Les néophytes, une chance pour l’Eglise
Nous avons évoqué (voir notamment ici ou là) la conférence organisée par l’Union Lex Orandi autour du livre de Philippe Pélissier sur le thème: « L’attractivité de la liturgie traditionnelle – la preuve par l’exemple des convertis et des recommençants ». Un compte rendu vient d’en être donné sur le site de Lex Orandi.
Le rédacteur commence ainsi (et c’est un rappel indispensable – non seulement pour ces néophytes “particuliers” mais pour tous):
Soulignons ab initio la grande leçon de cette soirée : les néophytes sont une chance pour l’Eglise ! Accueillir des convertis ou des recommençants, c’est aussi enrichir la communauté et s’enrichir soi-même au contact de personnes enthousiastes dont on peut dire que le zèle ravive la flamme des « habitués » et nous rappelle la nature proprement extra-ordinaire du message évangélique.
A propos de l’expérience de ces néophytes, l’article précise:
Des témoignages exprimés et de l’expérience des prêtres présents, on retient d’abord que les catéchumènes ne viennent pas à la messe « tridentine » poussés par de simples considérations esthétiques. La beauté de la messe traditionnelle est pour eux une réalité, mais dans laquelle ils voient un élément d’un tout qui repose sur la Foi dans la présence réelle. Or, celle-ci leur semble souvent plus aisément perceptible dans une liturgie plus retenue et moins conviviale. Presque tous soulignent la noblesse de la cérémonie, le respect manifesté à Notre Seigneur, l’attitude des prêtres et des fidèles comme les facteurs clefs de leur option pour la Tradition.
Il est intéressant de noter que cette perception revêt pour certains une dimension émotionnelle, immédiatement acquise en assistant à la cérémonie. Une néophyte a même parlé de coup de foudre ! Chez certains, le silence qui accompagne la récitation du « canon » porte plus de sens que la lecture à haute voix de la « prière eucharistique ».
Mais pour d’autres, la démarche est plus intellectuelle et repose plutôt sur la cohérence étroite entre le déroulement de la messe et la définition théologique de l’Eucharistie. Dans les deux cas, ils considèrent que cette messe, centrée sur le Seigneur, rompt fortement avec la banalité du quotidien.
Enfin, tous soulignent la qualité de l’accueil qui leur fut réservé par les prêtres qu’ils ont rencontrés ainsi que la pertinence des pédagogies traditionnelles de la Foi comme les adorations, les pèlerinages, le catéchisme « questions/réponses ».
Ils sont entrés dans l’Eglise… par la voie de la liturgie latine
Le cardinal Sarah sur CNews : 2050 – L’Eglise sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ?
«La France doit continuer de jouer son rôle de fille aînée de l’Eglise»
«Ce que l’on attend du pape, c’est qu’il consolide et renforce notre foi»
«Le christianisme est la proclamation que Dieu a atteint l’homme»
«Si nous nous détachons de Dieu, nous nous perdons»
“Voici notre Dieu : Jésus, Roi de la paix. Un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre”
Homélie du pape Léon XIV en ce dimanche des Rameaux :
Alors que Jésus parcourt le chemin de la croix, nous nous mettons à sa suite, nous suivons ses pas. Et en marchant avec Lui, nous contemplons sa passion pour l’humanité, son cœur qui se brise, sa vie qui se fait un don d’amour.
Nous regardons Jésus, qui se présente comme le Roi de la paix, alors qu’autour de Lui la guerre se prépare. Lui reste ferme dans la douceur, tandis que les autres s’agitent dans la violence. Il s’offre comme une caresse pour l’humanité, tandis que d’autres brandissent épées et bâtons. Il est la lumière du monde, alors que les ténèbres s’apprêtent à recouvrir la terre. Il est venu apporter la vie, alors que le plan visant à le condamner à mort s’accomplit.
En tant que Roi de la paix, Jésus veut réconcilier le monde dans l’étreinte du Père et abattre les murs qui nous séparent de Dieu et de notre prochain, car « C’est lui qui est notre paix » (Ep 2,14).
En tant que Roi de la paix, Il entre à Jérusalem à dos d’âne, et non à cheval, accomplissant ainsi l’ancienne prophétie qui appelait à se réjouir de l’arrivée du Messie : « Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations » (Zc 9, 9-10).
En tant que Roi de la paix, lorsqu’un de ses disciples tire l’épée pour le défendre et frappe le serviteur du grand prêtre, Il l’arrête aussitôt en disant : « « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » (Mt 26, 52).
En tant que Roi de la paix, alors qu’Il était chargé de nos souffrances et transpercé pour nos fautes, Il « n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (Is 53, 7). Il n’a pas pris les armes, Il ne s’est pas défendu, Il n’a mené aucune guerre. Il a manifesté le doux visage de Dieu, qui refuse toujours la violence, et au lieu de se sauver lui-même, Il s’est laissé clouer à la croix, pour embrasser toutes les croix plantées à toutes les époques et en tous lieux dans l’histoire de l’humanité.
Frères et sœurs, voici notre Dieu : Jésus, Roi de la paix. Un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre, qui n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre et rejette celle-ci en disant : « Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang » (Is 1, 15).
En le regardant, Lui qui a été crucifié pour nous, nous voyons les crucifiés de l’humanité. Dans ses plaies, nous voyons les blessures de tant de femmes et d’hommes d’aujourd’hui. Dans son dernier cri adressé au Père, nous entendons les pleurs de ceux qui sont abattus, de ceux qui sont sans espoir, de ceux qui sont malades, de ceux qui sont seuls. Et surtout, nous entendons le gémissement de douleur de tous ceux qui sont opprimés par la violence et de toutes les victimes de la guerre.
Le Christ, Roi de la paix, s’écrie encore depuis sa croix : Dieu est amour ! Ayez pitié ! Déposez les armes, souvenez-vous que vous êtes frères !
En reprenant les paroles du Serviteur de Dieu, Mgr Tonino Bello, je voudrais confier ce cri à Marie Très Sainte, qui se tient au pied de la croix de son Fils et qui pleure également aux pieds des crucifiés d’aujourd’hui :
« Sainte Marie, femme du troisième jour, donne-nous la certitude que, malgré tout, la mort n’aura plus d’emprise sur nous. Que les injustices commises par les peuples ont leurs jours comptés. Que les lueurs de la guerre soit un crépuscule. Que les souffrances des pauvres en sont à leurs derniers soubresauts. […] Et que, enfin, les larmes de toutes les victimes de la violence et de la douleur seront bientôt séchées, comme le givre sous le soleil du printemps » (Marie, femme de notre temps).
FSSPX : les candidats à l’épiscopat devraient rédiger une déclaration reconnaissant le pape Léon XIV et exprimant leur désir d’offrir leur service à l’Église
Mgr Athanase Schneider a été interrogé sur Certamen à propos des sacres organisés par la FSSPX :
Excellence, dans votre appel, vous exhortez le pape Léon XIV à accorder à la Fraternité Saint-Pie-X le mandat apostolique pour les consécrations épiscopales, avant même la conclusion des discussions doctrinales. À votre avis, quelle serait une première étape concrète ?
Premièrement, la direction de la Fraternité Saint-Pie-X, indépendamment de sa situation canonique encore non résolue, devrait demander au pape Léon XIV d’accorder le mandat apostolique pour les consécrations épiscopales en soumettant les dossiers des candidats, comme l’a fait Mgr Lefebvre en 1988. Dans le même temps, le supérieur général de la Fraternité et les candidats devraient signer la Professio Fidei traditionnelle ( Tridentino-Vaticana ), valable jusqu’en 1967, et l’envoyer au pape. En outre, ils devraient également rédiger une courte déclaration reconnaissant le pape Léon XIV et exprimant leur désir d’offrir leur service à l’Église par l’apostolat de la Fraternité, en préservant et en transmettant la foi et la liturgie traditionnelles, notamment par la formation sacerdotale et une vie sacramentelle et pastorale des fidèles selon la forme éprouvée, comme l’Église romaine l’a toujours exigé et pratiqué pendant des siècles, et que la Fraternité sacerdotale n’a d’autre intention que de faire de ses évêques, prêtres et fidèles de véritables enfants de l’Église romaine.
Vous êtes l’un des rares évêques à prendre publiquement et clairement position en faveur de la Fraternité Saint-Pie-X. Où est la solidarité de vos confrères ? Même des évêques considérés comme conservateurs et attachés à la forme extraordinaire du rite romain restent silencieux ou n’ont aucun mot aimable pour la Fraternité. Comment expliquez-vous cela ?
Cela dépend de plusieurs facteurs. Au cours des derniers siècles, une interprétation erronée et contraire à la tradition de deux dogmes du Concile Vatican I s’est répandue : le dogme de la primauté juridictionnelle (autorité gouvernementale) du pape et celui de son infaillibilité. Un prétendu papalisme s’est développé, c’est-à-dire une absolutisation, voire une forme de déification, de la personne du pape, faisant de lui la figure centrale de toute la vie de l’Église. Ce phénomène a pour conséquence d’occulter la centralité du Christ et le caractère traditionnel de la foi et de la liturgie. Dans cette conception excessive de la papauté, toute désobéissance à un décret papal est considérée comme un schisme. De plus, une notion erronée d’infaillibilité papale s’est largement répandue. Contrairement aux conditions claires et très précises de l’infaillibilité papale établies par le Concile Vatican I, une absolutisation de cette infaillibilité s’est installée dans l’esprit des fidèles et des pasteurs, ce qui signifie que chaque parole du pape est considérée de facto comme infaillible. De plus, une conception réductrice et excessivement restrictive du schisme s’est développée, assimilant à un schisme toute situation canoniquement irrégulière, quelles que soient les intentions ou les circonstances particulières, et même si les personnes concernées reconnaissent publiquement le pape et prient pour lui et l’évêque local lors de la messe. Par ailleurs, une consécration épiscopale effectuée contre la volonté du pape – c’est-à-dire une consécration illicite – est automatiquement qualifiée d’acte de schisme, voire d’acte intrinsèquement mauvais. Or, une telle conception contredit la tradition canonique constante de l’Église. Jusqu’au nouveau Code de droit canonique de 1983, une consécration épiscopale illicite n’était passible d’excommunication, mais simplement de suspension (destitution). Même dans le droit canonique actuel, une telle consécration n’est pas classée parmi les actes contre l’unité de l’Église, mais plutôt parmi les actes d’usurpation de charge ou de discrimination à l’égard des sacrements. De manière générale, au cours des derniers siècles, une attitude d’absolutisme à l’égard du positivisme juridique s’est développée au sein de l’Église, c’est-à-dire une norme établie par les hommes, en l’occurrence par l’autorité ecclésiastique. Par conséquent, dans la vie de l’Église, l’observance d’une norme ecclésiastique prime de facto sur la nécessité de préserver la clarté doctrinale et l’unicité de la foi et de la liturgie catholiques.
Dans une interview, vous avez exprimé vos soupçons quant au fait que certains cercles influents au Vatican ne souhaitent pas réellement la réconciliation. Que faudrait-il au pape Léon XIV pour surmonter cette résistance, et croyez-vous qu’il en ait la volonté ?
Le pape possède une autorité pleine et entière et est souverain dans ses décisions. Il peut donc, bien entendu, agir même à l’encontre de l’avis du personnel de la Curie romaine. S’il était constamment dépendant de l’avis de ce personnel, il ne serait pas libre et n’exercerait pas véritablement sa fonction de pape. Le pape doit se tenir au-dessus des luttes partisanes et agir comme le véritable pasteur et père de tout son troupeau, qui comprend le clergé et les fidèles de la Fraternité Saint-Pie-X.
Quelles seraient les conséquences pour les centaines de milliers de fidèles de la FSSPX (familles, enfants, convertis, etc.) si les ordinations avaient lieu le 1er juillet sans mandat papal ? Quelle réalité pastorale risque-t-on de voir se dessiner ?
Si le Pape ne renouvelle pas le mandat apostolique et, même en prononçant l’excommunication pour les consécrations épiscopales illicites, seuls les évêques ayant consacré et ceux qui ont été consacrés seraient, à proprement parler, excommuniés légalement, c’est-à-dire selon la lettre de la loi, mais non les prêtres et les fidèles de la Fraternité. La pratique pastorale se poursuivrait très probablement comme actuellement. Il est également possible que la médiatisation mondiale et l’importante couverture médiatique de cet événement amènent de nouveaux croyants et convertis à la Fraternité, d’autant plus que la grave crise de foi – véritable urgence au sein de l’Église aujourd’hui – continue de s’aggraver sous nos yeux. À l’heure actuelle, rien n’indique que cette crise et cette urgence au sein de l’Église s’atténuent.
La crise s’intensifie rapidement ; elle est encore plus manifeste qu’en 1988. Quelles sont vos perspectives d’avenir ? Jusqu’où peut aller cette escalade entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie-X, et quel serait le pire scénario pour l’Église ?
Nous assistons chaque jour à un scénario incroyable, presque apocalyptique : la propagation ouverte des hérésies, la légitimation de l’homosexualité (c’est-à-dire la sodomie), le syncrétisme religieux (rituels païens), l’indifférentisme (toutes les religions sont le même chemin vers Dieu), la mise à mal de la discipline apostolique de l’Église dans les sacrements et le célibat des prêtres, les sacrilèges et l’apostasie. Tout cela est encouragé, voire perpétré en toute impunité par des évêques et des cardinaux dans diverses parties du monde. Dans cette situation, seule une intervention divine peut nous sauver, comme une persécution massive de l’Église et du Pape lui-même par des élites politiques antichrétiennes. Il pourrait également s’agir d’une profonde conversion du Pape à la tradition et d’un courage apostolique renouvelé, fruit des prières et des sacrifices d’innombrables fidèles, en particulier des plus humbles. Une chose est certaine : l’Église est toujours entre les mains de Dieu tout-puissant, et le Christ est le timonier de son navire, même s’il dort actuellement à bord, ballotté par de violentes tempêtes, et que le craquement de quelques planches pourries semble annoncer un naufrage imminent, comme le disait saint Grégoire le Grand. Nous croyons fermement qu’encore une fois, le Christ se lèvera et maîtrisera la tempête, et que la Sainte Église romaine, notre Mère, sera de nouveau le phare et la cathèdre de la vérité.
L’État israélien veut-il se mettre les chrétiens à dos ?
Communiqué de Yann BALY, Président de Chrétienté-Solidarité
À Jérusalem, plusieurs lieux saints comme le Saint-Sépulcre, l’esplanade des mosquées et le Mur des Lamentations sont fermés depuis le 28 février.
On peut regretter ces décisions mais nul ne peut se substituer à la politique de sécurité d’un État.
En revanche, l’interdiction faite au Patriarche latin de Jérusalem d’accéder à l’église du Saint Sépulcre pour y célébrer la messe des Rameaux est une atteinte inqualifiable à la liberté des chrétiens de célébrer leur foi.
Chrétienté-Solidarité condamne avec la plus grande fermeté ces mesures liberticides imposées par l’État d’Israël.
Il y a quelques jours nous mettions en garde le pouvoir israélien concernant les dérives d’une guerre sans discernement au Liban.
Cette attaque directe contre la foi et à l’identité chrétienne en Terre Sainte est une erreur grave.
L’hymne de la procession des Rameaux chante : “Lauda Jerusalem, Dominum ; Lauda Deum tuum, Sion. Hosanna, Hosanna, Hosanna Filio David “
Israël met-il les Chrétiens qui chantent cela sur le même plan que les djihadistes du 7 octobre ?
Le cardinal Pizzaballa empêché d’accéder au Saint-Sépulcre
Dans un communiqué, le Patriarcat latin de Jérusalem et la Custodie de Terre Sainte dénoncent le fait que la police israélienne ait empêché le patriarche Pizzaballa et le custode Ielpo d’entrer dans la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem pour célébrer la messe du dimanche des Rameaux.
«Une première depuis des siècles: une mesure grave et injustifiée, une atteinte aux principes de liberté de culte».
Ce matin, 29 mars, la police israélienne a empêché le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, ainsi que le custode de Terre Sainte, le père Francesco Ielpo, d’accéder à la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem, alors qu’ils s’y rendaient pour célébrer la messe du dimanche des Rameaux.
Empêcher l’entrée de ceux qui «assument les plus hautes responsabilités ecclésiastiques au sein de l’Église catholique et des Lieux Saints», dénoncent-ils, constitue «une mesure manifestement déraisonnable et gravement disproportionnée». Une décision jugée «précipitée et fondamentalement erronée, entachée de considérations inappropriées», qui « représente un grave violation par rapport aux principes fondamentaux de raison, de liberté de culte et de respect du statu quo».
Le cardianl Pizzaballa et le père Ielpo ont été arrêtés en chemin, «alors qu’ils se déplaçaient à titre privé et sans aucun caractère de procession ou d’acte cérémoniel». Ils ont donc été contraints de faire demi-tour. C’est «la première fois depuis des siècles» que des responsables de l’Église se voient «empêcher de célébrer la messe du dimanche des Rameaux dans l’église du Saint-Sépulcre».
Il s’agit – selon les termes sévères de la note – d’«un grave précédent» qui ignore «la sensibilité de milliards de personnes à travers le monde qui, durant cette semaine, ont les yeux tournés vers Jérusalem».
Le communiqué souligne ensuite que, pendant toute cette période, les chefs des Églises ont toujours respecté les consignes des autorités et les restrictions imposées en raison du conflit, agissant «en toute responsabilité».
«Les rassemblements publics ont été annulés, la participation a été interdite et des dispositions ont été prises pour retransmettre les célébrations à des centaines de millions de fidèles à travers le monde qui, en ces jours de Pâques, tournent leur regard vers Jérusalem et la basilique du Saint-Sépulcre».
C’est pourquoi le patriarche latin Pizzaballa et le custode de Terre Sainte Ielpo
«expriment leur profond regret aux fidèles chrétiens de Terre Sainte et du monde entier, déplorant que la prière, en l’un des jours les plus sacrés du calendrier chrétien, ait été ainsi empêchée».
A l’occasion de la solennité des Rameaux, le cardinal Pizzaballa, patriarche de Jérusalem des Latins, devrait animer un moment de prière pour la paix depuis le sanctuaire du Dominus Flevit, sur le Mont des Oliviers, à Jérusalem. À l’issue de celle-ci, le cardinal donnera sa bénédiction sur la Ville Sainte.
Pour les mêmes raisons liées au conflit, l’annulation de la procession traditionnelle du dimanche des Rameaux depuis le Mont des Oliviers à Jérusalem avait déjà été décidée ces derniers jours.
Le 230ième anniversaire de l’exécution du chevalier Charette
Le 230ième anniversaire de l’exécution du chevalier Charette
Les membres présents de la famille de Charette et Olivier du Boucheron, président du Souvenir Vendéen
A l’invitation du Cercle Charette, présidé par Yannick de Charette et d’Olivier du Boucheron, président du Souvenir Vendéen, ils étaient une cinquantaine de fidèles à la mémoire de François-Athanase Charette de la Contrie, rassemblés ce samedi place Viarme à Nantes, ancienne Place des Agriculteurs. Ils commémoraient, pour la 230ième fois, l’exécution du Roi de la Vendée Militaire, après sa capture dans les bois de la Chabotterie et un procès à charge à Angers.
Trois ans après le début de l’insurrection vendéenne, celui qui en avait mené les derniers combats contre les colonnes infernales de Turreau et de Cordelier était capturé par le général Travot. Il rendait le dernier soupir devant le peloton d’exécution qu’il avait commandé lui-même, ultime geste de sa grandeur qui avait marqué son action souvent victorieuse. Il était le dernier de ces grands généraux vendéens, « C’est trop tard pour la danse, juste l’âge pour la guerre » !
En mars 1793, les maraichins de La Garnache étaient venus lui demander de se mettre à leur tête, pour Dieu et pour le Roi. Il avait exigé l’obéissance tout en craignant l’issue fatale de cette épopée naissante. Il a tenté l’apaisement au traité de La Jaunaie, à condition, clause secrète, de sauver le Dauphin, clause jamais respectée. « Rien ne se perd jamais » répondait-il à Travot qui lui reconnaissait la bravoure et le désintéressement.
Charette ne connaitra pas « La victoire des vaincus » que Napoléon, qui admirait le chevalier, avait reconnue par le Concordat. Et le combat des Vendéens sera lui aussi magnifié et reconnu par les associations de la mémoire et par le Puy du Fou à la cinéscénie et au Dernier Panache. Puis par le film « Vaincre ou Mourir » qui a mis un terme définitif à l’omerta dans laquelle la république maintenait sous forme de négationnisme historique la volonté génocidaire, voulue et exécutée par le Comité de Salut public et la Convention.
Gloire éternelle à Charette et aux Vendéens morts pour la cause la plus noble, la liberté des peuples, la liberté de conscience !
Henry Renoul
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Les miracles sont crédibles !
Le 29 mars, Terres de mission reçoit Frédéric Guillaud, philosophe et chroniqueur, pour évoquer son nouveau livre: “Le triomphe de l’homme” qui se penche sur les origines lointaines de notre modernité et notamment cette prétention étrange de l’homme à décider de sa propre nature.
Puis Pierre Jovanovic, journaliste et éditeur, présente son livre “888” (Le Jardin des livres) à propos des miracles – notamment de la vision dans le futur dont on ont pu jouir le Christ, bien des saints et même… des espions de la CIA !
“Le sacré permet la communion”
Le cardinal Sarah a été interrogé dans France catholique. Extrait :

Un nouveau système d’inscription pour le pèlerinage de Chartres
Suite aux difficultés de l’an passé, Notre-Dame de Chrétienté a mis en place un nouveau système d’inscription : Credential.
Credential introduit cette année la création d’un compte utilisateur personnel, pour vous et votre famille, qui vous permettra de retrouver plus facilement vos informations et de vous inscrire aux prochains pèlerinages.
Certaines équipes de soutien ou certains chapitres marcheurs (notamment les unités scoutes) ne sont accessibles qu’aux personnes identifiées par leur responsable. Pour vous y inscrire, vous devrez demander à votre responsable un code d’invitation, qui vous permettra de sélectionner cette équipe pour vous ou pour un membre de votre famille concerné.
Pour intégrer une équipe Soutien, vous pouvez contacter [email protected].
Les inscriptions sont ouvertes à partir d’aujourd’hui, dimanche des Rameaux.
Le cardinal Eijk après avoir célébré la messe traditionnelle : «Ce fut une expérience impressionnante et inoubliable»
Le cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque d’Utrecht et primat des Pays-Bas, a publiquement apprécié sa première célébration de la Messe selon le rite tridentin, le dimanche 15 mars en l’église de l’Immaculée Conception d’Oss, comme une « expérience impressionnante et inoubliable », soulignant en outre son désir de continuer à la célébrer à l’avenir.
Dans une interview accordée à Messa in Latino, le prélat néerlandais a expliqué qu’il avait appris à célébrer la forme extraordinaire du rite romain au début de cette année et a mis en lumière les fruits spirituels qu’il a pu constater.
L’un des aspects les plus soulignés par le cardinal a été la réponse des fidèles.
« L’église était remplie de personnes qui priaient avec dévotion. La majorité étaient des jeunes et il y avait aussi de nombreuses familles ».
Mgr Eijk a en outre souligné la fréquence avec laquelle les participants ont eu recours au sacrement de la confession, un élément qu’il a considéré comme particulièrement significatif dans le contexte actuel.
Selon ses explications, la célébration a réuni non seulement des fidèles habitués de la Messe traditionnelle, mais aussi des catholiques qui participent normalement au Novus Ordo, ce qui témoigne — à son avis — d’un intérêt spirituel plus large.
Le cardinal a également voulu clarifier l’une des critiques habituelles à l’égard de la liturgie traditionnelle.
« Le prêtre ne célèbre pas ‘en tournant le dos au peuple’, mais orienté vers l’autel et, par conséquent, vers le Christ ».
À son avis, cette orientation aide les fidèles à diriger également leur attention vers le Seigneur, favorisant une participation plus consciente au mystère eucharistique.
Il a par ailleurs mis en valeur la valeur du silence dans la liturgie traditionnelle, qui offre « de larges opportunités pour la prière personnelle ».
Mgr Eijk s’est également référé à un phénomène qui, selon lui, est observé depuis plusieurs années : le nombre croissant de jeunes qui se rapprochent de la foi catholique, dans certains cas à travers la liturgie traditionnelle.
« Il est surprenant qu’un nombre non négligeable d’entre eux trouve le chemin vers le Christ et son Église à travers la Messe tridentine ».
Cette célébration s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par l’accueil récent dans l’archidiocèse d’Utrecht de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, qui a acquis une église précédemment fermée par manque de fidèles et de ressources.
Mgr Eijk a positivement évalué la présence de cette communauté et a en outre confirmé sa disposition à continuer à célébrer la Messe traditionnelle.
Dimanche des Rameaux : Glória, laus, et honor tibi sit, Rex Christe, Redémptor
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
Nous entrons maintenant en ce dimanche dans la semaine qui précède Pâques et qui va nous faire revivre directement les douloureux souvenirs de la Passion. C’est la Semaine sainte. En ces jours, aucune fête ne peut supplanter l’office du temps. Le dimanche des Rameaux est la porte d’entrée monumentale qui nous y introduit. Il est ainsi appelé parce qu’à la Procession qui précède la Messe on porte des palmes et des rameaux bénits.
1- Ce dimanche rappelle et célèbre l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem quelques jours avant sa Passion.
C’était un dimanche. Le Divin Maître venait de Béthanie, monté sur un ânon, et entouré de ses disciples. Il s’avançait vers Jérusalem.
La Sainte Église veut que nous renouvelions chaque année le souvenir de ce triomphe de l’Homme-Dieu et qu’en ce jour Jésus soit acclamé par nous comme notre Roi.
2- La liturgie du dimanche des Rameaux est empreinte de joie et de tristesse. Elle exprime d‘un côté la joie à la vue du triomphe du Sauveur figuré par la procession des Rameaux, et, de l’autre, la tristesse à l’émouvant récit de la Passion selon l’Évangile de Saint Matthieu.
Les cérémonies du dimanche des Rameaux constituent comme un drame sacré en trois actes : 1) la bénédiction des Rameaux, 2) la procession, 3) la célébration de la messe pendant laquelle a lieu le chant de la Passion.
Première partie : la bénédiction des rameaux
Les chants de la bénédiction des Rameaux commencent par une petite antienne légère et joyeuse, dont le texte reprend les acclamations des Hébreux saluant l’entrée du Christ à Jérusalem, en citant un verset du psaume 117, psaume que l’on retrouve à Pâques. Ce verset est répété à la messe dans le Sanctus :
Hosánna fílio David benedíctus qui venit in nómine Dómini, Rex ĺsrael, hosánna in excélsis.
Hosanna au fils de David, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d’Israël, hosanna dans les hauteurs.
*****
La cérémonie de la Bénédiction des Rameaux a été considérablement réduite par Pie XII en 1956.
Pendant la distribution des rameaux, on chante deux autres petites antiennes qui reflètent bien la joie recueillie et quelque peu naïve des juifs à l’entrée de Notre Seigneur à Jérusalem.
Púeri Hebræórum, portántes ramos olivárum, obviavérunt Dómino, clamántes et dicéntes : « Hosánna in excélsis ».
Les enfants des Hébreux portant des rameaux d’olivier allèrent à la rencontre du Seigneur en s’écriant : « Hosanna dans les hauteurs ».
Les moines psalmodient les deux premiers versets du psaume, reprennent l’antienne puis les versets 7 et 8.
Deuxième partie : La Procession
La deuxième cérémonie de ce jour est la Procession qui fait suite à la bénédiction solennelle des rameaux.
Elle a pour objet de représenter la marche de Jésus vers Jérusalem et son entrée dans cette ville et c’est afin que rien ne manque à l’imitation du fait raconté dans l’Évangile que les rameaux qui viennent d’être bénits sont portés à la main par tous ceux qui prennent part à la Procession.
Le célébrant accompagné de ses ministres revient au pied de l’autel et, après la révérence convenable, met de l’encens et le bénit. Ensuite le diacre [ou le célébrant] se tournant vers le peuple dit :
Procedámus in pace
Avançons en paix.
Tous répondent :
In nómine Christi
Au nom du Christ. Ainsi soit-il
La Procession commence.
Occúrrunt turbæ cum flóribus et palmis Redemptóri óbviam…
Les foules accourent avec des fleurs et des palmes au-devant du Rédempteur, et rendent au vainqueur dans son triomphe les hommages qui lui conviennent ; les nations acclament le Fils de Dieu et dans les airs leurs voix, à la louange du Christ, disent comme un tonnerre : « Hosanna ».Cum Ángelis et púeris fidéles inveniámur…
Avec les anges et les enfants, ayons assez de foi pour acclamer le vainqueur de la mort : Hosanna au plus haut des cieux !
C’est la 2e antienne qui peut accompagner la Procession.
Le Benedíctus si joyeux de l’Hosanna d’entrée se trouve dans la 3e antienne. Tempérée de gravité et de ferveur respectueuse, elle est tirée d’un manuscrit du Xe siècle:
Coepérunt omnes turbæ descendéntium gaudéntes laudáre Deum voce magna…
Dans sa joie, toute la foule qui descendait (de Jérusalem) se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus.
Ils disaient : « Bénit soit le Roi qui vient au nom du Seigneur !
La paix descend du ciel, gloire au plus haut des cieux !
Au Moyen Âge, la Procession était un hommage solennel à Jésus Roi. On sortait en ville, portant à la main des palmes ; Jésus était représenté dans le cortège soit par la croix, soit par le livre des Évangiles porté solennellement, soit, comme en Angleterre et en Normandie, par le Saint-Sacrement lui-même.
Aujourd’hui, la Procession des rameaux n’est qu’esquissée ; on sort simplement de l’église. En certains pays, on va encore jusqu’au cimetière.
Jusqu’à la réforme de la Semaine sainte sous le Pape Pie XII en 1956, la fin de la procession était marquée par une cérémonie tout à fait symbolique. Que les anciens se souviennent. Que les autres imaginent la scène :
Le cortège revient à la porte de l’église. Les chantres et les enfants de la maîtrise pénètrent seuls dans l’église et on ferme la grande porte derrière eux. Le clergé et les fidèles qui ont pris part à la Procession restent dehors devant la porte fermée. Alors, les chantres, ou de préférence les enfants, entonnent à l’intérieur de l’église une hymne de louange au Christ-Roi, et le clergé et le peuple qui sont au dehors répètent toujours le même refrain d’une belle gravité.
Glória, laus, et honor tibi sit, Rex Christe, Redémptor,
Gloire, louange et honneur à vous, Christ-Roi, Rédempteur,Cui pueríle decus prompsit Hosánna pium.
Pour qui l’hommage des enfants fit jaillir un pieux Hosanna.
Cette hymne merveilleuse est toujours chantée. Elle est l’œuvre de Théodulphe, évêque d’Orléans au IXe siècle.
La tradition rapporte que vers 821 le roi Louis le Débonnaire assistait à la Procession des Rameaux à Angers. La Procession passa près de la tour où était alors prisonnier l’évêque Théodulphe qui avait encouru la disgrâce du roi. Théodulphe se mit à chanter le Glória Laus dont il était l’auteur.
En entendant ce chant, le roi en fut si touché qu’il fit remettre Théodulphe en liberté.
En voici la traduction :
1) Vous êtes le roi d’Israël, le noble fils de David, ô Roi béni, qui venez au nom du Seigneur.
2) L’armée angélique tout entière, au plus haut des cieux, les hommes mortels et toutes les créatures vous adressent ensemble leurs louanges.
3) Le peuple hébreu vint au-devant de vous avec des palmes ; nous voici avec des prières, des vœux et des cantiques.
4) Vous alliez souffrir lorsqu’il vous offrit le tribut de sa louange ; à vous qui régnez maintenant, nous adressons ces hymnes.
Quand le chant est terminé, le sous-diacre frappe trois fois à la porte de l’église avec le pied de la croix de Procession ; la porte s’ouvre et le cortège entre dans l’église.
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Le texte du répons Ingrediénte que l’on chante en rentrant dans l’église est tout à fait analogue à celui des petites antiennes de la bénédiction des rameaux ; il est inspiré de l’Évangile, mais la mélodie est évidemment beaucoup plus ornée, faite de formules que l’on rencontre dans d’autres répons : elle est calme et douce, nous préparant déjà à l’ambiance toute différente de la messe.
Voici la traduction du texte :
Comme le Seigneur entrait dans la cité sainte, les enfants des Hébreux, annonçant par avance la résurrection de celui qui est la vie, tenant des rameaux de palmiers, criaient : Hosanna au plus haut des cieux.
Comme tous les répons celui-ci comporte un verset après lequel est reprise la dernière phrase :
Cumque audísset pópulus quod Jesus veníret Jerosólymam…
Lorsque le peuple apprit que Jésus venait à Jérusalem, ils sortirent au devant de lui.
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Troisième partie : la Messe
Après l’entrée triomphale à Jérusalem, toute la messe sera consacrée à cette douloureuse Passion qu’exprime parfaitement le messianique psaume 21 d’où est pris le texte de l’introït :
Dómine, ne longe fácias auxílium tuum a me, ad defensiónem meam áspice.
Seigneur, n’éloignez pas de moi votre secours, veillez à ma défense.Líbera me de ore leónis, et a córnibus unicornuórum humilitátem meam.
Délivrez-moi de la gueule du lion, protégez ma faiblesse des cornes des licornes.
La mélodie commence d’une façon grave et sombre puis elle s’élève progressivement dans la deuxième phrase jusqu’à l’aigu en un cri douloureux sur le mot áspice = veillez, préparé par un grand crescendo. La troisième phrase est plus calme et plus assurée, introduisant une note de confiance qui n’est pas dans le texte. Le verset est bien entendu le premier du psaume 21, celui que Notre Seigneur a récité sur la croix :
Deus, Deus meus, respíce in me, quare me dereliquísti ?
Mon Dieu, mon Dieu, regardez-moi. Pourquoi m’avez-vous abandonné ?Longe a salúte méa verba delictórum meórum.
La voix de mes péchés éloigne de moi le salut.
Et, comme dimanche dernier, on ne chante pas le Glória Pátri et on reprend aussitôt l’introït.
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Le graduel Tenuísti et le Trait du dimanche des Rameaux sont tout à fait exceptionnels par leurs dimensions. Le graduel d’abord est le plus long du répertoire ; de plus sa mélodie est très originale : elle n’est pas faite de formules qui reviennent souvent comme c’est habituellement le cas des graduels. Enfin il est un peu à part dans les chants de cette messe : s’il peut très bien être placé dans la bouche du Christ, il n’exprime aucune souffrance.
Le texte est tiré du psaume 72, qui est précisément une méditation sur la confiance que le juste doit toujours garder dans le Seigneur malgré la tranquillité dont semblent jouir les pécheurs. On trouvera le début de ce psaume dans la deuxième partie du graduel, tandis que la première partie exprime l’abandon à la volonté divine et l’espérance de la résurrection en des termes qui font penser à ceux de l’introït Resurréxi du dimanche de Pâques, pourtant tiré d’un autre psaume :
Tenuísti manum déxteram meam
Vous me tenez par la main droiteIn voluntáte tua deduxísti me
Vous me conduisez selon votre volontéEt cum glória assumpsísti me
Et vous m’élevez dans la gloireQuam bonus Ísrael Deus rectis corde…
Oui, Dieu est bon pour Israël, pour ceux qui ont le cœur droit, et pourtant mes pieds ont failli être ébranlés, mes pas ont failli hésiter, car j’étais jaloux des pécheurs en voyant la paix où se trouvent les pécheurs.
La mélodie est très ornée mais ne comporte pas de grandes vocalises ; elle reste calme et paisible d’un bout à l’autre.
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Pour la dernière fois cette année, en ce dernier dimanche du Carême, le graduel est suivi d’un Trait. Nous y retrouvons le psaume 21, le grand psaume prophétique de la Passion d’où était tiré l’introït, et dont il reprend 14 versets sur 34. C’est donc le Christ qui parle.
| 7. Tractus. Ps. 21, 2-9, 18, 19, 22, 24 et 32. | 7. Trait. |
| Deus, Deus meus, réspice in me : quare me dereliquísti ? | Mon Dieu, mon Dieu, tournez vers moi votre regard, pourquoi m’avez-vous abandonné ? |
| V/. Longe a salúte mea verba delictórum meórum. | La voix de mes péchés éloigne de moi le salut. |
| V/. Deus meus, clamábo per diem, nec exáudies : in nocte, et non ad insipiéntiam mihi. | Mon Dieu, je crie pendant le jour et vous ne m’écoutez pas ; la nuit, et je n’obtiens pas de soulagement. |
| V/. Tu autem in sancto hábitas, laus Israël. | Pourtant vous habitez dans votre sanctuaire et vers vous montent les louanges d’Israël. |
| V/. In te speravérunt patres nostri : speravérunt, et liberásti eos. | Nos pères ont espéré en vous et vous les avez délivrés. |
| V/. Ad te clamavérunt, et salvi facti sunt : in te speravérunt, et non sunt confusi. | Ils ont mis en vous leur confiance et ils n’ont pas été trompés. |
| V/. Ego autem sum vermis, et non homo : oppróbrium hóminum et abiéctio plebis. | Mais moi, je suis un ver de terre et non un homme, l’opprobre des hommes et le rebut du peuple. |
| V/. Omnes, qui vidébant me, aspernabántur me : locúti sunt lábiis et movérunt caput. | Tous ceux qui me voient me méprisent. Ils ouvrent les lèvres et branlent la tête, en disant |
| V/. Sperávit in Dómino, erípiat eum : salvum fáciat eum, quóniam vult eum. | « Il a mis sa confiance dans le Seigneur, qu’il le sauve, puisqu’il l’aime. » |
| V/. Ipsi vero consideravérunt et conspexérunt me : divisérunt sibi vestiménta mea, et super vestem meam misérunt sortem. | Ils m’observent et me regardent. Ils se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique. |
| V/. Líbera me de ore leónis : et a córnibus unicórnium humilitátem meam. | « Seigneur, délivrez-moi de la gueule du lion et des cornes des buffles. » |
| V/. Qui timétis Dóminum, laudáte eum : univérsum semen Iacob, magnificáte eum. | Vous qui craignez le Seigneur, louez-le, vous tous, descendants de Jacob, chantez ses louanges. |
| V/. Annuntiábitur Dómino generátio ventúra : et annuntiábunt cæli iustítiam eius. | On parlera du Seigneur à la génération future. Et les cieux annonceront sa justice. |
| V/. Pópulo, qui nascétur, quem fecit Dóminus. | Au peuple qui naîtra, ils diront ce qu’il a fait. |
La mélodie reprend une des deux formules de psalmodie ornée que l’on trouve dans les Traits, celle du premier dimanche de Carême : calme, douce et très priante, avec de beaux élans vers l’aigu.
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L’offertoire Impropérium, un des grands chefs d’œuvre du chant grégorien, est le plus douloureux des chants de cette messe, et peut-être le plus douloureux de tout le répertoire. Le texte est tiré du psaume 68 qui est, comme le psaume 21, un des grands psaumes prophétiques de la passion, annonçant tout spécialement la solitude du Christ et l’abandon de tous ses amis :
Voici la traduction de son texte :
Mon cœur s’est attendu à l’outrage et au malheur ; j’ai espéré quelqu’un qui s’attristât avec moi, mais il n’y a eu personne ; j’ai cherché un consolateur et je n’en ai pas trouvé ; pour nourriture ils m’ont donné du fiel, et pour étancher ma soif ils m’ont abreuvé de vinaigre.
La mélodie exprime parfaitement cette souffrance. Tous les mots sont soulignés par des neumes longs et lourds : de nombreuses cadences en demi-ton sonnent douloureusement ; Cette mélodie culmine à l’aigu dans la dernière phrase sur le mot síti, la soif, qui éclate comme un cri ; Ce n’est pas seulement la soif physique dont il est question ici, mais la soif d’une réponse généreuse à l’amour infini dont Notre Seigneur a fait preuve en mourant pour nous.
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Le texte de l’antienne de Communion qui suit maintenant provient de l’Évangile. Ce ne sont plus les paroles des psaumes que nous mettons dans la bouche du Christ, mais ce sont celles qu’il a lui-même prononcées que nous répétons. Il s’agit ici de la prière qu’il a adressée à son Père, dans son agonie au jardin des Oliviers :
Pater, si non potest hic calix transíre nisi bibam illum ;
Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive ;fiat volúntas tua.
Que votre volonté soit faite.
Cette prière résume en quelques mots les sentiments du Christ dans sa Passion, la souffrance qu’il doit endurer, et sa soumission à la volonté de son Père. Bien que cette antienne soit beaucoup plus courte que le chant de l’offertoire et la mélodie beaucoup plus dépouillée, elle exprime pourtant la même souffrance. Cependant les derniers mots fiat volúntas tua sont plus paisibles et assurés.
“Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ; combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer !”
Extrait de l’homélie du pape Léon XIV lors de la messe célébrée au stade Louis II à Monaco :
[…] La joie de la foi et la force de notre témoignage découlent de cette rédemption, en tout lieu et en tout temps. L’histoire de Jésus résume en effet le destin de chacun de nous, à commencer par les plus petits et les opprimés. Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ; combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer ! Cependant face à l’insistance du mal la justice éternelle de Dieu se dresse, qui sans cesse nous délivre de nos tombeaux, comme pour Lazare, et nous donne une vie nouvelle. Le Seigneur libère de la souffrance en suscitant l’espérance. Il convertit la dureté du cœur en transformant le pouvoir en service, en manifestant le véritable nom de sa toute-puissance : miséricorde. C’est la miséricorde qui sauve le monde : elle prend soin de chaque existence humaine, depuis son apparition dans le sein maternel jusqu’au moment où elle se flétrit, et dans toute ses fragilités. Comme l’a enseigné le Pape François, la culture de la miséricorde repousse la culture du rejet. […
L’Église à Monaco est appelée à témoigner en vivant dans la paix et la bénédiction de Dieu : alors, bien-aimés, rendez heureux beaucoup de personnes par votre foi en manifestant la joie authentique, celle qui ne se gagne pas par un pari, mais qui se partage par la charité. La source de cette joie est l’amour de Dieu : amour pour la vie naissante et indigente, à accueillir et à soigner sans cesse ; amour pour la vie jeune et âgée, à encourager dans les épreuves de chaque âge ; amour pour la vie, en bonne santé comme malade, parfois solitaire, qui a toujours besoin d’être accompagnée avec attention. Que la Vierge Marie, votre patronne, vous aide à être un lieu d’accueil, de dignité pour les petits et les pauvres, de développement intégral et inclusif. […]
“Portez l’Évangile dans vos choix professionnels, dans votre engagement social et politique”
Lors de sa rencontre avec les jeunes et les catéchumènes à Monaco, Léon XIV a déclaré :
[…] Chers jeunes, n’ayez pas peur de tout donner, votre temps, vos énergies, à Dieu et à vos frères ; de vous dépenser sans compter pour le Seigneur et pour les autres. C’est ainsi seulement que vous trouverez une saveur toujours nouvelle et un sens toujours plus profond à la vie. Le monde a besoin de votre témoignage pour surmonter les dérives de notre époque et en affronter les défis, et surtout pour redécouvrir la douce saveur de l’amour de Dieu et du prochain.
À vous, jeunes catéchumènes, qui vous préparez au baptême, et à vous qui avez déjà reçu ce don de grâce, j’adresse mes vœux les plus chaleureux : puissiez-vous vivre dans le Christ une vie pleine et authentique. Puissiez-vous être, pour le bien de tous, dans la foi, l’espérance, la justice et la charité, des artisans de paix. Vous êtes le visage jeune de cette Église et de cet État. Monaco est un petit pays, mais il peut être un grand laboratoire de solidarité, une fenêtre d’espérance. Portez l’Évangile dans vos choix professionnels, dans votre engagement social et politique, pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, en diffusant la culture de l’attention aux autres. Vivez tout comme une mission et faites de toute chose un don à Dieu qui vous veut les uns pour les autres amis dans le Christ, et fidèles compagnons de route. […]
“Annoncez l’Évangile de la vie”
Lors de sa rencontre avec la communauté catholique de Monaco, le pape Léon XIV a souligné :
[…] Il me semble toutefois nécessaire de souligner un deuxième aspect : l’annonce de l’Évangile comme défense de l’homme. En souhaitant que tout le monde accueille la bonne nouvelle de l’amour du Père, Jésus se pose en “avocat”, afin surtout de défendre ceux qui sont considérés comme abandonnés par Dieu, qui sont jugés, oubliés et marginalisés. Il se fait la voix et le visage du Dieu miséricordieux qui « défend le droit de tous les opprimés » (Ps 103, 6).
Je pense alors à une Église appelée à se faire “avocate”, c’est-à-dire à défendre l’homme : tout l’homme et tous les êtres humains. Il s’agit d’un chemin de discernement critique et prophétique visant à promouvoir « un développement intégral de l’humanité, qui respecte sa dignité et son identité authentique, ainsi que sa fin ultime qui renvoie au mystère de pleine communion avec le Dieu Trinité et entre nous » (Commission théologique internationale, Quo vadis, humanitas n. 22).
C’est là le premier service que doit rendre l’annonce de l’Évangile : éclairer la personne humaine et la société afin que, à la lumière du Christ et de sa Parole, elles découvrent leur identité, le sens de la vie humaine, la valeur des relations et de la solidarité sociale, le but ultime de l’existence et le destin de l’histoire.
À cet égard, je tiens à vous encourager à accomplir un service passionné et généreux dans l’évangélisation. Annoncez l’Évangile de la vie, de l’espérance et de l’amour ; apportez à tout le monde la lumière de l’Évangile afin que la vie de chaque homme et de chaque femme soit défendue et promue, de sa conception à sa fin naturelle ; offrez de nouveaux repères capables d’endiguer ces poussées de sécularisme qui risquent de réduire l’homme à l’individualisme et de fonder la vie sociale sur la production de richesses.
Il est important que l’annonce de l’Évangile et les formes de la foi, si profondément ancrées dans votre identité et dans votre société, se gardent du risque de se réduire à une habitude, fût-elle bonne. Une foi vivante est toujours prophétique, capable de susciter des questions et de présenter des défis : défendons-nous vraiment l’être humain ? Protégeons-nous la dignité de la personne en préservant la vie à toutes ses étapes ? Le modèle économique et social actuel est-il vraiment juste et empreint de solidarité ? Est-il animé par l’éthique de la responsabilité qui nous aide à dépasser la « logique de l’échange d’équivalents et du profit comme fin en soi » (Benoît XVI, Enc. Caritas in veritate, n. 38), pour construire une société plus juste ? […]
“Toujours protéger avec amour chaque vie humaine, à tout moment et dans toutes les conditions”
Lors de son arrivée au palais princier à Monaco, le pape Léon XIV a déclaré :
Vous êtes parmi les rares pays du monde à avoir comme religion d’État la foi catholique. Celle-ci nous met devant la souveraineté de Jésus qui engage les chrétiens à devenir dans le monde un Royaume de frères et sœurs, une présence qui n’écrase pas mais relève, qui ne sépare pas mais relie, prête à toujours protéger avec amour chaque vie humaine, à tout moment et dans toutes les conditions, afin que personne ne soit jamais exclu de la table de la fraternité. C’est la perspective de l’Écologie intégrale qui, je le sais, vous tient particulièrement à cœur. Je confie à la Principauté de Monaco, en vertu du lien si profond qui l’unit à l’Église de Rome, une mission toute particulière dans l’approfondissement de la Doctrine sociale de l’Église et dans l’élaboration de bonnes pratiques, locales et internationales, qui en manifestent la force transformatrice. Même dans une culture peu religieuse et très sécularisée, la manière d’aborder les problèmes typiques du Magistère social peut révéler la grande lumière de l’Évangile à notre époque, une époque où il est si difficile pour beaucoup d’espérer.
“Notre Constitution reconnaît le catholicisme comme religion d’Etat”
Depuis le balcon du Palais de Monaco, le Prince Albert II souligne le rôle central du catholicisme à Monaco, religion officielle de la Principauté : « Notre foi est notre force. »
44ᵉ pèlerinage de Pentecôte sur le thème de la Mission
Alors que les inscriptions pour le prochain pèlerinage de Pentecôte vers Chartres ouvrent demain dimanche des Rameaux, voici un communiqué de Notre-Dame de Chrétienté :
À l’occasion de son 44ᵉ pèlerinage de Pentecôte, Notre-Dame de Chrétienté a choisi comme thème la Mission, comme réponse urgente aux attentes spirituelles de notre temps.
Une urgence missionnaire face à la soif spirituelle contemporaine
Dans une société toujours plus sécularisée et déchristianisée, marquée par la perte de repères et la quête de sens, une réalité s’impose avec force : la soif de Dieu demeure. En témoignent la
progression constante des demandes de baptême d’adultes, l’afflux de catéchumènes et la recherche de verticalité exprimée par de nombreux contemporains.
En réponse à cette attente, le pèlerinage de Chartres offre une occasion unique à des milliers d’âmes et de cœurs de s’unir pour partager les efforts et les consolations de la route, en sortant de leur quotidien pour retrouver le sens de leur vie : la joie de Dieu.
Une réponse à l’appel du pape Léon XIV
Le 5 octobre 2025, le pape Léon XIV annonçait à Rome à l’occasion du Jubilé des missionnaires et des migrants, « une nouvelle ère missionnaire dans l’histoire de l’Église ». C’est à cet appel que le pèlerinage de Chartres répond cette année en invitant ses pèlerins à méditer sur la Vérité, indispensable à la transmission du dépôt de la foi, et sur la Charité, seule capable de témoigner concrètement de l’amour du Christ.
Lors de l’assemblée plénière des évêques de France à Lourdes du 23 au 27 mars 2026, le pape a appelé les évêques de France à « inclure généreusement » les fidèles attachés à la messe
traditionnelle. Notre-Dame de Chrétienté rend grâce de cette reconnaissance, l’usage du vetus ordo dans la fidélité à l’Eglise de Rome étant fondateur de son intuition missionnaire il y a 45 ans. Elle est honorée de la présence du Cardinal Burke qui célèbrera la messe de clôture le lundi 25 mai 2026 dans la cathédrale de Chartres.
Un chemin de Mission enrichi d’une nouvelle route
Pour accompagner la croissance du pèlerinage qui n’a pas pu accueillir toutes les demandes ces deux dernières années en raison de contraintes de sécurité de la colonne de marche, Notre-Dame de Chrétienté ouvre une nouvelle voie : la Route de Jérusalem. qui propose un itinéraire allégé (70 km) tout en offrant le même cadre spirituel. Cette route permettra à tous ceux qui voudraient bénéficier de ces 3 jours de reconversion sans avoir la condition physique de marcher les 100 km qui séparent Paris de Chartres, de le faire.
Notre-Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous !
Des pressions exercées pour que l’euthanasie de Noelia ait lieu, malgré les recours, au motif que les organes étaient déjà « sous compromis »
Noelia Castillo Ramos a été euthanasiée après que son père a épuisé tous les recours pour empêcher l’euthanasie de sa fille. La jeune femme de 25 ans, suicidaire après avoir subi un viol collectif alors qu’elle vivait dans un centre pour mineurs, était devenue paraplégique après avoir tenté de mettre fin à sa vie.
Le cas de Noelia est « exemplaire », comme le révèle Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ. En effet, Me Polonia Castellano, l’avocate espagnole qui défend ses parents, affirme que des pressions ont été exercées au sein de l’hôpital sur la mère de Noelia pour que l’euthanasie ait lieu, malgré les recours, au motif que les organes étaient déjà « sous compromis ». En effet, lorsque la mort est décidée sur une personne encore jeune, alors s’enclenche une procédure de « distribution » de ses organes, en particulier si la personne ne souffre que d’une maladie psychique.
Un important dispositif a d’ailleurs été déployé pour s’assurer que rien ne vienne interrompre la procédure : l’établissement où Noelia a été euthanasiée a été « bouclé en permanence ». Plusieurs agents se sont même répartis à l’intérieur pour surveiller les halls et les couloirs.
Qu’on ait laissé une jeune femme dépressive et handicapée être euthanasiée, renonçant à tout accompagnement, à tout soulagement, pour l’abandonner à sa souffrance, est déjà scandaleux en soi. Mais qu’on ait fait pression sur sa mère pour s’assurer que les organes seraient disponibles à la date prévue ajoute encore au scandale. Car c’est une réalité : les euthanasies rendent des organes disponibles dans un contexte de pénurie. Des organes d’autant plus précieux lorsqu’il s’agit d’une personne encore jeune, sans maladie qui engage son pronostic vital.
Et bien qu’on tente de rassurer la population en certifiant que les procédures sont cloisonnées, certains dénoncent les conflits d’intérêts de militants d’associations pro-euthanasie siégeant à la fois au sein des comités décidant d’autoriser les euthanasies et d’autoriser les prélèvements d’organes.
Une persécution insidieuse : la marginalisation culturelle et intellectuelle du christianisme
Les éditions Artège ont publié des homélies inédites de Benoît XVI, Le Seigneur nous tend la main, prononcées entre 2005 et 2017, lors des messes privées, célébrées uniquement avec son entourage, ses secrétaires et des religieuses chargées de son intendance. Il prêchait avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, même après sa renonciation au pontificat. À cette petite assemblée, le pape offrait chaque jour des homélies. Ses prédications, enregistrées par ses proches, ont été ainsi retranscrites. À l’approche de la fin de sa vie, Benoît XVI contemple sans relâche le coeur de la foi chrétienne : le mystère de Dieu fait homme, Jésus Christ, source et sens de toute existence. La tonalité spirituelle, épurée et christique confère à ces textes une qualité rare. Ils apparaissent comme le dernier legs d’un homme qui fut à la fois un immense théologien et un prédicateur de haute tenue. En voici un extrait :
Il me semble que nous devons beaucoup prier pour l’Eglise persécutée, pour ceux qui souffrent sous le poids de l’intolérance, et prier pour que le Seigneur les protège, dans la foi et dans la vie. Nous devons être intérieurement proches de l’Eglise persécutée d’aujourd’hui. Il existe aussi une persécution plus insidieuse : la marginalisation culturelle et intellectuelle du christianisme, la création d’une culture antichrétienne qui l’opprime de l’intérieur. Il paraît absurde d’être encore chrétien aujourd’hui. Au nom de la liberté, la liberté de croire est réprimée, le mariage homosexuel est proclamé au nom de la liberté, l’avortement est proclamé comme un droit fondamental, une fausse liberté qui s’oppose à la liberté de notre foi ; à tel point qu’il semble presque absurde d’être encore chrétien dans ce monde. C’est une persécution intérieure : nous devons être ouverts au Seigneur, afin qu’il nous guide et nous préserve, et nous devons aussi aider les plus faibles, afin que, dans ce contexte, ils restent fidèles. [12 mai 2013]
Les trois temps de l’Incarnation selon Jean-François Froger
De Marion Duvauchel pour Le Salon beige :
Pour comprendre le sens même du fait anthropologique qui s’appelle le « rite », il faut marquer une distinction essentielle, de type anthropologique et philosophique : celle entre la nature humaine et l’espèce humaine (Le livre de la nature humaine, éditions Grégoriennes, 2019. Voir aussi Le Bestiaire de la Bible, éditions DésIris, 1994. Voir aussi Les alliances, cycle d’entretiens avec la RCF. ). L’espèce se place au sein du monde animal et place l’homme au sein de ce monde. Elle ne devient proprement humaine que par le rituel mettant en œuvre le rapport de l’humanité à la divinité : collectivement en formant un corps (le Qahal Israël ou l’Église) ; individuellement en développant la relation unique qui le lie à son Créateur dans son âme. Et enfin en choisissant le Dieu qui se propose à nous. C’est pourquoi le sacrifice est anthropologiquement nécessaire et nécessaire anthropologiquement. Il est un rituel d’entrée dans la nature humaine.
Il a deux fonctions essentielles : il instaure en l’homme ou restaure le pôle de l’âme qui est celui de la sublimation, celui qui restitue au corps sa fonction de « lieu saint » capable de recevoir quelque chose du Dieu auquel il sacrifie. Dans l’humanité déchue, cette fonction de « lieu saint » est oubliée ou ignorée. C’est tout le sens de l’« illumination » de Jacob au moment du songe. Il découvre que le corps est le lieu même de la révélation. Et c’est cela même qui lui donne sa sacralité.
Pour tout homme, la mère est la « porte d’entrée » dans l’espèce humaine proprement dite. Dans le christianisme, l’hypostase divine, (qu’on appelle le Verbe), ne peut assumer la nature humaine qu’en entrant charnellement dans l’espèce humaine, par le biais d’une femme dont il « prend chair », c’est-à-dire qu’il prend de sa mère le matériel chromosomique. Et la tradition présente cette femme comme une vierge pure, une matrice pure. Il ne peut en être autrement. Les récits de l’intégration de Jésus dans l’espèce humaine par sa naissance d’une femme (l’Annonciation) se prolongent presque organiquement dans les récits de son intégration dans la nature humaine par sa circoncision et sa présentation dans le Temple. Ce sont ce que Jean-François Froger appelle « les trois temps de l’Incarnation ».
Car le Verbe incarné doit aussi assumer cette nature humaine qu’il vient sauver en entrant dans la ritualité par laquelle l’homme a une relation libre et consciente à la divinité. Tout Fils de Dieu qu’il soit, il obéit à ce rituel sacrificiel. Cette structure rituelle est celle du peuple de Dieu, elle est donc révélée. Le Christ lui-même est soumis au rituel qui est imposé à tout premier-né hébreu.
Entre la naissance dans une crèche et la présentation au temple, il y a un événement majeur et occulté par la tradition chrétienne : la circoncision. Elle est la marque de l’Alliance qui rend l’homme capable d’un culte vrai envers la divinité. Mais elle ne fait pas l’objet comme l’Annonciation et dans une moindre mesure la présentation au Temple d’une foule de représentations. Mais au-delà du thème pictural délicat à jeter sur une toile (Icones arabes, mystères d’Orient, éditions Grégoriennes, on trouve une représentation de la circoncision de Jésus), il y a une sorte d’effacement caractéristique sans doute de l’ignorance du sens vrai de cette opération faite sur le corps de l’homme. Du moins dans l’étrange réticence du monde chrétien moderne à montrer les représentations picturales de cette opération.
La circoncision est un rituel demandé par Dieu lui-même au cours de l’histoire, et très tôt dans cette histoire. Dans l’alliance avec Abraham, la première exigence est celle du changement de nom, d’Abram en Abraham, mais l’autre exigence de YHVH est celle du rituel de la circoncision. Ce rituel n’est pas propre au monde hébraïque, il semble venir de l’Égypte où il ne s’adressait qu’à des castes supérieures, officiers généraux, géomètres — ce qui indique une noblesse de l’homme.
Le monde juif affecte à ce rituel un sens nouveau. La circoncision porte sur la partie du corps humain qui figure symboliquement le plus hautement la paternité : c’est-à-dire la puissance inséminante (Voir le premier chapitre de l’Arbre des Archétypes, éditions grégoriennes, 2013. L’auteur, Jean-François Froger y analyse le sens des lettres de l’alphabet araméen et le mystère du signe écrit). Cette fécondité est vécue dans la conscience habituelle comme étant d’ordre biologique. Dans le récit de la Torah, Abraham, comme tous les parents, se prend pour le père de son enfant. Il faut donc qu’il entre dans une paternité nouvelle, dans un autre état et une autre conscience de la nature véritable de la paternité. D’autant qu’il est appelé à être le « père d’une grande nation ». Puisque le chrétien croit en un Dieu père, ce rituel l’intéresse au premier chef.
La circoncision est un acte qui consiste à enlever la peau qui protège le gland de la verge. On opère par là une transformation « réelle » sur le sexe. Mais cette opération n’est là que pour figurer une autre transformation, invisible celle-là, qui porte sur la relation sexuelle que le membre viril figure. Or l’acte sexuel implique la fécondité, l’enfant à venir, l’enfant possible, donc, la relation de paternité/filiation, concomitantes l’une de l’autre : il n’y a pas de père sans un fils et il n’y a pas de fils sans un père. Il s’agit d’opérer dans la conscience un changement dans l’idée qu’on se fait de la relation sexuelle et donc un changement dans la paternité/filiation. On va donc figurer sur le corps une opération visible mais qui signifie autre chose, d’invisible, mais bien réel. La circoncision fonctionne comme synecdoque pour les deux sexes. La femme est bien évidemment enveloppée dans ce « signe », enveloppée dans le rituel puisque la relation sexuelle la concerne également.
On comprend dès lors en quoi la présentation du nouveau-né est une consécration : il appartient à Dieu et on ne peut présenter le garçon au temple que s’il est circoncis. C’est pourquoi il y a un rituel de rachat par un sacrifice offert à Dieu dans le Temple. Seul le premier-né mâle est concerné, mais c’est par une synecdoque de toute la famille humaine.
L’intégration dans le peuple de Dieu se fait donc par un rituel complexe en plusieurs étapes: la circoncision (qui sépare le circoncis des hommes ne faisant pas partie du Peuple) ; la présentation au Temple, parce que le Peuple est précisément institué pour rendre un culte à Dieu et que le peuple n’est peuple que par la mise en œuvre de l’enseignement et de la règle révélés (la Torah), rendant ainsi à l’homme l’accès à la source de la parole divine dont il doit se nourrir en même temps qu’il mange son pain.
« Et lorsque les jours furent remplis de leur purification selon la Torah de Moïse, ils le firent monter à Jérusalem pour le présenter en présence de YHWH : le mâle ouvrant la matrice sera appelé « saint pour YHWH ». Luc 2, 22-23)
Ensuite de quoi on doit offrir un sacrifice, qui conclut le rituel, mais ne s’y assimile pas. L’héritage en effet (la transmission) ne saurait se réduire au seul lien individuel construit dans la filiation humaine, biologique, à la mère et au père. Pour Jésus, l’héritage dans la filiation humaine passe par la seule mère. Mais l’héritage est également collectif, comme membre d’un peuple. Aussi Jésus hérite-t-il du péché du peuple dont tous les membres, quoique rituellement assemblés dans l’alliance avec Dieu, héritent, outre l’accumulation des péchés individuels. Mais pour tout homme, l’héritage est collectif, et c’est pourquoi les hommes d’une société donnée héritent du péché du peuple ou de la « race » auxquels ils appartiennent, quoiqu’ils ne soient pas responsables des prévarications commises par ce peuple, cette nation ou cette race (C’est pourquoi tout homme blanc ou tout homme musulman hérite du péché de la race négrière à laquelle il appartient. Et cependant, on ne saurait leur imputer les crimes perpétrés. L’aporie ne trouve son issue que dans l’« agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Et la formule rituelle se conclut par « prends pitié de nous » et enfin « donne-nous la paix ». Car le péché collectif ne peut s’effacer, sauf par un Dieu qui peut l’enlever, et Lui seul).
L’entrée d’un enfant dans l’espèce humaine est matérialisée par le moment et l’acte de sa conception, (qui est un moment « dans la nuit ») puis par sa naissance neuf mois plus tard, bien visible quant à elle. Elle se concrétise administrativement par le rituel de la déclaration à l’État civil par lequel le petit d’homme entre rituellement dans une « nature humaine » spécifiée en quelque sorte par la Nation à laquelle il appartient. Ce rituel fait entrer le nouveau-né dans une communauté de langue, de culture, d’histoire et l’identifie comme français, gabonais, polonais etc… Et il est bon que ce soit le père qui déclare l’enfant car en même temps qu’il le reconnaît comme sien, il le fait entrer dans la société à laquelle il appartient, et qui de ce fait est celle de la mère, même si elle vient et participe d’une autre culture. Ce rituel administratif, profane, n’est pas qu’une formalité : il est essentiel pour la constitution d’une généalogie ou pour sa prolongation. Il est aussi une forme de recensement. Et il manifeste que si l’entrée dans l’espèce humaine se fait par la mère, le père, lui, donne l’état civil : il communique le prénom choisi et il donne son nom à l’enfant.
Mais il est une autre « porte d’entrée » dans un autre « état » de la nature humaine, son état de grâce, son état de nature « sauvée ». Cette entrée se fait par le baptême.
Alors l’enfant entre dans la grande assemblée des rachetés, grâce au baptême qui est une nouvelle circoncision, celle du cœur. Il entre dans la véritable appartenance à l’humanité, par son appartenance à l’Église, peuple de Dieu né de l’alliance avec la divinité, dans le prolongement d’Israël. C’est la raison pour laquelle le rituel juste du baptême se fait en présence d’une communauté, qui figure (comme synecdoque) l’immense communauté de l’Église universelle.
Cette distinction entre espèce humaine et nature humaine s’effondre si l’on admet que l’homme est une espèce animale parmi toutes les autres. Alors le sens même du rituel disparaît. Le « nom du père », figure de cet acte par lequel il donne à l’enfant son état civil peut même aller jusqu’à l’effacement. Disparait avec lui une différenciation anthropologique qui « fait de l’homme ». C’est pourquoi il est criminel de priver un enfant du nom de la femme qui l’a porté et mis au monde, comme il est criminel de le priver de l’identité du père qui l’a conçu. La naissance sous x, droit prétendu de la mère, est une aberration. La revendication de certains adultes qui se sont vu privés de cette information qui figure leur entrée dans la nature humaine, est légitime.
C’est une requête de justice.
Fouad Abou Nader : « Il faut sauver les chrétiens du Liban-Sud ! »
De notre Envoyé spécial Antoine Bordier, auteur de la quadrilogie Arthur, le petit prince
Ils ne sont plus que 30 000 Libanais chrétiens à survivre au sud du Litani, ce fleuve qui chapeaute Tyr et toute la région sud du Liban, telle une couronne, une couronne devenue une couronne d’épines. Ils étaient encore 75 000 avant le 2 mars, avant le début de la guerre, à résister aux coups de boutoirs israéliens qui veulent les chasser comme des étrangers, alors que cette terre gorgée d’eau, de lait, de miel, de vin et de vie, leur appartient depuis 2026 ans, depuis que le Christ, depuis que la Sainte Famille en a fait son jardin, son refuge, sa terre sainte, son chemin de repos. Ce chemin est devenu un chemin de croix, pire une passion sans fin… Mais, le Liban résiste et les autres pays arabes aussi. Jusqu’à l’affrontement ultime (?), celui que nous sommes en train de vivre au Moyen-Orient. Les chrétiens du Liban-Sud n’y réchappent pas. Ils sont comme les guetteurs de la Bible, ils sont aux avant-postes. Pour bien comprendre les enjeux de cette guerre sans fin dont on avait cru que le paroxysme avait eu lieu lors des guerres du Liban de 1975 à 1990, nous sommes allés rencontrer un homme et son organisation qui ont fait de la défense des chrétiens et de tous les Libanais leur CREDO. Il s’appellent Fouad Abou Nader et son ONG Nawraj. Fouad lance ce cri : “ Il faut sauver les chrétiens du Liban-Sud ! ”. Qui entendra ce cri lancé qui déchire le rideau du temple, celui de nos nuits ténébreuses, à quelques jours de la Semaine Sainte et de la Nuit de Pâques ? Qui ?
A Beyrouth, le quartier de Dora se situe dans le nord-est de la capitale, loin des bombes qui frappent quotidiennement depuis le 2 mars son centre et sa banlieue sud-ouest. C’est un quartier d’affaires, assez populaire, où se mélangent artisans, hôpital, PME-PMI et associations. Il est tout proche de Bourj Hammoud, du quartier des Arméniens, sorti des marécages dans les années 1915-1920 au moment du génocide perpétré par les Ottomans, les Turcs. Les Arméniens devenus apatrides, orphelins en mode survie, y ont dressé leur tente. Aujourd’hui, plus de 130 000 y représentent la 4e et 5e générations. Généralement, aux heures de pointe, la circulation est très compliquée dans ces quartiers en effervescence, tant les goulots d’étranglement y sont nombreux. Il faut dire qu’ici, au Liban, la conduite automobile est un vrai sport chaotique national et le code de la route y est malmené. Très. Et, en raison de la grave crise qui frappe le pays depuis 2019, les routes sont rarement entretenues. Mais, ce matin-là, en raison de la guerre, les routes sont fluides, peu incombrées. Et le soleil est raduit. Il me faut 20 petites minutes pour rejoindre, avec Georges, le quartier général de Nawraj.
Fouad Abou Nader, le moine-soldat de la bienfaisance

Au premier étage de cet immeuble, qui jouxte l’hôpital, dans ses bureaux, il est là, actif, énergique, tel un chef d’orchestre devant son pupitre, la baguette à la main qui virevolte dans les airs, faisant jouer les instruments de sa nouvelle composition : celle de la Bienfaisance. Le vieux soldat de 70 ans n’est pas fatigué (il fait 10 ans de moins). Il me fait surtout penser à un moine, tant il ne se perd pas dans des explications inutiles, un moine-soldat. Il lui manque juste la bure. Certains l’appellent encore “le héros”, lui qui a été blessé à plusieurs reprises et qui porte encore dans son corps les stigmates des guerres sans fin. Depuis une quinzaine d’années, celui qui commandait les Forces libanaises, durant les guerres du Liban, a déposé les armes dans les années 1987-1990. Le commandant est devenu docteur, et le docteur Fouad Abou Nader est devenu entrepreneur et philanthrope. Le guerrier est devenu le moine-soldat de la bienfaisance. « Oui, j’ai arrêté de me battre. Je me suis battu pendant une vingtaine d’années. Mon rôle en tant que chef des Forces libanaises était à la fois politique et militaire. Ma bataille, depuis 1987, je la mène sur le terrain de l’entreprise. Cette année-là, j’ai créé Tanit Group, spécialisé dans l’installation et le développement d’hôpitaux en Afrique et au Moyen-Orient. Aujourd’hui, nous sommes, surtout, présents au Nigéria. C’est mon fils, Anthony, qui en est le CEO depuis 2003. Son frère Georges est venu le rejoindre. Et, en 2010, j’ai créé mon ONG Nawraj. » Il s’installe de nouveau à son bureau, signe quelques papiers administratifs. S’interrompt et répond à quelques coups de téléphone. Il est sur le pont…
NAWRAJ, plus qu’une ONG
C’est son nouveau combat : NAWRAJ ! Un joli nom pour un combat des plus nobles et un verbe des plus essentiels : il s’agit de créer, mailler et tisser un Liban communautaire des plus fraternels, des plus solidaires, à travers des actions, des œuvres et des projets caritatifs, éducatifs, entrepreneuriaux, médicaux et sociaux. Nawraj ? Cela veut dire : “tribulum”. Drôle de nom qui nous renvoit au latin, mais il s’agit d’un outil agricole, un traineau en bois, tiré par des chevaux ou des boeufs, avec une planche incrustée de petites pierres angulaires qui sert au temps des moissons pour séparer les grains des épis de blé. Son sens plus profond, presque mystique, est celui-ci : il s’agit de séparer le bon grain de l’ivraie. Tel le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry qui rêve de roses et en prend soin, Fouad rêve de retrouver le Liban merveilleux des années trente, quarante et cinquante. Il rêve du Liban encore plus ancien, celui de Lamartine. Il rêve du Liban de la Paix, de la paix au Liban et dans tout le Moyen-Orient !
Des projets, toujours des projets
Depuis 2010, ce sont plus de 110 projets qui sont sortis de cette terre sainte où la Sainte Famille a séjourné, et y a goûté l’eau, le lait et le fameux miel des montagnes. Dans la vallée de la Bekaa, située entre le Mont Liban et l’Anti-Liban, l’ONG fournit, par exemple, des tracteurs, des engins et des équipements pour l’agriculture. Elle construit des réservoirs d’eau et fait jaillir de terre des épiceries et des petits commerces. Elle finance des entrepreneurs, car les projets sont multiples, transversaux, sociétaux. Dans le secteur éducatif, elle propose des bourses, et participe à la (re)construction d’écoles. Elle travaille aussi pour le vivre-ensemble, passerelle nécessaire pour relier les communautés entre-elles et faire nation. « Nos projets ne concernent pas que les chrétiens, insiste Fouad. Toutes les communautés religieuses sont concernées. Et, elles en bénéficient. Notre stratégie est une stratégie d’alliance… » Et, il n’est pas seul. Fouad Abou Nader en tant que Président de Nawraj étire son réseau sur tout le Liban, le Moyen-Orient et jusqu’en France où il a été, déjà, reçu par le Sénat. Il est, également, accueilli en Allemagne et en Italie. Depuis sa création, il y aura 16 ans cette année, son ONG a investi plusieurs millions d’euros au Liban, avec ses partenaires comme L’Œuvre d’Orient, la Région Auvergne-RhôneAlpes, et avec ses donateurs. Parmi ces-derniers, Chrétienté-Solidarité est très active. Yann Baly, son président que nous avons joint au téléphone, se rendra prochainement au Liban…

La caravane de l’Espérance avec le Nonce Apostolique
C’est ainsi que pourraient s’appeler les deux convois qui sont partis en urgence au secours des chrétiens crucifiés, de ces villageois qui vivent depuis des millénaires dans ces régions du sud et du sud-est du pays du Cèdre. Certains villages ont été complétement rasés, pendant la guerre de 2023-2024. Les photos du village de Taybeh, un village de l’est, sont impressionnantes. Comme s’ils étaient passés dans la lessiveuse de la mort, celle de la grande faucheuse, du diable lui-même. D’autres tiennent encore debout, par miracle. Quel courage – quelle folie diront les plus frileux et les plus égoïstes – que ce nonce qui part deux fois de suite en mission, en mode commando de la bienfaisance, vers ces populations bombardées. Il faut dire que l’ambassadeur du Pape Léon XIV au Liban n’est pas n’importe qui.
Un géant…
Mgr Paolo Borgia n’est pas un géant en taille, mais, il l’est en charité, en spiritualité, en humanité. Cela va faire 4 ans qu’il a été nommé comme nonce apostolique pour le Liban. Auparavant, il était nonce en Côte d’Ivoire. Il appartient à une très vieille famille : celle des Borgia. Ce nom parle à tout le monde, même au plus ignorant des chrétiens encore vivants. Borgia ?
Oui, le pape Alexandre VI (1431-1503) en est un. Et, les sujets les plus scabreux à son encontre ont existé. Mais, dans cette famille qui a eu plusieurs papes, il y a, aussi, des saints, comme saint François Borgia, qui apporta à l’Eglise toute son austérité, sa pureté, au moment des réformes du 16e siècle. Un saint parce qu’il a renoncé à la gloire, à son duché, après le décès de son épouse, pour rentrer chez les jésuites… Et Paolo Borgia ? Un futur saint ?
Sur le terrain du Liban-Sud, le nonce avec sa croix et sa soutane ne ressemble pas à un casque bleu, pourtant il apporte la paix. Il est un casque blanc et jaune, celui du Vatican. En se déplaçant sous bonne escorte, avec Fouad Abou Nader, Nawraj, et d’autres ONG comme l’Œuvre d’Orient, Caritas, Solidarity, et l’Ordre de Malte, il part en mission comme le Christ, comme les premiers apôtres, comme les premiers chrétiens, comme les premiers mar-tyrs. A la suite du pape, il est un apôtre de la Paix !

Missions à haut-risque
Les 13 et 16 mars, deux missions, deux convois humanitaires partent au petit matin de Beyrouth. Il est 6h30. Le premier va s’arrêter dans les villages suivants : Deir Mimas, Al Klayaa (ou Oklayaa), Marjeyoun, Ebel El Saki, Rashaya Al Fakhar, Kawkaba, etc. Assis à son bureau, alors qu’il détaille cette première mission, Fouad se lève soudain de sa chaise et se dirige vers une carte accrochée au mur. Là, avec son doigt, il déroule le périple de tous les dangers. Ils sont une dizaine de voitures et de camionnettes, avec la présence de l’armée à l’avant et à l’arrière pour sécuriser « la caravane de l’Espérance ». Ils vont rouler plus de 2h30 depuis Beyrouth. A l’intérieur, dans certaines voitures, certains prient. L’ambiance n’est pas pesante, mais l’engagement est total. Tous sont concentrés sur cette première mission. Vers la Bekaa, la vallée verte si généreuse et onctueuse – plaine agricole de toutes les convoitises -, et après avoir passé Anjar, ville-frontière avec la Syrie, ville ancienne (il ne reste que des vestiges omeyyades du califat de Walid Ibn Abd Al-Malak vers 700) et ville nouvelle que la France et le Liban ont sorti de terre en 1939, pour accueillir les 5000 rescapés arméniens du Musa Dagh (le mont Moïse). Après Anjar, donc, direction plein sud. « Des bombardements ont accompagné notre route. Nous n’avons pas été touchés, mais nous les entendions très bien », raconte Fouad.

Témoignages
Mgr Borgia témoigne : « Nous avons retroussé nos manches pour décharger tout le matériel afin de pouvoir repartir. Aujourd’hui, nous avons visité six villages, toujours dans la même région, et nous avons rencontré les communautés », explique-t-il. « Des communautés maronites, des communautés mixtes chrétiennes, orthodoxes, grecsmelkites et latines, ainsi que des communautés grecs-orthodoxes ou maronites avec des druzes et des sunnites. Une très belle expérience, un très beau moment de fraternité », rajoute-t-il. L’émotion la plus grande, la plus profonde et la plus émotionnelle, a certainement été celle de la Messe des obsèques du père Pierre El Raï, à Qlayaa. Un nouveau martyr ! Celui de la Charité ! Ce prêtre portait secours à ses paroissiens, lorsqu’il a été tué à son tour, assassiné par les tirs de l’armée israélienne le lundi 9 mars. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt il donne beaucoup de fruits », dit le Seigneur à ses apôtres (Jean 12, 24).
Le 16 mars, de nouveau, Fouad et le nonce sont partis en tête du nouveau convoi. Direction, cette fois-ci, dans la région de Tyr, dans le sud-ouest. « Nous avons parcouru des zones désertes sans âme qui vive. Il y avait beaucoup de décombres et de ruines ». La dévastation comme seul horizon, la poussière des ténèbres comme seul oxygène. « Ils ont tous peur », martèle sans cesse Fouad. « Dans certains villages, ils ont utilisé des bombes à phosphore. Ils veulent tout détruire : la vie des femmes et des hommes, la vie des familles, la vie de la terre… » La terre ? La terre sainte, celle de Dieu !

Un appel, un cri… et des questions
De retour dans son bureau, après avoir laissé Mgr Borgia dans sa nonciature qui se trouve au pied du sanctuaire marial d’Harissa au nord de Beyrouth, Fouad Abou Nader s’interroge : « Peut-être que nous organiserons un troisième convoi pour Pâques (?) Mais, il faut dès maintenant penser à la fin de la guerre, qui je l’espère, nous l’espérons tous, arrivera bientôt. Il faut penser à la reconstruction. » Il lance un appel à la France, aux pays francophones :
« Nous avons besoin de vous, de votre aide, de votre assistance, de votre amitié et de votre compassion. Nous avons besoin de votre aide financière pour reconstruire les villages et permettre aux chrétiens, à tous les Libanais de rentrer chez eux. »
Cet appel est lancé alors que des questions demeurent et non pas des moindres : celle du Hezbollah, celle de son désengagement, celle de son désarmement. Que fera la France, que feront les Français et les 400 millions de francophones dans le monde ? Que feront les 14 millions de Libanais vivant en diaspora ? Oui, que fera la France de saint Louis qui avait engagé son Royaume à sauver le Liban chrétien ?
En cette belle fête des Rameaux, la France de Macron sera-t-elle fidèle à cette amitié, à cette fraternité qui lie les deux pays frères ?

Pour en savoir plus sur Nawraj : https://nawraj.org/
Pour aider les Chrétiens du Liban, contactez : [email protected]
A lire également : https://lesalonbeige.fr/il-pleut-des-bombes-sur-le-liban-desdemain-des-roses/ et https://lesalonbeige.fr/le-liban-crucifie-sur-lautel-de-lholocaustemondial/
Reportage réalisé par Antoine BORDIER, auteur, biographe et consultant Pour le contacter : [email protected]
Copyright des photos A. Bordier et Nawraj
Tout ça pour ça
Le Comité international olympique (CIO) a annoncé jeudi le retour des tests de féminité en vue des Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Les hommes qui se prennent pour des femmes ne pourront plus concourir avec les femmes.
Le Comité international olympique (CIO) a conditionné la participation aux épreuves féminines des JO 2028 à des tests chromosomiques, déjà en vigueur de 1968 à 1996 dans le monde olympique. L’admissibilité aux compétitions olympiques féminines “est désormais réservée aux personnes de sexe biologique féminin”, non-porteuses du gène SRY, a expliqué le CIO dans un communiqué, après une réunion de sa commission exécutive.
Cette nouvelle politique n’est pas rétroactive. Elle ne remet donc pas en cause la médaille d’or obtenue aux JO de Paris par la boxeuse algérienne Imane Khelif.
Ces politiques sont déjà en vigueur depuis l’an dernier dans trois disciplines, l’athlétisme, la boxe et le ski, bien que leur application soulève des difficultés pratiques et légales: en France par exemple, les lois de bioéthique ne permettent pas de test génétique sans nécessité médicale.
Belgique : les euthanasies augmentent encore
Selon les chiffres publiés par la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie le 20 mars, 4 486 déclarations d’euthanasie ont été enregistrées en Belgique en 2025, ce qui représente une nouvelle hausse de 12,4 % par rapport à l’année précédente. Plus de vingt ans après la dépénalisation de l’euthanasie, l’acte se banalise chaque année un peu plus.
En 2024, moins de 4 000 euthanasies avaient été recensées, et jusqu’en 2022, moins de 3 000 procédures étaient comptabilisées. Depuis, elles n’ont pas cessé d’augmenter. Elles représentent désormais 4 % des décès du pays, soit 12 euthanasies en moyenne par jour.
- Les cancers restent la première pathologie à l’origine des demandes d’euthanasies, même si leur part diminue de 4,2 % cette année. Ils représentent 49,9 % des raisons invoquées en 2025.
- Les « polypathologies » sont en revanche en augmentation. Elles sont en effet à l’origine de 29,6 % des déclarations enregistrées, contre 26,8 % l’an dernier.
- Les maladies neurologiques (8,2 %), les maladies respiratoires (3,3 %) et les maladies cardiaques (2,4 %) viennent ensuite.
- Les euthanasies pour « troubles cognitifs » représentent, elles, 1,7 % des décès après euthanasies, et celles pour « affections psychiatriques » 1,6 %, soit une hausse par rapport à 2024.
Six euthanasies ont également été pratiquées suite à la rédaction de directives anticipées. Parmi les demandes, de plus en plus concernent en outre des personnes dont le pronostic vital n’est pas engagé à court terme (1 117 déclarations en 2025, soit 24,9 %, ccontre 932 en 2024). La loi belge n’exigeant pas que la personne soit en phase terminale, le dispositif ouvre la voie aux dérives qui se multiplient.
En 2025, un nouveau mineur a aussi été euthanasié, « portant à 7 le nombre total de cas depuis l’extension de la loi aux mineurs en 2014 ». 61 personnes de moins de 40 ans sont en outre décédées par euthanasie en 2025, soit 1,4 % du total. La plupart des patients concernés sont âgées de plus de 70 ans (73,7 %), et 45 % d’entre eux ont plus de 80 ans.
Comme en 2024, la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie n’a par ailleurs transmis aucun dossier au procureur du Roi en 2025. Serait-elle une simple chambre d’enregistrement renonçant à exercer un véritable contrôle ?
Source : Gènéthique
Conseils pour prier en famille
“Un enfant qui prie est un enfant heureux, une famille qui prie est une famille unie.”
Mère Térésa
La prière en famille est un moment fort pour les parents comme pour les enfants. Encouragé par l’Église catholique, ce temps de prière est fondamental pour la “petite Église domestique” comme surnommait saint Jean Chrysostome la famille.
La prière familiale permet de montrer, d’accompagner ses enfants et de les encourager à parler avec le Christ, avec le Père, la Sainte Vierge Marie ou un saint ou son saint patron. De plus, cela donne l’occasion de partager un moment particulier, tout en Vérité avec ses enfants, frères et sœurs ou parents qui enrichit et lie.
C’est un moment de douceur et de vulnérabilité où l’on peut confier sa journée (si l’on prie le matin) ou bien la passer en revue (si l’on prie le soir) demander pardon à un membre de sa famille si on pense l’avoir blessé et à Jésus, demander quelque chose au Seigneur et lui rendre grâce pour une joie partagée : le traditionnel et simple Pardon, S’il vous plaît et Merci. Ce temps peut également être accompagné d’un temps de lecture de la Parole de Dieu avec la lecture de l’Évangile par exemple, sans oublier un temps consacré aux intentions de prière de chacun.
Afin d’instaurer la prière en famille comme routine, il est judicieux de la délimiter dans le temps et l’espace. Cela signifie qu’on peut décider, en famille, d’un jour, d’une heure précise et d’un endroit précis pour prier tous ensemble.
Lorsque les enfants grandissent, les emplois du temps de chacun ne permettent pas toujours de prier quotidiennement, choisir un jour dans la semaine comme un rendez-vous assure de conserver ce beau moment de partage.
Avoir un coin prière chez soi, dans le salon ou dans une chambre, est répandu mais pas systématique pour tout le monde. Il est aussi possible de se rendre dans sa paroisse (ou dans une église quelconque) pour la prière familiale.
Il est primordial de ne pas s’imposer trop de règles et de cadres mais de laisser ce temps de prière spontané et doux, de le personnaliser à sa famille, à ses envies, aux évènements familiaux…
Prière pour la famille de Mère Teresa
“Père céleste, tu nous as donné en la Sainte Famille de Nazareth un modèle de vie.
Ô Père aimant, aide-nous à faire de notre famille un autre Nazareth où l’amour, la paix et la joie règnent. Que nous puissions être profondément contemplatifs, intensément eucharistiques et vibrants de joie.
Aide-nous à rester unis dans la joie comme dans la peine grâce à la prière en famille.
Apprends-nous à voir Jésus dans les membres de notre famille, spécialement dans les moments douloureux.
Fais que le Cœur eucharistique de Jésus rende nos cœurs doux et humbles comme le sien et qu’il nous aide à accomplir saintement nos devoirs familiaux. Que nous nous aimions les uns et les autres comme Dieu aime chacun de nous, de plus en plus chaque jour, et que nous nous pardonnions nos offenses comme tu pardonnes nos péchés.
Ô Père aimant, aide-nous à recevoir tout ce que tu nous envoies et à donner généreusement tout ce que tu demandes avec un grand sourire.
Cœur Immaculée de Marie, cause de notre joie, prie pour nous.
Saint Joseph, prie pour nous.
Saints anges gardiens, soyez toujours avec nous, guidez-nous et protégez-nous. Amen.”
Prière pour confier sa famille au Seigneur
“Cœur de Jésus, toi qui t’es consacré au Père par amour pour nous, nous voulons, dans le souffle de ton Esprit Saint, te rendre amour pour amour en nous consacrant à Toi.
Nous voulons te consacrer la vie de notre famille dans la situation où elle se trouve aujourd’hui.
Nous te consacrons notre passé, notre présent et notre avenir, notre maison, notre travail et nos gestes les plus simples.
Nous te consacrons nos joies comme nos épreuves.
Pour que l’amour dont tu nous as aimés nous garde en toi et demeure en nous à jamais.
Et pour que le feu de ton amour embrase le monde entier.
Amen.”
Prière pour confier ses enfants à Dieu
“Mon Dieu, voici mes enfants, ils viennent de vous. Ils sont vos enfants et vous les aimez encore plus que moi. Qu’ils sentent la main de votre amour sur leurs épaules et la douceur de votre présence à leur côté. Guidez-les pour qu’ils vivent pleinement l’aventure que vous souhaitez pour eux, non pas ce que moi, je rêve pour eux.
Délivrez-les du mal, et s’ils pèchent, qu’ils gardent les yeux tournés vers nous. Protégez-les de l’égoïsme, de la suffisance, du découragement. Apprenez-leur à se connaître et à s’épanouir avec la personnalité que vous leur avez donnée. Qu’ils se servent de leurs qualités et de leurs richesses pour vous servir et pour bâtir un monde plus juste et plus fraternel. Apprenez-leur à vivre au cours de leur être, la rencontre avec vous et avec les autres et qu’ils vous aiment par-dessus toutes choses.
Et quant à moi, Seigneur, aidez-moi à les aimer comme ils sont, à être ferme et à les corriger lorsque je le dois.
Donnez-moi la patience lorsqu’ils cherchent à se comprendre, et surtout quand le front haut, ils questionnent les principes des valeurs qui m’ont fait vivre. Aidez-moi à les respecter lorsqu’ils veulent répondre à ce que vous leur adressez au plus profond de leur être.
Que votre sagesse me console et me rassure et que votre providence les conseille et les soutienne quand ils partiront du foyer.
Enfin, lorsque mon travail de parent sera fini, quand ils seront formés et éduqués et qu’ils voleront de leurs propres ailes, accompagnez-les. Et faites qu’alors je me tourne vers vous, le cœur en paix, avec la joie de comprendre un peu mieux votre manière de faire et de nous aimer.”
Eléonore pour Hozana.org
Municipales : archipélisation du pays et éparpillement des votes
Au lendemain des municipales 2026, le scrutin ne fait pas émerger de grand gagnant national, mais confirme selon le politologue Guillaume Bernard un double mouvement de fond : « l’archipélisation » du pays et l’éparpillement des votes. Si le Rassemblement national et La France insoumise progressent symboliquement, les partis traditionnels résistent localement, tandis que les écologistes apparaissent comme les grands perdants de cette séquence. Analyse de Guillaume Bernard sur RCF :
Les municipales 2026 ont rebattu les cartes dans plusieurs villes, sans pour autant provoquer de véritable séisme politique à l’échelle nationale. Le politologue observe bien des changements de majorité dans certaines communes, mais refuse d’y voir une lame de fond comparable à d’autres scrutins municipaux marquants.
Selon Guillaume Bernard, deux grandes cassures se dégagent de ces élections. La première est territoriale.
« On voit bien qu’il y a deux Frances : la France des métropoles et de leurs banlieues d’un côté, et puis de l’autre côté ce qu’on appelle la France périphérique, c’est-à-dire les villes moyennes, les petites villes, le rural ».
La seconde fracture serait davantage sociologique. D’un côté, un électorat qui continue de voter selon des considérations idéologiques, programmatiques ou en fonction d’une certaine idée de l’intérêt général. De l’autre, un vote que l’enseignant qualifie de plus en plus de communautariste.
À ses yeux, cette lecture rejoint le diagnostic formulé par Jérôme Fourquet sur « l’archipélisation » de la société française. Les bascules de villes comme Saint-Denis ou Roubaix vers LFI, pendant que Carcassonne, Castres, Menton ou Carpentras rejoignent le giron du RN, en seraient l’illustration la plus nette.
Pour autant, Guillaume Bernard nuance l’idée d’un retour général de l’étiquette partisane dans les municipales. Dans les grandes villes et les métropoles, les appartenances politiques demeurent déterminantes. En revanche, dans la grande majorité des 35 000 communes françaises, la logique reste d’abord locale, souvent personnelle, parfois dépolitisée.
« L’enjeu politique et idéologique des municipales se joue dans les grandes villes ou dans les villes moyennes, pas véritablement dans le monde des communes lambda », explique-t-il. Dans les petites communes, le vote se joue davantage sur la connaissance des personnes, leur bilan ou leur capacité à rassembler, plutôt que sur une ligne idéologique clairement identifiée.
Autre enseignement majeur du scrutin : la faiblesse persistante de la participation. Si la mobilisation a légèrement progressé par rapport à 2020, année marquée par la crise sanitaire, elle reste inférieure à celle de 2014. Une tendance lourde, qui inquiète le politologue.
« On est sur une longue période d’au moins 50 ans où il ne cesse d’y avoir une augmentation de l’abstention municipale ». « Cette participation très basse, et qui ne cesse de baisser depuis une cinquantaine d’années aux municipales, est le signe que la démocratie est malade ».
Il pointe aussi les effets de réformes récentes, notamment dans les petites communes, avec la limitation du panachage et l’évolution des règles de composition des listes. Ces modifications auraient pu, selon lui, accentuer encore le désintérêt des électeurs.
Parmi les faits politiques marquants du scrutin, Guillaume Bernard retient deux symboles : la prise de Saint-Denis par LFI dès le premier tour, et celle de Carpentras par le RN. Dans les deux cas, il y voit des signaux politiques puissants.
Pour autant, il refuse de désigner un vainqueur global. « Je crois qu’il n’y a aucun gagnant ». Certes, LFI réalise une percée et le RN confirme sa progression, mais sans que cela bouleverse fondamentalement les rapports de force nationaux.
Sur LFI, le constat est clair : le mouvement de Jean-Luc Mélenchon s’enracine dans certaines villes, souvent au sein même de la gauche. « Très souvent, les victoires de LFI sont des victoires internes à la gauche », note-t-il. Surtout, les coalitions du second tour montrent que la formation insoumise n’est pas massivement rejetée par l’électorat de gauche. « Parmi les électeurs de gauche, il y a un continuum idéologique et il n’y a pas de rejet de LFI », avance-t-il.
Côté RN, la progression est réelle mais géographiquement ciblée. « La progression se fait dans les villes petites et moyennes, il est quasiment totalement absent des grandes métropoles », souligne Guillaume Bernard. Il relève aussi une poussée surtout marquée dans le sud, signe selon lui d’un RN davantage identitaire que social.
Longtemps annoncés moribonds sur le plan national, Les Républicains comme le Parti socialiste montrent en revanche une capacité de résistance locale. Malgré leur effondrement aux présidentielles de 2017 et 2022, les deux partis conservent un réseau d’élus municipaux qui leur permet de rester visibles et implantés.
Le bloc présidentiel, lui, confirme ses limites territoriales. Renaissance et ses alliés n’ont jamais véritablement construit de maillage local solide. Le scrutin ne permet donc pas de tirer de leçon générale, entre des situations très contrastées comme celle d’Édouard Philippe au Havre et celle de François Bayrou à Pau.
En revanche, s’il fallait désigner un perdant net, Guillaume Bernard cite sans hésiter les écologistes. Après leur dynamique des années 2014-2020, ils n’ont pas réussi à confirmer et perdent plusieurs villes importantes, comme Bordeaux ou Strasbourg.
Que disent enfin ces municipales de la présidentielle 2027 ? Pas grand-chose de définitif, répond en substance Guillaume Bernard. Les résultats locaux ne se transposent pas mécaniquement au niveau national. En revanche, ils confirment les dilemmes stratégiques des principaux blocs.
Le Parti socialiste devra choisir entre l’alliance durable avec LFI ou une tentative d’autonomisation. Le centre et la droite devront, eux, décider s’ils sont capables de faire émerger une candidature commune pour exister face au RN. Mais le politologue redoute moins un débat de fond qu’une multiplication des calculs tactiques. « On risque d’être dans une tambouille électorale extrêmement vicieuse et décevante du point de vue du contenu du débat », prévient-il.
En somme, ces municipales 2026 ne dessinent pas encore clairement la présidentielle à venir. Elles montrent surtout une France politiquement fragmentée, territorialement fracturée, et traversée par une défiance civique persistante. Une photographie sans vainqueur absolu, mais riche d’enseignements sur les fragilités du moment.
La FSSPX nierait en pratique la gouvernance suprême du successeur de Pierre
De Thomas Fontana pour Le Salon beige :
La question soulevée ici n’est pas uniquement d’ordre disciplinaire, mais relève de la soumission à l’enseignement constant de l’Eglise catholique. En effet, la discipline évolue, peut diverger
d’une église particulière à une autre, le meilleur exemple étant le célibat presbytéral.
La fidélité à l’enseignement constant de l’Eglise jusqu’au deuxième Concile du Vatican est l’axe majeur de l’argumentaire de la FSSPX. Pour ce faire, elle n’hésite pas à se dérober à la discipline catholique romaine lorsqu’elle le juge nécessaire ; elle pratique une casuistique parfois douteuse, invoquant perpétuellement ce qu’elle appelle un « état de nécessité ».
Le Pape François a reconnu (quelques furent ses arrière-pensées) la grande efficacité de la FSSPX dans le domaine de l’apostolat catholique, et a accordé à ses membres de façon inédite et
surprenante, des facultés en matière de d’administration des sacrements.
Par une déclaration en date du 2 février 2026, le supérieur de la FSSPX, l’abbé Davide Pagliarani a provoqué un séisme en annonçant la consécration épiscopale de nouveaux évêques, sans mandat pontifical, le 1er juillet 2026.
Plusieurs autorités qualifiées (les cardinaux Sarah et Müller, Mgrs Eleganti et Musaert) ont déjà argumenté sur le plan canonique des conséquences de ces consécrations épiscopales. On entend notamment que ce sera un schisme. Le canon 751 du code de droit canonique de 1983 défini qu’ «on appelle schisme le refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis ».
On soulignera ici la première partie du canon 751 qui donne la définition de l’hérésie :
« On appelle hérésie la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité; apostasie, le rejet total de la foi chrétienne ; ». (canon 751 du code de droit canonique de 1983)
Pourquoi évoquer une hérésie pratique à propose de la FSSPX ? De quelle négation s’agit-il ? Simplement de la nature du sacrement de l’Ordre puisque la FSSPX ne veut des évêques que
comme « distributeurs de sacrement ». La FSSPX s’arrogeant le droit de ne pas se soumettre au code de droit canonique de 1983, on se réfèrera aux canons suivants du code de 1917 :
« Canon N° 218
§1. Le Pontife Romain successeur de Saint Pierre dans sa primauté, a non seulement la primauté d’honneur, mais le pouvoir de juridiction suprême et entier sur l’Eglise Universelle, tant dans les matières qui concernent la foi et les mœurs, que dans celles qui se rapportent à la discipline et au gouvernement de l’Eglise répandue dans le monde entier.
§2. Ce pouvoir est vraiment épiscopal, ordinaire et immédiat, s’exerçant tant sur toutes les églises et chacune d’entre elles que sur tous les pasteurs et tous les fidèles et chacun d’entre eux ; ce pouvoir est indépendant de toute autorité humaine.
Canon N° 329
§1. Les évêques sont les successeurs des apôtres et d’institution divine ; ils sont préposés aux Eglises particulières qu’ils gouvernent en vertu d’un pouvoir ordinaire, sous l’autorité du Pontife
romain. §2. Le Pontife romain nomme librement les évêques. »
L’Eglise nous enseigne que l’évêque, successeur des apôtres a trois charges : sanctifier, enseigner et gouverner. Il est maître de doctrine, prêtre du culte sacré et ministre de gouvernement.
Ces charges sont inhérentes et indissociables du caractère de l’épiscopat. Il existe deux catégories d’évêques : diocésains et titulaires. Les deux ont la charge d’une église particulière, celle du titulaire est en terre infidèle (in partibus infidelium). L’évêque a toujours au moins radicalement une charge de gouvernement. Lorsqu’il exerce son pouvoir d’ordre, un évêque titulaire le fait sous la juridiction d’un évêque diocésain ou d’une Supérieur religieux qui a juridiction sur ses sujets. Ce pouvoir de juridiction, il le reçoit du Souverain Pontife et l’exerce en communion avec lui et avec tout le corps des évêques catholiques.
En voulant consacrer des évêques de sa propre autorité, la FSSPX tomberait pratiquement dans l’hérésie. Elle nierait en pratique la gouvernance suprême du successeur de Pierre, elle nierait le caractère de gouvernement indissociable au caractère épiscopal. Nous serions donc bien non pas seulement dans une situation de schisme, mais dans une situation d’hérésie pratique : un groupe de prêtres sans situation canonique régulière, sans en avoir l’autorité, s’arroge le droit de charger deux évêques, en situation litigeuse avec le Saint-Siège, de consacrer des évêques, sans charge de gouvernement, et en désaccord avec la doctrine catholique sur la nature de l’épiscopat.
Espérons qu’il n’existe pas de souhait de la FSSPX de « fauter pour être pardonné », c’est-à-dire de mettre le Saint-Siège devant un fait accompli pour espérer sa miséricorde ultérieure. Ce serait une faute lourde, comme celui qui se dit « je commets un acte impur, mais ce n’est pas grave, j’irai me confesser », un péché contre l’Esprit.
Dans cette crise on ne peut que reconnaître la griffe du Malin qui cherche à diviser, comme son nom le « diable » le signifie. Il souffle de ne pas se soumettre au serment anti moderniste que la FSSPX promeut pourtant.
Une erreur serait de faire le parallèle entre les sacres de 1988 et ceux, éventuels, de 2026. Depuis bientôt quarante ans, la situation a changé et les sacrements ont pu continuer à être prodigués selon les livres anciens, avec l’autorisation de Rome, malgré des frictions régulières avec certaines autorités. L’ordination sacerdotale de prêtres selon les livres anciens est une constante continue, autorisée malgré le motu proprio Traditionis custodes. La prétendue nécessité invoquée est-elle simplement un manque de confiance envers le Saint-Père, le Vicaire du Christ ou, plus grave, un doute général sur la validité des sacrements conférés par l’Eglise ?
Thomas Fontana
Réponse à Politique Magazine sur les sacres : Inséparable juridiction ?
Parmi les critiques théologiques dont les prochaines consécrations épiscopales font l’objet, certaines émanent de personnalités importantes, mais ce n’est pas toujours le cas. Ici et là, quelques contributeurs moins connus y vont aussi de leurs arguments pour s’immiscer dans le débat.
Ainsi Jean Bouër, un chroniqueur de Politique Magazine conteste l’argumentation « délicate » de la Fraternité qui affirme que les pouvoirs d’ordre et de juridiction sont séparables et qu’il est ainsi possible de sacrer des évêques sans leur donner une juridiction. Pour le chroniqueur, c’est au contraire un fait que « quand on sacre un évêque, on lui attribue toujours une juridiction.(1) » Preuve en est que, quand on sacre un évêque sans diocèse réel, comme un nonce ou un évêque auxiliaire, on lui attribue toujours un diocèse « in partibus infidelium », c’est-à-dire « dans les terres des infidèles ». Il s’agit souvent d’anciens diocèses tombés aux mains des musulmans au cours de l’histoire. On parle alors d’évêque « titulaire ».
C’est en effet ainsi que Mgr Lefebvre lui-même a été successivement nommé évêque titulaire d’Anthédon(2) (1947-1948), puis archevêque titulaire d’Arcadiopolis(3) (1948-1955) et enfin archevêque titulaire de Synnada à partir de 1962(4) ; trois diocèses situés en Turquie actuelle. Il y aurait donc là la preuve qu’il est nécessaire de donner une juridiction aux évêques, fut-ce un diocèse vide.
Mais le chroniqueur se méprend sur la raison de cette coutume. Le Dictionnaire de Théologie catholique(5) donne deux raisons à cette pratique : 1. Conserver la mémoire de certains sièges épiscopaux autrefois très florissants ; 2. tenir à la disposition du souverain pontife des évêques qui l’assistent dans le ministère apostolique. En aucun cas, il ne s’agirait d’une nécessité pour l’évêque lui-même d’avoir une juridiction. Au contraire, le même dictionnaire précise bien que les évêques titulaires sont « privés de tout usage et de tout exercice de la juridiction épiscopale afférent à leur titre ».
Un ouvrage majeur de droit canonique, le Ius canonicum de Wernz et Vidal, donne au contraire les évêques titulaires comme un exemple de séparabilité entre ordre et juridiction :
« Les deux hiérarchies [d’ordre et de juridiction] sont véritablement et réellement distinctes, de sorte que quelqu’un peut exister dans l’une sans exister dans l’autre [La note de bas de page indique ici : « par exemple, un évêque titulaire ; un laïc élu à la dignité de Pontife Romain »]. En effet, chacune de ces puissances ou hiérarchies possède une origine et une existence distinctes et indépendantes, des propriétés entièrement différentes, et des fins prochaines totalement distinctes.
Il n’est donc pas étonnant que, selon la doctrine constante de l’Église et des théologiens, il y ait une double hiérarchie — de l’ordre et de la juridiction — réellement distincte. Cf. Concile de Trente, session VII, canons 4 et 7.(6) »
Bref, Politique Magazine ferait bien de ne pas s’improviser en Théologie Magazine.
1
Politique Magazine, article « Rome-Écône : je t’aime, moi non plus ? » du 18 mars 2026.
2
Mgr Lefevbre venait d’être nommé au vicariat apostolique de Dakar, qui n’était pas encore un diocèse.
3
Il était alors nommé délégué apostolique. En raison de l’importance de cette charge, on lui donna un titre d’archevêque plutôt qu’un simple titre épiscopal. Ce titre cessa lorsqu’en 1955, Dakar fut réellement érigé en archidiocèse et que Mgr Lefebvre en devint le premier archevêque.
4
Lorsqu’il fut élu Supérieur de la congrégation des Pères du Saint-Esprit.
5
Article « Evêque », col. 1705.
6
Wernz et Vidal, Ius canonicum, t. 2, p. 51.
(Sources : Politique Magazine – FSSPX Actualités)
Illustration : @James Coleman | Unsplash
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Le souffle du vouloir : retrouver l’équilibre au cœur de la foi
L’illusion de la psychologisation à outrance
Il est un sujet qui, aujourd’hui, semble avoir presque disparu de nos conversations sur le bien-être : celui de la force morale et de la discipline intérieure. Dans un monde qui privilégie le ressenti immédiat, parler de « vertu » ou de « volonté » paraît démodé, voire suspect d’austérité. Nous vivons une époque où l’on « psychologise » tout à l’excès. Au moindre signe de mal-être, le réflexe est de courir chez l’expert, cherchant un diagnostic libérateur ou une explication extérieure, sans jamais interroger la pratique de nos propres vertus. C’est un oubli dommageable : en déléguant notre paix intérieure à des thérapies, nous oublions que nous possédons, en nous-mêmes, les outils les plus robustes pour construire notre sérénité.
Ce sentiment d’être « mal dans sa peau » est trop souvent traité comme une simple panne mécanique. Pourtant, comme le soulignait Henri Daniel-Rops dans son essai prophétique Vouloir, la santé de l’esprit est d’abord une conquête de la volonté sur le laisser-aller de la sensibilité. Le drame de l’homme contemporain est celui de l’éparpillement : nous « voulons » mille choses contradictoires, nous dispersant dans une agitation qui épuise notre psychisme. Cette fragmentation nous rend vulnérables à l’émotion « subie », ce moment où la peur, la rancœur ou l’emportement prennent le commandement. Pour retrouver l’équilibre, il nous faut redécouvrir le miracle de l’action choisie. Transformer une émotion qui nous assaille en un acte volontaire, c’est décider que l’intelligence, soutenue par la Grâce, reprend le gouvernail.
Un retentissement social : l’urgence du Vouloir
Le non-respect de cette discipline individuelle ne s’arrête pas à la sphère privée ; il retentit sur toute la société. Une collectivité composée d’individus qui ne pratiquent plus la maîtrise de soi devient inévitablement une société plus violente, plus nerveuse, où l’échange s’efface devant le cri. Sans la vertu de tempérance, l’écoute d’autrui devient impossible, car chacun est prisonnier de sa propre tempête intérieure. Il y a donc une urgence sociale à réhabiliter le « Vouloir » : la paix publique n’est que la somme des paix intérieures.
Les piliers de la reconstruction
Cette maîtrise de soi commence par la tempérance, que l’on gagne à voir comme une véritable hygiène de la liberté. En réglant nos appétits — qu’il s’agisse de la consommation d’images, de bruits ou de paroles impulsives — nous protégeons notre système nerveux et créons ce confort sensoriel dont l’âme a besoin pour respirer. Pour le chrétien, cette tempérance trouve sa plénitude dans la prière. S’arracher au flux du monde pour se placer devant l’Éternel est l’acte de volonté par excellence ; c’est là que se forge une sécurité émotionnelle que les thérapies seules ne peuvent offrir.
À cette paix des sens doit s’ajouter la force d’âme, cette colonne vertébrale qui transforme la plainte en persévérance. La santé mentale ne consiste pas à éviter l’épreuve, mais à posséder une structure intérieure capable de la porter sans s’effondrer. Daniel-Rops nous enseigne que vouloir, pour un croyant, c’est d’abord « vouloir ce que Dieu veut ». Cette adhésion transforme le courage en Espérance : on ne porte plus sa croix seul, on la porte vers la Lumière. Cette force d’âme nous rappelle que nous sommes toujours plus grands que nos difficultés dès lors que nous acceptons d’être aimés et portés.
L’ancrage final de cet équilibre est la prudence, cette vertu du discernement qui nous ramène sans cesse au réel. L’angoisse est souvent une maladie de l’imaginaire qui invente des futurs sombres. La prudence, éclairée par le don de Conseil, nous demande simplement : « Que puis-je faire de juste, ici et maintenant ? ». En simplifiant ainsi notre regard, en triant l’essentiel de l’accessoire sous le regard de Dieu, nous apaisons notre esprit. La prudence nous garde des complications inutiles et nous ancre dans la vérité du moment présent. Elle est la condition d’un dialogue authentique avec l’autre, car elle impose la pause nécessaire à la compréhension.
Conclusion : La Joie comme Victoire
En définitive, pratiquer la maîtrise de soi, la force et le discernement, c’est se traiter avec la même miséricorde que le Seigneur a pour nous. Daniel-Rops affirmait que la tristesse est souvent le fruit d’une volonté démissionnaire, tandis que la joie est une conquête. L’équilibre psychologique est donc une amitié avec soi-même qui s’épanouit dans l’effort et se fortifie dans la prière. Le « Vouloir » n’est plus alors un fardeau moral, mais l’instrument de notre dignité retrouvée et le seul rempart contre une société du chaos. En habitant nos vertus, nous trouvons le chemin le plus sûr vers une paix qui, tout en nous guérissant, guérit aussi le monde autour de nous.
Épilogue : Le courage de commencer
Tout grand édifice commence par la pose d’une première pierre, souvent humble et invisible. Il en va de même pour la santé de l’âme. Si l’horizon de la maîtrise de soi et de la paix intérieure peut sembler lointain, il ne demande pas d’héroïsme immédiat, mais simplement le courage de commencer par un « petit vouloir ».
Choisissez une seule émotion subie — une impatience, un agacement ou une peur — et décidez, par un acte pur de votre volonté, d’y répondre par une action choisie. C’est dans ce décalage infime, là où vous reprenez les commandes avec l’aide de Dieu, que commence votre véritable guérison. Ce n’est pas seulement votre équilibre que vous restaurez, c’est votre dignité d’homme libre.
Le chemin est tracé. Il ne reste qu’à vouloir.
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Au pied de la Croix, la fidélité de Marie
Au fil de la Semaine Sainte, la liturgie nous conduit progressivement vers les heures les plus sombres : celles de l’abandon, de la trahison et du sacrifice.
Dans ce moment où tout vacille, l’Évangile montre une réalité sobre : beaucoup s’éloignent. Les foules changent, les disciples se dispersent, et même les plus proches chancellent.
Mais quelques-uns demeurent.
Parmi eux, la Vierge Marie occupe une place singulière. Elle ne parle pas, elle ne se révolte pas, mais elle est là. Sa présence au pied de la Croix est sans doute l’un des témoignages les plus profonds de fidélité que nous ait transmis la tradition chrétienne.
Contempler la Passion à travers son regard permet de retrouver une dimension essentielle de la foi : non pas chercher à comprendre à tout prix, mais consentir, offrir, demeurer.
C’est ce que propose également le parcours de prière « La Semaine Sainte vue du cœur de Marie », proposé par l’artiste Prénom Marlène sur Hozana, qui accompagne ces jours décisifs par une méditation quotidienne enracinée dans l’Écriture.
Dans un monde marqué par l’évitement de la souffrance et du sacrifice, cette invitation à rester au pied de la Croix prend une résonance particulière.
