Le vrai enjeu des sacres selon le cardinal Müller, par l’abbé Gleize de la FSSPX
Source : https://fsspx.news/fr/news/le-vrai-enjeu-des-sacres-selon-le-cardinal-muller-58441
Le cardinal reproche à la Fraternité d’adopter l’attitude de ceux qui croient remédier aux crises « en se retirant dans le coin boudeur d’une Église des purs, dernier bastion d’orthodoxie qui voudrait imposer sa réintégration complète dans l’Église catholique en convertissant celle-ci à son propre cénacle ». Ne serait-ce pas plutôt l’inverse ? L’Eglise des purs de Vatican II n’est-elle pas en réalité le dernier bastion retranché du néo-modernisme qui voudrait imposer une pseudo-unité de l’Eglise, une « pleine communion ecclésiale » en convertissant tous les catholiques à la nouvelle liturgie et à la nouvelle théologie du Concile ?
Le cardinal Müller, prototype du conservateur dans l’Église ?
Le cardinal Gerhard Ludwig Müller, né en 1947 à Mayence, fut un homme selon le cœur de Benoît XVI. C’est d’ailleurs ce dernier qui a voulu, le 2 juillet 2012, l’élever à la dignité de Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et, par là même aussi, lui confier la responsabilité de la Présidence de la Commission pontificale Ecclesia Dei. Deux ans plus tard, le 12 janvier 2014 – le Pape Benoît ayant démissionné dans l’intervalle – le Pape François le crée cardinal.
Et c’est ce nouveau cardinal Müller qui, à l’automne 2014, cinq ans après les premières discussions doctrinales de 2009-2011, reprend – en sa qualité de Président de la Commission Ecclesia Dei – le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X et reçoit à Rome Mgr Bernard Fellay, pour lors Supérieur Général de ladite Fraternité. Dialogue qui atteignit un point de non-retour, le 6 juin 2017, lorsque le cardinal Müller, au nom du Saint-Siège, adressa à Mgr Fellay une lettre dans laquelle était exigé que, dans l’éventualité d’une normalisation canonique de la Fraternité, ou d’un rétablissement de « la pleine communion », les membres de la Fraternité « déclarent, de manière explicite, leur acceptation des enseignements du Concile Vatican II et ceux de la période postconciliaire, en accordant aux dites affirmations doctrinales le degré d’adhésion qui leur est dû » et qu’ils reconnaissent « non seulement la validité, mais aussi la légitimité du Rite de la Sainte Messe et des Sacrements, selon les livres liturgiques promulgués après le Concile Vatican II »1.
La suite est bien connue : dans l’impossibilité d’accepter ces conditions, une fois de plus, Mgr Fellay signifia ses regrets à Rome, regrets assortis d’une énième explication relative aux causes profondes de la crise qui sévit dans l’Église depuis le concile Vatican II. L’année 2018 vit l’élection de Don Davide Pagliarani à la tête de la Fraternité. Mais auparavant, à peine un mois après l’envoi de la lettre à Mgr Fellay, le 1er juillet 2017, le Pape François avait démis le cardinal Müller de sa charge de Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Son successeur, Préfet de ce qui est désormais devenu un Dicastère, fut le jésuite Luis Ladaria Ferrer. Gerhard Müller s’était déjà montré critique des orientations doctrinales et pastorales du Pape François et ne s’arrêta pas dans ce chemin.
Le 20 décembre 2023, le Préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi dénonçait, dans une prise de position, la Déclaration Fiducia supplicans par laquelle le Vatican autorisait la bénédiction des couples en situation irrégulière, concubins, divorcés remariés et même de même sexe. À l’entendre, il fallait voir dans ce document un « saut doctrinal » et un « risque de blasphème ». Outre cela, lors d’une session de questions-réponses à la Call to Holiness Conference 2025, tenue au Michigan, le cardinal Müller s’est montré critique sur la mise en application du Motu proprio Traditionis custodes, qualifiant de « problématique » et de « non pastoral » le fait que certains évêques limitent la célébration du rite romain traditionnel selon le Missel de 1962. Auparavant, le 20 mai 2024, Gerhard Müller avait célébré, selon l’ancien rite de 1962, la messe pontificale du lundi de Pentecôte lors de la clôture du pèlerinage de Chartres organisé par l’Association Notre-Dame de Chrétienté, ce qui lui valut d’être désigné comme « Ami des tradis et ennemi du Pape François » en première page du site du journal Libération2.
Les sacres du 1er juillet : conséquence d’un combat doctrinal
Il y a pourtant loin de la coupe aux lèvres, et l’on aurait eu bien tort de s’attendre à ce que le même cardinal Müller prît lui aussi position, aux côtés de Mgr Schneider et de Mgr Strickland, pour justifier et défendre les sacres du 1er juillet 2026. C’est exactement le contraire qui est malheureusement advenu3. Dans un entretien paru sur le site allemand de la revue internationale Communio, et qui s’est déroulé le 19 mars dernier, le cardinal répond longuement aux questions de Jan-Heiner Tück dans un sens qui ne va pas du tout à l’avantage de la décision prise par Don Davide Pagliarani, dénonçant au contraire « une attitude schismatique » et un « faux appel à l’état de nécessité ».
Au-delà des reproches et des accusations de « schisme », ce propos du cardinal Müller a le grand mérite de poser sur son véritable plan le problème qui met aux prises Rome avec la Fraternité Saint-Pie X. Loin des déclarations indigentes d’un cardinal Sarah4 ou d’un Mgr Eleganti5, ce genre de discours présente en effet le grand avantage de la clarté.
Le cardinal indique dès le début où se trouve exactement le point litigieux : « Le véritable problème ne réside pas dans la liturgie – c’est-à-dire dans la forme rituelle classique (post-tridentine) et renouvelée (post-Vatican II) –, mais dans la doctrine de la foi, qu’ils [les membres de la Fraternité Saint-Pie X] l’estiment compromise par la liturgie renouvelée. Certaines formulations du Concile Vatican II se prêtent à des interprétations douteuses, comme l’idée que les musulmans, à l’instar des chrétiens et des juifs dans la tradition d’Abraham, reconnaissent le Créateur et adorent le Dieu unique avec nous ». Le cardinal indique ensuite les points de l’enseignement du concile Vatican II, où la Fraternité dénonce une contradiction qui rend cet enseignement incompatible avec les enseignements constants du Magistère de l’Église : la doctrine sur la valeur des religions non chrétiennes dans Nostra aetate ; la doctrine de l’œcuménisme dans Unitatis redintegratio ; la doctrine de la liberté religieuse dans Dignitatis humanae.
Le cardinal l’a bien compris : l’état de nécessité dans l’Église trouve aux yeux de la Fraternité sa raison profonde dans ces points fautifs qui sont la source empoisonnée du relativisme doctrinal et moral dans l’Église. La décision de procéder à des consécrations épiscopales n’est que le moyen pris pour remédier à ce relativisme en assurant la continuité d’une prédication véritablement catholique car indemne de ces erreurs. « C’est pourquoi », conclut le cardinal, « j’ai insisté, lors des conversations avec la FSSPX, sur le fait que leur critique de certaines déclarations du Concile Vatican II ne serait justifiée que si le Concile avait effectivement enseigné ce qu’ils lui imputaient ». Or, selon lui, les enseignements de Vatican II ne seraient pas la source empoisonnée du relativisme, car ils ne renfermeraient pas ces erreurs que croit y voir la Fraternité. « Ce sont plutôt », dit-il, « ceux qui attribuent de graves erreurs de foi au Concile Vatican II légitime qui se trompent, contrairement à l’herméneutique catholique éprouvée ».
L’enjeu de la doctrine, au fondement de l’état de nécessité
Mais à l’évidence, c’est bien le cardinal qui se trompe, lorsqu’il entend disculper les textes du Concile des accusations formulées par la Fraternité. « L’idée », dit-il, « que les musulmans, à l’instar des chrétiens et des juifs dans la tradition d’Abraham, reconnaissent le Créateur et adorent le Dieu unique avec nous » devrait s’entendre dans le texte de Nostra aetate en conformité avec « l’enseignement catholique classique selon lequel la raison humaine est, en principe, capable de reconnaître l’existence et l’unité de Dieu, tandis que les mystères de la Trinité et de l’Incarnation ne se révèlent que par la foi surnaturelle ». Sans doute est-il vrai que la raison naturelle reste capable, en tout homme et quelle que soit sa religion, d’accéder à la connaissance d’un Dieu Créateur.
Cependant, force est de constater que le texte de la déclaration Nostra aetate va plus loin que cela, car selon lui ce n’est pas seulement la raison de l’homme mais ce sont bien « les règles et les doctrines » mêmes de ces religions fausses qui « quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même [l’Église] tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » (§ 2). Il y a une différence entre dire que le rayon de la vérité qui illumine tous les hommes est la lumière de la raison naturelle, présente en tout homme et dire que ce même rayon trouve son reflet dans les règles et les doctrines des religions fausses. Nostra aetate parle non pas de la raison naturelle mais des règles et des doctrines religieuses. Le § 3 parle précisément de la « foi islamique ». Le § 4 établit la confusion au niveau du peuple juif, sans faire la distinction entre le peuple élu de l’Ancien Testament et le peuple déchu de cette élection et infidèle à Dieu dans le Nouveau Testament, confusion qui apparaît lorsqu’il est dit que « les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance » et lorsque le texte évoque le « si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs », alors que les Juifs contemporains continuent de refuser de reconnaître Jésus de Nazareth comme le Messie annoncé dans les Écritures et comme le propre Fils de Dieu.
« En ce qui concerne l’œcuménisme avec les chrétiens non catholiques, les communautés chrétiennes et les Églises orthodoxes », le cardinal prétend que « le Concile n’a en aucune manière remis en cause la nécessité de l’Église catholique pour le salut ni sa pleine identité avec l’Église des Apôtres ». Sans doute, et ce n’est pas ce que la Fraternité reproche au décret Unitatis redintegratio. Ce qu’elle lui reproche c’est d’avoir obscurci jusqu’à induire à la nier l’idée selon laquelle l’Eglise catholique est nécessaire comme l’unique moyen de salut, à l’exclusion de toutes les communautés chrétiennes non catholiques. Et ce que la Fraternité reproche aussi à ce décret ainsi qu’à la constitution Lumen gentium, et aux documents subséquents de la Congrégation pour la doctrine de la foi, c’est d’affirmer que, si l’Eglise catholique est pleinement identique avec l’Eglise des apôtres, les communautés chrétiennes non catholiques lui sont partiellement identiques dans la mesure où s’y trouvent des « éléments de sanctification et de vérité » (Lumen gentium n° 8) et dans la mesure aussi où cette Église du Christ y est tout de même « présente et agissante » (Déclaration Dominus Jesus du 6 août 2000, n° 17).
« Et en ce qui concerne la liberté religieuse », continue le cardinal, la déclaration Dignitatis humanae enseigne ni plus ni moins que « le droit de tout être humain – naturellement ancré dans l’esprit et la liberté de la personne – de se défendre contre l’ingérence de l’État dans sa conscience », c’est-à-dire « le droit de toute personne de choisir et de pratiquer sa religion libre de toute contrainte extérieure ou manipulation intérieure, selon sa conscience ». Le cardinal Müller méconnaît ici des distinctions fondamentales. Autre chose est d’exercer la contrainte au for externe pour conduire les personnes à professer la vraie religion, autre chose est d’exercer la contrainte au for externe pour empêcher les personnes de professer une religion fausse. La doctrine sociale de l’Eglise exige que l’État exerce son autorité en faveur de la vraie religion, en exerçant la contrainte au for externe pour empêcher ou dissuader la profession de l’erreur. L’Eglise a condamné seulement le recours à la contrainte pour imposer la vraie religion.
Ce que la Fraternité reproche au n° 2 de Dignitatis humanae ce n’est pas de dire que « tout être humain a le droit de se défendre contre l’ingérence de l’État dans sa conscience » ni de dire que « la personne a le droit de choisir sa religion, libre de toute contrainte extérieure ou manipulation intérieure ». Cela l’Eglise l’a toujours enseigné au sens où elle a toujours dit qu’aucune autorité ne saurait exercer la contrainte pour conduire les personnes à embrasser et professer la vraie religion. Mais l’Eglise a aussi enseigné (c’est le sens de la doctrine énoncée par Pie IX dans Quanta cura) que l’autorité a le devoir d’empêcher au for externe la pratique d’une fausse religion. Il faut donc distinguer ici entre « le droit de choisir » et « le droit de pratiquer » sa religion, libre de toute contrainte extérieure. Selon la doctrine de l’Eglise, le choix doit être libre de toute contrainte, mais la pratique, s’il s’agit d’une religion fausse, ne doit pas l’être mais doit plutôt être empêchée par une certaine contrainte et c’est sur la négation de ce deuxième point que Dignitatis humanae pose un réel problème.
Comme nous allons le montrer à présent, ces difficultés posées par les textes du Concile sont graves au point de créer un véritable état de nécessité dans l’Église, car elles mettent en péril le salut des âmes.
Où est le schisme ?
Contrairement, en effet, à ce qu’affirme le cardinal Müller, les arguments développés par la Fraternité ne sont pas « des arguments fallacieux destinés à éviter de se soumettre pleinement à l’autorité du Pape ». Car il y a bel et bien contradiction, rupture si l’on veut, entre les enseignements de Vatican II sur les points signalés et la Tradition constante du Magistère de l’Église. A cette évidence que nous impose le principe de non-contradiction, que répond le Préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la foi ? « Admettre cela serait non seulement erroné sur le fond, mais constituerait aussi l’autodestruction herméneutique de l’Église, colonne et fondement de la vérité (I Tm III, 15) ».
Faudrait-il donc admettre que la Tradition de l’Eglise se réduise au seul concile Vatican II et que l’Eglise elle-même se réduise aux Papes de l’après-Concile ? Faudrait-il admettre que l’Eglise, colonne et fondement de la vérité exerce la juste herméneutique en prêchant tantôt le oui et tantôt le non ? Le cardinal reproche à la Fraternité d’adopter l’attitude de ceux qui croient remédier aux crises « en se retirant dans le coin boudeur d’une Église des purs, dernier bastion d’orthodoxie qui voudrait imposer sa réintégration complète dans l’Église catholique en convertissant celle-ci à son propre cénacle ». Ne serait-ce pas plutôt l’inverse ? L’Eglise des purs de Vatican II n’est-elle pas en réalité le dernier bastion retranché du néo-modernisme qui voudrait imposer une pseudo-unité de l’Eglise, une « pleine communion ecclésiale » en convertissant tous les catholiques à la nouvelle liturgie et à la nouvelle théologie du Concile ?
Nous pourrions ainsi nous renvoyer indéfiniment le reproche d’autocéphalisme – ou de schisme. Mais le critère de la véritable communion, celui de l’unité et de l’apostolicité de l’Eglise n’est pas celui du plus grand nombre : la partie la moins nombreuse n’est pas nécessairement la partie du bastion schismatique. Ce critère nous a été donné par saint Vincent de Lérins : c’est le critère de la constance et de l’universalité de la profession de foi, à travers le temps. Et ce critère positif se double lui-même d’un critère négatif : ce qui contredirait présentement la profession de foi explicite de l’Eglise ne saurait représenter le principe de l’unité et de l’apostolicité. Or, sur tous les points signalés, les documents du Concile cités par le cardinal représentent et expriment cette contradiction. Ce n’est donc pas la Fraternité qui s’éloigne de l’unité de l’Eglise en refusant d’admettre ces points de doctrine, mais ce sont bien plutôt tous ceux qui veulent les imposer à l’encontre de la Tradition constante du Magistère catholique.
Quel dialogue ?
Qui plus est, le cardinal Müller présente tous ces points de doctrine clairement opposés aux enseignements du Magistère de l’Eglise comme ayant une valeur absolument contraignante, quoique à des degrés divers6. On ne saurait donc arguer du propos de Jean XXIII, qui avait présenté le supposé « Magistère » du Concile comme « un Magistère de type pastoral » pour diminuer ou même nier la valeur contraignante des enseignements de Vatican II. « L’idée d’un prétendu concile pastoral », dit-il, « relève davantage d’une caractérisation médiatique et n’a aucune signification dogmatique. Un concile œcuménique est la plus haute autorité dans l’Église catholique en matière de foi et de discipline ». […] « Il existe bien sûr », précise-t-il, « une hiérarchie des vérités, allant de la foi en la Trinité et l’Incarnation – nécessaire au salut – jusqu’à la légitimité de la vénération des images, qui, sans être nécessaire au salut, favorise la piété. Ce que l’Église propose à croire doit être déterminé, dans son autorité graduée, par le contexte doctrinal et par l’intention des évêques et du Pape ».
Mais il n’en reste pas moins vrai que le contexte impose toujours un certain degré d’autorité. « Bien que Nostra Aetate » ajoute le cardinal à titre d’exemple, « soit, du point de vue littéraire, une simple déclaration, ses affirmations sont contraignantes comme un dogme, par exemple lorsqu’il est affirmé que tous les hommes forment une seule communauté et ont leur origine et leur fin en Dieu (NA 1). Que les chrétiens et les juifs adorent le même Dieu est une doctrine contraignante de la foi ». Et de conclure très catégoriquement : « Le Concile doit être accepté dans son ensemble par tout catholique, chacun selon l’intention des affirmations : explication doctrinale, instruction morale ou indication de mesures nécessaires aujourd’hui, comme le dialogue interreligieux ou l’engagement avec la modernité ».
L’état de nécessité n’en apparaît que davantage. D’une part parce que ces erreurs graves qui représentent le grand obstacle majeur au salut des âmes sont incontestablement présentées comme l’objet d’un enseignement dont la valeur est contraignante. D’autre part et surtout parce qu’il ne saurait être question de corriger quoi que ce soit : le cardinal Müller l’avait écrit dans sa lettre du 6 juin 2017 à Mgr Fellay où il exigeait de la part de la Fraternité une adhésion inconditionnelle aux textes du Concile et du post-Concile.
Apparaît aussi en pleine lumière le sens du « dialogue théologique » récemment proposé à Don Davide Pagliarani par le cardinal Fernandez, lors de l’entrevue du 12 février dernier et qui aurait eu pour but d’établir « les différents degrés d’adhésion requis par les divers textes du Concile œcuménique Vatican II et leur interprétation », le cardinal Fernandez ayant bien précisé que, si l’on pouvait dialoguer sur le Concile, on ne pourrait pas en corriger les textes. Voilà qui rejoint exactement les propos du cardinal Müller. L’intention du Saint Siège est de mener avec nous toujours le même dialogue, déjà entrepris, dans les années 2009-2011, à la demande du Pape Benoît XVI, et qui avait pour but de faire admettre à la Fraternité la fameuse herméneutique du « renouveau dans la continuité », d’après laquelle la rupture des textes du concile vis-à-vis de la Tradition de l’Eglise ne serait qu’apparente tandis que la continuité serait réelle.
Dialogue inutile et vain. Son seul intérêt, s’il en était, serait de confirmer l’urgence de l’état de nécessité et de justifier l’initiative des sacres du 1er juillet 2026.
Abbé Jean-Michel Gleize
1
https://fsspx.news/fr/news/lettre-du-cardinal-muller-mgr-fellay-du-6-juin-2017-57307
2
https://www.liberation.fr/societe/le-cardinal-muller-ami-des-tradis-et-ennemi-du-pape-francois-20240520_UF3PDEDLU5HQ5DXZD2ZLM4LCIU/
3
https://www.herder.de/communio/theologie/kardinal-mueller-ueber-den-konflikt-mit-der-piusbruderschaft-die-rede-von-einer-abgestuften-zustimmung-
zum-konzil-ist-problematisch-/
4
https://fsspx.news/fr/news/deja-trop-tard-57584 ; https://fsspx.news/fr/news/reponse-au-cardinal-sarah-57576
5
Voir l’article « Mgr Schneider et Mgr Eleganti » dans le présent numéro du Courrier de Rome.
6
Cela n’est pas nouveau et correspond à ce que disait déjà Mgr Pozzo dans les années 2010. Voir l’article « Rien de bien nouveau » dans le numéro d’avril 2016 du Courrier de Rome.
(Source : Courrier de Rome n° 695 de mars 2026 – FSSPX Actualités)
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Vers la constitutionnalisation de l’avortement en Espagne
Après la France, le gouvernement espagnol a donné son feu vert à la réforme constitutionnelle destinée à consacrer un « droit à l’avortement », suite à l’avis favorable du Conseil d’Etat.
« L’exercice réel et effectif de ce droit sur l’ensemble du territoire national est menacé », considère la ministre de l’Egalité, Ana Redondo. « Il y a des femmes de première classe et des femmes de seconde classe selon l’endroit où elles résident », a-t-elle été jusqu’à déclarer lors de la conférence de presse qui a suivi le conseil des ministres.
La réforme consiste à ajouter un paragraphe à l’article 43.3 qui dispose que « les pouvoirs publics garantissent l’exercice du droit des femmes à l’interruption volontaire de grossesse dans des conditions d’égalité réelle et effective, avec toutes les prestations et tous les services nécessaires à cet exercice ». Le Partido Popular (PP) a d’ores et déjà annoncé qu’il la rejetterait.
Cette modification devra être approuvée à la majorité des trois cinquièmes tant au Congrès qu’au Sénat. Si cette majorité n’est pas atteinte, une commission mixte élaborera une nouvelle proposition de texte qui devra être approuvée par le Parlement à la majorité des deux tiers et obtenir la majorité absolue au Sénat.
En cas de rejet, Ana Redondo a déclaré qu’« ils feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour contraindre des communautés autonomes comme Madrid ou l’Andalousie, mais aussi d’autres dirigées par le PSOE comme Castille-La Manche, à développer les avortements dans les établissements publics ». A Madrid et en Andalousie, le taux y est inférieur à 1%.
Source : Gènéthique
Chronique de l’administration française
Ubuesque :
Après plus de 1 000 jours de captivité en Iran, Benjamin Brière, libéré en mai 2023, a découvert que son retour marquait le début d’un autre combat. Celui de la réinsertion face à une administration inflexible. Radié de la Sécurité sociale et de France Travail, il s’est heurté à une série d’obstacles administratifs, notamment du côté des services fiscaux, qui ont semblé ignorer sa situation d’ancien otage détenu à 4 000 kilomètres de Paris, rapporte Le Journal du Net.
Dans sa volonté de régulariser sa situation, il a narré avoir été confronté à des questions irréalistes. « On m’a demandé pourquoi je n’avais rien déclaré depuis quatre ans », a-t-il expliqué. « Même en prison, on fait sa déclaration », lui a lancé le fisc. Avant d’assurer, après avoir appris qu’il était détenu en Iran : « Votre famille aurait pu le faire. »
Une exigence d’autant plus incompréhensible que sa situation rendait toute communication impossible. « La première année de détention, je n’ai pas pu dire un mot à ma famille » a-t-il précisé. Les rares appels autorisés, un quart d’heure toutes les six semaines, étaient consacrés à sa survie plutôt qu’à des démarches administratives. Sans ressources suffisantes pour se loger ou financer des soins psychiatriques, Benjamin Brière a dû entreprendre de longues démarches pour récupérer environ 8 000 euros d’indemnités chômage. […]
L’affaire Epstein, une bombe à fragmentation
D’Antoine de Lacoste dans Politique Magazine :
Après des décennies de silences, de complicités, de menaces, de morts suspectes, l’affaire Epstein a fini par éclater. Trop tard pour écouter le principal protagoniste opportunément retrouvé « suicidé » dans sa cellule. Pas tout à fait trop tard pour sa complice, Ghislaine Maxwell, condamnée à 20 ans de prison à l’issue d’un procès où elle n’a strictement rien dit. Une assurance-vie assurément. Trop tard pour des milliers de très jeunes filles, souvent mineures, odieusement exploitées, violées, frappées, retenues prisonnières. Beaucoup se taisent encore. L’une, Virginia Giuffre (née Roberts) s’est « suicidée » en avril 2025 après avoir affirmé plusieurs fois qu’elle ne le ferait jamais. Accessoirement, on ne sait pas toujours très bien comment elle se serait suicidée. Enfin, peut-être pas tout à fait trop tard pour les très nombreuses relations du couple Epstein-Maxwell, dont beaucoup tremblent.
Certains se taisent, d’autres s’agitent en jurant qu’ils connaissaient le couple mais ne savaient rien de leurs odieuses pratiques. La bonne blague : tout le monde savait et tout le monde se taisait. Les uns parce qu’ils étaient complices et/ou tenus (Epstein filmait tout), d’autres parce qu’ils profitaient des largesses et des relations du réseau exceptionnel tissé par le couple, d’autres enfin parce qu’ils étaient fiers d’appartenir à cette coterie, d’être invités avec des princes, des ministres, des gens célèbres. Ce sera le rôle de la justice américaine mais aussi anglaise et française, de déterminer qui fut complice ou non. Pour peu que cela les intéresse enfin, après des années d’indifférence inexpliquée à ce jour.
Cette affaire comporte encore un nombre incroyable de zones d’ombre. A commencer par les débuts du couple.
Ghislaine Maxwell est la fille de Jan Hoch, juif tchèque né en 1923 à Solovtvyno (en Ukraine aujourd’hui). Après l’annexion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne en 1939, il s’enfuit en France puis au Royaume-Uni et s’engage dans l’armée anglaise, semble-t-il en 1943. Il finit capitaine et participe à l’occupation de Berlin en 1945, dans la section presse du ministère des affaires étrangères. Il crée là ses premières entreprises d’import-export avec profit, les pénuries étant générales.
Il s’associe avec une maison d’édition allemande dont il devient le distributeur exclusif pour le monde anglo-saxon. C’est le début de son empire de presse. Il est naturalisé britannique en 1946 et choisit alors de s’appeler Robert Maxwell. Il mena une carrière tumultueuse jusqu’en 1991 où son groupe de presse sombra dans une faillite frauduleuse. Il avait notamment détourné les centaines de millions de livres des fonds de retraite de ses milliers d’employés. Convoqué par la Banque d’Angleterre pour s’expliquer sur les défauts de paiement qui apparaissent, il préfère monter sur son yacht et voguer vers les Canaries au large desquelles son corps est retrouvé le 4 novembre 1991.
La thèse officielle de la noyade accidentelle ne trompe personne : c’est un meurtre ou un suicide. Ses funérailles ont lieu au Mont des Oliviers à Jérusalem quelques jours après. Tout le Mossad est là, ainsi que le président Chaim Herzog, le premier ministre Ytzhak Shamir, et même le chef de l’opposition, Shimon Peres. L’union sacrée autour d’un mort. Bien évidemment, le fait qu’on ait tenté de défendre la thèse de l’accident plaide pour le meurtre, sinon pourquoi cacher le suicide d’un homme ruiné ? Certains réseaux affirment que le Mossad s’est débarrassé d’un agent devenu gênant. C’est tentant mais il n’y a aucune preuve. Ce qui est sûr c’est qu’un enterrement au Mont des Oliviers devant une telle assistance prouve que Robert Maxwell fut un agent important comme l’ont démontré plusieurs enquêtes de journalistes britanniques.
Sa fille Ghislaine travailla-t-elle également pour le Mossad ? Il est difficile de répondre à cette question mais il est certain que son démarrage spectaculaire dans la société new-yorkaise après la mort de son père laisse perplexe. Elle est censée être ruinée, comme ses six frères et sœurs. Pourtant, elle est invitée partout et c’est dans une réception huppée qu’elle aurait fait la connaissance de Jeffrey Epstein « au début des années 90 » a-t-elle toujours affirmé. On sait maintenant que c’est faux. Plusieurs témoins les ont vus ensemble dans les années quatre-vingt, et lors de la cérémonie de souvenir à Londres pour Robert Maxwell en novembre 1991, Epstein était présent et parlait avec Ghislaine de façon très amicale.
Elle travaillait dans une agence immobilière de New York affirment gravement Wikipédia et toutes les IA. En réalité, ce sont les affirmations de Ghislaine elle-même qui n’ont jamais été vérifiées ni corroborées. De même, il est écrit partout qu’elle habitait dans un appartement prêté par « un ami iranien ». Personne ne sait qui il est, personne n’a vérifié mais tout le monde recopie la même affirmation de cette référence morale qu’est Ghislaine Maxwell. Ni les juges, ni le FBI (très démocrate à l’époque avant d’être récemment épuré) ne se sont donnés beaucoup de mal pour découvrir qui était ce soi-disant iranien.
Les débuts de Jeffrey Epstein sont tout aussi mystérieux. Il est né en 1953 à Brooklyn dans une famille ashkénaze très modeste. Après de brèves études de mathématiques ratées, il enseigne dans une école privée prestigieuse de Manhattan, la Dalton School. Personne ne sait comment il a pu avoir ce poste avec un si petit niveau d’études. Tout juste peut-on noter que Donald Barr, le directeur de l’école qui le recrute, est un ancien membre de l’OSS, l’ancêtre de la CIA. Il est renvoyé en 1976 pour insuffisance pédagogique mais est « repêché » chez Bear Stearns, une des plus grosses maisons de titres américaines. C’est Alan Greenberg lui-même, c’est à dire le patron de l’entreprise, qui organise le recrutement, finalisé par Michael Tennenbaum. Greenberg a lui-même une fille à Dalton School qui lui a chaleureusement parlé de son professeur de mathématiques…
Ce recrutement dans un des plus célèbres établissements financiers au monde est tout aussi étrange que celui de Dalton School.
Epstein quitte Bear Starns en 1981 après que l’entreprise ait découvert que son CV était falsifié et qu’il se livrait à des délits d’initiés. Aucune poursuite bien sûr, et il a pu commencer son ascension financière grâce à un salaire très généreux. Il crée alors sa société de conseil, Assets group dont les revenus sont opaques pendant des années. Son objet, étrange lui aussi, consiste à récupérer des sommes d’argent volées par des courtiers, des avocats, des hommes d’affaires. Quelques escroqueries apparaissent de-ci de-là, comme celle de 400 000 dollars aux dépens d’un entrepreneur, Michael Stroll, qui ne reverra jamais l’argent.
En 1987, il s’associe avec Steven Hoffenberg, un autre escroc. Ils ont été présentés par un Anglais, Douglas Leese, spécialiste des problèmes de défense, architecte du plus gros contrat d’armement britannique passé avec l’Arabie Saoudite. On ne voit pas le rapport avec les activités financiaro-délictuelles d’Epstein et Hoffenberg, mais là encore, on n’en saura pas plus alors qu’à l’évidence les trois hommes ne jouent pas dans la même cour et n’étaient pas appelés à se rencontrer. Ensemble, au sein d’une structure nommée Towers Financial, les deux escrocs s’entendent parfaitement bien et captent des fonds grâce à leur habileté et à leurs réseaux qui commencent à s’étoffer. Ils volent les investisseurs au lieu de placer leur argent, une classique pyramide de Ponzi, la plus importante avant celle de Madoff avec près de 500 millions de dollars détournés.
Les deux hommes se séparent en 1993. Aussitôt après, l’édifice véreux s’effondre. La justice poursuit Hoffenberg mais pas Epstein et Hoffenberg est condamné à 20 ans de prison. Il en fera 18 et sera libéré en 2013.
Par la suite, il mettra en cause le fait qu’Epstein n’ai jamais été inquiété et évoquera ses liens avec la CIA qui le protégeait. Il n’y bien sûr aucune preuve pour appuyer les dires d’Hoffenberg mais il certain que l’incroyable parcours d’Epstein laisse constamment penser qu’il n’était pas seul, qu’il était protégé. Le corps d’Hoffenberg sera retrouvé chez lui, en 2022, sans trace de violence. Les autorités ont conclu à une mort naturelle.
Selon la grande enquête du New-York Times de décembre 2025 (il n’est jamais trop tard), Epstein pèse 15 millions de dollars en 1988 lorsque se produit le tournant de sa vie : sa rencontre avec le milliardaire Les Wexner, spécialiste de lingerie sous la marque Victoria’Secret.
A suivre
Appel à se rassembler pour prier pour la paix au Liban, le samedi 11 avril à 18 heures
Communiqué de Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, Président de la Conférence des évêques de France :
Ce 8 avril 2026, des frappes israéliennes massives ont touché, sans avertissement, plusieurs quartiers au cœur de Beyrouth, ainsi que la banlieue sud de la capitale, le Liban-Sud et la Békaa, faisant plus de 300 morts et des centaines de blessés, qui s’ajoutent aux 1 500 victimes et aux 1,2 millions de personnes déplacées depuis le début de ce conflit entre le Hezbollah et Israël. Une fois de plus, le Liban est la victime des puissants de ce monde, mais aussi l’otage de ceux qui prétendent le défendre. Tous semblent n’avoir qu’un objectif : détruire le message qu’il représente, celui d’une convivialité possible entre personnes de cultures et religions différentes.
En ce jour de deuil pour le peuple libanais, je tiens à lui exprimer ma tristesse, mon indignation et ma pleine solidarité. Je condamne avec la plus grande fermeté cette opération intolérable, perversement appelée « obscurité éternelle », ainsi que le cynisme de son déroulement, au moment même où entrait en vigueur un cessez-le-feu entre les belligérants. La spirale de la violence doit cesser et le droit international doit être respecté. L’histoire nous apprend que la sécurité d’un peuple ne peut s’obtenir en entretenant la haine de l’autre.
Mgr Hugues de Woillemont, Directeur général de l’Œuvre d’Orient, le cardinal Raï, Patriarche de l’Église maronite et Mgr Paolo Borgia, Nonce apostolique au Liban, ont participé hier à l’acheminement d’une aide humanitaire aux populations civiles du Sud-Liban. Ils ont vu la désolation provoquée depuis des semaines dans la région de Tyr et de Saïda, par un conflit dont la finalité territoriale se précise, au détriment de populations présentes sur ces terres depuis des siècles. Rentrant à Beyrouth, ils ont été les témoins des désastres provoquées par les frappes meurtrières de l’armée israélienne sur la population civile en plein cœur de la ville.
J’invite tous les catholiques de France à répondre à l’invitation du pape Léon XIV à se rassembler pour prier pour la paix, le samedi 11 avril 2026 à 18 heures. J’encourage aussi ceux qui le souhaitent et le peuvent, à soutenir l’Œuvre d’Orient par leurs dons, afin de venir concrètement en aide aux Libanais, aux communautés chrétiennes du Moyen-Orient et, à travers elles, à tous les peuples qui aspirent à y vivre en paix.
L’homme moderne, à l’agir sous-traité, à la mémoire externalisée et à l’intelligence délocalisée, peut-il encore prononcer une parole qui engage sa vie ?
Début de l’homélie du Très Révérend Père Dom Jean Pateau, Abbé de Notre-Dame de Fontgombault, lors de la Vigile pascale :
Alors que machines et robots prennent la place, et selon certains de façon très avantageuse, de ce qu’on nommait autrefois le savoir-faire et que va s’évanouissant l’amour de la belle ouvrage, de l’art au sens le plus noble du terme ; alors que l’intelligence artificielle est désormais en capacité d’entasser des mots les uns à côté des autres en donnant l’illusion d’un langage cohérent, d’un message original ; alors que fake news et promesses électorales sont le plat servi quotidiennement par les médias et les réseaux sociaux à tant de nos contemporains, saturant les cerveaux, aveuglant les facultés de jugement, alimentant haines, critiques et conduisant finalement au désespoir, on est en droit de se demander si l’homme moderne à l’agir sous-traité, à la mémoire externalisée et à l’intelligence délocalisée peut encore prononcer une parole humaine, une parole vraie qui engage sa vie, son cœur, son âme.
Poser un tel acte peut sembler aujourd’hui inhumain, surhumain, et pourtant c’est ce que nous venons de faire lors de la rénovation des promesses de notre baptême, à la fin de la Vigile pascale : nous avons confessé notre foi. [Lire la suite]
Les chrétiens assyro-chaldéens d’Irak sont en voie d’extinction programmée
Dans un entretien accordé à The European Conservative, Juliana Taimoorazy, fondatrice de l’Iraqi Christian Relief Council et deux fois nominée au prix Nobel de la Paix, livre un témoignage accablant sur le génocide lent des chrétiens d’Irak. Et lance un avertissement à l’Europe sur les dangers de l’immigration massive sans intégration.
Juliana Taimoorazy est assyrienne, née en Iran, héritière de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde. Celle qui parle encore une forme d’araméen, la langue du Christ. Depuis 2007, elle dirige l’Iraqi Christian Relief Council, organisation qui a secouru des centaines de milliers de personnes dans 13 pays.
Son constat est sans appel : les chrétiens assyro-chaldéens d’Irak sont en voie d’extinction programmée.
De 1,4 million à 100 000 en trois décennies
Les chiffres glacent le sang. En 1990, l’Irak comptait 1,4 million de chrétiens, soit 8% de la population totale. Aujourd’hui, il n’en reste qu’environ 100 000, concentrés dans le nord du pays. Leur part dans la population est tombée entre 0,3% et 0,5%.
« Après l’invasion américaine de l’Irak, près d’un million et demi d’Assyriens encore présents sont tombés sous l’épée. Nos églises ont été bombardées. Nos femmes ont été enlevées et violées. Nos hommes ont été assassinés. Nos enfants ont été enlevés. Notre clergé et nos religieuses ont été décapités ».
Mais contrairement à ce que beaucoup croient, la persécution n’a pas commencé avec ISIS. « Avant ISIS, il y avait Al-Qaïda ; avant cela, Saddam Hussein ; et bien avant les régimes modernes, notre persécution a commencé avec notre conversion au christianisme, il y a près de 2000 ans. »
Le moment le plus révélateur de l’interview survient lorsqu’elle raconte une conversation avec un ancien membre du Congrès américain en novembre 2015, alors qu’ils se trouvaient sur le plateau du Golan en Israël.
Interrogé sur la situation dramatique des Assyriens en Irak, le parlementaire lui répond, visiblement peiné, que les Assyriens sont considérés comme « dispensables » pour la politique étrangère américaine, qu’ils ne servent pas d’intérêts stratégiques et ne figurent donc même pas à l’ordre du jour.
« Ce moment fut profondément révélateur ». « Cela nous dit que les vies assyriennes n’ont pas été considérées comme suffisamment précieuses, non seulement par les États-Unis, mais par l’Europe et d’autres acteurs puissants, parce qu’on nous voit comme n’offrant aucun bénéfice politique. Quand un peuple est jugé stratégiquement non pertinent, sa dignité humaine, sa sécurité et sa survie sont facilement ignorées. »
Pour Juliana Taimoorazy, il s’agit bien d’un génocide, même s’il prend des formes différentes des massacres de masse. « Le génocide des chrétiens du Moyen-Orient peut être retracé jusqu’au milieu du 19e siècle », explique-t-elle, rappelant le rôle des milices kurdes utilisées comme forces supplétives par l’Empire ottoman dans le massacre des Arméniens et des Assyriens.
« Le génocide n’est pas seulement l’acte de tuer un peuple ; c’est aussi la destruction de sa continuité, de sa culture et de sa présence sur ses terres ancestrales. Ce qui rend ce génocide particulièrement dangereux, c’est qu’il est lent, fragmenté et souvent nié. Il se déroule à travers le déplacement, la discrimination légale, l’effacement culturel et la migration forcée, ce qui rend plus facile pour le monde de l’ignorer. »
La discrimination prend des formes insidieuses. La Constitution irakienne, basée sur la charia, stipule que si un parent se convertit à l’islam, ses enfants sont automatiquement considérés comme musulmans. Les sièges parlementaires réservés aux chrétiens peuvent être votés par n’importe qui, y compris des groupes islamistes ou pro-iraniens, sapant toute représentation authentique.
Dans le nord de l’Irak, les Assyriens sont systématiquement appelés « chrétiens kurdes », un effacement identitaire délibéré.
« Notre histoire, notre patrimoine et notre identité assyrienne indigène sont appropriés ou réécrits comme faisant partie de l’histoire kurde. Cet effacement systématique de l’identité assyrienne est extrêmement grave et rarement discuté au niveau international. »
Sur le terrain, la situation est catastrophique. Des veuves vivent dans une pauvreté extrême après avoir perdu leurs maris. D’innombrables orphelins ont besoin de soins, d’éducation et de soutien. Le système médical est effondré pour tous les Irakiens, mais les chrétiens assyriens souffrent de manière disproportionnée car ils sont toujours traités comme des citoyens de seconde ou troisième classe.
Les jeunes diplômés universitaires, souvent avec mention, ne trouvent pas d’emploi en raison de l’économie effondrée et de la discrimination.
« Cela conduit à la démoralisation et, finalement, à l’exil. »
Parmi les réfugiés, certaines femmes, par désespoir, ont été contraintes de se prostituer pour nourrir leurs enfants après que leurs maris ont été assassinés. Les taux de cancer sont alarmants.
« Ce sont des gens qui menaient autrefois des vies honorables. Ils étaient médecins, avocats, commerçants, agriculteurs, des membres autosuffisants et dignes de la société. Aujourd’hui, beaucoup sont piégés dans le désespoir et la misère sans qu’ils y soient pour rien. »
Paradoxalement, la destruction par ISIS des portes antiques de Ninive et de la cité de Nimrod en 2015 a provoqué un réveil identitaire. « ISIS a réveillé par inadvertance un géant appelé Assyrie », affirme Juliana Taimoorazy.
« Nous voyons maintenant un renouveau parmi la jeune génération. De jeunes hommes et femmes assyriens choisissent de se marier au sein de la communauté pour préserver la culture et la continuité. Beaucoup apprennent activement la langue. »
Elle raconte avoir assisté à une célébration du Nouvel An assyrien fin 2025 :
« J’ai été profondément émue de voir tant de jeunes danser des danses traditionnelles assyriennes et chanter en néo-araméen. Je ne peux décrire à quel point j’ai été encouragée de constater ce changement. »
L’interview prend une tournure particulièrement actuelle lorsque Juliana Taimoorazy est interrogée sur les leçons que l’Europe devrait tirer de la quasi-disparition de ses communautés sœurs au Moyen-Orient.
Sa réponse est sans détour :
« L’idéologie islamiste a pris racine dans la plupart des pays européens et est de plus en plus visible aux États-Unis. Lorsqu’une migration illégale à grande échelle se produit, elle crée des communautés parallèles plutôt que cohésives. Cette fragmentation engendre l’instabilité, la radicalisation et le ressentiment, tant au sein des populations migrantes que dans la société au sens large. »
Elle poursuit :
« L’échec à insister sur l’intégration, les valeurs civiques partagées et l’État de droit sape la confiance sociale et affaiblit les institutions démocratiques. Ce que l’Europe vit aujourd’hui devrait être compris comme un avertissement : le multiculturalisme sans intégration ne produit pas l’harmonie ; il produit la tension, l’insécurité et la division. »
Un constat qui résonne douloureusement avec la situation actuelle de nombreux pays européens.
Juliana Taimoorazy ne se contente pas de témoigner, elle interpelle directement les gouvernements occidentaux avec des propositions concrètes :
Reconnaître les chrétiens persécutés comme peuples indigènes du Moyen-Orient, pas simplement comme minorités religieuses. Conditionner l’aide à la reconstruction à des garanties réelles de sécurité et d’égalité pour les chrétiens. Réformer les politiques d’asile pour qu’elles ne remplacent pas le droit au retour. Affronter directement la discrimination légale et structurelle dans les pays partenaires. Collaborer avec des organisations enracinées dans les communautés elles-mêmes.
« L’Occident ne peut pas défendre les droits de l’homme tout en ignorant la destruction lente de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde. Protéger ce peuple ancien n’est pas une faveur ; c’est une responsabilité. »
À la question de savoir quel serait son espoir pour les 10 à 20 prochaines années, Juliana Taimoorazy répond :
« Mon espoir est que les Assyriens d’Irak soient toujours là, menant des vies prospères, non seulement survivant mais s’épanouissant, reconstruisant notre nation sur notre terre ancestrale. »
Elle conclut :
« C’est la mission à laquelle j’ai dédié ma vie. Mon cœur bat pour mon peuple et je donnerai ma vie pour l’Assyrie. »
Un témoignage poignant qui rappelle que pendant que l’Occident débat de questions secondaires, les derniers héritiers de la civilisation mésopotamienne, ceux qui parlent encore la langue du Christ, disparaissent en silence de leurs terres ancestrales.
Nebraska : procession eucharistique devant le centre Planned Parenthood à Lincoln
Mgr James Conley, évêque de Lincoln, dans le Nebraska, a conduit les fidèles lors d’une procession eucharistique et d’un chemin de croix devant un centre Planned Parenthood à Lincoln pendant la Semaine sainte.
Grateful to all who joined our Eucharistic Procession outside Planned Parenthood yesterday in Lincoln. I invite you to join me at noon this Friday, Good Friday, to pray the Stations of the Cross. Parking is available at Cornerstone Christian Church, 4849 Old Cheney Road.
Thank… pic.twitter.com/EniYROGUCD
— James D Conley (@bishop_conley) April 1, 2026
Le Vendredi saint, 3 avril, il a également conduit les fidèles catholiques dans la prière du Chemin de croix devant le centre de planning familial de Lincoln. Prier le Chemin de croix devant ce centre d’avortement est une tradition bien ancrée à Lincoln.

Mgr Conley est connu pour son engagement en faveur du droit à la vie et pour avoir organisé de nombreuses processions de prière pour cette cause. En 2018, il a participé à une « croisade du rosaire » à l’Université du Nebraska-Lincoln, où environ 4 000 catholiques ont récité publiquement le rosaire en l’honneur de la Vierge Marie. Le rosaire est une « arme puissante » qui peut contribuer à « ramener Dieu au sein de la famille et de notre société », a déclaré Conley lors de ce rassemblement.
En 2026, il a apporté son soutien à l’évêque Kevin Rhoades qui dénonçait la promotion d’un professeur farouchement pro-avortement à l’Université de Notre-Dame. L’année dernière, il a publiquement dénoncé le projet du cardinal Blase Cupich de décerner un « Prix pour l’ensemble de sa carrière » au sénateur démocrate américain Dick Durbin, partisan du droit à l’avortement et des droits des personnes LGBT.
En 2023, il a condamné l’idée du cardinal Robert McElroy d’une « inclusion radicale » des personnes impliquées dans des péchés sexuels sans repentir et a vivement critiqué ce qu’il a appelé un « accompagnement superficiel » tolérant les comportements pécheurs.
Elargissement de l’attestation d’honorabilité pour les personnes en contact avec des mineurs, 3 associations saluent la position de Sarah El Haïry
Communiqué de Juristes pour l’enfance – Mamans Louves – SOS Éducation :
Les associations Juristes pour l’enfance, Mamans Louves et SOS Éducation saluent les déclarations de la Haute Commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, qui a plaidé, le 7 avril 2026 sur France 2 (ici), pour un « contrôle généralisé » et une « harmonisation » des vérifications d’antécédents judiciaires de toutes les personnes exerçant une activité, professionnelle ou bénévole, au contact régulier des mineurs.
Le dispositif de l’attestation d’honorabilité, créé par la loi n° 2024-317 du 8 avril 2024 et déjà opérationnel dans l’accueil du jeune enfant et la protection de l’enfance (près de 3 000 personnes écartées depuis octobre 2025), constitue la solution la plus efficace et la plus protectrice de la vie privée.
En effet, l’attestation d’honorabilité est un dispositif selon lequel avant tout recrutement ou engagement de bénévole et fréquemment (tous les trois ans) au cours de l’activité, la personne en contact régulier avec des mineurs adresse à l’administration une demande d’attestation d’honorabilité via un portail unique sur internet. Cette demande est traitée par les services compétents qui ont accès aux fichiers (bulletin numéro 2 du casier judiciaire et fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes). L’administration délivre à la personne une attestation d’honorabilité s’il n’existe pas dans les fichiers de mentions révélant une incompatibilité avec le contact régulier avec des mineurs. Ensuite, la personne peut produire cette attestation au responsable de l’établissement, lieu de vie et d’accueil ou service accueillant régulièrement des mineurs afin de garantir son honorabilité. Le responsable dispose également d’un mécanisme de vérification de l’authenticité de l’attestation.
A ce jour, sauf dispositions spécifiques, les établissements scolaires et les structures relevant du code de l’éducation ne sont pas inclus dans le dispositif de l’attestation d’honorabilité.
C’est pourquoi Juristes pour l’enfance, Mamans Louves et SOS Education soutiennent la Haute Commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry dans sa proposition d’étendre ce mécanisme d’attestation d’honorabilité à l’ensemble des établissements , professions et activités accueillant régulièrement des mineurs. Cette extension, qui ne nécessite aucune création de nouveau fichier ni aucune atteinte supplémentaire à la vie privée, garantit un contrôle rapide, fiable et uniforme sur tout le territoire.
Depuis novembre 2025, les trois associations analysent le cadre légal et la jurisprudence concernant le contrôle d’honorabilité dans les divers contextes scolaire et périscolaire. Elles se tiennent à disposition des élus et responsables du gouvernement, pour partager les résultats de leurs travaux de recherche ainsi que leurs préconisations afin de mieux lutter contre les risques d’actes violents et d’abus sexuels commis par des adultes sur des mineurs.
Juristes pour l’enfance, Mamans Louves et SOS Éducation demandent notamment à ce que le contrôle régulier soit effectué tous les ans, avant chaque rentrée scolaire et non tous les trois ans comme c’est le cas actuellement.
Le projet de loi sur la protection de l’enfance préparé par la ministre des Familles Stéphanie Rist et le garde des Sceaux Gérald Darmanin sera le moment idéal pour opérer les changements législatifs que la protection des enfants requiert de manière urgente. Juristes pour l’enfance, Mamans Louves et SOS Éducation feront des propositions précises et seront vigilants quant à la rédaction des dispositifs de contrôle des antécédents judiciaires.
La Modernité est finie, vive le Thomisme !
Que la modernité, mouvement marqué par la Raison, la liberté, etc. soit finie, cela n’est bien sûr pas une nouvelle, puisque depuis des décennies on annonce et surtout on constate l’essor de la post-modernité, mouvement marqué par le relativisme, etc. dans beaucoup de milieux. En fait ce qui est particulier en ce moment c’est que justement dans beaucoup de ces milieux où la post-modernité avance, on continue à promouvoir, en même temps, les valeurs de la modernité, des Lumières, etc.
Par exemple, dans les manuels de philosophie destinés au lycée, on laisse encore une large place à Descartes, Hobbes, Hume, Rousseau, Voltaire, Kant et même parfois à Luther. Et un président proclamait récemment qu’il fallait défendre l’«esprit des Lumières». Or, son gouvernement a soutenu les idéologies du genre, qui sont aussi l’une des conséquences de l’effondrement de la recherche de la vérité dans la post-modernité. Il y a aussi un soutien au suicide assisté et à l’euthanasie alors que, selon Hobbes, les hommes construisent une société pour garantir leur sécurité, donc leur survie. Ces projets sont donc hautement antimodernes.
Dans les milieux réformés, beaucoup de nos frères séparés ont abandonné la «Sola Scriptura» pour soutenir les idéologies du genre, le «mariage pour tous», etc.(https://www.france24.com/fr/france/20210726-%C3%A0-montpellier-l-%C3%A9glise-protestante-c%C3%A9l%C3%A8bre-le-premier-mariage-de-pasteures-lesbiennes).
Si la modernité s’est effondrée, c’est notamment parce qu’elle comptait seulement sur la «Raison» et sur les sciences particulières pour donner des solutions aux problèmes humains. Tout cela est insuffisant. Il manquait la Foi, mais la foi en lien aussi avec le christianisme et le Magistère catholique, éclairé par le Saint Esprit.
La solution à l’effondrement de la Modernité n’est donc pas le renoncement à la raison, la post-modernité, mais le retour de la raison éclairée par la foi catholique. Et cette raison éclairée par la foi catholique est on ne peut mieux réalisée par la philosophie thomiste depuis des siècles. Dans le thomisme on tient compte de la loi naturelle, ce qui nous aidera à ne pas être séduits par les idéologies du genre, l’euthanasie, etc.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Commission Alloncle : publication ou destruction ?
Charles Alloncle et la fin de la commission d’enquête parlementaire
Après près de six mois d’auditions et plus de 200 personnes interrogées, la commission d’enquête parlementaire présidée par Charles Alloncle s’est achevée le 8 avril. Mais son rapport sera-t-il voté ? L’enjeu est colossal : soit le rapport est publié, avec l’intégralité des vidéos des auditions, soit il est détruit, plongeant dans l’oubli des mois de travail et des témoignages clés. Une bataille qui se joue dans l’ombre des institutions et dans une virulence médiatique hors norme.
CNews dépassée par BFMTV : Le poids de l’actualité internationale et des lignes éditoriales
Phénomène que l’on sous-estime parfois, les guerres et le positionnement des médias sur ces sujets brûlants ont un impact direct sur les audiences. Et quand les oligarques médiatiques poussent leur rédaction à orienter le narratif vers l’un des camps… le public ne suit pas toujours !
Les pastilles de l’info :
– Trump est-il fou ? Les médias commencent à se poser la question
– Rima Hassan en garde à vue, drogue de synthèse, apologie du terrorisme : la méthode LFI
– Bagayoko invité sur M6 par Lapix : “Etes-vous un Obama français ?”
– Tensions internes, ça secoue chez Libération
– Ultia, la streameuse qui a cassé le CNC !
– Immigration en Inde et émigration en France…
– “Les rayons et les ombres” : le film à voir sur la collaboration
Portrait piquant : Daniel Kretinsky, le médiatique milliardaire tchèque
La toute petitesse, un chemin de sainteté !
Dans un monde marqué par l’orgueil, la quête de réussite et l’émancipation de toute transcendance, l’homme semble avoir peu à peu évacué Dieu de son jugement. Les guerres incessantes, les divisions profondes et la confusion morale en sont les fruits amers. Pourtant, la vérité demeure : nous ne pouvons marcher sans Dieu. Notre nature, faite de cendre, de poussière et de vapeur, nous incline souvent à agir selon notre seul égo, mais c’est précisément en reconnaissant notre petitesse que nous retrouvons notre juste place.
Car c’est dans l’humilité vécue au quotidien que l’homme peut véritablement marcher avec Dieu et accomplir Sa volonté. Dans cette perspective, la réédition de La toute petitesse apparaît comme une réponse précieuse pour notre temps. Ceux qui s’y plongeront y découvriront une voie de salut, un appel pressant à revenir à l’essentiel : vivre humblement sous le regard de Dieu.
Ce livre, joliment illustré, est avant tout un rappel brûlant de l’amour de Dieu pour les hommes. Un amour si grand que, par Sa justice même, le Seigneur nous fait comprendre combien nous en sommes indignes. Face à cette réalité, une seule attitude s’impose : le repentir, la conversion, la prière. Il nous faut revenir à Dieu de tout notre cœur, pour espérer retrouver la vocation qui fut la nôtre, celle de « fille aînée de l’Église ».
Ce livre propose ainsi un véritable chemin de sainteté, accessible à tous, mais exigeant : celui de la petitesse. Un chemin semblable à un flacon de parfum d’une valeur inestimable : si l’on l’ouvre avec précipitation, il s’échappe ; mais si l’on en prend soin, son parfum peut embaumer durablement l’âme. Il en va de même de ces pages, inspirées du Ciel : elles doivent être accueillies avec délicatesse, afin que leur fragrance de sainteté transforme intérieurement celui qui les lit et l’élève vers une vie plus parfaite.
Enfin, ce chemin trouve son modèle parfait en la Très Sainte Vierge Marie. Elle seule a été pleinement petite — toute petite, la plus petite — privilège unique de son Immaculée Conception. C’est précisément cette petitesse qui a attiré sur elle le regard du Très-Haut. À son école, ces pages nous invitent à apprendre l’humilité véritable, celle qui plaît à Dieu et ouvre le cœur à Sa grâce.
Commander le livre paru aux Editions Resiac : https://www.resiac.fr/livres-resiac/12104-la-toute-petitesse-ou-la-vie-in-ipsa-.html
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Soutenez l’abbaye de Donezan!
Les moines de l’abbaye de Donezan (fille de Fontgombault) nous informent que l’on peut désormais commander des fromages sur leur site internet. Un excellent moyen de soutenir cette jeune abbaye (dont les religieux vivent principalement de la vente de ces fromages). N’hésitez pas à commander – et à faire connaître leur boutique autour de vous.
Associer le nouveau lectionnaire et le Vetus ordo serait incohérent
Dom Pateau a été longuement interrogé par le blogue Silere non possum. Il revient notamment sur la proposition de Dom Kemlin :
[…] Comment ne pas accueillir avec gratitude, joie et reconnaissance des interventions qui cherchent à apaiser les tensions malheureusement accumulées pendant des décennies autour de l’autel et du sacrement de l’amour ? Le Saint-Père ne cache pas son inquiétude à ce sujet et nous invite à « un nouveau regard que chacun porte sur l’autre, avec une plus grande compréhension de sa sensibilité… un regard capable de permettre à des frères, enrichis par leur diversité, de s’accueillir mutuellement, dans la charité et dans l’unité de la foi ». Il implore la lumière de l’Esprit Saint afin que « des solutions concrètes soient trouvées, qui incluent généreusement ceux qui sont sincèrement attachés au Vetus Ordo », en ce qui concerne les orientations liturgiques souhaitées par le Concile Vatican II. » Le missel de 1965 est précisément la mise en œuvre des orientations souhaitées par le Concile Vatican II. Saint Paul VI l’a reconnu. Quant à la proposition de l’abbé Geoffroy Kemlin, elle permettrait aux prêtres utilisant le Novus Ordo de bénéficier de la richesse des signes et des gestes de l’ Ordo Missae de 1962 , tout en conservant les lectures et certaines prières du missel de 1969. Pour les communautés utilisant le Vetus Ordo, cependant, sa mise en œuvre serait difficile. Il n’y aurait plus de cohérence entre les lectures de la messe et celles de l’Office divin contenues dans le bréviaire et l’antiphonaire. À ce propos – et cela est peu connu – un lectionnaire a été élaboré en 1966, enrichissant celui du missel de 1962. Il conserve toutes les lectures existantes et, pour les jours de semaine où les lectures du dimanche étaient auparavant répétées, propose des lectures appropriées. Son utilisation était laissée à la discrétion de l’ordinaire du lieu. Il a été utilisé en France. Elle répond à la demande des Pères conciliaires d’enrichir le lectionnaire et permet de préserver la cohérence avec l’Office divin. En tout état de cause, la décision d’aborder la question de l’enrichissement des missels de manière pragmatique, quelle que soit la solution proposée, me semble très positive et la seule voie fructueuse à long terme. Elle permet d’éviter deux écueils : la rigidité et l’idéologie. La liturgie est, après tout, avant tout une pratique. […]
L’oppression des chrétiens en Algérie
Alors que l’Algérie s’apprête à accueillir pour la première fois un pape, le Centre européen pour le droit et la justice publie aujourd’hui un nouveau rapport qui jette une lumière crue sur la situation des chrétiens du pays.
Fermeture d’églises, poursuites judiciaires, discrimination institutionnelle: ces communautés font face à une véritable oppression d’un pouvoir qui souhaite leur disparition.
Les chrétiens subissent de plein fouet une politique qui impose une identité nationale unique arabe et musulmane. La diversité religieuse n’a pas sa place dans l’Algérie de Tebboune.
Il y a pourtant plus de 150 000 chrétiens en Algérie. Une grande majorité est protestante évangélique, avec une petite communauté catholique, composée essentiellement d’étrangers.
Ce nouveau rapport qui dénonce la politique d’oppression des chrétiens en Algérie s’appuie sur un travail d’enquête approfondi, fondé sur de nombreux entretiens menés avec des chrétiens algériens.
Voici l’entretien du mois avec les deux principaux auteurs du rapport, Thibault van den Bossche et Constance Avenel:
Crédit social : vers une dictature du bien ? – Jean-Frédéric Poisson
Référence : La Dictature du bien, Jean-Frédéric Poisson, Éditions du Verbe Haut, 2024.
Crédit social : vers une dictature du bien ? – Jean-Frédéric Poisson
L’entretien accordé par Jean-Frédéric Poisson mercredi 8 avril au média Le Verbe Haut à propos de son dernier ouvrage :
constitue une plongée rigoureuse dans les thèses de son dernier ouvrage. Il y dépeint une métamorphose radicale de la souveraineté, où la contrainte physique s’efface au profit d’une normalisation morale des comportements.
1. Le Paradoxe de la « Dictature du Bien »
L’argument central repose sur un paradoxe saisissant : le basculement vers un contrôle total ne s’opère pas par la force brute, mais sous le couvert de la vertu.
• Un pouvoir invisible et moral : Contrairement aux tyrannies classiques, ce pouvoir est diffus. Il ne s’exprime plus par l’interdiction, mais par l’injonction morale. On n’obéit plus par crainte du châtiment, mais par peur de l’exclusion sociale et du jugement de « déviance » civique.
• Le crédit social comme outil : Poisson utilise l’exemple du modèle chinois pour illustrer comment des mécanismes de notation citoyenne s’installent progressivement. En parant la surveillance des atours de la sécurité, de la santé ou de l’écologie, le système désarme toute velléité de résistance.
2. La « Démocrature » ou l’évidement de la politique
L’analyse met en lumière la transition vers une « démocrature », où les formes démocratiques subsistent alors que le fond s’évapore :
• Le règne de la norme : On assiste à une substitution de la Politique (le débat sur le bien commun) par la Police (la gestion administrative des comportements).
• L’identité numérique et monétaire : À travers l’identité numérique et les monnaies programmables, le citoyen devient un usager dont les droits d’accès à la vie sociale sont conditionnés par son « score » de bonne conduite.
3. Une rupture anthropologique et philosophique
Jean-Frédéric Poisson remonte à la généalogie des idées pour expliquer ce basculement. Il identifie les ruptures doctrinales qui ont permis d’ériger la transparence en dogme et la gestion technique en idéal de gouvernement.
• L’étouffement du libre-arbitre : Si l’individu n’agit que pour obtenir une récompense ou éviter une pénalité algorithmique, l’acte moral disparaît. C’est la fin de la responsabilité individuelle et du secret de la conscience.
• La pensée comme résistance : Face à cette attention « animale » et utilitariste imposée par la surveillance de masse, l’auteur appelle à retrouver le sens du loisir intellectuel et de la liberté intérieure.
Conclusion : Préserver l’humain
Jean-Frédéric Poisson souligne ici l’urgence d’une prise de conscience. La Dictature du bien n’est pas seulement un cri d’alarme sur une dérive technologique, c’est une autopsie de la mutation de nos démocraties modernes. La réponse à ce pouvoir redoutablement efficace ne peut être que philosophique : il s’agit de réaffirmer la dignité de l’homme contre sa réduction à une simple donnée statistique ou comportementale.
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Agir pour la famille au niveau local : l’exemple d’Asnières-sur-Seine
Le Figaro relaie la politique familiale déployée par la municipalité d’Asnières-sur-Seine, visant à renforcer la stabilité des couples, ce qui montre qu’il est possible d’agir au niveau local en faveur de la famille, malgré la politique anti-familiale du gouvernement :
Cette ville déploie depuis une dizaine d’années tout une panoplie de mesures pour « redonner une place politique à la famille ».

L’Allemagne se prépare-t-elle à une mobilisation ?
Depuis début 2026, l’Allemagne a introduit une mesure inédite concernant les séjours prolongés hors de son territoire. Les hommes âgés de 17 à 45 ans doivent désormais obtenir une autorisation préalable de l’armée pour quitter le pays plus de trois mois. Cette disposition, issue d’une réforme du service militaire, suscite de nombreuses interrogations et débats.
Cette obligation concerne aussi bien les départs initiaux que les prolongations de séjour. La mesure ne se limite pas aux situations exceptionnelles, mais vise des cas courants, comme les études à l’étranger, les stages longs ou encore les années de césure.
Les autorités n’ont pas encore précisé les conséquences en cas de non-respect de cette obligation.
« Pour moi, il est impossible d’être une fidèle disciple de Jésus-Christ tout en restant membre du Parti démocrate tel qu’il existe aujourd’hui »
La représentante démocrate de l’État du Michigan, Karen Whitsett, démissionne de ses fonctions politiques et du Parti démocrate, déclarant publiquement qu’elle ne pouvait plus concilier les valeurs et les priorités démocrates avec sa foi chrétienne.
« Je ne briguerai pas un nouveau mandat et je ne me présenterai plus jamais à aucune élection. Il ne s’agit pas d’un calcul politique, mais d’une décision spirituelle ». « Je n’ai pas de conception du paradis ou de l’enfer. Seul Dieu en a une. Mais je peux m’appuyer sur la Parole inébranlable de Dieu et je ne peux plus la compromettre pour servir un programme politique ou plaire à qui que ce soit. »
Elle a notamment cité les positions favorables du parti à « l’avortement, à la normalisation du mode de vie homosexuel et à la volonté de redéfinir le genre » comme étant incompatibles avec la morale biblique.
« Je comprends que ces sujets soient très personnels pour de nombreuses familles, car votre fils, votre fille, votre cousin, votre tante ou votre oncle pourrait être concerné. Mais la proximité personnelle ne change rien à la définition du bien et du mal selon Dieu. Aimer son prochain n’implique pas d’approuver le péché, et la compassion ne nous autorise pas à réécrire les Écritures ». « On dit que la criminalité entre Noirs n’existe pas, mais à mon sens, l’avortement en est un exemple flagrant. On s’étonne qu’il n’y ait pas d’hommes bien – trop d’enfants ont été avortés, et nous avons brisé la virilité de beaucoup d’hommes qui sont encore parmi nous. On ne peut pas détruire la vie et s’étonner ensuite que nos familles et nos quartiers en subissent les conséquences. »
« Pour moi, il est impossible d’être une fidèle disciple de Jésus-Christ tout en restant membre du Parti démocrate tel qu’il existe aujourd’hui. Je ne peux concilier cette position avec les Écritures ».
Whitsett a attribué son réveil spirituel au fait que Dieu lui avait « donné le temps de se repentir, de se convertir et de se consacrer pleinement à Lui » plutôt que de « l’abandonner » ; et aux paroles du représentant républicain de l’État, Bradley Slagh : « Vous devez voter pour votre circonscription, mais vous ne devez pas vendre votre âme. » Whitsett a conclu qu’elle avait « trop longtemps compromis sa relation avec Jésus ».
« Je ne prétendrai pas que la Parole de Dieu puisse être déformée par n’importe quel prêtre, évêque, pasteur ou prédicateur pour que les gens se sentent à l’aise dans le péché – que ce soit pour maintenir les dons, éviter d’offenser qui que ce soit ou se conformer à la culture ambiante ». « Ce n’est pas parce que des personnalités importantes ne s’élèvent pas contre ces pratiques que Dieu les approuve. Dieu est immuable. Ma foi est inébranlable. Mon allégeance va à Jésus-Christ, et je choisis la volonté de Dieu plutôt que l’approbation des hommes. »
Au niveau national, le Parti démocrate soutient systématiquement l’avortement pendant toute la durée de la grossesse, aux frais du contribuable, et les démocrates du Congrès ont même voté à maintes reprises contre la loi de protection des nouveau-nés vivants issus d’avortements, qui imposerait des soins médicaux de base pour ces enfants, assortis de sanctions actuellement inexistantes dans la législation en vigueur.
Le parti a également embrassé sans réserve l’ensemble de l’idéologie LGBT, y compris le soutien aux transitions de genre chirurgicales et chimiques pour les mineurs en questionnement sur leur identité de genre, ainsi qu’au « mariage » et à l’adoption homosexuels.
La loi contre les « thérapies de conversion » empêche les professionnels de santé mentale d’exercer leur métier
La Cour suprême des Etats-Unis, dans une décision du 31 mars, a donné raison à la psychologue Kaley Chiles qui entend suivre des patients transgenres mineurs sans obéir à la règle de l’« affirmation de genre » systématique. Elle a pour cela convoqué le premier amendement de la Constitution américaine sur la liberté d’expression. Selon elle, la loi actuelle du Colorado contre les « thérapies de conversion » empêche les professionnels de santé mentale d’exercer leur métier librement – et en accord avec l’intérêt des jeunes patients.
Le Colorado interdit les « thérapies de conversion » depuis 2019, les définissant comme des « pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne ». Plus de 20 Etats ayant la même législation sur le sujet, dont la Californie et de nombreux Etats de la côte est, la décision de la Cour suprême pourrait avoir des conséquences majeures. La France a voté une loi similaire, à l’unanimité, en janvier 2022.
Ces textes de loi partent d’un présupposé : l’orientation sexuelle et l’« identité de genre » participeraient de la même logique et la « thérapie de conversion » s’appliquerait de la même manière et avec les mêmes effets sur une personne homosexuelle et une personne transgenre.
Or la « transidentité » ne répond pas de la même logique que l’orientation sexuelle. Une personne est considérée comme transgenre dès lors qu’elle affirme que son « identité de genre » ne correspond pas à son « sexe assigné à la naissance ». Une « transition de genre » est synonyme de traitement hormonal voire chirurgical, avec des conséquences irréversibles.
Comme l’explique Pauline Arrighi dans Les Ravages du genre, nous savons que dans une grande majorité des cas, ce mal-être adolescent interprété comme de la dysphorie de genre se résout de lui-même après la puberté, sans passer par une transition. Face à une demande de « transition de genre », un professionnel de la santé mentale doit s’interroger sur les mécanismes qui poussent un jeune patient à vouloir modifier son identité voire son corps. Ce mal-être peut être une interprétation de symptômes de divers troubles comme le trouble autistique ou la dissociation traumatique, aggravés par l’isolement social et l’utilisation des réseaux sociaux. Les psychologues et psychiatres doivent pouvoir explorer ces causes possibles avec chacun de leurs patients, en toute liberté. Ce n’est pas vouloir « modifier leur identité de genre » que de chercher les causes de leur souffrance pour la soulager.
L’une des huit juges assesseurs de la Cour suprême, Elena Kagan, considère dans une opinion individuelle que la loi du Colorado devrait laisser coexister les deux thèses en vigueur : celle de l’« affirmation de genre » systématique mais aussi la thèse de la prudence et de la recherche des causes de la demande de transition. Le principe de la liberté d’expression serait alors selon elle respecté.
La psychologue Kaley Chiles ne le pense pas. Elle déplore en effet qu’au contraire, les parents ont du mal à trouver des thérapeutes qui auront une vraie discussion avec leur enfant.
« Les psychothérapeutes ne devraient pas être obligés de se faire les promoteurs des directives de l’Etat sur la transition de genre, qui mènent le plus souvent vers des traitements hormonaux et chirurgicaux néfastes ; je suis soulagée de voir ma liberté d’expression protégée, mais surtout de voir que les familles qui souhaitent rencontrer des thérapeutes qui respectent la réalité biologique seront en mesure de le faire et de recevoir l’aide dont elles ont besoin. »
Source : Gènéthique
La Roumanie contrainte par la Cour de Justice européenne d’accepter l’idéologie du genre
Le Tribunal de Bucarest a tranché le 31 mars, sans possibilité d’appel, en faveur d’une personne qui avait effectué une « transition de genre » au Royaume-Uni. Son genre à l’Etat civil sera modifié au mépris de la loi roumaine, suite à une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).
Après s’être installée au Royaume-Uni en 2008, Arian Mirzarafie-Ahi a obtenu la nationalité britannique ainsi qu’un changement de genre à l’Etat civil de ce pays en 2020. Dès lors binationale, cette personne était officiellement à la fois une femme roumaine et un homme britannique. Elle a formulé une demande de changement de genre sur son certificat de naissance roumain en 2021 et a essuyé un refus : la Roumanie n’autorise cette démarche qu’à condition que la personne requérante ait effectué une transition médicale.
Le cas a été porté devant la Cour de justice de l’Union européenne, qui, en octobre 2024, a statué que « le refus d’un Etat membre de reconnaître le changement de prénom et de genre légalement acquis dans un autre État membre est contraire aux droits des citoyens de l’Union ». La Cour a invoqué le « droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire de l’Union ». Elle a récemment mobilisé le même argument pour imposer la reconnaissance d’un contrat de mariage entre deux hommes à une législation nationale qui ne le reconnait pas.
Le Tribunal de Bucarest a entériné cette décision de la CJUE, alors qu’elle relève d’un domaine où s’exerce la souveraineté des Etats membres.
Source : Gènéthique
La République est une utopie mortifère
« Une communauté subsiste tant que parmi ses membres les causes d’amitié et d’union restent supérieures aux causes d’inimitié et de division. Les tribunaux sont établis pour châtier, réprimer et, s’il le faut, exclure ceux de chaque communauté qui montrent envers leurs confrères ce visage de loup qu’ils doivent réserver à l’ennemi commun. De même les honneurs anthumes ou posthumes ont servi de tout temps à récompenser ceux des membres de la communauté qui se sont montrés les plus “loups” envers l’ennemi ou, s’il est permis d’ainsi dire, les plus “dieux” envers leurs amis et compatriotes. Beaucoup de héros ont été déifiés ainsi, à titre militaire ou civil. » (Charles Maurras, Mes idées politiques).
Tous nos compatriotes se lamentent sur la déliquescence de notre nation, sur son archipélisation pour reprendre les mots de Jérôme Fourquet. Il n’y a plus de socle civilisationnel commun, les religions sont nombreuses, les opinions politiques diverses, chaque petit détail de la vie quotidienne renvoyant au gouffre qui ne cesse de se creuser entre les citoyens ; essayez seulement d’organiser des repas dans une cantine scolaire – végétariens, halal, et j’en passe ! A contrario, encore trop peu de Français s’aperçoivent que cette atomisation n’est pas due à un concours de circonstances, ni à de simples mauvaises politiques, mais bien à une matrice politique initiale excessivement délétère qui se nomme République française.
A ce propos, un petit livret vient d’être réédité par les éditions d’Action française : Les idées royalistes (https://www.livresenfamille.fr/actualite-etudes-essais/30330-les-idees-royalistes.html) de Charles Maurras.
« D’abord écartons l’utopie » (Charles Maurras). Toute la sève de ce livret est contenue dans cette formule si simple ! L’utopie, emprunté du latin Utopia, qui signifie proprement « Lieu qui n’existe pas » et qui fut créé par Thomas More à l’aide du grec ou « non, ne pas » et topos « Lieu, endroit » avait pour but de désigner une île imaginaire dotée d’une organisation parfaite. Et quelle île imaginaire gangrène notre pays depuis plus de deux siècles ! Aucune autre que cette nation-contrat des jacobins qui identifie société et Etat en les fondant sur le principe de la volonté générale ! Cette République une et indivisible, c’est-à-dire totale pour ne pas dire totalitaire, qui ne reconnaît aucun intermédiaire entre la nation et les individus isolés les uns des autres. Cette nation qui n’a jamais existé et qui n’existera jamais, mais qui entretiendra l’utopie jusqu’à l’abîme.
A contrario, la conception de la nation chez Charles Maurras est une reconnaissance d’un topos, c’est-à-dire d’une réalité concrète, d’une construction historique donnée et unique. Chez le maître de Martigues la nation ne peut exister sans les corps qui la composent, sans les familles, sans les provinces ou sans les villes ; les hommes y sont liés par des corps intermédiaires, des cercles concentriques nécessaires. Que d’aucuns voient encore en Charles Maurras un nationaliste jacobin est proprement risible ! Précisément, celui-ci revient dans ce texte sur la nécessité d’une conception fédéraliste et décentralisatrice de la nation : « Qui voudra réorganiser notre nation en devra recréer les premiers éléments communaux et provinciaux. Qui veut réaliser le programme nationaliste doit commencer par une ébauche de fédération » (Charles Maurras, L’idée de la décentralisation). Car la nature ayant horreur du vide, si vous supprimez les corps intermédiaires naturels d’autres viendront prendre leur place : partis politiques, coteries, et autres, rarement au service de la nation.
Parce que les corps intermédiaires de solidarités furent détruits et que l’individu isolé a émergé, le terrain fut préparé pour que chaque nouvel élément de division puisse s’affirmer. Religions, idéologies, folies wokistes, etc ; chaque individu se sépare de ses semblables au nom d’un principe et reconstruit un cercle de solidarité au nom de ce même principe parce qu’il ne peut en être autrement – l’homme étant un animal social. Aucune solution viable ne pourra être trouvée à l’archipélisation de notre nation tant que son principe politique pervers demeure. “Ces institutions « meurtrières », comme les a précisément nommées M. Paul Bourget, travaillent depuis cent ans à affaiblir, faute de pouvoir les détruire complètement, la famille, l’association, la commune, la province et, en bref, tout ce qui seconde et fortifie l’individu, tout ce qui n’enferme pas le citoyen dans son maigre statut personnel. Chacune des faiblesses de la France moderne coule de ces institutions comme de sa source première.” (Charles Maurras, Enquête sur la monarchie).
Ce sera la mort de l’utopie ou la nôtre.
Disponible chez Livres en famille : https://www.livresenfamille.fr/ au prix de 5 euros.
Pour d’autres ouvrages du maître de Martigues : https://www.livresenfamille.fr/3861_charles-maurras
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États-Unis et Iran revendiquent tous deux la victoire après le cessez-le-feu
De Danny KEMP avec les bureaux de l’AFP à Téhéran, Jérusalem, Dubaï, Bagdad, Beyrouth et Washington, dans Conflits :
États-Unis et Iran revendiquent tous deux la victoire mercredi après s’être mis d’accord pour un cessez-le-feu de deux semaines en échange d’une réouverture du détroit d’Ormuz, une trêve qu’Israël dit soutenir, tout en estimant qu’elle ne s’applique pas au Liban.
« Une victoire totale et complète. 100 pour cent. Il n’y a aucun doute là-dessus », a dit le président américain Donald Trump à l’AFP, qui l’a joint au téléphone peu après l’annonce du cessez-le-feu.
Il a affirmé que la question de l’uranium iranien serait « parfaitement réglée », mais n’a pas voulu dire s’il réitérerait ses menaces initiales de détruire les centrales électriques et les ponts iraniens si l’accord venait à échouer. Selon lui, la Chine a pu inciter l’Iran à rejoindre la table des négociations en vue d’un cessez-le-feu.
« L’Iran a remporté une grande victoire », a également proclamé Téhéran, le Conseil suprême de la sécurité d’Iran, estimant que « l’ennemi a subi une défaite indéniable, historique et écrasante ».
Les autorités iraniennes ont indiqué mercredi que des pourparlers se dérouleront à partir de vendredi avec Washington, au Pakistan, médiateur clé dans la guerre au Moyen-Orient entamée le 28 février et qui a fait des milliers de morts. Mais les positions des belligérants restent très éloignées.
« Sous réserve que la République islamique d’Iran accepte l’OUVERTURE TOTALE, IMMÉDIATE et SÉCURISÉE du détroit d’Ormuz, j’accepte de suspendre les bombardements et les attaques contre l’Iran pour une période de deux semaines », avait écrit quelques heures avant le président américain sur Truth Social.
Il a également fait part de discussions « très avancées » en vue d’un accord de paix « à long terme » avec l’Iran. Téhéran a transmis « une proposition en 10 points » qui « constitue une base viable pour négocier », a-t-il noté. La Maison-Blanche a ensuite indiqué envisager des « discussions en personne » avec les Iraniens.
L’annonce de ce cessez-le-feu est survenue une heure avant l’expiration du dernier d’une série d’ultimatums lancés par Donald Trump à l’Iran, dans lequel l’Américain menaçait d’éradiquer « une civilisation entière » si Téhéran n’ouvrait pas d’ici minuit heure GMT ce passage maritime stratégique où transitait avant la guerre 20 % du brut mondial.
De leur côté, les dirigeants iraniens ont confirmé qu’ils acceptaient de rouvrir « pendant une période de deux semaines » le détroit d’Ormuz « si les attaques contre l’Iran cessent », a écrit sur X le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.
La déclaration iranienne suggère que l’armée iranienne « surveillera » le « passage quotidien limité des navires » dans le détroit pendant le cessez-le-feu. Elle réclame aussi la levée des sanctions sur l’Iran.
Selon la déclaration en persan diffusée par les médias iraniens, le plan proposé par Téhéran prévoit aussi que Washington accepte l’enrichissement d’uranium ; une mention toutefois absente de la version anglaise transmise à l’ONU.
« L’Iran engagera, pendant une période de deux semaines (…), des négociations avec la partie américaine à Islamabad », a ajouté le Conseil suprême de la sécurité nationale dans un communiqué, précisant que « cela ne signifie pas la fin de la guerre » et que cette durée pourrait être prolongée « en accord avec les deux parties ».
[…] Mais Israël, qui a dit « soutenir » la décision américaine de suspendre les frappes contre l’Iran pendant deux semaines, a assuré mercredi que cet accord « n’inclut pas le Liban », dans un communiqué du bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu transmis aux journalistes. Le bilan des frappes israéliennes dans ce pays depuis le 2 mars dépasse les 1 500 morts. […]
Vox Philo, un nouveau média de philosophie réaliste !
Vox Philo, un nouveau média de philosophie réaliste !
Dans un monde saturé d’informations, la philosophie offre ce que l’actualité ne peut donner : le recul nécessaire pour comprendre plutôt que simplement réagir. Les grandes questions qui préoccupent nos existences ne sont pas des abstractions. Elles sont le socle invisible de toutes nos décisions, de nos engagements, de notre manière d’habiter le monde.
VOX vous invite à redécouvrir cette sagesse intemporelle, non pas comme un refuge hors du temps, mais comme une lumière pour éclairer le présent.
L’objectif de Vox Philo est ambitieux mais net : permettre à chacun de reprendre la pratique de la philosophie, quel que soit son niveau. Le média ne s’adresse pas seulement à des spécialistes ; il cherche à rendre la philosophie à nouveau praticable, c’est-à-dire accessible, vivante et utile pour penser le réel. L’enjeu n’est pas de réciter des doctrines, mais d’ouvrir un espace de réflexion rigoureux.
Pour cela, Vox Philo s’organise autour de trois programmes complémentaires, chacun avec son identité propre et son format spécifique.
Penser la Politique propose des entretiens vidéo d’environ une heure consacrés à la philosophie politique. Le format est long et permet ainsi des discussions de fond, et un vrai discours intellectuel. Un premier épisode a notamment été publié sur la cohérence de la déconstruction avec Joël Hautebert :
Focus prend une forme différente : il s’agit de podcasts audio d’environ quinze minutes, centrés sur un auteur. Le format est plus court, plus direct, et vise à offrir une porte d’entrée claire vers une pensée et une œuvre. Un premier épisode a par exemple été consacré à Descartes. Le but de ce programme est d’aller à l’essentiel sans appauvrir le propos :
La question philo est construit selon la même logique. Le format est un podcast audio d’une quinzaine de minutes, pensé pour éclairer un problème philosophique précis. Un premier contenu a été proposé sur « Qu’est-ce que la philosophie ? » :
Un autre point important tient à l’organisation interne du média : chaque format est porté par l’un des cofondateurs, avec son équipe propre, dans un esprit de subsidiarité. Cette répartition permet à chaque programme de conserver sa cohérence, son autonomie éditoriale et sa tonalité spécifique, tout en restant uni au sein d’un même projet. Cette structure rend aussi possible une vraie fidélité au rythme annoncé : un contenu toutes les deux semaines, sans dilution ni précipitation.
Les podcasts de Vox sont disponibles sur toutes les plateformes d’écoute.
Découvrez le site internet : https://vox-media.fr/
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Mgr Aubert, nouvel évêque de Limoges
Par décision du pape Léon XIV, Monseigneur Benoît Aubert, prêtre de l’archidiocèse de Paris depuis 2006, a été nommé ce mercredi 8 avril, évêque de Limoges (en Haute-Vienne et Creuse).
Il demeure responsable du secteur pastoral de Dourdan dans l’Essonne jusqu’à son installation en la cathédrale de Limoges, le 14 juin prochain. Le diocèse reste administré par le père Pierre Morin jusqu’à l’installation du nouvel évêque.
Benoît Aubert est né le 30 mai 1973 à Porto-Vecchio (Corse).
Après un baccalauréat scientifique, il intègre les classes préparatoires scientifiques de Saint- Cyr l’Ecole puis l’Ecole d’ingénieur (UTC) à Compiègne, dans l’Oise. Dans le cadre de sa formation religieuse et sacerdotale, il entre au Séminaire diocésain de Paris et devient titulaire d’un baccalauréat en théologie. Puis, passe 6 mois à Jérusalem. Benoît Aubert est ordonné prêtre le 24 juin 2006 en la Cathédrale Notre- Dame de Paris, pour l’archidiocèse de Paris.
Son parcours
– De 2006 à 2010, il est vicaire des paroisses de Villemomble dans le diocèse de Saint-Denis, au titre de la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville (FMPV), communauté sacerdotale diocésaine engagée dans l’évangélisation en milieu urbain.
– En 2010, il est nommé curé des paroisses d’Aubervilliers dans le diocèse de Saint-Denis, toujours au titre de la FMPV, mission qu’il exerce jusqu’en 2019. Dans ce contexte pastoral marqué par une grande diversité culturelle et sociale, il accompagne des communautés joyeuses et profondément croyantes, parfois confrontées à la précarité sociale, aux difficultés familiales et scolaires ainsi qu’aux problèmes de logement.
– En 2019, il rejoint l’archidiocèse de Paris où il est nommé recteur de l’église Saint-Joseph-des-Carmes et prêtre accompagnateur de l’aumônerie étudiante de l’Institut Catholique de Paris, assurant l’accompagnement spirituel des étudiants, l’organisation d’activités pastorales et la proposition de temps de formation et de prière. La même année, il devient vicaire épiscopal pour la pastorale des jeunes adultes dans l’archidiocèse de Paris, ainsi que délégué des évêques de la province ecclésiastique de Paris pour la mission étudiante. Sa mission consiste à favoriser la coordination des aumôneries étudiantes et des actions d’évangélisation auprès des étudiants dans les diocèses.
– De 2021 à 2022, il est aussi secrétaire particulier de l’archevêque de Paris.
– Depuis 2022, il est responsable du secteur pastoral de Dourdan – Bienheureuse – Marie-Poussepin dans le diocèse d’Évry-Corbeil-Essonnes, comme curé in solidum, modérateur de la charge pastorale et vicaire forain. Ce secteur comprend deux petites villes, Dourdan et Saint-Chéron, et quinze villages. Il considère que l’un des enjeux essentiels de sa mission consiste à promouvoir la « communion entre les personnes, les paroisses, les communes du secteur pastoral et, plus largement, entre les communautés chrétiennes et ceux qui ne fréquentent pas l’Église ».
Il est également aumônier de Notre-Dame de l’Ouÿe, maison d’accueil du diocèse de Paris située dans l’Essonne.
Depuis 20 ans, il accompagne des pèlerinages en Terre Sainte, notamment dans le cadre de la Bible sur le Terrain, où il perpétue modestement l’expérience des pèlerinages bibliques du père Jacques FONTAINE.
Ceux qui aiment la langue française — et les autres
« Si la langue cède, tout cèdera » J.P. Brighelli, dans Causeur du 5 avril.
Que notre chroniqueur aime la langue française, qui s’en étonnerait ? Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est le français — et là, Jean-Paul Brighelli dérape salement : selon lui, la « langue de Molière » ne peut se laisser cannibaliser par les trublions contemporains qui éructent en patois banlieusards. Et de prendre en otage Leïla Slimani, qui avec Assaut contre la frontière (Gallimard, mars 2026), démontre une fois de plus qu’une immigrée peut sortir sans voile et parler (et écrire) avec brio un français parfait.
« J’ai eu brièvement la tentation d’écrire une chronique sur les déclarations péremptoires d’Yvan Attal, dans Marianne, expliquant que Marivaux et Molière « le gavent ». Que le français soit « la langue de Molière » comme l’anglais est celle de Shakespeare ne le dérange pas : comme les « linguistes atterrés » que Jérôme Serri a épinglés dans Causeur l’année dernière, Attal pense sans doute que le gloubi-boulga qui sert de lingua franca à la racaille et aux sous-doués mérite bien à son tour d’être appelé « français ».
Mais le tout récent petit chef d’œuvre de Leïla Slimani, Assaut contre la frontière, m’a convaincu qu’il était temps d’expliquer à ceux qui en valent la peine que la mosaïque de sous-langages qui sévit aujourd’hui dans l’Hexagone n’est pas du français. Et que ceux qui, à l’école, ont renoncé à enseigner notre langue dans ce qu’elle a de plus beau et de plus complexe, sous prétexte de coller à l’expression des élèves, sont eux-mêmes des cancres — ou des traîtres, comme vous voulez.
Leïla Slimani a été désignée ambassadrice de la francophonie en 2017 — elle, et pas Virginie Despentes ni Annie Ernaux. Elle explique son acceptation : « C’était d’abord pour m’insurger contre ce rapport idéologique aux langues alors même que dans mon pays [elle est marocaine d’origine] et ailleurs des figures conservatrices appelaient à cesser de parler français et stigmatisaient l’usage de toute autre langue que l’arabe. »
Quoi ! Une femme cultivée et intelligente choisissait de parler la langue des « colons », des « oppresseurs » ! Quel exemple déplorable pour la jeunesse !
Le Maroc a deux langues officielles, l’arabe et l’amazighe (la, ou plutôt « les » langues berbères). Un colloque auquel je participais à Casablanca il y a quelques années avait conclu qu’il est essentiel pour un enfant de maîtriser une langue maternelle — c’est même la condition première pour accéder à une autre langue. Peu importe que ce soit l’arabe ou le dialecte berbère. Ou le français : le Bulletin officiel du royaume traduit automatiquement en français les textes rédigés en arabe. Sans honte. Par pragmatisme. Parce qu’une bonne part des élites parle français. Et qu’à Casablanca, sur la place Mohammed-V, s’élève toujours la statue du maréchal Lyautey.
Ce n’est pas en Algérie qu’on se laisserait aller à célébrer l’envahisseur. C’est sans doute la raison pour laquelle l’Algérie, avec des ressources très supérieurs, est un pays arriéré par rapport au Maroc. Arriéré mais idéologiquement pur.
Leïla Slimani, qui a si bien choisi de parler français qu’elle a peu à peu désappris les mots arabes de son enfance, développe une idée brillante, en s’élevant contre la doxa issue du mythe de Babel : la variété des idiomes est une marque d’arriération, et la tour mythique, en s’élevant, doit aller vers une langue unique — mais certainement pas le globish qui sévit aujourd’hui dans notre monde décentré, mondialisé et barbare. Unique chacune dans sa sphère d’influence, bien sûr : Slimani utilise un français délicat qui heurte sans doute les oreilles des linguistes atterrés qui se sont cooptés dans cette réserve de grandes incompétences qu’est devenue l’université française.
Il y a bientôt trois ans, j’expliquais dans ces colonnes ce qu’est la « bonne » langue française. On voudra bien m’excuser de me citer. Enseigner le bon français, disais-je, c’est « faire barrage aux barbares. Si l’on baisse la garde sur la langue, nous serons confrontés demain à une France éclatée en dialectes aussi divers que les « communautés » que l’on tente de nous imposer pour déchirer le tissu national. L’enjeu est non seulement normatif, il est politique. Ne pas enseigner rigoureusement la grammaire à l’école revient à ouvrir la porte aux fanatiques et aux dynamiteurs. Ceux qui penchent pour le laxisme ouvrent la voie (et ils en sont bien conscients, leurs options politiques le prouvent jusqu’à l’écœurement) à l’éparpillement façon puzzle de la République française. Allez, parions que Samuel Paty ou Dominique Bernard parlaient un bon français. Tolérer le magma linguistique où tant de nos concitoyens sont aujourd’hui embourbés, c’est tendre le couteau aux assassins : parions que le français des frères Kouachi était aléatoire. »
Et le français s’apprend dans les livres — c’est la langue la plus écrite qui soit. Elle s’apprend à travers La Fontaine ou Hugo, Molière ou Marivaux. Ou Proust. Ou Céline. Ou… Faites lire à vos enfants. Sinon, ils parleront bientôt un charabia que vous ne comprendrez plus. Ni vous, ni leurs futurs employeurs.
Le français s’apprend par les livres. Pas à travers les films d’Attal, dont Elisabeth Levy et Cyril Bennasar disaient ici il y a dix ans tout le bien qu’ils en pensent… C’était à propos de son film Ils sont partout, qui, comme le dit benoitement Wikipedia, « n’a pas fait de carrière internationale. » Attal voyait de l’antisémitisme partout, sauf là où il est : dans les banlieues et chez les députés de la France insoumise
Retrouvez tous les livres de J.-P. Brighelli sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/module/ambjolisearch/jolisearch?s=BRIGHELLI
Jean-Paul Brighelli / Agrégé de Lettres modernes, ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, Jean-Paul Brighelli est enseignant à Marseille, essayiste et spécialiste des questions d’éducation. Il est notamment l’auteur de La fabrique du crétin…
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L’art de l’enfumage
Sur le site de « France Soir », je viens de lire le texte suivant :
« Ces dernières semaines, la guerre que mènent Israël et les États-Unis contre l’Iran et, plus largement, les tensions générées par ce conflit au Moyen-Orient saturent l’espace médiatique. En continu, les images défilent, les analyses s’enchaînent, plus contradictoires que jamais. Dans ce brouillard et flux permanent, la désinformation prospère comme il se doit et la confusion s’installe, reléguant au second plan d’autres sujets tout autant essentiels.
L’affaire Epstein en est un exemple frappant. Malgré ses ramifications internationales et les questions qu’elle soulève en France, elle peine à exister dans le débat public. »
On ne peut mieux dire : tout semble fait pour étouffer l’affaire Epstein !
Déjà en février 2025, j’avais eu l’occasion d’écrire un article sur ce sujet étrangement passé sous silence par l’ensemble des médias officiels. * *
Malgré les trois millions de documents rendus publics par la justice américaine le 30 janvier 2026 et les centaines de personnes impliquées dans ce scandale planétaire, aucune condamnation n’a été prononcée à ce jour. La Presse, la Justice, même les responsables politiques semblent dans le déni le plus complet. Ainsi, Emmanuel Macron a déclaré sur BFM TV le 9 février dernier :
« Il faut que la justice américaine fasse son travail. C’est une affaire qui concerne surtout les Etats-Unis. »
Pourtant c’est bien en France qu’en lien avec l’affaire Epstein, Jean-Luc Brunel a été arrêté pour des accusations de « traite aggravée d’êtres humains » avant d’être retrouvé pendu dans sa cellule le 19 février 2022. Malheureusement, cette mort profondément suspecte a permis à des magistrats plutôt magnanimes de clore définitivement l’enquête au grand mépris des victimes.
Plus récemment, Jack Lang et sa fille Caroline cités à de nombreuses reprises dans les médias pour leurs liens particulièrement intimes avec Jeffrey Epstein, n’ont jamais été vraiment inquiété par la justice. Mise à part une enquête pour quelques malversations financières, aucune poursuite sérieuse n’a été engagée contre eux. Pourtant le nom de Jacques Lang figure dans plus de six cents documents déclassifiés et sa fille a reçu en héritage cinq millions de dollars de la part de Jeffrey Epstein sans la moindre justification. Heureusement pour eux, la justice française ne semble guerre soucieuse de clarifier cette sombre affaire.
De son côté, la présidente de l’Assemblée nationale a déclaré sur « Europe 1 » qu’elle était totalement opposée à la création d’une commission d’enquête parlementaire. A l’entendre, elle serait persuadée que les français sont davantage préoccupés par le gaspillage alimentaire que par les ramifications de l’affaire Epstein, oubliant au passage de préciser qu’elle avait travaillé sept années dans le cabinet d’avocats ayant défendu Jean Luc Brunel lors de son arrestation en 2020.
Malheureusement pour Yaël Braun Pivet et pour tous ceux qui semblent avoir intérêt à étouffer ce scandale, des mannequins de diverses nationalités viennent de demander à la justice française d’enquêter sur Gérald Marie. Cet ancien dirigeant de l’agence « Elite model management » vient en effet d’être accusé pour des actes de violence sexuelle sur une quinzaine de jeunes femmes. Ces dernières ont déclaré à la Presse :
« Nous avons été violées ou agressées sexuellement sur le territoire français. Deux d’entre nous étaient mineures au moment des faits commis par Gérald Marie. Nous sommes en possession de documents judiciaires prouvant une collaboration étroite entre Gérald Marie, Jean Luc Brunel et Jeffrey Epstein. »
Espérons que ces nouvelles accusations obligeront la justice française à aller au bout de cette enquête, mettant enfin en lumière toutes les abominations réalisées dans le plus grand secret par ces personnages monstrueux !
Dans son Evangile, l’apôtre Jean explique très bien cette tendance à dissimuler des pratiques aussi répugnantes :
« Le jugement de Dieu c’est que la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres soient dévoilées. »
En dissimulant la vérité, tous ces personnages dépravés se mettent eux-mêmes sous le jugement de Dieu. En fin de compte, cette sombre affaire est la parfaite illustration des paroles de l’apôtre Jean : ils préfèrent les ténèbres à la lumière parce qu’ils savent que leurs œuvres sont mauvaises !
* * Journal d’un croyant de 2025 – Une bien étrange affaire
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Les ordinations des Hérauts de l’Évangile ont été débloquées
Après des années d’incertitude, d’impasse et de silence, les Hérauts de l’Évangile annoncent la reprise de leurs ordinations, une décision qui marque un tournant important dans l’un des processus les plus controversés de ces dernières années au sein de l’Église. Les Hérauts de l’Évangile sont une association internationale de fidèles de droit pontifical qui se veulent zélateurs du culte marial, selon l’expression de Jean Paul II qui suivit l’approbation pontificale de l’association : « Soyez messagers de l’Évangile par l’intercession du Cœur immaculé de Marie ». Ils «se fixent pour objectif d’être un instrument de sainteté dans l’Église en favorisant l’unité intime entre foi et vie et en agissant pour l’évangélisation des réalités temporelles, surtout à travers l’art et la culture ».
La Société cléricale de vie apostolique de droit pontifical a confirmé que, durant l’octave de Pâques, les ordinations diaconales et sacerdotales de dizaines de ses membres auront lieu, mettant ainsi fin — du moins en réalité — à une impasse qui durait depuis 2019.
Selon les informations publiées par les Hérauts de l’Évangile eux-mêmes, 31 nouveaux diacres seront ordonnés le 11 avril, tandis que 26 diacres recevront la prêtrise le 12 avril, dimanche de la Miséricorde divine.
L’ordination diaconale sera conférée par Monseigneur Fernando José Monteiro Guimarães, archevêque émérite de l’Ordinariat militaire du Brésil, tandis que l’ordination sacerdotale sera présidée par le cardinal Raymundo Damasceno Assis, archevêque émérite d’Aparecida et actuel commissaire pontifical.
Depuis l’intervention du Vatican qui a débuté en 2017 et a été renforcée par la nomination d’un commissaire pontifical en 2019, les ordinations dans les ordres ont été suspendues, affectant directement des dizaines de vocations qui sont restées en attente sans explication publique claire. Durant cette période, la situation a été décrite comme un processus prolongé, opaque et étouffant, au cours duquel aucune accusation formelle n’a été portée et aucun horizon clair de normalisation n’a été établi.
La reprise de l’application des ordonnances représente sans aucun doute un changement de cap. Mais elle ne met pas fin au débat. Des questions fondamentales demeurent sans réponse quant à la gestion du processus, sa durée, ses motivations et ses conséquences. Le rôle du Dicastère pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, sous la direction de sœur Simona Brambilla – ainsi que, à l’époque, du cardinal João Braz de Aviz – a été déterminant dans la prolongation d’une intervention qui s’éternise depuis des années sans explication publique convaincante.
Ce qui commence à se concrétiser aujourd’hui — notamment la reprise des ordinations — attend encore une explication claire et complète de la part de ceux qui ont piloté ce processus depuis Rome. Néanmoins, ces ordinations prévues sont une source d’espoir. Après des années d’attente, des dizaines de vocations pourront enfin se concrétiser au service de l’Église, nous rappelant que, même au sein de processus complexes et de décisions controversées, la grâce continue de se manifester et de porter du fruit chez ceux qui ont persévéré dans leur vocation.
Cette annonce pourrait-elle en annoncer d’autres ? Des Missionnaires de la Miséricorde divine à Toulon attendent aussi d’être ordonnés.
Loi fin de vie : quand le service public oublie le pluralisme
L’agora médiatique, ce lieu où devrait se forger l’opinion par le choc des idées, ressemble parfois à une scène de théâtre où les rôles sont distribués d’avance. Le débat actuel sur le projet de loi « fin de vie », porté avec une ferveur constante par le député Olivier Falorni, en est une illustration frappante. Sous le vernis du progrès sociétal, se cache une mécanique de communication qui interroge les fondements mêmes de notre pluralisme.
Le miroir déformant du service public
L’unanimisme apparent des médias mainstream, et singulièrement des chaînes de l’audiovisuel public, soulève un malaise profond. Alors que la question de l’euthanasie touche aux racines mêmes de notre éthique et de notre conception de la dignité humaine, les voix discordantes — celles des soignants en soins palliatifs, des autorités morales ou des citoyens redoutant une dérive utilitariste — semblent reléguées aux marges, ou traitées avec une condescendance polie.
Cette sous-représentation notoire n’est pas qu’une impression subjective. Elle trouve un écho troublant dans les récentes secousses qui ont agité France Télévisions.
Les révélations de la commission d’enquête
Le voile s’est levé lors des auditions à l’Assemblée nationale, au sein de la commission d’enquête coordonnée par le député Charles Alloncle. Les témoignages et les documents produits ont mis en lumière des « anomalies » structurelles au sein du groupe public. Il ne s’agit plus seulement de choix éditoriaux isolés, mais d’un système de pensée qui semble avoir pris parti.
• Le déséquilibre du temps de parole : Les rapports évoquent une disproportion flagrante entre les partisans d’une « aide active à mourir » et les opposants au texte de loi.
• La mise en scène de l’émotion : La manipulation passe souvent par l’image. En privilégiant le témoignage individuel pathétique (au sens grec du terme) sur l’analyse de fond des enjeux de bioéthique, le média oriente le jugement du téléspectateur. L’émotion devient alors l’ennemie de la raison.
• La crise de gouvernance : Les révélations pointent un entre-soi idéologique où la contradiction est perçue comme un archaïsme plutôt que comme une nécessité démocratique.
L’illusion du consensus
Le danger de cette hégémonie médiatique est de créer une « spirale du silence ». En faisant croire que l’opinion est unanime derrière le projet d’Olivier Falorni, on décourage l’expression de ceux qui, pourtant nombreux, s’inquiètent des conséquences d’une telle rupture anthropologique.
Le service public a pourtant un devoir d’exemplarité. S’il devient le porte-voix d’une seule vision de la société, il cesse d’être un outil d’information pour devenir un instrument d’ingénierie sociale. La dignité de la fin de vie mérite mieux qu’un débat tronqué par des stratégies de communication ; elle exige une confrontation loyale des consciences, loin des projecteurs biaisés et des silences organisés.
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“Mon fils avait 11 ans quand on nous a dit qu’il ne retrouverait jamais la conscience. Aujourd’hui, il a 20 ans.”
Dans un livre publié par Via Romana, Laurence Trochu, député européen, témoigne du terrible accident subi par son fils de 11 ans, miraculé, qui témoignera, une fois être sorti du coma et après retrouvé quelques facultés, qu’il a vu Jésus juste après l’accident. Aujourd’hui son enfant, malgré quelques séquelles, vit une vie normale.
«Stanislas a été opéré d’un hématome extra-dural, le pronostic vital est engagé. Nous allons vivre au jour le jour, les yeux rivés sur les écrans de surveillance de la PIC, la pression intra-crânienne, plongés dans une attente dont on ne connaît pas l’objet. Qu’il se réveille ou qu’il meure. Oui, mais comment ? »
Le livre a été préfacé par Mgr Boulle, vicaire général du diocèse de Versailles.
Mon fils a été renversé par une voiture.
Après le drame qui a bouleversé notre famille, bien au-delà de notre cercle familial ou paroissial, un élan de générosité et de prière a déferlé sur le monde entier. pic.twitter.com/emBiBYm6iz
— Laurence Trochu (@LaurenceTrochu) April 6, 2026
Quand une chose pareille arrive, la question qui se pose, c’est : POURQUOI ?
Dieu fait des miracles et ça n’est pas que dans les textes sacrés, c’est dans la vie de tous les jours ! pic.twitter.com/qiGi3yYp0q
— Laurence Trochu (@LaurenceTrochu) April 6, 2026
Mon fils avait 11 ans quand on nous a dit qu’il ne retrouverait jamais la conscience. Aujourd’hui, il a 20 ans.
J’ai voulu témoigner sur @Europe1 de ce chemin de résurrection. La vie d’une personne, quel que soit son état, vaut la peine d’être vécue. C’est le message… pic.twitter.com/L6pKLlMcUJ
— Laurence Trochu (@LaurenceTrochu) April 2, 2026
💥 “Je ne sais pas si tu m’entends, mais donne-nous un signe que ta vie est possible. Si elle ne l’est pas, meurs et va rejoindre le bon Dieu !”
🗣️ @LaurenceTrochu, eurodéputée @ID_Libertes et auteur de “Maman, j’ai vu Jésus” cite les paroles prononcées au chevet de son fils… pic.twitter.com/4NgvssbOpv
— Ligne Droite • La matinale de RC (@Ligne__Droite) April 7, 2026
