Blogs avec images

Rapport Alloncle et loi Falorni : la neutralité de l’information à l’épreuve de l’ultime frontière

L’attente du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, dont le sort se décide ce lundi 27 avril 2026, intervient dans un contexte de forte polarisation autour du projet de loi relatif à l’« aide active à mourir ». Au-delà du seul débat législatif, une question plus large s’impose : celle des conditions dans lesquelles une démocratie délibère aujourd’hui sur les sujets les plus sensibles. Et, en particulier, celle du rôle du service public audiovisuel dans cette délibération.

Un débat de société sous tension narrative

À la lumière des auditions parlementaires et des pistes soulevées par les travaux de la commission, un constat s’impose : sur le plan strictement quantitatif, le pluralisme des positions semble globalement respecté. Les temps de parole ne révèlent pas de déséquilibre manifeste entre partisans et opposants du texte.

Pourtant, réduire l’analyse à cet indicateur serait passer à côté de l’essentiel. Ce qui structure aujourd’hui la perception du débat public n’est pas seulement la répartition des opinions, mais la forme même sous laquelle elles sont exprimées.

Les témoignages individuels, souvent bouleversants, occupent une place centrale dans la médiatisation de la fin de vie. Leur force tient à leur évidence : ils donnent un visage à des situations de souffrance extrême, difficilement contestables dans leur humanité. Mais cette puissance narrative produit aussi un effet secondaire : elle tend à reléguer les autres registres de réflexion — médicaux, philosophiques, juridiques — au rang d’abstractions désincarnées.

Quand l’émotion structure le débat public

Il ne s’agit évidemment pas d’opposer froidement émotion et raison. Aucune délibération sur la fin de vie ne peut se passer de récits, ni ignorer ce que vivent les patients et leurs proches. Mais encore faut-il s’interroger sur l’effet de saturation émotionnelle que peut produire la mise en récit médiatique de la souffrance.

Dans ce cadre, une difficulté apparaît : comment maintenir un espace de réflexion réellement contradictoire lorsque le débat est d’abord structuré par l’identification empathique aux situations individuelles ? Autrement dit, comment délibérer lorsque l’émotion ne constitue plus seulement une composante du débat, mais son cadre dominant de réception ?

Une parole soignante en quête de place

Ce déséquilibre perçu ne concerne pas seulement les formats médiatiques. Plusieurs acteurs des soins palliatifs font état d’un sentiment de marginalisation dans l’espace public. Leur parole, centrée sur l’accompagnement, la complexité du soin et la temporalité de la fin de vie, serait trop souvent reléguée à une fonction technique, voire défensive.

Or, la question de la fin de vie ne se réduit pas à l’opposition entre deux positions idéologiques. Elle engage au contraire deux rationalités distinctes, toutes deux légitimes mais parfois difficiles à articuler : d’un côté, une logique d’autonomie individuelle, centrée sur la maîtrise de sa propre fin ; de l’autre, une éthique du soin fondée sur la protection des personnes vulnérables et l’accompagnement jusqu’au terme naturel de la vie.

Informer autrement que raconter

Dans une démocratie pluraliste, le service public de l’information ne peut se limiter à refléter les opinions existantes. Il a aussi pour responsabilité de structurer les conditions du débat, en rendant visibles les différentes dimensions d’un même enjeu.

Sur la fin de vie, cela implique au moins trois exigences simples mais souvent mises à l’épreuve :
• Ne pas réduire la discussion à une opposition entre autonomie et compassion, mais interroger leur articulation ;
• Distinguer clairement le soulagement de la souffrance de l’acte de donner la mort, distinction souvent brouillée dans les représentations publiques ;
• Intégrer pleinement la parole des soignants, y compris lorsqu’elle exprime des réserves ou des tensions éthiques.

Un enjeu démocratique plus large

La question posée dépasse donc largement le seul champ audiovisuel. Elle concerne la manière dont nos sociétés organisent aujourd’hui la confrontation des points de vue sur les sujets fondamentaux.

Le pluralisme ne se mesure pas uniquement à la diversité des opinions exprimées, mais aussi à la diversité des formes de rationalité reconnues comme légitimes dans l’espace public. À cet égard, le risque n’est pas tant l’absence de débat que sa réduction progressive à une dramaturgie de l’émotion, où l’argumentation cède le pas à l’identification.

Préserver un débat démocratique exige alors autre chose qu’un simple équilibre des temps de parole : cela suppose de maintenir les conditions d’une véritable mise en discussion des arguments, dans toute leur complexité, même lorsqu’ils résistent à l’évidence immédiate du récit. C’est à cette condition seulement que l’audiovisuel public pourra être ce qu’il prétend être : non pas un miroir de l’opinion, mais un espace de formation du jugement.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Les sacres vus du terrain

Chers amis, chers lecteurs,

On peut dire que, sur ce blog, la bataille des sacres fait rage. Les différents instituts y vont de leurs arguments, et se faire une opinion n’est peut-être pas chose évidente loin s’en faut. Aussi je ne résiste pas à l’envie de mettre mon grain de sel et d’expliquer quel peut être le point de vue d’un simple fidèle (de la FSSPX, n’avançons pas masqués, n’est-ce pas ?).

L’abbé Spriet, dans l’un de ses articles parus récemment sur ce même blog résume bien la situation : La FSSPX déclare qu’il y a un état de nécessité, c’est son seul (ou ultime argument) et décide pour cela de sacrer des évêques sans l’autorisation du pape. Les autorités romaines étant défaillantes il convient d’y suppléer, et le moyen utilisé est ici le sacre d’évêques.
A cet état de fait certains disent :

• Il y a un état de nécessité mais ce n’est pas une raison pour « désobéir » au pape.

• Il n’y a pas d’état de nécessité, l’Eglise a toujours connu des crises et il est néfaste de s’en « séparer » pour vouloir la sauver. D’ailleurs les instituts Ecclesia Dei œuvrent de l’intérieur et parviennent à leurs fins sans avoir à se « séparer » de Rome.

Alors n’étant ni juriste ni théologien, en aucun cas je ne rentrerai dans des considérations techniques. Voilà simplement ce que peut constater un simple fidèle (et à l’instar de l’abbé Spriet je ne parlerai que pour la France, situation que nous connaissons le mieux) :

L’état de nécessité est pour nous simples fidèles, une réalité très tangible pour les raisons ci-dessous :

a. Sans affirmer un lien de dépendance systématique, on peut raisonnablement penser que l’existence et le maintien des instituts Ecclesia Dei tiennent par l’équilibre créé par la FSSPX. Autrement dit ces mêmes instituts verraient inévitablement leur influence réduite à peu de chose si la FSSPX n’exerçait pas un rôle de contrepoids indispensable. Et les sacres version 1 et 2 sont la condition de cet équilibre.

Dès lors comment ne pas privilégier une œuvre appelée à durer dans le temps par rapport à d’autres dont la situation est précaire et dépend du bon vouloir de l’évêque du lieu dont on connaît bien souvent l’hostilité ?

b. Les instituts Ecclésia Dei œuvrent de « l’intérieur » certes ! mais il se pourrait très bien que dans un mois ils aient été sommés de quitter leur paroisse. Leur stabilité est douteuse et dépend de décisions locales parfois bien arbitraires.

En effet nous avons pu voir à plusieurs reprises la FSSP se faire remercier manu militari et ipso facto de certains diocèses (Quimper, Dijon, Grenoble, Versailles et j’en passe…). Alors qu’on m’explique comment je peux bénéficier des sacrements et de la doctrine traditionnelle avec un institut qui pourrait très bien ne plus être là dans une semaine, en fonction du caprice d’un évêque ? (Et qu’on ne me dise pas « mais il faut faire confiance à la Providence » ça ne marchera pas !).

En effet on reste songeur quand on voit des fidèles de la FSSP finir avec une banderole devant leur église fermée sur laquelle est inscrite « nous ne sommes pas des Catholiques de seconde zone ».

Je n’ai aucune envie de m’entendre dire par mon évêque que « la seule chose qui compte c’est l’obéissance ». Autrement dit, pas de panique, arrêtez de réfléchir, on pense pour vous ! Malheureusement pour eux, mon cerveau n’a pas encore besoin d’une prothèse intellectuelle, et je veux ma messe tradi le dimanche sans devoir me justifier ni craindre jour après jour l’humeur changeante de mon évêque.

On reste dubitatif lorsque ces mêmes fidèles se voient interdire de manière purement arbitraire la tenue d’un pèlerinage entre Vienne et Fourvière.

Les exemples sont nombreux et illustrent trop bien la dépendance de ces instituts face à des pasteurs souvent très hostiles.

c. Certains disent encore qu’il y a de bons évêques. En effet il en existe, mais il faut vraiment les trouver.

Par ailleurs on sait parfois ce qu’il advient des bons évêques. On se rappelle tous de Mgr Rey, évêque de Frejus-Toulon à qui l’on a refusé d’ordonner des prêtres jugés trop tradis pour des raisons plus que douteuses.

Il s’est fait remercier par la suite purement et simplement.

Alors pareil, comment être en confiance avec des autorités aussi distantes, ou tout ce qui ne fonctionne pas dans le sens qu’il souhaite est immédiatement étouffé ?

d. Comment expliquer que lorsqu’un évêque de la FSSPX se déplace pour confirmer des enfants dans une de leurs paroisses, une bonne partie des candidats soient des fidèles de la FSSP ?
Si l’évêque est un bon évêque, ou s’il faut lutter de l’intérieur, ou encore s’il faut obéir quoi qu’il arrive… Pourquoi venir chez nous ? Justement parque dans ce cas précis l’évêque du lieu n’effectue pas son travail et il est normal que l’évêque de la FSSPX (sacré illégalement !?) vienne pallier cette défaillance.

Les exemples ci-dessus ne sont pas des théories ni des concepts sur l’état de nécessité mais des réalités bien vécues par les fidèles. Là, on ne parle pas d’ecclésiologie ou de droit canonique on parle d’avoir un simple accès aux sacrements pour sauver son âme. Force est de constater qu’il est laissé à la discrétion des évêques. Cette situation est inacceptable.

Alors je n’ai pas la prétention de mettre tout le monde d’accord sur un sujet aussi pointu, néanmoins il faut retenir ceci : marié et père de quatre enfants je reste pragmatique. Mon objectif est de transmettre à ma famille une doctrine sûre et des sacrements accessibles.

L’état intérieur de l’Eglise est actuellement beaucoup trop instable, les autorités trop incertaines et les garanties trop faibles pour que je puisse y aller sereinement.

Si je suis fidèle de la FSSPX c’est parce que j’ai la certitude absolue :

  • Que leurs sacrements sont valides.
  • Que leur doctrine est sûre
  • Qu’ils seront là dimanche prochain pour célébrer la messe traditionnelle (ce qui n’est pas le cas des autres instituts).
  • Et accessoirement que leur liberté de parole permet de dire la vérité mais également de dénoncer les erreurs.

Ces quatre critères-là je ne les retrouve pas ailleurs.

Par ailleurs :

  • Le simple fidèle que je suis ne va pas s’embarrasser d’un étroit juridisme qui semble ne plus correspondre à la situation. En effet si ma maison brûle je ne me soucie pas de savoir si mon extincteur est bien aux normes NF EN 2 et NF EN 2/A1 du code de production de l’Union Européenne. Je prends les moyens à disposition et j’essaie d’éteindre le feu.
  • On nous annonce depuis 40 ans que ces sacres illégaux vont causer « tôt ou tard » (c’est le mot de l’abbé Spriet) un véritable schisme ou une dérive. Force est de constater qu’il n’en est rien. En revanche ça fait bien plus que 40 ans que l’Eglise compte parmi ses membres officiels de véritables hérétiques et de véritables schismatiques sans que ceux-là soient inquiétés le moins du monde.
  • Enfin, si je puis me permettre de lancer une pique à ces instituts Ecclésia Dei, je dirais qu’ils sont bien prompts à tacler la FSSPX pour ces histoires de sacres mais on aimerait bien les entendre un peu plus pour condamner les erreurs et les hérésies qui s’accumulent jour après jour au sein de l’Eglise officielle. Leur silence est parfois assourdissant !
    Mais de fait, le peuvent-ils vraiment ? A mon sens, non, ou difficilement, leur situation dépendant du bon vouloir de celui qu’ils voudraient peut-être « corriger » …

Moralité, entre s’en tenir à une lecture purement juridique de la situation ou regarder en face la réalité difficile du terrain, il y a un choix à faire. A chacun de se déterminer !
Amitiés !

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Les ordinations épiscopales de la FSSPX : un acte schismatique ?

Cinquième article de l’abbé Spriet. Le précédent est ici.

Pie XII a enseigné clairement dans son encyclique Mystici Corporis :

“Pierre, par la vertu du primat, n’est que le Vicaire du Christ, et il n’y a par conséquent qu’une seule Tête principale de ce Corps, à savoir le Christ ; c’est lui qui sans cesser de gouverner mystérieusement l’Eglise par lui-même, la dirige pourtant visiblement par celui qui tient sa place sur terre, car depuis sa glorieuse Ascension dans le ciel, elle ne repose plus seulement sur lui, mais aussi sur Pierre comme sur un fondement visible pour tous. Que le Christ et son Vicaire ne forment ensemble qu’une seule Tête, Notre immortel Prédécesseur, Boniface VIII, l’a officiellement enseigné dans sa Lettre apostolique Unam sanctam et ses successeurs n’ont jamais cessé de le répéter après lui. Ceux-là se trompent donc dangereusement qui croient pouvoir s’attacher au Christ Tête de l’Eglise sans adhérer fidèlement à son Vicaire sur la terre. Car en supprimant ce Chef visible et en brisant les liens lumineux de l’unité, ils obscurcissent et déforment le Corps mystique du Rédempteur au point qu’il ne puisse plus être reconnu ni trouvé par les hommes en quête du port du salut éternel  

Les ordinations épiscopales annoncées par la FSSPX posent des questions d’ordre canonique c’est-à-dire relatives aux lois qui régissent la société visible qu’est l’Eglise catholique fondée sur Pierre. Dans l’Eglise, les fidèles ont des droits et des devoirs. L’anarchie ne doit pas y régner.

Les responsables de la FSSPX nous expliquent qu’ils ne veulent pas ordonner des évêques ayant une juridiction (un pouvoir de gouvernement)Mais qui va donner une mission aux évêques qui seront peut-être ordonnés sans mandat pontifical le 1er juillet prochain ? La FSSPX ? Le supérieur général de la FSSPX ? Mais qui a donné un pouvoir de gouvernement à ces supérieurs ? N’ont-ils pas une hiérarchie parallèle et indépendante de celle de l’Eglise fondée sur le successeur de Pierre ? Qui enverra ces évêques en mission en vertu de quel pouvoir ? Mgr Valdrini, doyen de la Faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Paris disait : “ ce n’est pas le sacre d’un évêque qui créé le schisme (…) c’est le fait de conférer ensuite à ces évêques une mission apostolique. Car cette usurpation des pouvoirs du Souverain Pontife prouve qu’on constitue ainsi une église parallèle” (cité dans Fideliter, n° 83 septembre-octobre 1991 p 13). Nous voyons bien que l’argument de la FSSPX d’ordonner des évêques sans juridiction ne tient pas.

Malheureusement les supérieurs de la FSSPX annoncent qu’ils sont prêts à désobéirde facto et non en théorie, au pape (jusqu’à preuve du contraire) et enfreindre des lois de l’Eglise (en particulier des lois relatives au chapitre 3 de la Constitution Pastor aeternus de Vatican I) (cf. note 1). Cela s’appelle commettre un délit. 

Un délit est “la violation extérieure et moralement imputable d’une loi à laquelle est attachée une sanction canonique au moins indéterminée” mais souvent déterminée (ou précisée) par l’autorité ecclésiale dans son droit (cf. CIC 83 / canon 2195). 

Dans l’Eglise catholique, tous les péchés graves ne sont pas des délits, mais tous les délits sont des péchés graves. 

Un antécédent historique qui éclaire la problématique des ordinations du 1er juillet prochain 

A la suite des ordinations à Ecône le 30 juin 1988, Saint Jean-Paul a publié un texte qui garde toute sa valeur théologiqu

“En lui-même, cet acte a été une désobéissance au Souverain Pontife en une matière très grave et d’une importance capitale pour l’unité de l’Eglise, puisqu’il s’agit de l’ordination d’évêques par laquelle se perpétue sacramentellement la succession apostolique. C’est pourquoi une telle désobéissance, qui constitue en elle-même un véritable refus de la primauté de l’évêque de Rome, constitue un acte schismatique (Lettre apostolique Ecclesia Dei adflicta). 

Il ne s’agissait pas de dire que tous les disciples de Mgr Lefebvre étaient automatiquement excommuniés parce que schismatiques. Mais il s’agissait de qualifier la nature de l’acte posé et de préciser sa gravité objective.  

Je ne mets nullement en doute l’intention de Mgr Lefebvre en 1988 : le for interne relève du Seigneur. Mais il s’agit de voir les choses objectivement. 

Si Mgr Fellay et Mgr de Galarreta procèdent à des ordinations épiscopales sans mandat pontifical le 1er juillet prochain (et même contre la volonté explicite du pape) : ils feront un acte schismatique et ils seront excommuniés en même temps que les évêques qu’ils auront ordonnés validement mais illicitement. 

Le fait de ne vouloir ordonner que des évêques sans juridiction ne change rien à la loi de l’Eglise. La bonne intention ne changera rien non plus au délit et donc à la sanction (la FSSPX veut sacrer des évêques pour le salut des âmes dans un contexte, jugé unilatéralement et subjectivement, comme étant de grave nécessité) : la peine d’excommunication sera latae sententiae (cf. note 2) c’est-à-dire automatique. 

Canon 1314 “Ordinairement la peine est ferendæ sententiæ, de telle sorte qu’elle n’atteint pas le coupable tant qu’elle n’a pas été infligée ; mais elle est latæ sententiæ, si la loi ou le précepte l’établit expressément, de telle sorte qu’elle est encourue par le fait même de la commission du délit”. 

Peut-être que la peine d’excommunication sera aussi officiellement déclarée après les ordinations, comme elle le fut en 1988. 

Pour que la peine soit encourue et produise son effet, il faut que l’auteur du délit ait commis celui-ci matériellement, mais aussi volontairement, librement, en connaissance de cause et en sachant, avant de poser l’acte, qu’une telle sanction pénale automatique était attachée à ce délit (cf. CIC 83 / canons 1321 et 1323; cf note 3). Ce sera le cas objectivement. 

Un problème de cohérence 

Après les ordinations épiscopales de 1988 les membres de la FSSPX ont expliqué que Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer, et les quatre prêtres ordonnés évêques n’étaient pas excommuniés. Pourtant, par une lettre du 15 décembre 2008 adressée au cardinal Dario Castrillon Hoyos, Mgr Bernard Fellay sollicitait la levée de l’excommunication latae sententiae déclarée en 1988. Comment comprendre cette demande de la FSSPX ? N’était-ce pas un aveu a posteriori ? 

De facto, cette excommunication a été levée le 21 janvier 2009 sur mandat pontifical par le cardinal Ré, préfet de la congrégation pour les évêques. Ce décret précise que Mgr Fellay sollicitait de nouveau la levée de l’excommunication latae sententiae” (sic) : ce n’était donc pas la première demande de la part de la FSSPX qui considérait donc bien, de façon réitérée, que ses évêques étaient excommuniés.  

Est-ce que cette levée réglait toute la question canonique de la FSSPX ?  Non. Dans une note de la Secrétairerie d’Etat relative aux quatre évêques de la FSSPX du 4 février 2009, il était précisé : 

La levée de l’excommunication a libéré les quatre évêques d’une peine canonique très grave, mais n’a rien changé à la situation juridique de la Fraternité Saint-Pie X qui, à l’heure actuelle, ne jouit d’aucune reconnaissance canonique de la part de l’Église catholique. Les quatre évêques eux-mêmes, bien que déliés de l’excommunication, n’ont pas une fonction canonique dans l’Église et n’exercent pas un ministère licite en son sein”.  

Nous en sommes encore là aujourd’hui avant le 1er juillet prochain. 

Il faut, en outre, se rappeler que la quasi-totalité ou la totalité des prêtres de la FSSPX (ordonnés après 1976) sont susceptibles d’avoir encouru la suspense latae sententiae pour avoir reçu l’ordination illicite sans lettres dimissoriales d’un évêque ou d’un autre ordinaire légitime (cf. canon 1388). 

Oui vraiment, quel gâchis !

(1) : Mais qui va donner une mission aux évêques qui seront peut-être ordonnés sans mandat pontifical le 1er juillet prochain ? La FSSPX ? Le supérieur général de la FSSPX ? Mais qui a donné un pouvoir de gouvernement à ces supérieurs ? N’ont-ils pas une hiérarchie parallèle et indépendante de celle de l’Eglise fondée sur le successeur de Pierre ? Qui enverra ces évêques en mission en vertu de quel pouvoir ? Mgr Valdrini, doyen de la Faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Paris disait : “ ce n’est pas le sacre d’un évêque qui créé le schisme (…) c’est le fait de conférer ensuite à ces évêques une mission apostolique. Car cette usurpation des pouvoirs du Souverain Pontife prouve qu’on constitue ainsi une église parallèle” (cité dans Fideliter, n° 83 septembre-octobre 1991 p 13). Nous voyons bien que l’argument de la FSSPX d’ordonner des évêques sans juridiction ne tient pas.

(2) : Littéralement : “la sentence a déjà été portée” par l’autorité ecclésiale dans la promulgation de la loi. 

(3) : Considérations canoniques sur deux affaires médiatisées de censures ecclésiastiques : les évêques lefebvristes et l’avortement de Recife, Père Philippe Toxé op, L’année canonique, n°51, 2009, pages 195-218.

9e Marche pour la vie à Lyon

Quelques images de la manifestation d’hier dans le centre de la ville de Lyon, de la place Louis-Pradel pour rejoindre Palais de Justice des 24 colonnes en passant par les quais du Rhône et la place Bellecour :

Mauvaise foi républicaine ?

Chronique de Gérard Leclerc dans France catholique :

Le Journal du Dimanche du 5 avril publie une intéressante confrontation de notre ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, et de l’évêque de Nanterre, Mgr Matthieu Rougé, à propos de notre héritage civilisateur. Le premier vient de publier un essai intitulé Civilisation française, dont la thématique s’impose d’autant plus que nous sommes en butte à ce que le sociologue Norbert Elias appelait « des phénomènes de décivilisation », et donc de dissociation de ce qui permettait l’évolution harmonieuse de notre société.

Une rupture profonde

Forcément, au cours d’une telle discussion, se détache la question de la déchristianisation, de son ampleur, ainsi que des signes de réémergence qui attestent une continuité profonde : « La France est plus chrétienne qu’elle ne le sait », affirme Mgr Rougé.

Mais puisque la civilisation française se rapporte à une histoire qui n’est pas forcément linéaire, il n’est pas possible d’ignorer la Révolution de 1789 qui s’inscrit comme une rupture profonde. Jean-Michel Blanquer voudrait pourtant limiter son ampleur : « Je n’ai jamais opposé le christianisme et la République car j’ai trop conscience du caractère enchevêtré de ces deux histoires. » Et de se réclamer du juriste Maurice Hauriou, catholique et républicain « qui suppliait à 18 ans son évêque que l’Église reconnaisse la République ».

Il est vrai que l’ancien ministre donne à ce concept de République un contenu de générosité qui semble consonner avec l’esprit du christianisme. Mais n’est-ce pas au prix d’un sérieux oubli de la charge antichrétienne de la Révolution et de l’offensive d’une IIIe République acharnée dans son combat contre les Congrégations religieuses. De ce point de vue, son recours à Péguy apparaît d’autant plus paradoxal que le gérant des Cahiers de la quinzaine s’est opposé de toutes ses forces à ce qu’il appelait « la dictature combiste » et même à la loi de séparation de 1905 qu’il accusait d’être au service d’une métaphysique, dissimulée ou ouvertement exhibée.

Les hommes de la IIIe République avaient beau se prévaloir d’une liberté de conscience qu’ils opposaient aux contraintes dogmatiques, ils n’en étaient pas moins imprégnés des idéologies saint-simonienne et positiviste, quand ils n’étaient pas adeptes de cette contre-Église qu’était la franc-maçonnerie.

Un retour en arrière ?

Nous sommes très loin d’être sortis des querelles autour de la vraie nature de la Révolution française. François Furet s’était mis au travers de toute une historiographie classique, celle de l’université, en montrant la logique totalitaire d’un mouvement qui ne consistait pas seulement dans un changement institutionnel mais dans une régénération de l’espèce. On assiste aujourd’hui à un retour en arrière, notamment avec une extrême gauche qui n’hésite pas à se réclamer de Robespierre. Mgr Matthieu Rougé peut, dans le même sens, rappeler les propos de ce prédécesseur de Jean-Michel Blanquer, Vincent Peillon, qui allait jusqu’à écrire : « La Révolution française a échoué, car elle n’a pas réussi à éradiquer le catholicisme, religion intrinsèquement incompatible avec la liberté. » Même s’il y a quelque chose d’assez drôle dans cette affirmation si l’on songe au régime de Terreur imposé par la Révolution, elle a au moins le mérite d’imposer à nouveau un sérieux examen de notre héritage.

Valenciennes (59) : saccage de l’église Saint-Géry

L’église Saint-Géry de Valenciennes a été vandalisée ce dimanche 26 avril après-midi. Plusieurs éléments ont été endommagés, parmi lesquels une station du chemin de croix, une statue intitulée « Le Silence », des compositions florales, du mobilier ainsi que des cierges.

Alertés, les services de police sont rapidement intervenus sur place. Un homme a été interpellé et pris en charge par les forces de l’ordre.

Grâce à la mobilisation de plusieurs paroissiens, les lieux ont été réorganisés dans des délais rapides, permettant le maintien de la messe prévue de 18h30.

Déjà le 22 mars, trois jeunes s’étaient introduits dans l’église Saint-Géry, où ils avaient vidé un extincteur.

19ème année de la mission Rosa Mystica aux Philippines

Lettre aux amis de l’association Rosa Mystica :

Il y a un peu plus d’un mois, plus d’une quarantaine de volontaires se sont réunis aux Philippines pour la mission médicale annuelle Rosa Mystica.

Venus de plus de 10 pays différents (France, Suisse, Italie, Irlande, USA, Brésil, Belgique, Chine, Croatie, Australie, Philippines), ils ont aidé les populations les plus pauvres des Philippines. Comme les 3 dernières années, nous sommes allés dans la province de Sarangani, sur l’île de Mindanao, dans 6 villages différents.

Nous avons eu la chance de pouvoir compter sur la présence de 8 médecins aux spécialités variées : pédiatrie, médecine générale, rhumatologie, médecine d’urgence, ORL, psychiatrie. La présence d’un radiologue américain a permis de réaliser près de 200 échographies. Ce fut une aide immense pour exclure ou diagnostiquer un grand nombre de pathologies.

En 6 jours de travail, nous avons pu aider 2275 patients dont presque un millier d’adultes et plus de 500 enfants. Notre opticienne Alexandra a eu la joie d’être aidée par une ophtalmologue de Manille, la Dr Araneta et une nouvelle recrue opticienne Claire-Marie. Environ 290 patients ont pu donc « retrouver la vue » grâce à leur travail et aux lunettes récoltées en France.

Notre mission médicale prend tout son sens grâce au soin des âmes qui s’effectue en parallèle du soin de corps. Nos deux prêtres, Fr Tim Pfeiffer et Fr Yvon Fillebeen ont œuvré sans relâche pendant la semaine, distribuant des centaines de médailles miraculeuses et imposant tout autant de scapulaires. Aidés par les volontaires philippins de la légion de Marie, ils ont pu apporter un grand soutien spirituel à ces populations et aux volontaires.

La mission médicale 2026 aura été perturbée par le début de la guerre dans les pays du Golfe. Une volontaire est restée bloquée 4 jours à Dubai avant de rentrer saine et sauve chez elle. Grâce à Dieu, malgré des changements de vol de dernière minute, tout le monde a pu retrouver son pays, en sécurité.

 

Chrétienté-Solidarité au Liban

Chrétienté-Solidarité est au Liban depuis quelques jours, avec pour objectifs d’apporter un soutien aux villages chrétiens du sud, coordonner des actions avec les ONG Nawraj de Fouad Abou Nader et assurer le suivi des parrainages scolaires dans tout le pays.

Yann Baly fera des points réguliers de ce travail :

Vers l’euthanasie de la proposition de loi sur l’euthanasie en Angleterre ?

La proposition de loi sur l’euthanasie en Angleterre et au Pays de Galles a dû être abandonnée samedi matin au bout de 14 jours d’examen à la Chambre des lords, où avaient été déposés 1.200 amendements.

Mais ce n’est que partie remise. Le texte, adopté par les députés le 20 juin 2025, sera présenté de nouveau lors de la prochaine session parlementaire, qui débutera le 13 mai. Or si un projet de loi est adopté une deuxième fois en termes identiques par la Chambre des communes, la Chambre des lords ne peut s’opposer à son adoption. Il pourrait alors entrer en vigueur à la fin de cette deuxième session.

Kenya : « l’avortement n’est pas un droit fondamental garanti par la Constitution »

Lu sur le blog d’Yves Daoudal :

En 2019, au Kenya, un médecin avait provoqué un avortement chez une jeune fille de 16 ans qui alléguait des douleurs et des saignements. Le médecin et la jeune fille avaient été inculpés, conformément à la loi. En mars 2022, un tribunal avait annulé les inculpations et avait même qualifié l’accès à l’avortement de « droit fondamental ».

La cour d’appel de Malindi vient d’annuler ce jugement, rappelant que « l’avortement n’est pas un droit fondamental garanti par la Constitution » mais que, « au contraire, la Constitution l’interdit expressément », tout en prévoyant « des exceptions, dans des circonstances limitées, où il peut être autorisé ». De ce fait « les droits constitutionnels ne sauraient, en eux-mêmes, faire obstacle à une enquête appropriée, à l’inculpation et à la poursuite des infractions alléguées en cause ».

Arnaud Montebourg donne le tournis au quotidien Le Monde

En 2021, Le Monde aimait beaucoup la reconversion de Arnaud Montebourg qui défendait la France.

En 2026, Le Monde n’aime pas du tout la reconversion de Arnaud Montebourg qui défend la France, mais allié à Pierre-Edouard Stérin :

Arnaud Montebourg, associé à Pierre-Edouard Stérin, fâché avec la social-démocratie

L’ancien ministre de l’économie est proche depuis des années de l’entrepreneur radical, prêt à payer chèrement son entregent et son image de « souverainiste de gauche ». Sévère sur son ancienne famille politique, il se défend toutefois d’avoir basculé à l’extrême droite.

Où habite Arnaud Montebourg ? François Hollande s’est posé la question, quelques jours après le passage de son ex-ministre dans l’émission de Léa Salamé sur France 2, « Quelle époque ! » du 11 avril. Vague à l’âme, cet « orphelin » de la politique déplore que « la gauche [soit] passée à côté de la nation, de la frontière ». Et s’il la franchissait, la frontière, celle de l’extrême droite ? L’ancien président en a disserté avec le député de l’Eure Philippe Brun, l’un des derniers socialistes encore proches du Bourguignon.

Un autre homme a regardé l’émission avec attention : le nouveau conseiller spécial de Jordan Bardella, François Durvye. Un ami de Montebourg qui l’a longtemps imaginé comme un partenaire au sein d’une « alliance des souverainistes », sans succès jusqu’à présent. Dans la séquence du « Photocall », consistant à interroger des personnalités, Arnaud Montebourg interpelle Marine Le Pen en des termes presque bienveillants : « J’ai envie de lui demander le programme. »

Les prises de position d’Arnaud Montebourg, désormais présentateur d’une émission sur BFM-TV, soulèvent des questions à gauche autant qu’elles réjouissent ses « nouveaux amis de la droite » – l’expression est de lui. Depuis sa proposition, inspirée par Eric Zemmour, de bloquer les transferts d’argent privés vers les pays qui ne rapatrient pas leurs ressortissants en 2022, il a signé une tribune en avril 2024, appelant à un référendum sur l’Europe, aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan et du conseiller du Rassemblement national (RN) Jérôme Sainte-Marie.

Un événement dans le monde religieux ! Réédition des missels traditionnels des abbé Guilhaim et Sutyn

L’édition ou la réédition d’un missel est toujours un événement important. C’est le baromètre certain d’une ferveur, d’une vitalité de la pratique religieuse, de conversions et d’un rayonnement toujours plus important de l’apostolat.

Les éditions DFT nous offre très belle édition en plein cuir, (plusieurs coloris), tout en rééditant à l’identique, l’édition plus simple du Missel Rituel et Vespéral des abbés Guilhaim et Sutyn, avec tranchefile, trois signets, tranche dorée, coins ronds, titre or : missel selon le rite traditionnel (imprimatur 1957, liturgie 1962) ; le « Grand Missel Rituel et Vespéral » édité à l’origine par les Ets Proost à Turnhout en Belgique et composé par l’Abbé A. Guilhaim et H. Sutyn. La dernière édition, 2011, était totalement épuisée.

Ce Missel contient vraiment tout ce que l’on peut attendre d’un Missel quotidien complet :

– Ordinaire de la Messe en deux couleurs avec explications, le Propre du Temps (Temporal) et le Propre des Saints (Sanctoral) pour tous les jours de l’année liturgique, avec tous les textes liturgiques (Introït, Collecte, Épître, Graduel, Alléluia, Évangile, Offertoire, Secrète, Communion, Post-Communion) en latin et en français (bonnes traductions d’après la Vulgate et avec vouvoiement) et avec une notice assez complète pour chaque jour (y compris tous les jours de carême).

– Avec également : les grandes prières du chrétien (matin et soir, Actes…), Litanies et dévotions diverses, Chants pour les Saluts, Vêpres (avec le Propre du Temps : antiennes et hymnes), Complies, Chemin de Croix, Psautier (85 psaumes pour la pénitence, la communion, etc)… Les Matines et les Laudes de Noël, des morts et du Triduo de la Semaine Sainte (latin-français).

– Le rituel complet des Sacrements (avec les prescriptions de l’Église, 1962, concernant le jeûne et l’abstinence), communion des malades et prières des agonisants, les Bénédictions, 29 Messes votives et les Oraisons, un Kyriale en notes grégoriennes, l’Exorcisme intégral de Léon XIII latin-français, ainsi qu’un grand choix de prières traditionnelles indulgenciées…

– Propre de France, de Belgique et du Canada.

« Ce nouveau Missel, très complet et composé avec soin, met à la portée des fidèles les richesses d’instructions et de prières de la liturgie catholique. Nous souhaitons qu’il reçoive de tous le meilleur accueil. » Monseigneur Georges Gauthier, Archevêque Coadjuteur de Montréal +.

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/5930_abbes-guilhaim-sutyn

– Edition reliée plein cuir, 65 €, existe en noir, bordeaux ou vert. Nouveau.
– Edition reliée skyvertex, 55 €, existe en noir, bordeaux ou marron.

Découvrir le grand choix de missels traditionnels pour adultes et enfants :
https://www.livresenfamille.fr/113-missels-et-livres-liturgiques

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

“Permettre aux entreprises de créer, d’innover, d’investir et d’embaucher, en les libérant d’un carcan fiscal et normatif”

Après son déjeuner avec le Medef, Jordan Bardella précise au JDD les lignes de sa stratégie économique. On y retrouve les libertés économiques défendues par Jean-Marie Le Pen : défense du travail, liberté d’entreprendre et souveraineté :

[…] Nous avons identifié deux grands adversaires : les charges, et ce que j’appelle l’« impôt papier », c’est-à-dire l’inflation de normes qui pèse très lourdement sur le quotidien des entrepreneurs. C’était l’objet de ce déjeuner, qui s’est tenu dans un climat courtois, avec un diagnostic largement partagé, notamment sur la nécessité de relancer la production. J’ai exposé nos priorités, et j’ai également souhaité entendre celles que le Medef entend porter dans la campagne. Sur le chantier de la reconstruction du pays, je suis convaincu que nous avons tous un rôle à jouer. […]

Je l’ai dit : je ne suis pas de gauche, et je n’ai pas l’entreprise honteuse. Notre pays est riche de ses TPE-PME, de ses ETI bien souvent familiales, de ses grands groupes, mais aussi de son tissu d’artisans, de commerçants et d’industriels. Nous ne renouerons pas avec la puissance et la prospérité nationale sans des entreprises robustes, compétitives, capables de créer de la richesse. Je déplore que le rôle des entrepreneurs français dans le redressement du pays soit bien trop souvent minimisé. Le mur de la dette ne sera pas franchi uniquement par la baisse de la dépense publique – même si nous présenterons un plan rigoureux de redressement des finances publiques sur cinq ans. Il passe aussi par la relance de la production. Notre ambition est simple : permettre aux entreprises de créer, d’innover, d’investir et d’embaucher, en les libérant d’un carcan fiscal et normatif devenu insupportable. […]

Si vous deviez résumer votre doctrine économique en une phrase, quelle serait-elle ?

La liberté d’entreprendre, la souveraineté stratégique de la France et, par-dessus tout, la défense du travail qui paie. C’est d’ailleurs l’un de nos points de divergence majeurs avec la gauche, qui a érigé le droit à la paresse en quasi-vertu, considérant souvent l’entreprise comme une entité suspecte. Je ne partage absolument pas cette vision.

Mgr Joseph Brennan participe à une “ordination” anglicane

Mgr Joseph Brennan est évêque de Fresno en Californie depuis 2019. Il était auparavant évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Los Angeles en Californie de 2015 à 2019.

Dans cet extrait de 32 secondes d’une ordination anglicane, l’évêque catholique de Fresno, Mgr Joseph Brennan, à l’extrême gauche, participe en récitant la formule d’ordination et en étendant les mains.

 

L’encyclique Apostolicae Curae de 1896 du pape Léon XIII a déclaré les ordinations anglicanes absolument nulles et totalement invalides en raison de défauts à la fois dans la forme et dans l’intention. Ce jugement n’a jamais été renversé et s’applique pleinement à l’Église épiscopale. Un évêque catholique qui traite une telle cérémonie comme si elle conférait le sacrement des ordres sacrés sape publiquement cet enseignement solennel. Cela donne l’impression que des ordinations invalides sont d’une certaine manière équivalentes à celles transmises dans l’Église catholique par une succession apostolique ininterrompue.

Cette action entre également en conflit avec la loi de l’Église. Les Codes de droit canonique de 1917 et de 1983 interdisent la participation active aux rites des non-catholiques. La co-consécration n’est pas un geste de bonne volonté autorisé. Elle constitue une communicatio in sacris (communion dans les choses sacrées) sous sa forme la plus claire, quelque chose que l’Église a constamment restreint pour éviter la confusion et une fausse équivalence. Les directives œcuméniques permettent une présence limitée et passive dans certains cas, mais elles excluent explicitement tout ce qui pourrait impliquer une reconnaissance d’ordres que l’Église déclare nuls.

“Votre sécurité ne doit pas résider dans la fonction que vous occupez, mais dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus”

Extrait de l’homélie du pape ce matin, lors de la messe d’ordinations sacerdotales :

[…] Aujourd’hui, le besoin de sécurité rend les esprits agressifs, renferme les communautés sur elles-mêmes, pousse à chercher des ennemis et des boucs émissaires. La peur est souvent présente autour de nous et peut-être même en nous. Votre sécurité ne doit pas résider dans la fonction que vous occupez, mais dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus, dans l’histoire du salut à laquelle vous participez avec votre peuple. C’est un salut qui fait déjà beaucoup de bien accompli en silence, chez les personnes de bonne volonté, dans les paroisses et dans les milieux auxquels vous serez proches, comme des compagnons de route. Ce que vous annoncez et célébrez vous protégera, même dans les situations et les moments difficiles.

Les communautés où vous serez envoyés sont des lieux où le Ressuscité est déjà présent, où beaucoup l’ont déjà suivi de manière exemplaire. Vous reconnaîtrez ses plaies, vous distinguerez sa voix, vous trouverez ceux qui vous le montreront. Ce sont les communautés qui vous aideront, vous aussi, à devenir saints ! Et vous, aidez-les à marcher unies derrière Jésus, le Bon Pasteur, afin qu’elles soient des lieux – des jardins – ou la vie ressuscite et se communique. Souvent, il manque aux gens un lieu où découvrir qu’ensemble c’est mieux, qu’ensemble c’est beau, qu’il est possible de vivre ensemble. Faciliter la rencontre, aider à rapprocher ceux qui autrement ne se fréquenteraient jamais, rapprocher les opposés ne fait qu’un avec l’Eucharistie et la Réconciliation. Rassembler, c’est toujours et encore implanter l’Église.

Il y a une image significative dans l’Évangile par laquelle, à un certain moment, Jésus commence à parler de Lui-même. Il se décrit comme le « berger », mais ceux qui l’écoutent semblent ne pas comprendre. Il change alors de métaphore : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis » (Jn 10, 7). iIl y avait à Jérusalem une porte qui s’appelait justement ainsi : « la porte des brebis », près de la piscine de Bethzatha. C’est par là que les brebis et les agneaux entraient dans le temple, après avoir été plongés dans l’eau et avant d’être envoyés au sacrifice. On pense spontanément au Baptême. […]

“Être chrétien en politique ne signifie pas afficher ouvertement sa foi ; cela signifie plutôt laisser l’Évangile guider les décisions à prendre, même celles qui ne suscitent pas facilement l’adhésion”

Discours du pape Léon XIV aux membres du Parti populaire européen au Parlement européen, samedi 25 avril :

[…] À l’instar de Benoît XVI il y a vingt ans, j’apprécie moi aussi « la reconnaissance par votre Groupe de l’héritage chrétien de l’Europe » [1]. Le projet européen, né des cendres de la Seconde Guerre mondiale, est certes issu de la nécessité pratique d’empêcher qu’un tel conflit ne se reproduise. Cependant, il est tout autant imprégné d’une vision idéale : le désir de promouvoir une coopération qui surmonterait des siècles de division et permettrait aux peuples du continent de redécouvrir l’héritage humain, culturel et religieux qu’ils partagent. Les Pères fondateurs, inspirés par leur foi personnelle, considéraient les principes chrétiens comme un élément commun et unificateur susceptible de contribuer à mettre fin à l’esprit de vengeance et de conflit qui avait conduit à la Seconde Guerre mondiale.

Le pape François a forgé une expression belle et simple qui résume cette idée : « l’unité est plus forte que le conflit » [2]. En effet, la recherche de l’unité a le courage d’aller au-delà des apparences du conflit et de reconnaître la dignité profonde de chacun [3]. Ainsi, il devient possible de créer quelque chose de nouveau et de constructif, tandis que le conflit met en lumière les différences, encourage la quête et l’affirmation du pouvoir, et conduit finalement à la destruction.

La tâche première de toute action politique est de proposer une vision idéale, car la politique exige une vision large de l’avenir, sans craindre de faire des choix difficiles, voire impopulaires, lorsque cela s’avère nécessaire pour le bien commun. En ce sens, la politique est la « forme la plus élevée de charité » [4], car elle peut se consacrer pleinement à la construction du bien commun.

Cependant, poursuivre un idéal ne signifie pas glorifier une idéologie. En effet, l’idéologie résulte toujours d’une distorsion de la réalité et d’une forme de violence qui lui est infligée. Toute idéologie pervertit les idées et soumet les individus à son propre agenda, étouffant leurs véritables aspirations, leur désir de liberté, de bonheur et de bien-être personnel et social. L’Europe moderne elle-même est née de la prise de conscience de l’échec des projets idéologiques qui l’avaient détruite et divisée.

Comme l’a noté De Gasperi, poursuivre un idéal signifie placer la personne humaine au centre, « avec son esprit de fraternité évangélique, avec son respect pour la loi héritée de l’Antiquité, avec son appréciation de la beauté raffinée au fil des siècles et avec son engagement envers la vérité et la justice, aiguisé par des millénaires d’expérience ». [5]

C’est dans ce cadre que la politique peut encore se pratiquer aujourd’hui, et c’est là que l’activité politique doit être réintégrée. Votre parti s’appelle le Parti populaire européen. Le peuple est au cœur de votre engagement, et vous ne pouvez l’écarter. Il n’est pas un simple récepteur passif de propositions et de décisions politiques ; il est avant tout appelé à être un acteur à part entière, à partager la responsabilité de chaque action politique. Être présent auprès du peuple et l’associer au processus politique est le meilleur remède au populisme, qui ne recherche que l’approbation facile, et à l’élitisme, qui tend à agir sans consensus. Ces deux tendances sont très répandues dans le paysage politique actuel. Une politique authentiquement « populaire » exige du temps, des projets partagés et un amour de la vérité.

L’un des principaux problèmes de la politique ces dernières années a été le déclin constant de l’harmonie, de la coopération et de l’engagement mutuel entre le peuple et ses représentants. Il est nécessaire de recréer un véritable sentiment d’appartenance au peuple, impliquant un contact direct entre les citoyens et leurs représentants, afin de répondre efficacement à leurs problèmes concrets, dans une perspective idéale. On pourrait dire, métaphoriquement, qu’à l’ère du « triomphe numérique », une action politique véritablement orientée vers le bien commun requiert un retour à l’« analogique ».

C’est peut-être là le véritable remède à une politique souvent bruyante, faite de slogans et incapable de répondre aux besoins réels des citoyens. De plus, pour surmonter une certaine désaffection envers la politique, il est nécessaire de reconquérir le cœur des citoyens en allant à leur rencontre et en recréant un réseau de liens dans leurs quartiers, afin que chacun se sente partie intégrante d’une communauté et participe à son avenir.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour ceux qui fondent leurs actions sur des valeurs démocrates-chrétiennes ? Avant tout, cela signifie redécouvrir et embrasser l’héritage chrétien dont on est issu, tout en maintenant la distinction nécessaire entre le témoignage religieux prophétique – réservé à la communauté ecclésiale – et le témoignage chrétien exprimé par des choix politiques concrets. [6]  Être chrétien en politique ne signifie pas afficher ouvertement sa foi ; cela signifie plutôt laisser l’Évangile guider les décisions à prendre, même celles qui ne suscitent pas facilement l’adhésion. Cela signifie œuvrer à préserver le lien entre le droit naturel et le droit positif, et entre les racines chrétiennes et l’action politique.

Être chrétien et s’engager en politique exige une vision réaliste, ancrée dans les préoccupations concrètes des individus. Cette vision doit viser avant tout à promouvoir des conditions de travail dignes, propices à l’ingéniosité et à la créativité, face à un marché du travail de plus en plus déshumanisant et insatisfaisant. Elle doit permettre de surmonter la peur de fonder une famille, d’avoir des enfants, une peur particulièrement répandue en Europe. Elle doit également s’attaquer aux causes profondes des migrations, en prenant soin de ceux qui souffrent, tout en tenant compte des capacités réelles d’accueil et d’intégration des migrants. Elle implique aussi d’aborder, sans idéologie, les grands défis de notre époque, tels que la protection de la création et l’intelligence artificielle. Cette dernière recèle de formidables opportunités, mais aussi de nombreux dangers.

Être chrétien et s’engager en politique, c’est aussi investir dans la liberté – non pas une liberté banalisée réduite à de simples préférences personnelles, mais une liberté enracinée dans la vérité, qui garantit la liberté religieuse, la liberté de pensée et la liberté de conscience en tout lieu et en toute circonstance. Parallèlement, il faut éviter de favoriser un « court-circuit » des droits de l’homme [7] , car cela conduit inévitablement à la force et à l’oppression. […]

In memoriam 1796 – 230 ans de la capture et de l’exécution du Général Charette

Le 28 mars 2025, nous avons participé à la journée de « Commémoration de la capture et de l’exécution du général Charette » au Logis de la Chabotterie, organisée avec plusieurs associations vendéenne, et dédiée cette année particulièrement au souvenir de Louis XVII.

Les vidéos viennent d’être mises en ligne. Retrouvez la conférence de l’historienne Hélène Becquet, « Louis XVII, un règne brisé » :

Ainsi que la cérémonie à la Croix de Charette comprenant notre intervention :

Le bureau de l’Association du Jubilé de la Vendée

NDLR : Le lendemain, l’association organisait avec les Amis de la Chabotterie, dans les bois du même Logis, une très belle et émouvante cérémonie à la Croix de Charette, lieu où fut arrêté le Généralissime des Armées Catholiques et Royales, il y a 230 ans.

L’allocution prononcée au nom du Généralissime par Pascal Théry, secrétaire de l’association du Jubilé de la Vendée, avait alors été publiée en exclusivité sur Le Salon Beige : https://lesalonbeige.fr/il-y-a-230-ans-charette-pleurait-la-mort-de-louis-xvii/

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

La CEDH et le laïcisme

Le 26 avril, Terres de mission reçoit Nicolas Bauer, chercheur à l’ECLJ (Centre européen pour le droit et la justice), pour évoquer un certain nombre de dossiers récemment traités devant la Cour européenne des droits de l’homme au sujet des relations Eglises-Etats et de l’autonomie des organisations religieuses.

Puis Guillaume de Thieulloy propose de courtes présentations de quelques ouvrages:

  • “Saint Pierre Chanel” de l’abbé Le Bourgeois (Via Romana),
  • “Dieu Trinité avec Thomas d’Aquin” du P. Margelidon (St-Léger),
  • “Comment meurent les saints?” de Jacques Gauthier (Artège),
  • “L’Île-Bouchard” du P. Jean-Dominique (Chiré),
  • “Guérir avec saint Charbel” (LIFE),
  • “Eloge de l’altérité” de Marion Lucas (Artège)
  • “La vie en Christ” du P. de Blignières (DMM).

 

La vie chrétienne victorieuse

On peut voir la vie chrétienne comme une élévation progressive vers Dieu, semblable à une structure dont les bases sont distinctes mais convergentes. (Cf. La Tour Eiffel)

La sanctification est comme un pilier intérieur : elle parle du cœur mis à part pour Dieu, du travail discret mais essentiel de transformation. Sans elle, tout le reste manque de profondeur.

La Parole de Dieu est le fondement qui éclaire et dirige. Elle donne l’orientation, corrige les écarts, nourrit la foi et empêche l’édifice de pencher selon nos propres pensées.

Le service pour le Seigneur exprime extérieurement ce que Dieu fait intérieurement. Il donne une forme visible à la foi, non pour s’élever soi-même, mais pour être utile et porter du fruit.

Enfin, l’attente du Seigneur donne la direction vers le haut. Elle empêche de s’installer ici-bas, elle oriente toute la vie vers un accomplissement futur, vers la rencontre avec Christ.

Ces quatre aspects ne sont pas indépendants : ils se rejoignent et s’équilibrent. Une sanctification sans la Parole peut dériver, un service sans attente céleste devient terrestre, une attente sans service peut devenir passive. Mais réunis, ils s’élèvent ensemble, dans une harmonie qui dirige toute la vie vers Dieu.

Ainsi, comme des piliers convergents, ils ne s’opposent pas : ils portent ensemble une même espérance et orientent le croyant vers le ciel.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

10 minutes avec Jésus – Des réflexions pour t’aider à prier

10 minutes avec Jésus : L’oraison à portée de voix

Présentation:
Dans le tumulte d’un monde qui semble avoir perdu le sens du silence, et face aux sollicitations incessantes de nos écrans, une initiative spirituelle redonne du souffle à la vie intérieure : 10 minutes avec Jésus.
Ce projet, né de l’intuition d’une mère de famille et d’un prêtre soucieux de rendre la prière quotidienne accessible à tous, repose sur une promesse simple mais exigeante : consacrer chaque jour dix minutes à une conversation familière et profonde avec le Christ.

Une pédagogie de l’intimité divine
L’originalité de ce service réside dans son format. Loin des discours théoriques ou des conférences académiques, les méditations — portées par des voix de prêtres et de laïcs — s’apparentent à des confidences. Elles ne se contentent pas de commenter l’Évangile ; elles nous apprennent à regarder Jésus, à l’écouter et, surtout, à lui parler dans le concret de notre existence.
Que l’on soit dans les transports, à son bureau ou au calme dans un oratoire, ces dix minutes agissent comme un contre-poison au matérialisme ambiant. Elles rappellent que la vie chrétienne n’est pas une morale, mais une rencontre.

Un rayonnement international
Si l’aventure a commencé en Espagne sous le nom de 10 minutos con Jesús, elle a rapidement franchi les frontières pour s’incarner dans le monde francophone. Ce succès témoigne d’une soif immense chez les fidèles : celle de retrouver une vie d’oraison structurée mais souple, fidèle au Magistère et profondément ancrée dans la réalité.

Pourquoi s’y intéresser ?
Cet outil est une aide précieuse. Il permet de :
• Sanctifier le quotidien en plaçant Dieu au centre de la journée.
• Méditer les Écritures avec une exégèse simple et incarnée.
• Former son cœur à une piété filiale et joyeuse.
À une époque où la culture de l’éphémère nous fragmente, choisir de donner « 10 minutes » au Seigneur n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale pour tenir bon dans la Charité et la Vérité.

Pour aller plus loin : Les méditations sont disponibles gratuitement sur le site :
https://10minutesavecjesus.org/
ainsi que sur les principales plateformes de podcast et via l’application dédiée.

———————————————————————–

🥰 10 minutes avec Jésus
Des réflexions pour t’aider à prier
* Qui sommes-nous?
Nous sommes un groupe de prêtres et de laïcs, catholiques du monde entier, heureux de vous aider à grandir en amitié avec Jésus. Pour cela, nous diffusons tous les jours une méditation audio à travers des réseaux sociaux : 10 minutes de conversation avec Jésus.
Tu veux prier, apprendre à faire silence, prendre un moment pour écouter Jésus ?
Tu es au bon endroit 🤍
Avec 10 minutes par jour, prends une pause, recentre-toi et laisse une place à l’essentiel.
10 min avec Jésus, c’est ton rendez-vous quotidien pour nourrir ta foi, simplement.
📲 Télécharge l’application et commence dès aujourd’hui

10 minutes avec Jésus.
https://www.instagram.com/10minavecjesus/

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Troisième dimanche après Pâques : “votre coeur se réjouira, et personne ne vous ravira votre joie”

Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.

Introït : Jubiláte Deo, omnis terra

Les deux premiers versets du psaume 65 qui fournissent le texte de l’introït de ce dimanche sont une éclatante invitation  à louer Dieu.

Jubiláte Deo, omnis terra psalmum dícite nómini ejus, date glóriam láudi ejus.
Poussez des cris de joie pour Dieu, toute la terre, chantez un psaume à son nom, rendez glorieuse sa louange.

« La mélodie exprime bien cette hymne de louange à Dieu. Tout sonne clair, soit dans le quasi syllabisme du début, soit dans les belles courbes mélodieuses de la deuxième phrase. Et c’est pour finir le triple alléluia qui, après une descente au grave, se redresse soudain et jaillit comme une splendide acclamation ». (Dom Joseph Gajard)

C’est le verset suivant du psaume 65 qui est ensuite psalmodié.

Dícite Deo, quam terribília sunt ópera tua, Dómine ;
Dites à Dieu, Seigneur, que vos œuvres sont redoutables ;

In multitúdine virtútis tuæ mentiéntur tibi inimíci tui.
Devant l’étendue de votre puissance vos ennemis vous mentent.

 Précisons que ce mensonge est dû au fait que les ennemis du Seigneur seront obligés de le louer !

Alléluia 1 : Redemptiónem misit Dóminus 

Les dimanches du temps pascal ne comportent pas de graduel mais deux alléluias qui sont généralement très différents l’un de l’autre, le second étant en particulier beaucoup plus long que le premier. C’est le cas en ce IIIe dimanche après Pâques où le 1er alléluia est très court. Le texte du verset est tiré du psaume 110, Confitébor, psaume d’action de grâces que l’on chante aux vêpres du dimanche.

Redemptiónem misit Dóminus pópulo suo.
Le seigneur a envoyé la Rédemption à son peuple.

C’est le thème central du mystère pascal, et l’objet de notre reconnaissance qui sont ici résumés en ces quelques mots. La mélodie de l’alléluia est une mélodie type que nous avons déjà entendue plusieurs fois, notamment au temps de Noël, mais la mélodie du verset n’est pas ici celle qui va habituellement avec cet alléluia. Elle est originale et débute par un bel élan sur le mot Redemptiónem, puis s’apaise sur Dóminus en une cadence élargie pleine de révérence pour le nom du Seigneur, et elle reprend pour finir la mélodie de l’alléluia.

Alléluia 2 : Oportébat pati Christum

Oportébat pati Christum et resúrgere a mórtuis, et ita intráre in glóriam suam.
Il fallait que le Christ souffrît et ressuscitât des morts, et qu’ainsi il entrât dans sa gloire.

Vous aurez reconnu, j’en suis sûr, dans ce texte du second alléluia de cette messe du IIIe dimanche après Pâques, les paroles du Christ à ses compagnons d’Emmaüs lorsqu’il leur expliquait les Écritures. Nous les avons entendues en début d’émission dans l’antienne du Bénédictus de vendredi. Elles sont complétées par la mention de la résurrection, tirée des explications données par Notre Seigneur aux apôtres réunis au cénacle au soir de ce même jour.

Reprenons pour la mélodie de cet alléluia, les commentaires de Dom Gajard :

« Exemple typique d’un alléluia où l’on chercherait vainement la joie. Aussi est-ce bien une méditation sur la Passion du Christ considérée comme la rançon obligée de sa gloire.

Aucun mode n’était plus indiqué que le 4e, le mode extatique par excellence. Impossible d’entendre sans être impressionné monter cette vocalise serrée, lourde, alourdie encore par les répétitions.

Le verset reprend à peu près les mêmes thèmes avec, pour mettre l’idée en valeur, la descente au grave de resúrgere et la double insistance à l’aigu sur les mots essentiels : et ita, in glóriam ».

Offertoire : Láuda ánima mea Dóminum

L’offertoire du IIIe dimanche après Pâques est encore un chant d’action de grâces dont le texte est formé des premiers versets du psaume 145, cantique de louange au Seigneur pour sa bonté et sa toute-puissance.

Láuda ánima mea Dóminum ;
Mon âme loue le Seigneur ;

Laudábo Dóminum in vita mea,
Je louerai le Seigneur toute ma vie,

 Psallam Deo meo quámdiu ero.
Je chanterai un psaume à mon Dieu tant que je vivrai.

Mais ici la mélodie n’est pas éclatante et enthousiaste comme dans l’introït. Elle possède le caractère de méditation intérieure et contemplative commun à la grande majorité des chants d’offertoire.

Communion : Módicum et non vidébitis me

Achevons les chants du propre de ce IIIe dimanche après Pâques avec l’antienne de communion.

Módicum et non vidébitis me ;
Un peu de temps et vous ne me verrez plus !

ĺterum módicum et vidébitis me, quia vado ad Patrem
Puis encore un peu de temps et vous me reverrez, car je vais vers mon Père.

Ces paroles, rapportées par saint Jean, ont été prononcées par N.S. après la Cène.

Il prédisait là sa mort et sa glorieuse Résurrection, mais aussi son retour, à la fin des temps pour son triomphe complet et définitif.

La mélodie, en ce temps pascal, s’oppose à la gravité du discours de la Cène et est légère et pleine d’allégresse, à peine voilée par l’évocation de la Paternité divine qui évoque la séparation.

Le président polonais a apporté son soutien à la Marche nationale de la vie à Varsovie

Dimanche 19 avril, la Marche nationale pour la vie, l’une des plus grandes manifestations pro-vie d’Europe, a défilé dans les rues de Varsovie. Le président polonais a pris part à l’événement.

Au moment où la tête du cortège est arrivée devant le palais présidentiel, le président Karol Nawrocki est sorti à la rencontre des participants. Il a souligné que la Marche nationale pour la vie était « une belle initiative qui montre comment le bien peut vaincre le mal ».

« Je soutiens les initiatives qui servent la Pologne, et cette initiative sert sans aucun doute la Pologne. Elle est également une réponse à la grave crise démographique. Aujourd’hui, la réponse à de nombreux problèmes polonais réside précisément dans les familles polonaises, dans notre identité, dans le fait que nous nous souvenions d’où nous venons et où nous allons », a déclaré le président.

Le président a également exprimé son soutien à la Marche nationale pour la vie dans un message publié sur la plateforme  X  :

« Des milliers de personnes, au cœur de Varsovie, montrent à quel point la vie est importante pour la Pologne, à quel point la famille est importante pour la Pologne – et c’est l’expression même de cela. C’est pourquoi le président de la Pologne ne peut manquer à l’appel aujourd’hui. Je remercie les organisateurs et les merveilleuses familles polonaises »

Sur le site officiel du président polonais, on peut notamment lire :

«Dimanche, le président Karol Nawrocki s’est joint à la Marche nationale pour la vie, qui se déroulait cette année sous le slogan « Foi et fidélité 966–2026 ». Cette marche est une initiative nationale visant à défendre la vie, la famille et les valeurs chrétiennes.

Pendant la marche, le président était accompagné de son aumônier, le père Jarosław Wąsowicz. »

La Marche nationale pour la vie est organisée en Pologne par la Fondation Saint-Benoît. Depuis des années, cette fondation entretient des relations étroites avec les monastères bénédictins français de Fontgombault et de Triors, et son chapitre participe chaque année au pèlerinage Paris – Chartres.

111 ans du génocide arménien : une mémoire toujours à vif

De Raphaëlle Auclert, docteur en études russes et enseignante-chercheuse à l’ICES, pour le Salon beige:

« Dans toute la noirceur de cette guerre, cela restera gravé dans nos mémoires comme le comble de la noirceur. Il n’existe rien d’équivalent à cette destruction planifiée et silencieuse d’une race. » Par ces mots, l’ambassadeur américain à Istanbul, Henry Morgenthau (1856-1946), évoquait à la fin 1916 le vertige qui le saisit face à la barbarie du génocide qui emporta la vie d’un million et demi d’Arméniens. Des rassemblements se sont tenus hier à Paris, Cannes, Lyon, Marseille, Bordeaux et d’autres grandes villes pour rendre hommage aux victimes. Et aujourd’hui, la cathédrale Notre-Dame de Paris accueillera une divine liturgie en rite arménien. Au-delà du destin tragique d’un peuple, c’est bien sûr la dimension religieuse de ces massacres qui nous interpelle, où les Arméniens rejoignent la trop longue cohorte des Chrétiens persécutés à travers les âges. Et n’oublions pas que l’Arménie, qui fit du christianisme sa religion d’État en 301, fut le premier État chrétien de l’humanité. A ce titre et au nom des liens historiques et spirituels qui nous unissent, les Chrétiens de France se doivent d’être aujourd’hui aux côtés de leurs frères arméniens.

«Un génocide sans fin »

La nuit du 24 au 25 avril 1915 vit l’arrestation d’environ 300 membres de l’élite arménienne dans les grandes villes de l’empire ottoman; puis ce furent les déportations systématiques mises en place par l’administration ottomane : 306 convois et un million de personnes arrachées à leurs terres ancestrales. « La race arménienne en Asie mineure a été de fait anéantie », déplorait encore Hans Morgenthau. Malheureusement, cette politique d’extermination a commencé bien avant et a continué bien après 1915. Un constat résumé par l’effroyable formule de « génocide sans fin » de l’historien Vincent Duclert.[i]

En effet, avec l’émergence de l’État-nation turc sur les ruines de l’empire ottoman, les Arméniens étaient devenus des cibles pour le sultan Abdul Hamid II avec les massacres perpétrés entre 1894 et 1896, puis ceux d’Adana en 1909. « Les prétentions des diverses nationalités nous ennuient souverainement, les aspirations ethniques (…) nous horripilent, il faut que les unes et les autres disparaissent, menaçait en 1913 le docteur Nâzim Bey, idéologue du parti des Jeunes Turcs. » Avant de conclure, hélas prophétiquement : « il ne doit y avoir sur notre sol qu’une seule nation, la nation ottomane. » Et, de fait, il ne restait après la guerre que 200 000 Arméniens dans l’ensemble de l’empire ottoman, contre deux millions en 1914. Les atrocités ont continué durant les années 1918 et 1922, avec l’élimination des rescapés arméniens et grecs de Turquie.

Plus récemment, c’est la même logique impitoyable qui se poursuit. On se souvient des massacres d’Arméniens par l’Azerbaïdjan entre 1988 et 1990 et du déplacement forcé des 120 000 Arméniens du Haut-Karabakh après les violences de 2020 et 2023.

Du génocide au mémoricide

De surcroît, le massacre physique se double d’un effacement des mémoires. Bien que la loi du 29 janvier 2001 constitue une reconnaissance officielle par la république française du génocide arménien, celle-ci reste silencieuse quant au coupable. Du reste, Ankara comme Bakou persistent à nier l’existence même du génocide. Un tel négationnisme porte en lui le risque que l’histoire ne se répète.

Et c’est bien le cas, puisque le président azéri tente par tous les moyens d’imposer un récit qui nie la présence arménienne millénaire dans le Haut-Karabakh. Il va même jusqu’à en effacer toute trace culturelle, avec la destruction méticuleuse, comme en Turquie, des édifices religieux.

Un pont de prières entre Notre Dame de Paris et Sainte-Mère de Dieu

Cruelle ironie de l’histoire, la même semaine des commémorations de l’assassinat de tout un peuple, des images satellites ont révélé la destruction de l’église Sainte-Mère-de-Dieu qui dominait Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh passée sous le joug de Bakou en 2023. Début avril déjà, l’église Saint-Jacques de cette même ville avait été rasée.

Face à un tel déchaînement de haine contre l’Église arménienne, on peut s’étonner de la complaisance des autorités actuelles. En effet, le Premier ministre s’est rendu en février dernier à Abou Dhabi pour recevoir, conjointement avec son homologue azéri, le prix Zayed pour la fraternité humaine récompensant l’accord de paix signé en août 2025. Erevan s’apprête même à faire adopter, à la demande très insistante d’Aliyev, une nouvelle Constitution supprimant la mention à toute revendication sur le Haut-Karabakh. On peut s’interroger aussi sur les pressions dont font l’objet les autorités religieuses à l’intérieur du pays.

Dans ce contexte très incertain, l’union de prières entre les Catholiques et la communauté arménienne de France est crucial, à l’image de celles qui s’élèveront aujourd’hui de Notre-Dame de Paris vers les pauvres gravats de Sainte-Mère de Dieu à Stepanakert. Le vaillant combat des Arméniens pour la Foi, la Liberté et l’Avenir est aussi le nôtre.

[i] Vincent Duclert, Arménie : un génocide sans fin et le monde qui s’éteint, Les Belles Lettres, 2023.

L’algorithme apaise. La grâce réveille. Face à l’IA, le combat spirituel de notre liberté

On agite souvent le spectre d’une révolte des machines : un futur où l’intelligence artificielle prendrait le pouvoir par la force. Ce scénario nous fascine, car il nous donne le beau rôle — celui du résistant.

Mais il nous détourne de l’essentiel.

Le véritable danger est plus discret, plus doux, plus intime. Ce que l’IA risque de transformer, ce n’est pas seulement notre monde extérieur, mais notre vie intérieure.

Car l’IA ne nous contraint pas : elle nous facilite tout.

Elle anticipe nos besoins, suggère nos choix, simplifie nos décisions. Tout devient fluide, rapide, confortable.
Et c’est précisément là que se joue le basculement.

Dans un monde sans effort, nous risquons de perdre ce qui nous construit : la résistance du réel. Cette “porte étroite” dont parle l’Évangile — ce passage exigeant, mais vivant.

À force d’être assistés, nous ne choisissons plus vraiment : nous acquiesçons. Nos goûts sont devinés, nos hésitations absorbées, nos chemins déjà tracés.

Rien ne nous est imposé.
Mais tout est déjà orienté.

Peu à peu, une fatigue s’installe : fatigue de décider, fatigue d’exister.

Les anciens appelaient cela l’« acédie » — une lassitude de l’âme, un affaiblissement du désir de vivre pleinement. Aujourd’hui, elle prend une forme nouvelle : une acédie confortable, presque invisible.

Une vie trop facile devient une vie automatique.

Or vivre, ce n’est pas optimiser.

C’est hésiter.
C’est se tromper.
C’est recommencer.

Nous confondons souvent intelligence et performance. Mais comprendre, ce n’est pas seulement analyser : c’est aussi rencontrer, s’exposer, aimer.

Une machine peut produire des textes, des images, des réponses impressionnantes. Mais elle ne vit rien de ce qu’elle génère. Elle ne connaît ni l’effort, ni l’échec, ni l’espérance.

Créer, ce n’est pas assembler.
C’est traverser un doute, affronter un silence, chercher une forme qui n’existe pas encore.

Sans cette épreuve, il reste quelque chose… mais il manque l’essentiel.

Le même risque touche nos choix.

Quand tout est calculé pour nous proposer “le meilleur”, on oublie que décider, c’est répondre. Répondre à une situation, à une responsabilité — et, pour beaucoup, à un appel plus grand que soi.

La liberté n’est pas l’absence de contrainte.
C’est la capacité de s’engager.

Alors non, il ne s’agit pas de rejeter l’intelligence artificielle.

Mais de rester vigilants.

De ne pas lui confier ce qui nous appartient : notre attention, notre jugement, notre vie intérieure.

Cela suppose parfois de ralentir.
De choisir sans recommandation.
D’accepter de perdre du temps.
De garder des espaces de silence.

Car c’est souvent là, dans ce silence, que quelque chose de plus grand peut se faire entendre.

L’intelligence artificielle révèle en creux ce qui fait notre dignité : la capacité de désirer, de choisir et d’aimer, sans garantie de réussite.

Une vie entièrement prévisible serait sans doute plus confortable.

Mais serait-elle encore vivante ?

Le danger n’est pas que les machines pensent à notre place.

Le danger est que, séduits par la facilité, nous renoncions peu à peu à vivre pleinement — à choisir, à aimer, à répondre à ce qui nous appelle.

Illustration Automat (1927) d’Edward Hopper

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Objectif : 4000 pots de confitures pour aider les sœurs de l’abbaye ND des Gardes à racheter deux nouvelles marmites

Résumé de l’opération en cours

Installées au cœur de l’Anjou depuis 1818, les sœurs trappistines de l’abbaye ND des Gardes vivent au rythme de la règle de saint Benoît : prière et travail.

Depuis 1960, pour subvenir à leurs besoins, les moniales fabriquent d’exceptionnelles confitures « à l’ancienne » : fruits macérés dans le sucre de canne 24h avant la cuisson, sans aucun ajout de gélifiant ou pectine, et cuisson lente au chaudron.

Leur artisanat a d’ailleurs été salué au Concours Général Agricole de Paris à plusieurs reprises, notamment en 2026 pour leur confiture d’oranges amères qui a reçu la médaille d’argent !

Mais les deux marmites de leur confiturerie, en service depuis 1994, sont à bout de souffle… Et après une réparation de fortune faite en urgence l’année dernière, il faut désormais les remplacer pour permettre aux sœurs de continuer leur production sereinement !

Objectif minimum : vendre 4000 pots de confiture d’ici le 3 mai !

Pour participer à l’opération, vous pouvez :

Une soeur de ND des Gardes montrant fièrement les pots de confiture © Abbaye ND des Gardes

En savoir plus sur l’abbaye Notre-Dame des Gardes

Tout commence au Moyen Âge, lorsqu’une chapelle est érigée sur le puy des Gardes, dans le Maine-et-Loire. Au XVIIe siècle, des augustins s’installent près d’elle et constituent une communauté, mais ils sont chassés par la Révolution, laissant derrière eux des ruines…

Il faudra attendre 1818 pour que la vie monastique renaisse sur la colline. Dom Augustin de Lestrange déplace dix religieuses depuis Forges, dans l’Orne, jusqu’à Saint-Georges-des-Gardes, où elles s’installent dans les ruines du couvent de chanoines augustins, près d’un ancien pèlerinage marial. Les vocations affluent alors rapidement : la communauté grandit très vite, à tel point qu’au XIXe siècle on compte une centaine de sœurs.

Mais l’histoire est mouvementée : en 1904, la communauté est chassée et se réfugie en Angleterre, à Marnhull. Heureusement, un bienfaiteur rachète les biens et les terrains de l’abbaye, et en 1906, la communauté peut enfin revenir. De retour, les sœurs s’attellent à de nombreux projets, notamment celui de terminer la construction du sanctuaire marial, dont elles sont toujours gardiennes aujourd’hui.

Abbaye ND des Gardes vue du ciel © Abbaye ND des Gardes

Et aujourd’hui  ?

Fidèles à la règle de saint Benoît, les 26 sœurs consacrent leurs journées à la prière et au travail manuel, dont la confection de leurs célèbres confitures à l’ancienne, maintes fois récompensées au Concours Général Agricole, avec trois médailles d’or à la clé.

D’ailleurs, pour cette opération, voici les confitures que les soeurs proposent :

  • oranges (médaille d’or 2020)
  • oranges amères (médaille d’or 2022, médaille d’argent 2023,2024,2026)
  • cerises griottes (médaille d’or 2020)
  • citron vert (médaille de bronze 2022)
  • framboise
  • figue
  • banane / fraise
  • mûre
  • châtaigne
  • pomme / orange / noix
  • myrtille

Avis aux amateurs de (très) bonnes confitures !

Sœurs de l’abbaye ND des Gardes tenant leur médaille d’or obtenue pour la confiture d’orange © Abbaye ND des Gardes

Inde : une marche pour la vie pour dénoncer les 15 millions d’avortements

En Inde, où près de 15,6 millions d’avortements sont pratiqués chaque année, sœur Paulina Melite alerte sur une crise à la fois sociale, culturelle et spirituelle. À la tête du réseau pro-vie national, elle plaide pour une mobilisation renforcée face à l’évolution du cadre légal et au manque de sensibilisation dans le pays. Entre action pastorale, engagement public et initiatives interreligieuses, elle appelle à une prise de conscience immédiate pour défendre la dignité de toute vie humaine.

Sœur Paulina Melite, 46 ans, est active depuis 2016 dans la pastorale pro-vie en Inde. En 2024, cette membre des Sœurs Missionnaires de Marie Immaculée a été nommée à la tête de l’organisation Indian Catholics United for Life, un réseau national d’organisations pro-vie reconnu par la Conférence épiscopale indienne. Elle a débuté son ministère en 2016 en tant qu’animatrice diocésaine du mouvement dans le diocèse syro-malabar de Kalyan, dans l’ouest de l’Inde.

Par la suite, elle a occupé le poste de secrétaire nationale du Service international du Renouveau charismatique catholique, basé à New Delhi. Sœur Paulina a joué un rôle central dans l’organisation de la première marche nationale pour la vie en Inde en 2021, un événement devenu annuel depuis. Dans cette interview, elle revient sur son travail, les lois indiennes relatives à l’avortement, ses préoccupations pastorales et ses espoirs pour l’avenir.

Pourquoi avez-vous rejoint la lutte contre l’avortement en Inde ?

Sœur Paulina Melite : C’est en travaillant avec le mouvement pro-vie du diocèse de Kalyan que j’ai pris conscience des besoins des enfants à naître et de leurs mères en Inde. Pour moi, ce ministère est un appel de Dieu en ce moment. Depuis 2016, je travaille aux niveaux diocésain et national pour sensibiliser l’opinion publique, développer le mouvement pro-vie et unifier les efforts catholiques pour sauver les enfants à naître.

Quelle est la prévalence de l’avortement en Inde ?

La première estimation nationale du nombre d’avortements en Inde date de 2015 et a révélé qu’environ 15,6 millions d’avortements ont lieu chaque année dans le pays. Autrement dit, un enfant est avorté toutes les deux secondes en Inde. Ce sont les chiffres officiels. De nombreux autres avortements ont lieu et ne figurent pas dans les statistiques officielles. Nous sommes préoccupés par l’augmentation des grossesses chez les adolescentes dans le pays. Le manque d’informations sur l’avortement est une autre source d’inquiétude.

Quel est le statut légal de l’avortement en Inde ?

L’avortement a été légalisé en 1971 par la loi sur l’interruption médicale de grossesse. Initialement, cette loi autorisait l’avortement jusqu’à 12 semaines sous certaines conditions ; ce délai a ensuite été porté à 20 semaines. En 2021, la loi a été modifiée afin de fixer la limite maximale de l’avortement à 24 semaines – applicable lorsque la grossesse présente un risque pour la vie de la mère, en cas d’anomalies fœtales, de viol ou d’échec de la contraception pour certaines catégories de femmes.

Au-delà de 24 semaines, une femme devait s’adresser aux tribunaux pour obtenir une autorisation. Cependant, début 2026, la Cour suprême a autorisé l’avortement jusqu’à 30 semaines dans un cas particulier, une décision qui pourrait avoir des implications juridiques et sociétales importantes.

Quelles sont vos inquiétudes concernant cette décision de la Cour suprême ?

Je suis profondément déçue. De telles décisions non seulement affaiblissent la protection de l’enfant à naître, mais affectent également le respect culturel de la vie humaine. Une telle mesure entraînerait une forte augmentation du nombre d’avortements en Inde.

Comment comptez-vous contrer cela ?

Nous ne pouvons rester silencieux et nous devons nous exprimer avec plus de force contre l’avortement. Nous avons lancé une pétition demandant au gouvernement de reconnaître le droit fondamental à la vie de l’enfant à naître. Nous avons remis les signatures au cabinet du Premier ministre et au ministère fédéral de la Santé et du Bien-être familial. Loin de nous décourager, ces événements nous rendent plus forts. Nous avons reçu un soutien accru de la part des évêques, des prêtres et des responsables laïcs qui souhaitent une réponse catholique unifiée face à cette grave situation.

Veuillez expliquer votre ministère pro-vie. Quelle est sa pertinence aujourd’hui ?

Notre mouvement pro-vie repose sur la conviction que toute vie humaine est sacrée, de la conception à la mort naturelle. Nous menons des programmes de sensibilisation pro-vie auprès des diocèses, des paroisses, des universités, des écoles et de divers groupes. Ces programmes abordent l’avortement, la contraception, la fécondation in vitro, l’euthanasie, la morale sexuelle et la culture de vie.

Nous organisons également des retraites pro-vie, des expositions de sensibilisation et d’autres programmes. Nous avons animé des sessions dans plus de 40 diocèses en Inde, où nous avons abordé avec des couples, des jeunes, des adolescents, des enfants et des familles les thèmes de l’avortement et de ses conséquences sur les femmes, de la morale sexuelle et de la culture de mort.

Ce ministère est essentiel aujourd’hui car beaucoup de gens ignorent la gravité de l’avortement dans notre pays. Même au sein de la communauté catholique, le mouvement pro-vie est souvent mal compris et perçu comme un simple encouragement à avoir plus d’enfants. Pour nous, il ne s’agit pas seulement d’une campagne sociale, mais d’un combat spirituel. Nous prions, en particulier devant les centres d’avortement et les cliniques de FIV (fécondation in vitro). C’est pour nous une guerre pour les âmes et les vies affectées par la culture de mort moderne.

Je dis souvent que nous sommes comme David face à Goliath. Le défi est immense – lois, politiques, silence culturel, stigmatisation –, mais nous persévérons avec foi. Pour reprendre les mots de saint Jean-Paul II dans Evangelium Vitae, nous sommes appelés à témoigner de la dignité inviolable de chaque être humain et à combattre ce qu’il décrivait comme la « culture de mort » qui imprègne notre société.

Quels sont vos principaux défis ?

Le principal obstacle est le financement. Il est difficile d’obtenir des fonds car les bénéficiaires de ce ministère sont des enfants à naître. De nombreux donateurs privilégient les causes aux résultats visibles et immédiats. Un autre défi réside dans le manque de sensibilisation, même au sein des communautés ecclésiales. De nombreux catholiques affirment avoir rarement entendu parler de l’avortement dans les homélies ou les programmes paroissiaux.

Il existe également un silence culturel plus général. Des sujets tels que l’avortement, la contraception et la FIV sont souvent évités en famille et dans les débats publics. Nous avons besoin d’une défense juridique pour les enfants à naître. Je prévois de créer un forum d’avocats chrétiens afin d’assurer cette défense et d’impliquer plus systématiquement les décideurs politiques.

L’Inde est un pays multiconfessionnel. Les autres communautés sont-elles tout aussi préoccupées par l’avortement ?

Oui, c’est le cas. L’avortement n’est pas une préoccupation exclusivement catholique. Par exemple, des initiatives pro-vie ont également vu le jour au sein de la communauté jaïn de Mumbai. Des représentants de différentes confessions soutiennent des actions en faveur de la vie. Cela montre que l’avortement est fondamentalement une question humaine, et non seulement religieuse.

Pourquoi avez-vous lancé la marche nationale pour la vie ?

L’Inde ne disposait pas d’une plateforme visible et unifiée permettant à la population de se rassembler pour défendre la vie des enfants à naître. Différents groupes agissaient de manière isolée. Nous avons pris conscience de la nécessité de faire entendre aux législateurs et à la société le cri silencieux des enfants à naître. Ainsi, en 2021, cinquante ans après l’adoption de la loi sur l’avortement en Inde, nous avons organisé la première marche pour la vie à New Delhi, qui a rassemblé environ 250 participants. Depuis, nous organisons cette marche chaque année dans différentes villes.

Nous organisons la marche le 10 août, date anniversaire de la promulgation de la loi indienne sur l’avortement, comme une affirmation symbolique de notre engagement en faveur de la vie. Le diocèse local accueille cette marche, organisée en grande partie grâce à la collaboration des évêques, du clergé, des religieux et des bénévoles laïcs. Les préparatifs de la marche de 2026 à Chennai (capitale du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde) sont déjà en cours, avec un comité d’organisation de 180 membres. Nous attendons 100 000 participants.

Quelle a été la réaction du public à la marche ?

La mobilisation ne cesse de croître, notamment auprès des jeunes et du grand public. Les jeunes participent à la planification, à la mobilisation et même à la création de slogans et de banderoles. Dans le même temps, le mouvement a suscité des critiques, notamment des critiques en ligne provenant d’un portail féministe. Nous accueillons toutefois favorablement toute attention, qu’elle soit positive ou critique, car cela signifie que le problème est pris en compte.

Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir pour l’avenir ?

Je suis optimiste car les jeunes s’engagent de plus en plus. Ils comprennent nos discours sur la dignité de la vie humaine et y répondent avec conviction. La Conférence des évêques catholiques d’Inde nous a permis d’aborder ce sujet lors de sa dernière assemblée plénière biennale. La collaboration entre les diocèses se développe. La participation des laïcs et le soutien interreligieux sont également en hausse.

Notre source d’inspiration est Mère Teresa. Dans son discours de réception du prix Nobel de la paix en 1979, elle a déclaré :

« Le plus grand destructeur de la paix aujourd’hui est l’avortement. »

Si l’Amérique a pu remettre en question les lois sur l’avortement après tant d’années, nous pouvons nous aussi œuvrer pour le changement. L’Inde est connue comme le pays de l’ahimsa (non-violence). Si nous croyons véritablement en la non-violence, elle doit commencer dès le ventre de la mère.

« Qui déchire la tunique du Christ ? » – Entretien avec le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X

Source : https://fsspx.news/fr/news/qui-dechire-la-tunique-du-christ-entretien-avec-le-superieur-general-la-fraternite-saint-pie-x

« La rupture ne provient pas de la Fraternité Saint-Pie X,
mais de la divergence flagrante des enseignements officiels
avec la Tradition et le Magistère constant de l’Église. »

1. FSSPX.Actualités : Monsieur le Supérieur général, votre annonce de prochains sacres épiscopaux, le 2 février dernier, a suscité une série de réactions particulièrement vives. Que pensez-vous de cela ?

Don Davide Pagliarani : Cela est compréhensible, car on touche à une question très sensible dans la vie de l’Église. De plus, les motifs de cette décision sont objectivement graves : ce qui est en jeu – le bien des âmes – est une question capitale. Le débat que cette annonce a déclenché connaît donc logiquement une grande ampleur : au fond, personne n’est resté indifférent. C’est objectivement positif et, providentiellement, je pense que cela correspond à un besoin très actuel.
En effet, ces dernières années, la sphère conservatrice et traditionaliste – au sens large du terme – a parfois donné l’impression de se réduire à un milieu de commentateurs, où s’expriment analyses, attentes et frustrations, souvent légitimes, mais qui peinent à se traduire en prises de position réalistes et conséquentes. Parmi eux, certains attendent encore une réponse du Saint-Siège aux dubia formulés il y a dix ans par quatre cardinaux – dont deux sont aujourd’hui décédés – au sujet d’Amoris lætitia, ou bien la publication éventuelle d’un nouveau motu proprio sur la messe tridentine.
Dans ce contexte, la décision des sacres interpelle. Ce n’est pas une énième déclaration : c’est un geste significatif qui oblige à réfléchir, à saisir la gravité réelle des problèmes actuels, et à prendre concrètement position. Rien n’est plus urgent aujourd’hui. Sans l’avoir recherché, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X se trouve être l’instrument d’une secousse salutaire – secousse dont seule la Providence est, en définitive, l’artisan. Providentiellement, il lui est donné de contribuer à quelque chose dont l’Église a certainement besoin aujourd’hui plus que jamais, pour son bien et pour sa régénération.

2. Pourquoi considérez-vous qu’une telle secousse soit aujourd’hui particulièrement nécessaire ?

Lorsque l’on parle et que l’on discute sans relâche, souvent de manière frustrante, de problèmes extrêmement graves qui touchent à la foi, les thèmes mêmes qui font l’objet du débat ou du dialogue finissent, à long terme, par être perçus comme discutables, dans le respect systématique des idées d’autrui et des différentes sensibilités. Peu à peu, tout se relativise.
De fait, le fléau du pluralisme doctrinal, auquel l’homme moderne est naturellement enclin, finit par contaminer même les âmes les plus saines : on glisse graduellement dans l’indifférentisme ; une anesthésie lente et inexorable fait perdre le sens du réel ; on s’installe dans une zone de confort, on s’attache à des équilibres et à des privilèges qu’on ne veut surtout pas compromettre ; le zèle et l’esprit de sacrifice s’amenuisent. En un mot, le danger est de s’habituer à la crise et de la vivre comme une situation normale. Tout cela se produit progressivement, sans que l’on s’en rende compte. Ceux qui ont une responsabilité envers les âmes ont le devoir d’analyser en profondeur ces mécanismes, et d’essayer de les bloquer avant qu’ils ne deviennent irréversibles.
Or, ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas une opinion, ni une sensibilité, ni une option préférentielle, ni une nuance particulière dans l’interprétation d’un texte : ce sont la foi et la morale qu’un catholique doit connaître, professer et pratiquer pour sauver son âme et aller au Paradis.
En d’autres termes, face à l’Éternité et au danger de perdre le Ciel, les bavardages, les dissertations et le dialogue doivent céder la place à la réalité.

3. Quelle est cette réalité dont vous parlez, et que le geste de la Fraternité peut éclairer ?

Cette réalité, c’est qu’aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de réaffirmer, de proclamer et de professer les droits du Christ-Roi sur les âmes et sur les nations : il faut avoir le courage de prêcher que l’Église catholique est la seule arche de salut pour chaque homme, sans distinction ; il faut croire en la Rédemption, aux sacrements, à la destruction du péché ; il faut rappeler à l’humanité que l’Église a été établie pour arracher les âmes à l’erreur, au monde, à Satan et à l’enfer.
Il faut arrêter de faire croire à ceux qui vivent habituellement dans le péché, à ceux qui se vantent même de leur vice contre-nature, que Dieu pardonne tout, toujours et en toutes circonstances, sans véritable conversion, sans contrition, sans pénitence, sans l’exigence d’un changement radical ; il faut avoir la simplicité de reconnaître que la participation d’un pape à un rituel en l’honneur de la Pachamama, dans les jardins du Vatican, est une folie et un scandale inqualifiable ; enfin et surtout, il faut cesser de tromper les âmes et l’humanité en leur faisant croire que toutes les religions adorent le même Dieu sous des noms différents. En un mot : il faut arrêter de demander pardon au monde pour avoir essayé de le convertir, de le christianiser, et pour avoir condamné l’erreur pendant des siècles.
Dans ce contexte tragique, quelqu’un doit pouvoir dire : « Ça suffit ! » Non seulement en paroles, mais surtout par des gestes concrets.

Si, dans la confusion présente, la Providence fournit à la Fraternité Saint-Pie X les moyens de proclamer clairement les droits éternels de Notre-Seigneur, ce serait de notre part un péché très grave de nous soustraire à cette obligation que la foi et la charité nous imposent. Telles sont les prémisses qui permettent de comprendre pourquoi la Fraternité Saint-Pie X existe, et pourquoi elle procède aujourd’hui à des sacres épiscopaux.
Sans ces prémisses, la décision de la Fraternité, comme son discours lui-même, seraient vides de sens. Si l’on ne reconnaît pas que ce qui est en jeu, c’est la foi elle-même, alors inévitablement, l’actualité de la Fraternité Saint-Pie X ne peut être perçue que comme un problème de discipline, de rébellion ou de désobéissance. C’est la méprise que commettent, malheureusement, ceux qui affirment que la Fraternité Saint-Pie X ne consacre des évêques que pour garder sa propre autonomie.
Or, il ne s’agit pas de cela. Les prochaines consécrations sont un acte de fidélité qui vise à garder les moyens pour sauver son âme et celles des autres. La recherche d’une autonomie égoïste n’est pas la même chose que la sauvegarde d’une liberté indispensable pour professer la foi et la transmettre aux âmes.

4. Parmi les personnalités qui se sont prononcées contre les sacres du 1er juillet, on compte des cardinaux conservateurs très critiques à l’égard du pape François, tels le cardinal Gerhard Ludwig Müller ou le cardinal Robert Sarah. Comment expliquez-vous leur attitude ?

Il faut tout d’abord reconnaître qu’un conservateur critique à l’égard du pape François pourrait éprouver une certaine crainte d’être assimilé à la Fraternité Saint-Pie X et diabolisé avec elle. Il peut en découler le besoin de manifester clairement qu’il n’a rien à voir avec nous.
Cependant, au-delà de cet aspect, ces cardinaux ou évêques souffrent d’un malaise plus profond, typiquement moderne : celui de ne pas parvenir à concilier les exigences de la foi avec celles du droit canonique. La foi exige que l’on fasse tout son possible pour la professer, la préserver et la transmettre ; en même temps, si l’on interprète le droit à la lettre, en faisant abstraction des circonstances actuelles, une consécration d’évêques sans l’aval du pape paraît impossible. Alors que faire ? Ces cardinaux, comme d’autres, vivent dans une sorte de dichotomie permanente qui risque d’anéantir leurs bonnes intentions : ils placent ces deux exigences l’une à côté de l’autre, à la manière cartésienne, et se trouvent comme écrasés ou submergés par la contradiction apparente.

La Fraternité Saint-Pie X, elle, considère que ces deux postulats ne doivent pas être simplement juxtaposés mais hiérarchisés, l’un étant subordonné à l’autre. En effet, dans l’Église, la pureté et la profession de la foi précèdent toute autre considération, car les autres éléments qui composent la vie de l’Église dépendent tous de la foi elle-même : le Magistère existe pour enseigner la foi, et non pour l’inventer ; le droit existe pour la préserver, et garantir les conditions nécessaires pour la vie chrétienne qui doit en découler (1). Cette priorité découle du fait que Notre-Seigneur lui-même, en s’incarnant, manifeste au monde, avant tout, la Vérité éternelle ; et qu’en tant que Législateur, il indique dans l’Évangile les moyens de connaître cette même Vérité et de lui rester fidèle. Il existe une priorité logique entre le premier et le second élément.
En conséquence, la Providence divine n’a pas établi l’Église comme un ensemble parlementaire de ministères juxtaposés et indépendants les uns des autres. Au contraire, elle a établi une hiérarchie de priorités dans le but spécifique et premier de préserver le dépôt de la foi, de confirmer les fidèles dans cette foi, et d’organiser tout le reste en fonction de cette exigence prioritaire et fondamentale. Le droit, en particulier, sert à cela et non à entraver ou à condamner ceux qui veulent rester catholiques, c’est-à-dire ceux qui veulent vivre de la foi.

5. Pourquoi considérez-vous cette attitude comme typiquement moderne ?

L’homme moderne a du mal à organiser de manière harmonieuse les différents éléments de la réalité dans laquelle il vit, et du savoir qui les analyse. Pour employer un langage quelque peu technique, l’homme moderne tend à classer de manière nominaliste les éléments de la réalité qui l’entoure : il appose sur chacun d’eux des étiquettes superficielles, sans faire l’effort d’aller au fond des problèmes, et donc sans pouvoir les saisir dans toute leur complexité, leurs implications ou leur interdépendance.
Ainsi, dans le cas qui nous occupe, l’application de la loi est complètement dissociée de la réalité que la loi elle-même est censée protéger. C’est précisément de cette dissociation entre la loi et la réalité que naissent les approches idéologiques, typiquement modernes, tant dans le domaine religieux que civil. Cette attitude a deux conséquences distinctes et complémentaires.
Chez ceux qui souffrent de cette dichotomie et sont confrontés à ce dilemme, comme cela peut être le cas dans les milieux conservateurs, elle conduit au fatalisme et au découragement, car on se sent piégé, paralysé, incapable d’agir de manière adéquate et conforme aux exigences objectives de la Vérité et du Bien. Celui qui vit constamment dans cette contradiction existentielle finit par en être victime, et par confondre le fatalisme avec la confiance en la Divine Providence.
Ensuite, chez ceux qui détiennent l’autorité, cela risque de conduire à un aveuglement irréversible et à la dureté du cœur, conséquences inévitables de l’approche idéologique : « la loi, c’est la loi », indépendamment des circonstances, des exigences concrètes ou des bonnes intentions.
C’est pour cette raison que Notre-Seigneur condamne cette attitude en des termes très forts : « Alors Jésus dit : “C’est pour un jugement que je suis venu dans ce monde, afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles.” Quelques pharisiens, qui étaient avec lui, l’entendirent et lui dirent : “Est-ce que nous sommes aveugles, nous aussi ?” Jésus leur dit : “Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais maintenant vous dites : ‘Nous voyons.’ C’est pour cela que votre péché demeure.” » (Jn 9, 39-41)

6. Pensez-vous que l’enseignement de l’Évangile puisse, d’une certaine manière, éclairer la situation présente ?

Notre-Seigneur est l’exemple parfait de l’obéissance à la loi de Moïse : avec la très sainte Vierge Marie, il accomplit à la lettre toutes les prescriptions légales, dès les premiers jours de son existence. Et il en maintient l’observance rigoureuse jusqu’au dernier jour de sa vie : lors de la dernière Cène, Jésus suit à la lettre le rituel juif de l’époque.
Néanmoins, Notre-Seigneur accomplit des miracles même le jour du sabbat, provoquant la réaction légaliste et aveugle des pharisiens. Jésus, Législateur plus grand que Moïse lui-même, est le premier à respecter la loi, et le premier à reconnaître l’existence d’un bien supérieur qui peut dispenser de l’observance de la lettre de la loi. Ses paroles, comme toujours, valent mieux que mille traités :
« Et il arriva que Jésus entra, un jour de sabbat, dans la maison d’un des principaux pharisiens pour y manger du pain ; et ceux-ci l’observaient. Et voici qu’un homme hydropique était devant lui. Et Jésus, prenant la parole, dit aux docteurs de la loi et aux pharisiens : “Est-il permis de guérir le jour du sabbat ?” Mais ils gardèrent le silence. Alors lui, prenant cet homme par la main, le guérit et le renvoya. Puis, s’adressant à eux, il dit : “Qui de vous, si son âne ou son bœuf tombe dans un puits, ne l’en retirera pas aussitôt, le jour du sabbat ?” Et ils ne pouvaient rien répondre à cela. » (Lc 14, 1-6)
Ces paroles divines ne nécessitent aucun commentaire. La Fraternité Saint-Pie X les fait siennes sans réserve. Nous devons, nous aussi, faire tout notre possible pour sortir les âmes du puits, même si nous vivons un sabbat interminable. Notre-Seigneur n’était ni légaliste, ni nominaliste, ni cartésien : il était le Bon Pasteur.

7. Ces derniers mois, en dehors de la Fraternité, des voix se sont fait entendre pour la soutenir. Mgr Athanasius Schneider, notamment, a pris la parole à plusieurs reprises à propos des sacres. Comment expliquez-vous sa détermination ?

J’avoue que ce soutien à la Fraternité m’a profondément touché. Plusieurs prêtres diocésains nous ont témoigné leur reconnaissance et leurs encouragements, et plusieurs évêques également. Je tiens à les remercier tous.
Ne pouvant tous les nommer ici, je voudrais remercier à un titre particulier Mgr Strickland, pour son message plein de force, de clarté et de courage. Et bien sûr Mgr Schneider : cet évêque a fait preuve d’un grand courage et d’une liberté de parole qui montrent que l’on a affaire à un homme de Dieu, désintéressé, réellement préoccupé par le bien des âmes. Je crois que son soutien, et tout ce qu’il a pu dire au cours de ces derniers mois, va passer à l’histoire. Je suis persuadé que cela n’est pas important seulement pour la Fraternité, mais plus encore pour tous les évêques du monde. C’est un signe objectif d’espérance : sa parole montre que la Providence peut en tout temps susciter des voix qui disent la vérité avec courage et fermeté, sans craindre d’éventuelles conséquences personnelles.
Avant lui, Mgr Huonder, entré dans l’éternité il y a deux ans, nous encourageait déjà positivement à procéder à des sacres. Lui et Mgr Schneider avaient tous deux été chargés par le Vatican du dialogue avec la Fraternité : à la différence d’autres interlocuteurs, ils ont su écouter et comprendre.

8. Espérez-vous toujours voir le pape avant les sacres ?

Bien sûr, cela correspond à mon désir le plus sincère. Je suis toutefois étonné que de la part du Saint-Père, il n’y ait eu jusqu’ici aucune réponse ni réaction personnelle.
Avant de déclarer peut-être schismatique une société qui compte plus de mille membres, et qui constitue un point de référence pour des centaines de milliers de fidèles à travers le monde, il pourrait être souhaitable de connaître personnellement ceux qui doivent être jugés. La sanction envisagée ne touche pas seulement une institution – qui, d’ailleurs, n’existe pas aux yeux du Saint-Siège –, elle touche des personnes, et des personnes profondément attachées au pape et à l’Église.
J’avoue avoir de la peine à comprendre ce silence, alors même qu’on nous rappelle souvent la nécessité d’écouter le cri des pauvres, celui des périphéries, et même celui de la Terre…

9. Vous aviez pu rencontrer le pape François. Quel souvenir gardez-vous de lui ?

Le programme que le pape François a imposé à l’Église universelle est suffisamment connu et a été largement commenté par la Fraternité Saint-Pie X. Je crois que, malheureusement, le mot « désastre » est le plus approprié pour résumer l’héritage qu’il a laissé.
Malgré cela, le pape François a su reconnaître, à sa manière, le bien que la Fraternité Saint-Pie X fait aux âmes. De ce constat est née à notre égard une attitude apparemment équivoque, une forme de tolérance qui a surpris les observateurs les plus superficiels, et qui a parfois irrité profondément les milieux conservateurs.
De nombreux choix du pape François ont suscité une véritable tristesse dans de larges secteurs de l’Église, mais il serait injuste de l’accuser d’avoir été une personne rigide et schématique dans l’appréciation des personnes qu’il avait en face de lui, ou dans l’application du droit. Son attitude l’a souvent illustré. C’est sans doute un détail, mais lorsque j’ai demandé à le rencontrer au Vatican, j’ai obtenu une audience avec lui dans les vingt-quatre heures, et il s’est montré particulièrement affable.

10. Ces dernières années, au nom d’une tolérance érigée en principe, le Vatican a fait preuve d’une large ouverture face à certaines situations complexes. Pensez-vous que la Fraternité Saint-Pie X puisse en bénéficier ?

L’application de toute loi, bonne ou mauvaise, dépend en définitive de la volonté du législateur. C’est à lui qu’il revient de déterminer la manière dont il entend traiter la Fraternité Saint-Pie X.
Cela dit, l’ouverture dont le Vatican a fait preuve ne peut être souhaitée pour elle-même, car elle va jusqu’à justifier l’absurde, bénissant des couples qui pratiquent le vice contre-nature, ou s’engageant solennellement à ne pas convertir les adeptes d’autres religions, pour ne donner que deux exemples. Nous sommes confrontés à une dictature idéologique et totalitaire de la tolérance.
Or, la Tradition de l’Église, que la Fraternité Saint-Pie X s’efforce d’incarner, représente en elle-même une condamnation de ces dérives, insupportable à ceux qui promeuvent une telle tolérance. Si l’on analyse bien la situation, les sanctions, passées ou futures, qui visent la Fraternité Saint-Pie X, ne s’opposent pas tant à un acte de désobéissance, qu’à la condamnation vivante qu’elle constitue à l’égard de la ligne ecclésiale actuelle.
Le rôle que la Providence semble réserver à la Fraternité Saint-Pie X est celui, singulier, d’être un signe de contradiction : ce qui signifie, concrètement, une épine dans le pied des réformateurs. Et la particularité de cette épine est que, plus on cherche à s’en débarrasser, plus elle s’enfonce : ce n’est pas elle qui détermine cet effet thérapeutique, mais les deux mille ans de Tradition qu’elle incarne et représente.
La Fraternité Saint-Pie X peut être sanctionnée, la messe tridentine interdite… mais ces deux mille ans ne pourront jamais être supprimés. Telle est la véritable raison pour laquelle, malgré les condamnations passées, la Fraternité n’a jamais cessé d’être une voix qui interpelle l’Église ; et voilà aussi pourquoi il n’est pas si simple d’être tolérant avec elle.
Un jour viendra où un pape décidera de retirer cette épine de son pied : il pourra alors l’utiliser comme un instrument docile pour contribuer – tel est notre souhait le plus profond – à tout restaurer en Notre Seigneur Jésus-Christ.

11. On entend dire que les prochains sacres pourraient créer un schisme. Pourtant certains, au sein de l’Église, considèrent que la Fraternité Saint-Pie X est déjà schismatique. Comment expliquer cette contradiction ?

La contradiction est réelle et met en évidence une jurisprudence que l’on pourrait qualifier de « fluide » de la part du Vatican. Essayons d’y voir plus clair.
Canoniquement parlant, après avoir été déclarée schismatique en 1988, la Fraternité Saint-Pie X n’a jamais été libérée de cette censure : en 2009, le pape Benoît XVI a levé les excommunications qui pesaient sur ses évêques, mais sans revenir sur la déclaration de schisme antérieure. Dans le même temps, la Fraternité Saint-Pie X n’a pas modifié ses positions doctrinales et a conservé exactement la même justification des consécrations épiscopales, passées ou futures. En d’autres termes, cohérente avec le fait de considérer nulles les censures qui l’ont frappée, elle ne s’est jamais rétractée.
Pour ces raisons, les canonistes « rigoureux » la considèrent toujours comme schismatique. C’est en ce sens qu’il faut comprendre les déclarations explicites du cardinal Raymond Burke, ancien préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, ou de Mgr Camille Perl, ancien secrétaire de la Commission Ecclesia Dei – supprimée en 2019. C’est dans cette même perspective qu’il faut comprendre aussi la manière dont furent traités les prêtres qui quittaient la Fraternité Saint-Pie X pour intégrer les structures officielles : on levait pour eux l’excommunication pour schisme et la suspense, et on leur demandait de se confesser pour être également absous au for interne.

Contre cette interprétation s’érige la figure du cardinal Dario Castrillón Hoyos (2), beaucoup plus souple, et surtout celle du pape François, qui n’a jamais traité la Fraternité Saint-Pie X comme schismatique et qui nous a explicitement dit qu’il ne la condamnerait jamais. En fait, on pourrait également inclure dans cette liste le cardinal Fernández et le pape Léon XIV eux-mêmes : en effet, s’ils cherchent actuellement à éviter un schisme, cela signifie qu’ils ne nous considèrent pas comme déjà schismatiques. Il en va de même pour les cardinaux et évêques qui essayent actuellement de décourager les sacres pour éviter un schisme.
Mais alors, à ce stade, une double question se pose : d’abord, si telle est leur crainte, on ne comprend pas quand, comment ni pourquoi nous aurions cessé d’être schismatiques à leurs yeux. D’autre part, si le Saint-Siège lui-même, dans la pratique, ne considère pas comme valide la déclaration de schisme de 1988, quelle valeur pourrait avoir une nouvelle déclaration de schisme, prononcée pour des raisons et dans des circonstances tout à fait équivalentes ?
Ce qui est certain, c’est qu’en 1988, le Vatican prévoyait que la Fraternité Saint-Pie X, après avoir été déclarée schismatique, se dissoudrait en l’espace de quelques années. Or, non seulement celle-ci ne s’est pas dissoute, mais elle n’a cessé de croître. Et surtout, malgré une déclaration de schisme manifestement injuste, elle n’a jamais cessé d’être une œuvre d’Église et d’œuvrer pour l’Église : cette réalité s’impose avec une telle force que, malgré la condamnation de 1988, le Saint-Siège lui-même a fini par le reconnaître dans la pratique.
Une possible cause de ces incohérences canoniques réside dans le concept « fluide » et moderniste de « non-pleine communion », selon lequel un même sujet peut être considéré à la fois comme catholique et non catholique, membre et non membre de l’Église. Évidemment, si quelqu’un est « partiellement » fils de l’Église, la loi de l’Église ne pourra s’appliquer à lui que de manière également partielle, selon des appréciations et des critères arbitraires et variables…
Cela montre comment une erreur ecclésiologique conduit inévitablement à des erreurs juridiques, ou en tout cas, à des jugements confus, incohérents et « fluides ».

12. Pour étayer l’accusation de schisme, on affirme qu’un sacre épiscopal impliquerait toujours, en tout état de cause, la transmission au nouvel évêque du pouvoir de juridiction, avec pour conséquence inévitable, en l’absence de consentement du pape, la création d’une hiérarchie parallèle – et donc d’une Église parallèle. La Fraternité Saint-Pie X a déjà répondu à cette objection(3). Comme il s’agit d’un point extrêmement sensible, souhaiteriez-vous ajouter quelques considérations ?

Ce point est tout à fait central. En fait, l’accusation repose sur un postulat moderniste. Je pense qu’il est intéressant d’essayer de comprendre pourquoi l’ecclésiologie du Concile Vatican II enseigne qu’un nouvel évêque reçoit toujours, en toute circonstance, avec le pouvoir d’ordre, celui de juridiction.
Rappelons brièvement que le pouvoir d’ordre consiste dans la capacité d’administrer les sacrements, tandis que la juridiction désigne le pouvoir de gouverner, cum Petro et sub Petro, une partie du troupeau, habituellement un diocèse. Dans la théologie classique, confirmée par le droit canonique traditionnel et surtout par la pratique constante de l’Église – nous pouvons dire : selon la Tradition – le pouvoir de gouverner est conféré à l’évêque directement par le pape, indépendamment de la consécration. C’est pourquoi il peut exister des évêques régulièrement consacrés à qui n’est confiée aucune juridiction propre, comme les évêques auxiliaires ou ceux chargés de missions diplomatiques spécifiques.

À l’époque du Concile, cette vision était considérée comme trop traditionnelle, trop médiévale, trop romaine : l’intervention directe et exclusive du Vicaire du Christ dans l’attribution de la juridiction réduisait les évêques mandatés à de simples délégués ou représentants du pape. À l’inverse, l’idée que chaque évêque reçoive immédiatement de Dieu, dans son sacre, une juridiction universelle, permettait d’en faire, d’une certaine manière, un égal du pape, réduisant la place du Vicaire du Christ à celle d’un simple président de collège, « premier parmi ses pairs ». Ce postulat nouveau étayait ainsi, tout simplement, la théorie moderniste de la collégialité (4), fondement de la démocratisation de l’Église.
Par ailleurs, autre conséquence, cette redéfinition allait dans le sens d’un plus grand œcuménisme. En effet, pour pouvoir reconnaître une certaine « ecclésialité » aux communautés schismatiques orientales (c’est-à-dire à celles qui sont véritablement schismatiques) et les considérer comme des « Églises sœurs », établissant ainsi une base solide pour le dialogue œcuménique, il fallait valoriser leur succession apostolique au point de leur reconnaître une juridiction réelle sur leurs fidèles – malgré leur complète séparation de Rome et du pape. Leur qualité d’« Église » découlerait donc du fait d’avoir des évêques qui soient non seulement validement consacrés, mais également dotés d’une réelle autorité sur les âmes qui dérive de cette consécration elle-même, indépendamment de toute intervention du pape. Ce biais permettait de concevoir plus facilement, dans ces communautés, l’existence d’une véritable hiérarchie ecclésiastique, au sens plein du terme. Sans cette manipulation ecclésiologique préalable, il aurait été impossible de leur reconnaître une véritable « ecclésialité ».

C’est à cette même perspective œcuménique que se rattache une autre manipulation ecclésiologique,le concept élastique de « communion non-pleine », évoqué à la question précédente : concrètement, toutes les « Églises » chrétiennes feraient partie d’une « super-Église » – l’Église du Christ, plus vaste que l’Église catholique –, et entretiendraient avec celle-ci une communion plus ou moins complète, selon les lacunes de leur doctrine. Ce concept, lui aussi moderniste, a pour but de valoriser une soi-disant unité naissante avec les autres « Églises ». Mais il est trompeur. En effet, soit on est en communion avec l’Église catholique à tous égards, soit on en est séparé : il n’existe pas de position intermédiaire. Paradoxalement, cette notion conçue comme un instrument au service du dialogue œcuménique, destiné à justifier un cheminement commun entre des « Églises » qui se reconnaissent comme « sœurs », est aussi utilisée vis-à-vis de la Fraternité Saint-Pie X, qui la considère absurde.
Ce qui est particulièrement regrettable dans le reproche adressé à la Fraternité, c’est que cette accusation spécifique de schisme ou de « non-pleine communion », qui repose sur des postulats modernistes, collégiaux et œcuméniques, soit non seulement formulée par le Vatican, mais aussi par certains responsables des milieux et instituts dits « Ecclesia Dei »(5). Paradoxalement, ils attaquent la Fraternité Saint-Pie X en citant et en défendant les erreurs ecclésiologiques du Concile Vatican II… Au lieu de mettre ces erreurs en évidence de manière constructive – comme théoriquement ils pourraient le faire –, ils les utilisent pour lapider la Fraternité Saint-Pie X. Ce sont toutefois des pierres en caoutchouc.

13. En ce qui concerne la juridiction et l’autorité dans l’Église, comment la Fraternité Saint-Pie X analyse-t-elle la possibilité de nommer des religieuses ou des laïcs à des postes de responsabilité ?

La question est tout à fait pertinente, surtout si l’on considère qu’actuellement, un dicastère romain, celui chargé des instituts de vie consacrée, au lieu d’avoir un cardinal et un évêque respectivement comme préfet et secrétaire, est confié à deux religieuses.
Je ne veux pas faire preuve d’ironie, car cela serait désobligeant. Je me contenterai de souligner que le Vatican, à sa manière, prouve qu’il est encore parfaitement capable de faire la différence entre le pouvoir d’ordre et l’attribution du pouvoir de juridiction : en effet, à ma connaissance, Sœur Simona Brambilla, l’actuelle préfète, n’a jamais été ordonnée diacre, ni prêtre, ni évêque ; elle n’a même pas reçu la tonsure cléricale… Il en va de même pour la Sœur secrétaire.

14. En dehors de la Fraternité Saint-Pie X, beaucoup reconnaissent aujourd’hui avec sincérité qu’il existe une crise au sein de l’Église, notamment dans le domaine de la foi. Cependant, certains reprochent à la Fraternité Saint-Pie X de s’isoler dans sa propre ligne de conduite, sans tenir suffisamment compte de l’existence d’autres diagnostics. Cette critique vous paraît-elle fondée ?

Je pense que la Fraternité Saint-Pie X met, sur ce point précis, le doigt sur la plaie. Nous sommes nombreux à convenir qu’il existe une crise dans l’Église et que cette crise touche la foi : la Fraternité Saint-Pie X en prend acte et le confirme.
Mais on ne peut se limiter à déplorer des effets sans remonter à leurs véritables causes : il faut avoir le courage d’aller plus loin et de reconnaître que cette crise trouve son origine dans des enseignements officiels, souvent ambigus et parfois clairement en rupture avec la Tradition. Concrètement, il faut réaliser que la crise actuelle a ceci de spécifique qu’elle touche la hiérarchie de l’Église dans l’enseignement qu’elle propose.
Or, dans une telle situation, on ne peut pas ne pas dire ce qui est : les erreurs doivent être clairement reconnues et dénoncées par ceux qui sont en mesure de le faire. Il ne suffit pas de faire semblant de ne pas les voir ou d’espérer qu’elles disparaissent avec le temps. Des textes comme Amoris lætitia ou Fiducia supplicans, par exemple, ont provoqué des tollés assez importants ; puis tout s’est calmé, on est passé à autre chose, et plus grand monde n’en parle. Mais les décisions et les erreurs qu’elles contiennent restent en vigueur : on ne les corrige pas en espérant qu’elles soient oubliées.
La Fraternité Saint-Pie X existe pour le rappeler, aux fidèles comme à la hiérarchie. Elle considère que c’est là son devoir, non pas dans un esprit de défi ou de désobéissance, mais comme un service rendu à l’Église. En ce sens, il n’est pas juste de dire qu’elle s’isole : elle parle devant toute l’Église et s’adresse à tous les catholiques perplexes, sans distinction.
Pour qui aborde ces questions sans préjugé idéologique, une constatation s’impose : la rupture ne provient pas de la Fraternité Saint-Pie X, mais de la divergence flagrante des enseignements officiels avec la Tradition et le Magistère constant de l’Église.

15. Comment l’enseignement officiel de l’Église pourrait-il contenir des erreurs ?

La question est extrêmement délicate et complexe, et seule l’Église pourra un jour fournir une explication satisfaisante et définitive sur ce qui s’est passé et se passe encore aujourd’hui. Ce qui est certain, c’est qu’une erreur ne peut être enseignée par le Magistère de l’Église proprement dit. Or, les faits sont là : nous sommes confrontés, hélas, à l’enseignement de certaines erreurs graves. Mais qu’il s’agisse alors des textes d’un Concile qui s’est voulu non-dogmatique, ou bien de simples exhortations pastorales, homélies ou déclarations de circonstance – voire de dialogues avec le monde, de discours improvisés dans l’avion, ou de conversations avec des journalistes –, lorsque des éléments non dogmatiques sont présentés comme tels, cela ne peut pas correspondre à un Magistère authentique.

our prendre un exemple, un éminent prélat romain m’a récemment expliqué que la Déclaration d’Abu Dhabi ne doit pas être considérée comme relevant du Magistère, puisqu’il s’agit d’un simple texte de circonstance. Je pense qu’un jour, avec un peu de souplesse et de bon sens, un pape affirmera quelque chose d’équivalent – et publiquement – au sujet de toute une série de textes problématiques qui ne peuvent être considérés comme magistériels au sens technique du terme. La Curie romaine dispose d’une expérience et d’une finesse inégalables pour établir les distinctions nécessaires : il ne lui manque que la volonté de le faire.
Quoi qu’il en soit, une clarification définitive appartient à l’Église elle-même, et non à la Fraternité Saint-Pie X. Notre rôle se limite à rejeter fidèlement tout ce qui est en rupture avec la Tradition et avec le Magistère constant. Ce faisant, la Fraternité Saint-Pie X reste en parfaite communion avec tous les papes de l’Histoire, sans exception, dans ce qu’ils ont de commun entre eux : le depositum fidei, fidèlement reçu, conservé et transmis à travers les siècles.

16. Dans de nombreux domaines de la vie de l’Église, comme dans le domaine liturgique, il est évident qu’il y a des abus. Pourquoi la Fraternité Saint-Pie X parle-t-elle toujours d’erreurs et non d’abus ?

Il est évident qu’il existe des abus, qui outrepassent les limites des réformes elles-mêmes. La Fraternité Saint-Pie X le reconnaît sans difficulté.
Mais la rhétorique constante de l’abus, particulièrement en vogue sous le pontificat du pape Benoît XVI, ne suffit pas à rendre compte de la crise. Elle crée même un alibi systématique qui empêche d’aller au fond des problèmes. La réforme liturgique, par exemple, comporte des difficultés qui tiennent assurément à ses principes mêmes, indépendamment d’éventuels abus. Les prières œcuméniques et interreligieuses, pour prendre un autre exemple, sont l’expression d’une erreur théologique, même si on essaye d’éviter des actes explicites de syncrétisme, pour éviter ce qui pourrait paraître un abus.
Surtout, la rhétorique de l’abus liturgique, ou de l’abus dans l’interprétation des textes, tend à mettre en cause les personnes impliquées – considérées comme responsables de ces abus, ou incapables de les réprimer – plutôt que les principes erronés qui sont à l’origine de la catastrophe actuelle. Or, ce sont précisément ces principes qui méritent d’être dénoncés.

J’avoue avoir été moi-même frappé ces dernières années par la réaction amère et systématique d’un certain milieu conservateur un peu myope, qui s’en est pris de manière très personnelle à la figure du pape François, plutôt qu’au Concile et à la continuité de son application doctrinale jusqu’à nos jours. Une telle attitude fait qu’à chaque élection d’un nouveau pape, on espère, au moins pendant quelques mois, un redressement de la crise – sans remise en question des principes nouveaux, comme si tout dépendait de la volonté personnelle du nouveau pontife, plus ou moins déterminée à condamner ou à réprimer les abus. Il s’agit là d’une rhétorique superficielle qui ne convainc plus un observateur attentif et honnête.

17. Ne vous semble-t-il pas exagéré, comme l’a déjà souligné la Fraternité Saint-Pie X en d’autres occasions, de considérer qu’une vie chrétienne authentique est aujourd’hui impossible dans une paroisse ordinaire ? L’état de « nécessité » qui correspond à cette affirmation est-il si évident ? N’est-ce pas un concept « utile », élaboré pour justifier les sacres dont l’institution a besoin ?

La Fraternité Saint-Pie X est pleinement consciente du caractère tragique et douloureux de cette affirmation. C’est une considération extrêmement grave, qui demande à être bien comprise.
Tout d’abord, il ne s’agit pas de contester que, malgré tous les problèmes et les déficiences auxquelles sont confrontées les paroisses ordinaires, de bons prêtres et de bons fidèles puissent parvenir à se sanctifier quand même et à sauver leur âme. En dépit des circonstances foncièrement défavorables, la grâce de Dieu peut toucher les âmes, et nous en connaissons. Pour beaucoup, d’ailleurs, la souffrance réelle de leur situation devient une véritable source de sanctification, qui souvent les pousse vers la recherche de la Tradition.
Cela dit, ce que la Fraternité Saint-Pie X affirme doit être compris sur un plan objectif, et non subjectif. Pour apprécier en vérité la situation de ces paroisses, il appartient à chaque âme de bonne volonté de se poser des questions précises devant Dieu, dans la prière, en cherchant une réponse surnaturelle dictée, non par des impressions positives ou négatives, ni par un préjugé idéologique, mais par la raison éclairée par la foi.
La messe de Paul VI peut-elle exprimer et nourrir intégralement la foi catholique ? Transmet-elle de manière suffisante le sens du sacré, du transcendant, du surnaturel, du divin ? Ce rite permet-il de saisir le vrai sens du sacerdoce catholique ?
Dans une paroisse ou un centre pastoral ordinaire, c’est-à-dire là où l’on prêche conformément aux orientations doctrinales actuelles, enseigne-t-on encore la foi catholique dans toute son intégrité ? Le catéchisme dispensé aux enfants est-il encore catholique et capable de les former pour toute leur vie ?
Les questions très délicates et très actuelles de la morale conjugale, ou de l’accès à l’Eucharistie dans des situations irrégulières, sont-elles encore abordées conformément à la loi de l’Église ? Le sacrement de pénitence est-il encore administré avec un sens réel de la Rédemption et du péché, de sa gravité et de ses conséquences ?
Plus généralement, quels fruits les réformes ont-elles universellement produits dans la vie concrète des fidèles ?
À toutes ces questions – et à d’autres similaires –, la Fraternité Saint-Pie X répond de manière claire et cohérente ; puis à partir de cette analyse, parce que la réalité s’impose, elle en vient à constater l’« état de nécessité ».
L’affirmation de la Fraternité Saint-Pie X est donc le fruit d’un sain réalisme, non d’un a priori idéologique. Le caractère tragique de ce constat est tout simplement à la mesure de la tragédie de la réalité.

18. Ne pensez-vous pas que, malgré les meilleures intentions, la Fraternité Saint-Pie X risque de déchirer à nouveau les familles, le monde de la Tradition et l’Église elle-même ?

Jamais peut-être comme aujourd’hui, l’Église n’a connu la division, et personne ne peut s’en réjouir.
Cependant, cette division n’est pas provoquée par la fidélité à la Tradition, mais plutôt par l’éloignement de celle-ci : la crise du Magistère, les ambiguïtés, les erreurs, l’inculturation, poussent à tout interpréter et réinterpréter, augmentent les multiples façons de juger qui, à la longue, provoquent des divisions inévitables. Pour utiliser une image connue, c’est bien tout cela qui déchire la tunique du Christ. La Fraternité Saint-Pie X, par la fidélité à la Tradition, essaye tout simplement de contribuer à la recoudre sans cesse.
Quant à la possibilité pour tous les traditionalistes de travailler et de lutter ensemble, la Fraternité Saint-Pie X le souhaite de tout cœur. Mais cela ne doit pas se réaliser moyennant une sorte d’œcuménisme en miniature : cela ne peut se faire que dans une entière fidélité à la Tradition intégrale, si l’on veut que ce combat ouvert profite à tous, y compris à ceux qui ne sont pas d’accord avec nous.
Enfin, en ce qui concerne les possibles divisions à l’intérieur d’une même famille, il faut courageusement se rappeler ces paroles de Notre-Seigneur, sans se scandaliser, sans tomber dans l’amertume, en soutenant ceux qui souffrent :
« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu séparer l’homme d’avec son père, et la fille d’avec sa mère, et la belle-fille d’avec sa belle-mère ; et l’homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. » (Mt 10, 34-37)

19. Une question rétrospective. La période particulière que traverse actuellement la Fraternité Saint-Pie X ravive chez les plus âgés les souvenirs et les émotions de 1988. Cette date marque sans aucun doute un tournant décisif dans l’œuvre de Mgr Lefebvre. Quelle déclaration du fondateur de la Fraternité Saint-Pie X vous vient à l’esprit avant toute autre ?

Au cours d’une conversation privée, Mgr Lefebvre avait confié qu’il aurait préféré mourir plutôt que de se trouver en opposition avec le Vatican. Cela montre dans quel esprit il a préparé les consécrations de 1988. À l’époque, comme aujourd’hui, il ne s’agissait pas d’une rébellion, mais de la réponse à une cruelle nécessité : une décision nécessaire et inévitable, mais prise à contrecœur.
À une autre occasion, Mgr Lefebvre a déclaré, sereinement et d’une manière profondément surnaturelle, que si la Fraternité Saint-Pie X n’était pas l’œuvre de Dieu, elle ne se poursuivrait pas et ne lui survivrait pas. Ce n’est pas à nous d’apporter une réponse à cette question. Mais l’Histoire, déjà, a commencé à se prononcer.

20. Selon vous, quand et comment la crise de l’Église pourra-t-elle prendre fin, et avec elle ce sentiment de désagrégation générale, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église elle-même ?

Seule la Providence détient la réponse précise à cette question. Pour ma part, je suppose qu’après avoir cherché en vain et désespérément la paix et l’unité dans la collégialité, le synode, l’œcuménisme, le dialogue, l’écoute, l’inclusion, le souci écologique partagé, la fraternité humaine, la proclamation incessante des droits de l’homme, etc., les autorités finiront par se rendre compte – bien trop tard – que la véritable unité, durable et inébranlable, n’a pour seul fondement possible que la Tradition de l’Église.
Aussi, lorsque la crise aura manifesté toutes ses conséquences, que l’apostasie sera encore plus généralisée et que les églises seront vides, ces autorités comprendront enfin qu’il n’y avait rien à inventer : il fallait simplement être fidèles au Christ-Roi et proclamer, à l’exemple des premiers martyrs, ses droits intangibles face à un monde néopaïen.
Une chose est sûre : dans la mesure où c’est de Rome que l’autodémolition de l’Église est venue, ce n’est que de Rome et par Rome que cette crise terrible prendra fin. Cependant, les germes de cette reconstruction de l’Église sont déjà à l’œuvre : ils fructifient humblement dans les âmes que vivifie l’esprit de Notre-Seigneur, et où se prépare silencieusement l’avènement de ceux qui, un jour, rétabliront dans sa splendeur la royauté de Jésus-Christ.

Certainement, la crise perdure plus que ce que l’on pouvait imaginer. Cela est dû, à mon humble avis, à la difficulté intrinsèque que l’Église rencontre aujourd’hui pour réagir. Un corps en bonne santé arrive assez aisément à réagir aux agents pathogènes qui l’attaquent ; mais plus un corps est affaibli, plus il a du mal. De même, la crise que nous vivons a été déterminée par l’attaque de principes pernicieux sur des esprits déjà affaiblis – affaiblissement qui avait commencé bien avant les réformes.
Cependant, comme dans toute épreuve, il faut voir la Providence à l’œuvre et s’armer de patience. Plus la crise est longue, plus Satan se déchaîne, plus alors le triomphe de la Tradition sera éclatant et, surtout, plus sera manifesté au monde que l’Église est indéfectible et divine.
Jamais autant qu’aujourd’hui la promesse de Notre-Seigneur ne nous remplit de joie et d’espérance : « les portes de l’Enfer ne prévaudront point contre Elle » (Mt 16, 18).
Et qui plus est, la certitude de ce triomphe est assurée en premier lieu par Celle qui écrase toutes les hérésies : « À la fin, mon Cœur immaculé triomphera. »

Entretien donné à Menzingen le 19 avril 2026,
dimanche du Bon Pasteur
1
Cet ordre fondé sur la transmission de la foi est une notion classique du droit canonique. Citons un auteur parmi d’autres : « Ut patet fundamentum vitæ supernaturalis Ecclesiæ curæ et potestati concreditæ est fides ; il est clair que la foi est le fondement de la vie surnaturelle confiée aux soins et à l’autorité de l’Église. » Le droit devra donc déterminer de manière organique tout ce qui concerne la foi : « quæ respiciunt fidei prædicationem, explicationem, susceptionem, exercitium, professionem externam, defensionem et vindicationem ; tout ce qui concerne la prédication de la foi, son explication, sa réception, son exercice, sa profession extérieure, sa défense et la réfutation des erreurs », in Gommarus Michiels OFM Cap., Normæ generales juris canonici, Paris, 1949, vol. 1, p. 258.

2
Le cardinal Castrillón Hoyos a affirmé à plusieurs reprises, dans les années 2000, que la Fraternité Saint-Pie X « n’est pas en schisme », mais se trouve dans une « situation canonique irrégulière », devant être régularisée au sein de l’Église.

3
Lettre de M. l’abbé Davide Pagliarani au cardinal Víctor Manuel Fernández du 18 février 2026, annexe 2.

4
Cette doctrine considère le collège épiscopal en tant que tel comme un second sujet de l’autorité suprême dans l’Église, à côté du pape : par conséquent, cela tend à transformer l’Église en une sorte de concile permanent, justifiant la toute-puissance des conférences épiscopales, et la réforme synodale en cours.

5
On distingue en particulier les études de l’abbé Josef Bisig, fondateur de la Fraternité Saint-Pierre, et du père Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

La corruption de la famille romaine et l’effondrement démographique, causes de la chute de Rome

Walker Larson enseigne la littérature et l’histoire dans une académie privée du Wisconsin. Il est titulaire d’une maîtrise en littérature et langue anglaises. Il a écrit un article sur les cause de la décadence de Rome :

Les historiens ne se lassent jamais d’analyser la chute de Rome. Les causes furent multiples, mais l’une d’elles est souvent négligée : la corruption de la famille romaine et l’effondrement démographique qui s’est produit dans les siècles précédant la chute de l’Empire.

La grandeur originelle de Rome reposait en partie sur son attachement à la famille. Une vertu romaine classique, célébrée dans le poème romain par excellence, l’Énéide, était la « pietas » ou « piété ». Ce terme désignait un profond dévouement envers sa famille, en particulier ses parents, ainsi qu’envers les dieux et la patrie. Les premiers Romains accordaient une grande importance au mariage, à la fidélité et à l’honneur, et méprisaient l’auto-indulgence. Leur succès doit être attribué, au moins en partie, à ces vertus.

À l’inverse, le déclin de Rome s’est accompagné de l’abandon progressif de ces valeurs. Comme l’explique Jérôme Carcopino dans La vie quotidienne à Rome, les divorces étaient rares à l’époque de la République romaine, mais devinrent fréquents dans les dernières phases de l’Empire. Une véritable épidémie de divorces fragilisa la stabilité de la famille romaine et déchira le tissu social. « Dans la ville comme à la cour, les foyers éphémères de Rome étaient sans cesse bouleversés, ou plutôt se dissolvaient continuellement pour se reformer puis se dissoudre à nouveau, jusqu’à ce que l’âge et la mort finissent par les emporter », écrivait Jérôme Carcopino.

Le poète romain Marcus Valerius Martialis (Martial) affirmait que divorces et remariages étaient devenus si fréquents que le mariage avait perdu toute signification, se transformant presque en une forme d’adultère ou de prostitution légale. Les séparations se produisaient pour les motifs les plus futiles : il est vieux ; elle a quelques rides ; il est malade ; elle a oublié de porter son voile en public.

Évolution des mentalités

Le mariage ayant perdu de sa valeur, beaucoup optèrent pour le concubinage. Aux IIᵉ et IIIᵉ siècles après J.-C., les célibataires étaient davantage admirés que les maris et les pères. L’historien Christopher Dawson expliquait :

« Les conditions de vie dans la cité grecque comme dans l’Empire romain favorisaient l’homme sans famille, capable de consacrer toutes ses énergies aux devoirs et aux plaisirs de la vie publique. Les mariages tardifs et les familles peu nombreuses devinrent la norme, et les hommes satisfaisaient leurs instincts sexuels par l’homosexualité ou par des relations avec des esclaves et des prostituées. »

Les hommes n’étaient pas les seuls à fuir leurs responsabilités. Jérôme Carcopino rapporte que de nombreuses femmes romaines évitaient la maternité simplement par crainte de perdre leur beauté.

Même lorsque les couples se mariaient, ils avaient souvent peu d’enfants, voire aucun. « Que ce soit par contrôle volontaire des naissances ou par appauvrissement de la lignée, de nombreux mariages romains à la fin du Ier siècle et au début du IIᵉ siècle étaient sans enfants », notait Carcopino. Les couples romains avaient recours aux contraceptifs et à l’avortement. Et si cela échouait, ils n’hésitaient pas à tuer leurs nourrissons en les abandonnant aux éléments.

La conséquence naturelle de ces pratiques fut une chute des naissances et un déclin démographique. La situation devint suffisamment préoccupante pour que l’empereur Auguste tente d’encourager les couples à avoir davantage d’enfants, mais il était déjà trop tard pour inverser la tendance.

À mesure que les Romains renonçaient à se reproduire, la population de Rome diminua inévitablement. Ce processus fut accéléré par les maladies et les invasions. Entre le IIᵉ et le VIᵉ siècle après J.-C., la population de Rome passa d’environ un million d’habitants à seulement 30 000.

Faible population, grand problème

L’effondrement démographique annonce, à long terme, une catastrophe pour une civilisation. Les êtres humains constituent la ressource la plus précieuse d’une culture ; une population vieillissante et en déclin entraîne de nombreux problèmes. Pour les Romains, cela signifiait une base fiscale réduite, moins de travailleurs pour l’économie et moins de recrues pour une armée déjà sous pression.

Christopher Dawson attribuait en grande partie le déclin global de Rome à la baisse de la natalité et à l’effondrement du mariage :

« Cette aversion pour le mariage et la limitation délibérée de la famille par l’infanticide et l’avortement furent sans doute la principale cause du déclin de la Grèce antique, comme l’avait déjà observé Polybe au IIᵉ siècle av. J.-C. Les mêmes facteurs furent tout aussi puissants dans la société de l’Empire romain, où la classe des citoyens, même dans les provinces, était extraordinairement stérile et se renouvelait non par croissance naturelle, mais par l’introduction constante d’éléments étrangers, notamment issus de la classe servile. Ainsi, le monde antique perdit ses racines à la fois dans la famille et dans la terre et se trouva prématurément desséché. »

La faiblesse interne de Rome – commençant par la fragilité de ses familles – la rendit vulnérable aux invasions ultérieures.

Quelles sont les implications de tout cela pour nous ? Il suffit d’y réfléchir un peu pour voir les parallèles entre notre situation actuelle et celle des Romains à la fin de l’Antiquité. Nous partageons de nombreux traits avec les Romains : l’importance accordée à la liberté sexuelle en dehors du mariage, la tendance à se marier tardivement, le penchant pour le divorce, le mépris pour les familles nombreuses et la propension à recourir à la contraception et à l’avortement. Tout cela nous a placés dans la même situation, celle d’un effondrement démographique dont nous commençons seulement à mesurer les conséquences.

Il serait fataliste – et historiquement simpliste – d’affirmer que la civilisation occidentale moderne suivra nécessairement le même chemin que Rome sous prétexte de certaines similitudes. Néanmoins, l’histoire romaine devrait servir d’avertissement. Nous devons réapprendre – et rapidement – ce que nous et eux avons oublié : la stabilité et la réussite d’une société commencent par celles de ses familles, qui en constituent l’unité fondamentale.

De plus, une société qui a perdu son amour des enfants et abandonné la compréhension du caractère sacré du mariage devient, d’une certaine manière, suicidaire. Ses jours sont comptés si elle ne change pas de cap.

« Le mariage monogame et indissoluble a été le fondement de la société européenne et a conditionné tout le développement de notre civilisation », écrivait Christopher Dawson. Négliger ce pilier sociétal se ferait à nos risques et périls.

Dans la Famille Villiers, je demande le grand-père et le petit-fils ….

Une famille de France est à honneur en ce mois d’avril !

Philippe de Villiers reçoit le PRIX SPECIAL DES HUSSARDS pour l’ensemble de son œuvre, fidèle à l’esprit des Hussards, marqué par une liberté de ton assumée et une indépendance littéraire revendiquée.

L’esprit hussard par Pol Vandromme :
« C’est le désespoir avec l’allégresse.
C’est le pessimisme avec la gaité.
C’est la pitié avec l’ironie.
C’est l’honneur avec le courage et le courage avec la désinvolture.
C’est une fierté avec son charme.
C’est ce charme-là hérissé de pointes.
C’est une force avec son abandon.
C’est une fidélité.
C’est une élégance. »

Retrouvez sur LIVRES EN FAMILLE, les livres de Philippe de Villiers :
https://www.livresenfamille.fr/5640_philippe-de-villiers

Jacques de Villiers, petit-fils de Philippe de Villiers, reçoit le PRIX MÉDITERRANÉE – PREMIER ROMAN pour son livre Le bâtard du Roussillon.
La suite de ce grand roman historique “L’affaire lombarde” paraîtra le 6 mai prochain.

Retrouvez sur LIVRES EN FAMILLE les livres de Jacques de Villiers :
https://www.livresenfamille.fr/10382_jacques-de-villiers

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services