Quand on plante une croix c’est la marque tranquille d’un monde qui ne sépare pas le profane du sacré, le visible de l’invisible
Après la messe célébrée à Propriano, les participants ont rejoint Savazzida, un imposant bloc granitique d’une altitude de 670 m. Le cardinal Bustillo a déclaré :
“Une croix en ce lieu magnifique n’est pas qu’un repère en hauteur. Elle ne sépare pas, elle relie les hommes entre eux. Ici, prier n’est pas un principe, c’est une manière d’habiter la terre. Le sacré se confond avec la montagne, avec le silence, avec le vent. La foi oublie que les symboles ne sont pas seulement des signes religieux mais des marques d’appartenance et des empreintes d’histoire. Elle ne voit pas que ces signes visibles ne sont pas des affirmations de pouvoir mais des traces de mémoire.”
Un habitant souligne :
“Dans nos villages, chaque pierre raconte une histoire. Une croix, un oratoire, une chapelle isolée, une fontaine ou un vieux mur de maison sont autant de bornes qui disent ”quelqu’un a vécu ici, a aimé ici, a prié ici”. C’est une manière d’inscrire l’humain dans la durée. Quand on plante une croix c’est un peu de notre histoire qu’on perpétue. Elle est la marque tranquille d’un monde qui ne sépare pas le profane du sacré, le visible de l’invisible, la vie de la mémoire.”
La croix a été fabriquée par un artisan du secteur.
Pose et bénédiction d’une croix à Viggianello sous la présidence du cardinal François Bustillo.#eglisedecorse #cardinalbustillo #corsica #benediction #croix
📸 Cathy Acquesta pic.twitter.com/I5QlkYaSnk— Église Catholique en Corse (@egliseencorse) February 1, 2026
L’abbé Celier et l’antilibéralisme catholique
Au micro de « L’invité du Club des Hommes en noir », Philippe Maxence reçoit cette semaine l’abbé Grégoire Celier pour son nouveau livre L’école de l’antilibéralisme catholique (éditions Hora Decima). Dans cet ouvrage, l’abbé Celier retrace avec clarté l’apparition du catholicisme libéral et comment celui-ci s’est constitué en réponse l’antilibéralisme illustré par des noms comme le cardinal Pie, Mgr de Ségur, dom Guéranger, Mgr Gaume, Mgr Benigni, l’abbé Barbier, Mgr Delassus, dom Besse, Mgr Freppel et beaucoup d’autres. Ils montrent la continuité de ces courants et la manière dont ils se sont développés jusqu’à aujourd’hui.
Mais, soumis à la question, l’abbé Grégoire Celier donne un peu à voir qui il est, au-delà de ses engagements et de sa participation régulière au Club des Hommes en noir.
La Fraternité Saint-Pie X annonce de nouvelles ordinations épiscopales le 1er juillet 2026
La Maison générale de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X annonce en ce 2 février 2026 vouloir procéder à de nouveaux sacres épiscopaux par les deux derniers évêques de la FSSPX, le 1er juillet prochain, soit quelques jours après le Consistoire des cardinaux annoncé pour fin juin. Nul doute que, cette fois, la question traditionaliste s’invitera dans les discussions cardinalices :
En ce 2 février 2026, fête de la Purification de la sainte Vierge, Monsieur l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, au cours de la cérémonie des prises de soutane qu’il présidait au séminaire international Saint-Curé-d’Ars, à Flavigny-sur-Ozerain, en France, a annoncé publiquement sa décision de confier aux évêques de la Fraternité le soin de procéder à de nouvelles consécrations épiscopales, le 1er juillet prochain.
En août dernier, il a sollicité la faveur d’une audience auprès du Saint-Père, lui faisant connaître son désir de lui exposer filialement la situation présente de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Dans un second courrier, il s’est explicitement ouvert sur le besoin particulier de la Fraternité d’assurer la continuation du ministère de ses évêques, qui parcourent le monde depuis près de quarante ans pour répondre aux nombreux fidèles attachés à la Tradition de l’Église et désireux que soient conférés, pour le bien de leurs âmes, les sacrements de l’ordre et de la confirmation.
Après avoir longuement mûri sa réflexion dans la prière, et reçu du Saint-Siège, ces derniers jours, une lettre qui ne répond absolument pas à nos demandes, l’abbé Pagliarani, appuyé sur l’avis unanime de son Conseil, estime que l’état objectif de grave nécessité dans lequel se trouvent les âmes exige une telle décision.
Les mots qu’il écrivait le 21 novembre 2024, pour le cinquantenaire de la déclaration historique de Mgr Marcel Lefebvre, sont plus que jamais le reflet de sa pensée et de ses intentions :
« Ce n’est que dans l’Église de toujours et dans sa Tradition constante que nous trouvons la garantie d’être dans la Vérité, de continuer à la prêcher et à la servir. […]
« La Fraternité [Saint-Pie X] ne recherche pas d’abord sa propre survie : elle cherche principalement le bien de l’Église universelle et, pour cette raison, elle est par excellence une œuvre d’Église, qui avec une liberté et une force uniques, répond adéquatement aux besoins propres d’une époque tragique sans précédent.
« Ce seul but est toujours le nôtre aujourd’hui, au même titre qu’il y a cinquante ans : “C’est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l’étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la sainte Église catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures (Mgr Lefebvre, Déclaration du 21 novembre 1974).” »
Dans les prochains jours, le Supérieur général fournira des explications complémentaires sur la situation présente et sur sa décision.
« Nos cum Prole pia benedicat Virgo Maria.
Que la Vierge Marie nous bénisse, avec son divin Fils. »Menzingen, le 2 février 2026
Euthanasie : des députés dénoncent la précipitation de l’examen en seconde lecture
Dans une tribune publiée par le JDD, 11 députés de différents groupes politiques parmi lesquels l’ancien ministre de la Santé Yannick Neuder dénoncent le calendrier précipité de l’examen des deux propositions de loi relatives à la fin de vie.
![]()
« Excusez-nous, mais les Français d’origine française existent. On a le droit de parler d’eux, de les respecter.»
Marion Maréchal était l’invité de BFM TV pour parler de la sortie de son livre « Si tu te sens Le Pen ».
« Excusez-nous, mais les Français d’origine française existent.
On a le droit de parler d’eux, de les respecter.
Mes ancêtres sont pêcheurs, agriculteurs, ouvriers, poilus à Verdun ; ils ont construit la France dans la douleur, dans les larmes. »
L’eurodéputé LR Christophe Gomart soutient Éric Ciotti à Nice
Recruté en 2024 par Eric Ciotti, alors président des Républicains, le général Christophe Gomart, député européen, ancien commandant des opérations spéciales, ancien directeur du renseignement et vice-président de la commission Sécurité et Défense au Parlement européen, à Nice vendredi, apporte son soutien au candidat UDR-RN à Nice et prône l’union des électeurs de droite.
« Quand Éric Ciotti [alors président des Républicains] m’a appelé en mars 2024, pour parler géopolitique, il m’a demandé si j’accepterais d’être sur la liste conduite par François-Xavier Lamy pour les élections européennes. Il m’a dit : ce qui m’intéresse c’est l’autorité, la rigueur qu’incarne un militaire et sa connaissance du monde de la défense, à un moment où la guerre est aux portes de l’Europe. J’ai fini par dire oui, parce que ça m’intéressait de continuer le combat, non pas les armes à la main, mais de manière politique pour défendre la France et les intérêts des Français, au niveau du Parlement européen ».
Depuis son élection en juin 2024, il siège au sein du parti populaire européen (PPE). Il y côtoyait l’eurodéputé niçois Laurent Castillo, colistier d’Eric Ciotti (UDR allié au RN) pour les élections municipales à Nice, jusqu’au 20 janvier. Le Pr Castillo a rejoint le groupe des Patriotes (qui rassemble les partis d’extrême droite européens), présidé par Jordan Bardella.
« Si j’étais Niçois, bien évidemment, je voterais Eric Ciotti », confie le général.
L’eurodéputé niçois Laurent Castillo, colistier d’Eric Ciotti pour les élections municipales à Nice, a rejoint le groupe des Patriotes présidé par Jordan Bardella.
« Je suis un jeune rentré en politique. Les Républicains, ça me va bien. Je m’entends très bien avec François-Xavier Bellamy et Bruno Retailleau. Le militaire que je suis reste loyal. Mais je partage les mêmes idées que celles de Laurent Castillo ».
« Ce qui est certain, c’est qu’à la fin, il faut bien une union des électeurs de droite, si on veut que la France se réforme, avec des gens de droite au gouvernement. Sinon, on continuera à s’endetter, dizaine de milliards après dizaine de milliards, avec une perte de souveraineté, d’autonomie et une totale dépendance vis-à-vis d’autres ».
Comprendre la fin de vie
Les éditions Salvator ont traduit et adapté ce Petit lexique de la fin de vie, publié par l’Académie pontificale pour la vie, à l’origine en italien, avec des références aux lois italiennes. La version française ajoute des références à la législation française.
Il s’agit d’un glossaire définissant les termes souvent utilisés, d'”accompagnement” à “traitements de maintien en vie”, en passant par “soins palliatifs”, “état végétatif”, “soins déraisonnables”, “sédation palliative”… Ce lexique offre des éléments précis pour mieux reconnaître la complexité de ce qui se passe en fin de vie, et trouver la meilleure manière d’accompagner les personnes et les décisions.
Il introduit de manière accessible et originale les enjeux éthiques et religieux concernant les soins médicaux pour les patients qui approchent de la mort, et pour qui l’autonomie reste un droit essentiel.
Exemple avec la sédation (extrait) :
La sédation en fin de vie est donc motivée par l’existence de symptômes réfractaires associant non seulement la douleur, mais aussi les nausées, la dyspnée, l’agitation psychomotrice, voire la “détresse psycho-existentielle”. Parler de symptômes “réfractaires” signifie qu’ils ne répondent pas ou plus aux interventions thérapeutiques et qu’il n’est plus possible de les contrôler sans réduire la conscience et sans créer des effets indésirables excessifs. Leur évaluation est délicate, elle devrait être réalisée par des professionnels de santé compétents dans le cadre d’une approche interdisciplinaire. Il est également important que la personne demandant une sédation bénéficie d’un programme de soins palliatifs se concentrant sur la souffrance qu’elle ressent et son lien à la gravité et à l’irréductibilité du symptôme.
Euthanasie : chaque responsable politique engage son nom et sa trace dans l’histoire par les choix qu’il impose aux plus vulnérables
Le père Michel Viot rappelle aux politiques et aux élus leur responsabilité dans la légalisation de l’euthanasie. À travers le prisme de l’histoire et des textes anciens, le Père Michel Viot livre une analyse sur la responsabilité de nos dirigeants : la légalité d’une décision ne garantit pas toujours sa légitimité éthique. Chaque responsable politique engage son nom et sa trace dans l’histoire par les choix qu’il impose aux plus vulnérables.
Au-delà de la dimension spirituelle, c’est un appel à retrouver une parole de vérité dans un espace public souvent saturé par une communication lissée qui cherche à masquer la gravité des enjeux :
Les étrangers condamnés à des peines de prison d’au moins un an seront expulsés
Ne rêvez pas, cela se passe au Danemark.
À partir de maintenant, les ressortissants étrangers condamnés à au moins un an de prison pour des crimes graves, tels que les violences aggravées et les viols, seront automatiquement expulsés, a indiqué le gouvernement vendredi, lors de la présentation d’un nouveau dispositif législatif.
Jusqu’à présent, ces expulsions n’étaient pas systématiques, notamment en raison du respect des conventions internationales. Aux côtés du Royaume-Uni, le Danemark a récemment appelé les pays européens à réformer la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH).
Le chef du gouvernement social-démocrate, Mette Frederiksen, a souligné :
« Il est juste et nécessaire que les pays européens puissent évidemment s’asseoir autour d’une table et dire que nous préférons protéger nos pays plutôt que de protéger des délinquants ».
« Je ne pense pas que, lorsque les règles internationales ont été rédigées, on ait imaginé que quelqu’un fuirait le Moyen-Orient pour venir dans le meilleur pays du monde, puis commencerait à violer des filles et des femmes ». « À l’époque, on n’avait absolument pas envisagé que la victime deviendrait auteur d’infractions. Et je peux vous assurer que, malheureusement, beaucoup d’entre eux le sont devenus ».
Le grand déclassement
Après 5 ans de Hollande et 8 ans de Macron, la France est désormais passée sous la moyenne européenne en termes de PIB par habitant. Un décrochage progressif, qui s’est accéléré au cours de la dernière décennie.
En 2024, le produit intérieur brut par habitant de la France était inférieur de 2 % à la moyenne des 27 pays de l’UE. Le constat est sévère pour un pays qui fut longtemps l’un des plus prospères du continent. Cela fait trois ans, depuis 2022, que la France a basculé dans la partie inférieure de ce classement, au terme d’une décennie de décrochage progressif.
Dans Le Figaro, Nicolas Baverez souligne que « La France en voie de tiers-mondisation » :
Notre pays est devenu l’Argentine de l’Europe, la démagogie faisant basculer des pans entiers de la classe moyenne dans la pauvreté tout en organisant l’exil des talents et des cerveaux, des entreprises et des capitaux. La paupérisation de la France et des Français s’emballe. En 2024, la richesse par habitant s’est élevée dans notre pays à 38 110 euros. Elle se situe au 34e rang mondial et est désormais inférieure de 7 % à la moyenne européenne, et ce pour la troisième année consécutive. Elle est en retrait de 25 % par rapport à celle du Danemark, de 20 % par rapport à celle de la Suède, de 15 % par rapport à celle de l’Allemagne, de 0,5 % par rapport à celle de l’Italie. Par ailleurs, l’écart favorable vis-à-vis de la Pologne a été réduit de 60 % à 20 % depuis 2000. Le décrochage brutal du PIB par habitant se traduit par la montée de la pauvreté, qui touche près de 10 millions de Français et voit basculer plus de 650 000 personnes supplémentaires par an dans la précarité. Il est d’autant plus préoccupant qu’il s’accompagne d’une explosion de l’endettement.
Merci au “Mozart de la finance” et à ceux qui l’ont élu…
Législative sans “front républicain” : Antoine Valentin (UDR) élu député dans la troisième circonscription de Haute-Savoie
Antoine Valentin (UDR), soutenu par le RN, a été élu député de la 3e circonscription de Haute-Savoie dimanche au second tour d’une élection législative partielle, avec près de 59% des suffrages exprimés. Il était déjà arrivé en tête au premier tour.
Près de deux électeurs sur trois ne se sont pas déplacés, le taux de participation est de 34,09 %.
Face à lui, Christophe Fournier (LR), obtient près de 41%.
En 2024, Antoine Valentin était arrivé en tête du premier tour avec 39,68% mais il avait été battu au second tour par Christelle Petex (LR) qui avait obtenu 56,19 % à la faveur d’un front républicain. Le 6 novembre 2025, le député Christelle Petex avait annoncé démissionner.
Quelles sont les personnes qui vont être euthanasiées ?
Pour ou contre l’euthanasie ?
31 janvier 2026.
par le Professeur Aline Cheynet de Beaupré Professeur de droit privé et sciences criminelles – Université d’Orléans
La question est éminemment personnelle. En revanche, on peut réfléchir aux arguments qu’on entend.
Certaines personnes disent : « Ma grand-mère est morte dans d’atroces souffrances il y a 30 ans et c’est pour cela que je suis pour l’euthanasie aujourd’hui ». Ici, il y a un anachronisme. Nous sommes 30 ans plus tard. Les soins palliatifs, l’algologie, ont énormément progressé, donc ces souffrances seraient prises en charge aujourd’hui.
On entend aussi parfois : « Mon mari est mort l’année dernière dans d’autres souffrances ». La problématique est alors différente. Ici, il s’agit de reprocher au gouvernement actuel, comme passé, de n’avoir pas développé les soins palliatifs, de ne pas mettre les moyens financiers — et c’est vrai que ça coûte cher — au service du développement des soins palliatifs, d’une prise en charge de la souffrance en fin de vie, de l’accompagnement.
Donc tout cela fausse le débat et c’est très problématique.
Quand on regarde ce qui se passe à l’étranger : à l’étranger, ils ont, pour certains pays, dépénalisé, légalisé l’euthanasie. Mais tous avaient dit au début : « C’est exceptionnel, ce seront quelques cas, une dizaine par an, pas plus ». Et ils sont tous à des milliers, des dizaines de milliers de cas par an, en ayant élargi chaque année un peu plus les conditions d’éligibilité.
Alors c’est ce qu’il y a dans la France immanquablement. D’ores et déjà, au regard des textes qui sont étudiés par le Parlement, nous en sommes à 1 million de personnes éligibles. Les conditions ne sont aucunement strictes. Si l’on projette les 8 % de décès annuels du Québec pour la population de la France, ce seront près de 45 000 personnes par an qui mourront: on est très loin de l’exception.
Et que se passe-t-il dans ces cas-là ? Quelles sont les personnes qui vont être euthanasiées ? Et bien ce ne sont pas uniquement des personnes qui seraient en souffrance importante. Ce sont des personnes âgées, ce sont des personnes avec un handicap lourd, atteintes de troubles mentaux, ou encore des personnes en situation de précarité financière qui n’ont pas accès aux soins, mais auxquels on offrirait très généreusement un accès à la mort. Ce n’est pas acceptable, ça va trop loin»
Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=kMouh6-lwRU
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Saints éducateurs, des modèles pour aujourd’hui ?
Aymeric Pourbaix reçoit :
- 𝐀𝐦𝐛𝐫𝐨𝐢𝐬𝐞 𝐓𝐎𝐔𝐑𝐍𝐘𝐎𝐋 𝐃𝐔 𝐂𝐋𝐎𝐒, agrégé d’histoire et professeur au lycée public de Saint Chamond
- 𝐒œ𝐮𝐫 𝐌𝐚𝐫𝐢𝐞 𝐑𝐞𝐢𝐧𝐞 𝐄𝐒𝐐𝐔𝐈𝐕𝐈𝐀𝐒, religieuse enseignante de l’Union-Chrétienne de Saint Chaumond
- 𝐂𝐡𝐚𝐧𝐨𝐢𝐧𝐞 𝐉𝐞𝐚𝐧 𝐃𝐄𝐒𝐏𝐀𝐈𝐆𝐍𝐄, aumônier du groupe scolaire Saint-Dominique (Yvelines)
Une proposition de loi vise à remettre en cause le sacrement de confession
La Proposition de loi visant à prévenir et lutter contre les violences en milieu scolaire, déposée par Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (LFI), prévoit non seulement de restreindre la liberté des établissements scolaires, mais aussi de porter atteinte au secret de la confession.
Le point II de l’article 9 indique :
Le dernier alinéa de l’article 434-3 du code pénal est complété par la phrase : « N’en sont pas exceptés les ministres des cultes s’agissant des informations dont ils ont eu connaissance dans l’exercice de leur ministère »
Dans l’exposé des motifs, les députés expliquent :
L’article 9 prévoit la prolongation du délai de prescription du délit de non-dénonciation pour certains faits de violences volontaires dès lors qu’ils sont commis sur un mineur (Recommandations n° 32). Il prévoit explicitement que les ministres du cultes sont soumis aux obligations de dénonciation des faits de violences sur mineurs, y compris s’ils en ont eu connaissance dans l’exercice de leurs fonctions : aucun “secret de la confession” ne saurait s’y opposer (Recommandations n° 34).
On se souvient que dans son rapport d’octobre 2021, la CIASE recommandait en effet la levée du secret de la confession (recommandation n°43) :
Relayer, de la part des autorités de l’Église, un mes sage clair indiquant aux confesseurs et aux fidèles que le secret de la confession ne peut déroger à l’obligation, prévue par le code pénal et conforme, selon la commission, à l’obligation de droit divin naturel de protection de la vie et de la dignité de la personne, de signaler aux autorités judiciaires et administratives les cas de violences sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable.
Nous y sommes.
Dans l’article 3 du motu proprio Vos estis lux mundi du 7 mai 2019 sur la lutte contre les abus sexuels, le pape François a rappelé le secret de la confession, en conditionnant les signalements à effectuer auprès de la justice étatique au respect du canon 1548 :
Can. 1548 – § 1. Les témoins légitimement interrogés par le juge doivent dire la vérité.
§ 2. Restant sauves les dispositions du can. 1550, § 2, n. 2, sont soustraits à l’obligation de répondre:
1 les clercs, pour les choses qui leur ont été révélées à l’occasion de leur ministère sacré
Le canon 1550 cité ci-dessus indique :
§ 1. Ne seront pas admis à porter témoignage les mineurs de moins de quatorze ans et les faibles d’esprit; ils pourront cependant être entendus sur décret du juge le déclarant expédient.
§ 2. Sont tenus pour incapables:
[…]
2 les prêtres, pour tout ce dont ils ont eu connaissance par la confession sacramentelle, même si leur pénitent demande qu’ils parlent; de plus, rien de ce qui a été appris par quiconque et de n’importe quelle manière à l’occasion de la confession ne peut être accepté, pas même comme indice de vérité.
Le 29 juin 2019, la Pénitencerie apostolique a publié une note sur l’inviolabilité du sceau sacramentel. Extrait :
[…] Le secret inviolable de la Confession provient directement du droit divin révélé et plonge ses racines dans la nature même du sacrement, au point de ne permettre aucune exception dans le domaine ecclésial, et encore moins dans le domaine civil. Dans la célébration du sacrement de la Réconciliation est comme contenue, en effet, l’essence même du christianisme et de l’Eglise: le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous sauver et a décidé de faire participer, comme «instrument nécessaire» dans cette œuvre de salut, l’Eglise et, en elle, ceux qu’Il a choisis, appelés, et constitués comme ses ministres.
Pour exprimer cette vérité, l’Eglise a toujours enseigné que les prêtres, dans la célébration des sacrements, agissent «in persona Christi capitis», c’est-à-dire en la personne même du Christ chef: «Le Christ nous permet d’utiliser son “moi”, nous parlons avec le “moi” du Christ, le Christ nous “attire en lui” et nous permet de nous unir, il nous unit avec son “moi”. […] C’est cette union avec son “moi” qui se réalise dans les paroles de la consécration. De même dans le “je t’absous” — parce que personne d’entre nous ne pourrait absoudre des péchés — c’est le “moi” du Christ, de Dieu, qui seul peut absoudre».
Tout pénitent qui se rend humblement auprès du prêtre pour confesser ses péchés, témoigne ainsi du grand mystère de l’Incarnation et de l’essence surnaturelle de l’Eglise et du sacerdoce ministériel, au moyen duquel le Christ ressuscité vient à la rencontre des hommes, touche sacramentellement — c’est-à-dire réellement — leur vie et les sauve. C’est la raison pour laquelle la défense du sceau sacramentel par le confesseur, et si nécessaire usque ad sanguinis effusionem, est non seulement un devoir de «loyauté» envers le pénitent, mais bien plus: un témoignage nécessaire — un «martyre» — rendu directement à l’unicité et l’universalité salvifique du Christ et de l’Eglise.
La matière du sceau est actuellement exposée et réglementée par les cann. 983-984 et 1388, § 1 du CIC et par le can. 1456 du CCEO, ainsi que par le n. 1467 du Catéchisme de l’Eglise catholique, où on lit de façon significative non pas que l’Eglise «établit», en vertu de sa propre autorité, mais plutôt qu’elle «déclare» — c’est-à-dire qu’elle reconnaît comme une donnée irréductible, qui dérive justement de la sainteté du sacrement institué par le Christ — «que tout prêtre qui écoute le confessions est obligé, sous peine de sanctions très sévères, à garder le secret absolu au sujet des péchés que ses pénitents lui ont confessés».
Le confesseur ne peut, pour aucune raison, «trahir en quoi que ce soit un pénitent, par des paroles ou d’une autre manière» (can. 983, § 1 CIC), de même que «l’utilisation des connaissances acquises en confession qui porte préjudice au pénitent est absolument défendue au confesseur, même si tout risque d’indiscrétion est exclu» (can. 984, § 1 CIC). La doctrine a ensuite contribué à préciser ultérieurement le contenu du sceau sacramentel, qui comprend «tous les péchés aussi bien du pénitent que d’autres personnes, connus par la confession du pénitent, aussi bien mortels que véniels, secrets ou publics, en tant qu’ils sont manifestés en vue de l’absolution, et donc connus du confesseur en vertu du savoir sacramentel». Le sceau sacramentel concerne donc tout ceux que le pénitent a accusés, même dans le cas où le confesseur ne concèderait pas l’absolution: si la confession était invalide, ou que pour quelque raison l’absolution n’était pas donnée, quoi qu’il en soit le secret doit être gardé.
Le prêtre, en effet, prend connaissance des péchés du pénitent «non ut homo, sed ut Deus — non en tant qu’homme, mais en tant que Dieu», au point qu’il «ignore» simplement ce qui lui a été dit en confession, parce qu’il ne l’a pas écouté en tant qu’homme, mais précisément au nom de Dieu. Le confesseur pourrait même «jurer», sans aucun préjudice pour sa conscience, «ne pas savoir» ce qu’il sait seulement en tant que ministre de Dieu. Par sa nature particulière, le sceau sacramentel va jusqu’à lier le confesseur également «intérieurement», au point qu’il lui est interdit de se souvenir volontairement de la confession et qu’il est tenu d’en écarter tout souvenir involontaire. Au secret dérivant du sceau sacramentel, est tenu également quiconque, ayant eu connaissance, de quelque manière que ce soit, des péchés de la confession: «A l’obligation de garder le secret sont également tenus l’interprète, s’il y en a un, et aussi tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont eu, par la confession, connaissance des péchés» (can. 983, § 2 du CIC).
L’interdiction absolue imposée par le sceau sacramentel est telle qu’elle empêche le prêtre de parler du contenu de la confession avec le pénitent lui-même, en dehors du sacrement, «sauf explicite consentement du pénitent, et mieux encore si ce consentement n’est pas demandé». Le sceau ne relève donc pas non plus de la volonté du pénitent, qui une fois célébré le sacrement, n’a pas le pouvoir de relever le confesseur de l’obligation du secret, parce que ce devoir vient directement de Dieu.
La défense du sceau sacramentel et la sainteté de la confession ne pourront jamais constituer une quelconque forme de connivence avec le mal, mais représentent, au contraire, le seul véritable antidote au mal qui menace l’homme et le monde entier; ils sont la réelle possibilité de s’abandonner à l’amour de Dieu, de se laisser convertir et transformer par cet amour, en apprenant à y correspondre concrètement dans sa propre vie. En présence de péchés comprenant des cas de délits, il n’est jamais permis de mettre comme condition à l’absolution, l’obligation de se rendre à la justice civile, en vertu du principe naturel, accepté dans toutes les législations, selon lequel «nemo tenetur se detegere». Dans le même temps, toutefois, la sincère contrition, ainsi que la ferme intention de s’amender et de ne pas réitérer le mal commis, appartiennent à la «structure» même du sacrement de Réconciliation, comme condition de validité. Dans le cas où se présente un pénitent victime du mal d’autrui, le confesseur aura soin de l’informer sur ses droits, et les moyens judiciaires auxquels il peut recourir pour dénoncer le fait au tribunal civil et/ou ecclésiastique et lui demander justice.
Toute action politique ou initiative législative visant à «forcer» l’inviolabilité du sceau sacramentel serait une atteinte inacceptable à la libertas Ecclesiæ, qui ne reçoit pas sa légitimité des Etats, mais de Dieu; ce serait également une violation de la liberté religieuse, qui fonde juridiquement toute autre liberté, y compris la liberté de conscience des citoyens, qu’ils soient pénitents ou confesseurs. Violer le sceau sacramentel reviendrait à porter atteinte au pauvre qu’est le pécheur. […]
Actualité du Christ-Roi
Le 1er février, Terres de mission reçoit Philippe Pellet, universitaire franco-hongrois enseignant à Budapest, à l’occasion de la sortie de son ouvrage: “Royauté sociale du Christ et laïcité” (Saint-Léger). C’est l’occasion de s’interroger sur l’actualité de Quas primas, encyclique de Pie XI contre le laïcisme publiée voici tout juste cent ans.
Puis Guillaume de Thieulloy propose quelques pistes de lecture:
- “Méditer le rosaire avec Thomas More” de François-Daniel Migeon et Axelle Bonnard (Nouvelle Cité);
- “J’ai choisi de suivre le Christ parmi les pauvres” de Carine Neveu (Artège);
- “La pensée catholique en Amérique du Nord” de Florian Michel (DDB);
- “La folle espérance” de Don Paul Préaux et Tiphaine Néron Bancel (Cerf);
- “Le 7, chiffre de la bénédiction de Dieu” du P. Jean-Georges Boeglin (Téqui).
L’antiracisme, cette “valeur” républicaine
Pierre de Meuse, docteur en droit, a enseigné dans une école supérieure de management et à la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Toulouse. Il enseigne aujourd’hui bénévolement dans une institution privée religieuse. Il a déjà publié un ouvrage sur les Idées et doctrines de la Contre-Révolution, et un autre sur le dogme de l’antiracisme. Il vient de publier La dialectique antiraciste face à la pensée de Charles Maurras.
A première vue évoquer Charles Maurras et l’antiracisme est un tantinet anachronique : Maurras est mort en 1952, alors que la doxa antiraciste est un phénomène né après les traumatismes de la deuxième guerre mondiale ayant pris son essor dans les années 1970-80. Dans aucun de ses écrits, Maurras ne prophétise l’évolution que nous subissons aujourd’hui, à savoir une irruption massive de populations étrangères déferlant par millions sur le territoire français, sans réaction efficace des forces vives du pays. L’auteur convoque cet auteur disparu sur une question très actuelle, afin d’alimenter la nécessaire critique de la vulgate antiraciste qui a depuis soixante ans directement favorisé cette pénétration de peuples étrangers. D’abord parce que l’hypothèse du grand remplacement est désormais un sujet brûlant, malgré les dénégations de la gauche, qui diffuse une angoisse lancinante : l’angor patriæ, et qui nous pousse à regarder en face la fin possible de notre pays et de sa destinée plus que millénaire. Ensuite parce que l’auteur en question est, en France du moins, le penseur qui a effectué la critique la plus complète de la démocratie idéologique, avec une expression claire et élégante, en se référant aux données que les sciences sociales de son temps lui apportaient. Il a, de plus, complété sa critique en affirmant avec courage les principes qu’il pensait être la voie du salut public de la France et même de l’Europe.
Contre ceux qui osent remettre en cause le dogme de l’immigration heureuse, restreindre le droit des clandestins et inviter les étrangers à rentrer dans leur pays, nos élites gauchistes (que l’on trouve parfois dans des partis dits de droite) s’échinent à invoquer les sacro-saintes valeurs de la République, valeurs tant difficile à définir. Pourtant, Charles Maurras, cité par Pierre de Meuse, écrivait en 1910 :
Si l’on me demandait de définir d’un mot l’esprit républicain, je répondrais sans hésiter : c’est la haine et le mépris profond du peuple français.
Et l’auteur commente :
Il y a là une réelle profondeur au-delà de l’aspect polémique du propos. Un peuple, ce ne sont pas au premier chef des idées, des valeurs, mais des moeurs, une mémoire, des intérêts collectifs, un cousinage, une fierté commune. Que dirait-il aujourd’hui ?
Et plus loin, l’auteur souligne que l’antiracisme, utilisé pour dissoudre le peuple français, n’est que le conséquence de la Déclaration des droits de l’homme :
la pensée maurrassienne s’oppose frontalement au dogme commun à l’antiracisme et à la démocratie idéologique. Il est en effet admis dans les sociétés “démocratiques” et modernes que la loi ne peut déterminer les droits d’une personne en référence à ce qu’elle est, mais seulement à ce qu’elle fait. C’est précisément ce dogme auquel Maurras son salut public, qui prime évidemment les droits de l’individu ainsi proclamé. Et il conclut son article en ces termes :
Qui dit Loi française ou Etat français doit donc vouloir dire : institutions destinées à assurer tantôt cette défense contre les étrangers, tantôt leur assimilation.”
Portugal : manifeste pro-vie pour le second tour de l’élection présidentielle
Un manifeste promu par une militante pro-vie concernant le vote des catholiques portugais au second tour de l’élection présidentielle affirme qu’
« un catholique ne peut voter pour ou soutenir des candidats socialistes, qui s’attaquent à la vie et ne défendent pas la famille ».
Diffusé en ligne sur le site Católicos pela Verdade (Catholiques pour la Vérité), le texte avait recueilli 570 signatures vendredi en début d’après-midi, dont des personnalités du parti Chega, comme le député Bernardo Pessanha, le conseiller municipal de Lisbonne Bruno Mascarenhas et le conseiller municipal d’Odemira Manuel Matias, père du député Rita Matias et ancien président du Parti Citoyenneté et Démocratie Chrétienne (PPV-CDC).
Également signé par le médecin Manuel Pinto Coelho, l’ancien député CDS Miguel Arrobas da Silva et d’autres anciens dirigeants centristes tels qu’Abel Matos Santos et Gagliardini Graça, ce « Manifeste catholique sur le vote à la lumière de la doctrine de l’Église » comprend un engagement des signataires à ne pas « soutenir de projets, d’idéologies ou de programmes politiques qui promeuvent ou légitiment des maux » tels que l’avortement, l’euthanasie, le socialisme, le communisme et le nazisme.
Bien que l’initiative « Catholiques pour la Vérité » garantisse qu’elle « ne constitue pas un soutien à un candidat, ni une réponse à un autre manifeste, lettre ouverte ou pétition » – notamment à « Catholiques pour la Sécurité » , qui affirme que voter pour l’ancien secrétaire général du Parti socialiste « revient à choisir un président engagé pour le bien commun, la justice et la paix » –, son instigateur, Nuno Miranda, ingénieur informaticien qui collabore régulièrement avec des mouvements pro-vie internationaux, admet qu’« il n’y a que deux candidats au second tour et l’un d’eux est connu pour appartenir au Parti socialiste ».
« Ce que je dis aux gens, c’est qu’ils doivent voter pour le moindre mal », affirme Nuno Miranda dans des déclarations à DN, ajoutant que les catholiques portugais « doivent se dire qu’il n’y a pas de candidat parfait » au second tour de l’élection présidentielle, même s’il considère que Ventura est « un peu plus conforme aux lois de l’Église ».
Le second tour a lieu le 8 février. Le 18 janvier, lors du premier tour, aucun candidat n’avait franchi la barre des 50 % nécessaire pour l’emporter, une première depuis quarante ans, avec une participation record de 53 %, la plus élevée depuis vingt ans. Crédité de 31 % des voix au premier tour, António José Seguro, 63 ans, est membre du Parti socialiste. Revenu sur la scène politique après dix ans de retrait, l’ancien secrétaire général du PS de 2011 à 2014 et eurodéputé, a bâti son retour sur une candidature revendiquée comme indépendante, centrée sur la stabilité institutionnelle, l’éthique et le rassemblement.
Face à lui, André Ventura, 43 ans, juriste, est le leader de Chega, qualifié de parti d’extrême droite qu’il a fondé en 2019 après avoir quitté le PSD (centre-droit). Il a obtenu 23,5% au premier tour et se trouve donc en ballotage défavorable. Sa trajectoire fulgurante l’a propulsé à la tête de la deuxième force parlementaire du pays, avec 60 sièges obtenus aux élections législatives de 2025. Se posant en dirigeant “antisystème”, il dénonce la corruption des élites, prône une sécurité renforcée et combat l’immigration “incontrôlée“. Le nombre d’étrangers a bondi de 592 000 en 2019 à plus de 1,5 million aujourd’hui, dans un pays de moins de 11 millions d’habitants.
Racisme anti-français : l’Agrif se pourvoit en cassation contre Manon Monmirel
Communiqué de l’Agrif :
Le dimanche 26 mai 2019, réagissant aux élections européennes, Manon MONMIREL, assistante parlementaire et suppléante de Monsieur Eric COQUEREL, député de la France insoumise, écrivait sur son compte Facebook le message suivant :
« Que la France et tous les Français aillent niquer leur mère.
Pays de fascistes ».
L’AGRIF l’a immédiatement poursuivie.
Dans son jugement du 14 février 2025, le tribunal a jugé que les propos poursuivis étaient bien injurieux et donc outrageants à l’égard des Français mais il a relaxé Manon MONMIREL dans un deuxième temps au motif qu’il s’agirait d’une critique virulente et sommaire contre le comportement électoral majoritaire des Français mais sans invective ni essentialisation en raison de l’appartenance à la nation française !
L’AGRIF a fait appel de ce jugement pour le moins étonnant.
Ces propos manifestent évidemment le scandaleux racisme anti-français d’une femme qui, en tant que suppléante d’un député, s’est présentée aux suffrages des électeurs et qui, en tant qu’assistante parlementaire, participe à l’élaboration de la loi.
Ces propos sont constitutifs d’une injure publique aggravée envers les Français, en raison de leur appartenance à la nation française, appelés à niquer leur mère et qualifiés de fascistes. Le propos est au demeurant sans nuance et vise l’ensemble des Français.
Ce jeudi 29 janvier la Cour d’Appel de Paris a rejeté les demandes de l’AGRIF.
Bien évidemment, l’AGRIF a décider de se pourvoir en Cassation pour que ces propos scandaleux soient enfin sanctionnés.
Nous ne lâchons rien !
Ces procédures sont longues et coûteuses, aidez-nous à répliquer, soutenez l’AGRIF : https://www.lagrif.fr/nous-soutenir/
Dimanche de la Septuagésime : “Allez, vous aussi, à ma vigne”
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
Le Temps de la Septuagésime qui marque un tournant important dans l’année liturgique et dont la première partie, la plus courte, le cycle de l’Incarnation, est maintenant terminée en ce dimanche. Nous abordons maintenant la deuxième partie, de beaucoup la plus longue, le cycle de la Rédemption ; et nous commençons à tourner nos regards vers la fête de Pâques, dont le temps de la Septuagésime, où nous sommes désormais, constitue la préparation du Carême.
Ce Temps comprend trois dimanches appelés Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime, ce qui veut dire soixante-dixième, soixantième et cinquantième jour avant Pâques. Ces désignations sont évidemment très approximatives, puisque les semaines ne sont pas de dix jours et que ces dimanches se situent exactement soixante trois, cinquante six et quarante neuf jours avant Pâques. Mais le chiffre de soixante-dix est beaucoup plus symbolique que mathématiquement exact. Il évoque les soixante-dix années de captivité du peuple d’Israël à Babylone, figure de la captivité où le péché nous retient ici-bas, et dont le temps de la Septuagésime nous invite à reconnaître la gravité avant le grand combat du Carême et la délivrance de Pâques. Ce n’est pas encore un temps de pénitence comme le Carême, mais c’est déjà un temps austère et cette austérité se traduit dans la liturgie par les ornements violets que revêt le célébrant, par la suppression du Gloria in excelsis Deo, le chant des Anges, et surtout par la suppression totale de l’Alléluia que nous ne retrouverons qu’à la Vigile pascale.
► Introït : Circumdederunt
Le chant de l’Introït du dimanche de la Septuagésime résume parfaitement en trois phrases les sentiments que l’Église veut nous inspirer durant ce temps liturgique : il est extrait du psaume 17, chant d’action de grâce du roi David, qui rappelle les épreuves dramatiques par lesquelles il est passé, la confiance qu’il a toujours gardée dans le Seigneur et la délivrance qu’il en a finalement reçu.
Première phrase :
Circumdederunt me gemitus mortis, dolores inferni circumdederunt me.
Les gémissements de la mort m’ont environné, les douleurs de l’enfer m’ont environné.
L’évocation du péché et de la misère dans laquelle il nous a plongés est traduite ici par une mélodie tourmentée, en particulier le deuxième circumdederunt me est entortillé comme les lacets dans lesquels l’esprit infernal nous tient prisonniers.
Deuxième phrase :
Et in tribulatione mea invocavi Dominum.
Mais au milieu de ma détresse, j’ai invoqué le Seigneur.
Ici le calme est revenu, c’est la confiance qui s’exprime avec un bel élan sur le mot invocavi.
Troisième phrase :
Et exaudivit de templo sancto suo vocem meam.
Et de son saint Temple, il a exaucé ma voix.
Le saint Temple de Dieu désigne ici le ciel d’où il exauce notre prière, et c’est la joie et la reconnaissance qui s’expriment dans cette dernière phrase d’une façon calme et bien affirmée. Cet Introït est accompagné du premier verset du psaume 17 exprimant la reconnaissance de David :
Diligam te Domine, fortitudo mea : Dominus firmamentum meum, et refugium meum, et liberator meus.
Je vous aime Seigneur qui êtes ma force, mon soutien, mon refuge et mon libérateur.
L’introït de ce dimanche de la Septuagésime est un des rares introïts des dimanches, parmi le répertoire de la forme extraordinaire, à n’avoir pas été repris dans celui de la forme ordinaire. Il se trouve relégué seulement au samedi de la 4e semaine de Carême. Son texte, tiré du psaume 17, a peut-être été jugé trop sombre, au moins dans sa première partie, avec l’évocation des gémissements de la mort et des douleurs de l’enfer. (Un moine de Triors in « L’Homme nouveau » du 17 février 2014)
► Graduel : Adjutor
Le chant du Graduel du dimanche de la Septuagésime est assez exceptionnel, d’abord par ses dimensions : c’est un des plus longs du répertoire et sa mélodie s’étend du « do grave » au « fa aigu », avec un va-et-vient continuel entre les parties basses et les partie élevées, ensuite par l’originalité de cette mélodie qui n’est pas faite, comme celle de la plupart des autres Graduels, de formules qui reviennent régulièrement. On en trouve quelques unes, mais assez peu. Le texte est tiré du psaume 9, chant de louange au Seigneur, protecteur des malheureux et défenseur des opprimés. On retrouve ici, comme dans l’Introït, la confiance des victimes du péché et de ses conséquences, exprimée avec de grands élans allant presque jusqu’à la véhémence.
Première partie :
Adjutor in opportunitatibus, in tribulatione : sperent in te, qui noverunt te : quoniam non derelinquis quærentes te, Domine.
Vous êtes le secours du malheureux dans les nécessités et dans la détresse : qu’ils espèrent en vous ceux qui vous connaissent, car vous n’abandonnez pas ceux qui vous cherchent, Seigneur.Deuxième partie :
Quoniam non in finem oblivio erit pauperis : patientia pauperum non peribit in æternum : exsurge, Domine, non prævaleat homo.
Car le malheureux ne sera pas oublié jusqu’à la fin. La patience des malheureux ne sera pas déçue éternellement. Levez-vous Seigneur, que l’homme ne l’emporte pas.
L’homme dont il est question dans le psaume c’est le païen, celui qui ne reconnait pas le vrai Dieu et persécute ses fidèles. Il représente pour nous les ennemis de notre âme qui nous tiennent captifs ici-bas.
► Trait : De profundis
Au temps de la Septuagésime comme pendant le Carême, l’Alléluia est supprimé et remplacé par un Trait, un chant qui se chante d’un trait. C’est une psalmodie directe sans antienne, très ornée certes, avec beaucoup de vocalises, mais où l’on retrouve des éléments de la psalmodie avec ses formules d’intonation et de cadences qui reviennent régulièrement. Ces mêmes formules peuvent donc s’adresser à des textes différents, mais ici l’adaptation est parfaite. Le texte du Trait d’aujourd’hui est bien connu, puisqu’il s’agit des quatre premiers versets du psaume 129, De profundis, que l’on rencontre assez souvent dans la liturgie, notamment dans celle des défunts. Ils expriment très bien les sentiments du temps de la Septuagésime : du fond de notre misère nous nous tournons vers le Seigneur avec une grande espérance.
De profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam. Fiant aures tuæ intendentes in orationem servi tui. Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ? Quia apud te propitiatio est, et propter legem tuam sustinui te, Domine.
Du fond de l’abîme, je crie vers vous, Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix. Que vos oreilles se fassent attentives à la prière de votre serviteur. Si vous considérez nos péchés, Seigneur, Seigneur qui subsistera ? Mais auprès de vous est le pardon, et à cause de votre promesse, j’ai confiance en vous, Seigneur.
► Offertoire : Bonum est
Comme c’est souvent le cas dans les Offertoires, celui du dimanche de la Septuagésime est assez différent des autres chants de cette messe. Il est plus intérieur, recueilli et contemplatif. Le texte est le début du psaume 91, chant de louange au Seigneur qui protège les bons et punit les méchants :
Bonum est confiteri Domino, et psallere nomini tuo, Altissime.
Il est bon de louer le Seigneur et de chanter un psaume à votre nom, O Très Haut.
On remarquera comment ce texte passe dans la même phrase de la deuxième à la troisième personne, ce qui arrive assez souvent dans les psaumes. Ce bonheur de louer Dieu s’appuie évidemment sur la confiance et la reconnaissance exprimées dans les autres chants de la messe. La mélodie le traduit d’une manière douce et paisible, mais affirmative.
► Communion : Illumina
Nous retrouvons dans la Communion du dimanche de la Septuagésime la prière suppliante mais confiante du pécheur du fond de sa misère. Elle est tirée du psaume 30, qui revient souvent dans la liturgie. C’est un de ceux où le roi David exprime le mieux son abandon total à la divine providence. C’est le psaume de l’In manus tuas.
Illumina faciem tuam super servum tuum, et salvum me fac in tua misericordia : Domine, non confundar, quoniam invocavi te.
Faites briller votre visage sur votre serviteur et sauvez moi dans votre miséricorde. Seigneur, que je ne sois pas confondu parce que je vous ai invoqué.
» Faites briller votre visage « , cela veut dire soyez favorable à ma demande. Lorsqu’on adresse une demande à quelqu’un, si l’on voit son visage s’éclairer d’un beau sourire c’est qu’il va nous répondre favorablement, mais si l’on voit son visage s’assombrir c’est le contraire. Cette première phrase est une prière très humble qui se tient totalement dans le grave comme prosternée ; la deuxième phrase au contraire s’élève en un grand élan suppliant mais plein de confiance en la divine miséricorde, et la troisième phrase revient dans le grave pour une cadence paisible.
Après la Marche pour la vie, engagez-vous
Après la Marche pour la vie, le combat pour la vie ne s’arrête pas ! Engagez vous dans vos villes, départements, régions ! Tractez, collez, témoignez ! L’avenir est entre vos mains !
L’ECLJ lance un appel à témoignages de chrétiens algériens
Appel à témoignage :
Après le Maroc et la Turquie, l’ECLJ prépare un nouveau rapport approfondi sur les atteintes à la liberté religieuse en Algérie. Nous souhaitons recueillir des témoignages directs de chrétiens algériens, qu’ils vivent encore dans le pays ou qu’ils aient été contraints de le quitter.
Votre parole est essentielle pour établir la réalité vécue sur place, notamment en cas de:
- poursuites judiciaires ou condamnations pénales,
- fermetures administratives de lieux de culte,
- pressions sociales, familiales ou professionnelles,
- discriminations, harcèlement ou menaces,
- persécution spécifique des chrétiens convertis de l’islam.
👉 Les témoignages peuvent être transmis de manière strictement anonyme.
👉 Aucune information ne sera publiée sans votre accord.
Vous pouvez nous contacter directement et en toute confidentialité à l’adresse suivante: 📩 [email protected]
Pourquoi votre témoignage est crucial ?
La situation ne fait qu’empirer en Algérie. À ce jour:
- la totalité des 47 églises liées à l’Église Protestante d’Algérie (EPA) sont aujourd’hui fermées,
- l’État ne reconnaît pas les associations religieuses chrétiennes ni leurs lieux de culte,
- des chrétiens sont poursuivis pour s’être réunis ou pour avoir «ébranlé la foi d’un musulman»,
- la répression touche de manière disproportionnée les chrétiens kabyles, perçus comme traîtres à la nation et apostats de l’islam.
De plus, l’Algérie pourrait être la destination du prochain voyage du pape Léon XIV, à la fin du mois de mars, après le Ramadan. Cette visite serait historique et hautement symbolique, et permettrait de porter la situation des chrétiens d’Algérie au cœur de l’attention internationale.
L’action de l’ECLJ pour protéger les chrétiens algériens
Depuis plusieurs années, l’ECLJ agit concrètement pour défendre la liberté religieuse en Algérie, notamment:
- aux Nations unies, en organisant des événements sur les persécutions visant les chrétiens algériens;
- en assurant la défense de victimes de poursuites pour motifs religieux, comme l’islamologue algérien Saïd Djabelkhir.
Les témoignages que nous recueillons permettent de donner un visage humain aux violations, d’interpeller les autorités nationales et internationales et de mieux protéger d’autres chrétiens.
Aujourd’hui, nous avons besoin de vous.
Si vous êtes concerné, ou si vous connaissez une personne susceptible de témoigner, merci de partager cet appel: votre contribution peut faire la différence.
L’association APF France handicap fait de la politique politicienne
L’Incorrect révèle que, dans un document interne, l’association APF France handicap appelle ses adhérents à n’entretenir aucun lien avec certains partis, et menace d’exclusion ceux qui seraient candidats ou élus sous les étiquettes Rassemblement national, Debout la France et Reconquête.

Déjà, lors des législatives 2024, l’association avait donné une consigne de vote dans un communiqué officiel intitulé « Ensemble, disons Non à l’extrême droite ! ». APF France handicap expliquait notamment que
« face au risque de victoire des partis politiques d’extrême droite aux élections législatives anticipées, notre association prend position contre l’extrême droite : les valeurs portées par ces partis et ces élus menacent nos valeurs associatives de solidarité et de justice sociale, de respect de l’autre quel qu’il soit, et nos actions de défense des libertés et droits fondamentaux de l’association ».
Et de poursuivre en appelant
« les citoyennes et les citoyens à aller voter les 30 juin et 7 juillet en prenant la mesure de la gravité exceptionnelle de cet acte au regard des valeurs républicaines et du respect impérieux des droits fondamentaux de chacune et chacun en France ».
Paradoxalement, l’association APF France handicap a favorisé l’élection d’une majorité parlementaire qui légifère actuellement pour l’euthanasie, dont les personnes handicapées seront certainement les premières victimes.
Le professeur Ettore Gotti Tedeschi a écrit une lettre ouverte au pape Léon XIV
Le professeur Ettore Gotti Tedeschi (ancien directeur de la Banque du Vatican) a écrit une lettre ouverte au pape Léon XIV l’exhortant à s’attaquer à la crise morale de la société :
J’espère que le pape Léon XIV saura guider le monde par un magistère spirituel adapté à notre époque… Peut-être en privilégiant la spiritualité au synodalisme. Ce n’est pas une suggestion, c’est un rêve.
J’avoue que depuis longtemps, la peur m’envahit. La peur de ce qui arrivera si nous ne revenons pas rapidement à la reconnaissance des recommandations essentielles de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps : Gaudium et Spes (Concile Vatican II), qui enseigne que s’éloigner de la vie de foi « diminue l’homme », l’empêchant d’atteindre sa plénitude. Ne l’avons-nous pas remarqué ? Au vu des expériences vécues par le monde entier ces cinquante dernières années et des résultats obtenus, il s’agit là, à mon sens, de la réflexion fondamentale que doit mener un Magistère. Il faudrait peut-être y ajouter quelques recommandations qui nuancent la croyance selon laquelle « nous sommes tous déjà sauvés » par les mérites du Seigneur, et non par les nôtres. Cette croyance, conjuguée à la constatation que faire le mal est plus gratifiant que faire le bien et à la conviction d’être déjà sauvés, peut renforcer la question : pourquoi diable devrions-nous faire le bien ? Mais ce n’est pas tout. Le risque de dégradation des comportements aujourd’hui, au point d’« indifférence morale » que nous avons atteint, inquiète également les puissances mondiales. Il ne faut donc pas s’étonner de voir s’imposer une solution « morale-intelligence artificielle », ou « foi-technologie », comme on l’appelle déjà, en réponse au besoin évident de comportement « moral ». Une nouvelle réinitialisation, enfin, cette fois définitive ? Il est donc nécessaire d’exercer le Magistère.
Chaque époque a besoin d’un Magistère spécifique.
À chaque époque, on a toujours attendu de l’autorité morale qu’elle dispense un enseignement magistériel « dans le Temps », c’est-à-dire non abstrait, mais aussi « hors du Temps », c’est-à-dire se référant aux Vérités éternelles. Si, pour certains, être dans le Temps signifie se référer à la « Réalité », il est bon de rappeler que la « Réalité » est une création humaine, avec ses « limites et ses faiblesses », sans vouloir évoquer le « péché », hélas… Comment, dès lors, la Réalité peut-elle devenir un repère pour la pastorale ?
Nous subissons les conséquences de l’échec des promesses non tenues de ce « nouvel ordre humain », fruit d’une mondialisation mal maîtrisée. Mais nous subissons aussi les conséquences d’un magistère qui s’attache à résoudre les « effets » plutôt qu’à comprendre leurs « causes » (dans une perspective aristotélicienne et thomiste). De fait, les effets sont décevants et les causes se sont aggravées. Nous avons entendu, et continuons d’entendre, des propositions de solutions qui visent à modifier les instruments et les structures, au lieu de transformer le « cœur de l’homme », comme l’enseignait Benoît XVI. Là encore, rien n’a été entendu.
Il convient d’évoquer l’Église et l’économie pour mieux expliquer cela.
Il y a une vingtaine d’années encore, l’Église n’était pas censée s’occuper d’économie, mais uniquement de morale, et plus précisément de morale personnelle. Puis, il y a une douzaine d’années, elle a semblé (curieusement) se préoccuper presque exclusivement d’économie et, de façon déroutante, de morale. Elle semblait même vouloir non pas intervenir pour corriger, mais plutôt soutenir les décisions prises pour résoudre les crises économiques, décisions qui privilégiaient les effets aux causes. Or, à mon sens, cela a également engendré une indifférence générale sur la question morale. Et l’indifférence peut être pire encore que l’athéisme.
Les défis du pape Léon XIV.
Les défis auxquels le pape Léon XIV doit faire face sont donc immenses, cruciaux pour toute notre civilisation qui attend d’être guidée. Récemment, une figure majeure et influente du monde a reconnu qu’on ne peut gouverner sans valeurs de référence. Mais avant cela, Benoît XVI, dans Caritas in Veritate, avait déjà expliqué l’impact du nihilisme sur le comportement humain, sa logique et ses conséquences. L’homme sans valeurs de référence perd le contrôle des instruments sophistiqués à sa disposition, qui, de ce fait, s’arrogent une autonomie morale. En sont-ils capables ?
Je rêve que le pape Léon XIV nous émeuve bientôt par ses enseignements sur ces valeurs fondamentales et non négociables, en commençant peut-être par le caractère sacré de la vie humaine (un peu plus sacrée que la terre…), et en expliquant aussi les conséquences pratiques et réelles de l’« indifférence » à cet égard. Aujourd’hui, un seul dogme semble être accepté : l’impossibilité de comprendre la vérité. C’est pourquoi il est temps que l’autorité morale explique aux hommes que « les idéaux humains ne s’atteignent qu’en poursuivant les idéaux divins ». Que pourrait faire d’autre l’autorité morale aujourd’hui face à un monde dépourvu de valeurs et d’idéaux, déçu, découragé, en quête de sens, sinon expliquer l’indispensable nécessité de réunir la foi et les œuvres ?
Conclusion
L’époque actuelle du pontificat est radicalement différente des précédentes, marquée par l’échec de la mondialisation, le changement de leadership mondial et l’effondrement du sens moral. Cette époque exige un magistère nouveau et dynamique, que seul un Saint Pape peut insuffler.
Votre Sainteté, puissiez-vous nous inspirer un Magistère qui nous donne l’espérance de la vie éternelle. Ainsi, « même les anciens se remettront à rêver », comme dans la prophétie de Joël (Actes 2, 17).
Les Stuart: un combat pour Dieu et le roi légitime
Notre ami Bertrand de Ramondy vient de publier son premier ouvrage sur un sujet, aujourd’hui à peu près ignoré de tous et qui, pourtant, enflamma l’Europe voici quelques siècles: le renversement des Stuarts et le combat de Jacques II d’Angleterre face à Guillaume d’Orange.
Récit passionnant et poignant (et, ce qui ne gâte rien, fort bien écrit!). Jacques II avait découvert la vérité de la foi catholique – alors que son prédécesseur Henri VIII avait rompu avec Rome et que le parlement et les notables anglais, copieusement enrichis par le schisme et la spoliation des biens de l’Eglise, avaient posé toutes sortes de barrières pour empêcher le règne d’un roi catholique. Tout au long de ce livre, se noue sous nos yeux un drame cornélien: le roi choisit de suivre sa conscience et voit son gendre lui voler le trône, sous les yeux désolés des fidèles.
Le livre éclaire aussi puissamment le lecteur français sur les différences entre la monarchie anglaise et la nôtre. D’abord au plan de la légitimité: de 987 à 1789, une seule famille a occupé le trône de France quand quatre ou cinq dynasties se sont succédées à Londres, souvent après de féroces guerres civiles. Mais aussi au plan de la nation: si les libertés provinciales étaient bien plus larges sous l’Ancien Régime qu’aujourd’hui, nous n’avions pas un monarque regroupant plusieurs couronnes indépendantes sur une même tête (on mesure en particulier la fidélité particulière des Ecossais aux Stuarts – bien plus grande que celle des Anglais puisque les Stuarts avaient été rois d’Ecosse avant d’être rois d’Angleterre). Mais, surtout, c’est la question religieuse qui traverse tout ce récit: si Guillaume d’Orange l’emporte finalement, c’est qu’il incarne le protestantisme contre le catholicisme. Il bénéficie donc du soutien d’une bonne partie de l’industrieuse Europe du Nord et surtout des plus riches du royaume d’Angleterre, peu désireux de perdre les fortunes qu’ils avaient volées à l’Eglise catholique. Tandis que Jacques II ne bénéficie que du soutien de Louis XIV – soutien puissant, certes, mais aussi soutien de l’ennemi héréditaire.
Un récit passionnant à conseiller à tous ceux qui ne croient pas que l’Europe se confond avec la Commission de Bruxelles et pour qui les mots de fidélité et d’honneur ne sont pas de vains mots.
La tragédie d’un Stuart Jacques II d’Angleterre: récit littéraire
Il n’y a pas de nouveau cycle géopolitique
Jean-Baptiste Noé, rédacteur en chef de la revue Conflits, est interrogé dans La Nef. Extrait :
Pourquoi Trump a-t-il pris le risque de capturer Maduro? Quelles sont ses motivations ?
Contrairement à ce qui est trop souvent dit, je pense que le pétrole n’est pas la motivation première. Depuis une vingtaine d’années, les États-Unis prennent conscience que leur zone sud est un espace de danger, un « chaosland », comparable à ce qu’est le Sahel pour la France. Immigration illégale et trafics de drogue déstabilisent profondément le corps social américain. Le problème de la drogue ne touche pas seulement les milieux sociaux les plus pauvres, mais aussi l’élite américaine et il est pris très au sérieux par l’administration du pays. Longtemps, les États-Unis ont pensé que leurs seuls ennemis étaient les puissances nucléaires. Désormais, ils prennent conscience que la déstabilisation réticulaire, qui dissout le corps américain, est un danger majeur. À quoi s’ajoute la déstabilisation que le Venezuela opère en Amérique latine: soutien à Cuba et au Nicaragua, bandes criminelles qui se répandent dans tout le continent. En frappant Maduro, par une opération d’une précision chirurgicale qui démontre le grand savoir-faire de l’armée américaine, les États-Unis montrent qu’ils reprennent la main et qu’ils s’intéressent de nouveau à ce qu’ils appellent « l’hémisphère occidental ». Ils espèrent aussi, par un effet domino, conduire à la chute des régimes de Cuba et du Nicaragua. C’est un message envoyé au monde: à la Chine et à l’Europe, mais aussi aux pays sud-américains. La puissance, pour se maintenir, a besoin d’être crainte. C’est ce que les États-Unis sont encore capables de faire aujourd’hui.
Nombre d’analystes jugent que la dernière séquence géopolitique avec la capture de Maduro marque définitivement la fin d’un cycle géopolitique et que nous entrons depuis 2025 dans une nouvelle ère, « l’âge des empires » : partagez-vous cette analyse?
Il y a une tendance assez malheureuse à vouloir absolument trouver des ruptures et à créer des concepts souvent creux pour définir l’état du monde. Ce que nous connaissons aujourd’hui n’a rien de bien différent avec ce que nous avons connu dans les décennies passées. La France, du temps de la Françafrique, n’a-t-elle pas organisé des coups d’État pour maintenir ou remplacer les dictateurs africains à sa guise? Ce que font les États-Unis est conforme à ce qu’ont toujours fait les grandes puissances: la puissance ne s’use que quand on ne s’en sert pas. Il n’y a donc pas de nouveau cycle géopolitique – c’est toujours artificiel de définir le monde ainsi – mais une continuité propre à la nature humaine. Ce que l’on constate, c’est qu’il y a aujourd’hui deux grands mouvements qui parcourent le monde, qui ne sont pas contradictoires. D’un côté, des grandes puissances qui veulent disposer d’un espace où elles exercent leur hégémonie; de l’autre, des forces dissolvantes qui créent des chaosland à l’échelle mondiale: réseaux criminels transnationaux, guerres ethniques. La grande nouveauté, toutefois, depuis une petite dizaine d’années, concerne la fin de l’universalisme. L’Occident n’est pas rejeté, son mode de vie, sa réussite économique, font toujours rêver. Ce qui est rejeté, c’est l’universalisme occidental, c’est-à-dire sa prétention à transformer l’autre en un autre soi-même.
L’opération américaine au Venezuela peut-elle être considérée comme légitime au regard du droit international, ou bien est-elle en tout point illégale (non-respect de la souveraineté d’un État, etc.) ?
Il y a un certain angélisme à considérer que le droit est neutre et immanent; qu’il tombe du ciel et qu’il nous faudrait le recueillir comme la manne pour l’offrir au monde. Le droit est toujours l’expression d’une philosophie politique et d’une anthropologie et le fort l’impose aux faibles. Le droit international n’a d’international que le nom: c’est un droit occidental, né dans la conception juridique de l’Occident et imposé au reste du monde, qui l’accepte bon gré mal gré.
[…]
Ce que révèle le vote du Sénat et comment agir pour la suite
Communiqué de Tout mais pas ça :
Le Sénat a rejeté la proposition de loi sur l’« aide à mourir ».
Ce vote n’est pas une victoire, car la Fondation [Lejeune] appelait les sénateurs à adopter leur propre texte, certes imparfait, mais excluant la légalisation du geste létal.
➡️ Ce rejet entraîne une conséquence grave :
L’Assemblée nationale va reprendre l’examen du projet sur la base de son texte de mai 2025, le plus permissif jamais proposé en matière d’euthanasie. en commission dès le 4 février, puis dans l’hémicycle à partir du 16 février.
📌 Ce que ce vote dit malgré tout
Le Sénat a refusé de participer à l’instauration d’un droit à la mort organisée.
Il montre qu’il n’existe pas d’unanimité, et que la prétendue « attente massive des Français » est un mirage. Ce que nous dénoncions dans la pétition stop-euthanasie.fr.
✊ Quatre actions concrètes
Nous avons mis à jour notre outil d’interpellation avec un message destiné aux députés
2️⃣ Suivre l’actualité des débats
Pour une information rigoureuse et documentée, nous vous fournissons régulièrement des articles de Gènéthique, continuez de suivre les débats sur genethique.org.
3️⃣ Aller plus loin dans la défense de la vie
La fin de vie s’inscrit dans un combat plus large, civilisationnel, protéger la vie humaine.
Pour cela, rejoignez la chaîne WhatsApp de la Fondation Jérôme Lejeune – 1er avocat de la vie.
4️⃣ Échanger sereinement avec vos proches indécis
Pour aborder ces questions sensibles avec des personnes qui s’interrogent sincèrement, nous vous recommandons les vidéos pédagogiques et accessibles de la chaîne YouTube Humains.
🎥 Une playlist youtube dédiée à la fin de vie, idéale pour nourrir la réflexion
5️⃣ Rassemblement près de l’Assemblée nationale
Nous appelons à un rassemblement près de l’Assemblée le 16 février en fin de journée, nous vous en dirons plus sur notre chaîne whatsapp.
Avez-vous entendu parler de l’European Media Freedom Act ?
On apprend ici que, depuis le 8 août 2025, les États membres sont tenus de transposer intégralement le Règlement européen sur la liberté des médias, qui garantit l’ indépendance éditoriale et fonctionnelle des médias de service public, leur capacité à offrir impartialement une pluralité d’informations et d’opinions, ainsi que des procédures de nomination afin de les protéger contre toute ingérence politique. Sic.
Entré en vigueur le 7 mai 2024, le European Media Freedom Act impose notamment la publication de la liste des propriétaires de médias, interdit la surveillance des journalistes et protège la liberté éditoriale face aux ingérences politiques ou économiques.
Pour la Commission européenne, les difficultés de financementdes médias sont la principale cause de leur manque d’indépendance. À propos des médias de service public, les fonds publics qui leur sont destinés devront désormais être suffisants, stables et prévisibles.
C’est l’occasion d’évoquer les travaux de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public :
- Le budget de France Info TV a doublé en 7 ans atteignant près de 40 millions d’euros annuels. Pourtant, les audiences de la chaîne stagnent et ne dépassent toujours pas 1 % de part de marché en 2025, très loin derrière les trois autres chaines d’informations CNews, BFMTV et LCI. Interrogée sur cet échec manifeste et sur l’absence d’impact du doublement du budget sur les audiences, Muriel Pleynet, directrice de France Info TV, a estimé que sa « mission était accomplie ».
- Christophe Ventura, ancien membre du Parti de gauche – ancêtre de LFI – et soutien public de Nicolás Maduro, qui s’est rendu au Venezuela en 2013 pour célébrer sa victoire présidentielle, a été invité dans l’émission Vrai ou Faux, animée par Julien Pain sur Franceinfo, où il a été présenté comme un simple « spécialiste de l’Amérique latine ». Une présentation d’autant plus problématique que cette émission revendique précisément une expertise en matière de lutte contre les fake news et de fact-checking. Interrogée sur l’atteinte à la crédibilité que représente, pour France Télévisions, l’invitation d’un militant politiquement engagé et favorable à un régime dictatorial sans transparence sur son positionnement, Muriel Pleynet, directrice adjointe de l’information, a pourtant expliqué que chaque engagement politique des invités devait être systématiquement signalé en plateau.
- France 5 a diffusé un documentaire de la série La Fabrique du mensonge, intitulé « Affaire Lola, chronique d’une récupération », quelques mois à peine après le meurtre de Lola, 12 ans, violée, torturée et assassinée par une ressortissante algérienne sous OQTF, maintenue sur le territoire malgré l’obligation de le quitter. Pendant près de 80 minutes, ce programme ne traite pas tant du drame lui-même que de ce qu’il désigne comme une « récupération par l’extrême droite », affirmant notamment qu’« en quelques jours à peine, une opération d’influence et de manipulation a été orchestrée », que cette mobilisation n’aurait eu pour but que de « faire de la politique », en « propageant de fausses informations et des théories du complot », allant jusqu’à évoquer « la crainte des services de l’État de voir se produire un attentat terroriste d’extrême droite sur notre territoire ». Interrogé sur le choix éditorial de diffuser un tel programme si peu de temps après un drame ayant bouleversé la France entière, Alexandre Kara, alors directeur de l’information de France Télévisions, n’a pas souhaité répondre, estimant que cette décision ne relevait pas de son périmètre.
- Interrogé sur la légitimité de Stéphane Sitbon-Gomez, numéro deux de France Télévisions, à diriger près de 3 000 journalistes alors qu’il ne détient pas de carte de presse, n’a aucune expérience dans les médias et n’avait, avant son arrivée à France Télévisions, exercé que des fonctions au sein d’Europe Écologie–Les Verts, Alexandre Kara, ex-directeur de l’information, a justifié cette situation en la comparant à celle de « ministres occupant des postes dont ils n’étaient pas forcément spécialistes »
- Interrogé sur le conflit d’intérêts que représente la situation de Léa Salamé, présentatrice du journal de 20h de France 2, alors qu’elle est en couple avec Raphaël Glucksmann, figure du Parti socialiste et potentiel candidat à l’élection présidentielle, Alexandre Kara, ancien directeur de l’information de France Télévisions, a estimé que le principe de précaution n’avait pas à s’appliquer et que Léa Salamé pouvait bien rester en poste. Selon lui, cette obligation ne s’imposerait qu’à partir du moment où son conjoint se déclarerait officiellement candidat, y compris si cette annonce intervenait seulement deux mois avant l’échéance électorale.
- Linh-Lan Dao, journaliste spécialisée dans le fact-checking sur Franceinfo et France 5, a été tête d’affiche d’une réunion politique de La France insoumise organisée le 13 novembre à Toulouse, aux côtés du député LFI François Piquemal. Interrogée sur l’indépendance de cette journaliste, publiquement associée à LFI alors même qu’elle occupe une fonction centrale consistant à déterminer le vrai et le faux sur deux chaînes du service public, Muriel Pleynet, directrice adjointe de l’information de France Télévisions, a indiqué qu’elle était toujours en poste malgré une sanction prononcée et une absence de déclaration obligatoire pour ce type de participation à un événement. Elle a toutefois refusé de préciser la nature de la sanction devant la représentation nationale.
- Interrogé sur la contradiction entre ses engagements politiques trotskistes passés et ses séjours dans des palaces à Cannes facturés 1 700 € la nuit, en tant que directeur du cinéma, des fictions internationales et des programmes jeunes adultes de France Télévisions, Manuel Alduy a estimé que ses opinions politiques n’avaient « rien à voir et rien à faire » avec son métier.
- Lors de son audition, Anne Holmes, directrice des programmes et de la fiction de France Télévisions, l’un des budgets les plus importants des programmes de l’entreprise, reconnaît régulièrement passer des vacances chez un dirigeant d’une société de production qui bénéficie de contrats accordés par France Télévisions. Elle refuse toutefois d’en communiquer le nom.
- Interrogé sur le coût de programmes tels que « C dans l’air » ou « C à vous », le directeur des magazines de France Télévisions a refusé d’en communiquer le montant. Pourtant, il s’agit de fonds publics : les Français ont le droit de savoir comment et pour quels montants leur argent est utilisé.
Les mythes, le mythe et les Transcendantaux : Eros et Psyché
De Marion Duvauchel pour Le Salon beige :
Au commencement était la beauté… בראשית היהא החן
Mythe, mythologie et littérature
Dans l’interprétation moderne, le mythe figure, sous forme d’histoire ou de récit, des événements psychiques qu’on peut interpréter comme étant fondées historiquement (c’est l’évhémérisme), ou comme étant la projection dans des images historiques de l’inconscient profond.
C’est une tout autre perspective anthropologique – peu répandue – qui est celle de Jean-François Froger[1]. La mythologie n’est pas contraire à la raison a priori ; elle est au contraire l’expression de la profondeur de l’homme face au monde, dans une espèce d’inconscience. Le mythe est donc une parole au statut particulier, – heuristique et énigmatique – une parole qui a du sens, un sens qui nous est inconnu, mais dont le mythe va déclencher la recherche, parce qu’il se présente sous une forme énigmatique et qu’il requiert une interprétation. C’est un langage énigmatique qui s’adresse d’abord à l’imaginaire, à la profondeur de l’homme, à ce qu’on appelle l’inconscient. Il est constitutif de l’expérience humaine parce que l’homme ne peut vivre sans parler de sa vie, de son existence, au niveau individuel comme au niveau collectif.
Le mythe va nourrir le récit collectif d’un peuple, d’une société, d’un groupe humain, voire de toute une civilisation. Mais il peut aussi nourrir aujourd’hui toute personne qui se penche sur ces récits intrigants.
Quelle que soit la nature de l’inspiration qui le gouverne, toutes les civilisations ont un corpus de mythes. C’est un fait propre à toute l’humanité. Le mot lui-même vient du grec, mythos, qui veut dire récit, et qui s’oppose curieusement au mot logos, qui signifie aussi récit, mais récit rationnel. Mais parce que la vie « mythique » est inspirée par le monde des esprits, (le monde des anges), elle peut être aussi déviée par les démons, qui sont des anges déchus. Et c’est pourquoi dans l’ensemble des mythes de l’humanité, on trouve bien des choses utiles et éclairantes, comme d’autres choses égarantes et absurdes. Tout simplement parce que, à l’imagination inspirée, vont se mêler l’imaginaire et la pathologie humaine.
Pour pénétrer la profondeur symbolique du mythe, nous dit Jean-François Froger, il faut concevoir le rôle de l’analogie. Il est primordial. Il n’y a pas d’acte de connaissance qui ne soit analogique et qui ne suppose par là même quelque comparaison et bien sûr, une capacité à comparer, ce qui suppose une mémoire de la différence ; Et la « différence » est d’abord un acte de mémoire. Mémoire et différence sont concomitants et produisent un acte de connaissance, peut-être un acte d’éveil. La connaissance est certainement tout à fait inconsciente en ses commencements, tandis que l’éveil suppose précisément une conscience.
L’éveil c’est l’éveil à la conscience d’une connaissance.
On comprend dès lors la possibilité du mythe : un récit inconscient d’une connaissance réelle, qui peut être fort ancienne, qui relève des « commencements », sans conscience possible sinon rétroactive, longtemps après ! On ne connaît consciemment les « commencements » que de façon mythique, mais le mythe lui-même est une connaissance.
Sous quelle mode cette connaissance inconsciente se manifeste-t-elle ? Sous un mode onirique, avec des images de rêve ; c’est-à-dire avec des images tirées de l’expérience de tous les jours mais réutilisées, comme dans le rêve, selon la logique interne à la connaissance à exprimer. D’où la création littéraire poétique d’images « invraisemblables », chimériques ou monstrueuses, ou de récits qui relève du conte ou de la fable. La réaction de la raison raisonnante est immédiatement d’écarter de tels fantasmes comme irréels et dangereux. Ils le sont si on les prend pour la réalité d’où ils tirent leurs images. Au contraire, ils sont réels et bénéfiques si on les prend pour l’imagination de la réalité invisible qu’ils traduisent. Il faut donc atteindre cette réalité invisible figurée à travers les êtres, les actions et les épreuves qu’ils traversent.
Le mythe se présente sous des formes textuelles variées : il peut raconter des origines, celles du monde, celles de l’homme ; ou celles d’un lieu significatif, la ville de Thèbes par exemple, (on parle alors de mythe étiologique).
Les mythes grecs, admirables à plus d’un titre, racontent toute une théogonie, un combat des Dieux ou des Titans sur trois générations qui disent quelque chose de comment la Grèce archaïque concevait la notion d’ordre et le commencement de l’univers, mais aussi la genèse symbolique du droit et l’idée de loi, entendue comme de grandes régularités cosmiques. Ils sont un peu comme les livres de médecine, ils constituent une leçon de psychopathologie au niveau de l’humanité même en nous montrant en quelque sorte comment ça se passe quand ça ne va pas bien, quand et comment la vie psychique humaine se dévie et finit par donner des fruits tragiques, Ils racontent la difficulté de vivre des hommes ou parfois ils racontent des histoires dont on peut retrouver l’écho ou la trace dans nos contes merveilleux.
Le mythe est une connaissance inconsciente, une « procédure archaïque qui consiste à dire un sens profondément symbolique et caché, issu d’une connaissance inspirée ou inconsciente ». Profondément énigmatique, il pose une question dont la réponse est inhérente à ses propres voies d’accès. Il en est ainsi d’Œdipe et de Moïse.
Et il en est ainsi d’Eros et Psyché : « la fable d’Apulée est une mise en scène littéraire d’un mythe ». Parce qu’il se dissimule sous une forme « littéraire », une sorte de fable, un récit enchâssé, le mythe Eros et Psyché appartient à la littérature. Mais ce récit est un mythe qui touche aux profondeurs même de la métaphysique et qui met en scène des puissances invisibles que l’histoire philosophique connait parfaitement et que les Scolastiques ont théorisé sous le nom de « Transcendantaux ».
Jean-François Froger a étudié avec précision les images du mythe de Psyché. Cinquième de ses ouvrages, La voie du désir ouvre de nouvelles perspectives sur ce que sont ces puissances vivantes à travers la dynamique relationnelle qui les relient entre elles : ainsi de la cause et de l’un, ainsi de la cause et du Bien. Dans le même temps, l’auteur dévoile le vrai sens de la Beauté à travers les pérégrinations de Psyché, à compter du moment où elle est bannie du palais d’Eros jusqu’au moment de ses retrouvailles avec l’époux meurtri, leurs épousailles et la divinisation de la jeune mortelle admise à boire l’ambroisie des dieux.
La question des Transcendantaux
Le Moyen Age a porté la spéculation métaphysique à un niveau de complexité inédit et avec une sophistication qui rend aujourd’hui leurs travaux quasi inintelligibles sans initiation ou sans quelque solide introduction[2]. La culture médiévale intègre les données de la culture antique mais elle le fait dans le cadre d’une sensibilité nouvelle et de la religion nouvelle, le christianisme. Les hommes du Moyen Âge ne sont pas dépourvus d’un sens de l’innovation mais ils s’évertuent à le dissimuler sous les oripeaux de la redite (à la différence de la culture moderne qui fait mine de renouveler quand elle ne fait que répéter). En matière d’esthétique, le champ d’investigation des Médiévaux était bien plus largement déployé que le nôtre : les systèmes y foisonnent et comprennent à la fois des éléments musicaux, luministes, symbolistes, allégoristes, et la plupart du temps métaphysiques. Mais sous l’apparente multiplicité, c’est l’idée de beauté qui garantit l’unité de conception de l’esthétique médiévale.
Le premier caractère de l’esthétique médiévale, et le plus connu, voire le plus populaire, c’est le symbolisme (dont les Pères sont déjà les premiers représentants authentiques). La source philosophique en est sans contredit le platonisme. C’est en effet avec Platon que la beauté fait irruption dans la métaphysique : dans le Banquet (221 a), il introduit le Beau en soi comme la plus haute réalité et il affirme ainsi implicitement que l’être est beau. Jean Scot Érigène reconstitue la synthèse néoplatonicienne qui procède de l’idée que le monde sensible est un reflet de la beauté en soi. Le courant de pensée qui s’y est attaché le plus est celui qui, émané de Platon et passant par les Ennéades de Plotin débouche dans la scolastique médiévale par deux canaux principaux : saint Augustin (et sa doctrine de l’illumination) et Denys l’Aréopagite, principalement au fameux chapitre IV du traité des Noms divins, dans lequel il traite constamment du bien et du beau et fait apparaître l’univers comme une inépuisable irradiation de beauté. Ces textes jouissaient d’une autorité extraordinaire dans les milieux théologiques. Les commentateurs se sont souvent révélés très sensibles au charme de cette représentation de l’univers qui conférait une dignité théologique à un sentiment spontané propre à l’esprit médiéval.
Parce que la Scolastique conçoit la nature comme le reflet de la transcendance, elle s’efforce de garantir la positivité de la création tout entière, jusque dans ses apparentes zones d’ombre. Si l’on parvient à établir que l’unité, la vérité, la bonté sont inhérentes à l’être en tant qu’attributs co-extensibles, il s’ensuivra sur un plan métaphysique que toute chose existante est vraie, une et bonne. Et ultérieurement, belle ! Et si le beau représente une propriété constante de l’existant, la beauté du cosmos s’avèrera alors fondée sur la certitude métaphysique et non sur un simple sentiment poétique d’admiration ou sur quelque enthousiasme lyrique. Tel est l’enjeu brièvement synthétisé de ce qu’on appellera les transcendantaux, et de celui que pose le Beau.
L’esthétique platonicienne elle-même comprend trois perspectives d’intelligibilités : une esthétique symboliste, une esthétique du nombre et une esthétique de la lumière. Ces trois esthétiques, le moyen âge se les assimile, mais non point en même temps ni dans la même mesure. S’affirme ainsi au Moyen Age une conception de la beauté comme réalité purement intelligible, – héritage platonicien – comme harmonie morale, – héritage stoïcien – comme resplendissement métaphysique, c’est-à-dire comme transcendantal.
C’est cela qui nous intéresse…
Les métaphysiciens reconnaissent un certain nombre de modes universels de l’être, aussi universels que l’être lui-même, et qu’on appelle les transcendantaux (passiones entis). Ils ont une histoire longue et mouvementée. On en distingue très vite trois dans l’histoire de la philosophie : le bon, le vrai et l’un. L’un est le premier dans le domaine de la logique. C’est l’être en tant que non divisé – c’est un visage de l’être qui surgit là devant l’esprit -, sa consistance interne ; dans la mesure même où une chose est, elle est une.
Puis viennent le vrai et le bon, et leur intrication sinon structurale, du moins historique. Intrication structurale d’abord : l’être est de soi transcendentalement vrai et reflété et reflétable en intelligence : « Le vrai est l’être en tant même que faisant face à l’intellection, à la pensée (…) il répond à l’esprit connaissant, il lui parle, il surabonde en diction, il exprime, il manifeste une consistance pour la pensée, une intelligibilité telle ou telle qui est lui-même ».
Dernier dans l’ordre logique, le bien est premier dans l’ordre ontologique, il est l’être en tant même que faisant face à l’amour, au vouloir.
Ainsi chacun de ces transcendantaux est l’être lui-même pris sous un certain aspect ; il n’y a pas de distinction réelle entre l’être et l’un, entre l’être et le vrai, entre l’être et le bon. Ce sont des notions « convertibles ». Ens et Unum convertuntur : l’être et l’un sont convertibles. Les transcendantaux sont des sources d’intelligibilité concomitantes à l’être.
C’est parce que l’homme médiéval distingue avec peine le beau et le bon, héritage stoïcien, parce qu’il éprouve la plus grande difficulté à voir les deux valeurs séparées, que la Scolastique va peiner à intégrer le beau aux autres valeurs. Comme Albert le Grand, Thomas d’Aquin affirme la portée transcendantale du beau et va contribuer à passer du concept de lumière physique à celui de l’illumination de la forme ontologique et concomitamment à l’intégrer dans la métaphysique. Plus encore, c’est lui qui donnera la formulation décisive selon laquelle le « beau » jaillit de l’unité claire et brillante de l’idée, resplendissant sur la matière. Il y a là une analogie avec sa définition de l’âme comme « forme » du corps. Il ajoute l’idée que la beauté inclut un rapport à la connaissance. Mais pour que le Beau soit intégré dans la Table même des transcendantaux, il faudra l’intervention de saint Bonaventure et un peu de patience[3].
La première difficulté est d’ordre moral : « comment jouir sans convoitise »[4] ? Nous connaissons par les sens nécessairement impliqués dans la perception de la beauté. Parce que les hommes du Moyen Age éprouvent avec une intensité très grande les sollicitations des plaisirs de la vie sensible, l’ascétisme se présente comme la réponse à cette tension entre une réactivité accrue aux choses terrestres et l’orientation vers le surnaturel. Les besoins « animaux » ne sont pas étrangers à l’esthétique et même la beauté sexuelle s’y rattache. On ne peut en effet vivre sans délectation faute de quoi il ne resterait pour ressource aux sens privés de ces jouissances qui leur sont nécessaires – et qui sont nécessaires à l’esprit – que les arts et le plaisir qui satisfont la curiosité brute, l’appétit brutal, la curiosité morbide. Alcool, drogues, et jusqu’au culte de la Vénus charnelle apparaissent alors comme autant de plaisirs compensatoires de ce sens frustré qu’est le sens de la beauté, à la fois intellect et sensibilité. La nature singulière du plaisir esthétique se traduit dans les sens engagés. Tandis que chez les animaux, le plaisir procuré par chaque sens implique un rapport nécessaire avec le toucher (et par conséquent avec les besoins naturels), il n’y a que chez l’homme qu’existe la possibilité d’un plaisir tout à fait distinct de la satisfaction tactile : et c’est le plaisir esthétique. Et cela permet de comprendre l’interdit du toucher qui ouvre à l’invisible et à la perception du sacré. Ce qui est sacré est intouchable.
Or, le principe qui gouverne la vie sensitive, la vie de l’appétit sensible, c’est l’amour. Saint Augustin, fin psychologue, mettait l’amour à la racine de toutes les passions. Saint Thomas distingue l’affectivité réglée selon la raison – l’amour qui porte vers une chose en vertu du fait qu’elle nous convient – et l’affectivité réglée selon la passion sensible – l’amour sensitif, nécessairement réglé par une affection –. C’est l’appétit sensitif qui explique qu’il y a dans l’homme une espèce d’amour qui est d’ordre purement animal, amour exclusivement charnel et intimement lié aux sens voire exclusivement gouverné par l’attrait des sens.
Parce que, de par sa nature même, le beau est délectable, il meut le désir et produit l’amour. C’est pourquoi c’est à Vénus que revient la victoire, pour le malheur des Troyens. Si la beauté d’Hélène est l’origine terrestre de la Guerre de Troie, l’origine divine en est « l’étourderie trifonctionnelle » du prince berger sommé de choisir entre les trois déesses. En choisissant Vénus, Pâris signifie par-là combien la beauté est prise dans les sens, et les liens secrets qui unissent le plaisir esthétique et la volupté. Il signifie qu’il est esclave de l’appétit dans le choix qu’il fait et qui coûtera bien cher aux siens. Comme le note Georges Dumézil, Homère a connu le jugement de Paris et les conduites qu’il attribue aux trois déesses dans la colère d’Achille prouvent qu’il en comprenait les conséquences démesurées[5].
Ces questions qui passionnaient les Scolastiques peuvent rester lettre morte pour des esprits peu familiers des arguties métaphysiques. Mais le mythe peut nous aider à comprendre que la fable littéraire d’Eros et Psyché est de première importance pour comprendre quelque chose de l’âme humaine, quelque chose qui ne nous pas accessible, une énigme que la métaphysique la plus aboutie n’est pas en mesure sinon de résoudre, du moins d’éclairer. Mais les images du mythe nous informent, ce qui est bon. Il est encore meilleur qu’on puisse en comprendre le sens. La voie du désir de Jean-François Froger nous donne le jeu de clés herméneutique pour franchir l’épaisseur les images et entrer dans les profondeurs du sens.
La voie du désir selon Eros et Psyché (nouvellement traduit)[6]
Publié en 1997, La voie du désir de Jean-François Froger n’a pas pris une ride. Original dans sa construction, l’œuvre constitue une illustration des théories anthropologiques de l’auteur à propos du mythe. On trouve dans cet ouvrage à l’état de « semences » ce qui sera développé dans les ouvrages ultérieurs
L’histoire de Psyché et d’Eros – cette « fable littéraire – apparait dans les livres IV, V et VI des Métamorphoses d’Apulée, qui retracent les aventures d’un certain Lucius que par accident sa maîtresse a transformé en âne. Le latiniste Bernard Verten a traduit et annoté le texte latin, dans une mise en page qui en rend la lecture aisée : les notes sont sur la page de gauche et le texte traduit du latin sur la page de droite. Il faut saluer la traduction qui donne à ce récit la saveur des contes ou des mythes, en gardant la richesse des images qui nourrissent toute la symbolicité du texte.
La question est simple :« Qu’est-ce donc que cette « psyché » qui doit s’éveiller d’un sommeil mortel pour entrer dans l’immortalité qui lui est offerte ? Qu’est-ce donc que cet Eros-Amour dont l’union lui assure la béatitude divine ? » Et en quoi le désir participe-t-il d’une voie de connaissance ?
Rappelons à grands traits l’histoire de cette fille de roi qui a deux sœurs à la beauté déjà remarquables. Mais celle de la cadette, Psyché, est si exceptionnelle qu’on la vénérait comme la déesse Aphrodite en personne, qui ne voit pas sans colère ses autels désertés et qui en conçoit une jalousie violente. C’est le ressort narratif certes mais pas seulement. Il y a, nous dit l’auteur, un aspect prophétique dans la jalousie d’Aphrodite, » jalousie de celle qui possède par nature le bien qui n’est pas partageable : la beauté ». D’autant que Psyché a usurpé le « nom » même de la déesse. Elle n’y trouve aucun bonheur mais se morfond dans sa maison, toujours vierge et sans aucun prétendant.
Vénus prend alors son fils Eros-Cupidon comme l’instrument de sa vengeance et le charge de susciter dans la jeune personne une passion incoercible pour le dernier des hommes. Le roi consulte l’oracle et Apollon lui explique qu’il faut l’exposer sur un rocher pour une noce funèbre avec quelque être « mauvais, cruel, sauvage et vipérin ». Mais au lieu d’être précipitée dans l’abîme, le Zéphir l’emporte dans un locus amueni, (doux gazon, parfums…) où elle découvre le palais d’Eros qui la prend pour femme, de nuit, et la met en garde : elle ne doit pas chercher à voir son mari. Le temps passe, Psyché s’ennuie des siens et d’une compagnie humaine. Le mari amoureux cède aux objurgations de la jeune épouse et accepte qu’elle revoie ses sœurs. Las, celles-ci soupçonnent un bonheur divin, dont elles veulent priver leur cadette. La jalousie qu’elles éprouvent les poussent à de mauvais conseils : vérifier qui est ce monstre qu’elle a pour époux. Psyché succombe alors à la curiosité et découvre à la lumière d’une lampe la beauté sublime de son mari, qu’elle blesse malencontreusement d’une goutte d’huile bouillante. Il disparaît alors, laissant la malheureuse à l’état de fugitive et de surcroît, enceinte. Elle se rend finalement à Vénus qui lui impose quatre épreuves successives assorties ici et là de quelques coups de fouets. Avec l’aide secrète d’Eros, elle surmonte ces épreuves et parvient jusqu’à Zeus qui lui offre la boisson d’immortalité, la rendant semblable aux dieux. Elle peut alors convoler en justes noces après un indissoluble mariage avec l’Amour.
On l’a compris, chacune de ces quatre épreuves est chargée d’un sens symbolique qu’il s’agit de décoder.
Le mot « Psyché » implique l’idée d’un principe vital, un souffle vital qui peut désigner par métaphore la personne même. Quoique latin, l’auteur a préféré le mot grec au latin « anima ». C’est, nous dit l’auteur, que le terme latin n’aurait pas évoqué l’idée « d’individualité personnelle » impliquée dans le terme grec. Psyché est belle, nous dit la fable. Elle est, dit l’auteur, porteuse par sa beauté de l’image de la déesse de l’amour, Vénus. Mais ce n’est l’image que et à ce titre c’est un sacrilège qui demande réparation, la pauvrette doit donc être sacrifiée.
Interprétation : la beauté est un transcendantal.
L’éveil, puisque la voie du désir est un éveil, c’est donc d’abord l’éveil aux transcendantaux : l’un, le bien, le vrai et le plus caché, la cause : « la cause transcendantale, qui constitue avec les autres transcendantaux l’être des choses, institue leur nécessité en tant qu’êtres créés, nécessité pour eux-mêmes dans la relation ontologique qui fonde leur existence, même dans le déroulement contingent de cette existence ». C’est la langue du métaphysicien. Psyché la met en image. Elle doit apercevoir en acte le transcendantal de l’un.
C’est l’objet de la première épreuve, qui met aussi en jeu le transcendantal « cause ».
L’homme seul a le pouvoir de se connaître, autrement dit de connaître quelle est sa « cause propre » (sa causa sui, sa cause de soi) et la cause propre de l’homme c’est « son propre désir d’être ». Mais « il peut reconnaître ce désir comme l’ombre d’un Désir divin qui le créé ». Et cela demande un éveil. C’est tout l’enjeu des épreuves de Psyché lorsqu’elle se voit séparée d’Eros.
La deuxième épreuve met en présence du mystère de l’inspiration et de l’instance de l’âme susceptible de la recevoir. Nous découvrons ce qu’est la libido (en dehors de la doxa héritée de Freud) et comment le complexe d’images (les brebis, le roseau, l’or des toisons) manifeste que le corps est un lieu de révélation. Il ne doit donc pas être détruit (Psyché est empêchée par la tour de se suicider) et il doit être vêtu, et dignement vêtu.
On se souvient de la parabole de l’Evangile qui évoque la noce au cours de laquelle un invité est renvoyé durement parce qu’il qui n’a pas revêtu le vêtement de noces. Au-delà des balivernes de l’homilétique moderne, l’affaire est grave et Psyché nous en dit quelque chose à travers cette épreuve des brebis. Il lui faut un vêtement : il n’est pas blanc, il est tissé avec la laine d’or de ces brebis enragées. « On ne peut approcher Eros dans la nudité d’une âme sans structure psychique parfaite ». On ne peut entrer dans la salle des noces de l’agneau dans la nudité d’une âme qui ne soit immaculée.
Qui donc est Psyché ? Elle est comme la métonymie de la totalité vivante humaine. Simple mortelle divinement belle, Psyché n’est pas aimée. Le mythe montre la dissociation entre l’Amour et la Beauté, dissociation qui est une offense à l’unité divine. C‘est dans le mystère de la divinisation que se retrouve la « Jalousie » de Dieu. « Le désir de soi et le désir de Dieu doivent être rendus à la parfaite unité ».
Là encore c’est la langue du métaphysicien. Elle n’a rien d’abscons, il suffit pour la comprendre de suivre la petite jeune fille désemparée, terrifiée, désespérée et au bord du suicide, il suffit d’écouter les « voix invisibles » de la fable, comme celles du palais d’Eros (sans forme corporelle dit la traduction). Au terme des épreuves, il y a la divinisation : il y faudra bien des erreurs, des fautes, beaucoup de larmes et pas mal de coups de fouets.
Qu’est-ce que Psyché ? C’est l’instance de l’âme capable de réception de la beauté divine (qui est prégnance) qu’elle manifeste (elle est saillance). Le mythe nous montre quelque chose de la nature humaine que décrit l’Ecriture. Créé par Dieu, à son image, l’homme est d’une beauté divine qui n’est pas de ce monde (comme la beauté de Vénus qui est divine) mais qui est manifestée dans le monde. La beauté de Psyché est précisément celle d’Eros, elle n’a nul besoin de lui plaire. Comme nous n’avons nul besoin de plaire à Dieu lorsque nous sommes éveillés au Désir véritable, « cause transcendantale » qui agit comme « diffuseur et comme attracteur » et qui n’a rien de comparable avec le « pâle simulacre » que nous pouvons voir dans la contingence humaine.
Le lent éveil de Psyché à ce qu’elle est réellement est la figure de notre propre éveil.
La volupté : fille d’Eros et Psyché
Là où les Scolastiques, étroitement ligoté à leur philosophie de l’être (une ontologie), voyaient un problème abstrait de métaphysique, Jean-François Froger casse le miroir et nous le fait traverser. Il montre à travers des images rendues à leur signification comme à leurs relations, le sens profond de ces puissances vivantes qui participent du psychisme humain, (dont la figure visible est le vêtement). Il n’est nul besoin de savoir ce que sont les transcendantaux pour lire La voie du désir avec autant de profit que de bonheur. C’est le propre du mythe comme aussi sa magie intrinsèque : le système d’images est de soi une parole. Fort bien restituée dans la traduction annotée par Bernard Verten, cette parole énigmatique déploie son mystère, autrement dit son réseau de significations comme autant de ces « voix invisibles » (sans forme corporelle) qui parlent à Psyché dans le palais d’Eros.
Et qui la servent…
Le mythe parle d’une longue séparation d’Eros et de Psyché. Pas si longue que cela… Il suffit de savoir compter. Au terme de sa dure initiation, la princesse en fuite met au monde l’enfant conçu du dieu divinement beau et inconnu.
C’est une fille.
Elle porte un nom qui n’a rien d’anodin, car tout est signifiant dans le mythe. Ce qui naît d’Eros et Psyché, c’est la volupté.
Interprétation : « Ce qui naît de l’union de Psychè et d’Eros n’est autre que la beauté en acte, ce par quoi l’unité des transcendantaux paraît. (Unité de l’Un, du Vrai, du Bien, de la Cause dont l’ordre incessamment enfantant est la Beauté ». C’est parce que « en Dieu l’Amour et la Beauté sont sa propre essence » que leur séparation dans la nature humaine est sacrilège. Car c’est de la corporéité humaine dont il est question, corps et âme, et de cette invisible puissance qui meut l’homme tout aussi invisiblement : le Désir. La vérité du désir de l’homme, c’est Dieu. Aucune psychanalyse aussi longue soit-elle ne peut atteindre à ce qui est une donnée de la nature humaine et ne peut que se recevoir.
L’essence de la beauté est d’être non seulement la splendeur des transcendantaux réunis mais tout simplement « la splendeur de l’amour ».
Et c’est pourquoi la Beauté est un « sur-transcendantal ».
[1] Voir sur la question du mythe selon Jean-François Froger, Enigme de la pensée, la voie du désir, Moïse et Œdipe.
[2] Quelques références du meilleur spécialiste français, Etienne Gilson : Le Thomisme : Introduction à la philosophie de Saint Thomas d’Aquin, Paris, Vrin, 1964, 6e éd. (1re éd. 1919). La philosophie de saint Bonaventure, Vrin, 1924. Saint Thomas d’Aquin, Gabalda, 1925. Introduction à l’étude de saint Augustin, Paris, J. Vrin, 1929.
[3] Marion Duvauchel, L’inconscient oublié, édition les acteurs du savoir, 2021. Thèse de doctorat : L’esthétique oubliée de Jacques Maritain, un chemin de poésie et de raison (2006). On y trouve un chapitre détaillé sur l’histoire de ces transcendantaux et la progressive intégration du beau dans la table des transcendantaux. Avec toutes les références
[4] Voir aussi Jean-François Froger, le Bestiaire, éditions DésIris, 1996. Chapitre « Comment jouir sans convoitise ».
[5] Georges Dumézil, Didier Eribon, Entretiens avec Georges Dumézil, Paris, Folio, Essais, Gallimard, 1987, p. 165.
[6] La voie du désir, Selon le mythe d’Eros et Psyché nouvellement traduit par Bernard Verten, Jean-François Froger, Editions DésIris, 1997
