dans leur être par rapport à Dieu. C’est un ordre objectif. Le prochain ne doit pas être aimé inconditionnellement comme s’il était Dieu, la bonté du prochain n’est pas absolue, mais elle est « participative », elle participe de la bonté divine et d’une façon différente selon les cas. Il peut donc y avoir un “plus” et un “moins” dans l’échelle, parce que la mesure est donnée par la majeure ou mineure proximité à Dieu de la chose à aimer.

Il y a en effet un prochain à haïr par amour de Dieu, dit Notre Seigneur. « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère et sa femme et ses enfants et ses frères et ses sœurs et aussi sa propre vie il ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 26). De telles paroles ne sont pas dures si on a compris l’ordre dans la charité. Saint Thomas dit « L’amitié de la charité se fonde sur la communication de la béatitude qui consiste essentiellement en Dieu comme dans son premier principe, d’où elle découle sur tous les êtres qui sont capables de béatitude » et il continue « donc c’est Dieu qu’il faut aimer principalement et par-dessus tout en charité […] le prochain en tant qu’il participe avec nous de cette béatitude qui vient de Lui »[v]. Donc lorsque Jésus-Christ nous dit « Si quelqu’un ne hait pas son père et sa mère… » il est en train de nous expliquer que celui qui aime le prochain dans un ordre qui n’est pas celui voulu par Dieu n’est pas son disciple et qu’il sera aussi nécessaire de “haïr” son propre frère dans la mesure où celui-ci éloigne Dieu de nous, de lui-même et des autres. Si une personne m’empêche d’aimer Dieu ou empêche la diffusion de l’amour de Dieu sur la société, je dois haïr cet aspect chez l’autre. Cet aspect est à combattre chez lui, doit au moins être mis en mesure de ne pas nuire au bien voulu par Dieu, tout en continuant par exemple à prier et à agir pour la conversion de ce frère. Ce frère est “haï” dans la mesure où il est lointain et nous éloigne de Dieu, mais est aimé dans la mesure où rien n’est perdu et où il peut encore s’approcher de Dieu, comme dirait Saint Thomas « en tant qu’il est encore capable de béatitude ». Et cette « capacité de béatitude » fait loi dans l’ordre selon la charité qui se fonde sur la mineure ou majeure participation à l’amour de Dieu. L’ordre n’est pas sentimentalo-passionnel, selon qui je croise – ou pire selon ce que la télévision veut nous faire voir sur l’écran – mais il est objectif. Saint Thomas dit « il ne faut pas aimer davantage celui qui est plus facile à voir, mais celui qui se présente à nous comme à aimer » [vi]. C’est-à-dire que, en suivant Saint Thomas, de la même façon que je dois aimer davantage Dieu, même s’il n’est pas visible, plutôt qu’une personne que je croise dans la rue et qui est très lointaine de Dieu, ainsi je dois aimer davantage une personne par rapport à une autre parce que je sais qu’elle est plus proche de Dieu.

Lorsque nous écoutons – et d’ailleurs avec une fréquence excessive – sur la bouche d’éminents ecclésiastiques, des phrases comme celle-ci : « Est ce que j’aime vraiment mon prochain, est ce que j’aime vraiment l’immigré, même s’il est musulman ? » La réponse du chrétien qui a la vraie charité et qui connaît la doctrine est : « Oui, mais je l’aime par amour de Dieu et donc selon l’ordre voulu par Dieu ». Ce qui signifie que j’ordonne mon exercice de la charité envers lui selon l’amour de Dieu. Et je dois aller jusqu’au point de vouloir pour lui tout le bien possible, jusqu’au bien suprême de sa conversion à la vraie foi, pour qu’il ne brûle pas éternellement en enfer et pour qu’il participe en acte (et non pas seulement en puissance) de cette béatitude qui est – comme on l’a vu plus haut – le fondement de l’ordre de la charité. En effet, dans le véritable ordre de la charité je n’aime pas mon prochain seulement parce qu’il est mon semblable ou parce que j’ai une sympathie pour les gens de couleur plutôt que pour les blancs, mais ce qui rend le prochain digne d’être aimé plus qu’un autre est sa similitude avec Dieu[vii]. En charité, je peux – et je dois – aimer davantage un riche authentiquement vertueux plutôt qu’un pauvre plein de malice, ainsi que m’est davantage “prochain” un baptisé aisé plutôt qu’un immigré musulman pauvre. Il y a un ordre objectif à observer dans l’amour surnaturel qui cependant n’exclut pas, suivant les circonstances et s’il s’agit du bien objectif, la possibilité d’aider matériellement même ce pauvre-là quoique éloigné de Dieu. Donne à manger aux affamés, donne à boire aux assoiffés, certes, mais selon un critère objectif, et non pas médiatico-émotionnel et dicté par les centrales du mondialisme maçonnique qui créent d’abord la misère des peuples et ensuite la font “soulager” aux autres.

L’accueil sans discrimination ne témoigne pas l’amour de Dieu, mais l’amour désordonné pour certaines réalités terrestres

Nous ajoutons que le désordre dans l’accueil des peuples, dans l’encouragement à leurs déplacements désordonnés, dans l’altération de la vie pacifique de certaines nations, dont certaines de tradition chrétienne, n’est pas un signe de charité. Au contraire, c’est peut-être justement un des signes que l’on ne marche pas dans l’amour de Dieu.

Saint Thomas explique que l’amour naturel se fonde sur la communication des biens naturels, et par un tel amour non seulement on aime Dieu plus que soi-même, mais on aime chaque créature selon ce qu’elle est, selon la place que Dieu lui a assignée. Un tel amour parvient à chaque créature, jusqu’aux pierres elles-mêmes, parce que c’est un amour qui aime l’ensemble de la Création selon l’ordre voulu par Dieu, et un tel amour privilégie le bien de l’ensemble à son propre bien particulier. Et cela vaut encore plus dans l’amour de charité, selon lequel l’homme doit aimer davantage Dieu, qui est le bien commun de toute chose, plutôt que lui-même[viii].

En suivant donc le raisonnement de l’Aquinate on aime chaque créature – jusqu’aux pierres – dans l’ordre voulu par Dieu et donc on aime les peuples sur leurs terres et avec leurs caractéristiques et leurs bonnes traditions, dans l’ordre que Dieu a donné en les distinguant. Si on a compris le discours, pour qu’il s’agisse d’un vrai amour, la partie doit aimer d’abord le tout dans la disposition des parties et donc chercher son propre bien dans la mesure où un tel bien s’intègre dans le tout, dans la mesure où le bien de la partie concourt au bien du tout. C’est la partie qui doit se “conformer” au bien commun lorsqu’elle détermine son propre bien et ce n’est pas le bien commun qui doit être “remodelé” en fonction de la partie[ix].

Par exemple, en ce qui concerne notre sujet, l’immigré qui arrive et demande accueil ne peut pas être vu seulement dans un rapport de bien du sujet particulier dans le besoin, ou dans une vision personnaliste de la relation entre moi qui accueille et lui qui me demande hospitalité. Mais l’opportunité de l’ “accueil” est à évaluer selon une vision de bien commun et surtout de bien commun surnaturel. Les questions de foi sont donc fondamentales parce que – s’il s’agit de vraie charité – le premier bien à évaluer sera celui de la foi, du bien commun de la foi d’un peuple et du monde entier. Donc l’appartenance à une religion sera un critère important à évaluer dans la perspective de la “charité de l’accueil”. Justement parce que le bien commun surnaturel, que la (vraie) charité a le devoir de sauvegarder, est en jeu.

Non seulement donc la prudence naturelle et surnaturelle doit pousser les gouvernants à limiter l’accès de celui qui attaque ou affaiblit le bien de la foi, mais dans une vraie perspective de bien commun surnaturel il pourrait être aussi nécessaire, dans certaines circonstances, de refuser complètement l’accès de certains étrangers. On pourrait même ajouter qu’il faudrait évaluer attentivement l’opportunité d’accueillir des hommes chrétiens en bonne santé qui fuient, surtout s’ils sont en train de fuir une guerre, alors qu’ils auraient au contraire le devoir de combattre pour le bien commun de leur patrie ou de la foi. Si c’est le bien commun de la foi et de la charité que nous cherchons – tout en pouvant accueillir temporairement des femmes et des enfants – nous devrions aussi, dans certains cas, stimuler les hommes chrétiens en bonne santé et aptes aux armes à rester dans les terres chrétiennes pour les défendre et pour éviter le rétrécissement des confins de la Chrétienté (ou de ce qu’il en reste). C’est cela aussi la charité, et de courageux Évêques syriens l’ont affirmé récemment à haute voix.

Quant aux musulmans, même en voulant admettre sans le concéder, qu’il s’agisse d’une immigration de nécessité, et non pas un processus maçonnique de substitution des peuples, il est plus que licite de freiner les arrivées, parce qu’en tant que disciples du Coran il est raisonnable de présumer qu’ils en veulent l’application, sous peine de ne plus être musulmans. Il est impossible de ne pas comprendre comment leur arrivée massive pourrait ne pas nuire gravement au bien surnaturel de la foi et de l’Église elle-même, à plus forte raison si on renonce – par absence de charité – même à essayer de les convertir à la vraie foi. On ne comprend pas non plus comment un prélat catholique – qui devrait bien savoir ce qu’est la charité – pourrait prêcher l’accueil des migrants à tout prix tout en se refusant à faire une quelconque distinction, presque comme s’il s’agissait d’un dogme révélé. Et cela est encore plus incompréhensible car il n’est pas nécessaire d’avoir la foi et la charité pour saisir combien l’immigration islamique est dangereuse. Le Cardinal Biffi, s’adressant aux gouvernants laïcs disait à ce propos : « Cela ne revient pas aux hommes d’Église, mais plutôt aux états occidentaux modernes de bien regarder le pour et le contre à ce sujet »[x]. Il en résulte qu’un homme d’Église a donc à double titre le devoir d’inciter les gouvernants à limiter l’immigration islamique : en raison de la loi naturelle et en raison de la vraie charité du Christ.

Don Stefano Carusi

[i] Saint Thomas d’Aquin, De Regno, lib. 2, cap. 3: “Nam civitas quae ad sui sustentationem mercationum multitudine indiget, necesse est ut continuum extraneorum convictum patiatur. Extraneorum autem conversatio corrumpit plurimum civium mores, secundum Aristotelis doctrinam in sua politica, quia necesse est evenire ut homines extranei aliis legibus et consuetudinibus enutriti, in multis aliter agant quam sint civium mores, et sic, dum cives exemplo ad agenda similia provocantur, civilis conversatio perturbatur. Rursus: si cives ipsi mercationibus fuerint dediti, pandetur pluribus vitiis aditus”.

[ii] S. Thomas d’Aquin, S. Th., IIa IIae, q. 26, pr. “Deinde considerandum est de ordine caritatis. Et circa hoc quaeruntur tredecim”.

[iii] Ibidem, a. 1, c. : “Respondeo dicendum quod, sicut philosophus dicit, in V Metaphys., prius et posterius dicitur secundum relationem ad aliquod principium. Ordo autem includit in se aliquem modum prioris et posterioris. Unde oportet quod ubicumque est aliquod principium, sit etiam aliquis ordo. Dictum autem est supra quod dilectio caritatis tendit in Deum sicut in principium beatitudinis, in cuius communicatione amicitia caritatis fundatur. Et ideo oportet quod in his quae ex caritate diliguntur attendatur aliquis ordo, secundum relationem ad primum principium huius dilectionis, quod est Deus”.

[iv] S. Thomas d’Aquin, S. Th., q. 26, a. 1, ad 2. Cfr. anche q. 26, a. 2, ad 3: “Sed tamen non aequaliter habet proximus bonitatem Dei sicut habet ipsam Deus, nam Deus habet ipsam essentialiter, proximus autem participative”.

[v] Ibidem, q. 26, a. 2, c: “Amicitia autem caritatis fundatur super communicatione beatitudinis, quae consistit essentialiter in Deo sicut in primo principio, a quo derivatur in omnes qui sunt beatitudinis capaces. Et ideo principaliter et maxime Deus est ex caritate diligendus, ipse enim diligitur sicut beatitudinis causa; proximus autem sicut beatitudinem simul nobiscum ab eo participans”.

[vi] Ibidem, q. 26, a. 2, ad 1: “non ergo oportet quod illud quod est magis visibile sit magis diligibile, sed quod prius occurrat nobis ad diligendum”.

[vii] Ibidem, q. 26, a.2, ad 2 : “Ad secundum dicendum quod similitudo quam habemus ad Deum est prior et causa similitudinis quam habemus ad proximum, ex hoc enim quod participamus a Deo id quod ab ipso etiam proximus habet similes proximo efficimur”.

[viii] Ibidem, q. 26, a.3, c. : “Unde multo magis hoc verificatur in amicitia caritatis, quae fundatur super communicatione donorum gratiae. Et ideo ex caritate magis homo debet diligere Deum, qui est bonum commune omnium, quam seipsum, quia beatitudo est in Deo sicut in communi et fontali omnium principio qui beatitudinem partecipare possunt”.

[ix] Ibidem, q. 26, a.3, ad 2.

[x] G. Biffi, Intervento dell’arcivescovo di Bologna al Seminario della Fondazione Migrantes, 30 septembre 2000 (http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/7283) : «Non sono dunque gli uomini di Chiesa, ma gli stati occidentali moderni a dover far bene i loro conti a questo riguardo».

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

De 1988 à 2026… : Cet acte de foi en la Providence et en l’Église n’a pas été vain

De l’abbé Giacomoni, supérieur de la Province de France de la FSSP :

Le 2 juillet 1988, les fondateurs de la Fraternité Saint-Pierre manifestaient publiquement leurs intentions :

« Pour l’honneur de la Sainte Église Catholique, pour la consolation de nombreux fidèles troublés et l’apaisement de leur conscience, les soussignés, membres jusqu’ici de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, déclarent qu’ils restent, dans le regret profond des consécrations épiscopales illicites du 30 juin, comme « pars sanior[1] » de cette Fraternité dans l’Église catholique, et n’ont qu’un seul désir, de pouvoir vivre dans l’Église comme société religieuse de cette Église en soumission comme il va de soi à son chef et de pouvoir œuvrer pour l’Église. Avec satisfaction, ils reconnaissent dans les propositions généreuses et vraiment maternelles que l’Église a faites dans l’accord du 5 mai 1988, les fondements pour un futur fructueux et vraiment catholique de leur communauté. Ils expriment l’espoir de pouvoir être à nouveau érigés canoniquement par les autorités ecclésiales compétentes pour la réalisation de leur vocation spécifique, pour pouvoir se consacrer au soin des fidèles et spécialement à la formation des prêtres dans un esprit authentiquement catholique, et en cela, en conformité avec la tradition vénérable de l’Église catholique, de pouvoir célébrer le culte divin selon les directives d’une tradition indubitable. Afin de clarifier au plus vite leur statut ecclésial, les soussignés, réunis dans la prière, vont présenter sans délai cette déclaration au Saint-Siège, pour remettre leur travail sous la protection des princes des Apôtres Pierre et Paul, avec la bénédiction du Saint-Père.[2] »

Cet acte de foi en la Providence et en l’Église n’a pas été vain puisque saint Jean-Paul II, après le motu proprio Ecclesia Dei, a voulu fonder de manière pérenne notre communauté. À peine trois mois plus tard en effet, le 18 octobre 1988, la FSSP était érigée canoniquement par le Saint-Siège comme Société de Vie Apostolique de droit pontifical.

Comment en est-on arrivé là ? Le 30 juin 1988, Mgr Lefebvre consacrait quatre évêques contre la volonté du pape. Devant l’ampleur de la crise de l’Église, reconnue bien au-delà du “monde tradi”, et suite aussi à nombre d’injustices subies, la possibilité de sacres épiscopaux même sans mandat pontifical était devenue peu à peu pour Mgr Lefebvre un vrai questionnement. C’est précisément pour réfléchir à la légitimité de tels sacres que l’abbé Josef Bisig, alors assistant de Mgr Lefebvre, avait été chargé de diriger une commission théologique sur cette question. Dans le cadre de cette fonction, il avait rédigé un bref essai théologique intitulé : « Du sacre épiscopal contre la volonté du Pape ». Cette étude, publiée en 1988 par les fondateurs de la FSSP, est justement celle dont nous venons de faire la réédition dans le hors-série de Tu es Petrus.

La conclusion de cette réflexion théologique est conforme à la Tradition de l’Église : en raison de la primauté de juridiction du pape et en raison de la nature du ministère épiscopal[3], des consécrations épiscopales contre la volonté expresse du pape s’opposent au droit divin et signifient conséquemment une rupture ouverte avec l’Église catholique. Suite à cette étude, Mgr Lefebvre écrivit aux membres de la commission une réponse manuscrite assez détaillée. Il y arrivait finalement à la conclusion suivante :

« Le problème de la situation des fidèles et de la situation de la papauté actuelle rend caduques les difficultés de juridiction, de désobéissance et d’apostolicité, parce que ces notions supposent un pape catholique dans la foi, dans son gouvernement. Sans entrer dans les conséquences du pape hérétique, schismatique, inexistant, qui entraînent dans des discussions théoriques sans fin, ne pouvons-nous pas et ne devons-nous pas en conscience, affirmer aujourd’hui, après la promulgation du nouveau droit qui affirme clairement la nouvelle Église et après les actes et déclarations scandaleux concernant Luther, que le pape Jean Paul II n’est pas catholique ?[4] ».

Terrible interrogation de celui qui avait été un vrai père pour les fondateurs de la FSSP. En refusant courageusement les consécrations épiscopales, il s’agissait donc, pour nos fondateurs, de rester unis au Pontife romain et de le rester en conservant l’usage de la liturgie romaine ancienne. C’est précisément dans ce but que la FSSP a été reconnue et fondée par le Saint-Siège. 

En cette année 2026, nous revivons une situation analogue à celle de 1988. De nouvelles consécrations épiscopales contre la volonté du pape ont été annoncées pour le 1er juillet. Chacun peut comprendre combien cette situation revêt, pour la FSSP en particulier, un caractère spécialement douloureux. Nous pourrions dire que cela ne nous regarde pas (ou plus), mais la gravité d’un tel acte pour l’unité de l’Église et l’histoire de notre fondation ne peuvent nous laisser indifférents.

Sous bien des aspects demeure certes dans l’Église une crise doctrinale, théologique et liturgique. Mais cela n’empêche pourtant pas le Saint-Esprit de continuer d’agir en Elle. Ainsi constate-t-on avec joie ces dernières années que de nombreuses personnes découvrent ou redécouvrent la foi catholique. Le Seigneur attire toujours ; et cette soif apparaît, entre autres, dans « la croissance des communautés liées au vetus ordo[5] ». L’annonce de l’Évangile est une charité toujours nécessaire mais plus difficile aux époques troublées. Depuis les Apôtres en effet, les crises dans l’Église ont toujours été un mystère pour notre intelligence, et une épreuve. C’est pourquoi leur résolution n’est pas si simple et doit être prudemment éclairée par les principes de la foi. Nous savons ainsi que là où est passé le Maître, les disciples passent aussi. Il est donc nécessairement dans notre vie chrétienne des temps où la Providence nous découvre des voies mystérieuses. La croix du Christ est alors plantée dans nos cœurs avec toute sa douloureuse force mais aussi sa fécondité ! En établissant la FSSP dans le respect et la juste dépendance des autorités ecclésiales, nos fondateurs n’ont pas ignoré les conséquences parfois difficiles que cela pourrait avoir pour leur communauté et pour les fidèles qui lui sont confiés. Ils n’ignoraient pas non plus que leur choix ne serait pas toujours bien compris. Mais le Christ, qui sait tout, ne laisse pas ses enfants orphelins. Les souffrances unies à Lui portent en elles la grâce de l’abandon confiant, et l’acceptation surnaturelle de la croix n’est jamais une abdication. À la suite du Christ, c’est l’exemple que nous laissent les saints reconnus qui ont eu à souffrir par l’Église : sainte Jeanne d’Arc, saint Jean de La Croix, saint Alphonse de Liguori, sainte Bernadette ou saint Padre Pio, et tant d’autres encore… Tel est en vérité le prolongement de l’Incarnation Rédemptrice, tel est le clair-obscur de l’obéissance de la foi et tels sont pour ces raisons les choix historiques, théologiques et spirituels des fondateurs de la Fraternité Saint-Pierre. « Ecclesia semper reformanda[6] », dit l’adage classique. Mais aucun saint n’a jamais participé “de l’extérieur” à une réforme de l’Église, c’est-à-dire en se soustrayant à son autorité visible et en reconstituant une hiérarchie parallèle.

Ces vérités surnaturelles demeurent toujours valables et doivent donc éclairer les circonstances actuelles. Malheureusement, les passions exacerbées par des médias omniprésents affaiblissent la raison éclairée par la foi. Même si les époques changent et que l’expression des vérités éternelles peut être amoindrie voire rendue ambigüe, il n’existe pourtant qu’un unique Magistère de l’Église. Reconnaître cela permet de ne pas sacrifier la Vérité, soit par un relativisme généralisé de l’autorité du Magistère, soit par un maximalisme déraisonné de cette autorité, tous deux contraires à la foi.

Cela condamne-t-il pour autant au silence devant les erreurs des hommes d’Église ou les scandales visibles en son sein ? Pas le moins du monde ! Mais en gardant justement la notion de « Tradition vivante[7] », la FSSP entend agir d’une manière conforme à celle-ci. Le rôle des communautés religieuses n’a jamais été en effet de s’ériger en magistère parallèle, de faire des déclarations publiques ou des communiqués tapageux sur l’Église. Et adopter un esprit de critique jette plus de trouble que de lumière. A contrario, un esprit critique, lorsqu’une affirmation choque ou interroge, cherche la lumière du Magistère pérenne pour l’éclairer. L’Église a Elle-même agi ainsi pour certains passages du Concile Vatican II[8]. Et de même, à sa place, sans coups d’éclat ni manque de courage, la FSSP cherche à demeurer fidèle au protocole d’accord du 5 mai 1988[9], qui est au fondement de ses Constitutions. La FSSP est encore résolument concernée par le sort des fidèles qui expriment leurs sentiments d’injustice ou d’incompréhension quant à la manière dont sont parfois mises en œuvre les promesses faites en 1988. Car l’immense majorité de ces fidèles n’entre pas dans les catégories socio-politiques ou anti-ecclésiales qu’on leur prête souvent pour justifier des restrictions à leur sincère attachement aux pédagogies traditionnelles de la foi catholique. Ils veulent demeurer dans l’Église et dans sa communion. Ils ne s’opposent pas à Elle mais en attendent la douceur et la paix de la vie chrétienne dans les formes éprouvées des traditions liturgiques, spirituelles et disciplinaires. Au bénéfice de toute l’Église, c’est bien pour tous les fidèles, en particulier ceux – nombreux – qui ont découvert ou redécouvert récemment les joies de la vie chrétienne par le vetus ordo, que la FSSP entend donc demeurer fidèle à la mission reçue du Saint-Siège.

Par la fidélité à son histoire et à son patrimoine liturgique propre la FSSP vit en effet pleinement dans la communion de l’Église Catholique, non comme voulant la sauver, mais comme travaillant en son sein à l’annonce de la joie de l’Évangile. Et Dieu sait que la mission ne manque pas dans un monde sécularisé. La foi et l’histoire de l’Église nous enseignent ainsi que, pour les sociétés religieuses, la fidélité à leur charisme fondateur est la condition de la sanctification de leurs membres et de leur fécondité apostolique. Je n’ignore évidemment pas que la mission spécifique de la FSSP est parfois perçue à tort comme portant atteinte à la communion. Mais je veux rappeler que c’est bien dans un souci de communion et d’unité qu’elle a été créée. La stabilité de ce patrimoine[10]décret du 11 février 2022. rappelle l’importance et l’actualité de la mission de la FSSP : maintenir vivante la liturgie tridentine, non seulement pour le bien des âmes mais aussi pour manifester la communion de l’Église à travers les siècles, comme aimait à le rappeler le pape Benoît XVI.

Prions fidèlement pour l’Église et pour le pape Léon XIV. Prions aussi pour que l’Esprit Saint éclaire chacun de nous. Ayons enfin une grande charité mutuelle car les périodes de crise sont aussi des moments où le diviseur est à l’œuvre. Préférons le dialogue et le silence intérieur plutôt que les discussions stériles, les débats passionnés ou les accusations mutuelles. Et demandons encore à saint Pierre de continuer à servir l’Église du Christ, en communion avec son chef, pour œuvrer, en Elle et avec Elle, au salut des âmes.

Références

Références
1 Traduction : « partie plus saine ».
2 Déclaration d’intention disponible sur le site fssp.org.
3 Chaque évêque catholique doit nécessairement être envoyé en mission par le successeur de Pierre, tête du corps épiscopal.
4 Extrait d’une lettre manuscrite de Mgr Lefebvre.
5 Cf. Lettre du pape Léon XIV aux évêques français, mars 2026.
6 « L’Eglise est toujours à réformer » : adage attribué à saint Augustin.
7 Notion rappelée dans le motu proprio Ecclesia Dei.
8 Par exemple : Catéchisme de l’Eglise Catholique n°2105 sur la liberté religieuse ; Déclaration « Dominus Jesus » de la CDF du 6 août 2000 ; précision de la CDF du 7 juillet 2007 sur le « subsistit in ».
9 Protocole d’accord du 5 mai 1988, disponible sur le site fssp.org :

« 1) Nous promettons d’être toujours fidèles à l’Église catholique et au Pontife romain, son Pasteur Suprême, Vicaire du Christ, Successeur du Bienheureux Pierre dans sa primauté et Chef du corps des évêques.

2) Nous déclarons accepter la doctrine contenue dans le n° 25 de la Constitution dogmatique Lumen Gentium du concile Vatican II sur le Magistère ecclésiastique et l’adhésion qui lui est due.

3) À propos de certains points enseignés par le concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique.

4) Nous déclarons en outre reconnaître la validité du Sacrifice de la messe et des sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du missel romain et des rituels des sacrements promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II.

5) Enfin nous promettons de respecter la discipline commune de l’Église et les lois ecclésiastiques, spécialement celles contenues dans le Code de Droit canonique promulgué par le pape Jean-Paul II, restant sauve la discipline spéciale concédée à la Fraternité par une loi particulière. »

10 Cette mission ecclésiale a été confirmée par le pape François dans un décret du 11 février 2022.

Mesdames et messieurs les sénateurs, rejetez la Question Préalable sur l’euthanasie

De Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs, aux sénateurs :

Mesdames et messieurs les sénateurs,

mardi 7 juillet le texte sur le “droit à l’aide à mourir”revient au Sénat pour la troisième fois.

Une motion de rejet préalable (où Question Préalable) va vous être proposée pour rejeter le texte sans l’examiner.

Voter cette motion c’est accepter le texte tel qu’il est.

Que vous soyez ou non d’accord avec le principe de “l’aide à mourir”, si vous trouvez que ce texte n’est pas satisfaisant (critères larges et flous, délais courts, protection insuffisante des plus fragiles, collégialité minimale, absence de liberté pour les établissements, contrôle a posteriori…), vous pouvez l’améliorer.

Vous êtes là dernière chance d’y parvenir.

Pour que le Sénat ait son mot à dire:

Rejetez la Question Préalable !

Mariages et confessions au sein de la FSSPX : “Tant qu’il n’y aura pas de révocation expresse du Pape, les facultés demeurent en vigueur”

Certains commentateurs critiquent les deux documents publiés le 2 juillet par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi —le Décret et la Note explicative (Prot. N. 99/2009), tous deux signés par le cardinal Víctor Manuel Fernández et les secrétaires Armando Matteo et John J. Kennedy, qui présenteraient des défauts de technique canonique qui limitent drastiquement leur portée réelle.

L’abbé Pagliarani, supérieur général de la FSSPX, plutôt que d’écrire directement au pape, lequel est un canoniste, que ces sanctions sont “objectivement injustes et invalides”, aurait mieux fait de déposer un recours auprès du législateur suprême de l’Eglise puisque, contrairement au Motu Proprio de 1988, le pape n’a pas signé les textes de 2026. Sur Infovaticana, on trouve cette analyse canonique :

1. Deux instruments de nature juridique distincte

D’une part, le Décret déclare « à tous les effets juridiques » que Mgr Alfonso de Galarreta et les quatre consacrés le 1er juillet —Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier— ont encouru ipso facto l’excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique (cann. 1387 et 1364 § 1 CIC), et que Mgr Bernard Fellay, en tant que co-consacrant ayant publiquement adhéré à l’acte schismatique, a encouru l’excommunication du can. 1364 § 1. Il s’agit d’un décret déclaratif de censures déjà contractées : la seule figure, avec la sentence, apte à déclarer des peines latae sententiae (cann. 1341, 1720). Son champ subjectif est limitatif : six évêques.

La Note explicative qui l’accompagne contient toutefois trois affirmations supplémentaires : que les ministres sacrés de la Fraternité « sont dans le schisme et doivent être considérés comme schismatiques », restant « soumis à l’excommunication prévue par le droit » ; que les laïcs qui « adhèrent formellement » à la Fraternité « sont à considérer comme schismatiques et excommuniés » dans les conditions de la Note du Conseil pontifical pour les textes législatifs du 24 août 1996, que le Dicastère déclare en vigueur et « fait sienne » ; et que la pénitence administrée par ses prêtres et le mariage assisté par eux « sont invalides ». Une note explicative ne figure pas dans la typologie des actes dotés d’efficacité pénale : ce n’est pas une loi (cann. 7-22, 29 ss.), ce n’est pas un décret général exécutoire (cann. 31-33), ce n’est pas un précepte pénal (can. 1319), ce n’est ni une sentence ni un décret déclaratif émané conformément aux cann. 1341 ss. et 1717 ss. Il s’agit d’un acte de nature expositive. Ce qu’il déclare sur des catégories indéterminées de personnes a valeur d’avertissement doctrinal, non de constitution ni de déclaration de peine.

2. La contradiction entre le Décret et la Note

Le Décret met en garde les clercs et les fidèles laïcs « contre l’adhésion au schisme de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, car ils encourraient ipso facto la peine d’excommunication latae sententiae ». Le temps verbal est conditionnel : le délit, à leur égard, est envisagé comme futur et éventuel. La Note, en revanche, affirme au présent que les ministres « sont dans le schisme ». Les deux textes portent la même date et les mêmes signatures. Le conflit contradictoire doit se résoudre en faveur du Décret, seul instrument revêtu de la forme pénale ; et conformément au can. 18, les lois pénales sont soumises à une interprétation stricte, ce qui exclut d’étendre par voie de note ce que le décret formule comme une simple admonition. Il en résulte que le Dicastère lui-même, dans son acte juridiquement efficace, reconnaît que les prêtres et les fidèles n’ont pas encore encouru la censure.

3. Absence d’imputabilité individuelle appréciée et régime de la censure non déclarée

Même en admettant, à titre dialectique, que la Note ait prétendu opérer comme une déclaration générale, les peines latae sententiae sont contractées ipso iure par chaque sujet qui commet le délit avec l’imputabilité pleine exigée par le can. 1321 § 2, appréciée conformément aux cann. 1323-1325 : l’ignorance inculpable de la loi ou de la peine, l’erreur, la crainte grave et l’état de nécessité —même putatif— exemptent de la peine ou en empêchent l’application. Ce jugement est nécessairement individuel et n’a été effectué à l’égard d’aucun prêtre. La qualification collective de sept cents clercs comme « schismatiques soumis à l’excommunication » sans vérification de l’imputabilité ni procédure (can. 1720 : audition du prévenu, certitude sur le délit et l’imputabilité) est incompatible avec le régime du Livre VI.

Il s’ensuit que les éventuelles censures du clergé de la Fraternité demeurent, dans le meilleur des cas pour la thèse du Dicastère, dans la condition de latae sententiae non déclarées. Le régime de celles-ci est celui du can. 1331 § 1, atténué par le can. 1335 § 2 : l’interdiction d’administrer les sacrements et les sacramentaux est suspendue chaque fois qu’un fidèle le demande pour une cause juste quelconque. La formule choisie laisse donc intacte, sur le plan juridique, la situation du fidèle qui demande les sacrements à un prêtre de la Fraternité.

4. Le renvoi à la Note de 1996 exclut l’automatisme à l’égard des laïcs

La Note de 1996 du Conseil pontifical pour les textes législatifs, que le Dicastère « fait sienne » avec ses conditions, n’est pas une interprétation authentique ex can. 16 § 1 —elle est dépourvue d’approbation pontificale en forme spécifique et de promulgation comme telle— mais un avis publié dans Communicationes. Son contenu, de surcroît, est restrictif. Son n. 5 exige pour l’« adhésion formelle au schisme » un double élément : interne (volonté proprement schismatique : préférer l’option personnelle à l’obéissance au Pontife romain) et externe (sa traduction en actes). Son n. 7 établit que à l’égard des fidèles « une participation occasionnelle à des actes liturgiques ou à des activités du mouvement, réalisée sans faire sienne l’attitude de désunion doctrinale et disciplinaire, n’est pas suffisante », qu’il faut avant tout tenir compte de l’intention de la personne, et que « les diverses situations doivent être jugées cas par cas, dans les instances compétentes du for externe et du for interne ».

Le renvoi produit ainsi l’effet inverse de celui qui paraît : en incorporant les conditions de 1996, la Note de 2026 exclut elle-même toute excommunication automatique des laïcs pour la fréquentation des chapelles de la Fraternité et subordonne toute censure à un jugement individuel qui n’a pas été effectué et ne peut l’être par un document général. La pratique de trois pontificats confirme cette lecture restrictive : le Décret de la Congrégation pour les évêques du 21 janvier 2009 a remis les excommunications des seuls quatre évêques consacrés en 1988, seuls censurés déclarés ; Benoît XVI, dans la Lettre du 10 mars 2009, a situé les prêtres sur le plan de la suspense et de l’absence de statut canonique, non de l’excommunication ; et les facultés accordées par François présupposent des sujets capables de les recevoir, condition incompatible avec celle d’excommunié (can. 1331 § 1, 2º).

5. L’invalidité des confessions et des mariages exige la révocation d’actes pontificaux que la Note n’effectue pas

L’invalidité que la Note proclame ne découle pas de l’excommunication, mais du défaut de faculté d’absoudre (can. 966 § 1) et du vice de forme canonique dans le mariage (can. 1108). Ces deux carences ont été suppléées par des actes du Pontife romain : la Lettre apostolique Misericordia et misera, n. 12 (20 novembre 2016), qui a accordé de manière stable la faculté d’absoudre validement aux prêtres de la Fraternité, et la Lettre de la Commission pontificale Ecclesia Dei du 27 mars 2017, approuvée par François, qui a habilité la délégation pour assister validement les mariages. La Note ne mentionne aucun des deux actes et ne contient aucune clause révocatoire. S’appliquent alors le can. 21 —dans le doute on ne présume pas la révocation— et le principe de hiérarchie des actes : un dicastère ne peut déroger aux actes du Pontife romain que par une approbation pontificale en forme spécifique (art. 7 § 2 du Règlement général de la Curie romaine ; pratique constante), approbation qui ne figure pas dans le texte diffusé. Tant qu’il n’y aura pas de révocation expresse du Pape, les facultés demeurent en vigueur et la déclaration d’invalidité est juridiquement infondée. Subsidiairement, même révoquées pro futuro, joueraient dans de nombreux cas la suppléance de la faculté par erreur commune ou doute positif et probable du can. 144, que la Note n’aborde pas non plus.

6. Conclusion

Le résultat de l’analyse est le suivant.

  • Premièrement : la seule censure valablement déclarée est celle des six évêques, par le Décret.
  • Deuxièmement : à l’égard du clergé, la Note est dépourvue d’aptitude formelle à déclarer des peines, contredit l’admonition conditionnelle du propre Décret, et omet le jugement individuel d’imputabilité exigé par les cann. 1321-1325 et 1720 ; les censures, si elles existent, seraient non déclarées et resteraient suspendues devant la demande de sacrements par les fidèles (can. 1335 § 2).
  • Troisièmement : à l’égard des laïcs, le renvoi à la Note de 1996 —avec son exigence d’un double élément et d’un jugement cas par cas— exclut par définition l’automatisme.
  • Quatrièmement : la déclaration d’invalidité des confessions et des mariages prétend un effet dérogatoire d’actes pontificaux en vigueur qu’une note dicastériale sans approbation en forme spécifique ne peut produire (can. 21). On peut ajouter un indice de l’imprécision technique de l’ensemble : Mgr Fellay est censuré uniquement ex can. 1364 § 1, alors que le can. 1387 atteint celui qui consacre sans mandat, condition qui se rencontre aussi chez le co-consacrant.

En somme, la formule juridique choisie par le préfet —déclarer par décret six personnes et par note tous les autres— laisse sans effet, en droit, l’excommunication des prêtres et des laïcs de la Fraternité : là où il y avait forme pénale, il n’y a plus que six destinataires, et là où l’on nomme les autres, il n’y a pas de forme pénale. Si le Saint-Siège entendait étendre les conséquences du schisme à l’ensemble de la Fraternité, le droit en vigueur lui imposait une autre voie : loi ou précepte pénal, décrets déclaratifs individuels après la procédure du can. 1720, et révocation expresse, avec approbation pontificale en forme spécifique, des concessions de Misericordia et misera et de 2017. Pour l’instant, rien de tout cela n’a été fait.

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