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La légitimité de l’autorité ne repose pas sur l’accumulation de puissance, mais sur la sagesse et la vertu avec lesquelles elle est exercée

Message du Saint-Père à l’occasion de l’Assemblée plénière de l’Académie pontificale des sciences sociales :

[…] La doctrine sociale de l’Église catholique considère le pouvoir non comme une fin en soi, mais comme un moyen ordonné au bien commun. Cela implique que la légitimité de l’autorité ne repose pas sur l’accumulation de puissance économique ou technologique, mais sur la sagesse et la vertu avec lesquelles elle est exercée (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1903 ). Car la sagesse nous permet de discerner et de rechercher le vrai et le bien, plutôt que les biens apparents et la vaine gloire, dans les circonstances de la vie quotidienne. Cette sagesse est indissociable des vertus morales, qui renforcent notre désir de promouvoir le bien commun. En particulier, nous savons que la justice et la force d’âme sont indispensables pour prendre des décisions éclairées et les mettre en œuvre. La tempérance se révèle également essentielle à l’usage légitime de l’autorité, car la véritable tempérance freine l’orgueil démesuré et constitue un rempart contre l’abus de pouvoir.

Cette conception du pouvoir légitime trouve l’une de ses plus hautes expressions dans la démocratie authentique. Loin d’être une simple procédure, la démocratie reconnaît la dignité de chaque personne et appelle chaque citoyen à participer de manière responsable à la poursuite du bien commun. Reflétant cette conviction, saint Jean-Paul II affirmait que l’Église valorise la démocratie car elle garantit la participation aux choix politiques et « la possibilité d’élire et de demander des comptes à ceux qui nous gouvernent, et de les remplacer par des moyens pacifiques lorsque cela est approprié » (Centesimus Annus , 46). La démocratie ne demeure cependant saine que si elle s’enracine dans la loi morale et une juste conception de la personne humaine. Faute de ce fondement, elle risque de devenir soit une tyrannie majoritaire, soit un masque dissimulant la domination des élites économiques et technologiques.

Les mêmes principes qui régissent l’exercice de l’autorité au sein des nations doivent également guider l’ordre international – une vérité qu’il est particulièrement important de rappeler à l’heure où les rivalités stratégiques et les alliances mouvantes redessinent le paysage des relations mondiales. Il convient de rappeler qu’un ordre international juste et stable ne saurait se fonder sur un simple équilibre des puissances ni sur une logique purement technocratique. La concentration des pouvoirs technologiques, économiques et militaires entre quelques mains menace la participation démocratique des peuples et la concorde internationale.

À cet égard, mes prédécesseurs ont exprimé la nécessité d’institutions modernisées et d’une autorité universelle (cf. Jean-Paul II, Centesimus Annus , 58 ; Pacem in Terris , 137), marquée par le principe de subsidiarité (cf. Benoît XVI, Caritas in Veritate , 57). L’avènement d’une telle communauté fraternelle mondiale exige « une politique plus juste, véritablement au service du bien commun » (François, Fratelli Tutti , 154). En effet, il est « plus que jamais nécessaire de repenser avec audace les modalités de la coopération internationale » ( Visite au siège de la FAO à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation , 16 octobre 2025, p. 7).

En définitive, lorsque les puissances terrestres menacent la tranquillité de l’ordre – la définition augustinienne classique de la paix –, nous devons puiser notre espérance dans le Royaume de Dieu qui, bien que n’étant pas de ce monde, éclaire les affaires terrestres et en révèle le sens eschatologique. Dans cette perspective de foi, il nous est rappelé que l’omnipotence de Dieu se manifeste particulièrement dans la miséricorde et le pardon (cf. Thomas d’Aquin, Somme théologique , I, q. 25, a. 3, ad 3) ; la puissance divine ne domine pas, mais guérit et restaure. C’est précisément cette logique de la charité qui doit animer l’histoire, car l’activité humaine inspirée par la charité contribue à façonner la « cité terrestre » dans l’unité et la paix, faisant d’elle – si imparfaite soit-elle – une anticipation et une préfiguration de la « Cité de Dieu » (cf. Benoît XVI, Caritas in Veritate , 7). Une telle foi renforce notre détermination à bâtir une culture de réconciliation capable de surmonter les pièges de l’indifférence et de l’impuissance (cf. Discours en présence des chefs religieux , 28 octobre 2025).

Dans cet esprit, j’espère sincèrement que vos réflexions durant ces journées vous apporteront des éclairages précieux sur les usages légitimes du pouvoir, les critères d’une démocratie authentique et le type d’ordre international qui serve le bien commun. Ainsi, votre travail contribuera de manière significative à l’édification d’une culture mondiale de réconciliation et de paix – une paix qui ne se réduit pas à une fragile absence de conflit, mais qui est le fruit de la justice, née d’une autorité humblement mise au service de chaque être humain et de l’humanité tout entière. […]

L’Etat s’invite dans notre chambre à coucher

De Guillaume de Thieulloy dans Les 4 Vérités :

A mesure que l’État devient plus impotent – et plus hostile aux Français qu’il est supposé servir –, il se dote de prérogatives toujours plus intrusives dans nos vies. C’est ainsi que le sénat a adopté, le 9 avril, un texte déjà voté par l’Assemblée sur le « devoir conjugal ». Une bonne partie de la droite sénatoriale n’a pas pris part au vote mais le texte a été largement adopté, à la faveur de cette sorte d’unanimisme entourant généralement les « bonnes causes progressistes ». Avec le soutien du gouvernement et de la majeure partie des parlementaires (du moins ceux qui prennent part au vote), il ne fait guère de doute qu’il ait bientôt force de loi. Ce texte est, à l’origine, une proposition de loi de la députée EELV Marie-Charlotte Garin et du député Horizons Paul Christophe. Il a manifestement suscité l’enthousiasme de l’inénarrable girouette Aurore Bergé, actuellement « ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes », selon la novlangue en vigueur.

Pourtant, ce texte ne servira à rien: le « devoir conjugal » n’existant dans aucun texte de loi, il est absurde d’imaginer le supprimer. Tout ce que l’on peut trouver dans les textes est une jurisprudence considérant que l’absence prolongée de rapports sexuels sans motif légitime est un cas de divorce – ce que notre nouvelle loi progressiste ne semble pas contester. Bref, aucun devoir n’a été supprimé, aucun droit n’a été créé. En revanche, une nouvelle fois, nous avons autorisé Big Brother à entrer dans nos chambres à coucher. Je me demande souvent ce qui passe par la tête de nos « chers » parlementaires, quand ils votent ce genre de loi fumeuse.

En tout cas, ce qui est certain, c’est qu’en l’occurrence, ils n’ont pas fait progresser d’un iota la dignité de la femme, mais ils auront soumis la vie sexuelle de l’ensemble des Français au contrôle étatique. Ce qui est troublant, c’est que ce modèle de loi de plus en plus attentatoire à notre vie privée, doublé d’un État de plus en plus inefficace, semble se répandre en tout domaine.

Pour en donner un exemple, quittons un instant le Code civil afin d’observer l’éducation. Là aussi, l’État est de plus en plus inefficace: chaque année apporte son lot de mauvaises nouvelles sur l’effondrement du niveau de la France en mathématiques ou en français. Les principes d’un redressement sont bien connus et extrêmement simples : il suffit de restaurer une forme de sélection, d’encourager le travail, et de ne pas faire semblant de croire que tous les élèves sont faits pour des années d’études supérieures. Au lieu de quoi, le ministère dit par antiphrase « de l’Éducation nationale » détruit méthodiquement, à chaque changement de programme, tout ce qui reste encore debout. Mais, surtout, ledit ministère se croit investi de la mission d’apprendre aux enfants de 4 ans comment changer de sexe ou multiplier les expériences sexuelles. En d’autres termes, si nous poursuivons dans cette géniale direction, nous aurons bientôt 100 % d’une classe d’âge détentrice du bac (preuve que le niveau monte!), les mêmes 100 % de cette classe d’âge qui ne sauront ni lire, ni écrire, ni compter – mais qui sauront nommer dès la maternelle toutes les perversions imaginables.

Je ne vois qu’une interprétation rationnelle possible: l’objectif n’est nullement de former à l’esprit critique ou à la connaissance des classiques, mais bel et bien de dresser un troupeau de veaux obéissants au service de nos merveilleux oligarques.

Liban : Le prix du fer et l’illusion de la morale

Le Liban brûle une nouvelle fois sous les bombes, et avec lui, s’embrase le débat sur la légitimité de la force. Entre ceux qui invoquent la protection des minorités et ceux qui justifient une éradication sécuritaire, des voix s’élèvent souvent à droite en France pour présenter l’action militaire israélienne comme une fatalité nécessaire, voire une œuvre de salubrité publique contre le terrorisme. Pourtant, derrière les discours de fermeté, se cache une réalité humaine et politique que le pragmatisme froid ne saurait occulter.

Il est parfois avancé qu’aucun État ne tolérerait des menaces à sa frontière. Mais poussons la logique jusqu’au bout. Pour reprendre une métaphore citée sur ce blog, imagine-t-on un État limitrophe de la France rasant méthodiquement des quartiers entiers de Roubaix ou de Tourcoing, pulvérisant les ponts de la métropole lilloise pour empêcher tout retour, et dévastant les cultures agricoles sous prétexte de traquer une milice ? Imagine-t-on ce voisin clamant, entre deux frappes, posséder « l’armée la plus morale du monde » au motif qu’il prévient par SMS avant de transformer des vies en poussière ? Ce n’est pas de la légitime défense, c’est une entreprise de démolition étatique doublée d’un cynisme sans frontières que personne, en Occident, n’accepterait pour soi-même.

La critique est facile envers la FINUL. Comme pour les opérations militaires au Sahel, il est facile d’accuser un marteau de mal enfoncer un clou quand que celui qui le tient refuse de frapper. Les militaires sont souvent les expiateurs silencieux d’une politique sans cap. La résolution 1701 est certes bancale, mais elle reste le seul rempart international dans un Conseil de sécurité fracturé. Blâmer les Casques bleus pour la paralysie d’un État libanais sous hypnose est une malhonnêteté intellectuelle criante. Le mandat de la FINUL n’a jamais été de désarmer le Hezbollah de force (ce qui serait une déclaration de guerre) mais d’appuyer l’armée libanaise pour qu’elle le fasse. Or, cette armée se trouve dans une collusion structurelle avec la milice, une réalité dont l’imbrication est proprement incompréhensible vue de France.

De même, parler de « se débarrasser d’un chancre » pour évoquer une organisation ancrée dans le paysage social libanais est une métaphore dangereuse. Depuis quand soigne-t-on un malade en brûlant sa maison ? Accuser le peuple libanais de « complaisance », c’est l’insulte suprême faite à une population otage, étranglée entre l’impérialisme iranien et le militarisme israélien. On ne « libère » pas une nation en détruisant son économie, on ne fait que fertiliser le terreau du ressentiment qui produira les monstres de demain.

Il est par ailleurs paradoxal de voir certains défenseurs de la cause israélienne accuser la France de « lâcheté » ou de « trahison ». Un soupçon de patriotisme devrait pourtant alerter : lorsque des tirs visent sciemment des soldats français au Liban, l’indignation devrait être la règle, pas l’exception. Plus grave encore est la confusion entre le peuple juif et la politique de l’État d’Israël. Réduire l’histoire millénaire du judaïsme – sans rentrer dans le débat de son apport à la France – à la seule stratégie militaire d’un gouvernement dans le tunnel de la guerre n’est pas un hommage, c’est un outrage. Confondre une identité spirituelle et une culture avec les choix de défense d’un Etat est une erreur de catégorie fondamentale.

Israël affirme préférer les critiques aux condoléances. Soit. Mais on ne récolte que ce que l’on sème. La tragédie d’un État guerrier est de finir par ne définir sa cohésion interne que par l’existence de ses ennemis, voyant le monde uniquement à travers le viseur d’un fusil. Le jour où ce cycle de sang devra cesser, le chemin de la paix se heurtera au mur des souvenirs. Les générations nées dans les ruines de Beyrouth, de Bint Jubayl, de Khiam ou Rumaysh n’auront pas oublié l’odeur du phosphore.

Dans ce contexte, les appels à la prière pour les chrétiens d’Orient confinent au cynisme lorsqu’ils s’accompagnent d’une approbation des bombardements. C’est oublier qu’aux yeux d’une bonne partie des israéliens (à tout le moins la frange radicale de l’actuel gouvernement), ces « frères » chrétiens ne sont que des Arabes et des infidèles (ce que ne sont d’ailleurs pas les musulmans). Dans cette logique implacable, ils sont les perdants systématiques, sacrifiés sur l’autel d’une sécurité qui ne les inclut pas. Prétendre défendre la chrétienté tout en applaudissant la destruction de ses berceaux libanais est un affront à la foi autant qu’à la raison.

Au fond, cette vision du conflit trahit un mal bien occidental : celui du raisonnement mathématique appliqué à la chair humaine. On tente de traiter la géopolitique comme un chantier où les briques doivent s’emboîter et où les problèmes s’extraient comme des pièces défectueuses. Mais le monde n’est pas une équation balistique et les peuples ne sont pas des variables d’ajustement. Il est temps d’arrêter de confier le destin des nations aux seuls techniciens pour redonner enfin de la voix aux philosophes.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

« La médecine hippocratique au cœur de ma profession, de ma vocation, de ma mission » Séminaire de formation à l’éthique médicale du 8 au 11 mai

Le premier séminaire de novembre 2025 coordonné par M. Boyancé a réuni une cinquantaine de professionnels de santé de tous âges, des quatre coins de la France qui témoignent de leur enthousiasme.

« C’était magnifique ! », témoigne Béatrice, médecin. « Intervenants de haute volée, en même temps que personnes d’expérience du réel et pas seulement théoriciens (…) bref des personnes que l’on admire et qu’on a envie d’écouter, qui donne du sens. Merci pour le spectacle de Mehdi Djaadi, une note très belle dans le séminaire : détente et profondeur (…) »

Inès, jeune étudiante sage-femme repart enthousiaste pour poursuivre ses études : « Cette formation a répondu à de nombreuses (…) questions et m’a ouvert les yeux sur la difficulté du combat. Ce combat pour la vie qui n’est pas simple ! ». « Nous ne sommes pas seuls à chercher à comprendre et à porter des valeurs éthiques dans le monde des soignants », précise Pierre, heureux de rejoindre ce réseau d’entraide. « Merci pour ces 4 jours de formation exceptionnels ! ».

C’est de cette soif de se former, afin d’exercer une véritable médecine Hippocratique, dont témoigne Marie : « J’ai enfin trouvé une formation philosophique très précise et très claire, articulée avec la pratique médicale. J’ai beaucoup apprécié à la fois les interventions et témoignages des médecins et éducateurs, et les interventions des philosophes pour la formation du discernement .». « J’ai été énormément nourri. Avec une qualité de l’accueil dans ce cadre si ressourçant. Je serais bien resté quelques jours de plus ! » ajoute joyeusement Timothée.

  • VOUS ÊTES PROFESSIONNELS DE SANTÉ, étudiants, bénévoles accompagnants et vous sentez vous aussi le besoin de vous former, de réfléchir, de discerner, d’échanger, de rejoindre un réseau d’amitié, de retrouver le sens de votre vocation et de l’enthousiasme ? Inscrivez-vous dès maintenant sur centreculturelsimoneweil.fr – Participation financière spéciale étudiant –
  • QUAND ? Du 8 au 11 mai 2026
  • OÙ ? Centre Port Royal, St Lambert des Bois, Vallée de Chevreuse (78) – Pension complète
  • Les questions éthiques que vous vous posez : Anthropologie, fertilité, parentalité et sens de la nature, psychisme humain, maternités blessées, recherche et innovation, soins palliatifs et fin de vie, dons d’organe et transplantation, droit de la santé.
  • Conférences-débat en binôme philosophe-médecin, table ronde, ateliers d’écoute, spectacle seule en scène de Clémence de Vimal : « J’ai besoin d’air, c’est pour ça que je fume ».
  • Nombreux intervenants experts dans leur domaine : Dr. B . Bayle, M. Boyancé, E. Brochier, A. Certain, Dr. Fr. Coulomb, A. Henrion-Caude, Père E. Divry O.P., P. Jacob, B. Mathonat, Fl. Laguens, Maître J. Paillot Dr. P. Pissochet, Cl. Potez, Dr. J. Sainton.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Nouveau portail de la cathédrale d’Angers : “comment voulez-vous demander à un architecte de renom de s’effacer devant le monument ?”

Dans Famille chrétienne, Thomas Cauchebrais s’est intéressé au nouveau portail de la cathédrale d’Angers, qui fait débat :

[…] Ce « tampon climatique » voulu par l’État a été conçu par l’architecte japonais Kengo Kuma comme un espace de transition entre l’extérieur et le sanctuaire. Ce portail de protection a été inauguré en grande pompe le 9 avril. […]

Dans le milieu des historiens de l’art et, plus largement, parmi les professionnels du patrimoine en Anjou, les critiques publiques se font rares, même si les opinions restent partagées. « Avec ses lignes trop dures, trop froides – notamment au niveau du toit -, je ne trouve pas qu’elle s’inscrive dans la sensibilité chrétienne », confie officieusement l’un d’entre eux. Seul François Jeanneau, architecte en chef honoraire des monuments historiques et président de l’association des Amis du Vieil Angers, ose porter ouvertement un regard critique mais tout de même nuancé sur cet ajout. S’il reconnaît « une belle œuvre, bien dessinée et très bien réalisée » signée Kengo Kuma, il estime néanmoins que l’ouvrage assume une rupture trop marquée avec l’édifice médiéval. Selon lui, les proportions du projet s’éloignent trop de l’édifice d’origine, au risque de nuire à sa lisibilité, notamment dans le traitement des arcades et des colonnettes. […]

« Mais comment voulez-vous demander à un architecte de renom de s’effacer devant le monument en y adjoignant une œuvre modeste et intégrée ? Alors que précisément c’était très probablement la bonne direction, le bon parti architectural qu’il aurait fallu adopter. C’est impossible. Donc on obtient bien ce que l’on a souhaité : une œuvre contemporaine ».

[…] Un point de vue partagé par son prédécesseur à la tête de l’association des Amis du Vieil Angers, Guy Massin-Le Goff. Ancien conservateur des antiquités et objets d’art de Maine-et-Loire, il se montre toutefois bien moins nuancé que François Jeanneau. « Je trouve que c’est une grave erreur. Mais que voulez-vous, vous avez des gens au ministère qui veulent faire moderne… c’est la mode », tranche-t-il. Et d’ajouter, non sans malice : « Je garde en mémoire ces architectes contemporains me dire dans de grandes réunions patrimoniales… “Mais enfin, Monsieur, n’oubliez pas que nous construisons pour une durée de 30 ans” ». […]

Investissez dans OClocher pour ré-enchanter nos paroisses 

Le projet OClocher est né au printemps 2022 d’une conviction : la vie paroissiale est riche et diverse, mais trop peu de paroissiens sont au courant de tout ce qu’il s’y passe. OClocher est né pour aider à renouveler le lien entre les paroissiens et leur paroisse. C’est un outil numérique simple, unifié et accessible, conçu pour informer, inviter et relier. Sans jamais remplacer la relation humaine, mais au contraire pour la rendre plus vivante. Les premières expérimentations, menées avec des paroisses pionnières, ont immédiatement confirmé cette intuition : quand les outils sont adaptés, la communication devient facile, rapide et plus vivante.

Trois ans après son lancement officiel, OClocher est devenu le socle numérique choisi par plus de 200 paroisses aux quatre coins de la France, rassemblant des dizaines de milliers de chrétiens actifs chaque mois. Au cœur de cette mission : une application mobile et web qui rassemble, en un seul lieu, tout ce qui fait vivre une communauté : actualités, événements, horaires de messes, intentions de prière, appels à bénévoles, dons, discussions…

L’ambition est de devenir le véritable réseau social chrétien – sans les dérives des plateformes traditionnelles. Un espace où toutes les générations se retrouvent, des plus jeunes aux plus âgées. Tout est centralisé, clair, accessible. OClocher n’est pas d’ajouter un outil de plus : il remplace la dispersion par une interface unique, simple et collaborative, connectée aux autres outils existants. A la date de Pâques 2026, OClocher équipe déjà 209 paroisses en France, réparties dans plus de 60 % des diocèses — dont 15 comptent déjà au moins 5 paroisses utilisatrices.

Cette 1ère levée de fonds d’un montant cible de 500 K€ marque une étape clé : faire d’OClocher un standard à l’échelle de l’Église francophone. L’objectif est d’équiper progressivement l’ensemble des paroisses en France, puis étendre le modèle à tous les pays francophones (Belgique, Luxembourg, Suisse, Canada, Afrique francophone).

Souhaitez-vous accompagner le développement et l’ambition d’OClocher pour le rayonnement des paroisses en y devenant actionnaire ?

Pour découvrir ce projet et y investir , il vous faut cliquer sur le lien ci-après qui vous dirigera sur la Page de Présentation officielle : https://www.credofunding.fr/fr/oclocher-capital

Vous pouvez contacter Edouard Vieilfault ([email protected]) pour toute demande de précision si nécessaire.

L’investissement comporte des risques de perte partielle ou totale du capital investi – Des frais sont dus par le porteur de projet et les investisseurs (18 € TTC).

Informations contradictoire sur Péter Magyar

Pour Yves Daoudal, la défaite de Viktor Orban signe la “normalisation” de la Hongrie.

Orban avait cru pouvoir sanctuariser la définition de la famille et l’interdiction de la propagande LGBT, mais le nouveau pouvoir va s’empresser de les rayer de la Constitution, et sans aucun doute de faire pire, aux applaudissements de l’UE. La Hongrie normalisée par l’UE c’est aussi un pays russophobe de plus, et dans l’immédiat le pays qui va permettre de verser 90 milliards d’euros dans le trou sans fond de l’Ukraine. (A moins que Robert Fico, éventuellement épaulé par Andrej Babiš, ne prenne le relais, mais Orban était le poids lourd…)

De son côté Ouest-France qualifie le nouveau Premier ministre de “populiste” :

le populiste Péter Magyar va remplacer l’autoritaire Viktor Orban

Selon ce compte X, Magyar est un conservateur-libéral, ex-membre du même parti qu’Orbán, mais il a démissionné à cause de tous les cas de corruption qui existaient dans le parti.

  • Immigration — Contre les politiques de l’Union européenne. Pour le maintien de la barrière frontalière. En campagne, il a déclaré : « Nous choisissons le peuple hongrois et nous ne voulons pas d’immigrants ».
  • Économique — Pro-marché, libéral. Pour la baisse des impôts. Réduire le pouvoir de l’État.
  • Géopolitique — Anti-Poutine, mais en ce qui concerne l’Ukraine, il pense très similairement (rappelons-le, ils viennent tous deux du même parti).
  • Social — « Anti-woke », il a en fait présenté des programmes pour prioriser la famille hongroise et augmenter la natalité.
  • Défense — Il prévoit d’augmenter les dépenses militaires à 5 % du PIB d’ici 2035.

Péter Magyar a promis de durcir la politique migratoire de Viktor Orban :

« Nous protégeons les travailleurs hongrois : à partir du 1er juin 2026 et jusqu’à nouvel ordre, nous n’autoriserons zéro, c’est-à-dire zéro importation de travailleurs invités non hongrois en dehors de l’UE. »

Jean-Dominique Merchet, journaliste sur LCI et L’Express, souligne :

  1. La Hongrie de Orbán n’était pas une dictature. La preuve par les élections d’hier. Orbán avait le soutien d’une majorité d’électeurs, il l’a perdu, il s’en va. Le pays est donc resté une démocratie, certes “illibérale”, mais une démocratie quand même.
  2. Son échec s’explique par plusieurs raisons. D’abord, l’économie. Le pays se porte mal depuis 2020 et les prix ont fortement augmenté. Le contraste est frappant avec le dynamisme économique de la Pologne, voire de la Roumanie, ce qui est vécu comme une humiliation. La politique économique “non-orthodoxe”, avec un fort interventionnisme du pouvoir, n’a pas donné de brillants résultats.
  3. Dans ce contexte, la corruption massive des cercles du pouvoir, et les atteintes inhérentes à l’Etat de droit qui l’accompagnent, ont été rejeté par une majorité de Hongrois, qui ne profitaient plus des fruits de la croissance.
  4. L’usure naturel du pouvoir après quatre mandats consécutifs (16 ans) et même cinq s’il l’on tient compte du premier (1998-2002). Viktor Orban est sur la scène politique hongroise depuis 1989.
  5. Faute de pouvoir présenter un bon bilan économique, Orbán avait choisi de faire campagne sur le thème de la paix (éviter d’être entrainer dans la guerre d’Ukraine). Cela n’a pas marché.
  6. Une question reste ouverte : son illibéralisme a-t-il été rejeté ? En partie, mais en partie seulement. Le futur Premier ministre Peter Magyar est un homme de droite (il siège avec LR et la CDU au Parlement européen), même s’il a bénéficié du soutien des progressistes. Il se réconciliera avec Bruxelles (à la manière de Giorgia Meloni) ce qui lui permettra de bénéficier des fonds européens mais conservera une ligne anti-immigration et une certaine prudence vis-à-vis de l’Ukraine dont la cause n’est pas populaire en Hongrie – tout en s’éloignant de Moscou. Toutefois, le pays reste extrêmement dépendant de la Russie pour son approvisionnement en énergie (pétrole, gaz, nucléaire).

Cela nous indique que les médias sont en décalage sur l’actualité hongroise. Viktor Orban a été battu par un conservateur ancien membre de son parti, ce qui montre que la gauche est inexistante sur le plan électoral.

“L’histoire et la culture de la France sont évidemment inséparables du christianisme”

Dans un entretien croisé dans le JDD, Mgr Matthieu Rougé débat avec Jean-Michel Blanquer de la civilisation française :

[…] Pour un catholique, l’appartenance à une patrie terrestre est seconde par rapport à la destination qu’est la patrie céleste, c’est-à-dire l’expression accomplie de la fraternité universelle. Mais pour une religion de l’incarnation telle que le christianisme, qui affirme que Dieu se fait chair, l’expérience d’une patrie terrestre, si elle n’est pas absolutisée, est un moyen terme en vue d’appartenir à une communauté de destin. Comme chrétien, je ne néglige pas l’appartenance à une patrie terrestre. L’histoire et la culture de la France sont évidemment inséparables du christianisme, cela au moins depuis le baptême de Clovis. Il y a là une forme de paradoxe français : nous sommes l’un des pays les moins religieux au monde et en même temps l’un des plus profondément catholiques. […]

Le mouvement de sécularisation ne fait aucun doute, mais notre pays reste profondément marqué par son histoire chrétienne. Certains de nos acquis sociaux trouvent leur inspiration dans l’expérience chrétienne – ainsi de notre attachement à une protection sociale pour tous. Le désir congénital de solidarité en France s’enracine dans les grands efforts des congrégations religieuses, des moines du haut Moyen Âge aux associations chrétiennes d’aujourd’hui en passant par saint Vincent de Paul et le renouveau spirituel et caritatif du XVIIe siècle. La France est plus chrétienne qu’elle ne le sait. Certains persistent pourtant à croire qu’il faut délivrer la France du « carcan » chrétien. J’ai été frappé par la formule de votre prédécesseur Vincent Peillon [ministre de l’Éducation nationale de 2012 à 2014 sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, NDLR], qui a écrit dans l’un de ses livres que « la Révolution française a échoué car elle n’a pas réussi à éradiquer le catholicisme, religion intrinsèquement incompatible avec la liberté ». Malgré les coups de boutoir donnés à l’Église catholique, on voit de nos jours surgir un nombre inattendu de conversions et d’adultes catéchumènes. L’Église reste une réalité vivante et significative en France aujourd’hui. Le dialogue suivi entre préfets et évêques ou maires et curés reste un véritable point d’appui pour la santé de nos territoires. Contrairement à un certain folklore laïcard, qu’on peut prendre avec humour mais qui est en fait malfaisant, l’appartenance pleine et entière de citoyens à la foi catholique n’est en rien une menace envers l’indivisibilité de la République française.

Le pape évoque les racines chrétiennes de l’Algérie

Dans la basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger, Léon XIV s’est adressé aux fidèles :

Votre communauté a des racines très profondes. Vous êtes les héritiers d’une multitude de témoins qui ont donné leur vie, poussés par l’amour de Dieu et du prochain. Je pense en particulier aux 19 religieux et religieuses martyrs d’Algérie qui ont choisi d’être aux côtés de ce peuple dans ses joies et dans ses peines. Leur sang est une semence vivante qui ne cessera jamais de porter du fruit.

Vous êtes également les héritiers d’une tradition encore plus ancienne qui remonte aux premiers siècles du christianisme. La voix ardente d’Augustin d’Hippone a résonné sur cette terre, précédée par le témoignage de sa mère, sainte Monique, et d’autres saints. Leur mémoire est un appel lumineux à être, aujourd’hui, des signes crédibles de communion, de dialogue et de paix. […]

À la lumière de ce que nous avons entendu, je voudrais que nous nous arrêtions pour réfléchir ensemble sur trois aspects de la vie chrétienne que je considère comme très importants, en particulier pour votre présence ici : la prière, la charité et l’unité.

D’abord, la prière. Nous en avons tous besoin. Saint Jean-Paul II le soulignait en s’adressant aux jeunes : « L’homme, disait-il, ne peut vivre sans prier, tout comme il ne peut vivre sans respirer » (Rencontre avec des jeunes musulmans à Casablanca, 19 août 1985, n. 4). Il présentait ainsi le dialogue avec Dieu comme un élément indispensable non seulement pour la vie de l’Église, mais aussi pour celle de toute personne. Saint Charles de Foucauld l’avait aussi compris, lui qui dans le fait d’être une présence priante, avait reconnu sa vocation. Il écrivait : « Je vis ici dans la joie, aux pieds du Très Saint Sacrement » (Lettre à Raymond de Blic, 9 décembre 1907) et recommandait : Priez beaucoup pour les autres. Consacrez-vous au salut de votre prochain par tous les moyens en votre pouvoir : prière, bonté, exemple (cf. Lettre à Louis Massignon, 1er août 1916). […]

Fin de vie, déni de l’humain : le manuel de survie chrétienne en politique

Bien que paru fin octobre 2024, l’ouvrage de Christine Boutin, Lettre ouverte à qui veut s’engager en politique pour servir la France et les Français, prend en ce printemps 2026 une dimension prophétique et impérative. Face à l’oubli de ce qui fait la dignité de l’homme et aux débats sur la fin de vie, ce livre n’est plus une simple lecture : c’est un acte de passage de témoin indispensable.

Quarante ans d’expérience au service de la jeunesse

On ne s’improvise pas serviteur de l’État. Christine Boutin offre ici le fruit de quarante années de combats, de mandats et de responsabilités ministérielles. Cette TRANSMISSION est le cœur battant du livre. Elle s’adresse à cette jeunesse qui a soif de vérité, mais qui manque parfois de repères historiques et méthodologiques pour agir efficacement.

Transmettre, ce n’est pas imposer le passé, c’est donner les armes intellectuelles pour conquérir l’avenir. En partageant ses succès comme ses épreuves, l’auteure livre un véritable « code de conduite » pour que la relève ne reparte pas de zéro, mais s’appuie sur une sagesse politique éprouvée au feu de l’action.

L’urgence d’une rechristianisation par l’engagement

La France s’étiole car elle oublie l’âme qui l’a bâtie. Ce manuel affirme une nécessité vitale : la rechristianisation de notre pays par une présence chrétienne décomplexée dans la cité. Pour que la France redevienne elle-même, elle doit retrouver ses racines.

La politique, telle que Christine Boutin l’a vécue et la transmet, est la forme la plus élevée de la charité. Face à la « culture du déchet » et aux menaces législatives sur la fin de vie, la foi catholique doit redevenir la boussole de l’action publique. Défendre la vie n’est pas une option parmi d’autres, c’est le socle de toute civilisation digne de ce nom.

Le sens du « Kairos » : Discerner l’heure de Dieu dans l’action

L’un des huit chantiers stratégiques du livre repose sur le concept de Kairos. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce terme grec, il désigne le « moment opportun », cette fraction de seconde où l’occasion se présente et où il faut agir. Si le Chronos est le temps qui s’écoule de manière linéaire, le Kairos est le temps de la décision, celui où l’action politique rencontre la volonté divine.

Savoir discerner l’urgence de protéger la dignité humaine face à la déconstruction de notre vision de l’homme, c’est précisément saisir notre Kairos. L’auteure nous enseigne que le responsable politique ne doit pas seulement gérer le temps, il doit savoir habiter ce moment de vérité où l’histoire peut basculer si l’on a le courage de témoigner de sa foi.

Un appel au rebond : Ne laissons pas ce message s’éteindre

Faut-il s’offusquer du succès feutré rencontré lors de sa parution fin octobre 2024 ? Sans doute l’urgence n’était-elle pas encore assez criante pour le plus grand nombre. Mais aujourd’hui, le moment est venu. Nous appelons à un véritable rebond de lecture.

Ce livre est un outil de formation de fer. Il doit être mis entre toutes les mains des jeunes engagés, dans les mouvements de jeunesse et les cercles de réflexion. Nous souhaitons ce sursaut parce que les clés qu’il contient sur l’autorité, la vraie liberté et le service du Bien Commun sont les seules capables de restaurer une France fidèle à sa vocation.

Un acte de résistance et d’espérance

En tant que témoins des mutations de notre époque, nous avons le devoir de transmettre ces outils à ceux qui porteront le monde de demain. Comme le souligne l’auteure, désormais diplômée en théologie, l’action politique ne sera féconde que si elle s’enracine dans la Foi.

Ne laissons pas cette expérience se perdre. Lisez ce livre, comprenez-en les messages, offrez-le à vos enfants et petits-enfants. C’est un acte de transmission, de résistance et, par-dessus tout, d’espérance.

Lettre ouverte à qui veut s’engager en politique pour servir la France et les Français, Christine Boutin (avec Marie-Joëlle Guillaume), Éditions Téqui. 352 pages.
https://www.librairietequi.com/lettre-ouverte-a-qui-veut-s-engager-en-politique-pour-servir-la-france-et-les-francais.html

Cette interview souligne l’importance de l’engagement des jeunes générations pour la protection de la vie, un thème central du “sursaut” appelé par l’ouvrage.
“La vie gagnera !” : Christine Boutin, l’espérance face à la loi sur la mort
https://www.youtube.com/watch?v=VlJ4fPBY2pE

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

De Rome à Subiaco : un pèlerinage traditionaliste en Italie du 25 au 27 avril

« Nostra Signora della Cristianità  – Italie » est un pèlerinage annuel de Rome à Subiaco (91km), en passant par Castel Gandolfo, organisé par un groupe de fidèles laïcs, indépendant de toute institution, communauté ou organisation religieuse.

Le pèlerinage partira de la basilique papale Sainte-Marie-Majeure, construite à la demande de la Vierge Marie elle-même, qui était apparue en rêve au pape Libère pour lui suggérer de l’ériger à un endroit qui lui serait miraculeusement indiqué. C’est ainsi que, le 5 août, une chute de neige inhabituelle recouvrit de blanc la colline romaine de l’Esquilin, permettant au pape Libère de tracer le périmètre de la nouvelle basilique.

Le parcours traversera ensuite la Via Appia Antica, classée au patrimoine mondial de l’humanité. Au début de cette voie se trouve l’église « Quo Vadis », qui tire son nom du témoignage oral selon lequel l’apôtre Pierre, fuyant la ville pour échapper au martyre, rencontre Jésus à qui il adresse les paroles suivantes : « Domine, quo vadis ? (Seigneur, où vas-tu ?) » et le Seigneur répondit : « Venio Romam iterum crucifigi (Je viens à Rome pour être crucifié à nouveau) ». Pierre, comprenant le reproche, fait demi-tour pour affronter son destin et Jésus disparaît, mais, en disparaissant, il laisse ses empreintes sur la route. En témoignage de cet événement, à l’intérieur de l’église se trouve une pierre portant les empreintes « de ses pieds sacrés », celles laissées par Jésus à l’endroit où se dresse aujourd’hui l’église. La pierre est en réalité une copie : l’original est en effet conservé dans la basilique Saint-Sébastien. C’est de cet épisode que dérive le deuxième nom sous lequel l’église est connue : Santa Maria « in Palmis ».

Le pèlerinage traversera la commune de Castelgandolfo, où se trouve la résidence d’été des papes.

Le deuxième jour, on arrivera au sanctuaire de Genazzano, qui abrite l’image de la Vierge du Bon Conseil. Le 25 avril 1467, une peinture représentant la Vierge à l’Enfant Jésus apparut sur un mur de l’église : cette image devint rapidement l’objet d’une grande dévotion populaire. La peinture, qui se trouvait à Shkodër, en Albanie, est arrivée miraculeusement à Genazzano, échappant ainsi à la domination turque. Aujourd’hui encore, elle reste extraordinairement suspendue sur une très fine couche de plâtre.

 

Nigéria : des églises attaquées le jour de Pâques

L’archidiocèse nigérian de Kaduna a appelé le gouvernement à secourir les chrétiens enlevés après une attaque perpétrée par des hommes armés contre plusieurs églises le dimanche de Pâques.

Le 5 avril, pendant les offices de Pâques, un important groupe d’hommes armés a pris pour cible deux églises du village d’Ariko, dans la zone de gouvernement local de Kachia, dans l’État de Kaduna. Selon un communiqué du diocèse, cinq personnes ont été tuées et une trentaine enlevées lors de l’attaque.

Dans un communiqué publié mercredi dernier, l’archidiocèse de Kaduna a déclaré que l’attaque s’est produite alors que les chrétiens célébraient Pâques.

« Nous sommes profondément attristés par la perte d’êtres chers perdus par des familles, tandis que d’autres restent détenus. Nous appelons les autorités à tout mettre en œuvre pour assurer leur retour en toute sécurité ».

« L’attaque d’Ariko a fait cinq morts parmi les fidèles et une trentaine d’autres personnes ont été enlevées. Parmi les victimes figuraient des membres de congrégations catholiques, baptistes et de l’ECWA. »

L’archidiocèse a exhorté les autorités gouvernementales à renforcer la sécurité lors des rassemblements religieux afin de prévenir de futures attaques.

Selon Channels TV, les deux églises visées étaient l’église ECWA (« Église évangélique qui gagne tout ») et l’église catholique Saint-Augustin d’Ariko. Cependant, l’archidiocèse a également mentionné une congrégation baptiste qui aurait été attaquée, ce qui signifie qu’une troisième église a potentiellement été visée elle aussi.

Des habitants ont rapporté que les hommes armés sont arrivés en grand nombre, ont encerclé le quartier des églises et ont ouvert le feu sur les personnes rassemblées pour prier.

Suite à un appel de détresse, des troupes de l’armée nigériane sont arrivées sur les lieux pour empêcher de nouvelles attaques. Les troupes ont engagé un échange de tirs avec les assaillants et les ont pris en défaut grâce à une puissance de feu supérieure, les forçant à abandonner certains des otages qu’ils avaient pris.

L’armée a déclaré avoir libéré 31 otages. Cependant, ces chiffres sont contestés par les responsables communautaires locaux, qui affirment que nombre de ces chrétiens prétendument libérés restent aux mains de leurs ravisseurs.

Ces dernières années, les chrétiens nigérians ont été ravagés par ce type d’attaques perpétrées par des groupes islamistes radicaux. Une semaine auparavant, le dimanche des Rameaux, des hommes armés avaient tué au moins 11 personnes dans le nord du Nigeria lors d’une attaque similaire.

“J’exhorte donc ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité dans ce pays à promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre”

Extrait du discours du pape aux autorités algériennes et au corps diplomatique :

[…] Si vous savez dialoguer avec les aspirations de tout le monde et vous montrer solidaires avec les souffrances de nombreux pays, proches ou lointains, votre expérience pourra contribuer à imaginer et à instaurer une plus grande justice entre les peuples. Ce n’est pas en multipliant les incompréhensions et les conflits, mais en respectant la dignité de chacun et en vous laissant toucher par la souffrance d’autrui, que vous pourrez devenir les acteurs d’un nouveau cours de l’histoire, aujourd’hui plus urgent que jamais, face aux violations constantes du droit international et aux nouvelle tentations coloniales.

Mes prédécesseurs avaient déjà clairement perçu l’importance historique de ce défi. Benoît XVI fit remarquer que « les processus de mondialisation, convenablement conçus et gérés, offrent la possibilité d’une grande redistribution de la richesse au niveau planétaire comme cela ne s’était jamais présenté auparavant; s’ils sont mal gérés ils peuvent au contraire faire croître la pauvreté et les inégalités, et contaminer le monde entier par une crise ». (Lett. enc. Caritas in veritate, n. 42). Le Pape François, fort d’une longue expérience au cœur des contradictions du Sud global, a ensuite souligné l’importance de ce qui ne peut être compris qu’à la périphérie des grands centres de pouvoir et de décision : « Il faut penser à la participation sociale, politique et économique de telle manière qu’elle inclue les mouvements populaires et anime les structures de gouvernement locales, nationales et internationales, avec le torrent d’énergie morale qui naît de la participation des exclus à la construction d’un avenir commun » (Lettre encyclique Fratelli tutti, n. 169).

J’exhorte donc ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité dans ce pays à ne pas craindre cette perspective et à promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre, dans laquelle on reconnaisse en particulier aux jeunes la capacité de contribuer à élargir l’horizon de l’espérance pour tous. La véritable force d’un pays réside dans la coopération de tout le monde à la réalisation du bien commun. Les Autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et son développement. Le critère de l’action politique réside donc dans la justice, sans laquelle il n’y a pas de paix authentique, et s’exprime par la promotion de conditions équitables et dignes pour tous. L’Église catholique, elle aussi, à travers ses communautés et ses initiatives, souhaite contribuer au bien commun de l’Algérie, en renforçant son identité particulière de pont entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident.

La Méditerranée, d’un côté, et le Sahara, de l’autre, constituent en effet des carrefours géographiques et spirituels d’une portée considérable. Si nous approfondissons leur histoire, sans simplifications ni idéologies, nous y trouverons cachés d’immenses trésors d’humanité, car la mer et le désert sont depuis des millénaires des lieux d’enrichissement mutuel entre les peuples et les cultures. Malheur à nous si nous en faisons des cimetières ou meurt même l’espérance ! Libérons du mal ces immenses bassins d’histoire et d’avenir ! Multiplions les oasis de paix, dénonçons et éliminons les causes du désespoir, combattons ceux qui tirent profit du malheur d’autrui ! Les gains de la spéculation sur la vie humaine, dont la dignité est inviolable, sont illicites. Unissons donc nos forces, nos énergies spirituelles, toute intelligence et toute ressource qui font de la terre et de la mer des lieux de vie, de rencontre, d’émerveillement. Que leur beauté majestueuse touche notre cœur ; que leur étendue infinie nous interroge sur la transcendance. La Méditerranée, le Sahara et le ciel immense qui les surplombe nous murmurent que la réalité nous dépasse de toutes parts, que Dieu est vraiment grand et que nous vivons tout en sa présence mystérieuse.

Cette réflexion a d’énormes conséquences sur la réalité. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, en sous-estiment la portée. À y regarder de plus près, la société algérienne connaît elle aussi la tension entre le sens religieux et la vie moderne. Ici, comme partout ailleurs dans le monde, des dynamiques opposées ont tendance à se manifester, celles du fondamentalisme ou de la sécularisation, qui font que beaucoup perdent le sens authentique de Dieu et de la dignité de toutes ses créatures. Alors, les symboles et les mots religieux peuvent devenir, d’une part, langages blasphématoires de violence et d’oppression, et d’autre part, signes sans signification, dans ce grand marché de consommation qui ne rassasie pas.

Ces polarisations absurdes ne doivent toutefois pas nous effrayer. Il faut y faire face avec intelligence. Elles sont le signe que nous vivons une époque extraordinaire, marquée par un grand renouveau, où celui qui garde son cœur libre et éveille sa conscience peut puiser dans les grandes traditions spirituelles et religieuses de nouvelles visions de la réalité et des motivations inébranlables d’engagement. Il faut éduquer au sens critique et à la liberté, à l’écoute et au dialogue, à la confiance qui nous fait reconnaître dans celui qui est différent un compagnon de route, et non une menace. Nous devons œuvrer à la guérison de la mémoire et à la réconciliation entre d’anciens adversaires. C’est le don que je demande pour vous, pour l’Algérie et pour tout son peuple, sur lequel j’invoque l’abondance des Bénédictions du Très-Haut.

“Chaque peuple garde un patrimoine unique d’histoire, de culture et de foi”

Alors que deux terroristes se sont fait exploser à Alger, le pape a prononcé un discours devant le mémorial des Martyrs Maqam Echahid, monument aux morts surplombant la ville d’Alger, érigé en 1982 à l’occasion du 20ᵉ anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, en mémoire des combattants terroristes de la guerre d’Algérie. Extrait :

[…] Chaque peuple garde un patrimoine unique d’histoire, de culture et de foi. L’Algérie possède elle aussi cette richesse qui a soutenu son cheminement dans les moments difficiles et continue d’orienter son avenir. Dans ce patrimoine, la foi en Dieu occupe une place centrale : elle illumine la vie des personnes, soutient les familles et inspire le sens de la fraternité. Un peuple qui aime Dieu possède la richesse la plus authentique, et le peuple algérien garde ce joyau dans son trésor. Notre monde a besoin de croyants comme ceux-là, d’hommes et de femmes de foi, assoiffés de justice et d’unité. C’est pourquoi, face à une humanité désireuse de fraternité et de réconciliation, c’est un grand don et un engagement béni que de nous affirmer avec force et d’être toujours, ensemble, des frères entre nous et des enfants de Dieu !

À ceux qui recherchent des richesses éphémères, trompeuses et décevantes, qui finissent malheureusement souvent par corrompre le cœur humain et créer l’envie, la rivalité et les conflits, Jésus répète encore la question qu’il a posée il y a deux mille ans : « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16, 26). C’est une question fondamentale pour chacun à laquelle les défunts que nous honorons ici ont donné leur réponse : ils ont perdu la vie, mais dans un autre sens, en la donnant par amour pour leur peuple. Que leur histoire soutienne le peuple algérien et nous tous dans notre cheminement : car la vraie liberté ne s’hérite pas seulement, elle se choisit chaque jour.

Permettez-moi donc de conclure en reprenant les paroles que Jésus a adressées à ses disciples, celles que nous appelons le Sermon sur la montagne ou les Béatitudes :

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3-10)

Liberté de culte : il faut défendre les chrétiens d’Algérie

Le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) est à l’initiative d’un texte publié dans le JDD et signé par de nombreuses personnalités, dont Guillaume de Thieulloy, directeur du Salon beige, rappelant la dramatique situation des chrétiens dans le plus grand pays d’Afrique :

À la veille d’une visite historique du pape Léon XIV en Algérie, alors que la quasi-totalité des églises protestantes y ont été fermées et que la liberté de religion y est réduite à une simple formulation dans la Constitution, nous, signataires de cette tribune, chrétiens algériens, responsables politiques, experts des droits de l’homme, journalistes, philosophes, juristes et écrivains, appelons la France et l’Europe à regarder en face la réalité que vivent les chrétiens en Algérie. Une souffrance méconnue, pourtant à nos portes. Selon la Constitution algérienne, l’islam est la religion d’État, ce qui fait dire à l’ancien président du Haut conseil islamique qu’« un Algérien ne peut qu’être musulman » (2021).

On recense pourtant plus de 150 000 chrétiens en Algérie, la plupart convertis depuis les années 1990. Une grande majorité est protestante évangélique, mais subsiste également une petite communauté catholique, composée essentiellement d’étrangers. Par leur engagement au service du bien commun, les chrétiens constituent une richesse pour la société algérienne.

Pourtant, ils vivent dans un climat de pression constante, subissant les effets d’une politique qui vise à étouffer toute expression religieuse autre que l’islam. L’Algérie impose en effet une identité unique, à la fois arabe et musulmane, au détriment des minorités : en particulier juives, ahmadies et chrétiennes. En 2020, la liberté de conscience était purement et simplement retirée de la Constitution.

Le système est bien rodé. De sa naissance à sa mort, le chrétien subit le poids d’une administration qui lui est ouvertement hostile. Le Code de la famille, inspiré du droit musulman, interdit notamment à une femme musulmane d’épouser un chrétien et la prive d’héritage en cas d’apostasie. Les prénoms chrétiens sont refusés à l’état civil, et certains se voient refuser une sépulture chrétienne.

Lois répressives

Par ailleurs, les autorités ont progressivement verrouillé toute forme de « dissidence spirituelle » à coups de lois répressives. Une ordonnance de 2006 soumet le culte chrétien à un régime d’autorisation restrictive, tandis qu’une loi de 2012 sur les associations renforce le verrouillage administratif quant aux lieux de culte. En conséquence, aujourd’hui, 58 églises évangéliques ont été fermées par l’État, contraignant les fidèles à la clandestinité.

Pratiquer sa foi chrétienne expose aussi à des sanctions pénales. Cette même ordonnance de 2006 punit de cinq ans de prison et d’une lourde amende le chrétien « prosélyte », qui aurait tenté de « séduire » un musulman, ou d’ébranler sa foi. Ces dispositions servent à traquer les symboles chrétiens et les témoignages publics de foi. L’interdiction du blasphème complète cet arsenal. Les autorités sanctionnent le chrétien missionnaire mais aussi le musulman apostat, soumis par ailleurs à la stigmatisation sociale. Selon l’ONG Portes Ouvertes, plus de cinquante chrétiens ont été poursuivis ces dernières années. Parmi eux, les chrétiens kabyles sont en première ligne.

La situation de l’Église catholique, plus discrète mais non moins contrainte, reste difficile. Elle évolue dans un cadre étroitement surveillé, où toute attitude missionnaire lui est interdite. En septembre 2022, Caritas Algérie a ainsi été fermée par le gouvernement. Dans ce contexte, la visite du Saint-Père du 13 au 15 avril constitue un moment charnière pour mettre en lumière la situation des chrétiens. La France doit s’en saisir dans le cadre de son dialogue avec l’Algérie. De plus, l’accord d’association de 2002 qui lie l’Union européenne avec l’Algérie fait du respect des droits de l’homme une condition essentielle de la coopération : il doit être appliqué.

Il appartient aussi aux dirigeants français d’inscrire explicitement la question de la liberté religieuse en Algérie à l’agenda diplomatique et de demander en particulier la réouverture des lieux de culte chrétiens. La France garantit pleinement la liberté du culte musulman sur son territoire : les quelque 2 300 mosquées sont majoritairement fréquentées par des fidèles d’origine algérienne. Elle est légitime à exiger du régime algérien que les droits des chrétiens soient respectés.

Léon XIV : un pape missionnaire en Algérie

Aymeric Pourbaix reçoit :

  • 𝐏𝐞̀𝐫𝐞 𝐒𝐢𝐥𝐯𝐢𝐨 𝐌𝐎𝐑𝐄𝐍𝐎, prêtre missionnaire et archéologue
  • 𝐅𝐫𝐞́𝐝𝐞́𝐫𝐢𝐜 𝐏𝐎𝐍𝐒, journaliste spécialiste de géopolitique
  • 𝐆𝐫𝐞́𝐠𝐨𝐫 𝐏𝐔𝐏𝐏𝐈𝐍𝐂𝐊, directeur du Centre européen pour le droit et la justice

“Nos élites dirigeantes fonctionnant en circuit fermé ne comprennent tout simplement pas qu’on puisse penser autrement qu’elles”

Marcel Gauchet est interrogé dans l’Incorrect à propos de l’audiovisuel public. Extrait :

[…]

En France, plusieurs médias dénoncent une forme de censure : CNews est régulièrement épinglée par l’Arcom, C8 a été fermée, le magazine satirique La Furia s’est vu supprimer son numéro d’agrément par la CPPAP à la suite de plaintes d’associations finalement classées sans suite. Emmanuel Macron a souhaité pour sa part une labellisation des sites d’information. La liberté de la presse est-elle menacée ?

Cette tendance à la censure existe et elle est le fruit des pesanteurs sociologiques que j’évoquais précédemment. Nos élites dirigeantes fonctionnant en circuit fermé ne comprennent tout simplement pas qu’on puisse penser autrement qu’elles. Elles sont hantées par le spectre menaçant d’un « populisme » qu’elles voudraient conjurer, sans très bien savoir en quoi il consiste. Tout ce qu’elles savent, c’est que ces dangereux manants qui évoluent en dehors du « cercle de la raison » doivent être mis au pas. Cela ne concerne pas que la presse et les médias. Cet enfermement intellectuel est une menace pour la démocratie tout court. Il est temps de constitutionnaliser sa règle non-écrite, mais constitutive : la démocratie suppose de discuter librement de tout avec tout le monde.

Comment comprendre la déclaration d’Emmanuel Macron : « La liberté d’expression ? Du pur bullshit » ?

La capacité d’Emmanuel Macron de dire n’importe quoi étant désormais parfaitement répertoriée, je pense qu’il ne faut pas attribuer à cette déclaration plus de portée qu’elle n’en a. Au-delà d’un témoignage de plus de l’outrecuidance désinvolte du personnage, j’y vois une sorte d’aveu de la parfaite indifférence des princes qui nous gouvernent pour les acquis les plus fondamentaux de l’ordre démocratique. Cela doit se manipuler comme le reste.

La presse se communautarise de plus en plus, avec des audiences de plus en plus polarisées. Quelles sont les causes profondes de ce phénomène, et comment cela impacte-t-il le fonctionnement d’une démocratie ?

La presse ne fait en cela que répercuter les tendances à l’œuvre dans la société. La polarisation des opinions est un phénomène général, comme le durcissement des positions personnelles à l’échelle des acteurs individuels. Si paradoxal que cela puisse paraître au premier abord, j’y vois le résultat d’une dépolitisation profonde. La dépolitisation ne se traduit pas mécaniquement par un désintérêt pour la politique. C’est vrai pour une partie, mais il y en a une autre, qui procède de la même source, mais qui se traduit tout autrement. La dépolitisation, au plus profond, c’est la perte du sens de l’appartenance à une communauté politique. Cette appartenance obligeait à penser en termes d’action sur le tout de la société, avec ce que cela supposait de prise en compte de l’existence de ses opposants et des compromis avoués ou inavoués que cela exigeait au final. Quand cette dimension s’évanouit de la conscience des acteurs, cela peut entraîner la désertion de l’arène publique et le repli dans la vie privée, mais cela peut se traduire aussi par l’intervention dans l’arène publique sur la base de ses convictions privées, sans souci de convaincre qui que ce soit comme sans la moindre perspective de compromis. Si étrange que cela puisse paraître, encore une fois, la dépolitisation se solde par une radicalisation des positions personnelles et le refus de transiger. C’est en cela qu’elle représente une menace grave pour la démocratie. Il en résulte une stérilisation du débat public qui achève de dégoûter la masse des citoyens.
La démocratie devient ce régime démoralisant dont il n’y a rien à attendre. C’est peut-être ce qui peut lui arriver de pire.

En 2020, avec Pierre Nora, vous décidiez de mettre un terme à la parution de la revue Le Débat. Cet art si français de la conversation est-il définitivement perdu ? Comment l’expliquer ?

Il y a deux choses qui nous ont décidés à mettre la clé sous la porte : le désintérêt croissant pour la discussion argumentée, mais aussi derrière, plus gravement, la démobilisation vis-à-vis de l’approfondissement intellectuel. Deux démarches voulant dire « emmerdant » et « prise de tête » pour le consommateur actuel, y compris culturel. L’idée que les problèmes compliqués demandent de faire des diagnostics rigoureux qui supposent des échanges de points de vue sans concession est apparemment devenue obsolète pour une partie grandissante de nos contemporains, à commencer par nos responsables publics. Cela va au-delà de l’art français de la conversation, même si le souci de la forme compte pour beaucoup dans la qualité des débats. Mais il paraît que nous avons trouvé mieux : la communication. Cela dit, rien n’est jamais définitivement perdu dans ces domaines. Les échecs auxquels conduisent les solutions de facilité vont finir par donner à réfléchir. Il faut raisonner en termes de reconstruction sur de nouvelles bases, avec d’autres moyens.

Un nouvel acteur a pris une place très importante dans la diffusion d’information : les réseaux sociaux. Bonne ou mauvaise nouvelle ? La volonté de contrôle est-elle un moyen de plus du « camp du bien » pour contrer la montée populiste, ou est-ce une nécessité ?

La meilleure des nouvelles par la barrière qu’elle oppose à toute tentative de contrôle de l’expression collective, sauf passage à un pouvoir carrément totalitaire. Ce pourquoi, soit dit au passage, je ne suis pas très inquiet devant les tentatives de reprise en main qu’on nous concocte : elles ne pourront qu’échouer. Mais en même temps la pire des nouvelles par la porte qu’elle ouvre à la connerie et à la méchanceté humaine.
C’est la triste image de notre espèce que renvoient les réseaux qui me semble leur poison le plus redoutable. On a besoin d’un peu d’estime de ses pareils pour se mobiliser en tant que citoyen. La seule mesure de contrôle qui me semblerait salutaire, de ce point de vue, serait la fin de l’anonymat, le retour au principe libéral de base de la responsabilité personnelle. On assume ce qu’on raconte. C’est une question qui dépasse de loin le champ ordinaire de la politique.

Le 800e anniversaire du sacre du saint roi (29 novembre 1226) est l’occasion de redécouvrir le règne de Saint Louis

Ancien colonel de l’armée française, François-Régis Legrier est aujourd’hui professeur de géopolitique dans l’enseignement supérieur, spécialiste des conflits modernes et écrivain. Il est l’auteur d’un ouvrage remarqué sur la guerre juste, Si tu veux la paix prépare la guerre.

Il vient de publier une biographie de Saint Louis, modèle des chefs d’Etat. Nous l’avons interrogé :

Il existe déjà de nombreuses biographies de saint Louis, et vous en citez d’ailleurs plusieurs. Pourquoi une nouvelle biographie ?

Vous avez raison, il existe de nombreuses et excellentes biographies de Saint Louis, notamment celle de Jacques Le Goff en 1996. Si elles divergent parfois, et c’est bien naturel, dans leurs appréciations sur la personnalité et les décisions du petit-fils de Philippe-Aguste, elles rapportent peu ou prou les mêmes événements que nous connaissons bien et dont je ne rappelle ici que les plus marquants : le sacre à l’âge de 12 ans et la « régence » de Blanche de Castille, l’intervention du peuple parisien pour faire échouer la conspiration de Monthléry, l’affaire de l’Université, la victoire de Taillebourg en 1242 contre les Anglais, la VIIe croisade en Egypte suivie du séjour en Terre Sainte (1248-1254), le traité de Paris de 1259, souvent critiqué car il rend des terres au roi d’Angleterre, et la mort du roi devant Tunis le 25 août 1270 au cours de la VIIIe et dernière croisade.

Néanmoins, le 800e anniversaire du sacre du saint roi (29 novembre 1226) est l’occasion de redécouvrir le règne de Saint Louis. A travers un petit livre facile à lire et à emporter avec soi (format poche), j’ai voulu montrer comment Louis IX a répondu aux enjeux politiques de son temps. J’ai souhaité aussi en tirer quelques enseignements pour notre époque. En effet, Saint Louis n’a eu de cesse de lutter pour consolider la souveraineté de l’Etat tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il a œuvré sans répit pour réprimer la corruption et la violence féodale, n’hésitant pas à s’attaquer aux puissants de son époque. On lui doit notamment un vaste mouvement de réforme de la justice, condition de l’unité du pays et de la légitimité du pouvoir. Dans les relations extérieures, Louis IX a agi avec une persévérance inébranlable pour préserver la paix en Europe refusant de se laisser guider par la seule satisfaction des intérêts matériels. Il a rempli ses obligations internationales cherchant à faire du royaume de France une puissance d’équilibre entre les Grands de l’époque, le Saint empire romain et l’Eglise catholique et en se portant au secours du royaume latin de Jérusalem menacé de disparition. Ce Moyen-âge apparemment si lointain nous est en réalité étrangement familier par bien des aspects.

Avec Saint Louis, nous avons aussi une véritable leçon de philosophie politique. Le bien commun, l’exercice de l’autorité, la puissance et le bon usage de la force, la distinction des pouvoirs temporel et spirituel ne sont plus des principes abstraits mais des repères pour le décideur politique.

Mais par-dessus tout, j’ai souhaité pénétrer l’âme de Saint Louis. De par son tempérament, Louis aurait pu être un très bon roi mais un roi autoritaire et colérique. En exerçant l’autorité à l’imitation du Christ, il a témoigné d’une étonnante proximité avec le peuple sans amoindrir le prestige attaché à la fonction royale. Son ardent désir de justice et de paix n’a rien à voir avec un quelconque sentiment philanthropique ou une idéologie chimérique de paix universelle, mais se nourrit de la lecture quotidienne des Psaumes.  Son amour des pauvres trouve sa source chez le Poverello d’Assise et comment ne pas être frappé par la ressemblance entre la mort de Saint François et celle de Louis ? En réalité, Saint Louis vit pleinement le serment prononcé lors de son sacre et son secret, s’il y en a un, réside dans sa profonde unité intérieure, sa présence auprès des grands et des petits et sa volonté d’être exemplaire. A l’opposé de Machiavel, Louis IX montre qu’il est possible de concilier l’Evangile et la politique. C’est, me semble t-il, une magnifique leçon pour notre époque et pour tous ceux qui sont en situation de responsabilité.

Ce saint modèle du chef d’Etat a-t-il quelque chose à enseigner à notre démocratie, malade d’ambitieux, d’aventuriers du pouvoir et de nihilistes ?

L’ambition, la soif de puissance et le goût des richesses sont inhérents à la nature humaine et source de grands désordres. Le Moyen-âge ne fait pas exception à la règle loin s’en faut. C’est une période de violences où la force prime bien souvent le droit. Or, si l’autorité politique a été instituée, c’est justement pour établir la paix, ce « fruit de la justice » selon le prophète Isaïe. Et la justice elle-même est « la ferme et constante disposition de la volonté de rendre à chacun ce qui lui est dû » selon la définition qu’en donne le jurisconsulte Ulpien au début du IIIe siècle avant Jésus-Christ. C’est la raison et l’unique raison qui donne au pouvoir politique le droit d’user légitimement de la force. Saint Louis a placé la justice et la paix au cœur de son action. « Bataille n’est pas voie de droit » avait-il l’habitude de dire. Pour reprendre le mot de Pascal, il a fait en sorte que ce qui est juste soit fort sans céder à la tentation du pouvoir absolu ou des conquêtes territoriales. Rappelons qu’il refusa la couronne impériale que lui proposait le pape après la déposition de Frédéric II.

Notre époque ne souffre pas seulement des maux évoqués supra, elle est fondamentalement l’expression d’une révolte métaphysique contre la condition humaine. Par le progrès technique, l’homme veut se faire Dieu. L’efficacité est le principe supérieur qui régit nos sociétés et non plus le bien et le mal. Cherchant à comprendre le nihilisme historique et la racine philosophique des idéologies totalitaires, Albert Camus évoquait dans l’Homme révolté, « les camps d’esclaves sous la bannière de la liberté et les massacres justifiés par amour de l’homme ». S’il revenait, il écrirait l’Homme survolté pour décrire cette excitation paroxystique qui pousse l’humanité dans un nihilisme toujours plus profond, illustré entre autres par la promotion de l’euthanasie au nom de la dignité humaine.

Dans ce contexte, le règne de Saint Louis offre bien sûr un contre-modèle civilisationnel. C’est la civilisation chrétienne qui n’est pas, faut-il le préciser une théocratie, mais une société irriguée par les valeurs de l’Evangile et la reconnaissance du règne social du Christ. Sans cette reconnaissance, le pouvoir politique trouve en lui-même sa propre fin et n’a de cesse d’étendre son emprise. L’histoire du XXe siècle le prouve abondamment et notre époque confirme cette tendance. Rejetant toute règle morale, le « temple de César » absorbe progressivement toutes les libertés à commencer par celle des familles à éduquer leurs enfants. La loi faisant obligation de scolariser son enfant dès l’âge de trois ans en est un exemple parmi d’autres. Même les bolchéviques n’avaient pas osé aller aussi loin dans la négation des droits fondamentaux de la famille.

Ajoutons que Saint Louis n’est pas seulement un modèle pour les chefs d’Etat mais un modèle pour tous les chrétiens qui sont en situation de responsabilité par cette unité intérieure qui le caractérise. Ce n’est pas un homme déchiré entre sa foi et l’exercice du pouvoir, une éthique de conviction et une éthique de responsabilité mais un homme qui se sanctifie dans les épreuves et les échecs – son règne n’en n’est pas exempt – et surtout dans l’exercice de son devoir d’état qui ne se résume pas au service de l’Etat mais qui inclut ses responsabilités familiales. Rappelons que Saint François de Sales a proposé en son temps Louis et sa femme Marguerite de Provence comme modèle des époux chrétiens.

Saint Louis organisa deux croisades afin de libérer la Terre sainte. A l’heure où le conflit au Proche-Orient semble s’intensifier, alors que le patriarche latin de Jérusalem a été empêché de célébrer la messe des Rameaux au Saint-Sépulcre, que peut apporter la France ?

L’actualité nous ramène une fois de plus à une terre qui est chère aux yeux de tous les chrétiens d’où qu’ils soient. La Terre sainte et l’ensemble de la région sont à nouveau ensanglantés et entraînés dans une spirale de violence inimaginable. Le déploiement en urgence du groupe aéronaval français de la mer Baltique à la Méditerranée orientale nous rappelle d’ailleurs à une réalité géopolitique bien vivante : la place de la France est d’abord au Levant et plus largement en Méditerranée. Depuis les Capitulations signées entre François 1er et Soliman le Magnifique en 1536, la ligne directrice de la politique étrangère française au Levant a toujours été inspirée, au moins en partie, par le souci de protéger les minorités chrétiennes et garantir l’accès aux Lieux Saints. « Cette tradition est constitutive de l’histoire de France, au-delà des clivages politiques. Elle est constitutive de notre identité même, mais aussi de celles du Moyen-Orient. J’entends que nous soyons fidèles à cette tradition. » reconnaissait Laurent Fabius en 2015[1]. Cette politique menée avec constance a permis à la France d’exercer une influence profonde et durable pendant cinq siècles. Il est donc à souhaiter que la France retrouve une capacité à peser sur le cours des choses. Cela passe par une crédibilité retrouvée sur un plan militaire, un travail diplomatique de fond et, bien sûr, du courage politique.

[1] Rapport de groupe interparlementaire d’amitié n° 147 – 28 mars 2018. Source : https://www.senat.fr/ga/ga147/ga147.html#toc14

Les propos d’un évêque allemand en contradiction avec le catéchisme

Mgr Ludger Schepers, évêque auxiliaire d’Essen, est responsable de la « pastorale queer » de la Conférence épiscopale allemande. Il a osé déclarer que l’homosexualité, la transidentité et l’intersexualité font partie du plan de Dieu. Le prélat a également réclamé un changement de l’Église sur les questions de sexe et de genre.

« La diversité des identités humaines, qu’elles soient homosexuelles, transgenres ou intersexuées, n’est pas une construction moderne, mais fait partie du plan créateur de Dieu ».

Sera-t-il convoqué à Rome par le préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi ?

En mai 2022, Mgr Ludger Schepers avait participé à un service œcuménique de bénédiction de couples homosexuels. Depuis, il n’a pas été rappelé à l’ordre par la Congrégation des évêques. Il n’a pas été incité à remettre sa charge, comme d’autres ont pu y être contraints.

L’évêque auxiliaire d’Essen est également un partisan de l’ordination des femmes au diaconat : le 15 avril 2024, il a célébré la messe de clôture d’une formation pour « diaconesses », visant à préparer leur introduction dans l’Église.

Rappelons l’enseignement du catéchisme :

S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10), la Tradition a toujours déclaré que ” les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés ” (CDF, décl. ” Persona humana ” 8). Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas.

Proposition de loi visant à exclure de la notion de soin la provocation active de la mort

Le sénateur LR Francis Szpiner a déposé une proposition de loi afin que peuple français puisse s’exprimer par voie référendaire sur la question de la fin de vie :

Ce texte entend rappeler, avec la clarté nécessaire, que la provocation active de la mort d’un patient ne saurait être assimilée à un traitement, à une thérapeutique ni à un soin. Il s’inscrit dans une réflexion de fond sur les principes qui fondent notre droit de la santé, la place du soin dans notre pacte républicain et la protection due aux personnes les plus vulnérables.

La question de la fin de vie est de nature à bouleverser les équilibres de notre société et constitue un choix majeur de civilisation. La solution qui serait retenue engagerait toutes les générations. Il appartient au peuple français de s’exprimer sur ce choix qui constitue une rupture majeure de notre vision et de notre conception de la vie et de la mort.

Ni des sondages, ni une convention citoyenne ne sauraient se substituer au peuple français.

Afin que ce débat ait lieu, ce texte doit, dans un premier temps, être cosigné par 185 parlementaires pour être examiné par le Conseil Constitutionnel.

15 avril à Paris – Face à la fin de vie : comprendre, réfléchir, espérer.

Alors que le projet de loi sur “l’aide à mourir” divise et questionne notre société, SETH Talk et France Catholique proposent d’aller plus loin que le débat.

Parce qu’au fond, les vraies questions sont ailleurs — dans ce que nous portons tous :

Qu’est-ce qu’une vie digne… jusqu’à la fin ?Que faire quand quelqu’un souffre ?Pourquoi avons-nous peur de la mort ?Qu’est-ce qui compte vraiment… à la fin ?

Revenir à l’essentiel : ce que ces questions révèlent du cœur de l’homme, de notre société… et de notre propre vie.

Médecins, prêtres et psychologues partageront leur expérience concrète pour éclairer ces enjeux avec profondeur, humanité et espérance.

Une soirée pour comprendre… et pouvoir en parler autour de soi.

Le 15 avril à Paris, SETH Talk et France Catholique vous invitent à une conférence pour réfléchir à ce qui donne sa valeur à la vie… jusqu’au bout.

Intervenants :

  • Charles Vaugirard (Auteur sur l’Eugénisme)
  • Marie de Hennezel (Psychologue)
  • P. Thibaud Guespereau
  • Anne de la Tour (Ancienne responsable de SFAP, Soin Palliatif)
  • Don Paul (Recteur de ND de Montligeon)
  • Et d’autres…

Inscriptions

Défaite de Viktor Orban en Hongrie

Après 16 ans au pouvoir, Viktor Orbán échoue face au chef de l’opposition hongroise, Peter Magyar. Le parti Tisza de Peter Magyar aurait raflé 138 des 199 sièges de l’assemblée contre 54 pour le Fidesz de Viktor Orban. Peter Magyar, âgé de 45 ans, avait promis un changement total, jurant de démanteler “brique par brique” le système politique mis en place par l’actuel Premier ministre nationaliste hongrois.

Magyar fut membre du même parti qu’Orbán, mais il a démissionné à cause de tous les cas de corruption qui existaient dans le parti.

Né le 16 mars 1981, Peter Magyar s’est notamment lié d’amitié avec l’actuel chef de cabinet de Viktor Orban pendant ses années universitaires de droit. Après avoir travaillé comme avocat, puis père au foyer à Bruxelles, il a été nommé diplomate chargé des affaires européennes au retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010.

Revenu vivre en Hongrie avec sa famille en 2018, Peter Magyar a pris la tête de l’organisme de prêts étudiants Diakhitel Kozpont et siégé au conseil d’administration de plusieurs autres entreprises publiques. Ce qui ne l’empêchait pas déjà de critiquer Orban. En 2022, Peter Magyar applaudissait encore un discours de Viktor Orban, assis au premier rang avec Judit Varga, alors son épouse et ministre de la Justice. La mère de ses trois enfants a auparavant occupé le poste de secrétaire d’État, après avoir été assistante d’un député européen Fidesz.

Un temps pressentie pour mener la liste du parti d’Orban aux élections européennes de 2024, Judit Varga s’est retirée en raison de son implication dans un scandale retentissant de grâce accordée dans une affaire de pédocriminalité. À la suite de son divorce, elle a également accusé son ex-mari de violences domestiques ; un “tsunami de haine et de mensonges” selon l’ancien diplomate, qui a ensuite révélé des preuves de corruption à son encontre.

Inconnu du grand public avant début 2024, Peter Magyar a dénoncé le système Orban. Affirmant ne pas avoir d’ambition politique, il a tout de même rassemblé des dizaines de milliers de personnes quelques semaines plus tard. Nouveau leader du parti de centre-droit Tisza (Respect et Liberté), il est arrivé en deuxième position aux élections européennes en juin 2024, derrière la coalition au pouvoir, mais avec 30% des voix.

Sur l’immigration, il défend des idées très strictes. En campagne, il a déclaré : « Nous choisissons le peuple hongrois et nous ne voulons pas d’immigrants ». Il a présenté des programmes pour prioriser la famille hongroise et favoriser la natalité.

Début avril il dénonçait une « discrimination » à Bruxelles, la Hongrie ayant reçu une lettre de menace de la part de la Commission européenne, exigeant que le carburant ne soit pas vendu moins cher aux Hongrois qu’aux étrangers — alors même que le pays est confronté à une crise énergétique et à des pressions extérieures.

Néanmoins, Peter Magyar est un ami de Von der Leyen. Un de ses conseillers a dit en août dernier « Nous ne pouvons pas dévoiler un ensemble de mesures, de peur de perdre l’élection ». Magyar siège auprès du PPE au Parlement européen.

Sur le plan international, Peter Magyar a esquissé une politique pro-occidentale, affirmant qu’il s’efforcerait de faire de la Hongrie un allié fiable de l’Otan et un membre loyal de l’Union européenne. Comme Viktor Orban, il refuse cependant l’envoi d’armes à l’Ukraine et s’oppose à une intégration rapide du pays dans l’UE.

Non, les “valeurs de la République” ne peuvent pas être imposées contre l’enseignement de l’Eglise dans les établissements catholiques

Avec l’élection d’Emmanuel Grégoire à la mairie de Paris, nous avions anticipé qu’il nous faudrait prochainement reparler du collège Stanislas : le nouveau maire a, en effet, la réputation d’être encore plus fanatique que sa prédécesseur – ce qui n’est pas peu dire ! – et d’être un acharné opposant au versement du forfait d’externat au prestigieux établissement (au mépris de la loi mais, comme chacun sait, la gauche étant le « camp du bien » peut se dispenser d’appliquer la loi…). Nous étions donc prêts à soutenir Stan contre cet exécutif municipal violemment hostile au catholicisme.

Cependant, à ma grande surprise, ce n’est pas une agression d’Emmanuel Grégoire qui a braqué récemment les projecteurs sur l’établissement, mais un entretien du nouveau directeur, Igor Le Diagon, au « Point ». Cet entretien peut se lire ici et on y trouve beaucoup de bonnes choses – à la fois dans l’ordre de la fermeté à faire appliquer la loi et dans l’ordre de la volonté de pacification. Malheureusement, on y trouve également des déclarations tout à fait problématiques.

J’ignore si M. Le Diagon les a prononcées telles quelles ou si le journaliste les a tirées dans un sens différent de ce que pensait leur auteur – ce serait tout à fait possible puisque la question apparaît bizarrement formulée et, même en faisant la part de la méconnaissance habituelle des journalistes à propos du catholicisme, on a peine à croire qu’une question aussi alambiquée et « amalgamante » ait pu être posée et, plus encore, que le directeur de Stan y ait répondu sans demander ni apporter de précision préalable. Ce qui est certain, en tout cas, c’est que, dans la version où ces déclarations apparaissent sur le site du « Point », elles sont profondément choquantes.

Voici le passage concerné :

Un bénévole a, par le passé, assimilé la contraception chimique à une pratique « dangereuse », l’homosexualité à une « maladie » et l’avortement au fait de « tuer volontairement une personne innocente ». Pouvez-vous dire aujourd’hui que ces propos sont contraires aux valeurs de votre établissement ?

Je peux le dire. Ces paroles sont contraires aux valeurs de la République et par conséquent à celle de l’établissement. Ça l’a d’ailleurs toujours été. Les élèves qui avaient entendu ces paroles avaient été extrêmement choqués et nous avaient d’ailleurs eux-mêmes fait remonter l’information. Et cette personne avait été renvoyée dès que la direction a été informée.

Afin d’éviter que cela ne se reproduise, nous avons rendu obligatoire pour tous les adultes intervenant dans l’établissement le webinaire dédié à la prévention des abus sur mineurs, proposé par le diocèse de Paris. Nous avons également mis en place une charte, signée par tous les intervenants, par laquelle ils s’engagent à ne pas exprimer d’opinions personnelles et à s’en tenir strictement au programme.

Je note d’abord que les sectaires ne doivent pas avoir grand-chose à reprocher à Stan puisque l’on voit partout mentionner ce fameux bénévole et ses propos systématiquement présentés de cette façon incompréhensible (imagine-t-on vraiment que quelqu’un pourrait se présenter devant une classe et « balancer » de but en blanc l’ensemble des propos qui lui sont reprochés ?).

Je note aussi que la meilleure preuve qu’il n’y a aucun problème « systémique » à Stan, c’est qu’il n’est question que d’un bénévole – c’est-à-dire à la fois un cas isolé et quelqu’un d’extérieur au collège.

Cependant, il est clair que l’avortement est bien le fait de « tuer volontairement une personne innocente ». A moins que l’on ne pense que l’avortement soit involontaire ; ou encore que le fœtus ne soit pas tué lors d’un avortement ; ou bien encore que le fœtus avorté soit coupable… Toutes idées évidemment absurdes.

Je ne vois pas comment on pourrait dire que ce propos, qui paraît relever de la simple observation (et qui, tel qu’il est présenté ici, ne comporte même pas de jugement de valeur), serait contraire aux « valeurs de la république » – même si je n’ai toujours pas compris ce qu’étaient ces dernières ! Ce serait aussi idiot que de dire que les « valeurs de la république » exigent de croire que deux et deux font cinq (il est vrai que, par moments, on se demande si Marianne ne voudrait nous imposer ce genre de « dogme »). Je vois moins encore comment ces propos pourraient paraître contraires aux valeurs de Stanislas. Un fait ne peut pas être contraire à des valeurs et la vérité ne peut pas s’opposer aux valeurs d’un lycée catholique.

Cependant je trouve cette phrase extrêmement inquiétante : « Ces paroles sont contraires aux valeurs de la République et par conséquent à celle de l’établissement. »

Il est vraisemblable que ces lignes n’aient pas été relues. Outre le caractère particulièrement abscons de la question, j’en vois au moins un indice assez net : le passage au singulier (des valeurs de la République à « celle » de l’établissement) n’a aucune justification et donne plutôt l’impression d’une coquille qui aurait normalement sauté aux yeux de n’importe quel relecteur.

Mais ce qui est gravissime, c’est que l’on fait ainsi croire que le directeur de l’un des plus importants établissements catholiques de France considèrerait comme scandaleux de dire la vérité sur l’avortement. Ce n’est pas seulement grave pour son propre établissement (comment peut-on placer les fumeuses « valeurs de la république » au-dessus de l’enseignement de l’Eglise, et même au-dessus de la simple observation biologique, dans un établissement catholique ?). Mais c’est grave pour l’ensemble de l’enseignement catholique sous contrat. Tout se passe comme si, de LFI jusqu’à LREM, toute la gauche prétendait supprimer le caractère propre de l’enseignement catholique et exiger que, dans ce dernier aussi, les enfants soient soumis à la culture de mort comme à la propagande LGBT. Et, si un établissement aussi emblématique que Stan cède sur un point aussi décisif, comment croire que les autres résisteront longtemps ?

J’entends dire que ces propos suscitent beaucoup d’agitation à Stan et ailleurs. Cela me semble assez naturel. Toutefois je ne vois qu’une façon d’éviter que les sectaires n’en usent et n’en abusent : que M. Le Diagon précise ce qu’il a voulu dire – et qui ne peut certainement pas être ce qui a été publié. En tout cas, à moins de vouloir rallumer la guerre scolaire, on ne peut pas vouloir imposer dans les établissements catholiques l’enseignement de « valeurs de la république » jamais définies (et dont tout laisse à croire qu’elles sont souvent, dans la bouche de zélés propagandistes du totalitarisme contemporain, fort éloignées de la loi naturelle et du respect de la dignité humaine) au-dessus de l’enseignement de l’Eglise.

Guillaume de Thieulloy

“Ceux qui combattent la France de l’intérieur doivent être déclarés ennemis et boutés du pays”

Dans un entretien croisé avec Philippe de Villiers dans le JDD, Boualem Sansal s’alarme de l’islamisation galopante :

[…] Je sais comment l’islamisme progresse. Je l’ai vu en Algérie. Je le vois en France, en Europe. La ligne rouge est dépassée depuis longtemps : elle s’est effacée. Toujours la même technique, qui marche formidablement : l’islamisme ne surgit pas d’un coup. Il avance par étapes, par petits sauts furtifs, et parfois avec démonstration de force. Il crée des mini-ruptures – par exemple le voile – puis il œuvre à les élargir, à en faire un élément d’ancrage identitaire sur lequel ses militants vont s’arc-bouter et harceler la société. Puis il attaque la langue, en délégitimant le récit national, en répétant des mantras : le français est la langue des kouffars, des colonialistes, et en lui substituant la leur : l’arabe est la langue sacrée du Coran, des ancêtres (les salafs). Puis il s’attaque aux normes, le code génétique de la société, et porte le combat à l’intérieur des institutions les plus sensibles : l’école, l’université, la justice. Bientôt l’Assemblée et l’Armée. Ceux qui refusent ce viol doivent se lever et nommer avec nous cette réalité sans trembler.

Mais cela ne suffit pas : il faut faire front au jour le jour, et défendre son pays et sa vie, pied à pied, avec l’idée que c’est nous qui porterons le dernier coup. La réponse ne peut pas être seulement morale. Elle doit être politique et symbolique. La primauté des lois françaises doit être claire, et à aucun moment discutable ou négociable. Les financements étrangers doivent être contrôlés. Les structures qui travaillent à l’anéantissement doivent être dissoutes, et ceux qui combattent la France de l’intérieur déclarés ennemis et boutés du pays. Une civilisation qui ne se défend pas décline, et finit par se soumettre. Le sursaut est possible, mais il suppose lucidité et décision.

« Les peuples ne meurent que lorsqu’ils consentent à l’oubli… » Comment convaincre les Français ?

Ce ne sont pas les Français qu’il faut convaincre. Eux savent : ils vivent les affres d’une cohabitation impossible ; ils vivent la submersion en maints endroits du pays. Eux sont empêchés d’agir et de reprendre en main leur quartier, les territoires perdus, de soustraire leurs enfants de l’enrôlement sournois. Ce sont les élites qu’il faut convaincre d’assumer leur mission d’éclaireur de la société – et de commencer par se libérer elles-mêmes, d’abord – pour revivifier le sentiment national et la fierté d’être Français, vivant dans une France forte et généreuse. C’est par la vérité que l’on convainc. Il leur faudra donc d’abord cesser de gouverner par le mensonge, le secret et le laxisme. La continuité nationale n’est pas une nostalgie. C’est une condition de la liberté. Un peuple qui ignore son histoire est vulnérable aux récits plus affirmés, soutenus en général par des coercitions impitoyables. Un peuple qui connaît son histoire peut l’assumer, la corriger, la dépasser sans se dissoudre. La clarté est une forme supérieure de courage.

La foi a besoin d’être nourrie et soutenue. C’est pourquoi, le “huitième jour”, c’est-à-dire chaque dimanche, l’Église nous invite à célébrer l’Eucharistie

Lors du Regina Caeli ce jour, le pape a déclaré aux fidèles :

Aujourd’hui, deuxième Dimanche de Pâques, dédié par saint Jean-Paul II à la Divine Miséricorde, nous lisons dans l’Évangile l’apparition de Jésus ressuscité à l’apôtre Thomas (cf. Jn 20, 19-31). L’événement se produit huit jours après Pâques, alors que la communauté est réunie, et c’est là que Thomas rencontre le Maître, qui l’invite à regarder les marques des clous, à mettre la main dans la plaie de son côté et à croire (cf. v. 27). C’est une scène qui nous invite à réfléchir sur notre rencontre avec Jésus ressuscité. Où le trouver ? Comment le reconnaître ? Comment croire ? Saint Jean, qui raconte l’événement, nous donne des indications précises : Thomas rencontre Jésus le huitième jour, au sein de la communauté réunie, et le reconnaît aux signes de son sacrifice. De cette expérience jaillit sa profession de foi, la plus haute de tout le quatrième Évangile : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (v. 28).

Certes, il n’est pas toujours facile de croire. Cela n’a pas été facile pour Thomas, et ce n’est pas facile pour nous non plus. La foi a besoin d’être nourrie et soutenue. C’est pourquoi, le “huitième jour”, c’est-à-dire chaque dimanche, l’Église nous invite à faire comme les premiers disciples : à nous réunir et à célébrer ensemble l’Eucharistie. En elle, nous écoutons les paroles de Jésus, nous prions, nous professons notre foi, nous partageons les dons de Dieu dans la charité, nous offrons notre vie en union avec le Sacrifice du Christ, nous nous nourrissons de son Corps et de son Sang, pour être à notre tour témoins de sa Résurrection, comme l’indique le terme “Messe”, c’est-à-dire “envoi”, “mission” (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1332).

L’Eucharistie dominicale est indispensable à la vie chrétienne. Demain, je partirai pour un voyage apostolique en Afrique, et ce sont justement certains martyrs de l’Église africaine des premiers siècles, les martyrs d’Abitène, qui nous ont laissé à ce sujet un très beau témoignage. Face à l’offre de sauver leur vie à condition de renoncer à célébrer l’Eucharistie, ils ont répondu qu’ils ne pouvaient pas vivre sans célébrer le jour du Seigneur. C’est là que notre foi se nourrit et grandit. C’est là que nos efforts, bien que limités, par la grâce de Dieu, se fondent comme les actions des membres d’un seul corps – le Corps du Christ – dans la réalisation d’un seul grand projet de salut qui embrasse toute l’humanité. C’est à travers l’Eucharistie que nos mains aussi deviennent les “mains du Ressuscité”, témoins de sa présence, de sa miséricorde, de sa paix, dans les signes du travail, des sacrifices, de la maladie, du passage des années, qui y sont souvent gravés, comme dans la tendresse d’une caresse, d’une poignée de main, d’un geste de charité.

Chers frères et sœurs, dans un monde qui a tant besoin de paix, cela nous engage plus que jamais à être assidus et fidèles à notre rencontre eucharistique avec le Ressuscité, afin d’en repartir comme témoins de la charité et porteurs de réconciliation. Que la Vierge Marie nous aide à le faire, elle qui est bienheureuse parce qu’elle a cru sans avoir vu (cf. Jn 20, 29).

“Convertissons-nous à un Royaume de paix qui se construit jour après jour, dans les maisons, dans les écoles, dans les quartiers, dans les communautés civiles et religieuses”

Réflexion du Saint-Père Léon XIV lors de la Veillée de prière pour la paix

Chers frères et sœurs,

votre prière est l’expression de cette foi qui, selon la parole de Jésus, déplace les montagnes (cf. Mt 17, 20). Merci d’avoir accueilli cette invitation en vous rassemblant ici, près de la tombe de saint Pierre, et dans tant d’autres lieux à travers le monde pour invoquer la paix. La guerre divise, l’espérance unit. La tyrannie piétine, l’amour élève. L’idolâtrie aveugle, le Dieu vivant éclaire. Il suffit d’un peu de foi, d’une miette de foi, très chers amis, pour affronter ensemble, comme humanité et avec humanité, cette heure dramatique de l’histoire. La prière, en effet, n’est pas un refuge pour nous soustraire à nos responsabilités, elle n’est pas un anesthésiant pour éviter la douleur que tant d’injustice déclenche. Elle est au contraire la réponse la plus gratuite, universelle et bouleversante à la mort : nous sommes un peuple qui ressuscite déjà ! En chacun de nous, en chaque être humain, le Maître intérieur enseigne en effet la paix, pousse à la rencontre, inspire l’invocation. Levons donc les yeux ! Relevons-nous des décombres ! Rien ne peut nous enfermer dans un destin déjà écrit, pas même dans ce monde où les sépulcres semblent ne pas suffire, car on continue à crucifier, à anéantir la vie, sans droit et sans pitié.

Saint Jean-Paul II, témoin infatigable de la paix, a déclaré avec émotion, dans le contexte de la crise irakienne de 2003 : « J’appartiens à la génération de ceux qui ont vécu la Deuxième Guerre mondiale et y ont survécu. J’ai le devoir de dire à tous les jeunes, à ceux qui sont plus jeunes que moi, qui n’ont pas connu cette expérience :“Plus jamais la guerre !” comme le disait Paul VI au cours de sa première visite aux Nations Unies. Nous devons faire tout notre possible ! Nous savons bien que la paix à n’importe quel prix n’est pas possible. Mais nous savons tous combien cette responsabilité est grande » (Angélus, 16 mars 2003). Je fais mien ce soir son appel, si actuel.

La prière nous éduque à agir. Les possibilités humaines limitées s’unissent, dans la prière, aux possibilités infinies de Dieu. Les pensées, les paroles et les actes brisent alors la chaîne démoniaque du mal et se mettent au service du Royaume de Dieu : un Royaume où il n’y a ni épée, ni drone, ni vengeance, ni banalisation du mal, ni profit injuste, mais seulement dignité, compréhension et pardon. Nous avons là un rempart contre ce délire de toute-puissance qui, autour de nous, devient de plus en plus imprévisible et agressif. Les équilibres au sein de la famille humaine sont gravement déstabilisés. Même le Nom saint de Dieu, le Dieu de la vie, est entraîné dans les discours de mort. Disparaît alors un monde de frères et de sœurs ayant un seul Père dans les cieux et, comme dans un cauchemar nocturne, la réalité se peuple d’ennemis. Partout, on perçoit des menaces, au lieu d’appels à l’écoute et à la rencontre. Frères et sœurs, celui qui prie a conscience de ses limites, il ne tue pas et ne menace pas de mort. Au contraire, est asservi à la mort celui qui a tourné le dos au Dieu vivant, pour faire de lui-même et de son propre pouvoir l’idole muette, aveugle et sourde (cf. Ps 115, 4-8), à laquelle sacrifier toute valeur et exiger que le monde entier plie le genou.

Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. Saint Jean XXIII, avec une simplicité évangélique, a écrit : « La paix profite à tous : aux individus, aux familles, aux peuples, à toute la famille humaine ». Et, reprenant les paroles lapidaires de Pie XII, il ajoutait : « Avec la paix, rien n’est perdu ; mais tout peut l’être par la guerre » (Lettre encyclique Pacem in terris, 116).

Unissons donc les énergies morales et spirituelles de millions, voire de milliards d’hommes et de femmes, de personnes âgées et de jeunes qui, aujourd’hui, croient en la paix, qui choisissent la paix, qui soignent les blessures et réparent les dégâts causés par la folie de la guerre. Je reçois de nombreuses lettres d’enfants provenant de zones de conflit : en les lisant, on perçoit, à travers la vérité de l’innocence, toute l’horreur et l’inhumanité d’actions dont certains adultes se vantent fièrement. Écoutons la voix des enfants !

Chers frères et sœurs, il y a bien sûr des responsabilités inaliénables pour les dirigeants des nations. À eux nous crions : arrêtez-vous ! C’est le temps de la paix ! Asseyez-vous aux tables du dialogue et de la médiation, pas aux tables où l’on planifie le réarmement et où l’on délibère des actes de mort ! Il y a cependant, non moins grande, la responsabilité de nous tous, hommes et femmes de tant de pays différents : une immense multitude qui rejette la guerre, avec des faits, pas seulement en paroles. La prière nous engage à convertir ce qui reste de violent dans nos cœurs et dans nos esprits : convertissons-nous à un Royaume de paix qui se construit jour après jour, dans les maisons, dans les écoles, dans les quartiers, dans les communautés civiles et religieuses, en volant du terrain à la polémique et à la résignation avec l’amitié et la culture de la rencontre. Croyons de nouveau en l’amour, la modération et la bonne politique. Formons-nous et engageons-nous, chacun répondant à sa propre vocation. Chacun a sa place dans la mosaïque de la paix !

Le Rosaire, comme d’autres formes très anciennes de prière, nous a unis ce soir dans son rythme régulier, établi sur la répétition : la paix se fait ainsi, mot après mot, geste après geste, comme une roche qu’on creuse goutte par goutte, comme le tissage avance mouvement après mouvement sur le métier à tisser. Ce sont les longs délais de la vie, signe de la patience de Dieu. Nous devons veiller à ne pas nous laisser emporter par l’accélération d’un monde qui ne sait pas ce qu’il poursuit, afin de revenir au service du rythme de la vie, de l’harmonie de la création, et d’en soigner les blessures. Comme nous l’a enseigné le Pape François, « Il faut des artisans de paix disposés à élaborer, avec intelligence et audace, des processus pour guérir et pour se retrouver » (Lett. enc. Fratelli tutti, n. 225). Il existe en effet « une “architecture” de la paix où interviennent les diverses institutions de la société, chacune selon sa compétence, mais il y a aussi un “artisanat” de la paix qui nous concerne » (ibid., 231).

Chers frères et sœurs, rentrons à la maison avec cet engagement de prier sans cesse, sans nous lasser, et avec une profonde conversion du cœur. L’Église est un grand peuple au service de la réconciliation et de la paix qui avance sans hésitation, même lorsque le rejet de la logique de la guerre peut lui valoir incompréhension et mépris. Elle annonce l’Évangile de la paix et enseigne à obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, surtout lorsqu’il s’agit de la dignité infinie d’autres êtres humains, mise en péril par les violations constantes du droit international. « Partout dans le monde, il est à souhaiter que « chaque communauté devienne une “maison de paix”, où l’on apprend à désamorcer l’hostilité par le dialogue, où l’on pratique la justice et cultive le pardon. Aujourd’hui plus que jamais, en effet, il faut montrer que la paix n’est pas une utopie » (Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2026).

Frères et sœurs de toutes langues, de tous peuples et de toutes nations : nous formons une seule famille qui pleure, qui espère et qui se relève. « Plus jamais la guerre, aventure sans retour, plus jamais la guerre, spirale de deuils et de violence » (Saint Jean-Paul II, Prière pour la paix, 2 février 1991).

Très chers amis, que la paix soit avec vous tous ! C’est la paix du Christ ressuscité, fruit de son sacrifice d’amour sur la croix. C’est pourquoi nous Lui adressons notre supplication :

Seigneur Jésus,
tu as vaincu la mort sans armes ni violence :
tu as anéanti son pouvoir par la force de la paix.
Donne-nous ta paix,
comme aux femmes hésitantes le matin de Pâques,
comme aux disciples cachés et effrayés.
Envoie ton Esprit,
souffle qui donne la vie, qui réconcilie,
qui fait des adversaires et des ennemis des frères et des sœurs.
Inspire-nous la confiance de Marie, ta mère,
qui, le cœur déchiré, se tenait au pied de ta croix,
solide dans la foi que tu ressusciterais.
Que la folie de la guerre prenne fin
et que la Terre soit soignée et cultivée par ceux qui encore
savent engendrer, savent préserver, savent aimer la vie.
Écoute-nous, Seigneur de la vie !

Terres de Mission : Merveilleux miracles eucharistiques

Eglise universelle : A la découverte des miracles eucharistiques

Un miracle eucharistique est la transformation visible d’une hostie consacrée en un tissu myocardique humain, manifestant ainsi la réalité de la transsubstantiation. C’est à la découverte de ces phénomènes miraculeux à Lanciano, Faverney ou Buenos-Aires que nous mène Marie Piloquet dans un hors-Série passionnant et très documenté de L’Homme Nouveau : “A la découverte des miracles eucharistiques”.

Eglise en France : Compostelle

Un jeune délinquant qui a eu à choisir entre la prison et cette expérience de réinsertion marche vers Compostelle en compagnie d’une accompagnatrice en pleine crise existentielle. Marthe Peres, chargée de communication à Saje distribution nous présente ce film “Compostelle”, belle histoire narrée au cœur de splendides paysages mais aussi terrible témoignage sur le drame des familles éclatées et fracturées.

Eglise en Marche : Les nuits d’Aldéarde

Depuis 2022, une équipe d’amoureux de leur village d’Airvault dans les Deux-Sèvres s’attache à mettre en valeur et à faire découvrir le patrimoine historique et architectural de cette petite cité de caractère. A l’origine de cette initiative, Béatrice Gindre nous présente le programme de cette année avec dîner, promenade nocturne et spectacle sur le thème : “Je vous écris de Verdun”. A noter les 31 juillet, 1,7 et 8 août.

Ballades irlandaises au Liban avec Roderick Sursock Cochrane

De notre Envoyé spécial Antoine Bordier, auteur, consultant et journaliste

Dans cette troisième et dernière partie de notre trilogie journalistique, nous restons au Liban, dans ce pays du Cèdre attaqué, blessé, crucifié, martyrisé, et si souvent convoité. Malgré la guerre actuelle et les bombardements quotidiens, évadons-nous de cette vie mortifère qui frappe tout le Levant et le Moyen-Orient. Terminons avec Roderick Sursock Cochrane, l’actuel gardien et propriétaire du célèbre palais, le Conte merveilleux des Sursock. Cette fois-ci, baladons-nous dans les années 1950 jusqu’à nos jours. Retrouvons ce personnage romanesque, énième du nom dynastique, dans son palais déchiré, défiguré par les explosions du 4 août 2020, mais toujours debout ! Ah, ces ballades irlandaises que chantaient Bourvil dans la jeunesse de son talent. Elles nous entraînent à travers toute l’Europe pour s’établir durablement au pays du Cèdre, où coulent l’eau, le lait, le miel, les neiges éternelles et le vin de Dieu. Pays des Mille et Une Nuits, visité par Alphonse de Lamartine, Gustave Flaubert, Romain Gary, Jean Cocteau, Jean Genet, André Gide ou encore Gérard de Nerval, et… tant d’autres.

Quand vous vous rendez au palais des Sursock, dans le centre-ville de Beyrouth, dans la rue qui porte leur nom et qui se situe tout près de Gemmayzé, non loin de l’archidiocèse grec-orthodoxe, déjà les parfums du parc vous attirent. Ils se diffusent agréablement dans tout le quartier. Combien de palais dans ce quartier qui rappellent le faste beyrouthin des années 30 à 70 ? Au loin, les grands arbres centenaires s’élancent tels des géants, les ficus ombragent l’entrée principale comme si vous avanciez vers un nouveau monde, comme si vous entriez dans un pays merveilleux, les oliviers et les palmiers dansent au grès du vent, les cyprès jaillissent comme des traits de verdure et les bougainvilliers sont en fleurs, tout cela sous le pinceau du maître qui a posé sa toile face au front de mer, à 400 m à vol d’aigle royal. Un maître qui vous émerveille avec sa palette de couleurs ! Le peintre ne le sait pas encore, mais il a réalisé ici, l’un de ses plus grands chefs d’œuvre… Celui qui marie l’art beyrouthin, presque byzantin, et l’art ottoman.

Celui qui invite à marcher dans les allées bordées de trésors avec ses pelouses et sa flore si généreuse et si pulpeuse, comme les fruits des citronniers. Vous avez une seule envie, cueillir un fruit, le croquer et vous allonger, vous faire herbe et regarder avec vos yeux redevenus enfants, ce petit paradis. Bienvenus au jardin des Sursock !

Le portail est ouvert, Roderick est là. Il ressemble à un gentleman, à un Irlandais. Droit comme un I, le dos un peu courbé, tourné vers la terre, son visage est fin, teinté des coloris des terres irlandaises, blondes et rousses, et de celles du Liban, blanches, rouges et vertes. Il ne porte plus son Borsalino sur la tête, mais il garde l’une de ses mains dans la poche, comme s’il cachait un trésor. Certains disent de lui qu’il ressemble à Humphrey Bogart. Non, il ressemble plutôt à Robert Redford.

« Oui, je suis né à Dublin, en Irlande, dans les années 1950. 6 mois plus tard, toute la famille déménage pour le Liban, pour le palais Sursock. » Le petit Roderick prend le bateau avec ses parents, Desmond et Yvonne, et ses deux frères, Marc et Alfred. Il commence son tour du monde en plus de 80 jours… Sa petit sœur, Isabelle, naîtra 10 ans plus tard.

 

Une enfance entre le Liban et l’Europe

Roderick a eu une enfance idyllique, insouciante, presque rêveuse. Son enfance et son adolescence, celles des années 50 et des années 60 sont rythmées aux sons de la douce musique de la Belle Epoque libanaise. Sa scolarité s’en ressent. Il y a, vraiment, un côté rêveur, un côté petit prince de Saint-Exupéry chez lui. Il change d’école, passe des Dames de Nazareth à des institutions suisses, à Neuchâtel, exactement. Puis, il rentre chez lui.

Dans les années 60, en pleine révolution Nasser, il vit dans le pays le plus démocratique du monde oriental dont les cieux sont des montagnes, et, ses vacances se transforment en pentes de ski, en plages de sable fin phénicien. C’est certain, il préfère les voyages aux études.

Oui, il l’avoue humblement et se répète : « Je n’étais pas très doué pour les études… ». En Suisse, l’éloignement familial lui pèse énormément. Il n’a que 8 ans ! Et, il se retrouve dans les Alpes, à 4 000 km du mont Liban, pas simple ! La nuit, il pleure…

Les liens avec ses parents sont atypiques, il est assez proche de son père « parce que je suis le seul à rire de ses blagues », et assez éloigné de sa mère, plutôt autoritaire et féministe à ses premières heures. Sa mère est jolie, très, d’une beauté de sirène, ou plutôt de reine.

De retour au Liban, Roderick, vers 13 ans, entre au collège Saint-Joseph d’Antoura, des pères Lazaristes, qui pour lui reste « l’école la plus sérieuse ». Puis, de nouveau la Suisse !

La belle vie au Rosey

Il faut l’imaginer à 15-17 ans dans ce campus « Le Rosey » qui est le plus réputé au monde, ce campus peigné de nature, si campagnard, si vert au printemps et si blanc l’hiver. Il se retrouve dans un cadre élitiste. Pensez : seuls les filles et les fils de bonne famille, les enfants de chefs d’Etat et les descendants d’entrepreneurs illustres y sont majoritaires. « Là-bas, j’y ai retrouvé mes cousins d’Egypte. J’ai fait la connaissance, notamment, des enfants de chefs d’Etats africains, de ceux des descendants du roi Farouk d’Egypte. Et, je suis encore très proche de l’émir Harès Chéhab… » Les Chéhab ? Oui, une vieille famille dynastique, dont les traces remontent au 15e et 16e siècles.

Entre 1966 et 1968, du Rosey, Roderick voit la vie aussi ronde qu’une mappemonde en mouvement, avec l’Europe et le Moyen-Orient comme pôles.

Il vit certaines révolutions. « Au Rosey, j’ai connu les premières classes mixtes. C’était historique. Les filles y entrent en 1967. »

Mais, le monde ne tourne pas bien rond.

1967 est une mauvaise année pour le Moyen-Orient et pour l’Egypte. Israël y déclenche la guerre des Six Jours, après le blocage par l’Egypte du détroit de Tiran. Devançant tous ses adversaires, ses avions clouent au pilori l’armée Egyptienne. Israël s’empare du Sinaï. Le Liban reste neutre… Mais, il va souffrir de nouveau…

Les guerres du Liban avec Bachir Gemayel

Roderick continue dans le cadre de ses études à voyager. C’est bien connu : « Les voyages forment la jeunesse ! ». Il part à Londres en 1972. Puis, il rentre au pays et poursuit ses études supérieures à l’université américaine.

En avril 1975 éclate la guerre des Palestiniens. Le cœur à l’ouvrage et l’esprit patriotique, l’amour de son pays, de son histoire et de ses racines, éveille chez lui l’envie de résistance, son esprit guerrier est chevaleresque. Il veut défendre son pays…

« J’avais appris à tirer en Suisse, avec un pistolet 22 Browning et je m’étais acheté une kalachnikov AK47. Equipé de mes armes, je me suis engagé chez les Phalangistes, au sein des Kataeb. C’est pendant cette guerre que j’ai rencontré Bachir Gemayel. »

Avec le futur président de la République du Liban, qui sera assassiné le 14 septembre 1982, trois semaines après avoir été élu, il fait la guerre. Il est avec Bachir lors de la bataille des Hôtels, qui se déroule tout au début.

Ses parents ne sont pas d’accord. Ils craignent pour sa vie. Les morts et les blessés se comptent déjà par centaines. Sa mère le rappelle à l’ordre, au bercail, puis, direction… l’Europe !

Le patriote-voyageur

Oui, sa vie est un roman. Même si le personnage n’est pas exubérant, s’il garde son quant-à-soi, son flegme irlandais. Il ressemble à un fin menhir taillé pour la route, mais il se déplace beaucoup plus à pas de géant. Il voyage, passe d’un pays à un autre, avec une telle aisance que l’on croirait que son pays, c’est la fameuse mappemonde. En 1975, pour éviter la guerre il se retrouve en France, à faire un stage dans une banque.

Oui, après son passage-éclair comme guerrier-patriote, il se retrouve « comme stagiaire au Crédit Lyonnais, à Paris. J’aimais me rendre boulevard des Italiens, mais ce stage n’était pas pour moi. Car, je n’y comprenais rien ! », dit-il avec une pointe d’humour anglo-saxonne augmentée de son roulement des r libanais.

Finalement, Roderick va se révéler quelques mois plus tard. Ailleurs…

Il s’envole vers le Moyen-Orient, mais pas au Liban, vers Charjah, l’un des 7 émirats des Emirats arabes unis. Il travaille au bureau de représentation du Crédit Lyonnais. C’est là-bas, qu’il aura un coup de cœur !

Son coup de cœur n’est pas professionnel, il est plus léger et l’entraîne vers les hauteurs, vers les airs. Son coup de cœur est aérien et devient même une idée fixe : apprendre à piloter est devenu son objectif numéro 1. Il rêve d’Antoine de Saint-Exupéry, il rêve de ces aventuriers de haut-vol, qui ont fait l’aviation française, européenne, et, finalement, mondiale. Il se fait breveter.

Et puis, il fait une rencontre – encore une – incroyable, en la personne de François Lartigue, qui n’est autre que le Directeur de la Compagnie française des pétroles, la CFP qui deviendra Total, puis TotalEnergies SE. « Il connaissait bien ma grand-mère », se souvient-il. François Lartigue le prend sous ses ailes pendant quelques temps…

Ah ce Roderick, quel phénomène, un aventurier qui ne dit pas son nom. Que lui prend-il, de nouveau, quand il relie Abou Dabi à Beyrouth en… voiture ?

« Oui, en rigole-t-il aujourd’hui, je l’ai fait à bord d’une Datsun. Mais parce que ma mère m’avait appelé avant pour me dire : “ J’ai besoin de toi, reviens au Liban, viens t’occuper des affaires familiales. ” Je n’avais pas le choix. Je suis rentré… »

Le 4 août 2020, un séisme

En 1993, Roderick épouse Mary, une Américaine rencontrée à Londres, à la personnalité trempée dans l’art, l’architecture, le design et la décoration. Auparavant, il a quitté définitivement les Emirats pour… le Liban, puis il est, de nouveau, reparti… L’Ecosse l’appelle. Il y travaille dans le catering, pour Albert Abela. « C’est vrai, j’ai changé plusieurs fois de pays, de travail, de vie. Mais, je suis resté le même, finalement. » Après son mariage à Londres, le couple rentre définitivement en 1996 au Liban.

Finis les voyages, ou presque – « car c’est maintenant Mary qui voyage, elle est actuellement en Chine »

Le palais Sursock est devenu son plus grand voyage, son temps plein. Il a oublié les start-ups qu’ils voulaient lancer, ces sociétés innovantes qu’ils souhaitaient créer dans le secteur culinaire, par exemple, dans celui des plats cuisinés à emporter. Il se concentre à 100% sur la vie du palais. Sa mère, Lady Cochrane, n’est pas d’accord avec toutes ses idées, mais avec Mary, ils vont transformer les lieux familiaux en palais des Mille et Une Nuits. Le couple y organise des évènements, des fêtes, des mariages grandioses. Tout le beau-monde vient se marier au palais Sursock…

Jusqu’au 4 août 2020, où tout bascule. Ce mardi 4 août, vers 18h05, Lady Cochrane, 98 ans, est à l’une de ses fenêtres, au rez-de-chaussée, assise dans son fauteuil. Elle est inquiète. Elle voit s’élever dans le ciel, au niveau du port une épaisse fumée noirâtre. Puis, deux minutes plus tard, c’est la deuxième explosion. Une explosion qui nous ramène aux cauchemars des premières bombes nucléaires, celles de 1945. Le blast est tellement fort qu’il souffle presque tout sur son passage sur une profondeur de 2 kms.

De la mort à la reconstruction

« Maman est décédée quelques jours plus tard, le 31 août », se rappelle-t-il toujours ému. En une seule seconde, le monde s’est écroulé. Le monde ? Oui, le sien, son Liban bien-aimé, son Beyrouth, son palais, sa vie, celle de ses ancêtres, sa capitale, le peuple libanais. Beyrouth la Belle est à terre, comme si la Bête avait voulu orchestrer la disparition de toute une nation, de tout un pays, de tout un peuple, avec un seul souffle. Le souffle du Diable.

Lady Cochrane a survécu, alors que l’explosion a fait plus de 220 morts, plusieurs milliers de blessés, et plusieurs centaines de milliers de déplacés. « Les boiseries, les fenêtres, certains murs ont été fissurés, soufflés ; c’est un miracle que ma mère n’ait eu que des blessures aux jambes. Ses deux invités venus pour une tasse de thé en sont sortis indemnes », raconte-t-il.

Depuis ce jour, tout n’est plus pareille. L’esprit, la joie, la vie beyrouthine s’est presqu’éteinte. Mais, plusieurs mois après, avec l’aide de sa fille, Ariana (23 ans) « qui a été miraculeusement épargnée car elle se trouvait dans un couloir sans fenêtre » et de sa femme rétablie de ses blessures, Roderick se retrousse les manches. Il passe à l’action et redevient le bâtisseur-restaurateur.

Après ce tremblement portuaire tectonique le palais est mal en point, il est délabré en partie. A un moment donné, les architectes ont cru que la structure avait été atteinte. Mais pas du tout. La reconstruction a commencé en 2021.

Prévue de durer 4 ans, elle continue encore, avec les moyens du bord !

Le chemin de croix du financement et la résurrection du palais

« Le financement de la restauration du palais et de son parc est un vrai parcours du combattant. Heureusement, le parc à beaucoup mieux résisté que la bâtisse. Nous n’avons eu à déplorer qu’un arbre déraciné. »

Pour financer la restauration du palais, Roderick et Mary ont pris leur bâton de pèlerin et sont partis à la chasse aux financements. A combien se chiffre une telle restauration ? « Il faut compter plusieurs millions d’euros… »

D’un geste dynamique et d’un bond, Roderick s’échappe de son bureau, qui se situe au rez-de-chaussée, dans la tour nord-est du palais. Il ouvre la chambre des archives historico-familiales, et grimpe les étages. Effectivement, étage par étage, l’intérieur est en très mauvais état. La priorité a été donné à la restauration de l’extérieur. La restauration est cependant en cours, aussi, à l’intérieur.

« Toutes les portes ont été réparées. Elles tiennent debout, maintenant », commente-t-il en ouvrant la grande porte d’une chambre, au plafond de 5 m. Direction le dernier étage et sa terrasse qui domine les 8 hectares du parc.

A près de 20 mètres de hauteur, de la terrasse nous regardons au loin, vers le port. On aperçoit à travers les cyprès, les silos du port encore debout, mais en partie déchiquetés. Les autres ont été soufflés par l’explosion. Nous déambulons sur le toit-terrasse entièrement restauré et prenons quelques photos. Les toitures sont magnifiques, totalement refaites, avec les célèbres tuiles de Marseille. Je contemple une dernière fois le parc merveilleux, véritable jardin du paradis. Il se fait tard…

Avant de le quitter, car la nuit vient de tomber et l’on entend dans le ciel le bruit du drone israélien qui quadrille la ville et les environs à la recherche de sa prochaine cible, Roderick me demande : « Quand reviendrez-vous ? ». Je lui réponds par un « je ne sais pas ». Il ajoute : « Dites à la France, dites aux Français que nous avons besoin d’eux… »

L’énorme grille se referme, et avec elle les ballades irlandaises au Liban et la merveilleuse trilogie des Sursock. Quelle famille, quelle histoire ! Un véritable conte…

Troisième et dernière partie du conte merveilleux des Sursock

Première partie ici : https://lesalonbeige.fr/au-liban-le-conte-merveilleux-des-sursock-est-en-train-de-revivre/

Seconde partie ici : https://lesalonbeige.fr/alfred-sursock-un-juste-qui-a-marque-de-son-empreinte-beyrouth-le-levant-et-la-francophonie/

Trilogie journalistique réalisée par Antoine BORDIER

Copyright des photos A. Bordier et Famille Sursock

Vous pouvez le contacter par mail pour un reportage, un livre, une biographie : [email protected]

Chantier à l’abbaye de Lagrasse : ouverture du bras sud du transept médiéval

Peu avant Noël, la nef a pu être ouverte sur le bras sud du transept médiéval, donnant une impressionnante augmentation d’espace, de résonnance, de lumière et de beauté. Une centaine de fidèles supplémentaires peuvent être accueillis sous des arcs refaits dans le plus pur style roman et une charpente peinte à la manière des plafonds médiévaux du village.

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