5ᵉ Congrès du Bien Commun, organisé par Academia Christiana
Le 5ᵉ Congrès du Bien Commun, organisé par Academia Christiana le samedi 14 mars à Paris (8 rue d’Athènes), s’est déroulé sous le thème : “Le monde qui vient : enjeux, périls et motifs d’espérance”.
Exposés :
https://www.youtube.com/live/E1H_CjLq8jM
Introduction — Victor Aubert
* 00 h : Illusions, prospérité et déclin (1975–2000) — Jean-Pierre Maugendre
* 14′ 20 : Ce que la France est devenue (2000–2025) — Xavier Van Lierde
* 46′ 00 : La fin du clivage droite–gauche ? — Nicolas Mirkovic
* 1h 14′ 20 : Le piège de l’intelligence artificielle — Emmanuelle DARLES
* 3h 04′ 50 : L’impact du numérique sur nos existences — Hubert Calmette
* 3h ’33 : Le défi migratoire : vérité et exigence humaine — Julien Rochedy
* 4h ’03 : Ce que le wokisme dit de notre époque — Rodolphe Cart
* 5h12 – 5h 46 : table ronde coordinatrice : Liselotte Dutreuil (Radio Courtoisie)
Julien Rochedy, Abbé Matthieu Raffray, Corentin DUGAST
* 5h’ 51: Génération Z : entre fragilité et radicalité — Raphaël Ayma
* 6h 19′ 50 : Qui sont les nouveaux convertis ? — Abbé Matthieu Raffray
* 6h 49′ 50 : Identitaires et christianisme — Victor Aubert
* 7h 25′ 25 : Conclusion : Quel projet pour l’Europe ? — Arno Guibert
Le monde bascule sous nos yeux.
Crise politique, révolution technologique, bouleversements démographiques, retour du religieux, tensions culturelles… Notre époque traverse une transformation profonde.
À l’occasion du 5ᵉ Congrès du Bien Commun, Academia Christiana réunit à Paris intellectuels, universitaires, essayistes et acteurs engagés pour analyser le monde qui vient et discerner les motifs d’espérance qui émergent au cœur de la crise.
Tout au long de cette journée exceptionnelle, conférences et tables rondes abordent les grandes questions de notre temps :
• mutations politiques et fin du clivage droite-gauche
• révolution numérique et intelligence artificielle
• défi migratoire et transformations démographiques
• montée du wokisme et crise culturelle
• génération Z : entre fragilité et radicalité
• conversions et retour du religieux
• avenir de l’Europe et projet de civilisation
Dans un monde marqué par l’incertitude, ce congrès propose une lecture du réel à la lumière de la foi, de la philosophie politique et de la tradition chrétienne, afin de comprendre les défis de notre temps et préparer l’avenir.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Soros, l’étendue d’un empire
D’Antoine de Lacoste dans Fideliter :
George Soros naquit à Budapest le 12 août 1930 sous le nom de Gyorgy Schwartz. Son père, Tivadar Schwartz, était un mondialiste avant la lettre. Utopiste invétéré, il fut un adepte de l’esperanto, cette langue universelle inventée par le docteur Zamenhof à la fin du XIXe siècle. Sensé être un lien pacifiste entre les hommes, l’esperanto fut également le moyen pour les communautés juives d’Europe centrale, aux langues maternelles très différentes, de communiquer entre elles.
C’est en 1936 que Tivadar décida, face à la montée du nazisme, de changer de nom. Il choisit Soros, verbe tiré directement de l’esperanto et qui signifie « il s’élèvera ». Avec la guerre, la famille survécut comme elle put et, grâce à l’habileté de Tivadar, parvint à éviter le pire. Paul, l’aîné, fut déporté en camp de travail d’où il fut libéré en 1945 et partit après la guerre aux Etats-Unis où il mena une carrière d’ingénieur.
En 1944, Tivadar décida de placer George, qui avait alors 14 ans, chez un fonctionnaire qui travaillait pour les Allemands, ce dernier n’ayant sans doute pas le choix. C’était une façon de protéger l’adolescent. On peut donc supposer que cet homme était lié aux Soros et de toute confiance, mais les sources manquent à ce sujet.
Un épisode célèbre se passa alors, qui fit couler beaucoup d’encre. Le dit-fonctionnaire dut se rendre dans l’appartement d’une famille juive en fuite pour recenser ses biens en vue d’une future confiscation. George participa à cette visite malgré son âge et l’on ne sait pas pourquoi. Certains ont ensuite affirmé, à partir de cet unique fait, que Soros avait collaboré avec les Allemands et spolié des biens juifs. Il nous semble impossible de souscrire à cette thèse, compte tenu de son âge et de sa position d’enfant placé chez un adulte.
En 1947, George choisit de quitter la Hongrie pour l’Angleterre. Il n’avait pas de goût pour le régime communiste mis en place par les Soviétiques, système qu’il qualifia ensuite de société fermée, par opposition à la société ouverte. Ce concept lui fut inspiré par le philosophe Karl Popper dont Soros avait lu le livre phare : The Open Society and Its Enemies. Car ce n’est pas la finance, grâce à laquelle il fit ensuite fortune, qui fut son premier centre d’intérêt, mais la philosophie.
Karl Popper a tellement marqué Soros qu’il appela Open Society la fondation qu’il fonda et qui devint célèbre dans le monde entier. Certains spécialistes de Popper affirment que Soros a détourné le concept de société ouverte et falsifié le message du philosophe.
Des décennies plus tard, Soros confia qu’il aurait aimé poursuivre dans cette voie philosophique mais il se rendit vite compte qu’il n’en avait pas les capacités, selon ses propres dires, et se tourna vers la finance.
En arrivant à Londres, il s’inscrivit à la London School of Economics. C’est là qu’il écouta les cours de Karl Popper. Il exerça des petits métiers pour financer sa scolarité qui dura quatre ans. Sorti en 1951, il dut patienter avant d’entrer dans la finance. Il continua à gagner sa vie comme il put jusqu’en 1954 où il fut enfin recruté par la banque Singer & Friedlander où il apprit les rudiments du métier. En 1955, il entra dans une autre banque d’investissement, F.M.Mayer & Co, où il devint « trader », c’est-à-dire opérateur de marchés financiers. Cette fois, il était au cœur du système, en tant qu’acteur de ces fameux marchés où il excella. Mais c’était encore un poste modeste de simple opérateur anonyme avec, toutefois, une spécialité bien précise : les marchés de devises. C’est là qu’il apprit les techniques de ce marché hautement spéculatif grâce auquel il bâtit plus tard sa fortune.
Mais Londres, encore en pleine reconstruction, était une ville un peu étroite pour ses ambitions. Il rêvait de New York et parvint à s’y faire muter par Mayer, son employeur, en 1956. Il y resta trois ans, approfondit ses connaissance des marchés financiers, toujours dans les devises, puis rejoint Wertheim & CO.
Parallèlement, il poursuivit ses lectures philosophiques et réfléchit à la théorie de la réflexivité chère à Karl Popper, qu’il transposa vers son métier : ce sont les acteurs qui influencent et font les marchés et non l’inverse. Cela lui donna sa méthode pour spéculer, prendre les marchés, de devises ou autres, à revers, afin de pouvoir « dénouer » ses positions lorsque le marché change d’orientation et rejoint celle des spéculateurs. La méthode est presque infaillible mais elle nécessite de très gros moyens pour avoir le pouvoir de peser sur l’orientation des marchés.
Chez Wertheim, Soros changea de dimension. Il n’était plus simple et habile exécutant, mais proposait des stratégies et commença à envisager son avenir vers une indépendance totale.
En 1963, il rejoignit la banque Arnold & Bleichroeder puis créa son premier fonds d’investissement, Double Eagle, en 1969.Il n’avait pas encore fait fortune et s’appuya sur son réseau européen qui lui fournit les capitaux nécessaires. Aujourd’hui encore, les noms de ces investisseurs ne sont pas connus. Mais bien évidemment, ils étaient majoritairement Londoniens.
On peut souligner à ce stade que Double Eagle fut un fonds « offshore », c’est-à-dire situé en dehors des Etats-Unis. Soros se méfiait des contrôles des autorités de marché américaines, beaucoup plus strictes qu’en Europe. Il installa son fonds à Curaçao, dans les Antilles néerlandaises. Durant toute sa vie financière, Soros garda ses distances avec les Etats-Unis.
Double eagle dura quelques temps et, en 1973, il créa Quantum fund, le fonds qui fit basculer Soros dans le monde des grands. Parallèlement, le Soros fund vit le jour à la même époque : Soros avait maintenant un nom dans la finance américaine.
A partir de ces année soixante-dix, il concrétisa son vieux rêve idéologique. Il n’était pas encore richissime mais avait suffisamment d’argent pour en consacrer une partie à la création, en 1979, de l’Open Society Foundation. Le but est clair : promouvoir la société ouverte en valorisant les libertés individuelles dans tous les domaines. Pour cela , il faut lutter contre tout ce qui peut constituer une société fermée : la nation, la religion, la famille, c’est-à-dire toute société ou système qui peut donner un cadre contraignant à l’individu et freiner ainsi son épanouissement individuel.
Contrairement à ce que l’on croit parfois, le catholicisme n’est donc pas la seule religion ennemie, l’islam l’est tout autant. Les systèmes politiques autoritaires sont bien sûrs fermés et ennemis : le communisme, le fascisme et, plus largement, tout gouvernement qui met en avant les valeurs morales ou patriotiques. Ainsi, Viktor Orban, Vladimir Poutine sont des cibles permanentes et anciennes de l’Open Society. Donald Trump en est une nouvelle et plus tard tout mouvement « populiste » qui pourrait gagné les élections. La démocratie est d’ailleurs reléguée au second plan ; elle est une valeur si les résultats sont favorables mais devient une gêne si le peuple vote mal. D’où la célèbre phrase d’un document de l’Open society en 1979 : « La démocratie et la société ouverte ne peuvent être imposées que de l’extérieur parce que le principe de souveraineté fait obstacle à l’ingérence extérieure. » C’est en se basant sur ce type de principe que Soros a financé de nombreuses révolutions de couleur en Serbie, en Ukraine, en Géorgie, en Asie centrale, parfois avec succès, parfois non.
L’Open society a bien grandi depuis sa création. Elle est aujourd’hui présente dans 120 pays, subventionne des milliers d’associations (15600 subventions citées dans un des derniers rapports), aide 20 000 boursiers par an et dispose de 32 milliards de dollars de réserves.
Bien évidemment, la montée en puissance prit du temps mais dès le début de son existence, l’Open society (OS) s’intéressa à l’Europe de l’Est. En 1984, elle eut l’autorisation de s’installer à Budapest. C’était le pays d’origine de Soros, bien sûr, mais c’était aussi le régime communiste le plus débonnaire d’Europe de l’Est. C’est d’ailleurs de Hongrie que partiront les premiers craquements qui entraîneront la chute du Mur de Berlin. Progressivement, l’OS s’installa en Pologne puis en URSS même. Les initiatives furent alors officiellement philanthropiques, pour reprendre l’expression consacrée que les médias complaisants attribuent aux réseaux Soros. Il s’agissait d’aider matériellement des étudiants, des associations, des opposants tolérés pour s’implanter petit à petit.
La chute de l’Union soviétique et de ses satellites en 1991 servit d’accélérateur. La même année, l’OS créa à Budapest l’Université d’Europe centrale. Elle fut la pionnière de l’infiltration des idées nouvelles qui devaient permettre l’ouverture des populations brimées d’Europe de l’Est vers les valeurs de l’occident. Les cours étaient en langue anglaise, les boursiers nombreux (Viktor Orban, ironie de l’histoire, fut l’un d’eux) et les programmes très progressistes.
Pour les mêmes raisons, Soros investit beaucoup en Russie. Boris Eltsine avait pris la suite de Gorbatchev, dernier dirigeant communiste, qu’il avait évincé, et s’était entiché d’économistes et de conseillers américains qui gravitaient autour de lui. L’OS put s’implanter, Soros avait les faveurs d’Eltsine ainsi qu’un célèbre économiste, Jeffrey Sachs. Le parcours de ce dernier, alors très lié à Soros, ne manque pas de sel puisqu’il est actuellement un pourfendeur acharné des néoconservateurs américains qu’il accuse d’avoir sciemment provoqué la guerre en Ukraine.
Soros et Sachs sont aujourd’hui dans deux camps différents après avoir œuvré ensemble à la destruction de la Russie dans les années 90. Car ce fut un désastre. Le libéralisme débridé prôné par ces économistes américains ruina le pays qui s’enfonça dans une crise sans fin. C’est cela qui provoqua l’élection de Vladimir Poutine : le peuple russe ne voulait plus entendre parler de libéralisme et attendait un homme qui lui redonnât la fierté d’être Russe. Poutine fit fermer les bureaux de l’Open Society en 2003, avant de l’interdire définitivement en 2015.
Ces années 90 furent prolifiques pour Soros. Il gagna beaucoup d’argent à ruiner la Russie, et réussit son coup de maître financier en attaquant la devise britannique, la livre sterling. Il vendit massivement à découvert la livre, aidé en cela par Bank of América et JP Morgan notamment. La banque d’Angleterre dépensa des milliards à tenter de soutenir sa monnaie, en vain. Lorsque le cours s’effondra, Soros et ses complices rachetèrent à bas prix leur découvert, empochant des bénéfices considérables. Soros lui-même, gagna 1,1 milliard de dollars dans l’opération. Il devint riche et célèbre : l’homme qui a fait sauter la banque d’Angleterre.
Il renouvela l’opération ailleurs, à plusieurs reprises : contre d’autres devises, des places boursières ou d’autres indices. Des milliers d’épargnants furent ainsi ruinés. Ce ne sont que des dégâts collatéraux, n’intéressant guère le « philanthrope » spéculateur.
L’Open Society put ainsi se développer. L’Europe occidentale, déjà très avancée sur la voie de la décomposition, n’était pas le premier objectif mais des bureaux furent tout de même créés un peu partout. Le responsable était un Espagnol, Jordi Vaquer, désigné par Soros. Il résuma un jour une partie de sa méthode : « Les thèmes identitaires sont sujets à la controverse. Quand on est une organisation globale, on fait des choix qui ne sont pas toujours dans la tradition culturelle et politique locales. » Intéressant éclairage, qui nous explique pourquoi tant de fêtes traditionnelles, même non catholiques, sont systématiquement attaquées. Il faut déraciner les populations afin de faire avancer la cause mondialiste, ultime étage de la société ouverte.
Jordi Vaquer exerça ensuite ses talents chez Metropolis, organisation qui regroupe des villes du monde entier. Il leur apprend notamment à « introduire l’intégration du genre dans le débat international ».
Metropolis est un exemple type, mais il y en a bien d’autres, d’organisation non créée par Soros mais activement infiltrée et soutenue par l’Open Society.
Parmi les sujets marquants auquel le »philanthrope » s’est intéressé, il faut citer le projet d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. De vieilles photos sont toujours visibles sur internet où l’on voit Soros et Erdogan discutant aimablement autour d’une table. Parmi les autres personnes présentes, la princesse hollandaise Mabel van Oranje, belle-fille de la reine Beatrix, qui fut un cadre important des réseaux Soros.
En rencontrant Erdogan à plusieurs reprises, sous couvert de réflexions sur des investissements potentiels en Turquie, Soros voulait surtout favoriser l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne. Il déploya une énergie considérable à ce projet au début des années 2000. Nul ne sait s’il joua un rôle dans la conversion de Jacques Chirac et de toute une partie de la classe politique française à cette adhésion, mais le fait est que le président français changea totalement d’opinion à ce sujet. Les négociations n’aboutirent pas mais du fait de la Turquie et non des Européens. Nul doute que le sujet reviendra sur la table quand Erdogan ne sera plus là.
Mabel van Orange, pour revenir à elle, travailla beaucoup pour Soros. Elle s’activa notamment en Afrique du Sud, auprès de Nelson Mandela, se lia avec Kofi Anan, futur secrétaire général de l’ONU, et joua un rôle important à l’International Crisis Group. Cette ONG est typique de la nébuleuses sorosienne : elle n’a pas été créé par lui, mais poursuit les mêmes buts. Officiellement, elle œuvre pour la paix, la démocratie, etc. Dans la pratique, elle participe à la diffusion de la subversion et envoie sur le terrain des militants pour faire avancer ses idées progressistes. Elle participa ainsi aux évènements de Maïdan à Kiev en 2014 qui aboutit au renversement du président « pro-russe » Ianoukovitch. Soros y joua également un rôle financier important et il fut ensuite décoré par le nouveau président pro-occidental Porochenko. La CIA, quant à elle, était à la manœuvre pour la partie « coup d’Etat ». Il est intéressant d’observer que la CIA et le Pentagone d’un côté, Soros et de nombreuses autres ONG progressistes de l’autre, ont agi de concert en Ukraine pour l’arracher à la Russie. Les uns pour des raisons géopolitiques, les autres pour l’occidentaliser et y permettre la diffusion des idées progressistes.
A Maïdan, il y avait également John Mc Cain. Ce politicien américain fut un tenant fanatique de l’interventionnisme américain dans le monde entier. Après sa mort en 2018, ses amis créèrent le Mc Cain Institute. Il faut s’y arrêter car c’est un exemple emblématique du fonctionnement des réseaux Soros en symbiose avec de multiples autres réseaux progressistes. Cet Institut a pour but, entre autres, de former des éléments d’avenir venant du monde entier. C’est un des nombreux programmes « young leaders » que les Américains affectionnent. Parmi les anciens élèves, on trouve des Géorgiens, des Ukrainiens, des Africains, c’est, comme toujours, assez varié. C’est la liste des financeurs qui est intéressante. Tout le monde est là : Open society, Bill and Melinda Gates Foundation, Bloomberg Philantropies, Microsoft, Carnegie Corporation, Ford Foundation, Rotschild Foundation, JP Morgan Foundation, la liste est encore longue.
Cet exemple aide à bien comprendre que les réseaux Soros, s’ils sont parmi les plus puissants et les plus pernicieux (en matière de mœurs notamment) ne sont qu’une nébuleuse parmi tant d’autres. Tous ne vont pas s’occuper de théories du genre ou de militants LGBT, mais tous vont s’intéresser à au moins une cause progressiste. Ils se croisent souvent mais pas toujours, se complètent sans pour autant se concerter, même s’ils se rencontrent à Davos. Il n’y a pas une autorité unique au-dessus de la nébuleuse, chacun tient son rôle de façon indépendante, et tous vont dans le même sens sans même avoir besoin de l’expliciter. L’empire du mal est multiforme. Il faut ouvrir beaucoup de poupées russes pour les observer. De Human Rights Watch à Reporters sans frontières en passant par Transparency international, ils sont très nombreux ceux qui bénéficient de subventions ou sont infiltrés par l’Open society. La Cour Européenne des Droits de l’Homme est un exemple type fameux.
L’immigration vers l’Europe est naturellement encouragée par Soros. L’ennemi avançant toujours masqué, c’est sous couvert d’humanitarisme que le soutien financier, moral ou médiatique s’organise. Lorsque la chancelière allemande Angela Merkel lança son fameux « Wir schaffen das » (nous y arriverons), pour ouvrir les bras aux Syriens fuyant la guerre,ils vinrent à pied, par millions, et ne furent évidemment pas que Syriens. Leur point commun, l’islam. Soros, nous l’avons dit, considère cette religion comme fermée, mais le but, chacun l’a compris, n’est pas d’ouvrir ce qui est soi-disant fermé, mais de détruire les fondements de la société occidentale bâtie sur le christianisme. L’Open society versa 500 millions de dollars à de nombreuses associations d’aide aux immigrés.
Il ne faut cependant pas croire que les réalisations sorosiennes soient toujours couronnées de succès. Viktor Orban incarne une grande défaite du « philanthrope » spéculateur : la fermeture de l’université de Budapest en 2019. Ce fut un combat homérique. Orban, ancien boursier de l’Université d’Europe Centrale, avait beaucoup évolué intellectuellement et religieusement. Il avait pris conscience de la dangerosité de cet enseignement sur la jeunesse hongroise et fit fermer l’université malgré une pression médiatique mondiale.
Le piratage de la messagerie de l’Open society en 2011 fut également un accroc douloureux. Les milliers de messages rendus publics (ce fut la fameuse affaire Wikileaks) révélèrent une connivence troublante entre Soros et la famille Clinton. Un exemple parmi d’autres : « Chère Hillary, l’Albanie est en proie à une situation sérieuse qui requiert une attention urgente des niveaux les plus élevés du gouvernement américain. » Hillary Clinton était alors secrétaire d’Etat de Barack Obama, c’est-à-dire la numéro un du gouvernement. L’inquiétude de Soros pour l’Albanie ne doit pas surprendre. Les Balkans, comme l’Europe centrale, ont toujours été dans les priorités de l’Open society.
Ce ne fut pas toujours le cas des Etats-Unis sous l’ère des Clinton et d’Obama, car, au fond, c’est un peu la famille de Soros. Mais les meilleures choses ont une fin et l’élection de Donald Trump fut considérée comme une catastrophe par les réseaux progressistes. Personne ne l’avait vue venir et l’Amérique devint alors une priorité. Des associations furent créées, comme Amerique vote, afin d’inciter les minorités des quartiers pauvres à voter ou à bloquer toute réforme demandant par exemple des pièces d’identité pour voter, permettant ainsi des votes de substitution d’immigrés. Beaucoup d’argent fut ainsi dépensé. Ce ne fut pas en vain et le progressiste Joe Biden gagna de justesse, dans des conditions douteuses.
George Soros commença à s’affaiblir et mit en scène son fils Alexander afin de préparer sa succession. On le vit beaucoup, avec les Clinton, Joe Biden, Kamela Harris, Emmanuel Macron, et, finalement, l’ensemble du gotha mondialiste. Soros lança ses derniers feux, contre la Chine, l’Inde, et son ennemi mortel, Vladimir Poutine. Il rappela son attachement à l’Europe pour des raisons bien précises : « Le concept de l’Union européenne me passionne. Là, toutes les nations sont minoritaires, et c’est la raison pour laquelle ce projet me tient à cœur. »
Hélas pour l’Open Society, Donald Trump fut élu en 2024 malgré les investissements considérables engagés contre lui. La société fermée l’a emporté, et pas n’importe laquelle. Sous la houlette d’Elon Musk, l’USAID fut rapidement démantelée. Ce n’était pas l’OS mais son clone.
Aujourd’hui, Alexander Soros est très riche et idéologiquement dans la lignée de son père, mais il n’est pas certain qu’il ait son talent. Et puis la roue a tourné, les nationalistes, ennemis absolus, ont le vent en poupe en Europe et aux Etats-Unis. Plus personne ne croit au mensonge de la mondialisation heureuse.
George Soros a cependant provoqué des dégâts considérables. L’avenir nous dira si l’Open Society saura poursuivre l’œuvre funeste de son fondateur.
Espagne : La Commission chargée d’approuver ou de rejeter les demandes d’euthanasie passe outre l’avis défavorable du médecin
Lu sur Gènéthique :
La Commission de garantie et d’évaluation de Catalogne (CGAC), l’organisme administratif chargé d’approuver ou de rejeter les demandes d’euthanasie, a accédé à la demande de Pere Puig Ribas, un homme de 54 ans souffrant de dépression chronique sévère. Il s’agissait de sa troisième requête. Pour la Commission, « aucune amélioration n’est prévue ».
Pour accéder à l’euthanasie en Espagne, il faut d’abord en faire la demande auprès de son médecin traitant. En cas d’avis « favorable », un deuxième médecin, qui doit être spécialiste de la maladie du patient, l’examine 15 jours plus tard. En l’espèce, le médecin de Pere Puig Ribas avait émis un avis défavorable mais la Commission est passée outre. Sans constituer pour le moment un feu vert, cette décision relance la procédure. […]
La Cour de justice de l’Union européenne statue que les 27 États membres doivent reconnaître les identités transgenres
Le 12 mars, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt stipulant que les 27 États membres de l’UE doivent désormais mettre en place un processus opérationnel de « reconnaissance légale du genre » (RLG) afin que les citoyens exerçant leur droit de circuler librement dans un autre pays puissent obtenir des documents d’identité correspondant à leur identité de genre vécue. Cet arrêt affirme la primauté du droit de l’UE sur les droits nationaux.
Plus précisément, le jugement vise des pays comme la Hongrie, la Slovaquie et la Bulgarie, qui n’autorisent pas le changement de sexe sur les pièces d’identité officielles et rejettent l’idéologie du genre.
L’affaire C-43/24 Shipova a été intentée par une personne transgenre résidant en Italie, qui tente depuis dix ans de faire modifier son nom et son genre sur ses documents officiels. Les tribunaux bulgares ont rejeté ses demandes. En 2023, la Cour suprême bulgare a émis une interprétation contraignante stipulant que les juridictions inférieures ne peuvent autoriser la reconnaissance légale du genre (LGR) ; cette décision faisait suite à un arrêt de la Cour constitutionnelle de 2021 affirmant que le « sexe » est une notion biologique et que le concept de « genre » utilisé par les personnes LGBT n’est pas reconnu par le droit bulgare.
La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a toutefois affirmé que cette mesure violait le droit à la libre circulation au sein des 27 États membres et que le refus d’autoriser les citoyens à modifier leur sexe sur leurs documents officiels engendrait des « inconvénients considérables » lors de leurs déplacements et de leurs tentatives de vivre leur « identité de genre » à l’étranger. Elle a exigé que les États membres se soumettent aux revendications des militants transgenres. L’arrêt précise en outre que les lois interdisant la modification du sexe sur les documents officiels constituent une atteinte à la « dignité et à la liberté » des Européens en questionnement sur leur identité de genre.
La CJUE a également jugé que l’interdiction par la Bulgarie de la LGR constituait une violation du « droit à la vie privée » consacré par l’article 7 de la Charte des droits fondamentaux, même si l’affaire en question ne portait pas sur la manière dont une personne transgenre vivait sa vie privée, mais plutôt sur le fait de savoir si le gouvernement acceptait les prémisses de l’idéologie du genre et reconnaissait formellement l’identité choisie par les personnes sur les documents officiels.
Cette décision n’est pas surprenante ; la Cour européenne des droits de l’homme critique depuis des années la législation bulgare, notamment en 2020 dans l’affaire « YT » et en 2022 dans l’affaire « PH », qui ont toutes deux conclu à la violation par la Bulgarie de la Convention européenne des droits de l’homme pour son refus de faciliter l’accès à la reconnaissance légale du genre. Par ailleurs, en septembre 2024, l’avocat général Richard de la Tour a affirmé dans un avis que les États membres de l’UE sont tenus d’accorder cette reconnaissance légale aux personnes transgenres.
Les organisations LGBT se félicitent de cette décision. ILGA Europe a noté que la CJUE « a également actualisé son interprétation du droit européen de l’égalité entre les genres et son applicabilité aux personnes transgenres. La Cour a déclaré que “tolérer une discrimination fondée sur la différence entre le sexe biologique et l’identité de genre” violerait le respect de la dignité et de la liberté des personnes transgenres, respect que la Cour a le devoir de protéger. » On ignore encore comment cette décision pourrait s’appliquer aux autres législations nationales qui rejettent les fondements de l’idéologie du genre.
Les militants LGBT travaillent déjà à tirer parti de cette décision.
« Suite à la décision rendue aujourd’hui, toutes les affaires en cours en Bulgarie doivent reprendre sans délai, et les tribunaux et les autorités doivent rendre des jugements conformément au droit de l’UE et à l’arrêt de la CJUE dans l’ affaire Shipova », a déclaré Denitsa Lyubenova, de l’organisation LGBT Desytvie.
Parallèlement, une lacune juridique importante persiste. Les citoyens bulgares qui n’ont pas exercé leur droit à la libre circulation ne disposent toujours d’aucun recours légal effectif pour modifier leurs données personnelles. Ceci souligne l’urgence d’une réforme législative afin de garantir une protection effective des personnes transgenres vivant en Bulgarie.
« Pour la première fois, la CJUE a interprété le droit de l’UE comme imposant aux États membres de reconnaître juridiquement l’identité de genre vécue », a déclaré Adina Portaru, conseillère principale chez Alliance Defending Freedom International. « Ce faisant, elle marginalise les protections constitutionnelles nationales du sexe biologique et restreint la compétence des États membres en matière de droit de l’état civil. »Dans une déclaration publiée sur X, ADF International a qualifié la décision de « nouvelle attaque contre la compétence et la souveraineté nationales » et a noté que
« lorsque les tribunaux utilisent des arguments détournés, tels que le droit à la libre circulation, pour remodeler les règles nationales en matière d’état civil, comme ils l’ont fait dans cette affaire, cela soulève de sérieuses préoccupations quant à la responsabilité démocratique et à la protection du sexe biologique en droit. »
Un colloque pour ouvrir le débat sur la théorie de l’évolution
Ce colloque du 25 et 26 avril est à destination particulièrement d’enseignants chrétiens en biologie désireux d’avoir des ressources intellectuelles sur ce sujet. Il rassemble d’une manière exceptionnelle des universitaires à la fois spécialistes du sujet mais aussi capables de l’aborder d’une manière transdisciplinaire. Il comportera également des temps de prière et d’échanges fraternels. Il est aussi destiné à ceux qui sont impliqués dans la catéchèse ou qui ont des responsabilités dans l’enseignement. Il est aussi ouvert à ceux qui ont un intérêt particulier sur ce sujet.
Deux convois humanitaires acheminés par L’Œuvre d’Orient au Sud Liban
Communiqué de l’Oeuvre d’Orient :
L’Œuvre d’Orient a acheminé deux convois d’aide humanitaire dans des villages du Sud Liban, à Qlayaa et Marjayoum le mercredi 11 mars et à Rmeich et Ain Ebel lundi 16 mars à Rmeich, un camion de 15 tonnes et deux camions de 25 tonnes.
Accompagnée lors de ses deux déplacements par le nonce apostolique du Liban Son Excellence Paolo Borgia, la Finul et aujourd’hui des Casques bleus, L’Œuvre d’Orient a pu fournir des produits alimentaires de première nécessité, riz, farine, produits laitiers, pates, shampoing, savons, etc.
Les habitants des villages chrétiens du Sud Liban refusent de partir, par crainte de ne pouvoir revenir dans leur village. La présence du nonce à leur côté est un signal fort, qui leur donne le courage de continuer à lutter pour garder leurs terres.
Face aux accusations d’idolâtrie d’un protestant, un diocèse catholique appelle à organiser massivement des processions
Après la diffusion d’une vidéo virale du prédicateur « nationaliste chrétien » Doug Wilson affirmant que les catholiques devraient être interdits d’organiser des processions mariales et eucharistiques et les qualifiant d’actes d’« idolâtrie », un diocèse a immédiatement réagi en proposant que des processions eucharistiques massives soient organisées dans tout le pays à l’occasion de la Fête du Saint-Sacrement cette année.
« À tous les catholiques romains : notez la date du 7 juin 2026 – la fête du Saint-Sacrement », a exhorté l’archidiocèse de Portland sur les réseaux sociaux.
« Organisons cette année des processions eucharistiques encore plus importantes dans nos villes et nos paroisses ».
All Roman Catholics: mark your calendars for June 7, 2026 – the Feast of Corpus Christi.
Let’s organize even larger Eucharistic processions in our cities and parishes this year. https://t.co/r91Xcz2FGm pic.twitter.com/66ZXksWL9l
— Archdiocese Portland (@archdpdx) March 13, 2026
Le site catholique Catholic Arena a déclaré sur X que l’archidiocèse de Portland avait répondu « avec défi » aux « propos anti-catholiques » de Wilson.
Wilson, cofondateur de la Communion des Églises évangéliques réformées (CREC) et qui prêche fréquemment sur le « nationalisme chrétien », a déjà été invité au Pentagone par le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, pour diriger un office religieux. Hegseth lui-même fréquente une église de la CREC.
Comme l’a rapporté Antonino Cambria de LifeSiteNews, Wilson a souligné que, dans une Amérique idéale, les catholiques seraient autorisés à conserver leurs églises et à faire sonner leurs cloches. Cependant, ils ne seraient pas autorisés à organiser de processions mariales publiques, ni probablement de processions eucharistiques publiques car, selon Wilson, ces dernières constitueraient des actes publics d’« idolâtrie », qu’il compare même aux processions hindoues.
« Nous sommes une nation chrétienne, donc les cloches des églises ne posent pas de problème, mais l’appel à la prière musulman dans l’espace public serait inacceptable ». « Les cloches des églises catholiques seraient acceptables, mais un défilé en l’honneur de la Vierge Marie, avec une image de la Vierge Marie sur la rue principale, non ! »
A propos des résultats de La France Insoumise
Thomas Bonnet, journaliste sur CNews, modère l’idée selon laquelle LFI aurait réalisé une percée lors de ce premier tour des municipales. Il montre que les résultats du parti de Mélenchon sont inférieurs à ceux des européennes et de la présidentielle dans de nombreuses villes, même s’ils vont diriger au moins 3 grandes villes (Roubaix, Saint-Denis et peut-être Toulouse). Il eut fallu comparer ce qui est comparable, c’est-à-dire le scrutin de 2026 avec les municipales de 2020, mais les chiffres sont intéressants.

A Saint-Denis, le maire LFI a été élu au premier tour avec 13 506 voix sur 63 901 inscrits. L’abstention s’élève à plus de 57%.
En 2020, Saint-Denis comptait 46 427 inscrits et le maire socialiste avait été élu au second tour avec 8604 voix ! Le candidat LFI, élu dimanche, avait alors récolté 2458 voix au premier tour.
La Maison Blanche retire la catholique Carrie Prejean Boller de la Commission sur la liberté religieuse
Le retrait de Carrie Prejean Boller de la Commission sur la liberté religieuse de l’administration Trump a été officiellement finalisé, selon une décision de la Maison Blanche que Boller a partagé sur X.
🚨President Trump officially removes me from the Religious Liberty Commission for exercising my Religious Liberty.
The only Catholic woman who opposes Zionism was removed as a prelude to the Iran war.
This is the email I received from the White House informing me that my… pic.twitter.com/Fk2IOgqsEz
— Carrie Prejean Boller (@CarriePrejean1) March 12, 2026
La commission, chargée de recommander à la Maison Blanche « des mesures pour garantir la liberté religieuse intérieure et identifier les possibilités de promouvoir la cause de la liberté religieuse dans le monde entier », a tenu sa cinquième réunion le 9 février, cette fois-ci pour entendre des témoignages et des points de vue sur le harcèlement et l’intimidation antisémites, en particulier sur les campus universitaires.
Boller, ancienne Miss Californie qui avait fait sensation en 2009 en défendant le mariage naturel et qui est depuis devenue une militante des droits parentaux, a engagé les autres intervenants dans un débat sur le sionisme, qu’elle a déclaré incompatible avec l’enseignement catholique. Elle a demandé à différents intervenants si, selon eux, cela faisait d’elle une personne antisémite, si toute critique d’Israël ou du sionisme constituait automatiquement de l’antisémitisme, et s’ils étaient favorables à des restrictions des propos antisémites ou antisionistes. Les autres membres ont convenu que la réponse à ces questions était « non », mais certains ont établi une distinction selon la définition que l’on donne au « sionisme », et ont soutenu que nier le droit d’Israël à exister et/ou le droit des Juifs à une patrie serait antisémite.
Après la réunion, le président de la commission, le lieutenant-gouverneur du Texas Dan Patrick, a annoncé que Boller avait été destituée pour avoir, selon lui, tenté de « détourner une audience à des fins personnelles et politiques sur n’importe quel sujet ».
Jeudi, Boller a partagé une brève lettre qu’elle a reçue de Mary Sprowls du Bureau du personnel présidentiel l’informant de la suppression de son poste, « avec effet immédiat ».
« La seule femme catholique opposée au sionisme a été destituée en prélude à la guerre contre l’Iran ».
Elle a également partagé une lettre adressée au président Donald Trump, dans laquelle elle exprimait son indignation d’avoir été informée de cette manière plutôt que par Trump lui-même, et accusait la conseillère spirituelle de Trump, le pasteur Paula White-Cain, d’être à l’origine de la « chasse aux sorcières » dont elle est victime.
« Pendant près de 20 ans, je vous ai soutenu ». « J’ai assisté à vos deux investitures. J’ai participé à vos rassemblements. Je vous ai défendu publiquement, même lorsque c’était impopulaire. Je vous ai soutenu quand vous avez été la cible de toutes les insultes. Je vous ai défendu contre les anti-Trump qui vous entourent aujourd’hui. J’ai porté fièrement la casquette rouge « Make America Great Again » alors que c’était impopulaire, voire dangereux, car je croyais en ce pour quoi vous vous battiez. Aujourd’hui, je ne vous reconnais même plus. »
Les détracteurs de Boller affirment que sa prestation lors de l’audience du 9 février a révélé une focalisation excessive sur les questions de politique étrangère et les débats théologiques, au détriment de la discrimination religieuse intérieure que la commission était chargée d’examiner. Ses défenseurs soutiennent qu’elle a en réalité été écartée uniquement pour avoir exprimé son désaccord avec la position pro-israélienne du reste de la commission et de la majeure partie de l’administration Trump.
Municipales : le grand vainqueur est quand même l’abstention
Le 1er tour des élections municipales s’est déroulé avec une participation estimée à 56%, soit le chiffre le plus faible depuis 1945 pour ce type de scrutin si l’on excepte 2020 où ces élections se déroulaient en pleine crise de Covid-19.
Vous pouvez retrouver les résultats de votre commune directement sur le site du Ministère de l’Intérieur.
Dans les trois plus grandes villes de France – Paris, Lyon, Marseille – pour la première fois les électeurs pouvaient voter pour élire directement leur maire.
- A Paris, le gauchiste Emmanuel GREGOIRE arrive largement en tête en tête avec environ 36,4 %, devant la liste conduite par Rachida DATI qui obtient 24,8 %. Mme Sophia CHIKIROU LFI crée la surprise avec quelque 13 % devant M. Pierre-Yves BOURNAZEL soutenu par Horizons et Renaissance 11 % % et la candidate de Reconquête, Mme Sarah KNAFO qui peut se maintenir. Pour le second tour, Rachida Dati a annoncé une alliance avec Pierre-Yves Bournazel, mais sans Sarah Knafo, qui va donc certainement se maintenir.
- A Marseille, le maire socialiste sortant Benoît PAYAN arrive en tête avec 36,8 %, devant la liste du RN de Franck ALLISIO 34 %. La liste de la LR Martine VASSAL soutenue par Horizons et Renaissance ne recueille que 13 %, mais elle se maintient au second. Le député LFI Sébastien DELOGU avec 11 % fait figure de faiseur de roi alors que la victoire du RN dans la seconde ville de France serait un séisme politique.
- A Lyon, l’ancien président de l’Olympique Lyonnais Jean-Michel AULAS soutenu par LR, Renaissance, Horizons, et MoDem, est au coude à coude avec le maire sortant écologiste Gregory
DOUCET soutenu par le PS, le PC autour de 37 %. DOUCET fera alliance avec la candidate LFI Anaïs BELOUASSA-CHERIFI en troisième position avec 10 %.
Le parti Renaissance est peu présent dans ces élections : le parti présidentiel n’a jamais réussi son ancrage local.
Horizons, formation qui s’est présentée comme le “parti des maires” et compte quelques 600 maires et 2300 élus locaux, visait de conserver Le Havre pour conforter Edouard PHILIPPE dans sa stature de présidentiable. Avec 43,8% il est bien parti pour le second tour.
Pour le MoDem, il est essentiel de conserver Pau où François BAYROU briguait un troisième mandat. Il arrive en tête avec 40 % devant le candidat de gauche 36 % et le RN à 16%.
Pour les Républicains, Bruno RETAILLEAU espérait une vague bleue qui permettrait à LR de revenir à la tête de grandes villes. Mais les résultats du 1er tour à Paris et Lyon sont très en deçà de ses attentes. A Nîmes, où le maire sortant M. FOURNIER ne se représentait pas, la droite s’est divisée entre M. Franck PROUST (LR, Horizons) avec 19,5% et M. Julien PLANTIER (Renaissance, MoDem) avec 15,5%. C’est l’eurodéputé RN Julien SANCHEZ et le communiste Vincent BOUGET qui sont arrivés en tête et sont au coude à coude avec environ 30 %.
Le président de LR Bruno RETAILLEAU a appelé dimanche soir au rassemblement
“des électeurs de droite derrière nos candidats qui sont en mesure de battre la gauche ou le Rassemblement national dimanche prochain”.
Pour le second tour, il a réitéré la consigne de vote qu’il répète depuis le début de la campagne : “pas une voix pour LFI”, élargissant sa consigne aux
“socialistes, écologistes ou communistes qui se sont alliés avec l’extrême gauche au premier tour ou qui vont s’allier (avec elle) cette semaine entre les deux tours”.
Côté PS, le problème est le rassemblement des voix de gauche au second tour et notamment les voix de LFI. Le PS n’a cessé d’affirmer qu’il n’y aurait pas d’accord national avec ce parti (PS et LFI ont néanmoins fait liste commune dans une soixantaine de villes). Mais cela n’exclut pas des arrangements locaux, justifiés généralement par le danger d’une victoire du RN.
Chez LFI, la stratégie islamo-gauchiste fonctionne, comme à Roubaix (46%) ou Saint-Denis. L’enjeu pour LFI est d’augmenter le nombre d’élus locaux, relai important pour la présidentielle, et faire son entrée au Sénat où LFI est absente. LFI est en position d’arbitre à Marseille ou Nantes. De quoi durcir les négociations qui vont se dérouler avec le PS. Dans de nombreuses grandes villes, les listes LFI se situent entre 10 et 15 % et sont dès lors les indispensables faiseurs de rois ou les fossoyeurs de la gauche. PS et écologistes n’excluent pas un accord au cas par cas avec LFI pour conserver des mairies importantes. Mais tel n’est pas le calcul de M. MELENCHON dont le seul but est l’élection présidentielle et qu’une défaite de la gauche aux municipales ne gênerait en rien.
S’il est puissant dans les scrutins nationaux, le RN était resté faible dans les scrutins municipaux. Afin de renforcer son maillage local, il a présenté avec son allié UDR quelque 600 listes. Laure LAVALETTE est arrivée en tête à Toulon avec environ 40 % mais est talonnée par Mme Josée MASSI (divers droite) autour de 30 %, le sénateur LR Michel BONNUS ayant 16 %. M. Louis ALIOT a été réélu à Perpignan de même que M. David RACHLINE à Fréjus. Comme pour LFI, l’enjeu de ces municipales est aussi d’augmenter le nombre de ses élus locaux et de renforcer sa représentation sénatoriale.
Du côté des candidats indépendants, Robert Ménard a été réélu à Béziers (65,6%), Nicolas Dupont-Aignan aussi à Yerres avec près de 80% et Jacques Bompard arrive en tête à Orange avec 32,9% devant le RN à 28,1%
Divorce catho « pire que pire » : des solutions ?
(3e et dernier article sur ce sujet explosif)
L’existence de la séparation injuste avec « enfants-otages privés de père » en milieu « catho plutôt tradi » semble établie. Des pères nous ont contactés. Des prêtres. Une grand-mère et même une mère. Des dizaines de témoignages. Pas des centaines, ouf, tant mieux. Mais pas négligeable non plus.
Les articles ont suscité de nombreux témoignages : https://lesalonbeige.fr/divorce-catho-pire-que-pire/ et https://lesalonbeige.fr/divorce-catho-pire-que-pire-2-du-cote-des-meres/
Un forum d’entraide s’est monté entre pères : pour en savoir plus, écrire à [email protected] .
Et maintenant, quelles solutions ? Les éléments suivants n’engagent que moi. Ils sont présentés de manière assez tranchées, alors que bien sûr les réalités seront nuancées.
Rappelons que ce 3e article se situe toujours dans le contexte d’une situation injuste, en milieu catho, où la mère empêche durablement et injustement toute relation enfants-père. De nombreux autres contextes existent, comme évoqué lors des articles précédents.
ETRE CONSCIENT QU’IL EXISTE DE TELLES SITUATIONS, MEME EN MILIEU CATHO
Essayez d’en parler avec un père malheureusement concerné, pour comprendre la réalité des choses. Il est formateur de lire les accusations écrites par les mères, par exemple une plainte, ou les « conclusions » d’une procédure juridique : on en reste scotché tant c’est violent.
Si possible, en parler au sein du couple, et se dire : « faisons tout pour que cela ne nous arrive pas, et donnons-nous nos lignes rouges ».
Prendre conscience qu’il n’y a que des perdants. Le père est détruit par son éviction. Les enfants sont détruits par l’absence de père, et aussi par le rejet de leur mère s’ils comprennent ce qui s’est passé. La mère elle-même peut être détruite par cette dernière circonstance, ou « simplement » par les dérives des enfants élevés sans père (apostasie, addictions, etc.).
CONNAITRE LES FACTEURS AUGMENTANT LE RISQUE QUE CELA ARRIVE
Beaucoup de mères concernées par ce problème n’ont pas eu de père, ou bien un père absent physiquement ou psychologiquement. Leur structuration s’est effectuée en l’absence d’un certaine « rugosité » de leur propre père. Maris, dans ce cas, votre éventuelle « rugosité » est un risque.
De même, le phénomène concerne plutôt les mères qui ont peu d’ambition professionnelle. Au contraire, une mère ayant des ambitions professionnelles fortes appréciera que le père s’occupe régulièrement des enfants.
Le risque d’accusations fortes s’accroît selon le comportement du père : « violence » sur les enfants ( = fessées, etc.), mensonges (réputation de menteur), actions illégales (au volant, etc.), pertes financières, etc.
Rappelons ici une évidence : en cas de violence sur la mère (coups, insultes, etc.), le père peut difficilement être défendu…
L’insistance concernant l’intimité est également un risque. Parfois il vaut mieux faire chambre à part.
Pour diminuer les risques, il faut être un père attentif, qui s’occupe des enfants, etc.
QUAND LES MOTS ARRIVENT : SEPARATION, DIVORCE
Le plus souvent, la mère prononce ces mots alors qu’un dialogue existe encore.
Même si cela fait mal, le père doit accepter le choix de la mère, qui est de vous quitter. En effet, la situation dégénère souvent à cause du refus du mari. La réaction de la mère est alors, en substance : « tu ne veux pas me laisser partir ? OK, tu vas dégager de ma vie d’une autre façon… ».
Nous préconisons ici d’envisager le « nesting » (ou « nid pour deux ») : les enfants restent dans la maison, avec présence alternative de chaque parent. Cela offre de nombreux avantages pour les enfants, avec cependant un risque : il est facile pour un parent d’accuser l’autre en cas de saleté, détérioration, etc. Cette situation doit donc être « surveillée » par des amis, si possible.
Si cela doit évoluer ensuite, les juges prendront en compte la situation en cours. Ils seront donc plus enclins à accepter une résidence alternée.
QUAND LA « GUERRE » EST DECLAREE
La « guerre » est vraiment ouverte au début de la judiciarisation : plainte, demandes d’ordonnance de protection et de séparation, etc. (cf les 2 articles précédents).
Pères, vous avez alors 2 choix « extrêmes », et toutes les nuances entre les deux : se laisser faire et tout accepter ; ou bien lutter pied à pied.
Il est très difficile de choisir.
Aucun choix n’assure la réussite. Tout dépendra des juges, de la mère, et parfois des enfants.
Concernant les enfants, ils souffriront dans tous les cas. Ils souffriront s’ils suivent leur mère, parce qu’ils se construiront sans père. Ils souffriront s’ils refusent, car ils seront conscients de la manœuvre, et leur mère sera abîmée à leurs yeux.
Conséquences fréquentes pour les enfants : abandon de la religion, difficulté à s’engager dans le mariage ou la parentalité, dépression voire suicide, etc.
SE LAISSER FAIRE ? UN CERTAIN LIEN ENFANTS-PERE PEUT PARFOIS ETRE MAINTENU
Si vous vous laissez faire, la mère pourra vous laisser des miettes, qui pourront permettre de conserver un certain lien avec les enfants. Mais pour ces derniers aussi, vous serez coupable, et donc possiblement rejeté.
Mais la mère n’accepte pas toujours de donner ces miettes. Elle évince parfois totalement le père quoi qu’il fasse : « c’est un pervers narcissique, il dégage ».
LUTTER ? SUR LES PLANS JURIDIQUE, SOCIAL ET RELATIONNEL
Pères, si vous luttez, tout va se durcir très vite : accusations et plaintes en tout genre.
Il faut alors convaincre tout le monde : juges, police, services sociaux, etc. Ainsi que famille, amis, et même parfois les enfants. Cette situation est déchirante. Les proches ont des liens d’affection avec les deux parents. Pourtant, les deux versions étant tellement différentes, il y a nécessairement au moins un menteur. Qui ?
Les moyens dont le père dispose légalement sont les procédures et la communication.
Procédures JAF, pénal si besoin, etc. : au risque de se faire taxer de « procédurier pour se venger du départ de la mère ».
Rappelons que ces procédures blessent les enfants : conflit de loyauté, enquêtes sociales, MJIE, AEMO, MDS, placement en ASE, etc. Lourdes blessures, sans même une garantie de résultat.
Les grands-parents peuvent aussi initier une procédure. Le Code civil précise en effet que l’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants.
Certaines procédures ne nécessitent d’ailleurs pas d’avocat : on peut rédiger ses conclusions seul, avec un ami, un huissier (peu onéreux), etc.
Concernant la communication avec les proches, il faut inviter chacun à écouter les deux parties.
DANS CETTE « GUERRE », IL N’Y A PAS DE BONNE SOLUTION… HORS L’EGLISE
Nous avons vu que toutes les « solutions » détruisent les enfants, le père, et même souvent la mère.
Dans sa sagesse, l’Eglise propose l’article 1153 du Droit Canon : « se séparer en vertu d’un décret de l’Ordinaire » et « à moins que l’autorité ecclésiastique n’en ait décidé autrement ». « Décider », donc un jugement, donc une enquête, pour démêler le vrai du faux.
Littéralement, cet article évoque la décision concernant la séparation des époux. Or l’Eglise ne s’engagera évidemment pas sur ce terrain, dans notre société. Mais cette enquête pourrait au moins juger l’éventuel degré de protection des enfants face au père, le cas échéant.
Malheureusement, dans notre France laïque, aucun évêque n’ordonnera une telle enquête, et aucun prêtre ne s’y risquera sans l’accord des 2 parents.
NOUS SOMMES L’EGLISE ?
Une solution pourrait alors être que cette enquête soient menée par des proches : une sorte de « conseil des sages » informel. Même en l’absence de l’accord d’un des parents.
Les éléments d’appréciation sont nombreux : écoute de la famille, conclusions devant le juge, plaintes, attestations, courriers, etc. Dans la réalité, il est facile de constater certains mensonges ou contradictions, et de demander des explications.
EN PRATIQUE
Clairement, je préconise de ne pas baisser les bras, pour 3 raisons : éviter une injustice sans fin contre les enfants s’il est bon pour eux de fréquenter leur père ; améliorer le climat général, quand la relation des enfants avec les 2 parents s’est équilibrée ; éviter que ce mode d’action se propage, s’il produit une victoire systématique.
Dans cette lutte, la partie juridique et sociale doit être menée avec les éléments cités au début : zéro violence, zéro mensonge, zéro illégalité, etc.
Le « conseil des sages » doit se former au plus vite, et être connu. Cela évite que chacun veuille se faire enquêteur et juge, propage des rumeurs, etc.
Point essentiel : ce « conseil » doit d’abord déterminer si la relation enfants-père peut reprendre sans risque. Il ne s’agit pas d’aider un père qui serait objectivement dangereux pour les enfants.
Sous cet œil amical et attentif, il est probable que les procédures juridiques et sociales seront elles aussi plus saines. En effet, il sera beaucoup plus difficile de mentir et de risquer une réprobation des proches.
Charles Rosiers, ancien chroniqueur au quotidien Présent, charles.rosiers@gmail.com
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Inversion sur la capitale – les Parisiens jaloux de la province ?
“- Tu es originaire de quel coin de la France ? demanda-t-il au premier.
De Montauban.
Oh le pays du cassoulet et du rugby ! s’exclama-t-il. Et toi ?
De Ploërmel, répondit le second.
L’irréductible Bretagne, ses chouans, son cidre et sa galette-saucisse !
Et toi, d’où est-ce que tu viens ? l’interrogèrent-ils à leur tour.
Moi je suis de région parisienne.”
Le mépris de la capitale pour la province est un lieu commun qui se vide peu à peu de ses habitants. Au sein d’espaces mondialisés où les différences s’estompent, l’identité des régions apparaît comme un roc. Enfin la ressemblance croissante de toutes les jeunesses occidentales inquiète fort le jeune parisien qui voue un culte à son originalité.
Paris est un creuset. La France entière s’y engouffre. Paris est la somme de toutes les régions : le béret est du Béarn, la marinière de la côte atlantique. Paris pioche, affine puis affiche les créations de nos terroirs avec succès. Mais derrière cette vitrine éclatante, le parisien s’interroge : quelle est ma part de contribution concrète dans cet étalage ?
Sous le règne de l’individu, la question de l’identité est centrale. Pour y répondre correctement, il faut d’abord se reconnaître une base commune. Ensuite, seule la réduction progressive de cette même base permet à terme l’émergence d’une individualité propre. Or, se dire citoyen du monde, français ou parisien semble de moins en moins satisfaisant à cet égard.
De nos jours, le parisien rêve d’enracinement, mais les racines ne prennent que mal dans le béton. Les familles de la métropole déménagent, donc s’en coupent toutes les quatre saisons. Dans nos villages, des générations naissent, vivent et meurent sous le même toit. Les mémoires régionales chantent des batailles que la république bâillonne, cependant que la capitale impose la libération de quelques criminels comme fête nationale.
Au sud, il y a l’ours des Pyrénées ; à l’ouest l’hermine de Bretagne ; et au centre le pigeon de Paris. Fluctuat nec mergitur : un navire médiéval pour symbole d’une ville où barbote des bâteaux-mouches. Enfin ces citoyens s’en réclament moins que d’une devise consensuelle et creuse composée de trois mots vagues. Pourtant, à quelques heures de là résonne encore : Potius mori quam foedari (plutôt mourir que se déshonorer).
Au cours de l’été précédent, avec plusieurs de mes amis, nous terminions une randonnée de quelques jours à Arzon, dans le Morbihan. Nous étions assis à la terrasse d’un café, face au port. Appuyé sur ma chaise, mon sac drapé du blason de de ma province ne tarda pas à attirer le regard de la table voisine. Autour de cette dernière, un groupe de jeunes hommes, proches de la vingtaine. Ils murmuraient encore lorsque je me mis à les observer. Profitant de ce contact visuel, l’un d’eux m’interrogea pour connaître l’origine de cet emblème. Des étoiles scintillaient du plus profond de ses yeux : les tours, les fleurs, les cœurs et la croix réveillaient son imaginaire.
Ce groupe ne donnait prise à aucune identification spécifique : ni accent, ni vêtements, ni visages typiques – ce qui est en soi déjà un trait de l’indifférenciation urbaine. Mon interlocuteur le confirma : ils vivaient en région parisienne.
Et du plus loin de cette région, tous semblaient désireux de connaître la fierté ressentie par le fait de porter un drapeau et d’en représenter les couleurs. Mais pour eux, une épineuse question demeurait en suspens : que représente le drapeau de la ville de Paris ?
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
La population du monde francophone est estimée à 602,2 millions d’habitants au 1er janvier 2026, contre 590,0 millions début 2025
Après avoir dépassé celles de l’espace hispanophone et de l’ensemble Union européenne – Royaume-Uni, la population du monde francophone est désormais estimée à 602,2 millions d’habitants, au 1er janvier 2026. Une progression essentiellement due à l’Afrique francophone, dont l’émergence démographique s’accompagne d’une remarquable montée en puissance économique, en ayant notamment affiché la croissance la plus élevée du continent pour la douzième année consécutive en 2025.
Selon les données et projections publiées par l’ONU mi-2024, complétées par celles fournies par certains organismes nationaux de la statistique (notamment dans le cas des pays partiellement francophones), la population du monde francophone est estimée à 602,2 millions d’habitants au 1er janvier 2026, contre 590,0 millions début 2025. Avec une progression de 2,07 % (soit 12,2 millions d’habitants), l’espace francophone creuse notamment l’écart avec l’ensemble constitué par l’Union européenne et le Royaume-Uni, qu’il avait dépassé en 2018 (519 millions, hors territoires français d’outre-mer), et avec le monde hispanophone qu’il avait dépassé en 2011 (488 millions).
Le dynamisme de l’espace francophone
Cette estimation correspond à la population du monde francophone dans sa définition géographique la plus stricte et la plus sérieuse, qui ne tient compte que des pays et territoires réellement francophones, c’est-à-dire dans lesquels la population est en contact quotidien avec la langue française, à différents degrés, et où l’on peut « vivre en français ». Dans ces pays et territoires, le français est par conséquent, seul ou avec une langue locale partenaire, la langue de l’administration, de l’enseignement (pour l’ensemble de la population scolaire, au moins à partir d’un certain âge), des affaires et des médias, ou au moins la langue maternelle de la population, sous sa forme standard ou sous une forme créolisée (un peu comme l’arabe dialectal par rapport à l’arabe standard dans les pays du Maghreb).
Le monde francophone est donc un vaste ensemble rassemblant non moins de 33 pays, répartis sur quatre continents, et pour lequel ne sont donc comptabilisés que les parties francophones des pays partiellement de langue française, comme la Belgique ou le Canada (respectivement la Fédération Wallonie-Bruxelles et l’ensemble Québec-Acadie du Nouveau-Brunswick). Par ailleurs, l’espace francophone ne tient pas non plus compte d’un certain nombre de pays membres à part entière de l’Organisation internationale de la francophonie (mais ne remplissant aucun des critères nécessaires afin de pouvoir être considérés comme francophones, tels que le Liban, la Roumanie ou encore la Guinée-Bissau), ainsi que des nombreux pays et territoires non francophones à travers le monde où l’apprentissage du français est obligatoire pour tous les élèves, à partir du primaire ou du secondaire.
Ce vaste espace s’étend donc sur près de 16,3 millions de km2, soit près de quatre fois l’Union européenne tout entière. À cela, s’ajoutent de vastes territoires maritimes, et notamment la zone économique exclusive française, seconde plus grande au monde avec ses près de 10,2 millions de km2 (soit plus du double de la superficie terrestre totale de l’Union européenne). Les cinq premiers pays francophones sont aujourd’hui la République démocratique du Congo (ou RDC, 114,6 millions d’habitants), la France (69,7 millions, territoires ultramarins inclus, tous statuts confondus), l’Algérie (47,7), le Maroc (39,2) et Madagascar (33,1). Cette dernière est talonnée de très près par la Côte d’Ivoire, qui est sur le point de la dépasser (33,1 millions également).
Avec une croissance démographique de 2,07 % en 2025, et un taux de fécondité global de 3,94 enfants par femme (en légère baisse par rapport au taux de 4,01 observé l’année précédente), le monde francophone constitue l’espace linguistique le plus dynamique au monde. Il se classe devant l’espace arabophone, dont la croissance s’élève à 1,80 % et dont la population est estimée à 512,4 millions d’habitants début 2026 (avec un taux de fécondité global de 3,10 enfants par femme). Grâce à ce dynamisme, le monde francophone avait d’ailleurs dépassé en 2011 l’espace hispanophone, en progression de 0,71 % en 2025 et qui rassemble désormais 488,3 millions d’habitants (avec un taux de fécondité de 1,78 enfant par femme, et ayant donc aussi été récemment devancé par l’espace arabophone*).
La croissance démographique du monde francophone devrait demeurer supérieure à celle des autres espaces linguistiques, et porter la population de cet ensemble à un peu plus d’un milliard d’habitants en 2060 (1,060 milliard, en se basant essentiellement sur les projections de l’ONU, contre 812 millions pour l’espace arabophone, et 541 millions pour l’ensemble hispanophone – graphique 1). Le rythme de cette progression est toutefois sur une tendance baissière, notamment du fait de la baisse continue du taux de fécondité en Afrique subsaharienne francophone, qui s’établit désormais à 4,90 enfants par femme, contre 4,98 en 2024 et non moins de sept enfants en 1975 (soit une diminution de près d’un tiers, mais qui demeure en bonne partie masquée par les conséquences démographiques de la hausse régulière de l’espérance de vie et de la chute de la mortalité pour toutes les classes d’âge).
Au passage, il convient toutefois de rappeler que l’espace francophone demeure assez largement sous-peuplé, même en tenant compte des territoires désertiques ou recouverts par de denses forêts équatoriales. À titre d’exemple, sa population actuelle n’est que 16 % supérieure à celle de l’ensemble Union européenne – Royaume-Uni, qui occupe pourtant une superficie près de quatre fois moins étendue. Autre exemple plus précis, la Côte d’Ivoire, pays le plus dynamique économiquement du continent africain (en tenant compte à la fois de ses taux de croissance économique et du niveau de richesse déjà atteint), ne compte que 33,1 millions d’habitants pour un territoire un tiers plus vaste que celui du Royaume-Uni, dans ses frontières européennes (et non deux ou trois fois plus petit, comme l’indiquent la plupart des cartes géographiques en circulation, terriblement déformantes de la réalité… et des esprits). Ce dernier ayant une population de presque 70 millions d’habitants, la Côte d’Ivoire devrait donc compter non moins de 92 millions d’habitants pour être aujourd’hui proportionnellement aussi peuplée.
Les chiffres involontairement trompeurs de l’OIF
Par ailleurs, il est à noter que le chiffre d’environ 300 millions de francophones fréquemment avancé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ne correspond qu’au nombre de personnes ayant au moins une assez bonne maîtrise de la langue française. Ce chiffre est ainsi obtenu en ne comptabilisant, par exemple, que le tiers de la population ivoirienne et le quart de celle du Sénégal (en excluant notamment une bonne partie des personnes les plus âgées). Par conséquent, il ne traduit aucune réalité économique ou géopolitique, étant donné que seule la population totale doit être prise en compte pour l’évaluation de la taille du marché ou du poids géopolitique du pays concerné. De même, le critère retenu par l’OIF est largement inapproprié d’un point de vue social, pour la simple raison que de nombreuses choses de la vie courante se font en français dans les pays et territoires francophones (médias, internet, administration publique, documents commerciaux et comptables…), dans lesquels l’ensemble de la population est donc en contact quotidien avec la langue française, y compris dans les zones les plus reculées où le pourcentage de personnes ayant au moins une assez bonne maîtrise de la langue est moins élevé (en particulier chez les moins jeunes).
Toute statistique ne tenant pas compte de l’ensemble de la population des pays et territoires francophones, et diffusée à un large public (au-delà, donc, d’un nombre restreint de hauts fonctionnaires et de responsables politiques, en vue d’aider à l’élaboration des stratégies nationales en matière d’éducation), n’a donc pour seule et unique conséquence que d’induire en erreur les acteurs et décideurs économiques et politiques, ainsi que l’ensemble de la société civile, en dévalorisant considérablement à leurs yeux le monde francophone et la langue française. Une erreur d’appréciation dont peuvent même être victimes les organismes les plus prestigieux, à l’instar de l’organisme publique France Invest, qui publia en 2019 un Guide sur le capital-investissement destiné à de grandes entreprises (« Investir dans la croissance des entreprises en Afrique ») et dans lequel était rédigée, noir sur blanc, la phrase suivante au sujet de l’Afrique francophone, Maghreb inclus : « l’Afrique francophone regroupe 260 millions d’habitants » (alors qu’elle comptait déjà plus de 410 millions d’habitants). Plus grave encore, les données de l’OIF peuvent parfois être utilisées par certaines parties cherchant à dénigrer et attaquer la langue française, en faisant croire qu’elle ne concerne qu’environ 300 millions de personnes dans le monde.
Toute diffusion médiatique des chiffres publiés par l’OIF, sans explication préalable et suffisamment claire du critère utilisé, peut donc avoir de gravissimes conséquences économiques et géopolitiques, contraires aux intérêts de l’ensemble des pays et peuples de la grande famille francophone. Il est donc satisfaisant de constater que certains organismes ont récemment commencé à prendre leurs distances avec les données de l’OIF, à l’instar de la direction du MEDEF (principale organisation patronale française) qui n’avait utilisé que le chiffre relatif à la population totale de l’espace francophone lors de la première « Rencontre des entrepreneurs francophones » (REF), organisée en France en août 2021.
Enfin, il convient de rappeler que la connaissance de la langue française dépasse largement les frontières du monde francophone et de ses 602 millions d’habitants, le français étant la deuxième langue la plus enseignée au monde, après l’anglais. Son apprentissage est d’ailleurs obligatoire dans les établissements d’enseignement primaire et/ou secondaire d’un certain nombre de pays (comme en République dominicaine, au Costa Rica ou encore, désormais, dans tous les pays anglophones et lusophones d’Afrique de l’Ouest, ainsi qu’en Angola, dernier pays à l’avoir rendu obligatoire, dès le primaire à partir de la rentrée 2024). À la population du monde francophone, s’ajoutent donc quelques centaines de millions de personnes à travers le monde ayant une connaissance de la langue française, à divers degrés (chiffre en constante hausse et que l’on peut aujourd’hui estimer à plus de 350 millions, toutes générations confondues).
L’émergence démographique et économique de l’Afrique francophone
La progression démographique du monde francophone résulte essentiellement du dynamisme de l’Afrique francophone, qui a connu une croissance de 2,39 % en 2025 (2,73 % pour sa partie subsaharienne). La population de ce vaste ensemble de 25 pays a d’ailleurs dépassé la barre des 500 millions d’habitants en 2025, pour s’établir à 504,6 millions début 2026 (soit 83,8 % de la population de l’espace francophone). Pour rappel, l’Afrique francophone ne rassemblait que 74 millions d’habitants en 1950, soit à peu près autant que l’Allemagne seule, à ce moment-là (69,5 millions). Cette même année, la population du monde francophone était d’ailleurs estimée à seulement 129 millions d’habitants, soit 4,7 fois moins qu’aujourd’hui.
Ce dynamisme se traduit notamment par la montée en puissance des villes africaines, qui occupent désormais huit des dix premières places du classement mondial des métropoles francophones. La capitale de la RDC, Kinshasa, continue à dominer le classement avec son agglomération d’environ 15 millions d’habitants (chiffre variable selon les sources), devant la capitale française, Paris, qu’elle dépasse désormais largement (11,2 millions), et la ville d’Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire (6,7 millions). De son côté, la ville de Montréal, deuxième ville non africaine et capitale économique du Québec, arrive en septième position avec une population de 4,6 millions d’habitants.
Mais cet essor démographique s’accompagne également de l’émergence et de la montée en puissance économique de ce vaste ensemble qui réalise presque constamment les meilleures performances du continent en matière de croissance économique, tout en étant globalement la partie la moins touchée par l’inflation, la moins endettée, la plus industrialisée, ainsi que la partie la moins frappée par les inégalités, la criminalité et la corruption. Ainsi, et à partir des dernières données publiées par la Banque mondiale au mois de janvier, l’Afrique subsaharienne francophone, regroupant 22 pays, a été le moteur de la croissance économique continentale pour la douzième année consécutive en 2025, avec une progression globale de 4,9 %, contre 3,4 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Sur la période de douze années allant de 2014 à 2025, la croissance annuelle de l’Afrique subsaharienne francophone s’est ainsi établie à 4,1 %, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne (graphique 2).
Dans le même temps, et à partir des dernières estimations du FMI, l’Afrique subsaharienne francophone a continué d’afficher le niveau d’inflation le plus faible avec un taux estimé à seulement 4,0 %, contre 17,4 % pour l’Afrique subsaharienne non francophone (soit un taux annuel de 4,2 % pour la période 2014-2025, contre 19,8 %). Par ailleurs, et toujours selon les données du FMI, l’Afrique subsaharienne francophone a également affiché le niveau d’endettement le plus faible en Afrique subsaharienne, pour la neuvième année consécutive, avec une dette publique estimée à 51,6 % du PIB en 2025 (et la présence de seulement trois pays francophones parmi les dix pays subsahariens les plus endettés), creusant ainsi l’écart avec le reste de l’Afrique subsaharienne (64,6 %). Une triple performance majestueuse qui devrait d’ailleurs se répéter, encore une fois, en 2026, et des particularités que l’on observe également en Afrique du Nord, notamment avec des niveaux d’inflation et d’endettement plus faibles dans les pays francophones du Maghreb qu’en Égypte.
Sur les douze dernières années, l’Afrique francophone subsaharienne a donc connu une croissance économique supérieure à son rythme de croissance démographique, et même largement plus importante. À l’inverse, le reste de l’Afrique subsaharienne a connu une progression économique inférieure à sa croissance démographique, pourtant elle-même légèrement moins rapide que celle de la zone francophone.
Sur la période 2014-2025, sept des dix plus fortes croissances réalisées l’ont été par des pays francophones, à savoir la Côte d’Ivoire (6,3 %), la Guinée (6,1 %), le Niger (5,8 %), la RDC (5,8 %), le Bénin (5,7 %), Djibouti (5,6 %) et le Sénégal (5,5 %). Il convient là de noter que ce classement n’intègre pas le cas très particulier du Rwanda anglophone, qui ne peut plus être pris en compte dans les classements économiques africains étant donné que ses performances officielles sont largement faussées par le pillage massif des richesses de la RDC voisine, qui représentent désormais près de 50 % des exportations rwandaises de biens (et régulièrement accompagné de massacres de populations civiles). Un cas unique au monde, permis par une protection américaine… et par le silence de la quasi-totalité des pays africains. Par ailleurs, cette injustice n’empêche pas le Rwanda de demeurer parmi les pays les plus pauvres du continent, avec un PIB par habitant de seulement 1 000 dollars exactement en 2024 (classé 38e en Afrique, selon les dernières données disponibles auprès de la Banque mondiale, après intégration d’une mise à jour concernant le Soudan du Sud). […]
IA et fin du salariat : Vers un nouvel équilibre économique forcé
Nous regardons l’océan depuis le rivage en concluant qu’il est peu profond, alors que l’abîme se creuse déjà sous nos pieds. Tandis que la majorité des actifs s’amuse avec des versions gratuites et obsolètes de l’IA , l’automatisation silencieuse démantèle méthodiquement les fondations de notre modèle de société.
Ce n’est plus une question de “si” les machines remplaceront l’humain, mais de savoir comment survivra un système qui détruit mécaniquement ses propres consommateurs.
I. Une accélération que personne ne regarde en face
Aujourd’hui, bien trop peu de gens se rendent compte des avancées exponentielles en matière d’intelligence artificielle. Il est vrai que la moitié de la population active utilise désormais l’IA dans son travail, mais cette utilisation se limite le plus souvent à des tâches basiques — rédaction d’emails, reformulation de textes, requêtes simples.
Trop de gens restent sur une expérience datant de quelques mois avec une IA gratuite, sans percevoir l’abîme colossal entre modèles payants et gratuits. Pourtant, 62,7 % des personnes utilisant l’IA au travail n’ont accès qu’à un modèle gratuit. Ces modèles légers, optimisés pour la rapidité et l’économie de ressources, donnent une image radicalement tronquée de l’état réel de la technologie. Obtenir un code fonctionnel de plus de cent lignes y relève déjà du défi.
Avec un plan payant, les derniers modèles de pointe peuvent travailler plusieurs heures de façon autonome et livrer une application complète de plus de dix mille lignes. En trois mois, un modèle gagne entre 15 et 20 % sur les benchmarks de référence — et la fréquence de ces améliorations est elle-même croissante.
En 2023, GPT-4 échouait au test élémentaire « Qui est le père du fils de Paul ? ». Aujourd’hui, les meilleurs modèles créent des sites web complets, écrivent des workflows automatisés, naviguent sur des interfaces graphiques, composent et corrigent du code complexe, tout en gérant des chaînes de raisonnement approfondies — un ensemble de tâches professionnelles de bout en bout qui pouvaient mobiliser des équipes entières pendant des semaines. Le dernier modèle d’Anthropic a été en partie conçu grâce à son prédécesseur. À chaque génération, la part humaine dans la conception du suivant diminue.
Baser son jugement sur une IA gratuite ou sur une expérience datant de plus de six mois n’est pas une évaluation objective. C’est regarder l’océan depuis le rivage et conclure qu’il est peu profond.
II. Une intelligence fondée sur les mêmes bases que la nôtre
Beaucoup affirment que l’IA ne pourra jamais les remplacer dans leur travail, car elle manquerait de souplesse, de créativité, de bon sens. Cet argument repose sur une incompréhension fondamentale de ce qu’est l’intelligence — humaine ou artificielle.
L’IA, comme notre cerveau, apprend à partir de données, en déduit des patterns, des règles abstraites. Son savoir n’est pas codé en dur ; il est acquis par déduction et inférence. Ce n’est pas du tout différent du fonctionnement neuronal : le cerveau humain est lui aussi un système de reconnaissance de patterns appris, opérant sur une base probabiliste. Il s’en distingue par certaines subtilités — des raccourcis heuristiques, un apprentissage en peu d’exemples, une intégration sensorielle incarnée — mais le socle computationnel est identique.
Or ces subtilités s’effacent à mesure que les modèles grandissent. La souplesse contextuelle, jadis inaccessible aux machines, est aujourd’hui leur terrain naturel. Cela conduit à une conclusion inévitable : tout ce que l’humain peut accomplir à partir de données, de patterns, de langage et de raisonnement — c’est-à-dire la quasi-totalité des travaux intellectuels — l’IA pourra le faire. Et mieux. Si un plafond existe, nous ne l’avons pas encore approché, et il serait scientifiquement irresponsable de parier qu’il se trouve à portée de main.
III. Les deux phases de l’automatisation
L’automatisation du travail ne se produira pas en une vague uniforme. Elle s’articulera en deux phases majeures, distinctes par leur nature, leur rythme et leurs impacts sociaux.
Phase 1 — L’automatisation du travail intellectuel : rapide, brutale, imminente
Les secteurs en première ligne
La première phase est déjà engagée. Elle concerne l’ensemble des travaux de traitement de l’information : le droit (rédaction de contrats, analyse juridique, recherche de jurisprudence), la finance (audit, comptabilité, analyse de marchés), le journalisme et la production de contenu, la programmation informatique, la traduction, la médecine diagnostique, le marketing et le service client. Ces domaines partagent une caractéristique structurelle décisive : ils opèrent déjà sur des infrastructures numériques. Aucun investissement matériel n’est à déployer, aucune chaîne de production à reconvertir. L’intégration de l’IA s’y fait par simple abonnement logiciel. C’est précisément ce qui rend cette phase à la fois la plus rapide et la plus dangereuse.
Une disruption sans précédent historique
Les révolutions industrielles précédentes ont détruit des métiers en quelques décennies, laissant le temps aux générations de s’adapter et aux institutions de se réorganiser. La première révolution industrielle a mis quatre-vingts ans à transformer structurellement le marché du travail. La révolution informatique des années 1980-2000 a étalé ses effets sur deux décennies.
L’automatisation par l’IA générative opère sur une échelle temporelle radicalement différente. Un cabinet juridique peut réduire de 60 % ses besoins en jeunes associés en l’espace d’un seul cycle budgétaire. Un département de traduction peut être dissous en quelques mois. Ces mutations ne prennent pas une génération — elles prennent une décision de direction.
Là où l’industrialisation a donné aux sociétés le temps de souffrir et de s’adapter, l’IA leur donnera le temps de souffrir, sans celui de s’adapter.
Le double facteur de brutalité
Cette première phase sera particulièrement violente pour deux raisons qui se renforcent mutuellement. D’abord, personne ne s’y attend réellement. La réaction dominante reste le déni ou la minimisation, fondée sur une expérience des outils gratuits et obsolètes. Cette sous-estimation collective retarde la préparation individuelle et institutionnelle. Ensuite, aucun système politique n’anticipe ce changement. Les gouvernements actuels consacrent leurs débats à la réforme des retraites, à la transition énergétique, aux tensions géopolitiques. On prépare minutieusement la guerre ; on ignore superbement le changement de civilisation.
Phase 2 — L’automatisation du travail physique : profonde, étalée, inéluctable
Un déploiement contraint mais inévitable
La seconde phase concerne l’automatisation des tâches manuelles et physiques : agriculture, logistique, construction, transport, restauration, soins à la personne. Elle est déjà amorcée dans certains secteurs, mais son déploiement massif est contraint par trois verrous majeurs.
Le premier est le coût d’investissement initial : remplacer un ouvrier par un robot implique de repenser les espaces de production, adapter les processus, former les techniciens de maintenance. Pour les PME, ce saut reste considérable. Le second est la robustesse en environnement non structuré : un robot performant dans un entrepôt calibré devient nettement moins fiable sur un chantier de construction ou dans la chambre d’un patient. Le troisième est réglementaire et culturel — certains secteurs bénéficieront temporairement d’une protection non pas technique mais politique.
Ces freins signifient que la transformation sera plus progressive — pas qu’elle sera évitée. Sur un horizon de vingt à trente ans, la conjugaison des progrès de la robotique, de la réduction des coûts et de l’accumulation d’expérience en conditions réelles rendra le déploiement massif économiquement rationnel dans la quasi-totalité des secteurs physiques. Cette seconde phase offrira davantage de temps pour des transitions négociées — si et seulement si la première phase a permis de construire les infrastructures politiques et sociales nécessaires. Dans le cas contraire, elle arrivera sur un terrain déjà dévasté.
IV. L’effondrement économique structurel — logique et inévitable
L’automatisation progressive de l’ensemble du travail humain entraîne une contradiction fondamentale au cœur du modèle économique contemporain. Cette contradiction n’est pas un risque théorique ; c’est une conséquence logique déductible des principes premiers du système.
La boucle production-consommation brisée
Le système économique actuel repose sur une boucle simple et robuste : les individus vendent leur travail contre un salaire ; ce salaire leur permet d’acheter des biens et services produits par d’autres individus rémunérés pour leur travail. La production nourrit la consommation, et la consommation finance la production.
L’automatisation rompt cette boucle à son point d’origine. Lorsque le travail humain est remplacé par des machines, les revenus distribués aux travailleurs disparaissent, mais les biens continuent d’être produits — voire en plus grande quantité. On se retrouve alors dans une situation structurelle de surproduction relative : les usines tournent, les serveurs traitent, les algorithmes génèrent, mais de moins en moins de personnes disposent des revenus nécessaires pour acheter ce qui est produit.
Le paradoxe de l’automatisation totale
La logique peut être formulée simplement : plus une économie automatise, moins elle peut vendre ce qu’elle produit. Une économie à 100 % automatisée — dans laquelle aucun être humain ne travaille — est une économie dans laquelle personne ne dispose de revenus issus du travail. Sauf redistribution extérieure des profits de l’automatisation, cette économie ne trouve plus d’acheteurs solvables.
Les propriétaires des systèmes automatisés concentrent des richesses sans précédent, mais leur consommation individuelle, aussi extravagante soit-elle, ne peut absorber la totalité de la production d’une économie de masse. Le marché de masse — fondement du modèle industriel depuis Ford — disparaît avec les revenus de la masse.
Une économie qui automatise sans redistribuer creuse sa propre tombe : elle détruit les consommateurs dont elle a besoin pour exister.
V. Le Revenu Universel de Base — non pas une solution, mais l’équilibre vers lequel le système tend
Le Revenu Universel de Base (RUB) est presque toujours présenté comme une proposition idéologique : généreuse pour certains, irresponsable pour d’autres. Ce cadrage est un contresens complet. Le RUB n’est pas une solution qu’une société choisirait d’adopter par idéal de justice. C’est l’état d’équilibre vers lequel toute économie suffisamment automatisée sera mécaniquement contrainte de converger — parce que c’est la seule configuration dans laquelle elle peut continuer à fonctionner. C’est une loi économique, pas un programme électoral.
La boucle achat-vente et son point de rupture
Toute économie de marché repose sur une boucle d’une simplicité absolue : des entités produisent des biens et des services ; d’autres entités les achètent ; les revenus tirés de ces ventes permettent de produire de nouveau. Ce cycle ne peut tourner qu’à une condition sine qua non : que les acheteurs existent, c’est-à-dire qu’une masse suffisante de la population dispose du pouvoir d’achat nécessaire pour écouler la production.
Or le salaire est, dans le modèle actuel, le mécanisme central par lequel ce pouvoir d’achat est distribué à la population. C’est en travaillant que les individus obtiennent les revenus qui leur permettent de consommer. L’entreprise verse des salaires ; ses salariés dépensent ; d’autres entreprises encaissent ; et le cycle se perpétue. Retirer le travail de cette équation, c’est retirer le mécanisme de distribution lui-même.
C’est exactement ce que fait l’automatisation. À mesure que les machines remplacent les travailleurs, la masse salariale distribuée par les entreprises à leur personnel se contracte. La production, elle, ne se contracte pas — elle augmente, car les machines produisent plus vite, sans arrêt, à coût marginal décroissant. On arrive à une contradiction structurelle irréductible : une économie dont la capacité de production croît, mais dont la capacité d’absorption — le pouvoir d’achat de la population — décroît simultanément.
La spirale de régression
La mécanique qui s’ensuit est arithmétique, non politique. Les stocks s’accumulent faute d’acheteurs solvables. Pour écouler les invendus, les entreprises baissent leurs prix. Les marges s’effondrent. Pour restaurer la rentabilité, elles réduisent leurs coûts — ce qui signifie réduire leur production ou accélérer encore l’automatisation, aggravant le chômage. La demande se contracte davantage. De nouveaux secteurs perdent leurs débouchés. L’État, privé d’assiette fiscale par la disparition des salaires, voit ses recettes s’effondrer et ne peut plus amortir le choc. La spirale est auto-entretenue.
Ce n’est pas une projection catastrophiste : c’est la description du mécanisme classique d’une crise de surproduction, amplifié à une échelle et à une vitesse sans précédent par l’automatisation généralisée. John Maynard Keynes en avait posé les bases théoriques dans les années 1930 en montrant qu’une économie peut se stabiliser à un niveau d’équilibre bas, bien en dessous de son potentiel de production, si la demande effective est insuffisante. L’automatisation totale pousse cette logique à son terme absolu.
Une économie qui automatise sans redistribuer ne détruit pas seulement des emplois — elle détruit ses propres acheteurs. Et une économie sans acheteurs ne produit plus. Elle régresse.
Le RUB comme point d’équilibre forcé
C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre le RUB — non pas comme une intervention bienveillante de l’État, mais comme le mécanisme de correction que le système lui-même appelle pour ne pas s’auto-détruire. Si le salaire ne peut plus assumer la fonction de distribution du pouvoir d’achat, quelque chose d’autre doit la remplir. Dans une économie automatisée, ce quelque chose ne peut provenir que d’une redistribution des gains de la production automatisée elle-même vers ceux qui en sont exclus — mais qui demeurent les acheteurs sans lesquels la production n’a aucune raison d’être.
L’économie tend vers cet équilibre par deux chemins. Soit de manière organisée et anticipée : un RUB financé par les gains de l’automatisation reconstitue le pouvoir d’achat de la population, permettant aux machines de continuer à produire pour des acheteurs qui peuvent consommer. Soit de manière désordonnée : l’effondrement successif des débouchés entraîne des crises économiques majeures, des tensions sociales extrêmes, et finalement des réponses politiques d’urgence imposées sous contrainte dans des conditions infiniment moins favorables.
Dans les deux cas, l’équilibre final est identique : une forme de redistribution du produit de l’automatisation vers la population, pour que la production trouve preneur et que le cycle économique puisse se perpétuer. La seule variable est le niveau de destruction sociale subi avant d’y parvenir.
Vers une société du loisir — une transition anthropologique
Si l’automatisation libère l’humain de la contrainte du travail productif, elle pose une question que l’économie seule ne peut résoudre : à quoi une société consacre-t-elle son temps lorsque ce temps n’est plus contraint par la nécessité de subsistance ? Keynes lui-même anticipait, dès 1930, que les gains de productivité conduiraient ses petits-enfants à ne travailler que quinze heures par semaine, libérant le reste au profit de la culture, du lien social et de l’épanouissement personnel. L’automatisation par l’IA rend cette perspective non plus graduelle mais abrupte.
Une société organisée autour du loisir n’est pas une société oisive. Elle est une société dans laquelle la valeur n’est plus exclusivement définie par la productivité marchande, mais par la création, le soin, la transmission et la vie commune — des activités que les machines peuvent assister mais jamais remplacer dans leur dimension humaine. Le revenu universel n’est alors pas seulement un mécanisme économique de stabilisation : il est aussi la condition matérielle d’une recomposition du sens collectif, dans un monde où le labeur n’est plus le centre de gravité de l’existence.
Cette transition anthropologique est à la fois la plus nécessaire et la moins préparée. Aucun système éducatif, aucun discours politique, aucune institution culturelle ne prépare aujourd’hui les sociétés à habiter un monde post-travail. C’est pourtant vers ce monde que nous nous dirigeons — lentement ou brutalement, selon les choix que nous ferons dans les années qui viennent.
Le financement : l’État gestionnaire de la production
La question du financement du RUB est souvent présentée comme l’obstacle dirimant. Elle est en réalité la moins complexe des questions, car la richesse produite par l’automatisation existe et croît — le problème est uniquement sa distribution.
Le modèle le plus cohérent avec la logique décrite ci-dessus est celui de l’État gestionnaire de la production automatisée. À mesure que les machines remplacent les travailleurs, la question de la propriété des systèmes productifs devient centrale : si une usine entièrement robotisée n’emploie plus personne, qui perçoit ses bénéfices ? Dans le modèle actuel, exclusivement ses actionnaires. Mais ce modèle devient économiquement insoutenable dès lors que la masse des exclus du travail représente une fraction significative de la population — car cette même masse constitue le marché dont dépend la survie de l’entreprise.
L’évolution logique est celle d’une copropriété collective, partielle, des infrastructures de production automatisées. L’État — agissant comme gestionnaire au nom de l’ensemble des citoyens — prend position dans le capital des systèmes productifs déployés sur son territoire : fonds souverains d’IA, participations publiques dans les entreprises hautement automatisées, licences d’exploitation conditionnées à une redistribution de revenus. Les dividendes de cette copropriété sont redistribués à la population sous forme de revenu universel, reconstituant ainsi le pouvoir d’achat nécessaire à l’écoulement de la production.
Ce modèle n’est pas une nationalisation idéologique. C’est une actualisation du contrat économique : de même que les ressources naturelles d’un territoire appartiennent à ses habitants, les gains de productivité générés par des infrastructures automatisées sur ce territoire doivent revenir, en partie, à l’ensemble de la société qui en constitue le marché. La Norvège en offre un précédent crédible avec son fonds souverain pétrolier — l’extension de ce principe à l’économie automatisée est une projection logique, non fantaisiste.
Lorsque la machine remplace le travailleur, la richesse ne disparaît pas — elle augmente. La question est uniquement de savoir si elle circule ou si elle s’accumule. Sans circulation, la production elle-même s’arrête faute de débouchés.
Ce que les expérimentations confirment — et ce qu’elles ne prouvent pas
Plusieurs expérimentations ont produit des données préliminaires utiles. En Finlande, l’expérience de 2017-2018 a réfuté l’hypothèse de passivité induite par un revenu garanti. Le programme SEED à Stockton (2019-2021) a montré que les bénéficiaires augmentaient leur taux d’emploi à temps plein plus vite que le groupe de contrôle. GiveDirectly au Kenya observe une hausse de l’entrepreneuriat sans réduction du travail productif. Ces résultats sont des signaux d’orientation, non des preuves de faisabilité à grande échelle. Ils ne peuvent être extrapolés directement au contexte d’une automatisation massive et nationale.
L’argument central du RUB ne repose pas sur ces expériences. Il repose sur la logique économique exposée ci-dessus : sans redistribution du pouvoir d’achat, la production automatisée ne trouve plus de débouchés et le système s’effondre. Les expérimentations confirment simplement que la redistribution ne détruit pas l’incitation à travailler — ce qui lève un obstacle comportemental souvent avancé, sans être l’argument de fond.
La fenêtre temporelle : pourquoi l’anticipation est décisive
Si le RUB est l’équilibre vers lequel le système tend inévitablement, la seule vraie variable est le moment et les conditions dans lesquels cet équilibre est atteint. Anticipé et organisé, il préserve la cohésion sociale, maintient la capacité fiscale de l’État, et permet une transition progressive. Subi, il arrive dans un contexte de crise économique majeure, de tensions sociales extrêmes, et de capacités institutionnelles dégradées.
Pour être viable, le RUB doit être préparé avant que la crise de chômage technologique n’atteigne une masse critique. Une fois que 40 ou 50 % de la population active est privée d’emploi structurel, la base fiscale s’est effondrée, les entreprises ont perdu leurs marchés, et la cohésion nécessaire à toute réforme est irrémédiablement brisée. À ce stade, le RUB reste la seule issue — mais ses conditions de mise en œuvre sont catastrophiques.
Le RUB doit précéder la crise, pas la suivre. Ce n’est pas une question d’idéologie — c’est une question de calendrier économique.
VI. Le vrai danger : le déni organisé
Le danger existentiel ne réside pas dans l’intelligence artificielle elle-même. Une technologie n’est ni bonne ni mauvaise en soi — elle est ce que les sociétés décident d’en faire. Le danger réside dans le déni collectif qui empêche de prendre les décisions nécessaires pendant qu’elles sont encore possibles.
Ce déni opère à trois niveaux. Au niveau individuel, il se manifeste par la conviction persistante que « mon métier est trop complexe pour être automatisé » — souvent formulée par des personnes dont la connaissance de l’IA repose sur des outils gratuits obsolètes. Au niveau institutionnel, il se manifeste par l’absence totale de législation anticipatoire, de plans de reconversion structurels, de fiscalité adaptée aux nouvelles formes de création de valeur. Au niveau culturel, enfin, il se nourrit du récit dominant selon lequel le progrès technologique crée toujours plus d’emplois qu’il n’en détruit — un récit valide pour les révolutions passées, mais peut-être faux pour la première fois dans l’histoire.
L’analogie avec le changement climatique est ici pertinente. La communauté scientifique a alerté pendant des décennies sur une transformation systémique lente mais irréversible. Les premières réponses politiques ont été retardées par le déni et les intérêts à court terme. Nous en payons aujourd’hui le prix croissant. La transformation technologique suit exactement le même schéma — avec une différence : l’échelle de temps est incomparablement plus courte. Nous n’avons pas des décennies. Nous avons peut-être des années.
Conclusion — Anticiper ou subir
L’automatisation est en cours. Elle ne peut pas être arrêtée, et il serait vain de le souhaiter — les gains de productivité, de qualité de vie et de connaissance qu’elle promet sont réels et précieux. La question n’est pas si la transformation aura lieu, mais comment elle aura lieu.
Elle peut avoir lieu dans le chaos, sans préparation, avec une concentration croissante des richesses, une paupérisation de masse et une désintégration de la cohésion sociale. Ou elle peut avoir lieu dans le cadre d’une transition organisée, équitable, qui redistribue les gains de l’automatisation à l’ensemble de la société et réinvente le rapport humain au travail, à la contribution et au sens.
Ce choix — et c’est bien un choix — ne sera pas fait par les marchés. Il ne sera pas fait par les entreprises technologiques. Il devra être fait par les citoyens, les démocraties, les institutions capables de décision collective. Mais ce choix ne peut être fait que s’il est d’abord reconnu comme nécessaire.
La stratégie de l’autruche n’a jamais protégé personne. Elle n’a fait que transformer les risques prévisibles en catastrophes subies.
Il est encore temps d’anticiper. Il ne sera bientôt plus temps de choisir.
Références
— Le Monde Emploi — « 53 % des actifs utilisent l’IA dans leur vie professionnelle » (avril 2025)
— Ipsos — AI at Work Survey Report 2025
— Digital Applied — GPT benchmark comparisons 2024-2025
— KELA Finland — Basic Income Experiment Results (2019)
— Stockton SEED Program — Longitudinal Study (2021)
— GiveDirectly — Kenya Basic Income Research
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Et si nous arrêtions de courir après le néant ?
Et si nous arrêtions, un instant, de nous laisser distraire par les paillettes du néant ?
La température monte, et pas seulement dans les rapports climatiques. Entre les bruits de bottes qui résonnent aux frontières de l’Europe et du Moyen-Orient, et l’angoisse qui grimpe à chaque passage à la pompe, nous sentons bien que l’avenir nous échappe.
Nous sommes là, tels des canards sans tête, pris au piège d’un système qui multiplie les ruses pour accéder à notre portefeuille. On nous vend des « agents IA » censés tout gérer à notre place, des algorithmes qui prétendent anticiper nos moindres désirs, alors qu’ils ne sont que de nouveaux gadgets sophistiqués pour nous manipuler et, disons-le franchement, nous prendre pour des imbéciles.
On a l’impression aujourd’hui que nous sommes tous prisonniers d’une course à l’immédiateté, un cercle vicieux où la consommation sert de paravent à notre peur de l’avenir ou du déclassement social. Mais ces « sucreries » numériques ne produisent que du vide. Puisque nous voyons bien que ce jeu est perdant, arrêtons tout simplement de jouer. Posons-nous ; respirons un bol d’air, et regardons enfin ce qui, au fond, ne passe pas : le monde invisible.
La source de notre malaise, c’est cette peur grandissante devant un monde qui ouvre chaque jour une nouvelle boîte de Pandore. Nous nous enfermons dans un numérique omniprésent, nous nous inquiétons pour la stabilité financière ou la fragilité de nos services publics, en oubliant que rien ne subsistera de tout ce bazar matériel. « Quand il n’y a plus d’avoine, les chevaux se battent dans l’écurie », dit le dicton… mais l’agitation frénétique, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les débats télévisés, ne produira jamais le sens que nous cherchons désespérément.
Je n’ai pas plus de solutions miracles que quiconque. Par contre, l’observation de ce monde et la conscience de la fragilité de notre existence — « misérablement courte », pour reprendre le mot de Pascal — me persuadent que nous avons autre chose à faire. Autre chose à faire que de se regarder le nombril ou d’amasser de l’avoir en ignorant la pauvreté du sens autour de nous.
Il est urgent de contempler nos vies dans le rétroviseur. C’est là, dans cette relecture, que l’on perçoit que tout n’est pas chaotique. Derrière le fracas des titres de presse sur les crises géopolitiques, il y a « autre chose », un enchantement, une destinée, ou des « clins d’œil » qui viennent nous dire que nous ne sommes pas seuls. La grande ruche de l’invisible nous échappe peut-être, mais elle est là, au cœur de nos vies. Car, comme le rappelait Maurice Zundel, l’au-delà est au dedans. Il nous faut reprendre en urgence ce dialogue avec notre âme, car c’est là, et nulle part ailleurs, que se trouve la véritable chaleur.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Une liste noire de médecins pour limiter le droit à l’objection de conscience
Lu sur Gènéthique :
Le 9 mars, le Tribunal supérieur de Madrid a enjoint au gouvernement de la Communauté de Madrid d’entamer « immédiatement » le processus administratif d’élaboration et d’approbation d’un registre de professionnels de santé qui se déclarent objecteurs de conscience vis-à-vis de la pratique de l’avortement.
Pour la ministre de la Santé, Mónica García, un tel registre de praticiens refusant de pratiquer un avortement, qui doit être confidentiel, permettra de « garantir l’avortement dans le système de santé publique ». Le gouvernement régional s’était opposé à cette mesure, défendant le droit des professionnels de santé à l’objection de conscience. En octobre 2025, le Collège des Médecins de Madrid avait également rejeté cette disposition : « Ce que recherche le gouvernement, c’est de limiter le droit à l’objection de conscience, et cela se fait avec ces listes noires de médecins objecteurs », dénonçait son président, le Dr Manuel Martínez-Sellés.
Suite au refus du gouvernement régional, le ministère de la Santé avait intenté un recours devant le Tribunal supérieur. Trois communautés n’avaient pas entamé la création de ce registre après l’adoption d’une loi de 2023 l’exigeant. Mais les Baléares et l’Aragon s’étaient exécutés après l’envoi d’une « demande officielle » du ministère en octobre dernier. Madrid, en revanche, avait à nouveau pointé qu’il s’agissait d’une « liste noire ».
Jersey : le délai pour avorter passe de 12 à 22 semaines
Lu sur Gènéthique :
Les législateurs de Jersey ont adopté un projet de loi, par 44 voix contre 2, faisant passer le délai autorisé pour avorter de 12 à 22 semaines.
Pour la ministre déléguée à la Santé, Andy Howell : « cela donne simplement plus de temps aux femmes pour réfléchir à la décision qu’elles ont à prendre ». « C’est la décision la plus difficile qu’elles aient probablement à prendre et parfois elles ont besoin de plus de temps », poursuit-elle. Elle recommande toutefois que le recours à l’IVG intervienne le plus tôt possible, « quand c’est plus sûr ».
Après le vote, le député Lucy Stephenson réclamait déjà une augmentation du délai, se référant à la limite de 24 semaines en vigueurs au Royaume-Uni.
Contrairement à la volonté de certains législateurs, l’avortement restera « un service payant », sauf pour les mineures, les étudiantes, les victimes de viol et les personnes bénéficiant d’une aide au revenu.
Par ailleurs, jusqu’ici, l’avis de deux médecins était requis pour confirmer que la femme enceinte était en « situation de détresse ». Cela ne sera plus nécessaire.
La nouvelle loi nécessite l’assentiment royal. La date de la promulgation n’a pas été précisée.
Une église cambriolée en Seine-Saint-Denis
A Pierrefitte-sur-Seine (93), l’église Sainte-Thérèse de Joncherolles a été cambriolée.
Une plainte a été déposée et l’enquête se poursuit.
Les malfaiteurs auraient dérobé «une enceinte acoustique» avant de s’emparer d’un calice, trois patènes, un ostensoir. Le tabernacle aurait également été dégradé.
Coup de filet contre la mafia algérienne en France
“DZ Mafia” signifie “mafia algérienne”. À l’origine, l’abréviation « DZ » provient finalement des mots « Dzayer », « Dzaïr » ou « Al-Djazâ’ir » qui désignent l’Algérie en langues arabes ou berbères. DZ est ensuite devenu le code ISO 3166-1 du pays, un code utilisant deux lettres et recensant la quasi-totalité des pays du monde. Pour la France par exemple, c’est FR et pour la Belgique BE.
Une quarantaine de personnes liées à l’organisation criminelle avaient été interpellées en début de semaine dernière lors d’une opération d’ampleur. Le procureur de la République de Marseille a indiqué samedi que 26 des 42 personnes initialement placées en garde à vue lundi avaient été présentées à un magistrat. 15 d’entre elles, suspectées de collaborer avec l’organisation criminelle, ont été placées en détention provisoire. Parmi ces mis en examen figurent des détenus, un rappeur et un avocat suspecté de complicité au profit d’un des chefs du gang.
Outre la vente de produits stupéfiants, l’organisation criminelle a effectué des rackets, extorquant des commerces et des rappeurs tout en projetant des commandos de tueurs pour «défendre les intérêts de l’organisation» ou «attaquer la concurrence». Dans l’ombre de ces «gâchettes» se tapissaient de puissants commanditaires déjà incarcérés et capables d’user «de tous les moyens qui étaient à leur disposition afin de transmettre leurs instructions concernant la gestion de leur réseau» via des téléphones ou des messages codés entre prisonniers et proches aux parloirs.
«Les cadres dirigeants de cette organisation criminelle dégagent par personne, chaque mois, un bénéfice net de 300.000 euros. Ces sommes considérables sont totalement réinvesties ou blanchies dans le cadre de cette organisation criminelle», révèle le procureur.
L’une des figures du crime s’appuyait sur son propre avocat, Me Kamel Aissaoui, pour poursuivre ses activités malgré un transfert dans les deux prisons de haute sécurité ouverte par Gérald Darmanin. Le conseil, qui fait partie de la vague d’interpellation, est soupçonné d’avoir détourné l’usage d’une ligne téléphonique accordée dans le cadre des droits de la défense. L’homme aurait aussi fait passer des instructions à des complices de son client via des courriers couverts par le secret professionnel et même son propre ordinateur portable. Ces subterfuges auraient même permis à l’un des cadres de la DZ Mafia d’organiser à distance une véritable «conférence de presse» fin 2024 après le meurtre d’un chauffeur VTC sur fond de guerre de gangs.
Mis en examen, Kamel Aissaoui a été placé en détention provisoire aux côtés de nombreux membres présumés de la DZ Mafia.
Les gendarmes ont saisi pour 4 millions d’euros d’objets mal acquis comprenant 12 biens immobiliers, une vingtaine de véhicules ou des centaines de milliers d’euros d’argent liquide. «Ces sommes considérables ne sont pas flambées, mais sont totalement réinvesties ou blanchies dans le cadre de cette organisation criminelle», ajoute le procureur.
Malheureusement, dans une décision publiée ce vendredi, le Conseil constitutionnel a prononcé une non-conformité totale de la peine complémentaire obligatoire de confiscation de certains biens en cas de condamnation pour trafic de stupéfiants. Selon les « Sages », cette règle empêchait les juges d’adapter la peine à chaque situation. Or, la confiscation serait prononcée automatiquement sans que les juges puissent moduler la peine ou en dispenser le condamné. La disposition prévoit la confiscation de tout bien ayant servi à la commission de l’infraction, ou qui en était le produit, qu’il s’agisse d’un véhicule ou de l’habitation de l’individu condamné. Le Conseil constitutionnel a ainsi refusé cette règle inscrite dans le Code pénal français après avoir été saisi lors d’un renvoi de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 17 décembre dans le cadre d’une affaire de trafic de stupéfiants. Le mis en cause, Mostafa B., avait été condamné par la cour d’appel de Bordeaux, le 16 octobre 2024, à sept ans de prison et à une confiscation de certains de ses biens.
Par ailleurs, admirez ce titre de Libé :
alger
France intox dérape
En pleine commission d’enquête parlementaire sur le sujet, France Info multiplie les dérapages de partialité à gauche. Un journaliste de France intox a insulté Eric Ciotti, arrivé en tête à Nice avec plus de 43%, en direct à l’antenne :
Dérapage de Nathalie Saint-Cricq : “Ciotti, alias Bénito”pic.twitter.com/BpSKJyZnKI
— Fdesouche.com est une revue de presse (@F_Desouche) March 15, 2026
France Info a du s’excuser. Que deviendra Nathalie Saint-Cricq et que va faire l’Arcom ?
Nous présentons nos excuses à @eciotti pour un propos inapproprié et déplacé prononcé sur notre antenne par une journaliste de la rédaction de France Télévisions.
— franceinfo (@franceinfo) March 15, 2026
🔴 Nathalie Saint-Cricq présente ses excuses après son dérapage à l’égard de Éric Ciotti
🗣️ @F_Desouche @FrDesouche https://t.co/dfdQjP0VWD pic.twitter.com/sqDFOhlt3Q
— French Carcan (@FrenchCarcan) March 15, 2026
Léon XIV, un an de pontificat : le cardinal Koch sur Cnews
Aymeric Pourbaix reçoit :
- 𝐂𝐚𝐫𝐝𝐢𝐧𝐚𝐥 𝐊𝐮𝐫𝐭 𝐊𝐎𝐂𝐇, préfet du Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens
- 𝐉𝐞𝐚𝐧-𝐌𝐚𝐫𝐢𝐞 𝐆𝐔𝐄́𝐍𝐎𝐈𝐒, rédacteur en chef au Figaro, chargé des questions religieuses
“Les réformateurs de la liturgie n’avaient peut-être pas la même doctrine du baptême et des exorcismes que celle qui était exprimée dans la liturgie ancienne”
Le Père Michel Viot, qui fut évêque luthérien de Paris et ancien dignitaire de la GLNF avant de se convertir et de devenir prêtre catholique, a été membre de la pastorale diocésaine des funérailles du diocèse de Paris et prêtre coopérateur à Notre-Dame de Lourdes. Il a publié avec Yohan Picquart, membre de l’Association des écrivains catholiques de langue française, enseignant, diplômé en littérature et en sciences des religions, L’Eglise au risque de la foi, préfacé par le cardinal Müller. L’ouvrage est composé de questions posées par Yohan Picquart, auxquelles répond l’abbé Viot, sur de nombreux sujets d’actualité comme les sacrements, le synode, la CIASE, la laïcité, l’euthanasie, etc. Même si le lecteur ne sera pas toujours d’accord avec les réponses (le problème de la nouvelle messe n’est pas seulement lié à une mauvaise traduction, le manque de définition d’un catholique “intégriste” ou conservateur”…), l’ensemble de l’ouvrage pointe un certain nombre de problèmes qui menacent le catholicisme. Le père Viot et Yohan Picquart appelle l’Église à renouer avec son identité et le dynamisme initial de ses premiers apôtres, loin des nouveaux « Che Guevara » en jeans ou en jupe. Si chacun est légitimement horrifié par les abus dans l’Église, nul n’est tenu pour autant d’adhérer aux extravagances d’une révolution doctrinale dénoncée ici, révolution aux antipodes des questionnements spirituels de nos contemporains.
Bien que ce livre date de 2024, il s’insère aussi dans le débat lancé par l’abbé Barthe sur les sacrements réformés, notamment celui du baptême (mais le père Viot évoque aussi la confirmation, qui devrait être conférée plus tôt, et le sacrement des malades et les obsèques) :
La nouvelle liturgie [du baptême], en abandonnant la forme impérative de l’exorcisme, et n’y ayant recours qu’une seule fois, en affaiblit incontestablement la portée. […] La situation est même parfois plus grave encore : j’ai souvent vu omettre l’usage de l’huile des catéchumènes, effectivement rendu facultatif dans le nouvel ordo liturgique. En fin de compte, on ne sait plus s’il y a eu exorcisme ou non ! Je suis obligé d’en déduire que les réformateurs de la liturgie n’avaient peut-être pas la même doctrine du baptême et des exorcismes que celle qui était exprimée dans la liturgie ancienne. […] La cérémonie du baptême ne se réduit pas à une entrée dans un groupe ou une confrérie : il y a dans la liturgie baptismale un acte souverain de Dieu, une nouvelle naissance qui doit nous arracher à quelque chose de mauvais. […] Et pour mieux saisir son importance, il faut donc mettre en valeur la gravité du péché originel à travers une liturgie qui en rende entièrement compte. En cela, il serait probablement temps d’autoriser largement l’ancienne liturgie […] ou de modifier l’actuelle sur la partie consacrée à l’exorcisme.
Charbel Makhlouf, le saint aux milliers de miracles
Eglise universelle : Saint Charbel, le saint aux milliers de miracles
La paroisse de Vallet, dans le vignoble nantais, accueille depuis quelques années des reliques de saint Charbel (1828-1898). Une grande vénération au saint moine libanais, canonisé en 1977, et prestigieux thaumaturge, s’est développée sous la houlette de l’abbé Hervé Godin, curé de la paroisse, qui nous présente le sanctuaire et la nature de cette dévotion.
Eglise en France : Centenaire de la coupe d’éloquence de la DRAC
Fondée en 1924, la DRAC (Droits du Religieux Ancien Combattant) organise depuis 1926 un concours d’éloquence pour les lycéens qui aura lieu cette année le dimanche 22 mars. Bathilde Salleron, administratrice, nous présente le sujet de cette année : Quelles raisons les jeunes d’aujourd’hui ont-ils de défendre l’Eglise ?
Eglise en Marche : Restaurer la chapelle des Visitandines de Besançon
Fondée en 1630, la Visitation de Besançon a disposé pendant des siècles d’une chapelle au destin tumultueux : chapelle d’hôpital, hangar à machines, amphi de fac. Aujourd’hui, la Fraternité Saint Pie X s’est attachée à la restauration de ce “bijou”. L’abbé Mathias Jehl nous présente l’état d’avancement des travaux et les initiatives à venir.
Les hérésies du théologien jésuite français Bernard Sesboüé
Matthieu Lavagna s’intéresse au théologien catholique et jésuite Bernard Sesboüé (1934-2022), reconnu comme l’un des grands spécialistes contemporains de la christologie et de l’histoire des dogmes. Professeur de théologie dogmatique au Centre Sèvres (Facultés jésuites de Paris), il a travaillé principalement sur la christologie, les conciles œcuméniques ainsi que sur le développement historique des formulations de la foi chrétienne. À ce titre, il est aujourd’hui encore considéré en France comme une référence en matière théologique.
Cette considération est-elle justifiée ? Réponse de Matthieu Lavagna :
Ayant lu un certain nombre de ses ouvrages, j’adopte à son sujet une position nuancée. Il serait absurde de nier sa compétence encyclopédique en histoire de l’Église. Sesboüé est incontestablement un maître en la matière, et ses travaux témoignent d’une érudition impressionnante.
Mais ces éloges étant posés, certaines réserves s’imposent. Et elles ne sont pas mineures.
Un livre en particulier pose de réels problèmes: sa réponse à Frédéric Lenoir, Christ Seigneur et Fils de l’Homme. Dans cet ouvrage, Sesboüé défend en effet des thèses qui relèvent objectivement d’une lecture moderniste de la sainte Écriture.
La négation des prétentions divines de Jésus
Selon Sesboüé, Jésus n’aurait jamais revendiqué sa divinité. En effet, ce dernier ose écrire noir sur blanc :
« Jésus s’est-il personnellement proclamé Dieu ? Non, et heureusement. Car ceux qui vous disent qu’ils sont Dieu, vous les trouvez plutôt dans les hôpitaux psychiatriques » (p. 20).
Sesboüé martèle encore quelques pages plus loin :
« Jésus n’a nullement revendiqué le titre de Fils de Dieu, c’est vrai » (p. 25) et ajoute qu’« on devra donc dire que le titre de Fils de Dieu ne remonte pas à Jésus » (p. 31).
Le lecteur un tant soit peu familier des Évangiles a évidemment de quoi tomber de sa chaise ! En effet, il est un fait parfaitement avéré que Jésus revendique à plusieurs reprises le titre de Fils de Dieu dans les évangiles.
Lors de son procès devant le grand prêtre, on lui pose explicitement la question : « Es-tu le Christ, le Fils de Dieu ? » Jésus répond simplement : « Tu l’as dit » (Mt 26, 63-64 ; Mc 14, 61-62 ; Lc 22, 70-71) confirmant ainsi explicitement ce titre. Les chefs des prêtres eux-mêmes reprennent ensuite cette affirmation en la rapportant ainsi : « Il a dit : Je suis le Fils de Dieu » (Mt 27, 43) pour le condamner. Cette reconnaissance réapparaît d’ailleurs jusque dans le récit de la crucifixion : au pied de la croix, le centurion romain, témoin des événements, s’exclame : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! » (Mt 27, 54 ; Mc 15, 39).
Dans l’évangile de Jean, Jésus défend explicitement ce titre et s’étonne des accusations qu’il reçoit suite à cette revendication « Pourquoi me reprochez-vous d’avoir dit : Je suis Fils de Dieu ? » (Jn 10, 36).
Les propos de Jésus sont si explicites que plusieurs témoins les reconnaissent. Nathanaël, frappé par la rencontre avec Jésus, s’écrie : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d’Israël ! » (Jn 1, 49) et Jean-Baptiste confirme lui aussi : « Celui-ci est le Fils de Dieu » (Jn 1, 34).
Enfin lorsque Jésus demande à ses disciples de l’identifier, Pierre répond avec enthousiasme : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” (Mt 16,16). Et Jésus au lieu de reprendre Pierre confirme avec force : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. » (Mt 16, 17).
Ainsi, le titre de Fils de Dieu traverse l’ensemble des évangiles. On le retrouve aussi bien dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) que chez Jean.
Sesboüé est évidemment bien trop cultivé pour ignorer ces versets. Et pourtant, sa solution pour justifier la thèse qu’il avance est pour le moins surprenante : il affirme que toutes ces déclarations auraient été insérées dans la bouche de Jésus (et des autres personnages qui confessent sa filiation divine) après coup, par les évangélistes ! Autrement dit, pour Sesboüé, chaque affirmation de Jésus concernant sa divinité ne serait plus le témoignage direct des événements, mais une construction postérieure de la communauté chrétienne.
Il écrit en effet :
« Dans la confession de foi de Césarée de Philippe, Matthieu fait dire à Pierre : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” (Mt 16,16). On peut penser qu’au plan de l’histoire, Pierre n’a confessé que la messianité de Jésus. Mais la communauté primitive, faisant mémoire de la scène, a ajouté spontanément le titre de Fils de Dieu qui appartient à sa confession du ressuscité. L’évangéliste emploie le terme de Seigneur à propos de Jésus de manière rétroactive. De même, la scène où Jésus marche sur les eaux s’achève sur cette confession de foi : “Vraiment tu es le Fils de Dieu” (Mt 14,33) » (p. 60-61).
La thèse de Sesboüé est donc claire. Jésus n’aurait jamais employé le titre de Fils de Dieu lui-même, et les disciples n’ont inventé ce terme qu’après sa Résurrection1, et ont mis cela dans la bouche de Jésus.
Reste alors une question : si Jésus ne s’est jamais revendiqué personnellement Fils de Dieu, quelles raisons avons-nous de croire qu’il l’est vraiment ? Si ce titre a été inventé postérieurement par les évangélistes à la fin du 1er siècle comme l’affirme Sesboüé, comment peut-on affirmer avec certitude que les premiers chrétiens n’ont pas surinterprété la filiation divine de Jésus ?
Remarquons aussi que l’affirmation selon laquelle Jésus et ses disciples n’ont pas proclamé le titre de fils de Dieu revient à nier le dogme de l’inerrance de l’Écriture puisque les passages cités précédemment émettent l’assertion selon laquelle Jésus a bien revendiqué ces titres explicitement. Or le magistère nous enseigne que
« toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, et qu’il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée » (Dei Verbum 11)
Et d’ajouter :
« La sainte Mère Église a tenu et tient fermement et, avec la plus grande constance, que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel (cf. Ac 1, 1- 2). […] de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères » (Dei verbum 19)
Ces passages impliquent nécessairement que si les évangiles affirment que Jésus a revendiqué à de nombreuses reprises le titre de Fils de Dieu alors il serait contraire au dogme de l’inspiration scripturaire de soutenir la thèse contraire. Une telle négation revient purement et simplement à nier le dogme de l’inerrance de l’Écriture et donc à sombrer dans l’hérésie.
Éloges de Luther
Mais le modernisme de Bernard Sesboüé ne s’arrête pas en si bon chemin. Loin de se limiter à nier l’inerrance de l’Écriture, ce dernier n’a pas hésité à faire publiquement l’éloge et l’apologie de Martin Luther, allant jusqu’à se réjouir de célébrer avec les protestants les 500 ans de la Réforme !
En 2017, il affirmait sans rougir :
« Le jugement de l’Église catholique sur Luther était un jugement très sévère, pessimiste et [un jugement] de condamnation, parce que l’Église catholique a vu en Luther avant tout quelqu’un qui a désobéi. Ce qu’elle n’a pas su voir […] c’est la figure nouvelle de la foi que Luther représentait […] Depuis le milieu du XXᵉ siècle, l’Église catholique a commencé à changer son regard sur Luther et à le voir de manière beaucoup plus positive. Autrement dit, avec un long retard, elle était capable de discerner chez Luther cette figure nouvelle de la foi, qui était une exigence et qui représentait aussi un retour à la foi paulinienne, voulant prendre davantage de recul par rapport aux dévotions. On peut dire aussi que c’est une réaction contre certaines dévotions, à la manière de saint Ignace de Loyola, et un retour à la vraie foi pure. C’est la première fois qu’un anniversaire de Luther est célébré en même temps et ensemble par protestants et catholiques, et que chacun tente de souligner le côté positif de Luther. » (Entretien avec Bernard Sesboue, Editions Vie Chrétienne (@editionsviechretienne), disponible sur Youtube)2
Sesboüé semble oublier que Luther, en s’opposant à l’Église, a ouvert la porte à des siècles de divisions, d’hérésies et de chaos religieux. Faire l’éloge de Luther comme une « figure nouvelle de la foi » revient à réhabiliter l’insoumission comme une vertu théologique. On se demande comment un théologien catholique peut sérieusement considérer un hérétique notoire comme Luther comme « une nouvelle figure de la foi » qui représente « un retour à la vraie foi pure ».
Négation du dogme Hors de l’Église, point de salut
Concomitamment à l’éloge de cet illustre hérésiarque, Sesboüé s’attaque, selon une logique résolument protestante, au dogme Hors de l’Église, point de salut. Il affirme que les protestants n’ont pas besoin de se convertir à l’Église catholique et que les dénominations issues de la Réforme peuvent être considérées comme de véritables Églises au sens propre. Il emploie à plusieurs reprises l’expression « Églises issues de la Réforme ».
Cette position entre en contradiction flagrante avec le magistère catholique, qui stipule que :
« Les Communautés ecclésiales qui n’ont pas conservé l’épiscopat valide et la substance authentique et intégrale du mystère eucharistique, ne sont pas des Églises au sens propre » (Dominus Iesus, 2000).
Pour Sesboüé, cependant, pas de quoi s’inquiéter :
« En dehors de l’Église catholique, il existe donc des regroupements chrétiens qui méritent le nom d’Église, parce qu’ils sont des Églises au sens théologique propre. […] L’Église du Christ subsiste aussi en elles, même si c’est de manière partielle. Leurs membres ne sont pas sauvés malgré leur appartenance à ces Églises, mais en vertu de leur appartenance […] L’adage “Hors de l’Église, point de salut” ne peut plus être invoqué par la théologie catholique en ce qui concerne les membres des autres Églises chrétiennes et ne pose plus aucun problème à leur sujet» (Hors de l’Église point de salut, 2004, p. 231).
Et il renchérit :
« Aucun chrétien baptisé n’est plus visé par l’adage classique “Hors de l’Église”… » (p. 236) « Nous sommes en présence d’un point formellement nouveau. Il est la conséquence du subsistit in et de la reconnaissance de l’ecclésialité, plus ou moins complète, des confessions non-catholiques. […] Leurs membres ne sont plus ordonnés à l’Église mais déjà incorporés en elle. Il n’est plus question de désir implicite ou d’ignorance invincible. » (p. 243)
Autrement dit, selon Sesboüé, tous les protestants — méthodistes, pentecôtistes, luthériens, baptistes, etc. — font partie de l’Église du Christ, indépendamment de leur ignorance invincible à l’égard de l’Église catholique. Cette position contredit le magistère bimillénaire de l’Église, qui enseigne que seule l’Église catholique est la véritable Église du Christ et que les dissidents doivent être évangélisés pour être ramenés au bercail (Pie XI, Mortalium animos)
Par ses prises de position, Sesboüé banalise la division chrétienne et dilue l’exclusivité salvifique de l’Église catholique. Ses éloges de Luther et sa négation du dogme Hors de l’Église, point de salut révèlent une vision résolument moderniste de la foi, en rupture ouverte avec la doctrine traditionnelle.
Même Vatican II rappelle, de manière explicite, qu’il n’y a pas de salut en dehors de l’Église catholique :
« Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, il [le concile] enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16,16 ; Jn 3,5), c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient pas être sauvés. » (LG 14)
On pourrait objecter que certains protestants « ne savent pas » que l’Église de Dieu est l’Église catholique et ne sont donc pas visés. Certes, mais cette concession repose sur l’idée d’ignorance invincible, que Sesboüé rejette lui-même. Sa thèse s’applique donc au salut de tous les protestants, indépendamment de la présence ou de l’absence d’ignorance invincible. Une telle thèse contredit le magistère de l’Église, qui a toujours enseigné qu’il faut appartenir à l’Église catholique pour être sauvé, au moins par un désir implicite pour ceux qui ignorent, sans faute de leur part, la véritable Église. Mais Sesboüé balaie ce dogme d’un revers de la main en affirmant qu’« il n’est plus question de désir implicite ou d’ignorance invincible » (p. 243).
Conclusion
En définitive, le cas de Bernard Sesboüé illustre un paradoxe devenu fréquent dans une certaine théologie contemporaine : une érudition historique incontestable mise au service de thèses qui sapent les fondements mêmes de la foi qu’elles prétendent éclairer. Car une théologie qui commence par expliquer que Jésus n’a jamais revendiqué le titre de Fils de Dieu, qui relativise la fiabilité historique des Évangiles, qui réhabilite un hérésiarque condamné par l’Église pendant des siècles et qui vide de sa substance l’antique principe extra Ecclesiam nulla salus, constitue une rupture doctrinale manifeste. Une telle inversion est précisément ce que le magistère a toujours dénoncé sous le nom de modernisme.
Certes, l’érudition historique de Bernard Sesboüé mérite d’être reconnue. Mais l’autorité intellectuelle en matière historique ne suffit pas à garantir la justesse doctrinale. Dans l’histoire de l’Église, les plus grandes crises ont souvent été provoquées par des esprits brillants. Et la leçon demeure toujours la même : lorsque la théologie remet en question la fiabilité des Écritures et qu’elle se permet de contredire frontalement le magistère, elle cesse d’être un service rendu à la vérité.
Puissent les nouveaux théologiens s’éloigner de la pensée de ce jésuite et retrouver le chemin de la fidélité à l’enseignement de la sainte Église.
Le Liban crucifié sur l’autel de l’holocauste mondial ?
De notre Envoyé spécial Antoine Bordier, auteur, biographe et consultant
Depuis 2023, depuis la première fois où j’ai posé le premier pied en terre libanaise, la veille de la fête de saint Joseph, si on m’avait dit : « Tu vas connaître deux guerres, celle de 2023-2024 et celle de 2025-2026 », serais-je venu au Liban ? Un membre éminent du Rotary Club, en France, avait dit aux autres membres : « Il y va parce qu’il est journaliste ». Comme si les journalistes ont le droit – le devoir (?) – de risquer leur vie pour tenir informés les consommateurs d’actualités restés à l’abri…
Depuis ce premier pas du 18 mars 2023, d’autres ont suivi. C’est la 13e fois que je mets les pieds au Liban. En tout, j’ai vécu plus de 200 jours au Liban. Aujourd’hui, la situation est des plus critiques et périlleuses, deux mois après la visite du pape Léon XIV, « l’apôtre de la Paix ! ». De nouveau le Liban est attaqué, blessé, crucifié, massacré. Il est sur l’autel d’un holocauste qui ne dit pas son nom, tel un agneau que l’on offre en sacrifice. Au profit de qui ? Oui, à qui profite cette « guerre sans fin » ?
Eclairage sur un pays enténébré, qui est plus qu’un pays, « un message », plus qu’un message, une lamentation désespérante, un cri, une dernière expiration. Eclairage sur un peuple, qui est plus qu’un peuple, une « civilisation », « un berceau civilisationnel crucifié ». Eclairage sous les missiles où se mêlent carême et ramadan, envies d’entreprendre et de vivre, dépression et traumatisme, espérance et peur ultime, résistance et résilience. Eclairage sur une « guerre sans fin », que certain appellerait « génocide ».
« Tu es fou » me dit un Libanais en raccrochant, un ancien ministre. « Mais, encore une fois, pourquoi ne pas remettre ton voyage à des temps plus cléments », répète un autre, sur WhatsApp, un éditeur local. Que faire ? Un autre – mon co-auteur, Fady Gemayel, qui a eu l’initiative du livre : La stratégie d’entreprise en temps de turbulences –, un entrepreneur de haut-vol qui a vu son entreprise bombardée deux fois, me rassure : « Je vous souhaite un excellent voyage, et surtout serein ».
Que faire ?
Je suis en Arabie saoudite depuis deux semaines pour l’écriture de mon nouveau livre et quelques reportages, et mon billet d’avion est pour demain. Depuis le 28 février, depuis le déclenchement de cette nouvelle guerre régionale qui ne s’appelle pas encore la Troisième Guerre mondiale – tant mieux –, mais qui embrase tout le Moyen-Orient, mon stress est monté en flèche. A « l’abri » à Djeddah, dans l’ouest de l’Arabie, à 1500 km des premières frappes, je me soucie de plus en plus de la suite. Je reçois les premiers messages de mes proches, qui s’inquiètent à juste titre. Je les rassure. Tout va bien. Je suis à une centaine de km de La Mecque (ou Maqqa, et la fameuse Kaaba qui renferme la pierre noire).
Chrétien, catholique pratiquant, je vis mon carême dans un pays musulman qui a adopté le wahhabisme, le salafisme, le sunnisme fondamentaliste. Mais, étrangement, les gens sont calmes, très accueillants. Les femmes sont revêtues de leur niqab noir, et les hommes de leur tunique blanche, la dishdasha, et certains ont le bisht, sorte de manteau en tissu léger. Quand je croise l’un de leurs regards, aux yeux bleu, vert ou noir profond, j’ai l’impression de voir une femme en détresse, en exil, en prison. Mon impression est « occidentale », plus ou moins fausse. Il faut que je change de logiciel et que j’apprenne, que je reçoive, en toute humilité, cette nouvelle information cultuelle, culturelle, religieuse et sociétale. En mêmes temps, et de façon discrète et amicale, j’ai pu distribuer une demi-douzaine de médailles miraculeuses. Ils aiment Mariam !
Les Libanais au creux du rocher
Le 7 mars, mon avion décolle de Djeddah, avec une heure de retard. Je me prends en selfie à l’intérieur car, c’est incroyable mais vrai, nous ne sommes qu’une dizaine ! Ce n’est pas un film. C’est l’histoire, l’histoire d’un conflit dans une région aussi grande que l’Europe. Pendant le vol, l’avion se déroute, et nous survolons le Nil, Assiout, et les cités pharaoniques. Au loin, mais nous nous en écartons, hélas, le mont Sinaï. Je survole ce berceau de l’humanité, grand comme un continent, un océan, un Nil blanc et bleu. Il est plutôt vert vu du ciel. J’y contemple des cercles de même couleur qui sont alignés par six ou sept sur une double rangée. Je m’interroge : sont-ce des cultures, des sites archéologiques transformés en oasis, des fermes géantes de pisciculture ?
Dépaysement total. Le voyage est un rêve, la nature une planète débordant de merveilles.
A l’aéroport Rafic Hariri, tout se passe bien. Je passe un peu plus de temps que d’habitude à répondre aux questions de la Sûreté générale. Un officier se déplace. Il m’interroge en usant d’un parfait français. Je réponds calmement à toutes ces questions. Je lui réponds que je suis ici pour donner des conférences et présenter mes livres, dont : Arthur, le petit prince du Liban. Heureusement, j’ai un exemplaire dans mon sac-à-dos. Il me laisse passer et me salue tout sourire aux lèvres en me souhaitant : « Bonnes conférences ! » Elles seront toutes annulées deux jours après.
Dehors, c’est le calme plat. Je fais un 360° sur moi-même. Je ne vois aucun panache de feu en direction de Beyrouth au nord. Je viens d’atterrir au creux du rocher, celui de Dieu, là où les Libanais se sont réfugiés, les Libanais qui veulent croire en un avenir meilleur. Sans cesse…

Des guerres ou un « génocide » sans fin ?
Ce mot de « génocide », un Libanais l’avait utilisé pour répondre à l’une de mes questions avant que je ne mette, pour la première fois, les pieds au Liban. Ma plume et mon projet d’écriture – une véritable aventure humaine – me poussaient à venir au Liban, un rêve de 30 ans qui était apparu lors de cette rencontre à Paris, dans les années 1990, de ces deux séminaristes maronites de Jounieh – je ne les ai jamais revus.
Ce mot écrit et prononcé m’avait choqué. A l’époque, je le trouvais trop fort, appartenant trop à l’histoire, à l’histoire ancienne. Mais, je me trompais. Car, effectivement, au fil des hommes et de l’histoire, au fil des guerres, des persécutions et des pogroms, le peuple libanais, et, notamment, les chrétiens libanais ont vécu et vivent un lent génocide. Il s’agit même d’un mille-feuille génocidaire, comme si les chrétiens ici, les maronites, les melkites, les Grecs orthodoxes, les latins, les Arméniens apostoliques et catholiques, comme si tous, de génération en génération, étaient cloués sur le bois de la croix, celle du Christ offert en rançon pour payer la dette de l’humanité tout entière, celle des civilisations successives.
Quand j’évoque le sujet avec Elie, Georges, Fouad, Youmna, Tony, Fady, Sami, etc., tous ces Libanais locaux ou de la diaspora, pour eux, le mot de « génocide » s’expliquerait.
J’en avais parlé avec feu le docteur Robert Sacy, ce grand médecin d’une douceur exquise que j’avais rencontré lors d’un reportage en 2023. Il est mort trop tôt, trop jeune. Je l’avais pris en photo avec l’un de ses patients, un bébé de 6 mois récupéré dans une poubelle, le visage blessé, martyrisé par les brûlures d’une cigarette. Là encore, je me souviens lui avoir donné une médaille miraculeuse de la rue du Bac.

Les persécutions…
Quand je me rends au Liban, et que j’aperçois ses montagnes, habillées de leur manteau de neige hivernale : le Mont Liban et l’Anti-Liban (drôle de nom !), je ne peux m’empêcher de penser à la montagne de Dieu, au mont Hermon, à ses cimes divines Sanir et Hermon, un peu comme Masis et Sis pour le mont Ararat, la montagne de Noé. Il faut s’y promener une Bible à la main, et feuilleter, lire les 69 fois où le mot Liban est mentionné, les 51 fois où le mot cèdre est écrit, les 16 fois où le mont Hermon est magnifié. C’est là, dans ses entrailles que se trouve la source du Jourdain. Les chrétiens y sont nés dès la venue du Christ. Puisque Jésus, avec ses parents, puis, avec sa mère et ses disciples, s’y rendait. Combien de fois ? Peut-être une dizaine de fois, voire plus. Il aimait se rendre à Tyr, la belle, qui est mentionnée 61 fois dans le Livre des livres. Et Sidon ? 38 fois…
Oui, cette terre est sacrée, sainte. Elle appartient à Dieu. « Enlève tes sandales, l’endroit que tu foules est sacré. » Elle est chrétienne, depuis les premiers pas du Christ dans la vallée de Cana. Etait-il allé jusqu’à Beyrouth ? Jusqu’à Antioche ?
A Sidon, Paul y a été maintenu prisonnier. Je m’y suis rendu, libre. J’ai vu l’endroit. Christianisant, émouvant, sanctifiant… Martyrisant ?
Oui, les premières persécutions chrétiennes y fleurissent comme un jardin de paradis. Ce qui expliqueraient pourquoi les racines des cèdres sont si profondes. Sous Hérode, sous Dioclétien, à Tyr, les premiers mar-tyrs versent leur sang. Les premières victimes d’un « génocide » sans fin ?
« Le juste grandira comme un cèdre du Liban » (Ps. 92, 13)
Oui, il faut relire Osée, les Psaumes, l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, pour bien aimer, comprendre et connaître cette terre sainte qui s’appelle le « Cœur de Dieu ». Dans la langue de l’Emmanuel, du Fils de Dieu, de Jésus, Liban vient de l’araméen : « Lev-Anon » ou le « Cœur de Dieu ».
Cette persécution des chrétiens, commencée dès le début du christianisme, cesse avec la conversion de l’empereur Constantin (au 4e siècle).
Puis, les persécutions reprendront un siècle plus tard. Là, ce sont les chrétiens de Byzance la grande qui persécutent les premiers Maronites. Ces-derniers se réfugient dans les hautes montagnes du Mont Liban, puis dans la Qadisha. Là, la Bible y résonne d’une façon particulière, à plus de 1000 m d’altitude. Succèderont à ces malheurs d’autres malheurs : les persécutions des musulmans, de façon plus ou moins larvées, jusqu’en 1920. Que de persécutions !
Depuis 1948, depuis la création de l’Etat d’Israël, depuis les guerres israélo-arabes, depuis les guerres du Liban (1975-1990), qui ont démarré en raison de l’arrivée massive des Palestiniens chassés de Jordanie et déplacés au Liban en 1969 (on parle de la présence de 400 000 palestiniens au Liban) qui voulaient faire du Pays du Cèdre leur bras armé contre Israël. Notamment, le nouveau leader de l’OLP, Yasser Arafat (leader de 1969 à sa mort en 2004 – il meurt en France à Clamart !). Ce-dernier disait notamment : « La paix pour nous signifie la destruction d’Israël. Nous nous préparons à une guerre totale, une guerre qui durera des générations. » Ceci explique cela…

La disparition des chrétiens du Levant ?
Aujourd’hui, les chrétiens, toutes communautés confondues, sont à peu-près entre 30 et 35%. Ils étaient majoritaires en 1975. Il faudrait ajouter qu’ils représentent près de 80% de la diaspora dans le monde, selon certaines sources. Soit, 11 millions de chrétiens.
Dans les années 1970, les Etats-Unis ne s’en étaient pas cachés. Henry Kissinger, le Secrétaire d’Etat (l’équivalent du ministre des Affaires étrangères) aurait dit : « il faut que les chrétiens quittent le Liban ». D’autres sources précisent un échange qu’il aurait eu avec Soleimane Frangié (le président maronite du Liban de 1970 à 1976) : « Que voulez-vous ? Des terres ? Autre chose ? Il y a des bateaux prêts, on donnera de l’argent à chacun pour qu’il commence une nouvelle vie. Il y a des pays encore pleins de possibilités, comme le Canada. »
De fait, les chrétiens veulent rester sur leurs terres ancestrales. Alors les guerres se sont déchaînées, la Syrie, Israël, puis de nouveau Israël… Tout est fait pour que le « plan Kissinger » se déroule.
L’Iran, le Hezbollah, et Israël : des voisins ennemis jurés
L’actualité guerrière et mortifère nous a rattrapé. Le 28 février, les Etats-Unis et Israël entraient en guerre contre l’Iran. Le Liban, quelques jours après, le 2 mars, était entraîné dans cette guerre régionale, lorsque le Hezbollah a envoyé deux roquettes dans le nord de l’Etat hébreux. Puis, les drones, les missiles et d’autres roquettes ont répondu de part et d’autre. Conséquences, à ce jour, il faut déplorer près de 800 morts, plus de 2000 blessés, et plus de 790 000 personnes déplacées du sud du Liban. Tout le sud est en guerre, sans oublier les quartiers chiites de la banlieue de Beyrouth, le nord-est et la région de la Bekaa.
L’Iran et son bras armé au Liban le Hezbollah veulent la disparition de l’Etat d’Israël qui de son côté veut supprimer, aussi, la milice chiite, tous ses cadres et son armement. Il veut, aussi, il ne faut pas être naïf, réaliser le Grand Israël, qui comprend tout le sud du Liban à partir du fleuve Litani.
La présence chrétienne dans le sud, dans les villages comme Cana, Alma Sha’b, Qlayaa, etc., existe toujours. Mais, elle est de plus en plus en suspension…
Le 9 mars, le prêtre Pierre al-Raï est mort en portant secours à ses paroissiens bombardés.
« Nous ne partirons pas », disent les chrétiens du sud qui refusent toute épuration ethnique, tout génocide, toute persécution religieuse.

Des Messagers de Paix !
Finissons avec le pape Léon XIV et le président Aoun. Ce-dernier répète ce qu’il avait dit au moment du départ du pape, le 3 décembre : « Cette visite marquera la mémoire du Liban et de son peuple. Vous avez exprimé un message d’espoir et de paix. Vous êtes venus au Liban avec un message de paix et de réconciliation, et avez assuré que ce petit pays reste un exemple d’unité et de coexistence. Nous avons perçu votre volonté de voir ce pays rester un havre de réconciliation et de paix. Je vous dis que votre message a été bien reçu et que nous continuerons à rechercher la paix. Nous espérons que nous resterons dans vos prières, parce que ce peuple croyant mérite la vie et la paix ! »
Quant au pape Léon XIV : « Je porte en moi la douleur et la soif de vérité et de justice de tant de familles, de tout un pays ». Il ne cesse depuis d’appeler à la Paix : « Que les armes cessent… Œuvrez pour la Paix ! »
Reportage réalisé par Antoine BORDIER
Copyright des photos A. Bordier
17-23 août : session familiale à Sées (61) avec la Fraternité Saint-Pierre
Depuis 2018, la Fraternité Saint-Pierre propose au cœur de l’été une semaine de vacances chrétiennes pour les familles, avec leurs enfants jusqu’à 15 ans.
Venez vivre un temps de ressourcement spirituel et familial :
- le matin, vie spirituelle et temps de formation pour les parents, pendant que les enfants sont pris en charge ;
- l’après-midi, activités culturelles, ludiques et sportives en couple ou en famille ;
- le soir, moments de détente et de convivialité
Inscriptions :
https://www.oeuvredesretraites.fr/evenement/2026-session-dete-pour-les-familles-a-sees/
Quatrième dimanche de Carême – Laetare
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
Le quatrième dimanche de Carême est appelé du premier mot de son Introït Lætare : réjouis-toi. C’est en effet un dimanche de joie au milieu du Carême. C’était jeudi exactement le jour de la mi-carême, mais c’est en ce dimanche que la liturgie marque une pause dans les austérités de ce temps de pénitence en nous faisant entrevoir le but final, la joie de la résurrection, mais en nous rappelant que pour y parvenir il faudra passer par la croix. C’est par le bois de la croix que la joie est venue dans le monde entier, ainsi que le chante une antienne de l’adoration de la croix du Vendredi Saint.
En ce jour on ne chante toujours pas l’Alleluia, ni le Gloria in excelsis Deo, mais on peut jouer de l’orgue et orner l’autel de fleurs, ce qui est interdit les autres dimanches de Carême, et les ornements violets peuvent être remplacés par des ornements roses, si l’église en possède, comme au troisième dimanche de l’Avent.
Ce rose n’est pas seulement une couleur aimable et gaie, c’est celle d’une fleur, la plus belle et la plus odorante de toutes, mais qui a la propriété de pousser sur des épines : encore un rappel de la joie qui nous vient par la croix. Pour marquer l’importance de la croix dans la joie de ce dimanche, la station à Rome se faisait dans la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem au temps où le pape allait, tous les jours de Carême, célébrer la messe dans une des nombreuses églises de Rome. On y vénérait la relique de la vraie Croix apportée par sainte Hélène, et cette basilique était un peu comme une enclave romaine de Jérusalem.
Nous allons voir justement qu’il est beaucoup question de Jérusalem dans les chants de cette messe, et Jérusalem, on le sait, c’est la figure de l’Église. A l’époque où le répertoire grégorien s’est constitué, de nombreux païens recevaient le baptême dans la nuit de Pâques, et en ce dimanche de Lætare l’Église tressaillait de joie à la pensée de tous ces nouveaux enfants qu’elle allait appeler à la vie.
Introït : Lætare
C‘est la joie de la Jérusalem nouvelle qu’annonçait le prophète Isaïe dans le passage qui forme le texte de l’Introït.
Lætare Jérusalem, et conventum facite, omnes qui diligitis eam ; gaudete cum lætitia, qui in tristitia fuistis, ut exsultetis, et satiemini ab uberibus consolationis vestræ.
Réjouis-toi, Jérusalem, et rassemblez-vous, vous tous qui l’aimez. Soyez dans la joie et l’allégresse, vous qui étiez dans la tristesse, afin d’exulter et d’être rassasiés aux mamelles de votre consolation.
La mélodie est évidemment joyeuse et bondissante. Elle se nuance tout juste d’un petit voile pour évoquer la tristesse passée, la croix avant la joie. A la fin elle est empreinte de douceur pour parler de la consolation, avec la belle image des petits enfants rassasiés au sein de leur mère qu’Isaïe développe d’ailleurs un peu plus loin dans un passage célèbre du même chapitre. Le verset de cet Introït est le début du psaume 121, psaume à la gloire de Jérusalem que nous allons retrouver au Graduel et à la Communion.
Lætatus sum in his quæ dicta sunt mihi : in domum Domini ibimus.
Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur.
Graduel : Lætatus sum
Le texte du Graduel du quatrième dimanche de Carême est tiré du psaume 121, que l’on retrouve à trois reprises dans cette messe, et en particulier la première partie de ce Graduel est formée du premier verset de ce psaume, celui qui accompagnait l’Introït :
Lætatus sum in his quæ dicta sunt mihi: in domum Domini ibimus.
Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : nous irons dans la maison du Seigneur.
La deuxième partie est formée d’un verset de la fin du psaume :
Fiat pax in virtute tua, et abundantia in turribus tuis.
Que la paix vienne dans tes remparts et l’abondance dans tes greniers.
Ce psaume est un des cantiques des » Montées » que les Hébreux chantaient en montant à Jérusalem, et ils l’entonnaient en découvrant le Temple, la maison de Dieu. Jérusalem c’est comme toujours la figure de l’Église vers laquelle montent tous ceux qui se préparent au baptême, et nous tous qui nous préparons à renouveler les promesses. C’est la maison de Dieu où nous trouvons la paix et l’abondance. Ce Graduel commence par le même verbe que l’Introït Lætare, se réjouir, et la mélodie est très évidemment très joyeuse. Elle s’élève dès le début dans les hauteurs avec de grands élans enthousiastes puis elle redescend en s’inclinant profondément pour vénérer le nom du Seigneur. La deuxième partie est tout entière une acclamation enthousiaste.
Trait : Qui confidunt
Le Trait du quatrième dimanche de Carême est assez court puisqu’il n’a que deux versets. Ce sont les deux premiers versets du psaume 124, qui est encore un cantique des » Montées « , et fait encore l’éloge de Jérusalem, figure de l’Église, chantant particulièrement la sécurité qu’on y trouve.
Qui confidunt in Domino, sicut mons Sion : non commovebitur in æternum qui habitat in Jerusalem. Montes in circuitu ejus et Dominus in circuitu populi sui, ex hoc nunc et usque in sæculum.
Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont comme la montagne de Sion. Il ne sera jamais ébranlé celui qui habite à Jérusalem. Des montagnes l’entourent : ainsi le Seigneur se tient autour de son peuple, dès maintenant et à jamais.
La mélodie est faite de formules psalmodiques ornées habituelles aux Traits que nous avons déjà rencontrées, notamment dimanche dernier. Mais, au début du deuxième verset, le mot montes, les montagnes, est revêtu d’une mélodie assez particulière avec de grands intervalles qui lui donnent un certain caractère descriptif.
Offertoire : Laudate Dominum
Comme ceux des deux dimanches précédents, l’Offertoire du quatrième dimanche de Carême est un chant de méditation, intérieur et contemplatif, qui est un peu à part dans les chants de cette messe, puisque, c’est le seul où il ne soit pas question de Jérusalem. Il est tiré du psaume 134, cantique de louange au Seigneur pour sa bonté et sa toute puissance, qui se manifesteront particulièrement dans le grand bienfait de la Rédemption.
Laudate Dominum, quia benignus est, psallite nomini ejus, quoniam suavis est : omnia quæcumque voluit fecit in cælo et in terra.
Louez le Seigneur, car il est bon ; chantez un psaume à son nom car il est doux : tout ce qu’il veut il le fait au ciel et sur la terre.
La mélodie est douce et calme, sans grands écarts. Elle prend un caractère plus affirmatif au début de la troisième phrase qui chante la toute-puissance divine.
Communion : Jerusalem quæ ædificatur
Pour la troisième fois au cours de cette messe du quatrième dimanche de Carême, nous trouvons à la Communion le psaume 121, le cantique que les pèlerins d’Israël chantaient en montant vers Jérusalem, et plus précisément dans le verset qui est chanté ici le cri d’admiration de tout le peuple en découvrant les murailles du temple après une longue marche :
Jerusalem, quæ ædificatur ut civitas, cujus particpatio ejus in idipsum : illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini, ad confitendum nomini tuo, Domine.
Jérusalem qui est bâtie comme une cité dont les parties se tiennent entre elles, c’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur, pour proclamer votre nom, Seigneur.
On remarquera une fois encore le passage de la troisième à la deuxième personne. Les tribus du Seigneur qui montent vers Jérusalem, ce sont tous les peuples que l’Église voit avec un tressaillement de joie monter vers elle pour y recevoir le baptême. Ils y seront tous unis dans la communion des Saints comme les pierres parfaitement ajustées de la cité sainte. Cette joie de l’Église se traduit par une mélodie ample et enthousiaste mais avec des cadences en demi-ton qui lui donnent en même temps un caractère mystique et contemplatif.
