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Le cardinal Aveline a remis le prestigieux Prix Henri de Lubac au Frère Léopold-Marie de la FMND

Alors que l’évêque de Viviers persécute la Famille Missionnaire de Notre-Dame (FMND) en lui demandant de refuser toute nouvelle vocation, en interdisant à plusieurs religieux de prononcer leurs vœux et en refusant de célébrer plusieurs ordinations en attentes depuis des mois, le cardinal Aveline remet le prix Henri de Lubac à un frère de cette même communauté, la FMND.

Et quelle ironie de découvrir que le sujet de la thèse du Frère Léopold-Marie, récompensée par ce prix prestigieux et remis à l’ambassade de France près le Saint-Siège, en présence de nombreuses personnalités du monde ecclésial et universitaire, est ” la vocation religieuse et le sens de la consécration“.

Comme le précise Tribune chrétienne dans son article, “cette récompense représente également une reconnaissance du sérieux de la formation intellectuelle et spirituelle dispensée à ses membres“.

Voici quelques extraits de l’interview du frère Léopold Marie de la FMND, lauréat de ce prix, publié dans Tribune chrétienne :

Philippe Marie – Tribune Chrétienne : Votre thèse sur la consécration religieuse vient d’être récompensée par le prix Henri de Lubac. Qu’est-ce que cette distinction représente pour vous personnellement et spirituellement ?

Frere Léopold Marie :En tant que religieux, je n’oublie pas l’avertissement de saint Paul : le seul prix qui vaille la peine d’être reçu est celui de la vie éternelle ! Ceci étant, c’est bien-sûr une grande joie et un grand honneur que de voir ce travail ainsi récompensé par ce prix. À cette occasion, je ne peux qu’être rempli de gratitude pour ceux qui ont permis cette réussite. Je pense d’abord à Père Bernard et Mère Hélène, qui étaient supérieurs à l’époque de mes études romaines ; les membres de ma Famille religieuse, qui m’ont soutenu par leur prière et leur affection fraternelle, mais aussi les professeurs de l’Université pontificale de la Sainte Croix (Rome), où j’ai étudié ; et enfin aux membres du jury, qui se sont laissés interpeller par mon travail.

En quelques mots accessibles à tous, quel était le cœur de votre recherche sur la consécration religieuse ?

Nous parlons souvent de la vie consacrée, mais il est bien difficile de dire en quoi consiste cette forme particulière de consécration. Ma recherche se caractérise avant tout par le souci d’aborder la question en maintenant l’unité de la Tradition, c’est-à-dire en proposant une réflexion ancrée dans l’Écriture, qui tienne compte de l’enseignement de l’Église et de ce qui constitue sa vie : la liturgie. La plus grande partie du travail retrace le développement historique de la célébration de la profession religieuse pour comprendre ce que croit l’Église lorsqu’elle célèbre un tel acte.

Nous avons ainsi montré que l’engagement religieux ne se réduit pas à une forme de volontarisme : par la profession des vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, le religieux répond à l’appel de Dieu qui l’a appelé à tout quitter pour être uni à Lui et le servir. À ce don de soi, Dieu répond par la prière de l’Église en unissant cette offrande au sacrifice du Christ, établissant ainsi entre le Seigneur et le profès une alliance éternelle, scellée par un don spécial de l’Esprit-Saint. Pour comprendre la vie consacrée, il faudra donc toujours partir cette dimension spirituelle.

(…)

Comment percevez-vous le fait qu’après la condamnation, aujourd’hui frappée d’appel, de la FMND autour de questions liées à l’obéissance et à la consécration religieuse, votre thèse sur ce même sujet soit honorée par le prix Henri de Lubac ?

Ceux qui ont lu des articles sérieux sur le procès contre la FMND – dont les articles de Tribune chrétienne ! – savent que la question centrale est celle des exigences de la vie religieuse. Ma thèse ne fait que confirmer que nous vivons, comme tant d’autres religieux et religieuses en France et dans le monde, conformément à ce qu’enseigne l’Église. Les exigences propres à la vie consacrée ne constituent pas une atteinte à la dignité inaliénable de la personne humaine. Comme l’enseigne le concile Vatican II, c’est le contraire qui est vrai : « Que tous enfin soient persuadés que la profession des conseils évangéliques, tout en comportant renonciation à des biens qui méritent indiscutablement l’estime, ne fait cependant nullement obstacle au progrès de la personne humaine, mais au contraire, de par sa nature, lui est du plus grand profit » (Lumen gentium 46). Il n’y a donc pas de raison que la justice nous empêche de vivre notre vie religieuse !

À l’occasion du procès, on a pu aussi entendre que les membres de la communauté seraient mal formés. La remise de ce prix ne vient-elle pas démentir cette affirmation ?

En effet, la communauté a toujours eu le souci d’une formation intégrale de chaque membre. Une bonne formation ne se réduit pas à la poursuite d’études intellectuelles et à l’obtention de grades universitaires, mais la formation intellectuelle tient cependant une place importante, puisque la foi est aussi connaissance de ce que Dieu nous transmet par la Révélation. Par ailleurs, un aspect important de notre mission est de travailler à transmettre la foi, ce qui exige de bien connaître ce en quoi nous croyons. Après les trois premières années de formation initiale, qui donnent à tous une connaissance élémentaire de l’Écriture, de l’histoire de l’Église et du Catéchisme, nous poursuivons des études de philosophie et de théologie à un rythme adapté aux aptitudes de chacun. Certains d’entre nous étudient directement en université. Dans mon cas, la thèse conclut huit ans de présence à Rome, avec tout ce que cela représente en termes de contact avec la Tradition de l’Église, avec des étudiants de tous les continents et avec des professeurs de différents profils.

Plus largement, ceux qui ont une expérience académique savent que réaliser un tel travail de recherche demande de vivre dans une ambiance de vie sereine et épanouissante : je rends grâce d’avoir pu étudier dans de telles conditions, avec des responsables attentifs à l’équilibre de vie et qui ont le souci d’aider chaque membre à se forger des convictions et une véritable capacité de réflexion personnelle. Tout le contraire d’une ambiance sectaire décrite par les plaignants ou certains médias lors du procès !

Comment expliquez-vous ce paradoxe entre une certaine vision anticléricale et méfiante envers les communautés religieuses, et la reconnaissance intellectuelle et spirituelle de la valeur de la consécration religieuse à travers ce prix ?

La vie religieuse est une voie particulière de sainteté, qui a ses exigences. À l’heure où l’on a perdu le sens de l’autorité, où la soif de possession de bien matériels est exacerbée et où la jouissance apparaît pour beaucoup comme l’unique but de la vie, le témoignage de la vie consacrée comporte une dimension prophétique, qui oblige la société à s’interroger. Or, il n’est facile pour personne de se remettre en cause : il vaut mieux discréditer afin d’éviter de changer. La reconnaissance de mon travail peut encourager ceux qui veulent être fidèles et peut-être aider ceux qui ont perdu le sens de leur vocation à le retrouver. Mais ce prix est aussi un message d’espérance, comme si la société elle-même invitait les religieux à donner avec conviction leur témoignage afin de lui permettre de renouer avec l’espérance. »

La FMND et le Père Bernard, défendus par maître Triomphe et maître Gousseau, ont fait appel suite au verdict du procès du 24 mars dernier, considéré comme une quasi relaxe par ceux qui ont étudié et lu l’intégralité du verdict. La plupart des accusations sont tombées et la communauté aborde le procès en appel très sereinement pour effacer les derniers mensonges, calomnies et instrumentalisations malveillantes.

La vie chrétienne victorieuse- Christianisme versus Judaïsme & Islam

Ces questions ne sont ni secondaires ni nouvelles. Elles touchent au cœur même de la foi chrétienne et à la mission confiée à l’Église. Car le christianisme ne se définit pas d’abord par une culture, une tradition ou une morale, mais par une personne : Jésus-Christ.

Dans la perspective biblique, toute réflexion sur les relations entre le christianisme, le judaïsme et l’islam doit commencer par cette question fondamentale : qui est Jésus-Christ ?
Lorsque l’apôtre Pierre confesse : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16:16), il exprime le fondement même de la foi chrétienne. Cette confession constitue la ligne de démarcation essentielle entre le christianisme et toutes les autres religions. Le chrétien ne croit pas seulement en Dieu de manière générale ; il croit en Dieu tel qu’il s’est pleinement révélé en son Fils.

Le christianisme s’enracine profondément dans l’histoire d’Israël. Jésus est juif, les apôtres sont juifs, et les Écritures du Nouveau Testament s’inscrivent dans la continuité de l’Ancien Testament. Le christianisme ne naît pas en opposition au judaïsme, mais comme accomplissement des promesses faites aux pères. Jésus lui-même déclare qu’il n’est pas venu abolir la Loi et les prophètes, mais les accomplir.

Le judaïsme biblique repose sur la révélation divine donnée à Israël : l’alliance, la Loi, le culte et l’espérance messianique. Toutefois, le point de divergence majeur réside dans la reconnaissance de Jésus comme Messie. Le judaïsme traditionnel ne reconnaît pas en lui l’accomplissement des promesses.

Dans une perspective biblique, il est essentiel de maintenir la distinction entre Israël et l’Église. L’Église n’est jamais appelée Israël dans le Nouveau Testament. Les promesses faites à Israël ne sont ni transférées ni spiritualisées au profit de l’Église. L’apôtre Paul affirme avec force : « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11:29). Il annonce également : « Et ainsi tout Israël sera sauvé » (Romains 11:26).

Cela signifie que Dieu demeure fidèle à ses engagements envers son peuple terrestre. Israël conserve une place particulière dans le plan prophétique de Dieu, et son avenir s’inscrit dans l’accomplissement des desseins divins. Cependant, sur le plan du salut individuel, il n’existe qu’un seul chemin : la foi en Jésus-Christ. Juifs et non-Juifs sont appelés à recevoir la grâce de Dieu par le même moyen.

L’islam, apparu au VIIe siècle, se présente comme une restauration du monothéisme abrahamique. Il reconnaît certains éléments communs avec le judaïsme et le christianisme, notamment l’existence d’un Dieu unique et la figure de Jésus (Isa), considéré comme un prophète. Cependant, les divergences doctrinales sont profondes et irréductibles.
L’islam rejette catégoriquement la divinité de Christ, sa filiation divine, ainsi que sa mort sur la croix. Or, pour la foi chrétienne, ces vérités sont absolument centrales. L’Évangile repose sur ce fait historique et théologique : « Christ est mort pour nos péchés… il a été enseveli, et il est ressuscité le troisième jour » (1 Corinthiens 15:3-4).
Sans la croix, il n’y a pas de rédemption. Sans la résurrection, il n’y a pas d’espérance vivante. C’est pourquoi l’apôtre Paul peut dire : « Mais nous, nous prêchons Christ crucifié » (1 Corinthiens 1:23).

Une autre différence essentielle concerne la nature du salut. Le christianisme biblique enseigne que l’homme est perdu à cause du péché et incapable de se sauver lui-même. « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3:23). Le salut est alors présenté comme un don gratuit de la grâce divine : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi… ce n’est point par les œuvres » (Éphésiens 2:8-9).

À l’inverse, dans la perspective islamique, le salut est lié à l’obéissance religieuse et au jugement final, où les œuvres sont pesées. L’assurance du salut n’y est pas pleinement acquise. Cette différence touche au cœur même de la relation entre Dieu et l’homme.

Ainsi, bien que certaines convergences extérieures existent entre ces religions, les divergences fondamentales concernent la personne de Christ, l’œuvre de la croix et la nature du salut. Ces éléments ne sont pas périphériques : ils constituent le centre de la foi chrétienne.

Dès lors, peut-on parler d’une compatibilité doctrinale entre le christianisme et les autres religions ? La réponse biblique est claire : une telle compatibilité ne peut exister sans que l’un des systèmes abandonne ses fondements essentiels. Dire que toutes les religions mènent à Dieu revient à nier la déclaration explicite de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14:6).

Cependant, cette affirmation de vérité ne doit jamais conduire à une attitude de dureté ou de mépris. Le chrétien est appelé à refléter le caractère de son Seigneur, « plein de grâce et de vérité ». L’Écriture exhorte : « soyez toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect » (1 Pierre 3:15).

Il est donc essentiel de distinguer clairement entre les personnes et les doctrines. Les personnes doivent être respectées, aimées et considérées avec dignité. Chaque être humain est créé à l’image de Dieu. Mais les doctrines doivent être évaluées à la lumière de la Parole de Dieu.

Le dialogue interreligieux peut avoir une utilité sur le plan humain, social ou culturel. Il peut favoriser la paix, la compréhension mutuelle et le respect entre les peuples. Toutefois, il trouve ses limites dès lors qu’il prétend établir une unité spirituelle ou doctrinale entre des systèmes de croyance incompatibles.

L’Église n’a pas reçu pour mission de construire une synthèse religieuse mondiale ni de rechercher une convergence doctrinale entre les religions. Sa mission est clairement définie : « Allez par tout le monde, et prêchez l’Évangile » (Marc 16:15).

Le danger du dialogue interreligieux, lorsqu’il est mal compris, est de conduire à une dilution progressive de la vérité. Sous prétexte d’unité ou de paix, on en vient parfois à minimiser les différences essentielles, voire à les ignorer. Mais un amour qui renonce à la vérité cesse d’être un amour véritable.

Aimer son prochain ne signifie pas valider toutes les croyances. L’amour biblique consiste à désirer le salut de l’autre et à lui annoncer fidèlement l’Évangile. Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2:4).

Dans ce contexte, l’exhortation de l’apôtre Paul garde toute son actualité : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger » (2 Corinthiens 6:14). Il ne s’agit pas d’un appel à l’isolement social, mais à la vigilance spirituelle. Le croyant est appelé à vivre dans le monde sans adopter les principes qui s’opposent à la vérité de Dieu.
Ainsi, le chrétien est appelé à maintenir un équilibre spirituel délicat mais essentiel : vivre paisiblement avec tous les hommes, témoigner avec respect et douceur, tout en demeurant fermement attaché à la vérité de l’Évangile.

Dans un monde où les repères spirituels deviennent flous, cette fidélité est plus que jamais nécessaire. La tentation est grande d’adapter le message pour le rendre plus acceptable. Pourtant, l’Évangile n’a pas été confié à l’Église pour être modifié, mais pour être proclamé fidèlement.
Le christianisme demeure unique en ce qu’il annonce non pas ce que l’homme doit faire pour atteindre Dieu, mais ce que Dieu a accompli en Jésus-Christ pour sauver l’homme. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3:16).

En définitive, le dialogue interreligieux ne peut jamais remplacer le témoignage chrétien. Il peut exister comme cadre de respect et d’échange, mais il ne doit jamais devenir un espace de compromis doctrinal.

Le croyant est appelé à marcher dans la vérité et dans l’amour, sans confondre l’un et l’autre. Car la vérité sans amour devient dureté, et l’amour sans vérité devient illusion.
Que l’Église demeure donc fidèle à son appel : annoncer Jésus-Christ crucifié et ressuscité, unique Sauveur du monde, tout en manifestant la grâce, la patience et la compassion envers tous.
C’est dans cette tension féconde entre vérité et amour que se trouve le témoignage authentique du chrétien dans le monde d’aujourd’hui.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Les divins paradoxes des pèlerinages de ce WE

Ce WE, des milliers de pèlerins ont marché, vers Chartres, et vers Paris.

Portrait de pèlerins.

Quel est votre préféré ?

Celui qui fait son 44e, et celui qui fait son premier

Celui qui profite de cette invitation du Bon Dieu pour retrouver ses amis, et celui qui profite de cette invitation de ses amis pour retrouver le Bon Dieu

Celui qui croit au Ciel depuis avant même sa naissance, et celui qui y croit au dernier km le lundi

Des femmes aux vêtements sales, mais toujours élégantes et actives

Des hommes hirsutes et malodorants, mais à fond sur leur mission

Celui qui dit qu’il arrête en installant sa tente le soir, et qui dit qu’il continue en la pliant le matin

Ceux de la logistique qui s’organisent bien, pour finir vite et se reposer, mais qui aident ensuite d’autres groupes moins performants et finissent en dernier

Celui qui va aux toilettes avec urgence extrême, et celui qui y va juste pour prendre ses précautions (le premier laisse finalement son tour au 2e par esprit de sacrifice…)

Le gamin épuisé qui doit être porté pendant la journée, et qui court en jouant toute la soirée

Celui pour qui les champs de la Beauce à perte de vue sont un motif d’admiration, et celui pour qui c’est un motif d’inquiétude

Celui qui travaille mardi très tôt, et celui qui se repose toute la semaine

Des amoureux qui s’enguirlandent, et des ennemis qui se serrent la main

Ceux qui transforment des chansons du top 50 en cantiques

Celui qui a toute confiance en ses évêques, et celui qui se désespère de ses évêques

Celui qui a eu trop chaud, et celui qui a VRAIMENT eu trop chaud

Celui qui n’a plus de pieds à force de marcher, celui qui n’a plus de bras à force de manuter les sacs et les tentes

Celui qui a de bonnes chaussures, et celui qui n’a plus de chaussures

Ceux que le monde accuse le racisme, et qui donnent les meilleures places aux étrangers

Celui qui ronfle, et celui qui prie toute la nuit pour celui qui ronfle

Celui qui a N enfants, avec P enfants qui marchent vers Chartres, et N – P enfants qui marchent vers Paris, et la machine à laver qui traitera aussi bien les uns que les autres

Celui qui prie 3 jours en silence, et celui qui prie 3 jours en chantant

Celui qui déplore que Rome renie sa parole depuis « le funeste Concile », et celui qui déplore que Rome renie sa parole depuis « la funeste Encyclique » de 2021

Celui qui admire Mgr Rey, celui qui admire Mgr Lefebvre, celui qui admire les deux

Celui qui prie pour ses enfants qu’il voit chaque jour, qui déplore qu’ils s’éloignent du Bon Dieu ; et celui qui prie pour ses enfants qu’il ne voit jamais, mais qu’il sait être toujours dans l’amitié du Bon Dieu

Un manœuvre qui explique à un général comme bien balayer

Des policiers et des gendarmes surpris de ne pas être insultés mais applaudis

Le dimanche midi, à Sonchamp, des pèlerins des 2 côtés qui s’applaudissent et s’encouragent les uns les autres

Un carnet FSSPX avec des chants qui tutoient Jésus et Marie, et un carnet FSSP qui n’oublie pas ce qu’il doit à Mgr Lefebvre

Un évêque qui accueille tout en déplorant “l’abus d’autorité” d’un pélé qui promeut exclusivement la messe tradi, et un évêque qui dénonce l’abus d’autorité des clercs qui interdisent ou limitent la Messe tradi

Celui qui ne votera pas, car “tout est dans les mains du Bon Dieu”, et celui qui s’engage politiquement pour ralentir la chute

Celui qui ne plie pas sa tente tant que la phrase mythique n’a pas été prononcée par “the voice”

Celui qui aimerait que Rome soit charitable, et celui qui aimerait que Rome soit cohérente

Ceux qui ont trop de vocations, avec des dizaines de prêtres dans leurs écoles faute d’évêques qui leur confient des paroisses, et ceux qui pourraient ouvrir des dizaines de simili paroisses s’ils avaient plus de prêtres

Ceux qui aimeraient que Rome les aime davantage, et ceux qui aimeraient que Rome les aime VRAIMENT davantage

Charles Rosiers, ancien chroniqueur au quotidien Présent, charles.rosiers@gmail.com

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Madjid Messaoudene, proche du nouveau maire de Saint Denis, sera poursuivi

Grâce à l’AGRIF :

Le 18 juin 2020, sur son compte Twitter, M. Majid Messaoudene écrivait « Nous sommes antiracistes contre tous les racismes », précisant : « Sauf contre le racisme anti-blanc évidemment ».

Suite à ces propos scandaleux, M. Messaoudene sera enfin poursuivi devant la 17e Chambre du Tribunal Correctionnel de Paris, le 11 septembre prochain, pour injure publique à raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion.

Militant d’extrême-gauche et indigéniste bien connu, ancien conseiller municipal de Saint Denis (93), M. Messaoudene est un proche du nouveau maire de cette ville, M. Bally Bagayoko. En 2019, il a notamment organisé la très communautariste « marche contre l’islamophobie ».

En 2025, il était encore référencé dans une brochure, éditée pour l’Académie de Créteil, financée par la Région Ile-de-France et intitulée « Annuaire francilien des référentes et référents pour l’égalité ».

M. Messaoudene y figure en page 24 au titre de « chargé de Mission lutte contre les discriminations, égalité femme/homme, personnes porteuses de handicap » pour la ville de Stains (93).

Au regard des propos mentionnés ci-dessus, il est proprement scandaleux que le Ministère de l’Éducation nationale fasse la promotion de cette personne et que la Ville de Stains l’embauche sur un tel poste.

L’AGRIF suivra ce dossier avec la plus grande attention.

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Mel Gibson a terminé le tournage de la suite très attendue de « La Passion du Christ »

Mel Gibson a annoncé la fin du tournage de La Résurrection du Christ, sa suite très attendue du classique de La Passion du Christ.

Le tournage s’est achevé plus tôt que prévu. La Résurrection du Christ, qui sortira en deux parties, a été tournée pendant 134 jours à Rome et dans plusieurs autres lieux en Italie.

Mais les dates de sortie de chaque partie ont été repoussées : la première partie sortira désormais le 6 mai 2027 et la seconde le 25 mai 2028 (le jour de l’Ascension). Initialement, elles devaient sortir respectivement le Vendredi saint et le jour de l’Ascension 2027.

Gibson a souligné que « Résurrection  » est « bien plus qu’un film.

C’est une mission que je porte depuis plus de vingt ans : raconter ce que je crois être l’histoire la plus importante de l’histoire de l’humanité. » « Ce film représente une part importante de l’œuvre de ma vie, et il a exigé tout de moi en tant que cinéaste et en tant qu’artiste ».

Ce film n’a pas été exempt de controverses. Mel Gibson a décidé de remplacer tous les acteurs afin d’éviter des dépenses en effets spéciaux numériques pour le rajeunissement numérique. Jaakko Ohtonen remplace Jim Caviezel dans le rôle de Jésus-Christ, Kasia Smutniak celui de Maia Morgenstern dans celui de la Vierge Marie, et Mariela Garriga celui de Monica Bellucci dans celui de Sainte Marie-Madeleine.

Jean Madiran et les sacres de 1988

Dans cet entretien approfondi, M. Jacques-Régis du Cray, agrégé d’histoire, revient sur le rôle de Jean Madiran, figure intellectuelle majeure du catholicisme français du XXe siècle, dans le combat pour la Tradition catholique, sa proximité avec Mgr Lefebvre durant les années du concile Vatican II et de l’après-concile, puis sur la rupture de 1988 autour des consécrations épiscopales sans mandat pontifical et enfin son revirement par la suite indiquant à propos des sacres de 1988 “A l’époque je n’étais pas capable de porter un jugement. Aujourd’hui il m’est difficile de trouver qu’il ait eu tort”

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Vidéo : Offrande, Offertoire, Oblation

Dans cette vidéo nous faisons un commentaire du déroulé de l’Offertoire, il s’agit de la première partie des prières, que nous thématisons autours de l’acte d’Offrande, par opposition à la seconde, thématisée autours de la réception de cette offrande (sortie le 18 juin).

Nous commentons donc et décrivons les prières d’Oblation du pain (Suscipe sancte Pater) puis du vin (Offerimus tibi), le mélange de l’eau avec le vin (Deus qui humanae substantiae) et la prière d’Offrande de soi (In spiritu).

Cette vidéo s’inscrit dans un cycle qui s’efforce de faire un commentaire assez approfondi des prières et des gestes de l’ensemble de la messe tridentine. Il est possible de vous abonner gratuitement pour recevoir les vidéos à venir.

00:00 Introduction
00:44 Offrande mystique et physique
05:16 Oblation du Pain (Suscipe)
09:36 Oblation du VIn (Offerimus tibi)
12:00 Mélange de l’eau et du vin.
15:13 Oblation de soi (In spiritu)

Format écrit : https://laphalangeliturgique.com/publications/offertoire-offrande-oblation

Louis Djeddi
Association Tradition d’Aujourd’hui (ex Phalange Liturgique)

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Magnifica Humanitas — le regard d’un biologiste sur l’encyclique de Léon XIV

Face à l’intelligence artificielle, un biologiste médical lit l’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV — et y retrouve une inquiétude portée depuis des années.

Il arrive parfois qu’un texte ne donne pas seulement des idées, mais mette soudain des mots sur une inquiétude silencieuse que l’on porte depuis des années. En lisant Magnifica Humanitas, l’encyclique publiée le 15 mai 2026 par le pape Léon XIV, j’ai éprouvé cela avec une intensité rare.

À soixante et onze ans, après une vie passée entre les laboratoires hospitaliers, la recherche en immunologie et l’industrie du diagnostic médical, je lis ce texte moins comme un théologien que comme un homme qui a vu la médecine changer de visage. J’ai connu une époque où l’on parlait encore longuement avec les cliniciens pour discuter d’un résultat inquiétant ; où un biologiste n’était pas seulement un producteur de chiffres mais un interlocuteur engagé dans la décision. J’ai vu ensuite monter, année après année, la logique du flux, de l’optimisation, du pilotage par les données.

Je ne suis pas hostile au progrès technique. Toute ma vie professionnelle s’est construite avec lui. Les automates ont amélioré la précision analytique, réduit des erreurs parfois dramatiques. Le diagnostic moléculaire a permis des avancées extraordinaires. Il serait absurde de sombrer dans une nostalgie antimoderne.

Mais l’originalité de cette encyclique est de nous avertir qu’un seuil invisible est en train d’être franchi. L’intelligence artificielle tend à devenir davantage qu’un outil : un environnement culturel global, une matrice invisible qui prétend redéfinir ce qu’est l’homme. C’est précisément cela que Léon XIV nomme avec lucidité : la tentation technocratique de Babel, contre laquelle il oppose la figure de Néhémie reconstruisant la cité.

La tyrannie de la corrélation

Je reconnais cette tentation parce que je l’ai vue s’installer concrètement dans le monde de la santé. Elle ne commence jamais par des intentions maléfiques. Elle s’introduit sous le vocabulaire rassurant de la rationalisation, de la traçabilité, de l’aide à la décision. Puis, peu à peu, le malade réel disparaît derrière sa représentation numérique.
Le danger de l’intelligence artificielle en médecine n’est pas celui d’une machine de science-fiction qui remplacerait physiquement le praticien. Le danger est plus subtil : une habitude mentale, un réductionnisme insidieux qui consiste à regarder l’être humain comme un ensemble de probabilités calculables. Or la médecine ne se réduit pas à la prédiction. Et la vérité n’est pas un alignement de données optimales.

L’IA excelle à repérer des motifs dans des masses considérables de données ; mais corréler n’est pas comprendre. Un résultat biologique n’est jamais un être humain. Entre une valeur chiffrée et une existence charnelle demeure toujours une distance irréductible. Toute la grandeur du soin réside précisément dans cette distance.

Je me souviens encore de certains patients dont nous pensions, biologiquement parlant, qu’ils ne passeraient pas la nuit. Et pourtant ils demeuraient là, contre toute logique statistique, suspendus à une présence, une volonté, parfois une paix intérieure impossible à quantifier. J’ai vu aussi des effondrements brutaux chez des patients dont les indicateurs semblaient rassurants. Avec les années, on finit par comprendre qu’aucune accélération algorithmique ne supprimera jamais la part de mystère propre à la vie humaine.

La fragilité, condition de l’humanité

Ce que notre époque supporte de moins en moins, ce n’est pas seulement la souffrance : c’est l’imprévisibilité. Nous voulons tout anticiper, tout sécuriser, tout corriger en amont. La médecine contemporaine glisse ainsi insensiblement d’une logique du soin vers une logique de gestion du risque.

Lorsque l’existence humaine est principalement perçue sous l’angle de ses probabilités pathologiques, la tentation apparaît de sélectionner, trier, éliminer. La médecine prédictive peut prévenir des souffrances réelles, mais elle peut aussi produire une civilisation de l’angoisse génétique permanente, où des scores de risque prétendent enfermer le devenir d’un enfant dans les probabilités de son hérédité.

Toute mon expérience d’immunologiste m’a appris exactement l’inverse du rêve transhumaniste. Le vivant n’est pas une mécanique parfaite qu’il suffirait d’ajuster. Notre système immunitaire lui-même ne vit et ne se fortifie que parce qu’il accepte l’exposition au « non-soi », au risque, à l’incertitude. Une immunité totalement étanche, fermée sur elle-même au nom de la protection absolue, conduirait paradoxalement à la mort.

Ici, l’encyclique atteint une profondeur remarquable en adossant la Magnifica Humanitas au Magnificat. Face à la toute-puissance algorithmique, le pape ne propose pas une contre-performance technique, mais l’audace théologique de la vulnérabilité. Notre fragilité n’est pas un bug à corriger : elle est la condition même de notre humanité, le lieu biologique et spirituel où peuvent naître la compassion, la dépendance mutuelle, le soin donné gratuitement et l’amour.

À mon âge, après avoir accompagné tant de patients, tant de familles, tant de fins de vie, je ne crois plus au mythe de l’autonomie absolue. Les moments les plus vrais de l’existence humaine sont souvent des moments de dépendance : un vieillard qui serre une main, une famille réunie autour d’un mourant, un regard échangé dans une chambre d’hôpital à trois heures du matin. Aucune intelligence artificielle ne pourra habiter ces moments-là.

Néhémie et le « jeûne de l’IA »

Face au déterminisme prédictif qui tend à enfermer l’homme dans la boucle de ses données passées, l’espérance chrétienne agit comme une rupture de logique : elle ouvre un avenir que les calculs ne peuvent contenir. L’algorithme est un miroir du passé ; l’homme demeure une porte vers l’avenir.

Léon XIV ne cède ni au fatalisme technophile ni au catastrophisme technophobe. Il oppose à Babel la figure de Néhémie reconstruisant Jérusalem. Néhémie ne fuit pas les ruines ; il invite chacun à rebâtir la cité pierre par pierre, en confiant à chaque famille un tronçon de mur. Ce chantier est immédiat pour nous. Il suppose d’abord une ascèse morale.

L’utilisation fluide et permanente de ces technologies installe en nous un sentiment insidieux de toute-puissance. En abolissant l’effort et la confrontation à nos propres limites cognitives, la machine nous fait perdre l’humilité fondamentale de notre condition. La sagesse humaine ne naît pas du traitement instantané des données, mais d’une vérité vécue, mûrie et parfois soufferte dans la chair.

Le pape ose alors une formule magnifique : celle d’un « jeûne de l’IA ». Pour le biologiste, le jeûne évoque une mise au repos métabolique nécessaire à l’équilibre de l’organisme ; pour le croyant, il est une discipline intérieure destinée à libérer l’esprit. Ce jeûne devient aujourd’hui une nécessité anthropologique : retrouver le silence, préserver l’attention, résister à la capture permanente de la conscience par les flux numériques.

Dans le monde du soin, cette résistance prend des formes très concrètes : préserver des consultations où l’écoute du patient prime sur la saisie informatique ; défendre des fins de vie accompagnées par une présence humaine plutôt que pilotées par des protocoles de scores ; protéger des maternités où la naissance demeure un mystère accueilli et non un tri préconceptionnel.

Le Verbe fait chair, non donnée

Le christianisme affirme quelque chose de profondément scandaleux pour notre modernité technologique : la fragilité n’est pas une anomalie à effacer ; elle peut devenir un lieu de vérité. En Jésus-Christ, Dieu a sauvé l’humanité en assumant pleinement notre condition biologique, mortelle et limitée — non en l’abolissant. Le Verbe s’est fait chair : non programme, non donnée, non conscience téléchargeable.

Une société réellement humaine ne sera jamais celle qui possédera les meilleurs algorithmes prédictifs ou les serveurs les plus puissants. Ce sera celle qui continuera à reconnaître une dignité infinie à un être diminué, dépendant, désorienté ou mourant — même lorsqu’il ne produit plus rien, ne calcule plus rien, ne « sert » plus à rien.
C’est là, au fond, que se joue la question décisive soulevée par Magnifica Humanitas. Non pas : « Jusqu’où ira l’intelligence artificielle ? » Mais plutôt : « Quelle idée de l’homme voulons-nous encore sauver ? »

Illustration: Le Philosophe en méditation 1632 – musée du Louvre Rembrandt ( 1606- 1669).

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Les contradictions de politiques prétendument favorables à la famille, qui promeuvent la discrimination à l’égard de la maternité et érigent l’avortement en droit

Le pape a reçu lundi les membres de l’Intergroupe « Démographie » du Parlement européen. Evoquant la crise démographique que connaît l’Europe, le pape a déclaré :

[…] De plus, ces dernières décennies, le rejet de l’inspiration chrétienne des pères fondateurs des institutions européennes a engendré une stérilité dramatique, non seulement parce que trop d’enfants ont été privés du droit à la naissance, mais aussi parce que la transmission des outils matériels et culturels nécessaires à la jeunesse pour affronter l’avenir a été négligée. Dès lors, nous sommes fréquemment confrontés aux contradictions de politiques prétendument favorables à la famille, qui, simultanément, promeuvent la discrimination à l’égard de la maternité, érigent l’avortement en droit et sapent le fondement même du désir de fonder une famille. Heureusement, il existe aujourd’hui de belles exceptions !

Il est donc urgent d’étudier et de traiter tous ces enjeux de manière coordonnée par un large éventail d’acteurs universitaires, politiques et de la société civile. Le défi démographique représente un tournant décisif pour l’avenir anthropologique, social et économique de l’Europe. Votre implication, forte de son rayonnement transpartisan, peut jouer un rôle essentiel et constitue un forum idéal pour explorer des pistes de réflexion et générer des idées novatrices, dont l’Europe et le monde ont si désespérément besoin. Ce dialogue doit inclure non seulement les différentes institutions et gouvernements européens, mais aussi l’ensemble de la société civile, dont les chrétiens font partie intégrante.

Au cœur de ces défis pressants, et pour y apporter des solutions, se trouvent la dignité fondamentale de toute personne et le rôle de la famille dans la société. Comme le rappelait saint Jean-Paul II , la famille est « la première et irremplaçable école de la vie sociale » ( Familiaris Consortio , 43) et se fonde sur le mariage entre un homme et une femme, réalité qui unit les dimensions personnelle et publique. Dans cette perspective, vos discussions ont également pour mission de promouvoir la responsabilité partagée et le rôle actif des familles dans la vie sociale, politique et culturelle (cf.  Discours aux participants de la rencontre organisée par le CELAM, l’Académie pontificale pour la vie et l’Institut Jean-Paul II , le 19  septembre 2025). Car c’est seulement en respectant et en promouvant cette place centrale de la famille, et en appliquant le principe de subsidiarité, qu’il est possible d’éviter les deux extrêmes que sont l’interventionnisme étatique excessif et l’individualisme. […]

Lettre encyclique du Saint-Père Léon XIV Magnifica Humanitas

A lire ici.

Sur le bien commun, non négociable :

Reconnaître que chaque homme et chaque femme porte en soi une dignité inaliénable et a des droits qu’aucun pouvoir humain ne peut léser ou annuler, exige de façonner la manière dont nous vivons ensemble, nos choix économiques et politiques, ainsi que le visage concret de nos villes. De là naît le premier grand principe de la Doctrine sociale que je désire rappeler : le bien commun. Nous pouvons le décrire comme la forme sociale de la dignité reconnue à chacun. Lorsque Benoît XVI a évoqué les valeurs non négociables que l’Église doit toujours défendre, il a inclus parmi celles-ci « la promotion du bien commun ». [75] Pour un chrétien, en effet, sortir du petit monde de ses propres intérêts et s’engager, dans la mesure de ses possibilités, pour le bien commun est une valeur non négociable, tout comme l’est la promotion de la vie.

Le droit à la vie, premier des droits de l’homme :

55. Les droits de l’homme sont inviolables, car « inhérents à la personne et à sa dignité ». [67] Par conséquent, ils sont universels et inaliénables. [68] Précisément parce qu’ils sont fondés sur la dignité commune de chaque homme et de chaque femme, ils ont des conséquences pratiques et des effets juridiques, car « il serait vain de proclamer des droits, si l’on ne mettait en même temps tout en œuvre pour assurer le devoir de les respecter, par tous, partout, et pour tous ». [69] Parmi eux, le premier droit humain est le droit à la vie, de sa conception à son terme naturel, [70] sans lequel il est impossible d’exercer aucun autre droit. Lorsque ce droit fondamental est nié, comme c’est le cas pour l’avortement provoqué, pour le meurtre d’innocents et pour l’euthanasie, on se trouve face à des choix que l’Église juge gravement illicites.

La famille :

165. La famille est un bien social primordial. Fondée sur l’union stable entre un homme et une femme, elle est le premier milieu dans lequel chacun développe ses potentialités, prend conscience de sa dignité et apprend les premières formes de vérité et de bonté, en intériorisant des habitudes qui préparent à la vie sociale. [166] Première société naturelle, dotée de droits originels, la famille est la cellule fondamentale et irremplaçable de toute organisation communautaire. [167] Par conséquent, lorsque les projets politiques et les grandes décisions économiques la relèguent à un rôle marginal ou secondaire, la croissance authentique de l’ensemble du corps social s’en trouve compromise. [168]

166. La famille est toutefois un bien social fragile, qui subit de plein fouet les transformations économiques et technologiques qui bouleversent le monde du travail, et qui a besoin d’un soutien culturel, juridique et économique. L’impact dévastateur du chômage et de la précarité sur le tissu familial est bien connu. À court terme, il peut sembler avantageux de réduire le coût du travail ou de maximiser l’efficacité financière, mais à long terme, cela sape les fondements mêmes de la vie en société : tandis que l’on célèbre les succès technologiques, la structure sociale s’érode progressivement, comme sous l’effet d’un virus silencieux.

L’éducation :

143. L’école est le lieu où les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et sur la dignité de chaque personne. C’est pourquoi de nombreux parents, qui souhaitent que leurs enfants grandissent en développant des capacités relationnelles, un esprit critique et des valeurs solides, placent de grands espoirs en elle, qu’ils considèrent comme une alliée précieuse dans l’éducation de leurs enfants. Les parents ont en effet le droit primordial et inaliénable de choisir le type d’instruction et de formation à donner à leurs enfants, conformément à leurs convictions morales, culturelles et religieuses. Le monde scolaire, aujourd’hui, est confronté à des défis qui ne peuvent être reportés.

Rechercher la vérité :

237. Restons fidèles à la vérité ! En vivant inondés par un flux incessant d’informations, d’opinions et d’images, nous savons combien il est facile d’orienter les décisions et les préférences à l’aide d’algorithmes toujours plus sophistiqués. [218] Dans ce contexte, il est important de garder un cœur qui aime la vérité et désire ce qui est juste plutôt que les contenus les plus attrayants, un cœur qui recherche la sagesse plutôt que les effets immédiats. La vérité que nous ne devons pas perdre de vue est celle qui concerne Dieu et l’être humain, telle que le Christ nous l’a révélée. Il convient d’abandonner une vision individualiste et technique de l’homme, comme si la réalité n’était que de la matière à modeler en fonction d’intérêts égoïstes, tant individuels que collectifs. [219] Cultivons plutôt ce que le Pape François a défini comme un « anthropocentrisme situé », [220] qui reconnaît l’être humain comme une créature insérée dans un réseau de relations avec les autres êtres vivants et avec la création tout entière. La fidélité à la vérité exige d’intégrer les possibilités offertes par la technologie dans un cheminement de sagesse, capable de préserver à la fois la dignité de toute personne et l’avenir de notre Maison commune.

Le chant du Credo

D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:

J’ai la chance d’exercer mon service liturgique dans l’église de Santa Maria in Cappella, une église où la musique reçoit la place qui lui revient, même dans le contexte de la messe Novus Ordo (je ne veux pas entrer ici dans la polémique entre Novus et Vetus Ordo, même si j’apprécie et admire profondément ce dernier). Chaque dimanche, il est magnifique de pouvoir chanter mes propres compositions ainsi que la musique sacrée transmise par la tradition. Une place d’honneur, comme le demandent d’ailleurs les documents liturgiques si souvent cités mais si rarement appliqués, revient au chant grégorien.
Cette année, nous chantons le fameux Credo III, le plus connu parmi les différentes mélodies grégoriennes prévues pour le Credo. Les livres officiels de chant grégorien indiquent que ce Credo serait né au XVIIe siècle, c’est-à-dire à une époque non seulement très tardive, mais déjà pleinement marquée par la musique tonale plutôt que modale. D’autres situent l’origine de ce chant un siècle plus tôt. Quoi qu’il en soit, grâce à sa mélodie particulièrement accessible, cette version du Credo s’est largement diffusée et demeure aujourd’hui presque la seule encore entendue, lors des rares occasions où le Credo est chanté.
Et pourtant, il s’agit d’un chant qui ne devrait jamais être négligé, si l’on pense que le Credo est né au IVe siècle précisément pour affirmer la vérité de la foi chrétienne à une époque où de nombreuses hérésies se répandaient. Quand on observe notre époque, on comprend que la situation n’est finalement pas si différente.
Certains me diront : « Mais le Credo est récité tous les dimanches. » Malheureusement, cette remarque est souvent faite par ceux qui ne comprennent pas la différence entre réciter simplement et chanter. Le chant ajoute énormément à l’expérience que nous faisons des textes liturgiques ; il permet à ceux-ci de pénétrer l’âme avec davantage de force et de profondeur.
Malheureusement, l’incapacité à comprendre cela a conduit aux choix désastreux que nous rencontrons encore dans trop de nos églises. On ne comprend pas que toute musique n’est pas adaptée à l’usage liturgique et que certains types de musique peuvent même être nuisibles. Telle a été la tragédie de la musique liturgique au cours des dernières décennies : on est passé d’une musique de type commercial à une musique sentimentaliste, une musique qui ne fait qu’affaiblir la vertu chrétienne au lieu de la fortifier et de l’élever. Et malheureusement, aucune issue ne semble se dessiner ; nous paraissons condamnés à mourir de mièvrerie et de sentimentalité.
Mon expérience du chant du Credo chaque dimanche est véritablement puissante. Il est magnifique de s’unir dans le chant à travers une langue super partes et véritablement inclusive, car même ceux qui ne sont pas italiens peuvent se joindre à nous pour professer l’unique foi. Il est beau que cette union puisse exister non seulement dans l’espace géographique, mais aussi dans le temps, en communion avec tous ceux qui, au fil des siècles, ont professé leur foi à travers ces mélodies.
Je ne crois pas valable l’argument de ceux qui considèrent la langue latine comme un obstacle, car de toute façon tout le monde connaît le texte du Credo. D’ailleurs, le latin ne devrait pas être vu comme un obstacle, mais plutôt comme une opportunité de communiquer les grandes et belles vérités de notre foi.
Tout le monde peut percevoir l’immense différence qu’apporte un chant bien exécuté dans la liturgie — une différence volontairement sous-estimée et qui nous a conduits à la triste situation actuelle.

Les âmes disponibles : quand le djihadisme recrute dans les ruines de la transmission

Il faut parfois se méfier des explications trop faciles. Elles rassurent plus qu’elles n’éclairent. Le terrorisme islamiste, en France, n’est pas seulement une affaire d’immigration, de banlieues, de misère sociale ou de géopolitique proche-orientale. Il a aussi recruté, et parfois très tôt, parmi des Français issus de familles non musulmanes, souvent de culture chrétienne, parfois catholiques par héritage, devenus musulmans avant de basculer vers le djihadisme.

Cette réalité est dérangeante parce qu’elle oblige à regarder ailleurs que là où les discours habituels nous invitent à regarder. Elle ne permet pas de dire que les convertis à l’islam seraient naturellement suspects. Mais elle oblige à poser une question plus profonde : pourquoi certains Français, nés dans un pays anciennement chrétien, parfois dans des familles paisibles, parfois dans des provinces tranquilles, ont-ils trouvé dans l’islam radical une réponse plus forte que tout ce que leur monde d’origine leur avait transmis ?

Les noms sont connus. Christophe Caze et Lionel Dumont, au cœur du gang de Roubaix dans les années 1990. David Vallat, passé par les réseaux afghans et algériens avant de revenir de cette dérive. Fabien et Jean-Michel Clain, Français convertis devenus des figures de la propagande de Daech, jusqu’à la revendication des attentats du 13 novembre. Thomas Barnouin, converti d’Albi, passé par les réseaux salafistes toulousains et devenu cadre religieux de l’État islamique. Maxime Hauchard, jeune Normand apparemment sans histoire, parti devenir bourreau en Syrie. Mickaël Dos Santos, fils d’immigrés portugais, radicalisé au lycée. David Drugeon, Breton converti, artificier du djihad international. Les frères Moreau, adoptés, passés par la délinquance, la prison et la Syrie. Les frères Bons, convertis eux aussi, dont l’un mourra dans une attaque-suicide. Émilie König, Bretonne convertie, devenue recruteuse et propagandiste de Daech.

Ces trajectoires ne sont pas identiques. Certaines passent par la prison, d’autres par la mosquée, d’autres par Internet, d’autres par des réseaux familiaux ou amicaux. Certaines relèvent de la délinquance, d’autres d’une quête religieuse devenue folle, d’autres encore d’une fascination morbide pour la guerre et la pureté. Il n’y a pas de profil unique. Mais il existe une musique commune : rupture, quête, vide, besoin d’appartenance, désir de purification, recherche d’un ordre plus fort que soi.

C’est ici que le regard chrétien peut apporter quelque chose de décisif. Car ces jeunes n’ont pas seulement manqué d’information. Ils ont manqué de transmission. Ils n’ont pas seulement été séduits par une idéologie ; ils ont été trouvés disponibles. Disponibles parce que le monde d’où ils venaient ne savait plus leur parler du bien, du mal, du salut, de la faute, du pardon, du sacrifice, de la paternité, de la mort, de l’éternité. Disponibles parce qu’on avait cru qu’une vie pouvait être remplie par un travail, un ballon de foot, quelques sorties, un téléphone, un abonnement Netflix et le vague catéchisme républicain du “vivre-ensemble”.

Les reportages sur ces cas sont presque toujours écrits dans le même étonnement naïf : “C’était un garçon normal.” “Il jouait au foot.” “Il travaillait au McDo.” “Ses parents ne comprennent pas.” Comme si jouer au foot suffisait à nourrir une âme. Comme si avoir un petit emploi, une chambre, des loisirs et des copains empêchait un jeune homme d’être intérieurement vide. Comme si l’apparence de normalité disait quelque chose de la profondeur d’une vie.

Or le cœur humain ne se nourrit pas seulement de confort. Il a besoin d’une raison de vivre. Il a besoin d’un récit. Il a besoin d’une filiation. Il a besoin d’une loi intérieure. Il a besoin de se savoir attendu quelque part. Lorsque ces besoins ne sont pas assumés par la famille, l’école, la nation, l’Église, ils ne disparaissent pas. Ils deviennent des failles ouvertes.

L’islam radical sait entrer par ces failles. Il ne commence pas toujours par la violence. Il commence souvent par la fraternité, la discipline, la rupture avec l’ancienne vie, la promesse de devenir pur, l’idée que tout peut recommencer. Il donne des frères à celui qui se croyait seul. Il donne une loi à celui qui vivait dans le flottement. Il donne une mission à celui qui ne voyait aucun horizon. Il donne des ennemis à celui qui ne savait pas nommer sa colère. Il donne même une forme de dignité à celui qui se méprisait.

C’est cela qui est terrible : la première prise n’est pas toujours brutale. Elle peut être douce, enveloppante, presque charitable en apparence. On accueille, on entoure, on explique, on corrige, on sépare peu à peu du monde ancien. Puis vient le durcissement. Le converti, souvent, veut prouver qu’il est plus sincère que les autres. N’ayant pas reçu l’islam comme héritage familial, il le reçoit comme rupture totale. Il peut devenir plus zélé, plus rigide, plus impatient. Sa conversion n’est plus seulement religieuse : elle devient revanche, purification, nouvelle naissance.

Il faut aussi avoir le courage de le dire : l’islam populaire de conversion agit souvent par une argumentation très émotionnelle. Il promet la simplicité absolue : un Dieu unique, un Livre parfait, un Prophète modèle, une loi claire, une communauté mondiale. Pour un esprit blessé, peu formé, assoiffé de certitudes, cette simplicité apparente est redoutable. Elle donne l’impression d’une évidence. Mais dès qu’on entre dans l’examen historique et critique sérieux des origines de l’islam, du Coran, des traditions, de la figure de Mahomet, des hadiths, de La Mecque, de la fixation des textes, cette évidence se fissure. L’édifice est beaucoup moins solide qu’il ne le prétend.

Le drame est que le jeune converti fragile ne rencontre presque jamais cette critique. Il ne rencontre pas d’abord un historien, un théologien, un prêtre formé, un chrétien capable de répondre. Il rencontre des hommes qui lui disent : viens, prie, change de vie, quitte tes péchés, rejoins tes frères. Face à cela, notre Occident matérialiste ne sait souvent opposer que des abstractions. Et notre catholicisme, lorsqu’il n’est plus missionnaire, ne sait parfois opposer qu’un sourire gêné.

C’est peut-être là notre honte. Le christianisme avait tout pour répondre à ces faims. Il sait parler de la faute sans désespérer du pécheur. Il sait proposer une ascèse sans abolir la liberté. Il sait offrir une communauté sans dissoudre la personne. Il sait donner des frères sans fabriquer une meute. Il sait donner des martyrs sans fabriquer des assassins. Il sait transformer la violence en combat intérieur, la honte en repentir, la chute en relèvement. Mais encore faut-il qu’il soit annoncé comme une vérité forte, et non comme une vague morale humanitaire.

Le djihadisme français des convertis raconte donc deux histoires à la fois. Il raconte l’histoire de réseaux islamiques qui ont su capter des êtres fragiles, parfois délinquants, parfois simplement vides, parfois intelligents mais désorientés. Mais il raconte aussi l’histoire d’un pays qui ne transmet plus assez pour retenir ses enfants. Une France où des jeunes issus de familles chrétiennes, ou anciennement chrétiennes, peuvent grandir sans recevoir le moindre viatique spirituel sérieux. Une France où des parents aiment parfois leurs enfants, mais ne savent plus quoi leur donner d’autre que de la sécurité, des études, des loisirs et des conseils pratiques.

On dira que tous les parents ne peuvent pas tout. C’est vrai. Beaucoup ont été sidérés, dépassés, sincèrement aimants. Certains n’ont rien vu venir. D’autres ont essayé trop tard. Il ne s’agit pas de les accabler. Mais il faut bien constater qu’une société qui ne transmet plus produit des âmes disponibles. Disponibles pour la tristesse, pour le cynisme, pour la drogue, pour la pornographie, pour la violence, et parfois pour une religion de rupture qui vient offrir, sous une forme mensongère, ce que le monde moderne ne donne plus : une totalité.

C’est pourquoi il serait trop court de ne voir dans ces convertis djihadistes que des monstres. Ils le deviennent parfois, et leurs crimes doivent être nommés sans faiblesse. Mais avant d’être des monstres, beaucoup furent des êtres creux, mal aimés, mal transmis, mal armés. Des enfants d’un monde qui ne savait plus leur parler du ciel, et qui s’est étonné ensuite qu’ils aillent chercher un faux ciel ailleurs.

La leçon est cruelle. Quand une civilisation ne transmet plus la foi, elle ne fabrique pas des esprits neutres. Elle fabrique des orphelins métaphysiques. Et les orphelins, un jour ou l’autre, cherchent une famille.

Parfois, ce sont les pires familles qui les adoptent.

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Quand l’islam parlait encore la langue des hérésies chrétiennes

Saint Jean Damascène, au VIIIe siècle, ne classe pas l’islam comme une grande religion séparée, au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Dans son traité sur les hérésies, il parle de la « superstition des Ismaélites » et la range dans la continuité des erreurs religieuses déjà connues du monde chrétien. Le point est capital. Pour un chrétien oriental vivant sous domination musulmane, l’islam n’apparaît pas d’abord comme une religion radicalement étrangère, mais comme une doctrine postchrétienne : elle parle d’Abraham, de Moïse, de Jésus, de Marie, de l’Évangile, du Jugement dernier, des anges et du paradis ; mais elle retourne, déforme ou nie les dogmes centraux de la foi chrétienne.

Cette observation ne signifie pas que l’islam serait simplement une « secte chrétienne » au sens strict. L’islam est devenu une religion propre, avec son livre, sa loi, son prophète, sa liturgie, son droit et sa civilisation. Mais elle signifie que ses origines doctrinales se comprennent mal si l’on oublie le monde dans lequel le Coran apparaît : l’Antiquité tardive, saturée de judaïsmes, de christianismes orientaux, de querelles christologiques, de traditions syriaques, d’apocalypses, d’évangiles apocryphes et de groupes hétérodoxes.

Le Coran n’émerge pas dans un vide religieux. Il intervient dans un Proche-Orient déjà chrétien, juif, judéo-chrétien, impérial, polémique, théologique. Il reprend des matériaux bibliques, mais souvent sous une forme transformée. Il connaît Jésus, mais refuse qu’il soit Dieu. Il honore Marie, mais la place dans un récit qui n’est plus celui de l’Église. Il évoque l’Évangile, mais ne reconnaît pas les Évangiles. Il parle de la Croix, mais nie la Crucifixion. Il conserve des fragments de mémoire chrétienne, mais les réorganise contre la foi chrétienne elle-même.

C’est pourquoi la question mérite d’être posée calmement : quels éléments du Coran et de la tradition musulmane rappellent des hérésies chrétiennes ou des textes apocryphes ? Et pourquoi l’Église les a-t-elle rejetés ?

1. Jésus prophète, mais non Dieu : l’écho des christologies anti-nicéennes

Le premier point est le plus fondamental. Le Coran reconnaît Jésus comme Messie, fils de Marie, envoyé de Dieu, Parole venant de Dieu et Esprit venant de lui. Mais il refuse catégoriquement qu’il soit Fils de Dieu au sens chrétien. Il refuse sa divinité. Il refuse l’Incarnation au sens propre. Jésus est immense, mais il reste créature. Il est prophète, non Verbe éternel.

Ce schéma rappelle certaines christologies anciennes que l’Église a combattues dès les premiers siècles : l’ébionisme, certains adoptionismes, puis plus largement toutes les formes de refus de la divinité pleine du Christ. Les ébionites, par exemple, voyaient en Jésus un envoyé exceptionnel, mais non Dieu fait homme. Ils restaient attachés à une forme de judéo-christianisme légaliste, dans lequel Jésus était davantage le prophète messianique d’Israël que le Fils éternel du Père.

Or l’Église a rejeté cette réduction très tôt. Le concile de Nicée, en 325, affirme que le Fils est « consubstantiel » au Père. Le Christ n’est pas une créature supérieure. Il n’est pas le premier des prophètes. Il n’est pas un ange, ni un intermédiaire créé, ni un simple homme inspiré. Il est « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Le concile de Constantinople, en 381, puis celui de Chalcédoine, en 451, préciseront encore cette foi : Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme.

C’est précisément ce que l’islam refuse. Il ne se contente pas de proposer une autre spiritualité. Il nie le cœur du christianisme : Dieu s’est fait homme pour sauver l’homme.

2. La négation de la Croix : un parfum de docétisme

Le second point est encore plus décisif. Le Coran affirme que Jésus n’a pas réellement été tué ni crucifié. Le texte dit que cela leur a « semblé » ainsi. Cette formule a donné lieu, dans la tradition musulmane, à différentes interprétations : certains pensent qu’un autre homme aurait été crucifié à la place de Jésus ; d’autres que Dieu aurait simplement sauvé Jésus de la mort ; d’autres encore que la Crucifixion fut apparente, mais non réelle.

Dans tous les cas, la conséquence est la même : la Croix est vidée de sa réalité salvifique. Jésus n’a pas vraiment versé son sang. Il n’a pas vraiment offert sa vie. Il n’a pas vraiment traversé la mort pour la vaincre.

Ce motif rappelle le docétisme, l’une des plus anciennes erreurs combattues par l’Église. Le docétisme prétendait que le Christ n’avait eu qu’une apparence de corps, ou qu’il n’avait souffert qu’en apparence. Pour les docètes, il était indigne du divin de passer réellement par la chair, la souffrance, l’humiliation et la mort.

L’Église a rejeté cela avec la plus grande fermeté, car si le Christ n’est pas vraiment mort, il n’a pas vraiment sauvé. Si la Passion est un théâtre, la Rédemption est une illusion. Toute la foi chrétienne repose sur la réalité de cette phrase : « Il a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli. »

L’islam honore Jésus en apparence, mais il lui retire son acte central. Il garde le prophète, mais supprime le Crucifié. Il conserve le nom du Messie, mais refuse le mystère du salut.

3. La Trinité incomprise : une polémique contre un christianisme déformé

Le Coran polémique fortement contre l’idée que Dieu serait « trois ». Il refuse la filiation divine du Christ et semble parfois viser une conception grossière de la Trinité, comme si les chrétiens adoraient Dieu, Jésus et Marie.

C’est là un point très troublant. L’Église n’a jamais enseigné que Marie serait une personne divine. La Trinité chrétienne n’est pas composée de Dieu, Jésus et Marie, mais du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Marie est Mère de Dieu, non parce qu’elle serait divine, mais parce que celui qu’elle enfante est Dieu incarné.

Certains auteurs ont rapproché la polémique coranique d’anciennes déviations mariales, notamment les collyridiens, groupe mentionné par Épiphane de Salamine, qui auraient rendu à Marie un culte excessif. Mais il faut rester prudent : l’importance historique de ce groupe est discutée. Il est possible aussi que le Coran réponde à une caricature polémique du christianisme, ou à des formes populaires mal contrôlées de dévotion mariale.

Quoi qu’il en soit, du point de vue chrétien, la réponse est claire : l’Église rejette à la fois le trithéisme et la divinisation de Marie. Elle affirme un seul Dieu en trois personnes. Elle confesse Marie comme Theotokos, Mère de Dieu, selon le concile d’Éphèse en 431, précisément pour protéger la vérité sur le Christ : celui qui naît d’elle n’est pas un simple homme habité par Dieu, mais le Verbe fait chair.

L’islam croit réfuter la Trinité, mais il semble souvent viser une Trinité que l’Église ne professe pas.

4. Le refus du péché originel : une religion de la loi plus que de la grâce

L’islam ne reprend pas la doctrine chrétienne du péché originel. Adam faute, mais il n’y a pas, dans l’islam classique, cette blessure transmise à toute l’humanité, cette condition déchue dont l’homme ne peut être sauvé que par la grâce du Christ.

Ce point rapproche l’islam, par analogie, de certaines erreurs pélagiennes. Le pélagianisme, combattu par saint Augustin et condamné notamment au concile de Carthage en 418, minimisait les effets de la chute et la nécessité de la grâce. L’homme pouvait, en quelque sorte, accomplir la volonté divine par son effort moral.

Le christianisme affirme au contraire que l’homme n’est pas seulement ignorant : il est blessé. Il n’a pas seulement besoin d’une loi : il a besoin d’un Sauveur. Il n’a pas seulement besoin d’obéir : il a besoin d’être recréé par la grâce.

Là encore, l’écart est immense. L’islam est une religion de révélation, de loi, de soumission et d’obéissance. Le christianisme est une religion de rédemption. Dieu ne se contente pas d’envoyer un livre : il vient lui-même chercher l’homme perdu.

5. Jésus parlant au berceau : le monde des évangiles de l’enfance

Le Coran raconte que Jésus parle dès le berceau pour défendre sa mère et annoncer sa mission. Ce motif ne vient pas des Évangiles canoniques. Il appartient plutôt au climat des évangiles apocryphes de l’enfance, ces textes tardifs qui cherchent à combler le silence des Évangiles sur les premières années de Jésus.

Les Évangiles canoniques sont très sobres. Matthieu et Luc parlent de la naissance et de l’enfance du Christ, mais avec une retenue théologique profonde. Marc et Jean commencent autrement. Les apocryphes, eux, multiplient les scènes merveilleuses : paroles précoces, prodiges enfantins, miracles spectaculaires.

Pourquoi l’Église ne les a-t-elle pas reçus comme canoniques ? Non parce que tout y serait nécessairement impie ou absurde, mais parce qu’ils ne possèdent pas l’autorité apostolique, la sobriété doctrinale et la réception ecclésiale des quatre Évangiles. Ils relèvent souvent d’une imagination pieuse tardive, parfois belle, parfois étrange, parfois théologiquement douteuse.

Le Coran reprend certains de ces motifs, mais en les insérant dans sa propre théologie : Jésus devient un signe de Dieu, un prophète miraculeux, mais non le Fils éternel.

6. Les oiseaux d’argile : un emprunt apocryphe très net

L’un des parallèles les plus frappants concerne l’épisode des oiseaux d’argile. Le Coran dit que Jésus façonne un oiseau avec de l’argile, souffle dessus, et que l’oiseau devient vivant par permission de Dieu.

Ce récit se retrouve dans l’Évangile de l’enfance selon Thomas : l’enfant Jésus modèle des oiseaux d’argile, puis leur donne vie. Le parallèle est trop précis pour être négligé. Nous sommes ici dans un cas très clair de tradition apocryphe reprise ou réélaborée.

Pourquoi l’Église a-t-elle rejeté ce type de récit du canon ? Parce qu’il présente souvent un Jésus enfant prodigieux, spectaculaire, parfois presque capricieux, très différent de la majesté simple des Évangiles canoniques. Dans les Évangiles reçus par l’Église, les miracles ne sont pas des tours merveilleux. Ils sont des signes du Royaume, liés à la foi, à la guérison, au pardon, à la manifestation progressive de l’identité du Christ.

Le Coran conserve le prodige, mais en change le sens : Jésus n’agit jamais comme Dieu ; il agit seulement « par permission de Dieu ». Le miracle devient donc paradoxal : il signale une puissance extraordinaire, mais il sert aussi à nier la divinité de celui qui l’accomplit.

7. Marie au Temple : le Protévangile de Jacques

Le Coran raconte que Marie est confiée à Zacharie, que des hommes tirent au sort pour savoir qui la prendra en charge, et qu’elle reçoit auprès d’elle une nourriture miraculeuse. Ces éléments rappellent très fortement le Protévangile de Jacques, texte apocryphe chrétien du IIe siècle.

Ce texte raconte la naissance de Marie, sa consécration, sa présentation au Temple, son éducation dans un cadre sacré, puis le choix de Joseph comme gardien. Il a eu une grande influence sur l’imaginaire chrétien oriental et occidental. Certaines traditions issues de ce milieu ont nourri durablement la piété chrétienne, comme les noms d’Anne et Joachim ou la Présentation de Marie au Temple.

Mais le Protévangile de Jacques n’est pas canonique. Il n’est pas reçu comme Écriture inspirée. Il est tardif, pseudonyme, et son récit ne relève pas du témoignage apostolique direct.

C’est un point important : l’Église peut parfois retenir une mémoire pieuse sans canoniser le texte qui la transmet. Elle peut intégrer une tradition liturgique ou spirituelle tout en refusant de la placer au même rang que l’Évangile.

L’islam, lui, reprend certains de ces matériaux dans un nouveau récit sacré, mais en les détachant de la foi de l’Église.

8. Marie, le palmier et l’eau : un motif apocryphe déplacé

Dans la sourate consacrée à Marie, celle-ci accouche près d’un palmier. Elle reçoit l’ordre de secouer le tronc pour en faire tomber des dattes, et une eau lui est donnée. Ce récit ne se trouve pas dans les Évangiles canoniques.

Il rappelle un épisode du Pseudo-Matthieu, texte apocryphe latin, où la Sainte Famille, pendant la fuite en Égypte, trouve un palmier. Marie désire ses fruits ; l’enfant Jésus commande alors au palmier de s’incliner, puis une source jaillit.

Le Coran semble reprendre le motif, mais le déplace : ce qui appartenait à la fuite en Égypte est replacé au moment de la naissance de Jésus. Cela montre bien que nous sommes dans un monde de traditions circulantes, reprises, déplacées, transformées.

Pourquoi l’Église ne canonise-t-elle pas ce récit ? Toujours pour la même raison : il ne relève pas du témoignage apostolique normatif. Il peut avoir une valeur poétique ou dévotionnelle, mais il ne fonde pas la foi.

9. Les Dormants de la caverne : une légende chrétienne islamisée

La sourate 18 raconte l’histoire de jeunes gens endormis dans une caverne, protégés par Dieu, puis réveillés après une longue période. Ce récit reprend très vraisemblablement la légende chrétienne des Sept Dormants d’Éphèse.

Dans la version chrétienne, de jeunes croyants persécutés sous l’empereur Dèce se réfugient dans une grotte, s’endorment miraculeusement, puis se réveillent bien plus tard, devenant un signe de la résurrection des morts.

Ce n’est pas une hérésie. C’est une légende hagiographique. L’Église ne l’a pas reçue comme doctrine révélée, mais elle a pu la conserver comme récit édifiant. Le Coran, lui, l’intègre dans son propre dispositif de révélation, comme preuve de la puissance divine.

Ici encore, l’islam n’invente pas à partir de rien. Il reprend une mémoire chrétienne populaire et lui donne une nouvelle fonction.

Dhû l-Qarnayn, Gog et Magog : Alexandre dans l’imaginaire apocalyptique

Toujours dans la sourate 18 apparaît Dhû l-Qarnayn, le « Bicornu », personnage voyageur et puissant, qui atteint les confins du monde et construit une barrière contre Gog et Magog.

Beaucoup de chercheurs rapprochent ce passage des légendes chrétiennes et syriaques autour d’Alexandre le Grand. Dans l’Antiquité tardive, Alexandre n’est pas seulement un conquérant historique ; il devient un héros cosmique, voyageur des extrémités du monde, parfois intégré à des récits apocalyptiques.

L’Église ne reçoit évidemment pas ces légendes comme révélation. Elles appartiennent à l’imaginaire religieux et politique de l’époque. Mais leur présence dans le Coran montre, une fois de plus, que celui-ci dialogue avec des matériaux déjà formés : légendes impériales, traditions bibliques, récits apocalyptiques, motifs syriaques.

10. La table descendue du ciel : une Eucharistie défigurée ?

La sourate 5 raconte que les disciples demandent à Jésus de faire descendre du ciel une table servie. Le récit évoque à la fois la manne, le banquet céleste, les repas sacrés, et peut-être une mémoire transformée de la Cène ou de l’Eucharistie.

Mais le sens chrétien est profondément modifié. Dans l’Évangile, le repas du Seigneur est inséparable de la Passion : « Ceci est mon corps livré pour vous », « ceci est mon sang versé pour vous ». L’Eucharistie n’est pas un simple prodige alimentaire venu du ciel. Elle est le sacrement du sacrifice du Christ.

Dans le Coran, la table devient un signe probatoire : les disciples veulent voir un miracle pour être rassurés. On passe du mystère eucharistique au signe spectaculaire. La Croix ayant été niée, le repas perd son cœur.

L’Église ne peut évidemment pas reconnaître cette relecture. Sans Passion réelle, sans sacrifice réel, sans Corps livré, il n’y a plus d’Eucharistie chrétienne.

11. Le moine Bahira : la validation chrétienne fabriquée

Dans la tradition musulmane, la Sîra raconte qu’un moine chrétien nommé Bahira aurait reconnu en Muhammad, encore jeune, les signes d’un futur prophète. Cette scène est absente de la tradition chrétienne reconnue. Elle fonctionne surtout comme un dispositif apologétique : un chrétien authentifierait d’avance la mission de Muhammad.

Mais du point de vue de l’Église, cette reconnaissance est impossible. Aucun concile, aucun Père, aucune tradition apostolique ne reçoit Muhammad comme prophète attendu. Le Nouveau Testament annonce le retour du Christ, non l’arrivée d’un prophète postérieur corrigeant la foi chrétienne.

L’épisode de Bahira appartient donc à la construction musulmane d’une légitimité. Il permet de dire : le christianisme véritable aurait reconnu Muhammad, mais les chrétiens ultérieurs l’auraient refusé. C’est un argument de substitution, pas une mémoire ecclésiale.

12. Le voyage nocturne et l’ascension : les apocalypses recyclées

La tradition musulmane développe le récit du voyage nocturne et de l’ascension céleste de Muhammad. Le prophète traverse les cieux, rencontre des prophètes, contemple des réalités célestes, reçoit des prescriptions.

Ce type de récit appartient à un imaginaire religieux bien connu : celui des apocalypses juives et chrétiennes. L’Antiquité tardive connaît de nombreux textes de voyages célestes : visions du paradis, de l’enfer, des anges, des châtiments, des sphères célestes. On pense à l’Ascension d’Isaïe, aux traditions d’Hénoch, à l’Apocalypse de Pierre, à l’Apocalypse de Paul.

L’Église reconnaît bien sûr la réalité du ciel, du jugement, des anges, de l’enfer et du paradis. Mais elle n’a pas canonisé ces récits visionnaires tardifs lorsqu’ils étaient pseudonymes, incertains ou doctrinalement instables. Là encore, l’islam reprend un genre religieux existant, mais pour l’organiser autour de Muhammad.

13. Jésus à la fin des temps : le Christ retourné contre la Croix

Dans les hadiths, Jésus revient à la fin des temps. Mais il ne revient pas comme le Christ glorieux confessé par l’Église. Il revient pour briser la Croix, tuer le porc, abolir la jizya, combattre le Dajjâl et confirmer l’islam.

C’est l’un des retournements les plus frappants. L’islam reprend l’attente chrétienne du retour du Christ, mais en inverse le sens. Jésus ne revient plus pour manifester définitivement la vérité de sa Passion et de sa Résurrection ; il revient pour corriger les chrétiens et détruire le signe même de leur foi.

Du point de vue chrétien, cela est inacceptable. Le Christ ne peut pas revenir pour abolir la Croix. La Croix n’est pas un malentendu, une erreur de disciples, une superstition idolâtre. Elle est le trône paradoxal du Roi, le lieu du salut, la victoire de Dieu sous les apparences de l’échec.

Le Jésus islamique de la fin des temps est donc une figure profondément anti-christologique : il porte le nom de Jésus, mais il dément le mystère du Christ.

14. Le Dajjâl : l’Antichrist dans un autre système

La tradition musulmane du Dajjâl reprend un thème apocalyptique proche de celui de l’Antichrist : imposteur final, trompeur, adversaire de Dieu, séducteur des hommes à la fin des temps.

Le christianisme connaît aussi cette figure de l’ultime tromperie. Mais, dans la foi chrétienne, le centre de l’eschatologie est le retour glorieux du Christ Seigneur. L’Antichrist est vaincu par celui qui a déjà vaincu le mal par sa Croix et sa Résurrection.

Dans l’islam, le schéma est déplacé. Jésus intervient, mais comme prophète musulman. Là encore, des matériaux chrétiens sont conservés, mais subordonnés à une théologie qui refuse le cœur du christianisme.

15. Le tahrîf : l’accusation de falsification des Écritures

Enfin, la tradition musulmane développe l’idée que les juifs et les chrétiens auraient falsifié leurs Écritures. Cette doctrine du tahrîf devient indispensable pour expliquer un problème évident : la Bible ne dit pas ce que le Coran affirme. Les Évangiles annoncent un Christ crucifié, ressuscité, Fils de Dieu, Seigneur et Sauveur. Le Coran affirme autre chose.

La solution musulmane consiste donc à dire : les Écritures antérieures étaient vraies, mais elles ont été altérées ou mal interprétées.

L’Église rejette cette accusation. Elle affirme avoir reçu, transmis, lu, prié, canonisé et gardé les Écritures apostoliques. Les quatre Évangiles ne sont pas des inventions tardives destinées à trahir Jésus. Ils sont le témoignage normatif de la foi apostolique. Toute la tradition chrétienne primitive, liturgique, patristique et conciliaire atteste le Christ crucifié et ressuscité.

Il est d’ailleurs historiquement difficile de soutenir que le christianisme aurait massivement falsifié ses textes avant l’islam, puis que cette falsification aurait été acceptée partout, dans des Églises séparées, parlant des langues différentes, souvent persécutées, parfois rivales, mais confessant toutes le Christ crucifié et ressuscité.

Une contre-christologie

Que faut-il conclure ? Il serait trop simple de dire : « l’islam a copié les apocryphes ». Il serait plus juste de dire que le Coran et la tradition musulmane baignent dans un vaste réservoir de traditions bibliques, apocryphes, syriaques, judéo-chrétiennes et hétérodoxes. Ils reprennent des éléments dispersés, les simplifient, les déplacent, les réorganisent, puis les mettent au service d’une nouvelle doctrine.

Cette doctrine a une cohérence propre. Mais, du point de vue chrétien, elle se construit comme une contre-christologie.

– Elle garde Jésus, mais lui retire sa divinité.
– Elle garde Marie, mais la détache de l’Incarnation.
– Elle garde l’Évangile, mais récuse les Évangiles.
– Elle garde la fin des temps, mais retourne le retour du Christ contre la Croix.
– Elle garde le miracle, mais supprime le salut.
– Elle garde le prophète, mais refuse le Fils.

C’est pourquoi Jean Damascène avait vu quelque chose d’essentiel. L’islam n’est pas seulement une religion extérieure au christianisme. Il est aussi, pour une conscience chrétienne, une immense réécriture du christianisme contre lui-même. Il parle la langue biblique, mais il refuse la grammaire de l’Incarnation. Il honore Jésus, mais il nie ce pour quoi les martyrs sont morts, ce que les conciles ont défini, ce que l’Église chante à chaque messe : le Verbe s’est fait chair, il a été crucifié pour nous, il est ressuscité, et il reviendra dans la gloire.

Voilà le cœur du désaccord. Et il ne peut être dissipé par les politesses du dialogue interreligieux.

Le christianisme ne reproche pas d’abord à l’islam de ne pas assez admirer Jésus. Il lui reproche de l’admirer en refusant son mystère. Il lui reproche de sauver le prophète en supprimant le Sauveur. Il lui reproche de parler du Messie en écartant la Croix.

Or, sans la Croix, il n’y a plus d’Évangile. Et sans l’Incarnation, il n’y a plus de christianisme.

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Nicole Dron : relire une expérience de mort imminente à la lumière de la foi catholique

Les expériences de mort imminente fascinent notre époque. Elles fascinent d’autant plus qu’elles semblent répondre, de manière immédiate, à ce que la modernité a rendu incertain : la mort est-elle un mur ou un passage ? Sommes-nous seulement notre corps biologique ? Notre vie a-t-elle un sens ? Serons-nous jugés ? Reverrons-nous ceux que nous avons aimés ?

Parmi les témoignages français les plus connus, celui de Nicole Dron occupe une place particulière. En 1968, trois semaines après la naissance de son second enfant, elle subit une très grave hémorragie au cours d’une opération ; son cœur s’arrête, dit-elle, pendant environ quarante-cinq secondes avec électrocardiogramme plat. Elle raconte alors une expérience de sortie du corps, de ténèbres, puis de lumière, qui a bouleversé toute sa vie.

Il faut d’abord le dire simplement : un témoignage privé, aussi impressionnant soit-il, n’est pas un Évangile supplémentaire. L’Église rappelle que les révélations privées, même lorsqu’elles peuvent aider à vivre la foi, n’appartiennent pas au dépôt de la foi et ne peuvent ni dépasser ni corriger la Révélation définitive du Christ. Une expérience de mort imminente doit donc être accueillie avec respect, mais aussi avec discernement. Elle peut toucher, consoler, interroger, réveiller une âme. Elle ne peut pas devenir une doctrine parallèle.

Cela étant posé, il serait tout aussi injuste de balayer le témoignage de Nicole Dron au motif qu’il contient des mots parfois imprécis, parfois marqués par la sensibilité spirituelle de son époque. Son récit n’est pas étranger au christianisme. Il en porte même, très souvent, l’empreinte profonde.

Nicole Dron raconte avoir été élevée dans un environnement familial catholique, avec ce qu’elle appelle une « foi du charbonnier ». Elle dit que son expérience a transformé cette foi première en une certitude intérieure. Voilà un point capital : ce qu’elle vit n’est pas reçu dans un désert religieux. C’est une conscience formée, même simplement, par le catholicisme, qui traverse cette épreuve. Dans un autre récit, elle rapporte même qu’au cœur de l’abîme de ténèbres lui revient une phrase apprise toute petite au catéchisme, à propos de la vie jusqu’à la résurrection finale.

Ce détail est bouleversant. Au moment où tout vacille, ce n’est pas d’abord une technique spirituelle orientale, une théorie ésotérique ou une doctrine de développement personnel qui remonte à la surface : c’est un reste de catéchisme. Une braise catholique sous la cendre.

Le motif central de son récit est tout aussi parlant : elle passe d’un « abîme de ténèbres » à une lumière merveilleuse, vivante, pleine de joie et d’amour. Comment un chrétien pourrait-il entendre cela sans penser au Christ disant : « Je suis la lumière du monde » ? Bien sûr, il ne s’agit pas d’annexer brutalement son expérience ni de prétendre savoir exactement ce qu’elle a vu. Mais le vocabulaire de la lumière, dans la foi chrétienne, n’est pas décoratif. Il est christologique. Le Credo lui-même confesse le Fils comme « lumière, née de la lumière ».

Il en va de même lorsqu’elle rapporte qu’il lui fut dit que Dieu est « la Force, le Mouvement et la Vie ». Certains y verront spontanément une formule New Age. C’est possible si l’on comprend Dieu comme une énergie vague, anonyme, impersonnelle. Mais la formule, prise en elle-même, est étonnamment proche de saint Paul à l’Aréopage : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être. » Le Catéchisme reprend cette intuition en enseignant que Dieu, tout en étant infiniment plus grand que ses œuvres, est présent au plus intime de ses créatures, les maintenant dans l’être et leur donnant d’agir.

La précision catholique est donc nécessaire : Dieu n’est pas une force cosmique. Dieu n’est pas une vibration. Dieu n’est pas l’âme diffuse du monde. Il est le Créateur, personnel, vivant, Père, Fils et Saint-Esprit. Mais dire que tout être, toute vie, tout mouvement dépendent de Lui n’est pas une dérive ésotérique ; c’est une affirmation profondément biblique.

Le passage le plus souvent cité du témoignage de Nicole Dron est sans doute celui-ci : on ne lui aurait pas demandé de quelle religion ou de quelle ethnie elle était, mais comment elle avait aimé et ce qu’elle avait fait pour les autres. Dans l’entretien donné à Agents d’entretiens, elle rapporte que toute sa vie fut évaluée à partir de l’amour et de la sagesse, non comme un jugement impitoyable, mais comme une prise de conscience de ce qui l’éloignait de l’amour.

Là encore, il faut éviter deux erreurs opposées.

La première serait de s’indigner trop vite, comme si cette parole contredisait nécessairement la foi catholique. Or l’Évangile dit bien que le jugement manifestera la vérité de notre charité. Matthieu 25 ne demande pas seulement : qu’as-tu pensé ? qu’as-tu déclaré ? quelle identité religieuse as-tu revendiquée ? Il demande aussi : avais-tu faim avec ceux qui avaient faim ? étais-tu auprès des malades, des prisonniers, des pauvres, des abandonnés ? Le Catéchisme dit que, dans le jugement particulier, chaque homme reçoit sa rétribution en fonction de sa vie rapportée au Christ, et il cite saint Jean de la Croix : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. »

La seconde erreur serait d’en faire un slogan relativiste : peu importe la vérité, peu importe le Christ, peu importe l’Église, il suffirait d’avoir été vaguement gentil. Ce n’est pas la foi catholique. La charité chrétienne n’est pas un sentiment humanitaire sans contenu. Elle vient de Dieu, elle est donnée par la grâce, elle est ordonnée à la vérité. La Loi évangélique est bien une loi d’amour, mais le Catéchisme précise qu’elle est aussi loi de grâce, reçue par la foi et les sacrements.

C’est ici qu’il faut mettre les points sur les i, tranquillement, sans brutalité. Dieu n’est pas un petit boutiquier identitaire qui distribuerait le salut comme un tampon administratif. Mais Dieu n’est pas non plus une lumière indistincte qui se moquerait de la vérité qu’Il a révélée, de l’Incarnation, de la Croix, de l’Église, du baptême et des sacrements.

Le catholicisme tient ensemble ce que notre époque sépare. Oui, Dieu juge l’amour réel. Oui, il regarde l’entièreté de la personne. Oui, il peut agir au-delà des frontières visibles que nous maîtrisons. Le Catéchisme enseigne même que Dieu a lié le salut au baptême, mais qu’il n’est pas lui-même lié à ses sacrements ; il affirme que celui qui, ignorant l’Évangile et l’Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon ce qu’il connaît, peut être sauvé. Mais cela ne rend pas l’Église inutile. Cela ne transforme pas le Christ en simple symbole parmi d’autres. Cela ne fait pas des sacrements des options décoratives.

Un autre point mérite d’être corrigé avec douceur. Nicole Dron dit qu’elle a constaté que l’on ne se relevait pas d’entre les morts au jour du Jugement dernier comme elle l’avait appris au catéchisme, puisqu’elle s’est sentie vivante immédiatement après l’arrêt de son cœur. Ici, la distinction catholique est essentielle. L’Église enseigne à la fois la survie de l’âme après la mort et la résurrection finale des corps. Le Catéchisme affirme que les justes vivent avec le Christ après leur mort, mais qu’Il les ressuscitera au dernier jour ; la résurrection de la chair signifie qu’il n’y aura pas seulement la vie de l’âme immortelle, mais que nos corps mortels reprendront vie.

Autrement dit, si Nicole Dron a perçu que la personne ne tombe pas dans le néant au moment de la mort, cela ne contredit pas le catholicisme. Ce qui serait inexact, en revanche, serait d’en conclure que la résurrection finale n’existe pas ou qu’elle serait une naïveté de catéchisme ancien. Là encore, l’expérience peut rappeler une vérité chrétienne oubliée ; elle ne peut pas abolir une vérité de foi.

Reste la grande tentation contemporaine : dissoudre tout cela dans une spiritualité indistincte. Nicole Dron emploie parfois des mots comme énergie, plans, corps subtil, état vibratoire, religion de l’amour. Ce vocabulaire appartient beaucoup à une génération qui a reçu un vieux fonds catholique, puis a vu se défaire autour d’elle les traditions, les mots, les rites, les certitudes doctrinales. Beaucoup de baby-boomers ont vécu dans cette zone étrange : encore habités par des images chrétiennes, mais déjà privés du langage solide permettant de les nommer correctement. Alors ils ont cherché ailleurs des mots pour dire ce que l’Église disait pourtant depuis longtemps.

C’est précisément pourquoi un discernement catholique est nécessaire. Le document romain sur le Nouvel Âge observe qu’il y a souvent dans ces courants une critique légitime du matérialisme moderne, mais que les problèmes viennent des réponses proposées, notamment lorsque le divin devient une énergie cosmique ou lorsque l’on confond phénomènes psychiques et sagesse spirituelle. La réponse chrétienne n’est pas de mépriser les chercheurs de lumière. Elle est de leur rappeler que la lumière a un visage.

Ce visage, c’est le Christ.

Ainsi, le témoignage de Nicole Dron peut être reçu avec gratitude, à condition de ne pas le laisser dériver. Il ne vient pas corriger le catholicisme. Il ne vient pas annoncer une religion supérieure, plus pure, débarrassée des dogmes, de l’Église et des sacrements. Relu chrétiennement, il rappelle au contraire des vérités catholiques très anciennes : la mort n’est pas le néant ; la personne humaine dépasse son corps biologique sans mépriser ce corps promis à la résurrection ; Dieu est la source de la vie, du mouvement et de l’être ; la lumière existe ; l’amour sera le critère du jugement ; et notre vie terrestre n’a de poids éternel que par la charité.

Il faut donc accueillir sans naïveté, discerner sans mépris, et traduire sans trahir. La grande erreur serait d’opposer ce témoignage à la foi catholique. La grande sagesse serait de le reconduire vers elle. Car ce que Nicole Dron a peut-être entrevu dans une lumière ineffable, l’Église l’annonce depuis deux mille ans : au commencement était le Verbe, en Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

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Hongrie : Le grand maître du kitsch national : Pourquoi appeler le parti Tisza « patriote » est une erreur capitale

Extrait d’un article du journal-blog L’Espoir par une journaliste hongroise quant à la situation actuelle en Hongrie. Contrairement à un grand nombre de médias et de partis de la droite en France, ce nouveau gouvernement hongrois ne montre aucun signe de patriotisme !

” Le plus grand exploit du marketing politique moderne n’est pas de vendre un produit, mais de faire croire à l’acheteur qu’une perle en plastique est en réalité un diamant véritable. Péter Magyar et le parti Tisza ont opéré exactement cette alchimie sous nos yeux : ils tentent de masquer l’absence flagrante d’une politique nationale-conservatrice authentique et de principes par une teinture patriote, dosée de manière professionnelle mais vide de substance.

Pourtant, si l’on gratte le vernis rouge-blanc-vert, on s’aperçoit rapidement que le caractère « national » de Tisza n’est pas une conviction profonde, mais simplement une astuce de communication calculée au trébuchet. Une vaste imposture politique, agressive et destructrice, qu’ils imposent désormais au pays depuis leurs positions gouvernementales.

Du « N’ayez pas peur ! » à l’intimidation : Les réflexes de la dictature bolchevique

Rappelons-nous comment cette histoire a commencé. Péter Magyar a fait irruption sur la scène publique avec ce slogan messianique : « N’ayez pas peur ! ». De cette promesse retentissante est née, sous nos yeux, une réalité tout à fait terrifiante : aujourd’hui, quiconque exprime une opinion dissidente ou refuse de rentrer dans le rang doit avoir peur.

Cette formation fantôme, baptisée du nom de Parti du Respect et de la Liberté, et qui ne comptait en réalité que 26 membres dans l’ombre jusqu’à sa prise de pouvoir, piétine précisément les deux valeurs qu’elle porte dans son nom. Où est la liberté, et où est la liberté de la presse, lorsque les médias publics sont ouvertement menacés de fermeture ? La rhétorique de Péter Magyar est dominée par l’orgueil et l’arrogance : il menace les leaders d’opinion de droite de prison, et veut confisquer des propriétés privées légitimes sous couvert d’un « bureau de récupération des avoirs », ressuscitant ainsi l’arsenal de nationalisation des dictatures bolcheviques les plus sombres.

Ils veulent priver arbitrairement les dignitaires constitutionnels de leurs fonctions, tandis que leur campagne de vengeance politique détruirait directement les moyens de subsistance de millions d’électeurs de droite. Et le plus triste, le plus bouleversant : cette haine propagée par le parti Tisza a déjà fait une victime mortelle. Au nom d’une terreur verbale sans scrupules, un homme démocrate-chrétien a été harcelé, traqué et persécuté pour ses opinions politiques au point que, sous cette pression psychologique insoutenable, il a préféré fuir dans la mort et s’est suicidé. Cette machine politique n’édifie pas, elle détruit ; elle veut démanteler avec arrogance tout ce qui est sacré et inviolable pour nous. ”

Pour lire la suite de l’article : https://journallespoir.wordpress.com/2026/05/24/le-grand-maitre-du-kitsch-national-pourquoi-appeler-le-parti-tisza-patriote-est-une-erreur-capitale/

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L’art contre la « biologie heureuse »

De l’art comme nécessité anthropologique : un pari chrétien sur la condition humaine.

« Même si toutes les questions scientifiques possibles ont reçu une réponse, nos problèmes vitaux n’ont pas encore été touchés. »
— Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus

Ce texte repose sur un pari : la foi chrétienne éclaire l’expérience esthétique d’une manière que ni la neurobiologie ni une philosophie strictement immanente ne peuvent entièrement épuiser. Il ne s’agit pas d’une démonstration, mais d’un témoignage argumenté — soumis à une exigence de rigueur à la hauteur de ses interlocuteurs.
Le lecteur non croyant est invité à suivre la réflexion jusqu’au bout. Les quatre premiers développements ne lui demandent aucune adhésion particulière. Seule la cinquième section franchit un pas supplémentaire — et elle l’annonce ouvertement.
Un constat préalable s’impose : du Nō japonais aux tragédies grecques, de la calligraphie islamique aux chants liturgiques africains, une même nécessité se manifeste. L’homme transforme l’épreuve d’exister en formes qui nous survivent. L’art n’est pas un luxe culturel. Il est l’une des conditions qui rendent la vie habitable.

I. Le désert de l’immédiateté
Il devient presque impossible de demeurer dans une expérience sans immédiatement la commenter, la partager ou la convertir en opinion. Ce n’est pas seulement une faiblesse individuelle : c’est une pression structurelle.
Le bruit n’est pas nouveau. Blaise Pascal voyait déjà dans le divertissement la fuite organisée de l’homme hors de lui-même. Alexis de Tocqueville craignait que la démocratie ne produisît des âmes trop agitées pour pouvoir se recueillir. Ce qui est nouveau, ce n’est pas la distraction — c’est la disparition progressive de l’espace intérieur où une expérience peut encore résonner avant d’être exploitée.
Là où l’attention ne se dépose plus, tout devient disponible — donc aussitôt consommé. La distraction ancienne laissait des creux ; la saturation contemporaine les comble.
Nous exprimons tout, nous ne traversons plus rien.
Il y a une différence décisive entre ressentir et demeurer. L’impression passe, l’expérience transforme.
Georges Bernanos parlait d’une « conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». L’intuition paraît aujourd’hui vérifiée — non plus seulement par les forces du marché ou de la politique, mais par l’architecture même des outils que nous utilisons, conçus pour capter l’attention plutôt que pour la libérer. Simone Weil définissait l’attention comme « la forme la plus rare et la plus pure de la générosité » : une disponibilité réelle à être atteint.
Entrer dans un musée sans téléphone, lire une heure sans interruption, écouter une œuvre jusqu’à son dernier silence : ces gestes ne sont pas élitistes. Ils sont exigeants. Et c’est cette exigence même qui fait le prix de l’art.

II. L’architecture invisible de l’esprit
Parler de l’art comme d’un « supplément d’âme » est une erreur de perspective. L’art n’est pas ce qui s’ajoute à l’essentiel : il est ce sans quoi l’âme ne tient pas.
Il faut ici préciser notre pensée. Des millions d’hommes vivent sans Bach ni Dostoïevski — et tiennent, au sens minimal du terme. Ce n’est pas d’eux qu’il s’agit. Ce dont il est question, c’est d’une fonction : la capacité de transformer l’épreuve d’exister en quelque chose de traversable. Chacun l’exerce à sa mesure — par le récit qu’il fait de sa propre vie, par les rites qui entourent ses deuils, par les chansons qu’il se rappelle dans les heures sombres. L’art au sens strict n’est que la forme la plus haute et la plus exigeante de cette nécessité universelle. Dire qu’on vit sans art, ce n’est pas vivre sans cette nécessité : c’est n’avoir jamais regardé ce que l’on fait déjà.
Toute grande œuvre naît de la tension entre le chaos et la forme. Elle ne supprime pas le vertige d’exister ; elle lui donne une forme traversable.
Dans Saturne dévorant un de ses fils, Francisco de Goya ne rend pas l’horreur belle : il la rend regardable. Et regarder ce que l’on ne peut habituellement que subir est déjà une forme de liberté — mais à condition de s’y exposer réellement. Ce n’est pas la friction que l’œuvre impose à l’objet qui importe, mais celle que le sujet accepte d’entretenir avec elle. C’est la différence entre la stupeur et la conscience. La stupeur subit ; la conscience tient — non parce qu’elle comprend tout, mais parce qu’elle a accepté de regarder en face.
L’art est l’école de ce regard — et son épreuve.
Comme l’écrivait Élie Faure : « L’art, c’est la vie qui s’ordonne. »
Une civilisation qui ne produit plus que des « contenus » ne transfigure plus le réel : elle le recouvre. Un contenu, au sens contemporain, est fait pour être consommé sans résistance — sans qu’il coûte rien d’y entrer, sans qu’il ne reste rien une fois sorti. Une œuvre, au contraire, oppose une friction. Elle demande qu’on s’y attarde, qu’on y revienne, qu’on accepte de ne pas tout saisir d’emblée. C’est la friction qui transforme.

III. Ce que la science ne peut pas dire
La science décrit avec une précision croissante les mécanismes de l’émotion esthétique. Ces descriptions sont précieuses. Elles disent comment ; elles ne disent pas pourquoi cela compte.
Un soir de novembre, dans une salle presque vide, on donnait la Passion selon saint Matthieu de Johann Sebastian Bach. Au moment du Erbarme dich — « Aie pitié de moi » —, quelque chose ne s’est pas seulement ému en moi. Quelque chose s’est reconnu. Une vérité n’était plus simplement pensée : elle s’imposait avec la force d’une évidence vécue. Je connaissais ce reniement de Pierre. Non comme une idée théorique, mais comme une vérité déjà traversée dans le secret de mes propres lâchetés.
J’étais venu écouter Bach. Bach m’avait regardé.
On pourra toujours en décrire les corrélats neuronaux. Ce sera exact — et pourtant complètement à côté. Car la neurologie dit ce qui se passe dans le cerveau de quelqu’un qui reconnaît un visage familier longtemps perdu de vue. Elle ne dit pas ce que c’est que de reconnaître ce visage. L’écart entre ces deux descriptions n’est pas un défaut de la science : c’est sa limite propre, et la science honnête la reconnaît. Ce soir-là, quelque chose avait été vu — et je ne pouvais plus prétendre l’ignorer.

IV. La « biologie heureuse » et ses arguments sérieux
Une philosophie contemporaine soutient que la souffrance humaine est, au fond, un problème d’ingénierie. Cette position mérite mieux que la caricature.
Premier argument : la distinction entre souffrance constitutive et souffrance inutile est incertaine. Qui décide ? Sur quelle autorité ? Mais l’objection vaut dans les deux sens. Celui qui prétend que toute souffrance est transformatrice doit aussi répondre : au nom de quoi impose-t-on à l’autre de traverser ce que l’on juge fécond ? La défense romantique de la douleur peut devenir, elle aussi, une forme de violence.
Deuxième argument : l’histoire de la médecine est celle de souffrances abolies que l’on croyait inévitables. La douleur de l’accouchement, les épidémies, certaines formes de mélancolie sévère : nous avons appris à les réduire sans que l’humanité y perde son âme. Pourquoi ne pas étendre cette logique jusqu’au bout ?
Ces deux arguments convergent vers une même ambition : rendre l’existence intégralement maîtrisable.
Ces arguments obligent. Ils interdisent toute défense naïve de la souffrance — et c’est heureux. Et pourtant, quelque chose résiste. Ce qui résiste, ce n’est pas un goût morbide pour la douleur. C’est une observation sur ce que certaines expériences rendent possible — et que leur absence rendrait définitivement impossible.
Considérons ce que font Les Frères Karamazov : le roman ne résout pas la contradiction entre Ivan et Aliocha. Il nous entraîne à la soutenir — à rester dans la tension sans la désamorcer ni la fuir. Cette capacité a un nom : la compassion, au sens étymologique. Souffrir-avec. Non pas subir à la place de l’autre, mais être assez présent à sa propre fragilité pour rester debout face à celle d’autrui.
Or voilà ce que le projet d’optimisation ne voit pas : il suppose que la capacité de compassion peut être préservée une fois la vulnérabilité supprimée. Mais rien n’est moins sûr. On ne comprend pas la peur d’autrui si l’on n’a jamais tremblé. On ne comprend pas le deuil de l’autre si la mort n’a jamais eu de prise sur soi. Ce n’est pas un argument pour infliger la souffrance — c’est un argument pour prendre au sérieux ce qu’une humanité entièrement anesthésiée risque de perdre.
La question n’est donc pas : faut-il souffrir ? Mais plutôt : qu’est-ce qu’une vie dans laquelle plus rien ne peut blesser ? Et qu’est-ce qu’un art produit dans une telle vie ? Probablement quelque chose de beau, de propre, de parfaitement accordé à des sens intacts. Mais plus rien qui nous regarde. Car l’art ne nous atteint que parce que nous sommes atteignables — et nous ne sommes atteignables que parce que nous sommes vulnérables. Supprimer la vulnérabilité, c’est supprimer la condition même de l’émotion esthétique. Un art qui ne dérange plus ne libère plus.

V. Quand la forme devient prière — un pari nommé
Jusqu’ici, rien n’imposait une lecture chrétienne. Ce qui suit est un pas de plus : non démonstratif, mais existentiel. Il ne prétend pas conclure ce que les sections précédentes ont laissé ouvert ; il dit seulement où ce questionnement m’a personnellement conduit.
À plusieurs reprises, l’expérience esthétique a pris pour moi la forme d’une interpellation. Non une preuve : un appel. G. K. Chesterton écrivait qu’il avait cherché à construire une hérésie personnelle, avant de découvrir en chemin que c’était l’orthodoxie. Quelque chose de cet ordre : on part de ses propres questions, on les creuse honnêtement, et l’on finit par buter sur un seuil que l’on n’avait pas cherché.
Ce qui, jusqu’ici, pouvait être décrit sans référence explicite à la foi appelle désormais un nom.
Johann Sebastian Bach inscrivait Soli Deo gloria au bas de ses pages. Sa musique n’était pas une fin ; elle était une offrande. Et ce qui frappe dans cette dédicace, ce n’est pas seulement sa piété, c’est sa cohérence architecturale. L’art orienté vers une source transcendante n’est pas diminué : il est habité. La beauté cesse d’être une fin en soi pour devenir un passage.
L’art ouvre une question. La liturgie lui donne un interlocuteur.
Le pari chrétien tient peut-être en ceci : ce qui nous atteint ne vient pas de nulle part. La reconnaissance éprouvée un soir de novembre n’était pas seulement le signe que Bach était un immense musicien. C’était le signe que la réalité est plus hospitalière qu’elle n’y paraît — non pas que la souffrance y soit niée, mais qu’elle y est reçue et portée. Qu’il y a, au fond de l’expérience humaine, quelque chose qui appelle, et Quelqu’un qui répond. Ce « peut-être » n’est pas une faiblesse rhétorique : c’est la forme honnête d’un pari que l’on ne peut, par nature, forcer sur l’autre.

Conclusion — Redevenir atteignables
Certaines œuvres ne nous rendent pas meilleurs. Elles nous rendent moins faux. Non pas la perfection morale, mais la lucidité sur nous-mêmes ; non pas la consolation facile, mais la capacité d’être atteint.
Une civilisation qui ne sait plus contempler réduit progressivement l’homme à ses seules fonctions : l’amour devient une chimie, la mort un défaut technique, le silence une panne à corriger.
Résister ne commence pas par des systèmes idéologiques, mais par des gestes humbles : regarder sans capturer, écouter sans interrompre, demeurer sans exploiter. Ces gestes ne changent pas le monde à grand bruit. Mais ils maintiennent ouverte la possibilité d’être changé par lui.
C’est ainsi qu’une civilisation demeure vivante — lorsqu’elle consent encore à être atteinte par le réel.
Soli Deo gloria.

Illustration : Homme et femme contemplant la lune — Caspar David Friedrich
Alte Nationalgalerie, Berlin
Deux êtres humains devant la nuit ; non pour la dissiper, mais pour apprendre à y demeurer.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Non, la nation n’est pas une idée périmée !

Le 24 mai, dimanche de la Pentecôte, Terres de mission reçoit Pierre de Lauzun, ancien dirigeant de la Fédération bancaire française et auteur de nombreux ouvrages, pour son livre sur “La communauté nationale. Un bien commun irremplaçable” (Ed. du Bien commun), dans lequel il rappelle l’importance pour la doctrine sociale de l’Eglise de cette communauté politique.

Puis Guillaume d’Alançon, directeur de l’Institut pour la Famille en Europe (LIFE), présente les actualités de l’Institut – du développement des accueils Louis et Zélie à la remise des prix saint Jean-Paul II et Quas Primas, en passant par la publication de neuvaine (notamment une récente à saint Charbel, grand saint libanais par qui de nombreux miracles de guérison sont arrivés).

“Plus nous nous efforçons de chercher des étincelles de vérité aux confins du monde, plus nous occultons le feu dévorant de l’Évangile”

Le Père Antonius Maria Mamsery, Missionnaire tanzanien de la Sainte-Croix, célèbrera la messe de Pentecôte au pèlerinage de Chartres. Il a été interrogé dans France catholique. Extrait :

La liturgie doit-elle s’adapter pour toucher le cœur des gens ?

Dans le Credo, nous professons notre foi en l’Église « une, sainte, catholique et apostolique ». Plus nous nous efforçons de chercher des étincelles de vérité aux confins du monde, plus nous occultons le feu dévorant de l’Évangile. Dans le monde, il existe des milliers de cultures… Laquelle allons-nous choisir pour « adapter » la liturgie? Et pourquoi celle-là et pas une autre? Dans de nombreuses cultures, il manque le vocabulaire théologique qui peut définir correctement ce que nous exprimons dans notre foi catholique. D’autre part, il me semble que « l’expérience » malheureuse des soixante dernières années est plus éloquente que tout ce que je viens de vous dire.

En quoi la liturgie peut-elle être missionnaire?

La liturgie exprime ce en quoi nous croyons, comment nous croyons, en qui nous croyons et la révérence que nous Lui devons… C’est pourquoi nous ne pouvons pas prendre cela à la légère. L’une des grandes erreurs de notre temps est de croire que la « participation active » à la liturgie consiste à gesticuler avec les mains et le corps, à faire du bruit et à jouer des instruments de musique, etc. Je demanderais humblement: oseriez-vous faire cela sous la Croix, en voyant votre Maître mourir dans d’horribles souffrances? Non? Alors pourquoi pendant la Sainte Messe? Le Catéchisme de l’Église catholique nous enseigne que la messe est le même sacrifice de la Croix, offert sur nos autels… La destruction du caractère sacré de la liturgie en de nombreux endroits a été et reste la principale catastrophe de notre époque. Les premiers missionnaires, lorsqu’ils se rendaient dans des pays étrangers sans en connaître la langue, se contentaient de célébrer la Sainte Messe avec révérence, et les païens étaient attirés par ces « beaux gestes », se détournant de leurs cultes païens pour se tourner vers ce Dieu véritable qui était tant respecté par les missionnaires. La liturgie elle-même était un appel à la conversion. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui… Tous les continents, mais surtout l’Europe et l’Amérique, sont témoins de la conversion d’un nombre massif de jeunes, non pas grâce aux prédicateurs célèbres de notre temps, ni grâce à des thaumaturges, mais grâce à la liturgie traditionnelle… Personne ne peut, en toute bonne foi, le nier ! C’est le Saint-Esprit qui révèle toute la Vérité, comme l’a promis Notre-Seigneur. De nos jours, de nombreux documents du Magistère nous invitent à nous ouvrir à l’écoute de l’Esprit… Je pense que c’est le moment, plus que jamais, d’écouter ce que l’Esprit du Seigneur communique à l’Église de notre temps à travers les milliers de jeunes qui cheminent ensemble avec joie, tout en faisant d’importants sacrifices, à la recherche de la Vérité.

Dimanche de la Pentecôte : “Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole”

Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.

Introït : Spiritus Domini

La fête du dimanche de la Pentecôte célèbre, on le sait, la descente du Saint Esprit sur les Apôtres sous la forme de  langues de feu, cinquante jours après Pâques, et après une retraite de dix jours au Cénacle sous la conduite de la Vierge Marie, faisant d’eux les témoins de la résurrection du Christ et du salut apporté à tous les hommes jusqu’aux extrémités de la terre.
Les chants du propre de la messe expriment admirablement cette invasion du monde par l’Esprit Saint.
Le texte de l’Introït est tiré de l’Ancien Testament, et plus précisément du livre de la Sagesse dont c’est un des premiers versets.

Spiritus Domini replevit orbem terrarum, et hoc quod continet omnia scientiam habet vocis.
L’Esprit du Seigneur emplit l’univers, et lui, qui fait tenir ensemble toutes choses, a la connaissance de toute parole.

A noter que le pronom hoc se rapporte à Spiritus, qui est pourtant masculin, mais on a gardé le neutre du grec Pneuma.
Dans l’Ancien Testament l’Esprit du Seigneur ne désignait pas une personne distincte, puisqu’on n’avait pas encore reçu la révélation du mystère de la Sainte Trinité ; Spiritus, c’est le souffle créateur, c’est une manière de désigner Dieu qui est pur esprit, qui est présent partout, fait exister toute chose dans une cohésion parfaite. Il sait tout, il voit tout, il entend tout même nos moindres paroles. Dans la liturgie de la Pentecôte ce texte s’applique au Saint Esprit, troisième personne de la Sainte Trinité, qui envahit en ce jour tous les cœurs, assurant l’unité des esprits dans la diversité des langues. La mélodie exprime à merveille ce souffle impétueux de l’Esprit s’élevant comme un vent violent, nous dit l’Écriture. Elle part mystérieusement du grave, puis monte progressivement en un immense crescendo jusqu’à l’extrême aigu, et y revient une deuxième fois avant de s’apaiser lentement sur les trois derniers Alléluias. Cet Introït est accompagné du premier verset du psaume 67, acclamation triomphale dont nous avions déjà trouvé des extraits dans la messe de l’Ascension, au deuxième Alléluia et à la Communion, et dont nous allons retrouver un passage dans l’Offertoire de ce jour.

Exsurgat Deus, et dissipentur inimici eus : et fugiant qui oderunt eum a facie ejus.
Dieu se lève et ses ennemis sont dispersés, et ceux qui le haïssent s’enfuient devant sa face.

Alléluia : Emitte Spiritum

Pour la dernière fois de l’année, puisque ce dimanche de la Pentecôte est le dernier du temps pascal, il n’y a pas de Graduel mais deux Alléluias, et comme les dimanches précédents ces deux Alléluias sont assez différents, le deuxième étant nettement plus long. Le premier utilise exactement la même mélodie que le premier Alléluia de la fête de l’Ascension, une mélodie type qui revient assez souvent au cours de l’année. Le texte du verset est tiré du psaume 103, grand cantique de louange et d’action de grâces pour les merveilles de la création.

Emitte Spiritum tuum et creabuntur, et renovabis faciem terræ.
Envoyez votre Esprit et ils seront créés, et vous renouvellerez la face de la terre.

» Ils  » ce sont tous les êtres vivants, mais dans le psaume le verbe est à l’indicatif, c’est une affirmation. Après avoir dit au Seigneur  » Vous retirez votre souffle et tous tombent dans le néant  » le psalmiste ajoute :  » Vous envoyez votre souffle et ils sont créés de nouveau.  » La liturgie de la Pentecôte en mettant le verbe à l’impératif fait de ce verset une prière, et le souffle que l’on supplie Dieu d’envoyer c’est le Saint Esprit ; c’est lui qui fera toute chose nouvelle. La mélodie assez douce et calme convient bien à une prière suppliante.

Alléluia Veni Sancte Spiritus

Le deuxième Alléluia du dimanche de la Pentecôte est nettement différent du premier. Ici nous n’avons ni mélodie type, ni texte scripturaire, c’est une composition originale. Elle est attribuée au roi de France Robert le Pieux, fils d’Hugues Capet, qui vivait au début du XIe siècle. Cela n’a rien d’étonnant : le roi de France à cette époque était un personnage liturgique, c’était l’évêque du dehors. Le sacre était considéré comme un sacrement, et lorsque le roi avait reçu, comme c’était le cas de Robert le Pieux, une éducation soignée dans un monastère, il remplissait volontiers la fonction de chantre. Le texte de cet Alléluia est devenu très célèbre. C’est la prière type au Saint Esprit que l’on récite souvent pour l’invoquer au début d’une réunion importante.

Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium ; et tui amoris in eis ignem accende.
Venez Saint Esprit, emplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.

La mélodie très développée est vraiment expressive et suppliante. Cet Alléluia se chante à genoux.

Séquence : Veni Sancte Spiritus

Le verset du deuxième Alléluia de la messe du dimanche de la Pentecôte est suivi immédiatement d’une Séquence, qui en développe les thèmes littéraires et musicaux, mais qui est postérieure. En effet elle est généralement attribuée à Étienne Langton, archevêque de Cantorbery, qui vivait au début du XIIIe siècle. Elle comporte dix strophes, dont les mélodies se répètent deux par deux, et dont chacune est composée de trois petits vers de sept pieds. Le texte en est très poétique et la mélodie, assez lyrique, et inspirée de celle de l’Alléluia, le met parfaitement en valeur.

Veni Sancte Spiritus, Et emite cælitus Lucis tuæ radium. Veni pater pauperum, Veni dator munerum, Veni lumen cordium.
Consolator optime, Dulcis hospes animæ, Dulce refrigerium. In labore requies, In æstu temperies, In fletu solatium.
O lux beatissima, Reple cordis intima tuorum fidelium. Sine tuo numine, Nihil est in homine, Nihil est innoxium.
Lava quod est sordidum, Riga quod est aridum, Sana quod est saucium. Flecte quod est rigidum, Fove quod est frigidum, Rege quod est devium.
Da tuis fidelibus, In te confidentibus, Sacrum septenarium. Da virtutis meritum, Da salutis exitum, Da perenne gaudium.

Venez Esprit Saint, envoyez du ciel un rayon de votre lumière, venez père des pauvres, venez dispensateur des dons, venez lumière des cœurs.
Consolateur très bon, doux hôte de l’âme, doux rafraîchissement, repos dans le labeur, modération dans la chaleur, consolation dans les larmes.
O lumière bien heureuse, emplissez jusqu’au fond les cœurs de vos fidèles ; sans votre secours il n’y a rien en l’homme, rien qui soit sans défaut.
Lavez ce qui est souillé, arrosez ce qui est sec, guérissez ce qui est blessé, assouplissez ce qui est raide, réchauffez ce qui est froid, redressez ce qui est tordu.
Donnez à vos fidèles qui ont confiance en vous vos sept dons sacrés. Donnez-leur la récompense de leurs vertus, le salut final et la joie éternelle.

Offertoire : Confirma hoc

Le texte de l’Offertoire du dimanche de la Pentecôte est tiré du psaume 67, dont nous avons trouvé le premier verset à l’Introït et qui figurait déjà deux fois dans la messe de l’Ascension. C’est un cantique triomphal d’action de grâces pour les victoires accordées par le Seigneur à son peuple, évoquant notamment la conquête de la terre promise depuis le Sinaï jusqu’à Jérusalem. Nous sommes ici vers la fin du psaume, lorsque le peuple, arrivé sur la montagne sainte, demande au Seigneur de confirmer les merveilles qu’il a accomplies en établissant son règne sur toutes les nations.

Confirma hoc, Deus quod operatus es in nobis : a templo tuo quod est in Jerusalem tibi offerent reges munera.
Confirmez, ô Dieu, ce que vous avez accompli en nous. En votre temple, qui est à Jérusalem, les rois vous offriront des présents.

Ces rois qui offrent des présents font évidemment penser à l’Épiphanie ; ce n’est pas fortuit. Il y a entre Noël et l’Épiphanie le même rapport qu’entre Pâques et la Pentecôte, entre le mystère qui s’accomplit dans le secret et sa manifestation à tous les peuples. Le mystère de la Rédemption qui s’est accompli à Pâques est aujourd’hui manifesté par les apôtres, à qui la descente du Saint Esprit a donné la lumière pour comprendre enfin ce qui s’était passé et la force pour le proclamer. En chacun de nous ce mystère s’est accompli par la grâce du baptême, et c’est le sacrement de confirmation qui le parachève par les dons du Saint Esprit en faisant de nous des apôtres et des témoins. Il y a ainsi un rapport entre ce mot de  » confirmation  » et le premier mot de l’Offertoire Confirma. La mélodie médite calmement les richesses de ce texte en ce style contemplatif qui est le plus souvent celui des Offertoires. Elle ressemble beaucoup en particulier à celle de l’Offertoire de la messe de minuit de Noël.

Communion: Factus est repente

Le texte de la Communion du dimanche de la Pentecôte est tiré du récit des Actes des Apôtres.

Factus est repente de cælo sonus advenientis spiritus vehementis, ubi erant sedentes, et repleti sunt omnes Spiritu Sancto, loquentes magnalia Dei.
Il arriva soudain du ciel un bruit comme celui d’un vent violent, envahissant le lieu où ils étaient assis, et tous furent remplis de l’Esprit Saint, racontant les merveilles accomplies par Dieu.

Ce texte se passe de commentaires. La mélodie très mouvementée en suit parfaitement les différentes inflexions. Les grands intervalles du début évoquent l’arrivée impétueuse du vent ; un crescendo enthousiaste s’élève au début de la deuxième phrase, puis la mélodie s’étale avec complaisance pour annoncer les merveilles de Dieu.

Chartres t’appelle : découvrez un bivouac du pèlerinage de Chrétienté

Bienvenue dans « Chartres t’appelle », l’émission en direct du bivouac du pèlerinage de Chartres.

Au cœur de la campagne, au milieu des tentes, des chants et des colonnes de pèlerins qui arrivent après une journée de marche, vivez l’ambiance unique du samedi soir du pèlerinage comme si vous y étiez.

Pendant toute cette soirée spéciale, nous vous emmenons dans les coulisses du 44e pèlerinage de Pentecôte :
rencontres, reportages, invités, témoignages, images du bivouac, vie des chapitres, mission, conversions, liturgie traditionnelle…

« Chartres t’appelle », c’est une immersion dans cette chrétienté vivante, jeune et joyeuse qui marche chaque année vers Notre-Dame de Chartres sous le thème :
« Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre ».

Depuis le bivouac, suivez cette grande soirée en direct et découvrez ce qui fait battre le cœur du pèlerinage de Chartres.

Liban : l’arabité n’est pas une insulte, mais ce n’est pas une origine

Il y a une scène de West Beyrouth, le film de Ziad Doueiri sorti en 1998, qui revient régulièrement sur les réseaux sociaux. On y voit un jeune Libanais affirmer qu’il n’est pas arabe, qu’il est libanais, phénicien ; son père le reprend, lui demande d’où lui vient cette idée, puis lui explique qu’il faut être fier d’être arabe, héritier d’une grande civilisation qui se serait étendue de l’Espagne jusqu’à l’Asie. Le film, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 1998, parle évidemment d’un Liban fracturé par la guerre civile, où les identités deviennent explosives.

Mais précisément : cette scène, souvent partagée comme une petite leçon d’universalisme arabe, ne répond pas vraiment à la question. Elle la déplace. Elle ne dit pas : « Est-il historiquement exact de dire que les Libanais sont des Arabes ? » Elle dit : « Pourquoi aurais-tu honte d’être arabe ? » Or ce n’est pas la même chose.

Car l’arabe n’est pas une insulte. Personne de sérieux ne devrait avoir besoin de le répéter. La langue arabe est belle, l’arabe classique a une puissance littéraire incontestable, les dialectes arabes sont d’une diversité fascinante, et des mondes entiers de poésie, de philosophie, de musique, de mystique et de mémoire sont passés par cette langue. Mais la beauté d’une langue ne transforme pas automatiquement l’histoire d’un peuple. On peut aimer une langue, l’habiter, la parler, en faire de la littérature, sans être obligé d’effacer ce qui existait avant elle.

Et c’est bien là le problème. Le Liban n’est pas né arabe. Le territoire de l’ancienne Phénicie correspond largement au Liban actuel, avec ses grandes villes antiques comme Byblos, Sidon, Tyr et Béryte, l’actuelle Beyrouth. Les Phéniciens appartiennent au vieux monde cananéen de la côte levantine. Ce n’est pas une fantaisie romantique de diaspora ni une coquetterie mondaine de chrétiens libanais francophones : c’est une donnée historique lourde. Une étude génétique publiée en 2017 dans The American Journal of Human Genetics a même montré que les Libanais actuels tirent l’essentiel de leur ascendance d’une population apparentée aux Cananéens de l’âge du bronze, ce qui indique une forte continuité biologique dans le Levant depuis plusieurs millénaires.

Évidemment, cela ne signifie pas que l’identité soit une affaire de pureté génétique. Rien ne serait plus absurde. Les peuples sont des sédimentations, des mélanges, des langues, des rites, des empires subis, des conversions, des mariages, des mémoires reconstruites. Mais cela signifie au moins une chose : il est historiquement très fragile de prétendre que les Libanais seraient simplement des Arabes comme les autres, comme si leur arabité allait de soi depuis l’origine.

L’arabité libanaise est d’abord une couche historique. Elle vient après. Elle arrive avec la conquête musulmane du Levant au VIIe siècle, lorsque les Arabes musulmans conquièrent la Palestine et le Liban dans les années 630. Britannica rappelle aussi que des tribus arabes s’installent ensuite dans le sud du Liban parmi les populations indigènes, tandis que les Maronites, originellement syriaques, adoptent progressivement l’arabe tout en conservant le syriaque dans leur liturgie. Voilà une formule autrement plus exacte : le Liban n’est pas un pays d’origine arabe ; c’est un pays levantin, cananéen, phénicien, araméen, syriaque, méditerranéen, progressivement arabisé.

Il n’y a donc aucune raison d’accepter pour l’Empire islamo-arabe ce que l’on refuserait à toutes les autres puissances impériales. Quand Rome conquiert, on parle de romanisation. Quand la France conquiert, on parle de colonisation. Quand l’Empire ottoman domine, on parle de domination ottomane. Mais lorsque l’expansion arabo-islamique impose progressivement sa langue, son cadre politique, son horizon religieux et son récit, il faudrait soudain parler uniquement de “grande civilisation”, comme si la conquête devenait innocente parce qu’elle s’exprimait en arabe.

Or les peuples conquis finissent souvent par parler la langue du conquérant. Ce n’est pas propre au monde arabe. Les Gaulois ont parlé latin, puis les Français ont oublié qu’ils parlaient une langue romane née d’une domination. Une grande partie de l’Amérique latine parle espagnol ou portugais. Des peuples africains parlent français ou anglais. Personne n’en déduit que les Péruviens sont ethniquement espagnols, ni que les Congolais sont d’origine française. Pourquoi faudrait-il, dans le cas libanais, confondre langue, culture acquise et origine profonde ?

On répond souvent : « Mais le Liban est un pays arabe. » Oui, politiquement et linguistiquement, le Liban appartient aujourd’hui au monde arabe. L’arabe est sa langue officielle, et le pays fut même l’un des membres fondateurs de la Ligue arabe en 1945. Très bien. Mais cela ne règle pas la question. Une appartenance diplomatique ou linguistique ne suffit pas à abolir une mémoire plus ancienne. Le mot “arabe” lui-même désigne aujourd’hui très largement des populations arabophones du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ; c’est donc souvent une catégorie linguistique et culturelle autant qu’ethnique.

C’est pourquoi la scène de West Beyrouth est intéressante malgré elle. Le père croit répondre à son fils en lui offrant une grandeur de substitution : “sois fier de l’empire arabe”. Mais le fils ne demande pas si l’empire arabe a produit des merveilles. Il demande qui il est. Et la réponse “tu es arabe parce qu’une grande civilisation arabe a existé” ressemble presque à l’argument de tous les empires : tu devrais être reconnaissant d’avoir été absorbé par plus grand que toi.

Le vrai propos ne devrait donc pas être : “les Libanais doivent haïr l’arabité”. Ce serait idiot, injuste, et même impossible. Le Liban a fait de l’arabe quelque chose de profondément libanais. Il l’a chanté, tordu, francisé, méditerranéisé, christianisé parfois, islamisé évidemment, rendu familier, drôle, tendre, violent, populaire, littéraire. L’arabe du Liban n’est pas un simple tampon impérial ; il est devenu une matière vivante. Il faut pouvoir le reconnaître.

Mais reconnaître cette fécondité ne doit pas obliger à réciter le catéchisme panarabe. Le Liban n’a pas à choisir entre la honte de l’arabe et l’effacement de sa profondeur préarabe. Il peut dire : nous parlons arabe, mais nous ne venons pas seulement de l’Arabie. Nous appartenons au monde arabe contemporain, mais notre mémoire plonge dans Canaan, dans la Phénicie, dans l’araméen, dans le syriaque, dans la Méditerranée orientale, dans un monde antérieur à l’islam et antérieur à l’arabisation.

Le problème n’est donc pas l’arabe. Le problème est l’idéologie qui transforme une langue en assignation, une conquête en destin, une couche historique en origine obligatoire. Dire “je suis phénicien” ne devrait pas être immédiatement traité comme une provocation raciste ou une haine de l’arabe. Cela peut être, tout simplement, une tentative de retrouver un nom plus ancien que celui imposé par les vainqueurs.

Le Liban n’a pas besoin de se mutiler pour appartenir à son présent. Il n’a pas besoin de nier l’arabe pour retrouver la Phénicie. Mais il n’a pas non plus à nier la Phénicie pour rester poli avec l’arabisme. Une identité adulte peut tenir ensemble plusieurs héritages, à condition de ne pas mentir sur leur ordre d’apparition.

L’arabité libanaise existe. Elle a produit de la culture, de la beauté, de la musique, de la littérature, des voix immenses. Mais elle n’est pas l’acte de naissance du Liban. Elle est une langue d’adoption devenue langue intime. Elle est une histoire imposée, puis travaillée, habitée, parfois aimée. Elle est une greffe devenue branche. Mais la racine, elle, descend plus loin. Et il n’y a aucune honte à le rappeler.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Comprendre la guerre d’Iran : au-delà du récit médiatique

Le 17 mars dernier, la démission de Joe Kent, directeur du Centre national de contre-terrorisme américain, ne saurait être réduite à une péripétie administrative ou à un simple soubresaut de la vie politique washingtonienne. Ancien des forces spéciales, vétéran de onze déploiements en Irak et en Afghanistan, Joe Kent n’est pas un commentateur ordinaire. Lorsqu’un tel homme quitte ses fonctions en dénonçant l’engagement des États-Unis dans la guerre contre l’Iran, l’événement mérite d’être pris au sérieux.

Car derrière cette démission se devine une question plus vaste : les États-Unis ont-ils été entraînés dans une guerre dont ils ne maîtrisent ni les objectifs, ni le calendrier, ni les conséquences ?

C’est précisément cette interrogation que Marc Humbert place au cœur de son nouvel ouvrage, Iran : la guerre de trop ?
https://www.chire.fr/librairie/humbert-marc-iran-la-guerre-de-trop-p-513782

À l’heure où le Moyen-Orient s’embrase, la lecture immédiate de l’actualité ne suffit plus. Les communiqués officiels, les cartes militaires, les images de frappes et les déclarations martiales donnent l’illusion de comprendre. Pourtant, ils masquent souvent l’essentiel : les causes profondes, les intérêts réels, les arrière-plans historiques et les calculs stratégiques.

Marc Humbert prend le parti inverse. Il ralentit le regard. Il replace l’affrontement entre l’Iran, Israël et les États-Unis dans le temps long d’un siècle de tensions : la déclaration Balfour, la naissance de l’État d’Israël, les guerres israélo-arabes, la révolution islamique de 1979, la montée en puissance du Hezbollah et du Hamas, puis l’affirmation progressive de Téhéran comme puissance régionale incontournable.

L’auteur ne se contente pas d’aligner des faits, il en démontre l’implacable enchaînement. Comment l’État hébreu, né au milieu d’un environnement hostile, a-t-il construit sa doctrine de sécurité ? Comment la République islamique d’Iran a-t-elle fait de l’hostilité à Israël l’un des piliers de sa légitimité politique et religieuse ? Pourquoi Washington se retrouve-t-il de nouveau engagé dans une confrontation majeure au Moyen-Orient ?

L’un des grands mérites de ce livre est de ne pas s’arrêter aux apparences. Derrière les justifications officielles, Marc Humbert interroge les buts réels des belligérants. Israël cherche-t-il seulement à neutraliser une menace militaire, ou à remodeler durablement l’équilibre régional ? Les États-Unis poursuivent-ils uniquement un objectif de sécurité, ou tentent-ils de préserver une hégémonie fragilisée par la montée des BRICS et la remise en cause du système des pétrodollars ? Quant à l’Iran, cherche-t-il à démontrer que la puissance occidentale peut être contenue, usée, puis mise en échec ?

L’ouvrage accorde une place essentielle à la dimension militaire du conflit. Marc Humbert y analyse l’offensive israélo-américaine de 2026, ses ambitions initiales, mais surtout ses limites. Face à une puissance iranienne souvent sous-estimée, les frappes aériennes ne suffisent pas à produire une victoire politique. La profondeur stratégique du territoire iranien, la résilience du régime, et la menace permanente d’un blocus du détroit d’Ormuz dessinent les contours d’un redoutable enlisement.

Cette guerre dépasse largement le seul face-à-face entre Israël et l’Iran : elle révèle une crise profonde de la puissance américaine. Washington dispose encore d’une supériorité technologique, mais celle-ci ne garantit plus la victoire stratégique. Le conflit devient ainsi le miroir d’un basculement plus vaste : celui d’un monde où l’hégémonie occidentale se heurte à des adversaires capables d’absorber les chocs et de déplacer le centre de gravité de la confrontation.

Plus qu’un commentaire de circonstance, Iran : la guerre de trop ? offre une grille de lecture indispensable pour dépasser le bruit médiatique et saisir les lignes de force d’un ordre mondial en recomposition.

Au terme de cette analyse, une question demeure, redoutable par sa simplicité : entre Israël et les États-Unis, qui est aujourd’hui le vassal, et qui est le suzerain ?

Iran : la guerre de trop ?
Colonel Marc Humbert
48 pages

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Y a-t-il une économie chrétienne ? 3e Session Cardinal Pie

La 3e Session Cardinal Pie aura lieu les 11-12-13 juillet 2026, aux environs d’Angers.

Nous travaillerons sur le sujet suivant : Y a-t-il une économie chrétienne ?

Inscription OBLIGATOIRE en écrivant à : [email protected]

Socialisme ou libéralisme ? Néo-esclavagisme sous le joug d’un État totalitaire, idéologue et technocratique, ou néo-esclavagisme sous la pression de multinationales toutes-puissantes, corrompues et prédatrices ?

Ni l’un, ni l’autre ! Le bon sens, l’expérience millénaire, la doctrine sociale de l’Église proposent une autre voie : large autonomie des communautés où s’épanouit la vie sociale – écoles, entreprises, village, paroisse, associations et surtout familles – pour déterminer et poursuivre leurs objectifs propres ; appui efficace, mais non intrusif, des échelons plus larges sous lesquels se regroupent les sociétés fondamentales – fédérations associatives, réseaux scolaires, corporations de métier, régions et enfin états – pour protéger contre les acteurs antisociaux, réprimer les injustices, renforcer les autorités locales, proposer des aides, puis… laisser le bien se faire.

La présente session vise à proposer un projet enthousiasmant, et surtout immédiatement applicable ; il commence en effet là où tout commence vraiment : dans les communautés de proximité, et surtout dans la famille.

Parmi les sujets qui seront abordés :

– Les principes d’une économie réaliste ;
– L’enseignement social et politique de l’Eglise ;
– L’histoire du catholicisme social ;
– L’économie familiale par l’entreprise ;
– Les “familles souches” ;
– Economie, échange et relation : le commerce comme socle de la vie sociale ;
– La monnaie ;
– Qu’est-ce qu’un dirigeant chrétien ?
– Les corps intermédiaires aujourd’hui;
– L’économie moderne et artificielle est-elle une fatalité ? Comment en sortir ?
– Les vertus sociales…

Cette session est destinée aux hommes et jeunes gens, qui peuvent demander à être logés sur place.
Les épouses sont les bienvenues, si vous en faites la demande avant, et que vous gérez vous-mêmes votre logement.

Nous offrons aux jeunes gens des conditions particulièrement avantageuses.

Attention, les places sont limitées !
Inscription avant le 20 juin, en écrivant à : [email protected]

L’ambition de la Session Cardinal Pie est d’étudier les raisons profondes de la Révolution anti-chrétienne qui se déroule sous nos yeux, et de réfléchir aux vraies solutions, en s’inspirant des meilleurs auteurs contre-révolutionnaires qui ont travaillé au rétablissement du règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Les fins de cette session sont :

1- D’étudier la doctrine catholique et la civilisation chrétienne ;
2- D’étudier les erreurs s’opposant à cette doctrine catholique et à cette civilisation, ainsi que les forces révolutionnaires et subversives qui les ont colportées et les diffusent toujours ;
3- De réfléchir aux vraies solutions et de proposer des pistes concrètes d’action.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Récupération idéologique de la directive européenne sur les droits des victimes

Communiqué de One of Us :

Une réforme attendue depuis longtemps pour les victimes de la criminalité en Europe

Le Parlement européen a adopté aujourd’hui la directive révisée relative aux droits des victimes, la refonte la plus importante de la législation européenne en matière de protection des victimes depuis plus de dix ans. Cette nouvelle directive actualise le cadre de 2012 qui établit des normes minimales concernant les droits, le soutien et la protection des victimes de la criminalité dans toute l’Union européenne. Elle instaure une ligne européenne d’assistance téléphonique (116 006), renforce l’évaluation individuelle des besoins des victimes, améliore l’accès à l’aide juridictionnelle et à l’indemnisation, et protège mieux les données personnelles des victimes contre leur divulgation aux auteurs d’infractions. Il s’agit d’avancées significatives, et ONE OF US — la plus grande initiative citoyenne européenne de l’histoire, représentant plus de 1,8 million de signataires dans toute l’UE — reconnaît les progrès réels qu’elles représentent pour la protection de la dignité humaine.

La directive a été votée le 21 mai 2026 : 440 voix pour, 49 contre et 84 abstentions.

Une instrumentalisation idéologique de la législation européenne

Nul ne saurait rester silencieux face à une tendance délibérée et inquiétante, devenue malheureusement trop fréquente lors des récents cycles législatifs européens : l’insertion systématique de termes relatifs à l’avortement dans des textes dont le sujet n’a parfois rien à voir avec l’avortement. La directive relative aux droits des victimes n’en est que le dernier exemple. Des groupes de pression bien organisés ont élaboré une stratégie consistant à utiliser tous les instruments législatifs européens disponibles – des directives sur les conditions de travail aux cadres relatifs aux soins de santé, et désormais au soutien aux victimes – pour promouvoir l’avortement comme s’il s’agissait d’un droit européen établi. Or, il n’en est rien.

La politique en matière d’avortement est, et doit rester, une compétence exclusive des États membres. L’article 168, paragraphe 7, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne est sans équivoque : la définition de la politique de santé, ainsi que l’organisation et la prestation des services de santé, relèvent de la seule compétence des États membres. Il ne s’agit pas d’une simple formalité ; cela reflète les divergences profondes entre les pays européens sur les questions éthiques fondamentales. C’est précisément cela que le principe de subsidiarité visait à protéger de la centralisation au niveau de l’UE. Pourquoi les institutions européennes outrepassent-elles leurs prérogatives et promeuvent-elles de plus en plus l’avortement, choisissant de soutenir et de promouvoir une conception de la vie humaine et de la liberté manifestement biaisée et déconnectée de la réalité et des attentes de tant de femmes à travers l’Europe ? Quand l’UE aura-t-elle le courage d’affronter la réalité et d’écouter les nombreuses femmes qui souhaitent avoir d’autres options que l’avortement ?

Ce que dit réellement le texte

Le considérant 13 de la directive adoptée stipule explicitement que les services de santé sexuelle et reproductive destinés aux victimes de violences sexuelles « peuvent inclure… l’accès à l’avortement ». L’article 9 exige ensuite des États membres qu’ils fournissent aux victimes des « services de santé sexuelle et reproductive » ou les y orientent, dans le cadre d’un soutien spécialisé aux victimes. Le texte ajoute une réserve : « lorsque cela est légalement possible dans un État membre donné, conformément à la législation nationale ». Mais cette réserve ne change rien à la réalité : l’avortement est inscrit pour la première fois dans une directive européenne.

Les victimes de violences sexuelles méritent toute forme de soutien véritable : soins médicaux, soutien psychologique, prise en charge d’urgence, thérapie du traumatisme, assistance juridique. ONE OF US soutient pleinement la fourniture de tous ces services. Cependant, présenter l’avortement comme une composante du soutien aux victimes – et l’inscrire dans le droit européen contraignant – est un choix politique déguisé en protection des victimes. Il s’agit d’un détournement de cette législation et d’un manque de respect envers les besoins réels et urgents des victimes d’actes criminels.

La victime que ce texte ignore

Il y a une profonde et douloureuse ironie dans une directive consacrée aux victimes à appeler à l’accès à l’avortement. L’enfant à naître – un être humain au tout premier stade de sa vie, sans voix ni droit de vote – est la victime que ce texte ne voit pas et ne protège pas. Une femme qui avorte parce qu’elle est seule et sans soutien est également une victime que ce texte oublie. ONE OF US a été fondée précisément pour donner la parole à ceux qui ne peuvent pas parler pour eux-mêmes. C’est ce que nous faisons à nouveau aujourd’hui.

Déclaration de Tonio Borg, président de ONE OF US

« La directive révisée relative aux droits des victimes comporte des avancées réelles et importantes pour la protection des victimes de la criminalité en Europe, et nous nous en félicitons. Cependant, nous déplorons profondément que des idéologues aient une fois de plus instrumentalisé une législation axée sur les victimes pour promouvoir leur agenda pro-avortement. La référence explicite à l’avortement dans ce texte constitue un abus flagrant du principe de subsidiarité et une violation des obligations conventionnelles de l’UE qui se doit de respecter la compétence des États membres en matière de politique de santé. L’engagement fondateur de l’UE en faveur de la dignité humaine ne saurait être appliqué de manière sélective ; il doit s’étendre à chaque être humain, y compris ceux qui ne sont pas encore nés. ONE OF US appelle toutes les institutions de l’UE à résister à cette colonisation idéologique rampante du droit européen et à rétablir l’intégrité du processus législatif. »

Prochaines étapes

La directive sera désormais soumise à l’adoption formelle du Conseil à la majorité qualifiée, avant son entrée en vigueur. Les États membres disposeront ensuite de deux ans pour la transposer en droit national. ONE OF US appelle les États membres à rejeter ce texte au sein du Conseil des ministres, car il porte atteinte au principe de subsidiarité et constitue un abus de pouvoir manifeste au niveau de l’UE.

Marcher pour sauver une civilisation…

A la fin de l’émission de ce jour, Philippe de Villiers s’adresse aux pèlerins de Chartres :

Le roi Przemysł II est de retour sur sa colline à Poznań

Une belle déclaration de l’archevêque Gądecki

Le mercredi 20 mai 2026, un monument à la mémoire du roi Przemysł II a été inauguré dans le centre de Poznań. L’événement a rassemblé de nombreux habitants de Poznań, des représentants des autorités, du clergé et du monde universitaire.

Le nouveau monument a été érigé dans un lieu symbolique — juste à côté du château royal. Il rend hommage à Przemysł II — duc de Poznań, de Grande-Pologne et de Cracovie, ainsi que roi de Pologne de 1295 à 1296. Le souverain est né à Poznań et a joué un rôle important dans le processus de reconstruction du Royaume de Pologne après la période de fragmentation. Après avoir obtenu l’accord du pape pour son couronnement, il a reçu la couronne à Gniezno des mains de l’archevêque en juin 1295. En tant que roi de Pologne, il a introduit l’emblème de l’État polonais sous la forme d’un aigle blanc couronné, qui est resté à jamais le symbole de la Pologne indépendante.

L’enseignement de la politique évangélique

Parmi les participants à la cérémonie figuraient notamment le donateur du monument, l’adjoint au maire de Poznań et l’archevêque de Poznań Stanisław Gądecki, qui a béni la sculpture.

L’archevêque, sous la forme d’une invocation, a présenté aux personnes présentes un message social clair issu du règne royal et de l’enseignement catholique sur l’exercice du pouvoir, ainsi que de la conception chrétienne de la politique et de la responsabilité envers les affaires publiques

Prière récitée avant la bénédiction du monument :

Dieu tout-puissant et éternel, tu gouvernes le monde entier et c’est de toi que proviennent les lois de tous les peuples et de toutes les nations. Fais, ô Dieu, que nous soyons tous des hommes de conscience, c’est-à-dire que nous écoutions ta voix, même lorsqu’elle est très exigeante, que nous appelions le bien et le mal par leur nom, sans brouiller les frontières entre eux, que nous développions le bien en nous et autour de nous, et que face au mal, nous ne restions pas indifférents, mais que nous le surmontions.

Apprends-nous ensuite à faire un usage sage de la liberté, de la solidarité et de la responsabilité envers notre patrimoine commun. Aide-nous donc à aimer ce qui est nôtre, nos racines, notre histoire, nos traditions et notre langue, et surtout à aimer nos compatriotes, que nous partagions ou non leurs opinions.

Rappelle-nous qu’il n’existe aucune autorité qui ne vienne de Dieu. Aide-nous donc à comprendre que ce n’est pas un dirigeant particulier qui vient de Dieu, mais que c’est la nécessité même de l’autorité qui vient de Dieu. C’est la nécessité de gouverner qui est voulue par Dieu. Toute la dignité de l’autorité découle du fait qu’elle accomplit ses tâches dans les limites de l’ordre moral, dont Dieu est la source et la fin.

Je recommande donc avant tout, dira saint Paul, que des prières et des supplications, des actions de grâce communes soient faites pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener une vie tranquille et paisible, dans toute piété et dignité.

Accorde donc ta miséricorde à Przemysł II, duc de Poznań, de Grande-Pologne et de Cracovie, puis roi de Pologne, que, comme l’écrit Jan Długosz, nous devons glorifier à travers les siècles comme celui qui a relevé notre nation anéantie et impuissante, a apporté la lumière à l’obscurité, la liberté à l’esclavage, et a transformé la tristesse en joie.

Soutiens ceux qui gouvernent les États, afin qu’ils dirigent, selon ta volonté, les peuples qui leur sont confiés avec sagesse, justice et responsabilité. Intercède en leur faveur, accorde-leur le don de l’honnêteté, afin qu’ils ne succombent pas à l’intérêt personnel ni à la corruption, et qu’ils ne recherchent pas uniquement les intérêts des groupes qui les ont portés au pouvoir, mais qu’ils se soucient de tous les citoyens, en particulier de ceux qui appartiennent aux groupes sociaux les plus vulnérables, afin qu’ils se souviennent que ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur de le perdre.

Aide-nous à assumer nous-mêmes la responsabilité du bien commun. Permets à chacun de nous, selon sa vocation, de s’engager dans l’édification du royaume de Dieu au sein de la famille, de la société et de toute notre patrie.

Car servir Dieu, c’est rechercher le meilleur chez le pire des hommes.

Marie, Reine de Pologne, prie pour nous.

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