Blogs avec images

Sacres : une gestion calamiteuse depuis Rome

D’un lecteur :

Le titre de la lettre 1372 de Paix liturgique intitulée LA CALAMITEUSE GESTION DE L’AFFAIRE DE LA FSSPX a attiré l’attention de l’humble catholique du rang que je suis.

Calamiteuse gestion ? Certainement pas de la part de la FSSPX qui me semble au contraire avoir agis finement en demandant à Rome l’autorisation de procéder au sacre de quatre évêques en son sein.

Par cette demande elle se positionne comme une société catholique qui reconnait totalement l’autorité du Pape mais –plus subtilement- elle place Rome devant un dilemme :

  • soit accepter (comme elle le fait avec la Chine et comme le lui ont demandé plusieurs cardinaux et évêques) et se voir reprocher de céder aux demandes d’une société en « communion imparfaite avec Rome » ;
  • soit refuser en se comportant comme une mère qui donne des pierres à ses enfants qui lui demandent du pain.

En choisissant une de ces solutions (ce qu’elle a fait pour l’instant en choisissant la seconde) Rome pouvait en effet se voir reprocher sa « calamiteuse gestion ».

Est-ce à dire qu’elle n’a pas d’autre choix ?

Ne pourrait-elle pas au contraire choisir une solution qui lui permettrait de répondre au besoin de la FSSPX tout en imposant son autorité et en mettant ladite fraternité à son tour au pied du mur ?

Comment ? En choisissant elle-même discrètement quatre prêtres de la FSSPX, en s’assurant de leur accord et en annonçant officiellement leurs noms, le lieu et la date de leur sacre (dans la première quinzaine de juillet) ainsi que les noms des cardinaux et évêques consécrateurs (parmi lesquels devraient bien sur figurer les deux actuels évêques de la FSSPX…s’ils le désiraient, la balle serait alors dans leur camp).

Ces sacres auraient lieux quelle que soit la décision  d’Ecône qui se trouverait à son tour forcée de choisir entre :

  • l’acceptation des quatre évêques choisis par Rome. Prouvant ainsi son attachement à l’Eglise et que sa demande de sacrer des évêques était bien uniquement motivée par le souci des âmes de ses fidèles ;
  • le refus des évêques choisis en son sein par Rome. Auquel cas elle démontrerait qu’elle refuse l’autorité de l’Eglise et que les motifs avancés n’étaient que des prétextes pour sacrer des évêques sans l’accord du Vatican. En outre ce refus entrainerait une crise au sein de cette institution entre :
      • ceux qui veulent vraiment rester attachés à l’Eglise (au nombre desquels figureraient bien sur les quatre évêques ordonnés, éventuellement le ou les évêques actuels de la FSSPX et également les fidèles qui suivraient ces évêques en communion avec Rome) ;
      • et ceux qui ne rêvent que d’une « structure indépendante » (pour ne pas dire schismatique).

Il reste moins d’un mois pour que Rome sorte par le haut de cette affaire qu’elle  a jusqu’à présent traitée de manière effectivement assez calamiteuse.

L’Esprit Saint soufflera-t-il assez fort pour lui inspirer une décision de bon sens…et de bonne gestion ?

Jean-Daniel TRIBORD

Peut-on être condamné pénalement pour avoir énoncé des faits exacts ? En Belgique oui

Lu sur Breizh-info :

Le tribunal correctionnel de Louvain a condamné le militant nationaliste flamand Dries Van Langenhove à une amende de 4 000 euros pour une conférence prononcée début 2024 à la prestigieuse université catholique de Louvain (KU Leuven). Reconnu coupable d’incitation à la haine fondée sur la nationalité ou l’origine ethnique et de diffusion d’idées fondées sur la haine raciale, le fondateur du mouvement Schild & Vrienden voit s’allonger une liste déjà conséquente de poursuites judiciaires. Mais au-delà du cas particulier, cette condamnation soulève une question vertigineuse pour l’ensemble des démocraties européennes : peut-on désormais être condamné pénalement pour avoir énoncé des faits exacts ?

Car c’est bien là que réside le caractère proprement inquiétant de cette affaire. Le juge lui-même, dans son verdict, ne conteste pas l’exactitude des propos tenus. Il les condamne malgré leur véracité.

Une conférence transformée en procès des idées

Les faits remontent au début de l’année 2024. Invité par l’Association nationaliste des étudiants (NSV) à l’Institut pédagogique de la KU Leuven, Van Langenhove devait initialement intervenir sur le thème de l’agriculture régénérative. La conférence a rapidement dévié vers un exposé plus large de sa vision politique, au cours duquel il a établi un lien entre l’immigration de masse, la criminalité et la dégradation de la qualité de vie en Flandre.

L’université a porté plainte, et le parquet a estimé que le sujet annoncé n’était qu’un prétexte pour tenir un discours politique dans ses locaux. Le ministère public a considéré que le militant avait brossé un portrait systématiquement négatif de certains groupes de population, contribuant selon lui à la propagation d’idées racistes.  Il a notamment indiqué qu’il est « logique que moins d’Africains noirs décrochent un diplôme d’ingénieur, mais qu’ils soient de meilleurs coureurs de fond car il existe des différences entre les groupes ethniques« .

Van Langenhove, lui, conteste fermement toute infraction. Sa ligne de défense est limpide : « Si je devais être condamné, ce serait pour avoir exprimé des faits vérifiables. » À l’issue de l’audience, il s’est dit déçu, estimant que le ministère public était incapable de démontrer le moindre élément constitutif d’une infraction réelle.

Le verdict le plus glaçant : la vérité ne constitue pas une défense

C’est dans la motivation même du jugement que se niche l’élément le plus alarmant de cette affaire. Le magistrat écrit noir sur blanc une phrase qui mérite d’être méditée par tout citoyen attaché à la liberté d’expression : même si l’ensemble des déclarations de Van Langenhove reposent sur des preuves scientifiques et des statistiques, cela ne change rien à l’intention délictuelle. Le juge précise que le prévenu n’est pas poursuivi pour avoir diffusé de fausses informations, mais pour avoir présenté des faits d’une manière susceptible d’inciter à la haine envers des personnes en raison de critères protégés par la loi anti-racisme.

En d’autres termes, la véracité des propos est explicitement déclarée sans pertinence juridique. On ne reproche pas au militant d’avoir menti. On lui reproche d’avoir dit vrai d’une manière jugée dérangeante.

Plus troublant encore, le jugement précise qu’il n’est nullement nécessaire que le prévenu ait incité à des actes concrets de haine ou de violence pour qu’une infraction soit caractérisée. Il suffit, selon le tribunal, que d’autres personnes puissent être amenées à adopter une « attitude générale d’intolérance ou de désapprobation » à l’égard d’un groupe protégé. Aucun acte, aucune violence, aucune incitation concrète : la simple possibilité qu’un auditeur puisse en venir à penser du mal d’un groupe protégé suffit à fonder une condamnation pénale. […]

La vie chrétienne victorieuse – L’Amour pour le Seigneur

L’Amour éternel du Père pour le Fils
« Tu es mon Fils bien-aimé » (Luc 3:22).

Avant que le monde existe, avant même que le temps commence son cours, l’amour était déjà pleinement manifesté au sein de la Trinité divine. Le Père trouvait ses délices éternelles dans son Fils bien-aimé. Rien ne troublait cette communion parfaite, immuable et infinie. Le Seigneur Jésus pouvait dire au Père : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). Ces paroles nous introduisent dans un mystère sublime : avant toute création, avant l’existence des anges et des hommes, le Fils était l’objet éternel de l’amour du Père.

Cet amour n’a jamais connu ni commencement ni variation. Le Père aime le Fils d’un amour parfait, infini, saint et éternel. Le Fils répond à cet amour dans une communion absolue avec le Père. Toute l’Écriture nous présente cette relation merveilleuse. Lorsque le Seigneur Jésus marchait ici-bas, le ciel s’ouvrit à plusieurs reprises pour rendre témoignage à cette affection divine : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Matthieu 3:17). Le Père trouvait toute sa satisfaction en Jésus : dans ses paroles, ses œuvres, son obéissance parfaite et sa sainteté sans défaut.

Durant toute sa vie terrestre, le Seigneur a manifesté cette dépendance parfaite envers son Père. Il ne cherchait jamais sa propre volonté, mais celle de Celui qui l’avait envoyé. Dans un monde marqué par le péché, la désobéissance et l’indépendance de l’homme, Jésus a glorifié son Père à chaque instant. Son chemin fut celui d’une obéissance constante, humble et parfaite. Même dans les circonstances les plus douloureuses, son amour pour le Père demeurait intact. Au jardin de Gethsémani, alors que l’angoisse de la croix pesait sur son âme sainte, il pouvait encore dire : « Non pas ma volonté, mais la tienne. »

La croix n’a nullement diminué l’amour du Père pour son Fils. Au contraire, elle en révèle toute la profondeur. Le Père a livré son Fils bien-aimé afin que des pécheurs perdus puissent être sauvés. Quel mystère insondable ! Celui qui était éternellement aimé du Père a accepté de souffrir pour nous, de porter le jugement du péché et de mourir à notre place. Là où le péché de l’homme s’est manifesté dans toute son horreur, l’amour de Dieu a resplendi dans toute sa grandeur.

Le Père aime le Fils et lui a remis toutes choses entre ses mains (Jean 3:35). Après les souffrances de la croix, Dieu l’a souverainement élevé et glorifié. Désormais, le Seigneur Jésus est assis à la droite de Dieu, couronné de gloire et d’honneur. Les croyants sont introduits par grâce dans cette sphère d’amour éternel. Nous sommes « agréés dans le Bien-aimé ». Quelle grâce merveilleuse ! Celui qui croit en Christ est accepté devant Dieu dans toute la valeur de la personne du Fils.

Ainsi, le chrétien n’est pas seulement pardonné ; il est aimé. Il est introduit dans une relation de proximité avec Dieu par le moyen du Seigneur Jésus. Le même amour dont le Père aime le Fils repose désormais sur ceux qui appartiennent à Christ. Cette vérité remplit le cœur de paix, d’assurance et d’adoration. Contempler l’amour éternel du Père pour son Fils conduit l’âme à se prosterner dans l’adoration.

L’amour des anges pour le Fils de Dieu
Les saints anges manifestent depuis leur création un profond attachement au Fils de Dieu. Créés par Lui et pour Lui, ils contemplent sa gloire céleste et exécutent avec joie ses commandements. L’Écriture déclare : « Que tous les anges de Dieu lui rendent hommage » (Hébreux 1:6). Leur amour est un amour d’adoration, de service et d’obéissance envers Celui qui est le centre des conseils éternels de Dieu.

Déjà avant l’incarnation, les anges étaient témoins des desseins divins concernant Christ. Mais lorsque le Fils de Dieu vint dans ce monde sous la forme d’un petit enfant, leur joie éclata publiquement. Une multitude de l’armée céleste apparut aux bergers pour annoncer la naissance du Sauveur : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et sur la terre paix » (Luc 2:14). Les anges reconnaissaient dans l’enfant couché dans une mangeoire le Seigneur de gloire venu accomplir l’œuvre de la rédemption.

Durant le ministère terrestre du Seigneur Jésus, les anges entourèrent constamment sa personne d’une sollicitude respectueuse. Après la tentation au désert, alors que Jésus avait remporté la victoire sur Satan, « les anges vinrent et le servirent » (Matthieu 4:11). Plus tard, dans le jardin de Gethsémani, lorsqu’il fut accablé d’angoisse devant la coupe des souffrances, « un ange lui apparut du ciel, le fortifiant » (Luc 22:43).

Quel spectacle pour les armées célestes ! Celui qu’ils adoraient depuis toujours était rejeté par les hommes. Leur Créateur était méprisé, insulté et crucifié. Pourtant, dans une parfaite soumission aux desseins de Dieu, ils n’intervinrent pas. Le Seigneur lui-même déclara qu’il pouvait demander à son Père plus de douze légions d’anges, mais le chemin de la croix devait s’accomplir.

Aujourd’hui encore, les anges trouvent leur joie dans l’exaltation du Christ glorifié. Ils adorent l’Agneau au ciel et contemplent avec admiration les merveilles de la grâce divine révélée dans l’Église. Leur regard demeure fixé sur Celui qui est digne de toute adoration.

L’amour des prophètes pour le Messie promis
Les prophètes de l’Ancien Testament ont profondément aimé le Dieu qu’ils servaient, mais aussi Celui que Dieu promettait d’envoyer : le Messie, Jésus-Christ. Bien qu’ils ne l’aient pas vu de leurs yeux, leurs cœurs étaient tournés vers sa personne et vers les gloires à venir. Ils annonçaient ses souffrances, sa royauté, sa grâce et son salut avec une foi vivante inspirée par l’Esprit de Dieu.
Le prophète Isaïe pouvait annoncer : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; et la domination reposera sur son épaule ; on l’appellera Merveilleux, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de paix » (Isaïe 9:5). Ces paroles témoignent déjà de l’admiration et de l’attente des prophètes pour la personne du Christ.

Ils contemplaient de loin les souffrances du Christ et les gloires qui suivraient. Ils vivaient dans l’espérance des promesses de Dieu. Leur exemple demeure précieux pour nous aujourd’hui. Nous aussi, nous sommes appelés à aimer la personne du Seigneur Jésus, même lorsque certaines vérités dépassent notre compréhension. La foi se nourrit des Écritures et apprend à demeurer humble devant les mystères divins.

L’adoration des mages et l’affection des saintes femmes
Les mages venus d’Orient représentent aussi ces cœurs attirés vers le Seigneur Jésus. Savants observant les astres, ils discernèrent dans l’apparition d’une étoile le signe de la naissance du Roi des Juifs. Ils entreprirent un long voyage afin de venir l’adorer. Lorsqu’ils trouvèrent le petit enfant : ” ils se prosternèrent et l’adorèrent » (Matthieu 2:11). Leur voyage, leur persévérance et leurs présents manifestaient l’honneur qu’ils rendaient au Christ.

Marie, la mère du Seigneur, exprime également une profonde adoration lorsqu’elle déclare : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur » (Luc 1:46-47). Son cœur humble et soumis trouvait sa joie en Dieu.

Durant le ministère du Seigneur Jésus, plusieurs femmes manifestèrent un attachement fidèle à sa personne. Elles le suivaient, le servaient de leurs biens et écoutaient sa parole avec affection. Marie de Magdala, Jeanne, Suzanne et beaucoup d’autres demeuraient proches du Seigneur.

Au pied de la croix, alors que beaucoup avaient fui, ces femmes restèrent présentes dans le silence des larmes. Leur amour les retenait près du Sauveur souffrant. Puis, au matin de la résurrection, elles se rendirent au tombeau avec des aromates, poussées par une affection plus forte que la mort. Elles furent les premières témoins du Ressuscité, honorées d’annoncer la victoire du Seigneur sur la mort.

Pierre et l’amour restauré
Pierre aimait profondément le Seigneur Jésus. Son amour était ardent, sincère, mais souvent marqué par l’impulsivité de son caractère. Dès l’appel du Maître, il abandonna ses filets pour le suivre. Son cœur brûlait d’un attachement exclusif au Seigneur, au point de promettre fidélité jusqu’à la mort.

Pourtant, durant la nuit du reniement, Pierre tomba dans une profonde faiblesse. Devant une simple servante, il nia connaître son Maître. Mais lorsque le regard du Seigneur se posa sur lui, Pierre sortit et pleura amèrement. Son amour n’était pas éteint, mais brisé par la conscience de sa propre faiblesse.

Après sa résurrection, Jésus restaura avec grâce son disciple défaillant. À trois reprises, il lui demanda : « M’aimes-tu ? ». Humilié mais sincère, Pierre répondit : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu connais que je t’aime ». Dès lors, son amour purifié devint plus humble et plus dépendant de la grâce divine. Il consacra sa vie au service du Seigneur jusqu’au martyre.

L’amour des premiers chrétiens pour Jésus-Christ
L’amour des premiers chrétiens pour le Seigneur Jésus se manifestait chaque jour. Animés par la foi en Celui qui était ressuscité, ils vivaient dans une communion fervente centrée sur sa personne. Rien ne pouvait éteindre leur attachement : ni les persécutions, ni les privations, ni les menaces de mort.

Leur amour pour Christ se traduisait par une vie fraternelle simple, sincère et généreuse. Leur regard était tourné vers le retour du Christ. Cette espérance vivante nourrissait leur fidélité et leur séparation du monde. Leur foi n’était pas centrée sur des institutions humaines, mais sur une personne vivante : le Seigneur glorifié.

Lorsque le Seigneur s’adresse à l’église de Thyatire, il peut encore dire : « Je connais tes œuvres, ton amour, ta foi, ton service et ta constance » (Apocalypse 2:19). Malgré les graves manquements de cette assemblée, le Seigneur reconnaît ce qui demeure pour Lui précieux : un amour sincère envers sa personne. Quelle grâce de voir que le Seigneur apprécie l’attachement de ses rachetés, même au milieu de beaucoup de faiblesse.

Notre amour pour le Seigneur aujourd’hui
Notre amour pour le Seigneur Jésus connaît souvent des variations. Comme l’assemblée d’Éphèse, nous pouvons abandonner notre « premier amour ». Les préoccupations de la vie, les occupations religieuses ou les attraits du monde risquent facilement d’affaiblir notre affection pour Christ.

Pourtant, le Seigneur demeure digne d’un amour entier et exclusif. Le Seigneur lui-même a déclaré : « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai » (Jean 14:21). Plus nous contemplons l’amour éternel du Père pour le Fils, plus nos propres cœurs sont attirés vers Lui. La communion avec Christ nourrit l’adoration, fortifie la foi et produit une vie consacrée.

Puissions-nous donc garder les regards fixés sur Jésus, l’objet éternel de l’amour du Père ; celui qui a donné sa vie pour nous sauver et qui revient bientôt chercher les siens. Alors nos cœurs répondront avec reconnaissance, adoration et fidélité à celui qui nous a aimés le premier.
« C’est avec raison que l’on t’aime » (Le Cantique des Cantiques 1:4).

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Sociologie d’une Église minoritaire

Lu sur Claves :

L’afflux récent des catéchumènes conduit l’Église de France à se poser l’enjeu de leur préparation et de leur persévérance : peut-on se satisfaire de recettes anciennes, continuer à amener les nouvelles générations vers les sacrements en conservant les vieilles habitudes, alors que tout le contexte semble avoir changé ? Cette réflexion ne peut faire l’économie d’un retour aux enjeux théologiques.

Constitué à partir des actes du forum « Garder la Parole de la Persévérance » tenu en 2025 en région parisienne, l’ouvrage collectif Renaître et vivre s’ouvre sur un constat que l’on serait tenté de qualifier de brutal, mais appuyé sur des données précises, indispensable état de lieux avant d’envisager les enjeux et les moyens d’un accompagnement adapté des catéchumènes et néophytes (sujet du Concile provincial qu’ouvriront les évêques d’Île de France dimanche prochain).

Une sécularisation à plusieurs visages

La France catholique est engagée dans un processus de “minorisation“, dont aucun signe ne laisse entrevoir l’inversion prochaine. Ainsi entre 2000 et 2023, le nombre de baptêmes annuels est passé de 400 000 à 200 000, les générations montantes apparaissant de plus en plus étrangères au catholicisme (les catholiques déclarés sont encore 48% parmi les plus de 60 ans, mais seulement 15% parmi les 18-29 ans[1]), jusque dans sa dimension culturelle. 

Le sociologue Yann Raison du Cleuziou, dont la contribution ouvre la première partie de l’ouvrage, invite à distinguer trois dimensions dans ce processus de sécularisation (p. 27) : le déclin (quantitatif et qualitatif) de l’affiliation religieuse ; la « sectorisation de la foi » — la religion reléguée dans un espace privatisé, déconnectée de la vie publique, réduite à une option parmi d’autres ; et le déclassement des autorités religieuses, dont la parole ne bénéficie plus d’aucune présomption de légitimité dans le débat public. Cette combinaison représente l’aboutissement d’un long processus dans l’histoire du christianisme occidental.

Pour autant, Yann Raison du Cleuziou refuse de chercher les causes de cette sécularisation uniquement à l’extérieur de l’Église (p. 28). L’historien Marc Venard (1929-2014) avait déjà montré que des vagues de déchristianisation avaient historiquement suivi les réformes venues de Rome. François-André Isambert (1924-2017) avait décrit en 1976 une « sécularisation interne » ou « exchristianisation » du catholicisme : autonomisation par rapport au magistère, désacralisation des formes, déritualisation appuyée sur une confiance naïve dans les ressources de la modernité. Au plan strictement sociologique et statistique, le verdict est sans appel : aucun rebond ne s’est produit de ce côté, cette stratégie de l’accommodation avec l’évolution du monde moderne semble avoir accéléré le délitement qu’elle prétendait enrayer.

Trois groupes, trois logiques

L’analyse statistique permet encore de distinguer trois grands groupes parmi les Français qui s’éloignent de l’Église ou ne l’ont jamais rejointe. Le premier et le plus nombreux (59 % d’après une enquête IFOP pour la revue Mission en 2022, qui sert de base à cette clasification) est celui que Raison du Cleuziou appelle les « démobilisés déférents ». Ces personnes ne nourrissent aucun conflit de valeurs ouvert avec l’Église, ne revendiquent rien, ne contestent rien, mais se sont détachées progressivement de la communauté et de la pratique, comme par gravité, sans l’avoir véritablement décidé : le conformisme social a joué son rôle, mais aussi la rétractation de la présence paroissiale et de la visibilité de l’Église dans les lieux, les services…

Le deuxième groupe est celui des « contestataires en recherche », qui ont rompu avec l’Église pour des raisons de valeurs — positions morales, gestion des abus, inadéquation entre la parole institutionnelle et leurs choix de vie… — mais n’ont pas renoncé à une quête spirituelle et cherchent une alternative caritative ou sociale, voire dans d’autres religiosités.

Le troisième groupe, enfin, est celui des indifférents au sens fort : sans éducation religieuse, ni socialisation dans ce milieu, ni même désir de rupture puisqu’il n’y a rien à rompre. Ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui

La figure du « dernier représentant » (selon l’expression de l’abbé Guillaume de Menthière) est intéressante à cet égard. Les catéchumènes d’aujourd’hui appartiennent en effet massivement à la troisième génération après le décrochage. Or Guillaume Cuchet a montré de manière décisive que la « foi sans pratique » ne se transmet pas (deux ou trois générations suffisent à l’éteindre entièrement). Ce qui subsiste, parfois, c’est la figure d’un grand-père ou d’une grand-mère ayant prié toute leur vie : un souvenir, une empreinte affective, une lumière distante que certains cherchent à rallumer en poussant la porte d’une église ou (déjà) en se renseignant sur les réseaux sociaux. 

Le constat ainsi posé semble peu réjouissant, mais empreint de réalisme, et c’est à partir de ce fond quasi vide que l’Église doit aujourd’hui travailler.

La différenciation générationnelle au sein du catholicisme

Un autre apport stimulant de cette étude sociologique est l’attention portée à la différenciation générationnelle. Yann Raison du Cleuziou observe que la sécularisation accélérée des années 1960 est devenue une « matrice de différenciation générationnelle » (p. 33). En effet, les contextes vécus par les catholiques de plus de 60 ans et ceux de 18-29 ans sont radicalement distincts : les premiers ont grandi dans une société encore majoritairement marquée par la référence chrétienne, même affaiblie ; tandis que les seconds grandissent dans un espace où les catholiques sont minoritaires et talonnés par les musulmans.

Ce changement de contexte engendre des comportements très différents. La pastorale héritée de la génération descendante est encore ancrée dans une expérience majoritaire : elle cherche à maintenir un consensus avec les valeurs sociales dominantes, à ne pas heurter, à rester audible pour tous (l’ouvrage parle de pastorale “de la mèche qui fume”, que l’on cherche à tout prix à ne pas éteindre). Les catholiques plus jeunes, ont quant à eu intériorisé leur condition minoritaire : ils cherchent l’intensité de l’expérience, réclament une formation doctrinale sérieuse et acceptent volontiers une posture contre-culturelle. La recherche catholique des jeunes générations est d’ailleurs intéressante à observer : elle est imprégnée, parfois de manière inconsciente, par la référence à l’islam (p. 35) — pratiques de jeûne, discipline corporelle, appartenance communautaire affichée — comme si la reconfessionnalisation dans un contexte minoritaire appelait des formes d’expression plus intensément identitaires. En réponse à l’analyse d’Isambert dans les années 1970, Yann Raison du Cleuziou ose ici parler de « désécularisation » (p. 39).

Le « U » catholique et ses implications

Yann Raison du Cleuziou rejoint Guillaume Cuchet[2] pour remarquer que la sociologie du catholicisme français dessine depuis plusieurs décennies une courbe en « U » : une classe modeste d’origine immigrée où se maintient une pratique fervente, une base populaire qui s’est effondrée au cours du XXe siècle et un second sommet relativement préservé dans les classes supérieures. Or les catéchumènes d’aujourd’hui proviennent massivement de cette base effondrée : de milieux populaires ou intermédiaires, sans formation religieuse préalable, sans codes culturels ecclésiastiques et souvent en situation de précarité existentielle (conjugale, professionnelle, affective).

L’analyse de l’abbé Thibaud Guespereau (diocèse de Nanterre), en conclusion de l’ouvrage, convoque sur ce point la figure du père Georges Michonneau (1899-1983, Fils de la Charité, longtemps curé dans les banlieues ouvrières de Paris), qui notait déjà dans les années 1940 un problème que l’on pourrait croire récent : la culture des prêtres est une culture bourgeoise, et cette dissymétrie culturelle rend difficile la rencontre avec le milieu populaire. Ainsi le bourgeois passe par le concept, le savoir, la distinction, tandis la personne modeste a besoin d’un modèle concret auquel se conformer, d’une religion en actes plutôt qu’en idées. Il note encore que le fait de la conversion singularise aujourd’hui une personne : or la singularisation est vécue très différemment selon les milieux sociaux. Pour une personne d’un milieu modeste où le conformisme est souvent la règle, devenir catholique pratiquant peut apparaître comme une revendication personnelle difficile à porter. Ce décalage et cette réalité ne doivent pas être sous-estimés pour une nouvelle approche de l’accompagnement des néophytes. 

Les lueurs d’espoir et leurs limites

Le tableau n’est pas uniformément sombre cependant : les auteurs signalent plusieurs lueurs d’espoir. Ils relèvent la montée d’un fond de défiance à l’égard d’un laïcisme perçu comme idéologie dominante (p. 19), ou encore une curiosité diffuse pour le catholicisme dans certaines franges de la jeunesse, marquée par la hausse réelle des baptêmes d’adultes (autour de 20000 en 2026). L’enquête de La Croix à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de 2023 (p. 42) atteste d’une recomposition interne du catholicisme français, avec une jeunesse catholique plus fervente, plus attachée à la sacramentalité, plus doctrinalement exigeante. L’étude sur le recrutement sacerdotal de décembre 2024 (p. 44) confirme cette tendance : les séminaristes d’aujourd’hui se situent davantage dans une logique de conversion et d’appel que dans une tranquille continuité sociologique.

Mais ces éléments d’analyse sociologique appellent à la prudence et à la réflexion sur plusieurs plans. S’il est difficile à évaluer (en l’absence d’étude statistique, les chiffres évoqués varient drastiquement selon les paroisses), le taux de persévérance des néophytes reste problématique (on parle de 10%, voir p. 20). En outre, l’âge des baptisés adultes (majoritairement jeunes) pose la question de leur insertion dans un tissu communautaire souvent vieillissant. Surtout, comme en avertit Yann Raison du Cleuziou, la recomposition minoritaire en cours dans le catholicisme français risque de poursuivre la sécularisation par d’autres moyens : en concentrant toujours davantage l’Église sur ses pratiquants convaincus, en élevant la frontière avec la société, elle pourrait contribuer à former un groupe très zélé mais élitiste, puriste, finalement décourageant pour ceux qui frappent timidement à la porte. [lire la suite]

Reportage de KTO sur le pèlerinage de Chartres

https://youtu.be/JkCKwyUyjxw

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

L’alliance des réfractaires face à la doxa : quand la lucidité devient un acte de résistance

L’alliance des réfractaires face à la doxa

Il est des époques où l’oligarchie au pouvoir efface méthodiquement le passé d’un peuple pour lui confisquer son avenir. La France vit cette heure. De notre passé et du legs que nous ont laissé les générations qui ont fait la France, l’oligarchie au pouvoir fait chaque jour un peu plus table rase. Ce constat, on vous signifie que vous n’avez pas le droit de le poser. Les « experts » dépêchés sur les grands médias sont là pour vous signifier que ce que vous voyez de vos propres yeux ne correspond à aucune réalité.

C’est de ce présent sans passé ni avenir qu’il nous faut d’urgence faire table rase. C’est l’intuition qui traverse plus ou moins confusément la France d’en bas. C’est le cri poussé par quatre voix qui s’unissent pour décrire la réalité que tous perçoivent et provoquer le peuple de France au sursaut : André Bercoff, Daniel Cosculluela, Alain de Peretti della Rocca et Philippe Bornet, sous la bannière des « Coriaces ». Refusant les compromissions et le prêt-à-penser, ils unissent leurs plumes pour disséquer les mécanismes d’une société qui, sous couvert d’émancipation, s’enfonce dans une tyrannie douce et technocratique.
https://www.chire.fr/librairie/les-coriaces-du-present-faisons-table-rase-allons-enfants-de-la-matrix-p-513698

Le procès des illusions contemporaines

Le sous-titre de l’ouvrage, Allons enfants de la Matrix, annonce la couleur : nous vivons sous l’empire de narratifs artificiels fabriqués par ceux que les auteurs appellent les « Voraces » — ces mondialistes, globalistes, totalitaires qui rêvent d’« huit milliards de consommateurs rangés, assignés à résidence jusque dans leurs fors intérieurs, éternellement managés par le bâton de la peur et la carotte de la satisfaction strictement individuelle ». André Bercoff ouvre le feu en nommant la guerre que l’on nous fait : une offensive méthodique, de longue durée, qui « oppose les tenants d’un monde unifié, formaté, transhumanisé, défrontiérisé » à ceux qui refusent de disparaître sans combattre. Journaliste aguerri, il dresse un état des lieux clinique de la manipulation médiatique, de la dette abyssale et de l’infantilisation généralisée des peuples, avant de conclure par un appel au sursaut : « il importe plus que jamais d’être militant de la vie contre la survie, de la liberté stellaire contre la servitude volontaire ».

Daniel Cosculluela, psychiatre et anthropologue, sonde ensuite les soubassements de ce désastre. Son analyse est impitoyable : la fabrication du « nouvel homme », déraciné, standardisé, hypnotisé par ses écrans, « ne saura pas nécessairement ce qu’il porte en lui d’authentique et ce qui relève du conditionnement ». Ce sujet sans mémoire n’est pas le fruit d’une évolution naturelle. C’est un projet. Et la séquence Covid en a été « un laboratoire grandeur nature : management par la peur, fabrique du consentement, servitude volontaire confortable ».

Alain de Peretti della Rocca rappelle ce que nous perdons de chair et de sang à chaque génération qui passe sans transmettre. La langue d’abord, dont « la disparition progressive des temps grammaticaux donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projection dans le temps ». L’histoire ensuite, sans laquelle un peuple privé de son passé devient une matière première docile. La famille enfin, seul creuset d’une transmission authentique. Sa conclusion est sans appel : « nous n’avons pas le droit moral d’être la génération qui aura laissé s’éteindre une civilisation bimillénaire par confort, par lâcheté ou par oubli. »

La sentence doctrinale

C’est Philippe Bornet qui referme le livre sur sa vérité la plus profonde, celle que Chiré n’a jamais cessé de professer. La République française n’est plus qu’un décor en carton-pâte que ses propres tricheries ont rongé de l’intérieur. Car la Révolution, en décapitant le roi, n’a transmis qu’une souveraineté sans enracinement, sans transcendance, sans verticalité : vouée à s’écrouler. Les folies de notre temps ne sont pas des accidents de parcours : elles sont les conséquences logiques et inexorables de la Révolution de 1789 et de la religion républicaine qu’elle a enfantée, et qui porte en elle-même sa propre ruine. « La République n’est plus réformable : elle est déjà morte. »

Le devoir du moment

La conclusion de l’ouvrage mérite d’être lue comme un ordre de marche : « Nous ne savons pas combien de temps durera l’agonie de la société présente. Nous savons en revanche que ce temps ne sera pas perdu si nous l’utilisons pour préparer autre chose. »

Préparer autre chose exige de rassembler les intelligences et les volontés. Une évidence que rappelait un authentique contre-révolutionnaire, l’abbé Charles Maignen, en 1901 dans Nationalisme, catholicisme, Révolution :

« Il y a toute une pléiade d’esprits en travail, très divers d’origines, d’éducation, de croyances, mais que l’amour de la France unit […]. Suivre ces travaux, profiter de ces études, encourager ces efforts, n’est-ce pas le devoir du moment ? »

Du présent faisons table rase est disponible aux Éditions de Chiré.
168 pages
https://www.chire.fr/librairie/les-coriaces-du-present-faisons-table-rase-allons-enfants-de-la-matrix-p-513698

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

L’hôpital n’est pas un garage : plaidoyer pour le malade réel

Par Sergyl Lafont
Ancien interne des Hôpitaux de Lyon

Il suffit parfois d’entrer dans un hôpital contemporain pour éprouver une impression singulière : tout y est propre, fluide, efficace — et pourtant presque rien n’y semble habité. Les circulations sont optimisées, les protocoles maîtrisés, les surfaces impeccables. Tout fonctionne. Et cependant, quelque chose manque.

Ce manque n’est pas accessoire.

Peut-être vous souvenez-vous de ce plafond. Celui que l’on fixe, allongé sur un brancard, dans l’attente d’un résultat, d’un médecin, d’une décision. Ce blanc uniforme, sans aspérité. Ces néons qui n’éteignent jamais vraiment la nuit. Le bourdonnement continu, parfois coupé par un signal aigu. La sensation du drap synthétique sous les doigts, la fraîcheur un peu métallique de l’air. Le temps qui ne passe plus tout à fait — ou qui s’étire, indistinct.

Nous y serons tous un jour. C’est peut-être la dernière expérience universelle.

L’hôpital contemporain fonctionne — et c’est immense. Jamais la médecine n’a disposé d’une telle puissance diagnostique et thérapeutique. Et pourtant, jamais peut-être autant de malades n’ont eu le sentiment d’être anonymes dans les lieux mêmes où ils viennent chercher secours.

À force de penser l’hôpital comme une machine à performance, nous avons construit des lieux qui traitent des corps sans réellement habiter les âmes.

Le malade n’est pas une voiture, et la maladie n’est pas une panne.

Celui qui entre à l’hôpital traverse souvent l’une des expériences les plus décisives de son existence : arraché à sa vie ordinaire, confronté à sa vulnérabilité, parfois à sa mort. Il a besoin, autant que de molécules efficaces, d’un espace qui lui signifie silencieusement qu’il compte encore comme homme.

La personne face à l’individu-flux

Le malade n’est pas un organisme à réparer, mais une personne. La tradition philosophique a donné à ce mot toute sa profondeur : un être irréductible, doté d’une intériorité, d’une histoire, d’une fin qui excède sa seule biologie. Jacques Maritain le rappelait : l’individu peut être compté, classé, optimisé ; la personne ne se laisse jamais réduire à un dossier. Sa dignité précède toute performance clinique.

Soigner ne consiste donc pas seulement à intervenir sur un organisme. Cela consiste aussi à préserver, autour de la personne malade, un monde encore habitable, où le temps de la souffrance n’est pas entièrement confisqué par l’immédiateté technique.

L’hôpital moderne repose sur une exigence légitime : rationaliser, sécuriser, optimiser. Beaucoup de ces contraintes sont réelles. Mais elles n’expliquent pas tout. En se pensant comme une structure de flux, il a relégué l’environnement sensible du soin au rang d’ornement.

Or cette neutralité est une fiction.

Aucun espace n’est neutre pour celui qui souffre. Le blanc uniforme, les néons continus, les couloirs sans profondeur, l’absence de lumière naturelle ou de silence véritable signifient — silencieusement mais puissamment — que seule compte la lisibilité biologique du corps, comme si la personne devait s’effacer derrière son dossier.

Rien de cela n’est neutre.

L’espace soigne

L’histoire hospitalière témoigne d’une autre intelligence du soin. Les Hospices de Beaune n’ajoutaient pas la beauté au soin : ils en faisaient une condition. L’Hôtel-Dieu de Lyon portait une ambition analogue : par ses cours, ses galeries, ses seuils, il accompagnait le passage du monde extérieur vers l’espace de la vulnérabilité.

Ce que cette tradition avait compris empiriquement, l’architecture hospitalière fondée sur les preuves commence à le documenter. Roger Ulrich a montré dès 1984 que des patients disposant d’une vue sur la nature récupéraient plus vite et consommaient moins d’antalgiques. La lumière naturelle réduit l’anxiété et régule le sommeil ; le bruit continu augmente le stress et ralentit la cicatrisation.

L’environnement n’est pas un supplément d’âme. Il est une variable thérapeutique.

Dans le regard de la monomane peinte par Géricault — solitude enfermée, intériorité inaccessible — quelque chose nous avertit déjà de ce que devient un être humain lorsque le lieu qui l’accueille ne lui répond plus. À distance de deux siècles, la solitude a changé de forme, mais non de nature.

Une question aux soignants

Nous avons appris à traiter des corps avec une précision remarquable. Nous maîtrisons les protocoles, les scores de risque, les thérapeutiques. Mais quand avons-nous cessé de nous demander ce que ressent un homme seul, à trois heures du matin, face à un mur beige, sous un néon qui bourdonne ?

Cet homme passe l’essentiel de son temps dans un environnement que nous avons conçu — ou accepté — sans vraiment y penser. Ce que nous lui offrons comme espace est déjà une forme de soin. Ou son absence.

À force de réduire le soin à son efficacité biologique, nous risquons ce qu’un penseur comme Ivan Illich décrivait comme une possible dérive contre-productive : un système toujours plus performant, mais qui pourrait s’appauvrir humainement.

On ne demanderait jamais à un proche aimé de passer des nuits entières sous une lumière agressive, dans un vacarme continu, sans intimité véritable. Pourtant, nous l’acceptons quotidiennement pour des milliers de malades.

La question hospitalière n’est donc pas seulement organisationnelle. Elle engage une certaine idée de la civilisation.

Une question aux dirigeants

Un hôpital n’est jamais seulement un lieu technique. Il est la forme visible qu’une société donne à sa compassion.

Mais cette forme n’est pas une fatalité technique : elle résulte de décisions humaines, budgétaires et politiques parfaitement identifiables. Un hôpital déshumanisé n’est jamais un accident architectural. C’est toujours la conséquence de priorités collectives.

Elle dépend de ceux qui dirigent nos institutions de santé, arbitrent nos lois de financement et décident, concrètement, de ce que mérite un malade.

Tant que l’hôpital sera gouverné principalement par des indicateurs de flux, de rotation et de rentabilité, le malade réel — celui qui souffre, attend, angoisse et espère — restera secondaire dans l’organisation même du soin.

Tant que le financement hospitalier raisonnera presque exclusivement en actes et en durées moyennes de séjour, l’environnement du soin restera une variable d’ajustement — la première sacrifiée lorsque les budgets se tendent.

Il existe pourtant des leviers simples, immédiatement mobilisables : garantir un accès systématique à la lumière naturelle dans les chambres, réduire le bruit nocturne par des aménagements matériels et organisationnels, concevoir des espaces intermédiaires qui ne soient ni purement techniques ni impersonnels. Ces choix ne relèvent pas du luxe, mais d’une conception du soin.

Il faut dire clairement aux décideurs publics que soigner un homme, c’est aussi lui offrir un espace digne de ce qu’il est. Que la lumière naturelle, le silence, l’intimité, la qualité d’un lieu ne sont pas des ornements esthétiques, mais des réalités thérapeutiques — et plus profondément encore, des exigences de civilisation.

On reconnaît une civilisation à la manière dont elle traite ses morts ; on pourrait tout autant la reconnaître à la manière dont elle fait attendre ses malades.

La nôtre possède les connaissances, les moyens et les ressources pour faire mieux. Reste à savoir si elle en aura encore la volonté.

La médecine moderne saura réparer toujours davantage de corps. La question est désormais de savoir si nos hôpitaux sauront encore accueillir des hommes.

Bâtir pour le malade, c’est toujours témoigner de ce que l’on croit de l’homme. Et pour celui qui voit en l’homme une image de Dieu, cette exigence devient plus impérieuse encore.

Illustration : Théodore Géricault, Portrait d’une aliénée dite la monomane de l’envie — Musée des Beaux-Arts de Lyon. ( photographie: Sergyl Lafont).

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

État de nécessité ! Mais de qui ?

D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:

Comme vous le savez, il y a quelques jours, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a annoncé les noms des quatre prêtres qui seront consacrés évêques le 1er juillet prochain.
Du point de vue de l’Église catholique, cette consécration est illégitime, car ces consécrations épiscopales n’ont pas reçu l’approbation du Pape.
J’ai lu certaines déclarations de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X dans lesquelles il était expliqué que cet acte de consécration épiscopale ne devait pas être interprété comme un acte schismatique ni comme un acte de désobéissance envers le Pontife romain. Ces déclarations invoquent, pour justifier cette décision — qu’elles reconnaissent eux-mêmes comme très grave — un état de nécessité.
Il convient donc ici de réfléchir.
Elles affirment qu’à l’heure actuelle, l’état de nécessité qui justifierait ces ordinations serait encore plus grave que celui qui avait poussé Mgr Lefebvre, il y a quelques décennies (1988), à accomplir le même acte.
Je crois que cette invocation de l’état de nécessité est quelque peu ambiguë, et je voudrais m’expliquer : qui peut réellement juger qu’aujourd’hui l’état de nécessité est plus grave qu’à l’époque de Mgr Lefebvre ? Car, si nous réfléchissons honnêtement, il est vrai que l’Église traverse une crise profonde. Je l’écris depuis de nombreuses années, et c’est quelque chose que nous pouvons tous constater. C’est une crise d’identité, une crise de la liturgie, une crise de la doctrine ; il ne fait donc aucun doute que nous vivons une crise profonde.
Et je peux aussi comprendre ce qui a poussé Mgr Lefebvre, dans les années 1970, à chercher à créer une réalité où une certaine orthodoxie catholique pourrait être préservée, car nous parlons des années 1970. Ces années furent véritablement terribles pour l’Église catholique. Ce furent des années où l’on entendait tout et son contraire. L’immédiat après-Concile fut réellement traumatisant : abandons du sacerdoce, catéchisme hollandais, revendications de toutes sortes, catholicisme de gauche… Ce fut une période profondément dramatique.
Ce fut également une période dramatique pour la liturgie. Nous venions de la liturgie dite de saint Pie V, et nous nous sommes retrouvés avec des messes accompagnées de guitares, des messes avec de la musique commerciale, des prêtres qui inventaient toutes sortes de choses, des communautés de base… Bref, ce fut véritablement un temps de grande révolution interne dans l’Église.
Je peux donc comprendre que Mgr Lefebvre, dans un acte que l’on pourrait qualifier de désespéré, ait décidé qu’il était nécessaire de fonder un institut qui s’opposerait à cette évolution des choses. L’état de nécessité auquel Mgr Lefebvre faisait référence en 1988 concernait probablement avant tout la situation interne de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Mgr Lefebvre se rendait compte qu’il vieillissait et se demandait donc ce qu’il adviendrait de la Fraternité après lui.
C’est précisément cette préoccupation qui le poussa à ordonner illégitimement des évêques — quatre évêques.
Ainsi, cet état de nécessité ne concernait pas tant (ou pas seulement) la situation de l’Église, qui avait certes ses propres difficultés et problèmes, mais davantage une question de survie de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.
Venons-en maintenant à aujourd’hui.
Une fois encore, cet état de nécessité est invoqué pour le bien des âmes, parce que l’Église se trouverait dans cette grave crise que beaucoup constatent. Pourtant, même dans ce cas, certains membres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ont reconnu que le véritable problème reste encore aujourd’hui la survie de la Fraternité.
Pourquoi ?
Parce que, parmi les quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre, il n’en reste que deux aujourd’hui, et eux aussi vieillissent. Deux sont déjà morts. Et l’un d’eux, Mgr Williamson, avait déjà quitté la Fraternité pour créer de nouvelles réalités.
Nous nous retrouvons donc aujourd’hui face exactement au même problème. Je comprends bien que, de leur point de vue, l’idée soit que, s’ils veulent survivre, ils doivent nécessairement avoir des évêques capables d’ordonner des prêtres. Mais on ne peut pas prétendre obéir à l’Église tout en lui désobéissant d’une manière aussi grave. En effet, si, comme ils le répètent constamment, ils reconnaissent le magistère du Pape régnant — c’est-à-dire Pape Léon XIV — s’ils reconnaissent qu’il est le légitime successeur de Pierre et le Vicaire du Christ, alors accomplir un acte aussi grave — et j’utilise ce mot parce qu’eux-mêmes l’emploient — ne peut certainement pas jouer en faveur de cette prétendue obéissance.
J’ai souvent dit, et je le répète encore aujourd’hui, que je n’ai personnellement rien contre la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. J’ai même eu des contacts avec certains membres de cette fraternité sacerdotale et, sous certains aspects, j’apprécie leur désir de défendre la foi catholique. Cependant, la défense de la foi catholique doit être intégrale, et cette intégralité comprend évidemment aussi le rôle du Pape, car le rôle du Pape dans l’Église catholique n’est pas marginal : il est absolument essentiel.
Nous disons toujours que sont catholiques ceux qui sont en pleine communion avec le Pontife romain.
Bien sûr, cela n’empêche pas de voir les problèmes que tout le monde voit, de souhaiter que les choses changent, ni même de critiquer certaines décisions ou certains messages du Pape lui-même. Mais beaucoup l’ont fait et continuent de le faire à l’intérieur de l’Église, tout en demeurant, d’une certaine manière, soumis à l’autorité du Souverain Pontife.
On pourrait dire : mais beaucoup, même à l’intérieur de l’Église, désobéissent aussi au Pape dans différents domaines. Pourtant, je crois que c’est quelque chose de différent, parce que l’on désobéit parfois au Pape simplement parce que nous sommes humains et que nous faisons des erreurs, tout en restant néanmoins dans l’Église et en reconnaissant l’autorité propre au Pontife romain.
Dans ce cas, au contraire, en accomplissant un acte aussi important sans le mandat du Pape, on lui désobéit dans quelque chose d’essentiel : la sauvegarde de la succession apostolique. Ce ne sont pas nos nécessités personnelles ni nos désirs — même légitimes — d’assurer la survie d’une réalité plutôt qu’une autre qui doivent guider de telles décisions, mais le bien de toute l’Église.
Je crois donc qu’il est important de comprendre que, même si nous vivons une situation de grave souffrance à l’intérieur de l’Église, nous devons décider si nous voulons être catholiques de manière intégrale, comme le voulait Mgr Benigni à l’époque du modernisme, ou bien si nous cédons à la tentation de construire une réalité à notre propre image et selon nos caprices.

Profanations du Saint-Sacrement

De l’abbé Pagès :

J‘ai écrit l’article ci-dessous il y a plus de dix ans, et je l’ai depuis republié moult fois, en espérant être entendu, mais en vain. J’ai eu beau l’adresser à un évêque d’un diocèse particulièrement touché par la profanation du Saint Sacrement, que je n’ai pas même reçu un accusé de réception, tandis que les profanations continuent d’aller bon train dans son diocèse … Comment comprendre cette inertie épiscopale à mettre en œuvre le code de droit canonique obligeant à rendre inviolables les tabernacles (can. 938 §3) ? Qui sont dès lors les plus gravement responsables de ces sacrilèges, les malfrats ou les évêques ? Dieu peut-Il agréer les messes de réparation dans ces conditions ensuite célébrées ? Il me semble entendre le prophète Isaïe :

“N’apportez plus d’oblation vaine : c’est pour moi une fumée insupportable ! Néoménie, sabbat, assemblée, je ne supporte pas fausseté et solennité. Vos néoménies, vos réunions, mon âme les hait ; elles me sont un fardeau que je suis las de porter. (Is 1.11-17)”

Ainsi, a-t-on pu déplorer que dans les diocèses d’Aire et Dax, et Bayonne, entre mai et septembre 2025, près de 27 à 30 églises ont vu leurs tabernacles fracturés, des ciboires et des ostensoirs être volés, des hosties subtilisées.  Le 16 janvier 2026, dans le diocèse de Rouen, à l’église Saint-Sever, des hosties ont été volées dans le tabernacle de la chapelle du Saint-Sacrement. Du 19-20 février 2026, les églises de Buchy et de Rouvray-Catillon avaient connu ce triste sort. En août 2025, c’était celui de l’église Saint-Loup de Thillois, dans le diocèse de Châlons-en-Champagne : Ciboire avec hosties consacrées volé après effraction de deux tabernacles. Et ce 13 mai 2026 (veille de l’Ascension), cela a été le tour de Notre-Dame de Val-de-Sos, dans le diocèse de Pamiers, Couserans et Mirepoix  …

——————

ASSEZ ! !

J’en ai assez de lire des articles annonçant la profanation de nos églises ! Assez d’apprendre que Jésus présent au tabernacle de celles-ci a été une nouvelle fois l’objet de sacrilèges! Assez de lire les piteuses déconvenues des responsables de ces lieux, alors qu’ils sont en grande partie eux-mêmes responsables de ces attentats contre Jésus-Christ !

En effet, le Code de droit canonique leur fait un devoir de conserver le Saint-Sacrement dans un tabernacle « inamovible, fait d’un matériau solide non transparent et fermé de telle sorte que soit évité au maximum tout risque de profanation. (can. 938 §3) ». Mais qui se soucie encore de ce que demande le Code de Droit canonique ?! “Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. (Mt 6.21)” A voir comment est gardé le Saint-Sacrement, on peut donc juger du trésor qu’il représente pour ceux qui sont chargés de sa garde … Que n’est-il pas traité avec au moins autant d’empressement que ne l’est généralement le produit de la quête dominicale, rapidement confié au coffre-fort de la sacristie ! La toute première chose que j’ai faite dans l’église dont j’ai été chargé, a été de sceller un petit coffre-fort dans son tabernacle.1 Qu’attendent donc nos curés pour faire la même chose et nos évêques pour le leur commander ?! Sont-ils excusables de continuer à conserver Jésus-Eucharistie dans des tabernacles que n’importe quel gamin est capable de forcer ?! Qui leur demandera des comptes pour leur négligence dans la conservation du « Trésor spirituel de l’Église » (CEC 1324), de notre Trésor ?!

Je dirais encore à ce sujet que ces profanations ne m’étonnent nullement, tant elles sont prévisibles à la lumière de la Parole du Christ annonçant que le sel dénaturé est voué à être piétiné par les gens (Mt 5.13). En effet, tant que l’on continuera à donner la communion dans la main, et donc à prendre le risque de voir Jésus-Eucharistie, sous l’espèce d’une miette du pain consacré, tomber à terre et être piétiné par les fidèles eux-mêmes, il n’y a pas de raison qu’Il ne soit pas aussi piétiné par ceux qui ne Le connaissent pas ― si tant est que les autres Le connaissent encore ! Honte donc aux Responsables de l’Église qui méprisent cet appel répété de l’Église :

« Que tout le monde se rappelle que la tradition séculaire est de recevoir l’Hostie dans la bouche. (Congrégation pour le Culte divin, Notitiae, mars 1999) » ;

«Il faut maintenir l’usage du plateau pour la communion des fidèles, afin d’éviter que la sainte Hostie, ou quelque fragment, ne tombe à terre. (Redemptionis Sacramentum, n°93, 2004) » !

Et que l’on ne vienne pas me dire que les prêtres sont tenus de donner la communion dans la main en vertu d’un prétendu droit que les fidèles auraient de la recevoir ainsi.

Jusqu’à quand, refuserons-nous de nous convertir tout en prétendant prêcher la conversion aux autres ?!

Ce qui s’est passé le 4 octobre 2025 à Zurich lors d’une messe où le Corps du Christ a été donné à des chiens par leurs propriétaires, symbolise bien ce qu’est devenue pour beaucoup l’Eucharistie. L’évêque du diocèse, Mgr Joseph Bonnemain, n’a pas estimé devoir sanctionner les auteurs de ces actes au motif que l’intention sacrilège n’était pas établie. Mais je n’ai vu nulle part qu’il leur ait été interdit désormais de communier, car s’ils sont innocents d’avoir donné la communion à leurs chiens, sont-ils davantage dignes eux-mêmes de la recevoir ? “Ne donnez pas ce qui est sacré aux chiens“, demande Jésus (Mt 7.6). Comprend-on encore ce que cela signifie ?

Abbé Guy Pagès

“Nous vivons des temps où ce qu’il y a de plus précieux risque d’être vu comme jetable : l’enfant à naître, l’innocence de l’enfance, la dignité humaine et la valeur de la famille”

Les évêques mexicains ont exprimé leur inquiétude concernant divers projets de décisions de la Cour suprême de justice de la nation (CSJN), qui promeuvent des « anti-valeurs » telles que « l’élimination de la vie innocente ou la confusion de la vérité sur l’être humain ».

La Conférence épiscopale mexicaine (CEM) a averti dans un communiqué que la vie humaine dans le pays est confrontée à de « multiples menaces », car « la vie de l’enfant à naître est attaquée en présentant l’avortement comme une fausse solution ». Elle a ajouté que « l’innocence de l’enfance est bafouée par des idéologies qui sèment la confusion quant à l’identité et à la dignité de la personne ».

Les évêques ont également mis en garde contre ce qu’ils considéraient comme un affaiblissement du « rôle fondamental de la famille » et ont souligné que, parfois, « les structures et institutions mêmes appelées à protéger les droits de l’homme finissent par s’éloigner de leur mission essentielle : défendre les plus faibles ».

Ils ont notamment souligné que « plusieurs projets de décisions devant la Cour suprême de justice des États-Unis promeuvent précisément ces valeurs contraires à la nôtre ».

« Lorsqu’une culture tente de normaliser le meurtre d’innocents ou de déformer la vérité sur les êtres humains, elle risque de perdre son humanité ».

La position des évêques a été rendue publique la veille de l’analyse et de la discussion que le Conseil supérieur de la magistrature (CSJN) mènera le 28 mai prochain sur le projet de décision du ministre Irving Espinosa Betanzo, relatif à la législation sur l’avortement dans l’État d’Aguascalientes.

Selon des experts en la matière, tels qu’Uriel Esqueda, chef de campagne de la plateforme Actívate, ou Rodrigo Iván Cortes, président du Front national pour la famille, l’objectif de l’analyse de ce cas est d’autoriser la pratique de l’avortement jusqu’à neuf mois et de créer un « précédent » qui serait ensuite reproduit dans d’autres États pour libéraliser l’accès à l’avortement.

Dans leur message, les prélats affirmaient que lorsque les êtres humains

« se considèrent comme les propriétaires absolus de la vie et de la vérité, ils finissent par justifier les divisions, les injustices et de nouvelles formes de violence au nom du bien-être ou du progrès ».

« Le Mexique doit considérer la vie comme un don sacré qu’il faut protéger à toutes ses étapes et en toutes circonstances. »

Les évêques ont précisé que le moyen d’y parvenir est d’accompagner, de prendre soin et de créer « les conditions permettant à chaque personne de vivre dans la dignité et l’espérance ».

Les évêques ont souligné que la défense des enfants à naître n’est pas seulement une conviction religieuse, mais aussi une exigence de justice et d’humanité. Ils ont ajouté que chaque fois que l’avortement est rejeté, c’est « oui aux femmes, à la famille, aux enfants et à l’avenir de notre société ».

Ils ont donc rendu hommage à ceux qui œuvrent pour la défense de la vie et ont réaffirmé que cette cause « n’est pas une position idéologique ; c’est la défense de l’essence même de notre humanité ».

« Aujourd’hui plus que jamais, le Mexique a besoin que nous soyons engagés, courageux et unis autour de ce qui compte le plus : la vie. La vie mérite toute notre voix, toute notre action et tout notre amour ».

Enfin, les évêques de la CEM ont invoqué l’intercession de Sainte Marie de Guadalupe pour « protéger notre pays et veiller sur chacun de ses enfants ».

Mon coup de cœur : Takashi et Midori les amoureux de Nagasaki. Isabelle Stock

“Takashi et Midori, les amoureux de Nagasaki” raconte la vie extraordinaire de Takashi et Midori Nagai, deux Japonais dont l’existence fut marquée par la foi et le couple brisé par la tragédie de Nagasaki.

Takashi, brillant étudiant en médecine converti au catholicisme grâce à l’influence de Midori et de la communauté chrétienne d’Urakami, épouse la jeune femme en 1934 et construit avec elle un foyer fondé sur la charité et l’espérance, même au cœur de la montée des conflits mondiaux. Radiologue talentueux, il devra affronter la brutalité de la guerre sino-japonaise et, plus tard, une leucémie contractée à force d’examens radiologiques, toujours soutenu par son épouse et sa foi. Le 9 août 1945, l’explosion atomique de Nagasaki emporte la vie de Midori, à compter de ce jour, Takashi portera un témoignage de paix et de réconciliation jusque dans ses dernières années.

Ce livre se situe à l’intersection du roman historique, du récit spirituel et de la biographie, accessible à partir de quinze ans. Il propose à la fois une plongée dans l’histoire du Japon du XXème siècle et un récit humain puissant, porteur de valeurs de paix, de résilience et de charité ; porteur de ce souffle puissant d’abandon à la Providence
– Histoire vraie marquante : biographie profonde d’un médecin converti puis survivant de l’attaque atomique de Nagasaki, et de son épouse, tous deux modèles de foi et d’engagement. La vie de ce couple marquera la jeune génération de lectrices : la place de la femme, son rôle d’épouse et de mère dans le foyer, si loin des clichés actuels ! Malgré la mort de deux enfants en bas âge, et de tant d’incertitudes quotidiennes Midori avance, sourit et chante, confiante dans l’amour de la Vierge Marie. S’appuyant sur les souffrances de l’Immaculée, elle devance l’appel à l’aide du prochain et même de son mari. Si Takashi lui a sauvé la vie, elle sera à son tour son bon ange dans la neige et la nuit noire de l’hiver.
– Dimension universelle : au-delà du contexte religieux, le livre traite de thèmes actuels comme la paix, la souffrance, la reconstruction personnelle et collective après la tragédie, et le sens de la vie.
– Actualité du sujet : la cause de béatification de Takashi et Midori Nagai, initiée en 2021, donne une résonance contemporaine forte.

C’est un livre passionnant, d’une écriture virile et belle, mêlée de tendresse et de sanglots. Les événements historiques qui sont le cadre de ce drame s’enchainement avec justesse.
J’en recommande vivement la lecture, à partir de quinze ans sans limite d’âge, ni modération !

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE
https://www.livresenfamille.fr/biographies-temoins-saints/30581-takashi-et-midori-les-amoureux-de-nagasaki.html
Takashi et Midori les amoureux de Nagasaki, Isabelle Stock, Editions de l’Emmanuel, 386 pages, 19.90 €

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Mgr Strickland : discussion catholique autour de l’encyclique Magnifica Humanitas

Source en français : https://fsspx.news/fr/news/mgr-strickland-discussion-catholique-autour-lencyclique-magnifica-humanitas-59333

Dans une lettre consacrée à l’encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV, Mgr Joseph Strickland, tout en reconnaissant plusieurs aspects positifs du texte — notamment sa critique du transhumanisme et de la technocratie — constate que l’encyclique place l’homme au centre au détriment de la primauté de Dieu, de la réalité du péché, de la Rédemption et du salut des âmes.

Chers frères et sœurs dans le Christ,

En tant que successeur des Apôtres, j’ai le devoir solennel non seulement de prêcher l’Évangile, mais aussi d’aider les fidèles à discerner les esprits de notre temps à la lumière de la vérité immuable confiée à l’Église par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Saint Paul exhortait Timothée à « prêcher la parole, intervenir à temps et à contretemps, reprendre, supplier, corriger avec une entière patience et une doctrine sûre » (2 Timothée 4, 2). Ce devoir appartient à tout évêque chargé de garder le dépôt de la foi.

C’est pourquoi je crois important d’aborder les préoccupations suscitées par la récente encyclique Magnifica Humanitas du Saint-Père Léon XIV. Certains y ont trouvé des passages éclairants et convaincants. D’autres ont éprouvé un profond malaise à sa lecture — la crainte que, sous de nombreuses affirmations vraies, le document ne reflète un déplacement théologique plus large risquant de placer l’homme au centre d’une manière qui obscurcit la primauté de Dieu.

Parce que ces questions touchent au cœur même de la foi catholique, je crois nécessaire d’offrir une réflexion doctrinale attentive. Cela n’est pas fait dans un esprit d’hostilité ou de rébellion, ni avec le désir de semer confusion ou division dans l’Église. Au contraire, la véritable charité exige la clarté. Les fidèles méritent des pasteurs prêts à parler honnêtement lorsque certaines orientations théologiques ou certains cadres de pensée semblent capables de conduire les âmes dans la confusion.

L’Église a toujours enseigné que chaque époque doit être jugée à la lumière du Christ — non pas d’un Christ réinterprété à travers les idéologies modernes, mais du Christ transmis par la Sainte Écriture, la Sainte Tradition et le Magistère pérenne de l’Église. La technologie, l’intelligence artificielle et les évolutions sociales exigent certes une réflexion morale sérieuse. Mais aucune époque, aucune crise et aucune révolution technologique ne peuvent modifier les vérités fondamentales de la foi catholique : l’homme est déchu par le péché, racheté uniquement par Jésus-Christ, appelé à la repentance et à la sanctification, et destiné non seulement à un épanouissement terrestre, mais à l’union éternelle avec Dieu.

C’est avec ce souci du salut des âmes et de la fidélité à la foi catholique que je propose la réflexion suivante.

La récente encyclique consacrée à l’intelligence artificielle, au transhumanisme, à la dignité humaine, à l’économie, à la guerre et à l’avenir de l’humanité se présente comme une réflexion majeure sur les implications morales et sociales de l’âge technologique. Elle contient de nombreuses affirmations authentiquement catholiques et même admirables : elle rejette le transhumanisme, met en garde contre la technocratie, condamne l’exploitation et la traite des êtres humains, défend la dignité de la personne humaine, affirme l’Incarnation, parle de la grâce, fait référence à l’Eucharistie et insiste sur le fait que l’homme ne doit jamais être réduit à une machine ou à des données.

Pourtant, malgré ces éléments positifs, beaucoup de catholiques fidèles éprouveront un profond malaise en la lisant. Ce malaise ne vient pas seulement de passages isolés, mais de l’orientation générale, de l’accent dominant et du centre de gravité théologique du document lui-même.

La préoccupation la plus profonde n’est pas que le texte dise des choses fausses sur l’humanité, mais qu’il semble réordonner la hiérarchie des vérités en plaçant l’humanité, l’épanouissement humain, la dignité humaine et les relations humaines au centre, d’une manière risquant d’éclipser la primauté de Dieu, du péché, de la rédemption, du culte et du salut.

La théologie catholique commence par Dieu. Elle commence par la gloire de Dieu, la souveraineté de Dieu, la sainteté de Dieu, la réalité du péché, la nécessité de la rédemption, la Croix du Christ, le jugement éternel et le salut des âmes. La dignité humaine est affirmée précisément parce que l’homme est créé par Dieu, racheté par le Christ et ordonné à la communion éternelle avec Lui. La dignité de l’homme découle de Dieu et demeure subordonnée à Dieu.

Dans ce document, cependant, l’accent paraît souvent inversé. À de nombreuses reprises, le langage se concentre sur l’épanouissement humain, la vulnérabilité humaine, la solidarité humaine, la fraternité humaine, la communion humaine, les relations humaines, la participation humaine et la préservation de l’humanité elle-même.

Certes, la doctrine catholique enseigne ces réalités. Mais cette insistance répétée donne l’impression que la crise principale du monde moderne serait la « déshumanisation », plutôt que le péché contre Dieu. Le mal y est souvent décrit en termes de fragmentation, de domination, d’exclusion, de réductionnisme technologique ou de relations brisées, plutôt qu’en termes de révolte contre la loi divine et de nécessité de repentance et de conversion.

Le traitement du Christ révèle particulièrement cette tendance. Traditionnellement, le Christ est proclamé — comme Il doit l’être — comme le Fils éternel de Dieu, le Rédempteur, le Sauveur du péché, l’Agneau sacrificiel, le Roi, le Juge des vivants et des morts.

Bien que ce document fasse effectivement référence au Christ, à l’Incarnation, à la grâce et à l’Eucharistie, le Christ y est fréquemment présenté avant tout comme : la révélation de l’humanité authentique, le modèle de la communion, celui qui révèle la dignité humaine, l’accomplissement de la relationalité humaine. Or, s’il est vrai que le Christ révèle l’homme à lui-même, cette vérité demeure toujours subordonnée à la réalité plus grande de la rédemption du péché et de la réconciliation avec Dieu. Le Christ ne révèle pas seulement l’humanité authentique ; Il sauve l’humanité déchue par sa Passion, sa Mort et sa Résurrection.

Dans ce document, cependant, il arrive que le Christ semble presque plus important comme accomplissement de l’humanité que comme Sauveur du péché. Cela donne l’impression d’une théologie anthropocentrique — une théologie où la personne humaine devient le centre d’interprétation. L’absence relative d’un traitement explicite du péché renforce encore cette inquiétude.

Ce document parle abondamment : des systèmes de pouvoir, de la technocratie, de la guerre, de l’injustice économique, de la manipulation, du contrôle algorithmique, de la fragmentation sociale et de la déshumanisation. Mais relativement peu est dit sur le péché originel, la concupiscence, la repentance personnelle, la culpabilité morale, le jugement, l’enfer, la pénitence ou la destinée éternelle de l’âme.

Ainsi, les racines du mal commencent à apparaître principalement comme structurelles plutôt que spirituelles. Or la doctrine catholique enseigne que le désordre dans la société découle ultimement du désordre du cœur humain blessé par le péché originel. La technologie n’est pas la crise la plus profonde ; l’homme séparé de Dieu est la crise véritable.

Cette préoccupation apparaît particulièrement dans les appels répétés du document à bâtir une « civilisation de l’amour ». Cette expression est authentiquement catholique et fut utilisée par des papes comme Paul VI et Jean-Paul II. Mais traditionnellement, cette vision était explicitement enracinée dans la conversion, l’évangélisation, le règne social du Christ-Roi, l’obéissance à la loi divine et la grâce surnaturelle.

Dans cette nouvelle présentation, la « civilisation de l’amour » peut parfois sembler moins être le fruit de la conversion au Christ qu’un projet humanitaire mondial centré sur la fraternité, la solidarité, l’inclusion et la paix. Encore une fois, aucun de ces objectifs n’est mauvais. La préoccupation est que la dimension surnaturelle du salut semble moins centrale que la construction d’un ordre social humain.

C’est pourquoi beaucoup de catholiques fidèles percevront ce document comme profondément troublant. La crainte n’est pas simplement que la doctrine soit explicitement niée, mais que tout le cadre de pensée se déplace subtilement : de Dieu vers l’homme, du salut vers l’épanouissement humain, du péché vers les systèmes, de la rédemption vers la relationalité, du culte vers l’humanitarisme.

L’Église a maintes fois mis en garde contre les formes d’humanisme religieux qui conservent un langage chrétien tout en déplaçant progressivement le centre du christianisme de Dieu vers l’homme. Lorsque la dignité humaine est détachée de la souveraineté de Dieu, lorsque la transformation sociale éclipse le salut, et lorsque le langage de la communion remplace celui de la repentance et de la sanctification, le christianisme risque d’être réduit à une vision éthique ou humanitaire.

Je reconnais cependant que ce document n’est pas dépourvu d’éléments authentiquement catholiques. Son rejet du transhumanisme est fort et important. Son insistance sur le fait que l’homme ne doit jamais être réduit à une machine ou à un algorithme est précieuse. Sa défense du corps, de la souffrance, des limites et de la dignité humaine s’oppose fermement à de nombreux courants dangereux de la culture moderne. De même, ses avertissements contre la guerre menée par l’IA, l’exploitation, la manipulation numérique et la domination technologique sont sérieux et souvent pénétrants.

Cependant, le problème est plus subtil et, en un sens, plus préoccupant encore. Il réside dans l’accent mis, l’orientation théologique et le centre anthropologique du document.

La théologie catholique enseigne clairement que l’homme ne peut être pleinement compris qu’en relation avec Dieu, et que la dignité humaine ne trouve son vrai sens qu’au sein de l’ordre de la création, de la rédemption, de la grâce et du salut éternel. Sans cette hiérarchie fermement préservée, même un noble langage sur la dignité, la paix, la fraternité et l’humanité dérive vers une forme d’humanisme christianisé dans laquelle l’homme devient pratiquement le centre.

Voilà pourquoi des catholiques fidèles peuvent ressentir, à la lecture de ce document, non seulement un désaccord, mais une profonde alarme spirituelle. L’inquiétude ne porte pas seulement sur ce qui est dit, mais sur ce qui semble être devenu central — et sur le fait que l’ordre surnaturel de la théologie catholique semble progressivement éclipsé par une anthropologie centrée principalement sur l’humanité elle-même.

Au cœur de cette discussion se trouve une question bien plus grande que l’intelligence artificielle, la technologie, l’économie ou même la politique mondiale. La véritable question est celle-ci : qui est au centre ?

Depuis deux mille ans, l’Église catholique proclame que Jésus-Christ n’est pas simplement la révélation de l’humanité authentique, ni seulement un modèle de communion et de solidarité. Il est le Fils éternel de Dieu, crucifié et ressuscité pour le salut des pécheurs. L’Église existe avant tout pour glorifier Dieu, proclamer l’Évangile, sauver les âmes et conduire l’humanité à la vie éternelle.

Certes, l’Église doit défendre la dignité humaine, résister à la déshumanisation technologique, s’opposer à l’exploitation et combattre l’injustice. Mais toutes ces préoccupations doivent demeurer enracinées dans l’ordre surnaturel. La dignité humaine ne peut être détachée de la vérité selon laquelle l’homme est une créature appartenant à Dieu et appelée à la conversion, à la sainteté et au culte. Lorsque l’humanité elle-même devient la principale grille d’interprétation de la théologie, même de beaux discours sur la fraternité, la paix, la communion et la dignité peuvent progressivement dériver vers une forme d’humanisme religieux qui ne place plus Dieu au premier plan.

C’est pourquoi le discernement est aujourd’hui d’une urgente nécessité.

Nous vivons à une époque profondément tentée par l’anthropocentrisme — une époque qui parle de plus en plus de l’humanité tout en oubliant Dieu, qui parle de solidarité tout en négligeant la repentance, et qui cherche le salut à travers les systèmes, la technologie, la psychologie ou les structures politiques plutôt qu’à travers la Croix de Jésus-Christ.

La réponse à la crise moderne ne se trouvera ni dans le transhumanisme, ni dans la technocratie, ni dans l’intelligence artificielle, ni dans une vision purement humanitaire du monde. Elle ne se trouvera pas davantage dans le désespoir ou la peur. La réponse demeure ce qu’elle a toujours été : Jésus-Christ, Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Seul le Christ révèle à la fois la grandeur et la misère de l’homme. Seul le Christ guérit ce que le péché a blessé. Seul le Christ restaure l’ordre divin. Seul le Christ peut apporter la véritable paix parce que seul le Christ réconcilie l’homme avec Dieu.

En tant que catholiques, nous devons donc demeurer fermement enracinés dans la foi pérenne de l’Église — dans la Sainte Écriture, la Sainte Tradition, le Saint Sacrifice de la Messe, la dévotion eucharistique, la prière, la pénitence, la fidélité à la vérité et la recherche de la sainteté. Nous devons résister à toute tentative de réduire le christianisme à un simple projet terrestre, même lorsqu’il est revêtu d’un langage compatissant ou spirituel.

Le monde n’a pas besoin d’une nouvelle religion centrée sur l’humanité. Le monde a besoin de l’Évangile.

Que Notre-Dame, Siège de la Sagesse et Destructrice des hérésies, intercède pour l’Église en ce temps de confusion. Qu’elle nous aide à demeurer fidèles à son divin Fils, afin qu’en tout temps et dans toute épreuve nous puissions proclamer avec clarté et courage : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et pour les siècles » (Hébreux 13, 8).

Bishop Joseph Strickland
Évêque émérite
Source en anglais : https://pillarsoffaith.net/a-catholic-discussion-of-the-encyclical-letter-magnifica-humanitas/

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Pendant que l’Elysée organise un comité contre le narcotrafic, un député organise un colloque pour libéraliser l’usage des drogues

L’Elysée organise ce vendredi un premier comité interministériel de lutte contre la criminalité organisée, dans un contexte de recrudescence des meurtres liés au narcotrafic.

Ce comité, présidé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, a pour objectif de mettre en place une action globale du gouvernement dans ce domaine, allant de la prévention (éducation, santé, travail) à la répression (police, justice, lutte contre le blanchiment).

Douze ministres seront autour de la table, parmi lesquels Laurent Nuñez (Intérieur), Jean-Pierre Farandou (Travail), Gérald Darmanin (Justice), Edouard Geffray (Education), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), ainsi que la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

Laurent Nuñez plaide depuis plusieurs semaines pour une action plus globale, estimant que cette “guerre” ne peut pas être menée par son seul ministère. Depuis le début de l’année, le gouvernement fait face à une succession de meurtres liés au narcotrafic, avec une implication croissante de mineurs, en tant que victimes ou auteurs. Nantes, Grenoble, Nice, Rennes, Lyon… la liste des villes concernées par ces drames s’allonge, Marseille n’ayant plus l’apanage des règlements de comptes.

L’argent de la drogue est considérable. La dernière estimation des autorités évaluait son chiffre d’affaires à environ 7 milliards d’euros en 2023 en France. Les “petites mains” du trafic, des mineurs ou jeunes majeurs, sont des proies faciles pour les réseaux. Un guetteur est rémunéré en moyenne 50 à 100 euros par jour, un vendeur entre 50 et 250 euros par jour.

En 2024 ont été recensés 367 assassinats et tentatives entre délinquants, quasi-systématiquement en lien avec le narcotrafic, avec un bilan de 110 morts et 341 blessés, en hausse de 33% depuis 2021, selon des données de l’Office central de lutte contre la criminalité organisée.

En même temps, le député LFI interpellé en 2024 pour achat de stupéfiants à un mineur, consommation financée avec ses frais de député, organise le 18 joint, pardon le 18 juin, un colloque au sein de l’Assemblée nationale sur le thème :

« Drogues et Addictions : contre les obsessions réactionnaires, changeons de paradigme »

Le député explique :

Notre événement se propose d’ouvrir le débat sur ces enjeux en trois temps :

1/ Ressorts psycho-sociaux des drogues : changer de regard sur les consommateur•ices et les conduites addictives;

2/ Prévention, santé mentale et réduction des risques : les leviers d’une politique sanitaire face aux addictions ;

3/ Les enjeux socio-économiques du trafic international et les opportunités de certaines évolutions législatives.

À cette occasion et dans une démarche transversale en vue de la prochaine élection présidentielle, nous avons l’ambition de promouvoir une vision étayée sur ces faits de société, à rebours des logiques réactionnaires, inefficaces et hypocrites, qui confinent une partie du peuple français à des spirales d’exclusion, de prises de risques, et d’insécurité.

Parmi les intervenants, on note la présence de Mabrouka Ben Ameur, ex-détenue pour trafic de stupéfiants…

Le président polonais ne soutiendra pas la dénaturation du mariage

Le président Karol Nawrocki ne soutiendra pas les dispositions légalisant les partenariats civils, a annoncé le chef de son cabinet, Paweł Szefernaker. Selon lui, le projet de loi examiné par la Diète polonaise assimile en pratique les partenariats civils au mariage et pourrait ouvrir la voie à d’autres changements, notamment la reconnaissance des mariages entre personnes du même sexe contractés à l’étranger.

Une politique des petits pas

« La première étape consiste à introduire les partenariats civils, la deuxième à transposer ce qui, à l’étranger, dans d’autres pays, est un mariage entre personnes de même sexe, puis cela mène à d’autres étapes – une telle politique des petits pas – vers l’adoption d’enfants. Lors de sa campagne présidentielle, le président avait déclaré qu’il ne donnerait pas son accord pour
Selon le chef de cabinet du président de la République de Pologne, le contexte de ces actions de la coalition parlementaire est une tentative d’introduire de force dans le droit polonais « des transcriptions inconstitutionnelles de partenariats civils, qui sont de facto appelés mariages homosexuels à l’étranger ».

« Aujourd’hui, conformément au droit polonais, à la Constitution et à la loi sur l’état civil, il n’est pas possible de procéder à de telles transcriptions », a estimé M. Szefernaker.

Pas d’accord sur les quasi-mariages – La personne proche

Dans le même temps, il a rappelé que le président Karol Nawrocki voit d’un bon œil les solutions qui introduiront le « statut de personne proche » et qui pourraient « aider les Polonais dans leur vie quotidienne ».

« Nous défendons la philosophie selon laquelle l’institution du proche est au cœur de notre action. Il s’agit de deux philosophies différentes. Nous voulons aider les gens dans leur vie quotidienne, mais sans créer une loi qui permettrait, de facto, la création d’unions bénéficiant des mêmes privilèges que le mariage », a-t-il précisé.

Texte tiré du portail ecclésiastique Opoka  (Portail de l’Épiscopat polonais)

Victoire historique de l’ECLJ contre la Turquie à la CEDH

L’ECLJ vient de remporter une victoire majeure devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) dans l’affaire Mavrakis et autres c. Turquie.

La Cour a condamné la Turquie pour avoir arbitrairement empêché deux prêtres grecs orthodoxes de siéger dans les conseils d’administration de leurs propres fondations communautaires à Istanbul. Cette décision constitue un précédent historique pour la protection de l’autonomie des communautés chrétiennes en Turquie.

L’ECLJ a été autorisé par la Cour à lui remettre des Observations écrites et la CEDH reprend directement les éléments structurels que nous y dénoncions:

  • contrôle étatique des fondations communautaires chrétiennes,
  • expropriations massives,
  • absence de reconnaissance juridique des Patriarcats…

avec pour conséquence la fragilisation progressive de la présence chrétienne en Turquie.

Ce que l’ECLJ dénonce depuis des années est désormais reconnu par la CEDH.

Dans notre rapport sur La persécution des chrétiens en Turquie, nous avons montré comment les chrétiens –qu’ils soient orthodoxes, arméniens, catholiques ou protestants– font l’objet d’une surveillance particulière, subissent des restrictions administratives, des discriminations institutionnelles et des violences.

Cette politique structurelle d’affaiblissement a fait passer le nombre de chrétiens en Turquie de deux millions au début du XXᵉ siècle à une minorité résiduelle aujourd’hui.

Le pape Léon XIV lui-même a rappelé, lors de son voyage en Turquie en novembre 2025, l’importance de garantir la liberté religieuse et la protection des minorités chrétiennes.

Hélas, le problème ne concerne pas seulement les communautés chrétiennes historiques. Il touche également les protestants étrangers.

L’ECLJ est actuellement engagé devant la CEDH dans plusieurs affaires concernant des pasteurs, missionnaires, enseignants et familles chrétiennes expulsés de Turquie sous le prétexte fallacieux de «sécurité nationale». Ils sont expulsés ou interdits de retour sans aucun procès équitable et alors même que leurs activités religieuses sont parfaitement légales en droit turc.

Selon l’Association des Églises protestantes de Turquie (TEK), au moins 178 protestants étrangers ont été visés entre 2019 et 2025, affectant plus de 380 personnes avec leurs époux et enfants.

Après avoir soumis des Observations écrites dans l’affaire Wiest c. Turquie, nous sommes à présent intervenus dans vingt nouvelles requêtes groupées (Wilson et autres c. Turquie). Toutes révèlent les mêmes mécanismes administratifs opaques fondés sur les codes sécuritaires N-82 et G-82.

L’ECLJ a également mobilisé des députés du Parlement européen, qui ont adopté le 12 février 2026 une résolution condamnant ces expulsions abusives. Quelques semaines plus tard, la Commission européenne appelait à son tour la Turquie à respecter ses obligations en matière de liberté religieuse et de garanties juridictionnelles effectives.

Ces avancées sont le fruit d’années de travail juridique rigoureux, de plaidoyer institutionnel et du soutien fidèle de nos donateurs.

Mais le combat est loin d’être terminé. Votre soutien est indispensable pour permettre à l’ECLJ de continuer à défendre les chrétiens persécutés devant les juridictions internationales et les institutions européennes.

Du mercenariat transactionnel à la crise du bien commun : quand plus rien n’est gratuit au travail

Lu sur Perspective catholique :

Vingt ans dans des entreprises industrielles suisses m’ont appris une chose simple : une partie croissante des nouvelles générations ne donne plus rien gratuitement. Et si cette attitude révélait une perte bien plus profonde ?

Dans les entreprises, on continue de vanter la communication franche, le rôle exemplaire du chef et l’esprit d’équipe. Mais dans la réalité quotidienne, une règle s’impose de plus en plus : « Je ne bouge pas le petit doigt si cela ne me rapporte rien de concret et immédiat. »

C’est le mercenariat généralisé. Et il transforme silencieusement le monde du travail.

1. Le mercenariat généralisé : le constat

Le travail est désormais vécu comme une pure transaction.
• Pas d’effort supplémentaire sans augmentation, promotion visible ou avantage immédiat.
• Changement d’employeur dès qu’une meilleure offre se présente.
• Équilibre vie professionnelle-vie privée érigé en principe absolu : le temps est strictement monétisé.
• L’engagement dans les projets, les améliorations ou les efforts collectifs est calculé au plus juste.

Ce n’est plus une question de motivation individuelle, mais un mode de fonctionnement systématique. Le vieux contrat implicite est devenu un contrat froid, explicite et constamment renégocié.

2. Est-ce satisfaisant ?

À court terme, pour l’individu, cela peut sembler libérateur : moins de frustrations, plus de contrôle sur son temps.
À moyen et long terme, c’est profondément insatisfaisant.
L’homme n’est pas fait pour vivre en mercenaire permanent. Le calcul incessant engendre un vide intérieur : absence de fierté véritable, de maîtrise, d’appartenance à une œuvre qui le dépasse. On accumule des expériences sur un CV sans jamais rien construire de durable.

Pour l’entreprise, le résultat est clair : silos renforcés, innovation ralentie, excellence impossible à atteindre durablement.

Pour la société entière : qui assurera les tâches ingrates, la continuité, les charges lourdes si personne n’accepte plus de donner sans retour immédiat ?

3. Le travail selon la loi naturelle et le bien commun

La tradition occidentale et catholique propose une vision radicalement différente.
• Aristote voyait dans le travail une voie vers l’épanouissement humain par l’exercice des vertus. L’effort n’est pas un coût à minimiser, mais un moyen d’atteindre l’excellence.
• Saint Benoît, dans sa Règle, plaçait le travail au cœur de la vie communautaire : ora et labora. Le travail est une discipline qui forme l’homme et sert la communauté, sans calcul permanent du retour.
• Saint Thomas d’Aquin enseigne que le travail s’inscrit dans la loi naturelle. L’homme, créé à l’image de Dieu, est appelé à ordonner le monde et à participer à l’œuvre de création. Le travail n’est pas d’abord une malédiction, mais une activité noble qui participe au bien commun.

Le bien commun, selon saint Thomas, n’est pas la simple somme des intérêts individuels, mais l’ensemble des conditions qui permettent aux personnes et aux groupes de s’épanouir pleinement.

Dans cette perspective, le travail peut être vécu comme satisfaisant en lui-même, parce qu’il est ordonné à quelque chose qui dépasse l’individu : la famille, la communauté, la société, et ultimement Dieu.

4. Une conséquence de la perte du sens chrétien

Ce mercenariat généralisé n’est pas un accident de l’histoire. Il est le fruit amer de ce que les générations précédentes ont semé : sécularisation massive, individualisme triomphant, éducation centrée sur l’estime de soi plutôt que sur le devoir, et dissolution progressive du sens du don gratuit.

Lorsque le sens chrétien s’efface :
• la charité (le don gratuit) cède la place à une justice froide et calculée ;
• la gratuité devient incompréhensible ;
• le sacrifice et le dépassement perdent leur noblesse.

On passe d’une vision où l’homme est fait pour donner et recevoir dans la communion à une vision où il n’est plus qu’un atome économique maximisant son utilité personnelle.

La génération actuelle n’est donc pas la cause première : elle est le produit logique de cette évolution culturelle profonde.

5. Le rôle du management et des responsables politiques

Face à ce constat, le management et les responsables politiques ont une responsabilité décisive.

Nous ne manquons pas de petits dictateurs qui multiplient les règles, les contrôles et les procédures pour masquer leur manque de leadership. Nous manquons cruellement de grands chefs : des hommes qui incarnent l’autorité légitime, qui montrent l’exemple, qui exigent sans cynisme et qui savent relier le travail quotidien au bien commun.

Le vrai chef aujourd’hui doit :
• Refuser la capitulation devant la mentalité transactionnelle ;
• Récompenser le mérite de façon juste et visible, tout en exigeant l’effort qui sert le bien de l’ensemble ;
• Former par l’exemple aux vertus classiques : prudence, justice, courage et tempérance.

Sans cette autorité courageuse et ordonnée, les entreprises et la société continueront à se fragmenter.

Conclusion

Nos mercenaires ont bien changé. Ils ont troqué la hallebarde contre une tablette et leur honneur pour 30 pièces d’argent. C’est un fait.

Il est le fruit d’une société qui a progressivement perdu la vision chrétienne de l’homme et du travail.

Redécouvrir que le travail s’inscrit dans la loi naturelle et sert le bien commun, ce n’est pas un retour nostalgique : c’est la condition pour que nos entreprises et notre pays restent vivants et humains.

La question urgente n’est plus «qu’est-ce que j’y gagne ?», mais «qu’est-ce que nous construisons ensemble, et pour qui ?».

Quels évêques oseront en parler demain au monde et à la cité ? Peut-être ceux qui nous semblent nécessaires.

Boualem Sansal, la religion et le christianisme que sa culture lui cache

Les extraits du nouveau livre de Boualem Sansal publiés par Le Figaro Magazine donnent à lire bien davantage qu’un témoignage carcéral. Ils font entendre la voix d’un écrivain qui a éprouvé, dans son corps, ce que signifie la confiscation du temps, de l’espace et de la liberté. Dans sa cellule de Koléa, Sansal raconte d’abord l’humiliation administrative, la réduction de l’homme à un corps déplacé, compté, enfermé. Puis vient le ramadan, vécu non comme une consolation spirituelle, mais comme une aggravation de la prison dans la prison.

Il ne s’agit pas ici d’une dissertation sur l’islam, mais d’une expérience : la faim, la promiscuité, le bruit, l’ennui, les appels à la prière, la pression collective, le puritanisme, la récitation ininterrompue du Coran, tout ce qui, dans cet univers clos, semble ajouter de la clôture à la clôture. Sansal écrit alors que, dans trop de pays musulmans, l’islam devient une « chape brutale » posée sur une faillite historique, une manière de défigurer la liberté humaine.

Il faut évidemment respecter sa liberté. Boualem Sansal a le droit de croire, de ne pas croire, de rejeter l’islam, de se dire athée, agnostique, libre penseur ou simplement écrivain. Personne n’a à confisquer son expérience pour en faire une démonstration qui ne serait pas la sienne. Mais précisément parce que sa liberté est précieuse, il est permis de formuler, avec délicatesse, une proposition chrétienne : ce que l’islam a pu lui montrer de la religion n’est pas le christianisme. Ce que l’islam prétend savoir du christianisme n’est pas le christianisme. Et ce que l’islam présente comme une correction du christianisme est souvent, pour un chrétien, une profonde incompréhension de la foi chrétienne.

C’est l’un des grands drames spirituels de notre temps. Beaucoup d’hommes et de femmes issus de l’islam, lorsqu’ils s’en détachent, ne quittent pas seulement une religion. Ils croient quitter toute possibilité de Dieu. Ils ont connu une foi vécue comme loi sociale, contrainte communautaire, surveillance des gestes, police des corps, domination familiale ou injonction politique ; alors ils s’imaginent que le christianisme serait la même chose sous d’autres habits. Un autre Livre tombé du ciel. Une autre loi sacrée. Une autre soumission. Une autre manière de faire plier l’homme devant Dieu.

Or tout est différent.

Le christianisme n’est pas d’abord un code. Il n’est pas la descente d’un livre céleste dicté à un homme seul. Il n’est pas une loi totalisante venue organiser chaque détail de la société. Il est la rencontre avec une personne : Jésus-Christ, Verbe fait chair, né d’une femme, crucifié sous Ponce Pilate, mort et ressuscité. Le cœur du christianisme n’est pas la soumission à une puissance lointaine, mais l’adoption filiale. Dieu n’écrase pas l’homme ; il vient le sauver. Il ne se contente pas de commander ; il se donne. Il ne demande pas seulement que l’homme se courbe ; il l’appelle à devenir fils dans le Fils.

La Bible elle-même n’est pas un Coran chrétien. Elle n’est pas un bloc céleste tombé d’en haut, déjà clos, déjà accompagné de son mode d’emploi. Elle est une bibliothèque sainte, née dans l’histoire, portée par Israël, accomplie dans le Christ, transmise par l’Église, méditée, priée, canonisée, copiée, traduite, interprétée. Le christianisme n’est donc pas une religion du livre au sens islamique du terme. Il est la religion du Verbe fait chair. Le livre y est saint parce qu’il témoigne du Christ, non parce qu’il remplacerait le Christ.

Il faut aussi rappeler ce que l’islamisation des mémoires a souvent recouvert : l’Afrique du Nord ne fut pas naturellement et immémorialement musulmane. Avant la conquête arabe et islamique, elle fut punique, berbère, romaine, latine et chrétienne. Elle donna à l’Église des martyrs, des évêques, des écrivains, des docteurs, des conciles. Tertullien, à Carthage, fut l’un des grands artisans du latin chrétien. Saint Cyprien, évêque de Carthage, fut une figure majeure de l’Église persécutée. Saint Augustin, né à Thagaste, dans l’actuelle Algérie, devint évêque d’Hippone, aujourd’hui Annaba, et l’un des plus grands penseurs de l’histoire chrétienne. Le pape Léon XIV l’a encore rappelé en avril 2026 en célébrant la messe dans la basilique Saint-Augustin d’Annaba, sur les lieux mêmes de son ministère.

On peut aller plus loin encore : Rome elle-même doit quelque chose à l’Afrique chrétienne. Saint Victor Ier, pape à la fin du IIe siècle, était Africain ; le Vatican le présente comme le premier pape africain de l’Église de Rome, et c’est sous son pontificat que le latin remplaça le grec comme langue officielle de l’Église romaine. Quelle ironie de l’histoire : ceux qui s’imaginent que le christianisme serait venu tardivement en Afrique du Nord oublient que l’Afrique du Nord a contribué à donner au christianisme occidental une part de sa langue, de sa forme, de son génie théologique.

Il faut donc redire aux Algériens, aux Tunisiens, aux Kabyles, aux Berbères, aux héritiers de cette terre immense : le christianisme n’est pas une religion étrangère à votre histoire. Il ne se réduit pas à la colonisation française. Il a précédé l’islam. Il a parlé latin, punique, berbère, grec parfois. Il a fleuri à Carthage, à Hippone, à Thagaste. Il a donné Augustin au monde. Et cette mémoire n’est pas un instrument de revanche ; elle est une promesse de vérité.

C’est pourquoi la réponse chrétienne à l’islam ne peut pas être seulement polémique. Il faut bien sûr défendre la liberté de conscience, le droit de critiquer l’islam, le droit de quitter l’islam, le droit de ne pas jeûner, de ne pas croire, de lire, d’écrire, de penser. Il faut aussi nommer les violences que trop de sociétés musulmanes font peser sur les dissidents, les femmes, les apostats, les chrétiens, les libres penseurs. Mais le chrétien ne peut pas s’arrêter là. Il doit aussi montrer positivement le visage du Christ.

À celui que l’islam a blessé, il ne faut pas présenter une autre prison. Il faut présenter une porte ouverte. À celui qui a connu Dieu comme menace, il faut annoncer le Père. À celui qui a connu la religion comme contrainte, il faut montrer la grâce. À celui qui a connu le livre comme arme, il faut montrer le Verbe crucifié. À celui qui a connu la communauté comme surveillance, il faut montrer l’Église comme hôpital des pécheurs.

Boualem Sansal n’a pas à recevoir cette proposition. Mais les chrétiens auraient tort de ne pas la faire. Ils auraient tort de laisser l’islam définir le christianisme à leur place. Ils auraient tort de laisser croire que Jésus ne serait qu’un prophète musulman mal compris par les chrétiens, que la Trinité serait une absurdité grossière, que la Croix serait un scandale à effacer, que l’Évangile aurait été falsifié, que l’Église serait une parenthèse tardive et que le Coran viendrait enfin remettre de l’ordre dans la révélation. Pour un chrétien, c’est exactement l’inverse : l’islam ne complète pas le christianisme, il le contredit sur presque tout ce qui en fait le cœur.

Il ne faut pas se réjouir qu’un homme soit dégoûté de la religion. Il faut prendre au sérieux la blessure qui l’a conduit là. Si l’islam lui est apparu comme une chape, une clôture, une violence ajoutée à la violence, il faut lui dire que le christianisme véritable n’est pas cela. Il ne promet pas l’absence de souffrance, mais il révèle un Dieu qui entre dans la souffrance. Il ne supprime pas la Croix, il y monte. Il ne nie pas la liberté humaine, il la restaure. Il ne cherche pas des sujets tremblants, mais des enfants réconciliés.

Au-dessus d’Alger, dans la basilique Notre-Dame d’Afrique, une invocation demeure inscrite dans l’abside depuis les origines du sanctuaire : « Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans. » Elle dit presque tout. Elle ne confond pas les religions. Elle ne renonce pas au Christ. Elle n’insulte personne. Elle prie. Elle confie les blessures, les malentendus, les conversions impossibles, les libertés entravées, les cœurs fermés, les écrivains emprisonnés, les musulmans en quête de vérité, les chrétiens trop timides, les peuples fatigués par l’histoire. Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Le divorce a un coût pour les femmes

L’Observatoire de l’émancipation économique des femmes analyse dans son dernier rapport la « déroute économique » des mamans solos. Revenus, dépenses, logement… il apporte de nouveaux éléments chiffrés sur la monoparentalité, l’un des facteurs clés des inégalités hommes-femmes.

En France, un quart des familles sont monoparentales, et dans 82 % des cas, c’est une femme qui en assume seule la charge. Pourtant, ces familles disposent en moyenne de seulement 53 % des revenus d’un couple, alors que leurs besoins en représentent 83 %.. La 8e note de l’Observatoire de l’émancipation économique des femmes, publiée par la Fondation des Femmes avec le Crédit Municipal de Paris en partenariat avec  ViveS Média, démontre que la monoparentalité agit comme un puissant facteur de précarisation économique pour les femmes, liée à cette situation d’une part mais qui révèle et amplifie d’autre part les inégalités construites au sein des couples hétérosexuels bien avant la séparation. […]

Les familles monoparentales ont des besoins équivalents à 83 % de ceux des couples avec enfants, parce qu’elles partagent les mêmes charges incompressibles : logement, énergie, alimentation, scolarité, garde. Mais elles ne disposent que de 53 % des revenus d’un couple, prestations sociales et pensions alimentaires incluses.

Un déficit moyen de 250 euros par mois

L’écart entre besoins et ressources représente un déficit moyen d’au moins 3 000 euros par an, soit 250 euros par mois. Cette somme manquante n’est pas un imprévu : c’est un manque structurel, qui se traduit par des renoncements quotidiens et par une vulnérabilité chronique au moindre aléa.

Une précarité qui s’amplifie après une séparation

Après une séparation, les mères subissent une baisse médiane de niveau de vie comprise entre 20 et 25 %. Et travailler ne suffit pas à protéger une mère isolée de la précarité : la note documente en détail l’ampleur du risque de pauvreté qui pèse sur les mères seules, même lorsqu’elles sont en emploi.

Un référendum contre le passage en force du gouvernement

C’est la proposition du sénateur Francis Szpiner :

Dans un calendrier restreint choisi par un gouvernement qui a pour objectif de faire adopter le texte avant l’été, le Sénat a examiné le 12 mai dernier la proposition de loi relative à la généralisation des soins palliatifs et à l’adoption de l’euthanasie, une question qui engage les fondements éthiques de notre société.

Si la chambre haute a définitivement adopté le texte garantissant l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs, elle a rejeté d’inscrire dans le droit français le droit de donner la mort. Cette loi n’est pas une loi ordinaire. Elle entraîne une rupture anthropologique qui modifie radicalement notre vision de la société. Aux plus fragiles, aux plus démunis, aux personnes âgées, nous devons écoute, solidarité et assistance. Pas la mort. 

Ce texte ne fait l’unanimité, ni au Sénat, ni à l’Assemblée nationale. Il dépasse tous les clivages politiques. C’est pourquoi cette question nécessite un débat démocratique sur un temps long, un débat qui permette à chacun d’entendre les médecins, les aidants, les malades… Un débat de conscience, large et éclairant pour chacune et chacun d’entre nous.

Convaincu que le peuple français doit pouvoir se prononcer souverainement sur un sujet d’une telle gravité, j’ai déposé une proposition de loi référendaire en application de l’article 11 de la Constitution, afin que la question de la fin de vie soit tranchée par la voie du référendum.

Ce texte entend rappeler, avec la clarté nécessaire, que la provocation active de la mort d’un patient ne saurait être assimilée à un traitement, à une thérapeutique ni à un soin. Il s’inscrit dans une réflexion de fond sur les principes qui fondent notre droit de la santé, la place du soin dans notre pacte républicain et la protection due aux personnes les plus vulnérables.

200 de mes collègues parlementaires – députés et sénateurs – ont apporté leur soutien à cette initiative dont Bruno Retailleau, président des Républicains. J’ai donc déposé la semaine dernière à la présidence du Sénat ma proposition de loi référendaire afin qu’elle saisisse le Conseil Constitutionnel qui aura quatre semaines pour confirmer sa recevabilité.

Dans ce contexte, il serait incompréhensible que la navette parlementaire puisse suivre son cours dans le mépris ou l’ignorance d’une démarche ayant rassemblé le soutien d’un cinquième des élus français.

Le combat continue ! 

Des ciboires intacts retrouvés dans une église incendiée

Au Brésil, l’église Notre-Dame de Lourdes a entièrement brûlé lundi 25 mai. Casqué et équipé, un pompier enjambe les gravats et saisit deux ciboires intacts. Pour les chrétiens du Brésil, c’est « un miracle ». Une vidéo de la scène est rapidement devenue virale, largement relayée.

Située à Flores da Cunha, dans la région de Serra Gaúcha, au sud du Brésil, l’église a été ravagée par les flammes dans l’après-midi. Vieille de plus d’un siècle, elle avait été bâtie par les descendants d’immigrants italiens dans cette région viticole. La toiture, entièrement consumée, s’est effondrée sur une nef couverte de débris et de cendres. Il ne reste désormais pratiquement que l’enveloppe extérieure du bâtiment.

Outre les ciboires, une autre vidéo circule sur X. On y voit une statue du Christ retrouvée intacte près de l’entrée principale, dans un dôme en bois pourtant détruit par le feu. La statue ne portait que quelques traces de suie.

Parler des femmes victimes d’une idéologie en appelant à la méfiance face à des faits avérés devient plus condamnable que les faits eux-mêmes

Dora Moutot est devenue une figure médiatique depuis la publication, en 2024, de Transmania (aux Éditions Magnus), ouvrage coécrit avec Marguerite Stern pour dénoncer les dérives de l’idéologie transgenre et qui a valu aux deux auteurs des menaces de mort (classées sans suite par l’injustice française).

Le 20 mai, Dora Moutot a été condamnée par le tribunal judiciaire de Paris à verser 1500 euros aux associations LGBT STOP Homophobie, Mousse et Adhéos (4.574 euros au total, amendes et frais de justice confondus) pour injure publique transphobe. Elle a fait appel. Elle a été interrogée par Boulevard Voltaire. Extrait :

Les assos LGBT ont porté plainte contre moi pour avoir dit « On se retrouve, je suis obligée de le dire, avec certains hommes qui violent leurs codétenues. Je ne dis pas que toutes les personnes trans font ça, loin de là, mais on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes ». C’était dans un contexte télévisé de débat sur l’idéologie transgenre dans lequel j’expliquais, en amont, une problématique spécifique : le fait qu’on se retrouve dans une situation délétère pour les femmes car les nouvelles politiques transgenre de certains pays permettent que des hommes transitionnent en prison et soient transférés dans des prisons de femmes. J’expliquais cela car, malheureusement, certains en sont arrivé à violer leurs codétenues. Je rappelais donc qu’en tant que femme, on était malheureusement forcées de se méfier de toute personne avec un pénis.

Selon le jugement (ce que je comprends), c’est qu’il serait interdit de parler du sort de ces femmes violées au motif qu’il serait discriminant d’en parler… Nous sommes donc arrivés à une situation absurde où parler des femmes victimes d’une idéologie en appelant à la méfiance face à des faits avérés devient plus condamnable que les faits eux-mêmes.

Pour être honnête, il est incompréhensible de savoir ce qu’on me reproche réellement, tellement le jugement se contredit lui-même. On me condamne pour injure publique. Pourtant, le tribunal reconnaît, noir sur blanc, que mon propos « n’appelle pas pour autant le public, implicitement ou explicitement, à la violence, à la discrimination ou à la haine ». Mais quelques lignes plus loin, il affirme que ce même propos « propage la haine fondée sur l’intolérance ». Donc, le propos n’appelle pas à la haine mais il propagerait la haine… Il n’appelle pas à la discrimination mais il devient condamnable comme propos discriminatoire. Il n’appelle pas à la violence mais il mérite une sanction pénale.

Cette contradiction est centrale dans le jugement. Si mes propos ne demandaient aucune violence, aucune exclusion, aucune privation de droits, aucune discrimination, alors, qu’est-ce qui est réellement condamné ? Mon opinion… […]

[M]a condamnation montre que le débat sur le transgenrisme est interdit, en France. Les personnes qui ouvrent la bouche à ce sujet pour en faire une critique risquent des condamnations et un harcèlement infernal dans toutes les sphères de leur vie.

À titre personnel, tant que ce procès est encore en cours, bien sûr, je continuerai d’en parler, mais intellectuellement et professionnellement, je suis déjà passé à autre chose, car j’ai vraiment fait le tour du sujet, tout est déjà dit et écrit dans mon livre Transmania. Cette condamnation vient d’ailleurs confirmer tout ce que ce livre raconte. Je vous invite à le lire pour vous rendre compte des enjeux. […]

Transmania: Enquête sur les dérives de l’idéologie transgenre

 

Père Andrea Santoro, martyr de la foi en Turquie, priez pour les conversions !

Il y a des vies qui disent davantage que de longues déclarations diplomatiques. Celle de don Andrea Santoro, prêtre italien assassiné en Turquie le 5 février 2006, appartient à cette catégorie. Il ne fut pas tué sur un champ de bataille, ni au terme d’une polémique tapageuse. Il fut tué dans une église, à Trébizonde, alors qu’il priait. Deux balles. Une Bible en turc entre les mains. Le silence d’une petite église catholique, dans une terre qui fut jadis l’un des grands berceaux du christianisme. Vatican News rappelle qu’il fut assassiné par un jeune fondamentaliste alors qu’il était en prière, et que les balles transpercèrent également la Bible qu’il tenait.

Don Andrea Santoro était un prêtre du diocèse de Rome, envoyé en Turquie en 2000 comme prêtre fidei donum. Avant cela, il avait été curé à Rome, notamment dans la paroisse des Saints Fabien et Venance. Il ne partit pas en Orient par goût de l’exotisme religieux, ni par naïveté idéologique, mais par fidélité à une intuition profondément catholique : l’Église du Moyen-Orient n’est pas un vestige archéologique, mais une mère blessée, pauvre, parfois abandonnée, qu’il faut aimer et soutenir. La Communauté Sant’Egidio rappelle qu’il fut envoyé par le cardinal Ruini au service du vicariat apostolique d’Anatolie.

Trébizonde, l’antique Trabzon, n’est pas n’importe quel lieu. Elle dit à elle seule la tragédie de l’Orient chrétien : une mémoire immense, une présence aujourd’hui minuscule. Là où passèrent les apôtres, les Pères, les conciles, les liturgies, les monastères, les icônes et les pèlerins, il reste souvent de très petites communautés, parfois réduites à quelques fidèles. Don Andrea ne venait pas conquérir. Il venait demeurer. Il voulait être une présence chrétienne pauvre, visible, priante, offerte.

C’est précisément cela qui rend son assassinat si révélateur. Il ne s’agissait pas d’un agitateur politique. Il ne s’agissait pas d’un polémiste. Il ne s’agissait pas d’un homme violent. Il priait. Et son meurtrier, un jeune Turc mineur au moment des faits, cria « Allahu Akbar » avant de tirer, selon l’agence Fides. Condamné à dix-huit ans et dix mois de prison, il fut libéré de manière anticipée en 2016, dans le contexte des purges carcérales ayant suivi la tentative de coup d’État en Turquie.

Il faut ici refuser deux mensonges symétriques. Le premier serait de répondre à la haine par la haine, comme si le martyre chrétien autorisait la vengeance. Il ne l’autorise jamais. Le second serait de noyer le réel dans une brume pieuse, en parlant seulement de “malentendu”, de “tension”, de “fragilité”, d’“événement tragique”, sans jamais nommer le fait qu’un prêtre catholique a été assassiné parce que sa présence chrétienne devenait insupportable à un fanatisme religieux.

Don Andrea croyait au dialogue. Mais le vrai dialogue n’est pas l’effacement de la foi chrétienne devant les susceptibilités de l’islam. Le vrai dialogue suppose que le chrétien puisse être chrétien, prier, annoncer le Christ, tenir une Bible, célébrer la messe, accueillir les pauvres, sans être menacé. Le dialogue ne peut pas signifier que les chrétiens baissent la voix jusqu’à devenir invisibles. Don Andrea ne dialoguait pas parce qu’il doutait du Christ ; il dialoguait parce qu’il croyait au Christ.

C’est pourquoi son témoignage embarrasse notre époque. Il gêne les indifférents, parce qu’il rappelle que la foi peut encore valoir la vie. Il gêne les relativistes, parce qu’il montre que toutes les conceptions de Dieu ne produisent pas les mêmes fruits. Il gêne aussi certains professionnels du dialogue interreligieux, parce qu’il oblige à poser une question simple : que vaut un dialogue où l’une des parties doit sans cesse prouver qu’elle a le droit d’exister ?

L’Église, elle, a très vite reconnu la grandeur spirituelle de ce sacrifice. Lors des funérailles, le cardinal Camillo Ruini déclara être intérieurement persuadé que les éléments constitutifs du martyre chrétien se trouvaient dans la mort de don Andrea, et il annonça l’intention de promouvoir sa cause de béatification. Il rappelait en même temps l’urgence de réaffirmer la liberté religieuse, « mère de toutes les libertés ».

Il faut cependant être précis : don Andrea Santoro n’est pas “saint automatiquement”. Dans l’Église catholique, la reconnaissance officielle de la sainteté passe par une procédure. Même lorsqu’il existe une réputation de martyre, l’Église examine les faits, les écrits, les témoignages, les circonstances de la mort et l’existence éventuelle d’une haine de la foi. En 2026, Famiglia Cristiana rappelait qu’un postulateur avait été nommé le 18 juillet 2024 pour sa cause de béatification, mais que cette cause n’était pas encore ouverte.

La nuance est importante. On peut, dans le langage spirituel et mémoriel, parler de martyr : don Andrea est mort en témoin du Christ, dans l’exercice de son ministère, frappé alors qu’il priait. Mais la canonisation officielle n’est pas un réflexe émotionnel ; elle appartient au jugement prudent de l’Église. Cette prudence n’affaiblit pas son témoignage. Elle le protège des emballements faciles et lui donne, le moment venu, une force plus grande.

Le plus bouleversant demeure peut-être la réponse de sa mère. Elle n’a pas répondu par l’appel à la vengeance. Elle a pardonné. Selon AsiaNews, Maria Santoro déclara pardonner de tout son cœur à celui qui avait armé sa main pour tuer son fils. Voilà la différence chrétienne. Le martyr chrétien ne tue pas pour Dieu. Il accepte de mourir plutôt que de renier le Christ. Il ne transforme pas Dieu en cri de guerre. Il remet sa vie entre les mains du Père.

Il y a là une leçon pour notre temps. L’Europe chrétienne a trop souvent honte de ses martyrs. Elle préfère célébrer des abstractions : le vivre-ensemble, la paix, la diversité, le dialogue. Tous ces mots peuvent être beaux, mais ils deviennent indécents lorsqu’ils servent à dissimuler les corps des chrétiens assassinés. La paix chrétienne n’est pas l’amnésie. Le pardon chrétien n’est pas le silence. La charité chrétienne n’est pas la lâcheté.

Don Andrea Santoro n’a pas vécu pour dénoncer l’islam. Il a vécu pour annoncer le Christ. Mais sa mort oblige à regarder en face la condition de nombreux chrétiens dans des sociétés musulmanes : minoritaires, surveillés, parfois tolérés, souvent empêchés, toujours exposés dès qu’ils sortent du rôle décoratif qu’on veut bien leur laisser. Il ne s’agit pas de haïr les musulmans. Il s’agit de refuser que les chrétiens soient sommés d’aimer leur propre disparition.

Dans l’église Santa Maria de Trabzon, un prêtre priait. Son assassin a cru l’effacer. En réalité, il l’a rendu visible. Don Andrea Santoro appartient désormais à cette longue procession de témoins qui, de saint Étienne aux martyrs contemporains, rappellent que l’Église ne vit pas d’abord de puissance, de sociologie ou de communication. Elle vit du sang de ceux qui aiment le Christ jusqu’au bout.

Et c’est peut-être cela qu’il faut demander aujourd’hui : non pas seulement que don Andrea soit un jour officiellement reconnu bienheureux puis saint, mais que les chrétiens d’Europe retrouvent la mémoire de ce qu’ils sont. Une Église qui oublie ses martyrs devient vite une ONG sentimentale. Une Église qui les honore redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : le Corps du Christ, pauvre, priant, désarmé, mais invincible.

Andrea Santoro, priez pour nous et pour tous les Turcs !

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Chartres 2026 : nous sommes ceux qui venons après

De Thomas Debesse :

En juin 2025 au retour du pèlerinage de Chartres, s’est déroulée devant mes yeux une scène tout à fait commune et habituelle pour un retour pèlerinage, mais extra-ordinaire pour notre société. Dans le train du retour, des pèlerins chantent. […] J’ai réalisé quelque chose que je souhaite vous partager.

Il se trouve que deux mois plus tôt était sorti le jeu vidéo Clair-obscur, Expédition 33. Issue d’un studio français, et succès commercial international, il avait aussi trouvé ses détracteurs très ennuyés de son esthétique franchement franchouillarde, un environment urbain inspiré du Paris de la Belle époque, et des personnages et accoutrements assumant sans rougir certains clichés français. Les noms des personnages sonnaient français : Gustave, Maelle, Lune, Renoir. Cela a déplu à une caste qui considère comme suspectes de telles manifestations.

L’univers imaginaire de ce jeu vidéo est affecté d’une catastrophe, et chaque année, une génération de ses habitants disparaît. […] Et chaque année aussi, une équipe des habitants survivants part en expédition dans l’espoir de mettre fin à la calamité. Sur leur chemin, ils retrouvent les restent des expéditions précédentes, ainsi que les traces de ce qu’ils avaient découverts et appris. Chaque expédition ne sait pas si elle va réussir, mais chaque expédition laisse, pour ceux qui viendront après eux, leur connaissance et leurs traces. Et cet effort, ce don d’eux-même, ce don de leur vie jusqu’à leur propre mort, ils le font pour l’expédition qui vient après la leur, pour la génération d’explorateurs et de combattants qui vient après.

Un des personnages principaux, Gustave, prononce fréquemment ces mots lors de ses combats : « pour ceux qui viendront après ».

[…] Je me suis intéressé aux monuments mémoriaux des guerres mondiales qui habitent nos villages et qui égrainent la liste de nos pères morts sur le front. Tous ces hommes qui ont fait le sacrifice de leur vie, ces homme l’ont fait pour ceux qui viennent après. Et c’est ça ce que signifie « venir après ». Ceux qui viennent après ne sont pas une unité de population qui se substitue, ceux qui viennent après sont ceux qui sont engendrés.

Les soldats de ces guerres atroces ne tombaient pas sur le champ de bataille pour ceux qui occuperont leur territoire. […] Ceux qui ont défendu la France pendant la Grande Guerre se battaient pour ceux qui venaient après et ceux qui ont combattu le nazisme se battaient pour ceux qui venaient après. Mais pour une certaine population bourgeoise, déracinée et collaborationniste, est suspect ce sentiment de défense de chez soi et de transmission à sa descendance. Ils regrettent que l’occupant n’ai pas vaincu.

[…] Devant cette jeunesse je me suis souvenu d’un prêtre. C’était il y a plus de 15 ans, il était professeur dans un séminaire diocésain et il avait qualifié la paroisse où j’allais à la messe de « Vieille France ». J’avais trouvé cela très curieux et hors de propos, car comme dans les paroisses et autres chapelles où est célébrée la liturgie traditionnelle, la moyenne d’âge est probablement inférieure à la moité sinon au tiers de l’âge de ce prêtre.

[…] J’avais aussi repensé à la phrase étrange du pape François qui avait comparé l’usage dans la liturgie d’ornements manufacturés au fait de conserver des vieilleries pour faire plaisir à sa grand-mère.

[…] Le pape François avait aussi eu cette phrase étrange il y a 5 ans : « ceux qui ont besoin de temps pour revenir au Rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II ». L’étrangeté de cette phrase tenait dans ce verbe « revenir ». Assister à une messe traditionnelle ou à une messe célébrée selon le nouveau missel n’est pas une affaire de retour.

Car pour des générations de familles, participer à une messe en forme ordinaire n’est pas un retour à quoi que soit, c’est une exploration de quelque chose de différent. C’est d’ailleurs tout aussi vrai pour la jeunesse élevée dans la forme ordinaire qui vient découvrir la forme extra-ordinaire en pèlerinage, ce n’est pas un retour pour eux, c’est dans leur vie quelque chose de nouveau, une étape sur le chemin, une expérience sur laquelle ils se construisent et dans laquelle ils modèlent leur corps et leur âme.

Il existe une filiation ininterrompue de familles qui ont toujours participé à la messe en forme extra-ordinaire, dont les enfants ont grandi dans cette liturgie, et dont ces enfants ont à leur tour engendré des enfants qui ont grandi dans cette liturgie. Chaque génération qui venait après a transmis à la génération suivante, sans interruption, à ceux qui venaient encore après. C’est leur culture, leur pratique, leur coutume, leur tradition. C’est ce qui leur appartient, ce dont ils héritent, ce qu’ils habitent, vivent, fructifient, et transmettent.

[…] Cette jeunesse est joyeuse, prête à l’héroïsme qui l’attend, mais cette jeunesse avance aussi dans un monde qui lui est de plus en plus hostile. Ils savent ce que c’est que de chanter le Kyrie des gueux « Errant sans feu ni lieu, Bissac et ventre creux. Bannis et malchanceux, Maudits comme lépreux ». Ils chantent aussi le Miserere de la Mer et les mots de Francine Cockepot se revêtent d’un tragique très nouveau : « Plus jamais l’été, plus jamais l’hiver, Plus jamais la fête au village, Plus jamais l’amour sur un clair visage. A moi, Christ en Croix, ayez pitié ».

Cette jeunesse qui a vécu l’assassinat de Thomas à Crépol et le meurtre de Philippine habite viscéralement ces paroles. « Plus jamais la fête au village, Plus jamais l’amour sur un clair visage ». Ils sont ceux qui viennent après. Ils savent ce que signifie les paroles de cette même chanson « À tous les calvaires, aux croix des chemins, Je promets un pèlerinage, A tous les calvaires, aux croix des villages. A moi, mon pays, mes souvenirs, A moi tous mes rêves à l’avenir ». Ils sont là pour ça, ils [marchent] en pèlerinage de Paris à Chartres, 100 km pendant trois jours. Ils ont promis ce pèlerinage et ils sont présents.

Ce samedi 23 mai 2026, veille de la Pentecôte, pendant le pèlerinage de Chartres alors que je marchais sur ces chemins de pèlerinage, quelqu’un m’a fait me ressouvenir que Charles Péguy avait fait son pèlerinage à Chartres en 1912 pour demander la guérison de son fils. Charles Péguy avait fait son pèlerinage pour ceux qui venaient après.

Charles Péguy est mort le 5 septembre 1924 durant la Première Guerre mondiale lors de la bataille de l’Ourcq. Il est mort pour ceux qui venaient après.

Le lundi 25 mai 2026, lundi de Pentecôte, la première encyclique du pape Léon XIV Magnifica humanitas, a été publiée. Nous pouvons y lire ces mots à l’article 213, citant Le Retour du Roi (1955) et les propos du personnage de Gandalf :

« Un écrivain catholique du XXe siècle, John Ronald Reuel Tolkien, a décrit ainsi notre responsabilité par la bouche de l’un des protagonistes d’un roman : « Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver”. »

L’abbé Clément Barré, prêtre du diocèse de Bordeaux, a commenté sur son blog l’initiative du pape Léon XIV de citer Tolkien dans son encyclique Magnifica humanitas et poursuit l’observation :

« Car Tolkien est aussi très critique du paradigme technocratique que le pape dénonce. Ayant combattu dans les tranchées de la Somme et vécu la Seconde Guerre mondiale, il a vu la puissance de l’industrie humaine mise au service de la domination et de la mort.

Le personnage de Saruman, magicien déchu qui transforme les forêts du monde en usines de production d’esclaves et de soldats, représente cela. Il est décrit ainsi par Sylvebarbe, le gardien des forêts : “Il complote pour devenir une Puissance. Il a un esprit de métal et de rouages ; et il ne se soucie pas des choses qui poussent, sauf dans la mesure où elles lui servent sur le moment.” Notons que cette parole ne vient pas du héros ou du sage mais de l’arbre qui souffre, une créature ancienne et enracinée qui parle depuis sa propre vulnérabilité. Ce sont les petits, les fragiles, les enracinés qui voient le mieux ce qui se perd. »

L’intelligence artificielle ou l’oubli de l’homme

Réflexion critique à la lumière de Magnifica Humanitas

« Nous nous sommes émerveillés de notre magnificence dès la venue au monde de l’I.A. »

Cette phrase du film Matrix résonne aujourd’hui d’une manière singulière. Dans ce dialogue célèbre, Morpheus décrit une humanité fascinée par sa propre puissance technique, jusqu’au moment où elle finit par dépendre entièrement des machines qu’elle a créées. Ce qui relevait autrefois de la science-fiction nourrit désormais une interrogation très concrète : à force de déléguer nos décisions, notre mémoire, notre attention et parfois même notre jugement aux algorithmes, ne risquons-nous pas de perdre progressivement ce qui fait notre humanité ?

L’intelligence artificielle ne se présente pas sous la forme spectaculaire de robots dominant le monde. Elle s’insinue discrètement dans notre quotidien : recommandations automatiques, réseaux sociaux, assistants conversationnels, surveillance algorithmique, automatisation du travail ou aide à la décision. Son développement est souvent présenté comme inévitable, presque naturel. Pourtant, derrière les promesses de confort et d’efficacité émergent des questions fondamentales : qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que penser ? Une machine peut-elle réellement remplacer le discernement humain ? Et surtout, la technique doit-elle rester un outil au service de l’homme ou risque-t-elle progressivement de devenir son maître ?

« À la fierté prométhéenne de maîtriser la technique, se substitue son exact opposé : la honte prométhéenne. »
— Günther Anders

La formule de Günther Anders éclaire profondément notre époque. Après avoir cru dominer totalement la technique, l’homme contemporain finit paradoxalement par se sentir dépassé, voire inférieur, face aux systèmes qu’il a lui-même créés. La machine paraît plus rapide, plus efficace, parfois même plus fiable que lui. Peu à peu, l’homme en vient à douter de sa propre valeur.

Cette inquiétude traverse aujourd’hui de nombreux débats philosophiques et spirituels. Elle se retrouve notamment dans Magnifica Humanitas, première encyclique du pape Léon XIV, consacrée aux enjeux de l’intelligence artificielle. Le pape y développe une critique forte du technicisme contemporain : concentration du pouvoir numérique, délégation du jugement humain aux algorithmes, déshumanisation du travail, perte du sens moral ou encore risque d’un monde gouverné par la logique de l’efficacité.

L’encyclique constitue à bien des égards un texte important. Elle rappelle avec force que la technique doit rester au service de l’homme et non l’inverse. Elle défend la dignité humaine contre les tentations d’un monde réduit aux données, aux calculs et aux performances.

Mais on peut aussi se demander si cette critique, malgré sa pertinence, ne demeure pas encore partiellement incomplète.

Car dénoncer les dangers de l’intelligence artificielle ne suffit peut-être pas. Une critique purement morale, sociale ou politique du technicisme risque de manquer le cœur du problème : pourquoi notre civilisation éprouve-t-elle un tel désir de dépasser les limites humaines elles-mêmes ?

C’est ici que la réflexion de Fabrice Hadjadj permet peut-être d’aller plus loin.

La tentation moderne : corriger l’homme

Une certaine vision contemporaine de l’intelligence artificielle et du transhumanisme repose sur une idée implicite : les limites humaines seraient des défauts qu’il faudrait progressivement corriger.

La souffrance, la dépendance, la fatigue, la lenteur, l’incertitude ou même la mort sont souvent perçues comme des anomalies techniques appelées à être dépassées grâce au progrès.

L’homme moderne ne veut plus seulement maîtriser le monde ; il veut désormais se reconfigurer lui-même.

Or c’est précisément ici qu’apparaît peut-être le point aveugle de nombreuses critiques de l’IA, y compris parfois dans Magnifica Humanitas. L’encyclique défend la dignité humaine, mais elle insiste relativement peu sur une idée pourtant essentielle : la limite humaine n’est pas seulement quelque chose qu’il faut protéger ; elle peut être aussi une condition positive de notre humanité.

Chez Fabrice Hadjadj, cette intuition est centrale. L’homme n’est pas grand malgré sa fragilité ; il est aussi grand à travers elle.

Une créature et non un projet technique

Cette intuition apparaît magnifiquement dans l’offertoire traditionnel de la messe :

« Dieu, qui d’une manière admirable avez créé la nature humaine dans sa noblesse, et l’avez restaurée d’une manière plus admirable encore… »

Cette simple phrase contient une vision de l’homme profondément opposée à l’imaginaire technicien contemporain.

Le transhumanisme tend implicitement à considérer l’homme comme un projet technique à optimiser. L’être humain devient une matière améliorable : augmenter ses capacités cognitives, supprimer ses faiblesses biologiques, repousser ses limites physiques, voire dépasser sa condition mortelle.

L’offertoire rappelle au contraire quelque chose de fondamental : l’homme n’est pas auto-fabriqué. Il est une créature.

Sa dignité ne repose pas d’abord sur ses performances ou son efficacité, mais sur le fait qu’il est reçu, voulu et créé.

Cette idée manque souvent dans les débats modernes sur l’intelligence artificielle. Même lorsque l’on critique les dérives technologiques, on demeure parfois prisonnier d’une logique où l’homme reste évalué selon des critères de performance, d’autonomie ou d’efficacité.

La perspective chrétienne introduit un renversement radical : l’homme possède une dignité irréductible précisément parce qu’il n’est pas une machine.

Une humanité blessée mais restaurée

L’offertoire va encore plus loin lorsqu’il affirme que la nature humaine a été « restaurée d’une manière plus admirable encore ».

Le christianisme ne prétend pas que l’homme est biologiquement parfait. Il reconnaît au contraire sa fragilité, sa vulnérabilité et sa condition blessée. Mais là où le monde technicien voit un défaut à corriger, la foi chrétienne voit aussi un lieu possible de salut.

C’est une différence fondamentale.

Le rêve transhumaniste cherche :

à supprimer la souffrance,
éliminer les dépendances,
effacer les lenteurs du corps,
repousser la mort,
abolir l’incertitude.

À l’inverse, le christianisme affirme que la vulnérabilité humaine peut devenir le lieu :

de l’amour,
du don de soi,
de la compassion,
de la miséricorde,
et de la communion.

Une machine ne fatigue pas, ne doute pas et ne souffre pas. Mais elle ne peut pas non plus aimer, espérer ou se sacrifier.

Ce qui fait la beauté de l’existence humaine naît souvent précisément de ce que la logique technicienne cherche à supprimer :

l’hésitation,
l’effort,
la patience,
la dépendance aux autres,
la transmission,
et même parfois l’épreuve.

L’homme ne se construit pas dans un univers parfaitement optimisé. Il se construit dans la confrontation au réel.

L’Incarnation : le contraire du rêve transhumaniste

Peut-être faut-il aller encore plus loin.

Le christianisme affirme quelque chose de radicalement opposé à certains fantasmes technologiques contemporains : Dieu ne sauve pas l’homme en le débarrassant de son humanité charnelle.

Il l’assume.

Le Christ connaît :

la fatigue,
les larmes,
la souffrance,
la faim,
la dépendance,
et finalement la mort.

Autrement dit, ce que notre civilisation technicienne cherche parfois à dépasser, Dieu l’a assumé dans l’Incarnation.

Cette idée apparaît relativement peu dans Magnifica Humanitas, qui reste principalement centrée sur les dimensions éthiques, sociales et politiques de l’IA. Pourtant, c’est peut-être là que se situe le cœur spirituel de la question.

Le problème fondamental de l’intelligence artificielle n’est pas seulement celui des algorithmes ou du contrôle numérique. Il révèle plus profondément le rapport moderne à la condition humaine elle-même.

Notre époque supporte de moins en moins :

la dépendance,
la fragilité,
la lenteur,
le silence,
les limites du corps,
et même le réel.

L’IA devient alors le symbole d’un vieux rêve prométhéen : celui d’un homme qui voudrait s’affranchir de sa condition de créature.

Retrouver la beauté du réel

C’est pourquoi résister à l’emprise croissante de l’intelligence artificielle ne consiste pas seulement à multiplier les avertissements catastrophistes. Le véritable antidote est peut-être plus simple et plus profond : réapprendre à aimer ce qui est profondément humain.

Retrouver le goût :

du silence,
de la présence réelle,
des relations incarnées,
du travail concret,
de l’attention,
de la contemplation,
de la transmission,
et même de cette vulnérabilité qui rend possible l’amour.

Car la fragilité humaine n’est pas une faiblesse à effacer ; elle est aussi ce qui ouvre l’homme à la relation, à la miséricorde et à Dieu.

À travers Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV rappelle avec justesse que la technique doit rester au service de l’homme et non l’inverse. Mais la réflexion gagnerait peut-être encore en profondeur en affirmant plus explicitement que la limite humaine n’est pas un bug à corriger.

Elle est aussi l’une des conditions de notre grandeur.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Déjà 100 investisseurs pour OClocher, rejoignez les !

Les témoignages des utilisateurs qu’ils soient paroissiens ou paroisses sont dithyrambiques : l’Application numérique OClocher répond aux besoins actuels des prêtres, bénévoles et fidèles par les multiples services proposés (horaires actualisées des messes, organisation d’événements, Feuille paroissiale numérique, espace de discussion, diverses actualités, …). 

Plus de 200 paroisses réparties dans 60% des diocèses(France) et près de 200 000 utilisateurs sont actifs chaque semaine en l’espace de 3 ans sans réalisation de campagne promotionnelle, le bouche à oreilles faisant son œuvre ; avec une présence en France mais aussi en Belgique, Suisse, Bénin et Cameroun !

Composée principalement d’ingénieurs de grandes écoles qui ont choisi de mettre leur compétence et leur carrière au service du rayonnement de l’Église, l’équipe d’OClocher continue d’innover afin d’offrir à tout l’écosystème chrétien un outil de « haut vol » en profitant toujours des dernières avancées technologiques. Leur objectif est de devenir le réseau social chrétien de référence !

Vous souhaitez prendre part à cette belle aventure et accompagner ce projet au service de l’Église ?

Dans le cadre de la levée de fonds actuellement ouverte à tous, nous vous proposons de devenir actionnaire d’OClocher afin de profiter des futures fécondités de cette initiative et d’apporter votre contribution au financement de cette ambition. Déjà 100 investisseurs ont rejoint OClocher !

Particuliers, Entreprises, Associations, (…), OClocher vous ouvre ses portes !

Pour s’informer et investir dans OClocher, vous trouverez ci-après le lien à cliquer : https://www.credofunding.fr/fr/oclocher-capital

Vous pouvez contacter Edouard Vieilfault ([email protected]) pour toute demande de précision si nécessaire.

L’investissement comporte des risques de perte partielle ou totale du capital investi – Des frais sont dus par le porteur de projet et les investisseurs (18 € TTC).

Donezan: encore du nouveau à la fromagerie

Le succès de la réduction dont nous avions parlé la semaine dernière sur les fromages de l’abbaye de Donezan a été tel que le moine en charge de la fromagerie vient de créer une nouvelle réduction – cette fois particulièrement pour les familles nombreuses ou les petits budgets: 20% de réduction (avec le code SB20). Attention: cette réduction n’est disponible que jusqu’à vendredi minuit. N’attendez donc pas!

NB: Bien sûr, la réduction de la semaine dernière (10% avec le code SB10)est toujours utilisable.

Quand Chartres s’adresse à Rome

Lu dans Perspectives catholiques :

Cette année, comme de tradition, deux pèlerinages se sont croisés sur les routes de Chartres. Ils ont célébré les mêmes rites, proclamé le même Evangile, entonné le même Veni Creator. Les prêtres portaient la même soutane et distribuaient les mêmes sacrements. Des deux côtés, la jeunesse de France et du monde a rivalisé d’enthousiasme, de ferveur, à la poursuite de sa vocation dans la joie, et dans une forme extraordinaire.

Qui, parmi ceux qui se disent catholiques, peut ne pas se réjouir de cette multiplication des grâces ? Qui peut regretter que l’on marche en chantant dans deux directions différentes ? Chacun sait que la logistique ne permettrait pas une seule colonne, proche de 30’000 pèlerins. La double organisation est donc providentielle, n’en déplaise aux grincheux de tous bords.

Certes, l’actualité de l’Eglise et de ses membres prête aux commentaires, parfois à la vindicte. Mais au nom de quoi ? De quel droit, et selon quels critères, est-on autorisé, dans le cadre d’une institution régie par la charité, à se prononcer sur les faits et gestes des autres ? Le scandale, peut-être ? Et encore… Quelle est la part d’esprit de chapelle dans les condamnations émises de part et d’autre ? Un ami prêtre d’une communauté traditionnelle me disait récemment avoir retenu un texte de sa plume sur les sacres d’Écône : qu’il soit chaleureusement remercié de sa prudence, il a choisi de moins s’épancher pour prier plus…

Que Rome soit un sujet de division reste un mystère. Car si Rome autorisait demain les sacres et faisait une part pleine et entière à tout ce qui est catholique, qui oserait trouver à y redire ? On comprend que l’état de nécessité soit difficile à comprendre pour ceux qui se nourrissent à d’autres râteliers : nécessité pour continuer une œuvre d’Eglise, nécessité indirecte à l’existence des œuvres institutions ex Ecclesia Dei, nécessité enfin à l’éclaircissement des points de doctrine qui occupent les spécialistes.

L’esprit de Chartres vient nous rappeler l’essentiel : le Credo, la messe, les sacrements, et cette vertu si chère à St Paul, sans laquelle la Foi de Saint Pierre, et même l’Espérance de Péguy, le don des langues et la liturgie, ne sont rien. Marcher et offrir sa souffrance, prier pour les autres, chanter comme les générations précédentes l’ont fait auparavant. Et puis bien sûr : se confesser et communier, pour réparer la mécanique et de faire le plein.

Le fidèle curieux de la vie de l’Eglise ne peut s’empêcher de constater que les barrières entre nombres de fidèles sont déjà tombées : on va la messe ici et à l’école ailleurs. On fréquente les pèlerinages de part et d’autre. Selon une statistique interne, les catholiques de paroisse et autres touristes liturgiques forment près d’un tiers des pèlerins de Notre-Dame de Chrétienté ! Et, depuis l’année passée, la Communauté St Martin organise un pèlerinage au Mont Saint Michel sur le modèle de celui de la Pentecôte ; évènement lui-même fréquenté par une frange de fidèles de rite traditionnel, son président en tête.

Le mouvement de ré-union a donc déjà commencé à travers les laïcs. Espérons que le Saint-Esprit éclaire le Saint Père, de qui seul peut venir l’unité de tous dans la Vérité. Avec le choix de sa devise, Léon XIV a tendu la main à la Providence : IN ILLO UNO UNUM, Un en Lui, comme Lui l’a voulu, puisque l’Eglise est Son corps vivant sur terre. Holy Father, please tell us more about Him and us united in Him!

Veni, Sancte Spiritus, et emitte caelitus lucis tuae raditur.
Venez, Esprit Saint, et envoyez du haut du Ciel un rayon de votre lumière. —

La Maison d’éducation Pauline Jaricot a besoin de soutien

Un collectif monté contre nous. Une campagne de dénigrement. Des pressions coordonnées pour nous empêcher d’acheter nos murs.

Ils ont essayé. Nous n’avons pas cédé.

Cette vidéo retrace tout — avec clarté, sans détour. 2 min 40. Regardez.

Nous croyons en ce que nous construisons. Et nous savons que vous aussi.

C’est maintenant que tout se joue. Rejoignez-nous.

« Donnez-moi le courage de vivre ! »

Souffrant de la maladie de Charcot, incurable, l’entrepreneur Louis-Benoît Barth s’adresse au président de la République et au premier ministre pour leur demander de renoncer à la légalisation de l’euthanasie :

Chronique des cinglés

En ligne, de plus en plus de jeunes se revendiquent « thérian » et affirment se sentir animal et plus seulement humain.

L’Ordre des médecins vétérinaires portugais ne soignera pas les « thérians » :« une personne qui s’identifie à un animal reste un être humain au regard de la loi ». Déguisés en chats, chiens ou encore renards, les vidéos de jeunes thérians pullulent sur TikTok, au point que le hashtag #thérians atteint 1,8 million de publications.

Le mot « thérianthropie », issu de la mythologie, désigne les transformations d’homme à l’état animal. Sur Internet, le terme émerge à la fin des années 1990 sur des forums dédiés aux « loups-garous » avant de connaître un essor dans les années 2000 puis d’interpeller les jeunes générations grâce aux applications Tumblr dès 2010 et TikTok à partir de 2016.

Yohan, 21 ans, habite dans le sud de la France. Artiste et illustrateur, il assume auprès du Point être un « thérian ».

« Être thérian c’est une identité qui n’a rien à voir avec la communauté LGBTQIA +. Il s’agit de ressentir une partie animale en nous, qui n’a rien de sexuel. C’est uniquement psychique, parfois cela relève de croyances comme le fait d’être persuadé d’avoir eu une ou des vies antérieures animales ».

Prochaine étape : les jeunes qui se prennent pour des fers à repasser ou des fauteuils club… ?

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services