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Le pape demande aux prêtres de toujours garder le respect des textes et des dispositions de la liturgie

Lors de l’audience générale de ce matin, le pape Léon XIV a poursuivi son commentaire de la Constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium :

Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).

En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).

À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s’y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).

Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).

Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).

Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer. La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.

On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.

J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.

Les soins palliatifs, c’est quoi ? Que changent concrètement les soins palliatifs ?

Une émission avec le Dr. Sandrine Bressac, médecin en soins palliatifs depuis plus de 30 ans.

Les soins palliatifs, c’est quoi ? Que changent-ils concrètement les soins palliatifs ? Quelles différences avec l’aide à mourir, le suicide assisté, l’euthanasie ? Peut-on garantir un consentement libre ? Peut-on parler de liberté quand une personne se sent devenir un poids ? Quelles seraient les conséquences du projet de loi sur l’euthanasie pour les malades, les familles, les médecins, les hôpitaux, les EPHAD ? Et plein d’autres questions, avec plusieurs belles anecdotes !

 

Aïd al-Adha : le sacrifice d’Abraham, ou l’alliance déplacée

L’Aïd al-Adha, souvent appelée en français « fête du mouton », est l’une des grandes fêtes de l’islam. En 2026, elle est attendue en France le mercredi 27 mai, correspondant au 10 dhu al-hijja 1447, sous réserve de l’observation lunaire. Elle commémore la disponibilité d’Abraham — Ibrahim dans l’islam — à sacrifier son fils par obéissance à Dieu ; dans la pratique, ceux qui le peuvent font sacrifier un animal, souvent un mouton, dont la viande est partagée entre la famille, les proches et les pauvres.

Mais derrière ce rite apparemment simple se cache une question immense : que devient, dans l’islam, le grand récit biblique du sacrifice d’Abraham ? Et surtout : que devient l’alliance ?

Dans la Bible, les choses sont explicites. Dieu dit à Abraham : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac » et demande qu’il soit offert sur une montagne du pays de Moriah. Isaac porte le bois, Abraham monte avec lui, le sacrifice est interrompu, puis un bélier est offert à la place du fils. Le récit se conclut par une promesse : la descendance d’Abraham sera bénie, et toutes les nations de la terre seront bénies en elle.

Dans le judaïsme, cet épisode est connu comme la ligature d’Isaac, l’Akedah. Dans le christianisme, il prend une profondeur typologique : Isaac, fils aimé, portant le bois de son propre sacrifice, annonce mystérieusement le Christ portant sa croix. Le bélier substitué annonce aussi que Dieu lui-même donnera la victime. L’épisode n’est donc pas une simple histoire de soumission religieuse ; il est une étape dans l’histoire du salut.

Le Coran reprend l’épisode, mais avec une différence décisive : le fils n’est pas nommé. La sourate 37 rapporte qu’Abraham voit en songe qu’il doit immoler son fils, que celui-ci accepte, puis que Dieu le « rachète » par un grand sacrifice. Dans l’islam actuel, l’enfant est presque toujours identifié à Ismaël. Pourtant, le texte coranique lui-même reste silencieux. Des travaux sur l’exégèse islamique ancienne ont d’ailleurs montré que la question fut discutée, et que l’identification à Ismaël s’est imposée progressivement comme lecture majoritaire.

Ce point est capital. Le désaccord ne porte pas seulement sur un prénom. Il porte sur l’orientation entière de l’histoire sainte. Dans la Bible, l’alliance passe par Isaac, puis Jacob, puis Israël, puis le Messie. Dans l’islam, la mémoire d’Abraham est déplacée vers Ismaël, vers les Arabes, vers La Mecque, vers la Kaaba. Ce déplacement permet à l’islam de se présenter non comme une religion nouvelle, mais comme la restitution de la vraie religion d’Abraham, supposément déformée par les juifs et les chrétiens.

C’est ici que l’approche historico-critique devient précieuse. Elle rappelle qu’on ne peut pas simplement recevoir le récit islamique des origines comme s’il était une photographie transparente du passé. Les grandes synthèses récentes sur le Coran et Mahomet invitent précisément à distinguer texte, tradition, mémoire, commentaire et construction théologico-politique. Les analyses critiques sur les origines de l’islam soulignent aussi que la revendication d’un Abraham ismaélien sert à légitimer une nouvelle centralité religieuse : les « vrais » fils d’Abraham seraient désormais les Ismaélites, tandis que la mémoire d’Isaac serait rattachée à une tradition juive jugée falsifiée.

Autrement dit, l’Aïd al-Adha n’est pas seulement une fête familiale ou un rite de générosité. C’est aussi la célébration annuelle d’un grand déplacement théologique : l’alliance biblique est relue, reconfigurée, arabisée, islamisée.

Pour un chrétien, le contraste est encore plus profond. Dans la foi catholique, le sacrifice n’est pas seulement le souvenir d’une obéissance exemplaire. Il est accompli en Jésus-Christ. Jean-Baptiste désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Le Catéchisme de l’Église catholique explique que cette expression unit plusieurs figures : le Serviteur souffrant, l’agneau pascal de l’Exode, et le Christ donnant sa vie « en rançon pour la multitude ».

L’agneau pascal, dans l’Exode, n’est pas un rite décoratif : son sang marque les maisons d’Israël, protège de la mort, accompagne la sortie d’Égypte et fonde une mémoire d’alliance. Dans le christianisme, cette figure culmine dans le Christ. À la Cène, Jésus transforme la Pâque en offrande de lui-même : « Ceci est mon corps livré pour vous », « ceci est mon sang de l’alliance ». La Croix devient alors le sacrifice unique et définitif, non parce que Dieu aimerait le sang, mais parce que le Fils se donne librement, par amour, pour réconcilier l’homme avec Dieu. Le Catéchisme parle du sacrifice pascal du Christ comme de l’acte qui accomplit définitivement la rédemption et restaure la communion avec Dieu.

C’est précisément ce que l’islam ne peut pas recevoir. En niant la crucifixion rédemptrice du Christ, il conserve une mémoire du sacrifice, mais il en perd l’accomplissement. Il garde Abraham, mais il le coupe de la ligne Isaac-Israël-Messie. Il garde l’animal substitué, mais il ne voit pas l’Agneau véritable. Il garde le rite, mais il refuse la Croix.

L’Aïd al-Adha peut donc être lu, d’un point de vue chrétien, comme une sorte de mémoire biblique déplacée. On y reconnaît des fragments authentiques : Abraham, l’épreuve, l’obéissance, la substitution, le don d’un animal, la mémoire d’un sacrifice. Mais ces fragments sont réordonnés dans un autre système. La logique chrétienne de l’alliance, qui va d’Abraham au Christ, est remplacée par une logique de soumission à Dieu et d’appartenance à la communauté musulmane.

Cela ne signifie pas que les musulmans qui célèbrent cette fête n’y mettent pas sincérité, piété, charité ou générosité. Beaucoup y voient un acte de foi, un partage avec les pauvres, une mémoire familiale et religieuse très profonde. Mais l’analyse doctrinale doit aller plus loin que le folklore sympathique ou la gêne embarrassée. Pour un catholique, le vrai problème est théologique : le sacrifice d’Abraham est-il une étape vers l’Agneau de Dieu, ou devient-il une preuve de l’islam contre la révélation biblique ?

La réponse chrétienne est claire. Dieu n’a pas demandé à Abraham de tuer son fils pour exalter la violence sacrée. Il a arrêté la main d’Abraham. Il a montré que l’homme ne sauve pas Dieu par ses sacrifices, mais que Dieu sauve l’homme en donnant lui-même l’Agneau. Voilà pourquoi le christianisme ne culmine pas dans l’égorgement répété d’un animal, mais dans l’unique sacrifice du Christ, rendu présent dans l’Eucharistie.

La « fête du mouton » pose donc, malgré elle, une question redoutable : où est le véritable accomplissement du sacrifice ? Dans la répétition rituelle d’un geste attribué à Abraham ? Ou dans le Christ, Agneau innocent, Fils bien-aimé, offert une fois pour toutes pour le salut du monde ?

Pour le chrétien, Abraham ne conduit pas à La Mecque. Il conduit au Golgotha. Et l’agneau n’est pas seulement dans le buisson de la Genèse, ni dans les abattoirs rituels de l’Aïd. Il est sur la Croix, vivant, offert, victorieux : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Homélie de Mgr Macaire aux obsèques du Père Potez

Très belle homélie sur le Sacerdoce …
à partir de 53 mn

https://youtu.be/W7e_0qduDjU?t=3189

Et voici le testament spirituel du père Potez :

À Paris, le 20 mai 2026

Chers amis,
Mes chers enfants,

Combien de fois ai-je raconté, à la fin d’une soirée dansante à Briançon, au dernier soir d’un camp ou au retour d’un pèlerinage puissant, le bonheur du retour au port après une période d’exercice éprouvante. Manque de sommeil, intensité de l’action et, comme c’est souvent le cas dans les hivers bretons, tempête et mouvements incessants du bateau : les organismes sont usés et l’âme fatiguée. Je garde encore ce souvenir brûlant de la longue houle qui nous pousse enfin dans le Goulet puis à travers la rade de Brest, jusqu’à cet ordre libérateur tellement espéré : “Terminé, barre et machine ; les permissionnaires à l’appel !”

L’heure vient maintenant pour moi de rejoindre définitivement (…) le Port de mon désir. C’est la Vierge Marie, mon unique voile, qui m’y conduira au moment qu’Elle voudra.

Pendant des années, j’aurai enseigné aux Jeunes de L’Eau Vive, comme à tant d’autres aussi, et bien au-delà, ces fondements de la vie : “Il y a un temps pour tout”, dirait Qohèleth (Qo 3,1-8). “Un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir.”

L’heure vient maintenant pour moi de rejoindre définitivement, non plus le port de Brest ou de Toulon, mais, cette fois, le Port de mon désir. C’est la Vierge Marie, mon unique voile, qui m’y conduira au moment qu’Elle voudra. La carcasse roule et tangue encore, elle est usée, elle craque ici et là. Mais le calme s’établit peu à peu. On approche du but !

Cette fois, c’est le grand rendez-vous d’Amour qui m’attend, et je m’y prépare autant que je le puis, dans la joie, la paix et l’action de grâce. Oui, toujours et plus que jamais, c’est cette “grave allégresse” qui m’habite ! Mais je devrais dire plutôt que c’est la Vierge Marie qui m’y prépare, avec douceur et infinie tendresse.

Seul le Seigneur peut achever son œuvre. Car c’est la sienne ! Moi, il me prend au passage, comme les apôtres qu’il a appelés alors qu’ils étaient en train de laver leurs filets.

J’ai vécu plusieurs conversions, mais j’ose dire un mot des deux dernières. Perfectionniste comme je suis, j’aurais voulu que toutes mes affaires soient bien rangées, bien classées et bien ordonnées avant de partir. J’ai encore des centaines de fichiers, de dossiers, d’enregistrements, de photos et de vidéos que j’aurais aimé trier et classer. Cela m’a beaucoup retardé et je pensais ne pouvoir m’occuper vraiment des affaires du Seigneur que quand les miennes seraient bien en ordre.

Et puis j’ai compris que seul le Seigneur peut achever son œuvre. Car c’est la sienne ! Moi, il me prend au passage, comme les apôtres qu’il a appelés alors qu’ils étaient en train de laver leurs filets. Ils l’ont suivi “aussitôt”. Alors tant pis, mon atelier restera en plan, et Il trouvera mon établi avec son foutoir. Certains projets seront repris et poursuivis. D’autres seront tout simplement abandonnés : rien ne m’appartient !

La deuxième conversion est une vraie grâce. J’ai été terrifié par mon péché et par mes fautes. Surtout mon orgueil. J’aurais tellement aimé être humble… En réalité, j’ai découvert que c’est terriblement humiliant d’être orgueilleux ! Peut-être que l’on pourra m’admirer pour certaines choses, mais on ne pourra en tout cas pas admirer mon humilité. Je me suis jugé très sévèrement moi-même. Et puis peu à peu, s’est imposé à moi le visage du Père miséricordieux. Je me suis laissé retourner par l’immense émotion du Père qui serre son fils prodigue contre son cœur, sans lui laisser le temps de s’expliquer. Et je suis bouleversé par la joie de Jésus crucifié qui ouvre les portes du paradis à son compagnon d’infortune qui a accepté de lui ouvrir son cœur.

Serai-je assez ingrat pour refuser de me laisser embrasser par le Père ? Vais-je refuser le paradis sous prétexte que je n’en suis pas digne ? Non. Je me rappelle cette phrase qui m’a guidé depuis bien longtemps : “La joie du Seigneur est votre rempart” (Ne 8,10). Sa joie, c’est de faire miséricorde. J’ai répété cette scène des dizaines de fois avec des personnes que j’accompagnais au seuil de la vie. Dans peu de temps, c’est moi qui serai introduit par les anges dans la “Salle du Trône” (cf. Ap 4). Et là, je le sais, je serai comme un petit garçon, tout nu. Alors de deux choses l’une : ou bien je me laisserai attirer par le regard irrésistible du Père de miséricorde, et tout sera instantanément dissous. Ou bien je chercherai à fuir pour me cacher, rouge de confusion et de honte, et je serai conduit, pour le temps qu’il faudra, dans le feu brûlant qui consumera enfin toute trace de retour sur moi-même.

Je sais que le démon mettra toute sa rage à me dénoncer pour m’empêcher d’entrer. Et après tout, c’est lui qui a raison, car il est impossible pour un pécheur de paraître devant Dieu. Mais je le sais et je le crois aussi de toutes mes forces : “Il a été rejeté, l’accusateur de nos frères, lui qui les accusait, jour et nuit, devant notre Dieu. […] Eux-mêmes l’ont vaincu par le sang de l’Agneau, par la parole dont ils furent les témoins.” (Ap 12,10-11).

Et puis j’ai mis toute ma confiance en la Vierge Marie, ma Mère. J’ai confiance en sa puissance contre le démon. En me consacrant à Elle, je lui ai tout donné, et lui ai promis de ne plus m’occuper moi-même de mes propres affaires. Je suis son enfant, et j’ai confiance qu’Elle prendra ma défense au bon moment. Alors, choisissant le saut dans la miséricorde, je chante ce psaume : “Mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur est prêt ! Je veux chanter, jouer des hymnes ! Éveille-toi ma gloire ! Éveillez-vous, harpe, cithare, que j’éveille l’Aurore !” (Ps 56,8-9)

Merci aussi, Seigneur, pour la maladie, venue en son temps. Elle m’a donné de découvrir une nouvelle force dans la vulnérabilité. Merci pour ce ministère de la souffrance que tu m’as confié pour l’Église, pour le monde.

Avec l’Immaculée et par Elle, je veux chanter mon action de grâce au Seigneur. “Alléluia ! Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! Je veux louer le Seigneur tant que je vis, chanter mes hymnes pour mon Dieu tant que je dure.” (Ps 145,1-2)

Merci, Seigneur, pour les parents que tu m’as donnés. Prudents et sages, ils ont su me préparer à mes grands choix de vie, avant de devenir pour moi de très grands amis.

Merci, Seigneur, pour les innombrables pères et mères, religieux et religieuses, qui m’ont accompagné et guidé tout au long de ma vie.

Merci, Seigneur, pour ces années dans la Marine. Elles m’ont permis de mieux connaître les hommes et de découvrir et d’aimer ce monde que tu as tant aimé toi-même.

Merci, Seigneur, pour ces années de vie religieuse qui ont ancré en moi cet attrait pour la vie contemplative et apostolique à la fois.

Merci, Seigneur, pour ce don infini et infiniment immérité du sacerdoce par lequel tu m’as fait Christ et Père pour l’éternité.

Merci, Seigneur, pour tous ces garçons et filles que tu m’as donné d’engendrer à la vie et qui sont devenus, pour beaucoup, de très grands amis. Toi, jeune de L’Eau Vive ou d’ailleurs, monte et vole loin, haut. N’aie pas peur de couper résolument tous les fils qui te retiennent prisonnier de toi-même ou du monde. Tout ce qui te maintient dans ce qui est petit, alors que Dieu t’a fait pour ce qui est grand ! Tu ne te tromperas jamais si tu choisis l’exigence. Ne choisis pas la difficulté pour elle-même, mais choisis l’exigence : elle est un vrai chemin de bonheur. N’aie pas peur de monter haut ; toujours plus haut. Écoute la Vierge Marie qui t’attire sur les sommets, au Thabor ou à Notre-Dame des Neiges. Écoute-la qui parle à ton cœur. Et redescends, plein d’enthousiasme et de fougue pour ce monde qui attend ton engagement !

Merci, Seigneur, pour tous ceux que mon ministère de prêtre a croisés. Cette foule de personnes, de tout âge et de toute condition, sur lesquelles tu m’as donné d’exercer le charisme de paternité que tu m’as confié. Inlassablement, j’ai cherché à planter, arroser, corriger, tailler, enseigner, libérer. Autant que je l’ai pu, et avec passion, j’ai planté des repères et des poteaux indicateurs sûrs et solides, sur lesquels chacun pourrait s’appuyer pour faire des choix libres et responsables. De toutes mes forces, je continuerai au ciel cette mission que tu m’as confiée, avec une sollicitude et une affection spéciale pour les prêtres. Merci, Seigneur, pour l’immense tendresse que tu as mise dans mon cœur pour eux tous. Que tous puissent connaître la douceur de ta “caresse” de Père.

Pardon, Seigneur, pour tous ceux que je n’ai pas aimés ou que j’ai mal aimés. Pardon pour ces piles de courrier que j’ai laissé traîner et auquel je n’ai jamais répondu. Pardon surtout pour tous ceux que j’aurais offensés ou blessés, sans pouvoir réparer sur la terre.

Merci, Seigneur, pour l’immense amour que tu m’as donné pour l’Église et pour ses pasteurs. Et pour la confiance en l’Esprit Saint qui la guide sans cesse selon ses vues, souvent incompréhensibles pour nous. Merci de m’avoir appris à dire oui à tout avec ta Mère.

Merci aussi, Seigneur, pour la maladie, venue en son temps. Elle m’a donné de découvrir une nouvelle force dans la vulnérabilité. Merci pour ce ministère de la souffrance que tu m’as confié pour l’Église, pour le monde. Merci de m’avoir permis d’annoncer cet “Évangile de la souffrance”, si cher au cœur de mon père, saint Jean-Paul II. Merci, Seigneur, de m’avoir permis d’y découvrir, avec saint Paul, une joie nouvelle. (cf. Col 1,24-25)

Réjouissez-vous tous avec moi, puisque je pars pour la Patrie. Il n’y a plus là-bas ni souffrance, ni pleurs, ni larmes ! Il n’y a plus là-bas qu’allégresse éternelle. Que vienne enfin ce jour où tout sera récapitulé dans le Christ ! (Ep 1,10)

Merci surtout, Seigneur, ô merci, de m’avoir donné ta Mère. C’est Elle qui m’a tout appris. Tout. Jusqu’à chanter Magnificat en pleurant au pied de ta Croix. Mère Immaculée, infiniment pure et tendre et douce. Oui, je suis ton enfant et tu es ma Mère !

Merci enfin, Seigneur, de me donner ce temps ultime pour me préparer au rendez-vous d’Amour que tu m’as fixé, dans ton incompréhensible bonté. Et maintenant, tenant ferme cette main maternelle à laquelle tu m’as confié, je viens à toi dans la joie et dans cette immense action de grâce. J’entends déjà les premières notes de la fête.

Console, je t’en prie, ceux qui vont pleurer mon départ. Souvent, je pense aux adieux de saint Paul aux Éphésiens (Ac 20,36-38). Pleurer, c’est signe que le cœur est vivant. Un cœur qui ne saigne pas est un cœur mort. Mais nos larmes ne sont pas comme celles des païens qui ne connaissent pas Dieu. Ce sont des larmes d’espérance. Les larmes de la grave allégresse.

Réjouissez-vous tous avec moi, puisque je pars pour la Patrie. Il n’y a plus là-bas ni souffrance, ni pleurs, ni larmes ! Il n’y a plus là-bas qu’allégresse éternelle. Que vienne enfin ce jour où tout sera récapitulé dans le Christ ! (Ep 1,10)

Amen !

 

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Christine Kelly : “parlons aussi de ce qui va bien en France…20 000 jeunes au pèlerinage de Chartres”

Christine Kelly, toujours d’une extrême délicatesse, mène un très bel entretien post-pèlerinage où l’on apprend, entre autres, la quantité d’eau utilisée cette année !!!

https://youtu.be/EDSdcalCnpMgg

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Frédéric Lenoir, ou le christianisme sans le Christ de l’Église

Le livre d’Adrien Bouhours, Frédéric Lenoir, héritier, témoin et acteur de la diffusion d’un christianisme ésotérique, publié aux éditions du Cerf, est un ouvrage important. Important par son volume, d’abord : 866 pages. Important par son objet, ensuite : il ne s’agit pas d’un pamphlet, mais d’un travail issu d’une thèse d’histoire moderne et contemporaine soutenue en 2023. Important surtout par ce qu’il éclaire : la manière dont une certaine spiritualité contemporaine a recyclé le christianisme en sagesse universelle, en expérience intérieure, en matériau symbolique disponible pour l’homme moderne.

Frédéric Lenoir n’est pas un militant antichrétien. Il n’a jamais fait profession de haine envers Jésus. Il ne se présente pas comme l’ennemi de l’Évangile. C’est même ce qui rend son cas si intéressant. Il incarne une forme beaucoup plus douce, plus séduisante et plus efficace de sortie du catholicisme : non pas le rejet brutal du Christ, mais sa transformation en maître de sagesse parmi d’autres.

Bouhours montre précisément que Lenoir n’est pas un simple vulgarisateur sympathique. Ancien directeur du Monde des religions, auteur à succès, conférencier, essayiste, romancier, passeur médiatique des questions spirituelles, il a joué un rôle réel dans la recomposition religieuse française. Il a parlé de religion à un pays qui ne savait plus très bien quoi croire. Il a donné des mots, des images, des récits et des repères à une France déchristianisée mais pas complètement matérialiste. Une France qui ne voulait plus vraiment de l’Église, mais qui voulait encore du sens.

C’est là que le diagnostic devient passionnant. Lenoir ne vide pas le christianisme en le dénonçant ; il le vide en le réinterprétant. Il garde Jésus, mais il tend à l’arracher à l’Église. Il garde l’Évangile, mais il le transforme en sagesse de vie. Il garde l’amour, la compassion, l’intériorité, la liberté spirituelle, mais il laisse de côté ce qui oblige : le dogme, les sacrements, le péché, la grâce, la Croix, la Résurrection, le salut, l’autorité de l’Église.

Ce christianisme-là plaît énormément à notre époque. Il ne demande pas de conversion. Il ne demande pas de confession. Il ne demande pas d’entrer dans une tradition reçue. Il propose un Jésus aimable, ouvert, inspirant, pacifié, presque thérapeutique. Jésus devient un Socrate oriental, un Bouddha galiléen, un maître intérieur venu apprendre à chacun à mieux vivre avec soi-même et avec les autres. C’est charmant, mais ce n’est plus la foi catholique.

Le mot “ésotérique” utilisé par Bouhours ne doit pas être compris seulement au sens caricatural : grimoires, sociétés secrètes, tables tournantes et initiations obscures. L’ésotérisme moderne est souvent plus subtil. Il consiste à présenter les religions visibles, dogmatiques et institutionnelles comme des formes extérieures, dépassables, parfois grossières, d’une vérité plus profonde réservée aux esprits éveillés. Dans cette perspective, l’Église n’est plus la gardienne du dépôt révélé, mais une enveloppe historique. Le dogme n’est plus la protection de la vérité, mais une prison. La foi devient inférieure à l’expérience spirituelle personnelle.

Ce que Bouhours permet de comprendre, c’est que cette logique n’est pas marginale. Elle est devenue l’une des grandes tentations religieuses de l’Occident contemporain. Le catholicisme s’efface ; la spiritualité demeure. Les églises se vident ; les librairies se remplissent de rayons “sagesse”, “méditation”, “développement personnel”, “spiritualité”. On ne veut plus croire comme l’Église croit ; on veut composer son propre itinéraire intérieur. On ne veut plus recevoir une vérité ; on veut choisir des fragments de sens.

Frédéric Lenoir est l’un des grands noms de ce basculement. Son œuvre met volontiers en dialogue Jésus, Bouddha, Socrate, Jung, les spiritualités orientales, l’écologie, la sagesse universelle, l’humanisme moderne. Tout cela n’est pas nécessairement faux en bloc. Il serait injuste de nier qu’il dise parfois des choses justes sur l’intériorité, la compassion, la liberté ou le besoin de sens. Mais le problème est ailleurs : dans l’ensemble, le christianisme devient une matière première, non plus une révélation.

Or le christianisme n’est pas une sagesse parmi d’autres. Il contient une sagesse, bien sûr, mais il ne se réduit pas à elle. Il n’est pas d’abord une méthode pour mieux habiter son intériorité. Il est l’annonce d’un événement : Dieu s’est fait homme, Jésus-Christ est mort et ressuscité, le péché et la mort sont vaincus, l’homme est appelé au salut. Le christianisme n’est pas seulement une morale de l’amour ; il est la foi en un Sauveur.

C’est pourquoi le livre de Bouhours est précieux pour les catholiques. Il aide à nommer une confusion très répandue. Beaucoup croient encore aimer le christianisme parce qu’ils aiment Jésus comme figure de bonté, de sagesse ou de douceur. Mais aimer un Jésus reconstruit, désincarné, séparé de son Église, séparé de sa Croix, séparé de sa divinité, ce n’est pas encore recevoir le Christ. C’est parfois conserver une icône morale en refusant le Seigneur vivant.

L’enjeu dépasse donc largement Frédéric Lenoir. Son cas révèle une crise plus profonde : la difficulté du catholicisme français à transmettre sa propre foi comme une vérité belle, vivante, intelligente et exigeante. Quand la catéchèse devient floue, quand la prédication devient sociologique, quand la liturgie ne porte plus clairement le mystère, quand les catholiques eux-mêmes n’osent plus dire ce qu’ils croient, d’autres viennent proposer un christianisme de remplacement. Plus doux. Plus vague. Plus compatible avec l’esprit du temps.

Il ne suffit donc pas de critiquer les nouvelles spiritualités. Il faut comprendre pourquoi elles attirent. Elles répondent à une faim réelle : faim de sens, de silence, d’intériorité, de consolation, de beauté, de verticalité. Mais elles y répondent souvent en contournant la vérité chrétienne. Elles offrent la paix sans la conversion, la lumière sans la Croix, l’amour sans le jugement, l’intériorité sans l’Église, la spiritualité sans la foi.

Le grand mérite d’Adrien Bouhours est de montrer que ce phénomène a une histoire, des réseaux, des passeurs, des doctrines, des continuités. Il ne s’agit pas d’un simple brouillard spirituel apparu spontanément dans une société déchristianisée. Il y a là une recomposition active du religieux, dans laquelle Frédéric Lenoir occupe une place significative.

Son livre oblige donc les catholiques à ouvrir les yeux. Le christianisme n’est pas seulement attaqué par l’athéisme militant ou par les idéologies politiques hostiles. Il est aussi dissous par des spiritualités aimables qui en conservent les mots tout en en changeant le cœur. On garde Jésus, mais on ne veut plus du Christ. On garde l’amour, mais on ne veut plus de la vérité. On garde l’Évangile comme inspiration, mais on ne veut plus de l’Église comme mère et maîtresse.

Face à cela, la réponse catholique ne peut pas être seulement défensive. Elle doit être missionnaire. Il faut redire que la foi catholique n’est pas une spiritualité parmi d’autres, mais la rencontre du Dieu vivant. Il faut redire que le dogme n’étouffe pas le mystère, mais le protège. Il faut redire que les sacrements ne sont pas des symboles facultatifs, mais les lieux réels de la grâce. Il faut redire que le Christ n’est pas venu simplement nous apprendre à être plus sereins, mais nous sauver.

Le livre de Bouhours est donc plus qu’une étude sur Frédéric Lenoir. C’est une invitation à comprendre notre époque, et peut-être aussi un avertissement. Lorsque les catholiques cessent de transmettre toute la foi, d’autres se chargent d’en proposer une version soluble, aimable, spirituelle, mais amputée de l’essentiel.

Et l’essentiel, justement, n’est pas une “sagesse universelle”. L’essentiel est Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité, présent dans son Église jusqu’à la fin des temps.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Frédéric Lenoir, héritier, témoin et acteur de la diffusion d’un christianisme ésotérique

 

« La douleur est un suppléant de l’amour » : entretien sur Antoine Blanc de Saint-Bonnet avec l’éditeur Xavier Meystre

À l’occasion de la réédition de La Douleur d’Antoine Blanc de Saint-Bonnet, nous avons rencontré son éditeur suisse, Xavier Meystre, afin d’évoquer la pensée singulière de cet auteur longtemps relégué aux marges du canon littéraire et philosophique.

Dans un monde obsédé par le confort, la performance et l’abolition de toute souffrance — jusqu’à voir se banaliser l’euthanasie au nom du refus de la douleur, voire de la simple possibilité de souffrir —, l’œuvre de Blanc de Saint-Bonnet réapparaît comme une méditation radicale sur le sens spirituel de l’épreuve, du travail, du sacrifice et du salut.

Entre critique de l’individualisme contemporain, dénonciation du culte moderne de la sécurité et défense d’une vision catholique de l’existence, cet entretien revient sur l’actualité brûlante d’un penseur que Jules Barbey d’Aurevilly qualifiait déjà de « prophète du passé  » [Jules Barbey d’Aurevilly (préf. Pierre Glaudes), Les Prophètes du passé, La Onzième Heure éd., 2025].

Pour commencer, dès sa préface, Antoine Blanc de Saint-Bonnet critique très sévèrement la démocratisation de la lecture, qu’il considère comme l’une des causes du déclin des mœurs. N’est-il pas suicidaire, pour un écrivain, d’écrire une telle chose — et, pour vous, de le rééditer aujourd’hui ?

Au vu de la situation actuelle, éditer de nos jours, n’est-il pas, en soi, suicidaire ?

Dans son ouvrage La vie intellectuelle [R. P. Antonin-Dalmace Sertillanges, La vie intellectuelle, éd. Meystre, 2026, présentation en ligne], que nous avons aussi réédité, le R. P. Sertillanges distingue quatre espèces de lecture : des lectures de fond, des lectures d’occasion, des lectures d’entraînement ou d’édification, des lectures de détente. Blanc de Saint-Bonnet dénonce évidemment la dernière, celle de la détente et plus largement du divertissement dont Pascal fit le procès au XVII e siècle. C’est, en effet, celle-ci, que la démocratisation de la lecture a engendrée, qui est la cause principale du déclin des mœurs.

De plus, il nous semble essentiel de témoigner de ce fait historique que fut la propagation des mauvais livres et de leur condamnation par les moralistes catholiques que nous souhaitons réhabiliter.

Ce qui serait commun, au contraire, c’est d’éditer, comme tout le monde, des romans érotiques ou de la littérature de divertissement contemporaine.

Ce qui frappe dès le sommaire, c’est le mélange harmonieux que l’auteur opère entre philosophie, métaphysique, psychologie, sociologie, etc. La pensée de Blanc de Saint-Bonnet échappe-t-elle à toutes les catégories ?

Au contraire, puisque Blanc de Saint-Bonnet est catholique, il est légitime qu’il s’intéresse à tous ces domaines. Dans sa pensée, il ne s’agit pas d’une catégorie, mais d’une réflexion cohérente qui conjugue toutes ces disciplines en accord avec la doctrine de l’Église. C’est un regard contre-révolutionnaire qui surplombe l’ensemble des problèmes que la Révolution a infligés à la société de son temps.

Selon les propres mots de Blanc de Saint-Bonnet, son livre La Douleur est écrit avant tout pour « les âmes qui cherchent encore Dieu, ou qui, par moments, croient Le voir disparaître derrière les infortunes et les afflictions de la vie ». Ce livre touche-t-il néanmoins à quelque chose d’universel dans l’expérience humaine, ou faut-il forcément être catholique — et traversé par le doute — pour entrer dans cette œuvre ?

Pourquoi vouloir opposer catholique et universel ? Les deux mots ne sont-ils pas synonymes ? La douleur touche évidemment tout le monde, qu’elle soit physique, affective ou morale, mais elle ne prend tout son sens spirituel que dans un prisme catholique. Et c’est uniquement par la douleur que l’on se rapproche de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Comme le rappelle très bien Blanc de Saint-Bonnet : « La douleur sait toujours à qui elle a affaire ». Cette citation éclaire bien le projet que Dieu a pour toutes les âmes en leur proposant un chemin de douleur.

Pour Blanc de Saint-Bonnet, la béatitude éternelle n’est jamais une dissolution de la personne dans un absolu indistinct ; au contraire, la douleur contribue à forger en chacun une âme singulière, capable précisément de ne pas se dissoudre dans l’Infini. C’est sublime ! D’autres auteurs avaient-ils déjà formulé une telle conception, ou est-elle propre à Blanc de Saint-Bonnet ?

Il y a nécessairement d’autres auteurs qui ont traité de la douleur au vu de la place centrale qu’occupe la Passion de Notre-Seigneur pour la rédemption des hommes. Ce qui est propre à Blanc de Saint-Bonnet et à sa génération contre-révolutionnaire c’est de l’envisager dans un cadre historique post-révolutionnaire. Un autre Lyonnais, Ballanche, a traité de cette question en rapport avec la Révolution française et la mort de Louis XVI. Le besoin d’expiation est une question proprement générationnelle, que notre temps qui parachève le cycle de la Révolution pousse à son paroxysme mais personne ne veut le voir ou n’ose le dire, d’où la nécessité de lire ce livre.

Les bienfaits de la douleur sont-ils, selon lui, uniquement spirituels ?

Non, le mot « douleur » n’est pas qu’à prendre dans un sens spirituel mais d’une manière plus globale. C’est la conséquence directe du péché originel. Ressentir la douleur est nécessaire pour se mettre en marche vers l’Infini, vers Dieu qui est la seule voie pour échapper à ses conséquences. Comme l’écrit très bien l’auteur : « L’homme est fait pour l’Infini. S’il avait montré, premièrement, assez de volonté pour s’imposer de lui-même les efforts nécessaires à la formation de sa personnalité, et, secondement, assez de cœur pour s’imposer de lui-même les sacrifices nécessaires à la formation de son amour, la douleur n’eût pas existé. La douleur est un remplaçant du travail et un suppléant de l’amour. »

La douleur apparaît en effet chez Saint-Bonnet comme un « remplaçant du travail », l’homme libre et déchu n’étant pas capable de fournir de lui-même l’effort nécessaire à son accomplissement moral et spirituel. Cela nous amène à une question plus contemporaine : que nous dit cette pensée du travail aujourd’hui, dans une société fascinée par les figures d’influenceurs millionnaires, par les promesses d’enrichissement sans effort, ou encore par l’idéal d’un revenu universel détaché de toute nécessité de produire ?

Car l’on veut supprimer toute conception chrétienne du travail qui nous dit que l’« on gagnera son pain à la sueur de son front » (Gen 3:19), en réparation du péché originel. De plus, il est essentiel de rappeler que le revenu de base inconditionnel, comme voté en Suisse en 2016, s’inscrit dans cette conception égalitariste et transhumaniste vantée par Elon Musk. Cette vision contemporaine ignore complètement la notion de salut de l’âme et ne se concentre que sur une conception hédoniste de la vie sur terre : jouir sans entraves comme le rappellent les huitards.

Enfin, les influenceurs que vous citez sont, pour la plupart, des escrocs car ils vendent des formules fast-food et complètement illusoires qu’ils n’ont pas toujours pratiquées eux-mêmes.

Au regard de tous les effets bénéfiques qu’il attribue à la souffrance, Blanc de Saint-Bonnet finit-il par considérer la douleur comme un bien en soi ?

Je laisse Antoine Blanc de Saint-Bonnet répondre à ma place :

« Ne redoutons pas les ravages de la douleur. Quelquefois elle vide entièrement l’âme, mais lorsqu’elle a passé, Dieu s’y précipite pour la remplir. Les joies du ciel descendraient-elles avec leur suavité dans toute l’âme humaine, si l’amertume de la douleur n’y avait partout éveillé une faim sacrée ? La joie se fait sa place quand le cœur s’agrandit ; c’est dans le vase de la douleur que se répandra la Félicité. »

Jules Barbey d’Aurevilly qualifiait Blanc de Saint-Bonnet de « prophète du passé ». Or celui-ci dénonce à de nombreuses reprises l’orgueil, le culte du confort et l’égoïsme modernes. Doiton lire La Douleur comme une critique anticipée de l’individualisme contemporain ? N’avait-il pas, au fond, tout compris avant tout le monde ?

La lecture de La Douleur doit être comprise comme une condamnation de l’individualisme contemporain, du confort et de l’égoïsme, qui sont des conséquences directes du refus de la douleur. Souvenons-nous du pitoyable épisode du Covid-19 où l’argument de la santé primait sur tout autre raisonnement. Dans un autre registre, je vous recommande la lecture du tract d’Olivier Rey, L’idolâtrie de la vie, publié chez Gallimard, qui permet de comprendre dans un esprit contemporain comment la préservation de la vie a fini par primer sur toute autre considération. Ce qui fait de Blanc de Saint-Bonnet « un prophète du passé », c’est qu’il fonde sur la nécessité du salut des âmes sa critique de la modernité.

Blanc de Saint-Bonnet est aussi un véritable styliste. Sa plume est magnifique, mais dense, parfois lyrique. Conseilleriez-vous cet ouvrage à tous les publics ? N’avez-vous pas été tenté de moderniser sa langue pour le rendre accessible au plus grand nombre ?

À titre personnel, j’ai horreur que l’on interprète la pensée d’un auteur ou que l’on modifie son texte pour le rendre prétendument plus accessible. Cela contribue à un nivellement par le bas et à l’affaissement des intelligences. Il faut faire confiance à l’intelligence du lecteur, même modeste, et tout faire pour contribuer à son élévation morale et intellectuelle. Blanc de Saint-Bonnet n’utilise aucun terme abstrait, abscons ou compliqué mais un français effectivement classique, lyrique et surtout très accessible. C’est d’ailleurs cela qui fait la force de la littérature authentique et constitue mon principal intérêt en tant qu’éditeur.

Malgré ses immenses qualités, le nom d’Antoine Blanc de Saint-Bonnet a été largement oublié et demeure moins célèbre que ceux de Pascal, Maistre ou même Bonald. Comment l’expliquez-vous ?

La survie des auteurs dépend essentiellement des travaux universitaires qu’ils suscitent et l’on sait bien que l’Université est complètement acquise à l’esprit de la Révolution. D’ailleurs de Maistre et de Bonald en sont aussi partiellement écartés. Pascal, en revanche, qui est un classique, ayant déjà suscité de nombreuses recherches littéraires, survit mieux. Son étude était naguère courante dans le secondaire mais elle est devenue dorénavant très facultative… C’est d’ailleurs le cas pour la plupart des auteurs que nous rééditons.

Je me fais l’avocat du diable : l’ouvrage La Douleur n’est-il pas totalement périmé à une époque où la science semble avoir réduit une grande partie des souffrances humaines, et où se profile une possible révolution transhumaniste ?

La révolution transhumaniste ne prend aucunement en compte le salut des âmes, qui est une question éternelle que chacun doit se poser, quelle que soit l’époque où il vit et peut-être même davantage dans cette ère transhumaniste. Face à l’IA, Blanc de Saint-Bonnet incarne bien plus une solution aux problèmes contemporains qu’Elon Musk. On a souvent vu des auteurs « périmés » à un moment devenir, l’instant d’après, des auteurs d’avant-garde. Nous sommes très attachés à rééditer des intemporels, comme Bazin, Béraud, Bloy, Bourget, Daudet, de Reynold et, parmi tant d’autres, Blanc de Saint-Bonnet…

Pour terminer, conseilleriez-vous à nos lecteurs d’autres ouvrages de Blanc de Saint-Bonnet ? Et avez-vous, de votre côté, le projet d’éditer d’autres textes de cet auteur à l’avenir ?

Bien que différents ouvrages soient en précommandes tels que les Récits et souvenirs autobiographiques et les principaux romans d’Henri Béraud (La Conquête du pain), tous deux préfacés par Roland Thévenet [Roland Thévenet n’a pas préfacé La Douleur de Saint-Bonnet, mais il s’est néanmoins intéressé de très près à l’ouvrage, qu’il présente dans cette longue vidéo d’analyse publiée par Xavier Meystre : https://www.youtube.com/watch?v=p3TiHvCx0QY], je peux recommander l’ouvrage De l’affaiblissement de la raison et de la décadence en Europe. Celui-ci sera très certainement réédité en 2026 mais je n’ai, à ce jour, pas une date de sortie précise à communiquer. En revanche, l’ouvrage de Paul Bourget, Le Disciple, préfacé par Eddy Hanquier est d’ores et déjà disponible. Tous ces auteurs et ouvrages mériteraient aussi l’attention du public car, comme vous le rappelez pour Blanc de Saint-Bonnet, ils sont, aux yeux du monde, « périmés. »

Entretien mené par F. d’Oteghem

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La douleur

Le son du silence : réduire au silence le Saint Esprit. Mgr Joseph Strickland

Source en anglais : https://pillarsoffaith.net/podcasts/the-sound-of-silence-silencing-the-holy-ghost/

Il existe une vieille chanson de Simon & Garfunkel intitulée « The Sound of Silence ». Beaucoup d’entre vous la connaissent. L’une des phrases dit : « Des gens qui parlent sans s’exprimer, des gens qui entendent sans écouter. » Ces mots résonnent dans mon esprit à l’approche de la Pentecôte.

Car nous vivons à une époque où règne le bruit. Des discours sans fin. Des commentaires sans fin. Des déclarations sans fin. Des réunions sans fin. Des documents sans fin. Des discussions sans fin. Et pourtant, sous tout ce bruit, un terrible silence s’installe dans le monde et même au sein de certaines parties de l’Église.

Ce n’est pas le silence sacré de la prière. Ce n’est pas le silence d’une âme agenouillée devant le Saint-Sacrement. Ce n’est pas le silence des moines ou des religieux cloîtrés à l’écoute du murmure de Dieu. Mais le silence qui s’installe lorsque les hommes cessent d’écouter le Saint-Esprit.

Ce dimanche, nous célébrons la Pentecôte, lorsque le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres sous forme de langues de feu. Ces hommes effrayés, qui se cachaient derrière des portes verrouillées, sont devenus des témoins intrépides de Jésus-Christ. Ils ne sont pas sortis de la chambre haute dans l’incertitude. Ils ne sont pas sortis en tenant des propos ambigus. Ils ne sont pas sortis en essayant de s’adapter à l’esprit du temps. Ils sont sortis pour proclamer la vérité avec audace, même si cela devait leur coûter la vie.

C’est cela, la Pentecôte.

Le Saint-Esprit n’est pas l’esprit de confusion. Il est l’Esprit de vérité.

Notre Seigneur a dit dans l’Évangile selon saint Jean : « Mais quand il viendra, l’Esprit de vérité, il vous enseignera toute la vérité… » (Jean 16, 13).
Le Saint-Esprit ne contredit pas Jésus-Christ. Le Saint-Esprit ne renverse pas la révélation divine. Le Saint-Esprit n’efface pas les Saintes Écritures. Le Saint-Esprit ne bénit pas ce que Dieu a qualifié de péché. Le Saint-Esprit ne passe pas deux mille ans à enseigner une chose par l’intermédiaire de l’Église pour ensuite, soudainement, inspirer le contraire à l’époque moderne.

Et pourtant, nous vivons actuellement un moment dans l’Église où la confusion se répand depuis des lieux chargés de garder le dépôt de la foi lui-même.

Nous voyons aujourd’hui émerger du Vatican des débats et des groupes d’étude qui abordent l’homosexualité d’une manière qui sème une grave confusion parmi les fidèles. Mgr Athanasius Schneider a récemment qualifié certaines de ces propositions d’hérésie. Ce mot devrait nous secouer. L’hérésie n’est pas un simple désaccord. L’hérésie est la corruption de la vérité révélée.

Et les fidèles ont le droit de demander : comment ces choses peuvent-elles même être discutées au sein de l’Église fondée par Jésus-Christ ? Comment la confusion au sujet du péché grave peut-elle devenir normale ? Comment l’ambiguïté peut-elle remplacer la clarté ? Comment les pasteurs peuvent-ils parler sans fin d’inclusion tout en gardant un silence étrange sur la repentance, la conversion, la sainteté, le jugement et le salut ?

Frères et sœurs, ces choses ne pourraient pas se produire si les hommes écoutaient véritablement le Saint-Esprit.

La tragédie de notre époque n’est pas que le Saint-Esprit ait cessé de parler. La tragédie est que beaucoup ne souhaitent plus L’entendre.
Saint Paul nous a clairement mis en garde : « N’éteignez pas l’Esprit » (1 Thessaloniciens 5, 19).

Mais cela fait des décennies que nous éteignons l’Esprit de multiples façons. Nous éteignons l’Esprit lorsque la vérité est édulcorée pour ne pas choquer le monde. Nous éteignons l’Esprit lorsque les pasteurs craignent davantage les gros titres que Dieu. Nous éteignons l’Esprit lorsque le péché est rebaptisé « accompagnement ». Nous éteignons l’Esprit lorsque l’identité catholique est sacrifiée au profit de l’approbation du monde. Nous éteignons l’Esprit lorsque le silence s’installe là où un avertissement devrait retentir.

Et ce silence a des conséquences.

Car si les hommes résistent continuellement à la voix de Dieu, leur conscience s’engourdit. Les cœurs s’endurcissent. Les âmes deviennent sourdes. Le monde loue cette surdité comme de la tolérance ou du progrès, mais spirituellement, c’est une catastrophe.

Le silence auquel nous sommes confrontés aujourd’hui n’est pas un silence paisible. C’est le silence d’une conscience compromise. C’est le silence de bergers qui ont peur de parler clairement. C’est le silence qui s’installe lorsque l’esprit du monde devient plus fort que l’Esprit de Dieu.

Et nulle part ce conflit n’est plus visible que dans les attaques contre la tradition catholique elle-même.

Nous entendons aujourd’hui de plus en plus de menaces et de pressions concernant la Fraternité Saint-Pie X, la FSSPX, et la messe traditionnelle en latin. Réfléchissez bien à ce que cela signifie. Les catholiques qui restent attachés à la liturgie ancienne, au respect, à la doctrine et à la continuité avec le passé sont traités comme dangereux ou choquants, tandis que les voix qui remettent ouvertement en cause l’enseignement moral établi sont accueillies dans le dialogue et occupent des postes d’influence.

À quel genre d’inversion avons-nous affaire ?

Les fidèles assistent à ce dénouement avec confusion et tristesse. Ceux qui sont attachés à la tradition sont scrutés à la loupe. Ceux qui sèment la confusion doctrinale sont célébrés comme des pasteurs. Ceux qui défendent ce que les catholiques ont toujours cru sont qualifiés de rigides. Ceux qui adaptent la foi à la culture moderne sont loués comme des prophètes.

Cela ressemble-t-il à la Pentecôte ? Cela ressemble-t-il aux apôtres remplis du feu du Saint-Esprit ? Ou cela ressemble-t-il à une Église de plus en plus effrayée de proclamer des vérités difficiles ?

Lors de la première Pentecôte, saint Pierre s’est tenu devant la foule et a appelé les pécheurs à la repentance. Il ne s’est pas excusé pour la vérité. Il n’a pas édulcoré la révélation divine. Il n’a pas cherché à harmoniser le christianisme avec la culture païenne. Fort de l’Esprit Saint, il a prêché le Christ crucifié et ressuscité.

Et quel en a été le résultat ?

Trois mille âmes se sont converties.

Le monde moderne nous dit que la clarté éloigne les gens. La Pentecôte prouve le contraire. La vérité prononcée dans l’Esprit Saint transperce les cœurs.

L’Église n’a pas besoin de moins de vérité aujourd’hui. Elle a besoin de plus de saints prêts à la proclamer avec courage et charité.
Il existe aujourd’hui un autre type de silence qui s’installe. C’est le silence des catholiques qui savent que quelque chose ne va vraiment pas, mais qui ont peur de le dire. De nombreux prêtres fidèles gardent le silence parce qu’ils craignent des sanctions. De nombreux évêques gardent le silence parce qu’ils craignent l’isolement. De nombreux laïcs catholiques gardent le silence parce qu’ils craignent d’être ridiculisés. Les parents gardent le silence tandis que leurs enfants sont endoctrinés par le monde. Des hommes de bien gardent le silence tandis que les loups rôdent librement parmi le troupeau.

Mais le silence face à la confusion n’est pas de la charité. Il y a des moments dans l’histoire où le silence devient collaboration. Et nous vivons un de ces moments.

Sainte Catherine de Sienne n’est pas restée silencieuse lorsque la corruption s’est répandue dans l’Église. Saint Athanase n’est pas resté silencieux lorsqu’une grande partie de la hiérarchie a embrassé l’erreur.

Le saint pape Pie X a mis en garde contre le modernisme parce qu’il le reconnaissait comme un poison attaquant la foi de l’intérieur. Et nous vivons à cette époque – une époque où l’on exige de la clarté de la part des catholiques fidèles. Pas de la haine. Pas de l’amertume. Pas du désespoir. Mais de la clarté.

Le Saint-Esprit n’est pas ambigu quant à la vérité. Le Saint-Esprit n’est pas moderniste. Le Saint-Esprit n’est pas confus au sujet du mariage, de la sexualité, du sacerdoce ou du caractère unique de Jésus-Christ.

Le Saint-Esprit n’inspire pas une confusion interreligieuse qui considère toutes les religions comme également agréables à Dieu. Jésus-Christ n’est pas un chemin parmi tant d’autres. Il est le Fils éternel de Dieu, le seul Sauveur du monde. L’Église l’a toujours enseigné clairement.
Pourtant, on entend de plus en plus souvent des propos laissant entendre que la certitude doctrinale elle-même serait en quelque sorte dangereuse. On nous dit qu’insister sur la clarté sème la discorde. On nous dit que préserver la tradition relève de la rigidité. On nous dit que remettre en question la confusion est un acte de désobéissance. Mais l’obéissance authentique ne peut jamais exiger le silence face à l’erreur.

Les saints l’avaient compris.

La véritable obéissance est l’obéissance à Jésus-Christ et à la foi éternelle transmise par les apôtres. Et cette foi n’a pas été inventée hier par des comités, des synodes ou des groupes d’étude ; elle a été scellée par le sang des martyrs. C’est pourquoi la Pentecôte revêt une telle importance en ce moment.

Car la Pentecôte nous rappelle à quoi ressemble réellement l’Église lorsqu’elle écoute le Saint-Esprit.

Elle est intrépide. Elle est claire. Elle est sainte. Elle dit la vérité même lorsque le monde se déchaîne contre elle.

Après la Pentecôte, les apôtres ne cherchaient pas à être acceptés par l’Empire romain. Ils cherchaient à rester fidèles à Jésus-Christ. Et à cause de cette fidélité, ils étaient haïs par le monde. Presque tous sont morts en martyrs.

Aujourd’hui, beaucoup au sein de l’Église semblent désespérément vouloir éviter la haine du monde. Mais Notre Seigneur ne nous a jamais promis l’approbation du monde. En fait, Il nous a mis en garde contre le contraire.

« Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous » (Jean 15, 18).

Peut-être qu’une partie du silence que nous entendons aujourd’hui vient de la peur. La peur d’être qualifié d’intolérant. La peur de perdre son statut. La peur de la critique. La peur du châtiment. La peur de l’isolement.
Mais la Pentecôte a marqué la fin de la peur !

Le Saint-Esprit n’est pas descendu sur les apôtres pour les rendre plus acceptables aux yeux du monde. Il est descendu pour faire d’eux des témoins. Et l’Église a désespérément besoin à nouveau de témoins. Pas de célébrités. Pas de gestionnaires. Pas d’experts en relations publiques. Des témoins.

Des prêtres prêts à prêcher des vérités difficiles. Des évêques prêts à défendre la foi quel qu’en soit le prix. Des parents prêts à protéger leurs enfants du poison spirituel. Des religieux prêts à mener une vie visiblement sainte. Des jeunes prêts à rejeter le vide de la culture moderne. Des catholiques fidèles prêts à se tenir aux côtés du Christ même lorsque cela leur coûte cher.

Le silence se fait de plus en plus pesant dans notre monde.

Mais la Pentecôte est la réponse du ciel à ce silence !

La Pentecôte, c’est le feu de la vérité divine qui fait irruption dans les ténèbres. La Pentecôte, c’est le Saint-Esprit qui réveille les âmes endormies. La Pentecôte, c’est le courage qui triomphe de la peur. La Pentecôte, c’est la clarté qui triomphe de la confusion. La Pentecôte, c’est la vérité qui triomphe du compromis. Et la Pentecôte façonne un certain type d’homme.

Regardez les apôtres avant la Pentecôte. Ils se cachaient derrière des portes verrouillées. Ils étaient craintifs, incertains, intimidés par le monde qui les entourait. Puis le Saint-Esprit est descendu. Et soudain, ces hommes faibles sont devenus des témoins intrépides de Jésus-Christ.

Pierre, qui tremblait devant une servante, s’est tenu devant les dirigeants et les foules et a proclamé le Christ crucifié sans craindre la prison ni la mort.
C’est là l’œuvre du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit ne forme pas des bergers faibles qui font des concessions à la vérité. Le Saint-Esprit ne forme pas des hommes qui s’expriment sans cesse dans l’ambiguïté. Le Saint-Esprit ne forme pas des dirigeants qui brouillent les frontières entre la sainteté et le péché, la vérité et l’erreur, l’Évangile et l’esprit du temps.

Le Saint-Esprit forme des hommes comme saint Pierre après la Pentecôte. Le Saint-Esprit forme des hommes comme saint Athanase qui s’est dressé presque seul contre l’erreur généralisée au sein de la hiérarchie. Le Saint-Esprit forme des hommes prêts à tout perdre plutôt que de trahir Jésus-Christ.

Mais nous vivons aujourd’hui une époque où les voix qui s’élèvent au pouvoir ne ressemblent pas à celles de la Pentecôte.

Lorsque Mgr Athanase Schneider a récemment averti ouvertement que certaines propositions émanant des groupes d’étude du Vatican relevaient de l’hérésie, les catholiques auraient dû y prêter attention. Ce n’est pas une déclaration anodine. C’est un évêque qui tire la sonnette d’alarme parce que la vérité révélée elle-même est en danger.

Et pourtant, au lieu de clarté, on offre aux fidèles davantage d’ambiguïté. Au lieu d’une correction ferme, on tolère la confusion. Au lieu de défendre avec audace l’enseignement catholique établi, les dirigeants de l’Église continuent de donner la parole à ceux qui sapent ouvertement la confiance dans la foi.
Pourquoi nomme-t-on sans cesse des évêques qui affaiblissent la doctrine catholique au lieu de la défendre courageusement ? Pourquoi promeut-on des hommes qui s’expriment davantage à la manière du monde moderne qu’à celle des apôtres ? Pourquoi le père James Martin continue-t-il de s’épanouir publiquement tout en semant une confusion permanente au sujet de l’homosexualité et de l’enseignement moral catholique ?

Pourquoi le cardinal Victor Manuel Fernández reste-t-il à la tête du Dicastère pour la doctrine de la foi malgré les scandales, la confusion et des écrits qui ont profondément troublé les fidèles catholiques à travers le monde ?

Ce ne sont pas là des questions mineures.

Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi existe pour défendre la vérité, pour garder le dépôt de la foi transmis par les apôtres.

Les catholiques voient des hommes placés à des postes d’une influence considérable qui semblent souvent plus intéressés par l’adaptation de l’Église à la culture moderne que par la proclamation claire et sans compromis de la vérité éternelle.

Les fidèles ne sont pas désorientés parce que la doctrine catholique manque de clarté. La doctrine catholique est claire depuis deux mille ans. La confusion vient du fait que trop de pasteurs ne parlent plus avec la clarté indubitable que produit la Pentecôte.
Le Saint-Esprit ne se trompe pas. Le Saint-Esprit n’inspire pas de contradiction avec les Saintes Écritures ou la Tradition apostolique. Et oui, les âmes peuvent s’émousser spirituellement à la voix du Saint-Esprit.

Un homme plongé dans l’impureté, la mondanité, le compromis moral ou la rébellion contre l’ordre divin n’entend pas clairement. Une hiérarchie ecclésiastique obsédée par le désir de plaire au monde moderne n’entendra pas clairement non plus. L’esprit du temps étouffe l’Esprit de Dieu dans ces circonstances.

C’est ce à quoi nous assistons actuellement.

En ce moment même, les innovateurs doctrinaux sont accueillis et protégés, tandis que les catholiques fidèles, attachés à la tradition, sont soumis à une pression et à un examen minutieux constants. Les catholiques fidèles observent ce renversement et se demandent : quel esprit est à l’œuvre ici ? Car cela ne ressemble pas à la clarté intrépide née à la Pentecôte.

La première Pentecôte n’a pas donné lieu à des compromis avec le monde. Elle a produit des martyrs. Elle a produit des saints. Elle a produit des évêques qui ont défendu la vérité au prix de grands sacrifices personnels. Elle a produit des missionnaires qui ont converti des nations. Elle a produit des hommes qui craignaient Dieu plus que les empereurs, les foules, les gouvernements ou l’opinion publique. Et l’Église a désespérément besoin de cet esprit à nouveau aujourd’hui.

Pas de comités sans fin. Pas d’ambiguïté sans fin. Pas de dialogue sans fin détaché de la vérité.
L’Église a besoin d’évêques qui parlent à nouveau sans détours. L’Église a besoin de prêtres qui prêchent à nouveau la repentance. L’Église a besoin de pasteurs formés par le feu de la Pentecôte plutôt que par l’approbation du monde moderne.

Car le silence qui s’installe aujourd’hui au sein de l’Église n’est pas un silence sacré. C’est le silence qui s’installe lorsque trop de pasteurs cessent d’écouter le Saint-Esprit.

Le Saint-Esprit continue de parler. Il parle à travers les Saintes Écritures. Il parle à travers la Sainte Tradition. Il parle à travers les saints, les martyrs, les bergers fidèles qui refusent tout compromis avec l’esprit du temps. Il parle à travers les évêques prêts à se tenir presque seuls et à proclamer quand même clairement la vérité. Il parle à travers chaque prêtre qui prêche encore sans crainte la repentance, la sainteté et la fidélité à Jésus-Christ.

Mais notre monde est en train de devenir un monde qui ne souhaite plus écouter. Nous sommes entourés de bruit, mais affamés de vérité. Nous nous noyons dans des discussions sans fin tandis que la clarté disparaît.

Et de plus en plus, même au sein de l’Église, ceux qui défendent ce que les catholiques ont toujours cru sont traités comme le problème… tandis que ceux qui sèment la confusion sont protégés, promus et applaudis.

La Pentecôte n’a pas engendré cet esprit.
Et c’est pourquoi le silence qui s’étend aujourd’hui dans l’Église est si dangereux. Ce n’est pas le silence de la prière. C’est le silence qui s’installe lorsque les hommes cessent d’écouter le Saint-Esprit. C’est le silence qui s’abat lorsque l’esprit du monde prend le pas sur l’Esprit de Dieu.

Et c’est peut-être pour cela que ces paroles anciennes [ndlr : de la chanson « The Sound of Silence »] résonnent encore aujourd’hui de manière si obsédante…

« Et le peuple s’inclina et pria
Devant le dieu néon qu’il avait créé… »
« Et l’enseigne disait : “Les paroles des prophètes sont écrites sur les murs du métro et dans les couloirs des immeubles, et murmurées dans les sons du silence.” »

Que Dieu Tout-Puissant vous bénisse et vous garde fidèles à Jésus-Christ et à Sa Sainte Église, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Mgr Joseph Strickland

Évêque émérite

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Retrouver ce qui compte vraiment : une grande neuvaine à saint Antoine du 5 au 13 juin

Dans une époque marquée par la dispersion, le bruit et l’accélération permanente, beaucoup éprouvent aujourd’hui une étrange sensation : celle d’avoir perdu quelque chose d’essentiel.

Le temps de prier. La paix intérieure. Le goût des choses simples. La confiance en Dieu. Parfois même l’espérance.

C’est peut-être pour cela que la figure de saint Antoine de Padoue touche encore autant de personnes, huit siècles après sa mort.

On le connaît comme le saint des objets perdus. Qui n’a jamais entendu cette prière glissée dans un moment d’urgence : « Saint Antoine, aide-moi à retrouver… » ? Mais derrière cette tradition populaire se cache une vérité spirituelle profonde : saint Antoine aide surtout à retrouver ce qui compte vraiment.

Du 5 au 13 juin, une grande neuvaine en ligne est proposée sur Hozana autour de cette intuition spirituelle, sous le thème : « Retrouver ce qui compte vraiment ».

Cette retraite de neuf jours sera animée par le Collège des Bernardins et les Franciscains, héritiers spirituels de celui qui fut l’un des plus grands prédicateurs franciscains du XIIIe siècle.

Chaque jour, les participants recevront :
– une méditation spirituelle,
– un enseignement,
– une prière,
– et des pistes concrètes pour remettre Dieu au centre de leur vie.

Dans un monde où tant de réalités nous sollicitent et nous dispersent, cette neuvaine veut offrir un temps de recentrement et de paix intérieure.

Car ce que nous avons perdu n’est pas toujours matériel. Il peut s’agir du silence. De la fidélité à la prière. Du goût de la vérité. D’une espérance abîmée par les épreuves.

Saint Antoine, lui, ne cesse de conduire vers le Christ.

👉 La neuvaine est accessible gratuitement ici : https://tinyurl.com/5h9e988v

“La dénonciation d’une recherche d’identité relève d’un purisme hypocrite”

Alors que le père de Sinety a publié un essai, La Cause du Christ, contre le “péril identitaire”, le père Thierry-Dominique Humbrecht, religieux dominicain, écrivain, docteur en philosophie et docteur en théologie, qui vient de publier «Dieu ou comment s’en débarrasser», a été interrogé dans Le Figaro. Extrait :

ZFE et gouvernement des juges : le Conseil constitutionnel au service de l’État profond

De Guillaume de Thieulloy dans les 4 Vérités :

Le Conseil constitutionnel a abrogé certaines dispositions de la loi dite « de simplification de la vie économique » – et notamment l’article 37 qui prévoyait la suppression des fameuses zones à faible émission (ZFE).

Je n’aime pas beaucoup hurler avec les loups contre la tyrannie des juges – puisque, dans une société normalement civilisée, les juges ont, entre autres, pour fonction de nous garantir contre l’arbitraire du pouvoir (et Dieu sait si le régime actuel est tenté par l’arbitraire).

J’ai donc été regarder de plus près les motivations de cette censure de l’article 37 présentées par le Conseil constitutionnel – et je dois avouer que je suis fort peu convaincu par « l’argumentation ».

Tout d’abord, il faut préciser que le Conseil constitutionnel avait été saisi par deux groupes de plus de 60 députés : un groupe mêlant députés socialistes et écologistes et un groupe emmené par le président du groupe Modem, Marc Fesneau, et la présidente macroniste de la commission du développement durable, Sandrine Le Feur.

En d’autres termes, il y avait une saisine de l’opposition et une autre de la majorité. Ce qui constitue déjà une étrangeté.

Mais le plus curieux est que, malgré une abondance d’éléments de fond, notamment dans la saisine écolo-socialiste, le Conseil a censuré un simple vice de forme : il considère que l’adoption de l’article 37 est contraire à l’article 45 de la constitution, c’est-à-dire qu’il n’a rien à faire dans ce texte de loi – ce que l’on appelle, dans le jargon parlementaire, un « cavalier législatif ».

Il est remarquable qu’aucun des éléments de fond apportés par ces deux saisines n’évoque la liberté des collectivités territoriales. Et pour cause : la loi oscille en permanence entre faculté offerte aux collectivités ou obligation de créer des ZFE.

Certes, le niveau scolaire s’effondre – et cela a des conséquences jusque dans les cénacles parlementaires ! – mais mêler obligatoire et facultatif est assez bizarre.

Le Conseil n’était pas saisi sur ce point, mais il est regrettable qu’il ne soit pas prononcé sur les conséquences des ZFE sur les libertés constitutionnelles.

Car ce qui est grave, c’est que cette censure laisse entendre deux choses assez inquiétantes :

– Tout d’abord, que le Conseil constitutionnel est au service de l’État profond – ou que « l’État de droit » est l’idéologie commune au « cercle de raison ». C’est ce que laisse supposer le fait que le Conseil ait censuré l’article 37, voté sous la pression du RN (et avec le soutien des LR), à la demande d’une coalition allant de la gauche au centre-droit.

– Ensuite, que le Conseil constitutionnel est seul juge de l’importance des libertés constitutionnelles. On savait déjà qu’entre la liberté de circulation et le droit de grève, ce dernier était systématiquement privilégié. Nous venons d’apprendre que la liberté de circulation était également moins importante que « le droit de vivre dans un environnement équilibré » (sic).

Je me réjouirais volontiers que les juges opposent le droit à la tyrannie toujours possible de la majorité, mais cela supposerait, au minimum, que le droit soit clair et que la hiérarchie des principes soit explicite.

Nous en sommes très loin. Et le Conseil constitutionnel – et, avec lui, l’ensemble du « gouvernement des juges » –, loin d’être une barrière à l’arbitraire ajoute son propre arbitraire à une société qui glisse de plus en plus vers l’anomie et la loi de la jungle.

Il faudra bien qu’un jour, cette place des juges dans la société soit clarifiée. Sans quoi nous sommes condamnés à l’impuissance ou au despotisme.

On peut être un ardent défenseur de la foi et être un bon pasteur 

Voici un extrait du propos introductif de Guillaume d’Alançon lors de la remise du Prix Saint Jean-Paul II et du Prix Quas Primas, vendredi dernier à Paris en présence du cardinal Burke :

” (…) Merci Eminence d’être avec nous, merci d’être un Père pour nous, un père dans la Foi, un bon pasteur qui n’a pas peur des loups, qui soigne la brebis blessée et recherche celle qui s’est égarée. A l’issue de la messe que vous aviez célébrée à Notre-Dame de Paris en plein synode sur la famille il y a un peu plus de 10 ans, le recteur de l’époque, Mgr Patrick Jacquin, m’avait dit à quel point il avait été touché par votre témoignage de foi et de délicatesse avec les personnes. J’ai gardé longtemps son message vocal de plus d’1minute 30 sur mon répondeur tellement il était sympathique et sincère. Oui, on peut être un ardent défenseur de la foi et être un bon pasteur ; l’un ne va pas sans l’autre. (…)

Pour cette 6ème édition du Prix Saint Jean-Paul II nos félicitations vont vers l’abbé Benoît de Giacomoni, provincial de France de la Fraternité Saint-Pierre, pour son livre « La Prière chrétienne, se blottir dans les bras du Père » paru aux Editions de l’Emmanuel.  Merci cher M. l’abbé de nous introduire dans le sanctuaire de l’âme humaine qui ne peut se comprendre elle-même que si elle se blottit dans les bras du Père. (…)

(…) En méditant l’ouvrage de Stéphane Glogowski ceux qui ont perdu un petit enfant se sentent moins seuls. Les saints époux Martin, qui ont perdu 4 enfants en bas âge, auraient aimé lire votre livre. « Il y a toujours la joie à côté de la peine » écrivait Zélie en réponse à la tristesse de son époux qui s’écriait après la mort de leur petite fille, je cite : « Mais qui me rendra mon Hélène ! ». Et celui-ci continuait, je le cite encore : « Notre cœur n’est rassasié de rien tant qu’il ne voit pas la beauté infinie de Dieu ». Oui, merci Stéphane pour votre beau livre !

Je voudrai maintenant remercier Monsieur et Madame Sion pour leur important travail réalisé avec l’abbé Pierre Jourdan ici présent. Le titre de votre livre dit tout « Se donner pour toute la vie » paru aux éditions du Laurier. (…) En instaurant tout dans le Christ, le parcours que vous proposez est un guide sûr pour emprunter les passages plus difficiles comme les plus simples. Et il est clair que les épreuves que rencontrent les époux durant leur vie, peuvent être un matériau pour consolider le mariage. Oui, les crises, même les plus graves, sont un tremplin pour un plus grand amour. Nombreux sont ceux à en avoir fait l’expérience. (…)

Après ces 3 premiers ouvrages, la sélection de la 2ème édition du Prix Quas Primas consiste en un petit bijou. Si « Quas Primas » évoque le titre d’une encyclique du Pape Pie XI et s’appuie à dire pourquoi le Christ est le Seigneur du ciel et de la terre, l’heure n’est pas venue de primer un joaillier qui aurait réalisé un diadème royal pour 2027, année des prochaines élections présidentielles. C’est pour mettre à l’honneur un bref et magnifique ouvrage sur Saint Louis, un homme touché par la grâce. Saint Louis était un saint époux, Saint Louis était un saint père de famille, Saint Louis était un saint responsable politique. (…) Saint Louis ne coupait pas sa vie en tranches, c’est parce que le Christ en était le cœur qu’il était lumineux dans les différentes facettes de son existence.”

Le cardinal Aveline a remis le prestigieux Prix Henri de Lubac au Frère Léopold-Marie de la FMND

  • Alors que l’évêque de Viviers persécute la Famille Missionnaire de Notre-Dame (FMND) en lui demandant de refuser toute nouvelle vocation, en interdisant à plusieurs religieux de prononcer leurs vœux et en refusant de célébrer plusieurs ordinations en attente
  • depuis des mois, le cardinal Aveline remet le prix Henri de Lubac à un frère de cette même communauté, la FMND.

Et quelle ironie de découvrir que le sujet de la thèse du Frère Léopold-Marie, récompensée par ce prix prestigieux et remis à l’ambassade de France près le Saint-Siège, en présence de nombreuses personnalités du monde ecclésial et universitaire, est ” la vocation religieuse et le sens de la consécration“.

Comme le précise Tribune chrétienne dans son article, “cette récompense représente également une reconnaissance du sérieux de la formation intellectuelle et spirituelle dispensée à ses membres“.

Voici quelques extraits de l’interview du frère Léopold Marie de la FMND, lauréat de ce prix, publié dans Tribune chrétienne :

Philippe Marie – Tribune Chrétienne : Votre thèse sur la consécration religieuse vient d’être récompensée par le prix Henri de Lubac. Qu’est-ce que cette distinction représente pour vous personnellement et spirituellement ?

Frere Léopold Marie :En tant que religieux, je n’oublie pas l’avertissement de saint Paul : le seul prix qui vaille la peine d’être reçu est celui de la vie éternelle ! Ceci étant, c’est bien-sûr une grande joie et un grand honneur que de voir ce travail ainsi récompensé par ce prix. À cette occasion, je ne peux qu’être rempli de gratitude pour ceux qui ont permis cette réussite. Je pense d’abord à Père Bernard et Mère Hélène, qui étaient supérieurs à l’époque de mes études romaines ; les membres de ma Famille religieuse, qui m’ont soutenu par leur prière et leur affection fraternelle, mais aussi les professeurs de l’Université pontificale de la Sainte Croix (Rome), où j’ai étudié ; et enfin aux membres du jury, qui se sont laissés interpeller par mon travail.

En quelques mots accessibles à tous, quel était le cœur de votre recherche sur la consécration religieuse ?

Nous parlons souvent de la vie consacrée, mais il est bien difficile de dire en quoi consiste cette forme particulière de consécration. Ma recherche se caractérise avant tout par le souci d’aborder la question en maintenant l’unité de la Tradition, c’est-à-dire en proposant une réflexion ancrée dans l’Écriture, qui tienne compte de l’enseignement de l’Église et de ce qui constitue sa vie : la liturgie. La plus grande partie du travail retrace le développement historique de la célébration de la profession religieuse pour comprendre ce que croit l’Église lorsqu’elle célèbre un tel acte.

Nous avons ainsi montré que l’engagement religieux ne se réduit pas à une forme de volontarisme : par la profession des vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, le religieux répond à l’appel de Dieu qui l’a appelé à tout quitter pour être uni à Lui et le servir. À ce don de soi, Dieu répond par la prière de l’Église en unissant cette offrande au sacrifice du Christ, établissant ainsi entre le Seigneur et le profès une alliance éternelle, scellée par un don spécial de l’Esprit-Saint. Pour comprendre la vie consacrée, il faudra donc toujours partir cette dimension spirituelle.

(…)

Comment percevez-vous le fait qu’après la condamnation, aujourd’hui frappée d’appel, de la FMND autour de questions liées à l’obéissance et à la consécration religieuse, votre thèse sur ce même sujet soit honorée par le prix Henri de Lubac ?

Ceux qui ont lu des articles sérieux sur le procès contre la FMND – dont les articles de Tribune chrétienne ! – savent que la question centrale est celle des exigences de la vie religieuse. Ma thèse ne fait que confirmer que nous vivons, comme tant d’autres religieux et religieuses en France et dans le monde, conformément à ce qu’enseigne l’Église. Les exigences propres à la vie consacrée ne constituent pas une atteinte à la dignité inaliénable de la personne humaine. Comme l’enseigne le concile Vatican II, c’est le contraire qui est vrai : « Que tous enfin soient persuadés que la profession des conseils évangéliques, tout en comportant renonciation à des biens qui méritent indiscutablement l’estime, ne fait cependant nullement obstacle au progrès de la personne humaine, mais au contraire, de par sa nature, lui est du plus grand profit » (Lumen gentium 46). Il n’y a donc pas de raison que la justice nous empêche de vivre notre vie religieuse !

À l’occasion du procès, on a pu aussi entendre que les membres de la communauté seraient mal formés. La remise de ce prix ne vient-elle pas démentir cette affirmation ?

En effet, la communauté a toujours eu le souci d’une formation intégrale de chaque membre. Une bonne formation ne se réduit pas à la poursuite d’études intellectuelles et à l’obtention de grades universitaires, mais la formation intellectuelle tient cependant une place importante, puisque la foi est aussi connaissance de ce que Dieu nous transmet par la Révélation. Par ailleurs, un aspect important de notre mission est de travailler à transmettre la foi, ce qui exige de bien connaître ce en quoi nous croyons. Après les trois premières années de formation initiale, qui donnent à tous une connaissance élémentaire de l’Écriture, de l’histoire de l’Église et du Catéchisme, nous poursuivons des études de philosophie et de théologie à un rythme adapté aux aptitudes de chacun. Certains d’entre nous étudient directement en université. Dans mon cas, la thèse conclut huit ans de présence à Rome, avec tout ce que cela représente en termes de contact avec la Tradition de l’Église, avec des étudiants de tous les continents et avec des professeurs de différents profils.

Plus largement, ceux qui ont une expérience académique savent que réaliser un tel travail de recherche demande de vivre dans une ambiance de vie sereine et épanouissante : je rends grâce d’avoir pu étudier dans de telles conditions, avec des responsables attentifs à l’équilibre de vie et qui ont le souci d’aider chaque membre à se forger des convictions et une véritable capacité de réflexion personnelle. Tout le contraire d’une ambiance sectaire décrite par les plaignants ou certains médias lors du procès !

Comment expliquez-vous ce paradoxe entre une certaine vision anticléricale et méfiante envers les communautés religieuses, et la reconnaissance intellectuelle et spirituelle de la valeur de la consécration religieuse à travers ce prix ?

La vie religieuse est une voie particulière de sainteté, qui a ses exigences. À l’heure où l’on a perdu le sens de l’autorité, où la soif de possession de bien matériels est exacerbée et où la jouissance apparaît pour beaucoup comme l’unique but de la vie, le témoignage de la vie consacrée comporte une dimension prophétique, qui oblige la société à s’interroger. Or, il n’est facile pour personne de se remettre en cause : il vaut mieux discréditer afin d’éviter de changer. La reconnaissance de mon travail peut encourager ceux qui veulent être fidèles et peut-être aider ceux qui ont perdu le sens de leur vocation à le retrouver. Mais ce prix est aussi un message d’espérance, comme si la société elle-même invitait les religieux à donner avec conviction leur témoignage afin de lui permettre de renouer avec l’espérance. »

La FMND et le Père Bernard, défendus par maître Triomphe et maître Gousseau, ont fait appel suite au verdict du procès du 24 mars dernier, considéré comme une quasi relaxe par ceux qui ont étudié et lu l’intégralité du verdict. La plupart des accusations sont tombées et la communauté aborde le procès en appel très sereinement pour effacer les derniers mensonges, calomnies et instrumentalisations malveillantes.

La vie chrétienne victorieuse- Christianisme versus Judaïsme & Islam

Ces questions ne sont ni secondaires ni nouvelles. Elles touchent au cœur même de la foi chrétienne et à la mission confiée à l’Église. Car le christianisme ne se définit pas d’abord par une culture, une tradition ou une morale, mais par une personne : Jésus-Christ.

Dans la perspective biblique, toute réflexion sur les relations entre le christianisme, le judaïsme et l’islam doit commencer par cette question fondamentale : qui est Jésus-Christ ?
Lorsque l’apôtre Pierre confesse : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16:16), il exprime le fondement même de la foi chrétienne. Cette confession constitue la ligne de démarcation essentielle entre le christianisme et toutes les autres religions. Le chrétien ne croit pas seulement en Dieu de manière générale ; il croit en Dieu tel qu’il s’est pleinement révélé en son Fils.

Le christianisme s’enracine profondément dans l’histoire d’Israël. Jésus est juif, les apôtres sont juifs, et les Écritures du Nouveau Testament s’inscrivent dans la continuité de l’Ancien Testament. Le christianisme ne naît pas en opposition au judaïsme, mais comme accomplissement des promesses faites aux pères. Jésus lui-même déclare qu’il n’est pas venu abolir la Loi et les prophètes, mais les accomplir.

Le judaïsme biblique repose sur la révélation divine donnée à Israël : l’alliance, la Loi, le culte et l’espérance messianique. Toutefois, le point de divergence majeur réside dans la reconnaissance de Jésus comme Messie. Le judaïsme traditionnel ne reconnaît pas en lui l’accomplissement des promesses.

Dans une perspective biblique, il est essentiel de maintenir la distinction entre Israël et l’Église. L’Église n’est jamais appelée Israël dans le Nouveau Testament. Les promesses faites à Israël ne sont ni transférées ni spiritualisées au profit de l’Église. L’apôtre Paul affirme avec force : « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11:29). Il annonce également : « Et ainsi tout Israël sera sauvé » (Romains 11:26).

Cela signifie que Dieu demeure fidèle à ses engagements envers son peuple terrestre. Israël conserve une place particulière dans le plan prophétique de Dieu, et son avenir s’inscrit dans l’accomplissement des desseins divins. Cependant, sur le plan du salut individuel, il n’existe qu’un seul chemin : la foi en Jésus-Christ. Juifs et non-Juifs sont appelés à recevoir la grâce de Dieu par le même moyen.

L’islam, apparu au VIIe siècle, se présente comme une restauration du monothéisme abrahamique. Il reconnaît certains éléments communs avec le judaïsme et le christianisme, notamment l’existence d’un Dieu unique et la figure de Jésus (Isa), considéré comme un prophète. Cependant, les divergences doctrinales sont profondes et irréductibles.
L’islam rejette catégoriquement la divinité de Christ, sa filiation divine, ainsi que sa mort sur la croix. Or, pour la foi chrétienne, ces vérités sont absolument centrales. L’Évangile repose sur ce fait historique et théologique : « Christ est mort pour nos péchés… il a été enseveli, et il est ressuscité le troisième jour » (1 Corinthiens 15:3-4).
Sans la croix, il n’y a pas de rédemption. Sans la résurrection, il n’y a pas d’espérance vivante. C’est pourquoi l’apôtre Paul peut dire : « Mais nous, nous prêchons Christ crucifié » (1 Corinthiens 1:23).

Une autre différence essentielle concerne la nature du salut. Le christianisme biblique enseigne que l’homme est perdu à cause du péché et incapable de se sauver lui-même. « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3:23). Le salut est alors présenté comme un don gratuit de la grâce divine : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi… ce n’est point par les œuvres » (Éphésiens 2:8-9).

À l’inverse, dans la perspective islamique, le salut est lié à l’obéissance religieuse et au jugement final, où les œuvres sont pesées. L’assurance du salut n’y est pas pleinement acquise. Cette différence touche au cœur même de la relation entre Dieu et l’homme.

Ainsi, bien que certaines convergences extérieures existent entre ces religions, les divergences fondamentales concernent la personne de Christ, l’œuvre de la croix et la nature du salut. Ces éléments ne sont pas périphériques : ils constituent le centre de la foi chrétienne.

Dès lors, peut-on parler d’une compatibilité doctrinale entre le christianisme et les autres religions ? La réponse biblique est claire : une telle compatibilité ne peut exister sans que l’un des systèmes abandonne ses fondements essentiels. Dire que toutes les religions mènent à Dieu revient à nier la déclaration explicite de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14:6).

Cependant, cette affirmation de vérité ne doit jamais conduire à une attitude de dureté ou de mépris. Le chrétien est appelé à refléter le caractère de son Seigneur, « plein de grâce et de vérité ». L’Écriture exhorte : « soyez toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect » (1 Pierre 3:15).

Il est donc essentiel de distinguer clairement entre les personnes et les doctrines. Les personnes doivent être respectées, aimées et considérées avec dignité. Chaque être humain est créé à l’image de Dieu. Mais les doctrines doivent être évaluées à la lumière de la Parole de Dieu.

Le dialogue interreligieux peut avoir une utilité sur le plan humain, social ou culturel. Il peut favoriser la paix, la compréhension mutuelle et le respect entre les peuples. Toutefois, il trouve ses limites dès lors qu’il prétend établir une unité spirituelle ou doctrinale entre des systèmes de croyance incompatibles.

L’Église n’a pas reçu pour mission de construire une synthèse religieuse mondiale ni de rechercher une convergence doctrinale entre les religions. Sa mission est clairement définie : « Allez par tout le monde, et prêchez l’Évangile » (Marc 16:15).

Le danger du dialogue interreligieux, lorsqu’il est mal compris, est de conduire à une dilution progressive de la vérité. Sous prétexte d’unité ou de paix, on en vient parfois à minimiser les différences essentielles, voire à les ignorer. Mais un amour qui renonce à la vérité cesse d’être un amour véritable.

Aimer son prochain ne signifie pas valider toutes les croyances. L’amour biblique consiste à désirer le salut de l’autre et à lui annoncer fidèlement l’Évangile. Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2:4).

Dans ce contexte, l’exhortation de l’apôtre Paul garde toute son actualité : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger » (2 Corinthiens 6:14). Il ne s’agit pas d’un appel à l’isolement social, mais à la vigilance spirituelle. Le croyant est appelé à vivre dans le monde sans adopter les principes qui s’opposent à la vérité de Dieu.
Ainsi, le chrétien est appelé à maintenir un équilibre spirituel délicat mais essentiel : vivre paisiblement avec tous les hommes, témoigner avec respect et douceur, tout en demeurant fermement attaché à la vérité de l’Évangile.

Dans un monde où les repères spirituels deviennent flous, cette fidélité est plus que jamais nécessaire. La tentation est grande d’adapter le message pour le rendre plus acceptable. Pourtant, l’Évangile n’a pas été confié à l’Église pour être modifié, mais pour être proclamé fidèlement.
Le christianisme demeure unique en ce qu’il annonce non pas ce que l’homme doit faire pour atteindre Dieu, mais ce que Dieu a accompli en Jésus-Christ pour sauver l’homme. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3:16).

En définitive, le dialogue interreligieux ne peut jamais remplacer le témoignage chrétien. Il peut exister comme cadre de respect et d’échange, mais il ne doit jamais devenir un espace de compromis doctrinal.

Le croyant est appelé à marcher dans la vérité et dans l’amour, sans confondre l’un et l’autre. Car la vérité sans amour devient dureté, et l’amour sans vérité devient illusion.
Que l’Église demeure donc fidèle à son appel : annoncer Jésus-Christ crucifié et ressuscité, unique Sauveur du monde, tout en manifestant la grâce, la patience et la compassion envers tous.
C’est dans cette tension féconde entre vérité et amour que se trouve le témoignage authentique du chrétien dans le monde d’aujourd’hui.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Les divins paradoxes des pèlerinages de ce WE

Ce WE, des milliers de pèlerins ont marché, vers Chartres, et vers Paris.

Portrait de pèlerins.

Quel est votre préféré ?

Celui qui fait son 44e, et celui qui fait son premier

Celui qui profite de cette invitation du Bon Dieu pour retrouver ses amis, et celui qui profite de cette invitation de ses amis pour retrouver le Bon Dieu

Celui qui croit au Ciel depuis avant même sa naissance, et celui qui y croit au dernier km le lundi

Des femmes aux vêtements sales, mais toujours élégantes et actives

Des hommes hirsutes et malodorants, mais à fond sur leur mission

Celui qui dit qu’il arrête en installant sa tente le soir, et qui dit qu’il continue en la pliant le matin

Ceux de la logistique qui s’organisent bien, pour finir vite et se reposer, mais qui aident ensuite d’autres groupes moins performants et finissent en dernier

Celui qui va aux toilettes avec urgence extrême, et celui qui y va juste pour prendre ses précautions (le premier laisse finalement son tour au 2e par esprit de sacrifice…)

Le gamin épuisé qui doit être porté pendant la journée, et qui court en jouant toute la soirée

Celui pour qui les champs de la Beauce à perte de vue sont un motif d’admiration, et celui pour qui c’est un motif d’inquiétude

Celui qui travaille mardi très tôt, et celui qui se repose toute la semaine

Des amoureux qui s’enguirlandent, et des ennemis qui se serrent la main

Ceux qui transforment des chansons du top 50 en cantiques

Celui qui a toute confiance en ses évêques, et celui qui se désespère de ses évêques

Celui qui a eu trop chaud, et celui qui a VRAIMENT eu trop chaud

Celui qui n’a plus de pieds à force de marcher, celui qui n’a plus de bras à force de manuter les sacs et les tentes

Celui qui a de bonnes chaussures, et celui qui n’a plus de chaussures

Ceux que le monde accuse le racisme, et qui donnent les meilleures places aux étrangers

Celui qui ronfle, et celui qui prie toute la nuit pour celui qui ronfle

Celui qui a N enfants, avec P enfants qui marchent vers Chartres, et N – P enfants qui marchent vers Paris, et la machine à laver qui traitera aussi bien les uns que les autres

Celui qui prie 3 jours en silence, et celui qui prie 3 jours en chantant

Celui qui déplore que Rome renie sa parole depuis « le funeste Concile », et celui qui déplore que Rome renie sa parole depuis « la funeste Encyclique » de 2021

Celui qui admire Mgr Rey, celui qui admire Mgr Lefebvre, celui qui admire les deux

Celui qui prie pour ses enfants qu’il voit chaque jour, qui déplore qu’ils s’éloignent du Bon Dieu ; et celui qui prie pour ses enfants qu’il ne voit jamais, mais qu’il sait être toujours dans l’amitié du Bon Dieu

Un manœuvre qui explique à un général comme bien balayer

Des policiers et des gendarmes surpris de ne pas être insultés mais applaudis

Le dimanche midi, à Sonchamp, des pèlerins des 2 côtés qui s’applaudissent et s’encouragent les uns les autres

Un carnet FSSPX avec des chants qui tutoient Jésus et Marie, et un carnet FSSP qui n’oublie pas ce qu’il doit à Mgr Lefebvre

Un évêque qui accueille tout en déplorant “l’abus d’autorité” d’un pélé qui promeut exclusivement la messe tradi, et un évêque qui dénonce l’abus d’autorité des clercs qui interdisent ou limitent la Messe tradi

Celui qui ne votera pas, car “tout est dans les mains du Bon Dieu”, et celui qui s’engage politiquement pour ralentir la chute

Celui qui ne plie pas sa tente tant que la phrase mythique n’a pas été prononcée par “the voice”

Celui qui aimerait que Rome soit charitable, et celui qui aimerait que Rome soit cohérente

Ceux qui ont trop de vocations, avec des dizaines de prêtres dans leurs écoles faute d’évêques qui leur confient des paroisses, et ceux qui pourraient ouvrir des dizaines de simili paroisses s’ils avaient plus de prêtres

Ceux qui aimeraient que Rome les aime davantage, et ceux qui aimeraient que Rome les aime VRAIMENT davantage

Charles Rosiers, ancien chroniqueur au quotidien Présent, charles.rosiers@gmail.com

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Madjid Messaoudene, proche du nouveau maire de Saint Denis, sera poursuivi

Grâce à l’AGRIF :

Le 18 juin 2020, sur son compte Twitter, M. Majid Messaoudene écrivait « Nous sommes antiracistes contre tous les racismes », précisant : « Sauf contre le racisme anti-blanc évidemment ».

Suite à ces propos scandaleux, M. Messaoudene sera enfin poursuivi devant la 17e Chambre du Tribunal Correctionnel de Paris, le 11 septembre prochain, pour injure publique à raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion.

Militant d’extrême-gauche et indigéniste bien connu, ancien conseiller municipal de Saint Denis (93), M. Messaoudene est un proche du nouveau maire de cette ville, M. Bally Bagayoko. En 2019, il a notamment organisé la très communautariste « marche contre l’islamophobie ».

En 2025, il était encore référencé dans une brochure, éditée pour l’Académie de Créteil, financée par la Région Ile-de-France et intitulée « Annuaire francilien des référentes et référents pour l’égalité ».

M. Messaoudene y figure en page 24 au titre de « chargé de Mission lutte contre les discriminations, égalité femme/homme, personnes porteuses de handicap » pour la ville de Stains (93).

Au regard des propos mentionnés ci-dessus, il est proprement scandaleux que le Ministère de l’Éducation nationale fasse la promotion de cette personne et que la Ville de Stains l’embauche sur un tel poste.

L’AGRIF suivra ce dossier avec la plus grande attention.

Soutenez notre action en adhérant ou en faisant un don : https://www.lagrif.fr/nous-soutenir/

Mel Gibson a terminé le tournage de la suite très attendue de « La Passion du Christ »

Mel Gibson a annoncé la fin du tournage de La Résurrection du Christ, sa suite très attendue du classique de La Passion du Christ.

Le tournage s’est achevé plus tôt que prévu. La Résurrection du Christ, qui sortira en deux parties, a été tournée pendant 134 jours à Rome et dans plusieurs autres lieux en Italie.

Mais les dates de sortie de chaque partie ont été repoussées : la première partie sortira désormais le 6 mai 2027 et la seconde le 25 mai 2028 (le jour de l’Ascension). Initialement, elles devaient sortir respectivement le Vendredi saint et le jour de l’Ascension 2027.

Gibson a souligné que « Résurrection  » est « bien plus qu’un film.

C’est une mission que je porte depuis plus de vingt ans : raconter ce que je crois être l’histoire la plus importante de l’histoire de l’humanité. » « Ce film représente une part importante de l’œuvre de ma vie, et il a exigé tout de moi en tant que cinéaste et en tant qu’artiste ».

Ce film n’a pas été exempt de controverses. Mel Gibson a décidé de remplacer tous les acteurs afin d’éviter des dépenses en effets spéciaux numériques pour le rajeunissement numérique. Jaakko Ohtonen remplace Jim Caviezel dans le rôle de Jésus-Christ, Kasia Smutniak celui de Maia Morgenstern dans celui de la Vierge Marie, et Mariela Garriga celui de Monica Bellucci dans celui de Sainte Marie-Madeleine.

Jean Madiran et les sacres de 1988

Dans cet entretien approfondi, M. Jacques-Régis du Cray, agrégé d’histoire, revient sur le rôle de Jean Madiran, figure intellectuelle majeure du catholicisme français du XXe siècle, dans le combat pour la Tradition catholique, sa proximité avec Mgr Lefebvre durant les années du concile Vatican II et de l’après-concile, puis sur la rupture de 1988 autour des consécrations épiscopales sans mandat pontifical et enfin son revirement par la suite indiquant à propos des sacres de 1988 “A l’époque je n’étais pas capable de porter un jugement. Aujourd’hui il m’est difficile de trouver qu’il ait eu tort”

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Vidéo : Offrande, Offertoire, Oblation

Dans cette vidéo nous faisons un commentaire du déroulé de l’Offertoire, il s’agit de la première partie des prières, que nous thématisons autours de l’acte d’Offrande, par opposition à la seconde, thématisée autours de la réception de cette offrande (sortie le 18 juin).

Nous commentons donc et décrivons les prières d’Oblation du pain (Suscipe sancte Pater) puis du vin (Offerimus tibi), le mélange de l’eau avec le vin (Deus qui humanae substantiae) et la prière d’Offrande de soi (In spiritu).

Cette vidéo s’inscrit dans un cycle qui s’efforce de faire un commentaire assez approfondi des prières et des gestes de l’ensemble de la messe tridentine. Il est possible de vous abonner gratuitement pour recevoir les vidéos à venir.

00:00 Introduction
00:44 Offrande mystique et physique
05:16 Oblation du Pain (Suscipe)
09:36 Oblation du VIn (Offerimus tibi)
12:00 Mélange de l’eau et du vin.
15:13 Oblation de soi (In spiritu)

Format écrit : https://laphalangeliturgique.com/publications/offertoire-offrande-oblation

Louis Djeddi
Association Tradition d’Aujourd’hui (ex Phalange Liturgique)

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Magnifica Humanitas — le regard d’un biologiste sur l’encyclique de Léon XIV

Face à l’intelligence artificielle, un biologiste médical lit l’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV — et y retrouve une inquiétude portée depuis des années.

Il arrive parfois qu’un texte ne donne pas seulement des idées, mais mette soudain des mots sur une inquiétude silencieuse que l’on porte depuis des années. En lisant Magnifica Humanitas, l’encyclique publiée le 15 mai 2026 par le pape Léon XIV, j’ai éprouvé cela avec une intensité rare.

À soixante et onze ans, après une vie passée entre les laboratoires hospitaliers, la recherche en immunologie et l’industrie du diagnostic médical, je lis ce texte moins comme un théologien que comme un homme qui a vu la médecine changer de visage. J’ai connu une époque où l’on parlait encore longuement avec les cliniciens pour discuter d’un résultat inquiétant ; où un biologiste n’était pas seulement un producteur de chiffres mais un interlocuteur engagé dans la décision. J’ai vu ensuite monter, année après année, la logique du flux, de l’optimisation, du pilotage par les données.

Je ne suis pas hostile au progrès technique. Toute ma vie professionnelle s’est construite avec lui. Les automates ont amélioré la précision analytique, réduit des erreurs parfois dramatiques. Le diagnostic moléculaire a permis des avancées extraordinaires. Il serait absurde de sombrer dans une nostalgie antimoderne.

Mais l’originalité de cette encyclique est de nous avertir qu’un seuil invisible est en train d’être franchi. L’intelligence artificielle tend à devenir davantage qu’un outil : un environnement culturel global, une matrice invisible qui prétend redéfinir ce qu’est l’homme. C’est précisément cela que Léon XIV nomme avec lucidité : la tentation technocratique de Babel, contre laquelle il oppose la figure de Néhémie reconstruisant la cité.

La tyrannie de la corrélation

Je reconnais cette tentation parce que je l’ai vue s’installer concrètement dans le monde de la santé. Elle ne commence jamais par des intentions maléfiques. Elle s’introduit sous le vocabulaire rassurant de la rationalisation, de la traçabilité, de l’aide à la décision. Puis, peu à peu, le malade réel disparaît derrière sa représentation numérique.
Le danger de l’intelligence artificielle en médecine n’est pas celui d’une machine de science-fiction qui remplacerait physiquement le praticien. Le danger est plus subtil : une habitude mentale, un réductionnisme insidieux qui consiste à regarder l’être humain comme un ensemble de probabilités calculables. Or la médecine ne se réduit pas à la prédiction. Et la vérité n’est pas un alignement de données optimales.

L’IA excelle à repérer des motifs dans des masses considérables de données ; mais corréler n’est pas comprendre. Un résultat biologique n’est jamais un être humain. Entre une valeur chiffrée et une existence charnelle demeure toujours une distance irréductible. Toute la grandeur du soin réside précisément dans cette distance.

Je me souviens encore de certains patients dont nous pensions, biologiquement parlant, qu’ils ne passeraient pas la nuit. Et pourtant ils demeuraient là, contre toute logique statistique, suspendus à une présence, une volonté, parfois une paix intérieure impossible à quantifier. J’ai vu aussi des effondrements brutaux chez des patients dont les indicateurs semblaient rassurants. Avec les années, on finit par comprendre qu’aucune accélération algorithmique ne supprimera jamais la part de mystère propre à la vie humaine.

La fragilité, condition de l’humanité

Ce que notre époque supporte de moins en moins, ce n’est pas seulement la souffrance : c’est l’imprévisibilité. Nous voulons tout anticiper, tout sécuriser, tout corriger en amont. La médecine contemporaine glisse ainsi insensiblement d’une logique du soin vers une logique de gestion du risque.

Lorsque l’existence humaine est principalement perçue sous l’angle de ses probabilités pathologiques, la tentation apparaît de sélectionner, trier, éliminer. La médecine prédictive peut prévenir des souffrances réelles, mais elle peut aussi produire une civilisation de l’angoisse génétique permanente, où des scores de risque prétendent enfermer le devenir d’un enfant dans les probabilités de son hérédité.

Toute mon expérience d’immunologiste m’a appris exactement l’inverse du rêve transhumaniste. Le vivant n’est pas une mécanique parfaite qu’il suffirait d’ajuster. Notre système immunitaire lui-même ne vit et ne se fortifie que parce qu’il accepte l’exposition au « non-soi », au risque, à l’incertitude. Une immunité totalement étanche, fermée sur elle-même au nom de la protection absolue, conduirait paradoxalement à la mort.

Ici, l’encyclique atteint une profondeur remarquable en adossant la Magnifica Humanitas au Magnificat. Face à la toute-puissance algorithmique, le pape ne propose pas une contre-performance technique, mais l’audace théologique de la vulnérabilité. Notre fragilité n’est pas un bug à corriger : elle est la condition même de notre humanité, le lieu biologique et spirituel où peuvent naître la compassion, la dépendance mutuelle, le soin donné gratuitement et l’amour.

À mon âge, après avoir accompagné tant de patients, tant de familles, tant de fins de vie, je ne crois plus au mythe de l’autonomie absolue. Les moments les plus vrais de l’existence humaine sont souvent des moments de dépendance : un vieillard qui serre une main, une famille réunie autour d’un mourant, un regard échangé dans une chambre d’hôpital à trois heures du matin. Aucune intelligence artificielle ne pourra habiter ces moments-là.

Néhémie et le « jeûne de l’IA »

Face au déterminisme prédictif qui tend à enfermer l’homme dans la boucle de ses données passées, l’espérance chrétienne agit comme une rupture de logique : elle ouvre un avenir que les calculs ne peuvent contenir. L’algorithme est un miroir du passé ; l’homme demeure une porte vers l’avenir.

Léon XIV ne cède ni au fatalisme technophile ni au catastrophisme technophobe. Il oppose à Babel la figure de Néhémie reconstruisant Jérusalem. Néhémie ne fuit pas les ruines ; il invite chacun à rebâtir la cité pierre par pierre, en confiant à chaque famille un tronçon de mur. Ce chantier est immédiat pour nous. Il suppose d’abord une ascèse morale.

L’utilisation fluide et permanente de ces technologies installe en nous un sentiment insidieux de toute-puissance. En abolissant l’effort et la confrontation à nos propres limites cognitives, la machine nous fait perdre l’humilité fondamentale de notre condition. La sagesse humaine ne naît pas du traitement instantané des données, mais d’une vérité vécue, mûrie et parfois soufferte dans la chair.

Le pape ose alors une formule magnifique : celle d’un « jeûne de l’IA ». Pour le biologiste, le jeûne évoque une mise au repos métabolique nécessaire à l’équilibre de l’organisme ; pour le croyant, il est une discipline intérieure destinée à libérer l’esprit. Ce jeûne devient aujourd’hui une nécessité anthropologique : retrouver le silence, préserver l’attention, résister à la capture permanente de la conscience par les flux numériques.

Dans le monde du soin, cette résistance prend des formes très concrètes : préserver des consultations où l’écoute du patient prime sur la saisie informatique ; défendre des fins de vie accompagnées par une présence humaine plutôt que pilotées par des protocoles de scores ; protéger des maternités où la naissance demeure un mystère accueilli et non un tri préconceptionnel.

Le Verbe fait chair, non donnée

Le christianisme affirme quelque chose de profondément scandaleux pour notre modernité technologique : la fragilité n’est pas une anomalie à effacer ; elle peut devenir un lieu de vérité. En Jésus-Christ, Dieu a sauvé l’humanité en assumant pleinement notre condition biologique, mortelle et limitée — non en l’abolissant. Le Verbe s’est fait chair : non programme, non donnée, non conscience téléchargeable.

Une société réellement humaine ne sera jamais celle qui possédera les meilleurs algorithmes prédictifs ou les serveurs les plus puissants. Ce sera celle qui continuera à reconnaître une dignité infinie à un être diminué, dépendant, désorienté ou mourant — même lorsqu’il ne produit plus rien, ne calcule plus rien, ne « sert » plus à rien.
C’est là, au fond, que se joue la question décisive soulevée par Magnifica Humanitas. Non pas : « Jusqu’où ira l’intelligence artificielle ? » Mais plutôt : « Quelle idée de l’homme voulons-nous encore sauver ? »

Illustration: Le Philosophe en méditation 1632 – musée du Louvre Rembrandt ( 1606- 1669).

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Les contradictions de politiques prétendument favorables à la famille, qui promeuvent la discrimination à l’égard de la maternité et érigent l’avortement en droit

Le pape a reçu lundi les membres de l’Intergroupe « Démographie » du Parlement européen. Evoquant la crise démographique que connaît l’Europe, le pape a déclaré :

[…] De plus, ces dernières décennies, le rejet de l’inspiration chrétienne des pères fondateurs des institutions européennes a engendré une stérilité dramatique, non seulement parce que trop d’enfants ont été privés du droit à la naissance, mais aussi parce que la transmission des outils matériels et culturels nécessaires à la jeunesse pour affronter l’avenir a été négligée. Dès lors, nous sommes fréquemment confrontés aux contradictions de politiques prétendument favorables à la famille, qui, simultanément, promeuvent la discrimination à l’égard de la maternité, érigent l’avortement en droit et sapent le fondement même du désir de fonder une famille. Heureusement, il existe aujourd’hui de belles exceptions !

Il est donc urgent d’étudier et de traiter tous ces enjeux de manière coordonnée par un large éventail d’acteurs universitaires, politiques et de la société civile. Le défi démographique représente un tournant décisif pour l’avenir anthropologique, social et économique de l’Europe. Votre implication, forte de son rayonnement transpartisan, peut jouer un rôle essentiel et constitue un forum idéal pour explorer des pistes de réflexion et générer des idées novatrices, dont l’Europe et le monde ont si désespérément besoin. Ce dialogue doit inclure non seulement les différentes institutions et gouvernements européens, mais aussi l’ensemble de la société civile, dont les chrétiens font partie intégrante.

Au cœur de ces défis pressants, et pour y apporter des solutions, se trouvent la dignité fondamentale de toute personne et le rôle de la famille dans la société. Comme le rappelait saint Jean-Paul II , la famille est « la première et irremplaçable école de la vie sociale » ( Familiaris Consortio , 43) et se fonde sur le mariage entre un homme et une femme, réalité qui unit les dimensions personnelle et publique. Dans cette perspective, vos discussions ont également pour mission de promouvoir la responsabilité partagée et le rôle actif des familles dans la vie sociale, politique et culturelle (cf.  Discours aux participants de la rencontre organisée par le CELAM, l’Académie pontificale pour la vie et l’Institut Jean-Paul II , le 19  septembre 2025). Car c’est seulement en respectant et en promouvant cette place centrale de la famille, et en appliquant le principe de subsidiarité, qu’il est possible d’éviter les deux extrêmes que sont l’interventionnisme étatique excessif et l’individualisme. […]

Lettre encyclique du Saint-Père Léon XIV Magnifica Humanitas

A lire ici.

Sur le bien commun, non négociable :

Reconnaître que chaque homme et chaque femme porte en soi une dignité inaliénable et a des droits qu’aucun pouvoir humain ne peut léser ou annuler, exige de façonner la manière dont nous vivons ensemble, nos choix économiques et politiques, ainsi que le visage concret de nos villes. De là naît le premier grand principe de la Doctrine sociale que je désire rappeler : le bien commun. Nous pouvons le décrire comme la forme sociale de la dignité reconnue à chacun. Lorsque Benoît XVI a évoqué les valeurs non négociables que l’Église doit toujours défendre, il a inclus parmi celles-ci « la promotion du bien commun ». [75] Pour un chrétien, en effet, sortir du petit monde de ses propres intérêts et s’engager, dans la mesure de ses possibilités, pour le bien commun est une valeur non négociable, tout comme l’est la promotion de la vie.

Le droit à la vie, premier des droits de l’homme :

55. Les droits de l’homme sont inviolables, car « inhérents à la personne et à sa dignité ». [67] Par conséquent, ils sont universels et inaliénables. [68] Précisément parce qu’ils sont fondés sur la dignité commune de chaque homme et de chaque femme, ils ont des conséquences pratiques et des effets juridiques, car « il serait vain de proclamer des droits, si l’on ne mettait en même temps tout en œuvre pour assurer le devoir de les respecter, par tous, partout, et pour tous ». [69] Parmi eux, le premier droit humain est le droit à la vie, de sa conception à son terme naturel, [70] sans lequel il est impossible d’exercer aucun autre droit. Lorsque ce droit fondamental est nié, comme c’est le cas pour l’avortement provoqué, pour le meurtre d’innocents et pour l’euthanasie, on se trouve face à des choix que l’Église juge gravement illicites.

La famille :

165. La famille est un bien social primordial. Fondée sur l’union stable entre un homme et une femme, elle est le premier milieu dans lequel chacun développe ses potentialités, prend conscience de sa dignité et apprend les premières formes de vérité et de bonté, en intériorisant des habitudes qui préparent à la vie sociale. [166] Première société naturelle, dotée de droits originels, la famille est la cellule fondamentale et irremplaçable de toute organisation communautaire. [167] Par conséquent, lorsque les projets politiques et les grandes décisions économiques la relèguent à un rôle marginal ou secondaire, la croissance authentique de l’ensemble du corps social s’en trouve compromise. [168]

166. La famille est toutefois un bien social fragile, qui subit de plein fouet les transformations économiques et technologiques qui bouleversent le monde du travail, et qui a besoin d’un soutien culturel, juridique et économique. L’impact dévastateur du chômage et de la précarité sur le tissu familial est bien connu. À court terme, il peut sembler avantageux de réduire le coût du travail ou de maximiser l’efficacité financière, mais à long terme, cela sape les fondements mêmes de la vie en société : tandis que l’on célèbre les succès technologiques, la structure sociale s’érode progressivement, comme sous l’effet d’un virus silencieux.

L’éducation :

143. L’école est le lieu où les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et sur la dignité de chaque personne. C’est pourquoi de nombreux parents, qui souhaitent que leurs enfants grandissent en développant des capacités relationnelles, un esprit critique et des valeurs solides, placent de grands espoirs en elle, qu’ils considèrent comme une alliée précieuse dans l’éducation de leurs enfants. Les parents ont en effet le droit primordial et inaliénable de choisir le type d’instruction et de formation à donner à leurs enfants, conformément à leurs convictions morales, culturelles et religieuses. Le monde scolaire, aujourd’hui, est confronté à des défis qui ne peuvent être reportés.

Rechercher la vérité :

237. Restons fidèles à la vérité ! En vivant inondés par un flux incessant d’informations, d’opinions et d’images, nous savons combien il est facile d’orienter les décisions et les préférences à l’aide d’algorithmes toujours plus sophistiqués. [218] Dans ce contexte, il est important de garder un cœur qui aime la vérité et désire ce qui est juste plutôt que les contenus les plus attrayants, un cœur qui recherche la sagesse plutôt que les effets immédiats. La vérité que nous ne devons pas perdre de vue est celle qui concerne Dieu et l’être humain, telle que le Christ nous l’a révélée. Il convient d’abandonner une vision individualiste et technique de l’homme, comme si la réalité n’était que de la matière à modeler en fonction d’intérêts égoïstes, tant individuels que collectifs. [219] Cultivons plutôt ce que le Pape François a défini comme un « anthropocentrisme situé », [220] qui reconnaît l’être humain comme une créature insérée dans un réseau de relations avec les autres êtres vivants et avec la création tout entière. La fidélité à la vérité exige d’intégrer les possibilités offertes par la technologie dans un cheminement de sagesse, capable de préserver à la fois la dignité de toute personne et l’avenir de notre Maison commune.

Le chant du Credo

D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:

J’ai la chance d’exercer mon service liturgique dans l’église de Santa Maria in Cappella, une église où la musique reçoit la place qui lui revient, même dans le contexte de la messe Novus Ordo (je ne veux pas entrer ici dans la polémique entre Novus et Vetus Ordo, même si j’apprécie et admire profondément ce dernier). Chaque dimanche, il est magnifique de pouvoir chanter mes propres compositions ainsi que la musique sacrée transmise par la tradition. Une place d’honneur, comme le demandent d’ailleurs les documents liturgiques si souvent cités mais si rarement appliqués, revient au chant grégorien.
Cette année, nous chantons le fameux Credo III, le plus connu parmi les différentes mélodies grégoriennes prévues pour le Credo. Les livres officiels de chant grégorien indiquent que ce Credo serait né au XVIIe siècle, c’est-à-dire à une époque non seulement très tardive, mais déjà pleinement marquée par la musique tonale plutôt que modale. D’autres situent l’origine de ce chant un siècle plus tôt. Quoi qu’il en soit, grâce à sa mélodie particulièrement accessible, cette version du Credo s’est largement diffusée et demeure aujourd’hui presque la seule encore entendue, lors des rares occasions où le Credo est chanté.
Et pourtant, il s’agit d’un chant qui ne devrait jamais être négligé, si l’on pense que le Credo est né au IVe siècle précisément pour affirmer la vérité de la foi chrétienne à une époque où de nombreuses hérésies se répandaient. Quand on observe notre époque, on comprend que la situation n’est finalement pas si différente.
Certains me diront : « Mais le Credo est récité tous les dimanches. » Malheureusement, cette remarque est souvent faite par ceux qui ne comprennent pas la différence entre réciter simplement et chanter. Le chant ajoute énormément à l’expérience que nous faisons des textes liturgiques ; il permet à ceux-ci de pénétrer l’âme avec davantage de force et de profondeur.
Malheureusement, l’incapacité à comprendre cela a conduit aux choix désastreux que nous rencontrons encore dans trop de nos églises. On ne comprend pas que toute musique n’est pas adaptée à l’usage liturgique et que certains types de musique peuvent même être nuisibles. Telle a été la tragédie de la musique liturgique au cours des dernières décennies : on est passé d’une musique de type commercial à une musique sentimentaliste, une musique qui ne fait qu’affaiblir la vertu chrétienne au lieu de la fortifier et de l’élever. Et malheureusement, aucune issue ne semble se dessiner ; nous paraissons condamnés à mourir de mièvrerie et de sentimentalité.
Mon expérience du chant du Credo chaque dimanche est véritablement puissante. Il est magnifique de s’unir dans le chant à travers une langue super partes et véritablement inclusive, car même ceux qui ne sont pas italiens peuvent se joindre à nous pour professer l’unique foi. Il est beau que cette union puisse exister non seulement dans l’espace géographique, mais aussi dans le temps, en communion avec tous ceux qui, au fil des siècles, ont professé leur foi à travers ces mélodies.
Je ne crois pas valable l’argument de ceux qui considèrent la langue latine comme un obstacle, car de toute façon tout le monde connaît le texte du Credo. D’ailleurs, le latin ne devrait pas être vu comme un obstacle, mais plutôt comme une opportunité de communiquer les grandes et belles vérités de notre foi.
Tout le monde peut percevoir l’immense différence qu’apporte un chant bien exécuté dans la liturgie — une différence volontairement sous-estimée et qui nous a conduits à la triste situation actuelle.

Les âmes disponibles : quand le djihadisme recrute dans les ruines de la transmission

Il faut parfois se méfier des explications trop faciles. Elles rassurent plus qu’elles n’éclairent. Le terrorisme islamiste, en France, n’est pas seulement une affaire d’immigration, de banlieues, de misère sociale ou de géopolitique proche-orientale. Il a aussi recruté, et parfois très tôt, parmi des Français issus de familles non musulmanes, souvent de culture chrétienne, parfois catholiques par héritage, devenus musulmans avant de basculer vers le djihadisme.

Cette réalité est dérangeante parce qu’elle oblige à regarder ailleurs que là où les discours habituels nous invitent à regarder. Elle ne permet pas de dire que les convertis à l’islam seraient naturellement suspects. Mais elle oblige à poser une question plus profonde : pourquoi certains Français, nés dans un pays anciennement chrétien, parfois dans des familles paisibles, parfois dans des provinces tranquilles, ont-ils trouvé dans l’islam radical une réponse plus forte que tout ce que leur monde d’origine leur avait transmis ?

Les noms sont connus. Christophe Caze et Lionel Dumont, au cœur du gang de Roubaix dans les années 1990. David Vallat, passé par les réseaux afghans et algériens avant de revenir de cette dérive. Fabien et Jean-Michel Clain, Français convertis devenus des figures de la propagande de Daech, jusqu’à la revendication des attentats du 13 novembre. Thomas Barnouin, converti d’Albi, passé par les réseaux salafistes toulousains et devenu cadre religieux de l’État islamique. Maxime Hauchard, jeune Normand apparemment sans histoire, parti devenir bourreau en Syrie. Mickaël Dos Santos, fils d’immigrés portugais, radicalisé au lycée. David Drugeon, Breton converti, artificier du djihad international. Les frères Moreau, adoptés, passés par la délinquance, la prison et la Syrie. Les frères Bons, convertis eux aussi, dont l’un mourra dans une attaque-suicide. Émilie König, Bretonne convertie, devenue recruteuse et propagandiste de Daech.

Ces trajectoires ne sont pas identiques. Certaines passent par la prison, d’autres par la mosquée, d’autres par Internet, d’autres par des réseaux familiaux ou amicaux. Certaines relèvent de la délinquance, d’autres d’une quête religieuse devenue folle, d’autres encore d’une fascination morbide pour la guerre et la pureté. Il n’y a pas de profil unique. Mais il existe une musique commune : rupture, quête, vide, besoin d’appartenance, désir de purification, recherche d’un ordre plus fort que soi.

C’est ici que le regard chrétien peut apporter quelque chose de décisif. Car ces jeunes n’ont pas seulement manqué d’information. Ils ont manqué de transmission. Ils n’ont pas seulement été séduits par une idéologie ; ils ont été trouvés disponibles. Disponibles parce que le monde d’où ils venaient ne savait plus leur parler du bien, du mal, du salut, de la faute, du pardon, du sacrifice, de la paternité, de la mort, de l’éternité. Disponibles parce qu’on avait cru qu’une vie pouvait être remplie par un travail, un ballon de foot, quelques sorties, un téléphone, un abonnement Netflix et le vague catéchisme républicain du “vivre-ensemble”.

Les reportages sur ces cas sont presque toujours écrits dans le même étonnement naïf : “C’était un garçon normal.” “Il jouait au foot.” “Il travaillait au McDo.” “Ses parents ne comprennent pas.” Comme si jouer au foot suffisait à nourrir une âme. Comme si avoir un petit emploi, une chambre, des loisirs et des copains empêchait un jeune homme d’être intérieurement vide. Comme si l’apparence de normalité disait quelque chose de la profondeur d’une vie.

Or le cœur humain ne se nourrit pas seulement de confort. Il a besoin d’une raison de vivre. Il a besoin d’un récit. Il a besoin d’une filiation. Il a besoin d’une loi intérieure. Il a besoin de se savoir attendu quelque part. Lorsque ces besoins ne sont pas assumés par la famille, l’école, la nation, l’Église, ils ne disparaissent pas. Ils deviennent des failles ouvertes.

L’islam radical sait entrer par ces failles. Il ne commence pas toujours par la violence. Il commence souvent par la fraternité, la discipline, la rupture avec l’ancienne vie, la promesse de devenir pur, l’idée que tout peut recommencer. Il donne des frères à celui qui se croyait seul. Il donne une loi à celui qui vivait dans le flottement. Il donne une mission à celui qui ne voyait aucun horizon. Il donne des ennemis à celui qui ne savait pas nommer sa colère. Il donne même une forme de dignité à celui qui se méprisait.

C’est cela qui est terrible : la première prise n’est pas toujours brutale. Elle peut être douce, enveloppante, presque charitable en apparence. On accueille, on entoure, on explique, on corrige, on sépare peu à peu du monde ancien. Puis vient le durcissement. Le converti, souvent, veut prouver qu’il est plus sincère que les autres. N’ayant pas reçu l’islam comme héritage familial, il le reçoit comme rupture totale. Il peut devenir plus zélé, plus rigide, plus impatient. Sa conversion n’est plus seulement religieuse : elle devient revanche, purification, nouvelle naissance.

Il faut aussi avoir le courage de le dire : l’islam populaire de conversion agit souvent par une argumentation très émotionnelle. Il promet la simplicité absolue : un Dieu unique, un Livre parfait, un Prophète modèle, une loi claire, une communauté mondiale. Pour un esprit blessé, peu formé, assoiffé de certitudes, cette simplicité apparente est redoutable. Elle donne l’impression d’une évidence. Mais dès qu’on entre dans l’examen historique et critique sérieux des origines de l’islam, du Coran, des traditions, de la figure de Mahomet, des hadiths, de La Mecque, de la fixation des textes, cette évidence se fissure. L’édifice est beaucoup moins solide qu’il ne le prétend.

Le drame est que le jeune converti fragile ne rencontre presque jamais cette critique. Il ne rencontre pas d’abord un historien, un théologien, un prêtre formé, un chrétien capable de répondre. Il rencontre des hommes qui lui disent : viens, prie, change de vie, quitte tes péchés, rejoins tes frères. Face à cela, notre Occident matérialiste ne sait souvent opposer que des abstractions. Et notre catholicisme, lorsqu’il n’est plus missionnaire, ne sait parfois opposer qu’un sourire gêné.

C’est peut-être là notre honte. Le christianisme avait tout pour répondre à ces faims. Il sait parler de la faute sans désespérer du pécheur. Il sait proposer une ascèse sans abolir la liberté. Il sait offrir une communauté sans dissoudre la personne. Il sait donner des frères sans fabriquer une meute. Il sait donner des martyrs sans fabriquer des assassins. Il sait transformer la violence en combat intérieur, la honte en repentir, la chute en relèvement. Mais encore faut-il qu’il soit annoncé comme une vérité forte, et non comme une vague morale humanitaire.

Le djihadisme français des convertis raconte donc deux histoires à la fois. Il raconte l’histoire de réseaux islamiques qui ont su capter des êtres fragiles, parfois délinquants, parfois simplement vides, parfois intelligents mais désorientés. Mais il raconte aussi l’histoire d’un pays qui ne transmet plus assez pour retenir ses enfants. Une France où des jeunes issus de familles chrétiennes, ou anciennement chrétiennes, peuvent grandir sans recevoir le moindre viatique spirituel sérieux. Une France où des parents aiment parfois leurs enfants, mais ne savent plus quoi leur donner d’autre que de la sécurité, des études, des loisirs et des conseils pratiques.

On dira que tous les parents ne peuvent pas tout. C’est vrai. Beaucoup ont été sidérés, dépassés, sincèrement aimants. Certains n’ont rien vu venir. D’autres ont essayé trop tard. Il ne s’agit pas de les accabler. Mais il faut bien constater qu’une société qui ne transmet plus produit des âmes disponibles. Disponibles pour la tristesse, pour le cynisme, pour la drogue, pour la pornographie, pour la violence, et parfois pour une religion de rupture qui vient offrir, sous une forme mensongère, ce que le monde moderne ne donne plus : une totalité.

C’est pourquoi il serait trop court de ne voir dans ces convertis djihadistes que des monstres. Ils le deviennent parfois, et leurs crimes doivent être nommés sans faiblesse. Mais avant d’être des monstres, beaucoup furent des êtres creux, mal aimés, mal transmis, mal armés. Des enfants d’un monde qui ne savait plus leur parler du ciel, et qui s’est étonné ensuite qu’ils aillent chercher un faux ciel ailleurs.

La leçon est cruelle. Quand une civilisation ne transmet plus la foi, elle ne fabrique pas des esprits neutres. Elle fabrique des orphelins métaphysiques. Et les orphelins, un jour ou l’autre, cherchent une famille.

Parfois, ce sont les pires familles qui les adoptent.

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Quand l’islam parlait encore la langue des hérésies chrétiennes

Saint Jean Damascène, au VIIIe siècle, ne classe pas l’islam comme une grande religion séparée, au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Dans son traité sur les hérésies, il parle de la « superstition des Ismaélites » et la range dans la continuité des erreurs religieuses déjà connues du monde chrétien. Le point est capital. Pour un chrétien oriental vivant sous domination musulmane, l’islam n’apparaît pas d’abord comme une religion radicalement étrangère, mais comme une doctrine postchrétienne : elle parle d’Abraham, de Moïse, de Jésus, de Marie, de l’Évangile, du Jugement dernier, des anges et du paradis ; mais elle retourne, déforme ou nie les dogmes centraux de la foi chrétienne.

Cette observation ne signifie pas que l’islam serait simplement une « secte chrétienne » au sens strict. L’islam est devenu une religion propre, avec son livre, sa loi, son prophète, sa liturgie, son droit et sa civilisation. Mais elle signifie que ses origines doctrinales se comprennent mal si l’on oublie le monde dans lequel le Coran apparaît : l’Antiquité tardive, saturée de judaïsmes, de christianismes orientaux, de querelles christologiques, de traditions syriaques, d’apocalypses, d’évangiles apocryphes et de groupes hétérodoxes.

Le Coran n’émerge pas dans un vide religieux. Il intervient dans un Proche-Orient déjà chrétien, juif, judéo-chrétien, impérial, polémique, théologique. Il reprend des matériaux bibliques, mais souvent sous une forme transformée. Il connaît Jésus, mais refuse qu’il soit Dieu. Il honore Marie, mais la place dans un récit qui n’est plus celui de l’Église. Il évoque l’Évangile, mais ne reconnaît pas les Évangiles. Il parle de la Croix, mais nie la Crucifixion. Il conserve des fragments de mémoire chrétienne, mais les réorganise contre la foi chrétienne elle-même.

C’est pourquoi la question mérite d’être posée calmement : quels éléments du Coran et de la tradition musulmane rappellent des hérésies chrétiennes ou des textes apocryphes ? Et pourquoi l’Église les a-t-elle rejetés ?

1. Jésus prophète, mais non Dieu : l’écho des christologies anti-nicéennes

Le premier point est le plus fondamental. Le Coran reconnaît Jésus comme Messie, fils de Marie, envoyé de Dieu, Parole venant de Dieu et Esprit venant de lui. Mais il refuse catégoriquement qu’il soit Fils de Dieu au sens chrétien. Il refuse sa divinité. Il refuse l’Incarnation au sens propre. Jésus est immense, mais il reste créature. Il est prophète, non Verbe éternel.

Ce schéma rappelle certaines christologies anciennes que l’Église a combattues dès les premiers siècles : l’ébionisme, certains adoptionismes, puis plus largement toutes les formes de refus de la divinité pleine du Christ. Les ébionites, par exemple, voyaient en Jésus un envoyé exceptionnel, mais non Dieu fait homme. Ils restaient attachés à une forme de judéo-christianisme légaliste, dans lequel Jésus était davantage le prophète messianique d’Israël que le Fils éternel du Père.

Or l’Église a rejeté cette réduction très tôt. Le concile de Nicée, en 325, affirme que le Fils est « consubstantiel » au Père. Le Christ n’est pas une créature supérieure. Il n’est pas le premier des prophètes. Il n’est pas un ange, ni un intermédiaire créé, ni un simple homme inspiré. Il est « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Le concile de Constantinople, en 381, puis celui de Chalcédoine, en 451, préciseront encore cette foi : Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme.

C’est précisément ce que l’islam refuse. Il ne se contente pas de proposer une autre spiritualité. Il nie le cœur du christianisme : Dieu s’est fait homme pour sauver l’homme.

2. La négation de la Croix : un parfum de docétisme

Le second point est encore plus décisif. Le Coran affirme que Jésus n’a pas réellement été tué ni crucifié. Le texte dit que cela leur a « semblé » ainsi. Cette formule a donné lieu, dans la tradition musulmane, à différentes interprétations : certains pensent qu’un autre homme aurait été crucifié à la place de Jésus ; d’autres que Dieu aurait simplement sauvé Jésus de la mort ; d’autres encore que la Crucifixion fut apparente, mais non réelle.

Dans tous les cas, la conséquence est la même : la Croix est vidée de sa réalité salvifique. Jésus n’a pas vraiment versé son sang. Il n’a pas vraiment offert sa vie. Il n’a pas vraiment traversé la mort pour la vaincre.

Ce motif rappelle le docétisme, l’une des plus anciennes erreurs combattues par l’Église. Le docétisme prétendait que le Christ n’avait eu qu’une apparence de corps, ou qu’il n’avait souffert qu’en apparence. Pour les docètes, il était indigne du divin de passer réellement par la chair, la souffrance, l’humiliation et la mort.

L’Église a rejeté cela avec la plus grande fermeté, car si le Christ n’est pas vraiment mort, il n’a pas vraiment sauvé. Si la Passion est un théâtre, la Rédemption est une illusion. Toute la foi chrétienne repose sur la réalité de cette phrase : « Il a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli. »

L’islam honore Jésus en apparence, mais il lui retire son acte central. Il garde le prophète, mais supprime le Crucifié. Il conserve le nom du Messie, mais refuse le mystère du salut.

3. La Trinité incomprise : une polémique contre un christianisme déformé

Le Coran polémique fortement contre l’idée que Dieu serait « trois ». Il refuse la filiation divine du Christ et semble parfois viser une conception grossière de la Trinité, comme si les chrétiens adoraient Dieu, Jésus et Marie.

C’est là un point très troublant. L’Église n’a jamais enseigné que Marie serait une personne divine. La Trinité chrétienne n’est pas composée de Dieu, Jésus et Marie, mais du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Marie est Mère de Dieu, non parce qu’elle serait divine, mais parce que celui qu’elle enfante est Dieu incarné.

Certains auteurs ont rapproché la polémique coranique d’anciennes déviations mariales, notamment les collyridiens, groupe mentionné par Épiphane de Salamine, qui auraient rendu à Marie un culte excessif. Mais il faut rester prudent : l’importance historique de ce groupe est discutée. Il est possible aussi que le Coran réponde à une caricature polémique du christianisme, ou à des formes populaires mal contrôlées de dévotion mariale.

Quoi qu’il en soit, du point de vue chrétien, la réponse est claire : l’Église rejette à la fois le trithéisme et la divinisation de Marie. Elle affirme un seul Dieu en trois personnes. Elle confesse Marie comme Theotokos, Mère de Dieu, selon le concile d’Éphèse en 431, précisément pour protéger la vérité sur le Christ : celui qui naît d’elle n’est pas un simple homme habité par Dieu, mais le Verbe fait chair.

L’islam croit réfuter la Trinité, mais il semble souvent viser une Trinité que l’Église ne professe pas.

4. Le refus du péché originel : une religion de la loi plus que de la grâce

L’islam ne reprend pas la doctrine chrétienne du péché originel. Adam faute, mais il n’y a pas, dans l’islam classique, cette blessure transmise à toute l’humanité, cette condition déchue dont l’homme ne peut être sauvé que par la grâce du Christ.

Ce point rapproche l’islam, par analogie, de certaines erreurs pélagiennes. Le pélagianisme, combattu par saint Augustin et condamné notamment au concile de Carthage en 418, minimisait les effets de la chute et la nécessité de la grâce. L’homme pouvait, en quelque sorte, accomplir la volonté divine par son effort moral.

Le christianisme affirme au contraire que l’homme n’est pas seulement ignorant : il est blessé. Il n’a pas seulement besoin d’une loi : il a besoin d’un Sauveur. Il n’a pas seulement besoin d’obéir : il a besoin d’être recréé par la grâce.

Là encore, l’écart est immense. L’islam est une religion de révélation, de loi, de soumission et d’obéissance. Le christianisme est une religion de rédemption. Dieu ne se contente pas d’envoyer un livre : il vient lui-même chercher l’homme perdu.

5. Jésus parlant au berceau : le monde des évangiles de l’enfance

Le Coran raconte que Jésus parle dès le berceau pour défendre sa mère et annoncer sa mission. Ce motif ne vient pas des Évangiles canoniques. Il appartient plutôt au climat des évangiles apocryphes de l’enfance, ces textes tardifs qui cherchent à combler le silence des Évangiles sur les premières années de Jésus.

Les Évangiles canoniques sont très sobres. Matthieu et Luc parlent de la naissance et de l’enfance du Christ, mais avec une retenue théologique profonde. Marc et Jean commencent autrement. Les apocryphes, eux, multiplient les scènes merveilleuses : paroles précoces, prodiges enfantins, miracles spectaculaires.

Pourquoi l’Église ne les a-t-elle pas reçus comme canoniques ? Non parce que tout y serait nécessairement impie ou absurde, mais parce qu’ils ne possèdent pas l’autorité apostolique, la sobriété doctrinale et la réception ecclésiale des quatre Évangiles. Ils relèvent souvent d’une imagination pieuse tardive, parfois belle, parfois étrange, parfois théologiquement douteuse.

Le Coran reprend certains de ces motifs, mais en les insérant dans sa propre théologie : Jésus devient un signe de Dieu, un prophète miraculeux, mais non le Fils éternel.

6. Les oiseaux d’argile : un emprunt apocryphe très net

L’un des parallèles les plus frappants concerne l’épisode des oiseaux d’argile. Le Coran dit que Jésus façonne un oiseau avec de l’argile, souffle dessus, et que l’oiseau devient vivant par permission de Dieu.

Ce récit se retrouve dans l’Évangile de l’enfance selon Thomas : l’enfant Jésus modèle des oiseaux d’argile, puis leur donne vie. Le parallèle est trop précis pour être négligé. Nous sommes ici dans un cas très clair de tradition apocryphe reprise ou réélaborée.

Pourquoi l’Église a-t-elle rejeté ce type de récit du canon ? Parce qu’il présente souvent un Jésus enfant prodigieux, spectaculaire, parfois presque capricieux, très différent de la majesté simple des Évangiles canoniques. Dans les Évangiles reçus par l’Église, les miracles ne sont pas des tours merveilleux. Ils sont des signes du Royaume, liés à la foi, à la guérison, au pardon, à la manifestation progressive de l’identité du Christ.

Le Coran conserve le prodige, mais en change le sens : Jésus n’agit jamais comme Dieu ; il agit seulement « par permission de Dieu ». Le miracle devient donc paradoxal : il signale une puissance extraordinaire, mais il sert aussi à nier la divinité de celui qui l’accomplit.

7. Marie au Temple : le Protévangile de Jacques

Le Coran raconte que Marie est confiée à Zacharie, que des hommes tirent au sort pour savoir qui la prendra en charge, et qu’elle reçoit auprès d’elle une nourriture miraculeuse. Ces éléments rappellent très fortement le Protévangile de Jacques, texte apocryphe chrétien du IIe siècle.

Ce texte raconte la naissance de Marie, sa consécration, sa présentation au Temple, son éducation dans un cadre sacré, puis le choix de Joseph comme gardien. Il a eu une grande influence sur l’imaginaire chrétien oriental et occidental. Certaines traditions issues de ce milieu ont nourri durablement la piété chrétienne, comme les noms d’Anne et Joachim ou la Présentation de Marie au Temple.

Mais le Protévangile de Jacques n’est pas canonique. Il n’est pas reçu comme Écriture inspirée. Il est tardif, pseudonyme, et son récit ne relève pas du témoignage apostolique direct.

C’est un point important : l’Église peut parfois retenir une mémoire pieuse sans canoniser le texte qui la transmet. Elle peut intégrer une tradition liturgique ou spirituelle tout en refusant de la placer au même rang que l’Évangile.

L’islam, lui, reprend certains de ces matériaux dans un nouveau récit sacré, mais en les détachant de la foi de l’Église.

8. Marie, le palmier et l’eau : un motif apocryphe déplacé

Dans la sourate consacrée à Marie, celle-ci accouche près d’un palmier. Elle reçoit l’ordre de secouer le tronc pour en faire tomber des dattes, et une eau lui est donnée. Ce récit ne se trouve pas dans les Évangiles canoniques.

Il rappelle un épisode du Pseudo-Matthieu, texte apocryphe latin, où la Sainte Famille, pendant la fuite en Égypte, trouve un palmier. Marie désire ses fruits ; l’enfant Jésus commande alors au palmier de s’incliner, puis une source jaillit.

Le Coran semble reprendre le motif, mais le déplace : ce qui appartenait à la fuite en Égypte est replacé au moment de la naissance de Jésus. Cela montre bien que nous sommes dans un monde de traditions circulantes, reprises, déplacées, transformées.

Pourquoi l’Église ne canonise-t-elle pas ce récit ? Toujours pour la même raison : il ne relève pas du témoignage apostolique normatif. Il peut avoir une valeur poétique ou dévotionnelle, mais il ne fonde pas la foi.

9. Les Dormants de la caverne : une légende chrétienne islamisée

La sourate 18 raconte l’histoire de jeunes gens endormis dans une caverne, protégés par Dieu, puis réveillés après une longue période. Ce récit reprend très vraisemblablement la légende chrétienne des Sept Dormants d’Éphèse.

Dans la version chrétienne, de jeunes croyants persécutés sous l’empereur Dèce se réfugient dans une grotte, s’endorment miraculeusement, puis se réveillent bien plus tard, devenant un signe de la résurrection des morts.

Ce n’est pas une hérésie. C’est une légende hagiographique. L’Église ne l’a pas reçue comme doctrine révélée, mais elle a pu la conserver comme récit édifiant. Le Coran, lui, l’intègre dans son propre dispositif de révélation, comme preuve de la puissance divine.

Ici encore, l’islam n’invente pas à partir de rien. Il reprend une mémoire chrétienne populaire et lui donne une nouvelle fonction.

Dhû l-Qarnayn, Gog et Magog : Alexandre dans l’imaginaire apocalyptique

Toujours dans la sourate 18 apparaît Dhû l-Qarnayn, le « Bicornu », personnage voyageur et puissant, qui atteint les confins du monde et construit une barrière contre Gog et Magog.

Beaucoup de chercheurs rapprochent ce passage des légendes chrétiennes et syriaques autour d’Alexandre le Grand. Dans l’Antiquité tardive, Alexandre n’est pas seulement un conquérant historique ; il devient un héros cosmique, voyageur des extrémités du monde, parfois intégré à des récits apocalyptiques.

L’Église ne reçoit évidemment pas ces légendes comme révélation. Elles appartiennent à l’imaginaire religieux et politique de l’époque. Mais leur présence dans le Coran montre, une fois de plus, que celui-ci dialogue avec des matériaux déjà formés : légendes impériales, traditions bibliques, récits apocalyptiques, motifs syriaques.

10. La table descendue du ciel : une Eucharistie défigurée ?

La sourate 5 raconte que les disciples demandent à Jésus de faire descendre du ciel une table servie. Le récit évoque à la fois la manne, le banquet céleste, les repas sacrés, et peut-être une mémoire transformée de la Cène ou de l’Eucharistie.

Mais le sens chrétien est profondément modifié. Dans l’Évangile, le repas du Seigneur est inséparable de la Passion : « Ceci est mon corps livré pour vous », « ceci est mon sang versé pour vous ». L’Eucharistie n’est pas un simple prodige alimentaire venu du ciel. Elle est le sacrement du sacrifice du Christ.

Dans le Coran, la table devient un signe probatoire : les disciples veulent voir un miracle pour être rassurés. On passe du mystère eucharistique au signe spectaculaire. La Croix ayant été niée, le repas perd son cœur.

L’Église ne peut évidemment pas reconnaître cette relecture. Sans Passion réelle, sans sacrifice réel, sans Corps livré, il n’y a plus d’Eucharistie chrétienne.

11. Le moine Bahira : la validation chrétienne fabriquée

Dans la tradition musulmane, la Sîra raconte qu’un moine chrétien nommé Bahira aurait reconnu en Muhammad, encore jeune, les signes d’un futur prophète. Cette scène est absente de la tradition chrétienne reconnue. Elle fonctionne surtout comme un dispositif apologétique : un chrétien authentifierait d’avance la mission de Muhammad.

Mais du point de vue de l’Église, cette reconnaissance est impossible. Aucun concile, aucun Père, aucune tradition apostolique ne reçoit Muhammad comme prophète attendu. Le Nouveau Testament annonce le retour du Christ, non l’arrivée d’un prophète postérieur corrigeant la foi chrétienne.

L’épisode de Bahira appartient donc à la construction musulmane d’une légitimité. Il permet de dire : le christianisme véritable aurait reconnu Muhammad, mais les chrétiens ultérieurs l’auraient refusé. C’est un argument de substitution, pas une mémoire ecclésiale.

12. Le voyage nocturne et l’ascension : les apocalypses recyclées

La tradition musulmane développe le récit du voyage nocturne et de l’ascension céleste de Muhammad. Le prophète traverse les cieux, rencontre des prophètes, contemple des réalités célestes, reçoit des prescriptions.

Ce type de récit appartient à un imaginaire religieux bien connu : celui des apocalypses juives et chrétiennes. L’Antiquité tardive connaît de nombreux textes de voyages célestes : visions du paradis, de l’enfer, des anges, des châtiments, des sphères célestes. On pense à l’Ascension d’Isaïe, aux traditions d’Hénoch, à l’Apocalypse de Pierre, à l’Apocalypse de Paul.

L’Église reconnaît bien sûr la réalité du ciel, du jugement, des anges, de l’enfer et du paradis. Mais elle n’a pas canonisé ces récits visionnaires tardifs lorsqu’ils étaient pseudonymes, incertains ou doctrinalement instables. Là encore, l’islam reprend un genre religieux existant, mais pour l’organiser autour de Muhammad.

13. Jésus à la fin des temps : le Christ retourné contre la Croix

Dans les hadiths, Jésus revient à la fin des temps. Mais il ne revient pas comme le Christ glorieux confessé par l’Église. Il revient pour briser la Croix, tuer le porc, abolir la jizya, combattre le Dajjâl et confirmer l’islam.

C’est l’un des retournements les plus frappants. L’islam reprend l’attente chrétienne du retour du Christ, mais en inverse le sens. Jésus ne revient plus pour manifester définitivement la vérité de sa Passion et de sa Résurrection ; il revient pour corriger les chrétiens et détruire le signe même de leur foi.

Du point de vue chrétien, cela est inacceptable. Le Christ ne peut pas revenir pour abolir la Croix. La Croix n’est pas un malentendu, une erreur de disciples, une superstition idolâtre. Elle est le trône paradoxal du Roi, le lieu du salut, la victoire de Dieu sous les apparences de l’échec.

Le Jésus islamique de la fin des temps est donc une figure profondément anti-christologique : il porte le nom de Jésus, mais il dément le mystère du Christ.

14. Le Dajjâl : l’Antichrist dans un autre système

La tradition musulmane du Dajjâl reprend un thème apocalyptique proche de celui de l’Antichrist : imposteur final, trompeur, adversaire de Dieu, séducteur des hommes à la fin des temps.

Le christianisme connaît aussi cette figure de l’ultime tromperie. Mais, dans la foi chrétienne, le centre de l’eschatologie est le retour glorieux du Christ Seigneur. L’Antichrist est vaincu par celui qui a déjà vaincu le mal par sa Croix et sa Résurrection.

Dans l’islam, le schéma est déplacé. Jésus intervient, mais comme prophète musulman. Là encore, des matériaux chrétiens sont conservés, mais subordonnés à une théologie qui refuse le cœur du christianisme.

15. Le tahrîf : l’accusation de falsification des Écritures

Enfin, la tradition musulmane développe l’idée que les juifs et les chrétiens auraient falsifié leurs Écritures. Cette doctrine du tahrîf devient indispensable pour expliquer un problème évident : la Bible ne dit pas ce que le Coran affirme. Les Évangiles annoncent un Christ crucifié, ressuscité, Fils de Dieu, Seigneur et Sauveur. Le Coran affirme autre chose.

La solution musulmane consiste donc à dire : les Écritures antérieures étaient vraies, mais elles ont été altérées ou mal interprétées.

L’Église rejette cette accusation. Elle affirme avoir reçu, transmis, lu, prié, canonisé et gardé les Écritures apostoliques. Les quatre Évangiles ne sont pas des inventions tardives destinées à trahir Jésus. Ils sont le témoignage normatif de la foi apostolique. Toute la tradition chrétienne primitive, liturgique, patristique et conciliaire atteste le Christ crucifié et ressuscité.

Il est d’ailleurs historiquement difficile de soutenir que le christianisme aurait massivement falsifié ses textes avant l’islam, puis que cette falsification aurait été acceptée partout, dans des Églises séparées, parlant des langues différentes, souvent persécutées, parfois rivales, mais confessant toutes le Christ crucifié et ressuscité.

Une contre-christologie

Que faut-il conclure ? Il serait trop simple de dire : « l’islam a copié les apocryphes ». Il serait plus juste de dire que le Coran et la tradition musulmane baignent dans un vaste réservoir de traditions bibliques, apocryphes, syriaques, judéo-chrétiennes et hétérodoxes. Ils reprennent des éléments dispersés, les simplifient, les déplacent, les réorganisent, puis les mettent au service d’une nouvelle doctrine.

Cette doctrine a une cohérence propre. Mais, du point de vue chrétien, elle se construit comme une contre-christologie.

– Elle garde Jésus, mais lui retire sa divinité.
– Elle garde Marie, mais la détache de l’Incarnation.
– Elle garde l’Évangile, mais récuse les Évangiles.
– Elle garde la fin des temps, mais retourne le retour du Christ contre la Croix.
– Elle garde le miracle, mais supprime le salut.
– Elle garde le prophète, mais refuse le Fils.

C’est pourquoi Jean Damascène avait vu quelque chose d’essentiel. L’islam n’est pas seulement une religion extérieure au christianisme. Il est aussi, pour une conscience chrétienne, une immense réécriture du christianisme contre lui-même. Il parle la langue biblique, mais il refuse la grammaire de l’Incarnation. Il honore Jésus, mais il nie ce pour quoi les martyrs sont morts, ce que les conciles ont défini, ce que l’Église chante à chaque messe : le Verbe s’est fait chair, il a été crucifié pour nous, il est ressuscité, et il reviendra dans la gloire.

Voilà le cœur du désaccord. Et il ne peut être dissipé par les politesses du dialogue interreligieux.

Le christianisme ne reproche pas d’abord à l’islam de ne pas assez admirer Jésus. Il lui reproche de l’admirer en refusant son mystère. Il lui reproche de sauver le prophète en supprimant le Sauveur. Il lui reproche de parler du Messie en écartant la Croix.

Or, sans la Croix, il n’y a plus d’Évangile. Et sans l’Incarnation, il n’y a plus de christianisme.

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Nicole Dron : relire une expérience de mort imminente à la lumière de la foi catholique

Les expériences de mort imminente fascinent notre époque. Elles fascinent d’autant plus qu’elles semblent répondre, de manière immédiate, à ce que la modernité a rendu incertain : la mort est-elle un mur ou un passage ? Sommes-nous seulement notre corps biologique ? Notre vie a-t-elle un sens ? Serons-nous jugés ? Reverrons-nous ceux que nous avons aimés ?

Parmi les témoignages français les plus connus, celui de Nicole Dron occupe une place particulière. En 1968, trois semaines après la naissance de son second enfant, elle subit une très grave hémorragie au cours d’une opération ; son cœur s’arrête, dit-elle, pendant environ quarante-cinq secondes avec électrocardiogramme plat. Elle raconte alors une expérience de sortie du corps, de ténèbres, puis de lumière, qui a bouleversé toute sa vie.

Il faut d’abord le dire simplement : un témoignage privé, aussi impressionnant soit-il, n’est pas un Évangile supplémentaire. L’Église rappelle que les révélations privées, même lorsqu’elles peuvent aider à vivre la foi, n’appartiennent pas au dépôt de la foi et ne peuvent ni dépasser ni corriger la Révélation définitive du Christ. Une expérience de mort imminente doit donc être accueillie avec respect, mais aussi avec discernement. Elle peut toucher, consoler, interroger, réveiller une âme. Elle ne peut pas devenir une doctrine parallèle.

Cela étant posé, il serait tout aussi injuste de balayer le témoignage de Nicole Dron au motif qu’il contient des mots parfois imprécis, parfois marqués par la sensibilité spirituelle de son époque. Son récit n’est pas étranger au christianisme. Il en porte même, très souvent, l’empreinte profonde.

Nicole Dron raconte avoir été élevée dans un environnement familial catholique, avec ce qu’elle appelle une « foi du charbonnier ». Elle dit que son expérience a transformé cette foi première en une certitude intérieure. Voilà un point capital : ce qu’elle vit n’est pas reçu dans un désert religieux. C’est une conscience formée, même simplement, par le catholicisme, qui traverse cette épreuve. Dans un autre récit, elle rapporte même qu’au cœur de l’abîme de ténèbres lui revient une phrase apprise toute petite au catéchisme, à propos de la vie jusqu’à la résurrection finale.

Ce détail est bouleversant. Au moment où tout vacille, ce n’est pas d’abord une technique spirituelle orientale, une théorie ésotérique ou une doctrine de développement personnel qui remonte à la surface : c’est un reste de catéchisme. Une braise catholique sous la cendre.

Le motif central de son récit est tout aussi parlant : elle passe d’un « abîme de ténèbres » à une lumière merveilleuse, vivante, pleine de joie et d’amour. Comment un chrétien pourrait-il entendre cela sans penser au Christ disant : « Je suis la lumière du monde » ? Bien sûr, il ne s’agit pas d’annexer brutalement son expérience ni de prétendre savoir exactement ce qu’elle a vu. Mais le vocabulaire de la lumière, dans la foi chrétienne, n’est pas décoratif. Il est christologique. Le Credo lui-même confesse le Fils comme « lumière, née de la lumière ».

Il en va de même lorsqu’elle rapporte qu’il lui fut dit que Dieu est « la Force, le Mouvement et la Vie ». Certains y verront spontanément une formule New Age. C’est possible si l’on comprend Dieu comme une énergie vague, anonyme, impersonnelle. Mais la formule, prise en elle-même, est étonnamment proche de saint Paul à l’Aréopage : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être. » Le Catéchisme reprend cette intuition en enseignant que Dieu, tout en étant infiniment plus grand que ses œuvres, est présent au plus intime de ses créatures, les maintenant dans l’être et leur donnant d’agir.

La précision catholique est donc nécessaire : Dieu n’est pas une force cosmique. Dieu n’est pas une vibration. Dieu n’est pas l’âme diffuse du monde. Il est le Créateur, personnel, vivant, Père, Fils et Saint-Esprit. Mais dire que tout être, toute vie, tout mouvement dépendent de Lui n’est pas une dérive ésotérique ; c’est une affirmation profondément biblique.

Le passage le plus souvent cité du témoignage de Nicole Dron est sans doute celui-ci : on ne lui aurait pas demandé de quelle religion ou de quelle ethnie elle était, mais comment elle avait aimé et ce qu’elle avait fait pour les autres. Dans l’entretien donné à Agents d’entretiens, elle rapporte que toute sa vie fut évaluée à partir de l’amour et de la sagesse, non comme un jugement impitoyable, mais comme une prise de conscience de ce qui l’éloignait de l’amour.

Là encore, il faut éviter deux erreurs opposées.

La première serait de s’indigner trop vite, comme si cette parole contredisait nécessairement la foi catholique. Or l’Évangile dit bien que le jugement manifestera la vérité de notre charité. Matthieu 25 ne demande pas seulement : qu’as-tu pensé ? qu’as-tu déclaré ? quelle identité religieuse as-tu revendiquée ? Il demande aussi : avais-tu faim avec ceux qui avaient faim ? étais-tu auprès des malades, des prisonniers, des pauvres, des abandonnés ? Le Catéchisme dit que, dans le jugement particulier, chaque homme reçoit sa rétribution en fonction de sa vie rapportée au Christ, et il cite saint Jean de la Croix : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. »

La seconde erreur serait d’en faire un slogan relativiste : peu importe la vérité, peu importe le Christ, peu importe l’Église, il suffirait d’avoir été vaguement gentil. Ce n’est pas la foi catholique. La charité chrétienne n’est pas un sentiment humanitaire sans contenu. Elle vient de Dieu, elle est donnée par la grâce, elle est ordonnée à la vérité. La Loi évangélique est bien une loi d’amour, mais le Catéchisme précise qu’elle est aussi loi de grâce, reçue par la foi et les sacrements.

C’est ici qu’il faut mettre les points sur les i, tranquillement, sans brutalité. Dieu n’est pas un petit boutiquier identitaire qui distribuerait le salut comme un tampon administratif. Mais Dieu n’est pas non plus une lumière indistincte qui se moquerait de la vérité qu’Il a révélée, de l’Incarnation, de la Croix, de l’Église, du baptême et des sacrements.

Le catholicisme tient ensemble ce que notre époque sépare. Oui, Dieu juge l’amour réel. Oui, il regarde l’entièreté de la personne. Oui, il peut agir au-delà des frontières visibles que nous maîtrisons. Le Catéchisme enseigne même que Dieu a lié le salut au baptême, mais qu’il n’est pas lui-même lié à ses sacrements ; il affirme que celui qui, ignorant l’Évangile et l’Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon ce qu’il connaît, peut être sauvé. Mais cela ne rend pas l’Église inutile. Cela ne transforme pas le Christ en simple symbole parmi d’autres. Cela ne fait pas des sacrements des options décoratives.

Un autre point mérite d’être corrigé avec douceur. Nicole Dron dit qu’elle a constaté que l’on ne se relevait pas d’entre les morts au jour du Jugement dernier comme elle l’avait appris au catéchisme, puisqu’elle s’est sentie vivante immédiatement après l’arrêt de son cœur. Ici, la distinction catholique est essentielle. L’Église enseigne à la fois la survie de l’âme après la mort et la résurrection finale des corps. Le Catéchisme affirme que les justes vivent avec le Christ après leur mort, mais qu’Il les ressuscitera au dernier jour ; la résurrection de la chair signifie qu’il n’y aura pas seulement la vie de l’âme immortelle, mais que nos corps mortels reprendront vie.

Autrement dit, si Nicole Dron a perçu que la personne ne tombe pas dans le néant au moment de la mort, cela ne contredit pas le catholicisme. Ce qui serait inexact, en revanche, serait d’en conclure que la résurrection finale n’existe pas ou qu’elle serait une naïveté de catéchisme ancien. Là encore, l’expérience peut rappeler une vérité chrétienne oubliée ; elle ne peut pas abolir une vérité de foi.

Reste la grande tentation contemporaine : dissoudre tout cela dans une spiritualité indistincte. Nicole Dron emploie parfois des mots comme énergie, plans, corps subtil, état vibratoire, religion de l’amour. Ce vocabulaire appartient beaucoup à une génération qui a reçu un vieux fonds catholique, puis a vu se défaire autour d’elle les traditions, les mots, les rites, les certitudes doctrinales. Beaucoup de baby-boomers ont vécu dans cette zone étrange : encore habités par des images chrétiennes, mais déjà privés du langage solide permettant de les nommer correctement. Alors ils ont cherché ailleurs des mots pour dire ce que l’Église disait pourtant depuis longtemps.

C’est précisément pourquoi un discernement catholique est nécessaire. Le document romain sur le Nouvel Âge observe qu’il y a souvent dans ces courants une critique légitime du matérialisme moderne, mais que les problèmes viennent des réponses proposées, notamment lorsque le divin devient une énergie cosmique ou lorsque l’on confond phénomènes psychiques et sagesse spirituelle. La réponse chrétienne n’est pas de mépriser les chercheurs de lumière. Elle est de leur rappeler que la lumière a un visage.

Ce visage, c’est le Christ.

Ainsi, le témoignage de Nicole Dron peut être reçu avec gratitude, à condition de ne pas le laisser dériver. Il ne vient pas corriger le catholicisme. Il ne vient pas annoncer une religion supérieure, plus pure, débarrassée des dogmes, de l’Église et des sacrements. Relu chrétiennement, il rappelle au contraire des vérités catholiques très anciennes : la mort n’est pas le néant ; la personne humaine dépasse son corps biologique sans mépriser ce corps promis à la résurrection ; Dieu est la source de la vie, du mouvement et de l’être ; la lumière existe ; l’amour sera le critère du jugement ; et notre vie terrestre n’a de poids éternel que par la charité.

Il faut donc accueillir sans naïveté, discerner sans mépris, et traduire sans trahir. La grande erreur serait d’opposer ce témoignage à la foi catholique. La grande sagesse serait de le reconduire vers elle. Car ce que Nicole Dron a peut-être entrevu dans une lumière ineffable, l’Église l’annonce depuis deux mille ans : au commencement était le Verbe, en Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

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Hongrie : Le grand maître du kitsch national : Pourquoi appeler le parti Tisza « patriote » est une erreur capitale

Extrait d’un article du journal-blog L’Espoir par une journaliste hongroise quant à la situation actuelle en Hongrie. Contrairement à un grand nombre de médias et de partis de la droite en France, ce nouveau gouvernement hongrois ne montre aucun signe de patriotisme !

” Le plus grand exploit du marketing politique moderne n’est pas de vendre un produit, mais de faire croire à l’acheteur qu’une perle en plastique est en réalité un diamant véritable. Péter Magyar et le parti Tisza ont opéré exactement cette alchimie sous nos yeux : ils tentent de masquer l’absence flagrante d’une politique nationale-conservatrice authentique et de principes par une teinture patriote, dosée de manière professionnelle mais vide de substance.

Pourtant, si l’on gratte le vernis rouge-blanc-vert, on s’aperçoit rapidement que le caractère « national » de Tisza n’est pas une conviction profonde, mais simplement une astuce de communication calculée au trébuchet. Une vaste imposture politique, agressive et destructrice, qu’ils imposent désormais au pays depuis leurs positions gouvernementales.

Du « N’ayez pas peur ! » à l’intimidation : Les réflexes de la dictature bolchevique

Rappelons-nous comment cette histoire a commencé. Péter Magyar a fait irruption sur la scène publique avec ce slogan messianique : « N’ayez pas peur ! ». De cette promesse retentissante est née, sous nos yeux, une réalité tout à fait terrifiante : aujourd’hui, quiconque exprime une opinion dissidente ou refuse de rentrer dans le rang doit avoir peur.

Cette formation fantôme, baptisée du nom de Parti du Respect et de la Liberté, et qui ne comptait en réalité que 26 membres dans l’ombre jusqu’à sa prise de pouvoir, piétine précisément les deux valeurs qu’elle porte dans son nom. Où est la liberté, et où est la liberté de la presse, lorsque les médias publics sont ouvertement menacés de fermeture ? La rhétorique de Péter Magyar est dominée par l’orgueil et l’arrogance : il menace les leaders d’opinion de droite de prison, et veut confisquer des propriétés privées légitimes sous couvert d’un « bureau de récupération des avoirs », ressuscitant ainsi l’arsenal de nationalisation des dictatures bolcheviques les plus sombres.

Ils veulent priver arbitrairement les dignitaires constitutionnels de leurs fonctions, tandis que leur campagne de vengeance politique détruirait directement les moyens de subsistance de millions d’électeurs de droite. Et le plus triste, le plus bouleversant : cette haine propagée par le parti Tisza a déjà fait une victime mortelle. Au nom d’une terreur verbale sans scrupules, un homme démocrate-chrétien a été harcelé, traqué et persécuté pour ses opinions politiques au point que, sous cette pression psychologique insoutenable, il a préféré fuir dans la mort et s’est suicidé. Cette machine politique n’édifie pas, elle détruit ; elle veut démanteler avec arrogance tout ce qui est sacré et inviolable pour nous. ”

Pour lire la suite de l’article : https://journallespoir.wordpress.com/2026/05/24/le-grand-maitre-du-kitsch-national-pourquoi-appeler-le-parti-tisza-patriote-est-une-erreur-capitale/

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L’art contre la « biologie heureuse »

De l’art comme nécessité anthropologique : un pari chrétien sur la condition humaine.

« Même si toutes les questions scientifiques possibles ont reçu une réponse, nos problèmes vitaux n’ont pas encore été touchés. »
— Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus

Ce texte repose sur un pari : la foi chrétienne éclaire l’expérience esthétique d’une manière que ni la neurobiologie ni une philosophie strictement immanente ne peuvent entièrement épuiser. Il ne s’agit pas d’une démonstration, mais d’un témoignage argumenté — soumis à une exigence de rigueur à la hauteur de ses interlocuteurs.
Le lecteur non croyant est invité à suivre la réflexion jusqu’au bout. Les quatre premiers développements ne lui demandent aucune adhésion particulière. Seule la cinquième section franchit un pas supplémentaire — et elle l’annonce ouvertement.
Un constat préalable s’impose : du Nō japonais aux tragédies grecques, de la calligraphie islamique aux chants liturgiques africains, une même nécessité se manifeste. L’homme transforme l’épreuve d’exister en formes qui nous survivent. L’art n’est pas un luxe culturel. Il est l’une des conditions qui rendent la vie habitable.

I. Le désert de l’immédiateté
Il devient presque impossible de demeurer dans une expérience sans immédiatement la commenter, la partager ou la convertir en opinion. Ce n’est pas seulement une faiblesse individuelle : c’est une pression structurelle.
Le bruit n’est pas nouveau. Blaise Pascal voyait déjà dans le divertissement la fuite organisée de l’homme hors de lui-même. Alexis de Tocqueville craignait que la démocratie ne produisît des âmes trop agitées pour pouvoir se recueillir. Ce qui est nouveau, ce n’est pas la distraction — c’est la disparition progressive de l’espace intérieur où une expérience peut encore résonner avant d’être exploitée.
Là où l’attention ne se dépose plus, tout devient disponible — donc aussitôt consommé. La distraction ancienne laissait des creux ; la saturation contemporaine les comble.
Nous exprimons tout, nous ne traversons plus rien.
Il y a une différence décisive entre ressentir et demeurer. L’impression passe, l’expérience transforme.
Georges Bernanos parlait d’une « conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». L’intuition paraît aujourd’hui vérifiée — non plus seulement par les forces du marché ou de la politique, mais par l’architecture même des outils que nous utilisons, conçus pour capter l’attention plutôt que pour la libérer. Simone Weil définissait l’attention comme « la forme la plus rare et la plus pure de la générosité » : une disponibilité réelle à être atteint.
Entrer dans un musée sans téléphone, lire une heure sans interruption, écouter une œuvre jusqu’à son dernier silence : ces gestes ne sont pas élitistes. Ils sont exigeants. Et c’est cette exigence même qui fait le prix de l’art.

II. L’architecture invisible de l’esprit
Parler de l’art comme d’un « supplément d’âme » est une erreur de perspective. L’art n’est pas ce qui s’ajoute à l’essentiel : il est ce sans quoi l’âme ne tient pas.
Il faut ici préciser notre pensée. Des millions d’hommes vivent sans Bach ni Dostoïevski — et tiennent, au sens minimal du terme. Ce n’est pas d’eux qu’il s’agit. Ce dont il est question, c’est d’une fonction : la capacité de transformer l’épreuve d’exister en quelque chose de traversable. Chacun l’exerce à sa mesure — par le récit qu’il fait de sa propre vie, par les rites qui entourent ses deuils, par les chansons qu’il se rappelle dans les heures sombres. L’art au sens strict n’est que la forme la plus haute et la plus exigeante de cette nécessité universelle. Dire qu’on vit sans art, ce n’est pas vivre sans cette nécessité : c’est n’avoir jamais regardé ce que l’on fait déjà.
Toute grande œuvre naît de la tension entre le chaos et la forme. Elle ne supprime pas le vertige d’exister ; elle lui donne une forme traversable.
Dans Saturne dévorant un de ses fils, Francisco de Goya ne rend pas l’horreur belle : il la rend regardable. Et regarder ce que l’on ne peut habituellement que subir est déjà une forme de liberté — mais à condition de s’y exposer réellement. Ce n’est pas la friction que l’œuvre impose à l’objet qui importe, mais celle que le sujet accepte d’entretenir avec elle. C’est la différence entre la stupeur et la conscience. La stupeur subit ; la conscience tient — non parce qu’elle comprend tout, mais parce qu’elle a accepté de regarder en face.
L’art est l’école de ce regard — et son épreuve.
Comme l’écrivait Élie Faure : « L’art, c’est la vie qui s’ordonne. »
Une civilisation qui ne produit plus que des « contenus » ne transfigure plus le réel : elle le recouvre. Un contenu, au sens contemporain, est fait pour être consommé sans résistance — sans qu’il coûte rien d’y entrer, sans qu’il ne reste rien une fois sorti. Une œuvre, au contraire, oppose une friction. Elle demande qu’on s’y attarde, qu’on y revienne, qu’on accepte de ne pas tout saisir d’emblée. C’est la friction qui transforme.

III. Ce que la science ne peut pas dire
La science décrit avec une précision croissante les mécanismes de l’émotion esthétique. Ces descriptions sont précieuses. Elles disent comment ; elles ne disent pas pourquoi cela compte.
Un soir de novembre, dans une salle presque vide, on donnait la Passion selon saint Matthieu de Johann Sebastian Bach. Au moment du Erbarme dich — « Aie pitié de moi » —, quelque chose ne s’est pas seulement ému en moi. Quelque chose s’est reconnu. Une vérité n’était plus simplement pensée : elle s’imposait avec la force d’une évidence vécue. Je connaissais ce reniement de Pierre. Non comme une idée théorique, mais comme une vérité déjà traversée dans le secret de mes propres lâchetés.
J’étais venu écouter Bach. Bach m’avait regardé.
On pourra toujours en décrire les corrélats neuronaux. Ce sera exact — et pourtant complètement à côté. Car la neurologie dit ce qui se passe dans le cerveau de quelqu’un qui reconnaît un visage familier longtemps perdu de vue. Elle ne dit pas ce que c’est que de reconnaître ce visage. L’écart entre ces deux descriptions n’est pas un défaut de la science : c’est sa limite propre, et la science honnête la reconnaît. Ce soir-là, quelque chose avait été vu — et je ne pouvais plus prétendre l’ignorer.

IV. La « biologie heureuse » et ses arguments sérieux
Une philosophie contemporaine soutient que la souffrance humaine est, au fond, un problème d’ingénierie. Cette position mérite mieux que la caricature.
Premier argument : la distinction entre souffrance constitutive et souffrance inutile est incertaine. Qui décide ? Sur quelle autorité ? Mais l’objection vaut dans les deux sens. Celui qui prétend que toute souffrance est transformatrice doit aussi répondre : au nom de quoi impose-t-on à l’autre de traverser ce que l’on juge fécond ? La défense romantique de la douleur peut devenir, elle aussi, une forme de violence.
Deuxième argument : l’histoire de la médecine est celle de souffrances abolies que l’on croyait inévitables. La douleur de l’accouchement, les épidémies, certaines formes de mélancolie sévère : nous avons appris à les réduire sans que l’humanité y perde son âme. Pourquoi ne pas étendre cette logique jusqu’au bout ?
Ces deux arguments convergent vers une même ambition : rendre l’existence intégralement maîtrisable.
Ces arguments obligent. Ils interdisent toute défense naïve de la souffrance — et c’est heureux. Et pourtant, quelque chose résiste. Ce qui résiste, ce n’est pas un goût morbide pour la douleur. C’est une observation sur ce que certaines expériences rendent possible — et que leur absence rendrait définitivement impossible.
Considérons ce que font Les Frères Karamazov : le roman ne résout pas la contradiction entre Ivan et Aliocha. Il nous entraîne à la soutenir — à rester dans la tension sans la désamorcer ni la fuir. Cette capacité a un nom : la compassion, au sens étymologique. Souffrir-avec. Non pas subir à la place de l’autre, mais être assez présent à sa propre fragilité pour rester debout face à celle d’autrui.
Or voilà ce que le projet d’optimisation ne voit pas : il suppose que la capacité de compassion peut être préservée une fois la vulnérabilité supprimée. Mais rien n’est moins sûr. On ne comprend pas la peur d’autrui si l’on n’a jamais tremblé. On ne comprend pas le deuil de l’autre si la mort n’a jamais eu de prise sur soi. Ce n’est pas un argument pour infliger la souffrance — c’est un argument pour prendre au sérieux ce qu’une humanité entièrement anesthésiée risque de perdre.
La question n’est donc pas : faut-il souffrir ? Mais plutôt : qu’est-ce qu’une vie dans laquelle plus rien ne peut blesser ? Et qu’est-ce qu’un art produit dans une telle vie ? Probablement quelque chose de beau, de propre, de parfaitement accordé à des sens intacts. Mais plus rien qui nous regarde. Car l’art ne nous atteint que parce que nous sommes atteignables — et nous ne sommes atteignables que parce que nous sommes vulnérables. Supprimer la vulnérabilité, c’est supprimer la condition même de l’émotion esthétique. Un art qui ne dérange plus ne libère plus.

V. Quand la forme devient prière — un pari nommé
Jusqu’ici, rien n’imposait une lecture chrétienne. Ce qui suit est un pas de plus : non démonstratif, mais existentiel. Il ne prétend pas conclure ce que les sections précédentes ont laissé ouvert ; il dit seulement où ce questionnement m’a personnellement conduit.
À plusieurs reprises, l’expérience esthétique a pris pour moi la forme d’une interpellation. Non une preuve : un appel. G. K. Chesterton écrivait qu’il avait cherché à construire une hérésie personnelle, avant de découvrir en chemin que c’était l’orthodoxie. Quelque chose de cet ordre : on part de ses propres questions, on les creuse honnêtement, et l’on finit par buter sur un seuil que l’on n’avait pas cherché.
Ce qui, jusqu’ici, pouvait être décrit sans référence explicite à la foi appelle désormais un nom.
Johann Sebastian Bach inscrivait Soli Deo gloria au bas de ses pages. Sa musique n’était pas une fin ; elle était une offrande. Et ce qui frappe dans cette dédicace, ce n’est pas seulement sa piété, c’est sa cohérence architecturale. L’art orienté vers une source transcendante n’est pas diminué : il est habité. La beauté cesse d’être une fin en soi pour devenir un passage.
L’art ouvre une question. La liturgie lui donne un interlocuteur.
Le pari chrétien tient peut-être en ceci : ce qui nous atteint ne vient pas de nulle part. La reconnaissance éprouvée un soir de novembre n’était pas seulement le signe que Bach était un immense musicien. C’était le signe que la réalité est plus hospitalière qu’elle n’y paraît — non pas que la souffrance y soit niée, mais qu’elle y est reçue et portée. Qu’il y a, au fond de l’expérience humaine, quelque chose qui appelle, et Quelqu’un qui répond. Ce « peut-être » n’est pas une faiblesse rhétorique : c’est la forme honnête d’un pari que l’on ne peut, par nature, forcer sur l’autre.

Conclusion — Redevenir atteignables
Certaines œuvres ne nous rendent pas meilleurs. Elles nous rendent moins faux. Non pas la perfection morale, mais la lucidité sur nous-mêmes ; non pas la consolation facile, mais la capacité d’être atteint.
Une civilisation qui ne sait plus contempler réduit progressivement l’homme à ses seules fonctions : l’amour devient une chimie, la mort un défaut technique, le silence une panne à corriger.
Résister ne commence pas par des systèmes idéologiques, mais par des gestes humbles : regarder sans capturer, écouter sans interrompre, demeurer sans exploiter. Ces gestes ne changent pas le monde à grand bruit. Mais ils maintiennent ouverte la possibilité d’être changé par lui.
C’est ainsi qu’une civilisation demeure vivante — lorsqu’elle consent encore à être atteinte par le réel.
Soli Deo gloria.

Illustration : Homme et femme contemplant la lune — Caspar David Friedrich
Alte Nationalgalerie, Berlin
Deux êtres humains devant la nuit ; non pour la dissiper, mais pour apprendre à y demeurer.

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Non, la nation n’est pas une idée périmée !

Le 24 mai, dimanche de la Pentecôte, Terres de mission reçoit Pierre de Lauzun, ancien dirigeant de la Fédération bancaire française et auteur de nombreux ouvrages, pour son livre sur “La communauté nationale. Un bien commun irremplaçable” (Ed. du Bien commun), dans lequel il rappelle l’importance pour la doctrine sociale de l’Eglise de cette communauté politique.

Puis Guillaume d’Alançon, directeur de l’Institut pour la Famille en Europe (LIFE), présente les actualités de l’Institut – du développement des accueils Louis et Zélie à la remise des prix saint Jean-Paul II et Quas Primas, en passant par la publication de neuvaine (notamment une récente à saint Charbel, grand saint libanais par qui de nombreux miracles de guérison sont arrivés).

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