Profanations du Saint-Sacrement
J‘ai écrit l’article ci-dessous il y a plus de dix ans, et je l’ai depuis republié moult fois, en espérant être entendu, mais en vain. J’ai eu beau l’adresser à un évêque d’un diocèse particulièrement touché par la profanation du Saint Sacrement, que je n’ai pas même reçu un accusé de réception, tandis que les profanations continuent d’aller bon train dans son diocèse … Comment comprendre cette inertie épiscopale à mettre en œuvre le code de droit canonique obligeant à rendre inviolables les tabernacles (can. 938 §3) ? Qui sont dès lors les plus gravement responsables de ces sacrilèges, les malfrats ou les évêques ? Dieu peut-Il agréer les messes de réparation dans ces conditions ensuite célébrées ? Il me semble entendre le prophète Isaïe :
“N’apportez plus d’oblation vaine : c’est pour moi une fumée insupportable ! Néoménie, sabbat, assemblée, je ne supporte pas fausseté et solennité. Vos néoménies, vos réunions, mon âme les hait ; elles me sont un fardeau que je suis las de porter. (Is 1.11-17)”
Ainsi, a-t-on pu déplorer que dans les diocèses d’Aire et Dax, et Bayonne, entre mai et septembre 2025, près de 27 à 30 églises ont vu leurs tabernacles fracturés, des ciboires et des ostensoirs être volés, des hosties subtilisées. Le 16 janvier 2026, dans le diocèse de Rouen, à l’église Saint-Sever, des hosties ont été volées dans le tabernacle de la chapelle du Saint-Sacrement. Du 19-20 février 2026, les églises de Buchy et de Rouvray-Catillon avaient connu ce triste sort. En août 2025, c’était celui de l’église Saint-Loup de Thillois, dans le diocèse de Châlons-en-Champagne : Ciboire avec hosties consacrées volé après effraction de deux tabernacles. Et ce 13 mai 2026 (veille de l’Ascension), cela a été le tour de Notre-Dame de Val-de-Sos, dans le diocèse de Pamiers, Couserans et Mirepoix …
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ASSEZ ! !
J’en ai assez de lire des articles annonçant la profanation de nos églises ! Assez d’apprendre que Jésus présent au tabernacle de celles-ci a été une nouvelle fois l’objet de sacrilèges! Assez de lire les piteuses déconvenues des responsables de ces lieux, alors qu’ils sont en grande partie eux-mêmes responsables de ces attentats contre Jésus-Christ !
En effet, le Code de droit canonique leur fait un devoir de conserver le Saint-Sacrement dans un tabernacle « inamovible, fait d’un matériau solide non transparent et fermé de telle sorte que soit évité au maximum tout risque de profanation. (can. 938 §3) ». Mais qui se soucie encore de ce que demande le Code de Droit canonique ?! “Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. (Mt 6.21)” A voir comment est gardé le Saint-Sacrement, on peut donc juger du trésor qu’il représente pour ceux qui sont chargés de sa garde … Que n’est-il pas traité avec au moins autant d’empressement que ne l’est généralement le produit de la quête dominicale, rapidement confié au coffre-fort de la sacristie ! La toute première chose que j’ai faite dans l’église dont j’ai été chargé, a été de sceller un petit coffre-fort dans son tabernacle.1 Qu’attendent donc nos curés pour faire la même chose et nos évêques pour le leur commander ?! Sont-ils excusables de continuer à conserver Jésus-Eucharistie dans des tabernacles que n’importe quel gamin est capable de forcer ?! Qui leur demandera des comptes pour leur négligence dans la conservation du « Trésor spirituel de l’Église » (CEC 1324), de notre Trésor ?!
Je dirais encore à ce sujet que ces profanations ne m’étonnent nullement, tant elles sont prévisibles à la lumière de la Parole du Christ annonçant que le sel dénaturé est voué à être piétiné par les gens (Mt 5.13). En effet, tant que l’on continuera à donner la communion dans la main, et donc à prendre le risque de voir Jésus-Eucharistie, sous l’espèce d’une miette du pain consacré, tomber à terre et être piétiné par les fidèles eux-mêmes, il n’y a pas de raison qu’Il ne soit pas aussi piétiné par ceux qui ne Le connaissent pas ― si tant est que les autres Le connaissent encore ! Honte donc aux Responsables de l’Église qui méprisent cet appel répété de l’Église :
« Que tout le monde se rappelle que la tradition séculaire est de recevoir l’Hostie dans la bouche. (Congrégation pour le Culte divin, Notitiae, mars 1999) » ;
«Il faut maintenir l’usage du plateau pour la communion des fidèles, afin d’éviter que la sainte Hostie, ou quelque fragment, ne tombe à terre. (Redemptionis Sacramentum, n°93, 2004) » !
Et que l’on ne vienne pas me dire que les prêtres sont tenus de donner la communion dans la main en vertu d’un prétendu droit que les fidèles auraient de la recevoir ainsi.
Jusqu’à quand, refuserons-nous de nous convertir tout en prétendant prêcher la conversion aux autres ?!
Abbé Guy Pagès
“Nous vivons des temps où ce qu’il y a de plus précieux risque d’être vu comme jetable : l’enfant à naître, l’innocence de l’enfance, la dignité humaine et la valeur de la famille”
Les évêques mexicains ont exprimé leur inquiétude concernant divers projets de décisions de la Cour suprême de justice de la nation (CSJN), qui promeuvent des « anti-valeurs » telles que « l’élimination de la vie innocente ou la confusion de la vérité sur l’être humain ».
La Conférence épiscopale mexicaine (CEM) a averti dans un communiqué que la vie humaine dans le pays est confrontée à de « multiples menaces », car « la vie de l’enfant à naître est attaquée en présentant l’avortement comme une fausse solution ». Elle a ajouté que « l’innocence de l’enfance est bafouée par des idéologies qui sèment la confusion quant à l’identité et à la dignité de la personne ».
Les évêques ont également mis en garde contre ce qu’ils considéraient comme un affaiblissement du « rôle fondamental de la famille » et ont souligné que, parfois, « les structures et institutions mêmes appelées à protéger les droits de l’homme finissent par s’éloigner de leur mission essentielle : défendre les plus faibles ».
Ils ont notamment souligné que « plusieurs projets de décisions devant la Cour suprême de justice des États-Unis promeuvent précisément ces valeurs contraires à la nôtre ».
« Lorsqu’une culture tente de normaliser le meurtre d’innocents ou de déformer la vérité sur les êtres humains, elle risque de perdre son humanité ».
La position des évêques a été rendue publique la veille de l’analyse et de la discussion que le Conseil supérieur de la magistrature (CSJN) mènera le 28 mai prochain sur le projet de décision du ministre Irving Espinosa Betanzo, relatif à la législation sur l’avortement dans l’État d’Aguascalientes.
Selon des experts en la matière, tels qu’Uriel Esqueda, chef de campagne de la plateforme Actívate, ou Rodrigo Iván Cortes, président du Front national pour la famille, l’objectif de l’analyse de ce cas est d’autoriser la pratique de l’avortement jusqu’à neuf mois et de créer un « précédent » qui serait ensuite reproduit dans d’autres États pour libéraliser l’accès à l’avortement.
Dans leur message, les prélats affirmaient que lorsque les êtres humains
« se considèrent comme les propriétaires absolus de la vie et de la vérité, ils finissent par justifier les divisions, les injustices et de nouvelles formes de violence au nom du bien-être ou du progrès ».
« Le Mexique doit considérer la vie comme un don sacré qu’il faut protéger à toutes ses étapes et en toutes circonstances. »
Les évêques ont précisé que le moyen d’y parvenir est d’accompagner, de prendre soin et de créer « les conditions permettant à chaque personne de vivre dans la dignité et l’espérance ».
Les évêques ont souligné que la défense des enfants à naître n’est pas seulement une conviction religieuse, mais aussi une exigence de justice et d’humanité. Ils ont ajouté que chaque fois que l’avortement est rejeté, c’est « oui aux femmes, à la famille, aux enfants et à l’avenir de notre société ».
Ils ont donc rendu hommage à ceux qui œuvrent pour la défense de la vie et ont réaffirmé que cette cause « n’est pas une position idéologique ; c’est la défense de l’essence même de notre humanité ».
« Aujourd’hui plus que jamais, le Mexique a besoin que nous soyons engagés, courageux et unis autour de ce qui compte le plus : la vie. La vie mérite toute notre voix, toute notre action et tout notre amour ».
Enfin, les évêques de la CEM ont invoqué l’intercession de Sainte Marie de Guadalupe pour « protéger notre pays et veiller sur chacun de ses enfants ».
Mon coup de cœur : Takashi et Midori les amoureux de Nagasaki. Isabelle Stock
“Takashi et Midori, les amoureux de Nagasaki” raconte la vie extraordinaire de Takashi et Midori Nagai, deux Japonais dont l’existence fut marquée par la foi et le couple brisé par la tragédie de Nagasaki.
Takashi, brillant étudiant en médecine converti au catholicisme grâce à l’influence de Midori et de la communauté chrétienne d’Urakami, épouse la jeune femme en 1934 et construit avec elle un foyer fondé sur la charité et l’espérance, même au cœur de la montée des conflits mondiaux. Radiologue talentueux, il devra affronter la brutalité de la guerre sino-japonaise et, plus tard, une leucémie contractée à force d’examens radiologiques, toujours soutenu par son épouse et sa foi. Le 9 août 1945, l’explosion atomique de Nagasaki emporte la vie de Midori, à compter de ce jour, Takashi portera un témoignage de paix et de réconciliation jusque dans ses dernières années.
Ce livre se situe à l’intersection du roman historique, du récit spirituel et de la biographie, accessible à partir de quinze ans. Il propose à la fois une plongée dans l’histoire du Japon du XXème siècle et un récit humain puissant, porteur de valeurs de paix, de résilience et de charité ; porteur de ce souffle puissant d’abandon à la Providence
– Histoire vraie marquante : biographie profonde d’un médecin converti puis survivant de l’attaque atomique de Nagasaki, et de son épouse, tous deux modèles de foi et d’engagement. La vie de ce couple marquera la jeune génération de lectrices : la place de la femme, son rôle d’épouse et de mère dans le foyer, si loin des clichés actuels ! Malgré la mort de deux enfants en bas âge, et de tant d’incertitudes quotidiennes Midori avance, sourit et chante, confiante dans l’amour de la Vierge Marie. S’appuyant sur les souffrances de l’Immaculée, elle devance l’appel à l’aide du prochain et même de son mari. Si Takashi lui a sauvé la vie, elle sera à son tour son bon ange dans la neige et la nuit noire de l’hiver.
– Dimension universelle : au-delà du contexte religieux, le livre traite de thèmes actuels comme la paix, la souffrance, la reconstruction personnelle et collective après la tragédie, et le sens de la vie.
– Actualité du sujet : la cause de béatification de Takashi et Midori Nagai, initiée en 2021, donne une résonance contemporaine forte.
C’est un livre passionnant, d’une écriture virile et belle, mêlée de tendresse et de sanglots. Les événements historiques qui sont le cadre de ce drame s’enchainement avec justesse.
J’en recommande vivement la lecture, à partir de quinze ans sans limite d’âge, ni modération !
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Takashi et Midori les amoureux de Nagasaki, Isabelle Stock, Editions de l’Emmanuel, 386 pages, 19.90 €
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Mgr Strickland : discussion catholique autour de l’encyclique Magnifica Humanitas
Source en français : https://fsspx.news/fr/news/mgr-strickland-discussion-catholique-autour-lencyclique-magnifica-humanitas-59333
Dans une lettre consacrée à l’encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV, Mgr Joseph Strickland, tout en reconnaissant plusieurs aspects positifs du texte — notamment sa critique du transhumanisme et de la technocratie — constate que l’encyclique place l’homme au centre au détriment de la primauté de Dieu, de la réalité du péché, de la Rédemption et du salut des âmes.
Chers frères et sœurs dans le Christ,
En tant que successeur des Apôtres, j’ai le devoir solennel non seulement de prêcher l’Évangile, mais aussi d’aider les fidèles à discerner les esprits de notre temps à la lumière de la vérité immuable confiée à l’Église par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Saint Paul exhortait Timothée à « prêcher la parole, intervenir à temps et à contretemps, reprendre, supplier, corriger avec une entière patience et une doctrine sûre » (2 Timothée 4, 2). Ce devoir appartient à tout évêque chargé de garder le dépôt de la foi.
C’est pourquoi je crois important d’aborder les préoccupations suscitées par la récente encyclique Magnifica Humanitas du Saint-Père Léon XIV. Certains y ont trouvé des passages éclairants et convaincants. D’autres ont éprouvé un profond malaise à sa lecture — la crainte que, sous de nombreuses affirmations vraies, le document ne reflète un déplacement théologique plus large risquant de placer l’homme au centre d’une manière qui obscurcit la primauté de Dieu.
Parce que ces questions touchent au cœur même de la foi catholique, je crois nécessaire d’offrir une réflexion doctrinale attentive. Cela n’est pas fait dans un esprit d’hostilité ou de rébellion, ni avec le désir de semer confusion ou division dans l’Église. Au contraire, la véritable charité exige la clarté. Les fidèles méritent des pasteurs prêts à parler honnêtement lorsque certaines orientations théologiques ou certains cadres de pensée semblent capables de conduire les âmes dans la confusion.
L’Église a toujours enseigné que chaque époque doit être jugée à la lumière du Christ — non pas d’un Christ réinterprété à travers les idéologies modernes, mais du Christ transmis par la Sainte Écriture, la Sainte Tradition et le Magistère pérenne de l’Église. La technologie, l’intelligence artificielle et les évolutions sociales exigent certes une réflexion morale sérieuse. Mais aucune époque, aucune crise et aucune révolution technologique ne peuvent modifier les vérités fondamentales de la foi catholique : l’homme est déchu par le péché, racheté uniquement par Jésus-Christ, appelé à la repentance et à la sanctification, et destiné non seulement à un épanouissement terrestre, mais à l’union éternelle avec Dieu.
C’est avec ce souci du salut des âmes et de la fidélité à la foi catholique que je propose la réflexion suivante.
La récente encyclique consacrée à l’intelligence artificielle, au transhumanisme, à la dignité humaine, à l’économie, à la guerre et à l’avenir de l’humanité se présente comme une réflexion majeure sur les implications morales et sociales de l’âge technologique. Elle contient de nombreuses affirmations authentiquement catholiques et même admirables : elle rejette le transhumanisme, met en garde contre la technocratie, condamne l’exploitation et la traite des êtres humains, défend la dignité de la personne humaine, affirme l’Incarnation, parle de la grâce, fait référence à l’Eucharistie et insiste sur le fait que l’homme ne doit jamais être réduit à une machine ou à des données.
Pourtant, malgré ces éléments positifs, beaucoup de catholiques fidèles éprouveront un profond malaise en la lisant. Ce malaise ne vient pas seulement de passages isolés, mais de l’orientation générale, de l’accent dominant et du centre de gravité théologique du document lui-même.
La préoccupation la plus profonde n’est pas que le texte dise des choses fausses sur l’humanité, mais qu’il semble réordonner la hiérarchie des vérités en plaçant l’humanité, l’épanouissement humain, la dignité humaine et les relations humaines au centre, d’une manière risquant d’éclipser la primauté de Dieu, du péché, de la rédemption, du culte et du salut.
La théologie catholique commence par Dieu. Elle commence par la gloire de Dieu, la souveraineté de Dieu, la sainteté de Dieu, la réalité du péché, la nécessité de la rédemption, la Croix du Christ, le jugement éternel et le salut des âmes. La dignité humaine est affirmée précisément parce que l’homme est créé par Dieu, racheté par le Christ et ordonné à la communion éternelle avec Lui. La dignité de l’homme découle de Dieu et demeure subordonnée à Dieu.
Dans ce document, cependant, l’accent paraît souvent inversé. À de nombreuses reprises, le langage se concentre sur l’épanouissement humain, la vulnérabilité humaine, la solidarité humaine, la fraternité humaine, la communion humaine, les relations humaines, la participation humaine et la préservation de l’humanité elle-même.
Certes, la doctrine catholique enseigne ces réalités. Mais cette insistance répétée donne l’impression que la crise principale du monde moderne serait la « déshumanisation », plutôt que le péché contre Dieu. Le mal y est souvent décrit en termes de fragmentation, de domination, d’exclusion, de réductionnisme technologique ou de relations brisées, plutôt qu’en termes de révolte contre la loi divine et de nécessité de repentance et de conversion.
Le traitement du Christ révèle particulièrement cette tendance. Traditionnellement, le Christ est proclamé — comme Il doit l’être — comme le Fils éternel de Dieu, le Rédempteur, le Sauveur du péché, l’Agneau sacrificiel, le Roi, le Juge des vivants et des morts.
Bien que ce document fasse effectivement référence au Christ, à l’Incarnation, à la grâce et à l’Eucharistie, le Christ y est fréquemment présenté avant tout comme : la révélation de l’humanité authentique, le modèle de la communion, celui qui révèle la dignité humaine, l’accomplissement de la relationalité humaine. Or, s’il est vrai que le Christ révèle l’homme à lui-même, cette vérité demeure toujours subordonnée à la réalité plus grande de la rédemption du péché et de la réconciliation avec Dieu. Le Christ ne révèle pas seulement l’humanité authentique ; Il sauve l’humanité déchue par sa Passion, sa Mort et sa Résurrection.
Dans ce document, cependant, il arrive que le Christ semble presque plus important comme accomplissement de l’humanité que comme Sauveur du péché. Cela donne l’impression d’une théologie anthropocentrique — une théologie où la personne humaine devient le centre d’interprétation. L’absence relative d’un traitement explicite du péché renforce encore cette inquiétude.
Ce document parle abondamment : des systèmes de pouvoir, de la technocratie, de la guerre, de l’injustice économique, de la manipulation, du contrôle algorithmique, de la fragmentation sociale et de la déshumanisation. Mais relativement peu est dit sur le péché originel, la concupiscence, la repentance personnelle, la culpabilité morale, le jugement, l’enfer, la pénitence ou la destinée éternelle de l’âme.
Ainsi, les racines du mal commencent à apparaître principalement comme structurelles plutôt que spirituelles. Or la doctrine catholique enseigne que le désordre dans la société découle ultimement du désordre du cœur humain blessé par le péché originel. La technologie n’est pas la crise la plus profonde ; l’homme séparé de Dieu est la crise véritable.
Cette préoccupation apparaît particulièrement dans les appels répétés du document à bâtir une « civilisation de l’amour ». Cette expression est authentiquement catholique et fut utilisée par des papes comme Paul VI et Jean-Paul II. Mais traditionnellement, cette vision était explicitement enracinée dans la conversion, l’évangélisation, le règne social du Christ-Roi, l’obéissance à la loi divine et la grâce surnaturelle.
Dans cette nouvelle présentation, la « civilisation de l’amour » peut parfois sembler moins être le fruit de la conversion au Christ qu’un projet humanitaire mondial centré sur la fraternité, la solidarité, l’inclusion et la paix. Encore une fois, aucun de ces objectifs n’est mauvais. La préoccupation est que la dimension surnaturelle du salut semble moins centrale que la construction d’un ordre social humain.
C’est pourquoi beaucoup de catholiques fidèles percevront ce document comme profondément troublant. La crainte n’est pas simplement que la doctrine soit explicitement niée, mais que tout le cadre de pensée se déplace subtilement : de Dieu vers l’homme, du salut vers l’épanouissement humain, du péché vers les systèmes, de la rédemption vers la relationalité, du culte vers l’humanitarisme.
L’Église a maintes fois mis en garde contre les formes d’humanisme religieux qui conservent un langage chrétien tout en déplaçant progressivement le centre du christianisme de Dieu vers l’homme. Lorsque la dignité humaine est détachée de la souveraineté de Dieu, lorsque la transformation sociale éclipse le salut, et lorsque le langage de la communion remplace celui de la repentance et de la sanctification, le christianisme risque d’être réduit à une vision éthique ou humanitaire.
Je reconnais cependant que ce document n’est pas dépourvu d’éléments authentiquement catholiques. Son rejet du transhumanisme est fort et important. Son insistance sur le fait que l’homme ne doit jamais être réduit à une machine ou à un algorithme est précieuse. Sa défense du corps, de la souffrance, des limites et de la dignité humaine s’oppose fermement à de nombreux courants dangereux de la culture moderne. De même, ses avertissements contre la guerre menée par l’IA, l’exploitation, la manipulation numérique et la domination technologique sont sérieux et souvent pénétrants.
Cependant, le problème est plus subtil et, en un sens, plus préoccupant encore. Il réside dans l’accent mis, l’orientation théologique et le centre anthropologique du document.
La théologie catholique enseigne clairement que l’homme ne peut être pleinement compris qu’en relation avec Dieu, et que la dignité humaine ne trouve son vrai sens qu’au sein de l’ordre de la création, de la rédemption, de la grâce et du salut éternel. Sans cette hiérarchie fermement préservée, même un noble langage sur la dignité, la paix, la fraternité et l’humanité dérive vers une forme d’humanisme christianisé dans laquelle l’homme devient pratiquement le centre.
Voilà pourquoi des catholiques fidèles peuvent ressentir, à la lecture de ce document, non seulement un désaccord, mais une profonde alarme spirituelle. L’inquiétude ne porte pas seulement sur ce qui est dit, mais sur ce qui semble être devenu central — et sur le fait que l’ordre surnaturel de la théologie catholique semble progressivement éclipsé par une anthropologie centrée principalement sur l’humanité elle-même.
Au cœur de cette discussion se trouve une question bien plus grande que l’intelligence artificielle, la technologie, l’économie ou même la politique mondiale. La véritable question est celle-ci : qui est au centre ?
Depuis deux mille ans, l’Église catholique proclame que Jésus-Christ n’est pas simplement la révélation de l’humanité authentique, ni seulement un modèle de communion et de solidarité. Il est le Fils éternel de Dieu, crucifié et ressuscité pour le salut des pécheurs. L’Église existe avant tout pour glorifier Dieu, proclamer l’Évangile, sauver les âmes et conduire l’humanité à la vie éternelle.
Certes, l’Église doit défendre la dignité humaine, résister à la déshumanisation technologique, s’opposer à l’exploitation et combattre l’injustice. Mais toutes ces préoccupations doivent demeurer enracinées dans l’ordre surnaturel. La dignité humaine ne peut être détachée de la vérité selon laquelle l’homme est une créature appartenant à Dieu et appelée à la conversion, à la sainteté et au culte. Lorsque l’humanité elle-même devient la principale grille d’interprétation de la théologie, même de beaux discours sur la fraternité, la paix, la communion et la dignité peuvent progressivement dériver vers une forme d’humanisme religieux qui ne place plus Dieu au premier plan.
C’est pourquoi le discernement est aujourd’hui d’une urgente nécessité.
Nous vivons à une époque profondément tentée par l’anthropocentrisme — une époque qui parle de plus en plus de l’humanité tout en oubliant Dieu, qui parle de solidarité tout en négligeant la repentance, et qui cherche le salut à travers les systèmes, la technologie, la psychologie ou les structures politiques plutôt qu’à travers la Croix de Jésus-Christ.
La réponse à la crise moderne ne se trouvera ni dans le transhumanisme, ni dans la technocratie, ni dans l’intelligence artificielle, ni dans une vision purement humanitaire du monde. Elle ne se trouvera pas davantage dans le désespoir ou la peur. La réponse demeure ce qu’elle a toujours été : Jésus-Christ, Roi des rois et Seigneur des seigneurs.
Seul le Christ révèle à la fois la grandeur et la misère de l’homme. Seul le Christ guérit ce que le péché a blessé. Seul le Christ restaure l’ordre divin. Seul le Christ peut apporter la véritable paix parce que seul le Christ réconcilie l’homme avec Dieu.
En tant que catholiques, nous devons donc demeurer fermement enracinés dans la foi pérenne de l’Église — dans la Sainte Écriture, la Sainte Tradition, le Saint Sacrifice de la Messe, la dévotion eucharistique, la prière, la pénitence, la fidélité à la vérité et la recherche de la sainteté. Nous devons résister à toute tentative de réduire le christianisme à un simple projet terrestre, même lorsqu’il est revêtu d’un langage compatissant ou spirituel.
Le monde n’a pas besoin d’une nouvelle religion centrée sur l’humanité. Le monde a besoin de l’Évangile.
Que Notre-Dame, Siège de la Sagesse et Destructrice des hérésies, intercède pour l’Église en ce temps de confusion. Qu’elle nous aide à demeurer fidèles à son divin Fils, afin qu’en tout temps et dans toute épreuve nous puissions proclamer avec clarté et courage : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et pour les siècles » (Hébreux 13, 8).
Bishop Joseph Strickland
Évêque émérite
Source en anglais : https://pillarsoffaith.net/a-catholic-discussion-of-the-encyclical-letter-magnifica-humanitas/
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Pendant que l’Elysée organise un comité contre le narcotrafic, un député organise un colloque pour libéraliser l’usage des drogues
L’Elysée organise ce vendredi un premier comité interministériel de lutte contre la criminalité organisée, dans un contexte de recrudescence des meurtres liés au narcotrafic.
Ce comité, présidé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, a pour objectif de mettre en place une action globale du gouvernement dans ce domaine, allant de la prévention (éducation, santé, travail) à la répression (police, justice, lutte contre le blanchiment).
Douze ministres seront autour de la table, parmi lesquels Laurent Nuñez (Intérieur), Jean-Pierre Farandou (Travail), Gérald Darmanin (Justice), Edouard Geffray (Education), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), ainsi que la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
Laurent Nuñez plaide depuis plusieurs semaines pour une action plus globale, estimant que cette “guerre” ne peut pas être menée par son seul ministère. Depuis le début de l’année, le gouvernement fait face à une succession de meurtres liés au narcotrafic, avec une implication croissante de mineurs, en tant que victimes ou auteurs. Nantes, Grenoble, Nice, Rennes, Lyon… la liste des villes concernées par ces drames s’allonge, Marseille n’ayant plus l’apanage des règlements de comptes.
L’argent de la drogue est considérable. La dernière estimation des autorités évaluait son chiffre d’affaires à environ 7 milliards d’euros en 2023 en France. Les “petites mains” du trafic, des mineurs ou jeunes majeurs, sont des proies faciles pour les réseaux. Un guetteur est rémunéré en moyenne 50 à 100 euros par jour, un vendeur entre 50 et 250 euros par jour.
En 2024 ont été recensés 367 assassinats et tentatives entre délinquants, quasi-systématiquement en lien avec le narcotrafic, avec un bilan de 110 morts et 341 blessés, en hausse de 33% depuis 2021, selon des données de l’Office central de lutte contre la criminalité organisée.
En même temps, le député LFI interpellé en 2024 pour achat de stupéfiants à un mineur, consommation financée avec ses frais de député, organise le 18 joint, pardon le 18 juin, un colloque au sein de l’Assemblée nationale sur le thème :
« Drogues et Addictions : contre les obsessions réactionnaires, changeons de paradigme »
Le député explique :
Notre événement se propose d’ouvrir le débat sur ces enjeux en trois temps :
1/ Ressorts psycho-sociaux des drogues : changer de regard sur les consommateur•ices et les conduites addictives;
2/ Prévention, santé mentale et réduction des risques : les leviers d’une politique sanitaire face aux addictions ;
3/ Les enjeux socio-économiques du trafic international et les opportunités de certaines évolutions législatives.
À cette occasion et dans une démarche transversale en vue de la prochaine élection présidentielle, nous avons l’ambition de promouvoir une vision étayée sur ces faits de société, à rebours des logiques réactionnaires, inefficaces et hypocrites, qui confinent une partie du peuple français à des spirales d’exclusion, de prises de risques, et d’insécurité.
Parmi les intervenants, on note la présence de Mabrouka Ben Ameur, ex-détenue pour trafic de stupéfiants…
Le président polonais ne soutiendra pas la dénaturation du mariage
Le président Karol Nawrocki ne soutiendra pas les dispositions légalisant les partenariats civils, a annoncé le chef de son cabinet, Paweł Szefernaker. Selon lui, le projet de loi examiné par la Diète polonaise assimile en pratique les partenariats civils au mariage et pourrait ouvrir la voie à d’autres changements, notamment la reconnaissance des mariages entre personnes du même sexe contractés à l’étranger.
Une politique des petits pas
« La première étape consiste à introduire les partenariats civils, la deuxième à transposer ce qui, à l’étranger, dans d’autres pays, est un mariage entre personnes de même sexe, puis cela mène à d’autres étapes – une telle politique des petits pas – vers l’adoption d’enfants. Lors de sa campagne présidentielle, le président avait déclaré qu’il ne donnerait pas son accord pour
Selon le chef de cabinet du président de la République de Pologne, le contexte de ces actions de la coalition parlementaire est une tentative d’introduire de force dans le droit polonais « des transcriptions inconstitutionnelles de partenariats civils, qui sont de facto appelés mariages homosexuels à l’étranger ».
« Aujourd’hui, conformément au droit polonais, à la Constitution et à la loi sur l’état civil, il n’est pas possible de procéder à de telles transcriptions », a estimé M. Szefernaker.
Pas d’accord sur les quasi-mariages – La personne proche
Dans le même temps, il a rappelé que le président Karol Nawrocki voit d’un bon œil les solutions qui introduiront le « statut de personne proche » et qui pourraient « aider les Polonais dans leur vie quotidienne ».
« Nous défendons la philosophie selon laquelle l’institution du proche est au cœur de notre action. Il s’agit de deux philosophies différentes. Nous voulons aider les gens dans leur vie quotidienne, mais sans créer une loi qui permettrait, de facto, la création d’unions bénéficiant des mêmes privilèges que le mariage », a-t-il précisé.
Texte tiré du portail ecclésiastique Opoka (Portail de l’Épiscopat polonais)
Victoire historique de l’ECLJ contre la Turquie à la CEDH
L’ECLJ vient de remporter une victoire majeure devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) dans l’affaire Mavrakis et autres c. Turquie.
La Cour a condamné la Turquie pour avoir arbitrairement empêché deux prêtres grecs orthodoxes de siéger dans les conseils d’administration de leurs propres fondations communautaires à Istanbul. Cette décision constitue un précédent historique pour la protection de l’autonomie des communautés chrétiennes en Turquie.
L’ECLJ a été autorisé par la Cour à lui remettre des Observations écrites et la CEDH reprend directement les éléments structurels que nous y dénoncions:
- contrôle étatique des fondations communautaires chrétiennes,
- expropriations massives,
- absence de reconnaissance juridique des Patriarcats…
avec pour conséquence la fragilisation progressive de la présence chrétienne en Turquie.
Ce que l’ECLJ dénonce depuis des années est désormais reconnu par la CEDH.
Dans notre rapport sur La persécution des chrétiens en Turquie, nous avons montré comment les chrétiens –qu’ils soient orthodoxes, arméniens, catholiques ou protestants– font l’objet d’une surveillance particulière, subissent des restrictions administratives, des discriminations institutionnelles et des violences.
Cette politique structurelle d’affaiblissement a fait passer le nombre de chrétiens en Turquie de deux millions au début du XXᵉ siècle à une minorité résiduelle aujourd’hui.
Le pape Léon XIV lui-même a rappelé, lors de son voyage en Turquie en novembre 2025, l’importance de garantir la liberté religieuse et la protection des minorités chrétiennes.
Hélas, le problème ne concerne pas seulement les communautés chrétiennes historiques. Il touche également les protestants étrangers.
L’ECLJ est actuellement engagé devant la CEDH dans plusieurs affaires concernant des pasteurs, missionnaires, enseignants et familles chrétiennes expulsés de Turquie sous le prétexte fallacieux de «sécurité nationale». Ils sont expulsés ou interdits de retour sans aucun procès équitable et alors même que leurs activités religieuses sont parfaitement légales en droit turc.
Selon l’Association des Églises protestantes de Turquie (TEK), au moins 178 protestants étrangers ont été visés entre 2019 et 2025, affectant plus de 380 personnes avec leurs époux et enfants.
Après avoir soumis des Observations écrites dans l’affaire Wiest c. Turquie, nous sommes à présent intervenus dans vingt nouvelles requêtes groupées (Wilson et autres c. Turquie). Toutes révèlent les mêmes mécanismes administratifs opaques fondés sur les codes sécuritaires N-82 et G-82.
L’ECLJ a également mobilisé des députés du Parlement européen, qui ont adopté le 12 février 2026 une résolution condamnant ces expulsions abusives. Quelques semaines plus tard, la Commission européenne appelait à son tour la Turquie à respecter ses obligations en matière de liberté religieuse et de garanties juridictionnelles effectives.
Ces avancées sont le fruit d’années de travail juridique rigoureux, de plaidoyer institutionnel et du soutien fidèle de nos donateurs.
Mais le combat est loin d’être terminé. Votre soutien est indispensable pour permettre à l’ECLJ de continuer à défendre les chrétiens persécutés devant les juridictions internationales et les institutions européennes.
Du mercenariat transactionnel à la crise du bien commun : quand plus rien n’est gratuit au travail
Lu sur Perspective catholique :
Vingt ans dans des entreprises industrielles suisses m’ont appris une chose simple : une partie croissante des nouvelles générations ne donne plus rien gratuitement. Et si cette attitude révélait une perte bien plus profonde ?
Dans les entreprises, on continue de vanter la communication franche, le rôle exemplaire du chef et l’esprit d’équipe. Mais dans la réalité quotidienne, une règle s’impose de plus en plus : « Je ne bouge pas le petit doigt si cela ne me rapporte rien de concret et immédiat. »
C’est le mercenariat généralisé. Et il transforme silencieusement le monde du travail.
1. Le mercenariat généralisé : le constat
Le travail est désormais vécu comme une pure transaction.
• Pas d’effort supplémentaire sans augmentation, promotion visible ou avantage immédiat.
• Changement d’employeur dès qu’une meilleure offre se présente.
• Équilibre vie professionnelle-vie privée érigé en principe absolu : le temps est strictement monétisé.
• L’engagement dans les projets, les améliorations ou les efforts collectifs est calculé au plus juste.
Ce n’est plus une question de motivation individuelle, mais un mode de fonctionnement systématique. Le vieux contrat implicite est devenu un contrat froid, explicite et constamment renégocié.
2. Est-ce satisfaisant ?
À court terme, pour l’individu, cela peut sembler libérateur : moins de frustrations, plus de contrôle sur son temps.
À moyen et long terme, c’est profondément insatisfaisant.
L’homme n’est pas fait pour vivre en mercenaire permanent. Le calcul incessant engendre un vide intérieur : absence de fierté véritable, de maîtrise, d’appartenance à une œuvre qui le dépasse. On accumule des expériences sur un CV sans jamais rien construire de durable.
Pour l’entreprise, le résultat est clair : silos renforcés, innovation ralentie, excellence impossible à atteindre durablement.
Pour la société entière : qui assurera les tâches ingrates, la continuité, les charges lourdes si personne n’accepte plus de donner sans retour immédiat ?
3. Le travail selon la loi naturelle et le bien commun
La tradition occidentale et catholique propose une vision radicalement différente.
• Aristote voyait dans le travail une voie vers l’épanouissement humain par l’exercice des vertus. L’effort n’est pas un coût à minimiser, mais un moyen d’atteindre l’excellence.
• Saint Benoît, dans sa Règle, plaçait le travail au cœur de la vie communautaire : ora et labora. Le travail est une discipline qui forme l’homme et sert la communauté, sans calcul permanent du retour.
• Saint Thomas d’Aquin enseigne que le travail s’inscrit dans la loi naturelle. L’homme, créé à l’image de Dieu, est appelé à ordonner le monde et à participer à l’œuvre de création. Le travail n’est pas d’abord une malédiction, mais une activité noble qui participe au bien commun.
Le bien commun, selon saint Thomas, n’est pas la simple somme des intérêts individuels, mais l’ensemble des conditions qui permettent aux personnes et aux groupes de s’épanouir pleinement.
Dans cette perspective, le travail peut être vécu comme satisfaisant en lui-même, parce qu’il est ordonné à quelque chose qui dépasse l’individu : la famille, la communauté, la société, et ultimement Dieu.
4. Une conséquence de la perte du sens chrétien
Ce mercenariat généralisé n’est pas un accident de l’histoire. Il est le fruit amer de ce que les générations précédentes ont semé : sécularisation massive, individualisme triomphant, éducation centrée sur l’estime de soi plutôt que sur le devoir, et dissolution progressive du sens du don gratuit.
Lorsque le sens chrétien s’efface :
• la charité (le don gratuit) cède la place à une justice froide et calculée ;
• la gratuité devient incompréhensible ;
• le sacrifice et le dépassement perdent leur noblesse.
On passe d’une vision où l’homme est fait pour donner et recevoir dans la communion à une vision où il n’est plus qu’un atome économique maximisant son utilité personnelle.
La génération actuelle n’est donc pas la cause première : elle est le produit logique de cette évolution culturelle profonde.
5. Le rôle du management et des responsables politiques
Face à ce constat, le management et les responsables politiques ont une responsabilité décisive.
Nous ne manquons pas de petits dictateurs qui multiplient les règles, les contrôles et les procédures pour masquer leur manque de leadership. Nous manquons cruellement de grands chefs : des hommes qui incarnent l’autorité légitime, qui montrent l’exemple, qui exigent sans cynisme et qui savent relier le travail quotidien au bien commun.
Le vrai chef aujourd’hui doit :
• Refuser la capitulation devant la mentalité transactionnelle ;
• Récompenser le mérite de façon juste et visible, tout en exigeant l’effort qui sert le bien de l’ensemble ;
• Former par l’exemple aux vertus classiques : prudence, justice, courage et tempérance.
Sans cette autorité courageuse et ordonnée, les entreprises et la société continueront à se fragmenter.
Conclusion
Nos mercenaires ont bien changé. Ils ont troqué la hallebarde contre une tablette et leur honneur pour 30 pièces d’argent. C’est un fait.
Il est le fruit d’une société qui a progressivement perdu la vision chrétienne de l’homme et du travail.
Redécouvrir que le travail s’inscrit dans la loi naturelle et sert le bien commun, ce n’est pas un retour nostalgique : c’est la condition pour que nos entreprises et notre pays restent vivants et humains.
La question urgente n’est plus «qu’est-ce que j’y gagne ?», mais «qu’est-ce que nous construisons ensemble, et pour qui ?».
Quels évêques oseront en parler demain au monde et à la cité ? Peut-être ceux qui nous semblent nécessaires.
Boualem Sansal, la religion et le christianisme que sa culture lui cache
Les extraits du nouveau livre de Boualem Sansal publiés par Le Figaro Magazine donnent à lire bien davantage qu’un témoignage carcéral. Ils font entendre la voix d’un écrivain qui a éprouvé, dans son corps, ce que signifie la confiscation du temps, de l’espace et de la liberté. Dans sa cellule de Koléa, Sansal raconte d’abord l’humiliation administrative, la réduction de l’homme à un corps déplacé, compté, enfermé. Puis vient le ramadan, vécu non comme une consolation spirituelle, mais comme une aggravation de la prison dans la prison.
Il ne s’agit pas ici d’une dissertation sur l’islam, mais d’une expérience : la faim, la promiscuité, le bruit, l’ennui, les appels à la prière, la pression collective, le puritanisme, la récitation ininterrompue du Coran, tout ce qui, dans cet univers clos, semble ajouter de la clôture à la clôture. Sansal écrit alors que, dans trop de pays musulmans, l’islam devient une « chape brutale » posée sur une faillite historique, une manière de défigurer la liberté humaine.
Il faut évidemment respecter sa liberté. Boualem Sansal a le droit de croire, de ne pas croire, de rejeter l’islam, de se dire athée, agnostique, libre penseur ou simplement écrivain. Personne n’a à confisquer son expérience pour en faire une démonstration qui ne serait pas la sienne. Mais précisément parce que sa liberté est précieuse, il est permis de formuler, avec délicatesse, une proposition chrétienne : ce que l’islam a pu lui montrer de la religion n’est pas le christianisme. Ce que l’islam prétend savoir du christianisme n’est pas le christianisme. Et ce que l’islam présente comme une correction du christianisme est souvent, pour un chrétien, une profonde incompréhension de la foi chrétienne.
C’est l’un des grands drames spirituels de notre temps. Beaucoup d’hommes et de femmes issus de l’islam, lorsqu’ils s’en détachent, ne quittent pas seulement une religion. Ils croient quitter toute possibilité de Dieu. Ils ont connu une foi vécue comme loi sociale, contrainte communautaire, surveillance des gestes, police des corps, domination familiale ou injonction politique ; alors ils s’imaginent que le christianisme serait la même chose sous d’autres habits. Un autre Livre tombé du ciel. Une autre loi sacrée. Une autre soumission. Une autre manière de faire plier l’homme devant Dieu.
Or tout est différent.
Le christianisme n’est pas d’abord un code. Il n’est pas la descente d’un livre céleste dicté à un homme seul. Il n’est pas une loi totalisante venue organiser chaque détail de la société. Il est la rencontre avec une personne : Jésus-Christ, Verbe fait chair, né d’une femme, crucifié sous Ponce Pilate, mort et ressuscité. Le cœur du christianisme n’est pas la soumission à une puissance lointaine, mais l’adoption filiale. Dieu n’écrase pas l’homme ; il vient le sauver. Il ne se contente pas de commander ; il se donne. Il ne demande pas seulement que l’homme se courbe ; il l’appelle à devenir fils dans le Fils.
La Bible elle-même n’est pas un Coran chrétien. Elle n’est pas un bloc céleste tombé d’en haut, déjà clos, déjà accompagné de son mode d’emploi. Elle est une bibliothèque sainte, née dans l’histoire, portée par Israël, accomplie dans le Christ, transmise par l’Église, méditée, priée, canonisée, copiée, traduite, interprétée. Le christianisme n’est donc pas une religion du livre au sens islamique du terme. Il est la religion du Verbe fait chair. Le livre y est saint parce qu’il témoigne du Christ, non parce qu’il remplacerait le Christ.
Il faut aussi rappeler ce que l’islamisation des mémoires a souvent recouvert : l’Afrique du Nord ne fut pas naturellement et immémorialement musulmane. Avant la conquête arabe et islamique, elle fut punique, berbère, romaine, latine et chrétienne. Elle donna à l’Église des martyrs, des évêques, des écrivains, des docteurs, des conciles. Tertullien, à Carthage, fut l’un des grands artisans du latin chrétien. Saint Cyprien, évêque de Carthage, fut une figure majeure de l’Église persécutée. Saint Augustin, né à Thagaste, dans l’actuelle Algérie, devint évêque d’Hippone, aujourd’hui Annaba, et l’un des plus grands penseurs de l’histoire chrétienne. Le pape Léon XIV l’a encore rappelé en avril 2026 en célébrant la messe dans la basilique Saint-Augustin d’Annaba, sur les lieux mêmes de son ministère.
On peut aller plus loin encore : Rome elle-même doit quelque chose à l’Afrique chrétienne. Saint Victor Ier, pape à la fin du IIe siècle, était Africain ; le Vatican le présente comme le premier pape africain de l’Église de Rome, et c’est sous son pontificat que le latin remplaça le grec comme langue officielle de l’Église romaine. Quelle ironie de l’histoire : ceux qui s’imaginent que le christianisme serait venu tardivement en Afrique du Nord oublient que l’Afrique du Nord a contribué à donner au christianisme occidental une part de sa langue, de sa forme, de son génie théologique.
Il faut donc redire aux Algériens, aux Tunisiens, aux Kabyles, aux Berbères, aux héritiers de cette terre immense : le christianisme n’est pas une religion étrangère à votre histoire. Il ne se réduit pas à la colonisation française. Il a précédé l’islam. Il a parlé latin, punique, berbère, grec parfois. Il a fleuri à Carthage, à Hippone, à Thagaste. Il a donné Augustin au monde. Et cette mémoire n’est pas un instrument de revanche ; elle est une promesse de vérité.
C’est pourquoi la réponse chrétienne à l’islam ne peut pas être seulement polémique. Il faut bien sûr défendre la liberté de conscience, le droit de critiquer l’islam, le droit de quitter l’islam, le droit de ne pas jeûner, de ne pas croire, de lire, d’écrire, de penser. Il faut aussi nommer les violences que trop de sociétés musulmanes font peser sur les dissidents, les femmes, les apostats, les chrétiens, les libres penseurs. Mais le chrétien ne peut pas s’arrêter là. Il doit aussi montrer positivement le visage du Christ.
À celui que l’islam a blessé, il ne faut pas présenter une autre prison. Il faut présenter une porte ouverte. À celui qui a connu Dieu comme menace, il faut annoncer le Père. À celui qui a connu la religion comme contrainte, il faut montrer la grâce. À celui qui a connu le livre comme arme, il faut montrer le Verbe crucifié. À celui qui a connu la communauté comme surveillance, il faut montrer l’Église comme hôpital des pécheurs.
Boualem Sansal n’a pas à recevoir cette proposition. Mais les chrétiens auraient tort de ne pas la faire. Ils auraient tort de laisser l’islam définir le christianisme à leur place. Ils auraient tort de laisser croire que Jésus ne serait qu’un prophète musulman mal compris par les chrétiens, que la Trinité serait une absurdité grossière, que la Croix serait un scandale à effacer, que l’Évangile aurait été falsifié, que l’Église serait une parenthèse tardive et que le Coran viendrait enfin remettre de l’ordre dans la révélation. Pour un chrétien, c’est exactement l’inverse : l’islam ne complète pas le christianisme, il le contredit sur presque tout ce qui en fait le cœur.
Il ne faut pas se réjouir qu’un homme soit dégoûté de la religion. Il faut prendre au sérieux la blessure qui l’a conduit là. Si l’islam lui est apparu comme une chape, une clôture, une violence ajoutée à la violence, il faut lui dire que le christianisme véritable n’est pas cela. Il ne promet pas l’absence de souffrance, mais il révèle un Dieu qui entre dans la souffrance. Il ne supprime pas la Croix, il y monte. Il ne nie pas la liberté humaine, il la restaure. Il ne cherche pas des sujets tremblants, mais des enfants réconciliés.
Au-dessus d’Alger, dans la basilique Notre-Dame d’Afrique, une invocation demeure inscrite dans l’abside depuis les origines du sanctuaire : « Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans. » Elle dit presque tout. Elle ne confond pas les religions. Elle ne renonce pas au Christ. Elle n’insulte personne. Elle prie. Elle confie les blessures, les malentendus, les conversions impossibles, les libertés entravées, les cœurs fermés, les écrivains emprisonnés, les musulmans en quête de vérité, les chrétiens trop timides, les peuples fatigués par l’histoire. Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Le divorce a un coût pour les femmes
L’Observatoire de l’émancipation économique des femmes analyse dans son dernier rapport la « déroute économique » des mamans solos. Revenus, dépenses, logement… il apporte de nouveaux éléments chiffrés sur la monoparentalité, l’un des facteurs clés des inégalités hommes-femmes.
En France, un quart des familles sont monoparentales, et dans 82 % des cas, c’est une femme qui en assume seule la charge. Pourtant, ces familles disposent en moyenne de seulement 53 % des revenus d’un couple, alors que leurs besoins en représentent 83 %.. La 8e note de l’Observatoire de l’émancipation économique des femmes, publiée par la Fondation des Femmes avec le Crédit Municipal de Paris en partenariat avec ViveS Média, démontre que la monoparentalité agit comme un puissant facteur de précarisation économique pour les femmes, liée à cette situation d’une part mais qui révèle et amplifie d’autre part les inégalités construites au sein des couples hétérosexuels bien avant la séparation. […]
Un référendum contre le passage en force du gouvernement
C’est la proposition du sénateur Francis Szpiner :
Dans un calendrier restreint choisi par un gouvernement qui a pour objectif de faire adopter le texte avant l’été, le Sénat a examiné le 12 mai dernier la proposition de loi relative à la généralisation des soins palliatifs et à l’adoption de l’euthanasie, une question qui engage les fondements éthiques de notre société.
Si la chambre haute a définitivement adopté le texte garantissant l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs, elle a rejeté d’inscrire dans le droit français le droit de donner la mort. Cette loi n’est pas une loi ordinaire. Elle entraîne une rupture anthropologique qui modifie radicalement notre vision de la société. Aux plus fragiles, aux plus démunis, aux personnes âgées, nous devons écoute, solidarité et assistance. Pas la mort.
Ce texte ne fait l’unanimité, ni au Sénat, ni à l’Assemblée nationale. Il dépasse tous les clivages politiques. C’est pourquoi cette question nécessite un débat démocratique sur un temps long, un débat qui permette à chacun d’entendre les médecins, les aidants, les malades… Un débat de conscience, large et éclairant pour chacune et chacun d’entre nous.
Convaincu que le peuple français doit pouvoir se prononcer souverainement sur un sujet d’une telle gravité, j’ai déposé une proposition de loi référendaire en application de l’article 11 de la Constitution, afin que la question de la fin de vie soit tranchée par la voie du référendum.
Ce texte entend rappeler, avec la clarté nécessaire, que la provocation active de la mort d’un patient ne saurait être assimilée à un traitement, à une thérapeutique ni à un soin. Il s’inscrit dans une réflexion de fond sur les principes qui fondent notre droit de la santé, la place du soin dans notre pacte républicain et la protection due aux personnes les plus vulnérables.
200 de mes collègues parlementaires – députés et sénateurs – ont apporté leur soutien à cette initiative dont Bruno Retailleau, président des Républicains. J’ai donc déposé la semaine dernière à la présidence du Sénat ma proposition de loi référendaire afin qu’elle saisisse le Conseil Constitutionnel qui aura quatre semaines pour confirmer sa recevabilité.
Dans ce contexte, il serait incompréhensible que la navette parlementaire puisse suivre son cours dans le mépris ou l’ignorance d’une démarche ayant rassemblé le soutien d’un cinquième des élus français.
Le combat continue !
Des ciboires intacts retrouvés dans une église incendiée
Au Brésil, l’église Notre-Dame de Lourdes a entièrement brûlé lundi 25 mai. Casqué et équipé, un pompier enjambe les gravats et saisit deux ciboires intacts. Pour les chrétiens du Brésil, c’est « un miracle ». Une vidéo de la scène est rapidement devenue virale, largement relayée.
A firefighter retrieves the Eucharist from the tabernacle, which remained untouched, after a fire severely damaged Our Lady of Lourdes Parish Church in Flores da Cunha, Brazil.
Video: Elizandra Biazus pic.twitter.com/EHPPh7mPZy
— Sachin Jose (@Sachinettiyil) May 26, 2026
Située à Flores da Cunha, dans la région de Serra Gaúcha, au sud du Brésil, l’église a été ravagée par les flammes dans l’après-midi. Vieille de plus d’un siècle, elle avait été bâtie par les descendants d’immigrants italiens dans cette région viticole. La toiture, entièrement consumée, s’est effondrée sur une nef couverte de débris et de cendres. Il ne reste désormais pratiquement que l’enveloppe extérieure du bâtiment.
Recebemos com pesar a notícia do incêndio que atingiu a Igreja Matriz Nossa Senhora de Lourdes, em Flores da Cunha (RS), na segunda-feira (25).
O incêndio destruiu o telhado e a estrutura interna da igreja. As causas do fogo ainda estão sendo oficialmente investigadas pela… pic.twitter.com/rbyl4XGfGT
— Mariae Rádio (@MariaeRadio) May 26, 2026
Outre les ciboires, une autre vidéo circule sur X. On y voit une statue du Christ retrouvée intacte près de l’entrée principale, dans un dôme en bois pourtant détruit par le feu. La statue ne portait que quelques traces de suie.
Parler des femmes victimes d’une idéologie en appelant à la méfiance face à des faits avérés devient plus condamnable que les faits eux-mêmes
Dora Moutot est devenue une figure médiatique depuis la publication, en 2024, de Transmania (aux Éditions Magnus), ouvrage coécrit avec Marguerite Stern pour dénoncer les dérives de l’idéologie transgenre et qui a valu aux deux auteurs des menaces de mort (classées sans suite par l’injustice française).
Le 20 mai, Dora Moutot a été condamnée par le tribunal judiciaire de Paris à verser 1500 euros aux associations LGBT STOP Homophobie, Mousse et Adhéos (4.574 euros au total, amendes et frais de justice confondus) pour injure publique transphobe. Elle a fait appel. Elle a été interrogée par Boulevard Voltaire. Extrait :
Les assos LGBT ont porté plainte contre moi pour avoir dit « On se retrouve, je suis obligée de le dire, avec certains hommes qui violent leurs codétenues. Je ne dis pas que toutes les personnes trans font ça, loin de là, mais on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes ». C’était dans un contexte télévisé de débat sur l’idéologie transgenre dans lequel j’expliquais, en amont, une problématique spécifique : le fait qu’on se retrouve dans une situation délétère pour les femmes car les nouvelles politiques transgenre de certains pays permettent que des hommes transitionnent en prison et soient transférés dans des prisons de femmes. J’expliquais cela car, malheureusement, certains en sont arrivé à violer leurs codétenues. Je rappelais donc qu’en tant que femme, on était malheureusement forcées de se méfier de toute personne avec un pénis.
Selon le jugement (ce que je comprends), c’est qu’il serait interdit de parler du sort de ces femmes violées au motif qu’il serait discriminant d’en parler… Nous sommes donc arrivés à une situation absurde où parler des femmes victimes d’une idéologie en appelant à la méfiance face à des faits avérés devient plus condamnable que les faits eux-mêmes.
Pour être honnête, il est incompréhensible de savoir ce qu’on me reproche réellement, tellement le jugement se contredit lui-même. On me condamne pour injure publique. Pourtant, le tribunal reconnaît, noir sur blanc, que mon propos « n’appelle pas pour autant le public, implicitement ou explicitement, à la violence, à la discrimination ou à la haine ». Mais quelques lignes plus loin, il affirme que ce même propos « propage la haine fondée sur l’intolérance ». Donc, le propos n’appelle pas à la haine mais il propagerait la haine… Il n’appelle pas à la discrimination mais il devient condamnable comme propos discriminatoire. Il n’appelle pas à la violence mais il mérite une sanction pénale.
Cette contradiction est centrale dans le jugement. Si mes propos ne demandaient aucune violence, aucune exclusion, aucune privation de droits, aucune discrimination, alors, qu’est-ce qui est réellement condamné ? Mon opinion… […]
[M]a condamnation montre que le débat sur le transgenrisme est interdit, en France. Les personnes qui ouvrent la bouche à ce sujet pour en faire une critique risquent des condamnations et un harcèlement infernal dans toutes les sphères de leur vie.
À titre personnel, tant que ce procès est encore en cours, bien sûr, je continuerai d’en parler, mais intellectuellement et professionnellement, je suis déjà passé à autre chose, car j’ai vraiment fait le tour du sujet, tout est déjà dit et écrit dans mon livre Transmania. Cette condamnation vient d’ailleurs confirmer tout ce que ce livre raconte. Je vous invite à le lire pour vous rendre compte des enjeux. […]
Transmania: Enquête sur les dérives de l’idéologie transgenre
Père Andrea Santoro, martyr de la foi en Turquie, priez pour les conversions !
Il y a des vies qui disent davantage que de longues déclarations diplomatiques. Celle de don Andrea Santoro, prêtre italien assassiné en Turquie le 5 février 2006, appartient à cette catégorie. Il ne fut pas tué sur un champ de bataille, ni au terme d’une polémique tapageuse. Il fut tué dans une église, à Trébizonde, alors qu’il priait. Deux balles. Une Bible en turc entre les mains. Le silence d’une petite église catholique, dans une terre qui fut jadis l’un des grands berceaux du christianisme. Vatican News rappelle qu’il fut assassiné par un jeune fondamentaliste alors qu’il était en prière, et que les balles transpercèrent également la Bible qu’il tenait.
Don Andrea Santoro était un prêtre du diocèse de Rome, envoyé en Turquie en 2000 comme prêtre fidei donum. Avant cela, il avait été curé à Rome, notamment dans la paroisse des Saints Fabien et Venance. Il ne partit pas en Orient par goût de l’exotisme religieux, ni par naïveté idéologique, mais par fidélité à une intuition profondément catholique : l’Église du Moyen-Orient n’est pas un vestige archéologique, mais une mère blessée, pauvre, parfois abandonnée, qu’il faut aimer et soutenir. La Communauté Sant’Egidio rappelle qu’il fut envoyé par le cardinal Ruini au service du vicariat apostolique d’Anatolie.
Trébizonde, l’antique Trabzon, n’est pas n’importe quel lieu. Elle dit à elle seule la tragédie de l’Orient chrétien : une mémoire immense, une présence aujourd’hui minuscule. Là où passèrent les apôtres, les Pères, les conciles, les liturgies, les monastères, les icônes et les pèlerins, il reste souvent de très petites communautés, parfois réduites à quelques fidèles. Don Andrea ne venait pas conquérir. Il venait demeurer. Il voulait être une présence chrétienne pauvre, visible, priante, offerte.
C’est précisément cela qui rend son assassinat si révélateur. Il ne s’agissait pas d’un agitateur politique. Il ne s’agissait pas d’un polémiste. Il ne s’agissait pas d’un homme violent. Il priait. Et son meurtrier, un jeune Turc mineur au moment des faits, cria « Allahu Akbar » avant de tirer, selon l’agence Fides. Condamné à dix-huit ans et dix mois de prison, il fut libéré de manière anticipée en 2016, dans le contexte des purges carcérales ayant suivi la tentative de coup d’État en Turquie.
Il faut ici refuser deux mensonges symétriques. Le premier serait de répondre à la haine par la haine, comme si le martyre chrétien autorisait la vengeance. Il ne l’autorise jamais. Le second serait de noyer le réel dans une brume pieuse, en parlant seulement de “malentendu”, de “tension”, de “fragilité”, d’“événement tragique”, sans jamais nommer le fait qu’un prêtre catholique a été assassiné parce que sa présence chrétienne devenait insupportable à un fanatisme religieux.
Don Andrea croyait au dialogue. Mais le vrai dialogue n’est pas l’effacement de la foi chrétienne devant les susceptibilités de l’islam. Le vrai dialogue suppose que le chrétien puisse être chrétien, prier, annoncer le Christ, tenir une Bible, célébrer la messe, accueillir les pauvres, sans être menacé. Le dialogue ne peut pas signifier que les chrétiens baissent la voix jusqu’à devenir invisibles. Don Andrea ne dialoguait pas parce qu’il doutait du Christ ; il dialoguait parce qu’il croyait au Christ.
C’est pourquoi son témoignage embarrasse notre époque. Il gêne les indifférents, parce qu’il rappelle que la foi peut encore valoir la vie. Il gêne les relativistes, parce qu’il montre que toutes les conceptions de Dieu ne produisent pas les mêmes fruits. Il gêne aussi certains professionnels du dialogue interreligieux, parce qu’il oblige à poser une question simple : que vaut un dialogue où l’une des parties doit sans cesse prouver qu’elle a le droit d’exister ?
L’Église, elle, a très vite reconnu la grandeur spirituelle de ce sacrifice. Lors des funérailles, le cardinal Camillo Ruini déclara être intérieurement persuadé que les éléments constitutifs du martyre chrétien se trouvaient dans la mort de don Andrea, et il annonça l’intention de promouvoir sa cause de béatification. Il rappelait en même temps l’urgence de réaffirmer la liberté religieuse, « mère de toutes les libertés ».
Il faut cependant être précis : don Andrea Santoro n’est pas “saint automatiquement”. Dans l’Église catholique, la reconnaissance officielle de la sainteté passe par une procédure. Même lorsqu’il existe une réputation de martyre, l’Église examine les faits, les écrits, les témoignages, les circonstances de la mort et l’existence éventuelle d’une haine de la foi. En 2026, Famiglia Cristiana rappelait qu’un postulateur avait été nommé le 18 juillet 2024 pour sa cause de béatification, mais que cette cause n’était pas encore ouverte.
La nuance est importante. On peut, dans le langage spirituel et mémoriel, parler de martyr : don Andrea est mort en témoin du Christ, dans l’exercice de son ministère, frappé alors qu’il priait. Mais la canonisation officielle n’est pas un réflexe émotionnel ; elle appartient au jugement prudent de l’Église. Cette prudence n’affaiblit pas son témoignage. Elle le protège des emballements faciles et lui donne, le moment venu, une force plus grande.
Le plus bouleversant demeure peut-être la réponse de sa mère. Elle n’a pas répondu par l’appel à la vengeance. Elle a pardonné. Selon AsiaNews, Maria Santoro déclara pardonner de tout son cœur à celui qui avait armé sa main pour tuer son fils. Voilà la différence chrétienne. Le martyr chrétien ne tue pas pour Dieu. Il accepte de mourir plutôt que de renier le Christ. Il ne transforme pas Dieu en cri de guerre. Il remet sa vie entre les mains du Père.
Il y a là une leçon pour notre temps. L’Europe chrétienne a trop souvent honte de ses martyrs. Elle préfère célébrer des abstractions : le vivre-ensemble, la paix, la diversité, le dialogue. Tous ces mots peuvent être beaux, mais ils deviennent indécents lorsqu’ils servent à dissimuler les corps des chrétiens assassinés. La paix chrétienne n’est pas l’amnésie. Le pardon chrétien n’est pas le silence. La charité chrétienne n’est pas la lâcheté.
Don Andrea Santoro n’a pas vécu pour dénoncer l’islam. Il a vécu pour annoncer le Christ. Mais sa mort oblige à regarder en face la condition de nombreux chrétiens dans des sociétés musulmanes : minoritaires, surveillés, parfois tolérés, souvent empêchés, toujours exposés dès qu’ils sortent du rôle décoratif qu’on veut bien leur laisser. Il ne s’agit pas de haïr les musulmans. Il s’agit de refuser que les chrétiens soient sommés d’aimer leur propre disparition.
Dans l’église Santa Maria de Trabzon, un prêtre priait. Son assassin a cru l’effacer. En réalité, il l’a rendu visible. Don Andrea Santoro appartient désormais à cette longue procession de témoins qui, de saint Étienne aux martyrs contemporains, rappellent que l’Église ne vit pas d’abord de puissance, de sociologie ou de communication. Elle vit du sang de ceux qui aiment le Christ jusqu’au bout.
Et c’est peut-être cela qu’il faut demander aujourd’hui : non pas seulement que don Andrea soit un jour officiellement reconnu bienheureux puis saint, mais que les chrétiens d’Europe retrouvent la mémoire de ce qu’ils sont. Une Église qui oublie ses martyrs devient vite une ONG sentimentale. Une Église qui les honore redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : le Corps du Christ, pauvre, priant, désarmé, mais invincible.
Andrea Santoro, priez pour nous et pour tous les Turcs !
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Chartres 2026 : nous sommes ceux qui venons après
De Thomas Debesse :
En juin 2025 au retour du pèlerinage de Chartres, s’est déroulée devant mes yeux une scène tout à fait commune et habituelle pour un retour pèlerinage, mais extra-ordinaire pour notre société. Dans le train du retour, des pèlerins chantent. […] J’ai réalisé quelque chose que je souhaite vous partager.
Il se trouve que deux mois plus tôt était sorti le jeu vidéo Clair-obscur, Expédition 33. Issue d’un studio français, et succès commercial international, il avait aussi trouvé ses détracteurs très ennuyés de son esthétique franchement franchouillarde, un environment urbain inspiré du Paris de la Belle époque, et des personnages et accoutrements assumant sans rougir certains clichés français. Les noms des personnages sonnaient français : Gustave, Maelle, Lune, Renoir. Cela a déplu à une caste qui considère comme suspectes de telles manifestations.
L’univers imaginaire de ce jeu vidéo est affecté d’une catastrophe, et chaque année, une génération de ses habitants disparaît. […] Et chaque année aussi, une équipe des habitants survivants part en expédition dans l’espoir de mettre fin à la calamité. Sur leur chemin, ils retrouvent les restent des expéditions précédentes, ainsi que les traces de ce qu’ils avaient découverts et appris. Chaque expédition ne sait pas si elle va réussir, mais chaque expédition laisse, pour ceux qui viendront après eux, leur connaissance et leurs traces. Et cet effort, ce don d’eux-même, ce don de leur vie jusqu’à leur propre mort, ils le font pour l’expédition qui vient après la leur, pour la génération d’explorateurs et de combattants qui vient après.
Un des personnages principaux, Gustave, prononce fréquemment ces mots lors de ses combats : « pour ceux qui viendront après ».
[…] Je me suis intéressé aux monuments mémoriaux des guerres mondiales qui habitent nos villages et qui égrainent la liste de nos pères morts sur le front. Tous ces hommes qui ont fait le sacrifice de leur vie, ces homme l’ont fait pour ceux qui viennent après. Et c’est ça ce que signifie « venir après ». Ceux qui viennent après ne sont pas une unité de population qui se substitue, ceux qui viennent après sont ceux qui sont engendrés.
Les soldats de ces guerres atroces ne tombaient pas sur le champ de bataille pour ceux qui occuperont leur territoire. […] Ceux qui ont défendu la France pendant la Grande Guerre se battaient pour ceux qui venaient après et ceux qui ont combattu le nazisme se battaient pour ceux qui venaient après. Mais pour une certaine population bourgeoise, déracinée et collaborationniste, est suspect ce sentiment de défense de chez soi et de transmission à sa descendance. Ils regrettent que l’occupant n’ai pas vaincu.
[…] Devant cette jeunesse je me suis souvenu d’un prêtre. C’était il y a plus de 15 ans, il était professeur dans un séminaire diocésain et il avait qualifié la paroisse où j’allais à la messe de « Vieille France ». J’avais trouvé cela très curieux et hors de propos, car comme dans les paroisses et autres chapelles où est célébrée la liturgie traditionnelle, la moyenne d’âge est probablement inférieure à la moité sinon au tiers de l’âge de ce prêtre.
[…] J’avais aussi repensé à la phrase étrange du pape François qui avait comparé l’usage dans la liturgie d’ornements manufacturés au fait de conserver des vieilleries pour faire plaisir à sa grand-mère.
[…] Le pape François avait aussi eu cette phrase étrange il y a 5 ans : « ceux qui ont besoin de temps pour revenir au Rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II ». L’étrangeté de cette phrase tenait dans ce verbe « revenir ». Assister à une messe traditionnelle ou à une messe célébrée selon le nouveau missel n’est pas une affaire de retour.
Car pour des générations de familles, participer à une messe en forme ordinaire n’est pas un retour à quoi que soit, c’est une exploration de quelque chose de différent. C’est d’ailleurs tout aussi vrai pour la jeunesse élevée dans la forme ordinaire qui vient découvrir la forme extra-ordinaire en pèlerinage, ce n’est pas un retour pour eux, c’est dans leur vie quelque chose de nouveau, une étape sur le chemin, une expérience sur laquelle ils se construisent et dans laquelle ils modèlent leur corps et leur âme.
Il existe une filiation ininterrompue de familles qui ont toujours participé à la messe en forme extra-ordinaire, dont les enfants ont grandi dans cette liturgie, et dont ces enfants ont à leur tour engendré des enfants qui ont grandi dans cette liturgie. Chaque génération qui venait après a transmis à la génération suivante, sans interruption, à ceux qui venaient encore après. C’est leur culture, leur pratique, leur coutume, leur tradition. C’est ce qui leur appartient, ce dont ils héritent, ce qu’ils habitent, vivent, fructifient, et transmettent.
[…] Cette jeunesse est joyeuse, prête à l’héroïsme qui l’attend, mais cette jeunesse avance aussi dans un monde qui lui est de plus en plus hostile. Ils savent ce que c’est que de chanter le Kyrie des gueux « Errant sans feu ni lieu, Bissac et ventre creux. Bannis et malchanceux, Maudits comme lépreux ». Ils chantent aussi le Miserere de la Mer et les mots de Francine Cockepot se revêtent d’un tragique très nouveau : « Plus jamais l’été, plus jamais l’hiver, Plus jamais la fête au village, Plus jamais l’amour sur un clair visage. A moi, Christ en Croix, ayez pitié ».
Cette jeunesse qui a vécu l’assassinat de Thomas à Crépol et le meurtre de Philippine habite viscéralement ces paroles. « Plus jamais la fête au village, Plus jamais l’amour sur un clair visage ». Ils sont ceux qui viennent après. Ils savent ce que signifie les paroles de cette même chanson « À tous les calvaires, aux croix des chemins, Je promets un pèlerinage, A tous les calvaires, aux croix des villages. A moi, mon pays, mes souvenirs, A moi tous mes rêves à l’avenir ». Ils sont là pour ça, ils [marchent] en pèlerinage de Paris à Chartres, 100 km pendant trois jours. Ils ont promis ce pèlerinage et ils sont présents.
Ce samedi 23 mai 2026, veille de la Pentecôte, pendant le pèlerinage de Chartres alors que je marchais sur ces chemins de pèlerinage, quelqu’un m’a fait me ressouvenir que Charles Péguy avait fait son pèlerinage à Chartres en 1912 pour demander la guérison de son fils. Charles Péguy avait fait son pèlerinage pour ceux qui venaient après.
Charles Péguy est mort le 5 septembre 1924 durant la Première Guerre mondiale lors de la bataille de l’Ourcq. Il est mort pour ceux qui venaient après.
Le lundi 25 mai 2026, lundi de Pentecôte, la première encyclique du pape Léon XIV Magnifica humanitas, a été publiée. Nous pouvons y lire ces mots à l’article 213, citant Le Retour du Roi (1955) et les propos du personnage de Gandalf :
« Un écrivain catholique du XXe siècle, John Ronald Reuel Tolkien, a décrit ainsi notre responsabilité par la bouche de l’un des protagonistes d’un roman : « Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver”. »
L’abbé Clément Barré, prêtre du diocèse de Bordeaux, a commenté sur son blog l’initiative du pape Léon XIV de citer Tolkien dans son encyclique Magnifica humanitas et poursuit l’observation :
« Car Tolkien est aussi très critique du paradigme technocratique que le pape dénonce. Ayant combattu dans les tranchées de la Somme et vécu la Seconde Guerre mondiale, il a vu la puissance de l’industrie humaine mise au service de la domination et de la mort.
Le personnage de Saruman, magicien déchu qui transforme les forêts du monde en usines de production d’esclaves et de soldats, représente cela. Il est décrit ainsi par Sylvebarbe, le gardien des forêts : “Il complote pour devenir une Puissance. Il a un esprit de métal et de rouages ; et il ne se soucie pas des choses qui poussent, sauf dans la mesure où elles lui servent sur le moment.” Notons que cette parole ne vient pas du héros ou du sage mais de l’arbre qui souffre, une créature ancienne et enracinée qui parle depuis sa propre vulnérabilité. Ce sont les petits, les fragiles, les enracinés qui voient le mieux ce qui se perd. »
L’intelligence artificielle ou l’oubli de l’homme
Réflexion critique à la lumière de Magnifica Humanitas
« Nous nous sommes émerveillés de notre magnificence dès la venue au monde de l’I.A. »
Cette phrase du film Matrix résonne aujourd’hui d’une manière singulière. Dans ce dialogue célèbre, Morpheus décrit une humanité fascinée par sa propre puissance technique, jusqu’au moment où elle finit par dépendre entièrement des machines qu’elle a créées. Ce qui relevait autrefois de la science-fiction nourrit désormais une interrogation très concrète : à force de déléguer nos décisions, notre mémoire, notre attention et parfois même notre jugement aux algorithmes, ne risquons-nous pas de perdre progressivement ce qui fait notre humanité ?
L’intelligence artificielle ne se présente pas sous la forme spectaculaire de robots dominant le monde. Elle s’insinue discrètement dans notre quotidien : recommandations automatiques, réseaux sociaux, assistants conversationnels, surveillance algorithmique, automatisation du travail ou aide à la décision. Son développement est souvent présenté comme inévitable, presque naturel. Pourtant, derrière les promesses de confort et d’efficacité émergent des questions fondamentales : qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que penser ? Une machine peut-elle réellement remplacer le discernement humain ? Et surtout, la technique doit-elle rester un outil au service de l’homme ou risque-t-elle progressivement de devenir son maître ?
« À la fierté prométhéenne de maîtriser la technique, se substitue son exact opposé : la honte prométhéenne. »
— Günther Anders
La formule de Günther Anders éclaire profondément notre époque. Après avoir cru dominer totalement la technique, l’homme contemporain finit paradoxalement par se sentir dépassé, voire inférieur, face aux systèmes qu’il a lui-même créés. La machine paraît plus rapide, plus efficace, parfois même plus fiable que lui. Peu à peu, l’homme en vient à douter de sa propre valeur.
Cette inquiétude traverse aujourd’hui de nombreux débats philosophiques et spirituels. Elle se retrouve notamment dans Magnifica Humanitas, première encyclique du pape Léon XIV, consacrée aux enjeux de l’intelligence artificielle. Le pape y développe une critique forte du technicisme contemporain : concentration du pouvoir numérique, délégation du jugement humain aux algorithmes, déshumanisation du travail, perte du sens moral ou encore risque d’un monde gouverné par la logique de l’efficacité.
L’encyclique constitue à bien des égards un texte important. Elle rappelle avec force que la technique doit rester au service de l’homme et non l’inverse. Elle défend la dignité humaine contre les tentations d’un monde réduit aux données, aux calculs et aux performances.
Mais on peut aussi se demander si cette critique, malgré sa pertinence, ne demeure pas encore partiellement incomplète.
Car dénoncer les dangers de l’intelligence artificielle ne suffit peut-être pas. Une critique purement morale, sociale ou politique du technicisme risque de manquer le cœur du problème : pourquoi notre civilisation éprouve-t-elle un tel désir de dépasser les limites humaines elles-mêmes ?
C’est ici que la réflexion de Fabrice Hadjadj permet peut-être d’aller plus loin.
La tentation moderne : corriger l’homme
Une certaine vision contemporaine de l’intelligence artificielle et du transhumanisme repose sur une idée implicite : les limites humaines seraient des défauts qu’il faudrait progressivement corriger.
La souffrance, la dépendance, la fatigue, la lenteur, l’incertitude ou même la mort sont souvent perçues comme des anomalies techniques appelées à être dépassées grâce au progrès.
L’homme moderne ne veut plus seulement maîtriser le monde ; il veut désormais se reconfigurer lui-même.
Or c’est précisément ici qu’apparaît peut-être le point aveugle de nombreuses critiques de l’IA, y compris parfois dans Magnifica Humanitas. L’encyclique défend la dignité humaine, mais elle insiste relativement peu sur une idée pourtant essentielle : la limite humaine n’est pas seulement quelque chose qu’il faut protéger ; elle peut être aussi une condition positive de notre humanité.
Chez Fabrice Hadjadj, cette intuition est centrale. L’homme n’est pas grand malgré sa fragilité ; il est aussi grand à travers elle.
Une créature et non un projet technique
Cette intuition apparaît magnifiquement dans l’offertoire traditionnel de la messe :
« Dieu, qui d’une manière admirable avez créé la nature humaine dans sa noblesse, et l’avez restaurée d’une manière plus admirable encore… »
Cette simple phrase contient une vision de l’homme profondément opposée à l’imaginaire technicien contemporain.
Le transhumanisme tend implicitement à considérer l’homme comme un projet technique à optimiser. L’être humain devient une matière améliorable : augmenter ses capacités cognitives, supprimer ses faiblesses biologiques, repousser ses limites physiques, voire dépasser sa condition mortelle.
L’offertoire rappelle au contraire quelque chose de fondamental : l’homme n’est pas auto-fabriqué. Il est une créature.
Sa dignité ne repose pas d’abord sur ses performances ou son efficacité, mais sur le fait qu’il est reçu, voulu et créé.
Cette idée manque souvent dans les débats modernes sur l’intelligence artificielle. Même lorsque l’on critique les dérives technologiques, on demeure parfois prisonnier d’une logique où l’homme reste évalué selon des critères de performance, d’autonomie ou d’efficacité.
La perspective chrétienne introduit un renversement radical : l’homme possède une dignité irréductible précisément parce qu’il n’est pas une machine.
Une humanité blessée mais restaurée
L’offertoire va encore plus loin lorsqu’il affirme que la nature humaine a été « restaurée d’une manière plus admirable encore ».
Le christianisme ne prétend pas que l’homme est biologiquement parfait. Il reconnaît au contraire sa fragilité, sa vulnérabilité et sa condition blessée. Mais là où le monde technicien voit un défaut à corriger, la foi chrétienne voit aussi un lieu possible de salut.
C’est une différence fondamentale.
Le rêve transhumaniste cherche :
à supprimer la souffrance,
éliminer les dépendances,
effacer les lenteurs du corps,
repousser la mort,
abolir l’incertitude.
À l’inverse, le christianisme affirme que la vulnérabilité humaine peut devenir le lieu :
de l’amour,
du don de soi,
de la compassion,
de la miséricorde,
et de la communion.
Une machine ne fatigue pas, ne doute pas et ne souffre pas. Mais elle ne peut pas non plus aimer, espérer ou se sacrifier.
Ce qui fait la beauté de l’existence humaine naît souvent précisément de ce que la logique technicienne cherche à supprimer :
l’hésitation,
l’effort,
la patience,
la dépendance aux autres,
la transmission,
et même parfois l’épreuve.
L’homme ne se construit pas dans un univers parfaitement optimisé. Il se construit dans la confrontation au réel.
L’Incarnation : le contraire du rêve transhumaniste
Peut-être faut-il aller encore plus loin.
Le christianisme affirme quelque chose de radicalement opposé à certains fantasmes technologiques contemporains : Dieu ne sauve pas l’homme en le débarrassant de son humanité charnelle.
Il l’assume.
Le Christ connaît :
la fatigue,
les larmes,
la souffrance,
la faim,
la dépendance,
et finalement la mort.
Autrement dit, ce que notre civilisation technicienne cherche parfois à dépasser, Dieu l’a assumé dans l’Incarnation.
Cette idée apparaît relativement peu dans Magnifica Humanitas, qui reste principalement centrée sur les dimensions éthiques, sociales et politiques de l’IA. Pourtant, c’est peut-être là que se situe le cœur spirituel de la question.
Le problème fondamental de l’intelligence artificielle n’est pas seulement celui des algorithmes ou du contrôle numérique. Il révèle plus profondément le rapport moderne à la condition humaine elle-même.
Notre époque supporte de moins en moins :
la dépendance,
la fragilité,
la lenteur,
le silence,
les limites du corps,
et même le réel.
L’IA devient alors le symbole d’un vieux rêve prométhéen : celui d’un homme qui voudrait s’affranchir de sa condition de créature.
Retrouver la beauté du réel
C’est pourquoi résister à l’emprise croissante de l’intelligence artificielle ne consiste pas seulement à multiplier les avertissements catastrophistes. Le véritable antidote est peut-être plus simple et plus profond : réapprendre à aimer ce qui est profondément humain.
Retrouver le goût :
du silence,
de la présence réelle,
des relations incarnées,
du travail concret,
de l’attention,
de la contemplation,
de la transmission,
et même de cette vulnérabilité qui rend possible l’amour.
Car la fragilité humaine n’est pas une faiblesse à effacer ; elle est aussi ce qui ouvre l’homme à la relation, à la miséricorde et à Dieu.
À travers Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV rappelle avec justesse que la technique doit rester au service de l’homme et non l’inverse. Mais la réflexion gagnerait peut-être encore en profondeur en affirmant plus explicitement que la limite humaine n’est pas un bug à corriger.
Elle est aussi l’une des conditions de notre grandeur.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
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Quand Chartres s’adresse à Rome
Lu dans Perspectives catholiques :
Cette année, comme de tradition, deux pèlerinages se sont croisés sur les routes de Chartres. Ils ont célébré les mêmes rites, proclamé le même Evangile, entonné le même Veni Creator. Les prêtres portaient la même soutane et distribuaient les mêmes sacrements. Des deux côtés, la jeunesse de France et du monde a rivalisé d’enthousiasme, de ferveur, à la poursuite de sa vocation dans la joie, et dans une forme extraordinaire.
Qui, parmi ceux qui se disent catholiques, peut ne pas se réjouir de cette multiplication des grâces ? Qui peut regretter que l’on marche en chantant dans deux directions différentes ? Chacun sait que la logistique ne permettrait pas une seule colonne, proche de 30’000 pèlerins. La double organisation est donc providentielle, n’en déplaise aux grincheux de tous bords.
Certes, l’actualité de l’Eglise et de ses membres prête aux commentaires, parfois à la vindicte. Mais au nom de quoi ? De quel droit, et selon quels critères, est-on autorisé, dans le cadre d’une institution régie par la charité, à se prononcer sur les faits et gestes des autres ? Le scandale, peut-être ? Et encore… Quelle est la part d’esprit de chapelle dans les condamnations émises de part et d’autre ? Un ami prêtre d’une communauté traditionnelle me disait récemment avoir retenu un texte de sa plume sur les sacres d’Écône : qu’il soit chaleureusement remercié de sa prudence, il a choisi de moins s’épancher pour prier plus…
Que Rome soit un sujet de division reste un mystère. Car si Rome autorisait demain les sacres et faisait une part pleine et entière à tout ce qui est catholique, qui oserait trouver à y redire ? On comprend que l’état de nécessité soit difficile à comprendre pour ceux qui se nourrissent à d’autres râteliers : nécessité pour continuer une œuvre d’Eglise, nécessité indirecte à l’existence des œuvres institutions ex Ecclesia Dei, nécessité enfin à l’éclaircissement des points de doctrine qui occupent les spécialistes.
L’esprit de Chartres vient nous rappeler l’essentiel : le Credo, la messe, les sacrements, et cette vertu si chère à St Paul, sans laquelle la Foi de Saint Pierre, et même l’Espérance de Péguy, le don des langues et la liturgie, ne sont rien. Marcher et offrir sa souffrance, prier pour les autres, chanter comme les générations précédentes l’ont fait auparavant. Et puis bien sûr : se confesser et communier, pour réparer la mécanique et de faire le plein.
Le fidèle curieux de la vie de l’Eglise ne peut s’empêcher de constater que les barrières entre nombres de fidèles sont déjà tombées : on va la messe ici et à l’école ailleurs. On fréquente les pèlerinages de part et d’autre. Selon une statistique interne, les catholiques de paroisse et autres touristes liturgiques forment près d’un tiers des pèlerins de Notre-Dame de Chrétienté ! Et, depuis l’année passée, la Communauté St Martin organise un pèlerinage au Mont Saint Michel sur le modèle de celui de la Pentecôte ; évènement lui-même fréquenté par une frange de fidèles de rite traditionnel, son président en tête.
Le mouvement de ré-union a donc déjà commencé à travers les laïcs. Espérons que le Saint-Esprit éclaire le Saint Père, de qui seul peut venir l’unité de tous dans la Vérité. Avec le choix de sa devise, Léon XIV a tendu la main à la Providence : IN ILLO UNO UNUM, Un en Lui, comme Lui l’a voulu, puisque l’Eglise est Son corps vivant sur terre. Holy Father, please tell us more about Him and us united in Him!
Veni, Sancte Spiritus, et emitte caelitus lucis tuae raditur.
Venez, Esprit Saint, et envoyez du haut du Ciel un rayon de votre lumière. —
La Maison d’éducation Pauline Jaricot a besoin de soutien
Un collectif monté contre nous. Une campagne de dénigrement. Des pressions coordonnées pour nous empêcher d’acheter nos murs.
Ils ont essayé. Nous n’avons pas cédé.
Cette vidéo retrace tout — avec clarté, sans détour. 2 min 40. Regardez.
Nous croyons en ce que nous construisons. Et nous savons que vous aussi.
C’est maintenant que tout se joue. Rejoignez-nous.
« Donnez-moi le courage de vivre ! »
Souffrant de la maladie de Charcot, incurable, l’entrepreneur Louis-Benoît Barth s’adresse au président de la République et au premier ministre pour leur demander de renoncer à la légalisation de l’euthanasie :

Chronique des cinglés
En ligne, de plus en plus de jeunes se revendiquent « thérian » et affirment se sentir animal et plus seulement humain.
L’Ordre des médecins vétérinaires portugais ne soignera pas les « thérians » :« une personne qui s’identifie à un animal reste un être humain au regard de la loi ». Déguisés en chats, chiens ou encore renards, les vidéos de jeunes thérians pullulent sur TikTok, au point que le hashtag #thérians atteint 1,8 million de publications.
Le mot « thérianthropie », issu de la mythologie, désigne les transformations d’homme à l’état animal. Sur Internet, le terme émerge à la fin des années 1990 sur des forums dédiés aux « loups-garous » avant de connaître un essor dans les années 2000 puis d’interpeller les jeunes générations grâce aux applications Tumblr dès 2010 et TikTok à partir de 2016.
Yohan, 21 ans, habite dans le sud de la France. Artiste et illustrateur, il assume auprès du Point être un « thérian ».
« Être thérian c’est une identité qui n’a rien à voir avec la communauté LGBTQIA +. Il s’agit de ressentir une partie animale en nous, qui n’a rien de sexuel. C’est uniquement psychique, parfois cela relève de croyances comme le fait d’être persuadé d’avoir eu une ou des vies antérieures animales ».
Prochaine étape : les jeunes qui se prennent pour des fers à repasser ou des fauteuils club… ?
Lot-et-Garonne : l’église Saint-Pierre-es-Liens de Merens a été profanée
Statues et vitraux brisés, l’autel et les bancs retournés, un bénitier renversé le lundi de Pentecôte. Quatre adolescents âgés de 12 à 14 ans ont été interpellés, après avoir fugué d’un centre de l’aide sociale à l’enfance destiné à accueillir des enfants victimes de violences intrafamiliales.
Les jeunes auraient d’abord tenté de mettre le feu à une dépendance du foyer, volé deux scooters, avant de vandaliser l’église.
L’évêque d’Agen, Monseigneur Alexandre de Bucy, a exprimé sa « compassion », annonçant une messe de réparation le 4 juin. Le département prendra en charge l’ensemble des travaux.
“La synodalité ne pourra porter du fruit que si elle demeure fermement enracinée dans la fidélité à la Sainte Écriture, à la Tradition et au Magistère pérenne de l’Église.”
L’Académie Jean-Paul II pour la vie humaine et la famille est une communauté internationale de chercheurs voués à la défense du caractère sacré de la vie humaine et de l’intégrité de la famille. L’Académie est une organisation laïque et non gouvernementale, indépendante des organisations civiles et religieuses.
Cette Académie a adressé une lettre ouverte à son Éminence le Cardinal Mario Grech, Secrétaire général du Synode des évêques :
« Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » — Galates 1, 8
Éminence,
Au nom de l’Académie Jean-Paul II pour la Vie humaine et la Famille, nous nous permettons d’exprimer à Votre Éminence notre profonde inquiétude face à l’inclusion du rapport du Groupe d’étude n° 9, consacré à des questions doctrinales, pastorales et éthiques controversées, parmi les documents destinés à la Phase III de la mise en œuvre du Synode sur la synodalité. Avec tout le respect dû à votre charge, mais avec une ferme détermination, nous demandons que ce rapport soit retiré de l’ensemble des documents soumis à examen.
Notre préoccupation n’est pas seulement d’ordre disciplinaire ou prudentiel ; elle touche à l’intégrité même de la foi catholique. Le « changement de paradigme » méthodologique proposé dans ce rapport semble impliquer une conception de la Révélation divine incompatible avec la doctrine catholique. L’Église catholique a toujours enseigné que la Révélation publique trouve son accomplissement en Jésus-Christ et qu’elle est close avec la mort du dernier Apôtre. Toute suggestion selon laquelle l’Esprit Saint pourrait inspirer des réponses doctrinales ou morales contraires à l’enseignement pérenne de l’Église risque de raviver des erreurs historiquement associées au modernisme théologique, maintes fois rejeté par le Magistère. Le développement authentique de la doctrine approfondit l’intelligence de la vérité révélée ; il ne contredit pas des vérités déjà enseignées de manière définitive.
Il est tout aussi préoccupant de laisser entendre que la doctrine morale catholique devrait s’adapter aux mœurs dominantes de l’époque. La mission de l’Église n’a jamais consisté à se conformer à l’esprit du temps, mais à proclamer la vérité « à temps et à contretemps ». La loi morale, fondée sur la Révélation divine et sur la loi naturelle, ne saurait être modifiée au gré des pressions sociales ou des sensibilités contemporaines.
Nous sommes aussi vivement préoccupés par des propositions qui, au nom de la sollicitude pastorale, tendent à dissocier l’inclusion ecclésiale de l’exigence morale. La charité chrétienne demande que toute personne soit accueillie avec dignité et bienveillance pastorale ; cependant, un accompagnement pastoral authentique ne saurait faire abstraction des réalités morales identifiées par l’Église, en particulier lorsqu’il s’agit de comportements publics objectivement contraires à l’enseignement catholique. La miséricorde sans la vérité cesse d’être la miséricorde.
En particulier, la doctrine catholique a constamment enseigné que les relations sexuelles en dehors de l’alliance matrimoniale entre un homme et une femme constituent un grave désordre moral. Plus précisément, le Catéchisme de l’Église catholique enseigne : « S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10), la Tradition a toujours déclaré que “les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés” (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Persona humana, 8) » (§2357). Les approches pastorales qui semblent normaliser ou bénir des relations contraires à cet enseignement risquent d’engendrer une grave confusion parmi les fidèles et d’affaiblir le témoignage de l’Église à l’égard de la vérité comme de la charité.
Plus préoccupant encore est le fait que le rapport final du Groupe d’étude n° 9 ose envisager sous un jour favorable la question des enfants adoptés et élevés dans de telles unions, fondées sur des actes sexuels dépravés. La dignité des enfants et la préservation de leur innocence s’opposent avec la plus grande fermeté à la moindre concession en ce domaine.
En outre, ce rapport donne peu de signes de refléter les convictions de la majorité des catholiques pratiquants à travers le monde, lesquels demeurent attachés à l’enseignement moral pérenne de l’Église. Il semble plutôt émaner clairement de certains milieux ecclésiaux qui, depuis des décennies, s’emploient à promouvoir une révision substantielle de l’enseignement catholique sur la sexualité et la vie familiale.
Cette conviction se trouve renforcée par la sélection manifestement orientée des témoignages retenus dans le rapport, notamment dans la mesure où les deux principaux témoignages proviennent de proches du P. James Martin, dont l’approche pastorale et théologique des questions liées à l’homosexualité contredit ouvertement l’enseignement et la discipline traditionnels de l’Église. De tels choix éditoriaux renforcent la conviction selon laquelle le rapport final n’est pas le fruit d’un large discernement ecclésial, mais celui d’un processus idéologiquement prédéterminé.
Nous relevons également que les thèmes et propositions avancés dans ce rapport présentent une frappante similitude avec des positions déjà examinées et rejetées par le Magistère, notamment à travers les interventions de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi durant le pontificat de S.S. Jean-Paul II, sous la préfecture du cardinal Joseph Ratzinger.
Enfin, nous devons exprimer notre vive inquiétude quant au processus synodal lui-même, si le fait de « marcher ensemble » devait en venir à signifier une accommodation à l’ambiguïté doctrinale ou une capitulation devant les courants idéologiques de notre temps. La synodalité ne pourra porter du fruit que si elle demeure fermement enracinée dans la fidélité à la Sainte Écriture, à la Tradition et au Magistère pérenne de l’Église.
Pour toutes ces raisons, nous demandons respectueusement, mais avec insistance, le retrait du rapport du Groupe d’étude n° 9 du corpus documentaire de la Phase III. Les fidèles ont droit à la clarté, à la cohérence et à l’assurance que le dépôt de la foi confié à l’Église sera préservé sans compromis.
Veuillez agréer, Éminence, l’expression de notre profond respect.
Dr Thomas Ward — Président
Christine de Vollmer, Ed.D. — Vice-présidente
Steven Mosher — Trésorier
Magnifica Humanitas : la liberté face à la cristallisation sociétale
Suite à notre première contribution sur l’encyclique Magnifica Humanitas, où nous tentions d’en éclairer les enjeux à travers le regard d’un biologiste confronté aux fragilités humaines, il nous faut désormais franchir une étape supplémentaire. Car le texte de Léon XIV ne s’arrête pas aux sciences de la vie : il nous place face à un basculement politique et spirituel que la seule lecture médicale ne suffit plus à mesurer.
Dans notre précédent article, nous évoquions cette « tyrannie de la corrélation » qui, sous couvert d’optimisation, substitue le calcul à la compassion. Nous rappelions qu’une valeur biologique n’est jamais un être humain, et que toute la dignité du soin réside précisément dans cette distance irréductible entre un chiffre et une existence.
Mais la logique qui s’insinue dans la médecine travaille désormais l’ensemble du corps social. L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement nos outils : elle reconfigure silencieusement nos sociétés. Elle opère ce que l’on peut appeler une cristallisation sociétale — une tendance à figer les comportements humains dans des modèles prédictifs, gouvernables et optimisables. Ce qui relevait hier des laboratoires s’impose aujourd’hui comme une matrice de civilisation.
À mesure que les algorithmes anticipent nos choix, la tentation grandit de leur déléguer non seulement l’organisation du monde, mais le discernement lui-même. Par confort, par fatigue ou par fascination pour l’efficacité, nous risquons d’abandonner la délibération morale à la cohérence froide des systèmes automatisés. Ce glissement, observé au chevet des malades, s’étend désormais à nos institutions, à nos relations, à nos consciences.
C’est ici que Georges Bernanos retrouve une actualité saisissante. Ce qu’il redoutait n’était pas la machine, mais l’homme qui consent à lui ressembler : un homme qui renonce à l’épaisseur de son âme pour la fluidité d’un rouage. Cette intuition n’a plus rien d’une prophétie ; elle prend la forme d’une description.
Le péril n’est donc pas seulement technique. Il est anthropologique. Une civilisation gouvernée par l’optimisation finit toujours par considérer l’imprévisible comme une anomalie — et la vulnérabilité comme une faute à corriger.
Face à ce glissement, certaines voix politiques tentent de réagir. Jean-Frédéric Poisson compte parmi les rares responsables publics à avoir posé avec constance les questions de souveraineté technologique, de bioéthique et de contrôle numérique. Mais la réponse institutionnelle rencontre ici une limite structurelle : l’État peut réguler, encadrer, ralentir. Il ne peut pas engendrer les vertus intérieures sans lesquelles aucune civilisation ne demeure humaine. On ne décrète ni le goût du silence, ni le sens de la gratuité, ni la confiance accordée à un visage plutôt qu’à un algorithme.
Le rééquilibrage ne viendra donc pas d’abord d’en haut. Il procède d’une insubordination intérieure.
Gustave Thibon l’avait formulé avec une lucidité intacte : plus le monde se mécanise, plus l’homme doit se spiritualiser, sous peine de devenir lui-même un rouage. Cet avertissement ne décrit pas un conflit entre l’homme et la machine, mais une décision — souvent tacite — de savoir ce que nous acceptons d’habiter.
Chantal Delsol, relisant saint Augustin à la lumière de nos effondrements contemporains, rappelle qu’aucune chute historique n’épuise le sens de l’Histoire. Lorsque les structures visibles se figent ou se délitent, l’espérance demeure — parce qu’elle ne dépend pas ultimement des constructions humaines. Dans une société saturée de flux et appauvrie en sens, cette leçon devient décisive : l’urgence est celle de l’intériorité.
Concrètement, cela suppose de préserver des « oasis de présence réelle » — des lieux où la logique de la performance ne règne pas sans partage. La transmission entre générations, lorsqu’un adulte prend le temps de faire lire un enfant sans autre finalité que ce moment partagé. Le service discret des plus fragiles, irréductible à tout indicateur. La contemplation d’une œuvre, d’un paysage, d’un visage — cette attention gratuite que rien ne remplace parce qu’elle échappe à l’utilité même.
Ce monopole du sensible est peut-être le bien le plus menacé — et le plus précieux — qu’il nous reste à défendre.
Car l’algorithme excelle dans le probable : il prolonge le déjà-vu, amplifie le prévisible, réduit l’incertitude. Mais le cœur humain demeure le lieu de l’imprévisible véritable. Il peut pardonner contre toute logique, se donner sans calcul, s’attacher sans garantie. Ces actes — que nous reconnaissons comme les plus humains — sont irréductibles à toute modélisation.
Toute mon expérience de biologiste me l’a confirmé : le vivant ne se laisse jamais enfermer dans ses propres données. J’ai vu des existences tenir au-delà de toute probabilité, suspendues à une présence, à une volonté, parfois à une paix intérieure impossible à quantifier. Même notre système immunitaire ne vit qu’en acceptant une part d’exposition et d’incertitude : une protection absolue, totalement close, conduit paradoxalement à la mort. Il en va de même pour les sociétés.
Nous ne traversons donc pas une simple mutation technique. Nous vivons une épreuve spirituelle : une mise à l’épreuve de ce que nous sommes capables de tenir.
D’un côté la tentation d’une humanité transparente, fluide et programmable ; de l’autre le mystère d’une personne vulnérable, libre et appelée à plus qu’elle-même.
* * *
Et peut-être qu’au terme de cette épreuve, une vérité ancienne reparaît avec une clarté nouvelle — non comme un refuge, mais comme une exigence :
Dieu, sinon rien.
Comme pour notre premier article, j’ai retenu Le Philosophe en méditation de Rembrandt : non par répétition, mais pour signifier l’unité d’une même interrogation — celle de l’intériorité à l’épreuve du monde technique.
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En prison pour avoir défendu la célébration de la messe
Les catholiques en Inde continuent de subir les effets discriminatoires des « lois anti-conversion » récemment promulguées.
Dans l’État du Rajasthan, en Inde, neuf catholiques se sont vu refuser la libération sous caution pour la deuxième fois après avoir passé plusieurs semaines en prison pour avoir empêché des manifestants d’interrompre une messe début mai.
Lors de cet événement, une foule a pris d’assaut une église catholique de la région, accusant les fidèles de tenter de « convertir » la population locale.
Mgr Devprasad John Ganawa d’Udaipur a souligné :
« Nous sommes consternés de voir que nos fidèles se sont vu refuser la libération sous caution une deuxième fois aujourd’hui, sur la base de fausses allégations de conversion ». « Lorsque des hooligans ont perturbé la messe le 1er mai en criant « conversion », nos fidèles les ont chassés. Au lieu de porter plainte contre les intrus, la police a inculpé nos fidèles de « prosélytisme et tentative de meurtre » et a arrêté neuf catholiques de la paroisse de Bandaria. »
Ces accusations ont profondément choqué le père Arvind Amliyar, le prêtre officiant au moment des faits.
« Pendant la communion, une douzaine de personnes ont fait irruption dans l’église en criant “conversion” et ont commencé à filmer ». « Quand l’un d’eux a sorti un couteau, nos fidèles le lui ont arraché et les ont chassés. » « La police est arrivée peu après et ce qui s’est passé ensuite m’a choqué. Au lieu de chercher à comprendre ce qui s’était passé, ils ont arrêté quatre catholiques la même nuit. »
Sous la pression d’une importante foule hindoue, la police a arrêté cinq autres catholiques au cours de la même nuit.
Ce refus de libération sous caution intervient dans un contexte de nouvelles lois en Inde visant à décourager les conversions religieuses, lois qui, selon beaucoup, servent à emprisonner indistinctement les catholiques.
En mars, des projets de loi ont été adoptés dans les États indiens du Maharashtra et du Chhattisgarh afin de mettre fin aux conversions prétendument « forcées » par des responsables de l’Église. Ces textes, cependant, sont perçus comme manquant de neutralité par les dirigeants catholiques. Les évêques catholiques ont déclaré que les nouveaux projets de loi risquaient de promouvoir « la suspicion, la division et l’injustice ».
« La loi semble toucher de manière disproportionnée les communautés minoritaires, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à son intention et à sa mise en œuvre ».
Le texte sur l’euthanasie revient le 2 juin
La commission mixte paritaire (CMP) chargée d’essayer de trouver un compromis sur la proposition de loi sur l’euthanasie, adoptée à l’Assemblée nationale, mais rejetée au Sénat, se réunira mardi 2 juin. Le député Philippe Vigier a été désigné rapporteur général en remplacement d’Olivier Falorni.
Cette commission réunit sept députés et sept sénateurs pour tenter de s’accorder sur un texte commun. Cette réunion a peu de chances d’aboutir à un accord, mais à l’issue le gouvernement pourra demander aux deux Chambres de se prononcer sur le texte en nouvelle lecture – programmé a priori la semaine du 22 juin à l’Assemblée nationale –, puis donner le dernier mot aux députés ; ce que le président des Républicains et sénateur, Bruno Retailleau, a dénoncé par avance comme un “coup de force”.
En remplacement d’Olivier Falorni (Les Démocrates) élu maire de La Rochelle, Philippe Vigier (Les Démocrates) a été désigné rapporteur général sur la proposition de loi. Philippe Vigier a affirmé qu’il serait “dans la droite ligne” des arbitrages de son prédécesseur et des votes de l’Assemblée nationale, et a estimé “important” d’aller “au bout” de l’engagement pris par le président de la République de faire aboutir le texte. Philippe Vigier a lui aussi été élu maire, à Châteaudun (Eure-et-Loir), lors des dernières municipales, mais un recours déposé à l’issue du scrutin lui permet de rester député en attendant la décision de justice.
Le pape demande aux prêtres de toujours garder le respect des textes et des dispositions de la liturgie
Lors de l’audience générale de ce matin, le pape Léon XIV a poursuivi son commentaire de la Constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium :
Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).
En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).
À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s’y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).
Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).
Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).
Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer. La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.
On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.
Les soins palliatifs, c’est quoi ? Que changent concrètement les soins palliatifs ?
Une émission avec le Dr. Sandrine Bressac, médecin en soins palliatifs depuis plus de 30 ans.
Les soins palliatifs, c’est quoi ? Que changent-ils concrètement les soins palliatifs ? Quelles différences avec l’aide à mourir, le suicide assisté, l’euthanasie ? Peut-on garantir un consentement libre ? Peut-on parler de liberté quand une personne se sent devenir un poids ? Quelles seraient les conséquences du projet de loi sur l’euthanasie pour les malades, les familles, les médecins, les hôpitaux, les EPHAD ? Et plein d’autres questions, avec plusieurs belles anecdotes !
Aïd al-Adha : le sacrifice d’Abraham, ou l’alliance déplacée
L’Aïd al-Adha, souvent appelée en français « fête du mouton », est l’une des grandes fêtes de l’islam. En 2026, elle est attendue en France le mercredi 27 mai, correspondant au 10 dhu al-hijja 1447, sous réserve de l’observation lunaire. Elle commémore la disponibilité d’Abraham — Ibrahim dans l’islam — à sacrifier son fils par obéissance à Dieu ; dans la pratique, ceux qui le peuvent font sacrifier un animal, souvent un mouton, dont la viande est partagée entre la famille, les proches et les pauvres.
Mais derrière ce rite apparemment simple se cache une question immense : que devient, dans l’islam, le grand récit biblique du sacrifice d’Abraham ? Et surtout : que devient l’alliance ?
Dans la Bible, les choses sont explicites. Dieu dit à Abraham : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac » et demande qu’il soit offert sur une montagne du pays de Moriah. Isaac porte le bois, Abraham monte avec lui, le sacrifice est interrompu, puis un bélier est offert à la place du fils. Le récit se conclut par une promesse : la descendance d’Abraham sera bénie, et toutes les nations de la terre seront bénies en elle.
Dans le judaïsme, cet épisode est connu comme la ligature d’Isaac, l’Akedah. Dans le christianisme, il prend une profondeur typologique : Isaac, fils aimé, portant le bois de son propre sacrifice, annonce mystérieusement le Christ portant sa croix. Le bélier substitué annonce aussi que Dieu lui-même donnera la victime. L’épisode n’est donc pas une simple histoire de soumission religieuse ; il est une étape dans l’histoire du salut.
Le Coran reprend l’épisode, mais avec une différence décisive : le fils n’est pas nommé. La sourate 37 rapporte qu’Abraham voit en songe qu’il doit immoler son fils, que celui-ci accepte, puis que Dieu le « rachète » par un grand sacrifice. Dans l’islam actuel, l’enfant est presque toujours identifié à Ismaël. Pourtant, le texte coranique lui-même reste silencieux. Des travaux sur l’exégèse islamique ancienne ont d’ailleurs montré que la question fut discutée, et que l’identification à Ismaël s’est imposée progressivement comme lecture majoritaire.
Ce point est capital. Le désaccord ne porte pas seulement sur un prénom. Il porte sur l’orientation entière de l’histoire sainte. Dans la Bible, l’alliance passe par Isaac, puis Jacob, puis Israël, puis le Messie. Dans l’islam, la mémoire d’Abraham est déplacée vers Ismaël, vers les Arabes, vers La Mecque, vers la Kaaba. Ce déplacement permet à l’islam de se présenter non comme une religion nouvelle, mais comme la restitution de la vraie religion d’Abraham, supposément déformée par les juifs et les chrétiens.
C’est ici que l’approche historico-critique devient précieuse. Elle rappelle qu’on ne peut pas simplement recevoir le récit islamique des origines comme s’il était une photographie transparente du passé. Les grandes synthèses récentes sur le Coran et Mahomet invitent précisément à distinguer texte, tradition, mémoire, commentaire et construction théologico-politique. Les analyses critiques sur les origines de l’islam soulignent aussi que la revendication d’un Abraham ismaélien sert à légitimer une nouvelle centralité religieuse : les « vrais » fils d’Abraham seraient désormais les Ismaélites, tandis que la mémoire d’Isaac serait rattachée à une tradition juive jugée falsifiée.
Autrement dit, l’Aïd al-Adha n’est pas seulement une fête familiale ou un rite de générosité. C’est aussi la célébration annuelle d’un grand déplacement théologique : l’alliance biblique est relue, reconfigurée, arabisée, islamisée.
Pour un chrétien, le contraste est encore plus profond. Dans la foi catholique, le sacrifice n’est pas seulement le souvenir d’une obéissance exemplaire. Il est accompli en Jésus-Christ. Jean-Baptiste désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Le Catéchisme de l’Église catholique explique que cette expression unit plusieurs figures : le Serviteur souffrant, l’agneau pascal de l’Exode, et le Christ donnant sa vie « en rançon pour la multitude ».
L’agneau pascal, dans l’Exode, n’est pas un rite décoratif : son sang marque les maisons d’Israël, protège de la mort, accompagne la sortie d’Égypte et fonde une mémoire d’alliance. Dans le christianisme, cette figure culmine dans le Christ. À la Cène, Jésus transforme la Pâque en offrande de lui-même : « Ceci est mon corps livré pour vous », « ceci est mon sang de l’alliance ». La Croix devient alors le sacrifice unique et définitif, non parce que Dieu aimerait le sang, mais parce que le Fils se donne librement, par amour, pour réconcilier l’homme avec Dieu. Le Catéchisme parle du sacrifice pascal du Christ comme de l’acte qui accomplit définitivement la rédemption et restaure la communion avec Dieu.
C’est précisément ce que l’islam ne peut pas recevoir. En niant la crucifixion rédemptrice du Christ, il conserve une mémoire du sacrifice, mais il en perd l’accomplissement. Il garde Abraham, mais il le coupe de la ligne Isaac-Israël-Messie. Il garde l’animal substitué, mais il ne voit pas l’Agneau véritable. Il garde le rite, mais il refuse la Croix.
L’Aïd al-Adha peut donc être lu, d’un point de vue chrétien, comme une sorte de mémoire biblique déplacée. On y reconnaît des fragments authentiques : Abraham, l’épreuve, l’obéissance, la substitution, le don d’un animal, la mémoire d’un sacrifice. Mais ces fragments sont réordonnés dans un autre système. La logique chrétienne de l’alliance, qui va d’Abraham au Christ, est remplacée par une logique de soumission à Dieu et d’appartenance à la communauté musulmane.
Cela ne signifie pas que les musulmans qui célèbrent cette fête n’y mettent pas sincérité, piété, charité ou générosité. Beaucoup y voient un acte de foi, un partage avec les pauvres, une mémoire familiale et religieuse très profonde. Mais l’analyse doctrinale doit aller plus loin que le folklore sympathique ou la gêne embarrassée. Pour un catholique, le vrai problème est théologique : le sacrifice d’Abraham est-il une étape vers l’Agneau de Dieu, ou devient-il une preuve de l’islam contre la révélation biblique ?
La réponse chrétienne est claire. Dieu n’a pas demandé à Abraham de tuer son fils pour exalter la violence sacrée. Il a arrêté la main d’Abraham. Il a montré que l’homme ne sauve pas Dieu par ses sacrifices, mais que Dieu sauve l’homme en donnant lui-même l’Agneau. Voilà pourquoi le christianisme ne culmine pas dans l’égorgement répété d’un animal, mais dans l’unique sacrifice du Christ, rendu présent dans l’Eucharistie.
La « fête du mouton » pose donc, malgré elle, une question redoutable : où est le véritable accomplissement du sacrifice ? Dans la répétition rituelle d’un geste attribué à Abraham ? Ou dans le Christ, Agneau innocent, Fils bien-aimé, offert une fois pour toutes pour le salut du monde ?
Pour le chrétien, Abraham ne conduit pas à La Mecque. Il conduit au Golgotha. Et l’agneau n’est pas seulement dans le buisson de la Genèse, ni dans les abattoirs rituels de l’Aïd. Il est sur la Croix, vivant, offert, victorieux : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »
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