Nouveau portail de la cathédrale d’Angers : “comment voulez-vous demander à un architecte de renom de s’effacer devant le monument ?”
Dans Famille chrétienne, Thomas Cauchebrais s’est intéressé au nouveau portail de la cathédrale d’Angers, qui fait débat :
Voici des mois que les Angevins attendaient ce moment : pouvoir enfin entrer par la grande porte de leur cathédrale et admirer de nouveau le splendide portail roman et ses magnifiques polychromies médiévales. En effet, voilà près de sept ans que celui-ci était protégé des intempéries par un bardage en bois qui le masquait totalement aux yeux des visiteurs. Désormais bien visible, ce portail sculpté vers 1150 est aujourd’hui surmonté d’une « galerie » contemporaine. Ce « tampon climatique » voulu par l’État a été conçu par l’architecte japonais Kengo Kuma comme un espace de transition entre l’extérieur et le sanctuaire. Ce portail de protection a été inauguré en grande pompe le 9 avril. Haut d’environ 11 mètres, autoporté – c’est-à-dire qu’il ne touche pas l’édifice -, il reprend l’emprise de l’ancienne galerie détruite par le feu en 1807. Sa réalisation repose sur un béton spécifique, mêlant sable et granulats issus de la Loire, privilégié à la pierre pour sa légèreté et au tuffeau pour sa résistance. La galerie « s’articule autour de cinq ouvertures, dont trois en façade symbolisant la Sainte Trinité ainsi que le passé, le présent et l’avenir ». Les voussures, inspirées des plis sculptés du portail, forment des bandeaux épurés qui diffusent une lumière douce tout en protégeant l’entrée des intempéries. Inspirée de l’ancienne galerie « Cette nouvelle galerie prend place dans la longue évolution de notre cathédrale depuis le XIe siècle », s’est félicité Mgr Emmanuel Delmas, l’évêque d’Angers. Ce lieu permettra par exemple, de vivre des bénédictions, processions, rites d’accueil des nouveaux catéchumènes (futurs baptisés jeunes ou adultes) dont le nombre est en forte croissance ces dernières années, ou temps de prières.
En 2020, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) avait lancé un concours international d’architecture afin de désigner l’architecte qui dessinera la future galerie contemporaine. L’idée d’un geste architectural contemporain était de créer une structure protectrice assumant une intervention moderne tout en dialoguant avec l’héritage médiéval du lieu. La nouvelle galerie imaginée par Kengo Kuma est la seule à se réinspirer de l’ancienne galerie médiévale et à en réactiver les usages possibles.
Si les politiques angevins et les services de l’État en charge de la protection du patrimoine sont unanimes à louer le caractère unique de ce nouveau portail, le grand public, lui, est beaucoup plus circonspect. Dans le milieu des historiens de l’art et, plus largement, parmi les professionnels du patrimoine en Anjou, les critiques publiques se font rares, même si les opinions restent partagées. « Avec ses lignes trop dures, trop froides – notamment au niveau du toit -, je ne trouve pas qu’elle s’inscrive dans la sensibilité chrétienne », confie officieusement l’un d’entre eux. Seul François Jeanneau, architecte en chef honoraire des monuments historiques et président de l’association des Amis du Vieil Angers, ose porter ouvertement un regard critique mais tout de même nuancé sur cet ajout. S’il reconnaît « une belle œuvre, bien dessinée et très bien réalisée » signée Kengo Kuma, il estime néanmoins que l’ouvrage assume une rupture trop marquée avec l’édifice médiéval. Selon lui, les proportions du projet s’éloignent trop de l’édifice d’origine, au risque de nuire à sa lisibilité, notamment dans le traitement des arcades et des colonnettes. Les arcatures, élément central du projet, apparaissent ainsi « disproportionnées » par rapport à celles de l’édifice médiéval. L’architecte estime qu’elles auraient pu être « plus basses, plus fines » et s’inspirer davantage des formes historiques, en particulier de l’arc brisé, « grande invention de l’architecture médiévale » permettant de mieux maîtriser les contraintes structurelles. « Kuma n’a pas repris les canons de l’architecture traditionnelle, il est donc forcément en rupture », analyse-t-il.
« Mais comment voulez-vous demander à un architecte de renom de s’effacer devant le monument en y adjoignant une œuvre modeste et intégrée ? Alors que précisément c’était très probablement la bonne direction, le bon parti architectural qu’il aurait fallu adopter. C’est impossible. Donc on obtient bien ce que l’on a souhaité : une œuvre contemporaine ».
Selon François Jeanneau, c’est le cahier des charges de la DRAC qui orientait dès l’origine le projet vers une création contemporaine. « On voulait, dès le départ, une architecture en rupture » alors qu’on aurait pu « s’inspirer des dispositions anciennes sans les reproduire à l’identique ». Il s’interroge également sur l’efficacité de la protection climatique offerte au portail, évoquant un espace « trop ouvert et probablement trop ventilé ». Un point de vue partagé par son prédécesseur à la tête de l’association des Amis du Vieil Angers, Guy Massin-Le Goff. Ancien conservateur des antiquités et objets d’art de Maine-et-Loire, il se montre toutefois bien moins nuancé que François Jeanneau. « Je trouve que c’est une grave erreur. Mais que voulez-vous, vous avez des gens au ministère qui veulent faire moderne… c’est la mode », tranche-t-il. Et d’ajouter, non sans malice : « Je garde en mémoire ces architectes contemporains me dire dans de grandes réunions patrimoniales… “Mais enfin, Monsieur, n’oubliez pas que nous construisons pour une durée de 30 ans” ».
Dès lors, la question se pose : ce nouveau portail résistera-t-il à l’épreuve du temps aussi durablement que celui qu’il est censé protéger ? Seul l’avenir le dira.
Informations contradictoire sur Péter Magyar
Pour Yves Daoudal, la défaite de Viktor Orban signe la “normalisation” de la Hongrie.
Orban avait cru pouvoir sanctuariser la définition de la famille et l’interdiction de la propagande LGBT, mais le nouveau pouvoir va s’empresser de les rayer de la Constitution, et sans aucun doute de faire pire, aux applaudissements de l’UE. La Hongrie normalisée par l’UE c’est aussi un pays russophobe de plus, et dans l’immédiat le pays qui va permettre de verser 90 milliards d’euros dans le trou sans fond de l’Ukraine. (A moins que Robert Fico, éventuellement épaulé par Andrej Babiš, ne prenne le relais, mais Orban était le poids lourd…)
De son côté Ouest-France qualifie le nouveau Premier ministre de “populiste” :
le populiste Péter Magyar va remplacer l’autoritaire Viktor Orban
Selon ce compte X, Magyar est un conservateur-libéral, ex-membre du même parti qu’Orbán, mais il a démissionné à cause de tous les cas de corruption qui existaient dans le parti.
- Immigration — Contre les politiques de l’Union européenne. Pour le maintien de la barrière frontalière. En campagne, il a déclaré : « Nous choisissons le peuple hongrois et nous ne voulons pas d’immigrants ».
- Économique — Pro-marché, libéral. Pour la baisse des impôts. Réduire le pouvoir de l’État.
- Géopolitique — Anti-Poutine, mais en ce qui concerne l’Ukraine, il pense très similairement (rappelons-le, ils viennent tous deux du même parti).
- Social — « Anti-woke », il a en fait présenté des programmes pour prioriser la famille hongroise et augmenter la natalité.
- Défense — Il prévoit d’augmenter les dépenses militaires à 5 % du PIB d’ici 2035.
Péter Magyar a promis de durcir la politique migratoire de Viktor Orban :
« Nous protégeons les travailleurs hongrois : à partir du 1er juin 2026 et jusqu’à nouvel ordre, nous n’autoriserons zéro, c’est-à-dire zéro importation de travailleurs invités non hongrois en dehors de l’UE. »
Jean-Dominique Merchet, journaliste sur LCI et L’Express, souligne :
- La Hongrie de Orbán n’était pas une dictature. La preuve par les élections d’hier. Orbán avait le soutien d’une majorité d’électeurs, il l’a perdu, il s’en va. Le pays est donc resté une démocratie, certes “illibérale”, mais une démocratie quand même.
- Son échec s’explique par plusieurs raisons. D’abord, l’économie. Le pays se porte mal depuis 2020 et les prix ont fortement augmenté. Le contraste est frappant avec le dynamisme économique de la Pologne, voire de la Roumanie, ce qui est vécu comme une humiliation. La politique économique “non-orthodoxe”, avec un fort interventionnisme du pouvoir, n’a pas donné de brillants résultats.
- Dans ce contexte, la corruption massive des cercles du pouvoir, et les atteintes inhérentes à l’Etat de droit qui l’accompagnent, ont été rejeté par une majorité de Hongrois, qui ne profitaient plus des fruits de la croissance.
- L’usure naturel du pouvoir après quatre mandats consécutifs (16 ans) et même cinq s’il l’on tient compte du premier (1998-2002). Viktor Orban est sur la scène politique hongroise depuis 1989.
- Faute de pouvoir présenter un bon bilan économique, Orbán avait choisi de faire campagne sur le thème de la paix (éviter d’être entrainer dans la guerre d’Ukraine). Cela n’a pas marché.
- Une question reste ouverte : son illibéralisme a-t-il été rejeté ? En partie, mais en partie seulement. Le futur Premier ministre Peter Magyar est un homme de droite (il siège avec LR et la CDU au Parlement européen), même s’il a bénéficié du soutien des progressistes. Il se réconciliera avec Bruxelles (à la manière de Giorgia Meloni) ce qui lui permettra de bénéficier des fonds européens mais conservera une ligne anti-immigration et une certaine prudence vis-à-vis de l’Ukraine dont la cause n’est pas populaire en Hongrie – tout en s’éloignant de Moscou. Toutefois, le pays reste extrêmement dépendant de la Russie pour son approvisionnement en énergie (pétrole, gaz, nucléaire).
Cela nous indique que les médias sont en décalage sur l’actualité hongroise. Viktor Orban a été battu par un conservateur ancien membre de son parti, ce qui montre que la gauche est inexistante sur le plan électoral.
“L’histoire et la culture de la France sont évidemment inséparables du christianisme”
Dans un entretien croisé dans le JDD, Mgr Matthieu Rougé débat avec Jean-Michel Blanquer de la civilisation française :
[…] Pour un catholique, l’appartenance à une patrie terrestre est seconde par rapport à la destination qu’est la patrie céleste, c’est-à-dire l’expression accomplie de la fraternité universelle. Mais pour une religion de l’incarnation telle que le christianisme, qui affirme que Dieu se fait chair, l’expérience d’une patrie terrestre, si elle n’est pas absolutisée, est un moyen terme en vue d’appartenir à une communauté de destin. Comme chrétien, je ne néglige pas l’appartenance à une patrie terrestre. L’histoire et la culture de la France sont évidemment inséparables du christianisme, cela au moins depuis le baptême de Clovis. Il y a là une forme de paradoxe français : nous sommes l’un des pays les moins religieux au monde et en même temps l’un des plus profondément catholiques. […]
Le mouvement de sécularisation ne fait aucun doute, mais notre pays reste profondément marqué par son histoire chrétienne. Certains de nos acquis sociaux trouvent leur inspiration dans l’expérience chrétienne – ainsi de notre attachement à une protection sociale pour tous. Le désir congénital de solidarité en France s’enracine dans les grands efforts des congrégations religieuses, des moines du haut Moyen Âge aux associations chrétiennes d’aujourd’hui en passant par saint Vincent de Paul et le renouveau spirituel et caritatif du XVIIe siècle. La France est plus chrétienne qu’elle ne le sait. Certains persistent pourtant à croire qu’il faut délivrer la France du « carcan » chrétien. J’ai été frappé par la formule de votre prédécesseur Vincent Peillon [ministre de l’Éducation nationale de 2012 à 2014 sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, NDLR], qui a écrit dans l’un de ses livres que « la Révolution française a échoué car elle n’a pas réussi à éradiquer le catholicisme, religion intrinsèquement incompatible avec la liberté ». Malgré les coups de boutoir donnés à l’Église catholique, on voit de nos jours surgir un nombre inattendu de conversions et d’adultes catéchumènes. L’Église reste une réalité vivante et significative en France aujourd’hui. Le dialogue suivi entre préfets et évêques ou maires et curés reste un véritable point d’appui pour la santé de nos territoires. Contrairement à un certain folklore laïcard, qu’on peut prendre avec humour mais qui est en fait malfaisant, l’appartenance pleine et entière de citoyens à la foi catholique n’est en rien une menace envers l’indivisibilité de la République française.
Le pape évoque les racines chrétiennes de l’Algérie
Dans la basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger, Léon XIV s’est adressé aux fidèles :
Votre communauté a des racines très profondes. Vous êtes les héritiers d’une multitude de témoins qui ont donné leur vie, poussés par l’amour de Dieu et du prochain. Je pense en particulier aux 19 religieux et religieuses martyrs d’Algérie qui ont choisi d’être aux côtés de ce peuple dans ses joies et dans ses peines. Leur sang est une semence vivante qui ne cessera jamais de porter du fruit.
Vous êtes également les héritiers d’une tradition encore plus ancienne qui remonte aux premiers siècles du christianisme. La voix ardente d’Augustin d’Hippone a résonné sur cette terre, précédée par le témoignage de sa mère, sainte Monique, et d’autres saints. Leur mémoire est un appel lumineux à être, aujourd’hui, des signes crédibles de communion, de dialogue et de paix. […]
À la lumière de ce que nous avons entendu, je voudrais que nous nous arrêtions pour réfléchir ensemble sur trois aspects de la vie chrétienne que je considère comme très importants, en particulier pour votre présence ici : la prière, la charité et l’unité.
D’abord, la prière. Nous en avons tous besoin. Saint Jean-Paul II le soulignait en s’adressant aux jeunes : « L’homme, disait-il, ne peut vivre sans prier, tout comme il ne peut vivre sans respirer » (Rencontre avec des jeunes musulmans à Casablanca, 19 août 1985, n. 4). Il présentait ainsi le dialogue avec Dieu comme un élément indispensable non seulement pour la vie de l’Église, mais aussi pour celle de toute personne. Saint Charles de Foucauld l’avait aussi compris, lui qui dans le fait d’être une présence priante, avait reconnu sa vocation. Il écrivait : « Je vis ici dans la joie, aux pieds du Très Saint Sacrement » (Lettre à Raymond de Blic, 9 décembre 1907) et recommandait : Priez beaucoup pour les autres. Consacrez-vous au salut de votre prochain par tous les moyens en votre pouvoir : prière, bonté, exemple (cf. Lettre à Louis Massignon, 1er août 1916). […]
Fin de vie, déni de l’humain : le manuel de survie chrétienne en politique
Bien que paru fin octobre 2024, l’ouvrage de Christine Boutin, Lettre ouverte à qui veut s’engager en politique pour servir la France et les Français, prend en ce printemps 2026 une dimension prophétique et impérative. Face à l’oubli de ce qui fait la dignité de l’homme et aux débats sur la fin de vie, ce livre n’est plus une simple lecture : c’est un acte de passage de témoin indispensable.
Quarante ans d’expérience au service de la jeunesse
On ne s’improvise pas serviteur de l’État. Christine Boutin offre ici le fruit de quarante années de combats, de mandats et de responsabilités ministérielles. Cette TRANSMISSION est le cœur battant du livre. Elle s’adresse à cette jeunesse qui a soif de vérité, mais qui manque parfois de repères historiques et méthodologiques pour agir efficacement.
Transmettre, ce n’est pas imposer le passé, c’est donner les armes intellectuelles pour conquérir l’avenir. En partageant ses succès comme ses épreuves, l’auteure livre un véritable « code de conduite » pour que la relève ne reparte pas de zéro, mais s’appuie sur une sagesse politique éprouvée au feu de l’action.
L’urgence d’une rechristianisation par l’engagement
La France s’étiole car elle oublie l’âme qui l’a bâtie. Ce manuel affirme une nécessité vitale : la rechristianisation de notre pays par une présence chrétienne décomplexée dans la cité. Pour que la France redevienne elle-même, elle doit retrouver ses racines.
La politique, telle que Christine Boutin l’a vécue et la transmet, est la forme la plus élevée de la charité. Face à la « culture du déchet » et aux menaces législatives sur la fin de vie, la foi catholique doit redevenir la boussole de l’action publique. Défendre la vie n’est pas une option parmi d’autres, c’est le socle de toute civilisation digne de ce nom.
Le sens du « Kairos » : Discerner l’heure de Dieu dans l’action
L’un des huit chantiers stratégiques du livre repose sur le concept de Kairos. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce terme grec, il désigne le « moment opportun », cette fraction de seconde où l’occasion se présente et où il faut agir. Si le Chronos est le temps qui s’écoule de manière linéaire, le Kairos est le temps de la décision, celui où l’action politique rencontre la volonté divine.
Savoir discerner l’urgence de protéger la dignité humaine face à la déconstruction de notre vision de l’homme, c’est précisément saisir notre Kairos. L’auteure nous enseigne que le responsable politique ne doit pas seulement gérer le temps, il doit savoir habiter ce moment de vérité où l’histoire peut basculer si l’on a le courage de témoigner de sa foi.
Un appel au rebond : Ne laissons pas ce message s’éteindre
Faut-il s’offusquer du succès feutré rencontré lors de sa parution fin octobre 2024 ? Sans doute l’urgence n’était-elle pas encore assez criante pour le plus grand nombre. Mais aujourd’hui, le moment est venu. Nous appelons à un véritable rebond de lecture.
Ce livre est un outil de formation de fer. Il doit être mis entre toutes les mains des jeunes engagés, dans les mouvements de jeunesse et les cercles de réflexion. Nous souhaitons ce sursaut parce que les clés qu’il contient sur l’autorité, la vraie liberté et le service du Bien Commun sont les seules capables de restaurer une France fidèle à sa vocation.
Un acte de résistance et d’espérance
En tant que témoins des mutations de notre époque, nous avons le devoir de transmettre ces outils à ceux qui porteront le monde de demain. Comme le souligne l’auteure, désormais diplômée en théologie, l’action politique ne sera féconde que si elle s’enracine dans la Foi.
Ne laissons pas cette expérience se perdre. Lisez ce livre, comprenez-en les messages, offrez-le à vos enfants et petits-enfants. C’est un acte de transmission, de résistance et, par-dessus tout, d’espérance.
Lettre ouverte à qui veut s’engager en politique pour servir la France et les Français, Christine Boutin (avec Marie-Joëlle Guillaume), Éditions Téqui. 352 pages.
https://www.librairietequi.com/lettre-ouverte-a-qui-veut-s-engager-en-politique-pour-servir-la-france-et-les-francais.html
Cette interview souligne l’importance de l’engagement des jeunes générations pour la protection de la vie, un thème central du “sursaut” appelé par l’ouvrage.
“La vie gagnera !” : Christine Boutin, l’espérance face à la loi sur la mort
https://www.youtube.com/watch?v=VlJ4fPBY2pE
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De Rome à Subiaco : un pèlerinage traditionaliste en Italie du 25 au 27 avril
« Nostra Signora della Cristianità – Italie » est un pèlerinage annuel de Rome à Subiaco (91km), en passant par Castel Gandolfo, organisé par un groupe de fidèles laïcs, indépendant de toute institution, communauté ou organisation religieuse.
Le pèlerinage partira de la basilique papale Sainte-Marie-Majeure, construite à la demande de la Vierge Marie elle-même, qui était apparue en rêve au pape Libère pour lui suggérer de l’ériger à un endroit qui lui serait miraculeusement indiqué. C’est ainsi que, le 5 août, une chute de neige inhabituelle recouvrit de blanc la colline romaine de l’Esquilin, permettant au pape Libère de tracer le périmètre de la nouvelle basilique.
Le parcours traversera ensuite la Via Appia Antica, classée au patrimoine mondial de l’humanité. Au début de cette voie se trouve l’église « Quo Vadis », qui tire son nom du témoignage oral selon lequel l’apôtre Pierre, fuyant la ville pour échapper au martyre, rencontre Jésus à qui il adresse les paroles suivantes : « Domine, quo vadis ? (Seigneur, où vas-tu ?) » et le Seigneur répondit : « Venio Romam iterum crucifigi (Je viens à Rome pour être crucifié à nouveau) ». Pierre, comprenant le reproche, fait demi-tour pour affronter son destin et Jésus disparaît, mais, en disparaissant, il laisse ses empreintes sur la route. En témoignage de cet événement, à l’intérieur de l’église se trouve une pierre portant les empreintes « de ses pieds sacrés », celles laissées par Jésus à l’endroit où se dresse aujourd’hui l’église. La pierre est en réalité une copie : l’original est en effet conservé dans la basilique Saint-Sébastien. C’est de cet épisode que dérive le deuxième nom sous lequel l’église est connue : Santa Maria « in Palmis ».
Le pèlerinage traversera la commune de Castelgandolfo, où se trouve la résidence d’été des papes.
Le deuxième jour, on arrivera au sanctuaire de Genazzano, qui abrite l’image de la Vierge du Bon Conseil. Le 25 avril 1467, une peinture représentant la Vierge à l’Enfant Jésus apparut sur un mur de l’église : cette image devint rapidement l’objet d’une grande dévotion populaire. La peinture, qui se trouvait à Shkodër, en Albanie, est arrivée miraculeusement à Genazzano, échappant ainsi à la domination turque. Aujourd’hui encore, elle reste extraordinairement suspendue sur une très fine couche de plâtre.
Nigéria : des églises attaquées le jour de Pâques
L’archidiocèse nigérian de Kaduna a appelé le gouvernement à secourir les chrétiens enlevés après une attaque perpétrée par des hommes armés contre plusieurs églises le dimanche de Pâques.
Le 5 avril, pendant les offices de Pâques, un important groupe d’hommes armés a pris pour cible deux églises du village d’Ariko, dans la zone de gouvernement local de Kachia, dans l’État de Kaduna. Selon un communiqué du diocèse, cinq personnes ont été tuées et une trentaine enlevées lors de l’attaque.
Dans un communiqué publié mercredi dernier, l’archidiocèse de Kaduna a déclaré que l’attaque s’est produite alors que les chrétiens célébraient Pâques.
« Nous sommes profondément attristés par la perte d’êtres chers perdus par des familles, tandis que d’autres restent détenus. Nous appelons les autorités à tout mettre en œuvre pour assurer leur retour en toute sécurité ».
« L’attaque d’Ariko a fait cinq morts parmi les fidèles et une trentaine d’autres personnes ont été enlevées. Parmi les victimes figuraient des membres de congrégations catholiques, baptistes et de l’ECWA. »
L’archidiocèse a exhorté les autorités gouvernementales à renforcer la sécurité lors des rassemblements religieux afin de prévenir de futures attaques.
Selon Channels TV, les deux églises visées étaient l’église ECWA (« Église évangélique qui gagne tout ») et l’église catholique Saint-Augustin d’Ariko. Cependant, l’archidiocèse a également mentionné une congrégation baptiste qui aurait été attaquée, ce qui signifie qu’une troisième église a potentiellement été visée elle aussi.
Des habitants ont rapporté que les hommes armés sont arrivés en grand nombre, ont encerclé le quartier des églises et ont ouvert le feu sur les personnes rassemblées pour prier.
Suite à un appel de détresse, des troupes de l’armée nigériane sont arrivées sur les lieux pour empêcher de nouvelles attaques. Les troupes ont engagé un échange de tirs avec les assaillants et les ont pris en défaut grâce à une puissance de feu supérieure, les forçant à abandonner certains des otages qu’ils avaient pris.
L’armée a déclaré avoir libéré 31 otages. Cependant, ces chiffres sont contestés par les responsables communautaires locaux, qui affirment que nombre de ces chrétiens prétendument libérés restent aux mains de leurs ravisseurs.
Ces dernières années, les chrétiens nigérians ont été ravagés par ce type d’attaques perpétrées par des groupes islamistes radicaux. Une semaine auparavant, le dimanche des Rameaux, des hommes armés avaient tué au moins 11 personnes dans le nord du Nigeria lors d’une attaque similaire.
“J’exhorte donc ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité dans ce pays à promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre”
Extrait du discours du pape aux autorités algériennes et au corps diplomatique :
[…] Si vous savez dialoguer avec les aspirations de tout le monde et vous montrer solidaires avec les souffrances de nombreux pays, proches ou lointains, votre expérience pourra contribuer à imaginer et à instaurer une plus grande justice entre les peuples. Ce n’est pas en multipliant les incompréhensions et les conflits, mais en respectant la dignité de chacun et en vous laissant toucher par la souffrance d’autrui, que vous pourrez devenir les acteurs d’un nouveau cours de l’histoire, aujourd’hui plus urgent que jamais, face aux violations constantes du droit international et aux nouvelle tentations coloniales.
Mes prédécesseurs avaient déjà clairement perçu l’importance historique de ce défi. Benoît XVI fit remarquer que « les processus de mondialisation, convenablement conçus et gérés, offrent la possibilité d’une grande redistribution de la richesse au niveau planétaire comme cela ne s’était jamais présenté auparavant; s’ils sont mal gérés ils peuvent au contraire faire croître la pauvreté et les inégalités, et contaminer le monde entier par une crise ». (Lett. enc. Caritas in veritate, n. 42). Le Pape François, fort d’une longue expérience au cœur des contradictions du Sud global, a ensuite souligné l’importance de ce qui ne peut être compris qu’à la périphérie des grands centres de pouvoir et de décision : « Il faut penser à la participation sociale, politique et économique de telle manière qu’elle inclue les mouvements populaires et anime les structures de gouvernement locales, nationales et internationales, avec le torrent d’énergie morale qui naît de la participation des exclus à la construction d’un avenir commun » (Lettre encyclique Fratelli tutti, n. 169).
J’exhorte donc ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité dans ce pays à ne pas craindre cette perspective et à promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre, dans laquelle on reconnaisse en particulier aux jeunes la capacité de contribuer à élargir l’horizon de l’espérance pour tous. La véritable force d’un pays réside dans la coopération de tout le monde à la réalisation du bien commun. Les Autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et son développement. Le critère de l’action politique réside donc dans la justice, sans laquelle il n’y a pas de paix authentique, et s’exprime par la promotion de conditions équitables et dignes pour tous. L’Église catholique, elle aussi, à travers ses communautés et ses initiatives, souhaite contribuer au bien commun de l’Algérie, en renforçant son identité particulière de pont entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident.
La Méditerranée, d’un côté, et le Sahara, de l’autre, constituent en effet des carrefours géographiques et spirituels d’une portée considérable. Si nous approfondissons leur histoire, sans simplifications ni idéologies, nous y trouverons cachés d’immenses trésors d’humanité, car la mer et le désert sont depuis des millénaires des lieux d’enrichissement mutuel entre les peuples et les cultures. Malheur à nous si nous en faisons des cimetières ou meurt même l’espérance ! Libérons du mal ces immenses bassins d’histoire et d’avenir ! Multiplions les oasis de paix, dénonçons et éliminons les causes du désespoir, combattons ceux qui tirent profit du malheur d’autrui ! Les gains de la spéculation sur la vie humaine, dont la dignité est inviolable, sont illicites. Unissons donc nos forces, nos énergies spirituelles, toute intelligence et toute ressource qui font de la terre et de la mer des lieux de vie, de rencontre, d’émerveillement. Que leur beauté majestueuse touche notre cœur ; que leur étendue infinie nous interroge sur la transcendance. La Méditerranée, le Sahara et le ciel immense qui les surplombe nous murmurent que la réalité nous dépasse de toutes parts, que Dieu est vraiment grand et que nous vivons tout en sa présence mystérieuse.
Cette réflexion a d’énormes conséquences sur la réalité. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, en sous-estiment la portée. À y regarder de plus près, la société algérienne connaît elle aussi la tension entre le sens religieux et la vie moderne. Ici, comme partout ailleurs dans le monde, des dynamiques opposées ont tendance à se manifester, celles du fondamentalisme ou de la sécularisation, qui font que beaucoup perdent le sens authentique de Dieu et de la dignité de toutes ses créatures. Alors, les symboles et les mots religieux peuvent devenir, d’une part, langages blasphématoires de violence et d’oppression, et d’autre part, signes sans signification, dans ce grand marché de consommation qui ne rassasie pas.
Ces polarisations absurdes ne doivent toutefois pas nous effrayer. Il faut y faire face avec intelligence. Elles sont le signe que nous vivons une époque extraordinaire, marquée par un grand renouveau, où celui qui garde son cœur libre et éveille sa conscience peut puiser dans les grandes traditions spirituelles et religieuses de nouvelles visions de la réalité et des motivations inébranlables d’engagement. Il faut éduquer au sens critique et à la liberté, à l’écoute et au dialogue, à la confiance qui nous fait reconnaître dans celui qui est différent un compagnon de route, et non une menace. Nous devons œuvrer à la guérison de la mémoire et à la réconciliation entre d’anciens adversaires. C’est le don que je demande pour vous, pour l’Algérie et pour tout son peuple, sur lequel j’invoque l’abondance des Bénédictions du Très-Haut.
“Chaque peuple garde un patrimoine unique d’histoire, de culture et de foi”
Alors que deux terroristes se sont fait exploser à Alger, le pape a prononcé un discours devant le mémorial des Martyrs Maqam Echahid, monument aux morts surplombant la ville d’Alger, érigé en 1982 à l’occasion du 20ᵉ anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, en mémoire des combattants terroristes de la guerre d’Algérie. Extrait :
[…] Chaque peuple garde un patrimoine unique d’histoire, de culture et de foi. L’Algérie possède elle aussi cette richesse qui a soutenu son cheminement dans les moments difficiles et continue d’orienter son avenir. Dans ce patrimoine, la foi en Dieu occupe une place centrale : elle illumine la vie des personnes, soutient les familles et inspire le sens de la fraternité. Un peuple qui aime Dieu possède la richesse la plus authentique, et le peuple algérien garde ce joyau dans son trésor. Notre monde a besoin de croyants comme ceux-là, d’hommes et de femmes de foi, assoiffés de justice et d’unité. C’est pourquoi, face à une humanité désireuse de fraternité et de réconciliation, c’est un grand don et un engagement béni que de nous affirmer avec force et d’être toujours, ensemble, des frères entre nous et des enfants de Dieu !
À ceux qui recherchent des richesses éphémères, trompeuses et décevantes, qui finissent malheureusement souvent par corrompre le cœur humain et créer l’envie, la rivalité et les conflits, Jésus répète encore la question qu’il a posée il y a deux mille ans : « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16, 26). C’est une question fondamentale pour chacun à laquelle les défunts que nous honorons ici ont donné leur réponse : ils ont perdu la vie, mais dans un autre sens, en la donnant par amour pour leur peuple. Que leur histoire soutienne le peuple algérien et nous tous dans notre cheminement : car la vraie liberté ne s’hérite pas seulement, elle se choisit chaque jour.
Permettez-moi donc de conclure en reprenant les paroles que Jésus a adressées à ses disciples, celles que nous appelons le Sermon sur la montagne ou les Béatitudes :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3-10)
Liberté de culte : il faut défendre les chrétiens d’Algérie
Le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) est à l’initiative d’un texte publié dans le JDD et signé par de nombreuses personnalités, dont Guillaume de Thieulloy, directeur du Salon beige, rappelant la dramatique situation des chrétiens dans le plus grand pays d’Afrique :
À la veille d’une visite historique du pape Léon XIV en Algérie, alors que la quasi-totalité des églises protestantes y ont été fermées et que la liberté de religion y est réduite à une simple formulation dans la Constitution, nous, signataires de cette tribune, chrétiens algériens, responsables politiques, experts des droits de l’homme, journalistes, philosophes, juristes et écrivains, appelons la France et l’Europe à regarder en face la réalité que vivent les chrétiens en Algérie. Une souffrance méconnue, pourtant à nos portes. Selon la Constitution algérienne, l’islam est la religion d’État, ce qui fait dire à l’ancien président du Haut conseil islamique qu’« un Algérien ne peut qu’être musulman » (2021).
On recense pourtant plus de 150 000 chrétiens en Algérie, la plupart convertis depuis les années 1990. Une grande majorité est protestante évangélique, mais subsiste également une petite communauté catholique, composée essentiellement d’étrangers. Par leur engagement au service du bien commun, les chrétiens constituent une richesse pour la société algérienne.
Pourtant, ils vivent dans un climat de pression constante, subissant les effets d’une politique qui vise à étouffer toute expression religieuse autre que l’islam. L’Algérie impose en effet une identité unique, à la fois arabe et musulmane, au détriment des minorités : en particulier juives, ahmadies et chrétiennes. En 2020, la liberté de conscience était purement et simplement retirée de la Constitution.
Le système est bien rodé. De sa naissance à sa mort, le chrétien subit le poids d’une administration qui lui est ouvertement hostile. Le Code de la famille, inspiré du droit musulman, interdit notamment à une femme musulmane d’épouser un chrétien et la prive d’héritage en cas d’apostasie. Les prénoms chrétiens sont refusés à l’état civil, et certains se voient refuser une sépulture chrétienne.
Lois répressives
Par ailleurs, les autorités ont progressivement verrouillé toute forme de « dissidence spirituelle » à coups de lois répressives. Une ordonnance de 2006 soumet le culte chrétien à un régime d’autorisation restrictive, tandis qu’une loi de 2012 sur les associations renforce le verrouillage administratif quant aux lieux de culte. En conséquence, aujourd’hui, 58 églises évangéliques ont été fermées par l’État, contraignant les fidèles à la clandestinité.
Pratiquer sa foi chrétienne expose aussi à des sanctions pénales. Cette même ordonnance de 2006 punit de cinq ans de prison et d’une lourde amende le chrétien « prosélyte », qui aurait tenté de « séduire » un musulman, ou d’ébranler sa foi. Ces dispositions servent à traquer les symboles chrétiens et les témoignages publics de foi. L’interdiction du blasphème complète cet arsenal. Les autorités sanctionnent le chrétien missionnaire mais aussi le musulman apostat, soumis par ailleurs à la stigmatisation sociale. Selon l’ONG Portes Ouvertes, plus de cinquante chrétiens ont été poursuivis ces dernières années. Parmi eux, les chrétiens kabyles sont en première ligne.
La situation de l’Église catholique, plus discrète mais non moins contrainte, reste difficile. Elle évolue dans un cadre étroitement surveillé, où toute attitude missionnaire lui est interdite. En septembre 2022, Caritas Algérie a ainsi été fermée par le gouvernement. Dans ce contexte, la visite du Saint-Père du 13 au 15 avril constitue un moment charnière pour mettre en lumière la situation des chrétiens. La France doit s’en saisir dans le cadre de son dialogue avec l’Algérie. De plus, l’accord d’association de 2002 qui lie l’Union européenne avec l’Algérie fait du respect des droits de l’homme une condition essentielle de la coopération : il doit être appliqué.
Il appartient aussi aux dirigeants français d’inscrire explicitement la question de la liberté religieuse en Algérie à l’agenda diplomatique et de demander en particulier la réouverture des lieux de culte chrétiens. La France garantit pleinement la liberté du culte musulman sur son territoire : les quelque 2 300 mosquées sont majoritairement fréquentées par des fidèles d’origine algérienne. Elle est légitime à exiger du régime algérien que les droits des chrétiens soient respectés.
Léon XIV : un pape missionnaire en Algérie
Aymeric Pourbaix reçoit :
- 𝐏𝐞̀𝐫𝐞 𝐒𝐢𝐥𝐯𝐢𝐨 𝐌𝐎𝐑𝐄𝐍𝐎, prêtre missionnaire et archéologue
- 𝐅𝐫𝐞́𝐝𝐞́𝐫𝐢𝐜 𝐏𝐎𝐍𝐒, journaliste spécialiste de géopolitique
- 𝐆𝐫𝐞́𝐠𝐨𝐫 𝐏𝐔𝐏𝐏𝐈𝐍𝐂𝐊, directeur du Centre européen pour le droit et la justice
“Nos élites dirigeantes fonctionnant en circuit fermé ne comprennent tout simplement pas qu’on puisse penser autrement qu’elles”
Marcel Gauchet est interrogé dans l’Incorrect à propos de l’audiovisuel public. Extrait :
[…]
En France, plusieurs médias dénoncent une forme de censure : CNews est régulièrement épinglée par l’Arcom, C8 a été fermée, le magazine satirique La Furia s’est vu supprimer son numéro d’agrément par la CPPAP à la suite de plaintes d’associations finalement classées sans suite. Emmanuel Macron a souhaité pour sa part une labellisation des sites d’information. La liberté de la presse est-elle menacée ?
Cette tendance à la censure existe et elle est le fruit des pesanteurs sociologiques que j’évoquais précédemment. Nos élites dirigeantes fonctionnant en circuit fermé ne comprennent tout simplement pas qu’on puisse penser autrement qu’elles. Elles sont hantées par le spectre menaçant d’un « populisme » qu’elles voudraient conjurer, sans très bien savoir en quoi il consiste. Tout ce qu’elles savent, c’est que ces dangereux manants qui évoluent en dehors du « cercle de la raison » doivent être mis au pas. Cela ne concerne pas que la presse et les médias. Cet enfermement intellectuel est une menace pour la démocratie tout court. Il est temps de constitutionnaliser sa règle non-écrite, mais constitutive : la démocratie suppose de discuter librement de tout avec tout le monde.
Comment comprendre la déclaration d’Emmanuel Macron : « La liberté d’expression ? Du pur bullshit » ?
La capacité d’Emmanuel Macron de dire n’importe quoi étant désormais parfaitement répertoriée, je pense qu’il ne faut pas attribuer à cette déclaration plus de portée qu’elle n’en a. Au-delà d’un témoignage de plus de l’outrecuidance désinvolte du personnage, j’y vois une sorte d’aveu de la parfaite indifférence des princes qui nous gouvernent pour les acquis les plus fondamentaux de l’ordre démocratique. Cela doit se manipuler comme le reste.
La presse se communautarise de plus en plus, avec des audiences de plus en plus polarisées. Quelles sont les causes profondes de ce phénomène, et comment cela impacte-t-il le fonctionnement d’une démocratie ?
La presse ne fait en cela que répercuter les tendances à l’œuvre dans la société. La polarisation des opinions est un phénomène général, comme le durcissement des positions personnelles à l’échelle des acteurs individuels. Si paradoxal que cela puisse paraître au premier abord, j’y vois le résultat d’une dépolitisation profonde. La dépolitisation ne se traduit pas mécaniquement par un désintérêt pour la politique. C’est vrai pour une partie, mais il y en a une autre, qui procède de la même source, mais qui se traduit tout autrement. La dépolitisation, au plus profond, c’est la perte du sens de l’appartenance à une communauté politique. Cette appartenance obligeait à penser en termes d’action sur le tout de la société, avec ce que cela supposait de prise en compte de l’existence de ses opposants et des compromis avoués ou inavoués que cela exigeait au final. Quand cette dimension s’évanouit de la conscience des acteurs, cela peut entraîner la désertion de l’arène publique et le repli dans la vie privée, mais cela peut se traduire aussi par l’intervention dans l’arène publique sur la base de ses convictions privées, sans souci de convaincre qui que ce soit comme sans la moindre perspective de compromis. Si étrange que cela puisse paraître, encore une fois, la dépolitisation se solde par une radicalisation des positions personnelles et le refus de transiger. C’est en cela qu’elle représente une menace grave pour la démocratie. Il en résulte une stérilisation du débat public qui achève de dégoûter la masse des citoyens.
La démocratie devient ce régime démoralisant dont il n’y a rien à attendre. C’est peut-être ce qui peut lui arriver de pire.
En 2020, avec Pierre Nora, vous décidiez de mettre un terme à la parution de la revue Le Débat. Cet art si français de la conversation est-il définitivement perdu ? Comment l’expliquer ?
Il y a deux choses qui nous ont décidés à mettre la clé sous la porte : le désintérêt croissant pour la discussion argumentée, mais aussi derrière, plus gravement, la démobilisation vis-à-vis de l’approfondissement intellectuel. Deux démarches voulant dire « emmerdant » et « prise de tête » pour le consommateur actuel, y compris culturel. L’idée que les problèmes compliqués demandent de faire des diagnostics rigoureux qui supposent des échanges de points de vue sans concession est apparemment devenue obsolète pour une partie grandissante de nos contemporains, à commencer par nos responsables publics. Cela va au-delà de l’art français de la conversation, même si le souci de la forme compte pour beaucoup dans la qualité des débats. Mais il paraît que nous avons trouvé mieux : la communication. Cela dit, rien n’est jamais définitivement perdu dans ces domaines. Les échecs auxquels conduisent les solutions de facilité vont finir par donner à réfléchir. Il faut raisonner en termes de reconstruction sur de nouvelles bases, avec d’autres moyens.
Un nouvel acteur a pris une place très importante dans la diffusion d’information : les réseaux sociaux. Bonne ou mauvaise nouvelle ? La volonté de contrôle est-elle un moyen de plus du « camp du bien » pour contrer la montée populiste, ou est-ce une nécessité ?
La meilleure des nouvelles par la barrière qu’elle oppose à toute tentative de contrôle de l’expression collective, sauf passage à un pouvoir carrément totalitaire. Ce pourquoi, soit dit au passage, je ne suis pas très inquiet devant les tentatives de reprise en main qu’on nous concocte : elles ne pourront qu’échouer. Mais en même temps la pire des nouvelles par la porte qu’elle ouvre à la connerie et à la méchanceté humaine.
C’est la triste image de notre espèce que renvoient les réseaux qui me semble leur poison le plus redoutable. On a besoin d’un peu d’estime de ses pareils pour se mobiliser en tant que citoyen. La seule mesure de contrôle qui me semblerait salutaire, de ce point de vue, serait la fin de l’anonymat, le retour au principe libéral de base de la responsabilité personnelle. On assume ce qu’on raconte. C’est une question qui dépasse de loin le champ ordinaire de la politique.
Le 800e anniversaire du sacre du saint roi (29 novembre 1226) est l’occasion de redécouvrir le règne de Saint Louis
Ancien colonel de l’armée française, François-Régis Legrier est aujourd’hui professeur de géopolitique dans l’enseignement supérieur, spécialiste des conflits modernes et écrivain. Il est l’auteur d’un ouvrage remarqué sur la guerre juste, Si tu veux la paix prépare la guerre.
Il vient de publier une biographie de Saint Louis, modèle des chefs d’Etat. Nous l’avons interrogé :
Il existe déjà de nombreuses biographies de saint Louis, et vous en citez d’ailleurs plusieurs. Pourquoi une nouvelle biographie ?
Vous avez raison, il existe de nombreuses et excellentes biographies de Saint Louis, notamment celle de Jacques Le Goff en 1996. Si elles divergent parfois, et c’est bien naturel, dans leurs appréciations sur la personnalité et les décisions du petit-fils de Philippe-Aguste, elles rapportent peu ou prou les mêmes événements que nous connaissons bien et dont je ne rappelle ici que les plus marquants : le sacre à l’âge de 12 ans et la « régence » de Blanche de Castille, l’intervention du peuple parisien pour faire échouer la conspiration de Monthléry, l’affaire de l’Université, la victoire de Taillebourg en 1242 contre les Anglais, la VIIe croisade en Egypte suivie du séjour en Terre Sainte (1248-1254), le traité de Paris de 1259, souvent critiqué car il rend des terres au roi d’Angleterre, et la mort du roi devant Tunis le 25 août 1270 au cours de la VIIIe et dernière croisade.
Néanmoins, le 800e anniversaire du sacre du saint roi (29 novembre 1226) est l’occasion de redécouvrir le règne de Saint Louis. A travers un petit livre facile à lire et à emporter avec soi (format poche), j’ai voulu montrer comment Louis IX a répondu aux enjeux politiques de son temps. J’ai souhaité aussi en tirer quelques enseignements pour notre époque. En effet, Saint Louis n’a eu de cesse de lutter pour consolider la souveraineté de l’Etat tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il a œuvré sans répit pour réprimer la corruption et la violence féodale, n’hésitant pas à s’attaquer aux puissants de son époque. On lui doit notamment un vaste mouvement de réforme de la justice, condition de l’unité du pays et de la légitimité du pouvoir. Dans les relations extérieures, Louis IX a agi avec une persévérance inébranlable pour préserver la paix en Europe refusant de se laisser guider par la seule satisfaction des intérêts matériels. Il a rempli ses obligations internationales cherchant à faire du royaume de France une puissance d’équilibre entre les Grands de l’époque, le Saint empire romain et l’Eglise catholique et en se portant au secours du royaume latin de Jérusalem menacé de disparition. Ce Moyen-âge apparemment si lointain nous est en réalité étrangement familier par bien des aspects.
Avec Saint Louis, nous avons aussi une véritable leçon de philosophie politique. Le bien commun, l’exercice de l’autorité, la puissance et le bon usage de la force, la distinction des pouvoirs temporel et spirituel ne sont plus des principes abstraits mais des repères pour le décideur politique.
Mais par-dessus tout, j’ai souhaité pénétrer l’âme de Saint Louis. De par son tempérament, Louis aurait pu être un très bon roi mais un roi autoritaire et colérique. En exerçant l’autorité à l’imitation du Christ, il a témoigné d’une étonnante proximité avec le peuple sans amoindrir le prestige attaché à la fonction royale. Son ardent désir de justice et de paix n’a rien à voir avec un quelconque sentiment philanthropique ou une idéologie chimérique de paix universelle, mais se nourrit de la lecture quotidienne des Psaumes. Son amour des pauvres trouve sa source chez le Poverello d’Assise et comment ne pas être frappé par la ressemblance entre la mort de Saint François et celle de Louis ? En réalité, Saint Louis vit pleinement le serment prononcé lors de son sacre et son secret, s’il y en a un, réside dans sa profonde unité intérieure, sa présence auprès des grands et des petits et sa volonté d’être exemplaire. A l’opposé de Machiavel, Louis IX montre qu’il est possible de concilier l’Evangile et la politique. C’est, me semble t-il, une magnifique leçon pour notre époque et pour tous ceux qui sont en situation de responsabilité.
Ce saint modèle du chef d’Etat a-t-il quelque chose à enseigner à notre démocratie, malade d’ambitieux, d’aventuriers du pouvoir et de nihilistes ?
L’ambition, la soif de puissance et le goût des richesses sont inhérents à la nature humaine et source de grands désordres. Le Moyen-âge ne fait pas exception à la règle loin s’en faut. C’est une période de violences où la force prime bien souvent le droit. Or, si l’autorité politique a été instituée, c’est justement pour établir la paix, ce « fruit de la justice » selon le prophète Isaïe. Et la justice elle-même est « la ferme et constante disposition de la volonté de rendre à chacun ce qui lui est dû » selon la définition qu’en donne le jurisconsulte Ulpien au début du IIIe siècle avant Jésus-Christ. C’est la raison et l’unique raison qui donne au pouvoir politique le droit d’user légitimement de la force. Saint Louis a placé la justice et la paix au cœur de son action. « Bataille n’est pas voie de droit » avait-il l’habitude de dire. Pour reprendre le mot de Pascal, il a fait en sorte que ce qui est juste soit fort sans céder à la tentation du pouvoir absolu ou des conquêtes territoriales. Rappelons qu’il refusa la couronne impériale que lui proposait le pape après la déposition de Frédéric II.
Notre époque ne souffre pas seulement des maux évoqués supra, elle est fondamentalement l’expression d’une révolte métaphysique contre la condition humaine. Par le progrès technique, l’homme veut se faire Dieu. L’efficacité est le principe supérieur qui régit nos sociétés et non plus le bien et le mal. Cherchant à comprendre le nihilisme historique et la racine philosophique des idéologies totalitaires, Albert Camus évoquait dans l’Homme révolté, « les camps d’esclaves sous la bannière de la liberté et les massacres justifiés par amour de l’homme ». S’il revenait, il écrirait l’Homme survolté pour décrire cette excitation paroxystique qui pousse l’humanité dans un nihilisme toujours plus profond, illustré entre autres par la promotion de l’euthanasie au nom de la dignité humaine.
Dans ce contexte, le règne de Saint Louis offre bien sûr un contre-modèle civilisationnel. C’est la civilisation chrétienne qui n’est pas, faut-il le préciser une théocratie, mais une société irriguée par les valeurs de l’Evangile et la reconnaissance du règne social du Christ. Sans cette reconnaissance, le pouvoir politique trouve en lui-même sa propre fin et n’a de cesse d’étendre son emprise. L’histoire du XXe siècle le prouve abondamment et notre époque confirme cette tendance. Rejetant toute règle morale, le « temple de César » absorbe progressivement toutes les libertés à commencer par celle des familles à éduquer leurs enfants. La loi faisant obligation de scolariser son enfant dès l’âge de trois ans en est un exemple parmi d’autres. Même les bolchéviques n’avaient pas osé aller aussi loin dans la négation des droits fondamentaux de la famille.
Ajoutons que Saint Louis n’est pas seulement un modèle pour les chefs d’Etat mais un modèle pour tous les chrétiens qui sont en situation de responsabilité par cette unité intérieure qui le caractérise. Ce n’est pas un homme déchiré entre sa foi et l’exercice du pouvoir, une éthique de conviction et une éthique de responsabilité mais un homme qui se sanctifie dans les épreuves et les échecs – son règne n’en n’est pas exempt – et surtout dans l’exercice de son devoir d’état qui ne se résume pas au service de l’Etat mais qui inclut ses responsabilités familiales. Rappelons que Saint François de Sales a proposé en son temps Louis et sa femme Marguerite de Provence comme modèle des époux chrétiens.
Saint Louis organisa deux croisades afin de libérer la Terre sainte. A l’heure où le conflit au Proche-Orient semble s’intensifier, alors que le patriarche latin de Jérusalem a été empêché de célébrer la messe des Rameaux au Saint-Sépulcre, que peut apporter la France ?
L’actualité nous ramène une fois de plus à une terre qui est chère aux yeux de tous les chrétiens d’où qu’ils soient. La Terre sainte et l’ensemble de la région sont à nouveau ensanglantés et entraînés dans une spirale de violence inimaginable. Le déploiement en urgence du groupe aéronaval français de la mer Baltique à la Méditerranée orientale nous rappelle d’ailleurs à une réalité géopolitique bien vivante : la place de la France est d’abord au Levant et plus largement en Méditerranée. Depuis les Capitulations signées entre François 1er et Soliman le Magnifique en 1536, la ligne directrice de la politique étrangère française au Levant a toujours été inspirée, au moins en partie, par le souci de protéger les minorités chrétiennes et garantir l’accès aux Lieux Saints. « Cette tradition est constitutive de l’histoire de France, au-delà des clivages politiques. Elle est constitutive de notre identité même, mais aussi de celles du Moyen-Orient. J’entends que nous soyons fidèles à cette tradition. » reconnaissait Laurent Fabius en 2015[1]. Cette politique menée avec constance a permis à la France d’exercer une influence profonde et durable pendant cinq siècles. Il est donc à souhaiter que la France retrouve une capacité à peser sur le cours des choses. Cela passe par une crédibilité retrouvée sur un plan militaire, un travail diplomatique de fond et, bien sûr, du courage politique.
[1] Rapport de groupe interparlementaire d’amitié n° 147 – 28 mars 2018. Source : https://www.senat.fr/ga/ga147/ga147.html#toc14
Les propos d’un évêque allemand en contradiction avec le catéchisme
Mgr Ludger Schepers, évêque auxiliaire d’Essen, est responsable de la « pastorale queer » de la Conférence épiscopale allemande. Il a osé déclarer que l’homosexualité, la transidentité et l’intersexualité font partie du plan de Dieu. Le prélat a également réclamé un changement de l’Église sur les questions de sexe et de genre.
« La diversité des identités humaines, qu’elles soient homosexuelles, transgenres ou intersexuées, n’est pas une construction moderne, mais fait partie du plan créateur de Dieu ».
Sera-t-il convoqué à Rome par le préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi ?
En mai 2022, Mgr Ludger Schepers avait participé à un service œcuménique de bénédiction de couples homosexuels. Depuis, il n’a pas été rappelé à l’ordre par la Congrégation des évêques. Il n’a pas été incité à remettre sa charge, comme d’autres ont pu y être contraints.
L’évêque auxiliaire d’Essen est également un partisan de l’ordination des femmes au diaconat : le 15 avril 2024, il a célébré la messe de clôture d’une formation pour « diaconesses », visant à préparer leur introduction dans l’Église.
Rappelons l’enseignement du catéchisme :
S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10), la Tradition a toujours déclaré que ” les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés ” (CDF, décl. ” Persona humana ” 8). Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas.
Proposition de loi visant à exclure de la notion de soin la provocation active de la mort
Le sénateur LR Francis Szpiner a déposé une proposition de loi afin que peuple français puisse s’exprimer par voie référendaire sur la question de la fin de vie :
Ce texte entend rappeler, avec la clarté nécessaire, que la provocation active de la mort d’un patient ne saurait être assimilée à un traitement, à une thérapeutique ni à un soin. Il s’inscrit dans une réflexion de fond sur les principes qui fondent notre droit de la santé, la place du soin dans notre pacte républicain et la protection due aux personnes les plus vulnérables.
La question de la fin de vie est de nature à bouleverser les équilibres de notre société et constitue un choix majeur de civilisation. La solution qui serait retenue engagerait toutes les générations. Il appartient au peuple français de s’exprimer sur ce choix qui constitue une rupture majeure de notre vision et de notre conception de la vie et de la mort.
Ni des sondages, ni une convention citoyenne ne sauraient se substituer au peuple français.
Afin que ce débat ait lieu, ce texte doit, dans un premier temps, être cosigné par 185 parlementaires pour être examiné par le Conseil Constitutionnel.
15 avril à Paris – Face à la fin de vie : comprendre, réfléchir, espérer.
Alors que le projet de loi sur “l’aide à mourir” divise et questionne notre société, SETH Talk et France Catholique proposent d’aller plus loin que le débat.
Parce qu’au fond, les vraies questions sont ailleurs — dans ce que nous portons tous :
Qu’est-ce qu’une vie digne… jusqu’à la fin ?Que faire quand quelqu’un souffre ?Pourquoi avons-nous peur de la mort ?Qu’est-ce qui compte vraiment… à la fin ?
Revenir à l’essentiel : ce que ces questions révèlent du cœur de l’homme, de notre société… et de notre propre vie.
Médecins, prêtres et psychologues partageront leur expérience concrète pour éclairer ces enjeux avec profondeur, humanité et espérance.
Une soirée pour comprendre… et pouvoir en parler autour de soi.
Le 15 avril à Paris, SETH Talk et France Catholique vous invitent à une conférence pour réfléchir à ce qui donne sa valeur à la vie… jusqu’au bout.
Intervenants :
- Charles Vaugirard (Auteur sur l’Eugénisme)
- Marie de Hennezel (Psychologue)
- P. Thibaud Guespereau
- Anne de la Tour (Ancienne responsable de SFAP, Soin Palliatif)
- Don Paul (Recteur de ND de Montligeon)
- Et d’autres…
Défaite de Viktor Orban en Hongrie
Après 16 ans au pouvoir, Viktor Orbán échoue face au chef de l’opposition hongroise, Peter Magyar. Le parti Tisza de Peter Magyar aurait raflé 138 des 199 sièges de l’assemblée contre 54 pour le Fidesz de Viktor Orban. Peter Magyar, âgé de 45 ans, avait promis un changement total, jurant de démanteler “brique par brique” le système politique mis en place par l’actuel Premier ministre nationaliste hongrois.
Magyar fut membre du même parti qu’Orbán, mais il a démissionné à cause de tous les cas de corruption qui existaient dans le parti.
Né le 16 mars 1981, Peter Magyar s’est notamment lié d’amitié avec l’actuel chef de cabinet de Viktor Orban pendant ses années universitaires de droit. Après avoir travaillé comme avocat, puis père au foyer à Bruxelles, il a été nommé diplomate chargé des affaires européennes au retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010.
Revenu vivre en Hongrie avec sa famille en 2018, Peter Magyar a pris la tête de l’organisme de prêts étudiants Diakhitel Kozpont et siégé au conseil d’administration de plusieurs autres entreprises publiques. Ce qui ne l’empêchait pas déjà de critiquer Orban. En 2022, Peter Magyar applaudissait encore un discours de Viktor Orban, assis au premier rang avec Judit Varga, alors son épouse et ministre de la Justice. La mère de ses trois enfants a auparavant occupé le poste de secrétaire d’État, après avoir été assistante d’un député européen Fidesz.
Un temps pressentie pour mener la liste du parti d’Orban aux élections européennes de 2024, Judit Varga s’est retirée en raison de son implication dans un scandale retentissant de grâce accordée dans une affaire de pédocriminalité. À la suite de son divorce, elle a également accusé son ex-mari de violences domestiques ; un “tsunami de haine et de mensonges” selon l’ancien diplomate, qui a ensuite révélé des preuves de corruption à son encontre.
Inconnu du grand public avant début 2024, Peter Magyar a dénoncé le système Orban. Affirmant ne pas avoir d’ambition politique, il a tout de même rassemblé des dizaines de milliers de personnes quelques semaines plus tard. Nouveau leader du parti de centre-droit Tisza (Respect et Liberté), il est arrivé en deuxième position aux élections européennes en juin 2024, derrière la coalition au pouvoir, mais avec 30% des voix.
Sur l’immigration, il défend des idées très strictes. En campagne, il a déclaré : « Nous choisissons le peuple hongrois et nous ne voulons pas d’immigrants ». Il a présenté des programmes pour prioriser la famille hongroise et favoriser la natalité.
Début avril il dénonçait une « discrimination » à Bruxelles, la Hongrie ayant reçu une lettre de menace de la part de la Commission européenne, exigeant que le carburant ne soit pas vendu moins cher aux Hongrois qu’aux étrangers — alors même que le pays est confronté à une crise énergétique et à des pressions extérieures.
Néanmoins, Peter Magyar est un ami de Von der Leyen. Un de ses conseillers a dit en août dernier « Nous ne pouvons pas dévoiler un ensemble de mesures, de peur de perdre l’élection ». Magyar siège auprès du PPE au Parlement européen.
Sur le plan international, Peter Magyar a esquissé une politique pro-occidentale, affirmant qu’il s’efforcerait de faire de la Hongrie un allié fiable de l’Otan et un membre loyal de l’Union européenne. Comme Viktor Orban, il refuse cependant l’envoi d’armes à l’Ukraine et s’oppose à une intégration rapide du pays dans l’UE.
Non, les “valeurs de la République” ne peuvent pas être imposées contre l’enseignement de l’Eglise dans les établissements catholiques
Avec l’élection d’Emmanuel Grégoire à la mairie de Paris, nous avions anticipé qu’il nous faudrait prochainement reparler du collège Stanislas : le nouveau maire a, en effet, la réputation d’être encore plus fanatique que sa prédécesseur – ce qui n’est pas peu dire ! – et d’être un acharné opposant au versement du forfait d’externat au prestigieux établissement (au mépris de la loi mais, comme chacun sait, la gauche étant le « camp du bien » peut se dispenser d’appliquer la loi…). Nous étions donc prêts à soutenir Stan contre cet exécutif municipal violemment hostile au catholicisme.
Cependant, à ma grande surprise, ce n’est pas une agression d’Emmanuel Grégoire qui a braqué récemment les projecteurs sur l’établissement, mais un entretien du nouveau directeur, Igor Le Diagon, au « Point ». Cet entretien peut se lire ici et on y trouve beaucoup de bonnes choses – à la fois dans l’ordre de la fermeté à faire appliquer la loi et dans l’ordre de la volonté de pacification. Malheureusement, on y trouve également des déclarations tout à fait problématiques.
J’ignore si M. Le Diagon les a prononcées telles quelles ou si le journaliste les a tirées dans un sens différent de ce que pensait leur auteur – ce serait tout à fait possible puisque la question apparaît bizarrement formulée et, même en faisant la part de la méconnaissance habituelle des journalistes à propos du catholicisme, on a peine à croire qu’une question aussi alambiquée et « amalgamante » ait pu être posée et, plus encore, que le directeur de Stan y ait répondu sans demander ni apporter de précision préalable. Ce qui est certain, en tout cas, c’est que, dans la version où ces déclarations apparaissent sur le site du « Point », elles sont profondément choquantes.
Voici le passage concerné :
Un bénévole a, par le passé, assimilé la contraception chimique à une pratique « dangereuse », l’homosexualité à une « maladie » et l’avortement au fait de « tuer volontairement une personne innocente ». Pouvez-vous dire aujourd’hui que ces propos sont contraires aux valeurs de votre établissement ?
Je peux le dire. Ces paroles sont contraires aux valeurs de la République et par conséquent à celle de l’établissement. Ça l’a d’ailleurs toujours été. Les élèves qui avaient entendu ces paroles avaient été extrêmement choqués et nous avaient d’ailleurs eux-mêmes fait remonter l’information. Et cette personne avait été renvoyée dès que la direction a été informée.
Afin d’éviter que cela ne se reproduise, nous avons rendu obligatoire pour tous les adultes intervenant dans l’établissement le webinaire dédié à la prévention des abus sur mineurs, proposé par le diocèse de Paris. Nous avons également mis en place une charte, signée par tous les intervenants, par laquelle ils s’engagent à ne pas exprimer d’opinions personnelles et à s’en tenir strictement au programme.
Je note d’abord que les sectaires ne doivent pas avoir grand-chose à reprocher à Stan puisque l’on voit partout mentionner ce fameux bénévole et ses propos systématiquement présentés de cette façon incompréhensible (imagine-t-on vraiment que quelqu’un pourrait se présenter devant une classe et « balancer » de but en blanc l’ensemble des propos qui lui sont reprochés ?).
Je note aussi que la meilleure preuve qu’il n’y a aucun problème « systémique » à Stan, c’est qu’il n’est question que d’un bénévole – c’est-à-dire à la fois un cas isolé et quelqu’un d’extérieur au collège.
Cependant, il est clair que l’avortement est bien le fait de « tuer volontairement une personne innocente ». A moins que l’on ne pense que l’avortement soit involontaire ; ou encore que le fœtus ne soit pas tué lors d’un avortement ; ou bien encore que le fœtus avorté soit coupable… Toutes idées évidemment absurdes.
Je ne vois pas comment on pourrait dire que ce propos, qui paraît relever de la simple observation (et qui, tel qu’il est présenté ici, ne comporte même pas de jugement de valeur), serait contraire aux « valeurs de la république » – même si je n’ai toujours pas compris ce qu’étaient ces dernières ! Ce serait aussi idiot que de dire que les « valeurs de la république » exigent de croire que deux et deux font cinq (il est vrai que, par moments, on se demande si Marianne ne voudrait nous imposer ce genre de « dogme »). Je vois moins encore comment ces propos pourraient paraître contraires aux valeurs de Stanislas. Un fait ne peut pas être contraire à des valeurs et la vérité ne peut pas s’opposer aux valeurs d’un lycée catholique.
Cependant je trouve cette phrase extrêmement inquiétante : « Ces paroles sont contraires aux valeurs de la République et par conséquent à celle de l’établissement. »
Il est vraisemblable que ces lignes n’aient pas été relues. Outre le caractère particulièrement abscons de la question, j’en vois au moins un indice assez net : le passage au singulier (des valeurs de la République à « celle » de l’établissement) n’a aucune justification et donne plutôt l’impression d’une coquille qui aurait normalement sauté aux yeux de n’importe quel relecteur.
Mais ce qui est gravissime, c’est que l’on fait ainsi croire que le directeur de l’un des plus importants établissements catholiques de France considèrerait comme scandaleux de dire la vérité sur l’avortement. Ce n’est pas seulement grave pour son propre établissement (comment peut-on placer les fumeuses « valeurs de la république » au-dessus de l’enseignement de l’Eglise, et même au-dessus de la simple observation biologique, dans un établissement catholique ?). Mais c’est grave pour l’ensemble de l’enseignement catholique sous contrat. Tout se passe comme si, de LFI jusqu’à LREM, toute la gauche prétendait supprimer le caractère propre de l’enseignement catholique et exiger que, dans ce dernier aussi, les enfants soient soumis à la culture de mort comme à la propagande LGBT. Et, si un établissement aussi emblématique que Stan cède sur un point aussi décisif, comment croire que les autres résisteront longtemps ?
J’entends dire que ces propos suscitent beaucoup d’agitation à Stan et ailleurs. Cela me semble assez naturel. Toutefois je ne vois qu’une façon d’éviter que les sectaires n’en usent et n’en abusent : que M. Le Diagon précise ce qu’il a voulu dire – et qui ne peut certainement pas être ce qui a été publié. En tout cas, à moins de vouloir rallumer la guerre scolaire, on ne peut pas vouloir imposer dans les établissements catholiques l’enseignement de « valeurs de la république » jamais définies (et dont tout laisse à croire qu’elles sont souvent, dans la bouche de zélés propagandistes du totalitarisme contemporain, fort éloignées de la loi naturelle et du respect de la dignité humaine) au-dessus de l’enseignement de l’Eglise.
Guillaume de Thieulloy
“Ceux qui combattent la France de l’intérieur doivent être déclarés ennemis et boutés du pays”
Dans un entretien croisé avec Philippe de Villiers dans le JDD, Boualem Sansal s’alarme de l’islamisation galopante :
[…] Je sais comment l’islamisme progresse. Je l’ai vu en Algérie. Je le vois en France, en Europe. La ligne rouge est dépassée depuis longtemps : elle s’est effacée. Toujours la même technique, qui marche formidablement : l’islamisme ne surgit pas d’un coup. Il avance par étapes, par petits sauts furtifs, et parfois avec démonstration de force. Il crée des mini-ruptures – par exemple le voile – puis il œuvre à les élargir, à en faire un élément d’ancrage identitaire sur lequel ses militants vont s’arc-bouter et harceler la société. Puis il attaque la langue, en délégitimant le récit national, en répétant des mantras : le français est la langue des kouffars, des colonialistes, et en lui substituant la leur : l’arabe est la langue sacrée du Coran, des ancêtres (les salafs). Puis il s’attaque aux normes, le code génétique de la société, et porte le combat à l’intérieur des institutions les plus sensibles : l’école, l’université, la justice. Bientôt l’Assemblée et l’Armée. Ceux qui refusent ce viol doivent se lever et nommer avec nous cette réalité sans trembler.
Mais cela ne suffit pas : il faut faire front au jour le jour, et défendre son pays et sa vie, pied à pied, avec l’idée que c’est nous qui porterons le dernier coup. La réponse ne peut pas être seulement morale. Elle doit être politique et symbolique. La primauté des lois françaises doit être claire, et à aucun moment discutable ou négociable. Les financements étrangers doivent être contrôlés. Les structures qui travaillent à l’anéantissement doivent être dissoutes, et ceux qui combattent la France de l’intérieur déclarés ennemis et boutés du pays. Une civilisation qui ne se défend pas décline, et finit par se soumettre. Le sursaut est possible, mais il suppose lucidité et décision.
« Les peuples ne meurent que lorsqu’ils consentent à l’oubli… » Comment convaincre les Français ?
Ce ne sont pas les Français qu’il faut convaincre. Eux savent : ils vivent les affres d’une cohabitation impossible ; ils vivent la submersion en maints endroits du pays. Eux sont empêchés d’agir et de reprendre en main leur quartier, les territoires perdus, de soustraire leurs enfants de l’enrôlement sournois. Ce sont les élites qu’il faut convaincre d’assumer leur mission d’éclaireur de la société – et de commencer par se libérer elles-mêmes, d’abord – pour revivifier le sentiment national et la fierté d’être Français, vivant dans une France forte et généreuse. C’est par la vérité que l’on convainc. Il leur faudra donc d’abord cesser de gouverner par le mensonge, le secret et le laxisme. La continuité nationale n’est pas une nostalgie. C’est une condition de la liberté. Un peuple qui ignore son histoire est vulnérable aux récits plus affirmés, soutenus en général par des coercitions impitoyables. Un peuple qui connaît son histoire peut l’assumer, la corriger, la dépasser sans se dissoudre. La clarté est une forme supérieure de courage.
La foi a besoin d’être nourrie et soutenue. C’est pourquoi, le “huitième jour”, c’est-à-dire chaque dimanche, l’Église nous invite à célébrer l’Eucharistie
Lors du Regina Caeli ce jour, le pape a déclaré aux fidèles :
Aujourd’hui, deuxième Dimanche de Pâques, dédié par saint Jean-Paul II à la Divine Miséricorde, nous lisons dans l’Évangile l’apparition de Jésus ressuscité à l’apôtre Thomas (cf. Jn 20, 19-31). L’événement se produit huit jours après Pâques, alors que la communauté est réunie, et c’est là que Thomas rencontre le Maître, qui l’invite à regarder les marques des clous, à mettre la main dans la plaie de son côté et à croire (cf. v. 27). C’est une scène qui nous invite à réfléchir sur notre rencontre avec Jésus ressuscité. Où le trouver ? Comment le reconnaître ? Comment croire ? Saint Jean, qui raconte l’événement, nous donne des indications précises : Thomas rencontre Jésus le huitième jour, au sein de la communauté réunie, et le reconnaît aux signes de son sacrifice. De cette expérience jaillit sa profession de foi, la plus haute de tout le quatrième Évangile : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (v. 28).
Certes, il n’est pas toujours facile de croire. Cela n’a pas été facile pour Thomas, et ce n’est pas facile pour nous non plus. La foi a besoin d’être nourrie et soutenue. C’est pourquoi, le “huitième jour”, c’est-à-dire chaque dimanche, l’Église nous invite à faire comme les premiers disciples : à nous réunir et à célébrer ensemble l’Eucharistie. En elle, nous écoutons les paroles de Jésus, nous prions, nous professons notre foi, nous partageons les dons de Dieu dans la charité, nous offrons notre vie en union avec le Sacrifice du Christ, nous nous nourrissons de son Corps et de son Sang, pour être à notre tour témoins de sa Résurrection, comme l’indique le terme “Messe”, c’est-à-dire “envoi”, “mission” (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1332).
L’Eucharistie dominicale est indispensable à la vie chrétienne. Demain, je partirai pour un voyage apostolique en Afrique, et ce sont justement certains martyrs de l’Église africaine des premiers siècles, les martyrs d’Abitène, qui nous ont laissé à ce sujet un très beau témoignage. Face à l’offre de sauver leur vie à condition de renoncer à célébrer l’Eucharistie, ils ont répondu qu’ils ne pouvaient pas vivre sans célébrer le jour du Seigneur. C’est là que notre foi se nourrit et grandit. C’est là que nos efforts, bien que limités, par la grâce de Dieu, se fondent comme les actions des membres d’un seul corps – le Corps du Christ – dans la réalisation d’un seul grand projet de salut qui embrasse toute l’humanité. C’est à travers l’Eucharistie que nos mains aussi deviennent les “mains du Ressuscité”, témoins de sa présence, de sa miséricorde, de sa paix, dans les signes du travail, des sacrifices, de la maladie, du passage des années, qui y sont souvent gravés, comme dans la tendresse d’une caresse, d’une poignée de main, d’un geste de charité.
Chers frères et sœurs, dans un monde qui a tant besoin de paix, cela nous engage plus que jamais à être assidus et fidèles à notre rencontre eucharistique avec le Ressuscité, afin d’en repartir comme témoins de la charité et porteurs de réconciliation. Que la Vierge Marie nous aide à le faire, elle qui est bienheureuse parce qu’elle a cru sans avoir vu (cf. Jn 20, 29).
“Convertissons-nous à un Royaume de paix qui se construit jour après jour, dans les maisons, dans les écoles, dans les quartiers, dans les communautés civiles et religieuses”
Réflexion du Saint-Père Léon XIV lors de la Veillée de prière pour la paix
Chers frères et sœurs,
votre prière est l’expression de cette foi qui, selon la parole de Jésus, déplace les montagnes (cf. Mt 17, 20). Merci d’avoir accueilli cette invitation en vous rassemblant ici, près de la tombe de saint Pierre, et dans tant d’autres lieux à travers le monde pour invoquer la paix. La guerre divise, l’espérance unit. La tyrannie piétine, l’amour élève. L’idolâtrie aveugle, le Dieu vivant éclaire. Il suffit d’un peu de foi, d’une miette de foi, très chers amis, pour affronter ensemble, comme humanité et avec humanité, cette heure dramatique de l’histoire. La prière, en effet, n’est pas un refuge pour nous soustraire à nos responsabilités, elle n’est pas un anesthésiant pour éviter la douleur que tant d’injustice déclenche. Elle est au contraire la réponse la plus gratuite, universelle et bouleversante à la mort : nous sommes un peuple qui ressuscite déjà ! En chacun de nous, en chaque être humain, le Maître intérieur enseigne en effet la paix, pousse à la rencontre, inspire l’invocation. Levons donc les yeux ! Relevons-nous des décombres ! Rien ne peut nous enfermer dans un destin déjà écrit, pas même dans ce monde où les sépulcres semblent ne pas suffire, car on continue à crucifier, à anéantir la vie, sans droit et sans pitié.
Saint Jean-Paul II, témoin infatigable de la paix, a déclaré avec émotion, dans le contexte de la crise irakienne de 2003 : « J’appartiens à la génération de ceux qui ont vécu la Deuxième Guerre mondiale et y ont survécu. J’ai le devoir de dire à tous les jeunes, à ceux qui sont plus jeunes que moi, qui n’ont pas connu cette expérience :“Plus jamais la guerre !” comme le disait Paul VI au cours de sa première visite aux Nations Unies. Nous devons faire tout notre possible ! Nous savons bien que la paix à n’importe quel prix n’est pas possible. Mais nous savons tous combien cette responsabilité est grande » (Angélus, 16 mars 2003). Je fais mien ce soir son appel, si actuel.
La prière nous éduque à agir. Les possibilités humaines limitées s’unissent, dans la prière, aux possibilités infinies de Dieu. Les pensées, les paroles et les actes brisent alors la chaîne démoniaque du mal et se mettent au service du Royaume de Dieu : un Royaume où il n’y a ni épée, ni drone, ni vengeance, ni banalisation du mal, ni profit injuste, mais seulement dignité, compréhension et pardon. Nous avons là un rempart contre ce délire de toute-puissance qui, autour de nous, devient de plus en plus imprévisible et agressif. Les équilibres au sein de la famille humaine sont gravement déstabilisés. Même le Nom saint de Dieu, le Dieu de la vie, est entraîné dans les discours de mort. Disparaît alors un monde de frères et de sœurs ayant un seul Père dans les cieux et, comme dans un cauchemar nocturne, la réalité se peuple d’ennemis. Partout, on perçoit des menaces, au lieu d’appels à l’écoute et à la rencontre. Frères et sœurs, celui qui prie a conscience de ses limites, il ne tue pas et ne menace pas de mort. Au contraire, est asservi à la mort celui qui a tourné le dos au Dieu vivant, pour faire de lui-même et de son propre pouvoir l’idole muette, aveugle et sourde (cf. Ps 115, 4-8), à laquelle sacrifier toute valeur et exiger que le monde entier plie le genou.
Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. Saint Jean XXIII, avec une simplicité évangélique, a écrit : « La paix profite à tous : aux individus, aux familles, aux peuples, à toute la famille humaine ». Et, reprenant les paroles lapidaires de Pie XII, il ajoutait : « Avec la paix, rien n’est perdu ; mais tout peut l’être par la guerre » (Lettre encyclique Pacem in terris, 116).
Unissons donc les énergies morales et spirituelles de millions, voire de milliards d’hommes et de femmes, de personnes âgées et de jeunes qui, aujourd’hui, croient en la paix, qui choisissent la paix, qui soignent les blessures et réparent les dégâts causés par la folie de la guerre. Je reçois de nombreuses lettres d’enfants provenant de zones de conflit : en les lisant, on perçoit, à travers la vérité de l’innocence, toute l’horreur et l’inhumanité d’actions dont certains adultes se vantent fièrement. Écoutons la voix des enfants !
Chers frères et sœurs, il y a bien sûr des responsabilités inaliénables pour les dirigeants des nations. À eux nous crions : arrêtez-vous ! C’est le temps de la paix ! Asseyez-vous aux tables du dialogue et de la médiation, pas aux tables où l’on planifie le réarmement et où l’on délibère des actes de mort ! Il y a cependant, non moins grande, la responsabilité de nous tous, hommes et femmes de tant de pays différents : une immense multitude qui rejette la guerre, avec des faits, pas seulement en paroles. La prière nous engage à convertir ce qui reste de violent dans nos cœurs et dans nos esprits : convertissons-nous à un Royaume de paix qui se construit jour après jour, dans les maisons, dans les écoles, dans les quartiers, dans les communautés civiles et religieuses, en volant du terrain à la polémique et à la résignation avec l’amitié et la culture de la rencontre. Croyons de nouveau en l’amour, la modération et la bonne politique. Formons-nous et engageons-nous, chacun répondant à sa propre vocation. Chacun a sa place dans la mosaïque de la paix !
Le Rosaire, comme d’autres formes très anciennes de prière, nous a unis ce soir dans son rythme régulier, établi sur la répétition : la paix se fait ainsi, mot après mot, geste après geste, comme une roche qu’on creuse goutte par goutte, comme le tissage avance mouvement après mouvement sur le métier à tisser. Ce sont les longs délais de la vie, signe de la patience de Dieu. Nous devons veiller à ne pas nous laisser emporter par l’accélération d’un monde qui ne sait pas ce qu’il poursuit, afin de revenir au service du rythme de la vie, de l’harmonie de la création, et d’en soigner les blessures. Comme nous l’a enseigné le Pape François, « Il faut des artisans de paix disposés à élaborer, avec intelligence et audace, des processus pour guérir et pour se retrouver » (Lett. enc. Fratelli tutti, n. 225). Il existe en effet « une “architecture” de la paix où interviennent les diverses institutions de la société, chacune selon sa compétence, mais il y a aussi un “artisanat” de la paix qui nous concerne » (ibid., 231).
Chers frères et sœurs, rentrons à la maison avec cet engagement de prier sans cesse, sans nous lasser, et avec une profonde conversion du cœur. L’Église est un grand peuple au service de la réconciliation et de la paix qui avance sans hésitation, même lorsque le rejet de la logique de la guerre peut lui valoir incompréhension et mépris. Elle annonce l’Évangile de la paix et enseigne à obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, surtout lorsqu’il s’agit de la dignité infinie d’autres êtres humains, mise en péril par les violations constantes du droit international. « Partout dans le monde, il est à souhaiter que « chaque communauté devienne une “maison de paix”, où l’on apprend à désamorcer l’hostilité par le dialogue, où l’on pratique la justice et cultive le pardon. Aujourd’hui plus que jamais, en effet, il faut montrer que la paix n’est pas une utopie » (Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2026).
Frères et sœurs de toutes langues, de tous peuples et de toutes nations : nous formons une seule famille qui pleure, qui espère et qui se relève. « Plus jamais la guerre, aventure sans retour, plus jamais la guerre, spirale de deuils et de violence » (Saint Jean-Paul II, Prière pour la paix, 2 février 1991).
Très chers amis, que la paix soit avec vous tous ! C’est la paix du Christ ressuscité, fruit de son sacrifice d’amour sur la croix. C’est pourquoi nous Lui adressons notre supplication :
Seigneur Jésus,
tu as vaincu la mort sans armes ni violence :
tu as anéanti son pouvoir par la force de la paix.
Donne-nous ta paix,
comme aux femmes hésitantes le matin de Pâques,
comme aux disciples cachés et effrayés.
Envoie ton Esprit,
souffle qui donne la vie, qui réconcilie,
qui fait des adversaires et des ennemis des frères et des sœurs.
Inspire-nous la confiance de Marie, ta mère,
qui, le cœur déchiré, se tenait au pied de ta croix,
solide dans la foi que tu ressusciterais.
Que la folie de la guerre prenne fin
et que la Terre soit soignée et cultivée par ceux qui encore
savent engendrer, savent préserver, savent aimer la vie.
Écoute-nous, Seigneur de la vie !
Terres de Mission : Merveilleux miracles eucharistiques
Eglise universelle : A la découverte des miracles eucharistiques
Un miracle eucharistique est la transformation visible d’une hostie consacrée en un tissu myocardique humain, manifestant ainsi la réalité de la transsubstantiation. C’est à la découverte de ces phénomènes miraculeux à Lanciano, Faverney ou Buenos-Aires que nous mène Marie Piloquet dans un hors-Série passionnant et très documenté de L’Homme Nouveau : “A la découverte des miracles eucharistiques”.
Eglise en France : Compostelle
Un jeune délinquant qui a eu à choisir entre la prison et cette expérience de réinsertion marche vers Compostelle en compagnie d’une accompagnatrice en pleine crise existentielle. Marthe Peres, chargée de communication à Saje distribution nous présente ce film “Compostelle”, belle histoire narrée au cœur de splendides paysages mais aussi terrible témoignage sur le drame des familles éclatées et fracturées.
Eglise en Marche : Les nuits d’Aldéarde
Depuis 2022, une équipe d’amoureux de leur village d’Airvault dans les Deux-Sèvres s’attache à mettre en valeur et à faire découvrir le patrimoine historique et architectural de cette petite cité de caractère. A l’origine de cette initiative, Béatrice Gindre nous présente le programme de cette année avec dîner, promenade nocturne et spectacle sur le thème : “Je vous écris de Verdun”. A noter les 31 juillet, 1,7 et 8 août.
Ballades irlandaises au Liban avec Roderick Sursock Cochrane
De notre Envoyé spécial Antoine Bordier, auteur, consultant et journaliste
Dans cette troisième et dernière partie de notre trilogie journalistique, nous restons au Liban, dans ce pays du Cèdre attaqué, blessé, crucifié, martyrisé, et si souvent convoité. Malgré la guerre actuelle et les bombardements quotidiens, évadons-nous de cette vie mortifère qui frappe tout le Levant et le Moyen-Orient. Terminons avec Roderick Sursock Cochrane, l’actuel gardien et propriétaire du célèbre palais, le Conte merveilleux des Sursock. Cette fois-ci, baladons-nous dans les années 1950 jusqu’à nos jours. Retrouvons ce personnage romanesque, énième du nom dynastique, dans son palais déchiré, défiguré par les explosions du 4 août 2020, mais toujours debout ! Ah, ces ballades irlandaises que chantaient Bourvil dans la jeunesse de son talent. Elles nous entraînent à travers toute l’Europe pour s’établir durablement au pays du Cèdre, où coulent l’eau, le lait, le miel, les neiges éternelles et le vin de Dieu. Pays des Mille et Une Nuits, visité par Alphonse de Lamartine, Gustave Flaubert, Romain Gary, Jean Cocteau, Jean Genet, André Gide ou encore Gérard de Nerval, et… tant d’autres.
Quand vous vous rendez au palais des Sursock, dans le centre-ville de Beyrouth, dans la rue qui porte leur nom et qui se situe tout près de Gemmayzé, non loin de l’archidiocèse grec-orthodoxe, déjà les parfums du parc vous attirent. Ils se diffusent agréablement dans tout le quartier. Combien de palais dans ce quartier qui rappellent le faste beyrouthin des années 30 à 70 ? Au loin, les grands arbres centenaires s’élancent tels des géants, les ficus ombragent l’entrée principale comme si vous avanciez vers un nouveau monde, comme si vous entriez dans un pays merveilleux, les oliviers et les palmiers dansent au grès du vent, les cyprès jaillissent comme des traits de verdure et les bougainvilliers sont en fleurs, tout cela sous le pinceau du maître qui a posé sa toile face au front de mer, à 400 m à vol d’aigle royal. Un maître qui vous émerveille avec sa palette de couleurs ! Le peintre ne le sait pas encore, mais il a réalisé ici, l’un de ses plus grands chefs d’œuvre… Celui qui marie l’art beyrouthin, presque byzantin, et l’art ottoman.
Celui qui invite à marcher dans les allées bordées de trésors avec ses pelouses et sa flore si généreuse et si pulpeuse, comme les fruits des citronniers. Vous avez une seule envie, cueillir un fruit, le croquer et vous allonger, vous faire herbe et regarder avec vos yeux redevenus enfants, ce petit paradis. Bienvenus au jardin des Sursock !
Le portail est ouvert, Roderick est là. Il ressemble à un gentleman, à un Irlandais. Droit comme un I, le dos un peu courbé, tourné vers la terre, son visage est fin, teinté des coloris des terres irlandaises, blondes et rousses, et de celles du Liban, blanches, rouges et vertes. Il ne porte plus son Borsalino sur la tête, mais il garde l’une de ses mains dans la poche, comme s’il cachait un trésor. Certains disent de lui qu’il ressemble à Humphrey Bogart. Non, il ressemble plutôt à Robert Redford.
« Oui, je suis né à Dublin, en Irlande, dans les années 1950. 6 mois plus tard, toute la famille déménage pour le Liban, pour le palais Sursock. » Le petit Roderick prend le bateau avec ses parents, Desmond et Yvonne, et ses deux frères, Marc et Alfred. Il commence son tour du monde en plus de 80 jours… Sa petit sœur, Isabelle, naîtra 10 ans plus tard.
Une enfance entre le Liban et l’Europe
Roderick a eu une enfance idyllique, insouciante, presque rêveuse. Son enfance et son adolescence, celles des années 50 et des années 60 sont rythmées aux sons de la douce musique de la Belle Epoque libanaise. Sa scolarité s’en ressent. Il y a, vraiment, un côté rêveur, un côté petit prince de Saint-Exupéry chez lui. Il change d’école, passe des Dames de Nazareth à des institutions suisses, à Neuchâtel, exactement. Puis, il rentre chez lui.
Dans les années 60, en pleine révolution Nasser, il vit dans le pays le plus démocratique du monde oriental dont les cieux sont des montagnes, et, ses vacances se transforment en pentes de ski, en plages de sable fin phénicien. C’est certain, il préfère les voyages aux études.
Oui, il l’avoue humblement et se répète : « Je n’étais pas très doué pour les études… ». En Suisse, l’éloignement familial lui pèse énormément. Il n’a que 8 ans ! Et, il se retrouve dans les Alpes, à 4 000 km du mont Liban, pas simple ! La nuit, il pleure…
Les liens avec ses parents sont atypiques, il est assez proche de son père « parce que je suis le seul à rire de ses blagues », et assez éloigné de sa mère, plutôt autoritaire et féministe à ses premières heures. Sa mère est jolie, très, d’une beauté de sirène, ou plutôt de reine.
De retour au Liban, Roderick, vers 13 ans, entre au collège Saint-Joseph d’Antoura, des pères Lazaristes, qui pour lui reste « l’école la plus sérieuse ». Puis, de nouveau la Suisse !

La belle vie au Rosey
Il faut l’imaginer à 15-17 ans dans ce campus « Le Rosey » qui est le plus réputé au monde, ce campus peigné de nature, si campagnard, si vert au printemps et si blanc l’hiver. Il se retrouve dans un cadre élitiste. Pensez : seuls les filles et les fils de bonne famille, les enfants de chefs d’Etat et les descendants d’entrepreneurs illustres y sont majoritaires. « Là-bas, j’y ai retrouvé mes cousins d’Egypte. J’ai fait la connaissance, notamment, des enfants de chefs d’Etats africains, de ceux des descendants du roi Farouk d’Egypte. Et, je suis encore très proche de l’émir Harès Chéhab… » Les Chéhab ? Oui, une vieille famille dynastique, dont les traces remontent au 15e et 16e siècles.
Entre 1966 et 1968, du Rosey, Roderick voit la vie aussi ronde qu’une mappemonde en mouvement, avec l’Europe et le Moyen-Orient comme pôles.
Il vit certaines révolutions. « Au Rosey, j’ai connu les premières classes mixtes. C’était historique. Les filles y entrent en 1967. »
Mais, le monde ne tourne pas bien rond.
1967 est une mauvaise année pour le Moyen-Orient et pour l’Egypte. Israël y déclenche la guerre des Six Jours, après le blocage par l’Egypte du détroit de Tiran. Devançant tous ses adversaires, ses avions clouent au pilori l’armée Egyptienne. Israël s’empare du Sinaï. Le Liban reste neutre… Mais, il va souffrir de nouveau…

Les guerres du Liban avec Bachir Gemayel
Roderick continue dans le cadre de ses études à voyager. C’est bien connu : « Les voyages forment la jeunesse ! ». Il part à Londres en 1972. Puis, il rentre au pays et poursuit ses études supérieures à l’université américaine.
En avril 1975 éclate la guerre des Palestiniens. Le cœur à l’ouvrage et l’esprit patriotique, l’amour de son pays, de son histoire et de ses racines, éveille chez lui l’envie de résistance, son esprit guerrier est chevaleresque. Il veut défendre son pays…
« J’avais appris à tirer en Suisse, avec un pistolet 22 Browning et je m’étais acheté une kalachnikov AK47. Equipé de mes armes, je me suis engagé chez les Phalangistes, au sein des Kataeb. C’est pendant cette guerre que j’ai rencontré Bachir Gemayel. »
Avec le futur président de la République du Liban, qui sera assassiné le 14 septembre 1982, trois semaines après avoir été élu, il fait la guerre. Il est avec Bachir lors de la bataille des Hôtels, qui se déroule tout au début.
Ses parents ne sont pas d’accord. Ils craignent pour sa vie. Les morts et les blessés se comptent déjà par centaines. Sa mère le rappelle à l’ordre, au bercail, puis, direction… l’Europe !

Le patriote-voyageur
Oui, sa vie est un roman. Même si le personnage n’est pas exubérant, s’il garde son quant-à-soi, son flegme irlandais. Il ressemble à un fin menhir taillé pour la route, mais il se déplace beaucoup plus à pas de géant. Il voyage, passe d’un pays à un autre, avec une telle aisance que l’on croirait que son pays, c’est la fameuse mappemonde. En 1975, pour éviter la guerre il se retrouve en France, à faire un stage dans une banque.
Oui, après son passage-éclair comme guerrier-patriote, il se retrouve « comme stagiaire au Crédit Lyonnais, à Paris. J’aimais me rendre boulevard des Italiens, mais ce stage n’était pas pour moi. Car, je n’y comprenais rien ! », dit-il avec une pointe d’humour anglo-saxonne augmentée de son roulement des r libanais.
Finalement, Roderick va se révéler quelques mois plus tard. Ailleurs…
Il s’envole vers le Moyen-Orient, mais pas au Liban, vers Charjah, l’un des 7 émirats des Emirats arabes unis. Il travaille au bureau de représentation du Crédit Lyonnais. C’est là-bas, qu’il aura un coup de cœur !
Son coup de cœur n’est pas professionnel, il est plus léger et l’entraîne vers les hauteurs, vers les airs. Son coup de cœur est aérien et devient même une idée fixe : apprendre à piloter est devenu son objectif numéro 1. Il rêve d’Antoine de Saint-Exupéry, il rêve de ces aventuriers de haut-vol, qui ont fait l’aviation française, européenne, et, finalement, mondiale. Il se fait breveter.
Et puis, il fait une rencontre – encore une – incroyable, en la personne de François Lartigue, qui n’est autre que le Directeur de la Compagnie française des pétroles, la CFP qui deviendra Total, puis TotalEnergies SE. « Il connaissait bien ma grand-mère », se souvient-il. François Lartigue le prend sous ses ailes pendant quelques temps…
Ah ce Roderick, quel phénomène, un aventurier qui ne dit pas son nom. Que lui prend-il, de nouveau, quand il relie Abou Dabi à Beyrouth en… voiture ?
« Oui, en rigole-t-il aujourd’hui, je l’ai fait à bord d’une Datsun. Mais parce que ma mère m’avait appelé avant pour me dire : “ J’ai besoin de toi, reviens au Liban, viens t’occuper des affaires familiales. ” Je n’avais pas le choix. Je suis rentré… »

Le 4 août 2020, un séisme
En 1993, Roderick épouse Mary, une Américaine rencontrée à Londres, à la personnalité trempée dans l’art, l’architecture, le design et la décoration. Auparavant, il a quitté définitivement les Emirats pour… le Liban, puis il est, de nouveau, reparti… L’Ecosse l’appelle. Il y travaille dans le catering, pour Albert Abela. « C’est vrai, j’ai changé plusieurs fois de pays, de travail, de vie. Mais, je suis resté le même, finalement. » Après son mariage à Londres, le couple rentre définitivement en 1996 au Liban.
Finis les voyages, ou presque – « car c’est maintenant Mary qui voyage, elle est actuellement en Chine »…
Le palais Sursock est devenu son plus grand voyage, son temps plein. Il a oublié les start-ups qu’ils voulaient lancer, ces sociétés innovantes qu’ils souhaitaient créer dans le secteur culinaire, par exemple, dans celui des plats cuisinés à emporter. Il se concentre à 100% sur la vie du palais. Sa mère, Lady Cochrane, n’est pas d’accord avec toutes ses idées, mais avec Mary, ils vont transformer les lieux familiaux en palais des Mille et Une Nuits. Le couple y organise des évènements, des fêtes, des mariages grandioses. Tout le beau-monde vient se marier au palais Sursock…
Jusqu’au 4 août 2020, où tout bascule. Ce mardi 4 août, vers 18h05, Lady Cochrane, 98 ans, est à l’une de ses fenêtres, au rez-de-chaussée, assise dans son fauteuil. Elle est inquiète. Elle voit s’élever dans le ciel, au niveau du port une épaisse fumée noirâtre. Puis, deux minutes plus tard, c’est la deuxième explosion. Une explosion qui nous ramène aux cauchemars des premières bombes nucléaires, celles de 1945. Le blast est tellement fort qu’il souffle presque tout sur son passage sur une profondeur de 2 kms.
De la mort à la reconstruction

« Maman est décédée quelques jours plus tard, le 31 août », se rappelle-t-il toujours ému. En une seule seconde, le monde s’est écroulé. Le monde ? Oui, le sien, son Liban bien-aimé, son Beyrouth, son palais, sa vie, celle de ses ancêtres, sa capitale, le peuple libanais. Beyrouth la Belle est à terre, comme si la Bête avait voulu orchestrer la disparition de toute une nation, de tout un pays, de tout un peuple, avec un seul souffle. Le souffle du Diable.
Lady Cochrane a survécu, alors que l’explosion a fait plus de 220 morts, plusieurs milliers de blessés, et plusieurs centaines de milliers de déplacés. « Les boiseries, les fenêtres, certains murs ont été fissurés, soufflés ; c’est un miracle que ma mère n’ait eu que des blessures aux jambes. Ses deux invités venus pour une tasse de thé en sont sortis indemnes », raconte-t-il.
Depuis ce jour, tout n’est plus pareille. L’esprit, la joie, la vie beyrouthine s’est presqu’éteinte. Mais, plusieurs mois après, avec l’aide de sa fille, Ariana (23 ans) « qui a été miraculeusement épargnée car elle se trouvait dans un couloir sans fenêtre » et de sa femme rétablie de ses blessures, Roderick se retrousse les manches. Il passe à l’action et redevient le bâtisseur-restaurateur.
Après ce tremblement portuaire tectonique le palais est mal en point, il est délabré en partie. A un moment donné, les architectes ont cru que la structure avait été atteinte. Mais pas du tout. La reconstruction a commencé en 2021.
Prévue de durer 4 ans, elle continue encore, avec les moyens du bord !

Le chemin de croix du financement et la résurrection du palais
« Le financement de la restauration du palais et de son parc est un vrai parcours du combattant. Heureusement, le parc à beaucoup mieux résisté que la bâtisse. Nous n’avons eu à déplorer qu’un arbre déraciné. »
Pour financer la restauration du palais, Roderick et Mary ont pris leur bâton de pèlerin et sont partis à la chasse aux financements. A combien se chiffre une telle restauration ? « Il faut compter plusieurs millions d’euros… »
D’un geste dynamique et d’un bond, Roderick s’échappe de son bureau, qui se situe au rez-de-chaussée, dans la tour nord-est du palais. Il ouvre la chambre des archives historico-familiales, et grimpe les étages. Effectivement, étage par étage, l’intérieur est en très mauvais état. La priorité a été donné à la restauration de l’extérieur. La restauration est cependant en cours, aussi, à l’intérieur.
« Toutes les portes ont été réparées. Elles tiennent debout, maintenant », commente-t-il en ouvrant la grande porte d’une chambre, au plafond de 5 m. Direction le dernier étage et sa terrasse qui domine les 8 hectares du parc.
A près de 20 mètres de hauteur, de la terrasse nous regardons au loin, vers le port. On aperçoit à travers les cyprès, les silos du port encore debout, mais en partie déchiquetés. Les autres ont été soufflés par l’explosion. Nous déambulons sur le toit-terrasse entièrement restauré et prenons quelques photos. Les toitures sont magnifiques, totalement refaites, avec les célèbres tuiles de Marseille. Je contemple une dernière fois le parc merveilleux, véritable jardin du paradis. Il se fait tard…
Avant de le quitter, car la nuit vient de tomber et l’on entend dans le ciel le bruit du drone israélien qui quadrille la ville et les environs à la recherche de sa prochaine cible, Roderick me demande : « Quand reviendrez-vous ? ». Je lui réponds par un « je ne sais pas ». Il ajoute : « Dites à la France, dites aux Français que nous avons besoin d’eux… »
L’énorme grille se referme, et avec elle les ballades irlandaises au Liban et la merveilleuse trilogie des Sursock. Quelle famille, quelle histoire ! Un véritable conte…

Troisième et dernière partie du conte merveilleux des Sursock
Première partie ici : https://lesalonbeige.fr/au-liban-le-conte-merveilleux-des-sursock-est-en-train-de-revivre/
Seconde partie ici : https://lesalonbeige.fr/alfred-sursock-un-juste-qui-a-marque-de-son-empreinte-beyrouth-le-levant-et-la-francophonie/
Trilogie journalistique réalisée par Antoine BORDIER
Copyright des photos A. Bordier et Famille Sursock
Vous pouvez le contacter par mail pour un reportage, un livre, une biographie : [email protected]
Chantier à l’abbaye de Lagrasse : ouverture du bras sud du transept médiéval
Peu avant Noël, la nef a pu être ouverte sur le bras sud du transept médiéval, donnant une impressionnante augmentation d’espace, de résonnance, de lumière et de beauté. Une centaine de fidèles supplémentaires peuvent être accueillis sous des arcs refaits dans le plus pur style roman et une charpente peinte à la manière des plafonds médiévaux du village.
L’abbé Raffray contre les brumes du siècle : Pourquoi il dérange
Il est de bon ton, dans une certaine presse, de s’émouvoir dès qu’un prêtre délaisse la tiédeur des sacristies pour investir l’agora moderne. Le dossier récemment consacré à l’abbé Matthieu Raffray par Le Canard enchaîné* en est l’illustration parfaite : un mélange de sarcasmes et de caricatures visant à discréditer un homme dont le seul tort est de parler le langage de son temps pour servir une Vérité éternelle.
Le zèle d’un missionnaire sur le « continent numérique »
Là où ses détracteurs ne voient qu’une mise en scène « viriliste » ou une quête de notoriété, il faut au contraire saluer un courage pastoral rare. À l’heure où les églises se vident, l’abbé Raffray a compris que l’évangélisation ne pouvait faire l’économie des réseaux sociaux. En occupant Instagram ou YouTube, il ne cherche pas à devenir une « star », mais à aller chercher les brebis là où elles se trouvent : dans le désert spirituel du monde numérique.
Son mérite réside dans ce don de soi total. Il se dépense sans compter, sacrifiant le repos pour répondre à l’urgence d’une transmission qui s’était brisée. Pour la jeunesse catholique, souvent isolée et en quête de repères, sa présence est un signal de vitalité et d’espérance. C’est une « paroisse sans frontières » qu’il bâtit chaque jour, colmatant les brèches d’un monde largement déchristianisé.
La force de la Tradition contre la dérive du monde
On lui reproche un catholicisme « décomplexé » ? C’est précisément ce que beaucoup de fidèles attendent. Face à une modernité qui perd le sens du sacré et de l’identité, l’abbé Raffray rappelle les fondamentaux de la foi avec une clarté qui dérange. Son mérite réside dans son refus de l’édulcoration : pour lui, cacher la doctrine par peur de déplaire serait la pire des trahisons envers ceux qui cherchent la lumière.
Sa défense de la vie, de la famille et des racines de la France n’est pas une posture politique, mais la traduction logique de l’engagement chrétien dans la cité. Utiliser l’image du combat — le « combat spirituel » dont parlaient déjà les Pères de l’Église — n’est pas un appel à la violence, mais une métaphore de l’exigence intérieure et de la résistance aux nihilismes contemporains.
Une condamnation sans appel
La caricature montrant un prêtre armé de son smartphone est une insulte à l’intelligence. Elle feint de confondre la discipline de l’âme avec l’agressivité des armes. En réalité, ce que le système ne pardonne pas à l’abbé Raffray, c’est son succès. On s’inquiète de ses 200 000 abonnés sur Instagram car ils représentent une France qui refuse de baisser l’échine, une France qui redécouvre son héritage et qui n’a plus honte de ses convictions.
Vouloir réduire son action à quelques amitiés polémiques ou à un folklore superficiel est une manœuvre de diversion. L’essentiel est ailleurs : dans cette soif de Dieu qu’il sait réveiller chez des milliers de jeunes en proposant une foi qui n’est pas une simple habitude, mais une aventure exigeante.
Conclusion
N’en déplaise à certains, l’Église a besoin de bâtisseurs et de veilleurs. L’abbé Raffray est de ceux-là, portant haut la croix dans un siècle qui tente désespérément de l’oublier. Son action, ancrée dans la Tradition mais résolument tournée vers l’avenir, prouve que la déchristianisation n’est pas une fatalité pour qui a le courage de la parole et le zèle de la mission. Dans les brumes du siècle, il est une voix bienfaitrice et courageuse, qui ne tremble pas.
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*Trafics d’influences : Dossier du canard Enchainé N179 avril 2026, pages 86 à 88.
https://www.lecanardenchaine.fr/dossiers/trafics-d-influences/
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Saint Maximilien Kolbe, le film
Le 27 mai sortira en France grâce à SAJE le film TRIUMPH OF THE HEART, sous le titre « MAXIMILIEN KOLBE – Une vie donnée ». Le Triomphe du cœur est un film dramatique historique biographique sorti en 2025, écrit et réalisé par Anthony D’Ambrosio. Il relate les derniers jours de saint Maximilien Kolbe, prêtre catholique polonais qui s’est porté volontaire pour mourir à la place d’un autre prisonnier à Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale. En voici la bande annonce :
Birmanie : La cathédrale de Loikaw rouvre ses portes pour Pâques
Après des années de silence, de peur et de dispersion, la communauté catholique du diocèse de Loikaw s’est réunie à nouveau dans la cathédrale du Christ-Roi pour célébrer la Vigile pascale. Il s’agit de la première célébration de Pâques dans l’édifice depuis 2023, un événement de consolation et d’espoir pour les catholiques birmans, marqués par une guerre civile qui continue de déchirer le pays.
En novembre 2023, le complexe de la cathédrale a été occupé par les troupes de la junte, qui l’ont transformée en base militaire pour attaquer les groupes de résistance armés. À l’époque, environ 80 civils, prêtres et religieux, ainsi que Mgr Celso Ba Shwe, évêque de Loikaw, s’étaient réfugiés à l’intérieur. Contraints de fuir en raison des violents combats, les fidèles se sont réfugiés dans la forêt, tandis que la ville de Loikaw s’est vidée de ses habitants.
Malgré la grande confusion, l’évêque est resté proche des déplacés, avec lesquels il a établi une église itinérante parmi les tentes de ceux qui avaient tout perdu après avoir fui la ville, où la plupart des maisons ont été incendiées et les terres agricoles entourées de mines antipersonnel. Le retrait récent des militaires a permis à deux prêtres de revenir et de reprendre possession de la cathédrale du Christ-Roi et du complexe pastoral.
Ainsi, pour la première fois en trois ans, des religieux et des fidèles ont pu célébrer Pâques ensemble. « Aujourd’hui, la situation reste extrêmement critique, caractérisée par un conflit armé en cours et une grave crise humanitaire », a déclaré le père Paul Tinreh. Néanmoins, la réouverture de la cathédrale a été saluée comme un signe d’espérance. « Le peuple de Dieu peut invoquer la paix, le salut et la libération, tout comme le peuple d’Israël », a ajouté le pasteur. « Notre espérance pour Pâques est la victoire sur la mort, les ténèbres et le désespoir, pour tout notre peuple, en communion avec le Christ ressuscité. »
Pour sa part, Mgr Celso Ba Shwe demeure éloigné de Loikaw, dans le village de Soudu, auprès des personnes déplacées. Sa présence reste un point de repère pour les familles catholiques réfugiées dans la forêt. « Je suis à leurs côtés et, avec d’autres prêtres et religieux, nous manifestons notre solidarité à ces fidèles. Nous soutenons la foi du peuple et, avec lui, nous vivons Pâques, ce passage des ténèbres à la lumière. Nous prions Dieu pour un temps de paix et de réconciliation », a déclaré l’évêque.
L’État de Kayah est l’une des régions les plus durement touchées par la guerre, au même titre que d’autres régions habitées principalement par les minorités ethniques birmanes. Le nombre de déplacés à l’intérieur du pays devrait atteindre quatre millions d’ici la fin de l’année, les villes principales restant sous le contrôle du gouvernement. En décembre et janvier, la junte a organisé des élections truquées pour renforcer son emprise sur le pouvoir.
Parallèlement, dans des villes comme Rangoun, les églises étaient de nouveau pleines pour les célébrations de Pâques. Joseph Kung, un éducateur catholique, a fait remarquer que « les gens remplissent les églises ; les fidèles n’ont pas peur d’aller à l’église pour les célébrations de Pâques ». Pour lui, c’est « un signe de grande foi et de résilience, un signe d’espérance pour nous tous. Nous nous soutenons mutuellement, nous allons prier et recevoir les sacrements, car nous savons que le mal n’a pas le dernier mot et que le Christ a vaincu la mort ».
Le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, a également pris la parole lors de la messe du Jeudi Saint, en appelant à la paix. Il a exhorté la nation d’Asie du Sud-Est à vivre une Pâques de réconciliation, soulignant que « si nous cheminons seuls, si nous ne pensons qu’à nous-mêmes, nous ne construirons pas la paix ».
Premier dimanche après Pâques, in albis depositis
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir. Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
Le premier dimanche après Pâques est appelé dimanche de Quasimodo, du premier mot de l’Introït, ou dimanche in albis c’est-à-dire in albis depositis, le dimanche des vêtements blancs retirés, car c’était le premier jour où les nouveaux baptisés de la vigile pascale paraissaient sans les robes blanches qu’ils avaient gardées toute la semaine.
Introït : Quasi modo
Les chants du propre de la messe présentent une particularité unique dans l’année liturgique, c’est qu’ils sont tous tirés du Nouveau Testament, généralement de l’évangile, sauf l’Introït, qui est pris dans la 1re épître de saint Pierre, et s’adresse précisément à ces nouveau-nés à la vie de la grâce.
Quasi modo geniti infantes, rationabiles sine dolo lac concupiscite.
Le texte de cet Introït tel qu’il figure au missel porte bien rationabiles, mais le texte de l’Épître de saint Pierre tel qu’il a été lu à la messe d’hier, samedi in albis, porte rationabile, cet adjectif s’accordant ainsi avec lac et non avec infantes ce qui se comprend mieux ; nous traduisons donc :
Comme des enfants nouveau-nés, désirez le lait de la doctrine sans fraude.
Ce texte est, comme toujours au temps pascal, ponctué de joyeux Alléluias. A travers les nouveaux chrétiens, saint Pierre s’adresse à nous tous, si cette fête de Pâques nous a vraiment renouvelés et fait redevenir comme de petits enfants, ainsi que nous le demande l’évangile. La mélodie exprime parfaitement cet esprit d’enfance que nous devons retrouver, fait de simplicité de joie légère et gracieuse, de paisible abandon à la volonté divine, comme un petit enfant entre les bras de sa mère. Cet Introït est accompagné du premier verset du psaume 80, invitation à célébrer une grande fête pour le Seigneur :
Exsultate Deo adjutori nostro, jubilate Deo Jacob.
Exultez pour Dieu, notre secours, poussez des cris de joie pour le Dieu de Jacob.
Alléluia : In die resurrectionis
À partir de ce dimanche de Quasimodo et durant tout le temps pascal, c’est-à-dire jusqu’à la Pentecôte, le chant du Graduel de la messe est remplacé par un Alléluia, et par conséquent chaque messe comporte deux Alléluias qui se chantent à la suite. Les textes des versets de ces Alléluias sont le plus souvent tirés de l’Évangile, et c’est le cas en particulier pour ceux d’aujourd’hui. À vrai dire le texte du premier Alléluia est plutôt une paraphrase de l’Évangile de la résurrection. Dans celui-ci c’est l’Ange qui s’adresse aux saintes femmes et leur dit :
” Il est ressuscité, allez dire à ses disciples qu’il les précède en Galilée. “
Ici les paroles sont mises dans la bouche du Christ lui-même :
In die resurrectionis meæ, dicit Dominus, præcedam vos in Galilæam.
Au jour de ma résurrection, dit le Seigneur, je vous précéderai en Galilée.
La mélodie, souple et joyeuse, met très en évidence les mots præcedam vos, qui se développent tout à fait à l’aigu, alors que le reste se déroule dans une tessiture moyenne. Après le chant du verset on ne reprend pas le mot Alléluia, comme c’est généralement le cas, car on enchaîne directement le deuxième Alléluia, et il en est ainsi durant tout le temps pascal.
Alléluia : Post dies octo
Le deuxième Alléluia du dimanche de Quasimodo qui précède directement la lecture de l’Évangile à la messe, a son texte tiré de cet Évangile, ce qui est souvent le cas au temps pascal. On sait qu’aujourd’hui l’Évangile relate l’épisode de saint Thomas incrédule puis croyant :
Post dies octo, januis clausis, stetit Jesus in medio discipulorum suorum, et dixit : Pax vobis.
Huit jours après, les portes étant closes, Jésus se tint au milieu de ses disciples et leur dit : La paix soit avec vous.
La mélodie s’apparente à celle de l’Alléluia précédent, avec sur le mot Alléluia une grande vocalise souple et joyeuse. Le verset comporte d’abord deux phrases qui se répètent exactement avec une courbe en arc, montée et descente, puis les mots pax vobis prononcés par le Seigneur s’élèvent solennellement avant la reprise de la vocalise de l’Alléluia
Offertoire : Angelus Domini
Si les textes des Alléluias et des Communions sont assez souvent tirés de l’Évangile, surtout au temps pascal, c’est extrêmement rare pour les Offertoires. Il n’y a guère que deux cas dans toute l’année, l’Ave Maria du quatrième dimanche de l’Avent et celui de ce premier dimanche après Pâques, qui était d’ailleurs déjà celui du lundi de Pâques, et qui est emprunté à l’Évangile de la résurrection.
Angelus Domini descendit de cælo et dixit mulieribus : Quem quæritis surrexit sicut dixit.
L’Ange du Seigneur descendit du ciel et dit aux femmes : Celui que vous cherchez est ressuscité comme il l’a dit, Alléluia.
La mélodie procède par grandes ondulations très élégantes où l’on peut voir le vol de l’envoyé céleste, passant de l’extrême grave à l’extrême aigu avant de conclure par une affirmation très joyeuse de la résurrection suivie d’un Alléluia enthousiaste
Communion : Mitte manum tuam
Comme celui du deuxième Alléluia, le texte de la Communion du premier dimanche après Pâques est tiré de l’Évangile du jour. Ce sont les paroles du Christ à saint Thomas :
Mitte manum tuam et cognosce loca clavorum, et nobi esse incredulus sed fidelis.
Mets là ta main et reconnais l’emplacement des clous, et ne sois plus incrédule mais croyant.
La mélodie rappelle beaucoup celle de l’Introït Quasimodo ; en grande partie syllabique, elle est pleine de simplicité et de légèreté et exprime cet esprit d’enfance qui fut nécessaire à saint Thomas pour croire, lui l’intellectuel raisonneur. Comme toujours chaque phrase est ponctuée de joyeux Alléluias.
