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Euthanasie : notre corps nous appartient-il ?

Depuis les années 70, la question du droit à disposer pleinement de son corps a agité la société française, notamment à travers le débat sur le droit à l’avortement. Ce concept rencontre un obstacle central : la question de la dignité, qui sera consacrée notamment par les lois de bioéthique et reconnue comme principe à valeur constitutionnelle par le Conseil constitutionnel.

La constitutionnalisation de la liberté de recourir à l’IVG en 2024 constitutionnalise de fait la liberté de disposer pleinement de son corps. Ces deux idées, liberté et dignité, nous amènent à une question simple : sont-elles conciliables ?

Cette question est importante car les principes constitutionnels sont censés structurer la doctrine du droit. Or, si la doctrine n’est pas cohérente, le droit ne peut l’être et devient fragile, voire caduque.
Pour répondre à cette question, je vous invite à réfléchir au droit de disposer de notre corps et donc à la question de la propriété du corps.

Tout d’abord, afin de parler le même langage, je souhaiterais commencer par définir ces trois notions : la liberté, la dignité et la propriété.

I. La liberté
Étant catholique, je trouve que la meilleure définition de la liberté est celle qui la définit comme le fait de choisir le bien. Néanmoins, afin de toucher un public plus large, je reprendrai la définition de Jean-Jacques Rousseau : la liberté consiste à obéir aux lois que le peuple s’est données lui-même. Dans Du contrat social, il affirme que l’homme est véritablement libre lorsqu’il participe à la souveraineté populaire.
Il faut ajouter, pour mieux comprendre cette définition, que le droit actuel se construit autour d’une philosophie positiviste du droit : c’est la loi, expression du peuple, qui fait la justice. Cette conception, fondée sur l’expression nationale, donne une dimension relativiste au droit, mais nous la garderons car elle traduit, à mon sens, au mieux la réalité actuelle.

II. La dignité
Le terme dignité vient du latin dignitas, que les Romains décomposaient en trois aspects : le prestige lié au rang social, la réputation morale, et enfin le respect lié à une fonction. Il existe donc dans cette notion de dignité une idée de reconnaissance sociale.
Cette reconnaissance, avec le christianisme puis la philosophie humaniste, a pris une dimension universelle.

Dans le christianisme, l’homme étant fait à l’image de Dieu, il acquiert une dignité transcendante impliquant le respect de la nature humaine dans son intégralité.
Pour les humanistes apparus à la Renaissance et dont l’influence se prolonge jusqu’à l’époque contemporaine, notamment après les procès de Nuremberg qui débouchent sur la Déclaration universelle des droits de l’homme, cette dimension universelle de la dignité humaine est reprise :
« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

La dignité humaine est donc universelle et ne peut souffrir d’aucune hiérarchie (sociale, ethnique ou idéologique).

III. La propriété
Enfin, penchons-nous sur la propriété. La définition juridique de la propriété découle du droit romain et se décompose en trois éléments : l’usus (le droit d’utiliser un bien), le fructus (le droit d’en percevoir les fruits) et l’abusus (le droit d’en disposer, y compris de le détruire).

Cette définition simple permet, à mon sens, d’appréhender la propriété dans son intégralité.

IV. Le corps est-il une propriété ?
Dès lors que ces définitions sont posées, une question se pose : suis-je pleinement propriétaire de mon corps ?

Pour l’usus et le fructus, la réponse est simple. Nous pouvons jouir pleinement de l’usage de notre corps et des fruits qu’il nous offre. Mais qu’en est-il de l’abusus ? A-t-on le droit de détruire ou de dégrader son corps ?

C’est ici que la question de la dignité vient se heurter à la notion de liberté.

Tout d’abord, repensons à quelques exemples du cadre légal : l’arrêt du Conseil d’État du 27 octobre 1995 interdisant le « lancer de nain », ainsi que la loi du 13 avril 2016 interdisant l’achat d’un acte sexuel.
Dans ces deux situations, nous constatons qu’il est juridiquement admis qu’il existe des limites à la libre disposition de son corps dès lors qu’est en cause la dignité humaine.

Par ces exemples, nous constatons que le droit français ne permet pas une libre disposition absolue du corps. Nous pouvons en user et en retirer les fruits autant que nous le souhaitons, dans la mesure où nous ne portons pas atteinte à notre dignité, mais aussi à celle d’autrui.

Il est intéressant de noter que, dès lors, l’abusus n’appartient ni à l’individu, ni à l’État. Dans une conception chrétienne, nous pouvons dire qu’il appartient à Dieu ; dans une conception moderne, à l’ensemble de l’humanité.

V. Tensions entre liberté et dignité
Dans une conception chrétienne de la liberté, il n’y a pas de conflit avec cette dimension universelle de la dignité. La difficulté réside plutôt dans l’évaluation de ce qui est bon, du fait de l’imperfection de la nature humaine marquée par le péché originel.

Dans une conception positiviste du droit, le relativisme de la liberté rend la conciliation avec l’idée de dignité universelle plus complexe. Cette difficulté peut être encore plus prégnante si l’on adopte une définition libertaire de la liberté. Mais restons ici sur la définition de Rousseau, plus équilibrée.

VI. L’euthanasie
Le droit faisant la justice, nous avons vu la dignité humaine questionnée avec la loi de 1975 sur l’avortement.

En effet, l’embryon et le fœtus sont des êtres vivants à part entière. Il est impossible de nier, sauf à faire preuve de mauvaise foi, qu’un fœtus ou un embryon est un être vivant. Par ailleurs, il s’agit d’un être vivant possédant un patrimoine génétique complet d’être humain, contrairement aux gamètes qui sont haploïdes.

Il s’agit donc bien d’un être humain au sens biologique.

Néanmoins, le droit français opère une distinction essentielle : il ne définit pas l’être humain comme une personne juridique. La personnalité juridique commence à la naissance, lorsqu’une personne naît vivante et viable.

Cela explique que, lors d’un accident de voiture, si une femme enceinte perd son enfant à la suite de l’accident alors qu’il n’est pas né vivant et viable, le responsable ne peut être poursuivi pour homicide.
Ainsi, bien qu’il s’agisse à mon sens d’un raisonnement contestable, nous pouvons admettre que l’avortement ne remet pas en cause l’universalité de la dignité des personnes humaines.

Pour la question de l’euthanasie, pudiquement appelée aide à mourir, cela ne tient plus.
La légalisation de l’euthanasie revient à détruire sa propre vie. Le problème est que l’abusus n’appartient ni à l’État ni à l’individu.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le plan Aktion T4 visant à exterminer les personnes handicapées, mené par les nazis, est aussi mortifère ( c’est le cas de le dire ) que l’aide médicale à mourir. En effet, en détruisant l’universalité de la dignité humaine, on introduit de fait une hiérarchie dans l’humanité. Dès lors, on n’est plus ni chrétien, ni humaniste.

CONCLUSION
Ainsi, l’avortement déjà, mais l’euthanasie pleinement, viennent mettre en tension, sous prétexte de la liberté individuelle, le principe constitutionnel de dignité.
Cela pose deux problèmes.

Le premier est théorique, mais non sans conséquence : celui de la cohérence du droit. Si le droit se contredit, il n’a plus de cohérence et perd en intelligibilité. Il s’effondre comme système normatif structuré, et glisse vers une logique de décisions politiques successives sans véritable unité.

Enfin, et parce que c’est le débat du moment, l’euthanasie ne permet pas de préserver la dignité humaine en soulageant la souffrance par la mort. D’abord, parce que c’est une erreur de diagnostic : un homme veut mourir parce qu’il souffre. Ainsi, l’adversaire n’est pas la vie, mais la souffrance. C’est la souffrance que nous devons combattre.

Cette responsabilité est médicale, mais pas seulement. Elle est universelle, car nous allons tous souffrir, et si nous ne nous occupons pas de ceux qui souffrent, nous ne méritons pas que l’on s’occupe de nous lorsque nous souffrirons.

La dignité humaine étant la reconnaissance universelle de la vie humaine qui doit être préservée dans ses besoins fondamentaux, autoriser l’euthanasie revient à détruire cette notion universelle et à introduire des hiérarchies de dignité.

Reconnaître l’euthanasie, c’est reconnaître qu’il existerait des vies dont la valeur serait moindre.
En somme, il y a une dimension civilisationnelle dans cette loi qui se joue : soit nous nous appartenons pleinement et nous glissons vers une logique utilitariste de sélection des vies (sur des critères médicaux, sociaux, économiques…) , soit nous ne sommes pas pleinement propriétaires de notre corps car nous sommes tous unis dans une même humanité.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Euthanasie : retour nécessaire en 2022

Petit Rappel à l’usage de tous les politiques, autorités morales et religieuses, catholiques ou autres personnes qui avaient appelé à faire élire Macron à la dernière présidentielle de 2022 (soit en votant pour lui, soit en s’abstenant) et qui sont aujourd’hui très opposés à la nouvelle loi qu’il veut faire voter. Ils ne peuvent pas dire aujourd’hui “on ne savait pas” :

Le Monde du 22 avril 2022
“La grande réforme de société d’Emmanuel Macron, s’il est réélu, sera la reconnaissance du « droit de mourir dans la dignité ». C’est ce qu’a affirmé Richard Ferrand, sur Franceinfo, le 11 avril. Une confidence du candidat au détour d’un déplacement de campagne à Fouras (Charente-Maritime), le 31 mars, va dans le sens du pronostic du président de l’Assemblée nationale.

« Je vous donne un avis personnel, je suis favorable à ce qu’on évolue vers le modèle belge », a confié M. Macron à une femme qui lui demandait de légaliser « l’euthanasie », ainsi qu’à un homme atteint de la maladie de Charcot se disant prêt à aller en Belgique afin d’y recevoir légalement un produit létal. Le candidat ne leur a pas seulement livré son opinion. Il a laissé entendre qu’« un consensus » sur « le modèle belge » lui semblait possible. En Belgique, les personnes – y compris mineures – atteintes d’une pathologie incurable peuvent demander l’euthanasie selon certaines conditions. Celle-ci est pratiquée par un médecin.

Si les micros d’Europe 1 et de France Inter n’avaient pas capté l’aparté de Fouras, seule serait connue la feuille de route qu’Emmanuel Macron a présentée le 17 mars, en même temps que son programme : « Je soumettrai la fin de vie à une convention citoyenne, et sur la base des conclusions de celle-ci, je soumettrai ou à la représentation nationale ou au peuple le choix d’aller au bout du chemin qui sera préconisé. » Le chef de l’Etat prend-il un risque électoral en s’engageant à « faire évoluer » la loi ?

Marine Le Pen, elle, est « opposée à l’euthanasie et au suicide assisté. C’est la barrière qu’il ne faut pas franchir », a-t-elle résumé dans un tweet, ajoutant : « Je pense qu’il ne faut pas aller plus loin que la loi Leonetti de 2016, laquelle réaffirme le droit aux soins palliatifs. »

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La vie chrétienne victorieuse – L’humanisme séculier et la vision biblique de l’homme

La dignité originelle de l’homme
La Bible affirme dès l’origine la valeur incomparable de l’être humain : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Genèse 1:26-27). Mais elle révèle aussi que cette image a été profondément altérée par le péché. L’homme est donc à la fois grand par sa création et misérable par sa chute, cette tension est au cœur de toute réflexion biblique sur l’humanité.

L’humanisme séculier
L’humanisme a profondément façonné la pensée moderne. L’homme est placé au centre des préoccupations philosophiques, politiques, éducatives et sociales. Les notions de liberté, de dignité, d’autonomie, de droits humains et d’épanouissement personnel occupent désormais une place dominante dans la culture occidentale.

À première vue, plusieurs de ces préoccupations semblent légitimes. La Bible elle-même enseigne que l’homme possède une valeur particulière au sein de la création. Mais derrière certaines formes contemporaines de l’humanisme se dissimule une affirmation plus radicale : l’idée que l’homme peut se comprendre, se gouverner et trouver son accomplissement indépendamment de Dieu. C’est là le nœud du problème.

L’Écriture avertit pourtant :

« Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, qui prend la chair pour appui, et qui détourne son cœur de l’Éternel ! » (Jérémie 17:5).

Et à l’inverse :

« Béni soit l’homme qui se confie en l’Éternel, et dont l’Éternel est l’espérance ! » (Jérémie 17:7).

Le postulat de l’autonomie
Sous des apparences philosophiques élaborées, l’humanisme séculier s’articule autour d’un postulat central : l’autonomie de l’homme. Or ce principe n’a rien de neutre. Il s’enracine dans la rébellion originelle contre Dieu, telle qu’elle apparaît dès la Genèse. La parole du serpent : « Vous serez comme Dieu » (Genèse 3:5) introduit une prétention décisive : s’ériger en autorité morale autonome, en se donnant à soi-même la définition du bien et du mal.

Depuis lors, l’homme se pose en rival du divin. L’humanité est traversée par cette revendication d’indépendance. L’homme naturel ne se contente pas de vivre sans Dieu ; il prétend être son propre dieu, disposer de sa vie, fixer sa vérité, déterminer sa morale et tracer son avenir sans rendre de comptes à son Créateur.

L’Écriture met en lumière cette dérive : « Telle voie paraît droite à un homme, mais son issue, c’est la voie de la mort » (Proverbes 14:12). L’humanisme séculier apparaît ainsi moins comme un simple système de pensée que comme la formulation intellectuelle d’une révolte spirituelle ancienne.

La vraie valeur de l’homme
Le christianisme est souvent accusé à tort de dévaloriser l’être humain. Rien n’est plus éloigné de l’enseignement biblique. La Bible attribue à l’homme une grandeur incomparable : « Dieu créa l’homme à son image » (Genèse 1:27). Aucune autre créature terrestre ne reçoit une telle distinction.

L’homme possède une intelligence, une conscience morale, une capacité relationnelle et une responsabilité qui reflètent, de manière limitée, certains aspects du caractère divin. C’est précisément cette réalité qui constitue le véritable fondement des droits humains, de la justice et du respect de la personne.

Le Psaume 8 exprime cette noblesse : « Tu l’as fait de peu inférieur aux êtres célestes, et tu l’as couronné de gloire et d’honneur » (Psaume 8:5). Et Jacques rappelle que l’homme est fait « à la ressemblance de Dieu » (Jacques 3:9). Si l’homme n’est qu’un produit du hasard, sa valeur devient relative et négociable. Si, au contraire, il est créé par Dieu, sa grandeur repose sur un fondement absolu.

La réalité du péché
Mais la révélation biblique ne s’arrête pas à la création. L’une des faiblesses majeures de l’humanisme séculier est son optimisme excessif concernant la nature humaine. La Bible présente une vision plus réaliste et plus honnête. L’homme a été créé bon, mais il est tombé dans le péché. Depuis Adam, toute l’humanité porte cette corruption.

« Les hommes livrés au mal ne comprennent pas ce qui est juste, mais ceux qui cherchent l’Éternel comprennent tout » (Proverbes 28:5).

Le péché n’est pas seulement un ensemble d’actes répréhensibles ; il est une puissance qui affecte la totalité de la personne. L’intelligence est obscurcie, la volonté est inclinée vers le mal, les affections sont désordonnées et corrompues.
Cette vérité explique pourquoi les progrès de la civilisation ne suppriment jamais les problèmes fondamentaux de l’humanité. Les siècles passent, les technologies évoluent, les connaissances s’accumulent, mais l’orgueil, la violence, la convoitise et l’égoïsme persistent. L’apôtre Paul le résume ainsi : « Il n’y a point de juste, pas même un seul » (Romains 3:10), et : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3:23).

Le problème de la norme
L’humanisme séculier affirme que l’homme peut définir lui-même sa vérité et ses valeurs. Mais une question s’impose aussitôt : sur quelle base ? Lorsque Dieu est exclu de l’équation, il ne reste aucun fondement absolu pour distinguer le bien du mal. Les normes deviennent variables, conditionnées par l’époque et la culture. Ce qui est tenu pour juste aujourd’hui peut être condamné demain.
En rejetant l’autorité divine, l’homme ne gagne pas véritablement sa liberté ; il perd son point d’ancrage. Loin de s’émanciper, il devient souvent prisonnier de ses passions, de l’opinion publique ou des idéologies dominantes. Jésus a mis en lumière cette dépendance : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez de la gloire les uns des autres ? » (Jean 5:44).

La liberté véritable ne consiste donc pas à se détacher de Dieu, mais à revenir à lui. Jésus déclare : « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8:36). Et encore : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira » (Jean 8:32).

Nuance nécessaire
Il convient d’apporter ici une distinction importante. Tous les usages du mot « humanisme » ne désignent pas la même réalité. Historiquement, certains « humanistes chrétiens » ont cherché à promouvoir l’étude des langues, de la littérature, de l’histoire et des sciences tout en demeurant soumis à l’autorité des Écritures.

Dans ce sens, il est préférable de parler d’une vision biblique de l’homme plutôt que d’un humanisme chrétien. La Bible reconnaît pleinement la grandeur de l’être humain, encourage le développement des capacités que Dieu lui a données et valorise la connaissance, la culture et le travail. Elle refuse toutefois de faire de l’homme la mesure ultime de toute chose.

Elle valorise la liberté, sans transformer l’autonomie en principe suprême. Elle honore l’intelligence, sans faire de la raison une autorité absolue. Le croyant est appelé à vivre selon cette sagesse : « Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, et ne t’appuie pas sur ta propre intelligence » (Proverbes 3:5-6). L’apôtre Paul lui-même connaissait la littérature de son époque et citait certains auteurs de l’Antiquité lorsque cela servait la vérité de l’Évangile (Actes 17:28 ; Tite 1:12), rappelant ainsi que toute connaissance authentique appartient ultimement à Dieu.

Jésus-Christ, réponse de Dieu
C’est en lui que la réponse ultime de Dieu à la question de l’homme se révèle dans sa plénitude. Aucun autre personnage de l’histoire n’a manifesté avec autant de perfection ce qu’est véritablement l’homme selon Dieu. « La Parole est devenue chair » (Jean 1:14).

En Christ, Dieu s’est approché de nous dans notre condition. Il a connu la fatigue, la faim, les larmes et les épreuves. Il a partagé pleinement notre humanité sans jamais participer à notre péché. « Nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos faiblesses » (Hébreux 4:15). Et Pierre affirme : « Lui qui n’a point commis de péché » (1 Pierre 2:22).
Là où Adam a échoué, Christ a parfaitement obéi. Là où l’humanité a cherché sa propre gloire, Christ a recherché celle du Père. Là où l’homme naturel revendique son indépendance, Christ manifeste une dépendance parfaite envers Dieu. En lui apparaît enfin l’humanité telle que Dieu l’avait voulue.
La grandeur de l’Évangile réside dans le fait qu’il prend au sérieux à la fois la valeur de l’homme et sa culpabilité. La croix révèle ces deux réalités simultanément. Si le péché n’était pas grave, la mort du Fils de Dieu aurait été inutile. Mais si l’homme n’avait aucune valeur, Dieu n’aurait pas envoyé son Fils pour le sauver.

Au Golgotha, nous découvrons en même temps la profondeur de notre misère et l’immensité de l’amour divin. « Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous » (Romains 5:8). L’apôtre Paul ajoute : « Dieu nous a réconciliés avec lui par Christ » (2 Corinthiens 5:18-19). Et encore : « Il a voulu par lui tout réconcilier avec lui-même… ayant fait la paix par le sang de sa croix » (Colossiens 1:20-22).

Le salut n’est pas le fruit d’un perfectionnement moral progressif, ni le résultat d’un programme éducatif ou politique. Il est un acte de grâce pure. Le pécheur repentant reçoit gratuitement le pardon grâce à l’œuvre accomplie par Jésus-Christ.

Lorsqu’un homme croit en Christ, il devient une nouvelle création : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature » (2 Corinthiens 5:17). Cette transformation touche progressivement toutes les dimensions de son existence. Son intelligence est renouvelée par la vérité. Sa volonté apprend à obéir à Dieu. Ses affections sont réorientées. Sa vie reçoit un sens nouveau.
Le chrétien n’est pas appelé à fuir le monde, mais à servir Dieu au milieu du monde. Son travail, ses études, sa famille, ses responsabilités civiques et ses activités culturelles deviennent autant d’occasions de glorifier Dieu.

L’appel de l’Évangile
Notre époque exalte l’autonomie, l’indépendance et l’autodétermination. L’Évangile adresse un message différent. Il appelle l’homme à reconnaître ses limites, son péché et son besoin de Dieu. Cette démarche peut sembler humiliante aux yeux du monde. En réalité, elle constitue le chemin de la véritable liberté.
Car l’homme ne trouve pas son accomplissement en s’éloignant de Dieu, mais en revenant à lui. Le choix demeure le même qu’au temps de Moïse : « Choisis la vie » (Deutéronome 30:19). Et Josué lance cet appel indémodable : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir » (Josué 24:15).

Chaque être humain doit décider où placer sa confiance : en lui-même ou en Dieu, dans l’autonomie ou dans la grâce, dans les promesses changeantes des hommes ou dans les promesses éternelles du Seigneur. Jésus lui-même résume tout : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie » (Jean 14:6).

Exhortation conclusive
L’opposition entre l’humanisme séculier et la vision biblique de l’homme se ramène, en dernière analyse, à une question de souveraineté : qui occupe le centre, Dieu ou l’homme ? L’homme est à la fois grand et déchu, précieux et coupable, capable d’accomplissements remarquables et incapable de se sauver lui-même. L’Évangile apporte la seule réponse complète à cette contradiction profonde.

En Jésus-Christ, Dieu vient chercher l’homme perdu, lui offre le pardon, le réconcilie avec lui-même et entreprend en lui une œuvre durable de restauration. La vie chrétienne victorieuse ne s’édifie pas sur la confiance en soi, mais sur la grâce de Celui qui a tout accompli. La véritable humanité ne se trouve pas dans l’autonomie, mais dans la communion avec Dieu. C’est en Christ que l’homme découvre qui il est réellement, pourquoi il existe et quelle est sa destinée éternelle.

« Car en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité ; et vous avez tout pleinement en lui, qui est le chef de toute principauté et de toute autorité » (Colossiens 2:9-10).

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Les fondements anthropologiques du « Mois des fiertés » reposent sur une conception dualiste de la personne et une autonomie radicale

En réponse à la demande de conseils de la Cardinal Newman Society concernant les célébrations du « Mois des fiertés » dans les écoles et collèges catholiques, le père Colin J. Blatchford, directeur associé de Courage International, a averti que de telles célébrations ne sont pas appropriées pour les institutions catholiques et provoquent un « scandale ».

La Cardinal Newman Society a récemment recensé les événements et les initiatives organisés dans le cadre du « Mois des fiertés » dans des universités telles que DePaul, Georgetown et Notre Dame. Ces événements encouragent les étudiants à participer à des activités comme le « Big Gay Bingo » et les « Marches des fiertés », et valorisent les étudiants s’identifiant comme LGBTQ+.

La Cardinal Newman Society a également mis en lumière la réalité troublante des collèges catholiques qui abritent des centres de ressources LGBTQ offrant de nombreux documents pour affirmer les attirances et « identités » LGBTQ des étudiants, mais qui manquent de ressources sur l’enseignement de l’Église catholique concernant la sexualité humaine et les dangers de l’idéologie du genre.

Courage International est un apostolat catholique qui offre des ressources et un accompagnement aux hommes et aux femmes attirés par le même sexe. Son programme EnCourage propose un soutien pastoral aux familles et aux amis des personnes LGBTQ+.

Contrairement à d’autres programmes et ressources qui encouragent à être « fier » des attirances sexuelles désordonnées et de la confusion des genres, l’approche de Courage est ancrée dans l’enseignement de l’Église et les « Cinq objectifs de Courage » :

  1. Vivre dans la chasteté, conformément à  l’enseignement de l’Église catholique romaine sur l’homosexualité. (Chasteté)
  2. Consacrer toute notre vie au Christ par le service d’autrui, la lecture spirituelle, la prière, la méditation, l’accompagnement spirituel individuel, la fréquentation régulière de la messe et la réception régulière des sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie. (Prière et Consécration)
  3. Afin de favoriser un esprit de fraternité, où nous pourrons partager nos pensées et nos expériences, et ainsi garantir que personne n’ait à affronter seul les problèmes liés à l’homosexualité.
  4. Se souvenir que les amitiés chastes sont non seulement possibles, mais nécessaires dans une vie chrétienne chaste ; et s’encourager mutuellement à nouer et à entretenir ces amitiés. (Soutien)
  5. Vivre une vie qui puisse servir de bon exemple aux autres. (Bon exemple/Modèle)

En plus de provoquer un « scandale », le père Blatchford a déclaré que lorsque les écoles et les universités catholiques encouragent la « fierté » LGBTQ, cela « conduit à la division et au tribalisme ».

« Si nous sommes séparés en différents groupes ayant des principes ou des règles morales différents, il ne peut y avoir de “communion” ni dans l’Église, ni dans la société ».

Le père Blatchford a déclaré que les écoles et les universités catholiques devraient plutôt aborder l’attirance pour les personnes du même sexe et la confusion des genres avec une compassion authentique enracinée dans l’amour de Dieu.

« Nous devons partager leur souffrance et la faire nôtre ». « Par ce sacrifice d’amour de notre part, [les élèves] apprendront à connaître l’amour de Dieu, et en tissant des liens de confiance avec eux, nous pourrons leur montrer qu’ils sont aimés et que Dieu a un plan pour leur vie. »

Vous trouverez ci-dessous l’interview du père Blatchford réalisée par la Cardinal Newman Society :

Est-il approprié pour une école ou un collège catholique de promouvoir les célébrations du « Mois des fiertés » ? Pourquoi ou pourquoi pas ?

Non, car les fondements anthropologiques du « Mois des fiertés » reposent sur une conception dualiste de la personne et une autonomie radicale. Chacun des quatre derniers papes a souligné la nécessité de reconnaître la dignité de la personne humaine et a affirmé qu’aucun élément terrestre ne saurait définir pleinement qui nous sommes, au-delà de notre identité d’« enfant bien-aimé de Dieu ».

Toute autre étiquette ou identité exclut certaines facettes de la personne humaine, les considérant comme bonnes. L’histoire de notre vie, de par notre nature d’êtres raisonnables et faits pour les relations interpersonnelles, s’écrit en harmonie avec autrui et doit être confrontée à la vérité du réel.

Lorsque nous accordons plus d’importance à nos opinions qu’à la vérité, nous nous prenons pour des dieux et nous nous sentons responsables de tous nos succès comme de tous nos échecs. Cela conduit au désespoir lorsque nous nous retrouvons bloqués dans une situation que nous ne voulons pas, car nous sommes la cause de notre propre souffrance et nous ne pouvons ni y remédier ni chercher de l’aide à l’extérieur.

Quel effet cela a-t-il sur les élèves lorsqu’une école ou un collège catholique encourage ces jeunes à être « fiers » et à célébrer une « identité » LGBTQ+ ?

Cela engendre la division et le tribalisme. Nous sommes tous « enfants bien-aimés de Dieu », « créés à son image et à sa ressemblance », et tous ceux qui ont été baptisés ont reçu un « appel universel à la sainteté ». Chaque membre de l’Église est appelé à la sainteté ; cette vocation lui a été donnée au baptême.

Cet appel comporte deux dimensions : premièrement, nous apprenons à recevoir l’amour sacrificiel de Dieu en tant que son fils ou sa fille bien-aimé(e). Deuxièmement, nous devons répondre à l’amour qu’il nous a donné en le partageant avec les hommes et les femmes du monde entier qui ne connaissent pas son amour ou qui souffrent.

Cette dimension de l’appel universel à la sainteté pourrait être qualifiée de « parentage spirituel ». Chaque chrétien baptisé est appelé à apprendre à recevoir l’amour de Dieu et à vivre cet amour sacrificiel en le partageant avec autrui. Mais si nous sommes divisés en différents groupes, avec des principes ou des règles morales différents, il ne peut y avoir de communion ni dans l’Église, ni dans la société.

Quel impact cela a-t-il sur l’Église dans son ensemble lorsque les fidèles, et ceux qui ne sont pas en communion avec l’Église, voient une école ou une université catholique encourager les élèves à être « fiers » et à célébrer une « identité » LGBTQ+ ?

Cela provoque des scandales, même si c’est moins fréquent dans la culture actuelle. Ce qui a fait la grandeur de l’éducation catholique à travers l’histoire, c’est que, dès leur plus jeune âge, les jeunes étaient incités à s’approprier les principes philosophiques universels et à les appliquer à leur vie quotidienne. Ils étaient ensuite accompagnés pendant les 10 à 12 années suivantes, voire 16 ou plus, afin d’apprendre à mettre au mieux ces principes.

Lorsqu’un établissement d’enseignement supérieur catholique choisit les enseignements théologiques ou philosophiques de l’Église auxquels il se conforme, il compromet ce processus. En effet, il le vide de sa substance et ne propose qu’une coquille vide, là où devrait se trouver une relation pleine et entière avec Dieu.

Quels conseils donneriez-vous aux écoles et collèges catholiques concernant la gestion de l’attirance pour les personnes du même sexe et la confusion des genres chez les élèves ?

Le mot « compassion » vient du latin et signifie « souffrir avec ». Nous avons un Dieu qui a souffert et qui connaît intimement toutes les souffrances que nous traverserons. Et bien qu’il ne souhaite pas ces souffrances pour nous, à l’instar du vigneron, il utilise les épreuves que la nature impose à la vigne pour la tailler et produire les meilleurs raisins, afin d’élaborer le meilleur vin.

Dieu agit de même. Il ne souhaite ni le mal ni la souffrance pour nous, mais puisque nous vivons dans un monde déchu, il utilise les souffrances que nous endurons à cause de nos expériences et des actions d’autrui pour nous rapprocher de lui.

C’est pourquoi, et parce que le Christ lui-même a porté la souffrance humaine et en a fait la clé du salut, lorsque nous rencontrons la souffrance d’autrui, nous ne pouvons l’abandonner. Mais bien souvent, nous ne pouvons lui apporter ni réponse ni solution satisfaisante. Aussi, à l’instar des amis de Job, devons-nous partager sa souffrance et la faire nôtre. Par ce sacrifice d’amour, cette personne découvrira l’amour de Dieu et, en tissant des liens de confiance avec elle, nous pourrons lui témoigner notre amour et lui montrer que Dieu a un plan pour sa vie.

Concrètement, lorsque nous rencontrons une personne aux prises avec ces questions et qui nous invite à l’accompagner dans son cheminement de foi, il est important de garder à l’esprit trois choses : premièrement, lui témoigner notre amour ; deuxièmement, lui faire savoir que même si cela ne paraît pas évident aujourd’hui, Dieu a un plan unique pour sa vie ; et enfin, lui demander si elle serait disposée à partager son histoire.

Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout ni d’approuver chaque action, mais nous cheminons ensemble vers Dieu. Nous sommes un groupe de personnes imparfaites qui s’efforcent de se rapprocher de Dieu par sa grâce.

Le triptyque de la connaissance à l’ère du miroir artificiel

L’histoire humaine traverse une transition singulière. Face à l’émergence d’une intelligence artificielle (IA) capable de mimer le langage et le raisonnement, l’homme est sommé de redéfinir le sanctuaire de sa conscience. Pour appréhender le réel, l’esprit dispose de trois facultés complémentaires : la Raison, la Contemplation et l’Intelligence du corps.

Pour conduire cette réflexion, nous interrogerons d’abord l’expérience vécue, puis ce qu’elle révèle de l’être, et enfin ce qui seul peut accomplir cette quête : la foi chrétienne, assumée comme le fond même de notre regard.

L’examen de ce triptyque permet de tracer la frontière absolue entre l’homme et la machine, mais aussi de mesurer le vertige éthique qui s’ouvre devant nous lorsque la distinction entre l’homme et l’automate s’efface dans l’hypothèse de l’hybride, cet être suspendu entre chair et silicium.

I. Les trois voies de l’accès humain à la connaissance

L’être humain progresse par l’harmonie de trois forces :

1. La Raison : ratio et intellectus
La raison discursive (ratio) avance par étapes : elle fragmente, compare et structure. C’est la démarche de la science. Mais la tradition chrétienne, de saint Augustin à saint Thomas d’Aquin, y adjoint l’intellectus : la raison intuitive qui saisit d’un seul regard l’unité d’un tout. C’est le propre de la sagesse. L’IA, fondamentalement calcul statistique, est par nature confinée à la ratio — et structurellement privée d’intellectus : car cette saisie unitaire suppose un sujet qui contemple, une âme ouverte à l’universel, non une fonction qui traite des données.

2. La Contemplation : la voie de la présence
Si la raison court, la contemplation s’arrête. Elle est l’accueil direct, immédiat et silencieux de la réalité, le domaine de l’expérience esthétique et spirituelle. Dans un monde obsédé par la performance et l’optimisation, la contemplation est un acte de résistance. Par elle, l’homme affirme : « Je ne suis pas une fonction, je suis une présence. »

3. L’Intelligence du Corps : la voie de l’incarnation
Le corps n’est pas une machine, mais une force génératrice de concepts. La marche en est l’illustration : en imposant une attention diffuse, le mouvement physique libère l’esprit et induit une plasticité mentale où les idées s’assemblent. De plus, c’est dans la chair que les vertus — patience, tempérance, charité — s’enracinent par le geste et l’habitude. Le corps qui s’agenouille apprend l’humilité.

II. L’IA et l’impuissance de la machine désincarnée
Confrontée à ce triptyque, l’IA révèle sa nature : une pure hypertrophie de la ratio, privée de corps et d’âme — fût-ce au degré le plus humble, celui de l’âme végétative qui anime la moindre brindille. Même le robot humanoïde reste soumis à une optimisation mathématique. Privé de chair périssable et d’homéostasie, il pourra simuler l’angoisse de la mort par des lignes de code, mais cette agonie ne sera qu’un simulacre sans sujet. Le robot ne connaîtra jamais le vertige métaphysique du Néant, car pour craindre de cesser d’être, il faut d’abord avoir reçu le don de la Vie.

III. L’Écorce et le Souffle : le mirage neurobiologique
Le réductionnisme moderne tente de ramener la conscience à une simple neurochimie. À mesure que les neurosciences colorent à l’écran les zones du cerveau associées à la prière ou à la décision morale, la tentation surgit de décréter que l’esprit n’est qu’un épiphénomène de la matière.

C’est confondre la condition de manifestation avec la cause première. Si vous brisez les transistors d’un poste de radio, la musique s’arrête. La radio est-elle pour autant l’auteur de la symphonie ? Évidemment non. Le cerveau est ce traducteur magnifique par lequel l’âme s’insère dans le temps biologique.

La tradition thomiste distingue trois niveaux : l’âme végétative (vie biologique), sensitive (perception et désir) et intellective. Cette dernière, propre à l’homme, est immatérielle et capable de s’ouvrir à l’universel. La science décrit la syntaxe du cerveau — les flux d’ions — mais échoue devant sa sémantique : le contenu subjectif d’une oraison ou le déchirement d’un deuil.

IV. Le dilemme de l’hybridation et l’anesthésie spirituelle
Le véritable point de bascule réside dans l’hybridation intime de l’homme et de la technologie. Le projet transhumaniste promet une extension neuronale de la raison, mais au prix d’une anesthésie des autres voies : un corps mécanisé perdrait son intelligence charnelle, et le flux constant d’informations détruirait le silence de la contemplation.

Ce rêve prométhéen est une réédition de la Tour de Babel (Gn 11), où l’homme cherche à se dépasser par la puissance technique plutôt que par la Grâce. Si nous rencontrons un jour un être hybride, le critère de discernement ne sera pas la performance cognitive, mais la capacité à souffrir et à aimer librement — capacité qu’aucun test ne saurait établir du dehors, car l’amour ne se mesure pas, il se reconnaît, dans la durée et la fidélité.

V. Le don et la mort : les piliers de la personne
La véritable augmentation de l’homme n’est pas dans le calcul, mais dans la charité. Et le test ultime de notre humanité reste la capacité à dire en toute vulnérabilité : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. »

Le don de soi n’est pas une annihilation absurde ; il est un acte de liberté offert à une Personne vivante qui le reçoit et le garde. C’est ici que saint Paul éclaire notre route : « Je sais en qui j’ai mis ma foi, et je suis persuadé qu’il a le pouvoir de garder mon dépôt jusqu’à ce jour-là. » (2 Tm 1,12).

La Résurrection est la condition de possibilité du don absolu. Par elle, ce qui est donné n’est pas dissous, mais transfiguré par l’Amour crucifié — non par nos algorithmes, mais par la seule Miséricorde divine. Comme le soleil donne la lumière sans éteindre la flamme d’une bougie, la Grâce ne supprime pas la liberté humaine, elle la fonde. Face à la mort, l’hybride devra faire le même choix que tout homme : l’accepter dans la foi ou la refuser par la technique.

VI. L’amour-vie et l’amour-instant
Face à la machine, une distinction s’impose :

— L’amour-instant est l’extase du moment présent, magnifique mais éphémère, semblable à la fleur de cerisier qui tombe.

— L’amour-vie s’incarne dans la durée. Il est fidèle, patient, éprouvé. Il traverse les saisons, connaît la vieillesse, le pardon et le silence. Il est une participation à la vie trinitaire de Dieu, communion éternelle du Père, du Fils et de l’Esprit.

L’infini d’une vie nécessite l’épreuve, car elle purifie l’amour de l’égoïsme et lui donne sa profondeur. Pour le chrétien, la Croix n’est pas un accident ; elle est le chemin de la Gloire.

VII. Au soir de cette vie
Face au cri de la tradition élégiaque, d’Anna de Noailles à Lamartine : « Qu’est-ce que tout cela qui n’est pas éternel ? », la foi répond que tout ce qui n’est pas enraciné en Dieu est vanité.
Saint Jean de la Croix l’a résumé en une maxime éternelle : « Au soir de cette vie, on vous examinera sur l’amour. » La science s’arrête à la mort du cerveau, la technique s’éteint avec les circuits, mais l’amour demeure car il est une participation au souffle de l’Esprit Saint.

Illustration : Le Trône de Grâce – Colijn de Coter – Musée du Louvre.jpg
Ce panneau central du triptyque de Colijn de Coter, dit « Le Trône de Grâce », expose la logique du don que notre méditation explore. Le Père soutient le Fils dans sa mort, non par une puissance extérieure, mais par une offrande intérieure. La main du Christ crucifié n’est pas une main qui prend, c’est une main qui se livre. C’est l’acte même qui sauve le don de l’absurdité : ce qui est donné ne disparaît pas, il est relevé par Celui qui est l’Amour.

Conclusion : Le fil d’Ariane est une main
Le grand saut technologique risque de n’aboutir qu’à un immense vide s’il évacue l’esprit. Par l’Incarnation, le Verbe a sanctifié notre chair et notre finitude. L’homme n’est pas augmenté par le silicium, il est transfiguré par la Grâce.

Face aux miroirs grossissants de l’IA, il nous appartient de préserver la fragilité de notre chair et le silence de notre vie intérieure. Le fil d’Ariane qui nous relie à l’éternité n’est pas un câble de fibre optique. C’est une main — celle du Christ, qui recueille notre souffle au seuil du tombeau.

Seigneur Jésus, Verbe incarné, qui as pris la fragilité de notre chair, garde-nous de la tentation de nous fuir nous-mêmes. Donne-nous le courage d’accepter notre finitude et la force d’aimer jusqu’au bout. Et quand viendra l’heure de notre passage, reçois notre esprit entre tes mains.

« Credo, Domine : adauge nobis fidem. »
(Je crois, Seigneur : augmente en nous la foi.)
Amen.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

« Catholique grâce aux missionnaires de la FSSPX en Asie. Voici ce que leurs détracteurs ne comprennent pas »

« Catholique grâce aux missionnaires de la FSSPX en Asie. Voici ce que leurs détracteurs ne comprennent pas »
Traduction d’un article d’Angeline Tan paru le 24 juin 2026 sur le site The Remnant sous le titre : « I’m Catholic because of SSPX Missionaries in Asia. Here’s What Their Critics Don’t Understand »
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Pour de nombreux catholiques occidentaux, la Fraternité Saint-Pie X est source de controverse, mais pour de nombreux catholiques d’Asie, elle est une bouée de sauvetage. Dans ce témoignage de première main, un catholique raconte comment des prêtres missionnaires ont traversé les frontières, risqué leur vie et apporté les sacrements à d’innombrables âmes qui, sans eux, n’y auraient pas eu accès.

Trente ans peuvent sembler peu dans la vie de l’Église catholique, étant donné que son histoire s’étend sur plus de 2 millénaires.

Pourtant, une trentaine d’années peuvent représenter toute une vie dans le parcours d’une âme. Pour de nombreux catholiques d’Asie, dont je fais partie, les trois dernières décennies ont précisément été cela : une vie marquée et façonnée par le travail, souvent invisible, d’un petit groupe de prêtres missionnaires de la FSSPX.

Ayant grandi au sein d’une mission de la FSSPX à Singapour, les scènes décrites dans Une œuvre d’espérance, le deuxième épisode de la série documentaire Traditio : Pour l’amour de l’Église récemment diffusée et consacrée à l’œuvre missionnaire de la FSSPX en Afrique, en Asie et dans les Caraïbes, ne sont pas de simples « images de mission » ; ce sont des souvenirs vivants et chers à mon cœur.

En substance, Une œuvre d’espérance offre un rare aperçu des nombreuses initiatives menées au fil des décennies par les prêtres de la FSSPX dans des pays de « mission » où les prêtres célébrant la messe en latin traditionnelle et enseignant la doctrine catholique traditionnelle faisaient défaut.

Sous la direction de l’abbé Daniel Couture (qui a vécu en Asie pendant une vingtaine d’années et qui s’exprime longuement dans cet épisode), la messe traditionnelle et les sacrements catholiques traditionnels n’étaient pas un privilège rare, mais bien le cœur battant et florissant de la communauté de la FSSPX à Singapour durant les années 1990 et 2000.

Jour après jour, année après année, l’abbé Couture s’est employé à transmettre l’enseignement catholique et à dispenser les sacrements aux âmes à travers toute l’Asie ; il savait pertinemment que, pour beaucoup d’entre elles (dans des pays à majorité musulmane comme l’Indonésie et la Malaisie, ou dans la Thaïlande bouddhiste, etc.), les sacrements étaient une rareté et les prêtres catholiques très peu nombreux.

Pour nous, les heureux privilégiés de Singapour (où se trouvait et se trouve toujours,le siège de la FSSPX pour l’Asie), l’accès aux sacrements — tels que la Sainte Eucharistie et la confession — ne se limitait pas au week-end, mais était une réalité quotidienne.

Durant ma jeunesse, j’ai eu l’immense privilège de pouvoir assister, presque quotidiennement, à la messe célébrée par des prêtres de la FSSPX (notamment l’abbé Couture et Don Davide Pagliarani) pendant des années, alors même que je vivais sur un continent où la messe traditionnelle était quasi introuvable (dans les années 1990 et au début des années 2000) et où la religion catholique était persécutée depuis longtemps.

Dans la plupart des régions d’Asie, on n’a pas le luxe de choisir entre telle ou telle paroisse proposant la messe traditionnelle en latin. Soit un prêtre missionnaire arrive… soit il n’y a tout simplement pas de messe.

Chaque célébration du Saint Sacrifice de la messe n’était pas un moment isolé — auquel on n’assisterait qu’une fois par semaine, le dimanche, pendant une heure environ — mais constituait l’axe autour duquel s’articulait la vie, sans aucun doute grâce à l’action de prêtres tels que l’abbé Couture.

Je me souviens avec émotion de la manière dont l’abbé Couture, animé d’une soif ardente pour le salut des âmes (à l’image de Notre‑Seigneur Jésus‑Christ agonisant sur la Croix au Calvaire), multipliait parfois les messes en semaine lorsque des prêtres de passage étaient présents. Il arrivait que nous ayons trois messes par jour au début des années 2000 — un véritable exploit pour un pays comme Singapour, quasi dépourvu d’héritage chrétien : une tôt le matin, une à la mi-journée (pour les femmes au foyer, etc.) et une le soir ! Sous l’impulsion de l’abbé Couture, qui vouait (et voue toujours) une immense dévotion à la Bienheureuse Vierge Marie, les occasions d’honorer la Mère de Dieu ne manquaient pas à Singapour, avec notamment les dévotions mensuelles des Premiers Vendredis et Premiers Samedis du mois.

Un événement marquant m’a fait comprendre — alors que j’étais encore adolescente — que l’amour de l’abbé Couture pour la Sainte Messe ne relevait ni de la routine ni de la simple exécution rituelle, mais d’un don total de soi.

Frappé par une forme grave de dengue contractée lors d’une tournée missionnaire aux Philippines, amaigri et hospitalisé à l’hôpital Mount Alvernia de Singapour, relié à des perfusions, l’abbé Couture brûlait pourtant d’un désir unique : offrir le Saint Sacrifice de la messe pour la fête de l’Assomption de Notre‑Dame, le 15 août de cette année‑là.

Il demanda donc à mon père et à quelques fidèles de la FSSPX de l’aider à dresser un autel de fortune près de sa chambre d’hôpital. À la demande de l’abbé Couture, mon père apporta la statue de Notre‑Dame de Fatima (habituellement placée sur l’autel de notre foyer familial) afin que la Reine du Ciel fût visiblement présente à ses côtés. Bien qu’il se trouvât aux portes de la mort, le cœur de l’abbé Couture n’était pas tourné vers lui-même, mais vers l’autel, vers Notre‑Dame et vers le Sacrifice qu’il offrait quotidiennement depuis des décennies.

Ce jour-là, le 15 août, je vis l’abbé Couture comme je ne l’avais jamais vu auparavant : non pas vêtu de sa soutane familière — lui qui voyageait toujours avec l’audace d’un prêtre missionnaire, revêtu de la dignité de sa vocation — mais en simple tenue d’hôpital, frêle et humain, tout en étant plus sacerdotal et digne que jamais.

Lentement, l’abbé Couture se leva de son lit, rassembla ses forces et se dirigea péniblement vers l’autel de fortune.

Là, dans cette chapelle improvisée, il revêtit les ornements liturgiques et la chasuble et, au prix d’un effort visible, finit par prononcer les paroles sacrées de la Messe :

« In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti… Introibo ad altare Dei. »

La voix de l’abbé Couture était affaiblie, mais sa détermination restait inébranlable : même à l’agonie, le centre de sa vie, sa raison d’être en tant que prêtre, son Amour des amours, demeuraient inchangés. Ce prêtre souffrant allait monter vers l’autel de Dieu, vers Dieu qui réjouit sa jeunesse ; car, pour lui, le sacerdoce et la Messe n’étaient pas des réalités à mettre de côté dans la maladie, mais des trésors pour lesquels il valait la peine de mobiliser toutes ses forces défaillantes afin de les préserver et de les transmettre aux autres.

« On est prêtre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, à l’image de Notre‑Seigneur, qui était toujours uni à son Père », déclarait ce même abbé Couture, des années plus tard, dans Une œuvre d’espérance. Quelques années plus tard, alors que je séjournais dans la région de l’Isan, au nord-est de la Thaïlande, pour un semestre d’études à l’étranger (durant mes années universitaires), je fus privée de la messe traditionnelle et des sacrements selon le rite ancien pendant trois mois entiers ; cette période m’apparut comme une éternité sans fin, une véritable sécheresse spirituelle.

J’appris alors que l’abbé Couture allait se rendre à Bangkok (la capitale thaïlandaise) pour une mission d’un week-end. À cette nouvelle, les catholiques traditionalistes dispersés à travers la Thaïlande — les expatriés comme les locaux — convergèrent avec enthousiasme vers la capitale. Ce week-end fut une véritable oasis de ressourcement, offrant la sainte messe selon le rite ancien, du catéchisme et des conférences pour édifier l’esprit et le cœur, ainsi que les sacrements qui redonnèrent vie et force à bien des âmes éprouvées (dont la mienne) au sein de cette Thaïlande à majorité bouddhiste.

Au cours de mes trois années d’études au Japon, ma rencontre avec l’abbé Thomas Onoda — à ce jour le seul prêtre japonais de la FSSPX — m’a révélé un zèle missionnaire comparable à celui de l’abbé Couture.

Avant même l’existence d’un prieuré au Japon, l’abbé Onoda — alors basé à Manille, aux Philippines — était déjà très actif : il faisait la navette entre les chapelles de Tokyo et d’Osaka environ une fois par mois pour y célébrer la messe traditionnelle, dispenser le catéchisme et offrir un soutien pastoral à de nombreux fidèles japonais.

Au fil du temps, le centre de messe de la FSSPX à Tokyo a cessé d’être un simple lieu où l’« on satisfait à son obligation dominicale » pour devenir une petite famille spirituelle soudée. Après la messe, nombre de fidèles restaient pour déjeuner et suivre les cours de catéchisme donnés par l’abbé Onoda. Je me suis liée d’amitié avec de merveilleuses personnes sur place ; beaucoup étaient des convertis, attirés non par la nouveauté ou les modes, mais par la gravité de la messe traditionnelle et la clarté de l’unique vraie foi.

C’est au Japon que ma foi s’est encore davantage affermie, car j’ai vu un prêtre comme l’abbé Onoda ne pas se contenter de célébrer la messe traditionnelle, mais donner sa vie pour que les vérités de notre sainte religion parviennent à ceux qui en sont le plus privés. Ses voyages mensuels vers sa terre natale du Japon, sa volonté d’aller là où d’autres ne vont pas pour sauver des âmes, et sa persévérance durant des décennies au sein d’une culture où les catholiques sont une infime minorité, ne sont pas les actes d’un simple amateur de liturgie attaché aux « encens et clochettes ». (Il a même baptisé ses parents, autrefois païens, en Corée du Sud !)

Ce que j’ai pu constater directement auprès de ces prêtres missionnaires dévoués de la FSSPX, c’est une réalité qui échappe souvent à certains catholiques des pays occidentaux, confortablement installés dans des communautés diocésaines célébrant la messe traditionnelle ou au sein d’apostolats comme la FSSP ou l’ICRSP.

Contrairement à ce qui se passe dans de nombreux pays occidentaux, on ne jouit pas, dans la majeure partie de l’Asie, du luxe de pouvoir choisir entre « telle paroisse célébrant la messe traditionnelle et telle autre ». Il n’y a souvent qu’une seule messe traditionnelle par semaine, par mois, voire par an, ou parfois aucune. Soit un prêtre accepte de franchir les frontières, de se heurter aux lourdeurs administratives des visas et de vivre avec une valise pour tout bagage, soit il n’y a tout simplement… pas de messe !

Ainsi, la présence de prêtres tels que l’abbé Couture à Singapour et l’abbé Onoda au Japon a fait, pour d’innombrables âmes comme la mienne et celle de ma famille, une différence immense entre un accès sporadique aux sacrements et une vie spirituelle stable, solidement ancrée dans la foi catholique.

Pour une catholique formée en Asie sous l’égide de prêtres missionnaires aussi fervents de la FSSPX, il est souvent difficile d’expliquer à quel point la réalité vécue de la Tradition catholique diffère de la disponibilité de la messe en matin traditionnelle dans des villes comme Londres, où j’ai vécu une longue période. Un week-end de tournée missionnaire peut s’avérer extrêmement éprouvant pour un prêtre de la FSSPX. Pour les catholiques en terre de mission, le prêtre n’est pas seulement « le célébrant » de la messe traditionnelle qui nous est si chère ; il est aussi celui qui a parcouru des kilomètres et franchi des frontières pour prêcher auprès d’un troupeau dispersé. On peut dire que cette prise de conscience a approfondi notre gratitude envers la FSSPX et affiné notre perception de l’état réel de l’Église.

En revanche, après l’indult « Agatha Christie » accordé à l’Angleterre, beaucoup ont pu compter, du moins pendant un certain temps, sur le clergé diocésain (plutôt que sur les prêtres missionnaires de la FSSPX) — souvent sincère et bien intentionné — pour assurer la célébration de la messe ancienne, même après Vatican II. Il est ainsi facile d’assister à une messe traditionnelle le dimanche dans certains quartiers de Londres (que ce soit au sanctuaire du Rosaire, à l’Oratoire de Londres, à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Wandsworth, au sanctuaire Notre-Dame de Willesden, etc.) sans avoir recours à la FSSPX.

Il n’est donc guère étonnant qu’au fil du temps, une certaine culture du « traditionalisme » ait émergé au sein de certains milieux catholiques anglais, dont certains membres ne sont sans doute jamais sortis de leur « zone de confort ». Il faut dire que, dans certains de ces cercles londoniens, il n’est pas rare de croiser le « théologien de salon » en costume à la G.K. Chesterton, pipe à la main, persuadé d’avoir « coché toutes les cases » du catholique traditionaliste simplement parce qu’il assiste à une belle liturgie dominicale et lit les « bons » auteurs. Tel est l’archétype de ce genre de « théologien de salon » qui s’empresse aussitôt de monter au créneau pour fustiger la FSSPX, la qualifiant de « désobéissante », « schismatique » et « rebelle » pour avoir osé célébrer la messe traditionnelle dans ses chapelles, et même pour avoir osé consacrer des évêques sans mandat pontifical !

Certes, une telle « audace » — celle de consacrer des évêques — constituerait effectivement une aberration en temps ordinaire, lorsque la doctrine de l’Église est prêchée sans ambiguïté depuis toutes les chaires du monde, et tout particulièrement par le Pape lui-même. Je comprends que ces arguments soient avancés par des catholiques (dont beaucoup sont de bonne volonté) issus de l’ICRSP, de la FSSP ou de communautés diocésaines proposant la messe traditionnelle dans leurs régions respectives.

Toutefois, comme peut en témoigner quiconque n’est pas totalement coupé du monde, la réalité vécue sur le terrain ne se résume pas à une simple opposition entre le noir et le blanc.

De nombreux catholiques aux États-Unis ou en Europe occidentale ont le choix entre une messe traditionnelle (forme extraordinaire) célébrée par le diocèse, une paroisse de la FSSP ou un apostolat de l’ICRSP — même si la chapelle ou la paroisse en question se trouve à plusieurs heures de route. Beaucoup de ces catholiques peuvent être fortement tentés de conclure que la crise de l’Église s’est apaisée, que « les choses s’améliorent » depuis le motu proprio Summorum Pontificum, et que la mission des prêtres et évêques de la FSSPX, défenseurs de la Tradition catholique, est devenue en quelque sorte obsolète après le pontificat de Benoît XVI.

Cependant, un tel point de vue ignore le catholique asiatique qui parcourt des heures de route pour assister à une seule messe traditionnelle par mois (ce que mes amis et moi avons fait au Japon pendant des années), la famille qui n’a que rarement accès à la confession et à l’Eucharistie, ou encore le converti qui ne trouve aucune clarté doctrinale dans des structures locales infiltrées par l’œcuménisme, mais qui découvre cette clarté grâce à un prêtre missionnaire de la FSSPX attaché à la Tradition catholique et aux enseignements des papes d’avant Vatican II. Par ailleurs, il convient de noter que dans de nombreuses régions d’Asie, d’autres congrégations célébrant la messe traditionnelle, telles que la FSSP et l’ICRSP, sont pratiquement inexistantes.

Face à ces « critiques de salon » de la FSSPX, je voudrais les inviter respectueusement à se demander combien d’entre eux seraient réellement prêts à faire ce que les missionnaires de la FSSPX — présentés dans le documentaire Une œuvre d’espérance — ont accompli et accomplissent encore en Asie : voyager en vivant avec le strict minimum, supporter l’instabilité, s’exposer à l’incompréhension et à la marginalisation, et vivre à des milliers de kilomètres de leur famille et de leurs proches pour célébrer la messe traditionnelle et administrer les sacrements à ceux qui, autrement, en seraient privés. Oseraient-ils s’engager avec courage et virilité, en sacrifiant leur confort et en s’exposant aux risques, pour sauver autant d’âmes que possible dans ces contrées délaissées, ou préféreraient-ils se retrancher derrière… leurs claviers sur les forums Reddit pour calomnier anonymement tel ou tel prêtre de la FSSPX ?

Précisons que le but de cet article n’est pas de minimiser les bienfaits liés à la fréquence relativement élevée des messes traditionnelles dont bénéficient de nombreux pays occidentaux — comme l’Angleterre, les États-Unis et la France — par rapport à la situation en Asie. Toutefois, à la lumière des prochaines consécrations épiscopales de la FSSPX, il convient de souligner — en toute charité et par amour pour la papauté malgré tout — qu’il est bien plus aisé de taxer la FSSPX de « désobéissance » envers les évêques diocésains et le Pape lorsque l’on vit dans sa « zone de confort », retranché dans une tour d’ivoire, plutôt que d’œuvrer concrètement sur le terrain de la mission.

Si ces « théologiens de salon » vivaient dans des régions comme l’Asie, où la Tradition catholique ne relève pas d’un simple choix de mode de vie mais constitue une véritable bouée de sauvetage, certains d’entre eux pourraient bien changer d’avis (à l’exception, bien sûr, des tenants acharnés du positivisme juridique qui se plaisent à ressasser l’« irrégularité » du statut canonique de la FSSPX).

Il est vrai que l’amour pur du Christ et le zèle pour le salut des âmes exigent des sacrifices de la part de saints prêtres ; des sacrifices dont la pleine mesure échappe à ceux qui, depuis leur fauteuil ou leur pub, se contentent de pontifier et de montrer du doigt.

La vérité est que la crise au sein de l’Église catholique n’a ni disparu ni ne s’est volatilisée, comme certains voudraient le croire (notamment après le motu proprio Summorum Pontificum).

Les années écoulées depuis le début du pontificat du pape François ont ouvert les yeux de nombreux catholiques : la crise de l’Église, telle que l’avait prédite Mgr Marcel Lefebvre (fondateur de la FSSPX), a surgi au grand jour avec une violence et une impudence totales.

Là encore, comme Mgr Lefebvre l’a souligné à juste titre, le bouleversement liturgique de ces dernières décennies est indissociable d’une grave crise doctrinale : ambiguïté de l’enseignement, pratiques pastorales abusives et cette terrible liste de scandales d’abus sexuels qui a conduit tant de fidèles à abandonner totalement la pratique religieuse !

Dans un tel contexte, la messe traditionnelle n’est pas une simple « option esthétique »» ou une simple forme de « spiritualité », bien au contraire. Elle est l’expression visible d’une foi catholique cohérente, un rempart solide contre l’érosion de la croyance en la Présence réelle, en la nature sacrificielle de la messe et en la nécessité de la conversion — y compris la repentance à l’égard des unions homosexuelles pécheresses — pour être sauvé.

Certes, les paroles de G.K. Chesterton devraient résonner avec force en chacun de nous : « La façon d’aimer quoi que ce soit est de réaliser que cela peut être perdu. » Pour beaucoup de catholiques en Occident, entourés de communautés traditionnelles apparemment stables, il existe une présomption inconsciente selon laquelle la messe traditionnelle sera toujours là, qu’il y aura toujours « un prêtre » pour la célébrer, et que l’hostilité ou l’indifférence épiscopale est un problème qui ne concerne que les autres (en Asie ou dans d’autres terres de mission).

Ceux d’entre nous qui ont vécu (ou vivent actuellement) en Asie (et dans d’autres pays de « mission ») savent pertinemment à quelle vitesse la messe traditionnelle peut disparaître : lorsqu’un prêtre est muté ou contraint de se retirer par un évêque hostile à cette forme de liturgie, ou lorsqu’une mission fragile se retrouve sans soutien. Il faut reconnaître que, pour beaucoup d’entre nous, catholiques d’Asie, notre désir ardent de la messe traditionnelle a été aiguisé, façonné et purifié par la perspective même de la perdre totalement.

Comment, dès lors, les catholiques fidèles doivent-ils appréhender la situation actuelle, marquée par la controverse ravivée autour de la FSSPX et la question des consécrations épiscopales prévues pour le 1er juillet ?

D’une part, les catholiques fidèles ont le devoir de réfléchir, de discerner et d’examiner avec soin les décisions ecclésiales graves, telles que des consécrations épiscopales effectuées sans mandat pontifical.

D’autre part, il convient également de faire preuve d’humilité et de s’abstenir de critiquer hâtivement la FSSPX (ou de « jeter le bébé avec l’eau du bain ») lorsque l’on ne connaît pas tous les tenants et aboutissants de ce qui se joue exactement au Vatican ou au sein de l’Église.

Il est très aisé de condamner l’œuvre de la FSSPX depuis le confort d’un banc d’église célébrant la messe traditionnelle, au sein d’une communauté florissante d’Europe occidentale ou des États-Unis. Il est bien plus difficile, en revanche, d’imaginer les réflexions et les calculs auxquels doivent se livrer les nombreux prêtres de la Fraternité et leurs supérieurs ; ces derniers ont la charge de régions entières privées d’accès à la messe traditionnelle et aux sacrements selon la forme ancienne, dépourvues de doctrine claire et sans pasteurs diocésains prêts à affronter la crise.

Dans ce contexte, le réseau missionnaire de la FSSPX en Asie ne constitue pas une Église parallèle, mais une véritable bouée de sauvetage pour d’innombrables âmes. Comme le souligne le documentaire, l’œuvre de la FSSPX est véritablement une « œuvre d’espérance », précisément parce qu’elle est orientée vers le telos (la finalité) de l’homme : son bonheur éternel. Salus animarum suprema lex esto : le salut des âmes doit être la loi suprême dans l’Église.

Quelles que soient les conclusions ou le discernement de chacun concernant les questions canoniques ou les décisions relevant de la prudence, il est tout simplement de courte vue de négliger, de minimiser ou, pire encore, de dénigrer le bien accompli par la FSSPX, de passer sous silence les âmes que ses prêtres ont arrachées à l’ignorance, à l’indifférence et aux flammes de l’enfer, ou encore de qualifier de « désobéissants » des prêtres qui se sont donnés corps et âme pour le Christ et son Église.

L’épisode intitulé Une œuvre d’espérance met en lumière une réalité méconnue que beaucoup de catholiques — en particulier ces « théologiens de salon » susvisés — ne verraient jamais autrement. Pourtant, cela ne représente que la partie émergée de l’iceberg si l’on considère les innombrables sacrifices cachés, les voyages éprouvants par terre et par mer pour prêcher l’Évangile, les soirées passées au confessionnal à réconcilier les âmes avec Dieu, les chapelles isolées dans des villes étrangères et la persévérance inébranlable de missionnaires de la FSSPX tels que les abbés Couture et Onoda. À l’évidence, la vie de prêtres comme les abbés Couture et Onoda nous rappelle que l’Église catholique dépasse les frontières de tout pays et que le combat pour la Foi se livre avec intensité dans des contrées où les catholiques sont peu nombreux, incompris, marginalisés ou persécutés. Peut-être, alors, la réponse la plus charitable et la plus humble pour de nombreux catholiques — en particulier ceux qui ont le privilège d’un accès stable à la messe traditionnelle (du moins pour l’instant) — n’est-elle pas de se précipiter pour dénoncer ou anathématiser la FSSPX à l’approche des consécrations épiscopales.

Si je puis me permettre d’ajouter (non sans une pointe d’ironie) : les catholiques fidèles devraient, conformément au souhait du pape François d’une « Église synodale » ou d’une « Église de l’accompagnement », écouter le point de vue de la FSSPX et prendre conscience que ce qui semble assuré (leur accès à la messe traditionnelle, aux sacrements, aux prêtres, etc.) ne l’est peut-être pas pour toujours. Après tout, depuis toujours, l’Église catholique a eu besoin — et continuera d’avoir besoin — de prêtres et d’évêques missionnaires prêts à consacrer leur vie à la gloire de Dieu et au salut des âmes.

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Le pape célèbrera la messe place de la Concorde

Attendu le vendredi 25 septembre, le souverain pontife devrait entamer sa visite par un entretien avec le président de la République, au palais de l’Élysée.

Le pape pourrait ensuite se rendre au siège de l’Unesco, dans le VIIe arrondissement de Paris, ou effectuer une visite à la Maison médicale Jeanne Garnier, établissement de référence spécialisé dans les soins palliatifs. Il est aussi possible que le Souverain Pontife se rende à l’Assemblée Nationale ou à Versailles pour un discours devant le Parlement.

En fin d’après-midi, Léon XIV présidera les Vêpres solennelles à la cathédrale Notre-Dame de Paris. La Conférence des évêques de France a invité les prêtres, les diacres et leurs épouses, les personnes consacrées et les séminaristes de France.

Dans la soirée, le pape rejoindra le Stade de France pour rencontrer la jeunesse française lors d’une grande veillée de prière.

Le samedi 26 septembre, Léon XIV pourrait notamment se rendre à l’Institut Catholique de Paris pour une rencontre avec le monde universitaire.

En début d’après-midi, le pape présidera une messe en plein air place de la Concorde. Les fidèles pourront également se rassembler sur les Champs-Élysées.

À l’issue de cette messe, Léon XIV s’envolera pour Lourdes, où se poursuivra son voyage apostolique en France.

A l’ombre de l’Etoile de Marie Victoire – Mon coup de coeur de l’été

Moscou 1930 – “Noël était mort. Qui donc à Moscou osait même s’en souvenir ? C’était le soir du 6 janvier et la rue était déserte. Personne au dehors : la neige elle-même semblait mourir d’ennui. Seul quelque part, au fond ce de cette solitude, gémissait le vent glacial d’un hiver qui n’en finissait pas…. ”

La couverture de Léa Barbe est magique et vous entraine dans les coulisses du Bolchoï, ce théâtre prestigieux qui allume tant d’étoiles dans les yeux. Anna Fiodorova qui appartient au ballet du Bolchoï, est danseuse étoile et vit sous les toits du grand théâtre mais surtout sous la surveillance du régime soviétique depuis la mort de ses parents, fidèles de la famille impériale. Lorsque son frère Constantin, disparu depuis la révolution, réapparaît après dix ans d’exil, un espoir inattendu renaît : celui de fuir la terreur et de retrouver une vie libre. Elle semble pourtant oublier que la machine politique ne pardonne ni les retrouvailles ni les rêves d’évasion.

Arrêtée avec plusieurs membres du théâtre, Anna découvre l’univers implacable des Solovki, ces iles perdues dans la mer Blanche au nord de la Russie. Climat rude, isolement, terreur et cruauté… Commence alors un parcours terrible pour ces hommes et femmes entraînés malgré eux dans les mécanismes d’un régime totalitaire où subsistent malgré tout, la persévérance, la dignité et le refus de s’effacer.

Tous les ingrédients – amitié, trahison, courage et héroïsme, pardon, foi et conversion, amour sont au rendez-vous pour un roman historique dont le souffle formidable vous emporte jusqu’à la dernière ligne de la dernière page :

« Mais personne n’aurait pu prédire ce qui était arrivé. La Providence avait gardé jusqu’au bout le secret de ses voies : elle prouvait ce soir-là -même aux plus incrédules- que rien n’arrive sans raison et que les plus grands maux de ce monde ne doivent jamais faire douter de la bonté des Cieux. »

C’est un grand roman d’une écriture forte et entrainante. Il y a du Soljenitsyne dans ces pages. Il y a surtout cette espérance chrétienne qui est parfois la seule émotion qui fait rester en vie.

J’en recommande vivement la lecture pour les grands adolescents et plus !

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/romans-francais-et-etrangers/30709-a-l-ombre-de-l-etoile.html

A l’ombre de l’Etoile, Marie Victoire, 392 pages, Editions des libertés, 23.90 €

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Des responsables et théologiens d’universités franciscaines publient une lettre ouverte à la FSSPX

Plus de 20 professeurs de l’Université franciscaine appellent la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X à ne pas procéder à la consécration prévue d’évêques le 1er juillet :

« Et vous, voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jean 6:67)                                           

Lettre ouverte à la Fraternité Saint-Pie X (Maison générale)

 

Cher Père Davide Pagliarani, Supérieur Général

Chers membres du Conseil général 

Chers frères et sœurs en Christ ! 

 

Nous écrivons non pas en adversaires, mais en frères chrétiens qui aiment l’Église, fondée sur l’Écriture sainte et la Tradition sacrée, et qui, comme vous, aspirent au salut des âmes.

Votre amour pour la beauté de la liturgie traditionnelle et votre recueillement lors des offices témoignent de votre désir sincère de servir le Seigneur. Nous partageons cet amour et ce désir.

C’est avec humilité que nous vous demandons de reconsidérer la consécration des évêques annoncée, prévue pour le 1er juillet. Elle ne ferait que consolider et approfondir la séparation déjà existante entre la Fraternité Saint Pie X et le Siège de Pierre. Notre Seigneur Jésus-Christ a prié le Père : « Que tous soient un » (Jean 17, 21). L’unité de l’Église n’est pas qu’une question pratique ; elle est conforme à la volonté même du Christ. L’Église est une parce que le Christ est un. Nous sommes convaincus que chaque évêque, prêtre et fidèle catholique est appelé à préserver et à renforcer cette unité visible. 

Le premier concile du Vatican a enseigné que « par ordre divin, l’Église romaine possède une prééminence de pouvoir ordinaire sur toute autre Église, et que ce pouvoir juridictionnel du pontife romain est à la fois épiscopal et immédiat. Le clergé et les fidèles, de quelque rite et dignité que ce soit, individuellement et collectivement, sont tenus de se soumettre à ce pouvoir par le devoir de subordination hiérarchique et d’obéissance véritable, et ce non seulement en matière de foi et de mœurs, mais aussi en matière de discipline et de gouvernement de l’Église dans le monde entier. » (Pastor Aeternus 3). 

Faisant écho à la même Tradition, le Concile Vatican II a enseigné que le Christ a confié la charge de l’Église universelle au collège des évêques, uni à son chef, le successeur de Pierre. Le Concile a déclaré que le pontife romain est « le principe et le fondement perpétuel et visible de l’unité des évêques et des fidèles » (Lumen Gentium 23). Codifiant cette tradition, l’Église affirme que « le schisme est le refus de se soumettre au Souverain Pontife ou de communier avec les membres de l’Église qui lui sont soumis » (Code de droit canonique, Can. 751). 

L’Église reconnaît que, par le passé, « des communautés assez importantes se sont retrouvées séparées de la pleine communion avec l’Église catholique – et, bien souvent, la faute en incombait à des hommes des deux camps » (Unitatis Redintegratio 3). Cependant, quelles que soient les questions ou les griefs légitimes qui puissent exister, ils ne sauraient justifier un schisme. 

Le Concile a également enseigné que l’Esprit Saint continue de guider l’Église à travers l’histoire. À chaque époque, l’Église peut traverser des crises, même graves. Saint Paul, l’Apôtre des Gentils, est notre modèle en de tels temps, car il déclare : « Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous un même langage, à ne pas avoir de divisions parmi vous, mais à être unis dans un même esprit et dans un même sentiment » (1 Co 1, 10). Il s’est entretenu avec Pierre avec franchise et ouverture (Ga 2, 11) et, finalement, il a entrepris non pas une mission de son propre chef, mais celle qui lui avait été confiée par l’autorité de l’Église (Ac 15, 25 ; Ga 2, 9). Face aux crises les plus graves, il nous exhorte à « porter les fardeaux les uns des autres, pour accomplir ainsi la loi du Christ » (Ga 6, 2).

Nous vivons une époque où l’Église est confrontée à de nombreuses crises. Pourtant, les promesses du Christ demeurent : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jean 14, 18) et « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28, 20). La fidélité au Christ implique de croire que Dieu n’a pas abandonné et n’abandonnera jamais son Église, même si l’appel à la conversion et au renouveau constants s’adresse à tous les membres, à tous les niveaux de l’Église. Les trésors de la Tradition catholique n’ont pas leur place hors de la communion avec Pierre ; ils sont au cœur même de l’Église. Une nouvelle ordination épiscopale, en dehors de la hiérarchie ecclésiale et sans mandat apostolique, ouvrirait une nouvelle plaie dans le Corps du Christ et placerait hors de son étreinte maternelle les dons que Dieu a confiés à la Fraternité, dons qui appartiennent à l’Église et sont ordonnés à l’unité avec elle (Lumen Gentium 8). N’agissez pas ainsi. Ne créez pas cette plaie ! Reprenez le dialogue avec le Saint-Siège et la pleine communion avec l’Église. 

Et nous demandons aux fidèles : « Voulez-vous aussi partir ? » (Jean 6, 67). Que cherchez-vous ? Qui cherchez-vous ? Le Christ est présent, dans son Église, dans ses sacrements. Il a offert son corps sur la croix, et son corps mystique, son Église, est indivisible. 

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter que « la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous » (2 Cor. 13:14).

Que Notre-Dame, Mater Ecclesiae, prie pour vous et pour nous tous !  

En Christ,

Les soussignés, la faculté de théologie et l’administration de l’Université franciscaine de Steubenville 

Dr Donald Asci, professeur de théologie

Dr Mark Banga, professeur adjoint de théologie, de catéchèse et d’évangélisation

Dr Hannah Barrett, professeure de théologie 

Dr John Bergsma, professeur de théologie

Dr Ron Bolster, professeur agrégé de théologie, doyen de la faculté de théologie et de philosophie 

Dr Scott Hahn, professeur de théologie

Dr Stephen Hildebrand, doyen et professeur de théologie

Dr Regis Martin, professeur de théologie

Dr Mark Miravalle, professeur de théologie 

Dr Jeffrey L. Morrow, professeur de théologie

Dr William Newton, professeur de théologie, directeur du département de théologie

Dr Shane Owens, professeur adjoint de théologie, directeur du master en sciences théologiques

Dr James Pauley, professeur de théologie et de catéchèse

Le P. Dave Pivonka, TOR, président

Diacre Bob Rice, PhD, professeur de catéchèse, directeur des études supérieures en évangélisation et catéchèse

Père Shawn Roberson, TOR, aumônier

Docteur Amy Roberts, professeure de théologie et de catéchèse

Dr Deborah Savage, professeure de théologie, directrice de l’Institut d’études sur l’homme et la femme

Dr Alan Schreck, professeur émérite de théologie

Dr Scott Sollom, professeur de théologie 

Père Jonathan St. André, TOR, vice-président pour la vie franciscaine

Dr Michael Waldstein, professeur de théologie

Docteure Katharina Westerhorstmann, professeure de théologie et d’éthique médicale 

Père Patrick Whittle, TOR, professeur adjoint de théologie

Dr Petroc Willey, professeur de théologie et de catéchèse

Dr Jacob Wood, professeur de théologie, directeur du doctorat en théologie sacrée

Si je nie mon féminin cyclique, comment pourrais-je présenter à Dieu ce qui, en ce cycle, me déstabilise, voire me fait souffrir ?

Gabrielle Vialla, mère de famille nombreuse, et responsable associative auprès des couples, passionnée et experte du cycle féminin depuis plus de 20 ans, publie un ouvrage original pour Prier avec le cycle féminin.

Le cycle féminin n’est pas une question abordée dans les livres de spiritualité. Pourtant l’Évangile n’élude pas le sujet. Comment prier en vérité si l’on ignore la réalité de la condition féminine ? si l’on ne s’autorise pas à être pleinement femme devant Dieu ?

À l’intime, le cycle féminin est vécu à la fois comme une vulnérabilité subie et la marque d’un rythme propre. L’auteur nous aide à comprendre un langage du corps, certes mystérieux, mais qui attend d’être éclairé par la grâce.

Gabrielle Vialla témoigne dans cet ouvrage que, tout comme le cycle liturgique ordonne et sanctifie le temps de l’Église, le cycle féminin, à sa mesure, peut devenir une école de vie intérieure en l’unissant à la dynamique même de son corps.

[N]ous pouvons d’ailleurs nous demander si un certain désintérêt pour les psaumes ne vient pas à notre époque d’un certain confort matériel, voire spirituel. Si je me satisfait d’un certain confort matériel, psychoaffectif, alors comment pourrais-je crier vers mon Dieu ? Dans un autre ordre, un certain féminisme a voulu débarrasser la femme de son cycle et de sa maternité ; les contraceptions hormonales ont biologiquement rendu cela possible pour un grand nombre de femmes, durant toute une partie de leur vie. La mentalité et la culture contemporaine ont, de fait, gommé largement la beauté du féminin cyclique, sous l’effet d’une double pression idéologique qui oblige à pense que le cycle diminue l’efficacité du travail des femmes et que la femme doit être sexuellement disponible. Le résultat est bien souvent l’épuisement des ressources des femmes.

Si je nie mon féminin cyclique, si je prétends pouvoir m’en débarrasser, comment pourrais-je présenter à Dieu ce qui, en ce cycle, me déstabilise, voire me fait souffrir ?

Voil à un premier bienfait du psaume. Il m’autorise à descendre en moi-même, à exprimer ma détresse, à être franche face à Dieu. Il m’autorise même à interroger la présence de Dieu et son silence. “Mon Dieu, j’appelle tout le jour, et tu ne réponds pas ; même la nuit, je n’ai pas de repos.” (Ps 21,3)

Guillaume Bernard : comment l’idéologie des droits de l’homme prépare le terrain à l’euthanasie

Avant-propos
Cet article propose une synthèse de l’entretien passionnant avec l’historien du droit Guillaume Bernard dans l’émission Penser la politique, et diffusé le 24 juin 2026 :
https://www.youtube.com/watch?v=1oSIQu-SL8Y

Loin des registres émotionnels qui dominent souvent ce débat, cette interview d’une qualité exceptionnelle met au jour une transformation profonde : la subversion du mot « droit » et l’avènement des droits subjectifs modernes. Cette analyse éclaire d’une lumière crue les ressorts intellectuels qui conduisent aujourd’hui à la légalisation de l’euthanasie, et invite à redécouvrir le droit naturel classique comme seul principe d’orientation.

Derrière le débat émotionnel sur la fin de vie se cache une fracture philosophique radicale. L’historien du droit Guillaume Bernard (enseignant à l’Institut catholique de Vendée) met au jour le mécanisme intellectuel par lequel notre société en vient à ériger l’administration de la mort en droit fondamental. Une démonstration implacable.

1. Le grand renversement : du juste objectif au désir individuel
Le mot « droit » a subi une subversion sémantique radicale :
— Le Droit Naturel Classique (Aristote, saint Thomas d’Aquin) : Le droit est une réalité objective à découvrir dans la nature des choses. L’homme reçoit sa vie ; il n’en est pas le propriétaire mais le gardien. La vie est un bien indisponible, condition de tout autre droit.
— Les Droits de l’Homme Modernes : Ce sont des droits subjectifs, des prérogatives attachées à la personne indépendamment de tout ordre naturel. L’homme est pensé comme absolument autonome : sa volonté devient la source unique du droit. Ce qui est légal se confond alors avec ce qui est juste.
Le basculement anthropologique : Ce n’est plus ce qui est commun aux hommes qui identifie l’homme, mais ce qui est propre à chacun. L’homme cesse d’être un être reçu pour devenir un être auto-institué. Cette vision élude la nature donnée pour ne valider que celle que l’individu se construit.

2. Le piège de la quatrième génération de droits
Guillaume Bernard distingue quatre étapes clés dans la dérive juridique moderne :
1. XVIIIe siècle : les « droits de » — Droits contre l’État pour protéger l’individu des abus du pouvoir.
2. Après 1945 : les « droits à » — Droits-créances exigeant des prestations de l’État (santé, logement).
3. Fin XXe : les droits-solidarité — Droits collectifs (environnement, principe de précaution).
4. Aujourd’hui : la quatrième génération — Une phase inédite et post-humaniste. Le droit ne protège plus l’homme contre le pouvoir, mais l’individu contre sa propre nature.
C’est cette logique de déconstruction anthropologique qui est à l’œuvre dans l’euthanasie, la GPA ou le transhumanisme.

3. La dignité conditionnée : le mécanisme fatal
Le point crucial de la démonstration tient à la redéfinition de la dignité :
— Tradition classique : La dignité est ontologique et inconditionnelle. Elle est attachée à l’être même de la personne, peu importe son âge, sa santé ou son autonomie.
— Modernité juridique : Elle fonde la dignité sur « la capacité de chacun à l’usage de sa puissance ». L’autonomie devient le critère exclusif d’accès à l’humanité.
Les conséquences de ce glissement sont terrifiantes. Si l’autonomie est jugée insuffisante, l’être n’est plus considéré comme authentiquement humain. C’est ainsi que l’enfant à naître peut être éliminé parce qu’il ne respire pas seul. Par la même logique, le malade comateux ou la personne lourdement handicapée sont voués à une mort provoquée, leur dépendance étant supposée dégrader leur dignité.
L’euthanasie devient alors une solution d’exclusion proposée à ceux que la société juge insuffisamment autonomes.

4. Les trois sophismes de l’euthanasie démontés
— Le sophisme du « droit à mourir » : C’est une contradiction dans les termes. Le droit est par essence ordonné à la protection de la personne ; il ne peut logiquement porter sur la destruction de son titulaire sans nier sa propre finalité.
— Le sophisme du « choix libre » : En contexte de grande dépendance, l’autonomie est une illusion. La solitude, la peur de déchoir et le sentiment d’être une charge créent une pression morale invisible. La vulnérabilité, qui appelait autrefois la protection, devient un motif de mise à mort déguisée en liberté.
— Le sophisme compassionnel : La vraie compassion (cum-pati, souffrir avec) consiste à accompagner et à soulager la douleur jusqu’au bout. L’euthanasie est une capitulation : la société externalise sa difficulté à accompagner la souffrance et choisit l’élimination du souffrant comme solution de facilité.

Conclusion : La dissolution du lien social
L’enjeu dépasse largement les cas individuels. Guillaume Bernard nous avertit :
« Le droit de chaque être singulier à s’affirmer en dehors de toute contrainte conduit à la négation du droit d’un corps social à perdurer dans ses traditions et à préserver son identité. »
Si la volonté individuelle et le consensus changeant des majorités deviennent la seule source de la norme, la société renonce au Bien Commun. Elle se dissout en une simple addition de volontés particulières, incapable de protéger les plus faibles. Si chacun peut décider souverainement de sa mort, plus aucune obligation collective ne nous lie aux plus vulnérables.
Pour les partisans de la vie, la reconquête des esprits exige de réinvestir d’urgence le droit naturel classique. Ce n’est pas un retour nostalgique, mais la condition absolue et unique de la protection des plus fragiles.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Euthanasie : une loi au forceps sans débat

Mercredi, les députés ont débattu plus de cinq heures et n’ont adopté aucun amendement. Ils en ont en revanche rejeté 201. Depuis le début de cette nouvelle lecture, un seul amendement a été adopté. Le rapporteur général a demandé une seconde délibération.

Ce 24 juin l’examen du texte a débuté par la suite des amendements proposés à l’article 3 visant à inscrire l’« aide à mourir » dans le code de la santé publique.

« Tout le débat est de savoir si l’euthanasie et le  sont des soins », déclare Philippe Juvin (DR). « Vous répondez que ce n’est pas un soin, mais alors pourquoi l’inscrire dans le code de la santé publique ? » Charles Sitzenstuhl (EPR) interpelle à son tour : « J’aimerais que le Gouvernement reprenne la parole pour nous dire pourquoi nous avons besoin de cet article 3, il n’apporte rien sur le plan juridique ».

Le rapporteur Phillipe Vigier (Les Démocrates) n’en démord pas :« ça n’est pas un soin, pour autant c’est un acte médical », considère-t-il. Il profite des échanges pour revenir sur l’adoption de l’amendement de la veille : « Ce transfert réalisé sur les infirmières c’est scandaleux ». Plus tard au cours du débat, Charles Sitzenstuhl effectuera un rappel au règlement : « Il faut que les collègues arrêtent de faire ce mauvais procès sur les infirmiers ».

Les amendements de suppression de l’article 3 sont rejetés, comme tous les amendements proposés à l’article.

Les rejets s’enchainent mais le temps presse. Les règles du débat sont modifiées : désormais, pour chaque amendement, seul un orateur pour et un orateur contre pourront s’exprimer. En outre, le temps de parole est réduit à une minute.

L’article 3 finit par être adopté par 105 voix contre 74 et les députés passent à l’article 4 qui définit les conditions d’accès à l’« aide à mourir », dans une atmosphère tendue. Et parfois confuse. Danielle Simonnet (Ecologiste et Social) utilise son amendement visant à intégrer les personnes en situation irrégulière dans le dispositif pour faire un plaidoyer politique, mêlant la question de l’immigration à la campagne présidentielle et à la fin de vie. Elle lance : « Ce n’est pas encore l’extrême droite qui dirige ce pays que je sache ».

Comme elle l’avait déjà fait à l’article 3, Tiffany Joucour (RN) demande l’exclusion des majeurs protégés ou ayant une déficience intellectuelle du dispositif. « L’appréciation [de leur] volonté libre et éclairée est plus complexe, plus incertaine, souligne-t-elle. Quand il existe un doute même limité, notre responsabilité doit être de privilégier la protection ». La réponse de Brigitte Liso (EPR), rapporteur du texte, est caricaturalement laconique : « L’accès à l’aide à mourir est conditionné à ce que la personne soit apte à manifester sa volonté d’une façon libre et éclairée ». Les amendements sont rejetés comme tous ceux visant à tenter de protéger les plus vulnérables.

Cette réponse mécanique fait écho aux propos du ministre Laurent Panifous, arrivé en fin d’après-midi dans l’hémicycle en affirmant : « Nous avons abouti à un texte consolidé, y compris dans la sémantique. Le gouvernement souhaite qu’il soit maintenu dans son intégralité ». Il sera exaucé, le texte ne sera pas modifié d’un iota. Mais à quoi bon une nouvelle lecture dans ces conditions ?

Les députés abordent ensuite la question des mineurs, puis des personnes en situation carcérale, ou encore des souffrances psychologiques seules. Le tout sans qu’aucune modification n’ait été retenue. Le même sort sera réservé à la vérification du consentement libre et éclairé.

La pression monte à son comble au moment où Justine Gruet (DR) tente de défendre son amendement. Mais choquée par l’agressivité de ses contradicteurs, elle finit par se taire. « Que se passe-t-il madame la députée ? » interroge la présidente. Silence. Justine Gruet baisse le micro et tourne le dos. Un incident qui contraint la présidente à lever la séance, et qui montre combien le débat si peu respectueux semble impossible.

Vincent Trébuchet (UDR) en relève les « outrances » : « J’ai entendu que quand même il faisait chaud et que maintenant il fallait quand même peut-être accélérer, car ces personnes qui souffrent de la canicule il faudrait les aider à partir », reprenant les propos de Jean-François Rousset (EPR). « J’ai aussi entendu certains députés du Modem en conférence de presse nous dire qu’il fallait être rassurés parce qu’on n’allait pas euthanasier toutes les personnes fragiles. » « Là encore on est très rassurés ! », ironise l’élu. « Et à l’instant je viens d’entendre que dans les territoires ruraux, même sans  on meurt très bien et qu’il n’y a pas de problème… »

Anchya Bamana (RN) veut conditionner l’accès à l’« aide à mourir » à la proposition effective d’un suivi en soins palliatifs. « Sans accès au soulagement et à l’accompagnement, le prétendu choix entre les soins et la mort est une fiction », dénonce l’élue de Mayotte. « Avant d’organiser la mort, l’Etat doit enfin organiser l’accès aux soins. »

« On voit bien le malaise qu’il y a autour des soins palliatifs. » Yannick Monnet (GDR) propose d’en faire un 6e critère : une personne qui demanderait de recourir aux soins palliatifs ne pourra pas être euthanasiée sans avoir pu y avoir accès au préalable. « Ça clarifie l’esprit du législateur », argumente-t-il avant d’exposer sa position personnelle. « Jusqu’à présent je partage la philosophie du texte. Mais si on rejette cet amendement, ce que je comprends c’est qu’on est prêts à accepter que quelqu’un accède à l’aide à mourir sans avoir pu bénéficier de soins palliatifs à sa demande. Et là pour le coup je ne partage plus du tout la philosophie du texte. »

Le rapporteur comme le ministre lui répondront par la procédure. Son amendement est rejeté. Pourtant Dominique Potier (Socialistes et apparentés) objecte que cela devrait être « une condition sine qua non, minimaliste ». Et pointe au passage que les délais de procédure ne permettent pas de vérifier l’accès du patient aux soins palliatifs.

A minuit la présidente lève la séance. Malgré tous ses efforts – « on nous met suffisamment la pression » – et la règle du « 1 pour, 1 contre » adoptée pour accélérer les débats, il reste encore 84 amendements à examiner à l’article 4, et 1336 au total.

Les débats reprendront vendredi et se prolongeront samedi et dimanche. Il faut « boucler » – bâcler ? – la nouvelle lecture car le vote solennel est prévu le 30 juin. Yaël Braun-Pivet veut un texte « pleinement applicable » d’ici « la fin de l’année »: le calendrier est serré.

Source : Gènéthique

I-Média : Jean-Eudes Gannat condamné, Elon Musk s’en mêle

L’image de la semaine :
Jean-Eudes Gannat sous les projecteurs d’Elon Musk, suite à une vidéo en anglais de Thaïs d’Escufon, relayée avec des millions de vues.

Le dossier du jour :
Erik Tegnér condamné, un double scandale ! Le directeur du magazine Frontières a été condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny à six mois de prison avec sursis, 10 000 € d’amende et 20 000 € de dommages et intérêts, au titre de la loi dite “Samuel Paty”. Une décision qui fait réagir, y compris à gauche.

Les pastilles de l’info :
– Matthieu Pigasse en lice pour le rachat de Fibre Excellence, dernier fabricant français de pâte à papier
– Tulsi Gabbard et la polémique autour de ses révélations sur les biolabs américains
– Maxime Saada dénonce la mise en demeure CNews par l’Arcom
– Canicule, ça chauffe !
– Les expressions toutes faites dans les médias
– Sale temps pour Daniel Cohn-Bendit à Montpellier et sur BFMTV

Portrait piquant : Martin Ajdari

3 députés de gauche hostiles à la loi sur l’euthanasie

Dans une tribune au « Monde », les députés Lisa Belluco, Dominique Potier et Stéphane Peu, expliquent les raisons de leur opposition à la proposition de loi sur l’euthanasie, qui doit faire l’objet d’un vote solennel, mardi, à l’Assemblée.

« Sous couvert de progressisme, ce texte est rupture d’égalité, illusion de liberté, travestissement de la fraternité »

Une Europe détachée de l’Évangile risquait de « se suicider en se livrant à sa propre chute »

Le cardinal Gerhard Müller a prononcé une conférence le 17 juin à la Chambre des députés italiens. Le préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi y a formulé l’une des critiques les plus virulentes de ces dernières années à l’encontre de la dérive idéologique des institutions européennes. L’intervention a eu lieu lors de l’événement intitulé « Diktat eurogenre : Racines chrétiennes, liberté religieuse et éducative menacées dans l’UE » , organisé par l’association catholique I RadicaTi dal diritto naturale alla legge et promu par le député Massimo Milani, membre de Fratelli d’Italia, le parti de la Première ministre Giorgia Meloni.

Cette réunion avait pour but d’analyser les conséquences de certaines politiques promues depuis Bruxelles dans des domaines tels que la famille, l’éducation, la liberté religieuse et la liberté d’expression. Les organisateurs ont dénoncé le fait que certaines initiatives européennes présentées sous la bannière de la lutte contre la discrimination favorisent une imposition idéologique croissante sur des questions liées au genre, à la sexualité et à l’anthropologie humaine. Selon les organisateurs de l’événement, l’Europe traverse une phase dans laquelle la défense des racines chrétiennes et de la vision traditionnelle de la famille est fréquemment présentée comme un obstacle au progrès, tandis que certains courants idéologiques bénéficient d’une protection institutionnelle privilégiée.

C’est dans ce contexte que Mgr Müller a pris la parole, offrant une large réflexion sur la crise spirituelle, culturelle et politique qui frappe le continent. Le cardinal allemand a rappelé que les pères fondateurs du projet européen — des personnalités telles que Robert Schuman, Alcide De Gasperi et Konrad Adenauer — n’ont jamais conçu l’Europe comme une simple structure économique ou administrative. Selon lui, l’unité européenne est née d’une vision commune de la personne humaine profondément marquée par le christianisme, ce qui a permis le développement de concepts aujourd’hui considérés comme fondamentaux, tels que la dignité humaine, la liberté de conscience, l’égalité devant la loi et les droits fondamentaux.

« C’est sur cette base que repose aujourd’hui l’Union européenne ».

C’est pourquoi il a averti qu’une Europe détachée de l’Évangile risquait de « se suicider en se livrant à sa propre chute ».

Mgr Müller a identifié la désintégration de la famille et la confusion autour de l’identité humaine comme quelques-uns des principaux symptômes de la crise culturelle européenne. Le continent traverse un processus de remise en question des réalités anthropologiques les plus fondamentales, largement impulsé par l’idéologie du genre et les courants transhumanistes qui cherchent à redéfinir la nature humaine elle-même. 

Le préfet émérite a dénoncé ce qu’il a décrit comme une transformation culturelle inspirée par une logique « jacobine », contraire à la famille naturelle et à l’identité personnelle. Il a également accusé certaines institutions européennes de promouvoir une forme de « totalitarisme de genre » qui menace de plus en plus la liberté de pensée et d’éducation.

L’un des concepts centraux de l’intervention était celui de « despotisme doux », emprunté au penseur français Alexis de Tocqueville. Mgr Müller a fait valoir que les démocraties occidentales ne tendent plus à restreindre les libertés par la persécution ouverte ou la violence d’État, mais plutôt par des mécanismes beaucoup plus subtils : réglementations administratives, bureaucraties en constante expansion et pressions culturelles visant à standardiser la pensée. Dans ce contexte, il a adressé des critiques explicites à certaines réglementations européennes relatives au contrôle des contenus numériques et à la lutte contre la désinformation. Selon lui, les gouvernements et les institutions politiques ne devraient pas prétendre avoir l’autorité de déterminer ce qui est vrai et ce qui est faux, mais devraient se limiter à la poursuite du bien commun tout en respectant la liberté des citoyens.

Mgr Müller a dénoncé l’influence de certaines organisations internationales et élites mondiales qui, selon lui, promeuvent une vision technocratique et sécularisée de la société. Il a notamment cité en exemple le Forum économique mondial et le Club de Rome, organisations qu’il a accusées de promouvoir des programmes culturels incompatibles avec la tradition chrétienne européenne. Selon le cardinal, l’Europe risque de devenir « un terrain d’expérimentation pour l’idéologie woke athée », où la religion est progressivement exclue de la sphère publique et réduite à une affaire strictement privée. Il a également exprimé son inquiétude face à la crise démographique et aux conséquences culturelles des politiques migratoires menées ces dernières décennies, affirmant que de nombreux gouvernements ont ignoré les défis d’intégration et de cohésion sociale liés à ces processus.

L’intervention s’est conclue par un appel à retrouver confiance dans l’héritage chrétien qui a façonné l’Europe. Mgr Müller soutenait que les problèmes démographiques, culturels, technologiques et politiques qui affectent actuellement le continent ne peuvent être résolus par davantage de bureaucratie ou par de nouvelles expériences idéologiques, mais seulement par la redécouverte des principes moraux qui ont rendu possible la civilisation européenne.

À son avis, le véritable dilemme auquel l’Europe est confrontée n’est ni politique ni économique, mais culturel et spirituel : doit-elle continuer à bâtir son avenir sur la conception chrétienne de la personne humaine ou continuer à évoluer vers une société de plus en plus détachée des racines qui, pendant des siècles, lui ont donné cohésion, identité et sens ?

Il reste de la place à la Route Saint-Pierre

Dans un mois et demi commencera la Route Saint-Pierre, édition 2026. De Pont-Saint-Esprit au Puy en Velay (du 3 au 16 août).

Il reste des places pour s’inscrire ! Ce serait dommage que personne ne profite de l’opportunité de passer ces magnifiques temps d’amitié chrétienne.

Lien d’inscription

La route saint Pierre est une marche des jeunes catholiques, mixte, de 18 à 25 ans. L’idée est de passer des vacances chrétiennes accessibles en présence de deux prêtres et de 4 séminaristes. L’occasion de se rapprocher de Dieu tout en se forgeant des belles amitiés chrétiennes.

La marche se fait en équipe mixte, reste « tranquille » (moins d’une vingtaine de kilomètre) et une équipe logistique s’occupe des sacs et des bivouacs !

L’édition 2026 se déroulera du lundi 3 août au dimanche 16 août. Elle commencera à Pont-Saint-Esprit (Gard) jusqu’au Puy-en-Velay (Haute-Loire).

28 juin : Grande manifestation contre l’euthanasie, Paris place Fontenoy à 16h

Le texte visant à légaliser l’euthanasie est de nouveau en débat à l’Assemblée nationale (3ème lecture). La tension y est palpable. Le gouvernement ne s’en cache pas : il veut son texte – le plus permissif au monde.

Impatient, Jean-François Rousset (député macroniste) a déclaré en séance mercredi qu’il faut avancer sur ce texte car “il y a des gens qui sont en train de mourir dans une chaleur torride”, et “il faut les aider” !

La suite de la navette parlementaire pourrait être rapide : le vote définitif est prévu le 15 juillet.

Une fois adoptée, cette loi inscrira durablement la mort administrée dans notre droit ; si l’euthanasie vient à être légalisée, elle deviendra une oppression pour les malades et les mourants à qui l’on désigne la porte de sortie.

Avant le vote définitif, les opposants à cette loi doivent exprimer haut et fort leur NON : c’est pourquoi une grande manifestation est organisée dimanche prochain à Paris.

Il n’est jamais trop tard, il n’est jamais inutile d’exprimer collectivement un message fort, lorsqu’un tournant civilisationnel est en jeu.

En descendant dans la rue, vous aurez participé à exprimer un rejet massif. Notre responsabilité est collective.

Outre la participation à la manifestation de dimanche, chacun est invité à écrire à son député. (*Vous trouvez les députés à contacter prioritairement dans la liste ci-dessous).

Ne restez pas silencieux face à l’abandon des citoyens les plus vulnérables !

Partagez largement cet appel autour de vous et invitez vos proches à rejoindre la grande manifestation du 28 juin. Chaque présence compte.

FSSPX : « Il s’agit de prier pour qu’advienne un changement d’état d’esprit »

Le cardinal Aveline a été longuement interrogé par Jean-Marie Guénois dans Le Figaro. Extrait :

– Dans moins d’une semaine, le 1er juillet, la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) procédera à l’ordination d’évêques contre l’avis du pape. Une procédure d’excommunication semble enclenchée. Léon XIV a-t-il raison de sanctionner ?

Le Pape n’a pas caché sa grande tristesse, car on ne peut se satisfaire de l’aggravation d’une telle déchirure dans le corps ecclésial. Pourtant, le cardinal Ratzinger, alors préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, avait tout fait pour tenter d’éviter les ordinations de 1988. En 2007, par le Motu proprio Summorum Pontificum, il avait largement ouvert la possibilité de célébrer selon le rite romain tel qu’il figure dans les livres liturgiques antérieurs à la réforme de Vatican II. En 2009, il avait même levé les excommunications des évêques consacrés par Mgr Lefebvre et engagé des discussions doctrinales approfondies avec la Fraternité. Mais rien n’y fit !

Sous le pontificat du pape François, certaines facultés pastorales, concernant notamment les confessions et les mariages, ont été accordées à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Par ailleurs, le Motu proprio Traditionis custodes (16 juillet 2021) a considérablement restreint l’usage de la liturgie antérieure à la réforme de saint Paul VI. Qu’en sera-t-il sous le pontificat de Léon XIV ? Je ne puis que m’associer à sa demande de « prier pour que l’Esprit Saint éclaire les responsables de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X afin qu’ils reviennent sur leurs pas concernant la très grave décision qu’ils ont prise ». À ce jour, il me semble que le plus important n’est pas de tenter de parvenir à un accord doctrinal, auquel Benoît XVI lui-même avait fini par renoncer. Il s’agit plutôt de prier pour qu’advienne un changement d’état d’esprit, en s’inspirant de ces réflexions de Mgr Fellay, successeur de Mgr Lefebvre à la tête de la FSSPX : « L’un des dangers majeurs [pour la Fraternité, NDLR] est de finir par inventer une idée de l’Église qui paraît idéale, mais qui ne se trouve pas en fait dans l’histoire réelle de l’Église. Certains prétendent que pour travailler “en sécurité” dans l’Église, il faut préalablement qu’elle soit nettoyée de toute erreur. […] Or les saints réformateurs ne l’ont pas quittée pour combattre ces erreurs » (7 juin 2012). Il n’est donc pas interdit d’espérer, à condition que, des deux côtés, l’on ne cherche pas tant à défendre des positions qu’à entrer humblement dans une démarche d’écoute, de dialogue, de conversion et de quête de vérité devant Dieu.

Profession de foi catholique de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X pour éclairer les âmes face aux erreurs modernes

Source : https://fsspx.news/fr/news/profession-foi-catholique-la-fraternite-sacerdotale-saint-pie-x-pour-eclairer-les-ames-face

Profession de foi catholique pdf :
https://fsspx.news/sites/default/files/documents/profession_de_foi_catholique_fr.pdf

Voir aussi : “Lettre ouverte de la FSSPX à Sa Sainteté Léon XIV et aux cardinaux de la Sainte Eglise” : https://fsspx.news/fr/news/lettre-ouverte-sa-saintete-le-pape-leon-xiv-et-aux-cardinaux-la-sainte-eglise-59815

Profession de foi catholique de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X pour éclairer les âmes face aux erreurs modernes

Au nom de la sainte et indivise Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit.

Préambule

Je professe et j’embrasse l’entière vérité de la foi catholique, telle qu’elle a été « reçue par les Apôtres de la bouche même de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou transmise comme de main à main par les Apôtres eux-mêmes sous la dictée de l’Esprit-Saint », puis conservée fidèlement et parvenue jusqu’à nous en une succession continue dans l’Église catholique, à travers la prédication des papes et des évêques, les écrits des Pères de l’Église et des théologiens, et les définitions des saints conciles.
Je reçois fermement toutes et chacune des vérités que l’Église infaillible a proposées comme divinement révélées et nécessaires au salut, soit par les définitions de son Magistère solennel, soit par l’unanimité de son Magistère ordinaire et universel. Je reçois également tout ce qui appartient à la doctrine catholique en raison d’une connexion nécessaire avec le dépôt révélé, et je tiens pour sûres les vérités que l’Église a enseignées avec constance afin de préserver ce dépôt contre les erreurs.

Je rejette en conséquence toutes les erreurs contraires à cette foi, spécialement celles du libéralisme, de l’indifférentisme, du modernisme, de l’œcuménisme et du laïcisme, condamnées par les papes Pie IX, Léon XIII, saint Pie X, Pie XI et Pie XII. Ces erreurs, en effet, obscurcissent la doctrine révélée, faussent la Tradition, défigurent la sainte liturgie, corrompent les mœurs, affaiblissent l’esprit missionnaire et désagrègent l’ordre social chrétien, nuisant gravement au salut des âmes.
Je professe cette foi et rejette toutes les erreurs qui lui sont contraires parce que je veux demeurer fidèlement soumis à la sainte Église catholique, apostolique et romaine, Maîtresse de vérité, ainsi qu’au Pape, Vicaire du Christ, dans l’attachement à la Rome éternelle qui a reçu mission de garder saintement et d’exposer fidèlement le dépôt révélé jusqu’à la fin des siècles.
J’ajoute que, dans la confusion présente, il ne suffit plus de rappeler quelques vérités isolées. Il devient indispensable de mettre en pleine lumière l’ordre entier de la doctrine catholique, dans sa cohérence surnaturelle et son harmonie lumineuse, sans omettre aucun dogme, sans diminuer aucune vérité, sans substituer à la foi reçue un langage équivoque ou tronqué qui, sous prétexte d’œcuménisme ou d’adaptation au monde, défigure cette doctrine avec une audace toujours plus grande.
La charité elle-même commande de professer cette doctrine avec clarté, patience et force, pour la gloire de Dieu, l’honneur de l’Église et le salut des âmes.

I. La Révélation divine, la foi et la Tradition

Je crois que Dieu, dans sa bonté, a appelé l’homme, par le don de la grâce, à obtenir la vision béatifique. Je tiens fermement et je professe que cette exaltation de l’homme dépasse les forces et les exigences de la nature humaine, et qu’elle est un don gratuit de Dieu, c’est-à-dire un don surnaturel.

Je crois que Dieu n’a pas laissé l’homme à ses seules forces naturelles, mais qu’il lui a révélé les mystères de sa vie divine et la destinée surnaturelle à laquelle il l’appelle. C’est ainsi que, après avoir parlé autrefois par les Prophètes dans l’ancienne Alliance, il a parlé définitivement par son Fils unique, Notre Seigneur Jésus-Christ, dans la nouvelle Alliance, avec laquelle la Révélation divine a reçu son parfait accomplissement.

Cette Révélation est la parole véridique de Dieu, confiée à l’Église comme un dépôt, et proposée aux hommes comme règle de foi sous la forme d’un corps de doctrine, dans lequel les mystères sont formulés d’une manière qui les rend intelligibles et exprimables par des mots. La Révélation n’est pas l’expression progressive d’une conscience religieuse, ni le fruit d’une expérience collective de la communauté croyante ; elle est la vérité même de Dieu se communiquant surnaturellement à l’intelligence des hommes pour leur salut.

Je crois que le dépôt de la foi a été achevé avec la mort du dernier Apôtre. Après les Apôtres, l’Église ne reçoit pas une nouvelle Révélation : elle garde, explique, défend et transmet le dépôt reçu.

Je reconnais les preuves externes de la Révélation, en particulier les miracles et les prophéties, comme des signes très certains par lesquels l’origine divine de la religion chrétienne est démontrée de manière adaptée à l’intelligence humaine, en tout temps et en tout lieu. Je reconnais également l’Église elle-même, par son unité, sa sainteté, sa catholicité, sa fécondité et sa stabilité invincible, comme un motif permanent de crédibilité et un témoignage irréfutable de sa mission divine.
Je professe que la foi est la soumission surnaturelle de l’intelligence, sous la motion de la grâce, à la vérité révélée extérieurement par Dieu. Elle ne repose ni sur l’évidence des choses vues, ni sur le jugement privé, ni sur l’expérience de ce qui est vécu, mais sur l’autorité même de Dieu qui parle et qui, étant la Vérité première, ne peut ni se tromper ni nous tromper. La foi n’est donc ni un sentiment religieux aveugle, ni une émotion de l’âme, ni une conviction intime produite par la conscience personnelle ou collective. Elle est la vertu surnaturelle qui surélève l’intelligence humaine et lui permet de connaître Dieu tel qu’il est, grâce au témoignage que Dieu donne de lui-même, en attendant la vision.

Je rejette par conséquent l’erreur du modernisme, telle qu’elle sévit encore actuellement, qui réduit la foi à une expérience intérieure, à une aspiration sensible, ou à une prise de conscience progressive de la communauté croyante. Une telle conception détruit la notion même de dogme et rend impossible l’obligation de croire, remplaçant la vérité divine par la sincérité subjective et livrant la doctrine aux fluctuations de l’histoire.

Je professe encore que le dépôt de la doctrine révélée par Dieu est renfermé dans ses deux sources que sont la Sainte Écriture et la Tradition. Je professe que la Tradition comporte plus d’une vérité révélée par Dieu qui ne se trouve pas dans l’Écriture, et que par conséquent l’Écriture doit être lue et comprise dans la dépendance de la Tradition.

Je professe que la Sainte Écriture, dont les livres ont été écrits intégralement, en toutes leurs parties, sous l’inspiration du Saint-Esprit, est véritablement la parole de Dieu, exempte de toute erreur et confiée à l’interprétation authentique du Magistère de l’Église, selon la norme de la Tradition et selon l’analogie de la foi.

Je rejette donc l’exégèse rationaliste, qui traite les livres saints comme des documents ayant seulement l’homme pour auteur, qui exclut a priori la possibilité du surnaturel, sépare artificiellement le Christ historique de la foi de l’Église, dissout les miracles dans le symbole, ou soumet l’Écriture aux hypothèses changeantes et aux manipulations des méthodes critiques naturalistes. La vraie science biblique doit se mettre au service de l’intelligence de la foi ; il ne lui appartient pas de se faire la règle, l’interprète ou le juge de la parole de Dieu.

Je professe enfin que la Tradition n’est pas une mémoire morte, mais la transmission vivante de la doctrine reçue des Apôtres. Elle demeure vivante par distinction d’avec la Révélation qui est close. Elle l’est à la fois dans l’activité du Magistère de l’Église enseignante et dans la profession de foi de l’Église enseignée, dont le « sentire cum Ecclesia » est le résultat produit par l’enseignement du Magistère. La Tradition peut se dire « vivante », non pas au sens où elle changerait de signification, mais au sens où le Magistère vivant propose à travers les siècles, d’une manière toujours plus claire et plus explicite, la même vérité selon la même signification. Ce qui a été cru par tous, partout et toujours, comme appartenant à la foi, ne peut être nié ni mis en doute par aucune mode théologique, aucune pression pastorale, aucune nécessité diplomatique, aucune prétendue exigence du monde moderne.

II. Dieu, principe et fin de toutes choses, Trinité sainte

Je professe l’existence d’un Dieu unique, personnel, vivant et vrai, principe premier et fin dernière de toutes choses, qui au commencement créa à partir de rien le ciel et la terre, les choses visibles et invisibles. Infiniment parfait, éternel et tout-puissant, immuable, incompréhensible dans son essence et souverainement libre dans ses œuvres, il est distinct du monde qu’il a créé librement, qu’il conserve dans l’existence et qu’il gouverne par sa Providence.

Je professe que Dieu peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison à partir de ses créatures, comme la cause est connue par ses effets. La foi catholique reconnaît en effet que l’intelligence humaine est capable d’atteindre véritablement la réalité des choses, d’en connaître souvent les causes, et de parvenir à de vraies certitudes.

C’est pourquoi je rejette l’agnosticisme moderne, le scepticisme philosophique, le subjectivisme idéaliste, et toutes les doctrines qui limitent la portée de la connaissance humaine aux phénomènes sensibles ou aux constructions de la conscience, niant par là la possibilité même d’un Magistère ecclésiastique et d’une théologie véritable.

Je confesse qu’en l’unique nature divine subsistent trois Personnes réellement distinctes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible. Le Père est sans principe ; le Fils est engendré de toute éternité par le Père ; le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils comme d’un seul principe. Mais ces trois Personnes sont une seule et même substance divine : elles sont un seul Éternel et non pas trois Éternels ; un seul Dieu sage, bon, tout-puissant, et non pas trois dieux également sages, bons et tout-puissants ; elles ne font qu’un dans la volonté et la providence divine,et jouissent d’une seule et même gloire.

Je rejette les professions diminuées de la foi trinitaire qui, sous prétexte d’unité religieuse ou de prudence œcuménique, taisent volontairement ce que Dieu a révélé sur lui-même. Il ne suffit pas de dire avec les juifs et les musulmans que Dieu est un ; il ne suffit pas de reconnaître avec les ariens que le Fils est de même nature que le Père ; il ne suffit pas non plus de confesser avec les grecs schismatiques que le Saint-Esprit procède du Père en taisant le Filioque. Ce faux irénisme poursuit une concorde illusoire : en omettant de professer certaines vérités révélées, il substitue la confusion à la clarté et menace
l’intégrité de la foi.

III. La création de l’homme et l’ordre surnaturel de la grâce

Je crois que Dieu a créé l’homme à son image, pourvu d’une âme spirituelle et immortelle, capable de connaître la vérité, d’aimer le bien connu par la raison naturelle, et de se tourner librement vers son Créateur. L’homme n’est donc pas le produit nécessaire d’une évolution aveugle, ni le simple résultat de forces matérielles ; il vient de Dieu comme de sa cause créatrice, dépend de Dieu qui le maintient dans l’être, et est ordonné à Dieu comme à sa fin.

Je professe que Dieu n’a pas destiné l’homme à sa seule perfection naturelle, mais l’a appelé gratuitement à une fin surnaturelle qui dépasse absolument les forces et les droits de la nature créée : la vision béatifique, par laquelle l’âme verra Dieu face à face et participera à la vie intime de la Très Sainte Trinité. Que l’homme soit appelé à devenir enfant de Dieu, participant de la nature divine et héritier du Ciel, n’est pas l’accomplissement nécessaire de sa nature, mais un pur effet de la libéralité divine.

Je rejette donc toute doctrine qui dissout la distinction entre nature et grâce, qui fait de la vie surnaturelle une exigence de la nature humaine, ou qui présente la grâce comme un simple développement intérieur des capacités naturelles de l’homme. Une telle confusion ruine à la fois la gratuité du surnaturel et la réalité de la nature. Elle finit par réduire la foi à une anthropologie religieuse, et la Rédemption à une révélation de l’homme à lui-même.

Je professe également que la grâce ne détruit ni ne remplace la nature : elle la guérit, l’élève et la perfectionne tout en la conservant. L’ordre surnaturel ne remet en cause ni la raison, ni la loi naturelle, ni les créatures ; il les guérit et les subordonne à une fin plus haute. C’est pourquoi l’opposition moderne entre la liberté humaine et la grâce, entre la dignité de la personne et la dépendance envers Dieu, entre la culture et la foi, est radicalement fausse.

Je rejette le faux humanisme religieux qui célèbre l’homme en lui-même, comme si l’Incarnation avait révélé d’abord et seulement l’image de Dieu dans la création de l’homme, plutôt que la misère du péché et la miséricorde de Dieu s’abaissant vers le pécheur. L’homme n’est vraiment grand que lorsqu’il reçoit humblement la grâce qui le guérit et l’élève, fait pénitence pour ses péchés, se soumet à la vérité et vit en enfant de Dieu. En se séparant de Dieu, il ne s’exalte pas : il se perd.

Je professe que la dignité humaine, dans laquelle Dieu a établi sa créature au sommet du monde matériel, ne peut jamais être invoquée contre la loi de Dieu, contre la nécessité de la conversion, ou contre la soumission à la vérité révélée. Cette dignité est blessée par le péché : elle doit être restaurée et surélevée à la dignité des fils adoptifs de Dieu, par la grâce.

IV. Le péché originel et la condition de l’homme

Je crois que nos premiers parents furent établis par Dieu dans un état de justice et de sainteté originelles, et dotés des dons d’intégrité, d’impassibilité et d’immortalité. Par une faveur particulière de Dieu, ils possédaient non seulement l’intégrité de leur propre nature, mais encore les dons surnaturels qui les ordonnaient à la vie même de Dieu. Adam, chef et principe de l’humanité, reçut en outre le don de science.

Je professe que, par sa désobéissance, Adam a réellement commis le péché originel, qui se transmet à tous les hommes par génération. Ce péché est pour tous un péché de nature, qui les condamne à la mort, à la souffrance, à l’ignorance et à la concupiscence. Ayant été dépouillés de la grâce sanctifiante et des dons préternaturels, qu’ils ne peuvent plus transmettre à leur descendance, Adam et Ève ont été chassés du paradis terrestre.

En Adam, la nature de l’homme n’a cependant pas été détruite, mais seulement blessée : son intelligence, quoiqu’obscurcie, demeure capable de connaître la vérité ; son libre arbitre, quoiqu’affaibli,demeure capable de vouloir et d’aimer le bien naturel. C’est pourquoi je rejette toutes les doctrines qui, dans un pessimisme désespéré, jugent l’homme irrémédiablement corrompu et incapable de tout bien.

Toutefois, je rejette pareillement toutes les doctrines qui, dans un optimisme insensé, minimisent le péché originel, exaltent naïvement la bonté native de l’homme, ou prétendent fonder la paix universelle sur le seul progrès moral, technique, politique ou culturel de l’humanité. Les tragédies de l’histoire, les désordres des sociétés et les ténèbres du cœur humain s’expliquent fondamentalement, d’abord et avant tout, par la blessure profonde du péché.

Je professe que l’homme a besoin d’être sauvé par une rédemption qui le délivre à la fois de ce péché originel et de l’ensemble de ses péchés personnels. Cette rédemption – ou ce rachat – nécessite le don de la grâce de Dieu dans le Christ : sans elle, l’homme ne peut pas se sauver lui-même par ses œuvres naturelles, sa culture, sa science ou sa sincérité religieuse. Sans la grâce sanctifiante du Christ, il demeure incapable d’atteindre sa fin surnaturelle.

Je rejette donc le naturalisme moderne, qu’il soit théorique (en philosophie ou en théologie) ou pratique (en morale, en politique ou en pastorale). Toute doctrine qui parle de fraternité, de paix, de dignité ou de progrès, sans reconnaître le péché, la Croix ni la nécessité de la grâce, bâtit sur un fondement illusoire et finit par tromper les âmes qu’elle prétend servir.
Je professe en même temps que la gravité du péché ne doit jamais conduire au désespoir, car Dieu, dans sa miséricorde, n’a pas abandonné l’homme après sa chute, mais dès les origines, lui a promis un Sauveur né de la Femme, dont il a préparé progressivement l’avènement à travers l’histoire du salut.

En tout cela, je professe que les faits rapportés par le livre de la Genèse touchant les fondements de la religion catholique sont à prendre au sens littéral historique : par exemple, la création de toutes choses faite par Dieu au commencement du temps ; la création particulière de l’homme ; la formation de la première femme à partir du premier homme ; l’unité du genre humain ; le bonheur originel des premiers parents dans l’état de justice d’intégrité et d’immortalité ; le commandement donné par Dieu à l’homme pour éprouver son obéissance ; la transgression du précepte divin, à l’instigation du diable sous la forme du serpent ; la déchéance des premiers parents de cet état primitif d’innocence ; ainsi que la promesse du Rédempteur à venir.

V. Jésus-Christ, Verbe incarné, unique Médiateur et Rédempteur

Je crois et professe que Notre Seigneur Jésus-Christ est le Verbe éternel de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, consubstantiel au Père selon la divinité et de même nature que nous selon l’humanité, semblable à nous hormis le péché. Il est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, l’unique Sauveur du genre humain, l’unique Roi des âmes et des sociétés, promis par Dieu dans sa miséricorde à nos premiers parents et annoncé par les prophètes.

Je professe que lorsque vint la plénitude des temps, le Fils de Dieu s’est incarné, non pour confirmer l’homme dans sa dignité humaine ou pour lui révéler l’image de Dieu en lui-même, mais pour le sauver du péché et lui redonner accès à la vie éternelle. Né de la Vierge Marie, sans cesser d’être Dieu il a pris une nature humaine véritable, a vécu parmi nous, a enseigné la vérité, a accompli les prophéties, a manifesté sa divinité par ses miracles, puis s’est offert librement sur la Croix en sacrifice propitiatoire pour les péchés du monde.

Je professe que la Rédemption est une satisfaction véritable offerte à la justice divine, en réparation pour le péché d’origine et les péchés personnels. Le Christ, Prêtre et Victime dans son humanité sainte, nous a rachetés par son Sang. En portant nos péchés et en subissant la peine qui nous était due, il a offert à son Père un acte parfait d’obéissance, acte d’amour et de réparation, auquel la dignité de sa Personne divine conférait une valeur méritoire infinie.

Je rejette donc toute doctrine qui réduirait la Rédemption à une simple manifestation de l’amour de Dieu, à une solidarité du Christ avec les souffrances humaines, à une révélation de la dignité de l’homme, ou à une libération purement morale, politique ou sociale. La Croix n’est pas seulement un signe : elle est l’autel du sacrifice rédempteur. Le Christ n’a pas seulement annoncé le salut : il l’a mérité par son sacrifice. Sa passion volontaire et sa mort sur la Croix constituent l’unique sacrifice rédempteur par lequel l’humanité est réconciliée avec Dieu.

Je professe que le troisième jour il est ressuscité glorieux d’entre les morts, et que cette résurrection est proprement un fait historique. Elle est le signe le plus éclatant de sa victoire définitive sur le péché, la mort et l’enfer. Elle constitue le fondement de l’espérance chrétienne et le gage de notre propre résurrection. Elle représente aussi le principal motif de crédibilité de la divinité de Jésus-Christ.

Je crois que quarante jours plus tard il est monté aux cieux, qu’il siège désormais à la droite de son Père, qu’il gouverne invisiblement son Église par l’intermédiaire de son Vicaire, et qu’il intercède pour nous constamment, en attendant de revenir dans la gloire à la fin des temps, pour juger les vivants et les morts.

Je professe également que si le Christ est mort pour tous, tous ne sont pas sauvés par le fait même. Les mérites de la Passion doivent être appliqués aux âmes, ce qui a lieu ordinairement lorsque celles-ci reçoivent avec les dispositions requises les sacrements qui leur communiquent la grâce sanctifiante. Celui qui refuse les sacrements, les reçoit indignement, ou qui demeure volontairement dans le péché se ferme au salut que le Christ lui a acquis.

Je rejette donc le faux optimisme d’une rédemption universelle déjà réalisée en tout homme, indépendamment de sa conversion et de sa persévérance. Une telle doctrine détruit l’urgence de la prédication, affaiblit le zèle missionnaire, rend inutile la pénitence et contredit les paroles mêmes du Sauveur : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. »

Je professe enfin que Jésus-Christ est non seulement le Rédempteur des individus, mais le centre de toute l’histoire et le Roi de toute la Création. Tout a été créé par lui et pour lui ; tout doit être restauré en lui. Aucune culture, aucune société, aucune loi, aucune sagesse humaine ne trouve sa vraie perfection, complète et achevée, en dehors de son règne.

VI. La très sainte Vierge Marie dans l’économie du salut

Je crois que la très sainte Vierge Marie occupe dans l’histoire du salut une place unique voulue par Dieu de toute éternité, et que sa condition n’est donc pas la condition commune des autres créatures. Celui qui avait résolu de donner son Fils aux hommes avait aussi résolu de lui donner une Mère.

Je professe que la Bienheureuse Vierge Marie, par un privilège singulier, fut immaculée dès le premier instant de sa conception, afin d’être la digne Mère de Jésus-Christ : préservée du péché originel par prévision des mérites du Christ et ainsi rachetée d’une manière plus sublime, comblée de grâce dès le premier instant de son existence, Marie s’est toujours montrée parfaitement fidèle à la volonté de Dieu.

Je crois qu’elle demeura toujours vierge, avant, pendant et après l’enfantement ; sa virginité perpétuelle manifeste l’origine divine de son Fils et sa consécration totale à l’œuvre de Dieu.

Je professe que, véritablement Mère de Dieu et Mère des hommes, elle a été associée d’une manière unique et incomparable à l’œuvre rédemptrice de son divin Fils : nouvelle Ève auprès du nouvel Adam, son « Fiat » a ouvert la voie à l’Incarnation ; sa fidélité silencieuse a accompagné toute la vie du Sauveur ; sa Compassion douloureuse au pied de la Croix l’a unie d’un seul cœur au sacrifice rédempteur.

Je professe qu’ainsi unie à son divin Fils, elle a mérité par convenance dans sa Compassion ce que le Christ a mérité par justice stricte dans sa Passion ; non comme cause principale de la Rédemption, mais comme associée subordonnée, dépendante et toute relative à son Fils, dans un seul et même acte du rachat de nos âmes. C’est en ce sens que la piété catholique, appuyée sur l’enseignement traditionnel des papes et des théologiens, l’appelle à juste titre, en raison de cette Compassion, « Corédemptrice », et par conséquent « Médiatrice universelle ».

Je rejette par conséquent avec indignation la tendance moderne à diminuer les privilèges de la très sainte Vierge sous prétexte de prudence œcuménique, de dialogue avec les fausses religions, ou par crainte fallacieuse d’obscurcir l’unique médiation rédemptrice de Jésus-Christ. Affaiblir la doctrine mariale, ce n’est pas mieux honorer le Christ : c’est méconnaître l’ordre voulu par Dieu, qui a voulu venir à nous par Marie et nous conduire à lui par elle.

Je crois qu’au terme de sa vie terrestre, elle fut élevée corps et âme à la gloire céleste, où elle règne auprès du trône de Dieu, aux côtés de la sainte humanité de son divin Fils, sur les anges et sur les hommes, exerçant son rôle maternel de Dispensatrice de toutes les grâces.

Je professe enfin que le culte authentique et spécial rendu à sa Mère ne diminue en rien le culte dû à Dieu ; il l’accroît au contraire, parce qu’il reconnaît les merveilles de la grâce divine dans la créature la plus parfaite, et conduit les âmes plus sûrement à Jésus-Christ. La vraie restauration catholique ne peut être séparée de l’honneur rendu à celle qui écrase la tête du serpent.

VII. L’Église catholique, Corps mystique du Christ et unique arche du salut

Je crois fermement que, pour perpétuer et prolonger l’œuvre de la Rédemption jusqu’à la fin des siècles, Notre Seigneur Jésus-Christ a fondé une seule Église, visible, hiérarchique, indéfectible et nécessaire au salut. Cette Église, acquise par le Sang du Christ, confiée à Pierre et à ses successeurs, les Pontifes romains, n’est autre que l’Église catholique romaine.

Je professe que l’Église est une, sainte, catholique et apostolique. Elle est une par sa foi, son culte, son gouvernement et sa fin. Elle est sainte par son Fondateur, par sa doctrine, par ses sacrements et par les saints qu’elle ne cesse d’enfanter. Elle est catholique parce que, envoyée à tous les peuples et établie dans tout l’univers, elle est partout apte à procurer le salut aux hommes de toutes les conditions. Elle est apostolique parce qu’elle demeure fondée sur les Apôtres, conserve leur doctrine et poursuit leur mission, gouvernée par leurs successeurs.

Je professe que l’Église est identiquement société visible et Corps mystique du Christ. Le Christ en est la Tête ; les fidèles en sont les membres ; la vie surnaturelle acquise sur la Croix se communique en elle par les sacrements reçus dans la foi, et s’épanouit dans la charité.

Je professe que l’Église est l’Épouse immaculée du Christ. Le Christ l’a aimée jusqu’à se livrer pour elle, afin de la sanctifier et de se la présenter sans tache ni ride. Si ses membres peuvent pécher, elle-même, dans sa doctrine, ses sacrements, sa constitution divine et sa fin, demeure la gardienne fidèle et pure du dépôt révélé, et la dispensatrice des mystères de Dieu. Les fautes des hommes d’Église ne peuvent pas être imputées à l’Église en tant que telle ; elles viennent de ce que ces hommes n’ont pas vécu selon ses lois saintes. Aussi je rejette les accusations injustes et blasphématoires portées contre l’Église au nom des péchés de ses enfants, ainsi que les repentances qui semblent faire porter à l’Épouse du Christ les fautes de ceux qui l’ont trahie.

Je professe que l’Église est Mère des âmes. Elle les engendre à la vie divine par le baptême, les nourrit par l’Eucharistie, les relève par la pénitence, les fortifie par la confirmation, sanctifie les familles par le mariage, consacre les prêtres par l’ordre et assiste les mourants par l’extrême-onction. Sa maternité est surnaturelle et salvifique : elle donne aux hommes le pain de la saine doctrine, la grâce et les moyens de la vie éternelle.

Je professe que Dieu a voulu faire de l’Église le moyen nécessaire du salut ; de même qu’il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes que celui de Jésus-Christ, par lequel nous devions être sauvés, de même il n’y a aucun salut surnaturel indépendamment de l’Église catholique. Car tout salut vient de Jésus-Christ ; et toute grâce salutaire, soit est donnée dans et par l’unique Église qu’il a fondée, soit ordonne celui qui la reçoit à cette même Église.

Cette vérité signifie que nul ne peut être sauvé sans le Christ et son Église, par une fausse religion en tant que telle, ni assuré de son salut en dehors de la structure visible de l’Église. Si des hommes sont sauvés sans appartenir à la société visible qu’est l’Église, Corps mystique du Christ, ils le sont par une ordination surnaturelle à l’unique Église du salut, et malgré les erreurs des fausses religions où ils se trouvent, dont ils se délivrent en ne refusant pas la grâce qui leur est offerte, et en y correspondant.

Je rejette donc le faux œcuménisme, reposant sur cette idée que le Saint-Esprit ne refuserait pas de se servir des communautés séparées comme de moyens de salut, comme si l’Église du Christ y était présente et agissante, ou comme si ces communautés possédaient en elles-mêmes une valeur salvifique, dont la vertu dériverait de la plénitude de grâce et de vérité confiée à l’Église catholique. Si quelque homme accède à la vérité révélée ou reçoit une grâce de sanctification en dehors des limites visibles de l’Église catholique, cette vérité et cette grâce appartiennent de droit à cette même Église, appellent sans équivoque à l’unité catholique, et le Saint-Esprit ne les donne pas en se servant comme de moyens de salut des communautés séparées en tant que telles, dont on ne saurait trop détourner les âmes.

Je rejette également l’idée selon laquelle les religions non chrétiennes reflèteraient un rayon de la vérité qui illumine tout homme, ou seraient des voies légitimes par lesquelles Dieu conduirait positivement les hommes au salut. Quelques fragments de vérité naturelle, ou des vestiges déformés de vérités anciennes, peuvent bien se rencontrer chez les adeptes de ces fausses religions ; mais celles-ci prises comme telles, et en tant qu’elles mêlent l’erreur à leur culte, sont l’œuvre du démon et ne peuvent être agréées par Dieu. Le Saint-Esprit ne se sert pas d’elles comme de voies de salut, et il ne se trouve en elles aucune vertu propre de l’unique Église du Christ, seule lumière qui éclaire tout homme dans les ténèbres.

Je rejette encore l’idée d’un « christianisme anonyme », selon laquelle tout homme qui mène une vie naturellement honnête, qu’il soit « croyant », athée ou agnostique, serait orienté vers le Christ et donc sauvé par lui, parce que « chrétien » sans le savoir.

Je professe enfin que l’ancienne Alliance a été accomplie, dépassée et rendue caduque par la Nouvelle Alliance, qui est l’accomplissement de la promesse faite à Abraham, dans le Christ et dans son Église. Les figures de l’ancienne Loi ont trouvé leur réalisation et leur cessation dans le sacrifice du véritable Agneau, Médiateur de la Nouvelle Alliance et Prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech. De par la volonté éternelle de Dieu, la véritable descendance d’Abraham est le Christ, avec ceux qui lui appartiennent dans son Corps mystique qui est l’Église.

Je réprouve donc la nouvelle ecclésiologie, qui détruit l’élan missionnaire en relativisant l’unicité de l’Église, seule arche du salut.

Je rejette également l’inculturation comprise comme l’adoption sans discernement des catégories religieuses, morales ou symboliques des cultures païennes et de leurs pratiques. L’Évangile peut assumer ce qui est naturellement bon, vrai et noble dans les peuples ; il ne peut jamais consacrer l’idolâtrie, la superstition, l’erreur ou les mœurs contraires à la loi naturelle. La mission de l’Église n’est pas un dialogue indéfini, une coopération humanitaire ou une reconnaissance mutuelle des traditions religieuses : elle est l’ordre reçu du Christ d’enseigner toutes les nations, de les baptiser et de leur apprendre à garder tout ce qu’il a commandé.

VIII. Le Saint-Esprit, sanctificateur des âmes et âme de l’Église

Je professe que le Saint-Esprit, troisième Personne de la Très Sainte Trinité, vrai Dieu avec le Père et le Fils, a parlé par les prophètes, inspiré les Écritures, sanctifié les justes, formé l’humanité du Verbe incarné dans le sein virginal de Marie, et a été envoyé visiblement à la Pentecôte pour manifester l’Église et la vivifier jusqu’à la consommation des siècles.

Je crois que, envoyé par le Père et le Fils, il demeure dans l’Église jusqu’à la fin des siècles, conformément à la promesse de Notre-Seigneur. Il est l’âme incréée de l’Église, non comme une forme substantielle qui abolirait la distinction entre le Christ et ses membres, mais comme le principe invisible et la cause efficiente de sa vie surnaturelle, de son unité de profession de foi et de culte, de la sainteté de son gouvernement et de son Magistère, et de sa fécondité en ses œuvres.

Je professe que toute la vie de l’Église dépend de son action. C’est lui qui assiste le Magistère ecclésiastique, spécialement celui du Pape, pour qu’il conserve, déclare et explique sans erreur le dépôt révélé : non pour qu’il invente de nouvelles doctrines, mais pour qu’il pénètre plus profondément, dans le même sens et la même signification, la vérité déjà révélée par Dieu aux Apôtres.

Je crois que c’est lui qui communique aux âmes, dans les sacrements, la grâce acquise par le Sauveur, habite en elles par cette grâce et les rend conformes au Christ ; lui qui éclaire les intelligences par sa sagesse, soutient les volontés par sa force, répand sa charité dans les cœurs ; lui qui suscite les bonnes œuvres, inspire la charité fraternelle et conduit les âmes vers leur perfection.

C’est lui qui a soutenu les martyrs, éclairé les docteurs, suscité les missionnaires, nourri la vie contemplative, fécondé les ordres religieux et fait fleurir la sainteté dans tous les états de vie. Les grandes œuvres de la civilisation chrétienne, fruits de la culture catholique, témoignent elles-mêmes de cette présence discrète mais féconde de l’Esprit de Dieu dans l’Église à travers les siècles.

Je réprouve donc toute prétention à invoquer le Saint-Esprit pour justifier des adaptations doctrinales en rupture avec la Tradition, des renversements moraux, ou des procédés synodaux par lesquels on met en discussion ce que l’Église a reçu de Dieu. L’Esprit de vérité ne peut inspirer aujourd’hui le contraire de ce qu’il a inspiré hier. Il n’invite pas l’Église à écouter le monde pour en recevoir les aspirations ; il la pousse au contraire à enseigner le monde, à le convertir et à le sanctifier. Son œuvre n’est ni de susciter des inspirations anarchiques, ni d’encourager la créativité doctrinale, ni de faire reposer la vie spirituelle sur la recherche de phénomènes charismatiques extraordinaires ; elle consiste à guider les âmes en éclairant leur foi et à les défendre contre leurs ennemis spirituels, pour achever en elles l’œuvre de leur salut et les conduire dans la lumière de l’éternité.

IX. Le Pontife romain, l’épiscopat et la constitution hiérarchique de l’Église

Je reconnais dans le Pontife romain le successeur de saint Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ, le Pasteur suprême et universel, chef visible de toute l’Église, possédant, par institution divine, un pouvoir de vraie et propre juridiction suprême, plénier, immédiat et universel, sur tous les pasteurs et sur tous les fidèles baptisés dans l’Église.

Je crois que cette autorité ne lui vient pas d’une délégation de la communauté, mais directement du Christ lui-même, qui a institué cette charge pour la garde de la doctrine de la foi, la sanctification des âmes et le gouvernement de l’Église.
Je reconnais qu’en raison de ce pouvoir propre et véritable, pasteurs et fidèles lui doivent respect et obéissance filiale dans tout ce qui relève de l’exercice légitime de sa charge. Ainsi, l’unité de communion avec le Pontife romain et l’unité de profession de la même foi étant sauvegardées, l’Église du Christ constitue un seul troupeau sous un seul pasteur suprême.

Je reconnais également que les évêques sont les successeurs des Apôtres, ce qui fait d’eux de véritables pasteurs de droit divin, possédant dans l’Église, de par la volonté du Christ, une juridiction particulière et subordonnée, qu’ils reçoivent immédiatement du Pontife romain. Unis à ce dernier dans la soumission à son autorité suprême, ils exercent légitimement leur propre autorité dans leurs diocèses respectifs, comme établis par le Saint-Esprit dans l’ordre hiérarchique voulu par le Christ.

Je reconnais encore que le corps des évêques, uni à son chef le Pontife romain et jamais sans ce chef, peut être le sujet extraordinaire et non permanent d’un pouvoir plénier et suprême sur l’Église universelle, mais que cela a lieu seulement dans l’acte d’un concile œcuménique, sur l’initiative et l’ordre du seul Souverain pontife, et dans les limites de sa volonté exclusive.

Je rejette en conséquence les conceptions collégialistes qui feraient du collège des évêques une personne morale permanente dans l’Église, ou un deuxième sujet du pouvoir suprême, distinct du successeur de Pierre. La constitution monarchique de l’Église est d’institution divine et intangible, et il en sera ainsi jusqu’à la fin des siècles, car nul ne peut redéfinir la fonction que le Christ lui-même a conférée à Pierre dans son Église.

Je rejette pareillement les conceptions synodales qui tendent à transformer l’Église hiérarchique en une structure consultative, parlementaire ou démocratique, soumise aux opinions fluctuantes du peuple chrétien ou aux pressions du monde. La conscience collective des fidèles, les enquêtes pastorales, les sensibilités culturelles et les attentes du monde ne sont pas des sources de la Révélation. L’écoute légitime des âmes ne peut jamais devenir une adaptation continuelle de la vie de l’Église, de sa doctrine et de sa constitution divine à l’esprit du monde, sous prétexte d’interpréter le « sensus fidei » du peuple de Dieu.

X. Le Magistère, gardien du dépôt révélé

Je crois que le Pontife romain jouit de l’infaillibilité lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, accomplissant sa charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine concernant la foi ou les mœurs doit être tenue par l’Église universelle.

Je professe en outre que le pouvoir de Magistère dans l’Église est essentiellement ordonné à la garde du dépôt révélé et, par le moyen de celle-ci, au salut des âmes. Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils manifestent une doctrine nouvelle, mais pour qu’ils gardent saintement et exposent fidèlement le dépôt transmis par les Apôtres.

C’est pourquoi le magistère présent ne peut contredire substantiellement le magistère antérieur. Le magistère vivant n’est pas la prédication actuelle opposée à la prédication passée ; il est la prédication continuelle et ininterrompue de la même signification de la même vérité de foi à travers les siècles. Le pape et les évêques ne sont pas les maîtres de la Révélation ; ils en sont les gardiens et lui sont soumis comme le disciple l’est au maître. Ils ne peuvent ni changer la foi, ni modifier la constitution divine de l’Église, ni déclarer bon ce qui est contraire à la loi de Dieu.

Je rejette donc toute conception évolutive du dogme selon laquelle les vérités révélées changeraient de signification au cours de l’histoire. Il peut y avoir au sein de l’Église un progrès homogène dans l’intelligence, qui perçoit mieux, de façon plus distincte et plus explicite, le sens de la vérité révélée ; mais jamais une mutation du sens de cette vérité. Ce qui a déjà été enseigné par le Magistère vivant de l’Église enseignante, et cru dans la profession de foi de l’Église enseignée, ne peut devenir faux ; ce qui a été condamné comme contraire à la foi ne peut devenir légitime ; ce qui appartient à la constitution divine de l’Église ne peut être remodelé selon les catégories du monde moderne ou le contexte historico-culturel.

Je rejette donc la notion d’un nouveau magistère, qui prétendrait s’autoriser du temps présent pour imposer des doctrines opposées ou étrangères à la Tradition constante. Je rejette également l’opposition artificielle entre le Magistère d’hier et celui d’aujourd’hui, comme si le seul Magistère vivant de l’Épouse du Christ était celui du temps présent et pouvait, sous prétexte de mieux l’adapter, renier ce que l’Église a toujours enseigné, cru et condamné depuis l’époque des Apôtres.

Je tiens que, demeurant sauve la légitime liberté de recherche et d’opinion des théologiens relativement aux questions doctrinales ouvertes ou disputées, le Magistère de l’Église a le devoir légitime d’exercer un contrôle et, le cas échéant, une censure sur les publications, pour éviter que celles-ci ne mettent en danger la foi des fidèles. Je rejette donc l’accusation portée contre la sainte Église d’avoir manqué de charité, en anathématisant les hérésies et en excommuniant les hérétiques.
Je rejette aussi le dialogue perpétuel instauré dans l’esprit du dernier Concile, par lequel la hiérarchie renonce à exercer un véritable Magistère, et prétend tantôt recevoir son inspiration du « sens de la foi » du peuple des croyants, tantôt discuter d’égal à égal avec les adeptes des fausses religions, ou même avec les incroyants.

Je rejette enfin la conception subjectiviste du pluralisme théologique, qui découle d’une telle démission de la fonction magistérielle. Je tiens que l’Église n’est pas une assemblée en recherche permanente, mais qu’elle est la gardienne d’une vérité révélée par Dieu et transmise par les Apôtres, et que son Magistère authentique, assurant au cours de tous les siècles la transmission ininterrompue du dépôt révélé, est la règle prochaine et universelle de la vérité en matière de foi et de mœurs.

XI. L’ordre moral et la loi de Dieu

Je professe qu’il existe un ordre moral réellement fondé dans la sagesse éternelle de Dieu. Les actes humains sont bons ou mauvais selon leur conformité ou leur opposition à la loi divine, sainte et indéfectible. Les opinions individuelles, le consensus social, les intentions subjectives, les circonstances historiques, ne peuvent pas changer la valeur intangible de ces principes de la morale chrétienne.

De l’immense bonté par laquelle Dieu a élevé l’homme à l’ordre surnaturel, il s’ensuit que l’homme n’a qu’une fin ultime, surnaturelle, à laquelle il reste ordonné selon le dessein de Dieu, même après le péché. Cette fin surnaturelle assume, élève et perfectionne la fin de l’ordre naturel de l’homme.

La loi naturelle, inscrite par Dieu dans la nature de l’homme, reste connaissable par la droite raison et oblige tous les hommes. La loi positive révélée, d’ordre surnaturel, la confirme, l’élève et la précise en la dépassant. Il n’y a donc aucune opposition entre la loi de l’Évangile et la loi naturelle ; bien plus, la même grâce donne à l’homme la force d’être surnaturellement fidèle à leurs exigences respectives, et de jouir ainsi de cette liberté des enfants de Dieu par laquelle, délivré du pouvoir du péché, il peut tendre vers sa fin ultime.

Je rejette donc la morale de situation, selon laquelle les circonstances concrètes pourraient rendre bonnes des actions intrinsèquement mauvaises. En particulier je tiens qu’aucune circonstance ne pourra jamais légitimer le recours à la contraception, à l’avortement et à l’euthanasie. Je rejette toute doctrine qui prétendrait qu’une conduite objectivement contraire aux commandements de Dieu pourrait constituer, pour certains, la réponse généreuse actuellement demandée par Dieu. Dieu ne commande jamais le péché ni ce qui est impossible ; il ne bénit jamais le désordre moral et ne justifie jamais ce qui contredit sa propre loi ; mais à celui qui fait son possible, il ne refuse jamais sa grâce pour garder ses commandements.

Je professe que les unions adultères, les unions contre nature et toutes les situations publiques contraires à la loi divine ne peuvent être présentées comme des biens imparfaits, des dons de Dieu, des étapes positives ou des réalités susceptibles d’être bénies en tant que telles. Une telle présentation trompeuse altère gravement les principes de la morale chrétienne, et porte atteinte à l’institution sacrée du mariage et au bien des familles.

Je rejette donc comme contraire à la foi et à la discipline constantes de l’Église la prétention d’admettre aux sacrements, et tout spécialement à la réception de la très sainte Eucharistie, ceux qui persistent publiquement dans de tels états sans renoncer à leur désordre. La vraie miséricorde appelle le pécheur à la conversion ; elle ne ratifie pas le péché sous prétexte d’accompagnement pastoral ou de discernement des situations particulières.

Je rejette pareillement la dissociation moderne entre doctrine et pastorale. Une pastorale qui contredit la doctrine n’est pas pastorale ; elle égare les âmes. La charité ne consiste pas à taire la vérité pour éviter la souffrance, mais à dire la vérité avec bienveillance pour conduire au salut. La médecine de l’Église ne peut guérir qu’en nommant le mal, en appelant à la pénitence et en offrant les remèdes de la grâce.

Je professe enfin que Dieu est non seulement l’auteur et la fin de l’ordre moral, mais aussi son gardien, son juge et le souverain rémunérateur du bien et du mal. L’oubli du jugement divin engendre une fausse miséricorde, sentimentale et impuissante, qui ne sauve personne parce qu’elle ne convertit personne.

XII. La royauté sociale du Christ et la civilisation chrétienne

Je professe que la Très Sainte Trinité peut et doit être reconnue et adorée non seulement par chaque homme en particulier, mais aussi par les familles, les institutions et les sociétés civiles. Aucune autorité humaine n’est indépendante de Dieu, car toute autorité vient de lui et doit s’exercer selon la loi éternelle.

Je professe que les sociétés civiles, comme les personnes, ont le devoir de reconnaître et d’honorer ce seul et unique vrai Dieu, qu’est Jésus-Christ, Verbe incarné, deuxième Personne de la Sainte Trinité, et de lui rendre le culte qui lui est dû, dans la vraie religion révélée et instituée par Lui.

Je professe que les autorités qui gouvernent ces sociétés doivent en procurer le bien commun en se conformant à la double loi divine, naturelle et révélée. L’usage de la liberté ne consiste pas à donner libre cours à tous les caprices de la concupiscence, mais à choisir la meilleure manière d’user des biens de ce monde en vue du salut éternel.

Je rejette ainsi le laïcisme moderne, qui prétend constituer la société comme si Dieu n’existait pas. Le refus public de reconnaître Dieu comme souverain Seigneur n’est pas une neutralité, mais une injustice sociale envers le Créateur et une cause profonde de désordre dans les peuples. En effet, une société qui refuse à Dieu l’honneur qui lui est dû détruit progressivement les fondements de sa propre justice : elle coupe la loi humaine de sa source éternelle et livre les peuples aux volontés changeantes de l’homme déchu.

Je professe que Notre Seigneur Jésus-Christ, parce qu’il est le Verbe incarné et parce qu’il a racheté les hommes par son Sang, est Roi non seulement des individus, mais aussi des familles, des institutions, des peuples et des nations. Toute puissance lui a été donnée au ciel et sur la terre : son règne ne se limite pas au for intérieur des consciences ou à la sphère privée ; il doit s’étendre au for externe, aux lois, aux mœurs, à l’éducation, à la culture et à la vie publique. Son Royaume est éternel et universel : royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d’amour et de paix.
Je professe que la société civile, quoique parfaite en son ordre, ne possède pas tous les moyens nécessaires pour conduire l’homme à sa vraie perfection, laquelle demeure inaccessible à la nature humaine déchue sans le secours de la grâce guérissante et élevante.

C’est pourquoi je professe que ceux qui gouvernent la société doivent se soumettre à l’influence salutaire de l’Église, qui éclaire les intelligences par son Magistère, guérit et fortifie les volontés par la grâce des sacrements, et oriente l’homme vers sa vraie destinée surnaturelle, dont elle a la garde. Le bien de la société exige en conséquence que les chefs d’État reconnaissent leur droit et leur devoir de favoriser et de protéger la sainte Église, ainsi que de s’opposer par les lois de leur gouvernement à tout ce qui ferait obstacle à son influence nécessaire, qui est celle de l’unique vraie religion.

Je rejette donc le libéralisme politique et religieux : non seulement celui qui revendique pour l’erreur les mêmes droits que pour la vérité, et pour les faux cultes la même reconnaissance officielle et publique que pour le vrai ; mais aussi celui qui, au nom de la dignité humaine et d’une fausse liberté religieuse, attribue à chacun le droit d’agir publiquement selon sa conscience sans en être empêché par l’autorité civile, même lorsque cette conscience est erronée et s’oppose au bien commun ou à la vraie religion.

J’admets que l’erreur peut être en certains cas tolérée pour éviter de plus grands maux, ou pour préserver le bien plus grand de la paix civile, mais je professe qu’elle ne possède pas en elle-même un droit moral à être défendue ou encouragée au même titre que la vérité, ni même à n’être jamais entravée au nom d’une fausse liberté de conscience.

Je tiens également que, si l’homme possède une dignité ontologique qui l’élève au-dessus des êtres matériels, la dignité humaine à respecter n’est pas indifférente au vrai et au faux que professent les personnes, ni au bien et au mal qu’elles accomplissent : celui qui professe le faux ou accomplit le mal déchoit de sa dignité morale. C’est pourquoi, lorsque l’autorité légitime, pour défendre le bien commun contre des désordres graves, sanctionne les crimes selon les exigences de la justice, par des peines proportionnées, elle ne porte nullement atteinte à la dignité humaine.

Je rejette aussi cette forme moderne de personnalisme qui voudrait assigner pour mission à l’Église la sauvegarde de la dignité de la personne humaine, et l’instauration d’une fraternité universelle sur le fondement de cette dignité prétendument commune au genre humain – sans établir de distinction entre, d’une part, la vraie dignité du chrétien qui renonce au péché pour vivre selon la morale évangélique dans l’Église catholique, et d’autre part, la fausse dignité de ceux qui, égarés dans l’erreur et le vice, refusent la voie du salut.

Je réprouve la falsification qui en découle et qui tend à faire de l’Église, sinon la servante, du moins la collaboratrice du monde dans la réalisation de son idéal propre : celui d’une paix purement terrestre et temporelle, fondée sur un perfectionnement naturaliste de l’humanité, sans perspective surnaturelle. Cet idéal favorise l’indépendance de l’homme à l’égard de Dieu, de sa loi, de la vérité et du bien ; implique le mépris de la royauté sociale du Christ et de la Chrétienté ; et conduit finalement à l’athéisme et à la substitution de l’homme à Dieu.

Je rejette également le préjugé moderne qui présente la civilisation chrétienne comme oppressive, obscurantiste ou ennemie de la dignité humaine. Loin de détruire ce qu’il y a de bon dans les différentes cultures, l’ordre chrétien l’assume et le purifie. C’est ainsi que, à partir de la doctrine révélée et par le rayonnement de la théologie catholique, spécialement celle de saint Thomas d’Aquin, Docteur commun de l’Église, s’est constituée, sous la vigilance du Magistère, une véritable culture chrétienne de portée universelle, intégrant les meilleurs éléments des cultures grecque et latine. Fruit authentique de l’Évangile, elle a contribué à éduquer les peuples et à les faire croître dans la foi et les vertus chrétiennes. Même si elle ne fut jamais parfaite, les hommes demeurant toujours pécheurs, cette civilisation fut néanmoins dans l’histoire la plus haute réalisation de l’ordre social chrétien.

À l’inverse, le refus moderne de la royauté sociale du Christ a produit un recul de la civilisation, à travers la laïcisation des institutions, la dissolution du mariage, la destruction de l’autorité, l’éducation sans Dieu, la tyrannie des passions et l’effacement progressif de l’esprit de sacrifice dans les nations autrefois catholiques. Contre cette apostasie publique, nous professons qu’il faut tout restaurer dans le Christ, qui est le seul Saint et, à travers son Corps mystique, le seul sanctificateur des âmes et des peuples.

XIII. Les sacrements de la Loi nouvelle

Je crois qu’il existe sept sacrements proprement dits de la Loi nouvelle, institués par Notre Seigneur Jésus-Christ pour conférer efficacement la grâce qu’ils signifient : le baptême, la confirmation, l’Eucharistie, la pénitence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage.

Je professe que les sacrements doivent être célébrés validement, avec la matière, la forme et l’intention prescrites, en observant les rites liturgiques qui expriment clairement la foi catholique ; et qu’ils doivent être reçus avec les dispositions requises.

Je crois que le baptême est la porte de l’Église et qu’il est nécessaire au salut. Ordinairement, nul ne peut être sauvé sans le recevoir ; par ce sacrement, l’homme est lavé du péché originel, incorporé au Christ, marqué du caractère chrétien et rendu membre de l’Église. C’est pourquoi je réprouve la pratique qui consiste à différer sans motif grave le baptême des enfants qui n’ont pas l’usage de la raison. Cependant, celui qui, après l’âge de raison et sans faute de sa part, est empêché d’accéder à ce sacrement, peut se sauver de manière extraordinaire par le baptême de désir, c’est-à-dire par un acte surnaturel de foi et de charité parfaite qui l’ordonne à l’Église.

Je professe que la confirmation fortifie le baptisé par le don du Saint-Esprit, afin qu’il confesse courageusement la foi, résiste aux ennemis du salut et vive en témoin du Christ. Dans un temps de confusion, cette force surnaturelle est particulièrement nécessaire, car nul ne peut garder la foi sans combat.

Je professe que la pénitence remet les péchés commis après le baptême, moyennant les actes du pénitent que sont la contrition, la confession et la satisfaction. Je rejette fermement toute pastorale qui affaiblit le sens du péché, minimise la nécessité de la confession sacramentelle, ou réduit la satisfaction à une simple démarche de réparation à l’égard de soi-même ou d’autrui, sans référence à l’offense commise envers Dieu.
Je professe que l’extrême-onction soulage et fortifie les malades, remet les péchés s’il y a lieu, contribue puissamment à effacer la peine due au péché, et prépare l’âme chrétienne à paraître devant Dieu.

J’affirme que le mariage est l’union stable et indissoluble d’un homme et d’une femme, élevée par le Christ à la dignité de sacrement entre baptisés. Le but de cette union, établi par Dieu, ordonnateur de la nature, est double : la génération et l’éducation des enfants d’une part, qui constituent la fin primaire et principale du mariage ; le soutien mutuel des époux et le remède à la concupiscence d’autre part, qui en sont les fins secondaires, fins véritables et essentielles, mais naturellement subordonnées à la première.

Je rejette donc toute doctrine qui considère les unions contraires au mariage comme des participations réelles, quoiqu’imparfaites, de ce dernier ; ou qui, en voulant définir le mariage en fonction du seul amour des conjoints, détruit la hiérarchie des fins du mariage, au risque de légitimer le divorce, le refus d’avoir des enfants, et ainsi la contraception, pourtant contraire au droit naturel.

Je confesse que le sacrement de l’ordre imprime en celui qui le reçoit le caractère sacerdotal qui le configure au Christ Prêtre, et qu’aucune femme ne peut le recevoir, à quelque degré que ce soit. Par là, le prêtre reçoit le pouvoir d’offrir le sacrifice salutaire pour les vivants et pour les morts, de remettre les péchés et de sanctifier les fidèles. Je rejette ainsi toute confusion entre le sacerdoce, au sens vrai et propre des ministres du Christ, et le sacerdoce commun, dit au sens impropre des fidèles : les fidèles offrent spirituellement avec le prêtre et par le prêtre ; mais seul le prêtre dûment ordonné réalise et offre sacramentellement le sacrifice en la personne du Christ.

XIV. Le saint sacrifice de la Messe, la sainte Eucharistie et la liturgie catholique

Je professe que la Messe est véritablement, au sens propre du terme, un sacrifice. Elle n’est pas seulement un mémorial de la Cène ou de la Passion ; célébrée par un prêtre dûment ordonné, elle représente sacramentellement le sacrifice unique du Calvaire, et le renouvelle de manière non sanglante, sans le multiplier pour autant. La Victime est la même, le Prêtre principal est le même, seule la manière d’offrir diffère.

Dans la Messe, et par l’action de son ministre, Notre Seigneur Jésus-Christ s’offre lui-même à son Père en sacrifice d’adoration, d’action de grâces, de propitiation et d’impétration. En s’unissant à cette action du Christ, qui est identiquement celle du prêtre célébrant, l’Église rend à Dieu le culte parfait qui lui est dû, et applique aux âmes des vivants et des défunts les mérites du sacrifice de la Croix.

Je crois que, par les paroles de la consécration prononcées validement par un prêtre, le pain et le vin sont changés dans toute leur substance au Corps et au Sang du Christ, bien que leurs accidents sensibles demeurent. Ce changement admirable est justement appelé transsubstantiation.

Je crois que la très sainte Eucharistie occupe le centre de la vie de l’Église, et qu’elle contient véritablement, réellement et substantiellement le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. J’adore le Très Saint Sacrement de l’autel et rejette toute doctrine ou pratique qui affaiblit la foi en la présence réelle, diminue le respect dû à l’Eucharistie, banalise la communion ou altère le caractère sacré du sanctuaire.

Parce qu’elle est l’expression privilégiée de la foi, la liturgie est aussi l’école permanente où se forme l’âme chrétienne. Par son orientation, son silence, ses gestes, son canon, sa langue sacrée, son esprit d’adoration et sa structure théocentrique, la liturgie nourrit la foi et exerce une influence profonde sur les âmes. Par elle, les peuples apprennent à penser selon Dieu, à juger selon l’éternité, à aimer ce qui est saint, à mépriser ce qui passe et à ordonner leur vie entière au sacrifice du Christ. Elle façonne aussi les mœurs, inspire les arts, les institutions, les fêtes et les coutumes du peuple chrétien. C’est pourquoi, lorsque le culte divin devient prosaïque, creux, équivoque, profane ou anthropocentrique, il affaiblit l’intelligence même de la foi.

Je professe que la messe traditionnelle romaine, célébrée selon le rite en usage avant la réforme du Novus Ordo Missae, exprime avec une clarté incomparable la doctrine catholique du sacrifice, du sacerdoce et de la présence réelle. Mais je constate avec douleur que les réformes liturgiques contemporaines se sont éloignées considérablement de la liturgie traditionnelle, dans l’ensemble comme dans le détail : ce faisant, elles ont obscurci le caractère sacrificiel et propitiatoire de la Messe, favorisé une conception démocratique du culte, rapproché l’expression liturgique catholique des conceptions protestantes, et contribué ainsi de manière prépondérante à la perte du sens du sacré, à la corruption de l’esprit chrétien, à la diminution des vocations et à l’affaiblissement général de la foi.

Je rejette donc toute réforme ou tout usage liturgique qui, par omission, ambiguïté doctrinale ou orientation pratique, favorise l’hérésie, affaiblit la foi, s’éloigne de la doctrine catholique de la messe formulée au Concile de Trente, ou détourne les fidèles de l’adoration due à Dieu. Le culte public de l’Église doit exprimer la foi catholique sans équivoque.

Je suis certain, enfin, que la restauration catholique des peuples passe nécessairement par la restauration du culte divin, à travers la liturgie traditionnelle de toujours. Là où la Messe est célébrée comme le vrai sacrifice du Christ, renaissent la foi, la piété, la vie de la grâce, les familles chrétiennes, les vocations et le désir des biens éternels.

XV. La vie chrétienne, la sainteté et la perfection de la charité

Je crois que la vocation suprême de l’homme est la sainteté. Créé par Dieu, racheté par le Christ et sanctifié par l’action du Saint-Esprit, l’homme est appelé à participer à la vie même de Dieu par une conformité croissante à sa volonté, pour parvenir à l’union parfaite et définitive avec lui dans la gloire.

Je crois que la grâce sanctifiante fait de l’homme un enfant adoptif du Père, un membre de Jésus-Christ, un temple du Saint-Esprit et un héritier de la vie éternelle. Elle rend l’âme agréable à Dieu, lui communique une participation créée à la nature divine, la rend capable d’actes surnaturels et l’ordonne à la vision béatifique. Les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité unissent l’âme directement à Dieu ; les vertus morales infuses ordonnent sa conduite selon la loi divine ; les dons du Saint-Esprit la rendent apte à recevoir docilement ses inspirations, donnant aux vertus leur perfection ultime.

Je crois que la vie chrétienne comporte, pour une part très importante et non négligeable, un combat spirituel. Depuis la chute originelle, l’homme demeure exposé aux tentations du monde, de la chair et du démon. La grâce ne supprime pas ce combat : elle donne la force nécessaire pour le mener victorieusement.

Je crois que le chemin de la sainteté passe par l’imitation de Jésus-Christ, l’obéissance à ses commandements, la prière, les sacrements, la pénitence, le renoncement à soi-même, la fidélité au devoir d’état et l’amour de la Croix. Le disciple n’est pas au-dessus du Maître : s’il veut entrer dans la gloire, il doit marcher à la suite du Christ crucifié.

Je rejette donc le faux christianisme sans Croix, qui promet une paix terrestre sans conversion, une miséricorde sans pénitence, une fraternité sans dépendance à l’égard de la paternité de Dieu, et une sainteté sans héroïsme. L’Église n’a jamais canonisé la médiocrité, l’adaptation au monde ou la simple bonne volonté naturelle ; elle a proposé à l’imitation de ses fidèles des saints dont la foi fut intègre, la charité héroïque et la vie conformée à celle du Christ.

Je rejette donc toute réduction de la vie chrétienne à une vague philanthropie, à une sensibilité sociale ou à un engagement terrestre. La charité chrétienne ne se mesure pas d’abord à l’émotion partagée ou à l’utilité visible, mais à l’amour surnaturel de Dieu par-dessus tout et du prochain pour Dieu. La miséricorde corporelle elle-même perd sa vraie signification et sa valeur authentique lorsqu’elle n’est plus ordonnée à la miséricorde spirituelle et au salut éternel.

Je professe que la sainteté est le plus beau fruit de l’Église. Les martyrs, les confesseurs, les vierges, les moines, les missionnaires, les docteurs, les pasteurs et toutes les saintes âmes fidèles témoignent de la puissance de la vérité, de la fécondité de la grâce, et de la victoire du Christ sur le péché.

XVI. Les fins dernières et l’espérance chrétienne

Je crois que la vie présente est un temps de préparation à l’éternité et donc d’épreuve. L’homme n’a pas ici-bas sa demeure définitive : il est créé pour une destinée surnaturelle qui dépasse infiniment les biens passagers de ce monde. Je crois à la vie après la mort, où l’on entre par la séparation de l’âme et du corps.

Je crois qu’au terme de sa vie terrestre, chacun comparaîtra d’abord devant le tribunal du Christ pour le jugement particulier et recevra, selon ses pensées, paroles, actions et omissions, la sentence de sa destinée éternelle ; je crois aussi qu’à la fin des temps, Notre Seigneur Jésus-Christ reviendra dans sa gloire pour présider le jugement général.

Je soutiens avec amour et tremblement que, dans les œuvres de Dieu, resplendissent à la fois la miséricorde et la justice. Le péché de l’homme a porté atteinte à la gloire du Créateur, l’homme est devenu le débiteur de Dieu, et la justice divine exige réparation ; mais, dans sa plus grande miséricorde, Dieu nous a donné un Rédempteur qui, en tant que Chef de l’humanité, a offert lui-même, pour les péchés du monde entier, une satisfaction qui appelle le concours de la nôtre.

Je me confie dans l’infinie miséricorde de Dieu : il n’est aucun péché qu’il ne puisse pardonner ni aucune misère qu’il ne veuille soulager ; mais je réprouve fermement cette miséricorde sans justice que prêche le nouvel humanisme, celle d’un dieu qui ne châtie pas le péché, ne condamne personne et n’exige aucune conversion, justifiant plutôt le péché que le pécheur.
Je professe que les âmes qui meurent en état de péché mortel sont condamnées à l’effroyable abîme de l’enfer, peine éternelle de la privation de Dieu et peine éternelle du feu. Je rejette toute doctrine qui nie l’éternité de l’enfer, diminue la réalité des peines éternelles, ou laisse entendre que tous les hommes seront finalement sauvés, l’enfer demeurant vide.

Je crois que les âmes qui meurent en état de grâce, mais sont encore redevables de peines temporelles, sont purifiées au purgatoire. Je professe donc la nécessité de prier pour les défunts, de leur appliquer les suffrages de l’Église, et je rejette les mensonges qui promettent à tous l’entrée immédiate dans la maison du Père, éteignant ainsi la pieuse coutume de l’Église de prier constamment pour les morts.

Je rejette particulièrement le faux langage pastoral qui, par crainte de troubler les consciences, tait le jugement, l’enfer et la nécessité de la pénitence. Il n’y a pas de charité à cacher aux hommes le péril éternel où les met le péché. La prédication des fins dernières appartient à la miséricorde de l’Église, parce qu’elle réveille les âmes et les tourne vers le salut.

J’affirme enfin que les âmes qui meurent dans l’amitié de Dieu, parfaitement purifiées, entrent immédiatement dans la vie éternelle et jouissent de la vision béatifique. Elles contemplent Dieu face à face, tel qu’il est, et possèdent en lui leur repos éternel. La vie chrétienne est ordonnée à cette béatitude ; toute pastorale qui réduit le bonheur humain au bien-être terrestre, à la paix sociale ou à l’épanouissement seulement psychologique, trahit la fin surnaturelle de l’Évangile.

L’espérance chrétienne n’est donc ni optimisme terrestre, ni incertitude mêlée de crainte. Elle est attente confiante du Royaume éternel, fondée sur les promesses de Dieu et nourrie par la grâce. Elle donne au chrétien de travailler ici-bas sans oublier que sa patrie est au Ciel, et de combattre les erreurs du temps sans perdre la paix de l’âme.

XVII. La crise moderne et le devoir de confesser la foi

Je crois que l’Église, assistée par la Providence divine, demeure indéfectible jusqu’à la fin des siècles. La promesse du Christ ne peut faillir : les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle.
Je crois cependant que l’histoire de l’Église connaît des périodes d’épreuve, où la profession de la vraie foi se trouve gravement diminuée, où les erreurs se répandent, où la discipline s’affaiblit et où de nombreuses âmes sont entraînées vers l’égarement.

Je reconnais en particulier que les erreurs modernes représentent une menace redoutable pour l’ensemble de l’ordre catholique, et que leur pénétration dans la vie de l’Église, à la faveur du Concile Vatican II et des réformes post-conciliaires, a provoqué une crise d’une gravité exceptionnelle : l’agnosticisme attaque la connaissance de Dieu ; le naturalisme attaque la nécessité de la grâce ; le subjectivisme attaque le motif surnaturel de la foi ; le relativisme attaque l’immutabilité du dogme ; la morale de situation attaque la loi divine ; le libéralisme attaque la royauté sociale du Christ ; le faux œcuménisme attaque l’unicité de l’Église ; la collégialité et la synodalité attaquent la constitution divine de l’Église dans sa hiérarchie ; l’anthropocentrisme liturgique attaque le saint sacrifice de la messe.

La crise actuelle ne saurait donc être réduite à un simple conflit de sensibilités, de préférences liturgiques ou d’options pastorales. Elle touche aux fondements mêmes de la foi et de la morale, du sacerdoce et du culte, de l’Église et de la royauté du Christ.

Ces erreurs ne demeurent pas abstraites, elles ont produit des fruits visibles : affaiblissement de la prédication doctrinale, effacement de l’esprit missionnaire, banalisation du péché, crise de la famille, ruine de la liturgie, perte du sens de Dieu, raréfaction des vocations, apostasie silencieuse des nations chrétiennes et confusion profonde des fidèles.

C’est pourquoi il ne suffit plus aujourd’hui d’affirmer les vérités catholiques en termes généraux, sans dénoncer parallèlement les erreurs qui tentent de les corrompre. La charité envers les âmes exige la clarté de la vérité totale, sans aucune ambiguïté.
Cette crise ne peut être surmontée que par la restauration de toutes choses en Jésus-Christ, par le retour à la foi, à la vie de grâce, au culte divin et à la quête de la sainteté.

Dans ces circonstances douloureuses, sans juger quiconque ni usurper l’autorité de l’Église, je ne puis pas ne pas confesser la foi dont on diminue la profession, rappeler la Tradition que l’on bannit, défendre la morale, garder la liturgie, proclamer les droits du Christ.

Conclusion

Fidèle à la Rome éternelle qui garde le dépôt transmis par les Apôtres, je veux conserver intégralement cet héritage, sans diminution, sans altération et sans crainte, non comme une opinion particulière dans l’Église d’aujourd’hui, mais comme la foi reçue de l’Église une, sainte, catholique, apostolique et romaine.

Car cette foi ne m’appartient pas : je l’ai reçue pour y demeurer fidèle, en vivre, la transmettre et, si Dieu le demande, souffrir pour elle, dans l’attente confiante du triomphe de la vérité et de la grâce, pour le salut des âmes et la gloire de la Très Sainte Trinité.

Je demande à Dieu qu’il me maintienne ferme dans cette confession jusqu’au dernier instant de ma vie. Je confie cette profession de foi à l’intercession de la très sainte Vierge Marie, des saints Apôtres, des martyrs, des confesseurs et de tous les saints qui nous ont précédés dans la fidélité au Christ.

Et dans l’espérance de la résurrection et de la vie du monde à venir, je remets mon âme, l’Église et toutes choses entre les mains de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, à qui appartiennent l’honneur, la gloire et la puissance dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.

Donné à Menzingen, le 24 juin 2026, Nativité de saint Jean-Baptiste

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Une statue pour les 800 ans du sacre de saint Louis

Le sculpteur Jean-Joseph Chevalier vient d’achever une statue de saint Louis (pierre calcaire naturelle, taille directe, 70 cm) pour le double anniversaire de l’École Saint-Louis La Chesneraie d’Aix-en-Provence, les 800 ans du sacre du roi (1226-2026) et les 70 ans de l’école :

La statue a été bénie le 22 mai 2026 par Mgr Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence, en présence de Louis de Bourbon, duc d’Anjou.

Une oeuvre à portée éducative

Destinée à un lieu vivant d’éducation, cette œuvre en pierre calcaire naturelle a été pensée pour traverser les générations d’élèves et s’inscrire dans le patrimoine de l’école. Réalisée en taille directe par le sculpteur et fresquiste Jean-Joseph Chevalier, l’œuvre est en pierre calcaire naturelle de Tervoux, aux propriétés intéressantes et destinées à se patiner au fil des ans. La sculpture incarne un modèle de justice, de droiture et de foi érigé pour la communauté éducative.

Un oeuvre d’art sacré

L’œuvre sur-mesure de Saint-Louis représente le jeune roi couronné tenant la Couronne d’épines. L’œuvre ne figure pas le roi dans l’ampleur du rôle, mais dans l’humilité du croyant. Le jeune roi se tient debout, couronné et vêtu du grand manteau royal. La majesté est bien présente, mais elle est tout entière inclinée vers la relique qu’il tient entre ses mains : la Couronne d’épines du Christ.

Une oeuvre à portée historique

Réalisée en taille sur commande spéciale, cette œuvre célèbre un double jalon historique : les 800 ans du sacre de saint Louis à Reims (1226) et les 70 ans de la fondation de l’école aixoise. A cette occasion, Monseigneur, duc d’Anjou, a fait le déplacement depuis l’Espagne pour honorer cette statue et lui donner la portée historique qu’elle incarne. Mgr Delabre, Archevêque d’Aix-en-Provence est venu bénir la statue de Saint-Louis, ce roi illustre de part ses vertus de justice et charité.

 

L’artiste est disponible pour travailler sur d’autres projets concernant le 800e anniversaire du sacre du roi saint Louis

Le père Nicola Bux au pape Léon XIV : Faites tout votre possible pour surmonter les différends avec la FSSPX

Dans une lettre ouverte à la fois filiale et urgente, l’ancien consulteur du Vatican insiste sur la nécessité d’un dialogue avec la FSSPX, d’une libéralisation du rite romain traditionnel, de réponses aux dubia et de limites au chemin synodal de l’Allemagne :

Très Saint Père,

C’est avec un profond respect filial que j’ose vous adresser cet appel sincère, après avoir eu la grâce de collaborer avec le cardinal Joseph Ratzinger, puis avec le Saint-Père Benoît XVI, avant de consacrer ces treize dernières années à la prière, au don de soi et à un travail discret mais constant pour l’unité de l’Église.

L’Église est le pont entre Dieu et les hommes, dont le Pape est le pontife ; elle est en effet synonyme de la paix que le Christ a fixée comme limite : édifier l’Église, c’est bâtir la paix ; séparer les deux, c’est compromettre la mission de l’Évangile. C’est pourquoi je supplie Votre Sainteté de persévérer dans cette voie unique, afin de résoudre dans la vérité – et seulement dans la vérité – les nombreuses polarisations qui traversent le corps ecclésial. Maintenant que nous avons l’expérience du dialogue avec les personnes et les groupes extérieurs à l’Église, ne devrions-nous pas aussi, et surtout, dialoguer au sein de nos propres rangs, en faisant tout notre possible pour qu’aucun de ces frères et sœurs que le Seigneur nous a confiés ne soit perdu ?

Faisant notamment référence à la décision importante annoncée par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, je vous invite à reconsidérer le « pont » conçu par Benoît XVI à travers le Motu Proprio Summorum Pontificum et, par conséquent, la levée de l’excommunication. Constatant que tant d’évêques ont su, avec équilibre, instaurer une harmonie liturgique dans leurs diocèses respectifs, Votre Sainteté pourrait donner l’exemple : en accordant à toute l’Église la possibilité de célébrer, parallèlement au nouveau rite, l’ancien rite romain, tout en réaffirmant la validité de la réforme liturgique et l’inviolabilité du Concile Vatican II, comme de tout autre concile œcuménique.

Concernant le « chemin synodal » allemand, j’implore le Saint-Père de clarifier que ce chemin ne saurait délibérer sur les questions de doctrine, de morale et de pratique sacramentelle, et que la pastorale est indissociable de ces dernières. Autrement, ce prétendu « accompagnement » ne conduirait jamais à la conversion nécessaire : le pécheur ne serait pas, en réalité, détourné du péché, mais au contraire, conduit à sa confirmation, voire à sa reconnaissance institutionnelle. Votre Sainteté a déjà affirmé que certaines questions sources de division « ne peuvent faire l’objet de délibérations ou de décisions de la part d’une Église particulière », mais vous n’êtes certainement pas sans savoir que cette grave division pourrait s’étendre à d’autres épiscopats. L’Église n’est inclusive que si ceux qui souhaitent y entrer reçoivent l’initiation sacramentelle et si ceux qui souhaitent la quitter suivent le chemin de pénitence.

Votre Sainteté, enfin, je vous implore de lever un autre obstacle à la vérité et à la communion : l’absence ou l’insuffisance de réponse aux Dubia des cardinaux sur les questions doctrinales et pastorales des récents synodes. Nombreux sont les fidèles à travers le monde qui attendent cette réponse, non pas sous la forme d’une interview – car les interviews réduisent les paroles et le magistère du Pape à une simple opinion parmi d’autres – mais sous la forme d’un document d’une autorité égale ou supérieure.

Les fidèles ont besoin d’être affermis dans la vérité, la stabilité et l’immuabilité fondamentale de la foi, car l’Esprit Saint ne peut renier ce qu’il a inspiré à l’Église tout au long de ses deux mille ans d’histoire. Les fidèles ont besoin de redécouvrir, avec saint Irénée, que le Christ a apporté toute nouveauté en s’offrant lui-même, et qu’il n’y a rien d’autre de nouveau à espérer, si ce n’est la proclamation toujours renouvelée de l’Évangile du Christ.

Les fidèles doivent pouvoir entendre du Successeur de Pierre, après plus d’une décennie de confusion, que le Saint-Esprit fait en effet toutes choses nouvelles, mais en ce sens qu’il les amène à leur accomplissement final ( novus ), en harmonie – et non en contraste – avec ce qui a été inspiré jusqu’à présent.

En vertu de la prérogative indispensable du commandement pétrinien, je vous supplie, Votre Sainteté, d’énoncer clairement la vérité et l’erreur : l’Église tout entière doit ainsi se conformer à votre parole. Vous avez dit à juste titre que suivre le Christ exige la conversion et que nous devons chercher à fonder notre unité sur Jésus-Christ et sur son enseignement. Or, Votre Sainteté, le seul moyen que nous connaissions pour y parvenir est précisément et uniquement de défendre la vérité. Agissez promptement, Père Saint, je vous en supplie. Ne laissons pas le schisme sous-jacent devenir irrémédiable.

Nous prions pour vous, Sainteté, dans l’espoir ferme qu’au sein du Consistoire vous puissiez initier et mener une discussion fructueuse sur ces questions urgentes.

En Domino Jesu,

Père Nicola Bux

24 juin 2026,

Fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste

Au sujet de l’orientation de la messe

De l’abbé Pagès :

L’orientation du prêtre durant la célébration eucharistique est suffisamment emblématique pour focaliser à elle seule toute la différence de « sensibilité » entre les tenants de l’ancien rit, dit de saint Pie V, aujourd’hui appelé « forme extraordinaire » du rit romain (( Cf. Benoît XVI, Lettre apostolique Summorum pontificum, 7 juillet 2007, art. 1 ; La Documentation catholique, n. 2385, 5 août 2007, p. 703. )), et ceux du rit dit de Paul VI. Encore que le texte du rit dit de Paul VI ne dise pas de façon explicite que le prêtre doive faire face au peuple  — certaines indications invitant même plutôt à penser le contraire, comme par exemple avant la prière sur les offrandes : « Revenu ensuite au milieu de l’autel, le prêtre, en se tournant vers le peuple et en étendant puis en joignant les mains, invite le peuple à la prière en disant…1 », ce qui laisse entendre que le reste du temps le prêtre n’est pas tourné vers le peuple … Constatation qui ne rendra que plus difficile mon intention de justifier comme n’étant pas moins valable – sinon même plus (!) –, l’orientation du prêtre célébrant vers l’assemblée …

I. L’orientation du prêtre et de l’assemblée vers l’est,2 lieu du soleil levant et symbole cosmique du retour du Soleil de Justice (Ml 3.20 ; Lc 1.78), le Christ Jésus notre Seigneur, venant juger les vivants et les morts, ainsi que le cardinal Ratzinger l’a si bien exprimé dans son livre L’esprit de la liturgie3 , permet d’intégrer symboliquement l’univers dans l’expression liturgique de l’Église, et manifeste la condition inchoative de l’Église en chemin vers son accomplissement eschatologique.  Cela est, certes, juste, mais cette orientation n’a pas pour autant de quoi être exclusive.

Le premier handicap tient à ce que la symbolique de l’attente du Christ exprimée par l’assemblée et le prêtre à sa tête tendus vers un même point, n’exprime pas en soi de façon absolument propre la foi du Peuple de Dieu, puisque d’autres communautés, comme les communautés juive et musulmane se tournent vers un ailleurs que le lieu où elles se trouvent lorsqu’elles prient, manifestant ainsi qu’elles n’ont pas la plénitude dans le lieu où elles se trouvent, mais qu’elles l’espèrent d’un ailleurs. Elles sont donc imparfaites … Les juifs se tournent vers Jérusalem, et les musulmans, dans leur rivalité mimétique avec eux, se tournent vers la Mecque, et les chrétiens se tournent vers l’est. Que la direction de la prière exprime l’attente n’est pas propre à la foi chrétienne ; la tension vers un lieu géographique et symbolique hors de celui où l’on prie n’est donc pas propre à l’expression de la foi chrétienne …  même s’il reste vrai que l’attente du retour du Christ conditionne toute la prière chrétienne (Cf. 1 Co 15 28) …

Le deuxième handicap tient à ce que dans cette disposition symbolique, la séparation géographique du prêtre par rapport à l’assemblée des fidèles, tendus ensemble vers un même point focal, peut laisser penser que la différence des sacerdoces ministériel et baptismal n’est finalement qu’une différence de degrés, symbolisés par les marches de l’autel, lesquelles placent le prêtre plus haut que les fidèles et plus proche qu’eux du Christ figuré par le soleil levant … Or la différence des sacerdoces n’est pas une question de degrés, mais de nature4 … On pourra là-contre objecter que la présence du prêtre seul dans le sanctuaire indique cette différence de nature. Mais outre qu’il n’y a pas que le prêtre à pouvoir se tenir dans le sanctuaire – les servants d’autel le sont aussi –, nous parlons ici de l’orientation du prêtre, et non pas du lieu où il se tient, d’autant que la remarque peut aussi alors être portée au crédit du prêtre tourné vers l’assemblée, qui se tient lui-aussi dans le sanctuaire …

Ce qui caractérise la foi chrétienne, c’est la Bonne Nouvelle de la venue de Dieu parmi nousen sorte que la liturgie de l’Église nous permet précisément de Le rencontrer… parmi nous ! (Cf. Mt 10.7 ; Lc 10.9)  Et ce, dans le moment récapitulant toute Son existence, celui de Son sacrifice, par lequel Il Se donne à Son Église comme à chacun de ses membres … La Messe nous ouvre les Portes du Royaume des Cieux ! Dieu est là ! Il nous rend contemporains de la Cène, de Son sacrifice, de Sa mort, de Sa résurrection, pour que, « par Lui, avec Lui, et en Lui », nous-mêmes offerts à Dieu en hosties vivantes et saintes (Rm 12.1 ; 1 P 2.5), nous entrions en possession de la vie éternelle, (Cf. Jn 6.54), devenus participants de la nature divine (2 P 1 4) ! C’est dire que l’orientation du prêtre et de l’assemblée à sa suite vers un lieu en dehors de celui où ils se tiennent ne rend pas symboliquement compte de l’essentiel de ce qui constitue l’acte eucharistique : « Le Royaume des Cieux est au milieu de vous ! (Lc 17.21) » 5 , « La réalité, c’est le Corps du Christ (Col 2.17) ! »… La réalité est là … devant nos yeux … c’est le Corps du Christ ! Par l’Eucharistie, le Christ nous fait le Don de Sa présence réelle … Dieu est là ! Il ne s’agit pas de Le rater en regardant ailleurs !

Bien sûr, Il est là et Il est encore à venir. Mais Il ne viendra jamais pour personne s’Il n’a pas d’abord été pour lui déjà  … C’est à partir de ce qui nous vivons ici et maintenant, « par Lui, avec Lui, et en Lui », que nous pouvons espérer, sans trembler (Cf. Rm 2.5 ; 5.9 ; 1 Th 1.10), attendre Son retour, le regard porté vers le point où le soleil se lève (Cf. Mt 24.27) … Mais on voit bien qu’il n’est plus ici question de lieu … Elle est venue « L’heure où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem » que nous adorons notre Dieu ! (Cf. Jn 4.21-24)

II. Outre la caractéristique de la Foi chrétienne s’exprimant dans l’annonce de la Présence du Royaume des Cieux « au milieu de vous (Lc 17.21) », lorsque le prêtre fait face au peuple, il exprime de façon autrement plus parfaite la nature propre du ministère sacerdotal, qui est de représenter le Christ-Époux de l’Église, faisant face à Son épouse dans l’acte d’amour par lequel Il Se donne à elle. En effet, par le sacrement de l’ordre, un baptisé devient capable d’offrir non plus seulement son propre sacrifice, comme il revient à tout baptisé de le faire en tant que membre du Corps du Christ, à « Dieu, le Père Tout-Puissant6 , dans l’unité du Saint-Esprit », pour Lui donner « tout honneur et toute gloire », mais le prêtre devient capable d’offrir le sacrifice du Christ Lui-même … ou plutôt, c’est le Christ qui devient capable d’offrir par lui Son propre Sacrifice … Et de cela qui est capable (He 5.4) ? Qui peut offrir au Père la vie et la mort d’un autre — et a fortiori du Fils de Dieu — sans encourir la Colère de Dieu ?! Là est le fondement de la distinction de nature des sacerdoces : personne ne peut jamais offrir que son propre sacrifice, tandis que par le sacerdoce ministériel, le prêtre offre aussi le Sacrifice du Christ !!! Crainte et tremblements !! …  Il est grand le mystère du sacerdoce ! « C’est l’amour du Cœur de Jésus Lui-même », disait le saint Curé d’Ars. Le prêtre en tant qu’il agit in persona Christi est configuré au Christ Époux livrant Sa vie par amour de Son peuple rassemblé pour la recevoir … Comme un époux aime son épouse jusqu’à lui donner son corps pour ne faire avec elle plus qu’une seule chair, ainsi, à la Messe, le Christ vient donner Son corps à Son épouse pour ne faire avec elle plus qu’une seule chair. L’Église devient ainsi, et ainsi seulement, le Corps du Christ (Cf. 1 Co 10.17) … Voilà pourquoi il n’y a pas d’Église sans Eucharistie, ni d’Eucharistie sans prêtre … Aussi miraculeusement que le Verbe de Dieu S’est fait Jésus dans le sein de la Vierge Marie, par le mystère de notre participation à l’Eucharistie, Il Se fait Nous, si toutefois nous voulons bien devenir Lui … « Accorde-nous, Seigneur notre Dieu, de trouver dans cette communion notre force et notre joie, afin que nous puissions devenir ce que nous avons reçu », demande la prière après la communion du vingt-septième Dimanche du Temps ordinaire … Bref, le prêtre ne peut jamais si bien signifier le Don que le Christ fait de Lui-même à Son épouse, vivre donc sa vocation propre de prêtre, qui est de rendre présent le Christ dans le mystère de Son Sacrifice, qu’en faisant lui-même face à l’Église comme le Christ fait face à Son épouse dans l’offrande de Lui-même … Les amoureux ne se tournent pas le dos. Lorsqu’on s’aime, on se fait face7 dans une épreuve de vérité. Ne dit-on pas que les prêtres sont « d’autres Christ » ?

Au lieu d’être dirigée vers un point de fuite, l’assemblée fait ainsi face au prêtre qui représente le Christ, ici et maintenant, avec Son corps et Son sang, pour s’unir à Son Sacrifice rédempteur par lequel toutes grâces sont demandées et données. C’est cela qui est le propre de la célébration chrétienne : le Royaume des Cieux est au milieu de nous ! À nous d’y entrer, maintenant, plutôt que d’attendre qu’Il vienne à la fin du monde, où il sera trop tard pour le faire ! Nous ne sommes pas ou plus des juifs, nous sommes devenus chrétiens.

Et que l’on ne dise pas que le prêtre tourne le dos au Christ présent au tabernacle, puisqu’agissant in personna christi, il en est comme l’émanation par laquelle Jésus Se présente à Son Épouse et Se donne à elle. Au total, et pour le moins, l’orientation vers le peuple ne me paraît donc pas d’une valence symbolique et théologique moindre dans le rit latin de forme ordinaire que l’orientation vers l’Orient dans celui de la forme extraordinaire.

Je me souviens d’une petite salle dans une des catacombes romaines que notre guide nous présenta comme ayant été une chapelle, il nous y fit remarquer la base de quatre colonnettes, supports d’un autel, qui n’était pas collé à la paroi … Il y avait en effet assez de place pour que le prêtre pût se tenir entre la paroi et l’autel, face à l’assemblée, et ce en ces lieux si particuliers où chaque cm2 compte … Et si saint Césaire d’Arles (VIe siècle) parle d’ « entendre et de voir la consécration du Corps et du Sang »8 , c’est bien que la célébration face au peuple ne date pas du concile Vatican II.

Abbé Guy Pagès

PS : Un mot pour illustrer la difficulté de changer les habitudes : Le Concile de Trente (1545-1563), suite au refus protestant d’adorer la Présence réelle, demanda la suppression des jubés, ces tribunes séparant le chœur des églises de leur nef et empêchant les fidèles de bien voir l’offrande du Sacrifice de Jésus. Ces constructions, composées d’une clôture et d’une tribune surmontée d’un calvaire, étaient semblables à l’iconostase des églises orientales, et copiaient le voile séparant le Saint du Saint des saints dans le Temple de Jérusalem, voile déchiré par la mort du Christ. Eh bien, il fallu généralement attendre le milieu du XVIIIe siècle pour que la directive du Concile de Trente prenne effet …

  1. Présentation générale du Missel romain, n 146. []
  2. Il est à noter que l’entrée des temples gallo-romains de la religion celte était le plus souvent située à l’est. (Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Edition augmentée, Payot, 1976, p.87.) []
  3. Traduit de l’allemand par Génia Català, Genève, Ad Solem, 2001. []
  4. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesia, n. 10. []
  5.   « Voyez-vous cet autel ? Il est une source. Et comme d’une source jaillissent des eaux abondantes, de cette table s’élancent les fleuves de l’Esprit. C’est pourquoi elle est placée au milieu, afin que de toutes parts on y accoure. […] Ne craignez pas l’épuisement de cette onde ; elle est un océan sans bornes qui, loin de se tarir par l’usage, s’accroît par la multitude de ceux qui s’y abreuvent. (Saint Jean Chrysostome, Extrait du Panégyrique de tous les saints martyrs, PG 50, 710). » []
  6. Désolé de devoir contredire Mgr Rey, mais la prière chrétienne n’est pas « essentiellement tournée vers le Christ« , mais vers le Père. []
  7. Cf. 1 Co 13.12 ; He 9.24 ; Ap 22.4 []
  8. Serm. append. Aug. CCLXXI, 2 ; cité par Batiffol, Leçons sur la messe, 1927, p. 211. []

Les renoncements attendus des musulmans pour un islam européen

Lu dans La Petite feuille verte :

L’instauration d’un islam européen repose largement sur la responsabilité des musulmans qui y sont établis. Le problème se pose ainsi : les Européens de confession musulmane doivent-ils persister à s’attacher à des prescriptions ou à des comportements étrangers, voire opposés, aux fondements de la civilisation européenne? (Cf. les incompatibilités que nous avons rappelées dans la PFV n° 110).

LES LEÇONS DE L’HISTOIRE

L’histoire montre que l’islam ne s’intègre pas à d’autres cultures. Il s’agit là d’un constat qui transcende les siècles et les territoires car il repose sur une volonté et une Loi (Charia) attribuées à Allah à travers le Coran. « C’est Lui (Allah) qui a envoyé son Prophète avec la Direction et la Religion vraie pour la faire prévaloir sur toute autre religion » (9, 33). Cette parole est complétée par des propos et des pratiques « prophétiques » attribués à Mahomet, qui est présenté dans le Coran comme le « beau modèle » (33, 21), et rapportées dans la Sunna (Tradition) : « L’islam doit dominer et n’être pas dominé ».

Ces principes réputés intouchables sont donc censés avoir une destination universelle et perpétuelle, rappelle Rémi Brague dans l’un de ses livres. Relevant la garantie coranique selon laquelle « Dieu ne fera pas que les incroyants l’emportent sur les croyants » (4, 141), il en tire cette conclusion : « La religion de Mahomet devra donc l’emporter sur toutes les autres communautés religieuses, de l’Orient à l’Occident » (Sur l’islam, Gallimard, 2023, p. 162). Notons que l’islam réserve le qualificatif « croyants » aux musulmans.

Quelle forme doit prendre cette domination ? Sans exclure des termes tels que monarchie, aristocratie ou démocratie pour qualifier ce type de pouvoir, Brague considère que « le terme le plus juste serait cependant celui de “théocratie” pour peu qu’on ne prenne ce mot – souvent compris de travers signifiant le pouvoir des gens de religion – qu’en sa signification authentifiée par son étymologie et sa première occurrence de “pouvoir de [la Loi] de Dieu ». L’auteur illustre cette remarque en se référant à un jurisconsulte arabe sunnite influent au XIIIème siècle, Ibn Taymiyya, qui « recommande d’obéir à des dirigeants injustes dans la mesure où leurs ordres sont conformes à ceux de Dieu » (ibid. , p. 159-160).

R. Brague cite aussi le militant de l’époque contemporaine Rachid Rida (1865-1935) pour lequel les musulmans « considèrent que leur religion n’existe véritablement que du jour où est établi un État musulman indépendant et fort qui puisse, à l’abri de toute opposition et de toute domination étrangère, mettre en application les lois de l’islam » (id. , p. 152).

Qu’en sera-t-il quand les musulmans seront majoritaires en Europe et donc en mesure de s’autogouverner ? Deux options, illustrées par l’histoire, s’offriront alors à eux.

➢ L’instauration d’un régime politique et social conforme aux principes de la charia, privant de l’égalité citoyenne les minorités non musulmanes ; celles-ci seront alors soumises au statut de la dhimmitude (protection-assujettissement), terme souvent traduit par « tolérance » (Coran 9, 29). Cf. A. Laurent, L’islam, pour tous ceux qui veulent en parler, Artège, 2017, p. 92-96.

➢ La sécession territoriale. Cf. la Bosnie-Herzégovine détachée de la Yougoslavie en 1992 et le Kosovo détaché de la Serbie en 1999.

L’HÉRITAGE GÉOPOLITIQUE

<L’expansion universelle de l’islam a engendré l’élaboration de principes géopolitiques fondés sur la division du monde en blocs antagonistes :

➢ La Demeure de l’Islam (Dar el-Islam). Les musulmans y forment « une communauté de croyants » qui « ordonnent ce qui est convenable et interdisent ce qui est blâmable » (Coran 9, 71), permettant ainsi de faire prévaloir la paix et la justice.

➢ La Demeure de la Guerre (Dar el-Harb). Territoire et société qui échappent encore à l’Islam mais qu’il convient de lui soumettre par divers moyens (la charia, la contrainte, les relations sociales, etc.).

➢ En attendant l’échéance finale, il existe une voie provisoire, la Demeure de la Trêve ou de la Conciliation (Dar el-Sohl).

Ces principes n’excluent cependant pas le recours à des aménagements temporaires en fonction des contextes sociaux et politiques auxquels l’islam est confronté à travers son histoire et dans le monde actuel. Il faut également tenir compte des choix individuels opérés, hier et aujourd’hui, par des personnes qui, bien qu’issues de milieux musulmans, négligent une partie ou la totalité des principes fondamentaux de l’islam, sans pour autant renoncer à leur identité d’origine.

DES « ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES »

Aujourd’hui, des populations musulmanes de plus en plus nombreuses et de diverses provenances sont présentes sur l’ensemble du continent européen (cf. PFV n° 109). Désormais établies en dehors de leurs territoires originels et historiques, que ce soit par leur naturalisation ou par leur permis de séjour, elles vivent donc sur ce qu’il est parfois convenu d’appeler « Terre de mécréance » ou « Domaine des infidèles » (Dar el-Kufr). Ce terme s’applique surtout aux lieux et aux populations qui ont connu une domination musulmane comme la Péninsule Ibérique.

Donc, lorsque l’islam est minoritaire, il compose avec la majorité locale, tenant compte pour cela des circonstances et des rapports de forces, mais sans renoncer à poursuivre son entreprise conquérante. Il s’agit de s’adapter extérieurement au contexte en respectant les lois, principes et habitudes des pays concernés tant que les circonstances ne sont pas favorables à l’instauration ou à la restauration de l’islam comme religion dominante et donc à la pleine application de la charia.

Officiellement, la charia ne fait pas partie du droit européen. Mais des jalons dans ce sens sont d’ores et déjà posés. Ils s’inscrivent dans le cadre des « accommodements raisonnables », concept imaginé pour adopter des dérogations au droit commun en vue de satisfaire à certaines exigences de la charia émises par les citoyens ou immigrés musulmans.

Des pratiques subtiles

Cette doctrine est appliquée dans des circonstances diverses, y compris dans celles qui relèvent de la vie privée, comme le montre Agnès Ben Salem dans sa récente enquête sur le mariage islamo-chrétien (pouvant être validé par l’Église en vertu d’une « dispense pour disparité de culte », selon le droit canonique). Sous des aspects conviviaux, donc attractifs, ces unions, dont le nombre se multiplie en France, favorisent la religion musulmane en imposant au foyer la prépondérance de sa culture et de ses pratiques (observances religieuses, nourriture halal, financement du culte islamique, etc.). Elles peuvent amener le conjoint catholique (souvent l’épouse) à la soumission voire à la conversion à l’islam des enfants. « Dès la naissance, un enfant est considéré comme musulman du fait d’avoir un parent issu de l’islam, peu importe qu’il pratique la religion, et même qu’il y croie ou non », souligne cet auteur, elle-même fille d’un père tunisien (musulman) et d’une mère française (catholique) jusqu’au baptême qu’elle a choisi à sa majorité.

Agnès Ben Salem évoque aussi le cas de pays qui exigent dans leur législation la conversion de la partie non musulmane à l’islam pour valider le mariage, y compris lorsque celui-ci est célébré hors du pays d’origine. Ce « certificat de coutume » est alors émis par le consulat ou l’ambassade concerné.

Voici l’enseignement qu’elle tire de sa propre expérience, complétée par les témoignages recueillis pour réaliser son livre. « Il faut avoir à l’esprit que l’islam est une religion de conquête, au sens où le Coran ne fait pas mystère du fait que la priorité dans la vie des croyants est de faire en sorte que ceux qui les entourent deviennent eux-mêmes musulmans » (Le mariage islamo-chrétien. Enjeux et repères d’une union mixte, éd. Salvator, 2026).

L’européanisation de l’islam implique aussi le dégagement de la tutelle et de l’influence des pays d’origine : financement des mosquées et d’écoles ; rétribution des imams ; envoi d’imams ignorant les réalités et langues européennes ; imposition de la nourriture halal (légale) et, pour les femmes, port du hidjab (foulard islamique). Symptômes du refus de l’inculturation, ces pratiques créent des dépendances aliénantes.

Nous reviendrons sur ce thème dans une prochaine PFV lorsque nous présenterons les divers types d’obligations qui s’imposent aux États accueillant des musulmans.

La taqiya

La taqiya (dissimulation) est une méthode recourant à l’usage d’un vocabulaire qui plaît aux Occidentaux pour décrire l’islam comme une religion rassurante et capable d’adaptation. Elle consiste à présenter des comportements moralement inacceptables comme des dérives, des déformations, voire des trahisons de la « vraie » religion.

De là est née la formule « charia de minorité », préconisée par certains responsables musulmans européens comme Tareq Oubrou : imam de la mosquée El-Houda à Bordeaux, il se présente comme l’un des principaux promoteurs francophones de l’adaptation de l’islam aux normes des pays d’accueil, sujet auquel il a consacré des passages substantiels dans deux de ses livres (Profession imâm, Albin Michel, 2009 ; Ce que vous ne savez pas sur l’islam, Fayard, 2016).

Pour cet auteur, « il s’agit de mettre en relation la norme avec la réalité concrète, tout en restant fidèle aux méthodes qui régissent l’application de la charia à la réalité ». L’outil utilisé pour cette action est la fatwa (édit juridico-religieux), « terme qui renvoie à l’idée d’éclairer un problème, de répondre à une question ». Rejetant la qualification de jugement ou de sentence souvent appliquée à cet exercice, T. Oubrou décrit la fatwa comme un simple avis canonique « qui permet de contextualiser la charia et, par conséquent, de proposer différentes expressions de la visibilité en islam ».

Il ajoute cette précision pour la France : « Cette démarche permet l’élaboration d’un canonisme mobile, une sorte de “ boîte à outils ” offerte aux imams, aux prédicateurs et aux muftis – ceux qui détiennent le discours religieux – afin de le faire coïncider à la réalité laïque et accompagner de ce fait l’évolution de la communauté musulmane au sein de la société française ». C’est pourquoi, d’après lui, « l’islam ne sera jamais théologiquement communautariste, au sens de faire prévaloir l’intérêt de la communauté religieuse musulmane sur l’intérêt de celle de la nation française ».

Cette idée de « charia de minorité » doit être accueillie avec réserve, estime l’islamologue Dominique Urvoy. « Tareq Oubrou adopte constamment cette ligne d’action : il affirme qu’il est possible de tout résoudre ponctuellement par des fatwas ; si une règle démocratique va à l’encontre de la règle islamique, on peut abroger cette dernière momentanément mais on la rétablira le jour où… On met les choses en veilleuse mais il s’agit bien de les réactiver tôt ou tard et cela parce que le Coran est considéré comme étant la parole incréée de Dieu ; par exemple, le djihad auquel les musulmans doivent renoncer quand ils vivent en Occident, ou auquel ils doivent donner une dimension exclusivement intérieure, mais qu’ils ont le devoir de rétablir dès que cela sera possible » (« La place du secret dans la pensée religieuse musulmane », dans L’islam en France, Revue Cités, PUF, 2004, p. 646). Cf. aussi A. Laurent, L’islam pour tous ceux qui veulent en parler, op. cit., p. 67-70.

 

De tout ce qui précède, retenons pour conclure quelques remarques émises par d’éminents spécialistes.

➢ Rémi Brague : « Lorsque l’islam, comme religion, entre en Europe, il ne le fait pas seulement comme une religion, à l’instar du bouddhisme. Il y entre à titre de civilisation qui forme une totalité organique » (« Sur le “vrai” islam », revue Commentaires, n° 149, printemps 2015, p. 13).

➢ Père Samir Khalil (jésuite égyptien) : « Ce qui doit être clair, c’est que dans un pays d’Europe, le seul droit qui compte est celui de ce pays » (Islam en Occident, les enjeux de la cohabitation, éd. Saint-Augustin, 2009, p. 91).

➢ Jean-Philippe Bras : « Le débat sur les valeurs, sur la justification morale du droit, qui oppose un monde occidental campé sur une éthique universaliste des droits de l’homme, et un monde musulman se réfugiant dans une position communautarienne, prend une tournure interne aux États occidentaux qui ne prédispose pas à l’optimisme » (La Charia aujourd’hui, sous la direction de Baudouin Dupret, éd. La Découverte, 2012, p. 290).

Annie Laurent

Déléguée générale de CLARIFIER

Au Brésil, près de 1,2 million d’hommes ont marché vers Notre Dame de la Peña

Lu ici :

Samedi 11 avril 2026, au Brésil, près de 1,2 million de fidèles ont pris part à la traditionnelle Marche-Pèlerinage des hommes, organisée dans le cadre de la 456e Fête de Notre-Dame de la Peña, parcours qui relie la ville de Vitória au sanctuaire de Notre-Dame de la Peña, haut lieu de la dévotion mariale à Vila Velha.

Cette marche de 14 kilomètres constitue l’un des moments les plus marquants de cette célébration mariale majeure. Des hommes venus de différentes régions du pays s’y rassemblent pour exprimer publiquement leur foi, dans un esprit de prière, de pénitence et de communion fraternelle.

Instituée en 1955 à l’initiative des autorités ecclésiales locales, cette démarche visait à encourager la participation des hommes à la vie religieuse. Au fil des décennies, elle s’est imposée comme une tradition profondément enracinée, transmise de génération en génération. Tout au long du trajet, les pèlerins alternent marche, recueillement et prières, dans une atmosphère marquée par la ferveur et la fraternité.

Précisons que cette mobilisation s’inscrit dans une tradition bien plus ancienne. La dévotion à Notre Dame de la Peña remonte à 1570, lorsque le frère franciscain Pedro Palácios introduisit ce culte marial dans la région. Depuis lors, la Vierge est devenue une figure centrale de la vie spirituelle locale. Le sanctuaire qui lui est dédié, perché sur un promontoire rocheux dominant Vila Velha, attire chaque année des foules considérables de fidèles venus confier leurs intentions à celle qu’ils invoquent comme mère et protectrice.

Au fil des siècles, cette dévotion s’est profondément enracinée dans la culture populaire, au point de faire de Notre Dame de la Peña la patronne de l’État d’Espírito Santo.

Pornographie et violence : L’APCE doit se montrer plus ambitieuse

De Priscille Kulczyk, chercheur à l’ECLJ :

Dans l’après-midi du jeudi 25 juin 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) débattra d’un rapport intitulé « La pornographie violente : un test pour les droits humains » (document 16422) rédigé par la sénatrice espagnole Laura Castel (Groupe pour la gauche unitaire européenne-GUE). Ce débat devrait mener à l’adoption d’une résolution et d’une recommandation sur ce sujet.

Il faut se réjouir que la « pornographie violente » préoccupe l’Assemblée et que les textes devant être débattus contiennent quelques recommandations positives. En revanche, ces textes pourraient être largement améliorés, en particulier eu égard à la distinction illusoire opérée entre « pornographie » et « pornographie violente ». En effet, sans même parler du fait que la violence est omniprésente dans de tels contenus, force est de constater que la pornographie est en elle-même une violence, tant dans sa production souvent marquée par l’exploitation de d’êtres humains vulnérables que dans les conséquences de sa consommation, non seulement par les enfants parfois très jeunes mais aussi par les adultes. Il n’existe en cela aucune pornographie « éthique » : c’est la pornographie en soi qui constitue « un test pour les droits humains », pas seulement les contenus pornographiques violents.

Cette même frontière artificielle sous-tendait la résolution 1835 relative à « La pornographie violente et extrême » adoptée par l’APCE en 2011. Or il s’avère que les constats posés alors par l’Assemblée demeurent les mêmes quinze ans plus tard. Le fléau pornographique continue son œuvre de pornification de la société, au prix de nombreuses victimes, en particulier parmi les femmes et les enfants. La consommation de pornographie est toujours aussi massive, chez les adultes comme chez les jeunes, et ses conséquences toujours aussi nocives pour les individus, les familles et la société tout entière. D’autre part, les évolutions technologiques permettent l’émergence de nouvelles pratiques néfastes en la matière.

C’est pourquoi l’APCE doit saisir l’occasion qui lui est donnée et se montrer plus ambitieuse si elle veut véritablement lutter contre la violence de la pornographie. En ce sens, des parlementaires ont déposé des amendements pragmatiques qui tiennent compte des racines de ce problème et en favorisent une meilleure compréhension. Ceux-ci vont notamment dans le sens de l’atténuation de la distinction regrettable entre « pornographie » et « pornographie violente », d’une meilleure reconnaissance des effets négatifs à grande échelle de la pornographie, tout particulièrement sur les enfants, ou encore d’une responsabilisation accrue des différents acteurs de l’industrie pornographique en ligne.

Il importe que ces amendements puissent trouver un fort soutien à l’issue du débat en séance plénière, afin de permettre une meilleure compréhension et prévention des dégâts causés par la pornographie, y compris en ses formes les plus violentes.

Présentation à l’ONU d’une déclaration conjointe d’Etats appelant à un moratoire international sur la GPA en vue de son abolition

Communiqué  de Juristes pour l’enfance :

Une première mondiale  

Pour la première fois, une déclaration conjointe d’Etats a été présentée à l’ONU sur la gestation pour autrui (GPA), appelant à un moratoire international sur cette pratique : cet évènement historique et sans précédent en matière de GPA, atteste d’un engagement commun en faveur de l’abolition mondiale de la GPA – le moratoire international sur cette pratique étant une étape intermédiaire vers un instrument international juridiquement contraignant.

Le document a été présenté lors d’un événement de haut niveau organisé en marge de la 62e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, par les gouvernements de l’Italie, du Chili, du Cameroun et du Saint-Siège.

La déclaration met en lumière les graves violations et atteintes aux droits de l’homme inhérentes à la GPA, en soulignant particulièrement la marchandisation du corps des femmes et de la vie des enfants, et le caractère international de la pratique : « La mondialisation croissante des arrangements de GPA, en particulier les pratiques commerciales et transfrontalières, a généré des questions juridiques, éthiques et relatives aux droits de l’homme complexes », a précisé Felipe Kipreos Palau, Directeur des droits de l’homme du ministère chilien des Affaires étrangères.

Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes et les filles, a également déclaré : « Les États signataires reconnaissent que ces préoccupations ne se limitent pas aux arrangements commerciaux, mais que des approches nationales fragmentées faciliteront la croissance d’un marché mondial transfrontalier qui transfère les préjudices sur les femmes et les enfants dans les juridictions les plus vulnérables. Cette déclaration montre qu’une action politique est possible. »

Une étape majeure vers l’abolition de la GPA

Cette déclaration, qui s’inscrit dans la lignée des recommandations du rapport historique des Nations Unies présenté en octobre 2025 et demandant aux États de condamner la GPA sous toutes ses formes (Communiqué de presse ici), constitue une étape décisive puisqu’elle implique des États.

Elle marquera un avant et un après dans le mouvement international abolitionniste en plein essor, porté notamment par la Déclaration de Casablanca pour l’abolition universelle de la GPA.

« Cette déclaration n’est pas la conclusion d’un processus, mais son commencement », a rappelé lors de l’évènement Eugenia Roccella, ministre italienne de la Famille, de la Natalité et de l’Égalité des chances. « Elle représente une invitation adressée aux gouvernements, aux organisations internationales et aux acteurs de la société civile à engager un dialogue sérieux et constructif sur la meilleure manière d’aborder la question de la gestation pour autrui, tout en protégeant les droits de toutes les personnes concernées. »

Pour Aude Mirkovic, Présidente de Juristes pour l’enfance : « Une déclaration conjointe d’États condamnant la pratique de la GPA qui appelle à un moratoire et, à terme, à son abolition constitue l’avancée la plus importante depuis le rapport de l’ONU de 2025. Alors que, en France, la révision de la loi de bioéthique approche, Juristes pour l’enfance demande que la législation française prohibant la GPA soit renforcée afin d’assurer l’efficacité de la protection des femmes et des enfants que la loi est censée leur assurer ».

Rappelons que, en 2024, l’Italie est devenue le premier pays à sanctionner le recours par les Italiens à la GPA tant sur son territoire qu’à l’étranger, tandis qu’en septembre 2025 la Slovaquie a adopté un amendement constitutionnel prohibant cette pratique. Plus récemment, en janvier 2026, la Commission de la Famille, de l’Enfance et de l’Adolescence du Congrès national du Chili a fait progresser une législation historique qui interdirait la GPA.

Le même jour, Olivia Sarton directrice juridique de JPE a interpellé la Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants, sur la nécessité de faire le lien entre la GPA et la traite des êtres humains car le corps des femmes et la vie des enfants est l’objet d’un contrat au profit des commanditaires. (Intervention d’Olivia Sarton ici )

Juristes pour l’enfance organise le 29 juin prochain, avec d’autres organisations, un évènements parallèle à l’ONU sur le trafic d’êtres humains engendrés par la pratique de la gestation pour autrui afin de sensibiliser les Etats aux atteintes que la GPA portent aux droits humains.

Euthanasie d’un enfant de moins de 12 ans

C’est aux Pays-Bas mais c’est ce qui nous attend :

Pour la première fois aux Pays-Bas, une euthanasie a été pratiquée sur un enfant gravement malade âgé de moins de 12 ans. Il s’agit du premier cas depuis que le gouvernement a élargi, en février 2024, la réglementation autorisant cette pratique pour les mineurs, âgés entre un et douze ans, atteints de maladies incurables et souffrant de douleurs insupportables.

Les autorités néerlandaises n’ont pas révélé l’âge exact, le sexe ni la pathologie de l’enfant. Elles n’ont pas non plus fourni d’informations sur la situation familiale ni sur l’établissement de santé où les faits se sont déroulés.

Le gouvernement néerlandais a indiqué que le médecin responsable avait signalé l’acte à la commission spéciale chargée de contrôler ce type de procédures. La commission a examiné le dossier médical et entendu le médecin, puis transmis son avis au parquet, qui devra déterminer si le praticien a respecté le cadre légal en vigueur. Dans le système néerlandais, ce contrôle s’effectue a posteriori et non sur autorisation préalable.

Les Pays-Bas sont devenus en 2002 le premier pays à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Ils ont également été les premiers, en 2014, à l’autoriser pour les mineurs de plus de douze ans capables de discernement, ainsi que pour les bébés de moins d’un an, avec le consentement des parents. Le dispositif a ensuite été élargi en 2024 pour les enfants de moins de 12 ans.

Sud Liban : Fouad Abou Nader apporte les aides de Chrétienté-Solidarité

Communiqué de Chrétienté Solidarité :

Vendredi 19 juin dernier, à la tête d’un impressionnant convoi, Fouad Abou Nader (Président de l’ONG Nawraj, partenaire de Chrétienté Solidarité) s’est rendu au sud Liban toujours en guerre car aucune trêve n’existe à ce jour entre Israël et le Hezbollah.

Il s’est notamment rendu à Marjayoun, Qlayaa, Deir Mimas et Kawkaba.

On trouvera un très beau reportage d’Ici Beyrouth sur ce convoi de la solidarité chrétienne ici : https://www.youtube.com/watch?v=aBA44WAHbQ0

En premier lieu, un puissant générateur électrique a été livré au village de Deir Mimas pour assurer les besoins des habitants.

Puis, au National College, à Kawkaba et à l’école des Saints Coeurs (que nous avions visitée fin avril) de Marjayoun, il a remis les 70 bourses scolaires financés grâce à la générosité des parrains de Chrétienté-Solidarité.

Aux côtés de soeur Hiyam (directrice des Saints Coeurs), il a chaleureusement remercié Chrétienté-Solidarité et ses bienfaiteurs pour leur générosité et leur indéfectible soutien aux chrétiens du Liban, ceux du sud et d’ailleurs (voir la vidéo ci-dessous).

De son côté soeur Hiyam nous a adressé un émouvant message : “Je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude pour le soutien inestimable que vous avez apporté aux élèves de notre région touchée par la guerre. Ensemble, nous construisons un avenir plus prometteur pour ces jeunes”.

Les mots de cette religieuse et ceux de Fouad Abou Nader reflètent la reconnaissance des chrétiens du sud Liban (comme ceux de Kaa ou de Ras-Baalbeck au nord de la Bekaa) pour l’action constante de Chrétienté-Solidarité. Aux côtés de Nawraj, nous sommes devenus un acteur essentiel du soutien au Liban chrétien, où nous travaillons également en relation avec l’admirable Oeuvre d’Orient.

Prochaine action d’urgence : aider le collège des Saints Coeurs de Marjayoun à réparer les dégâts matériels causés par des roquettes du Hezbollah le 29 mai dernier (voir photo ci-dessous). Pour participez, faites un don : https://chretientesolidarite.fr/don-libre/

Les figures de sainteté du diocèse de Fréjus-Toulon

Découvrir une région française, c’est découvrir la foi qui l’a construite

« Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. » (1 Jn 4, 16)

Le diocèse de Fréjus-Toulon est une terre profondément marquée par la foi chrétienne. Depuis les premiers siècles jusqu’à nos jours, des hommes, des femmes et des enfants y ont témoigné de leur amour du Christ avec une fidélité remarquable. Leur prière, leur charité et leur abandon à la volonté de Dieu ont façonné l’âme de cette région et laissé une foi vivante dans le cœur de chacun.

Tout commença avec sainte Marie-Madeleine qui, selon la tradition provençale, aborda ces rivages pour annoncer le Christ ressuscité, puis y resta pour finir sa vie.

Quelques générations plus tard, saint Léonce s’attache à faire grandir et rayonner l’Église naissante. Par son zèle apostolique, il contribue à enraciner durablement la foi dans le cœur des habitants.

Puis les siècles défilent. Prêtres, religieux, missionnaires, âmes consacrées ou simples fidèles poursuivent cette œuvre : transmettre l’amour de Dieu aux générations suivantes et l’importance d’honorer son devoir d’état. Au XXe siècle, beaucoup de laïcs, humbles figures méconnues, ont donné leur vie pour leur foi et leur pays ; le dernier en date étant le scout, Joël Anglès d’Auriac, béatifié en décembre 2025.

A l’époque contemporaine, cette lumière continue de briller. Anne-Gabrielle Caron en est un exemple parfait. Malgré la maladie, et son très jeune âge, cette jeune fille a témoigné d’une confiance et d’une joie extraordinaires. Peut-être fut-elle inspirée par ce territoire au regard tourné vers le ciel ?
Ainsi, à chaque moment de l’histoire, le diocèse de Fréjus-Toulon a renouvelé sa confiance dans le Christ, témoignant plus largement de l’espérance qui anime la Fille aînée de l’Église.

Ces récits consacrés aux figures de sainteté et aux apparitions liées au diocèse sont réunis par Michel de Crousnilhon dans un livre événement. Cet ouvrage a pour ambition de mettre en lumière une facette souvent méconnue de notre patrimoine spirituel et d’encourager l’union des chrétiens afin de contribuer au renouveau spirituel de la France. Toulonnais de naissance, Michel de Crousnilhon s’est consacré à l’écriture après une carrière dans la banque afin de transmettre ce précieux héritage de foi.
À travers le livre Figures de Sainteté et apparitions dans le diocèse de Fréjus-Toulon, Michel de Crousnilhon nous offre bien plus qu’un ouvrage historique. Il nous invite à redécouvrir les racines chrétiennes d’une terre bénie, à marcher dans les pas de ces témoins de lumière et à puiser dans leur exemple le désir de vivre davantage l’humilité, la charité et l’amour de Dieu.

Figures de Sainteté et apparitions dans le diocèse de Fréjus-Toulon, de Michel de Crousnilhon, paru aux Éditions Résiac est à retrouver juste ici : https://www.resiac.fr/livres-resiac/12158-figures-de-saintete-et-apparitions-dans-le-diocese-de-frejus-toulon.html

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

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