L’effondrement de la liberté d’expression
Nous avons hélas pris l’habitude d’une réduction progressive de nos libertés, et notamment de notre liberté d’expression. De la loi Pleven à la loi Avia, ce sont maintenant des décennies de législations et de jurisprudences qui traquent les voix dissidentes – et même, désormais, les arrière-pensées non « conformes ».
Mais l’été 2026 sera à marquer d’une pierre noire dans l’histoire de cet effondrement (il devient presque impossible de se souvenir que notre pays fut nommé d’après les Francs, qui se désignaient eux-mêmes par leur qualité d’hommes libres – un nouveau symptôme du fait que la France est littéralement occupée par une puissance hostile à son être historique).
De Chat control à Bruxelles (adopté par une minorité au Parlement européen : pourquoi faire semblant d’être démocrate ?!) à la lutte contre les « ingérences intérieures » (idée proprement géniale qui interdit aux Français de se mêler de ce qui les regarde !), la Macronie finissante s’en donne à cœur joie.
Mais je voudrais surtout donner quelques exemples de jugements rendus ces dernières semaines, dans des domaines différents et contre des « cibles » tout aussi différentes, qui montrent concrètement où nous en sommes.
Jacques Boncompain, auteur de plusieurs ouvrages sur le Maréchal Pétain (voir, par exemple, ici, là ou là), et dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a rien d’un excité ni, a fortiori, d’un nazi, a été condamné pour « contestation publique de crimes contre l’humanité » pour avoir dit que le Maréchal Pétain avait sauvé des Juifs. On peut sans doute considérer que la phrase est trop rapide, mais il a écrit quelques centaines de pages pour expliquer ce qu’il voulait dire et qui ne fait guère de doute, sauf pour ses censeurs : de toute évidence, le malheureux faisait allusion au refus du gouvernement de Vichy de traiter les Juifs français comme les Juifs étrangers, malgré les pressions de l’occupant national-socialiste qui rejetait les critères de nationalité pour ne conserver que sa définition raciale. Pour l’aider à supporter ses frais d’avocat, vous pouvez participer à la cagnotte qu’il a mise en ligne ici.
Doura Moutot, féministe et co-auteur de Transmania, a été condamnée pour injure publique pour avoir dénoncé le fait que certains hommes « devenus femmes » soient internés dans les prisons de femmes et violent leurs codétenues. Son expression était pourtant prudente puisqu’elle avait pris soin de préciser que ce n’était pas un cas général. Par ailleurs, en bonne militante de gauche, elle observait soigneusement les canons du politiquement correct. Rien n’y a fait. Cela montre que l’on peut condamner désormais n’importe qui pour n’importe quel propos.
Dernier exemple : la Cour de cassation a renvoyé l’abbé Pagès et votre serviteur devant la Cour d’appel en cassant la relaxe que notre excellent avocat, le cher Jérôme Triomphe, avait obtenue. Parmi les motifs de cette cassation figure le fait que l’abbé Pagès aurait rabaissé les homosexuels au rang d’animaux alors qu’au contraire, il protestait énergiquement contre un « argument » prétendant prouver que l’homosexualité est naturelle puisque pratiquée par les animaux et refusait de traiter des êtres humains, quels qu’ils soient, comme des animaux. On peut donc désormais être condamné pour l’exact inverse de ce que l’on dit. C’est sans doute cela qu’on appelle pompeusement « l’état de droit ».
Je n’ai pas vraiment l’impression que les innombrables candidats à la prochaine présidentielle se préoccupent de ce grave sujet. Mais il est certain que, sans le rétablissement de la liberté de débattre, aucune des réformes majeures qui s’imposent pour sortir notre pauvre pays de l’ornière où l’ont enfoncé des générations de dirigeants anti-nationaux ne sera simplement envisageable.
Guillaume de Thieulloy
NB : Pour ceux qui veulent creuser la question, j’ai publié un petit opuscule sur le sujet que vous pouvez télécharger ici.
GPA : une mère porteuse refuse d’avorter, un bras de fer judiciaire s’engage
McKenna West, qui portait l’enfant à naître de deux Californiens, Omar Ahmed et Nausheen Gilkar, s’est enfuie après une demande d’avortement et a accouché au Texas. Le fœtus présentait une malformation cardiaque grave. Le procureur général du Texas, en campagne électorale, s’en est mêlé. Un bras de fer judiciaire commence.
Une fois la maladie connue, les Californiens pour qui elle portait l’enfant ont souhaité interrompre la grossesse.
« J’ai eu le sentiment, lorsque le diagnostic a été posé et que la décision de mettre fin à sa vie a été prise, que c’était un acte égoïste ».« Même s’il n’est pas biologiquement mien… il me connaît et pour lui, je suis sa mère ».
West, qui vit en Alaska, a déclaré avoir décidé de prendre le risque des conséquences financières importantes liées à la rupture du contrat de gestation pour autrui et s’être rendue au Texas pour accoucher. Le procureur général du Texas, Ken Paxton, candidat républicain au Sénat américain, a obtenu une ordonnance du tribunal stipulant que « dès la naissance vivante de l’enfant, des soins de stabilisation et de maintien en vie médicalement indiqués devront lui être prodigués… »
La veille de la naissance du bébé, les deux hommes de Los Angeles a déposé une demande d’ordonnance restrictive temporaire interdisant à West de « se présenter à qui que ce soit comme la mère, la tutrice ou la personne habilitée à prendre des décisions médicales concernant l’enfant… » Leur avocat a déclaré que les parents biologiques avaient la garde légale complète de l’enfant.
Une pharmacie de garde… à 30km : L’euthanasie est passée, les malades ont donc le choix de ne pas se soigner
L’Etat préfère légaliser l’euthanasie plutôt que de financer les soins :
Incompréhension et colère. Ce sont les sentiments qui peuvent résumer l’état d’esprit de Louis Madeleine, un habitant de Flers (Orne). Dans la journée du samedi 15 août 2026, il a été incapable d’aider son voisin qui venait de sortir de l’hôpital.
« Mon voisin était à l’hôpital et en rentrant chez lui, à Flers, il m’a demandé si je pouvais aller lui chercher les médicaments prescrits par l’établissement. J’ai de très bonnes relations avec lui, donc j’ai évidemment dit oui ». Et c’est là qu’a démarré le marathon de Louis Madeleine.
Une à une, il a fait le tour des pharmacies de la ville. Elles étaient toutes fermées, 15 août oblige. « J’ai donc appelé le 32 37, et on m’a envoyé vers une pharmacie à Passais-la-Conception ! »
Une distance de 32 km, soit 64 aller-retour que Louis ne se voyait pas parcourir, son âge le pénalisant.
Le dilemme entre la préservation de l’ intégrité sans ambiguïté de la foi catholique et être canoniquement reconnu par le Pape
Déclaration de Mgr Athanase Schneider :
Il est utile de rappeler un cas historique où un grand saint fut confronté au dilemme suivant : choisir entre préserver l’intégrité sans équivoque de la foi catholique et être reconnu canoniquement par le pape. Ce saint était le Père de l’Église du IVe siècle, saint Athanase d’Alexandrie. En 357, le pape Libère, après avoir signé une formule de foi ambiguë (omettant le terme doctrinal crucial de « consubstantiel »), ordonna à saint Athanase d’entrer en communion avec les évêques ariens et semi-ariens – des évêques avec lesquels le pape lui-même, sous la pression de l’empereur, était malheureusement entré en communion. Saint Athanase refusa d’obéir au pape, qui, selon le témoignage de saint Hilaire de Poitiers et d’autres sources historiques, l’excommunia, l’accusant de troubler la paix de l’Église. Malgré son excommunication, saint Athanase continua de gouverner son diocèse d’Alexandrie et fit même preuve de compréhension face à la conduite regrettable du pape Libère. Cependant, le pape saint Damase, successeur du pape Libère, remercia saint Athanase et le consulta au sujet des évêques d’Orient. Le pape Libère fut le premier pape à ne pas être canonisé, tandis qu’Athanase fut non seulement canonisé, mais aussi proclamé Docteur de l’Église.
Aujourd’hui, saint Athanase serait considéré comme un schismatique selon la définition du « schisme » dans le Code de droit canonique actuel, puisqu’il a refusé d’être en communion avec les membres de l’Église (évêques hérétiques et semi-hérétiques) qui étaient canoniquement reconnus et donc soumis au pape.
Les consécrations épiscopales réalisées à Écône par la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) le 1er juillet 2026 illustrent ce rare dilemme : celui de choisir entre préserver l’intégrité sans ambiguïté de la foi catholique telle qu’elle a été enseignée par le Magistère à travers les siècles, et obtenir la reconnaissance canonique du Pape. Ce dilemme transparaît dans les conditions attachées à la reconnaissance canonique de la FSSPX par le Pape : celle-ci doit accepter certaines ambiguïtés doctrinales nouvellement introduites (reflétées dans certains enseignements non définitifs du Concile Vatican II et dans certaines affirmations et actes du Magistère post-conciliaire), et accepter non seulement la validité mais aussi la justesse (légitimité) du rite de la Nouvelle Messe – malgré son imprécision doctrinale et rituelle, qui marque une rupture nette avec le rite romain traditionnel.
Pour aborder cette question complexe, il est essentiel de conserver une perspective lucide, de clarifier la terminologie et de garder à l’esprit le but véritable et ultime de l’Église ainsi que sa grande tradition ; car cette tradition remonte bien au-delà des siècles ou des décennies récentes. Ce faisant, il convient également de considérer des situations analogues tirées des crises majeures de l’histoire de l’Église.
Deux évolutions néfastes au sein de l’Église, au cours des derniers siècles, ont conduit à une vision étriquée de la réalité : la tendance à considérer l’aspect juridique comme quasi absolu, c’est-à-dire le légalisme ; et la tendance à absolutiser la personne du pape et l’obéissance à celui-ci, c’est-à-dire le papauté. Le légalisme, soit l’adhésion rigide à la lettre de la loi, et le papauté, soit l’obéissance indifférenciée et quasi absolue au pape, ont pris le pas sur la nécessité d’une clarté dans la foi et la liturgie. Pourtant, lors de chaque grande crise doctrinale de l’histoire de l’Église, la règle d’or a été d’éviter toute ambiguïté doctrinale, comme ce fut le cas pour le pape Honorius Ier, dont les lettres doctrinales ambiguës, publiées dans le cadre de son magistère ordinaire, furent fermement condamnées par ses successeurs et par trois conciles œcuméniques, malgré les tentatives de son second successeur, le pape Jean IV, d’établir une forme d’herméneutique de continuité.
De nos jours, on affirme souvent au sein de l’Église qu’aucun conflit de conscience ne peut surgir entre l’obéissance au Pape et la préservation de la pureté absolue de la foi. Cela signifie en définitive que l’obéissance au Pape est si valorisée qu’il est préférable d’accepter les ambiguïtés en matière de foi et de rites liturgiques plutôt que d’agir contre un commandement papal – même si ce commandement est purement humain et peut comporter des erreurs. Par ailleurs, une conception restrictive de la communion, qu’elle soit avec le Pape ou avec l’Église, s’est également développée. L’obéissance au Pape est perçue comme indissociable de la communion avec l’Église. Cela risque d’élever l’obéissance au Pape au même rang que l’obéissance à la révélation divine.
Il convient également de distinguer entre le droit positif — c’est-à-dire les lois disciplinaires édictées par l’autorité humaine de l’Église — et le droit divin, c’est-à-dire les vérités de foi révélées par Dieu. Nul ne peut contredire le droit divin et demeurer catholique. Dans des circonstances véritablement exceptionnelles et rares, cependant, un catholique peut être amené en conscience à agir contrairement au droit positif, précisément pour rester inébranlablement fidèle au droit divin.
Les concepts mêmes de « schisme » et de « soumission » n’ont pas encore été pleinement clarifiés dans leur application concrète et pratique. Le Code de droit canonique (canon 751) définit le schisme comme « le refus de se soumettre au Souverain Pontife ou de communier avec les membres de l’Église qui lui sont soumis ». En réalité, une conception très restrictive du « schisme » et de la « soumission » s’est développée dans l’histoire récente de l’Église, où la désobéissance matérielle au Pape – quelles qu’en soient les intentions – est pratiquement assimilée à un schisme formel.
Il faut également tenir compte de l’état de schisme formel, qui signifie le rejet, en principe, de l’autorité papale par l’établissement d’une hiérarchie distincte – comme ce fut le cas pour l’Église orthodoxe grecque en 1054, puis pour les nombreux groupes sédévacantistes jusqu’à nos jours. Cependant, on ne peut parler d’état de schisme formel tant que persiste la foi surnaturelle dans le dogme de la primauté et de l’infaillibilité papales, ainsi que le désir de vivre en soumission concrète à l’autorité papale – même si, en raison d’une crise extraordinaire au sein de l’Église, cela ne peut être pleinement réalisé pour le moment. Une telle crise extraordinaire peut entraîner une obscurcissement ou une suspension temporaire du devoir principal du ministère papal, à savoir défendre et proclamer, sans ambiguïté, l’intégrité de la foi et de la liturgie catholiques.
Il en va de même pour la notion de « communion » avec le pape. Pendant très longtemps, les ordinations épiscopales se déroulaient sans l’intervention directe du pape, et les différentes Églises et les évêques exprimaient leur communion avec lui de diverses manières. Ce n’est que plus tard dans l’histoire de l’Église que les papes ont exigé que toute ordination épiscopale soit faite avec un mandat papal. Pourtant, même après cette évolution, le droit canonique ne considérait pas les ordinations épiscopales illicites — c’est-à-dire celles accomplies contre la volonté du pape — comme des atteintes à l’unité de l’Église, comme des actes intrinsèquement schismatiques, ni comme intrinsèquement mauvaises. Aujourd’hui encore, le Code de droit canonique en vigueur classe les ordinations épiscopales illicites parmi les offenses concernant la célébration des sacrements ou les qualifie d’usurpations de charge.
En réalité, la norme exigeant un mandat papal pour les consécrations épiscopales relève du droit positif, et non du droit divin. Autrement, cette norme aurait été observée tout au long de l’histoire de l’Église, toujours, partout et par tous, sans exception. Bien entendu, un mandat papal pour les consécrations épiscopales est généralement nécessaire et a été judicieusement institué afin de mieux garantir la soumission hiérarchique de l’épiscopat au pape.
Le caractère extraordinaire de la crise actuelle au sein de l’Église se révèle, dans le cas présent, par le fait qu’une communauté dont la caractéristique essentielle est le désir d’être fidèle au Pape — et la Fraternité Saint-Pie X se considère comme telle — est confrontée à un choix tragique : soit obéir au Pape, et être ainsi contrainte d’accepter des aspects incertains et obscurs de la doctrine et de la liturgie, soit désobéir au Pape sur une question d’une importance capitale, telle que la consécration des évêques, dans le seul but de préserver les moyens de transmettre la foi et la liturgie dans leur pleine intégrité — comme un service rendu aux âmes, et donc à toute l’Église, y compris à la papauté elle-même.
Il ne faut pas non plus sous-estimer l’ampleur de la crise actuelle de l’Église, mais plutôt l’examiner avec lucidité, en remontant à ses racines mêmes. Celles-ci résident dans certaines déclarations doctrinales vagues et ambiguës du Concile Vatican II qui, au cours des soixante dernières années, ont semé la confusion. C’est le cas notamment du relativisme doctrinal issu de l’enseignement et de la pratique de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux, qui a contribué à remettre en cause le caractère unique de Jésus-Christ et de son Église comme seul chemin du salut. De plus, certaines failles doctrinales et rituelles de la réforme liturgique, avec ses tendances protestantes, ont occulté la dimension sacrificielle centrale de la messe et son orientation christocentrique.
Saint John Henry Newman a fait l’observation remarquable et opportune suivante : « Les évêques, lorsqu’ils n’enseignent pas formellement [ex cathedra], peuvent se tromper, comme nous le constatons au IVe siècle. Le pape Libère pouvait signer une formule eusébienne [arienne] à Sirmium, et la messe des évêques à Ariminum [Rimini] ou ailleurs, et pourtant, malgré cette erreur, ils pouvaient être infaillibles dans leurs décisions ex cathedra » ( Les Ariens du IVe siècle , Londres 1876, p. 464). Ce qu’a dit l’évêque de Ratisbonne, Mgr. Les propos tenus par Rudolf Graber il y a plus de cinquante ans caractérisent encore mieux la situation actuelle de l’Église : « Ce qui s’est produit il y a plus de 1600 ans se répète aujourd’hui, à deux ou trois différences près : Alexandrie représente aujourd’hui l’Église universelle tout entière, dont la stabilité est ébranlée, et ce qui était alors accompli par la force physique et la cruauté se transpose désormais à un autre niveau. L’exil est remplacé par le bannissement dans le silence de l’indifférence, le meurtre par l’assassinat de la réputation » (Athanase et l’Église de notre temps , Édimbourg, 1974, p. 23 ; original : Athanase et l’Église de notre temps , Abensberg, 1973).
La FSSPX est pratiquement la seule communauté de l’Église aujourd’hui à attirer ouvertement l’attention sur les ambiguïtés doctrinales manifestes de certaines déclarations conciliaires et du rite de la nouvelle messe, appelant à leur clarification sans équivoque et, si nécessaire, même à leur amendement, conformément au Magistère constant de l’Église. L’« herméneutique de la continuité » ou de la « réforme dans la continuité » — une approche en soi valable et utile — peut aussi devenir une sorte de carcan, ne faisant que masquer superficiellement les blessures causées par les ambiguïtés et la confusion doctrinales et liturgiques. En réalité, le Saint-Siège exige un raisonnement circulaire : tout serait en ordre, pourvu qu’on déploie des efforts intellectuels suffisamment soutenus.
En effet, par son insistance inlassable sur la clarté de la doctrine et de la liturgie, la FSSPX rend un grand service à toute l’Église – un service d’une valeur historique inestimable. Si le Saint-Siège prenait au sérieux cette position de la FSSPX – et, de surcroît, reconnaissait les ambiguïtés objectives de certaines déclarations du Concile Vatican II et du rite de la nouvelle messe –, cela marquerait le début de la fin du projet moderniste au sein de l’Église, projet qui, en réalité, a débuté il y a plus d’un siècle.
La crise actuelle entre le Saint-Siège et la FSSPX peut être illustrée par la parabole suivante : un incendie se déclare dans une grande maison. Le chef des pompiers n’autorise que l’usage des nouvelles méthodes d’extinction, bien que celles-ci se soient révélées moins efficaces que les anciennes, éprouvées et fiables. Un groupe de pompiers désobéit à cet ordre, continue d’utiliser les méthodes traditionnelles et recrute même de nouveaux pompiers – malgré l’interdiction du chef – et parvient effectivement à contenir le feu en de nombreux endroits. Pourtant, ces pompiers sont qualifiés de désobéissants et de schismatiques et sont punis pour cela.
Pour prolonger la parabole : le chef des pompiers n’accepte désormais que les pompiers qui reconnaissent les nouvelles méthodes et respectent le nouveau règlement de la caserne. Mais face à l’ampleur de l’incendie, à la lutte acharnée pour le maîtriser et à l’insuffisance des méthodes officielles, d’autres pompiers interviennent avec altruisme – malgré l’interdiction du chef – apportant leurs compétences, leurs connaissances et leur bonne volonté, et contribuant finalement à sauver la maison même que le chef des pompiers s’efforçait de protéger.
Avec le temps, le contexte historique évolue et un nouveau chef des pompiers fait son apparition. Conscient des effets néfastes des nouvelles méthodes de lutte contre les incendies, il autorise non seulement le retour aux méthodes éprouvées, mais en devient lui-même un fervent défenseur. Il reconnaît également la contribution des pompiers autrefois incompris, sévèrement punis, mis au ban et exclus comme rebelles, et les réintègre dans ses rangs. Finalement, une fois cette période de bouleversements passée, ce qui avait été condamné comme désobéissance et rébellion se révèle être un acte de dévouement désintéressé.
L’histoire révélera un jour si les paroles suivantes de saint Augustin s’appliquent à la situation actuelle de la FSSPX :
Souvent, la divine providence permet que même des hommes de bien soient chassés de l’Église par les séditions tumultueuses d’hommes charnels. Lorsque, pour la paix de l’Église, ils endurent patiemment l’insulte ou l’offense, et s’abstiennent de toute nouveauté en matière d’hérésie ou de schisme, ils enseignent aux hommes comment servir Dieu avec une disposition sincère et une grande charité. Ces hommes ont l’intention de revenir lorsque le tumulte se sera apaisé. Mais si cela n’est pas possible parce que la tempête persiste ou parce que leur retour pourrait en attiser une plus violente, ils demeurent fermes dans leur résolution de rechercher le bien, même chez ceux qui sont responsables des tumultes et des troubles qui les ont chassés. Ils ne forment pas de conventicules à part, mais défendent jusqu’à la mort et soutiennent par leur témoignage la foi qu’ils savent prêchée dans l’Église catholique. Ceux-là, le Père qui voit dans le secret, les couronne en secret. Il semble que ce soit un type de chrétien rare, mais les exemples ne manquent pas. Ainsi, la divine providence utilise toutes sortes d’hommes comme exemples pour veiller sur eux. des âmes et pour l’édification de son peuple spirituel » ( De vera religione , 6:11).
Ce que saint Athanase a écrit à ses confrères évêques du monde entier, au milieu d’une crise de foi extraordinaire, est également applicable à notre époque :
« Les canons et les décrets de l’Église n’ont pas été donnés à notre époque, mais nous ont été transmis fidèlement et sans faillir par nos ancêtres. La foi n’a pas non plus pris son origine à notre époque, mais elle nous a été transmise par le Seigneur par l’intermédiaire de ses disciples. Afin donc que les ordonnances conservées dans les Églises depuis les temps anciens jusqu’à présent ne soient pas perdues de nos jours, et que la charge qui nous a été confiée ne soit pas exigée de nous, ranimez-vous, frères, comme intendants des mystères de Dieu, en les voyant aujourd’hui accaparés par des étrangers. » ( Encyclique Ep. , 1)
Dans sa Providence, Dieu écrit droit, même avec des lignes qui, d’un point de vue purement juridique, semblent tortueuses. Puisse-t-il faire que ce jour arrive bientôt. Réjouissons-nous au milieu de l’épreuve et disons : Je crois en l’invincibilité de l’Église et de la Papauté, et je crois que le Saint-Siège resplendira de nouveau comme la Chaire de vérité devant le monde entier.
Cardinal Burke : « Il faut mettre fin à la synodalité »
S’adressant au College of Cardinals Report le 28 juin, à la suite du consistoire des 26 et 27 juin convoqué par le pape Léon XIV, le cardinal Burke s’est félicité de la réunion renouvelée des cardinaux, une chose qui, a-t-il noté, ne s’était pas produite depuis de nombreuses années sous le pape François, et a décrit l’opportunité d’un plus grand échange fraternel comme un « très grand fruit ».
Mais il s’est également inquiété du fait que la structure de la réunion limitait les discussions constructives, car elle avait adopté un format calqué sur les processus « synodaux », avec des cardinaux divisés en petits groupes et guidés par des questions prédéfinies.
Il a fait valoir que cette approche empêchait un dialogue approfondi et réduisait les retours d’information à des résumés consensuels, risquant ainsi d’empêcher que des points de vue dissidents mais importants ne parviennent au Pape. « Ces rapports ne font que relater les points sur lesquels tous les cardinaux se sont accordés », a déclaré le cardinal Burke, ajoutant que les points de vue non partagés par la majorité pourraient être omis malgré leur importance.
Il a décrit la séance finale, menée selon la formule traditionnelle du débat ouvert, comme la partie la plus productive de la réunion, malgré un temps limité. Cette discussion libre, en présence du Pape, était conforme à la manière dont se déroulaient les consistoires cardinaux par le passé.
Globalement, il a déclaré que le consistoire était un processus « très contrôlé », notamment en raison de la présélection apparente des animateurs de débat et des possibilités d’intervention libre limitées. Selon lui, cela risquait de réduire le rôle des cardinaux en tant que conseillers du pape.
Abordant la question de l’usage croissant du terme « synodalité » au sein de l’Église, le cardinal Burke a fermement remis en question ses fondements théologiques et historiques, le décrivant comme un concept sans définition claire ni précédent dans la tradition ecclésiastique. Si les synodes existent depuis longtemps en tant qu’assemblées consultatives ponctuelles, il a souligné qu’ils ne constituent pas des éléments essentiels de la nature de l’Église. « Il n’existe aucune définition de la synodalité, ni aucune tradition à ce sujet dans l’Église », a-t-il déclaré, exprimant son inquiétude face à la fusion de structures établies, telles que les consistoires, avec ce qu’il considère comme un concept indéfini.
Citant l’enseignement de saint Paul sur la transmission de la foi — « Je vous transmets ce que j’ai reçu moi-même » —, Burke a fait valoir que la continuité est essentielle et absente des formulations actuelles de la synodalité.
« Nous devons donc insister pour que toute cette histoire de synodalité cesse et qu’une étude très sérieuse soit menée sur toute la question, car il s’agit de la vie même de l’Église et du salut des âmes ».
Le cardinal a également mis en garde contre toute refonte des structures ecclésiales établies autour de ce qu’il a qualifié d’idée contemporaine et insuffisamment étudiée. « L’Église ne connaît pas de changements de paradigme », a-t-il déclaré, rejetant le langage utilisé lors des synodes et autres discussions qui laissait entendre un changement radical d’orientation de l’enseignement ou de la mission de l’Église.
Le cardinal a également averti qu’une attention excessive portée aux préoccupations contemporaines risquait de conformer l’Église aux modes de pensée séculiers, au lieu de l’amener à aborder le monde moderne dans le cadre de sa propre continuité doctrinale et historique.
« Je suis convaincu que notre Seigneur protégera l’Église », « mais nous devons faire notre part pour dire : “Non, ce concept de synodalité, même s’il peut avoir une bonne intention en ce sens qu’il veut répondre à la foi de l’époque contemporaine, est fondamentalement erroné.” »
Une part importante de l’intervention du cardinal Burke lors du débat libre du consistoire a porté sur le Groupe d’étude synodal 9 — un rapport soumis le mois dernier au Secrétariat synodal et critiqué par les observateurs comme une tentative de saper l’enseignement de l’Église en normalisant les relations homosexuelles au sein de l’Église.
« La vérité concerne la nature des choses et leur finalité propre ». « Il ne s’agit pas de mes inclinations, de mes désirs ou de mes projets, qui sont très subjectifs, et qui m’amèneraient à conformer l’enseignement de l’Église à mes désirs ou à mes inclinations. »
« Les êtres humains, a-t-il ajouté, trouvent leur bonheur « à mesure qu’ils comprennent la vérité sur eux-mêmes, sur le monde et sur leur véritable finalité ».
Dans son intervention, le cardinal Burke a également critiqué le rapport, l’accusant de calomnier l’apostolat Courage, qui accompagne les catholiques attirés par les personnes du même sexe dans une vie de chasteté. Il a affirmé que les allégations formulées au sujet de Courage dans le rapport étaient inexactes et insuffisamment vérifiées.
« Comment l’Église a-t-elle pu, dans un rapport diffusé à l’ensemble de ses membres, ne pas vérifier la véracité des propos de ce témoin, quel qu’il soit, concernant Courage ? Elle ne l’a pourtant pas fait », a déclaré le cardinal Burke. Il a ajouté qu’il n’était donc pas surprenant que certains évêques « encouragent désormais la cause LGBTQ, en disant : “Regardez, l’Église change sa doctrine, ayez du courage, allez de l’avant.” »
Il a également souligné dans son intervention qu’un archevêque avait écrit une lettre affirmant qu’il était clair que le pape Léon partageait ce point de vue, au motif que Léon « ne parle pas de morale sexuelle ». « Eh bien, c’est totalement irresponsable de dire ou d’écrire une chose pareille », a déclaré le cardinal.
Réagissant à l’annonce du renvoi du rapport d’étude du Groupe 9 du Synode aux diocèses durant la phase de mise en œuvre du Synode sur la synodalité, il a déclaré : « C’est inique ; cela ne devrait pas se produire. » Il a indiqué avoir dit aux cardinaux que le processus synodal « doit être arrêté », ajoutant que « quoi qu’il en soit, il doit être parfaitement fidèle à l’enseignement de l’Église et à la sainteté de la vie de l’Église. »
Le cardinal, qui s’exprimait dans le College of Cardinals Report juste avant les consécrations illicites de quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie-X, a également souligné l’absence de discussion sur cette question, qu’il considère comme un acte schismatique grave, et sur d’autres questions urgentes, notamment le statut de la messe traditionnelle en latin.
Il a critiqué les restrictions imposées par Traditionis Custodes , les qualifiant de « persécution » de ceux qui se nourrissent spirituellement du culte selon l’Usus Antiquior du rite romain. « Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet, et le pape Benoît XVI l’a si clairement affirmé : [le vetus ordo ] est un bien éternel pour l’Église », a-t-il déclaré, suggérant que le pape Léon pourrait réexaminer ou modifier cette législation, rappelant que les documents pontificaux peuvent être révisés par ses successeurs.
« Il s’agit d’une forme du rite romain célébrée pendant plus de quinze siècles ». « Elle est d’une grande beauté et les fidèles ont été spirituellement nourris par cette forme du rite latin. Sa pratique devrait être librement autorisée. »
« Cela a été un grand enrichissement pour moi en tant que prêtre et évêque ». « La plupart des fidèles sont des catholiques fervents qui s’efforcent de vivre leur foi le plus intensément possible et de la transmettre. L’une des caractéristiques de la communauté de la messe traditionnelle en latin est la présence de nombreux enfants, et les parents sont très soucieux de leur transmettre la foi catholique. »
Comme solution potentielle, il a plaidé pour la création d’un organe vaticanais dédié au soutien des catholiques attachés à l’ancien rite romain. « Il nous faut un dicastère », a-t-il déclaré, afin que les catholiques désirant célébrer le culte selon la forme extraordinaire « puissent recevoir tous les sacrements » selon les formes liturgiques antérieures.
Bien que critique à l’égard de la synodalité et du consistoire, le cardinal Burke a conclu sur une note d’optimisme prudent, exprimant sa confiance en la Divine Providence et en la guidance durable du Christ sur l’Église.
« Notre Seigneur est toujours le chef de son Église. Nous restons fidèles à lui. Nous ne nous éloignons pas de lui parce que nous sommes mécontents de la situation au sein de l’Église ». « Nous devons, avant tout, faire preuve de sagesse face à la situation, puis avoir le courage d’aborder ces questions et d’en découvrir la vérité. »
Décès de Mgr Lalanne, RIP
Communiqué de Mgr Bertrand, évêque de Pontoise, suite au décès de l’ancien secrétaire général de la CEF, ancien évêque de Coutances puis de Pontoise :
En écrivant ces lignes, je suis en communion avec le diocèse de Versailles pour lequel Stanislas LALANNE fut ordonné prêtre le 8 novembre 1975 et le diocèse de Coutances auquel il fut donné comme évêque le 3 juin 2007. Avec tous les prêtres, les diacres et leur épouse, les consacré(e)s et les laïcs du diocèse de Pontoise, je rends grâce à Dieu pour la vie et le ministère énergique de notre frère Stanislas, de 2013 à 2024.
Beaucoup pourront faire mémoire, dans les jours à venir, de sa passion pour l’annonce de l’Evangile, de sa joie à célébrer les sacrements, et de son ardeur à communiquer« pour que le monde ait la vie ».
Vous serez informés de la date et du lieu de ses funérailles ultérieurement. Nous confions Mgr Stanislas LALANNE à la miséricorde du Seigneur.
Pontoise, le 17 août 2026
+ Benoît BERTRAND Evêque de Pontoise
Le Conseil constitutionnel valide le permis de tuer
Communiqué des AFC :
Un mois après le vote de la loi créant un « droit à l’aide à mourir », le Conseil constitutionnel qui avait été saisi de 5 recours, complétés de 38 contributions extérieures, dont celle des AFC, a rendu sa décision le 14 août.
Il a déclaré la loi conforme à la Constitution.
Cet avis de la plus haute juridiction de notre pays consacre un permis de tuer.
Alors qu’il était admis que la protection du malade devait s’exercer de manière absolue, y compris contre lui-même, l’approche individualiste consacre l’abandon des patients les plus vulnérables.
Cette décision est le reflet d’une renonciation générale pour prendre soin, alors que notre système de santé est en grande difficulté. Elle consacre une injustice scandaleuse puisque les familles elles-mêmes seront empêchées de prendre soin de leur proche qui demanderait à en finir. Elle témoigne d’un mensonge qui consiste à voir l’injection létale comme un soin, et la mort comme un bien.
« Une civilisation qui légalise l’euthanasie perd tout droit au respect », affirmait l’écrivain Michel Houellebecq. Une juridiction qui rend une telle décision alors que près de la moitié de ses membres s’est affirmée pour l’euthanasie entache durablement sa réputation.
Le Conseil Constitutionnel a estimé nécessaire d’apporter des réserves à propos de trois dispositions du texte :
-
Le Conseil constitutionnel élargit la clause de conscience des soignants aux pharmaciens qui seraient appelés à préparer la substance létale.
-
Il estime que les établissements privés qui le souhaitent peuvent refuser de laisser pratiquer une euthanasie ou un suicide assisté en leur sein à condition que d’autres établissements puissent localement pratiquer cet acte.
-
Enfin, pour les patients sous tutelle ou curatelle, il recommande que le médecin chargé de vérifier que les conditions d’accessibilité sont remplies prenne en compte l’avis du tuteur, mais sans que celui-ci soit déterminant.
Ces quelques réserves apportent un meilleur respect de la liberté de conscience, sans améliorer la protection des malades eux-mêmes.
Les AFC ne se résigneront pas à cette loi et continueront de s’y opposer par tous les moyens comme elles continueront de soutenir les familles qui accompagnent des membres fragiles. L’élection présidentielle à venir sera l’occasion d’encourager à revenir sur cette loi mortifère et honteuse.
Prix Humanisme chrétien 2026, décerné à Emeric Saucourt-Harmel pour son excellent ouvrage sur Léon Harmel
L’engagement social de Léon Harmel reconnu à travers cet ouvrage « Léon Harmel, l’origine catholique de la paix sociale dans le monde contemporain » est une référence désormais. A travers cet engagement, les concepts de la Doctrine sociale de l’Eglise nous deviennent accessibles de manière concrète.
Le Prix Humanisme chrétien est attribué depuis 2004 par un jury franco-suisse constitué de membres de l’AEES (Association d’éducation et d’entraide sociales) et de l’AES (Académie d’éducation et d’études sociales). Cette dernière association puise son inspiration dans la doctrine sociale de l’Eglise et entend œuvrer à son application dans tous les domaines de la vie. Le comité de l’AES est composé entre autres, de Marie-Joëlle Guillaume, Rémi Sentis, Antoine Renard, Joseph Touvenel, Chantal Delsol,…
Ce prix Humanisme chrétien récompense un ouvrage accessible à un large public et s’inspirant des principes de la doctrine sociale de l’Eglise.
Pour l’année 2026, il a été attribué à Emeric Saucourt-Harmel pour son livre :
LÉON HARMEL – L’origine catholique de la paix sociale dans le monde contemporain. Préface de Mgr Eric de Moulins-Beaufort.
Le prix sera remis à l’auteur Eric Saucourt-Harmel, le jeudi 17 septembre à 19h à la Maison Saint-François Xavier, 1 rue de Poitiers à Paris.
LÉON HARMEL : L’action de Léon Harmel (1829-1915) a été si multiforme qu’elle intéresse aujourd’hui non seulement les historiens, mais aussi les économistes, les politiques, les entrepreneurs, les syndicalistes ou encore les théologiens.
On cite bien souvent un seul des aspects de la vie de ce grand industriel – célébrant celui qui a été modèle des patrons, initiateur des allocations familiales et pionnier de la doctrine sociale de l’Église –, mais on ne peut saisir la cohérence de son oeuvre sans regarder l’ensemble de son existence. C’est l’objet de cet ouvrage et des archives qu’il présente.
Toutes les pensées et les actions de Léon Harmel trouvent leur source dans sa relation personnelle avec Dieu. Sa vie publique et sa vie privée s’unifient autour du message du Christ. Son approche innovante des responsabilités de chef d’entreprise s’inscrit dans la lignée de l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII, dont il est proche.
Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/doctrine-sociale-de-l-eglise/29273-leon-harmel-l-origine-catholique-de-la-paix-sociale-dans-le-monde-contemporain.html?ref=043192905
« Léon Harmel », Eric Caucourt-Harmel, éditions Salvator, 2025, 384 pages, 24 €.
POUR MÉMOIRE : le Prix Humanisme chrétien 2016 avait été remis à Grégor Puppinck pour son essai « La famille, les droits de l’homme et la vie éternelle » par le Professeur Jean-Didier Lecaillon, Président de l’Académie d’éducation et d’études sociales, Professeur Jean-Didier Lecaillon, et par Maître Dominique Ducret, Président de l’Association d’Éducation et d’Entraide Sociales.
Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/defense-de-la-foi/11355-la-famille-les-droits-de-l-homme-et-la-vie-eternelle.html?ref=043192905
« La famille, les droits de l’homme et la vie éternelle », Gregor Puppinck, éditions de l’Homme Nouveau, 92 pages, 10 €
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Au-delà du bien-être : la vertu comme boussole
Vilhelm Hammershøi Intérieur avec femme lisant, 1900, Stockholm, Nationalmuseum.
À l’heure où les écrans bruissent de promesses sans lendemain et où la société de consommation organise méthodiquement la dispersion de l’attention, notre jeunesse navigue à vue dans un archipel de paradoxes. Jamais elle n’aura été aussi connectée ; jamais, pourtant, la solitude n’aura semblé aussi difficile à habiter. Jamais elle n’aura reçu autant de conseils pour « aller mieux » ; jamais peut-être elle n’aura eu autant de mal à répondre à une question plus simple et plus vertigineuse : pour quoi vivre ?
Derrière le vernis clinquant du divertissement permanent, un malaise sourd s’est installé. L’angoisse, la fatigue psychique, la perte de repères et le sentiment de vide sont devenus des réalités familières.
La psychologie peut beaucoup. Elle peut aider à comprendre une souffrance, à dénouer certains mécanismes, à mettre des mots sur une blessure, à retrouver une liberté intérieure entravée. La médecine peut également soigner lorsque la maladie l’exige. Mais une question demeure : que faire de cette liberté retrouvée ? Comprendre l’homme ne suffit pas à lui apprendre à vivre. Soigner une blessure ne suffit pas à donner une direction à une existence.
Et si cette direction se trouvait dans une sagesse que nous avons trop vite reléguée au musée des antiquités morales ? Et si les vertus, de Platon à Aristote et de saint Augustin à saint Thomas d’Aquin, n’étaient pas des vestiges d’un monde disparu, mais une véritable boussole pour l’homme contemporain ?
Le bruit qui disperse
Pour comprendre une partie du malaise contemporain, il faut regarder le milieu dans lequel grandissent nos jeunes. Le monde moderne supporte difficilement le vide et, par conséquent, le silence. Notifications, vidéos, publicités, musique, messages, informations : le flux ne s’interrompt presque jamais. À peine une sollicitation s’achève-t-elle qu’une autre prend sa place.
Le problème n’est pas l’écran en lui-même. Il est dans la difficulté croissante à demeurer sans écran, à supporter quelques minutes de silence, à ne pas remplir immédiatement le moindre espace vacant.
Or le silence n’est pas un vide. Il est le lieu où l’esprit se rassemble. Comme cette femme que peint Hammershøi de dos, dans une pièce vidée de tout bruit, immobile devant une fenêtre qui ne donne sur rien qu’une lumière grise — ainsi le silence n’est pas absence, mais recueillement.
La tempérance, souvent caricaturée comme un catalogue d’interdits, est d’abord cette capacité à ne pas être livré sans défense à toutes les sollicitations. Elle apprend à garder les portes de l’âme — le regard, l’ouïe, le désir, l’imagination — afin que le monde extérieur ne devienne pas le maître de notre vie intérieure.
Celui qui ne sait plus s’arrêter finit par ne plus savoir demeurer. Et celui qui ne sait plus demeurer risque de ne jamais se rencontrer lui-même.
La tempérance n’est donc pas une privation triste. Elle est une libération de l’attention. Elle nous rend capables de choisir ce à quoi nous voulons donner notre présence.
Quand comprendre ne suffit plus
C’est ici qu’apparaît la question des rapports entre psychologie et morale. Il serait injuste de faire de la psychologie un adversaire. Elle a permis de mieux comprendre les mécanismes de la souffrance psychique, les traumatismes, les comportements, les émotions et les relations humaines. Elle a rendu de précieux services à des millions de personnes.
Mais une science de l’homme ne devient pas pour autant une sagesse de l’homme. Ce risque n’est pas celui de la psychologie clinique elle-même, attentive par nécessité à la liberté du patient, mais celui d’une vulgate diffuse — dans les discours de développement personnel, sur les réseaux, dans certains usages thérapeutiques mal digérés — qui transforme l’explication en excuse.
On peut expliquer une peur sans répondre à la question de savoir ce que nous devons faire malgré cette peur. On peut comprendre l’origine d’une colère sans décider si nous devons lui obéir. On peut identifier une blessure sans déterminer ce que nous ferons de cette blessure. On peut même mieux comprendre son passé et demeurer incapable de choisir son avenir. Comprendre n’est pas encore orienter.
C’est ici que le réductionnisme psychologique montre ses limites : lorsqu’il réduit l’homme à ses mécanismes, à ses conditionnements, à ses symptômes ou à ses ressentis, il risque d’oublier qu’il est aussi une liberté capable de se déterminer, de résister, de choisir et de grandir. L’homme n’est pas seulement ce qui lui arrive. Il est aussi ce qu’il décide d’en faire.
De la culpabilité à la responsabilité
L’histoire de la psychologie est en partie celle d’une libération. Il fallait délivrer l’homme de culpabilités morbides, de hontes héritées, de contraintes intérieures qui pouvaient étouffer sa liberté. Il fallait apprendre à regarder les blessures sans condamner celui qui les porte.
Mais une libération devient ambiguë lorsqu’elle finit par supprimer toute responsabilité. Si chacune de nos réactions est expliquée exclusivement par notre enfance, notre milieu, nos traumatismes ou notre biologie, que reste-t-il de notre capacité à nous reprendre ?
Bien sûr, nous ne choisissons pas tout ce qui nous arrive. Nous ne choisissons ni notre histoire, ni certaines de nos blessures, ni toutes nos fragilités. Mais nous pouvons parfois choisir ce que nous en faisons. C’est précisément là que se tient la dignité humaine.
La responsabilité ne consiste pas à nier nos déterminismes. Elle consiste à refuser qu’ils aient le dernier mot. Nous sommes conditionnés, certes. Mais nous ne sommes pas seulement nos conditionnements. La liberté commence peut-être précisément dans cet espace fragile entre ce qui m’arrive et ce que j’en fais.
Les quatre points cardinaux
C’est ici que les anciennes vertus retrouvent une étonnante actualité. Les quatre vertus cardinales — prudence, justice, force et tempérance — peuvent sembler appartenir à un vocabulaire ancien. Elles décrivent pourtant quatre dimensions essentielles d’une existence humaine équilibrée.
La prudence : apprendre à discerner
La prudence n’est pas la peur du risque ni l’art de ne jamais se décider. Elle est la capacité à regarder le réel avant d’agir. Dans un monde de réactions immédiates, de commentaires instantanés et de décisions prises sous l’effet de l’émotion, la prudence réhabilite le temps du discernement.
Elle pose une question devenue presque subversive : « Avant de réagir, que dois-je réellement faire ? » Elle nous apprend que toute émotion mérite d’être entendue, mais que toute émotion ne mérite pas d’être suivie.
La justice : découvrir que l’autre existe
La justice ne concerne pas seulement les tribunaux ou les grandes questions sociales. Elle commence dans la relation la plus ordinaire. Elle consiste à reconnaître à l’autre ce qui lui est dû : respect, vérité, fidélité, attention.
Dans une culture qui répète à longueur de journée « sois toi-même », la justice rappelle une vérité moins confortable : je ne suis pas seul au monde. Mon épanouissement ne peut pas être construit sur l’effacement des autres. La maturité commence lorsque le « moi » découvre le « tu ».
La force : apprendre à traverser
La force d’âme n’est pas la dureté. Elle n’exige pas de ne jamais pleurer, de ne jamais avoir peur ou de ne jamais demander de l’aide. Elle consiste à demeurer debout lorsque la vie ne correspond plus à ce que nous avions imaginé.
Échec, frustration, attente, maladie, deuil, déception : aucune existence n’en est préservée. Une société qui promet de supprimer toute souffrance prépare paradoxalement ses enfants à être démunis lorsqu’elle survient.
La force enseigne autre chose : tout ce qui fait mal ne doit pas nécessairement être supprimé ; certaines épreuves doivent être traversées.
La tempérance : redevenir maître de ses désirs
La tempérance est peut-être la vertu la plus urgente dans une civilisation de la stimulation. Elle ne consiste pas à mépriser le plaisir. Elle consiste à ne pas en devenir l’esclave.
Elle apprend à différer, à renoncer, à attendre, à choisir. Elle rend possible une expérience devenue rare : désirer quelque chose sans devoir immédiatement l’obtenir.
C’est pourquoi elle est intimement liée à la liberté. Celui qui doit satisfaire immédiatement chacun de ses désirs n’est pas libre. Il est dépendant.
Sortir de soi
Il existe enfin un paradoxe que notre époque oublie souvent : l’homme ne se trouve pas en se contemplant indéfiniment lui-même. Le jeune à qui l’on répète « sois toi-même », « réalise-toi », « écoute-toi » peut finir par être enfermé dans une surveillance permanente de son propre état intérieur.
Suis-je heureux ? Suis-je épanoui ? Suis-je reconnu ? Est-ce que je me sens bien ? Est-ce que cette relation me correspond ? Est-ce que cette activité me fait vibrer ?
À force de se regarder vivre, on peut finir par ne plus vivre.
Rilke, dans ses Lettres à un jeune poète, invitait son correspondant à aimer ses solitudes plutôt qu’à les fuir : il faut parfois habiter son intériorité plutôt que chercher immédiatement à la remplir.
La solitude apprivoisée ne sépare pas nécessairement des autres. Elle peut au contraire nous rendre disponibles à leur présence.
La vertu accomplit alors un mouvement exactement inverse de celui du narcissisme : elle nous fait sortir de nous-mêmes. La justice nous tourne vers autrui. La force nous apprend à ne pas nous effondrer sur nous-mêmes. La tempérance nous délivre de la tyrannie du désir immédiat. La prudence nous oblige à regarder le réel.
Peu à peu, le « moi » cesse d’être le centre du monde. Et c’est peut-être ainsi qu’il devient réellement une personne.
De la guérison à l’espérance
Il faut donc réconcilier ce que nous avons trop souvent séparé. La psychologie a sa place. La médecine a sa place. La philosophie morale a sa place. Et, pour celui qui croit, la vie spirituelle a la sienne.
Il ne s’agit pas de demander à la psychologie de répondre à toutes les questions, pas davantage de demander à la morale de remplacer les soins lorsque la souffrance relève d’une véritable pathologie. Il s’agit de reconnaître les niveaux.
La psychologie peut aider à comprendre. La médecine peut aider à soigner. La vertu apprend à orienter la liberté. Et la foi peut ouvrir cette liberté à une espérance qui la dépasse.
La guérison intérieure n’est donc pas nécessairement l’aboutissement. Elle peut être le commencement. Une fois le terrain assaini, le travail proprement humain commence. Il faut alors apprendre à choisir, à aimer, à renoncer, à persévérer, à servir, à pardonner. Il faut devenir quelqu’un.
Retrouver la boussole
Nous avons beaucoup appris à nos jeunes à se protéger de la souffrance. Nous leur avons appris à parler de leurs émotions, à identifier leurs fragilités, à prendre soin d’eux-mêmes. C’est nécessaire.
Mais peut-être avons-nous oublié de leur transmettre une question plus ancienne : « Quel homme veux-tu devenir ? »
Cette question change tout. Elle ne demande plus seulement : « Comment te sens-tu ? » Elle demande : « Vers quoi veux-tu aller ? » Elle ne nie pas les blessures. Elle leur refuse simplement le droit de définir toute une existence.
Redécouvrir les vertus, ce n’est donc pas restaurer une morale poussiéreuse ni imposer à la jeunesse un catalogue d’interdits. C’est lui rendre une boussole. La prudence pour discerner. La justice pour rencontrer l’autre. La force pour traverser l’épreuve. La tempérance pour demeurer libre. Et, au-dessus de ces quatre directions, l’espérance qui empêche de confondre la route avec l’horizon.
Car l’homme n’a pas seulement besoin d’être réparé. Il a besoin d’être orienté. Il n’a pas seulement besoin d’aller mieux. Il a besoin de savoir vers quel bien il veut aller.
Peut-être est-ce là ce que nous avons perdu : non pas la connaissance de l’homme, mais le sens de sa destination. Et si les vertus n’étaient pas les reliques d’un monde ancien, mais précisément la boussole dont notre monde saturé de moyens a oublié de demander la direction ?
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Les conséquences de la sécheresse
Raphaëlle Auclert, docteur en études russes et enseignante-chercheuse à l’ICES, a traduit un article de Rui André Santos Amiguinho. Ce dernier est un enseignant portugais, éditeur et rédacteur en chef de revues d’opinion. Il a fondé en 2015 le parti «Portugueses Primeiro» ou «Portugal First», dont la doctrine en fait un équivalent portugais du MAGA. Il est membre du think tank Sovereignty, un réseau international d’experts, qui se veut une « plateforme d’échange fondé sur le respect de la souveraineté des nations, de la diversité des cultures et de la multipolarisation du monde. »
En France, l’alerte rouge est déclenchée pour les ressources en eau. Alors que le pays subit actuellement sa quatrième vague de chaleur depuis mai, la sécheresse s’aggrave. Par conséquent, la facture des compagnies d’assurance s’alourdit, leurs dépenses augmentant chaque année en raison, semble-t-il, d’événements climatiques exceptionnels de plus en plus intenses et récurrents.
Assureurs, industriels et paysans : une facture salée
Le 29 juillet, pas moins de 62 des 96 départements métropolitains étaient en situation de crise et 22 autres étaient en alerte. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a déclaré que le coût de la crise actuelle serait « supérieur » aux 5,6 milliards d’euros enregistrés en 2022, année marquée par la sécheresse la plus grave qu’ait connue la France depuis 1976, qui avait provoqué des incendies de forêt, comme c’est le cas actuellement.
Dès 2025, les assureurs ont versé entre 700 millions et 1 milliard d’euros d’indemnités pour dommages liés aux pénuries d’eau, selon le rapport annuel du Fonds central de réassurance (FCR), organisme public chargé de l’assurance et notamment de la gestion des catastrophes naturelles. Ce montant est nettement supérieur à celui des dommages causés par les tempêtes et les inondations. Au cours des dix dernières années, le FCR indique également que les dommages liés à la sécheresse représentent 53 % des sinistres (contre 41 % en 1982).
Dans les secteurs déclarés en « crise sécheresse », les industriels sont impactés par la forte réduction des prélèvements d’eau potable pour les sites de production consommant plus de 10 000 m³ par an. Fin juin, dans la commune de Pontivy, l’activité économique a été perturbée par la suspension temporaire de l’accès à l’eau sur plusieurs sites industriels. Les prévisions météorologiques ne sont pas encourageantes : dans les prochains jours, une aggravation de la sécheresse et de réelles difficultés de production d’eau potable sont attendues « en raison du faible débit des rivières et de la diminution accélérée des réserves d’eau », soulignent les autorités.
Mais la pénurie d’eau affecte également l’agriculture. En 2022, les pertes de production agricole étaient estimées à 1,1 milliard d’euros. Cela concerne les céréales, l’horticulture commerciale et l’élevage. Enfin, la production d’énergie est également impactée par le ralentissement des infrastructures hydroélectriques. Et n’oublions pas : les sanctions contre la Russie pénalisent fortement l’agriculture européenne, tant par la hausse du coût des engrais, les contre-sanctions sur les exportations que par le surcoût du gazole agricole.
La situation est d’autant plus préoccupante que la sécheresse est loin d’être terminée. Si des orages sont annoncés, les pluies qui en résulteront seront trop violentes pour pénétrer les sols, préviennent les experts. Et à long terme ? « D’ici 2050, la France pourrait connaître quatre fois plus de sécheresses qu’en 1960 », déclarait encore Monique Barbut, rappelant que « cette situation a un réel impact économique. Pour la sécheresse de 2022, ce coût a été estimé à 5,6 milliards d’euros, dont 3,5 milliards pour les seules fissures dans les maisons individuelles liées au retrait et au gonflement de l’argile, 1,1 milliard de pertes de production agricole et une baisse de 20 % de la production hydroélectrique. » Pour cette année, Monique Barbut annonçait le 12 août « de 10 à 15 milliards d’euros de coûts directs et indirects de la canicule de cet été. »
En Allemagne, inquiétudes sur le Rhin
L’Allemagne est également touchée par ce problème. L’inquiétude grandit dans les secteurs maritime et industriel. Le Rhin, deuxième plus grand fleuve d’Europe occidentale et centrale, dont dépendent neuf pays pour leur eau potable, leur eau douce, leur énergie hydroélectrique et le transport fluvial, atteignait le 1er août à Cologne un nouveau niveau historiquement bas, à 68 centimètres, soit un centimètre de moins que le précédent record établi en 2018.
Ce faible niveau d’eau pourrait affecter plusieurs secteurs clés de la première économie européenne, notamment la chimie et la sidérurgie, qui dépendent du fleuve pour le transport d’importantes quantités de marchandises. Thilo Schaefer, expert en changement climatique à l’institut économique IW, a mis en garde contre les conséquences potentielles de l’interruption de la navigation sur ce fleuve : « Un arrêt total de la navigation intérieure nécessiterait à lui seul environ 3 000 pétroliers supplémentaires par jour. Or, ces ressources ne sont pas disponibles. De réelles pénuries menacent donc les chaînes d’approvisionnement. Pour l’économie allemande, cela pourrait représenter un fardeau économique considérable », a-t-il ajouté.
Pour une gestion transfrontalière de l’eau
Partant, quelles solutions existe-t-il ? La France, comme d’autres pays européens, ne peut négliger la gouvernance transfrontalière et la gestion des bassins hydrographiques, ni la coopération réglementaire dans le cadre de l’Union européenne. Cette gouvernance passe par le renforcement des commissions du Rhin et de la Meuse, qui coordonnent avec l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique la garantie de débits écologiques minimaux et la prévention des conflits liés à l’utilisation de l’eau à des fins industrielles et agricoles. Cette politique européenne comprend en outre des accords sur les débits des Pyrénées et des négociations bilatérales avec l’Espagne pour gérer les ressources en eau partagées face à l’aggravation des sécheresses dans la péninsule Ibérique et dans le sud de la France.
Il est important de noter que la sécheresse affecte directement le refroidissement des réacteurs nucléaires français, engendrant une dépendance stratégique à l’égard de l’électricité. La solution réside dans le recours au marché ibérique de l’électricité, comprenant une coordination diplomatique pour garantir les importations d’énergie en provenance d’Espagne et du Portugal durant l’été, période où la capacité nucléaire française diminue en raison du faible débit des fleuves.
Une gestion locale, résiliente et publique : l’exemple de la région de l’Algarve au Portugal
En parlant du Portugal, l’Algarve, région du sud du pays, constitue une bonne étude de cas en matière de gestion efficace des ressources en eau.
Une stratégie européenne locale de résilience de l’eau y a été adoptée, avec le renforcement des mécanismes de gestion. Les efforts y ont porté sur :
- la réduction des pertes d’eau en milieu urbain, en ciblant les réseaux de distribution présentant le plus fort potentiel de réduction des pertes réelles et en prévoyant la rénovation et la réhabilitation des infrastructures dégradées ou techniquement déficientes, l’optimisation et la gestion de la pression, ainsi que la mise en place de zones de mesure et de contrôle dans les réseaux.
- la réduction des pertes d’eau et l’amélioration de l’efficacité dans le secteur agricole.
- le renforcement de la gouvernance des ressources en eau (garantissant une meilleure capacité de surveillance de la quantité et de la qualité de l’eau, et prévoyant la mise en œuvre de débits écologiques et de technologies de télédétection pour la surveillance et le contrôle des ressources en eau).
- la réutilisation des eaux usées traitées.
- l’augmentation de la capacité et de la résilience de l’approvisionnement en eau.
- la promotion du dessalement de l’eau de mer.
Avant tout, il est essentiel d’investir dans la gestion locale et d’éviter les politiques de privatisation. Une gestion locale de l’eau est toujours plus efficace pour les raisons suivantes :
- Moins de fuites : détection rapide des pertes dans les canalisations ;
- Maîtrise de la consommation : mesure de la consommation en temps réel ;
- Utilisation intelligente : adaptation de l’irrigation et des services publics aux conditions météorologiques du jour ;
- Soutien local : protection des rivières, lacs et sources de la région ;
- Anticipation par la constitution de réserves : meilleure préparation des villes et villages aux périodes de faibles précipitations ;
- Maîtrise des coûts : réduction des dépenses par rapport au transport de l’eau depuis des zones éloignées.
Eviter la privatisation garantit ainsi que :
- l’eau demeure un bien national et ne tombe pas entre les mains de multinationales déracinées et soucieuses de leur seul profit ;
- les hausses tarifaires soient évitées, car la priorité donnée au profit financier peut souvent alourdir la facture des ménages ;
- qu’il n’y ait pas de monopole de fai mais un service public : l’impossibilité pour le consommateur de choisir son fournisseur permet au secteur privé d’imposer des conditions sans réelle concurrence ;
- l’égalité d’accès des territoires soit assurée, quand les entreprises privées ont tendance à ne pas investir dans les zones périphériques ou à faibles revenus, et à favoriser les zones plus rentables.
L’eau est un besoin vital, elle doit être accessible à tous et ne doit jamais servir la spéculation ni les intérêts économiques privés.
Tournée des Petits Chanteurs de Saint-Charles (Versailles) en Vendée
Ne manquez pas leurs quatre concerts
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
La Mecque a-t-elle été inventée par les califes?
Dimanche 16 août, Terre de missions reçoit Odon Lafontaine, auteur du “Grand secret de l’islam”. Ce dernier vient d’éditer avec le collectif Nour al Aalam (fondé par l’ancien prédicateur salafiste converti au christianisme, Bruno Guillot), un livre qui sera en librairie fin août sur “l’invention” de La Mecque.
La thèse de l’ouvrage est que La Mecque ne pouvait pas être la ville sainte décrite par le Coran – et que le Coran parle davantage de Jérusalem. “La Mecque ville imaginaire” (Ed Nour al Aalam) fait ainsi l’état des connaissances sur les origines de l’islam et pourrait bien être une base solide pour une critique profonde de l’islam.
XIIe dimanche après la Pentecôte : le Bon samaritain
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
C’est l’Évangile du bon Samaritain qui donne aujourd’hui son nom au douzième dimanche après la Pentecôte.
L‘Introït débute par le beau verset du psaume 69 : O Dieu, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir ! Dans sa dixième Conférence, Cassien montre comment ce cri de l’âme convient à tous les états et répond à tous les sentiments. Durand de Mende en fait application dans la circonstance présente à Job, parce que les lectures de l’Office de la nuit tirées du Livre où sont racontées ses épreuves se rencontrent quelquefois, quoique rarement, avec ce Dimanche. Rupert y voit de préférence les accents du sourd-muet, dont la guérison mystérieuse faisait, il y a huit jours, l’objet de nos méditations. « Le genre humain dans la personne de nos premiers parents, dit-il, était devenu sourd pour écouter les commandements du Créateur, et muet pour chanter ses louanges ; le premier mouvement de sa langue déliée par le Seigneur est pour invoquer Dieu. » C’est aussi chaque matin le premier élan de l’Église, comme sa première parole à chacune des Heures du jour et de la nuit.
Dom Guéranger L’Année Liturgique
► Introït : Deus in adjutórium
Dans l’Introït de ce douzième dimanche après la Pentecôte c’est le psaume 69, supplication adressée au Seigneur pour obtenir son secours au milieu des dangers et des épreuves de cette vie. Le premier verset est très connu, car il est chanté au début de toutes les heures de l’Office divin sans exception, appel plein de confiance en Dieu qui est prêt à nous accorder ses grâces, mais qui veut qu’on les lui demande :
Deus, in adjutórium meum inténde : Dómine, ad adjuvándum me festína : confundántur et revereántur inimíci mei, qui quærunt ánimam meam.
À ce premier verset du psaume, le texte de l’Introït ajoute le deuxième verset.
Avertántur retrórsum et erubéscant : qui cógitant mihi mala…
Qu’ils soient couverts de honte et de confusion les ennemis qui en veulent à ma vie.
La mélodie de cet Introït est assez originale. Elle se lance d’abord dans l’aigu en une affirmation pleine d’assurance. Si le texte est très suppliant la mélodie exprime une confiance absolue. Puis elle devient plus calme et statique, tournant toujours autour des mêmes notes pour s’achever par une cadence au grave très paisible. Le verset suivant qui est psalmodié à la suite redit à peu près la même chose :
Avertantur retrorsum et erubescant, qui volunt mihi mala.
Qu’ils s’en retournent en rougissant ceux qui me veulent du mal.
► Graduel : Benedícam Dóminum
Comme celui de l’Introït, le texte du Graduel du douzième dimanche après la Pentecôte est le début d’un psaume. Il s’agit ici du psaume 33, psaume de louange et d’action de grâces pour la délivrance d’un grand danger, qui est souvent utilisé dans la liturgie. Nous l’avons rencontré récemment au Graduel du septième dimanche et à la Communion du huitième et nous le retrouverons à l’Offertoire du quatorzième. Ses deux premiers versets sont entièrement consacrés à la louange.
Benedícam Dóminum in omni témpore : semper laus eius in ore meo.
Je bénirai le Seigneur en tous temps, sa louange sera toujours dans ma bouche.V/. In Dómino laudábitur ánima mea : áudiant mansuéti, et læténtur.
Mon âme sera glorifiée dans le Seigneur ; que les doux entendent et qu’ils se réjouissent.
” Semper laus ejus in ore meo – Que sa louange soit toujours dans ma bouche. ” Cela doit être la devise de tous les chanteurs et plus spécialement des grégorianistes, mais ce sont seulement les doux, ceux qui n’ont au cœur aucun sentiment d’orgueil ou de violence qui sont invités à se réjouir de tous les bienfaits que le Seigneur nous accorde.
C’est pour cela que la mélodie, si elle est très développée comme celles des Graduels avec de grandes vocalises, reste dans l’ensemble assez modérée et paisible, avec seulement une belle envolée dans l’aigu sur in omni tempore et un crescendo enthousiaste sur le mot meo à la fin de la première partie. La deuxième partie, contrairement à la plupart des Graduels est encore plus calme et retenue. C’est vraiment une joie intérieure avec, sur le mot mansueti (les doux), une longue vocalise contemplative tournant sur elle-même.
► Alléluia : Dómine, Deus salútis meæ
Comme celui du neuvième dimanche, l’Alléluia du douzième dimanche après la Pentecôte fait exception dans la série des Alléluias de ce temps liturgique, qui sont généralement des exclamations enthousiastes et triomphales. Nous retrouvons ici un texte de supplication, et comme à l’Introït et au Graduel de cette messe, et comme pour la plupart des Alléluias de ce temps, c’est encore le début d’un psaume, cette fois le psaume 87. Ce psaume est la prière d’un malheureux abandonné de tous, et c’est un des rares de tout le psautier à n’être qu’une longue plainte, sans aucune parole de confiance ou d’espérance. On le chante à la semaine sainte, où il est évidemment mis dans la bouche du Christ souffrant, mais ici on ne trouve que le premier verset :
Dómine, Deus salútis meæ, in die clamávi et nocte coram te
Seigneur, Dieu de mon salut, jour et nuit j’ai crié en Votre présence.
Ce texte peut très bien être détaché de son contexte scripturaire et être interprété seulement comme l’affirmation de notre prière incessante mais aussi confiante. La mélodie nous y invite.
Elle est pleine de ferveur mystique, mais aussi d’abandon calme et paisible, en une grande ligne souple et très liée. C’est note pour note la même que celle de l’Alléluia Cognoverunt du deuxième dimanche après Pâques, le dimanche du Bon Pasteur : ” Ils reconnurent le Seigneur Jésus à la fraction du pain “. Nous y exprimions notre reconnaissance au Seigneur pour la grâce de Le connaître intimement ; nous retrouvons cette même ferveur pour Le supplier jour et nuit.
► Offertoire : Precátus est
L’Offertoire du douzième dimanche après la Pentecôte présente un caractère exceptionnel, ne serait-ce que par sa longueur et par son intensité dramatique. Le texte n’est pas tiré d’un psaume, mais du livre de l’Exode.
Il y a ainsi dans ce temps après la Pentecôte six grands Offertoires tirés de divers livres de l’Ancien Testament. Nous en avons entendu un au septième dimanche, emprunté au livre de Daniel, et nous en retrouverons aux dix-septième, dix-huitième, vingt et unième et vingt-deuxième dimanches. Mais celui-ci est le plus long, dépassant même par ses dimensions le grand Jubilate du deuxième dimanche après l’Épiphanie. Il a la forme d’un triptyque, dont la partie centrale est la prière de Moïse pour son peuple qui s’était éloigné de Dieu pour adorer le veau d’or et que le Seigneur voulait exterminer. Cette prière est encadrée de deux courts récits, un récit d’introduction et un récit de conclusion.
Precátus est Moyses in conspéctu Dómini, Dei sui, et dixit : Quare, Dómine, irascéris in pópulo tuo ? Parce iræ ánimæ tuæ : meménto Abraham, Isaac et Iacob, quibus iurásti dare terram fluéntem lac et mel. Et placátus factus est Dóminus de malignitáte, quam dixit fácere pópulo suo..
Moïse pria en présence du Seigneur son Dieu en disant : Pourquoi, Seigneur, vous irriter contre votre peuple ? Apaisez la colère de votre âme, souvenez-vous d’Abraham, d’Isaac et Jacob, à qui vous avez juré de donner la terre où coulent le lait et le miel. Et le Seigneur apaisé renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.
On remarquera que la première phrase, le récit introductif, est répétée deux fois, comme dans le grand Jubilate, mais cette fois avec la même mélodie ; seule la cadence finale est un peu différente. La mélodie de ce récit est calme et bien affirmée avec de souples ondulations. La prière de Moïse, ensuite, comporte trois phrases. On sent tout de suite plus de mouvement et de tension. La première est presque angoissée, la deuxième très suppliante. Enfin la troisième phrase Memento, Abraham…s’élève brusquement à l’aigu avec véhémence. On retrouve le calme pour la conclusion, le Seigneur a renoncé au châtiment, c’est l’apaisement et la détente.
► Communion : De fructu
Nous retrouvons dans l’antienne de Communion du douzième dimanche après la Pentecôte la même idée que dans la Communion du dimanche précédent : en ce plein été, période de moissons, offrir au Seigneur les récoltes et Le remercier pour les fruits de la terre qu’Il nous donne en profusion. Le texte d’aujourd’hui est tiré du psaume 103, grand cantique de louange et de reconnaissance pour toutes les splendeurs de la création, qui sont énumérées avec une poésie admirable. La liturgie a choisi ici les versets qui se rapportent à la matière des sacrements, le pain, le vin et l’huile :
De fructu óperum tuórum, Dómine, satiábitur terra : ut edúcas panem de terra, et vinum lætíficet cor hóminis : ut exhílaret fáciem in oleo, et panis cor hóminis confírmet.
Seigneur, la terre est comblée du fruit de vos œuvres. Ainsi, vous tirez le pain du sein de la terre et le vin réjouit le cœur de l’homme ; l’huile met la joie sur son visage et le pain réconforte le cœur de l’homme.
Le sens eucharistique de ces paroles est évident au moment de la communion : le pain qui donne la force et le vin qui donne la joie sont chantés avec une mélodie très simple et légère, exprimant le bonheur confiant des petits enfants à qui leur bon père donne tout ce qu’il leur faut.
Remettre en question bon nombre de canons esthétiques, principalement de nature hédoniste et consumériste
Extrait de l’homélie prononcée par le pape Léon XIV en cette fête de l’Assomption, lors de la messe célébrée à Castel Gandolfo :
Le Magistère de l’Église nous enseigne que « Marie, une fois achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée à la gloire céleste, corps et âme » (Pie XII, Const. Ap. Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950) et nous montre, dans ce Mystère, l’accomplissement de la plénitude de grâce que Dieu lui a donnée lors de sa Conception immaculée (cf. ibid.).
C’est pourquoi de nombreuses œuvres d’art la représentent, à la fin de sa vie terrestre, comme une très belle jeune femme s’élevant physiquement de la terre vers la voûte céleste. Elles s’inspirent de la scène décrite dans le passage de l’Apocalypse que nous avons entendu dans la première lecture : « Une femme vêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds » (cf. Ap 12, 1), pour signifier que le cœur de Marie est le lieu de rencontre entre le ciel et la terre, le temps et l’éternité.
Cette image semble, à première vue, contraster avec l’expérience de ce que le passage des années produit en nous. Avec l’âge, en effet, notre corps devient moins agile et plus lourd ; notre peau devient moins fraîche et montre les signes de la vieillesse ; nos cheveux ne prennent ni couleur ni éclat, mais deviennent gris puis blancs. Alors, qu’avons-nous en commun avec la merveilleuse jeune femme que l’on voit représentée sur les retables de nos autels ?
Pour le comprendre, nous devons associer les deux signes que nous avons évoqués : le corps incorruptible de la Mère de Dieu et son cœur immaculé. C’est en effet la pureté de l’âme qui, en Marie – comme en nous –, par la grâce de Dieu, illumine et transfigure toute la personne, la conduisant à la gloire du Ciel.
La glorification de Marie, corps et âme, nous enseigne que notre véritable beauté ne consiste pas à dissimuler les signes du temps qui passe, mais à montrer, même gravés dans notre chair, les signes de l’amour qui ne passe jamais (cf. 1 Co 13, 8).
Elle nous invite ainsi à remettre en question bon nombre de canons esthétiques, principalement de nature hédoniste et consumériste, que le monde nous impose et qui risquent de nous emprisonner dans de lourds conditionnements, nous faisant gaspiller des énergies précieuses dans ce qui n’a vraiment pas d’importance et ne dure pas éternellement. Dans notre expérience quotidienne, nous pouvons rencontrer des personnes dont le visage est marqué par les années et les souffrances, mais qui sont pourtant capables de rayonner de sérénité, de bienveillance et de paix autour d’elles ; tout comme nous pouvons en observer d’autres, peut-être séduisantes en apparence, mais dures et froides au fond d’elles-mêmes. Il est facile de comprendre où réside la vraie beauté et où, au contraire, il y a encore besoin de conversion, de pardon et de guérison.
Lettre du pape au cardinal Roche sur le respect envers les rites
Dans une lettre au cardinal Roche, préfet du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements, le pape lui demande de
promouvoir la célébration digne des mystères sacrés
Et pour ce faire, Léon XIV rappelle que
nous devons souligner la nécessité de la fidélité aux textes et aux instructions approuvés. Dans mes récentes catéchèses sur la Constitution sur la Sainte Liturgie, Sacrosanctum Concilium, j’ai attiré l’attention sur le respect que tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, et les prêtres en particulier, doivent faire preuve envers les rites promulgués par le pape Saint-Paul VI et le pape Saint Jean-Paul II. Il est vital que ce respect « découle d’une attitude intérieure d’ouverture et de confiance en Dieu, manifestant l’humilité devant sa grandeur et sa fidélité sincère à la communion ecclésiale » (Catéchèse, 27 mai 2026).
Depuis la réforme de 1969, tous les papes ont souvent rappelé la nécessité d’avoir des célébrations dignement célébrées, sans abus, conformes aux textes en vigueur. Mais pour quel résultat ?
Respect et fidélité envers les textes. Mais lesquels ? En 2022, le père Laurent-Marie Pocquet du Haut Jussé, canoniste et théologien, soulignait à juste titre :
il y a un véritable éclatement de la célébration du missel promulgué en 1969, éclatement qui va bien au-delà des adaptations possibles prévues par le texte. Le Concile a reconnu le chant grégorien comme le chant propre de l’Église romaine, il a voulu qu’il ait la première place dans les célébrations liturgiques, les rubriques de l’ordinaire de la messe semblent indiquer que la messe est célébrée ad orientem, permettant ainsi à l’ensemble du peuple de Dieu, ministres et fidèles, de se tourner ensemble vers le Seigneur (en évitant un face à face très clérical…), et pourtant il est quasi-impossible de trouver en France une liturgie qui réponde aux exigences du Concile, sinon dans les lieux où est célébrée la liturgie traditionnelle…
Synode sur la synodalité : Saint-Père, donnez-nous de la clarté
Lettre de monseigneur Rob Mutsaerts, Évêque auxiliaire du diocèse de Bois-le-Duc, à Léon XIV :
Saint-Père :
Avec révérence envers le ministère qui vous a été confié comme successeur de saint Pierre et en communion avec l’Église que le Christ a fondée sur les Apôtres, je m’adresse à vous par cette lettre ouverte. Je ne le fais pas à la légère. Ce qui me pousse à prononcer publiquement ces paroles est une préoccupation qui, en dernier ressort, est au-dessus de toutes les autres questions ecclésiales : le salut des âmes. Salus animarum suprema lex : le salut des âmes est la loi suprême. Ma question est simple et sérieuse : le processus synodal contribue-t-il réellement à rapprocher les âmes du Christ et du salut éternel ? Pour moi, c’est la question décisive.
Saint-Père, je suis pleinement conscient de la responsabilité du ministère pétrinien, dont celui qui se trouve en dehors de ce ministère ne peut avoir qu’une vague idée. C’est précisément pour cette raison que je n’écris pas ces paroles par manque de révérence envers la papauté, mais par amour pour elle. Après tout, Pierre a reçu du Christ non seulement la charge d’unir les frères, mais aussi celle de les confirmer dans la foi : « Et toi, une fois converti, confirme tes frères ». En dernier ressort, le monde tire peu de profit d’une Église qui se contente de répéter ce que le monde lui-même pense déjà. Il a besoin d’une Église qui, avec amour mais sans peur, lui montre le Christ.
Mes réserves concernant le Synode sur la synodalité doivent être comprises sous cet éclairage. Et, surtout, je me demande ce que tout cela signifie pour le fidèle simple, qui n’attend pas de son Église un processus permanent, mais de la clarté sur le chemin vers Dieu.
Cette lettre, par conséquent, n’est pas une accusation contre des personnes concrètes. Je ne veux pas non plus nier les bonnes intentions de tant de personnes qui se sont consacrées sincèrement au processus synodal. Les bonnes intentions méritent reconnaissance. Mais les bonnes intentions ne nous dispensent pas du devoir d’examiner les fruits. Le Christ lui-même nous a donné un critère simple pour cela : « C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez ».
C’est pourquoi je crois que, après des années de consultations synodales, de réunions, de rapports et de documents, le moment est venu de demander ouvertement ces fruits. Non par cynisme, mais par amour pour l’Église. Non par nostalgie d’un passé idéalisé, mais par souci de son avenir. Et non pour livrer une bataille de politique ecclésiale, mais parce qu’au-delà de toutes les discussions existe une réalité infiniment plus importante : le salut éternel des âmes que le Christ a confiées à son Église.
À partir de cette préoccupation, Saint-Père, je vous présente la réflexion suivante.
Le Synode sur la synodalité
Celui qui juge le Synode sur la synodalité uniquement par ses objectifs peut facilement écrire un récit positif. On a écouté. On a parlé. Des milliers de personnes ont été consultées. Des évêques, des prêtres, des religieux et des laïcs se sont réunis. On a parlé de communion, de participation et de mission. Il est même apparu un nouveau vocabulaire ecclésial : synodalité, écoute, discernement, participation, conversation dans l’Esprit, mettre en marche des processus.
Mais la même histoire peut être envisagée sous une perspective complètement différente. Permettez-moi de poser la question gênante : qu’a réellement apporté tout cela ?
Non : combien de réunions ont été organisées ? Non : combien de rapports ont été rédigés ? Non : combien de personnes ont participé ?
Mais : la foi s’est-elle renforcée ? Le Christ a-t-il été annoncé avec plus de clarté ? L’identité catholique s’est-elle approfondie ? Y a-t-il eu plus de conversions ? La messe dominicale est-elle plus fréquentée ? Y a-t-il plus de vocations sacerdotales ? La catéchèse est-elle devenue plus efficace ? La révérence envers l’Eucharistie a-t-elle augmenté ? L’enseignement moral de l’Église est-il devenu plus clair ? Le dynamisme missionnaire a-t-il augmenté ?
Quand on pose ces questions, il est impossible de considérer le Synode comme un succès.
En même temps, il y a quelque chose d’autre qui doit être pris en compte : le processus synodal n’est pas vraiment terminé. La phase officielle d’application se poursuit et, passant par des rencontres diocésaines, nationales et continentales, elle doit finalement culminer dans une Assemblée ecclésiale à Rome en octobre 2028. En mai 2026, le Vatican a publié à nouveau une vaste feuille de route à cet effet.
Cela rend la critique encore plus légitime. Ce qui a été conçu à l’origine comme un Synode pour 2021-2024 court le risque de devenir une forme permanente de gouvernement de l’Église.
Un Synode sur un Synode
Le premier aspect frappant se trouve déjà dans le nom : Synode sur la synodalité.
Traditionnellement, un synode était convoqué parce que l’Église avait besoin de parler d’un sujet concret : par exemple, l’évangélisation, le mariage et la famille, le sacerdoce, l’Eucharistie, l’Écriture sainte, une hérésie, une crise pastorale ou un problème déterminé.
Dans le Synode sur la synodalité, le processus lui-même devient l’objet. On pourrait le comparer à une réunion qui se prolonge indéfiniment pour débattre de la façon dont les réunions devraient se dérouler à l’avenir.
L’Église connaît des conciles et des synodes depuis l’Antiquité. Les Apôtres se sont réunis à Jérusalem. Les évêques ont délibéré entre eux. Les papes ont consulté les évêques. Les grands conciles œcuméniques sont inconcevables sans délibération et décisions ecclésiales partagées.
Mais cela est différent de la synodalité comme paradigme ecclésial permanent. Le synode classique était un moyen d’atteindre une fin. Dans le discours synodal actuel, la synodalité court le risque de devenir une fin en soi. Et c’est précisément ici que commence le problème d’une perspective catholique classique.
L’Église n’est pas une conversation, mais une réalité reçue
Car l’Église ne commence pas par notre dialogue. Elle commence par le Christ.
Cela semble évident, mais cela a des conséquences de grande portée. Le Christ n’a pas fondé un groupe de discussion. Il a appelé les Apôtres. Il leur a conféré l’autorité. Il les a envoyés annoncer, baptiser et enseigner : « Allez donc, faites des disciples de toutes les nations ».
La direction est fondamentale. La foi ne naît pas parce que l’Église fait d’abord un inventaire de ce que croient les personnes et distille ensuite de toutes ces expériences une conviction commune. La foi est reçue.
Paul utilise constamment des termes comme recevoir, transmettre et conserver. L’Église ne possède pas la Révélation parce qu’elle l’aurait inventée, mais parce qu’elle l’a reçue.
Cela signifie que le christianisme, par sa propre nature, ne peut pas être démocratique. Non parce que la démocratie comme forme de gouvernement serait mauvaise, mais parce que la vérité ne naît pas d’une décision majoritaire.
Si demain 90 % des catholiques cessaient de croire en la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, le Christ n’en serait pas moins véritablement présent. Si 80 % rejetaient un enseignement moral déterminé, cet enseignement ne deviendrait pas automatiquement faux.
La vérité ne se produit pas par le consensus. Cela constitue le premier grand champ de tension autour du projet synodal.
Écouter : à qui ?
Un mot-clé pendant tout le processus a été « écouter » — comme si nous ne l’avions jamais fait auparavant. En soi, il n’y a rien à objecter. Un évêque doit écouter. Un prêtre doit écouter. Les chrétiens doivent s’écouter mutuellement. Un pasteur qui n’écoute jamais son troupeau n’est pas un bon pasteur.
Mais immédiatement se pose la question : à qui l’Église doit-elle écouter en premier lieu ?
La réponse traditionnelle est : au Christ, à l’Écriture sainte, à la Tradition apostolique, aux saints, au témoignage de vingt siècles de christianisme et au Magistère. Et, bien sûr, aussi aux fidèles.
Cependant, dans certains textes synodaux, cet ordre semble légèrement inversé. On commence par les expériences, les désirs, les frustrations et les attentes des personnes d’aujourd’hui et on demande ensuite comment l’Église doit répondre.
Cela peut sembler pastoralement attractif, mais cela comporte un danger. Car que se passe-t-il quand les désirs de l’homme moderne entrent en collision avec l’Évangile ?
Alors ce n’est pas l’Évangile qui doit changer ; c’est l’homme qui doit changer. Dans le christianisme, cela s’appelle la conversion. Et c’est précisément ce mot qu’on entend étonnamment peu dans de nombreux débats ecclésiaux modernes.
Le grand absent : la conversion
Ici se trouve la faiblesse la plus profonde de tout le projet. L’Église n’existe pas principalement pour confirmer les personnes dans ce qu’elles sont déjà. Elle existe pour les conduire au Christ.
Les premières paroles de la prédication publique de Jésus ne sont pas : « Dites-moi d’abord ce que vous pensez des structures ecclésiales actuelles ». Elles sont : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ».
C’est beaucoup moins bureaucratique. Et beaucoup plus radical.
L’Église des martyrs n’a pas transformé le monde romain en organisant des groupes de conversation sur la façon dont les Romains pouvaient percevoir la communauté chrétienne comme plus inclusive. Elle a annoncé le Christ.
Pierre a annoncé le Christ. Paul a annoncé le Christ. François a annoncé le Christ. Dominique a annoncé le Christ. François Xavier a annoncé le Christ. Jean-Marie Vianney a annoncé le Christ. Mère Teresa a annoncé le Christ. Jean-Paul II a annoncé le Christ.
Sans doute ont-ils écouté les personnes. Mais l’écoute n’a jamais été l’objectif final. L’objectif final était la conversion au Christ.
L’éléphant dans la salle synodale
Il existe en outre une discordance frappante entre les problèmes largement débattus dans le processus synodal et la crise réelle dans laquelle se trouve, particulièrement, l’Église occidentale.
Les problèmes fondamentaux de l’Église aux Pays-Bas, en Belgique, particulièrement en Allemagne, mais aussi dans de vastes zones de l’Europe occidentale, sont faciles à reconnaître.
Les églises se vident. Les paroisses fusionnent. Les monastères disparaissent. Les communautés religieuses vieillissent. La connaissance de la foi catholique diminue. La confession a pratiquement disparu pour de nombreux catholiques. Le nombre de vocations sacerdotales reste faible dans de nombreux endroits. Beaucoup de baptisés croient à peine encore aux vérités essentielles de la foi. Dans de larges secteurs de la communauté catholique, la vie sacramentelle s’est considérablement affaiblie.
Face à cette évolution, on pourrait s’attendre à ce qu’une initiative ecclésiale mondiale s’occupe avant tout d’une question : comment pouvons-nous reconquérir le monde pour le Christ ?
Cependant, l’attention se porte principalement sur les structures, la participation, les processus de prise de décision, la responsabilité des femmes, l’inclusion, les relations de pouvoir et le fonctionnement des organismes ecclésiaux.
Ce sont des thèmes certainement légitimes. Mais une maison en flammes a d’autres priorités que les affaires domestiques.
Une loi de Parkinson pour l’Église
Les institutions qui perdent de vue leur finalité originelle commencent généralement à parler de plus en plus intensément de leur propre organisation.
Les entreprises parlent alors interminablement de processus. Les universités, de gouvernance. Les gouvernements, de modèles de participation. Et les organisations ecclésiales, de structures.
Moins il y a d’évangélisation, plus il y a de comités sur l’évangélisation. Moins il y a de vocations, plus il y a de documents sur les vocations. Moins il y a de gens qui vont à l’Église, plus les réunions sur la nature de l’Église sont longues.
Cela peut sembler cynique, mais derrière cela se trouve une idée sérieuse : la bureaucratie peut créer l’apparence d’activité tandis que la réalité montre le contraire. On navigue sans boussole.
Les attentes qui ne peuvent être satisfaites
Le processus synodal a généré des attentes. Cela s’est produit principalement parce que pendant les différentes phases de consultation ont été abordées des questions qui touchent à des domaines sur lesquels l’Église possède déjà un enseignement clair : le diaconat féminin, le sacerdoce, la morale sexuelle, les relations homosexuelles, la relation entre laïcs et clergé, l’autorité ecclésiale, la décentralisation et la position de la femme.
Quand ces thèmes sont « discutés » pendant des années, naît naturellement l’impression qu’ils pourraient finalement changer. Autrement, pourquoi en parler interminablement ?
Cela conduit à un paradoxe pastoral. On demande aux personnes d’exprimer leurs attentes. Ensuite, certaines de ces attentes s’avèrent impossibles à satisfaire sans mettre en danger la continuité avec la doctrine catholique.
Que se passe-t-il alors ? Une déception généralisée.
L’Église elle-même a ainsi créé des attentes qu’elle ne peut finalement pas satisfaire. Cela ne constitue pas un bénéfice pastoral, mais une recette pour la frustration.
La protestantisation de la conception catholique de l’Église
D’une perspective traditionaliste apparaît en outre une ironie historique. Certains éléments de la culture synodale moderne montrent des similitudes avec des processus observés pendant des décennies dans les Églises protestantes : plus d’accent sur la participation, plus d’influence administrative, plus de structures consultatives, plus de poids aux communautés locales, plus d’attention aux expériences individuelles, plus de débats sur les changements dans les opinions sociales et moins d’évidence de l’autorité hiérarchique.
En soi, cela n’a pas besoin d’être erroné. Mais une question historique s’impose : ce modèle a-t-il produit un renouveau chrétien spectaculaire dans le monde protestant ?
Dans de vastes zones de l’Europe occidentale, la réponse est sans équivoque négative.
Pourquoi l’Église catholique devrait-elle alors adopter précisément les schémas administratifs et pastoraux de confessions qui ont souvent traversé la même sécularisation même avant et de façon plus grave ?
Un patient se guérit rarement en prenant le médicament du patient du lit d’à côté, dont l’état est encore pire.
L’alternative oubliée : aspirer à la sainteté
Les grandes réformes catholiques n’ont presque jamais commencé par des structures. Elles ont commencé par des saints.
À des époques de corruption ont succédé des réformateurs : Benoît, Bernard, François, Dominique, Catherine de Sienne, Ignace de Loyola, Thérèse d’Avila, Charles Borromée, François de Sales, Jean Bosco, Thérèse de Lisieux, Maximilien Kolbe et Jean-Paul II.
Leur programme était étonnamment simple : devenir saints.
Car un saint possède une force missionnaire avec laquelle aucun document stratégique ne peut rivaliser. Une paroisse avec un curé saint a un avenir meilleur qu’un diocèse avec vingt groupes de travail sur la synodalité et des dirigeants très bien payés.
Un monastère avec dix religieux fervents évangélise plus que cent pages de jargon ecclésial. Un prêtre qui à l’autel montre visiblement qu’il croit être devant Dieu peut conduire plus de personnes à la foi qu’une conférence sur la liturgie participative.
Ici se trouve peut-être l’alternative que le Synode a trop peu soulignée : non pas moins d’écoute, mais plus de sainteté. Non pas moins de participation, mais plus de conversion. Non pas moins de dialogue, mais plus d’annonce.
La liturgie comme épreuve décisive
D’une perspective classique, il est également frappant que la crise de la liturgie ait reçu comparativement peu d’attention centrale. Car celui qui veut vraiment comprendre l’état d’une Église doit regarder son culte.
Lex orandi, lex credendi : la manière dont on prie exprime la foi.
Quand les catholiques ne comprennent plus guère que la Messe est le sacrifice sacramentel et présent du Christ ; quand diminue le sens du sacré, disparaît le silence, les confessionnaux restent vides et l’adoration eucharistique est reléguée aux marges, alors l’Église n’a pas un problème de structures de gouvernement.
Elle a un problème de foi.
Une nouvelle structure de participation ne peut pas le résoudre. Non plus une nouvelle assemblée. Peut-être qu’un redécouverte de Dieu le peut.
Le paradoxe de la participation
Le projet synodal met l’accent sur la participation. Mais ici apparaît un étrange paradoxe.
Les personnes qui participent intensément aux processus consultatifs ecclésiaux ne sont pas nécessairement représentatives de toute l’Église.
Le catholique silencieux qui assiste chaque matin à la Messe, récite le rosaire et enseigne le catéchisme à ses petits-enfants ne rédige normalement pas un rapport synodal. Le jeune catholique qui conduit trois heures pour assister à une liturgie traditionnelle ne fait normalement pas partie du groupe de travail diocésain.
Une mère de six enfants qui essaie d’éduquer sa famille de façon catholique n’a peut-être guère le temps pour des « sessions d’écoute ». Une religieuse contemplative ne remplit pas de questionnaires.
Cependant, leur foi peut être plus profondément enracinée que celle des participants professionnels aux assemblées ecclésiales.
Celui qui n’écoute que ceux qui prennent le micro peut facilement oublier que le peuple de Dieu est beaucoup plus large que le cercle réuni autour de la table de consultation.
Synodalité ou collégialité ?
Peut-être qu’une partie de la confusion disparaîtrait si nous revenions à parler avec plus de précision.
La tradition catholique connaît un concept clair : la collégialité. Les évêques forment, avec Pierre et sous Pierre, le collège épiscopal. Il existe en outre des conseils presbytéraux, des conseils pastoraux, des synodes, des chapitres, des communautés religieuses et d’innombrables formes de consultation.
Pourquoi était-il nécessaire pour tout cela d’une nouvelle catégorie omnicompréhensive : la synodalité ?
Précisément parce que le terme est si large — il est même difficile de le définir —, chaque personne peut comprendre quelque chose de différent.
Pour l’un, cela signifie écoute. Pour un autre, décentralisation. Pour un troisième, démocratisation. Pour un quatrième, renouveau pastoral. Pour un cinquième, réforme du ministère ecclésial. Pour un sixième, une morale sexuelle différente.
Un concept qui peut tout signifier finit par ne rien signifier.
C’est pourquoi la question de la proportionnalité est légitime. Combien d’énergie supplémentaire doit être consacrée à cela ? Combien de réunions ? Combien d’équipes synodales ? Combien de rapports ? Combien d’évaluations d’évaluations ?
Et, surtout : que se passerait-il si la même quantité de temps, d’argent, d’énergie spirituelle et d’attention épiscopale était investie dans la catéchèse, les séminaires, l’éducation catholique, la liturgie, la confession, l’adoration eucharistique, la pastorale matrimoniale et l’évangélisation directe ?
Cela me semble une question rhétorique.
Le problème le plus profond : l’ecclésiologie
Au fond, la discussion ne porte pas vraiment sur le fait de se réunir. Elle porte sur la question : qu’est-ce que l’Église ?
Est-elle avant tout une communauté qui cherche conjointement ce qu’elle doit devenir ? Ou est-elle primordialement une réalité divine qui a déjà reçu ce qu’elle doit être ?
La réponse catholique ne peut être que la seconde.
L’Église doit constamment se convertir, mais elle est édifiée sur les Apôtres. Elle garde une foi qu’elle n’a pas inventée.
Par conséquent, toute synodalité doit finalement être limitée par quelque chose qui ne peut pas être objet de discussion synodale : la vérité révélée par le Christ.
Le monde n’attend pas une Église synodale
Et ici se trouve peut-être la plus grande tragédie.
Le monde moderne traverse une crise spirituelle extraordinaire. Les personnes cherchent du sens. Les jeunes cherchent une identité. La solitude augmente. Les familles se brisent. La technologie pénètre de plus en plus profondément dans l’existence humaine. La pornographie déforme la sexualité. Le matérialisme ne rend pas heureux. Le changement climatique devient pour beaucoup une religion de substitution. Les personnes craignent la mort, mais savent à peine pourquoi elles vivent.
Et au milieu de ce monde, l’Église possède quelque chose d’extraordinaire.
Elle possède l’Évangile. Les sacrements. L’Eucharistie. La confession. Deux mille ans de sagesse. L’Écriture sainte. Les Pères de l’Église. Thomas d’Aquin. Augustin. Les mystiques. Les saints. Une tradition incomparable d’art, de musique, de philosophie, de morale et de spiritualité.
Et, surtout, Jésus-Christ.
Le monde n’attend pas une autre organisation qui l’écoute. Il en existe déjà suffisamment.
Le monde attend quelqu’un qui lui dise pourquoi il a été créé.
D’Emmaüs à Jérusalem
Peut-être que l’Évangile des disciples d’Emmaüs offre, en dernier ressort, le meilleur modèle pour une synodalité catholique authentique.
Le Christ marche avec les disciples. Il les écoute vraiment. Il leur demande ce qui les préoccupe. Il leur permet de parler. Il y a de la place pour leur déception.
Jusqu’ici, n’importe quel manuel de synodalité pourrait être d’accord avec enthousiasme.
Mais ensuite arrive le moment décisif.
Le Christ ne confirme pas leur interprétation. Il les corrige. Il leur explique les Écritures. Il leur apprend à comprendre les événements. Et finalement ils le reconnaissent à la fraction du pain.
C’est la synodalité catholique dans sa forme la plus pure.
Et ensuite les disciples ne restent pas indéfiniment réunis à Emmaüs pour évaluer leur expérience du chemin. Ils se lèvent. Ils retournent à Jérusalem. Ils sortent pour annoncer.
Le processus synodal est resté bloqué à Emmaüs, et la question est de savoir s’il sait encore comment en sortir. Nous sommes si occupés à discuter de la façon dont l’Église doit marcher ensemble que nous oublions parfois vers où elle marche.
En dernier ressort, l’Église catholique n’a pas besoin d’un synode permanent sur elle-même.
Elle a besoin de saints. D’évêques qui enseignent. De prêtres qui prient. De religieux qui vivent radicalement pour Dieu. De parents qui transmettent la foi. De jeunes qui découvrent que la vérité est quelque chose de plus qu’une simple opinion. D’une liturgie dans laquelle Dieu est véritablement au centre. De confessionnaux où les pécheurs trouvent le pardon. De séminaires où se forment des hommes disposés à donner leur vie au Christ.
De catholiques qui ne demandent pas constamment comment l’Église doit s’adapter au monde, mais qui ont le courage d’inviter le monde à se laisser transformer par le Christ.
Car, en dernier ressort, le Christ n’a pas envoyé son Église dans le monde avec les paroles : « Allez et organisez des processus synodaux partout ».
Il a dit : « Allez dans le monde entier et proclamez l’Évangile à toute la création ».
C’est ainsi que l’Église a commencé. Et chaque fois qu’elle s’est véritablement renouvelée, elle a recommencé là.
Saint-Père
Permettez-moi de conclure cette lettre par la même pensée par laquelle je l’ai commencée : le salut des âmes.
J’espère et je prie pour que sous votre pontificat apparaisse clairement à nouveau que l’Église n’est pas appelée à discuter indéfiniment d’elle-même, mais à annoncer le Christ ; non pas à refléter l’esprit du temps, mais à conduire le monde vers la vie éternelle.
Précisément du successeur de Pierre les fidèles peuvent attendre qu’il confirme ses frères dans la foi au milieu de la confusion de notre temps. Qu’il nous rappelle que la vérité annoncée par l’Église n’est pas une possession dont nous pouvons disposer à notre guise, mais un trésor précieux que nous avons reçu et que nous devons transmettre intégralement.
Qu’il encourage ceux qui accomplissent fidèlement leur vocation : les prêtres, les religieux qui ont consacré leur vie à Dieu, les parents qui essaient d’éduquer leurs enfants de façon catholique à contre-courant et les jeunes qui, précisément dans une époque de relativisme, aspirent à la vérité, la sainteté, la beauté et l’aventure radicale d’une vie avec le Christ.
Ma demande à vous est donc simple : donnez-nous de la clarté.
Quand le monde parlera plein d’incertitude, que Pierre parle avec clarté. Quand l’Église se lassera des discussions internes, montrez-nous le chemin du retour vers le Christ. Quand nous nous perdrons dans les processus et les structures, rappelez-nous notre mission.
Quand nous reculerons devant la possibilité d’annoncer l’Évangile dans toute sa plénitude parce qu’il pourrait être offensant pour l’homme moderne, rappelez-nous les paroles du propre Pierre : « Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».
Saint-Père, j’écris cela avec une sincère révérence envers votre ministère et par amour pour l’Église. Ma critique du processus synodal ne naît pas du désir de semer la discorde, mais de la préoccupation que nous perdions un temps précieux alors que tant de personnes ne connaissent plus le Christ.
La moisson est abondante. Les ouvriers sont peu nombreux.
Les églises d’Occident se vident tandis que, simultanément, de nouvelles générations semblent chercher la vérité et la transcendance. Précisément maintenant, nous n’avons pas besoin d’une Église hésitante, mais d’une Église missionnaire qui connaît le trésor qu’elle possède et n’a pas peur de le montrer au monde.
C’est pourquoi je prie pour que votre pontificat soit marqué par une concentration renouvelée sur ce qui constitue, en dernier ressort, le cœur de toute authentique réforme ecclésiale : le Christ, la conversion, la sainteté, l’Eucharistie, l’évangélisation et le salut des âmes.
Car quand tous les synodes seront terminés, tous les documents auront été écrits, tous les organismes dissous et nos propres noms oubliés, il ne restera que la question qui compte vraiment :
Avons-nous rapproché les personnes qui nous ont été confiées de Jésus-Christ ?
Que saint Pierre intercède pour vous. Que Notre-Dame, Mater Ecclesiae, vous garde sous sa protection. Et que le Seigneur vous accorde sagesse, courage et fermeté paternelle pour conduire son Église dans la vérité et dans l’amour.
Avec une sincère révérence et uni dans la prière,
in Christo,
+ Rob Mutsaerts
Évêque auxiliaire du diocèse de Bois-le-Duc
15 août : fête de l’Assomption de la très Sainte Vierge Marie
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir. Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
La fête de l’Assomption de la Sainte Vierge est une des plus grandes fêtes de l’année, fête d’obligation et jour férié, même lorsqu’elle tombe en semaine. C’est aussi la fête patronale de la France depuis la consécration de notre pays à Notre Dame par le roi Louis XIII en 1638.
On sait que le dogme de l’Assomption de la Sainte Vierge a été proclamé solennellement en 1950 par le pape Pie XII, affirmant comme vérité de foi que la Bienheureuse Vierge Marie a été élevée au ciel en corps et en âme sans connaître la corruption du tombeau. Mais s’il a fallu attendre le XXe siècle pour cette proclamation, la fête de l’Assomption, ou de la » Dormition » de la Sainte Vierge était célébrée depuis longtemps. Depuis la promulgation du dogme, un nouveau formulaire pour la messe a été prescrit par le décret du 31 octobre 1950. Ce nouveau formulaire met plus l’accent que l’ancien sur la souveraine dignité de Marie. C’est cette messe Signum magnum qui est chantée dans le rit romain traditionnel selon les Livres liturgiques de 1962. Le Graduel de 1974 a curieusement repris des pièces de l’ancienne messe, antérieure à 1950.
► Introït : Signum magnum
Le texte de l’Introït provient du livre de l’Apocalypse de saint Jean au chapitre 12 :
Signum magnum apparuit in cælo : mulier amicta sole, et luna sub pedibus eius, et in capite ejus corona stellarum duodecim.
Un grand signe apparut dans le ciel : une femme, revêtue de soleil, la lune sous les pieds et, sur la tête, une couronne de douze étoiles.
Cette femme qui est ainsi glorifiée est avant tout la figure de l’Église qui va entamer contre le dragon un combat sans merci, mais ce texte s’applique aujourd’hui à Marie écrasant sous son pied la tête du serpent et couronnée dans le ciel. Cette vision grandiose, cosmique, appellerait semble-t-il une mélodie éclatante, or celle qui a été choisie, empruntée à un Introït du commun des Martyrs, est douce, calme et peu développée, mais pleine d’une paisible et joyeuse assurance.
Cet Introït est accompagné du premier verset du psaume 97, cantique d’action de grâces qui revient souvent dans la liturgie, notamment à Noël et à Pâques.
Cantate Domino canticum novum : quia mirabilia fecit.
Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles.
► Graduel : Audi filia
Pour la nouvelle messe de l’Assomption composée en 1950 on a repris au Graduel une pièce ancienne qui figurait au commun des vierges. Le texte est tiré du psaume 44, le cantique nuptial que nous avons déjà souvent rencontré ; il fait l’éloge à l’occasion de leurs noces du roi d’Israël et de son épouse, qui sont la figure du Christ et de l’Église, mais la liturgie l’applique aussi souvent à Marie ou aux vierges consacrées. Les deux versets qui forment ce Graduel sont pris dans l’éloge de la reine.
Audi filia, et vide, et inclina aurem tuam : et concupiscet Rex pulchritudinem tuam. Tota decora ingreditur filia Regis, texturæ aureæ sunt amictus ejus.
Écoute ma fille et regarde, tends l’oreille : le roi est épris de ta beauté. La fille du roi s’avance toute belle, ses vêtements sont tissés d’or.
Ces versets s’appliquent très bien à la Vierge Marie dont l’éclat et la beauté surpassent toutes les créatures, et qui maintenant règne avec son fils dans le ciel. On trouve cet éclat et cette beauté dans la mélodie aux amples vocalises, avec l’enthousiasme triomphal qui manquait à l’Introït.
► Alléluia : Assumpta est
l‘Alléluia de l’Assomption est la seule pièce de l’ancienne messe qui ait été conservée dans la nouvelle. Le texte n’est pas tiré de la Sainte Écriture ; c’est un refrain qui revient à plusieurs reprises dans l’office de la fête.
Assumpta est Maria in cælum : gaudet exercitus angelorum.
Marie a été élevée au ciel, l’armée des anges se réjouit.
La mélodie traduit admirablement par ses montées et ses descentes très légères le mystère de ce jour et la joie des esprits célestes.
► Offertoire : Inimicitias
L‘Offertoire de la messe de l’Assomption est une pièce nouvelle composée en 1950, dont le texte est tiré du livre de la Genèse. On se rappelle que l’Introït était tiré de l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible, et nous voici maintenant ramenés au premier livre, au tout début de la Sainte Écriture. Il y a pourtant un rapport certain entre les deux textes. Le chapitre 12 de l’Apocalypse nous montrait le combat et la victoire d’une femme sur le dragon infernal. Elle vengeait ainsi une autre femme, Ève, celle de la Genèse, qui avait succombé aux ruses du serpent. Et Dieu lui-même s’adressant au serpent avait annoncé cette revanche. Ce sont les paroles que nous chantons aujourd’hui.
Inimicitias ponam inter te et mulierem, et semem tuum et semen illius.
Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance.
La descendance de la femme c’est évidemment le Christ qui vaincra Satan et ses suppôts, mais c’est le Christ par Marie. C’est elle la fille d’Ève qui écrase la tête du serpent, ce qui lui vaut d’entrer aujourd’hui dans la gloire. La mélodie, qui reprend des formules d’autres Offertoires, notamment celui du onzième dimanche après la Pentecôte, fait de ce texte une affirmation solennelle et pleine de fermeté ; c’est vraiment Dieu qui parle.
► Communion : Beatam me dicent
Le texte de l’Antienne de Communion de la messe de l’Assomption est tiré du Magnificat:
Beatam me dicent omnes generationes, quia fecit mihi magna qui potens est.
Toutes les générations me diront bienheureuse, car le Tout Puissant a fait pour moi des merveilles.
C‘est la Sainte Vierge qui parle, et, avec son humilité admirable, elle renvoie à Dieu toute la gloire qu’elle a méritée pour les merveilles qu’elle a accomplies, gloire dont elle jouit aujourd’hui dans le ciel. C’est cette humilité que traduit parfaitement la mélodie de cette petite antienne toute simple, légère et joyeuse.
Conseil constitutionnel : l’échec de notre politique de santé érigé en nouvelle liberté
Communiqué du Syndicat de la famille :
Le Conseil constitutionnel a validé ce vendredi la loi relative au droit à l’aide à mourir, assortie de trois réserves d’interprétation.
Une décision politique pour un Conseil constitutionnel politique. Plusieurs membres ayant participé à la décision s’étaient auparavant publiquement prononcés en faveur d’une évolution de la législation sur la fin de vie. Malgré les demandes de récusation, ils ont siégé. Le choix de rendre une décision aussi lourde un 14 août, à la veille d’un week-end férié, alors que le Conseil pouvait statuer plus tôt, n’est pas anodin.
Après près de dix ans au pouvoir, Emmanuel Macron laisse une France où l’accès aux soins est profondément inégal. Déserts médicaux, hôpital en crise, soins palliatifs encore inaccessibles à de nombreux Français : faute d’avoir garanti le droit d’être soigné et accompagné, le pouvoir érige désormais le droit de mourir en nouvelle liberté.
C’est le « en même temps » appliqué à la fin de vie : proclamer un nouveau choix alors que l’autre n’est toujours pas garanti.
Les réserves du Conseil protègent certaines libertés, notamment celles des établissements privés et des pharmaciens. Mais le respect de la vie ne peut être à la carte, pas plus que la liberté du patient ne peut dépendre de son code postal.
« Au terme de deux quinquennats, Emmanuel Macron présente comme une conquête ce qui révèle l’échec de sa politique de santé. La priorité devait être de garantir à chaque Français la possibilité d’être soigné et accompagné jusqu’au bout. Il n’y a pas de liberté réelle sans alternative accessible. Donner la mort ne sera jamais un soin. Notre mobilisation continue », déclare Ludovine de La Rochère, présidente du Syndicat de la Famille.
La Fondation Jérôme Lejeune conteste qu’une loi mortifère soit considérée conforme à la Constitution
Communiqué de la Fondation Jérôme Lejeune :
La Fondation Jérôme Lejeune est indignée par la décision du Conseil constitutionnel sur la loi relative à l’aide à mourir. Si les sages ont exprimé trois réserves d’interprétation censées orienter l’application de la loi, cette décision est scandaleusement minimaliste : aucune des dispositions de la loi n’est censurée et aucune protection n’est accordée aux personnes porteuses de déficience intellectuelle qui restent ciblées par cette loi.
La Fondation Jérôme Lejeune rappelle que ce texte de loi est intrinsèquement injuste et illégitime. Créer un droit « à l’aide à mourir » et l’intégrer dans le champ du soin est aussi aberrant humainement et médicalement qu’incohérent juridiquement.
La seule décision fondée que les sages auraient dû prendre était l’inconstitutionnalité totale de la loi. Émettre de timides réserves d’interprétation sur des dispositions qui violent les principes fondamentaux est loin d’être un motif de satisfaction. En l’espèce, cette décision n’enlève rien au caractère grave et irréversible de l’acte létal, de l’atteinte portée au principe de sauvegarde de la dignité humaine et de protection des personnes vulnérables.
Le pape Léon XIV l’a fermement rappelé lors de son allocution à la Fondation Lejeune le 21 juin dernier : « jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ». L’espoir est grand qu’il s’en fasse l’écho puissant lors de sa venue en France.
L’ONU aussi avait transmis des alertes au gouvernement français sur ce texte qui constitue une « violation du devoir de respecter, protéger et garantir le droit à la vie des personnes handicapées ». Elles n’ont pas été prises en compte, la Fondation le déplore fortement.
Par ailleurs, la Fondation Lejeune est scandalisée par le fait que les quatre membres du Conseil constitutionnel qui se sont exprimés publiquement en faveur de la légalisation de l’euthanasie n’aient pas eu la décence de s’abstenir de siéger. En plus d’être minimaliste, cette décision est biaisée et partiale, à l’image du débat sur la légalisation de l’euthanasie.
Pour Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune “La Fondation Jérôme Lejeune ne se résignera jamais. Le combat est loin d’être fini, la mobilisation continue. Il le faut pour tous ceux qui risquent de subir la pression de cette loi – les malades et les soignants et tous ceux qui n’en mesurent pas encore la portée mais qui la subiront un jour”.
La Fondation sera notamment vigilante lors de l’étape des décrets d’application et maintiendra son exigence à l’égard du respect des personnes porteuses de déficience intellectuelle exposées par cette loi.”
Pour rappel, la Fondation Lejeune, impliquée dans le débat législatif depuis le début, avait déposé une contribution extérieure le 20 juillet. Elle a également alerté à plusieurs reprises l’ONU sur l’incompatibilité de ce texte avec les engagements internationaux de la France concernant la protection des personnes handicapées.
Fin de vie : qu’a dit le Conseil constitutionnel ?
Réaction de Grégor Puppinck : https://www.youtube.com/live/-C-AzeUhsVk?is=hLh6XgqovWkDuFCt
Le conseil constitutionnel censure l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs
Extrait du communiqué du Conseil :
Le Conseil constitutionnel censure l’article 1er de la loi qui prévoyait d’interdire l’accès des mineurs de moins de 15 ans aux services de réseaux sociaux en ligne.
Tout en relevant que l’exigence constitutionnelle de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant et l’objectif de valeur constitutionnelle de prévention des atteintes à l’ordre public sont de nature à justifier une limitation de la liberté d’accès de mineurs à ces services, le Conseil juge que les dispositions contestées, d’une part, portent une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et de communication et, d’autre part, n’ont pas prévu les garanties légales propres à assurer le droit au respect de la vie privée.
Le conseil constitutionnel valide la loi sur l’euthanasie avec quelques réserves
Extrait du communiqué du Conseil :
Le Conseil constitutionnel déclare conforme à la Constitution l’ensemble des dispositions déférées de la loi relative au droit à l’aide à mourir, en formulant trois réserves d’interprétation :
- la première précise une garantie s’agissant de la décision prise sur demande d’un majeur protégé,
- la deuxième étend aux pharmaciens la clause de conscience individuelle dont bénéficiaient les médecins et infirmiers,
- la dernière prévoit que le responsable d’un établissement privé pourra, dans certaines conditions et limites, refuser que la procédure d’aide à mourir se déroule dans ses locaux. Un tel refus ne peut être opposé « que lorsque d’autres établissements sont en mesure de répondre aux besoins locaux », formulation identique à celle figurant à l’article L. 2212-8 du code de la santé publique en matière d’interruption volontaire de grossesse.
La Vie Chrétienne Victorieuse – Jésus-Christ : Lumière éclatante du monde aujourd’hui
Il est des images si puissantes qu’elles résument à elles seules une conception de la vie. L’une nous vient des mythes antiques : Atlas, ce géant condamné à porter sur ses épaules la voûte du ciel, les muscles tendus, le visage déformé par l’effort. L’autre nous est offerte par l’Évangile : Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui maintient toutes choses par Sa Parole et qui, sur la croix, a porté nos péchés par amour.
Entre ces deux figures, ce n’est pas seulement une différence de récit, mais une opposition radicale entre
deux façons de comprendre le monde et la place de l’homme en son sein. L’une parle de contrainte, de
souffrance, de fatalité. L’autre révèle un univers porté par l’amour, une création aimée, un Dieu qui se fait
proche pour nous sauver.
Atlas, ou le poids sans espérance
Atlas, dans la mythologie grecque, fit partie de ces Titans qui osèrent défier les dieux de l’Olympe. Leur
révolte fut vaincue, et Zeus leur infligea des châtiments exemplaires. Atlas reçut pour peine de porter le ciel sur ses épaules pour l’éternité. Les sculptures antiques le représentent courbé, les genoux fléchis, le visage contracté par un effort surhumain. Porter le monde, pour lui, c’est être écrasé par lui. Le cosmos n’est pas un lieu de vie ou de sens, mais une charge insupportable, une malédiction sans fin.
Cette image exprime une intuition profonde : l’homme se sent souvent accablé par le poids de l’existence. Les responsabilités, les épreuves, les échecs, la maladie, la mort – tout semble concourir à nous courber. Et parfois, nous nous identifions à ce Titan. Nous nous disons que c’est à nous de tout porter, que personne ne le fera à notre place. Alors nous serrons les dents, nous tendons nos forces, nous nous courbons sous le poids de nos obligations. Mais cette vision est tragique, car elle ne laisse aucune place à l’espérance. Atlas porte le ciel parce qu’il a été condamné. Il n’y a ni rédemption, ni libération possible.
Pire encore : ce mythe peut nous faire croire que nous sommes faits pour porter le monde par nous-mêmes.
Mais cette illusion d’autosuffisance est un piège. Car tôt ou tard, nos épaules fléchissent. Et quand elles
cèdent, c’est souvent la chute.
La Bible nous révèle une vision radicalement différente de Dieu et de Son rapport à la création. Elle ne nous présente pas un dieu écrasé sous le poids de l’univers, comme un Atlas condamné à porter éternellement le fardeau du monde. Elle nous révèle le Dieu vivant, Celui qui soutient toutes choses par la puissance de Sa Parole. Jésus-Christ n’est pas Celui qui ploie sous le poids de la création : Il est le Verbe éternel par qui tout a été créé, et en qui tout subsiste.
Dans cette lumière, le monde n’est donc pas un fardeau imposé à Dieu, mais l’expression libre et généreuse de Son amour. Dieu crée non par nécessité, mais par pure souveraineté d’amour. Il donne l’existence sans rien perdre de sa plénitude, et Il soutient chaque créature sans jamais être diminué par ce qu’Il lui donne.
Ainsi, Dieu ne se révèle pas d’abord comme un Souverain austère et distant, mais comme le Père qui appelle chaque être à l’existence et qui, dans une sollicitude infinie, veille sur toute Son œuvre. Et cette liberté souveraine de l’amour trouve son accomplissement en Jésus-Christ : en Lui, le Créateur se fait proche de sa créature, non parce qu’Il y serait contraint, mais parce que l’amour, dans sa liberté absolue, choisit de se donner.
Contrairement à Atlas, Christ ne subit pas le monde : Il le porte avec une liberté souveraine. Là où le Titan
est broyé, le Fils règne. Là où le mythe raconte une contrainte imposée, l’Évangile révèle un don d’amour.
Dieu n’a jamais été contraint de créer. Il a voulu donner l’être, et Il maintient à chaque instant l’existence de tout ce qui est. Sans Lui, rien ne tiendrait debout. Avec Lui, tout demeure.
Mais ce Dieu qui porte le monde n’est pas un Dieu lointain. En Jésus-Christ, le Verbe est entré dans notre histoire. Il a connu la faim, la fatigue, la douleur, la croix. Il n’a pas porté le ciel comme un poids extérieur :
Il a porté le péché du monde comme un acte d’amour. Sur la croix, Il a accompli jusqu’au bout Sa mission,
non par contrainte, mais par amour libre. Ainsi, le poids du monde n’est plus une malédiction, mais une
occasion de rencontre avec Celui qui nous aime.
Le vrai fardeau : le péché
Mais qu’est-ce que ce « fardeau » dont l’Évangile nous parle ? Si Atlas plie sous une masse matérielle et cosmologique, le fardeau humain est d’une tout autre nature : c’est le poids invisible, mais écrasant, du péché.
Le péché n’est pas une simple infraction morale ; c’est une rupture fondamentale, une dette spirituelle que nous accumulons et que nos propres forces ne peuvent éteindre. Il se manifeste par la culpabilité qui ronge la conscience, la honte qui isole et la rupture avec la source même de la vie. Vouloir porter soi-même le poids de ses fautes, de ses échecs et de sa finitude, c’est s’accorder la sentence d’Atlas : un châtiment éternel sous une charge que nous sommes incapables de soulever.
C’est précisément ici que resplendit la miséricorde du Seigneur. Contrairement à Zeus qui condamne, Jésus
S’abaisse. La miséricorde divine ne consiste pas à annuler le péché d’un simple revers de main en ignorant la justice, mais à en assumer le coût à notre place. Sur la croix, Christ prend sur Ses épaules la totalité de ce fardeau spirituel. Il n’est pas broyé par la fatalité, mais S’offre par un amour souverain. Le bois de la croix devient le lieu d’un échange inouï : Il prend notre condamnation et nous offre Sa justice ; Il porte notre honte et nous donne Sa paix.
La miséricorde de Christ ne nous soulage pas seulement de la culpabilité passée ; elle restaure notre relation avec le Père. Là où le fardeau du péché nous courbait vers la terre dans l’autosuffisance ou le désespoir, la grâce de Christ nous redresse. Le pardon n’est pas un vain mot : c’est l’acte par lequel le Seigneur brise les chaînes de la condamnation pour transformer notre fardeau en un « joug doux et léger », porté avec Lui.
Une invitation sans condition
La différence entre Atlas et Christ a des conséquences concrètes pour notre vie. Atlas nous dit : « Tu dois tout porter toi-même. » Jésus, Lui, nous dit :
« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos » (Matthieu 11:28).
Un point important : Jésus n’attend pas que nous soyons prêts pour nous inviter. Il ne dit pas « venez quand vous irez mieux ». Il dit « venez » à ceux qui sont fatigués, maintenant, tels qu’ils sont. Cela change tout.
Dans beaucoup de logiques religieuses, il faut d’abord mériter le repos : se corriger, faire des efforts, devenir
meilleur. Ici, c’est l’inverse. Le repos vient en premier. Il n’est pas une récompense pour ceux qui ont réussi à se réformer seuls. C’est cela, la grâce : un don qui ne dépend pas de ce que nous avons déjà accompli.
Il faut aussi préciser une chose : ce repos n’enlève pas toute charge. Juste après, Jésus parle d’un « joug » qu’il faut prendre. Il n’annule donc pas le fardeau. Mais il le transforme. Il y a une différence entre porter
seul, dans l’épuisement, et porter avec quelqu’un d’autre. On retrouve ici l’opposition du début entre Atlas et Christ. Atlas doit tenir sans jamais s’arrêter. Christ, Lui, propose d’échanger le fardeau – pas de le supprimer, mais de ne plus le porter seul. Le chrétien n’est pas appelé à remplacer Atlas.
Notre vocation n’est pas de porter le monde sur nos épaules, mais de nous appuyer sur Celui qui porte tout. Toute la foi chrétienne est contenue dans ce « moi ». Jésus ne se présente pas comme Celui qui montre le chemin : Il se présente Lui-même comme le chemin. Il ne promet pas seulement un repos qu’il faudrait chercher ailleurs : Il est Celui qui donne le repos. Jésus ne réserve pas Son invitation aux forts, aux âmes parfaites. Il appelle ceux qui sont fatigués, ceux qui portent un poids, leurs échecs et parfois même leur propre impuissance.
Cela ne signifie pas que nous n’avons plus rien à porter. Mais cela change la manière dont nous portons ces fardeaux. Sans le Seigneur, nous sommes comme Atlas : nous portons nos charges seuls, et elles nous écrasent. Avec Lui, nous portons nos charges en Lui, et Il nous soutient. Cette confiance change tout : elle nous libère de l’illusion de l’autosuffisance, et elle nous permet de lâcher prise, de reconnaître nos limites.
Atlas est condamné à porter le ciel pour l’éternité, sans espoir de libération. Jésus a porté nos péchés une fois pour toutes sur la croix, et Il nous offre la vie éternelle. Ainsi, là où le mythe grec ne propose qu’un destin tragique, l’Évangile nous ouvre une espérance infinie.
La Bible n’est pas un livre de philosophies abstraites. C’est l’histoire d’une révélation, d’une lumière qui
grandit peu à peu pour devenir un visage : celui du Seigneur Jésus-Christ. Ce qui était annoncé en figures devient réalité. Jésus accomplit les Écritures. Il est la Parole faite chair. Il révèle le Père. Sa résurrection scelle Son identité : Il est bien le Fils de Dieu, le Sauveur du monde. L’Apocalypse achève cette révélation en nous montrant Christ glorifié, « l’Alpha et l’Oméga », Celui qui était, qui est et qui vient.
Le choix qui nous appartient
Entre Atlas et le Seigneur Jésus, il y a donc deux visions du monde, deux destins pour l’homme. Atlas nous parle d’un univers froid et indifférent, où l’homme est condamné à porter seul le poids de son existence. Dieu nous révèle un univers porté par l’amour, où le Seigneur Lui-même se fait proche pour nous relever. Le choix nous appartient. Continuerons-nous à vivre comme des Atlas modernes, courbés sous le poids de nos fardeaux, persuadés que tout dépend de nous ? Ou choisirons-nous de nous tourner vers le Seigneur, de Lui confier nos charges, de nous appuyer sur Celui qui porte tout ?La foi chrétienne ne nous promet pas une vie sans épreuves. Mais elle nous offre une certitude inébranlable : nous ne sommes pas seuls. Le Dieu qui a créé l’univers, qui a porté nos péchés sur la croix, porte aussi nos vies aujourd’hui. Là où Atlas est écrasé, le chrétien est relevé. Là où le mythe grec ne propose qu’un destin tragique, l’Évangile ouvre une espérance qui ne déçoit pas.
Que notre prière soit donc celle de David qui exprime sa confiance totale :
« En Toi, Éternel, je me repose ; mon Dieu, je me confie en Toi pour toujours. »
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Le mariage chrétien : un succès ! Quatrième édition pour ces allocutions de Pie XII. Un livre pour la saison !
Voilà un beau succès de librairie qui réjouit les cœurs ! Le mariage est donc d’actualité et mieux encore, il se veut réfléchi, profond et tourné résolument vers l’avenir, avec l’aide de Dieu ! C’est donc une quatrième édition pour ce classique : le mariage chrétien de Pie XII.
Au cours de ses audiences publiques, le pape Pie XII avait l’habitude de s’adresser aux nouveaux mariés, venus à Rome pour leur voyage de noces. Le Souverain Pontife parlait aux jeunes époux du rôle respectif de l’homme et de la femme, de leur harmonieuse collaboration, de l’amour qui les lie, des grâces sacramentelles auxquelles ils ont droit, des épreuves qu’ils pourront rencontrer, mais surtout des joies qui leur seront données, de la bénédiction des enfants et de l’éducation qui en est le corollaire. De nombreux thèmes sont abordés dans ce livre : la prière en famille, la chasteté conjugale, la mode, le mari et la femme, l’éducation, la collaboration des époux, les lois divines de la procréation, la famille nombreuse… Le Pasteur angélique possédait, à un degré étonnant, le don de renouveler un sujet, de varier son discours ou d’aborder un même thème sous des aspects différents. Chacune de ses allocutions est ainsi profondément originale et ouvre au lecteur des perspectives inédites.
De ces textes riches de doctrine, de fine psychologie, de conseils avertis, Pie XII n’a pas voulu faire un exposé technique. Ces pages s’adressent aussi aux jeunes du XXI° siècle ! Les vérités demeurent. Les principes s’appliquent aujourd’hui avec la même force et doivent guider notre jeunesse, l’armer contre les écueils, en faire des forteresses, fières, aimantes, et missionnaires. Ces écrits de Pie XII révèlent une âme vivante et sensible, celle d’un père qui communique à ses enfants son espérance surnaturelle en la valeur inestimable du mariage chrétien.
Voilà un petit paquet à rajouter à la pile des cadeaux de mariage !
Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/hommefemme-mariage/17363-le-mariage-chretien.html?ref=043193205
Le Mariage chrétien, Pie XII, Editions Clovis, 176 pages, 17€.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Encore des mesures fiscales contre les familles ?
À la demande du Premier ministre, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) ont publié un rapport proposant de revoir les dépenses relatives aux politiques familiales.
L’IGF et l’IGAS avancent une dizaine de mesures pour économiser 4,2 milliards d’euros sur le dos des familles. Parmi les idées avancées, on trouve notamment : les droits familiaux de retraite et la majoration de pension de 10 % dont peuvent bénéficier les personnes ayant eu trois enfants ou plus. Les inspections proposent de la remplacer par une forfaitisation à hauteur de 125 euros par mois.
Concernant les allocations familiales, les inspections proposent d’abaisser de 20 % les plafonds de ressources à partir desquels leur montant diminue. La mesure affecterait 591 000 ménages.
L’IGF et l’IGAS souhaitent aussi revoir les aides personnalisées au logement versées aux étudiants
rattachés au foyer fiscal de leurs parents, « en prenant en compte les ressources parentales ». Cela conduirait à diminuer les aides perçues par 310 000 foyers, et 200 000 d’entre eux en perdraient même le bénéfice. Economies espérées : 550 millions d’euros.
Sur le volet fiscal, les inspections recommandent de supprimer la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans le secondaire ou le supérieur : 450 millions d’euros d’économies.
A la rencontre des bénévoles de l’Accueil Louis et Zélie d’Ajaccio
De Guillaume d’Alançon :
L’Accueil Louis et Zélie est implanté à Ajaccio depuis la rentrée 2025. Aussi ai-je décidé d’y faire un petit saut pour prendre la température de la Corse.
En ce mois de juillet, il faisait très chaud, assurément. Quelle joie de retrouver Margot et Laurent ! Toujours disponibles et généreux, sur cette île de Beauté qui n’en comporte pas moins des misères humaines. Leur accueil a été merveilleux, qu’ils en soient encore remerciés. Nous avons pu parler longuement de tant de sujets que nous avons en commun. Cette joie de l’amitié dans le Christ est un merveilleux trésor.
J’ai pu aussi rencontrer l’évêque, le Cardinal Bustillo et son vicaire général, l’abbé Constant. Son Eminence m’a confirmé son désir d’ouvrir un deuxième accueil à Bastia, préfecture de Haute-Corse et dont la cathédrale est absolument magnifique.
Les connaisseurs disent que c’est le plus beau port de toute la Méditerranée. Puisse cette ville être toujours un abri sûr pour ceux qui peinent. Mais je ne voudrais pas terminer ce bref compte-rendu sans partager avec vous un petit fioretti.
Me trouvant à l’Île-Rousse, bourgade du nord de la Corse, et, venant de perdre mon portefeuille, je remuais ciel et terre pour le retrouver.
Le soir, reparti dans la direction de la montagne pour rejoindre mon hébergement, le téléphone se met à sonner. Numéro inconnu… je décroche quand même. Un homme avec un accent prononcé m’indique qu’il est en possession de mes papiers.
C’est un Corse bien évidemment.
Heureusement, quelques cartes de visite épaississaient le soufflet de mon porte-monnaie.
Nous convenons d’un rendez-vous. Quelques instants plus tard, tandis que j’attends tranquillement dans ma voiture, je vois arriver un homme jeune accompagné d’une femme. Celle-ci porte une jolie croix dorée autour de son cou. Comme saint Thomas qui peine à croire, j’attends de toucher le cuir pour être bien certain que tout cela est réel.
Ceux qui ont perdu leurs papiers savent à quel point il est pénible de faire opposition sur sa carte bancaire, de déclarer la perte ou le vol des différentes cartes d’identité…
Un portefeuille c’est aussi un coffre-fort : on conserve toujours des informations sur un post-it, une photo de ses enfants ou encore un numéro de téléphone écrit à la hâte.
Ce modeste maroquin comportait aussi un autre joyau, une relique de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui m’avait été offerte par un donateur de notre association. Aussi étais-je un peu tendu …
Les commerçants m’avaient dit:
“N’ayez pas peur, vous le retrouverez”. Je n’y croyais pas beaucoup.
En conversant avec ceux qui me ramenaient l’objet perdu, je découvrais des personnes magnifiques. Leur simplicité et leur ouverture de cœur ont touché le mien. Je leur racontais brièvement l’histoire de Louis et Zélie, puis celle de la petite Thérèse. Avant de nous séparer, dans un mouvement très faiblement prémédité, je leur donnais la relique de la sainte de Lisieux. C’était un bout de ses vêtements.
L’image évangélique de la femme qui touche la frange du manteau de Notre-Seigneur me semble la plus appropriée pour décrire la réaction qu’ils ont eue. Secrètement je remerciais Dieu. Je leur dis ensuite quelques mots sur l’accueil Louis et Zélie. Au moment de partir, mon nouvel ami corse me dit en montrant la relique “nous en prendrons grand soin”.
Il avait tout compris.
Puissions-nous prendre grand soin, les uns des autres.
Bonnes vacances à tous.
Guillaume
André Bergevin, vingt ans après : la révolution permissive avait-elle une fin ?
Lorsqu’il publie Révolution permissive et sexualité en 2003, André Bergevin décrit un mouvement davantage qu’un état des mœurs : la tolérance invoquée pour lever l’interdit prépare la normalisation de ce qui le transgressait. Il écrit pourtant avant l’iPhone, Pornhub, Tinder, Instagram, TikTok et OnlyFans. Vingt-deux ans plus tard, la révolution numérique permet de mesurer la profondeur de son intuition : la libération du désir n’a pas seulement changé les conduites ; elle a rendu possible une immense industrie de sa stimulation, de sa comparaison et de sa marchandisation.
Un livre venu d’un autre monde
Il suffit parfois de quelques dates pour faire apparaître la distance historique. Révolution permissive et sexualité. De la tolérance comme argument à la transgression comme processus paraît le 20 novembre 2003 aux Éditions François-Xavier de Guibert. Le volume compte 401 pages et s’inscrit dans la collection « Combats pour la liberté de l’esprit ». Internet existe, naturellement, et la quatrième de couverture évoque déjà la « déferlante de la pornographie ». Mais, au troisième trimestre 2003, 27 % seulement des foyers français sont connectés et 8 % disposent du haut débit. L’ordinateur familial est encore un meuble ; la connexion, une activité ; l’accès aux images, une démarche.
Tout ce qui transformera ensuite l’image sexuelle en environnement permanent reste à venir. L’iPhone et Pornhub apparaîtront en 2007, Instagram en 2010, Tinder en 2012, OnlyFans en 2016, TikTok sous sa forme internationale en 2017. Bergevin écrit avant l’écran personnel constamment présent dans la poche, avant le défilement infini des profils, avant la recommandation algorithmique, avant que l’intimité puisse être photographiée, transmise, copiée et vendue en quelques secondes. La pornographie était déjà abondante ; elle n’était pas encore devenue une infrastructure quotidienne du désir.
L’époque n’a évidemment rien d’un âge innocent. La loi Neuwirth a autorisé la contraception en 1967, la loi Veil et le divorce par consentement mutuel datent de 1975, le Pacs de 1999. Mai 68 est passé de l’insurrection au slogan publicitaire ; la pornographie a ses cinémas, ses magazines, ses cassettes, son Minitel et ses chaînes payantes. Les années sida ont rappelé que le plaisir pouvait rencontrer la souffrance et la mort. Mais nous sommes encore dix ans avant le mariage entre personnes de même sexe et quatorze ans avant #MeToo. Le livre paraît ainsi dans un moment singulier : assez tard pour dresser le bilan de la révolution sexuelle, assez tôt pour ne pas connaître sa démultiplication numérique.
Qui est André Bergevin ? Il s’agit du pseudonyme de Jean-Michel Olivereau, docteur en neurosciences, ancien professeur de l’Université Paris-V et professeur honoraire de l’Université Paris-Descartes.
Le livre a connu une diffusion modeste et principalement catholique. On ne trouve guère de réception universitaire substantielle. Son hypothèse directrice n’en mérite que davantage d’être examinée, car elle est formulée avec une netteté remarquable dès le paratexte : « Les normes d’aujourd’hui sont les transgressions d’hier. » L’auteur entend analyser la permissivité sexuelle, « l’aliénation de la liberté » qu’elle induit et les mécanismes idéologiques et psychobiologiques qui la soutiennent.
La tolérance comme argument, la transgression comme processus
Le sous-titre du livre contient presque toute sa force. Bergevin ne met pas simplement en concurrence la sévérité et la tolérance. Il distingue un argument d’un processus. La tolérance est d’abord l’argument par lequel une pratique réprouvée demande à n’être ni empêchée ni condamnée publiquement. La transgression est le processus par lequel le déplacement d’une limite prépare celui de la suivante.
La demande initiale paraît modeste : il ne serait pas demandé d’approuver, seulement de laisser faire. Cette revendication peut être juste lorsque l’ancienne norme confond abusivement morale, droit pénal et persécution des personnes. L’ordre sexuel antérieur n’était pas sans hypocrisie : il pouvait appliquer aux femmes une police de la réputation dont les hommes s’exemptaient, tolérer secrètement ce qu’il condamnait publiquement, laisser certaines violences conjugales sans nom et faire peser sur les femmes l’essentiel des conséquences d’une grossesse non désirée. Une réflexion catholique crédible n’a rien à gagner à transformer ce passé en paradis perdu.
Mais la tolérance demeure une position instable. Au sens classique, tolérer signifie s’abstenir d’interdire ce que l’on continue de juger imparfait. Or une société qui fait de l’autonomie individuelle sa valeur souveraine peine à maintenir cette distinction. Si une pratique licite ne produit aucun dommage immédiatement assignable, pourquoi resterait-elle moralement inférieure ? La tolérance tend ainsi vers la neutralité, la neutralité vers l’acceptation, l’acceptation vers la normalisation. Ce qui a été normalisé peut enfin être valorisé comme signe d’ouverture, de courage ou d’authenticité, tandis que l’ancienne réserve apparaît répressive ou pathologique.
Cette séquence détaillée — tolérance, neutralité, acceptation, normalisation, valorisation, puis suspicion portée sur l’ancienne norme — constitue notre explicitation de la dynamique de Bergevin. Un texte postérieur confirme que l’auteur pensait bien en termes de mouvement cumulatif. Dans « Pornographie : quels enjeux pour la liberté ? », publié en 2018 dans Liberté politique, Olivereau de son vrai nom affirme que « la dérive se passe toujours dans le même sens » et que « les valeurs finissent toujours par s’aligner sur les comportements ». Quinze années séparent cet essai du livre ; elles n’empêchent pas d’y reconnaître une remarquable continuité.
L’intuition la plus profonde est que la révolution permissive ne peut aisément se stabiliser si elle valorise la transgression elle-même. Une société peut évidemment modifier une règle et en établir une autre. Mais si l’affranchissement de l’interdit devient en soi la preuve de la liberté, toute frontière nouvelle héritera du soupçon qui a emporté la précédente. Une transgression victorieuse perd d’ailleurs une part de son prestige dès qu’elle devient commune : l’avant-garde doit chercher un nouveau scandale sous peine de devenir l’académie qu’elle moquait.
Voilà ce que le mot « permissif » risque de dissimuler. Il ne désigne pas seulement une société dans laquelle davantage de comportements sont autorisés. Il désigne une culture qui ne sait plus très bien justifier une limite autrement que par le dommage direct et mesurable. Or la sexualité engage des biens que le seul contrat entre deux volontés ne suffit pas à épuiser : l’attachement, la vulnérabilité, la mémoire du corps, la différence des temporalités affectives, la possibilité de la conception, la filiation et la formation progressive des habitudes.
Le sociologue Michel Bozon, qui n’appartient nullement à l’univers intellectuel de Bergevin, décrivait précisément en 2002 le passage de contrôles extérieurs à des disciplines intérieures. Les transformations de la sexualité moderne devaient selon lui être « moins considérées comme une émancipation que comme une individualisation » : l’individu doit désormais produire sa propre norme, tout en restant soumis au jugement social. La convergence est éclairante. L’interdit ancien ne disparaît pas sans laisser de successeur ; il cède souvent la place à l’obligation de réussir sa liberté.
Lorsque « vous pouvez » devient « vous devez »
Une révolution commencée sous le signe de la permission peut donc engendrer ses propres conformismes. Vous pouvez dissocier sexualité, engagement et procréation ; vous pouvez expérimenter, rompre et recommencer. Mais lorsque ces possibilités deviennent des signes de maturité et d’autonomie, le « vous pouvez » tend insensiblement vers le « vous devez ». Il faut avoir de l’expérience sans paraître blessé par elle, être désirable sans sembler dépendant du regard d’autrui, se montrer disponible sans demander trop tôt la durée, accueillir la rupture sans manifester une jalousie jugée archaïque. Celui qui préfère l’abstinence, l’exclusivité ou l’engagement précoce n’est plus simplement libre de son choix : il doit parfois l’expliquer.
Les recherches contemporaines saisissent cette pression. À partir de l’enquête Envie sur les 18-29 ans, Marie Bergström observe que, dans certains milieux, la sexualité non conjugale peut devenir pour les jeunes femmes un moyen attendu de montrer qu’elles ont « profité de leur jeunesse ». Le verbe est révélateur. Il peut exprimer une liberté réellement choisie ; il peut aussi désigner un devoir biographique, comme s’il fallait accumuler les preuves d’émancipation avant d’avoir le droit de se « poser ».
Les contraintes nouvelles ne sont pas identiques pour les deux sexes. Pour beaucoup d’hommes, la pornographie propose un apprentissage du désir sans altérité réelle. L’attente, la parole, la maladresse, le refus et les conséquences disparaissent au profit de corps immédiatement disponibles et de pratiques dont la succession entretient l’excitation. Tous les usagers ne reproduisent évidemment pas ce qu’ils regardent, mais aucune culture n’expose massivement une génération à des scénarios sans contribuer à son imaginaire.
Pour les femmes, l’injonction est plus contradictoire encore : devenir pleinement sujet de son désir tout en demeurant un objet désirable sur un marché visuel incessant. La présentation de soi, les « likes », les messages et les classements implicites transforment facilement la désirabilité en mesure de la valeur personnelle. Une revue systématique publiée en 2025 conclut que les usages visuels des réseaux sociaux centrés sur l’apparence sont associés à davantage d’auto-objectivation, de surveillance du corps et de préoccupations liées à l’image.
Eva Illouz a montré comment l’élargissement du choix et les marchés de la rencontre rendent les relations plus réversibles, plus comparables et plus incertaines. Avec Dana Kaplan, elle analyse dans Le Capital sexuel la désirabilité, l’expérience et la présentation de soi comme des ressources susceptibles d’être converties en avantages sociaux. La libération n’a donc pas supprimé les asymétries entre hommes et femmes ; elle les a en partie déplacées. Elle propose aux hommes l’illusion de l’abondance et aux femmes une souveraineté de l’image, tout en exposant les uns et les autres à l’inquiétude de n’être ni assez désirables ni durablement choisis.
Le diagnostic de Bergevin prend ici une profondeur anthropologique. La permissivité ne modifie pas seulement la liste des actes autorisés. Elle apprend au sujet à se comprendre lui-même : son corps devient une ressource, le corps d’autrui une expérience possible, la relation un contrat révocable, le désir une preuve d’authenticité, la frustration une anomalie et l’engagement un coût d’opportunité. Le véritable triomphe de la révolution sexuelle n’est peut-être pas d’avoir multiplié les pratiques, mais d’avoir habitué l’homme à se penser comme consommateur de jouissance avant de se penser comme personne capable de communion.
L’expérience grandeur nature du numérique
Vingt années supplémentaires permettent désormais de confronter l’hypothèse de Bergevin aux faits. La première mutation est celle de la pornographie gratuite, instantanée et presque illimitée. Selon l’Arcom, 2,3 millions de mineurs fréquentaient chaque mois des sites pornographiques en 2023 ; dès 12 ans, plus de la moitié des garçons s’y rendaient en moyenne mensuellement. En 2024, près de 40 % des 12-17 ans consultaient un site adulte au cours d’un mois donné. Ces chiffres ne disent pas que tous regardent les mêmes contenus ni qu’ils en subissent les mêmes effets. Ils établissent néanmoins qu’une part immense de la jeunesse reçoit désormais ses premières représentations sexuelles d’industries qui ne cherchent ni son éducation affective ni son bien.
La prudence scientifique oblige à ne pas transformer cette exposition en causalité universelle. Une revue de quarante-quatre études longitudinales publiée en 2025 relève des associations avec certaines attitudes permissives, la disposition aux relations occasionnelles ou des conduites à risque, mais aussi des résultats hétérogènes et parfois contradictoires. La pornographie n’explique jamais seule une trajectoire. Elle agit parmi la famille, les pairs, le tempérament, les autres médias et l’histoire affective. Cette nuance ne diminue pourtant pas l’enjeu : même lorsqu’un scénario ne détermine pas mécaniquement les conduites, il fournit des images, des comparaisons, un vocabulaire et un horizon de possibilité.
La seconde mutation est celle de la rencontre numérisée. L’enquête nationale CSF-2023, menée auprès de 31 518 personnes, révèle que 63,9 % des femmes et 72,8 % des hommes de moins de 30 ans ont déjà connu une expérience sexuelle en ligne au sens large. Près de quatre jeunes sur dix ont rencontré en ligne un partenaire sexuel ; 36,6 % des jeunes femmes et 39,6 % des jeunes hommes ont envoyé une image intime. Lors du dernier échange de ce type, 28,7 % des femmes ayant reçu une image déclarent ne pas y avoir explicitement consenti, contre 6,3 % des hommes.
Les applications n’empêchent nullement l’amour ni la formation des couples. L’enquête Envie montre que 66 % des 18-29 ans ont connu une relation de couple dans l’année et que 76 % des jeunes couples non cohabitants souhaitent un jour vivre ensemble. Le désir d’engagement demeure donc puissant. Mais les interfaces modifient les conditions de la rencontre : les personnes deviennent des profils comparables, les alternatives restent toujours visibles, et l’existence d’un partenaire possible à un geste du pouce accompagne silencieusement la relation présente. Le choix s’élargit ; la certitude d’être choisi se fragilise.
Les statistiques françaises font apparaître un paradoxe saisissant. Entre 1992 et 2023, le nombre moyen de partenaires déclarés au cours de la vie est passé de 3,4 à 7,9 chez les femmes de 18 à 69 ans et de 11,2 à 16,4 chez les hommes. Les répertoires sexuels se sont diversifiés. Pourtant, la proportion de personnes ayant eu une activité sexuelle au cours de l’année est tombée de 86,4 % à 77,2 % chez les femmes et de 92,1 % à 81,6 % chez les hommes. La fréquence mensuelle des rapports a également diminué, y compris chez les couples cohabitants. L’hypersexualisation des représentations peut donc coexister avec une raréfaction de la rencontre charnelle : davantage d’images, de possibilités et de comparaisons, mais moins de sexualité vécue. Cette baisse ne saurait être attribuée au seul porno ou aux applications. Le logement, l’allongement des études, la précarité, la santé mentale, les rythmes de travail et l’usage général des écrans interviennent probablement.
Mais Bergevin avait vu juste sur le mouvement général : ce qui était présenté comme transgression devient norme, puis marché. OnlyFans en offre l’image presque parfaite. Créée en 2016, la plateforme associe abonnement, pourboire, conversation et contenu personnalisé. Reuters lui attribuait en 2024 plus de 300 millions d’utilisateurs, 4,1 millions de créateurs et 1,3 milliard de dollars de chiffre d’affaires ; l’entreprise prélève 20 % des revenus des créateurs. Chacun peut désormais devenir simultanément consommateur, producteur et entrepreneur de sa propre visibilité sexuelle. Le corps n’est plus seulement libéré de l’ancienne morale : il devient un actif économique.
Le désir affranchi, puis administré
Romain Roszak prolonge ici puissamment Bergevin. Dans La Séduction pornographique, il montre que la pornographie a depuis longtemps cessé d’être principalement subversive. Elle s’accorde désormais au capitalisme consumériste, qui transforme la recherche indéfinie du plaisir en marché. La transgression nourrit la nouveauté ; la nouveauté retient l’attention ; l’attention produit de la donnée et du revenu. Ce qu’une génération croyait arracher à la morale bourgeoise est devenu l’un des secteurs les plus caractéristiques de l’économie contemporaine.
René Girard permet de comprendre pourquoi cette marchandisation atteint le cœur même de la liberté. Dans Mensonge romantique et vérité romanesque, il dévoile l’illusion d’un désir qui naîtrait souverainement du sujet. Nous désirons à travers des modèles : ce que l’autre désire devient désirable. La disparition des médiations traditionnelles ne produit donc pas nécessairement un désir autonome. Elle peut livrer davantage celui-ci aux médiateurs industriels : publicité, cinéma, pornographie, influenceurs, profils populaires, tendances et recommandations algorithmiques.
Bergevin parle lui-même du mimétisme dans son essai de 2018, mais l’application systématique aux plateformes est notre prolongement. L’algorithme observe ce qui retient le regard, propose les contenus qui ont retenu celui des autres, mesure la réaction et recommence. Il n’impose pas un désir à un sujet passif ; il amplifie les modèles, accélère l’imitation et rend les médiations presque invisibles. Le sujet se croit d’autant plus spontané qu’il ignore les puissances qui organisent son champ de vision.
Le paradoxe est redoutable. La révolution sexuelle promettait de soustraire le désir aux institutions qui le contraignaient. Mais le vide n’est pas demeuré vide. Aux médiations familiales, religieuses et communautaires, souvent imparfaites mais identifiables, ont succédé des médiations anonymes dont l’objectif est de retenir l’attention et d’en tirer profit. Le sujet qui se croit le plus libre peut devenir celui dont le désir est le plus continuellement suscité, comparé, orienté et monétisé.
Bergevin ne pouvait prévoir le smartphone, le défilement des profils, la persistance du sexting, la quantification de la désirabilité ou la fusion de la pornographie avec l’économie des créateurs. Il avait pourtant compris l’essentiel : la permissivité peut aliéner la liberté lorsqu’elle transforme la satisfaction du désir en critère de l’accomplissement humain. La révolution qu’il décrivait comme culturelle et idéologique est devenue logistique. Elle possède maintenant des centres de données, des moyens de paiement, des techniques de rétention et des algorithmes de recommandation.
La réponse chrétienne : être libre pour se donner
L’anthropologie chrétienne apparaît, avec ce recul, non comme un vestige embarrassé devant le plaisir, mais comme une intelligence profondément réaliste de la personne. Elle refuse deux réductions symétriques : le corps n’est ni une matière honteuse qu’il faudrait mépriser, ni un capital dont le moi souverain disposerait sans reste. Il est la personne rendue visible, vulnérable et capable de relation. Ce que nous faisons par lui contribue à ce que nous devenons.
Dans son audience du 16 janvier 1980, saint Jean-Paul II parle de la signification « sponsale » du corps : sa capacité d’exprimer l’amour dans lequel la personne devient don. Une telle capacité exige la maîtrise de soi, non parce que le désir serait mauvais, mais parce que celui qui ne peut rien lui refuser n’est pas encore libre de donner. Le puritanisme traite volontiers le désir comme un ennemi ; le consumérisme comme un ordre. Le christianisme demande qu’il soit éduqué et intégré à la vérité de l’autre.
On comprend alors autrement l’avertissement de Humanae vitae. Paul VI redoutait que la dissociation entre l’acte sexuel et la procréation ne facilite l’infidélité et ne conduise l’homme à considérer la femme comme un instrument de jouissance. Il serait simpliste de prétendre qu’une seule technique explique toutes les évolutions ultérieures. Mais l’encyclique posait la bonne question : lorsque les conséquences naturelles de l’acte deviennent plus faciles à écarter, grandissons-nous d’autant en responsabilité, ou l’autre devient-il plus aisément disponible ? Le numérique a donné à cette interrogation une portée que Paul VI lui-même ne pouvait imaginer.
La morale sexuelle catholique cherche ainsi à maintenir ensemble ce que la modernité rend techniquement séparable : le désir, le corps, l’altérité, l’engagement, la fécondité, le temps, la fidélité et le don. Elle a parfois été mal présentée, réduite à des interdits ou trahie par ceux qui l’enseignaient. Mais son architecture demeure d’une cohérence incomparable. Elle ne demande pas seulement : « que m’est-il permis de faire ? » Elle demande : « quel être humain suis-je en train de devenir, et quelle promesse mon corps est-il capable de porter ? »
Vingt-deux ans après Révolution permissive et sexualité, l’expérience historique donne largement raison à l’intuition centrale de Bergevin. La tolérance peut devenir normalisation ; la libération peut engendrer de nouveaux conformismes ; la transgression peut devenir un produit ; le désir affranchi des anciennes normes ne devient pas pour autant autonome. Il peut passer sous l’autorité de médiateurs marchands beaucoup plus puissants parce qu’ils ne se présentent jamais comme des autorités.
La réponse chrétienne ne consiste pas à rêver d’un retour à un passé sans hypocrisie ni blessure. Elle consiste à rappeler qu’une limite n’est pas toujours une oppression, qu’un désir n’est pas toujours une vérité et que le corps n’est pas une chose dont le moi aurait simplement à disposer. La culture contemporaine définit volontiers la liberté sexuelle comme la possibilité de disposer de soi. Le christianisme en donne une définition plus haute et plus exigeante : devenir suffisamment maître de soi pour pouvoir véritablement se donner.
Et si le diagnostic de Bergevin nous trouble encore, c’est peut-être parce que la question posée en 2003 est devenue la nôtre : sous couvert de libérer nos désirs, n’avons-nous pas construit la société la plus puissante de l’histoire pour les susciter, les imiter, les mettre en concurrence et les vendre ?
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Une Presse au service du pouvoir
Suite à l’invasion de plus de soixante mille migrants dans la petite enclave espagnole de Ceuta, notre ministre de l’intérieur déclarait la semaine dernière dans la Presse de propagande :
« Tous les états membres européens, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l’Espagne. Ils ont convenu que l’espace Schengen n’était pas le problème, mais plutôt la solution. Ils ont aussi déploré que la circulation de certaines images sur la crise de Ceuta dans les réseaux sociaux révélaient des ingérences de la part de pays étrangers pour diviser l’Union Européenne. »
Malheureusement pour lui, les faits ne cessent pas de le contredire depuis le week-end dernier !
Tout a commencé avec une intervention musclée de Georgia Meloni soutenue par le Danemark, la Hongrie et d’autres pays européens. Elle a décidé de suspendre la libre circulation des personnes en provenance d’Espagne. En réponse à ces mesures de restrictions, le premier ministre espagnol a imposé à son tour des contrôles à l’entrée des ports et des aéroports pour les voyageurs en provenance d’Italie. Autant l’un que l’autre prouve par là le niveau de solidarité régnant en Europe. Contrairement aux affirmation de Laurent Nunez, l’entente à l’intérieur de l’Union Européenne est loin d’être une évidence. Mais comme d’habitude, la Presse de propagande se garde bien d’évoquer ces querelles internes et de mettre notre ministre de l’intérieur en face de ses propres contradictions. De nos jours, la Presse semble plutôt faite pour conditionner la population et non pour poser à nos dirigeants les questions qui fâchent.
Lors des récents incendies dans le Sud-Ouest de la France, les médias ont ainsi focalisé notre attention sur le manque de canadairs, négligeant de la sorte les problèmes essentiels de manque d’entretien des pares-feux ou de la monoculture du Pin dans des zones à risque dont j’ai eu l’occasion de parler dans un récent article. **
Aujourd’hui, cette même Presse nous présente l’invasion de l’enclave de Ceuta par des milliers d’individus comme un problème d’immigration. Pour son public de tendance nationaliste, elle se sert de la peur provoquée par ces hordes de jeunes gens prenant d’assaut la petite enclave espagnole, et pour son public plutôt mondialiste, elle utilise la pitié en soulignant la détresse de ces pauvres jeunes fuyant la misère. Toujours les mêmes recettes : la Presse utilise la colère, la peur ou la pitié pour manipuler les foules, et nous tenir à l’écart des vrais problèmes.
Quand on voit plus de soixante mille jeunes adultes monter simultanément à l’assaut de la petite ville de Ceuta, on suspecte un minimum d’organisation. Pire, on a le sentiment que cette multitude de migrants est utilisée comme une arme !
En mai 2021, le gouvernement marocain avait déjà utilisé cette arme. A cette époque, le Maroc se disputait la région du Sahara occidental avec les indépendantistes du Front Polisario soutenu par l’Espagne. Pour rompre ce soutien, le Maroc avait laissé entrer plus de dix mille migrants dans l’enclave de Ceuta. Face à une telle crise, l’Espagne s’était plié aux désirs du gouvernement marocain, abandonnant toutes relations officielles avec le Front Polisario.
De leur côté, les États-Unis et Israël avait reconnu dès 2020 la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental faisant ainsi du Maroc un précieux allié. Aujourd’hui, alors que le gouvernement espagnol soutient les palestiniens de Gaza, alors que le gouvernement espagnol empêche l’armée américaine d’utiliser ses bases militaires pour attaquer l’Iran, on peut comprendre l’irritation d’un Donald Trump ou d’un Benjamin Netanyahou à l’encontre de Pedro Sanchez. Dans ce billard politique à trois bandes, on peut facilement imaginer Donald Trump, Benjamin Netanyahou et le roi du Maroc envoyer un message d’avertissement à Pedro Sanchez pour le rendre plus coopérant : la prochaine vague de migrants pourrait être pire !
Autrement dit, il ne serait pas étonnant que de tels personnages utilisent la misère humaine en guise d’arme politique.
Ce terrible constat fait penser à ce passage de l’Évangile de Matthieu où Jésus est ému de compassion devant une foule espérant en un avenir meilleur :
« Quand Jésus sortit de la barque, il vit une grande foule et fut ému de compassion pour eux parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses. Comme l’heure était avancée, ses disciples s’approchèrent de lui et dirent : ce lieu est désert et l’heure est avancée, renvoie les afin qu’ils aillent dans les campagnes des environs pour acheter de quoi manger.
Jésus leur répondit : donnez leur vous-mêmes à manger.
Mais ils lui dirent : nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons.
Et il dit : apportez les moi. Il fit asseoir la foule et prit les cinq pains et les deux poissons et levant les yeux au ciel, il rendit grâce. Puis il rompit les pains et les donna aux disciples qui les distribuèrent à la foule. »
Jésus s’est intéressé à cette foule de miséreux, il a pris soin d’eux en leur procurant de la nourriture mais surtout, il leur a offert une espérance dans le Royaume de Dieu. Nos dirigeants au contraire utilisent les foules de malheureux pour régler leurs propres conflits, les manipulant sans l’ombre d’un remord : quel contraste !
* * – Parole de forestier
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Messe, rosaire et disco-polo : le phénomène des médias catholiques du père Rydzyk
Le 8 août, à Toruń, des milliers de Polonais ont célébré la 18e Action de grâce en famille (Dziękczynienie w Rodzinie), le rassemblement annuel de la mouvance de Radio Maryja. L’occasion de faire découvrir le phénomène des médias catholiques du père Tadeusz Rydzyk, régulièrement attaqués par les milieux libéraux et de gauche en Pologne.
Le père Tadeusz Rydzyk est un religieux de la congrégation de l’ordre missionnaire catholique des rédemptoristes. Il dirige le groupe médiatique Lux Veritatis qui comprend le quotidien national « Nasz Dziennik », Radio Maryja et la chaîne de télévision TV Trwam. Ce milieu est depuis des années régulièrement critiqué, et parfois ouvertement attaqué, par les médias libéraux de gauche en raison de ses positions catholiques, conservatrices, patriotiques et pro-vie, mais aussi en raison de son poids au sein d’une partie de l’électorat polonais.
L’Action de grâce en famille est une fête annuelle de plusieurs heures organisée depuis 2009. Le rassemblement a lieu au sanctuaire de Notre-Dame Étoile de la Nouvelle Évangélisation et de saint Jean-Paul II, près du « Port au bois » (Port Drzewny) à Toruń, une ville connue des touristes pour son architecture médiévale. Les organisateurs de cet événement annuel sont Radio Maryja et l’ordre des rédemptoristes, avec le concours des étudiants de l’Académie de Culture sociale et médiatique, un établissement d’enseignement supérieur fondé par les mêmes cercles médiatiques des pères rédemptoristes.
Le programme de cette dernière édition était minutieusement réglé : à 12 heures, une messe solennelle présidée par l’évêque Józef Szamocki ; à 15 heures, le Chapelet de la Miséricorde divine ; à 17 heures, le rosaire et une procession avec la statue de Notre-Dame de Fátima. À cela s’ajoutaient des consultations médicales gratuites, un village éducatif des pompiers et des concerts. La soirée s’achève traditionnellement avec le groupe Bayer Full, représentant du disco-polo, un genre de musique populaire en Pologne, de type « disco ».
L’ampleur de l’événement se mesure bien à l’édition de 2025, lorsque la messe fut présidée par le nonce apostolique en Pologne, l’archevêque Antonio Guido Filipazzi. Il transmit alors la bénédiction pontificale, évoquant la famille comme une « réalité positive, grande et belle ».
En 2021, c’est le ministre de l’Éducation Przemysław Czarnek, homme politique de Droit et Justice (PiS), la principale formation conservatrice de droite en Pologne, qui prit part à l’événement. Preuve que l’Action de grâce attire aussi les représentants des plus autres autorités de l’État, lorsque le pays est gouverné par le camp favorable aux médias des pères rédemptoristes.
Malgré ces soutiens, ce milieu n’a pas la vie facile. Le reportage « 29 ans d’impunité. Le phénomène du père Tadeusz », diffusé par TVN24, la plus grosse chaîne d’information privée de Pologne, de profil libéral, reste emblématique de ces tensions. Le titre lui-même laissait entendre que le père Rydzyk s’était rendu coupable d’actes révoltants sans jamais en subir les conséquences, grâce à des arrangements politiques.
Dans un courrier adressé à la chaîne, l’avocat du père Rydzyk a formulé trois griefs : le reportage laissait entendre des actes punissables sans qu’aucune condamnation n’ait été prononcée ; il présentait le religieux comme le propriétaire d’un « empire médiatique », alors qu’en tant que religieux ayant prononcé des vœux de pauvreté il ne possède formellement aucun patrimoine ; enfin, il lui reprochait de profiter d’arrangements politiques.
L’ampleur des réactions fut considérable : après sa mise en ligne sur YouTube en 2023, le Conseil national de la radiodiffusion et de la télévision (KRRiT) — le régulateur polonais des médias, équivalent de l’Arcom française — a reçu plus de 26 656 plaintes de téléspectateurs.
Du point de vue même de la mouvance de Radio Maryja, ce différend s’inscrit dans un conflit de visions du monde plus large : entre le sécularisme libéral dominant dans une partie des médias polonais et l’ordre social chrétien que cette mouvance s’efforce de défendre et de promouvoir dans l’espace public.
Autre exemple de ces tensions : la « Hyène de l’année 2024 », un anti-prix satirique décerné chaque année par l’Association des journalistes polonais (SDP), l’une des deux grandes associations professionnelles de journalistes en Pologne. Il a été attribué aux journalistes Dorota Wysocka-Schnepf et Grzegorz Nawrocki, de TVP Info, la chaîne d’information de la télévision publique pour « récompenser » l’émission « Liaisons dangereuses » du 10 octobre 2024, consacrée au financement des activités du père Rydzyk par des fonds publics sous les gouvernements de Droit et Justice. Le vice-président de la SDP, Mariusz Pilis, a estimé que les journalistes avaient « enfreint presque toutes les règles » de la déontologie, en fondant leur reportage sur des « prétendus faits qui, en réalité, n’ont jamais eu lieu ».
Ce cas montre qu’une partie même du milieu journalistique polonais juge certains reportages critiques sur le père Rydzyk contraires aux normes professionnelles — cela révèle les moyens qu’emploient les médias désireux de salir le rédemptoriste. Le différend institutionnel le plus grave à l’heure actuelle est l’affaire du musée « Mémoire et Identité » à Toruń, consacré à Jean-Paul II. Il a été édifié en 2018-2019 en vertu d’une convention conclue entre la fondation Lux Veritatis et le ministre de la Culture de l’époque, Piotr Gliński.
Un contrôle de la cour des comptes polonaises (NIK) a mis au jour d’importants dépassements budgétaires : la construction aurait coûté 149 millions de zlotys au lieu des 74 millions prévus. L’actuel ministère de la Culture a assigné la fondation en remboursement de 210 millions de zlotys, et le Bureau central de lutte contre la corruption (CBA), le service polonais de lutte contre la corruption, a perquisitionné à deux reprises les locaux de la fondation.
Ces mesures ont commencé après la prise du pouvoir, en 2023, par la Coalition civique gaucho-libérale de Donald Tusk. La vice-ministre de la Culture Marta Cienkowska assure que le gouvernement ne cherche pas à supprimer l’institution, mais à revenir sur une convention patrimoniale qui aurait été défavorable à l’État. Plus de 500 000 personnes ont pourtant pris la défense du musée, en signant une pétition organisée par l’Équipe de soutien à Radio Maryja.
Radio Maryja et les autres médias de la fondation Lux Veritatis ne sont pas les seuls médias catholiques à avoir subi ce genre de procédés de la part du gouvernement de Donald Tusk. Bartłomiej Sienkiewicz fut ministre de la Culture au début de la législature de ce gouvernement. C’est à son initiative que fut adressée une lettre demandant aux institutions culturelles de préciser si, entre 2015 et 2023, elles avaient versé de l’argent à toute une liste d’organisations à sensibilité conservatrices et catholiques qui ont ensuite fait l’objet de répressions de la part du gouvernement de Donald Tusk. La liste en question, qui avait fuité dans les médias au début de l’année 2024, avait été qualifiée de « liste noire de Sienkiewicz ». Cette démarche concrétisait une revendication de la Coalition civique gaucho-libérale que le ministre de la Culture avait résumée, en février 2024, en ces termes : « c’est l’un de nos engagements de campagne : les hommes d’affaires liés à l’Église ne s’engraisseront pas sur l’argent public destiné à la culture ».
Les personnes pour qui Radio Maryja compte comme une radio importante affrontent aussi, depuis des années, des étiquettes. La plus célèbre est celle des « bérets en mohair » (moherowe berety) — une expression née du couvre-chef caractéristique que portent de nombreuses femmes âgées en Pologne. Elle a collé aux auditeurs de Radio Maryja après qu’en décembre 2005 le reporter-photographe Robert Górecki eut publié une photo des célébrations du 14e anniversaire de la radio, montrant une foule de femmes portant ce type de béret. Les auditeurs et téléspectateurs des médias des pères rédemptoristes ont aussi souvent été qualifiés de « secte », une formule employée par un sociologue, le professeur Ireneusz Krzemiński, en commentant un sondage pour Gazeta Wyborcza, le principal quotidien libéral national, dès septembre 2013.
Ces épithètes, répétées depuis vingt ans, montrent le caractère durable de la tension entre la mouvance de Radio Maryja et une partie des élites médiatiques et universitaires polonaises, pour qui le profil catholique et patriotique (et pro-vie) de ces médias reste inacceptable. Ces médias catholiques ne sont pourtant pas sur la défensive, bien au contraire. Ils se développent régulièrement. Selon le site Press.pl, entre 2021 et 2024, le nombre estimé d’auditeurs de Radio Maryja est passé d’environ 573000 à quelque 712000.
En juillet 2026, lors du 35e Pèlerinage de la Famille de Radio Maryja à Jasna Góra, le sanctuaire qui abrite la célèbre icône miraculeuse de la Vierge noire de Częstochowa, les messes ont été présidées par l’archevêque Zbigniew Zieliński et l’évêque Wiesław Szlachetka. Le pape Léon XIV lui-même a alors adressé ses salutations aux pèlerins de Radio Maryja lors de la prière de l’Angélus, et le président polonais Karol Nawrocki a adressé une lettre aux participants.
Les foules rassemblées au bord de la Vistule à Toruń le 8 août n’avaient rien d’un événement marginal : malgré deux décennies de controverses, la mouvance de Radio Maryja demeure une communauté de foi vivante, nombreuse et toujours croissante, et aussi une force d’évangélisation, au cœur de la Pologne catholique.
Jakub Miśkiewicz
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
