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Lettre aux députés : Si cet acte est, comme vous l’affirmez, un progrès de civilisation, accepteriez-vous de l’accomplir vous-mêmes ?

Lettre ouverte aux députés :

À l’occasion du vote du 15 juillet 2026 sur la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir

Par Maroun BADR (PhD), Docteur en bioéthique, chercheur et enseignant de droit civil

Francis JUBERT (PhD), Philosophe praticien en soins palliatifs et médecine narrative

Guillaume de THIEULLOY, Docteur en sciences politiques

Mesdames, Messieurs les Députés,

À quelques jours d’un scrutin qui restera gravé dans l’histoire de notre droit, je m’adresse à vous. Vous vous apprêtez à engager, par un vote, la responsabilité de la République envers ceux qui ne peuvent plus se défendre eux-mêmes. Ce n’est pas un texte parmi d’autres, ni un simple ajustement technique du droit de la santé. C’est un basculement : celui d’un ordre juridique qui, depuis toujours, interdit de donner la mort, vers un ordre qui l’organise, la planifie, la budgète et la fait administrer par l’État.

1. La gravité irréversible d’un vote

Une loi de finances se corrige l’année suivante. Une loi sur le droit à l’« aide à mourir »  – et pour nommer les choses : l’euthanasie et le suicide assisté – ne se corrige pas : elle s’exécute, et ce qui a été exécuté ne revient pas. Voter « pour » ce texte, c’est renoncer, en son fondement même, à l’interdit le plus ancien qui tienne les hommes en société : celui de tuer. En légitimant l’administration de la mort, vous ne répondez pas à la souffrance, vous supprimez le souffrant. Vous demandez au soignant, dont la fonction sociale est de protéger la vie, de devenir l’instrument de son terme. Chaque voix levée le 15 juillet engagera des vies concrètes, non pas des statistiques mais des personnes précises, à un instant précis, dans une chambre précise. Nous vous demandons de mesurer, avant de lever la main, que ce vote n’est pas réversible pour ceux qu’il concernera.

2. Liberté : un choix qui n’en est pas un

Il n’y a de choix libre que là où existe une alternative réelle. Or cette alternative, des soins palliatifs accessibles partout et pour tous, n’existe pas encore sur notre territoire. Une vingtaine de départements restent aujourd’hui dépourvus de toute unité de soins palliatifs, et une part significative des patients qui en auraient besoin n’y accèdent jamais. Proposer une « aide à mourir » à un malade qui n’a jamais pu bénéficier d’un accompagnement de la douleur n’est pas lui offrir une liberté : c’est lui présenter une seule porte, quand la promesse républicaine lui en devait deux. Un consentement donné faute d’alternative n’est pas un consentement libre : il est le produit d’une carence organisée par la puissance publique elle-même.

3. Égalité : une loi à deux vitesses

Dans ce système, l’égalité se retourne contre elle-même. Le citoyen d’un département pourvu d’une unité de soins palliatifs aura un accès réel à l’accompagnement ; celui d’un département qui en est dépourvu n’aura, en pratique, que l’accès à la mort. Ce n’est plus la maladie qui décidera du sort du patient, mais son code postal. Voter cette loi avant d’avoir comblé ce vide territorial, c’est instaurer, sous couvert de progrès, une inégalité entre Français devant la vie elle-même, inégalité que la République ne devrait jamais organiser elle-même.

4. Fraternité : accompagner ou éliminer

Une société fraternelle ne se débarrasse pas de ses membres les plus vulnérables, elle les accompagne. Un pays qui n’a pas encore généralisé l’accès aux soins palliatifs, mais qui organise déjà l’accès à la mort, inverse l’ordre des priorités : il choisit la solution la moins coûteuse plutôt que la plus digne. Derrière le mot d’« autonomie » se cache une réalité plus froide : la personne malade, âgée ou dépendante en vient à se sentir un poids pour les siens. C’est cette pression sourde, ce glissement du droit de mourir vers le devoir de ne plus déranger, dont vous serez comptables. La fraternité se prouve par les moyens que l’on donne à ceux qui souffrent pour continuer à vivre dignement, non par les moyens qu’on leur donne pour mourir plus vite.

5. La question que vous ne pouvez pas esquiver : auriez-vous le courage du geste ?

Derrière la froideur juridique des articles et de votre vote, il y a le geste : concret, définitif, qui arrête un cœur. Si cet acte est, comme vous l’affirmez, un progrès de civilisation, accepteriez-vous de l’accomplir vous-mêmes ? Accepteriez-vous de tenir la seringue, de presser le piston, de regarder le produit létal entrer dans les veines d’un patient, ou d’un des vôtres, et d’en assumer, en votre nom propre, la responsabilité entière ? Si vos mains trembleraient devant ce geste, demandez-vous pourquoi vous l’imposeriez à d’autres par délégation.

6. L’exigence de cohérence : appliquez sur vous-mêmes ce que vous votez pour les autres

Aucun élu ne devrait voter un dispositif qu’il ne serait pas prêt à voir s’appliquer d’abord à lui-même, à ses parents, à son conjoint, à ses enfants – publiquement, en donnant l’exemple de ce qu’il présente comme un bienfait. Une loi que l’on n’oserait pas expérimenter sur sa propre chair est une loi que l’on impose aux autres sans y croire soi-même pour ses proches. Si vous ne pouvez, en votre âme et conscience, la souhaiter pour ceux qui vous sont chers, par quel paradoxe estimez-vous qu’elle est bonne pour les autres ?

7. Élus : vous êtes la voix d’un peuple, non celle d’un lobby

Vous êtes élus pour porter la voix du peuple, non celle d’une association militante. La majorité des Français ne réclame pas la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, mais une offre de soins palliatifs sur tout le territoire. La majorité des Français juge qu’il faut d’abord garantir cette offre avant d’envisager un « droit à l’aide à mourir ». La majorité des Français privilégie, pour leurs proches gravement malades, des soins palliatifs de qualité plutôt qu’une euthanasie.

Ce que certains présentent comme une demande sociétale irrépressible doit beaucoup, en réalité, à l’action d’un lobby structuré, l’ADMD, dont l’influence sur la rédaction et le calendrier de ce texte n’est plus un fait caché. Un mandat électif ne se met pas au service d’un groupe de pression, si ancien et si organisé soit-il : il se met au service du peuple souverain, y compris, surtout, quand ce peuple hésite, doute, ou dit vouloir autre chose que ce qu’on lui présente comme acquis.

Conclusion

Mesdames, Messieurs les Députés, le 15 juillet 2026, vous ne voterez pas un article de loi : vous déciderez qui, en France, aura le droit d’être protégé et accompagné jusqu’au bout, et qui, faute de moyens, pourra être conduit vers la sortie la plus économique. Ne dites pas, après ce vote, que vous avez répondu à une demande de liberté : dites, en conscience si celle-ci existe, si vous avez d’abord donné à chacun des moyens de choisir, et si vous avez voté pour le peuple ou pour ceux qui prétendent parler en son nom. L’histoire du droit et celle de notre pays retiendront ce vote, et votre propre conscience aussi.

“On n’ira pas contre ce mouvement “tradi””

Dans Le Figaro, Jean-Marie Guénois évoque le remplacement des cisterciens par les bénédictins du Barroux, à Bellefontaine près de Cholet, qui a eu lieu aujourd’hui :

[…]

Euthanasie : c’est Emmanuel Macron qui a imposé l’accélération du calendrier parlementaire

Le Figaro révèle que le 6 mai, au cours d’une réunion secrète à l’Élysée, le président de la République a tranché, contre l’avis de son premier ministre, Sébastien Lecornu, pour que le vote final de la proposition de loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté se déroule avant l’été.

[…] Sébastien Lecornu prend alors la parole pour faire le point sur la situation : sénateurs et députés devraient être en désaccord lors de la commission mixte paritaire. Si le président de la République souhaite que la loi soit adoptée, alors il faudra décider que la navette parlementaire se poursuive, et, in fine, donner le dernier mot à l’Assemblée nationale, comme le permet la Constitution. Mais, selon lui, rien ne sert de brusquer le calendrier. «Il ne bataillait pas pour inscrire le texte avant l’été», rapporte un élu au fait des discussions. «Sébastien Lecornu ne voulait pas prendre le risque de braquer le Sénat», confirme un familier de l’Élysée. Mais son ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, ne tient pas le même discours. Depuis plusieurs semaines déjà, comme la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, il le répète à l’envi dans les médias : cette loi sera définitivement adoptée avant l’été. C’est d’ailleurs ce qu’il dit au président de la République : le calendrier parlementaire permet d’inscrire le texte à l’agenda des deux chambres avant l’été. Rien ne sert donc de temporiser.

Un discours qui ne plaît pas à Sébastien Lecornu. D’autant que le premier ministre, qui ne s’est jamais prononcé publiquement sur le sujet, a de nombreuses fois confié à ses proches qu’il n’est pas favorable à la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Le président de la République écoute les différentes argumentations et tranche : le vote définitif aura lieu en juillet, comme le suggérait Laurent Panifous et non en septembre ou octobre, comme le souhaitait plutôt Sébastien Lecornu. «Le président a indiqué qu’il avait pris un engagement devant les Français, qu’il y avait eu un processus de concertation totalement inédit et que, désormais, il fallait que cela aboutisse», révèle un interlocuteur du président de la République. De quoi «vexer», selon plusieurs sources, le premier ministre, mécontent d’avoir perdu cet arbitrage face à son ministre des Relations avec le Parlement. «Après cette réunion, Sébastien Lecornu n’a plus parlé à Laurent Panifous pendant trois jours», s’esclaffe un élu au courant de l’affaire.

Présidentielle 2027 : IA 3 – Candidat 0 !

René Magritte peignait en 1933 une question qui devient aujourd’hui vertigineuse : lorsque nos représentations du monde sont fabriquées par des machines, comment distinguer encore le réel de l’image que l’on nous propose ?

I. Prophétie silencieuse
René Magritte, avec La Condition humaine, nous a laissé une prophétie silencieuse : celle d’un monde où le regard ne perçoit plus la réalité, mais la représentation qu’on lui impose. En 2027, cette intuition devient vertigineuse. Nous ne sommes plus seulement devant un tableau ; nous sommes dans l’antichambre d’une élection où, pour la première fois, l’intelligence artificielle menace de transformer la souveraineté populaire en une vaste opération d’optimisation comportementale.
Mais il y a plus grave encore. Le 2 mai 2027, le vainqueur risque de ne pas être le meilleur, le plus juste, le plus visionnaire ou le plus intègre. Il sera celui qui aura l’IA la plus performante. Le score, je le crains, sera sans appel : IA 3 – Candidat 0.

II. La métamorphose du combat politique
J’ai passé ma vie de médecin et de chercheur à ausculter le vivant, à comprendre que l’être humain est une réalité complexe, faite d’hésitations, de souffrances et de transcendance. La politique, dans ce qu’elle a de noble, devrait être le lieu de cette rencontre charnelle : un homme, une vision, une parole donnée.
Mais ce combat-là est en train de disparaître. Il est remplacé par une compétition sourde, hors de vue des citoyens, entre des armées de data scientists et des infrastructures de calcul. En 2027, le duel ne se jouera plus entre deux candidats, mais entre deux machines. L’une aura absorbé des années de discours et de données pour générer la phrase parfaite et l’émotion dosée au milligramme, tandis que l’autre, moins entraînée, tâtonnera, laissera des silences et prendra le risque de se tromper. Je le crains : ce ne sera pas le plus vrai qui l’emportera, mais le plus fluide. L’IA marque le premier point.

III. Un concours de moyens, non de fins
On m’objectera que la technique a toujours été un outil de conquête. Mais il y a ici une différence de nature. L’IA ne transmet plus un message, elle le fabrique. Elle ne conseille pas, elle pilote. Dès lors, l’élection cesse d’être un jugement sur une vision du monde pour devenir un test de performance algorithmique. Quelle campagne aura su modéliser les angoisses et les espoirs des Français pour les transformer en leviers d’adhésion ? Ce n’est plus une démocratie, c’est une technocratie algorithmique déguisée en suffrage universel. Deuxième point pour l’IA.

IV. Le « dividende du menteur » et l’effondrement de la preuve
Nous entrons dans une ère de suspicion totale. La puissance de l’IA générative permet de fabriquer des simulacres si parfaits que la notion même de preuve s’étiole. C’est le « dividende du menteur » : lorsque tout peut être faux, la vérité perd son pouvoir de contrainte. Le citoyen, lassé de cette confusion, risque de ne plus chercher le juste, mais le vraisemblable. L’IA la plus performante ne répond plus à la question « qu’est-ce qui est juste ? », mais à « qu’est-ce qui sera cru ? ». Troisième point : l’IA fait le break. Le candidat est à terre.

V. L’illusion de la compétence et le sabordage du mérite
Cette bascule a une conséquence mortelle pour l’idée même de mérite politique. L’élection devient un concours d’ingénierie comportementale. Qu’advient-il du candidat qui, faute de moyens financiers ou par intégrité, refuse d’utiliser ces outils ? Il est traité de ringard et éliminé avant même d’avoir parlé. C’est une forme de dopage technologique sans sanction. Le match est plié. IA 3 – Candidat 0. Mais ce score n’est pas une fatalité. Il est un avertissement.

VI. Le rempart : restaurer la primauté de l’humain
Face à ce péril, le rejet technologique serait naïf, mais l’acceptation serait une abdication. Je refuse le ciblage opaque qui traite les Français comme du bétail électoral. Je réclame le droit à l’improvisation, à l’hésitation, à la contradiction : ces failles où loge notre liberté. Ma résistance est double.
* D’une part, le retour au réel, au local, à la rencontre physique. Engageons-nous là où la chair et le sang reprennent leurs droits sur le pixel, là où la charité chrétienne nous rappelle que chaque visage est une image de Dieu que nulle machine ne pourra jamais répliquer.
* D’autre part, l’action politique et législative est indispensable, bien que je mesure la difficulté de la tâche. Face à une menace systémique, le silence serait une complicité. Certes, la technique ignore les frontières et le contrôle des algorithmes sera un défi colossal pour nos institutions. Mais une loi n’est pas seulement un outil de contrainte : elle est une boussole morale.

Je propose donc de poser trois jalons pour la dignité du scrutin : l’interdiction du ciblage prédictif sans consentement explicite, l’exigence d’un label éthique garantissant la traçabilité des contenus, et l’instauration d’un moratoire sur l’exploitation des données comportementales. Même si ces mesures sont ardues à appliquer, elles ont le mérite de nommer le scandale, de fixer une limite et de transformer une pratique technologique opaque en une transgression juridique caractérisée.

VII. Conclusion : que voulons-nous rester ?
Le 7 mai 2027, voterons-nous pour un homme, ou pour la machine qui l’a porté ? Une nation n’est pas une population prévisible. C’est une communauté d’hommes capables de penser, de choisir, et même de se tromper par eux-mêmes. L’algorithme calcule des probabilités, mais l’homme vit des impossibilités. C’est dans cet écart que gît notre liberté.
Si nous laissons les machines désigner le vainqueur, nous avons déjà perdu, non pas parce que nous aurions élu le mauvais candidat, mais parce que nous aurions cessé d’être le sujet de notre propre histoire. Contre cet effacement, restons, avec une obstination charnelle et spirituelle, des êtres capables de dire « je » devant Dieu et « nous » devant la loi. Pour que, ce jour-là, le score soit nul et que la démocratie l’emporte.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

A-t-on vraiment besoin de l’Ancien Testament ?

Les catholiques sont souvent gênés et complexés face à l’Ancien Testament : on le connaît mal, peu, on ne s’y trouve pas à l’aise… On peut même facilement être tenté (comme l’hérétique Marcion dès le IIème siècle) de ne pas lire l’Ancien Testament : trop “ancien” (vieux), trop compliqué, trop obscur, trop violent, trop choquant… Et en plus “ça ne parle pas de Jésus” ! Rien n’est moins vrai : on ne peut comprendre l’Ancien Testament sans comprendre qu’il est tout entier tourné vers le dévoilement d’un visage, qui se donne à connaître peu à peu au long des pages – le visage du Christ. Dans cette vidéo nous parlons du rapport (indispensable et réciproque) entre les deux testaments, des quatre grandes parties de l’Ancien Testament, et nous donnons quelques conseils et suggestions de lecture pour se lancer dans l’Ancien Testament.

Ne manquez donc pas ce quatrième épisode et faites connaître notre série autour de vous !

CHAPITRAGE

  • 00:00 – Introduction
  • 00:30 – Les Chrétiens ont-ils vraiment besoin de l’Ancien Testament ?
  • 01:40 – La violence et les sacrifices dans l’Ancien Testament
  • 02:13 – Comment comprendre le lien entre Ancien et Nouveau Testament ? Parle-t-on de Jésus dans l’Ancien Testament ?
  • 03:07 – Le Nouveau Testament, indispensable pour comprendre l’Ancien
  • 03:35 – Les indices de la venue de Jésus dans l’Ancien Testament
  • 04:04 – Le Pentateuque, 1ère des 4 grandes parties de l’Ancien Testament
  • 04:57 – Les Livres historiques et le roi David
  • 05:34 – Les Livres sapientiaux et poétiques
  • 06:06 – Les Livres prophétiques
  • 06:41 – Différences entre les Bibles catholiques et protestantes
  • 07:30 – Tout l’Ancien Testament a-t-il été écrit en hébreu ?
  • 08:41 – Peut-on lire le texte dans une traduction ?
  • 09:10 – Par où commencer pour se lancer dans l’Ancien Testament ?
  • 10:35 – Que faire des passages difficiles ?
  • 11:23 – Dans sa diversité, où est l’unité de l’Ancien Testament ?
  • 12:11 – Faut-il lire l’Ancien Testament ?
  • 12:40– Conclusion

L’islam, le normal et le pathologique

De Marion Duvauchel, historienne des religions, pour Le Salon beige :

Tous les peuples distinguent plusieurs types d’anormalité et tous savent ce que c’est qu’un trouble mental.

Partout, c’est la société qui désigne les malades à soigner, charge au psychiatre de trouver les causes et le pourquoi de la maladie. Ce sont les « normes » et les « valeurs » qui constituent un socle de références à partir desquels se construit un système de reconnaissance (et d’exclusion). Pour distinguer le fou de l’homme sain, il faut se fonder sur un critère extérieur, le consensus que rencontre l’homme sain en termes de conduites partagées avec les autres membres du groupe (le caractère normatif de la santé), sachant que le psychiatre n’est pas étanche aux discours dominants et que la seule norme aujourd’hui admise est la norme statistique.

Mais la santé mentale n’est pas une moyenne statistique.

Si on admet que la société entre en jeu dans la genèse de la maladie mentale, la question se pose du caractère plus ou moins pathogène des sociétés dans lesquelles les hommes sont appelés à vivre donc à s’intégrer, d’où qu’ils viennent. Il y a donc des névroses sociales. Et certaines maladies mentales seraient en quelque sorte la traduction d’un marginalisme des valeurs repoussées et réprimées par la société, barrées dirons-nous à la suite de Georges Devereux.

L’isolement, ou si on préfère l’insularité, constitue un trait général de notre civilisation, et même une véritable idéologie : d’un côté la compétition sauvage pour l’amélioration du statut social qui pousse à chercher la participation et de l’autre les normes culturelles qui poussent à se replier. La schizophrénie peut ainsi s’interpréter comme une sorte de modèle de catégorie sociologique offrant aux hommes une coquille qu’ils doivent sécréter autour d’eux pour pourvoir maintenir, en veilleuse, les systèmes de valeurs « barrées ».

Il n’est pas difficile d’admettre que si l’individu participe à une société globale et à une culture dont il est l’un des « rouages », il subit plus profondément l’influence des groupes dont il fait partie plutôt que celle de la plus vaste communauté. Cela s’appelle l’esprit de corps. Mais l’influence la plus profonde est d’abord celle de la famille qui est un « groupe » avec ses lois, ses normes, ses interdits, ses tabous, bref un système de quadrillage du permis, du toléré, de l’admissible ou de l’inadmissible. Et c’est en son sein que se mettent en place des conflits insurmontables qui génèrent une psychopathologie. Catholique, protestante, juive, huttérite ou musulmane, ou laïque, c’est-à-dire athée, elle intervient dans la constitution d’un psychisme sain, mais aussi dans la structuration des psychopathologies, voire des névroses ou des psychoses.

Dans les années soixante, surtout en Italie, psychiatres et membres du clergé collaboraient sur ces questions difficiles. Il s’agissait de « sauver » la vie religieuse de ce qui pouvait l’hypothéquer (les conflits intrafamiliaux, l’inhumanité des relations industrielles…), de ce qui pouvait la ronger par le dedans et la faire échouer en névrose.  On cherchait dans l’esprit communautaire ou la discipline des Églises – (l’ascèse chrétienne) – un « dominium » de la vie affective – en particulier de la vie pulsionnelle – un milieu protecteur, une éducation de l’esprit et une orientation vers un monde plus sain. Voire plus « saint ».

Les ethnopsychiatres se sont intéressés aux cultures traditionnelles, mais relativement peu aux troubles de la population musulmane. En 1965, l’islam n’entre pas dans les variables religieuses, ni dans les variables tout court.

Le corps social « européen » a évolué. D’une société chrétienne, avec les valeurs mais aussi les vertus associées (même dans les contrefaçons), la moralité parfois un peu étroite et puritaine, on est passé à une société « laïcisé », puis laïque, autrement dit essentiellement athée, et depuis quelques décennies, antichrétienne et de plus en plus christianophobe. Les musulmans se trouvent aujourd’hui en face d’une société en mutation, avec laquelle ils avaient de moins en moins d’affinités, jusqu’à ne plus se reconnaître du tout dans les valeurs affichées. Le nouveau socle anthropologique qui détruit la différenciation sexuelle ne fait que renforcer leur aversion profonde envers une société qu’ils perçoivent comme perverse, impudique et qui suscite une révolte profonde.

Dans le cas d’un mariage entre un musulman et un français (de tradition chrétienne mais le plus souvent sans aucune connaissance de sa tradition religieuse et souvent sans foi), le parent musulman n’a nul besoin de « tirer » l’enfant à lui. La force communautaire agit. L’enfant sera « islamisé ».

Cet islam qu’on appelle « modéré » est en réalité un islam dormant, en sourdine. Il garantissait un fonctionnement possible dans la société européenne, selon des modalités schizoïdes (fort répandues, quelle que soit la religion) qui permettent de vivre, d’avoir un métier. Le virus est en quelque sorte « dormant ». Mais devant les mutations de nos sociétés et leur éthique dévoyée, l’islam radicalisé et radicalisant se met à faire trembler tout l’édifice. Il en ressort une violence très profonde, liée à l’angoisse de désintégration psychologique de personnalités qui se sont structurées selon des modes dont au fond nous ne savons pas grand-chose et qui sont de plus en plus éloignés des nôtres. Sauf sur un point : le caractère intouchable de l’enfant.

Beaucoup de psychoses apparaissent non quand il y a rupture des liens familiaux ou tribaux internes mais là où la rigidité anormale de ces liens présociaux empêche l’individu de se libérer de la loi de son cercle familial ou de son groupe restreint resté étranger à la collectivité sociale. C’est la situation de la famille musulmane, tribale, rigide et surtout de plus en plus étrangère à la société qui l’entoure. Nul n’ignore l’emprise de l’imago maternelle dans toutes les cultures et sociétés, mais particulièrement dans la société musulmane. C’est l’enfant mâle qui donne à la mère d’exister enfin. Et si la police était correctement formée, l’innocence présumée de la famille volerait en éclat, et en particulier celle des mères qui découvrent avec ahurissement la radicalisation de leur petit. Dans un théâtre un peu différent, on a eu Anne Sinclair découvrant scandalisée la perversité de son mari ou les amis et proches de Pierre Palmade dont aucun ne pouvait ignorer l’état et la dangerosité.

La migration de communautés musulmanes n’est pas une migration comme une autre. Les hommes et les femmes qui arrivent en Europe appartiennent à une tout autre civilisation. La personnalité de base construite dans une société musulmane obéit à des rigidités et elle définit une mentalité. Le nouveau milieu ne peut refaçonner une mentalité « compatible » avec le pays d’accueil que si la personne ne vit pas replié dans un milieu reconstruit. Or avant qu’une personne ou une famille ne soit intégrée, autrement dit qu’elle ne dispose d’un logement, d’un travail, d’une stabilité qui ne soit pas sur le mode du parasitage, il faut des mois. Le temps de nourrir bien des sentiments de frustrations, d’impuissance, d’envie sans doute.

Le terreau parfait pour développer des troubles mentaux. Les « ghettos » ne procèdent pas de la seule responsabilité du pays d’accueil, mais aussi du besoin des communautés migrantes de reconstituer quelque chose de leur pays source.

Le christianisme assurait une médiation (de manière souvent anomique, diffuse, parfois un peu molle) entre la communauté musulmane et la société française. Nous avions des positions éthiques voisines en matière de sexualité, (au moins dans les apparences), un « altruisme » dont les racines ni l’esprit ne sont comparables mais qui dans les pratiques se rejoignent : l’aumône, la prière…

Aveuglé par ses affaires intérieures, par la crise postconciliaire, par le souci de montrer au monde son modernisme tout nouveau, l’Église est restée aveugle à l’essentiel.

Le reflux du christianisme a laissé l’islam face à une société laïque de plus en plus libertine, impudente et impudique, qui est vécue désormais non pas comme différente et compatible au moins sur l’essentiel, mais comme radicalement « contradictoire ». Ce n’est pas la société française que des hommes illettrés voient s’afficher sur les écrans télés et dans les magazines people ou les réseaux sociaux : c’est la société que les médias veulent promouvoir.

Il nous faut désormais affronter une communauté, qui non seulement ne désire plus s’intégrer à notre société mais qui entend bien la « désintégrer ».

Le fou n’invente pas sa folie : il use des stéréotypes symptomatologiques que lui fournit la société ou la communauté à laquelle il appartient. Il en a besoin pour donner des signes. Le monde de la folie non seulement se nourrit d’images et de signes empruntés au monde environnant, mais il garde les lois formelles de ce monde. Face à la folie de l’européen entendue comme triomphe de la subjectivité pure, on a aujourd’hui un nouveau trouble pathologique, la folie « djihadiste » entendue comme le triomphe du groupe religieux.

Quel signe plus éclatant que celui de se faire sauter, autrement dit de se désintégrer ? Le djihadiste avec sa ceinture d’explosifs se donne à voir et à entendre à trois types de public : aux musulmans, à qui il s’adresse pour montrer la force de sa foi. À la société qu’il veut détruire. Et à ses instructeurs, à qui il montre que leur enseignement a été opératoire.

Nous avons deux « matrices » à générer des troubles mentaux.

D’un côté une société atteinte de démence et de folie suicidaire, qui ne veut plus encourager la vie, soutenir la vieillesse, réguler l’agressivité des mâles dominants et veiller sur les plus faibles, qui détruit la différenciation sexuelle et organise la promotion dans les écoles d’une anthropologie mortifère. De l’autre, une société qui prétend figer les rôles des hommes et des femmes, quadriller les conduites sociales, fossiliser l’effort, proscrire aux femmes toute vie publique, leur interdire toute mobilité sociale et même toute éducation. Et dont l’horizon religieux eschatologique est la soumission du monde entier à la loi de Mahomet.

Ce sont deux faces d’une même violence inouïe, fureur convulsive d’un côté, mensonge idéologique et propagande de masse dans l’autre.

Entre elles ?

Entre elles, nous avons le dialogue interreligieux, le SREM pour les Églises, pour l’État les ELCO et l’interminable bavardages sur les plateaux télé.

Autrement dit, rien.

Si. La petite feuille verte d’Annie Laurent. A lire absolument

« L’aide à mourir » : une imposture

Communiqué de Mgr Aillet :

Pour une juste compréhension, texte à lire dans son intégralité

En votant, le 7 juillet, en faveur de la motion de rejet préalable qui leur était présentée, les sénateurs ont, pour la troisième fois consécutive, rejeté la proposition de loi relative à « l’aide à mourir ».
Le gouvernement ayant décidé de donner le dernier mot à l’Assemblée nationale, le vote définitif de ce texte devrait intervenir le 15 juillet prochain…

Un mensonge organisé

On a tout d’abord voulu nous faire croire qu’une nouvelle loi était absolument nécessaire. Or, la « loi Léonetti » adoptée en 2005 à l’unanimité, proscrit toute « obstination déraisonnable » et la loi Claeys-Leonetti de 2016 va jusqu’à prévoir la possibilité de recourir à une sédation profonde et continue pour soulager une personne dont le pronostic vital est engagé à court terme. Dans son avis du 13 septembre 2022, le Comité Consultatif National d’Éthique reconnaît d’ailleurs à demi-mot que « la loi actuelle permet de répondre aux demandes de malades dans la quasi-totalité des cas ».

« L’aide à mourir », nous dit-on, répond à une forte attente des Français, qui seraient très majoritairement favorables à l’adoption rapide de cette loi.
Mais le sondage précis et rigoureux d’OpinionWay réalisé en octobre 2025 pour la Fondapol, démontre à l’inverse que pour la moitié au moins de nos concitoyens, l’introduction d’un éventuel « droit à mourir » ne saurait être envisagée tant que l’accès des soins palliatifs n’est pas effectivement garanti sur l’ensemble du territoire national.

La proposition de loi « relative à l’aide à mourir » repose quant à elle sur un mensonge sémantique, car elle n’a pas pour objet de « venir en aide » aux patients qui en ont le plus besoin (ce qui est le propre des soins palliatifs), mais bel et bien de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie (mots qui n’apparaissent pourtant ni dans l’intitulé, ni dans le contenu du texte).
Plus grave encore, et contrairement à ce qu’imaginent un grand nombre de nos concitoyens, cette loi n’est nullement « une loi d’exception » ou « d’ultime recours » conçue pour un nombre limité de patients en « fin de vie », le critère principal retenu pour être « éligible » (souffrir d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital « en phase avancée ou terminale ») étant susceptible de concerner plusieurs centaines de milliers de personnes (en cas de cancer métastatique, de sclérose en plaques, de maladie de Parkinson, de certaines formes de diabète ou d’insuffisance respiratoire grave…).

 

Une « loi de compromis » ?

Cette proposition de loi n’est pas « une loi de compromis » car bien que le « délit d’entrave » ait notamment été retiré de la dernière version du texte à seule fin de rassurer les indécis, la quasi-totalité des amendements déposés pour renforcer la protection des personnes les plus vulnérables ont été balayés d’un revers de main par les défenseurs de « l’aide à mourir » :

  • En principe, nul ne peut demander à « bénéficier » de « l’aide à mourir » s’il n’est pas reconnu « apte à manifester une volonté libre et éclairée »… mais les amendements qui proposaient que les personnes mentalement déficientes ou que les « majeurs protégés » (adultes sous tutelle ou sous curatelle, qui n’ont pas le pouvoir de signer un chèque ou un contrat) ne puissent demander le suicide assisté ou l’euthanasie, ont été écartés.
  • Aucune clause de conscience n’est prévue pour les pharmaciens potentiellement chargés de préparer la potion létale : les députés s’y sont formellement opposés.
  • Cette clause de conscience est également refusée aux établissements privés dont la charte éthique ou les valeurs sont fondées sur le respect absolu de la vie, comme c’est le cas de nombreux établissements de soins qui dépendent d’une communauté religieuse telle que les Petites Sœurs des Pauvres. Ces communautés seront-elles prochainement condamnées à de lourdes peines d’amendes ou de prison pour avoir refusé d’admettre que l’euthanasie puisse être mise en œuvre en leur sein ? Seront-elles un jour contraintes de mettre la clé sous la porte ou de quitter la France ?…

Cette proposition de loi n’a décidément rien d’« une loi de liberté individuelle qui crée un nouveau droit mais n’enlève rien à personne »…

Et quoi qu’en dise le gouvernement ou la présidente de l’Assemblée Nationale, cette loi n’est pas non plus un texte « équilibré » ni « strictement encadré ».

 

Un texte terriblement permissif

C’est ainsi qu’un délai de réflexion de 48 heures est jugé suffisant pour qu’un patient confirme ou non une demande de suicide assisté ou d’euthanasie, ce qui ferait de la loi française une des plus expéditives au monde (ce délai étant d’un mois en Belgique et de trois mois au Canada).

Quant aux garanties prévues par le texte, elles paraissent bien illusoires : c’est notamment le cas de la commission chargée de vérifier le respect de la procédure « d’aide à mourir », qui ne peut se réunir qu’a posteriori, c’est-à-dire après la mort du patient…

Il faudrait être bien naïf pour ne pas comprendre que ces prétendus garde-fous évolueront très rapidement, qu’ils seront progressivement élargis et qu’ils sauteront les uns après les autres, comme cela s’est effectivement produit dans l’ensemble des pays qui ont légalisé l’euthanasie (Belgique, Pays-Bas, Canada).

C’est d’ailleurs ce que reconnaissent, en privé, ses partisans les plus acharnés, parmi lesquels le professeur Jean-Louis Touraine (membre éminent de l’ADMD, l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) selon qui « il faut obtenir le plus possible dans la première loi, et surtout, une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans » pour l’étendre aux mineurs, aux malades mentaux ainsi qu’aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer
(cf. l’enregistrement vidéo du 30 novembre 2024).

Et puis, comment pourrait-on prétendre mener une politique de prévention du suicide digne de ce nom, tout en faisant du « suicide assisté » un véritable droit, dans un pays comme le nôtre où le suicide est hélas, la première cause de mortalité des jeunes ?

« L’interdit de tuer est une protection pour tous » rappelait il y a quelques jours Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune. Il n’est pas de garde-fou plus fiable et plus incontournable que celui-là.

 

Le témoignage des médecins et des soignants

Pour les personnes considérées comme « éligibles », la « proposition de loi Falorni » privilégie le « suicide assisté » ; elle prévoit néanmoins que l’euthanasie puisse être pratiquée par un médecin ou un infirmier si le patient n’est plus en mesure de se donner lui-même la mort…

Le fait est qu’une grande majorité de médecins, mais aussi des professionnels de santé (en particulier ceux qui exercent dans une unité de soins palliatifs), sont foncièrement hostiles à l’euthanasie, ou n’admettent pas que le fait de donner la mort puisse être assimilé à un soin.

La vocation du médecin et de l’ensemble du corps médical n’est-elle pas de soigner ou de soulager, et non de supprimer celui qui souffre ?

Un journaliste qui voulait connaître l’opinion d’un médecin généraliste sur l’ « aide à mourir », s’était entendu répondre : « Il existe des seuils que la médecine doit refuser de franchir pour rester humaine  »…

Faut-il également rappeler l’importance du Serment d’Hippocrate (IVème siècle avant Jésus Christ) que prononce tout médecin en début de carrière (« Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ») ? Faudra-t-il prochainement modifier le Code de déontologie médicale selon lequel « le médecin doit accompagner le mourant jusqu’à ses derniers instants, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d’une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage. Il n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort » (art. R 4127‑38.) ?

Or, les médecins et les professionnels de santé concernés le savent bien : il est toujours possible de soulager sans donner la mort, et la quasi-totalité des patients qui réclament l’euthanasie finissent par y renoncer lorsqu’ils sont correctement pris en charge dans une unité de soins palliatifs…

 

L’élimination programmée des plus vulnérables

En l’état actuel des choses, soit près de 30 ans après le vote de la loi du 9 juin 1999 « visant à garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs », la moitié des Français n’ont toujours pas accès à des soins palliatifs de qualité et une vingtaine de départements en sont encore entièrement dépourvus.

Dans ces conditions, « la mort administrée ne risque-t-elle pas de devenir une partie de la réponse des pouvoirs publics aux défaillances de la prise en charge des malades ? » (Alain Milon, rapporteur du texte, le 7 juillet 2026 au Sénat) ?

Ceux de nos concitoyens qui vivent aujourd’hui dans de véritables déserts médicaux, subissent de plein fouet la dégradation de notre système de santé et ne peuvent pas non plus bénéficier d’une prise en charge au sein d’une unité de soins palliatifs, ne seront-ils pas nécessairement incités à demander le suicide assisté ou l’euthanasie ? Les plus vulnérables, les plus isolés ou les plus dépendants, qui n’ont ni les ressources ni les relations suffisantes pour s’en sortir par eux-mêmes, seront bel et bien les premières victimes de « l’aide à mourir » qu’on leur propose.

« L’idée d’une mort  »digne et choisie » est une fiction bourgeoise dont les milieux populaires seront les premières victimes » déplore à juste titre le député socialiste Dominique Potier.

De fait, il sera demain « plus facile de demander la mort que d’obtenir un soin», mais aussi « plus facile et bien plus économique d’accéder à l’euthanasie qu’à une unité de soins palliatifs ».

Une députée Renaissance n’est-elle pas précisément allée jusqu’à reconnaître, en février dernier, en commission des affaires sociales, à l’Assemblée nationale, que le suicide assisté et l’euthanasie seraient proposés aux patients en fin de vie « qui n’ont pas accès aux soins palliatifs » ?

Les plus idéologues présentent volontiers le suicide assisté et l’euthanasie comme « l’ultime liberté » de l’homme ou « l’expression du libre arbitre absolu» (cf. le sénateur communiste Pierre Ouzoulias le 21 janvier 2026). Mais que vaut cette prétendue liberté individuelle ou ce prétendu droit de disposer de sa vie pour une personne vulnérable qui n’a pas la possibilité ni les moyens de se soigner et ne peut bénéficier des soins palliatifs ?

Enfin, comment ne pas voir ou ne pas comprendre qu’en réalité, la loi sur le suicide assisté et l’euthanasie fera peser sur les personnes malades, handicapées ou en fin de vie considérées comme « éligibles », une pression aussi terrible qu’insidieuse : celle qui consiste à se demander si l’on n’est pas devenu pour sa famille, ses proches, le corps médical et la Sécurité sociale, un poids ou une charge financière insupportables, à se demander s’il ne vaut pas mieux abréger son existence et s’en aller plutôt que de s’accrocher à la vie…

Le risque est d’autant plus avéré que si l’on en croit une étude de la Fondapol, l’euthanasie permettrait de réaliser 1,4 milliard d’euros d’économies par an, dont les principales mutuelles de santé, qui militent activement pour l’euthanasie, seraient naturellement les premières à profiter…

« L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures » prophétisait (si j’ose dire) Jacques Attali en 1981.

Puisse l’avenir ne pas lui donner raison…

 

« Tu ne tueras pas »

Nous ne nous lasserons jamais de dire et de répéter que la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie est absolument contraire au Vème Commandement du Décalogue (« Tu ne tueras pas »), et qu’elle elle est inconciliable avec l’enseignement constant de l’Église selon lequel « L’euthanasie volontaire, quels qu’en soient les formes et les motifs, constitue un meurtre. Elle est gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. » (CEC 2324).

Indépendamment de toute considération religieuse ou confessionnelle, la protection de la vie humaine innocente et l’interdit de tuer sont non seulement des valeurs universelles qui s’imposent à tous et à chacun, mais des principes essentiels sur lesquels repose, depuis des millénaires, la vie en société.

Légaliser le suicide assisté et l’euthanasie constituerait donc bel et bien une rupture anthropologique majeure, dont on est encore loin de mesurer l’extrême gravité et les conséquences.

Nous ne cesserons pas non plus de rappeler que la seule alternative possible à « l’aide à mourir » réside, pour l’essentiel, dans le développement et la généralisation des soins palliatifs, de telle sorte qu’ils soient non seulement présents sur l’ensemble du territoire national, mais réellement accessibles à tous. Encore faut-il que les pouvoirs publics, qui se sont jusqu’à présent contentés de légiférer, se décident à faire des soins palliatifs une véritable priorité budgétaire.

Peut-on raisonnablement espérer que le Premier ministre se décide in extremis à suspendre l’examen de cette proposition de loi, il en a théoriquement le pouvoir ?

S’il est désormais permis d’en douter, il n’est en revanche pas trop tard pour écrire aux députés, qui devront, en tout état de cause, assumer la responsabilité de leur vote…

Puisse, enfin, le Seigneur, à qui rien n’est impossible, préserver la France d’une loi de mort dont les conséquences seraient terriblement dramatiques et probablement irréversibles.

« Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance » (Dt 30, 19).

 

+Marc Aillet

Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Fait à Bayonne, le 10 juillet 2026

« La Syrie a besoin de tous ses enfants et chacun doit y trouver sa place »

Le 7 juillet, Emmanuel Macron était le premier chef d’Etat européen à se rendre à Damas, pour rencontrer le président Syrien, Ahmed Al-Charaa. « La Syrie a besoin de tous ses enfants et chacun doit y trouver sa place » a déclaré Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien. « Sans doute est-ce là un grand défi, car il vous faut rassembler les Syriens, convaincre ceux qui ont fui que leur avenir est désormais ici ».

Plusieurs protocoles d’accords avec des entreprises françaises ont été signés, notamment au sujet de l’exploitation du port de Lattaquié, de la construction du pont d’Idleb. Les sujets gaziers et pétroliers n’ont pas été oubliés. On notait dans la délégation, la présence de Patrick Pouyanné, PDG de Total Energies et de Rodolphe Saadé, PDG de la CMA-CGM.

La France rend des pièces de musée

Vingt-trois pièces des musées de Damas, Alep, Lattaquié et Palmyre avaient été prêtées par la Syrie à l’Institut du monde arabe en 2011, juste avant le début de la guerre. Après 16 ans, elles ont été enfin rendues à la Syrie, à l’occasion de la venue d’Emmanuel Macron à Damas. Parmi les œuvres, figuraient notamment, la Déesse al-Lât montée sur un chameau, un Bas-relief aux dieux syriens datant tous les deux du Ier siècle ou encore la Statuette omeyyade de femme couronnée datant du au VIIIe siècle.

Depuis 1979, la Syrie était considérée par les Etats-Unis comme un état « parrain du terrorisme ». Le 8 juillet dernier, Marco Rubio, secrétaire d’État américain a annoncé qu’après avoir levé les sanctions, « le président Trump a informé le Congrès de l’intention de son administration de retirer la désignation de la Syrie en tant qu’État parrain du terrorisme à l’issue d’une période de préavis de 45 jours. Il s’agit là d’une nouvelle mesure historique prise par le président Trump pour offrir au peuple syrien une chance de renouer avec la grandeur ». « Nous avons tourné la page d’un chapitre sombre de l’histoire de la Syrie » s’est réjoui Assaad al-Chaibani, ministre syrien des affaires étrangères.

Source : SOS Chrétiens d’Orient

Crimes sexuels : l’idéologie du genre compromet la capacité de la presse à dire la vérité

Un homme qui se prend pour une femme a été arrêté à Granby, au Québec, pour agressions sexuelles sur plusieurs enfants alors qu’il travaillait comme baby-sitter. Certains enfants avaient à peine quatre ans. Emma Grégoire, 27 ans, également connu sous les noms de Cédric Grégoire et Cédrick Grégoire, a comparu pour la première fois devant le tribunal à la mi-juin pour des accusations d’agression sexuelle sur mineur et de possession de matériel pédopornographique. Depuis, dix nouvelles accusations ont été portées contre lui, notamment pour « contact sexuel avec un mineur », agression sexuelle et « production de matériel pédopornographique ».

La police a déclaré que le pédophile présumé « avait établi des liens de confiance avec de jeunes mères de sa communauté », leur avait proposé des services de garde d’enfants, puis avait abusé sexuellement des enfants qui lui avaient été confiés entre janvier 2022 et juin 2026. Selon Reduxx :

Parmi les victimes connues, l’une avait 4 ans au moment des faits, et une autre 6. La police croit qu’il y a d’autres victimes et lance un appel public aux parents qui auraient été en contact avec Grégoire dans les régions de la Haute-Yamaska, de l’Estrie et de la Montérégie afin qu’ils communiquent avec leur service de police local. Puisque plusieurs victimes ont déjà été identifiées dans diverses juridictions du Québec, la Structure intégrée de gestion des enquêtes sur les crimes majeurs, coordonnée par la Sûreté du Québec, a été déployée afin de mutualiser les ressources policières et de mieux protéger les victimes.

Une grande partie de la presse canadienne a présenté cette affaire comme celle d’une pédophile s’attaquant à des enfants. Si aucun média anglophone n’a encore couvert l’affaire, La Presse, Radio-Canada et TVA Nouvelles ont toutes désigné la suspecte comme une femme, tout comme la police.

Le fait d’identifier des criminels masculins – en particulier ceux coupables de crimes généralement commis par des hommes – comme étant des femmes est sans doute l’un des exemples les plus frappants de la façon dont l’idéologie du genre pervertit les institutions et compromet fondamentalement la capacité de la presse (sans parler des forces de l’ordre) à dire la vérité.

Pour ceux qui pensent que cette affirmation est exagérée, prenons quelques exemples.

Manfred Sperling, reconnu coupable en 2001 de délit sexuel dangereux pour une série d’agressions sexuelles contre des femmes et pour avoir agressé et menacé une fillette de 12 ans, se fait désormais appeler « Amanda Cooper » et affirme être une femme. Il a intenté une action en justice pour être transféré dans un établissement pénitentiaire pour femmes, le Service correctionnel du Canada ayant refusé sa demande de transfert en raison du danger qu’il représente pour les détenues. Radio-Canada, la chaîne de télévision publique canadienne, a déclaré :

« Un tribunal décidera s’il convient de la transférer dans un établissement pour femmes. »

En 2024, Levana Ballouz, un Québécois, a été reconnu coupable d’avoir poignardé mortellement sa conjointe, puis d’avoir étouffé leurs deux enfants, âgés de cinq et deux ans. Le juge l’a qualifié de « sadique » et de « dangereux ». Radio-Canada l’a décrit comme une femme, bien que même son dessinateur n’ait pas réussi à lui donner une apparence féminine. Jugez plutôt de cette magnifique formule de propagande :

« Ballouz, 38 ans, était connue sous le nom de Mohamad Al Ballouz au moment de son inculpation. Une fois reconnue coupable, elle a demandé à purger sa peine dans un pénitencier fédéral pour femmes. »

Un délinquant sexuel si dangereux qu’un juge albertain lui a infligé une peine indéterminée a été décrit par Radio-Canada comme suit : « Lucy Blackplume, 30 ans, qui a commis ses crimes en Alberta et en Saskatchewan sous le nom de Josiah Blackplume, a récemment plaidé coupable d’agression sexuelle armée et de voies de fait causant des lésions corporelles. » À un moment donné, Blackplume a tenté de violer une femme sous la menace d’un couteau. Radio-Canada ajoute : « La plupart de ses condamnations concernent des actes de violence sexuelle. »

À lire la presse canadienne, on pourrait croire qu’au cours de la dernière décennie, le nombre de femmes pédophiles et de femmes violant d’autres femmes a explosé. Cette impression serait due aux termes délibérément choisis par les journalistes et les rédacteurs. Or, ces termes sont mensongers et doivent être considérés comme tels.

Grand remplacement britannique

Muhammad a été le prénom le plus donné aux nouveaux-nés d’Angleterre et du Pays de Galles, en 2025, pour la troisième année consécutive.

Le CESE est “inapproprié”

Voici les justifications foireuses du CESE quant au cocktail visant à célébrer la loi sur l’euthanasie :

Pour mémoire, le CESE proposait de réserver transport et hébergement pour cette petite “sauterie” :

A quand la dissolution du CESE ?

Permis de tuer, surtout les vieux, les faibles, les déprimés, les sous-tutelle, et les pauvres…

De Marion Duvauchel pour Le Salon beige :

Il semblait acquis que la valeur d’une civilisation se mesure moins à sa capacité de conquérir et de s’armer qu’à celle de protéger la veuve et l’orphelin, (figure métonymique pour les plus fragiles). Jose Luis Borges avait écrit une Histoire universelle de l’infâmie. La cécité isolait ce vieil argentin élevé dans une bibliothèque. Son livre est un recueil délicat pour les bobos parisiens et leurs échanges mondains. L’histoire vraie de l’infâmie reste à écrire et la France y occupera une place centrale. En dehors de la noire période au cours de laquelle l’Allemagne nazie organisait son Aktion 4, je ne vois pas où on aura fait pire que sous la France de 2027, sous le mandat d’Emmanuel Macron ; je ne vois pas quand on sera allé aussi loin dans l’organisation légale du crime. Même les civilisations précolombiennes ne tuaient – par milliers – les nourrissons que rituellement.

Par les réseaux sociaux, qu’on s’apprête à mettre en coupe réglée, on peut écouter l’intervention du député Philippe Juvin. Il n’a pas la sirupeuse intonation du pape Léon XIV ni son sourire de Bouddha serein. Dans son juste emportement, il liste quelques points que la presse se garde bien de commenter… Délai de réflexion en Belgique pour mourir, un mois ; au Canada, deux mois ; en France… deux jours. L’avis souhaité, demandé, requis, du médecin traitant et d’un psychiatre ? refusé. C’est que le temps que la consultation se mette en place avec les deux experts, le patient aura eu le temps de changer d’avis douze fois, ou tout simplement de décéder paisiblement. Non, ce n’est pas une loi d’ultime recours : même les patients qui ne sont pas dans la dernière étape de la maladie pourront entrer sous le coup de cette loi d’une fabuleuse générosité.

Il était proposé une commission de contrôle avant le geste. Refusé. Elle se réunira ensuite. Il était proposé qu’un déficient mental, un bipolaire ne puisse être euthanasié. Refusé. Mais un majeur sous tutelle qui ne peut signer un chèque pourra demander l’euthanasie. Qui peut prétendre ignorer que toutes les familles ne sont pas aimantes, qu’il y a des héritages qui se font attendre et des maladies bien contraignantes pour des familles aux valeurs élastiques ? Il était proposé qu’un juge vérifie l’absence de pression ou d’abus de faiblesses. Refusé.

Quand on connaît les lenteurs de la justice et de la santé, ces restrictions auraient permis de mettre à cette loi de solides bâtons dans les roues. Aujourd’hui, même les enfants peuvent être euthanasiés. Les Pays-Bas ont ouvert le bal, les autres suivront, n’en doutons pas.

Quant à voir un prêtre ? Un membre habilité de sa confession d’appartenance ? ça n’a même pas été évoqué.

Que nous dit la presse « catho » ? Jetons un œil sur le Pèlerin. On chercherait en vain une analyse un peu sérieuse, un rappel de l’anthropologie chrétienne : « Tu ne tueras pas »… Mais on peut lire ce titre plein d’éclatant venin : En Belgique, l’euthanasie a changé le quotidien des soignants, titre qui ouvre sur tout un ensemble de témoignages divers. Allons sur le site Zénith où on peut lire ce propos du pape Léon XIV : La vérité est un bien à partager et non un territoire à défendre. La vérité n’est pas seulement un bien à transmettre et à communiquer, elle est aussi un bien à défendre. Comme la vie.

Devant cette littérature pour niaiseux, il est bon d’aller lire ou relire un « vieux » qui a gardé jusque dans la grande vieillesse l’invincible jeunesse de l’esprit et la sève de la jeunesse : François Mauriac. En 1969, (il était âgé de quatre-vingt-quatre ans), il commentait dans son Bloc-Notes la grande découverte du Danemark cette année-là : le mariage à quinze…  Ce qui a frappé Mauriac, c’est le ton du reporter, un ton neutre, qui ne juge pas, ne critique pas : « ils cherchent un remède à la solitude des couples et à la lassitude conjugale ». Pourquoi ? Ils ont eu le temps de la connaître ? Et le reporter note qu’« il n’est pas obligatoire que toutes les filles couchent avec tous les garçons mais c’est presque toujours le cas ».

Cette voix d’outre-tombe nous rappelle que « la jeunesse n’est pas un état durable mais une vague qui ne reste nouvelle que le temps d’écumer et d’être recouverte par une autre ». Du haut de sa longue vie et depuis son âme chrétienne, il porte alors un jugement sans appel sur ce « mariage à quinze » : « toute considération morale ou religieuse écartée, il reste que cette folie dont vous traitez si gravement ne correspond pas à la condition humaine et ne pourra être le fait que de quelques privilégiés, si la chiennerie peut être considérée comme un privilège ».

Le grand obstacle du « mariage à quinze » c’est l’instinct de jalousie. C’est pourquoi assure le reporter, « rien n’aide mieux que la littérature porno qui habitue les garçons à l’amour en commun ».

Voilà pourquoi l’Education Nationale s’est employée depuis quelques décennies à libérer les instincts et en particulier l’instinct sexuel. « Ceux qui ont l’expérience de Dieu savent que la pureté de cœur est la première condition à l’union avec Lui ». Cette libération des instincts – et donc des mœurs – dont on voit aujourd’hui, me semble-t-il, le dernier acte (peut-on aller plus loin dans l’ignominie ?) a été facilitée parce que l’Eglise employait ses forces ailleurs : à développer sa nouvelle image, ses nouveaux outils, sa vision synodale, etc….

On tue, messieurs les curés, on a commencé par organiser la grande corruption des âmes à partir de la perversion de l’instinct sexuel et de l’identité sexuelle. Bientôt on tuera les corps vieux, les corps malades, les inutiles. Non pas pour la liberté, personne n’est dupe, mais parce que le pays est ruiné, qu’il faut rembourser la dette et qu’il n’y a plus d’argent. Or, les vieux, ça coûte et ça coûte cher.

De quoi nous bassine-t-on en ce moment sur les chaînes publiques ? De la clim. Mais pourquoi vouloir faire installer des clims dans les EPHAD ? Puisqu’on veut euthanasier les vieillards : qu’on les laisse mourir simplement de la canicule…

Croit-on qu’une société qui opte aussi délibérément, ouvertement, méthodiquement pour l’assassinat programmé de tous les faibles, les vieillards, les malades, et aussi les enfants, peut continuer à vivre ? Quand une société est devenue trop radicalement mauvaise, elle est rayée de la face de la terre. L’Eglise a consacré bien trop de temps à courir après le tramway appelé « modernité ». Elle y a gagné un schisme et une assistance à la messe qui est tombé à 2%. Et un immense discrédit. Il est temps pour elle de remettre en état et en circulation le vieux train qui courait à travers montagnes et vallées en sifflant, pas seulement trois fois : « justice et fidélité, justice et paix, préparez le chemin du Seigneur, car Il vient…. Car les choses vont par deux dans l’Ancien Testament. Et quand elles vont par trois c’est le Seigneur qui parle :  Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Un chemin n’est pas un territoire, il le traverse et il le constitue.

N’en doutons pas, Il viendra.

En attendant, un collectif de solides couillons se mobilise pour demander la canonisation de Robert Schumann.

La Vie Chrétienne Victorieuse – L’État, l’Église et le chrétien : une perspective biblique

Si le monde entier était composé de vrais chrétiens, le gouvernement civil serait inutile. Mais le monde étant ce qu’il est, marqué par la Chute, Dieu a établi deux gouvernements distincts : le gouvernement spirituel, exercé par le Saint-Esprit sous l’autorité du Christ, et le gouvernement temporel, exercé par le glaive, pour contenir le mal parmi les hommes.

L’origine divine et le but du magistrat civil

L’origine de l’autorité civile n’est ni le fruit d’un contrat social, ni une invention humaine née de l’évolution des cultures. Selon le témoignage unanime des Écritures, le gouvernement civil est une institution divine, établie par Dieu pour la gestion d’un monde déchu. Après le déluge, Dieu confie pour la première fois la responsabilité du gouvernement humain à l’homme lui-même, afin de réprimer la violence. En Genèse 9:6, le principe de la justice rétributive est posé :

« Qui verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé.»

C’est le fondement de ce que la théologie appelle le « pouvoir du glaive ». Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul formalise cette doctrine de manière définitive :

« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu. De sorte que celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordonnance de Dieu » (Romains 13:1-2).

Le texte inspiré va jusqu’à qualifier le magistrat civil de « serviteur de Dieu » (diakonos), établi pour le bien du citoyen. Sa mission est double : maintenir l’ordre public en punissant les malfaiteurs, et encourager ceux qui pratiquent le bien (1 Pierre 2:14). Sans cette barrière institutionnelle, la société sombrerait dans l’anarchie, un état que le livre des Juges décrit à plusieurs reprises et avec effroi : « Chacun faisait ce qui était bon à ses propres yeux ».

La responsabilité du chrétien envers les autorités

La Bible ne conditionne pas l’obéissance civile à la piété ou à la moralité des gouvernants. Lorsque Paul écrit aux Romains, ou lorsque Pierre rédige sa première épître, l’Empire romain est dirigé par des empereurs païens, parfois cruels et corrompus. Pourtant, le devoir du croyant reste entier et se décline en trois axes majeurs.

Le chrétien est appelé à se soumettre aux lois du pays, non par simple crainte du châtiment, mais « par motif de conscience » (Romains 13:5). Cela inclut le respect des institutions et des personnes qui les incarnent.

L’acquittement des obligations financières ; question tranchée par le Seigneur lui-même : « Rendez donc à César ce qui est à César » (Matthieu 22:21). Paul confirme qu’il faut rendre à chacun ce qui lui est dû : la taxe à qui l’on doit la taxe, le péage à qui l’on doit le péage (Romains 13:7).

Et l’intercession spirituelle ; un ordre formel transmis par Paul. Le peuple de Dieu doit prier pour les rois et pour tous ceux qui sont haut placés. Le but de cette prière n’est pas politique, mais pratique : « afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté » (1 Timothée 2:1-2).

Les limites absolues de l’autorité civile

Si l’autorité de l’État est légitime, elle n’est jamais absolue. Elle est déléguée par Dieu, et le délégué reste soumis au Souverain suprême. L’État dépasse ses prérogatives lorsqu’il exige ce qui appartient exclusivement à Dieu : la conscience, la foi et l’adoration. Le principe de la désobéissance civile légitime est clairement illustré dans le livre des Actes. Lorsque le Sanhédrin interdit aux apôtres de prêcher au nom de Jésus, Pierre et les apôtres répondent fermement :

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5:29).

Le chrétien doit donc refuser d’obéir si l’État lui ordonne de faire ce que Dieu interdit, ou s’il lui interdit de faire ce que Dieu ordonne. Même dans ce cas, la résistance chrétienne reste purement spirituelle et morale ; elle ne recourt jamais à la sédition ou à la violence charnelle, acceptant, s’il le faut, de souffrir injustement pour le nom du Christ.

L’autorité religieuse selon la Bible : l’ordre dans la maison de Dieu

Si Dieu a établi le gouvernement civil pour régler la vie des hommes dans le monde, il a instauré un tout autre mode de gouvernement pour son peuple assemblé. L’autorité ecclésiastique diffère radicalement de l’autorité civile, tant par sa nature que par ses méthodes et sa finalité. Elle ne s’exerce pas par la contrainte physique, mais par la puissance de la Parole de Dieu et du Saint-Esprit.

Le premier principe théologique de l’autorité dans l’Église est qu’elle n’appartient en propre à aucun homme. Jésus-Christ est le Chef suprême de l’Église, qui est son corps :

« Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Église, qui est son corps… » (Éphésiens 1:22).

Toute autorité humaine dans l’Église n’est qu’une intendance, un service rendu sous le regard du divin Maître. Jésus a mis en garde ses disciples contre la tentation de calquer le fonctionnement de l’Église sur celui des nations, où les chefs dominent et exercent le pouvoir avec autorité :

« Il n’en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur » (Matthieu 20:25-26).

L’autorité spirituelle ne dérive donc ni d’un diplôme, ni d’un statut social, ni d’un pouvoir politique. Elle se manifeste par une stature morale et spirituelle. Les termes employés dans le Nouveau Testament sont les anciens (presbytres) ou les surveillants (épiscopes). Ils désignent des hommes éprouvés, dont les caractéristiques sont énumérées en 1 Timothée 3 et Tite 1 : irréprochables, attachés à la vraie doctrine, capables d’enseigner, et manifestant de la sagesse dans la conduite de leur propre foyer.

Les outils de l’autorité spirituelle : le pouvoir des clés

Contrairement au magistrat civil qui porte le glaive, l’Église utilise des armes spirituelles :

« Car les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles » (2 Corinthiens 10:4) ;
« Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme » (Éphésiens 6:11).

L’autorité religieuse s’exerce ainsi principalement par deux moyens. D’une part, la proclamation de la vérité : l’autorité de l’enseignant ne réside pas dans sa propre parole, mais dans sa fidélité aux Écritures. Si ce qu’il enseigne n’est pas conforme à la Bible, sa parole n’a aucun poids spirituel légitime. D’autre part, la discipline ecclésiastique, que Matthieu 18:18 désigne par l’expression « lier et délier ». Si un membre de la communauté s’égare dans un péché flagrant ou une hérésie destructrice, les conducteurs spirituels ont le devoir de reprendre, d’exhorter et, en dernier recours, d’ôter le méchant du milieu d’eux (1 Corinthiens 5:13). Cette mesure n’est jamais punitive au sens pénal, mais restauratrice : elle vise à préserver la sainteté de la maison de Dieu et à amener le pécheur à la repentance.

Tous les croyants sont invités à respecter cette autorité partagée :

« Obéissez à vos conducteurs et soyez soumis, car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte » (Hébreux 13:17).

La nécessaire séparation des sphères civile et religieuse

La lecture attentive de ces sources bibliques démontre le danger de la confusion des pouvoirs. En Israël, la royauté (le pouvoir politique et militaire) et le sacerdoce (le pouvoir religieux) devaient impérativement rester séparés. L’histoire biblique montre que chaque fois que les deux sphères se sont mélangées, le déshonneur en a découlé.

Dans l’Ancien Testament, « L’Esprit de l’Éternel se retira de Saül » parce que le roi Saül avait violé l’ordre théocratique établi par Dieu en offrant l’holocauste à la place de Samuel, ce qui conduisit à la déchéance de sa lignée royale (1 Samuel 13 & 16:14). Pareillement, le roi Ozias fut frappé de lèpre pour avoir voulu usurper les fonctions sacerdotales en offrant l’encens dans le temple (2 Chroniques 26).

L’Église n’est pas un État théocratique ; elle est composée de citoyens célestes qui traversent ce monde comme des étrangers et des voyageurs (1 Pierre 2:11). Par conséquent, l’Église n’a pas à dicter les lois civiles d’un monde incrédule, bien qu’elle agisse comme le sel et la lumière de la terre par son témoignage moral, et l’État n’a aucun droit de regard sur la doctrine, le culte, l’élection des conducteurs ou la discipline interne de l’Église.

Chaque autorité doit rester dans les limites du mandat que Dieu lui a confié. Le chrétien fidèle marche dans ce monde en respectant scrupuleusement le magistrat civil pour tout ce qui concerne la vie civique, tout en réservant l’allégeance absolue de sa conscience et de sa foi au Seigneur Jésus-Christ, qui gouverne son Église par sa Parole. En maintenant cette distinction claire, le croyant reflète l’ordre divin et rend un témoignage pur au milieu d’une génération corrompue.

L’attitude de Jésus face aux autorités : un paradoxe fécond

Quelle était donc l’attitude de Jésus face aux autorités ? Elle s’articulait autour d’un paradoxe central : une soumission absolue sur le plan spirituel, couplée à une liberté radicale sur le plan terrestre. Jésus ne manifeste ni rébellion politique, ni complaisance aveugle ; il redéfinit la source même du pouvoir. Au sommet de sa vie relationnelle se trouve une soumission absolue et filiale à Dieu son Père. Cette autorité spirituelle est son unique boussole ; elle légitime ses actes et dicte sa mission, résumée par sa volonté constante de ne pas faire sa propre volonté, mais celle de Celui qui l’a envoyé.

Face aux autorités religieuses juives de son temps (pharisiens et sadducéens), Jésus adopte une posture de contestation radicale. S’il respecte la Loi de Moïse, il rejette fermement l’hypocrisie et le poids des traditions humaines qui en dénaturent l’esprit. En se proclamant « maître du sabbat » et en plaçant l’amour et la miséricorde au-dessus des rituels, il désarme leur légitimité spirituelle, s’attirant leur hostilité mortelle.

Enfin, vis-à-vis du pouvoir romain, force d’occupation païenne, Jésus fait preuve d’une neutralité subversive. Sa célèbre formule « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Luc 20:25), pose une distinction nette entre le devoir civique et l’allégeance spirituelle. Devant Pilate, il ne conteste pas l’autorité de l’État pour le juger, mais il en rappelle la limite stricte :

« Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut » (Jean 19:11).

En somme, Jésus relativise toutes les autorités terrestres. En refusant le titre de messie politique, il démontre que son royaume n’est pas de ce monde.

Le renversement final : Christ, Magistrat suprême

L’étude des autorités, de leurs structures et de leurs limites, trouve son point culminant et sa résolution définitive dans la personne de Jésus-Christ. Tout au long de son ministère terrestre, Jésus s’est confronté aux pouvoirs de son époque. En acceptant de se soumettre au verdict du Sanhédrin et au décret de Ponce Pilate, il a semblé, aux yeux de l’Histoire, être le sujet impuissant d’un système judiciaire injuste. Le monde a cru le juger, le condamner et effacer son autorité dans le silence du tombeau.

Pourtant, l’Évangile opère ici le plus grand renversement de l’histoire humaine. Par sa résurrection et son ascension, le Christ est établi au-dessus de toute domination, de toute autorité et de tout pouvoir. Le paradoxe est absolu : l’accusé d’hier est le Magistrat suprême de demain. Ce monde qui l’a jugé, avec ses empires arrogants, ses tribunaux partiaux et ses dirigeants éphémères, devra un jour comparaître devant son tribunal. Les rôles seront alors définitivement inversés ; ceux qui ont exercé l’autorité terrestre plieront le genou devant l’autorité céleste.
Ainsi se referme le cercle théologique : les deux gouvernements, civil et religieux, institués par Dieu pour le temps présent, trouvent leur origine, leur légitimité et leur terme dans la Seigneurie du Christ, à qui tout jugement a été remis.

Par conséquent, au milieu de ces deux ordres d’autorité distincts, le chrétien véritable marche avec discernement, droiture et sans compromis. Il honore le magistrat comme serviteur de Dieu dans la sphère terrestre, sans jamais lui livrer ce qui appartient à Dieu seul. Il reconnaît les conducteurs spirituels, non comme des maîtres de sa foi, mais comme des serviteurs chargés de veiller sur son âme. Dans toutes choses, sa conduite est gouvernée par une conscience éclairée par la Parole de Dieu.

Étranger ici-bas, mais soumis pour l’amour du Seigneur, il rend à chacun ce qui lui est dû, tout en gardant son cœur inviolablement attaché au Christ. Ni la pression du monde, ni les dérives religieuses ne peuvent détourner celui qui a appris à placer toute autorité à sa juste place, sous le regard du Dieu souverain. C’est ainsi, dans une humble fidélité, qu’il rend témoignage à la vérité, attendant le jour où toute autorité sera manifestement soumise à Celui qui est Seigneur de tous.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

L’Institut Des Sciences Sociales Economiques Et Politiques s’installe à Paris

L’Institut fondé par Marion Maréchal ouvre un nouvel établissement à Paris :

“En demandant pour ses citoyens l’accès à l’euthanasie, c’est sa propre euthanasie que la France demande”

Dans Le Figaro, Michel Houellebecq publie une longue tribune contre l’euthanasie. Extrait :

Balades à Djeddah, la perle de l’Arabie saoudite

Troisième et dernière partie de la trilogie journalistique réalisée par Antoine Bordier, auteur, biographe et consultant

Nous sommes le 28 février 2026, je suis arrivé à Djeddah, hier, la veille du déclenchement des opérations militaires israélo-américaine contre l’Iran. Cette ville est une capitale à elle toute seule, peuplée de 4 millions d’habitants, dont la superficie tentaculaire fait 52 fois celle de Paris. Elle embrasse de ses longs bras la moitié de l’Ile de France. C’est dire !

Elle est une ville portuaire incontournable depuis l’Antiquité. C’est là que le prince héritier, Mohammed ben Salmane, reçoit ses hôtes prestigieux, loin des bruits et des regards de la capitale. La guerre change la donne et renforce le rôle stratégique de cette grande ville, qui pourrait voir ses investissements être multipliés par deux dans les 10 prochaines années. La guerre n’explique pas tout. Mais il est vrai que, pendant la semaine où je vais y résider les bruits de guerre resteront cantonnés à l’est du pays, au Golfe Persique, à 1 400 km de là.

Reportage sur cette ville que l’on appelle, aussi, « la porte sainte » de La Mecque.

Je n’ai jamais vu un aéroport d’une telle couleur : orange. C’est celui de Djeddah, le King Abdulaziz International Airport. J’ai l’impression d’être sur une autre planète, au milieu du désert. Vue du ciel, sa silhouette architecturale fait penser à un mollusque échoué sur le sable ou aux pinces d’un crabe. Sa conception architecturale est française.

La climatisation tourne à plein régime en cette période hivernale où les températures avoisinent les 30°C. Dehors, outre les autres passagers qui se rendent à La Mecque pour le Ramadan, il n’y a presque personne. C’est la première fois que je vois des musulmans habillés dans leur tenue religieuse traditionnelle : celle d’Ihram, qui est composée de deux pièces de tissu en coton blanc. L’épaule et le bras droit sont dégagés.

Ce blanc m’intrigue, j’y décèle – ce qui est le cas – plus qu’un simple symbole de pureté. Une nécessaire volonté de se purifier, car c’est cela finalement le pèlerinage à La Mecque : un temps de purification. Je remarque que les enfants portent aussi la même tenue. Ce qui n’est pas le cas des femmes devant uniquement porter une tenue pudique.

 

Son port illustre

Aujourd’hui, c’est ici qu’accostent les 69% des marchandises importées qui seront distribuées, par la suite, dans une grande partie du pays, et principalement dans la région du Hedjaz, La Mecque et Médine.

Avant l’avènement de l’islam, Djeddah a fait l’objet de nombreuses conquêtes, comme celles des Egyptiens au 10e siècle, et avant eux les Romains. Le port est un passage obligé, un carrefour entre la mer et les océans, et la route de la soie, celle de l’encens et des épices, celle du bois et de la bière, celle du vin.

Son existence daterait de 2 500 ans. Mais, bien avant, selon la légende, c’est là qu’Eve, la première femme de l’humanité aurait terminé ses jours. C’est, d’ailleurs, pour cela qu’elle s’appellerait ainsi : Djeddah (Jida en arabe). Cela signifie « grand-mère ».

Le petit village de pêcheurs a bien changé. Leurs cabanes sont devenues des palaces des Mille et Une Nuits.

Aujourd’hui, dans la matinée, il est difficile de voir des pêcheurs. Car, ils sont de moins en moins nombreux et la pêche est devenue industrielle. Les petits pêcheurs ont troqué leur barque pour une voiture ou un mini-bus dans lequel ils baladent les touristes. Certains anciens, des nostalgiques, continue à l’appeler « la fiancée de la mer Rouge ». Formule que reprend Ludovic Pouille, Envoyé spécial pour la reconstruction au Moyen-Orient, auprès du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

« La porte » des lieux saints 

Depuis l’avènement de l’islam au 7e siècle, depuis Mahomet, Djeddah se situe à l’avant-poste de La Mecque. Il faut mettre près d’une heure en voiture pour parcourir les 80 km plein est qui séparent les deux villes. Pour des millions de musulmans venus du monde entier – ceux que j’ai rencontrés venaient d’Egypte, du Pakistan, du Turkménistan – Djeddah est, donc, la dernière étape, la dernière porte pour entrer dans la Ville Sainte.

Par nature une porte, s’ouvre et se ferme, indique un lieu, un passage, une pièce. Ici, la porte de Djeddah est grande ouverte pour les musulmans et les autres. Mais en arrivant à La Mecque, toutes les portes d’entrée se referment pour les non-musulmans. La raison ? C’est la loi islamique, la charia, qui commande et des mesures restrictives du gouvernement qui la mettent en œuvre.

Djeddah, la belle

Pour ma part, j’ai aimé pendant toute cette semaine me promener le long de ses rivages baignés de soleil. Il y règne une réelle insouciance, comme si vous étiez hors du temps, loin des bruits de la guerre, des missiles et des drones. La mer Rouge est là, belle dans son innocence, silencieuse dans son étendue, tragique dans son histoire lorsqu’elle fut le lit de nombreux combats.

Aujourd’hui, depuis l’Egypte, les pèlerins, par bateaux entiers, arrivent en masse. Ils passent la porte de Djeddah et continuent jusqu’à La Mecque. Ne pas s’arrêter à Djeddah est une erreur. Car le soir, la Fiancée de la mer Rouge y dévoile toute sa beauté. Oui, elle est belle le soir, lorsque la princesse de la nuit fait briller ses milliards d’étoiles au-dessus de ses eaux. Le conte des Mille et Une Nuits s’y miroite, alors qu’au-dessus déambulent dans l’insouciance la plus totale, tout le long de la corniche, les familles qui y grapillent la fraîcheur et les ombres. Les enfants mangent des glaces, vendues dans des petits cabanons en bois tout le long de la corniche.

Du côté du quartier d’AlHamra, au nord de la ville, au Hyatt Park Hotel, des Saoudiens et des Français travaillant au Consulat général ont pris place au bord de l’eau, non loin de la célèbre fontaine du roi Fahad, dont le jet d’eau est projeté à une hauteur qui dépasse celle du jet d’eau de Genève en Suisse. Sultan est là, attablé avec ses amis qui vont rompre le Ramadan, après le coucher du soleil. Ils discutent de la situation, de la guerre. Ils sont sereins. Khaled est un peu plus inquiet. Ahmed, quant à lui, a les yeux tournés vers La Mecque. Tous les deux sont des comptables, Sultan travaillant comme nutritionniste dans l’armée. Le restaurant est en plein air. Au-dessus de nos têtes, des lanternes se balancent au grès du vent, comme une traîne d’étoiles filantes. La lumière tamisée danse tout autour de nous avant de se jeter dans la mer Rouge. Ses embruns presque imprescriptibles caressent nos visages et les adoucissent de leurs vents venus du nord. Nous partageons le seul repas de la journée. Quel moment formidable, moment qui célèbre la rencontre, l’échange et l’amitié naissante.

Après le repas, Sultan nous emmène visiter Djeddah, la nuit. Direction la Trump Tower.

Trump, CMA CGM et le business

Alors qu’il fait la guerre à l’Iran, ici en Arabie et là à Djeddah, le président américain, via sa Trump Organization, investit à tour de bras. Ici, Trump Tower sera plus qu’une tour. Elle sera une résidence, un hôtel, un mall, des boutiques, des clubs sportifs, des restaurants gastronomiques, des parkings VIP. Une ville dans la ville. La fin des travaux est prévue en décembre 2029. Pour acquérir un appartement, il faut pouvoir débourser 450 000 euros pour un appartement avec une seule chambre. La guerre n’y a pas mis de terme. Les travaux continuent.

De son côté, il y a quelques semaines, CMA CGM et Red Sea Gateway Terminal (RSTG) ont signé un protocole d’accord pour créer une co-entreprise, une joint-venture, qui permettra la construction et l’exploitation du Terminal 4. Les travaux sont, déjà, en cours. Rodolphe Saadé s’est réjoui

« de ce partenariat avec RSGT, qui marque une nouvelle étape dans le développement du port de Djeddah et soutient la Vision 2030 de l’Arabie saoudite. En combinant l’expertise mondiale de CMA CGM à la force locale de RSGT, nous contribuerons à faire de Djeddah une porte logistique majeure sur la mer Rouge. Cet investissement reflète notre confiance dans les ambitions à long terme du Royaume et notre engagement à soutenir sa transformation économique. »

 

Al-Balad, l’histoire avec un grand H

Le quartier d’Al-Balad est quasiment désert dans la journée. Seuls y déambulent les chats et les ouvriers qui vont et viennent, travaillant à la restauration du plus vieux quartier de Djeddah, qui se situe près du musée de la mer Rouge, à trois jets de pierre du vieux port. Al-Balad, c’est un trésor architectural à ciel ouvert, à tel point que l’Etat, via son ministère de la culture, a mis sur la table plusieurs millions de dollars pour restaurer les vieux immeubles, les vieilles maisons de maître qui datent pour la plupart du 19e siècle.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ses ruelles se croisent et s’entrecroisent, formant des parcelles résidentielles et des petites placettes où il fait bon s’arrêter à l’ombre de ses grands arbres centenaires. Au rez-de-chaussée des bâtisses encore debout se trouvent des échoppes, des boutiques artisanales, des cafés, des coiffeurs, des petites galeries d’art. La plupart des façades sont embellies par les moucharabiehs, des panneaux sculptés en bois, de véritables œuvres d’art qui forment une sorte de caisson, de paravent fixe devant les fenêtres, ou devant des arcades. L’intérêt de cette structure qui vient habiller la façade est de filtrer les rayons du soleil tout en laissant passer l’air, qui se rafraichit en passant de la lumière à l’ombre.

Les ouvriers que j’interroge viennent d’Asie, d’Egypte, du Pakistan. Ils sont heureux de participer à la reconstruction du quartier. Ils se promènent de chantier en chantier en voiturette électrique.

Dans la soirée, le quartier se réveille enfin et se met à vivre paré de ses atours lumineux et de ses nombreux invités. On dirait un bal, une fête populaire. Nous vivons le moment de la rupture du jeûne, où tous les cafés sont pris d’assaut par les hommes, mais également par les femmes. Y sont servis des boissons non-alcoolisés. Plus loin, il faut marcher une dizaine de minutes pour se retrouver dans le quartier de l’or, c’est l’effervescence. Tout Djeddah s’est donné rendez-vous, et semble ne pas vouloir sommeiller.

Je dois partir. Sultan me fait rencontrer ses amis, dont un vit à Taïf. Hier, je le recontacte pour lui dire que je termine, enfin, ma trilogie journalistique sur l’Arabie saoudite. Et, il me donne quelques nouvelles : « Il n’y pas la guerre ici. L’Arabie saoudite est très sûre. Nous sommes en sécurité et tout va bien. »

Sur le chemin du retour, nous croisons Mutlaq qui nous vient du Qatar… Ici, tous sont des Bédouins !

Je décolle de Djeddah pour le… Liban. Je suis quasiment seul dans l’avion, guerres obligent !

Retrouvez la première partie de notre trilogie ici :

https://lesalonbeige.fr/voyage-en-arabie-saoudite-sous-les-bombes/

 

Et la seconde :

https://lesalonbeige.fr/a-lombre-des-jardins-de-riyad-et-de-larabie-historique/

 

De notre envoyé spécial Antoine BORDIER

Copyright des photos et montage A. Bordier

Le 15 juillet, la médecine française basculera-t-elle dans la schizophrénie ?

Illustration: « Au lit de mort» d’Edvard Munch (1863-1944).
“La vulnérabilité n’est pas une déchéance qu’il faut éliminer par la technique, elle est le dénominateur commun de notre condition humaine.”

À quelques jours de la trêve estivale, alors que les Français tournent légitimement le dos au bruit du monde, l’Assemblée nationale s’apprête à voter, à la lisière des vacances, une décision que le pays n’aura guère le loisir de peser. Une rupture anthropologique se joue, presque à bas bruit. Le choix du calendrier interroge : au moment où la nation ralentit, c’est l’un des fondements les plus anciens de la médecine qui pourrait être redéfini.
Médecin, je refuse de me taire devant ce basculement.

La schizophrénie éthique : trier les pulsions de mort
Depuis toujours, la psychiatrie mobilise des moyens considérables pour prévenir le suicide. Lorsqu’une personne exprime le désir de mourir, ce désir est compris comme l’expression d’une souffrance qui appelle une réponse médicale, jamais son accomplissement.
Demain, dans d’autres services, la même médecine pourrait être appelée à évaluer certaines demandes de mort pour y répondre favorablement. Le médecin deviendrait celui qui, selon des critères fixés par la loi, distinguerait les vies qu’il faut encore sauver de celles dont il pourrait provoquer la fin.

Quel message adressons-nous à la société ? Le désir de mourir d’un jeune dépressif appelle la mobilisation de tous les soignants ; celui d’une personne âgée, malade ou épuisée pourrait devenir un droit que la médecine aurait mission de mettre en œuvre. Les situations juridiques diffèrent, mais leur point commun est évident : elles naissent toutes deux de la souffrance. Une médecine cohérente peut-elle faire de cette souffrance, selon les circonstances, tantôt un mal à combattre, tantôt une volonté à exécuter ?

Le véritable basculement n’est pas juridique. Il est anthropologique. La médecine ne serait plus seulement l’art de soigner jusqu’au bout ; elle deviendrait aussi celui de décider dans quels cas donner la mort peut être considéré comme un soin. Cette contradiction ressemble à une véritable schizophrénie éthique.

Le calcul économique qui ne dit pas son nom
Accompagner une personne jusqu’au terme naturel de sa vie exige du temps, des équipes formées, des lits, des moyens humains. Les soins palliatifs représentent un engagement coûteux, mais ils manifestent le choix d’une société qui refuse d’abandonner les plus fragiles.
À l’inverse, chacun comprend que l’administration d’une substance létale représente un coût sans commune mesure avec celui d’un accompagnement prolongé. Le directeur parlementaire du budget canadien évaluait dès 2020 l’économie procurée par l’aide médicale à mourir à 149 millions de dollars — un montant qui a depuis doublé, comme le nombre d’euthanasies.
La France affirme vouloir développer parallèlement les soins palliatifs. L’intention est louable. Mais les crédits annoncés demeurent dépendants des lois de finances futures tandis que, sur le terrain, des milliers de Français n’ont toujours pas accès à des soins palliatifs dignes de ce nom. Les maisons d’accompagnement promises tardent encore à voir le jour.
Dans ce contexte, proposer la mort comme nouvelle possibilité interroge profondément. Peut-on parler d’un choix pleinement libre lorsque l’alternative — être correctement accompagné jusqu’au terme de sa vie — demeure, pour beaucoup, inaccessible ?
Au cours des débats parlementaires, le député Jean-François Rousset déclarait : « Il y a des gens qui sont en train de mourir dans une chaleur torride, il faut les aider, avançons ! » Cette phrase révèle malgré elle une inquiétude plus profonde, celle d’une médecine qui répond à l’épuisement de ses structures en facilitant la mort plutôt qu’en renforçant l’accompagnement.
Une liberté n’est véritable que lorsque toutes les options offertes existent réellement.

La boîte de Pandore
Les promoteurs de la loi promettent un dispositif exceptionnel, strictement encadré. L’expérience étrangère invite pourtant à la prudence.
Partout où l’interdit de donner la mort a été levé, les critères initiaux se sont progressivement élargis. Au Canada, en Belgique ou aux Pays-Bas, les indications se sont étendues bien au-delà des situations présentées au départ comme exceptionnelles. Ce constat n’est plus une hypothèse ; il appartient désormais aux faits.
Plus remarquable encore est l’évolution des oppositions. Les réserves ne viennent plus seulement des traditions religieuses ou des soignants. Des collectifs antivalidistes, des associations de défense des personnes handicapées et des mouvements critiques du libéralisme économique dénoncent eux aussi le risque qu’une société insuffisamment solidaire transforme progressivement le « droit de mourir » en pression diffuse sur ceux qui se vivent déjà comme une charge.
Lorsque des sensibilités aussi éloignées convergent pour exprimer la même inquiétude, il serait imprudent de ne pas les entendre.

Le choix de civilisation
La vulnérabilité n’est pas une déchéance que la technique devrait effacer. Elle est le dénominateur commun de notre condition humaine. Nous y passerons tous. C’est la seule égalité parfaite de notre existence.
Une civilisation ne se mesure pas à sa capacité d’organiser la disparition des plus fragiles. Elle se juge à sa fidélité à demeurer auprès d’eux, à soulager leur douleur, à reconnaître leur dignité jusqu’à leur dernier souffle. Ce choix ne se décrète pas à demi : on ne protège pas les plus vulnérables en leur ouvrant une issue que l’on n’aura pas su leur épargner.
Le 15 juillet, les députés ne voteront pas seulement un nouveau dispositif médical. Ils choisiront une certaine idée de la médecine. Et, au-delà, une certaine idée de l’humanité.

Ne capitulons pas devant le néant.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Un évêque propose que les femmes “co-président” la messe

Mgr Erio Castellucci, archevêque-abbé de Modène-Nonantola et évêque de Carpi, estime que, puisque, pour le moment, les femmes ne peuvent pas devenir prêtres, ni même diacres, on pourrait les faire coprésider la messe.

Une femme présiderait la « liturgie de la parole », et le prêtre présiderait la « liturgie eucharistique ».

Il appelle cela « la prophétie de la coprésidence ».

Les préfets du Dicastère pour la doctrine de la foi ou celui du culte divin et la discipline des sacrements interviendront-ils ?

Etats-Unis : le Planning familial retrouve son financement fédéral

Lu sur le blog d’Yves Daoudal :

Le mouvement pro-vie américain constate avec amertume que les députés républicains ont failli à leur engagement, « omettant » de prolonger la mesure de Trump qui interdisait pour un an le financement fédéral des organisations pratiquant des avortements autres que pour viol, inceste ou danger de mort de la mère. Le Planning familial perdait ainsi des millions de dollars.

C’était dans le fameux “One Big Beautiful Bill Act” (BBB), un « paquet » de centaines de mesures fiscales très diverses que Donald Trump avait fait voter par le Congrès et qu’il avait solennellement signé le 4 juillet 2025 (fête nationale).

Mais il fallait voter une loi avant le 4 juillet dernier pour pérenniser la mesure. Le président de la Chambre, Mike Johnson, avait déclaré qu’il « n’allait pas permettre » que l’argent des contribuables finance l’avortement. Mais il n’a rien fait. Et à la veille du 4 juillet 2026 il n’y a eu aucune tentative de mesure d’urgence.

Le Planning familial, au lendemain de la célébration du 250e anniversaire des Etats-Unis, va donc recevoir de nouveau des fonds fédéraux.

En raison de l’amendement Hyde, le Planning familial ne peut pas utiliser directement ces fonds pour l’avortement, mais ce retour du financement fédéral montre aussi que l’Etat profond ne perd jamais longtemps…

Et cela au moment où les statistiques montrent que l’avortement est en progression aux Etats-Unis, alors même qu’il est désormais interdit dans nombre d’Etats.

Le ministre Panifous ira-t-il danser sur les tombes des personnes euthanasiées ? [Add.]

Face à autant de cynisme, le Premier ministre doit renoncer au vote du 15 juillet.

Communiqué de Via la voix du peuple :

Alors que le Parlement se déchire de plus en plus à chaque lecture sur le texte proposant de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, lance des invitations pour une réception en son ministère le 15 juillet au soir « à l’occasion du vote définitif sur la proposition de loi “Fin de vie”». 

Ce pince-fesse ressemblant à une danse macabre républicaine, est un véritable scandale !  

Il acte l’idéologisation d’un ministère qui devrait, alors même que la loi n’est pas adoptée, respecter une totale neutralité pour un texte émanant du Parlement, et faire preuve de retenue sur une proposition de loi qui, vidée de tout consensus, fracture plus qu’elle ne rassemble.

Il confirme la manipulation de la « consultation citoyenne » menée par un CESE qui coorganise cette célébration ministérielle, faisant exploser de fait l’image d’objectivité dont cette institution s’était mensongèrement drapée.

Il met en lumière le cynisme des promoteurs de l’injection létale légalisée qui se préparent à festoyer jusque sous les ors de la République, au frais du contribuable au passage, pour se féliciter d’avoir fait entrer dans la loi française le droit au meurtre et l’interdiction de l’empêcher.

VIA | PARTI CHRÉTIEN-DÉMOCRATE condamne avec la plus grande fermeté cette « fête » et demande officiellement au chef du Gouvernement Sébastien Lecornu de faire annuler cette réception.

VIA | PARTI CHRÉTIEN-DÉMOCRATE réitère sa demande solennel au Premier ministre de retirer ce texte sans aucune réelle adhésion de la représentation nationale, et qui fracturerait violemment la paix sociale s’il devait passer en force et être adopté contre tout accord des professionnels de santé, des « éligibles » et de leurs aidants, et de la population dans son ensemble qui n’aura pas pu se prononcer directement.

Addendum : suite au tollé le ministre annonce reporter ce cocktail.

Promotion d’un évêque favorable aux invertis

Le Saint-Père a nommé évêque d’Eichstätt (Allemagne) Son Excellence Monseigneur Christian Würtz, actuellement évêque titulaire de Germania di Dacia et auxiliaire de l’archidiocèse métropolitain de Fribourg-en-Brisgau.

Mgr Christian Würtz, 55 ans, fait partie des 38 évêques allemands qui ont voté en 2023 en faveur de la bénédiction des couples de même sexe et des couples divorcés « remariés ». Six mois plus tôt il avait déjà signé le document du chemin synodal définissant les actes de sodomie comme non peccamineux.

Malheureusement cette nomination ne peut que nourrir la défiance de la FSSPX envers Rome.

Un tableau préoccupant de la santé périnatale en France

La mortalité infantile qui augmente est le signe d’un pays qui s’effondre. Emmanuel Todd l’a montré :

En 1976, Emmanuel Todd avait étudié la remontée des taux de mortalité infantile en URSS et en avait déduit l’effondrement rapide du régime soviétique. Ce qui fit beaucoup rire. Mais en 1989, c’est la chute du mur de Berlin. “La mortalité infantile c’est le décès d’enfant de moins d’un an. Ce sont les êtres les plus fragiles et les performances dans ce domaine sont un indicateur avancé et très sensible de l’efficacité économique, de l’intégration familiale.

Hausse de la mortalité périnatale et infantile, inégalités sociales et territoriales, santé mentale des mères dégradée… Les dernières données publiées par Santé publique France et le ministère de la Santé dessinent un tableau préoccupant de la santé périnatale en France.

La santé périnatale affiche une évolution « contrastée » en France, a résumé Élodie Lebreton, épidémiologiste au sein de l’Unité périnatalité, petite enfance et santé mentale de Santé publique France (SPF), lors d’une conférence de presse ce 7 juillet. Si quelques indicateurs comme le tabagisme s’améliorent, plusieurs tendances inquiètent, notamment concernant la mortalité.

En 2024, le taux de mortalité périnatale (soit le nombre d’enfants nés sans vie ou morts au cours des sept premiers jours, rapporté à l’ensemble des naissances, à partir de 22 semaines d’aménorrhée) atteint 11,2 pour 1 000, selon des données hospitalières reprises par la Drees. Une augmentation qui a commencé dès 2021 (ce taux se situait alors à 10,6 pour 1 000), mais « particulièrement » marquée entre 2023 et 2024 (+ 0,4 point).

En 2019, la France se classait au 16e rang sur 28 pays pour la mortinatalité périnatale calculée à partir de 24 semaines d’aménorrhée. Un mauvais classement qui se serait encore dégradé et la place désormais aux 21e et 22e rangs européens.

Mais pour les autorités françaises, il est plus important de promouvoir l’euthanasie, pour les bébés via l’avortement, pour les personnes âgées avec l’aide à mourir…

Les neurosciences pourraient-elles remettre en cause l’avortement ?

Concernant l’avortement, je note ce passage du rapport des états généraux de la bioéthique, à propos des neurosciences :

Certaines applications des neurosciences posent des questions plus spécifiques. Ainsi, les neurosciences sont de plus en plus employées en recherche pour mener des « diagnostics de conscience », c’est-à-dire, pour mesurer l’activité cérébrale d’une personne et déceler si elle est dans un état végétatif, un état de conscience minimale ou dans le coma. Certaines mesures pourraient conduire à arrêter de soigner une personne qui n’est a priori plus consciente et ne pourra être guérie, alors même que ces mesures comportent une marge d’erreur non négligeable. Ces mêmes technologies sont employées en recherche pour déterminer le moment de l’apparition de la conscience chez l’humain, de l’embryon jusqu’au jeune enfant. Les résultats de ces mesures peuvent avoir des conséquences sur le droit à l’avortement ou sur la prise en charge de la douleur chez les bébés par exemple.

En somme, si la mesure de l’activité cérébrale permet de déterminer le niveau de conscience d’une personne humaine ou d’un animal, la détermination de ce niveau de conscience pourrait être utilisée, et même instrumentalisée, pour définir ou refuser certaines prises en charge.

Rapport de synthèse des États généraux de la bioéthique : protection de l’enfant et maintien de l’interdiction de la GPA

Communiqué de Juristes pour l’enfance :

La publication, [mardi], du rapport de synthèse du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), issu des États généraux de la bioéthique (EGB) organisés dans toute la France, constitue une étape importante dans la préparation de la prochaine révision de la loi de bioéthique. (voir ici)

Juristes pour l’enfance se félicite tout particulièrement d’un constat majeur formulé par le rapport concernant la gestation pour autrui (GPA) : « on retiendra qu’une levée de son interdiction en France ne semble pas majoritairement souhaitée. » Cette conclusion reflète les préoccupations largement exprimées par les citoyens tout au long des débats organisés sur l’ensemble du territoire.

Le rapport rappelle également avec justesse que « le fait que des personnes aient actuellement recours à la GPA par des voies illégales, parce que les pratiques sont autorisées dans certains pays, ne justifie pas l’ouverture de ce droit en France. » Cette affirmation constitue un rappel essentiel : l’existence de contournements de la loi par des tiers ne devrait en aucun cas entrainer une évolution de notre droit. Au moment où le CCNE procède à ce rappel cardinal, Juristes pour l’enfance souligne à nouveau avec force l’iniquité des décisions rendues le 3 juillet dernier par la Cour de Cassation. En accordant l’exequatur à deux décisions canadiennes désignant comme pères deux hommes ayant commandé des enfants à des mères porteuses canadiennes, la Cour de cassation a usurpé la compétence du législateur et contourné sa volonté pour régulariser la situation des commanditaires et sécuriser leur désir de parenté, au détriment de l’intérêt de l’enfant injustement brandi par la Cour.

Au-delà de la seule question de la GPA, nous saluons d’ailleurs l’importance accordée par les participants aux EGB à cette notion de l’intérêt supérieur de l’enfant, thème qui revient de manière récurrente dans le rapport de synthèse. Celui-ci souligne la nécessité de réfléchir aux conditions législatives permettant de mieux protéger les enfants, notamment en matière de filiation et de connaissance de leurs origines. Cette approche a le mérite de recentrer utilement le débat sur les droits de l’enfant, qui doivent demeurer au cœur de toute évolution de la législation bioéthique.

Par ailleurs, le Rapport fait état de notre proposition législative visant à mettre progressivement un terme à la congélation des embryons au profit du développement de la congélation des gamètes. Cette orientation permettrait de mettre fin à la constitution d’embryons surnuméraires et aux questionnements éthiques majeurs que soulève leur congélation et leur devenir.

En revanche, nous prenons acte du fait que plusieurs autres sujets sont envisagés sous un angle favorable dans ce rapport, notamment les pratiques de la ROPA (réception des ovocytes de la partenaire), de la PMA post mortem ou encore d’autres évolutions possibles de la PMA telles que son ouverture aux personnes transgenres.

À l’heure où s’engage la réflexion sur la prochaine loi de bioéthique, nous appelons les pouvoirs publics à tirer toutes les conséquences des enseignements de ces États généraux et des attentes exprimées par les citoyens montrant leur attachement à une bioéthique fondée sur la dignité humaine et la primauté de l’intérêt de l’enfant, et à résister à la tentation pointée du doigt au début du rapport que « tout ce qui est techniquement possible doit être fait tôt ou tard ».

Nous resterons pleinement mobilisés afin que ces principes continuent de guider les choix du législateur dans les mois à venir.

Cette loi crée un véritable «permis de tuer»

Voici la liste des 27 problèmes graves identifiés dans la proposition de loi « relative au droit à l’aide à mourir » :

  1. C’est un seul et même médecin qui décide de toute la procédure d’euthanasie (art. 5 et 6).
  2. La loi ne prévoit aucune exigence formelle quant à l’expression de la volonté de mourir ; elle peut être formulée par écrit ou « par tout autre mode d’expression adapté à ses capacités » (art. 5, III).
  3. Il suffit, en pratique, que le médecin affirme que la personne veut mourir. Aucun témoin n’est requis pour attester de la réalité de la demande de mourir. À chaque fois, le médecin rencontre seul la personne concernée (art. 5, 6 et 7).
  4. Ce médecin peut rencontrer la personne pour la première fois le jour de la “demande” de mort, il n’est pas nécessairement le médecin traitant (art. 5).
  5. L’euthanasie est possible sur les personnes sous tutelle et sous curatelle, et sur les personnes dont le discernement est altéré (art. 5).
  6. Il suffit que le discernement ne soit pas “gravement” altéré lorsque la personne est supposée exprimer sa demande de mort (art. 6, I).
  7. Une personne ayant un trouble psychique grave, telle une tendance suicidaire, n’est pas exclue du processus (art. 4, al. 4).
  8. Il n’est pas nécessaire que le malade soit en phase terminale ; une personne ayant encore des années de vie peut obtenir la mort (art. 4, al. 3).
  9. La personne n’a pas un « droit » à bénéficier de soins palliatifs, lesquels sont peu disponibles.
  10. Le médecin consulte deux personnes de son choix : un médecin, et un auxiliaire médical ou aide-soignant placé éventuellement sous son autorité hiérarchique (art. 6, II).
  11. La consultation avec ces deux personnes peut être réalisée en visioconférence, sans même avoir rencontré le demandeur, ni vérifié la réalité de sa demande de mort (art. 6, II).
  12. Même si une personne sous tutelle ou curatelle demande la consultation d’un proche, le médecin peut la refuser (art. 6, II, al. 4).
  13. Le médecin peut prendre sa décision définitive immédiatement après la consultation (art. 6, III).
  14. Le médecin n’a pas besoin d’ausculter le demandeur une seconde fois (art. 6, IV et V).
  15. Le délai de réflexion de la personne n’est que de deux jours à partir de la décision du médecin (art. 6, IV).
  16. L’ensemble du processus peut donc être réalisé en moins de trois jours.
  17. Les proches de la personne n’ont pas un droit à être informés qu’une procédure d’euthanasie est en cours (art. 6, II, al. 4 et art. 7).
  18. Les proches n’ont pas le droit de contester en justice la décision du médecin (art. 12).
  19. Le médecin ou l’infirmier doit veiller à ce que l’entourage de la personne objet de l’euthanasie n’exerce aucune pression pour lui faire « renoncer à l’administration de la substance létale » (art. 9, I).
  20. La personne n’est informée « des modalités d’action de la substance létale » qu’après avoir confirmé sa demande de mourir (art. 6, V).
  21. Les médecins objecteurs de conscience qui refusent l’euthanasie sont obligés de désigner un autre médecin qui accepte de pratiquer l’euthanasie à leur place (art. 14).
  22. Les établissements privés, en particulier religieux, même si tous leur personnel est objecteur, sont obligés d’accueillir des équipes mobiles d’euthanasie et d’accepter l’euthanasie de leurs résidents et patients, sous peine de poursuites et de sanctions administratives et financières (art. 14).
  23. Les pharmaciens sont privés de clause de conscience et obligés de préparer le poison, sous peine de sanctions disciplinaires (art. 8 et 14).
  24. Les amendements visant à séparer les procédures d’euthanasie de celles de prélèvements d’organes ont tous été rejetés (par exemple l’amendement n°547).
  25. Le « contrôle » est réalisé après la mort sur la base des informations transmises par le seul médecin (art. 11 et 15).
  26. Le « contrôle » est réalisé par une commission composée de quatre membres d’associations et professionnels en sciences humaines et sociales, ainsi que de deux médecins et de seulement deux juges (art. 15 IV).
  27. Tout le coût de la procédure, y compris les honoraires et les rémunérations, est pris en charge par la Sécurité Sociale (art. 18).

En outre, il faut tenir compte des réalités suivantes :

  • 10% des Français sont sous antidépresseur.
  • 1 000 000 de Français sont éligibles selon la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP).
  • Une vingtaine de départements ne disposent d’aucune unité de soins palliatifs, et moins de la moitié des besoins en soins palliatifs sont actuellement satisfaits. En outre, cette couverture diminuera proportionnellement au vieillissement de la population.
  • La légalisation de la mort anticipée permettra d’économiser environ 1,4 milliard d’euros par an en frais de santé, vieillesse et retraite (évaluation de la Fondapol, 2025).

Cette prétendue « liberté de mourir » que cette loi instaure sera aussi et surtout un « droit de tuer ». Il sera quasiment impossible de contester et de faire condamner tous les abus que cette procédure ne manquera pas de faciliter et de multiplier.

Les personnes séniles, grabataires et atteintes de déficiences mentales sont particulièrement menacées par ce texte. Si ce texte est adopté, il rendra possible leur suppression.

Ils ont tué un jumeau parce qu’ils ne voulaient qu’un enfant, pas deux. La Pologne de Donald Tusk comme la Corée du Nord

Une mère accepte que l’un de ses deux enfants soit tué. Le second jumeau survivra. Mais toute sa vie, il portera en lui une question que personne ne devrait jamais avoir à se poser : pourquoi pas moi ?

Justyna Wydrzyńska, militante de l’« Abortion Dream Team » (« Équipe de rêve pour l’avortement »), a récemment publié un enregistrement dans lequel elle raconte comment son organisation a aidé une femme enceinte de jumeaux à pratiquer ce que l’on appelle un avortement sélectif. Les parents voulaient un enfant, pas deux. L’un des jumeaux a donc été tué, tandis que l’autre doit naître. Wydrzyńska en parle avec satisfaction. Les militantes qui ont conseillé à la femme de tuer le frère ou la sœur de cet enfant doivent devenir ses « tatas ».

Ce n’est pas le scénario d’un film d’horreur. C’est la Pologne de l’année 2026.

Wydrzyńska évolue depuis des années dans le milieu pro-avortement, et ce n’est pas son premier démêlé avec la justice. En 2023, un tribunal de Varsovie l’a condamnée pour complicité d’avortement pharmacologique. Ce jugement aurait dû servir d’avertissement. Mais après l’arrivée au pouvoir de Donald Tusk, le parquet a trouvé le moyen de l’annuler. Le statut du juge qui avait rendu le jugement a été contesté, au prétexte que ce juge avait été avancé sous le gouvernement précédent, et l’affaire a dû recommencer depuis le début. Si la procédure s’était alors conclue au lieu de rester suspendue dans un vide juridique, Wydrzyńska pourrait aujourd’hui purger sa peine au lieu d’enregistrer de nouvelles vidéos sur la manière dont elle « aide » les femmes à tuer leurs enfants. On peut poser la question directement : si le droit avait fonctionné, ce jumeau serait-il en vie ?

L’Institut Ordo Iuris n’entend pas laisser cette affaire sans suite. Le think tank juridique polonais, doté d’un département d’intervention judiciaire, finit actuellement la préparation d’une dénonciation pour complicité présumée d’avortement visant les militantes de l’« Abortion Dream Team ». Il annonce vouloir obtenir l’interdiction légale de cette organisation. Ce ne sont pas de vaines paroles : cette année, les juristes de l’Institut ont déjà obtenu l’annulation de deux refus d’ouverture d’enquête opposés par le parquet, dont le gouvernement de Donald Tusk a pris le contrôle de manière illégale, l’un dans l’affaire de la « clinique d’avortement » varsovienne AboTak, l’autre concernant les « Kurierki ProAbo » (« Coursières ProAvortement »), qui distribuent des pilules abortives.

La Pologne recule dans le classement de la protection de la vie. Elle est proche de la Corée du Nord

Cette histoire n’est pas un incident isolé. Elle est le symptôme d’un système qui, ces dernières années, a cessé de protéger les plus faibles.

Le 17 juin, l’Institut Ordo Iuris et le Centre pour la Vie et la Famille (Centrum Życia i Rodziny) ont présenté la mise à jour du classement mondial de la protection de la vie, élaboré dans le cadre de l’« Encyclopédie Prolife ». Le résultat est accablant. Si l’on ne prend en compte que l’état formel du droit, la Pologne occupe la 84ᵉ place mondiale. C’est même une place de mieux qu’en 2023, non pas parce que la situation se serait améliorée chez nous, mais parce que d’autres pays ont dégradé leur législation.

Mais c’est nettement moins bien si l’on s’intéresse à la manière dont les autorités polonaises appliquent réellement la loi, où plutôt empêchent son application par des circulaires envoyées aux hôpitaux et par le chantage financier qu’il leur impose pour les obliger à procéder à des avortements sur présentation d’un simple certificat de psychiatre. La Pologne tombe alors à la 192ᵉ place. Elle se retrouve aux côtés de pays tels que le Canada, la Chine, le Vietnam communiste et la Corée du Nord. Soit une chute de 107 places en seulement trois ans.

Cela mérite d’être encore une fois souligné après 8 ans de gouvernements conservateurs accusés de violer par son opposition et par la Commission européenne et le Parlement européen de l’État de droit : aujourd’hui la Pologne gouvernée par l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk, qui jouit d’un soutien sans faille de la Commission Von der Leyen (qui a débloqué les fonds dès son retour au pouvoir à Varsovie en décembre 2023), se retrouve parmi les pays les plus mal notés au monde non pas parce que la loi ou la Constitution auraient été modifiées — elles protègent toujours formellement la vie des enfants à naître —, mais parce que le gouvernement de Donald Tusk viole le droit en vigueur, en contraignant les hôpitaux à pratiquer des avortements et en menaçant les établissements qui refusent de perdre leurs contrats avec la Caisse nationale d’assurance maladie polonaise (NFZ). C’est ce même gouvernement qui, depuis des mois, refuse de publier plus de soixante-dix arrêts du Tribunal constitutionnel polonais. L’atteinte à l’État de droit et l’atteinte au droit à la vie vont ici, on le voit, de pair. Car si l’on peut ignorer les arrêts de la cour constitutionnelle, on peut tout aussi bien ignorer la protection de l’enfant conçu. Et cela se produit, hélas, avec le soutien actif — verbal et financier — de la Commission européenne, nullement gênée par la prise de contrôle des médias publics par la force en décembre 2023, la prise de contrôle du parquet par la force en janvier 2024, puis le remplacement des présidents et vice-présidents des tribunaux à travers le pays, sans respecter la loi en vigueur (car sans obtenir l’accord des collèges de juges de ces tribunaux ou, à défaut, celui du Conseil national de la magistrature), dans les mois qui ont suivi.

Le mécanisme grâce auquel cela se produit est simple et cynique. Le gouvernement de Donald Tusk cherche depuis longtemps à légaliser l’avortement sur demande jusqu’à la 12ᵉ semaine de grossesse par une loi ordinaire — bien qu’un tel changement soit contraire à la Constitution, qui protège la vie humaine dès la conception. Plusieurs projets ont pourtant été soumis à la Diète et rejetés à chaque fois, y compris par une partie des voix de la propre coalition au pouvoir. N’étant pas parvenu à faire aboutir ce changement par la voie législative, le gouvernement a emprunté une autre voie : les directives de l’ex-ministre de la Santé Izabela Leszczyna et la modification du décret relatif aux contrats avec les hôpitaux. Dans la pratique, ces textes imposent aux établissements de pratiquer des avortements sur la seule base d’un certificat délivré par un psychiatre. Sans force juridique contraignante, mais avec, en revanche, une menace bien réelle de sanctions financières et de perte de financement. Une « petite porte au lieu d’un grand portail » ouvert pour l’avortement sur simple demande, comme l’a lui-même formulé Tusk. Mais l’effet est identique.

Ce qui se passe réellement dans les hôpitaux polonais

Ce qui se passe réellement « en coulisses » est décrit sans détour par deux sages-femmes expérimentées, interrogées par le directeur de la communication d’Ordo Iuris, Olivier Bault. Depuis l’automne dernier, dans leur hôpital, des avortements sont pratiqués régulièrement, plusieurs fois par mois, sur la seule base d’un certificat psychiatrique, sans concertation médicale, sans même vérifier si la patiente est réellement suivie par un psychiatre. Selon leur témoignage, plus des trois quarts de ces avortements concernent des enfants suspectés d’être atteints de trisomie 21, qui, depuis une décision du Tribunal constitutionnel polonais de 2020, n’autorise pas en Pologne à procéder à un avortement.

Le personnel qui souhaite invoquer la clause de conscience est découragé et tourné en dérision. On a cessé d’informer les femmes recevant un diagnostic d’anomalie ou maladie létale de l’enfant à naître de l’existence des maisons de soins palliatifs périnataux, qui pourraient offrir un véritable soutien. À la place, il est devenu la norme de convaincre les mères qu’il ne sert à rien de poursuivre leur grossesse. C’est un renversement complet de la mission même de la profession de sage-femme, dont la vocation, par définition, est de protéger la vie de la mère et de l’enfant — et cela, rappelons-le une fois de plus, en violation de la loi et de la Constitution polonaise, alors même que les dirigeants actuels, lorsqu’ils étaient dans l’opposition, dénonçaient bruyamment de prétendues atteintes à l’État de droit et à la démocratie commises par le gouvernement plus conservateur de Mateusz Morawiecki (PiS).

La prière comme réponse à l’illégalité

Le droit et le témoignage des médecins et personnels médicaux constituent un premier front du combat mené par l’Institut Ordo Iuris dans ce domaine. Le second — spirituel — est mené par le Centre pour la Vie et la Famille, organisateur chaque année de dizaines de marches pour la vie et la famille dans toute la Pologne. Depuis mars 2026, l’organisation rassemble chaque mois, tous les troisièmes mercredis, des personnes en prière devant la clinique d’avortement « AboTak », rue Wiejska à Varsovie — littéralement à quelques dizaines de mètres de la Diète polonaise (Sejm). Les participants récitent le Rosaire et la litanie de Saint Joseph à l’intention des enfants à naître et de leurs mères. Sans slogans, sans discours. Rien que la prière, répétée avec constance, mois après mois.

Ce n’est pas un hasard si la « clinique d’avortement » AboTak est devenue le point de rencontre de ces deux fronts. C’est précisément là qu’en mars 2025, les militantes de l’« Abortion Dream Team » ont ouvert cette première « clinique d’avortement » ouvertement affichée en Pologne, proposant une aide à l’avortement pharmacologique — illégal au regard du droit polonais. Le Centre pour la Vie et la Famille et Ordo Iuris coorganisent également depuis des années la Marche nationale pour la Vie, qui rassemble chaque année des dizaines de milliers de Polonais à Varsovie. L’affaire de la clinique AboTak est devenue, pour les deux organisations, un nouveau terrain de collaboration étroite, à la fois juridique, militante et spirituelle.

L’histoire du jumeau tué, la chute de la Pologne au niveau de la Corée du Nord et le travail quotidien du personnel hospitalier contraint de participer à des avortements sont trois manifestations d’un même phénomène : celui d’un État qui a cessé de protéger les plus faibles, alors même que le droit reste formellement de leur côté. Des élections auront lieu l’année prochaine en Pologne, et les sondages montrent que ceux qui gouvernent aujourd’hui pourraient perdre le pouvoir, et qu’une coalition pourrait voir le jour en Pologne, le plus pro-vie et le plus pro-souveraineté depuis la chute du communisme il y a plus de 35 ans. Si cela se produit, ceux qui violent aujourd’hui le droit polonais et la Constitution polonaise protégeant le droit à vie de la conception à la mort naturelle devront répondre de leurs actes devant la justice, et ce même si la Commission européenne devait à nouveau geler des milliards de fonds destinés à la Pologne, comme elle l’avait fait sous le gouvernement du Parti Droit et Justice (PiS), avant le retour au pouvoir de Donald Tusk en Pologne en décembre 2023.

Jakub Miśkiewicz

L’auteur est étudiant en journalisme à l’Académie de Culture sociale et médiatique de Toruń en Pologne et stagiaire à l’Institut Ordo Iuris pour la Culture juridique

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Le jour où la Sainte Madeleine de Crespi m’a retenu

Illustration: Sainte Madeleine — Giuseppe Maria Crespi (1665-1747)
Musée des Beaux-Arts de Lyon. (photo: Sergyl Lafont)
C’est devant cette toile de Crespi, au Musée des Beaux-Arts de Lyon, que l’écho d’une voix a suspendu mon regard.

Je n’étais pas venu chercher ce visage.

Au Musée des Beaux-Arts de Lyon, je traversais les salles sans attente, comme on traverse une journée où rien ne doit arriver. On marche parmi les autres avec cette sensation familière que nos paroles se perdent, que personne ne nous écoute tout à fait. Mes pas résonnaient sur le parquet. Les œuvres glissaient sans accrocher mon regard. Puis, devant moi, quelque chose a cessé de bouger.

Devant la Sainte Madeleine de Giuseppe Maria Crespi, je ne me suis pas arrêté. C’est plutôt comme si le mouvement s’était retiré de moi. Mes pieds étaient encore là, mais je ne savais plus avancer.

Une femme penchée dans une ombre chaude. Son visage incliné, comme retenu par une pensée plus lourde que son corps. La lumière ne l’éclairait presque pas ; elle l’effleurait. Contre elle, un crucifix. Ses doigts ne semblaient pas le tenir, mais s’y retenir. Ses yeux étaient rouges — non d’une larme, mais d’une longue traversée.

Je ne pensais plus. Je restais là. Le silence avait pris toute la place. Ce visage m’était familier. Non pas reconnu : déjà là.

Le temps s’est défait. Je ne sais combien de minutes ont passé. Seulement qu’il y eut du silence. Beaucoup. Au musée, les heures ne s’écoulent pas. Elles s’épaississent.

Mon regard est descendu plus profondément dans la toile. Dans la pénombre, un crâne. Posé là, comme une présence muette. Et j’ai vu, sans le chercher, le triangle : le crâne, la croix, son visage. La mort, l’attente et ce bois qui les sépare autant qu’il les relie.

Puis une pensée est venue, sans forme, comme portée par l’air même de la salle. Et si, au matin de la Résurrection, elle ne l’avait pas reconnu avec les yeux ?

Il a fallu un mot. Un seul : « Marie. » Pas un visage rendu à la vue, mais une voix rendue à son nom. Elle l’avait vu, croyant voir le jardinier. C’est lorsqu’elle l’a entendu prononcer son nom qu’un second retournement a tout changé.

Je me suis souvenu, alors, d’une voix au téléphone : celle d’un ami cher, dans les derniers mois, quand la maladie avait changé son visage mais pas la manière dont il disait mon prénom. Comme s’il le déposait devant moi, pour que je le prenne. On oublie parfois un visage que l’on a contemplé durant des années. On n’oublie presque jamais la manière dont quelqu’un que l’on aime prononce notre nom.

Devant ce visage, je me suis senti pauvre. Non pas de ce qui me manquait, mais de ce que j’avais laissé, sans le savoir, s’endormir en moi.

Je me suis détourné. Pas brusquement. Comme on quitte une présence réelle. Dans le hall, la lumière s’est faite plus froide. Les voix redevenaient le bruit ordinaire du monde. Au-dehors, la ville était là, intacte, avec son agitation et ses urgences. Et pourtant, en moi, quelque chose ne coïncidait plus tout à fait avec le décor.

Je n’étais pas venu chercher ce visage. Je sais seulement qu’il m’avait trouvé.

Depuis ce jour, je suis retourné la voir. Et je suis revenu. Et je reviens encore. Peu à peu, elle est devenue une présence familière. Quand je vais mal, je la regarde. Quand je pense à ma mort, je la regarde. Quand je rencontre des êtres qui souffrent, je la regarde.

Le crâne, à côté d’elle, n’est plus une menace. Il est devenu un compagnon silencieux.

Je ne lui dis rien. Elle ne me dit rien. Nous échangeons un regard. Cela dure depuis des années. Cela suffit.

Lyon, 2026.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

OClocher, le réseau social de référence

Vous venez d’emménager dans une nouvelle ville ? Vous êtes en déplacement ? en vacances ? Vous cherchez une messe, un groupe de prière ou simplement des catholiques près de chez vous ? Aujourd’hui encore, il n’est pas toujours facile de savoir où se vit la foi autour de soi. Pourtant, partout en France, des prêtres, des bénévoles et des paroissiens se mobilisent chaque jour pour faire vivre leurs communautés. Des initiatives existent, des propositions fleurissent, des rencontres s’organisent… mais elles restent parfois méconnues. Et si le digital pouvait aider à recréer du lien, faciliter l’engagement des paroissiens et renforcer la communion au sein de nos paroisses ?

Xavier de Colombel, co-fondateur et président de Oclocher, et Antoine Desplanches, directeur associé et responsable des partenariats, sont interrogés dans Genèse. Avec leur équipe, ils ont fait le pari de mettre la technologie au service de l’Église, avec une ambition simple mais audacieuse : ré-enchanter la vie de nos paroisses ! Avec OClocher, ils ont créé le premier réseau social permettant aux catholiques de découvrir ce qui se vit autour d’eux, de participer plus facilement à la vie de leur paroisse et de devenir eux-mêmes acteurs de la mission. Une application pensée pour les paroissiens, mais aussi pour les prêtres et les bénévoles, afin de simplifier l’organisation, la communication et l’animation de la vie paroissiale. Alors comment est née cette idée ? Pourquoi l’Église a-t-elle besoin d’un tel outil aujourd’hui ? Pourquoi ont-ils besoin de nous aujourd’hui ? C’est ce que nous allons découvrir.

Pour vous qui nous regardez où nous écoutez, si vous souhaitez découvrir OClocher et rejoindre dès aujourd’hui le réseau social chrétien de référence, rendez-vous sur https://www.oclocher.fr/ et téléchargez dès maintenant l’application.

Épisode disponible sur toutes les plateformes d’écoute !

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Rendez-vous ici : https://www.credofunding.fr/fr/oclocher-capital

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