Blogs avec images

Liban : La guerre continue

Le cessez-le-feu du 16 avril n’y change rien, la guerre continue au Liban. Jeudi 7 mai, de nombreuses frappes israéliennes ont touché le sud du pays. De nouveaux villages ont reçu des ordres d’évacuation. Le Hezbollah a également visé plusieurs unités militaires israéliennes. Le mouvement chiite vient de perdre le commandant d’une de ses unités d’élite, tué par une frappe israélienne à Beyrouth, le 5 mai.

Bezalel Smotrich, ministre israélien des finances, souhaite que la guerre se termine « par des changements de frontières pour Israël, à Gaza, au Liban, en Syrie, et bien sûr en Judée et Samarie », nom donné par les extrémistes juifs pour désigner la Cisjordanie. Il a raconté à la télévision, que son fils, grièvement blessé au Sud-Liban, lui avait demandé de « ne pas terminer le travail, pour qu’il lui reste encore quelque chose à faire au Liban ». Et le ministre de lui répondre « ne t’inquiète pas, il y en aura assez pour tout le monde ».

Le 6 mai, dans une conférence de presse, le premier ministre libanais Nawaf Salam a évoqué les demandes du Liban dans le cadre des négociations avec Israël : « la consolidation du cessez-le-feu », pas respecté jusqu’alors, « un calendrier clair pour le retrait israélien », « le retour des populations déplacées, la libération des prisonniers et le règlement des points litigieux le long de la frontière ». Il a également estimé « prématurée » une éventuelle rencontre entre le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.

Source : SOS Chrétiens d’Orient

La Morale, la Gauche et la Droite

Dans cette vidéo nous essayons de formuler une analyse politique pertinente quand à cette problématique : la gauche moderne est moralisatrice, alors que la droite moderne est amorale, historiquement c’était exactement l’inverse, la droite était catholique et conservatrice, tandis que la gauche est née du matérialisme marxiste, qui rejette l’idée même de morale.

Nous essayons d’éparpiller des éléments de la doctrine sociale de l’Eglise, et le but de la vidéo est d’exposer une pensée équilibrée, de sorte à faire voir que les principes qui les ont bâtis sont eux aussi équilibrés.

Plan général :

00:00 Introduction
01:08 Zapping : morale, gauche et droite
I La morale relativiste, ou l’amoralisme, Philosophie pour classe de terminale ?
03:01 Le relativisme Critique d’Usul (Médiapart)
07:06 Le minimalisme, Critique de Ruwen Ogien
II Entre moralisme et amoralisme
12:43 Pourquoi la gauche est aujourd’hui moralisatrice?
15:30 Moralité du capitalisme : critique de Comte-Sponville (libéral)
23:20 Morale marxiste : Critique d’Yvon Quiniou (communiste kantien)
27:08 Écologie et morale
III L’Équilibre moral : entre ciel et terre.
29:24 La vertu
32:08 La Liberté est-elle le principe de la morale
33:42 L’Égalité est-elle le principe de la morale?
34:31 La Fraternité est-elle le principe de la morale?
36:32 La morale héroïque ou surnaturelle

Cette vidéo s’inscrit dans une série de vidéos à thème politique, dont elle est la première, nous publierons prochainement une vidéo sur le féminisme et la féminité, et une autre sur l’éthique de l’intelligence artificielle.

Association la Phalange Liturgique
laphalangeliturgique.com

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Sa béatitude Joseph Slipyi et les sacres de 1977 : un précédent ?

De Ludwik, sur le Forum catholique, à propos de l’argument avancé par la FSSPX :

Un sujet qui revient en force, pour des questions très utilitaires, si j’ose dire.

Première remarque : ceux qui en parlent ou le citent n’entrent jamais dans les détails pour une raison simple : ils n’ont pas accès aux sources et ne parlent pas ukrainien.
Pour les gens motivés : les archives se trouvent dans le bâtiment mitoyen de la basilique Sainte-Sophie des Ukrainiens à Rome. Ces archives sont seulement en cours d’inventaire et de classement.

Cependant, on peut en tirer plusieurs éléments intéressants. Je commence par la fin :
==> aucun des trois évêques n’a exercé de ministère épiscopal jusqu’à la reconnaissance de leur épiscopat par Rome en 1996. Une différence de taille ;
==> les ordinations ont eu lieu secrètement. On est loin des agences de voyage organisant le déplacement à Écône.

==> Joseph Slipyi a sacré trois évêques en 1977 pour l’Église gréco-catholique ukrainienne. Le sacre a eu lieu secrètement aux environs de Castel Gandolfo, dans le monastère des Studites.
L’Église ukrainienne disposait alors d’un épiscopat actif dans la diaspora. Le problème était celui de l’extinction probable de la succession apostolique de l’Église clandestine. (Joseph Slipyi avait juste eu le temps de sacrer, dans sa chambre d’hôtel à Moscou, Mgr Velychkovsky avant d’être expulsé d’URSS.) Il s’agissait donc d’avoir un épiscopat de réserve pour l’Église clandestine. Le secret s’imposait, afin qu’en cas de passage de la frontière soviétique, les évêques ne soient pas immédiatement arrêtés (comme ce fut le cas dans les années vingt).

==> Son prédécesseur avait reçu ce droit (sacrer sans en référer à Rome) de saint Pie X, droit confirmé par tous ses successeurs. Ce droit n’avait pas été retiré, et Slipyi était à la tête d’une Église toujours persécutée.

==> Plus accessoirement, il prétendait au titre patriarcal. Or ce titre n’est pas honorifique (comme pour Venise ou Lisbonne), contrairement à ce que semblent penser certains Latins. C’est un statut canonique très particulier qui donne des droits.

Par exemple, lors de l’élection du patriarche, celui-ci doit en faire part à Rome, mais n’a pas à attendre une confirmation romaine. De même pour le choix et le sacre des évêques : ce droit est supposé délégué par Rome. Ainsi, pendant plus de mille ans, les patriarches ont sacré sans avoir nécessairement l’accord explicite de Rome ; ils l’avaient implicitement par leur statut même.

Maintenant, jeu des sept erreurs : comparez avec les sacres de 1988 — ou avec ceux de 2026, si Rome s’oppose aux sacres. Évitez le psittacisme, maladie très répandue dans certains milieux tradis français : on ne pense plus, on répète à n’en plus finir : « la nécessité », vous dis-je ! Brrr…

N.B. : Il ne faut pas trop forcer sur l’opposition de Paul VI, car nous ne savons rien de ce qui s’est passé en sous-main, loin des déclarations diplomatiques.

Seule l’ouverture des archives nous le dira.

P.S. : Le problème énorme est méthodologique : on ne peut pas avoir en tête la conclusion à laquelle on souhaite arriver avant de faire l’analyse des faits ! Chacun le sait avec un minimum de formation académique. Une telle démarche invalide tout le raisonnement.
La seule exception concerne la Foi. Or les sacres ne sont pas un élément constitutif du dogme, mais une décision prudentielle… que certains ont élevée au rang de dogme.

Ludwik

(Post parut sur le Forum Catholique le 2026-05-07 08:41:45)

Réponse du courrier de Rome à la Fraternité Saint Pierre au sujet des sacres

Source : https://fsspx.news/fr/news/lexplication-facile-la-fraternite-saint-pierre-58931

Le numéro d’avril 2026 du Courrier de Rome propose une étude doctrinale de premier ordre sur la nature de l’épiscopat, en réponse aux critiques formulées par la mouvance Ecclesia Dei, notamment la Fraternité Saint-Pierre. À travers trois articles serrés et méthodiques, l’abbé Jean-Michel Gleize démonte ce qu’il appelle « l’explication facile » de ses contradicteurs et rétablit, textes à l’appui, la doctrine traditionnelle de l’Église.

Le premier article frappe d’emblée par son diagnostic. Loin d’être une innovation de la Fraternité Saint-Pie X, la distinction entre pouvoir d’ordre et pouvoir de juridiction relève de la théologie la plus classique. Accuser la FSSPX de « forger […] une notion de l’épiscopat manifestement contraire à la Tradition catholique » est donc un renversement complet de la réalité. En réalité, c’est la nouvelle ecclésiologie issue de Vatican II qui introduit une confusion en voulant rendre « absolument indissociables les deux pouvoirs d’ordre et de juridiction » . L’abbé Gleize montre, avec une grande clarté, que la Tradition reconnaît l’existence d’évêques dépourvus de juridiction propre, dont l’épiscopat est de fait « réduit à l’exercice du pouvoir d’ordre » , sans que cela contredise en rien la nature de l’Église.

L’intérêt majeur de ces pages réside dans la reprise minutieuse des grandes autorités théologiques. Léon XIII, saint Thomas d’Aquin, le concile de Trente sont invoqués par les contradicteurs ; mais, replacés dans leur contexte, leurs textes disent exactement l’inverse de ce qu’on leur fait dire. Ainsi, la formule de saint Thomas selon laquelle l’évêque reçoit une charge « quasi royale » ne concerne pas le gouvernement au sens propre, mais le pouvoir d’ordre dans le domaine du culte . De même, la liturgie du sacre ne prouve nullement que la juridiction serait conférée par la consécration : elle reflète simplement une pratique où les évêques étaient déjà investis canoniquement avant d’être sacrés.

La seconde étude approfondit la question en examinant directement le texte de Vatican II. Elle met en lumière la nouveauté introduite par Lumen gentium, selon laquelle la consécration épiscopale conférerait non seulement le pouvoir de sanctifier, mais aussi les « fonctions » d’enseigner et de gouverner . Derrière la distinction technique entre munus et potestas, l’auteur montre que le concile attribue en réalité au sacre lui-même un véritable pouvoir de juridiction dans son être, ce qui constitue une rupture avec la doctrine traditionnelle. Dans celle-ci, au contraire, le sacre ne donne qu’une aptitude à recevoir la juridiction, laquelle est conférée uniquement par la mission canonique du Pape. La conclusion est nette : « ce n’est point […] par le seul effet de son sacre qu’un évêque a le pouvoir de gouverner », mais bien par un acte distinct de l’autorité pontificale .

Enfin, le troisième article répond à une objection souvent formulée contre la FSSPX, résumée de manière caricaturale par le slogan « hors de la Fraternité point de salut ». L’abbé Gleize rectifie fermement : il ne s’agit pas d’un principe, mais d’un constat de fait dans la crise actuelle. Dans une situation où le modernisme s’est largement répandu, il affirme que l’épiscopat fidèle à la Tradition ne se rencontre concrètement que dans la ligne de résistance inaugurée par Mgr Lefebvre. Cette analyse, loin d’être polémique, se veut réaliste et ordonnée au salut des âmes.

L’ensemble de ce numéro offre ainsi une démonstration remarquable de théologie traditionnelle appliquée aux débats actuels. En revenant aux distinctions fondamentales – entre ordre et juridiction, entre être et exercice du pouvoir – il met en lumière les confusions actuelles et permet de comprendre en profondeur les enjeux des sacres épiscopaux dans la crise de l’Église. Un dossier exigeant, mais précieux, pour qui veut juger selon la Tradition et non selon les approximations modernes.

Lien pour télécharger gratuitement le courrier de Rome : https://courrierderome.org/product/https-courrierderome-org-wp-content-uploads-2026-04-cdr-avril-2026-digital-pdf/

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Bruno Retailleau fait adopter un nouveau texte liberticide

Le 5 mai, le Sénat a examiné une proposition de loi déposée par Bruno Retailleau, visant à lutter contre l’entrisme islamique. Belle intention. Sauf que l’on découvre que l’article 6 de cette proposition permettrait au ministre chargé de l’économie et au ministre de l’intérieur de décider le gel des fonds et des ressources économiques

« 4° Qui appartiennent à ou sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales ou toute autre entité qui, soit provoquent ou contribuent par leurs agissements à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine, de leur sexe, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence et qui présentent une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics en raison de leur rôle dans ces actions, de leur caractère répété et de leur ampleur ;

Chronique des cinglés

Un père de famille découvre que l’école de ses enfants supprime les fêtes des pères et des mères, remplacées par la “fête des gens qu’on aime” :

L’équipe pédagogique a osé écrire « chers parents ». Ils auraient plutôt dû écrire : « chères personnes qu’on aime ».

Faut-il craindre le réarmement de l’Allemagne ?

De Renaissance catholique :

L’Allemagne réarme ! Et en plus, elle n’achètera pas Français se désoleront les plus chauvins. De fait, avec un investissement prévu de 100 milliards d’euros dans sa défense, la hausse de ses effectifs à 260 000 hommes d’active et 200 000 de réserve, Berlin cherche à se positionner comme le poids lourd de la défense européenne.

Et pourtant, les Vosgiens comme les Polonais peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Et pour cause, les dirigeants allemands semblent avoir oublié que la préparation à un conflit de haute intensité (la fameuse HEM : Hypothèse d’Engagement Majeur dans le jargon balardien) n’est pas une affaire de tableau Excel. Staline interrogeait : « Le Vatican, combien de divisions ? » Le lecteur connaît la suite : un pape polonais a eu raison de l’URSS sans tirer un seul coup de fusil.

La primauté des forces morales

La guerre se prépare dans les esprits : les fameuses forces morales de la Nation ! Ayant peu subi les influences de l’Empire romain et donc, indirectement, de la Grèce, le personnel politique allemand a probablement oublié la réflexion bien connue de Thucydide : « La force de la cité ne réside ni dans ses remparts ni dans ses vaisseaux mais dans le caractère de ses hommes ». Si l’histoire récente a montré que l’Allemagne dispose, en effet, d’un savoir-faire certain dans la construction d’un mur ou d’un navire, nous sommes en droit de nous interroger sur le « caractère » actuel des Allemands et leur aptitude à mener une guerre.

La dénazification menée à partir de 1945 a conduit Berlin à revoir tout le cadre militaire de ses futurs officiers, sous-officiers et hommes du rang. Tous les symboles du passé furent éradiqués et la Défense fut considérée comme une administration quelconque devant être gérée comme telle : semaine de 40 heures, syndicats, récupération physiologique en cas de travail nocturne. Bref, le régime social d’un soldat allemand devint celui d’un ouvrier de Volkswagen. Parallèlement, les déploiements en opérations extérieures devinrent anecdotiques. Un dommage collatéral suite à une frappe de Tornado allemand en Afghanistan obligea Berlin à limiter au plus juste son engagement sur le terrain. En Afrique, les forces spéciales de l’armée de terre, les fameux KSK (Kommando Spezialekraefte) en étaient réduits à escorter des convois de l’ONU. En synthèse, les différents gouvernements allemands, encore traumatisés par le souvenir de la seconde guerre mondiale maintinrent un outil militaire coûteux mais incapable de remplir la moindre mission de combat en raison :

  • de caveat (restrictions nationales dans le cadre d’engagement interalliés) trop strictes imposées par le pouvoir politique : 0 mort, 0 problème ;
  • d’engagements de basse intensité sur des théâtres secondaires ;
  • d’absence de culture opérationnelle.

L’Allemagne ne « profita » donc pas des conflits modernes pour engranger de l’expérience et se réformer.

En 2020, Berlin décida même de dissoudre une partie du KSK, son unité la plus professionnelle, en raison de « liens avec l’extrême-droite ». En 2025, ce fut le tour d’une autre unité, le 26ème régiment de parachutiste de Zweibrücken de se retrouver sous le feu des projecteurs en raison d’un climat mêlant « idéologie néonazie, antisémitisme et violences sexistes ». Il n’en fallut pas plus pour lancer une chasse aux sorcières dans toutes les strates de l’armée afin de s’assurer de la « neutralité »de l’institution et d’éviter un coup d’état de l’extrême droite. Au même moment, se posait la question de savoir si l’AFD (Alternative für Deutschland) pouvait être interdit. La presse allemande se fit l’écho du culte de la force et de la violence dans les unités des forces spéciales allemandes, image de sa déconnexion avec les exigences de la guerre. Là où Hollywood glorifie la force, la violence et la puissance de ses Seals, Deltas ou Rangers, la classe politique allemande voudrait une guerre sans haine menée par des automates prêts à se sacrifier pour défendre la transidentité, l’installation de parcs d’éoliens dans la Baltique et les usines BMW.

Or, les Allemands oublient une chose : la guerre est avant tout menée par des hommes. Ce qui importe dans le combat, au-delà de la mise à disposition de moyens matériels adaptés et des qualités tactiques, c’est la structuration mentale du soldat. A l’école de Charles Ardant du Picq, il convient de s’intéresser à la psychologie de celui qui s’engage et qui supporte des sélections difficiles tout en étant prêt à donner la mort et …à la recevoir. L’histoire nous montre qu’au début du XXe siècle, les raisons pour lesquelles des jeunes s’engageaient dans des unités militaires ou paramilitaires transcendaient les partis. Les militants d’extrême droite comme ceux d’extrême gauche s’engageaient dans des mouvements ou des unités pour défendre des idées politiques radicales. Les engagés de l’un et l’autre camp étaient prêts à mourir, les uns pour le triomphe du prolétariat (POUM, spartakistes, Armée rouge, PCF, PCI), les autres pour la grandeur de leur pays (chemises noires) ou de leur race (SA-SS). Dans tous les cas, les causes de ces engagements étaient de l’ordre du spirituel avec un usage revendiqué de la violence (assassinat de Calvo Sotelo par les communistes espagnols, assassinat de Trotsky pour déviance idéologique par le NKVD, assassinat de Dolfuss par les nazis). La gestion des groupes à consonance paramilitaire fut d’ailleurs un sujet d’inquiétude pour les autorités publiques en France dans l’entre-deux guerres (6 février 1934). Avec le temps, l’extrême gauche se mit à défendre le progressisme sociétal, l’écologie radicale, la diversité culturelle. Le profil des engagés politiques changea : de Ramon Mercader, magicien du piolet, ou Gavrilo Princip, l’excité du revolver, nous passâmes à Marine Tondelier et à la défense des surmulots ou bien à Conchita Wurst, femme à barbe diplômé.e. A l’opposé, l’extrême droite, définie comme vif attachement aux idées de nation, d’enracinement, de tradition et de peuple, resta présente sur ses thématiques traditionnelles. Le marqueur catholique et monarchiste qui avait structuré une bonne partie de cette famille de pensée s’estompa avec la crise de l’Eglise. La nature ayant horreur du vide, le paganisme fit un retour en force.

L’armée allemande nous offre aujourd’hui la synthèse de ces évolutions politiques. Le triste état du catholicisme allemand, comme nous le rappellent les déclarations « pas très catholiques » de la conférence des évêques d’Allemagne, a conduit, dans les forces armées allemandes, à un retour du paganisme et de sa forme la plus récente, en partie héritière du militarisme prussien : le nazisme. Dès lors, il n’y a aucune surprise à voir des unités d’élite multiplier les références à la Waffen SS, fêter les solstices d’été et faire de l’exaltation de la force un modus vivendi.  Le lecteur averti objectera qu’il n’y a pas d’unité d’élite sans une certaine forme de culte de la force et de la violence. Nous lui répondrons que le seul catalyseur de la violence est la religion catholique et son message de paix, ce qui explique peut-être le rôle singulier des armées françaises dans le monde.

Parallèlement, se pose inéluctablement la question du recrutement. Le gouvernement cherche à augmenter son nombre de soldats mais la société allemande est-elle prête à s’engager ? Au contraire de la France où l’Armée est une institution qui jouit de réseaux puissants dans les médias, l’industrie, le monde politique, le 7ème art, l’armée allemande semble gênée d’exister ce qui n’est pas pour faciliter le recrutement. Par ailleurs, de moins en moins de jeunes sont aptes physiquement (malbouffe, absence de pratique sportive) et psychologiquement (jeux vidéo, réseaux sociaux). La modernisation des sociétés occidentales a, par ricochet, accouché d’une société où faire un effort est devenu anormal. Nous sommes loin de Musset écrivant : « Alors, il s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse.  […] Ils avaient rêvé pendant quinze ans des neiges de Moscou et du soleil des Pyramides ; on les avait trempés dans le mépris de la vie comme de jeunes épées. […] Ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins ; tout cela était vide, et les cloches de leur paroisse résonnaient seules dans le lointain. »[1]

Alors oui, l’armée allemande réarme mais rappelons-nous ces mots du général Schwarzkopf en 1993 lors du débriefing de l’opération Desert Storm au CENTCOM : « Nous n’avons pas vaincu parce que nous avions les meilleures technologies. Nous avons vaincu car les Irakiens ne savaient pas pourquoi ils se battaient et qu’ils n’avaient pas de chef »L’immobilier à Dantzig ou à Saint-Dié dans les Vosges a encore de beaux jours devant lui.

Alexandre Seigneur

Master Poulet vs Karim Bouamrane : sur BFMTV, la politique, c’est du poulet ?

L’image de la semaine : Master Poulet vs Karim Bouamrane, une séquence surréaliste sur BFMTV

Entre les blocs de béton et les pots de fleurs malodorants, le maire PS de Saint-Ouen et le fast-food Master Poulet s’affrontent sous l’œil hilare des médias. Jusqu’à cette séquence lunaire sur BFMTV où les deux journalistes chargés d’interroger l’élu lui demande de manger du “Master Poulet”. Moment de télé ou malaise TV ? La limite est désormais franchie.

Le dossier du jour : Rapport Alloncle sur l’audiovisuel public

Le député UDR Charles Alloncle propose en 70 mesures chocs, de réduire d’un milliard d’euros la facture du service public, de fusionner un certain nombre de chaînes, de renforcer la “neutralité” et de lutter contre les conflits d’intérêts. Retour sur les réponses de Delphine Ernotte, France Télévisions, Thomas Legrand et Pierre-Antoine Capton (président du groupe audiovisuel privé Mediawan), interrogés sur les médias subventionnés pour défendre leur ligne.

Les pastilles de l’info :

– Cérémonie des Molières : Drag queen et Merwan Benlazar
– Canon français : racisme et saluts nazis… vraiment ?
– ANTS : un jeune de 15 ans arrêté, la romance du piratage.
– “Chemin de croix” : l’animateur Bruno Guillon (France 2) reprend une candidate pour son vocabulaire jugé trop religieux.
– Matthieu Pigasse : de “chef d’entreprise” à propriétaire de médias en lutte contre la “droite radicale”.
– Mélenchon 2027 : le lapsus de Yann Barthès, “dictature” au lieu de “candidature”…

Portrait piquant : Yann Barthès, le ricaneur de Quotidien

La France du vivre-ensemble

Suite à la victoire du PSG en demi-finale de Ligue des champions (à Munich), les supporters parisiens ont saccagé l’exposition de photographies de Yann Arthus-Bertrand sur la place de la Concorde.

Cette exposition est intitulée « Vivre ensemble » : elle est désormais en phase avec la réalité du vivre-ensemble…

23 policiers ont blessés, 127 voyous ont été interpellés, c’était donc, comme d’habitude, une soirée normale dans la France du vivre-ensemble.

L’idéologie :

La réalité :

On demande des prêtres pas trop catholiques pour le diocèse d’Amiens

L’évêque d’Amiens a décidé de ne pas prolonger la mission de trois prêtres issus du diocèse de Fréjus-Toulon, nommés en septembre dernier. Les abbés François-Régis Favre, Éloi Legrand et Pierre-Marie Brochery intervenaient jusqu’ici dans les paroisses d’Albert, Bray-sur-Somme, Mailly-Maillet et Acheux.

L’évêque évoque un conflit installé entre les prêtres et une partie des fidèles. Certains paroissiens avaient critiqué le port de la soutane, l’usage du latin ou encore une exigence accrue en matière de morale religieuse. Pour le diocèse, le problème est relationnel. Mais pour un certain nombre de fidèles, c’est la catholicité de ces prêtres qui pose souci : refus de la communion aux personnes divorcées ou homosexuelles, annulation de concerts profanes sont les accusations relayées par le Courrier Picard.

Communiqué de Mgr Gérard Le Stang sur la situation des paroisses d’Albert, Bray-sur-Somme et Acheux, le 28 avril 2026 :

« Chers frères et sœurs, 

Ce communiqué vous informe des décisions que je prends concernant les paroisses de Notre-Dame de Brebières (Albert), Notre-Dame de l’Espérance (Bray-sur-Somme), Notre-Dame des Hauts de l’Ancre (Mailly-Maillet) et Notre-Dame des Champs (Acheux). 

Après échange avec Mgr François Touvet, évêque de Fréjus-Toulon, je décide de ne pas prolonger l’accueil des abbés François-Régis Favre, Eloi Legrand et Pierre-Marie Brochery au-delà de l’année d’expérimentation prévue dans la convention entre les deux diocèses de Fréjus-Toulon et Amiens. Je prends cette décision en m’étant donné un long temps de réflexion, éclairé par l’écoute de prêtres du diocèse et de nombreux chrétiens de ces quatre paroisses, d’avis divers, et après avoir discerné avec le conseil épiscopal. 

J’ai reçu ces trois prêtres personnellement au long de cette année. J’ai pu dire à chacun les raisons objectives qui me conduisent à mettre fin à leur ministère chez nous. Je tiens à les remercier pour leur désir de servir la mission de l’Église dans notre diocèse et pour le travail accompli au long de ces mois. Je salue le souci de l’évangélisation, de la prière, de la liturgie et de la formation qu’ils ont eu. 

La décision que j’ai prise de ne pas prolonger leur accueil ne s’appuie aucunement sur un certain nombre de critiques émises contre eux (port de la soutane, liturgie romaine, souci de fidélité doctrinale et liturgique, exhortation à la cohérence dans la vie morale, distinction entre le cultuel et le culturel…). Il fallait cependant prendre acte du conflit installé entre eux et un certain nombre de personnes, qui entraînait un trouble profond et durable dans les communautés, et un désarroi chez beaucoup. 

Pour succéder à ces prêtres, le Père Louis-Pasteur Faye, vicaire général du diocèse et curé de la paroisse Saint Simon du Moliennois (Molliens-Dreuil), est nommé, avec l’accord de l’administrateur diocésain de Thiès (Sénégal), curé de ces quatre paroisses et recteur du sanctuaire Notre-Dame de Brebières. Cette nomination sera effective à partir du 1er septembre prochain. Il demeurera vicaire général. Il sera soutenu par des prêtres dont les nominations suivront. 

Le Père Louis-Pasteur Faye reçoit, avec cette nomination, les directives suivantes : 

  • Susciter une communion et une fraternité renouvelée entre tous, l’intégration de toutes les sensibilités et générations, dans une hospitalité mutuelle. 
  • Porter des projets missionnaires concrets, en lien avec le champ missionnaire Sainte Colette. 
  • Appeler de nouveaux responsables laïcs, notamment parmi les plus jeunes, afin de permettre aux anciens de transmettre le relais. 
  • Activer la pastorale des jeunes et des vocations et travailler étroitement avec les chefs d’établissements catholiques pour y renouveler la pastorale des enfants et jeunes. 
  • Prolonger la formation des chrétiens à tous niveaux, et veiller à la qualité des célébrations liturgiques et sacramentelles. 
  • Faire du sanctuaire Notre-Dame de Brebières un lieu de prière et de compassion pour tout le diocèse. 
  • Travailler à un rapprochement des quatre paroisses dans un avenir proche.

Cette situation pastorale a été douloureuse pour tous, prêtres, diacre, religieuses et laïcs. Je mesure aussi combien elle donne le sentiment d’un échec. Cela montre combien la vie chrétienne s’appuie avant tout sur une communion de foi et de charité entre frères et sœurs, et sur des communautés vivant dans l’estime du sacerdoce qui est au service de tous. La grâce d’une fidélité plus grande à l’Évangile de la paix et du pardon peut jaillir de cette épreuve. Que chacun prenne le temps du recul, de l’humilité et de la prière pour accueillir ce que Dieu veut nous dire à travers tout cela.  

Dans les mois qui viennent, j’aurai l’occasion de revenir dans chacune de ces paroisses, à la rencontre de tous, pour qu’ensemble nous prenions, chacun selon notre vocation, la tenue de l’humble serviteur, joyeux d’être ami du Christ et frère de tous. » 

 + Mgr Gérard Le Stang
Évêque d’Amiens 

Plus de 170 millions d’exemplaires vendus depuis 1954 ! Aujourd’hui ? … Martine est à l’Opéra de Paris !

“A sept heures ce matin aux informations sur Europe 1, le présentateur annonçait que “Martine est à l’Opéra de Paris” ! L’album est sorti ! Aujourd’hui ! Je n’en croyais pas mes oreilles. On parlait de Martine aux informations ! ”

Née sous le pinceau de Marcel Marlier en 1954, Martine, compagne de nos lectures et rêves d’aventures est toujours aussi vivante, jeune et inventive, avec son fidèle chien Patapouf, et parfois son chat Follet. Elle vit des histoires simples, ancrées dans le quotidien au décor charmant.

Gilbert Delahaye, directeur de Casterman à l’époque propose un texte à illustrer à Marcel Marlier qui commençait sa carrière de dessinateur en illustrant les romans d’Alexandre Dumas. Delahaye au stylo et Marlier au pinceau, le premier « Martine » était lancé : Martine à la ferme ! Ils ignoraient alors quel serait le succès de cette nouvelle héroïne de papier. Ce fut un succès immédiat !
« Un enfant ne voit jamais la réalité comme un adulte. (…) quand je réalise mes illustrations, j’essaie de retrouver cet esprit d’avant, quand tout était merveilleux. » Marcel Marlier.

Martine est devenue un véritable phénomène de l’édition pour la jeunesse. Les illustrations, qui ont fait le succès de la série ont évolué au fil des années mais d’une façon générale, sont d’un réalisme plutôt naïf ; le dessin fourmille de détails amusants, les lumières sont flatteuses, les couleurs pastel.
Aujourd’hui Martine est à l’Opéra de Paris ! Une aventure inédite… dans un lieu iconique !

Depuis plusieurs mois, Martine se prépare… Elle va participer au Défilé du Ballet de l’Opéra de Paris ! Avec les autres petits rats de l’École de Danse, elle paradera sur scène, devant un public et aux côtés des danseurs professionnels, y compris les Étoiles ! Mais le jour J, alors qu’elle se rend sur le lieu de la représentation, la fillette se perd dans l’immense labyrinthe qu’est le Palais Garnier. Parcourant les méandres du palais, Martine et Patapouf son chien découvrent, émerveillés, la beauté du lieu et ses coulisses – le Grand Escalier, le Grand Foyer, le Foyer de la Danse, les studios de danse, les ateliers couture, le lac souterrain… Parviendra-t-elle à retrouver son chemin à temps afin de danser sur la grande scène ?

Cet album, nouvelle histoire, nouvelle aventure est un grand écart réussi entre le passé et le présent ! Le scénario de Rosalind est illustré par des originaux de Marcel Marlier repris dans d’autres albums de Martine, dont le célèbre Martine petit rat de l’Opéra. En fin d’ouvrage, grâce à la coopération du personnel de l’Opéra de Paris, deux belles pages dévoilent les coulisses de ce monument mythique de France.

Martine, chez Casterman, c’est 170 millions d’exemplaires vendus, – 130 millions en langue française et 40 millions en langues étrangères. C’est 400 000 d’exemplaires vendus par an ! Beaucoup de titres sont épuisés, mais Livres en Famille reste attentif aux rééditions des meilleurs titres et soucieux d’une réédition du texte intégral : collection Farandole, fac-simile. Ce soixante-septième titre de Martine -aventure et documentaire- enchantera sans aucun doute les jeunes générations et augure d’un joli succès pour la littérature jeunesse.

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE :
Martine à l’Opéra de Paris, Illustrations de Marcel Marlier, Editons Casterman, 32 pages, 7.95 €
https://www.livresenfamille.fr/de-5-a-8-ans/30487-martine-a-l-opera-de-paris.html

Retrouvez Martine et toutes ses aventures :
https://www.livresenfamille.fr/1641_gilbert-delahaye

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Liban : Chrétienté-Solidarité avec les chrétiens du nord de la Bekaa

La mission de 2 semaines de Chrétienté-Solidarité au Liban s’est terminée par une visite de 3 jours auprès des chrétiens de l’enclave chrétienne de Kaa et Ras-Baalbeck.

(en illustration : le Christ monumental, construit par les chrétiens de Kaa, qui domine la plaine de la Bekaa)

Situés au nord de la plaine de la Bekaa, à la frontière syrienne, ces villages chrétiens ont vécu ces dernières semaines dans l’inquiétude d’une invasion des troupes du régime de Mohammed Al-Charaa, le nouvel homme fort de Damas, qui a un compte à régler avec le Hezbollah. Ce dernier a agité cette menace pour tenter de rallier certains chrétiens à sa cause.

Le souvenir des attaques de Daesh, en 2016, contre Kaa et Ras-Baalbeck reste gravé dans les mémoires. Dans cet ilot de chrétienté, on ne veut pas entendre parler de la Syrie, ni des islamistes au pouvoir à Damas, pas plus que du Hezbollah qui tient la plupart des villages environnant, de Hermel à Baalbeck.

Grâce l’opiniâtreté de notre ami Fouad Abou Nader, ce secteur chrétien a été structuré, il y a 2 ans, par la construction d’une route, reliant l’historique monastère Saint Maroun (au nord) à l’espace de reconquête de Jdeideh el-Fakiha. En effet, depuis 2010, le père Jean Nasrallah, par son travail acharné et sa prière, réussit le pari fou et unique au Liban, d’étendre l’espace chrétien.

L’ensemble de ce secteur est bien connu de Chrétienté-Solidarité puisque nous y développons des parrainages scolaires depuis plus de 10 ans. C’est aujourd’hui près de 100 enfants qui y sont aidés grâce à la générosité des parrains et donateurs.

Nous y menons également des aides et des soutiens ponctuels auprès de l’école des Saints Cœurs, de l’œuvre du père Jean Nastallah mais aussi du monastère Notre Dame de Ras-Baalbeck tenu par notre ami le père Serge.

Ces dernières années nous avons financé de l’équipement informatique et numérique, du matériel agricole et, tout récemment, l’acheminement de 80 arbres fruitiers pour les vergers partagés et particuliers de Ras-Baalbeck.

La guerre entre Israël et le Hezbollah a encore aggravé la situation des familles face aux frais de scolarité. Il y a donc urgence à développer encore nos parrainages scolaires. Notre liste d’attente, entre le sud Liban et le nord Bekaa, s’est encore allongée.

Mobilisons-nous pour réponde à ces demandes. Nous avons besoin de nouveaux parrains : aidez- nous !
https://chretientesolidarite.fr/parrainage/

Retrouvez ci-dessous un reportage vidéo de notre fin de mission avec un point de la situation par Yann Baly, le témoignage et les remerciements de Sœur Randa (école des Saints Cœurs) et du père Jean Nasrallah (curé de Jdeideh el Fakiha).

 

 

 

La Beauté comme résistance — Méditation sur la forme et le sacré

I. La Solitude comme Seuil

Il existe une solitude qui ne ressemble pas à un manque, dit-on. On le dit trop vite. Avant d’être un silence habité, elle est d’abord une blessure réelle — un vide que ni la musique, ni la prière, ni la beauté ne viennent immédiatement combler. Celui qui prétend avoir traversé cette nuit sans en porter les cicatrices n’a fait que dormir.

Gustave Thibon — paysan et philosophe, ami de Simone Weil — aimait rappeler que l’être humain est un être « troué » : il passe son temps à boucher ses vides intérieurs avec du bruit, du mouvement, des distractions. La vie intérieure ne commence vraiment qu’au moment où l’on accepte de regarder ce vide en face, sans fuir. Ce n’est pas une image : c’est une expérience presque physique. Le silence d’une chambre en milieu d’après-midi. L’ennui pesant d’un dimanche où le monde continue sans nous, où les voix du dehors arrivent étouffées, comme depuis une autre rive. Ce moment-là est un seuil. On peut le franchir ou se retourner. La plupart du temps, nous fuyons.

L’âme qui cherche le vrai ne part pas d’une aspiration noble vers les cimes. Elle prend appui sur son propre effondrement pour exiger de l’existence un peu d’ordre, d’harmonie, de tenue. Non pas comme une réponse définitive — mais comme une résistance.

II. La Cathédrale et la Vitre

Élie Faure, dans son Esprit des Formes, défend une idée puissante : le divin n’est pas une abstraction réservée aux théologiens. C’est une force à l’œuvre dans la matière même — dans la façon dont un sculpteur taille la pierre, dont un peintre agence ses pigments, dont une voûte distribue le poids du monde. En créant de la beauté, l’homme ne décore pas le monde : il en révèle l’unité cachée.

Il y a des jours où cela suffit. On entre dans une église romane, on s’arrête, quelque chose cède — non pas une émotion esthétique, mais quelque chose de plus archaïque : un rappel que l’ordre existe, que le monde tient. La pierre froide, la lumière oblique sur le sol, l’odeur de cierge et de vieux bois agissent avant la pensée. On n’a rien décidé. On est simplement traversé.

Mais Simone Weil apporte ici une objection qu’on ne peut pas esquiver : la beauté peut devenir une fuite. Si on s’en empare comme d’un confort, elle cesse d’être une fenêtre pour devenir une idole. On ne regarde plus à travers — on s’arrête devant. La beauté ne sauve que si on accepte de la laisser nous dépasser vers ce qu’elle indique sans le nommer. Le jour où l’on commence à collectionner ses émotions esthétiques comme des propriétés, quelque chose s’est refermé.

La distinction est vertigineuse, parce qu’elle ne tient pas à l’objet — la cathédrale est la même — mais au regard qu’on lui porte. Fenêtre ou idole : c’est une question de traversée.

Il reste pourtant des jours où même la traversée est impossible. Où la cathédrale n’est qu’un tas de vieilles pierres, où Bach n’est qu’un bruit organisé, où la beauté nous parvient comme à travers une vitre épaisse. Ce n’est pas de l’insensibilité — c’est l’épuisement. La question n’est alors plus comment voir, mais comment tenir dans l’intervalle où l’on ne voit rien.

III. Bach, ou la forme comme colonne vertébrale

Jean-Sébastien Bach compose des fugues comme d’autres bâtissent des cathédrales : avec une rigueur qui n’est jamais une contrainte, mais la condition même de la liberté. Il y a des matins où la Chaconne en ré mineur suffit à donner à une journée une consistance qu’elle n’aurait pas eue autrement — une colonne vertébrale invisible.

Bach ne répond à aucune question. Il les suspend. Sa musique crée un espace où la souffrance n’est pas supprimée, mais tenue dans une forme qui l’empêche de tout envahir. Ce n’est pas une guérison. C’est une architecture provisoire.

Un fait éclaire cela autrement que par les mots : Bach a enterré onze de ses vingt enfants. Il travaillait pour des employeurs qui ne mesuraient pas ce qu’il leur donnait. On imagine l’homme à son clavecin, dans une maison pleine de bruit et de deuil, trouvant dans la rigueur du contrepoint non pas une fuite hors du monde, mais un moyen d’y tenir debout. La sérénité de ses fugues n’est pas le reflet d’une vie ordonnée — c’est une victoire arrachée, note après note, sur le désordre. L’ordre n’est pas l’absence de conflit, c’est l’équilibre maintenu entre des forces contraires.
La fugue finit. On la rejoue. C’est cela, au fond : continuer.

IV. Consentir et Attendre

Louis Lavelle, philosophe français du XXe siècle peu connu mais d’une profondeur rare, propose d’habiter activement notre existence — non pas une fois pour toutes, mais à chaque instant, comme une réponse renouvelée à une présence qui nous précède.
Une image peut aider. Un pianiste qui apprend une sonate difficile ne la maîtrise pas en la forçant — il la maîtrise en s’y abandonnant suffisamment pour que ses mains comprennent ce que sa tête ne sait pas encore. Il faut avoir vécu ce moment étrange où le morceau commence à jouer seul, où les doigts trouvent ce que la volonté cherchait vainement. Ce n’est pas une capitulation. C’est une intelligence plus profonde que l’intention.

Mais Thibon, avec son bon sens de paysan philosophe, n’hésitait pas à pointer la limite : consentir suppose qu’on ait un sol sous les pieds. La personne qui sombre ne manque pas de volonté — elle manque du sol sur lequel la volonté pourrait prendre appui. Dans les heures les plus sombres, consentir ne signifie pas nager avec joie dans l’existence. Cela signifie simplement ne pas lâcher la branche dans l’obscurité. Garder la main fermée. Attendre que quelque chose revienne.

V. L’Attention comme Désencombrement

Simone Weil a développé une pensée radicale sur l’attention. Non pas l’attention concentrée, celle qu’on force et qui se crispe — mais une attention pure : une façon d’être présent à ce qui est, sans rien vouloir en tirer, sans filtrer ni choisir.

Elle nomme cela la « décréation » : s’effacer pour laisser de la place. Non pas disparaître, mais réduire suffisamment l’emprise du moi pour que quelque chose d’autre puisse exister. Thibon, qui l’avait accueillie dans sa ferme de l’Ardèche, regardait son ascèse avec une inquiétude mêlée d’admiration — il voyait une femme refuser de manger plus que les travailleurs les plus pauvres, portant dans sa chair ce qu’elle pensait dans ses livres.

Il y a dans cette exigence un paradoxe vertigineux : on ne peut pas vérifier qu’on avance, parce que le regard porté sur son propre effacement est déjà une façon de se replacer au centre. Et pourtant quelque chose advient — une qualité de présence à l’autre, à sa douleur, à sa singularité, qui ne s’obtient qu’au prix d’un certain recul de soi. Ce n’est plus le moi qui regarde le monde. C’est le monde qui commence à briller à travers un moi qui s’est, enfin, un peu tu.

C’est, au fond, la même chose que ce que la fugue de Bach accomplit par la forme : dégager de l’espace pour que l’essentiel passe. La beauté n’est plus un objet qu’on contemple — fenêtre ou idole — elle est une direction qu’on suit, les yeux mi-clos, sans savoir où elle mène.

VI. La Partition Trouée

Le fil de nos vies ne ressemble pas à une ligne droite, ni à une harmonie parfaite qui nous attendrait quelque part. C’est plutôt une partition trouée — avec des mesures manquantes, des silences trop longs, des pages que quelqu’un a arrachées avant qu’on arrive.
On revient aux mêmes questions, en spirale : non pas un progrès vers la clarté, mais un approfondissement de la question elle-même. Parfois avec une lumière nouvelle. Parfois avec une obscurité plus profonde qu’au départ — parce qu’on a désormais les mots pour la nommer.

Aucune de ces voix ne promet l’apaisement. Aucune ne dit : tu seras soulagé. Toutes disent, à leur manière : continue. Faure en regardant la pierre, Bach en reprenant la fugue, Lavelle en consentant à l’instant, Weil en s’effaçant, Thibon en restant. Et cette invitation n’est pas un optimisme — c’est quelque chose de plus difficile et de plus honnête : la conviction que l’effort lui-même a une valeur, indépendamment de ce qu’il rapporte.
Là où la Beauté traverse encore — même par éclats, même blessée, même méconnaissable — quelque chose de réel advient. Cela ne suffit pas à tout expliquer. Mais cela suffit, certains jours, à ne pas déserter.
————————————————————————-

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Les élèves du sud Liban témoignent pour Chrétienté-Solidarité

Le 29 avril 2026, à l’occasion de la visite de Yann Baly, Président de Chrétienté-Solidarité, à l’école des Saints Coeurs de Marjayoun, les élèves avaient préparé des témoignages afin d’expliquer leur quotidien.

Afin que tous les amis et bienfaiteurs de Chrétienté-Solidarité puissent entendre ce récit poignant, les élèves ont ensuite réalisé la vidéo que voici.

Soutenez notre action pour les chrétiens du Liban : https://chretientesolidarite.fr/don-libre/

Parrainez un élève : https://chretientesolidarite.fr/parrainage/

L’opposition à l’euthanasie grandit

L’ECLJ appelle à agir :

L’opposition à l’euthanasie grandit au fil des mois et la bataille n’est pas terminée!

La Commission des affaires sociales du Sénat vient de restreindre le champ d’application de l’euthanasie et du suicide assisté. Elle a peut-être cru bien faire en limitant l’euthanasie aux personnes en fin de vie; mais ce faisant, elle accepte le principe du médecin qui donne la mort!

Or, vous le savez, si le principe de l’euthanasie est voté, son application sera sans cesse élargie.

C’est inéluctable. Ce sera «la pente glissante», comme nous l’avons récemment vu en Espagne, avec le triste suicide de cette jeune fille dépressive.

Il est donc impératif que le Sénat tienne ses positions et maintienne l’interdit de tuer!

Prenons quelques minutes pour écrire à nos sénateurs pour leur demander de rejeter le principe même de l’euthanasie!

Le Sénat débattra et votera ce texte les 11, 12 et 13 mai prochains. Alors, écrivez aux sénateurs dès cette fin de semaine! Un message simple et spontané suffit pour que l’opposition ne faiblisse pas.

Dites-leur de prendre exemple sur la Chambre des lords du Royaume-Uni qui vient de rejeter (pour la huitième fois depuis 1936!) une nouvelle proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie!

Dites aux sénateurs que l’acceptation de l’euthanasie conduit à une société inhumaine. Seule une opposition de principe à l’euthanasie peut prévenir la «pente glissante» et soutenir le développement des soins palliatifs.

S’il vous plaît, écrivez-leur rapidement à l’aide de cet exemple de lettre; après, il sera trop tard:

Refus de marier un OQTF : Robert Ménard au tribunal

Le maire de Béziers Robert Ménard sera jugé le 30 septembre prochain par le tribunal judiciaire de Montpellier pour avoir refusé de célébrer un mariage entre une Française et un Algérien en situation irrégulière et sous le coup d’une obligation de quitter le territoire.

La justice française n’a sans doute que ça à faire pour protéger le bien commun.

James Alison et la question LGBT : la tentation de lire Girard sans conversion

James Alison est un théologien subtil. Il serait trop facile de le ranger parmi les militants ordinaires de la révolution sexuelle dans l’Église. Prêtre, lecteur de René Girard, il connaît la grammaire du christianisme, la force de l’Évangile, le scandale de la victime innocente. C’est précisément pour cette raison qu’il faut lui répondre sérieusement.

Son propos, résumé à grands traits, est le suivant : les personnes homosexuelles auraient été longtemps placées dans une position de victimes expiatoires. L’Évangile, lu à travers Girard, révélerait l’innocence de ces victimes. La conscience chrétienne consisterait donc, pour elles, à sortir de la honte, à refuser un sacrifice intérieur imposé par une fausse image de Dieu, et à reconnaître leur orientation comme une variante humaine non pathologique. À partir de là, l’enseignement traditionnel de l’Église sur les actes homosexuels apparaîtrait non plus comme une vérité libératrice, mais comme le vestige d’un ordre sacrificiel.

Ce raisonnement séduit parce qu’il touche un point réel. Oui, des personnes homosexuelles ont été humiliées. Oui, certaines ont été traitées comme des coupables avant même d’être écoutées comme des personnes. Oui, le langage chrétien a parfois été durci, appauvri, rendu presque incapable de dire ensemble la vérité morale et la délicatesse pastorale. Et oui, le Catéchisme lui-même demande que les personnes ayant des tendances homosexuelles soient accueillies avec respect, compassion et délicatesse.

Mais reconnaître cela ne signifie pas que toute la doctrine catholique doive être relue comme une machine d’exclusion.

C’est ici que l’usage de Girard par James Alison devient problématique. Girard nous apprend que les sociétés humaines cherchent souvent leur unité en désignant une victime. Le christianisme, en révélant l’innocence du Crucifié, dévoile le mensonge de cette violence. Très bien. Mais Girard ne dit pas que toute norme est persécution, ni que toute personne qui souffre d’une norme devient automatiquement innocente dans tout ce qu’elle désire.

Il y a là un glissement majeur. L’Évangile révèle l’innocence de la victime ; il ne canonise pas tous les désirs de la victime.

C’est même l’un des points les plus profondément girardiens : le désir humain n’est pas une voix pure, jaillie du fond de l’être comme une révélation infaillible. Le désir est mimétique. Il s’apprend, se reçoit, s’imite, se contamine. Nous désirons à travers des modèles. Nous voulons souvent non seulement l’objet, mais l’être du modèle qui nous le désigne. Le désir peut donc être profond sans être juste. Il peut être sincère sans être ordonné. Il peut être intense sans être vrai.

Il est alors étrange d’invoquer Girard pour sacraliser l’authenticité subjective. Un vrai lecteur de Girard devrait être le premier à se méfier de la formule moderne : « Je désire ainsi, donc ce désir dit la vérité de mon être. » Girard a précisément montré que notre désir est traversé par l’autre, par la comparaison, par la rivalité, par la fascination, par le mensonge romantique de l’autonomie.

Notre époque n’arrange rien. Elle ne constitue pas un espace neutre où chacun découvrirait paisiblement son identité profonde. Elle est saturée de médiateurs : images, plateformes, pornographie, publicité, marché relationnel, mise en scène de soi, concurrence des corps, marchandisation de l’intime. La modernité sexuelle ne libère pas seulement des individus préexistants ; elle produit aussi des scripts, des attentes, des blessures, des dépendances, des formes nouvelles de solitude et de reconnaissance.

Dire cela ne revient pas à prétendre que toute inclination homosexuelle serait fabriquée par la société contemporaine. Ce serait injuste et simpliste. Mais cela oblige à refuser la naïveté dominante : non, le désir moderne n’est pas plus pur parce qu’il se dit libéré. Il peut être aussi construit, aussi mimétique, aussi captif que les désirs des sociétés anciennes.

La grande faiblesse d’Alison est donc de passer de la compassion à la validation, de la blessure à la doctrine, de la reconnaissance d’une personne à la justification morale d’une pratique. Or le christianisme tient ensemble deux vérités que notre époque ne supporte plus de tenir ensemble : toute personne doit être aimée ; tout acte humain n’est pas pour autant bon.

L’Église ne dit pas aux personnes homosexuelles : vous êtes méprisables. Elle dit exactement l’inverse : vous êtes aimées de Dieu, appelées à la sainteté, capables de grâce, de fidélité, d’amitié, d’offrande, de vie chrétienne véritable. Mais elle ne peut pas dire que les actes homosexuels seraient équivalents à l’union conjugale d’un homme et d’une femme. Non par obsession disciplinaire, mais parce qu’elle reçoit une certaine vérité du corps, de la création, du mariage et de la fécondité.

La sexualité, dans la vision catholique, n’est pas un simple langage affectif entre adultes consentants. Elle engage le corps dans sa signification objective. Elle est ordonnée à l’union des époux et à l’ouverture à la vie. On peut trouver cela difficile. On peut mesurer la souffrance que cette exigence représente pour certains. Mais on ne peut pas faire comme si l’Église avait seulement plaqué une interdiction arbitraire sur une réalité neutre.

L’argument selon lequel l’homosexualité ne serait pas une pathologie ne suffit pas. Tout ce qui n’est pas pathologique n’est pas forcément moralement ordonné. La colère n’est pas toujours une maladie ; elle doit pourtant être purifiée. La jalousie n’est pas toujours une pathologie ; elle peut pourtant détruire une âme. Le désir hétérosexuel lui-même n’est pas pathologique ; il doit pourtant être converti, maîtrisé, ordonné, parfois renoncé. La chasteté n’est pas une peine réservée à une catégorie de personnes. Elle est la forme chrétienne de tout amour humain.

Il faut aussi revenir à la conscience. Alison parle volontiers de la conscience comme du lieu où la personne homosexuelle découvrirait, devant Dieu, qu’elle n’a pas à se haïr ni à se mutiler intérieurement. Sur ce point, il touche quelque chose de juste : Dieu ne demande jamais à une personne de se haïr. Mais la conscience chrétienne n’est pas l’authentification sacrée de ce que je ressens le plus profondément. Elle est le lieu où l’homme se laisse juger, éclairer et convertir par une vérité qui le dépasse.

La conscience n’invente pas le bien. Elle le reconnaît. Elle peut être droite ou mal formée, courageuse ou complaisante, éclairée par la grâce ou séduite par l’époque. C’est pourquoi l’Église ne met pas la conscience et le Magistère en concurrence comme deux autorités rivales. Elle demande que la conscience soit formée dans la vérité reçue du Christ.

Quant à Fiducia supplicans, il serait abusif d’en faire le signe d’un basculement doctrinal. Le texte autorise, dans certaines conditions, des bénédictions pastorales non ritualisées. Il ne reconnaît pas les unions homosexuelles comme équivalentes au mariage. Il ne modifie pas l’enseignement catholique sur la sexualité. Il dit, au fond, que des personnes peuvent demander l’aide de Dieu sans que leur situation soit pour autant approuvée comme telle.

Cela aussi est très catholique. L’Église bénit des pécheurs, non parce que le péché devient bon, mais parce que Dieu appelle chacun à la conversion. Elle accompagne des personnes, non pour rebaptiser toutes les situations, mais pour ouvrir un chemin de grâce. La bénédiction n’est pas une homologation. Elle est une supplication.

Le christianisme n’a donc pas à choisir entre la dureté ancienne et la flatterie moderne. Il doit refuser les deux. Il ne doit ni écraser les personnes homosexuelles sous un langage de mépris, ni leur faire croire que le Christ ne leur demandera jamais rien. La miséricorde n’est pas l’art de laisser chacun intact. Elle est la puissance par laquelle Dieu rejoint l’homme là où il est pour l’attirer au-delà de lui-même.

La Croix n’est pas une machine sacrificielle où Dieu exigerait que certains se détruisent pour satisfaire une loi cruelle. Mais elle n’est pas non plus la simple confirmation de nos désirs profonds contre toute exigence de conversion. Elle est le lieu où le Christ révèle l’innocence de la victime, oui ; mais aussi le lieu où il sauve, purifie, ordonne et ressuscite tout l’homme.

Un christianisme girardien fidèle ne peut donc pas devenir un christianisme sans ascèse. Il ne peut pas dire : puisque vous avez souffert, votre désir est saint. Il doit dire : vous n’êtes pas un bouc émissaire ; vous n’êtes pas réductible à votre désir ; vous êtes infiniment aimé ; et cet amour vous appelle à la sainteté.

C’est là que James Alison, malgré son intelligence réelle, manque le cœur du christianisme. Il voit bien que l’Évangile délivre de la honte destructrice. Mais il semble oublier que cette délivrance n’est pas l’installation paisible du moi dans son désir. Elle est une conversion.

Le Christ ne dit pas à l’homme blessé : « Tu avais raison depuis le début. » Il lui dit : « Lève-toi. »

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Nouvelles preuves des préjugés anti-chrétiens de Biden et de son équipe

Dans la Nuova Bussola, Luca Volontè écrit qu’alors même que la Maison-Blanche et le Vatican annonçaient la visite du secrétaire d’État Marco Rubio avec Léon XIV, des nouvelles choquantes ont émergé concernant la persécution et l’intimidation systématiques des catholiques et des chrétiens en général, perpétrées par l’administration du « fervent catholique » Joe Biden, avec le soutien indéfectible d’une grande partie des jésuites et cardinaux américains, menés par le cardinal Blase Cupich. Il est consternant qu’aucun de ces religieux, pourtant favorables à Biden et partisans du droit à l’avortement, n’ait jamais exprimé sa désapprobation face à ces persécutions.

Le jeudi 30 avril, le rapport du groupe de travail du ministère de la Justice chargé d’éliminer les préjugés antichrétiens a été publié. Ce document de plus de cinq cents pages, fruit du travail de ce groupe de travail créé sur ordre de Donald Trump le 6 février 2025, démontre, faits et documents à l’appui, comment la présidence de Joe Biden a mis en œuvre des politiques et des préjugés antichrétiens à tous les niveaux du gouvernement fédéral. Le rapport aborde des sujets aussi variés que les problèmes de personnel au sein de l’administration fédérale, les enquêtes du fisc américain (IRS) visant les églises et les communautés catholiques perçues comme proches du Parti républicain, ou encore les amendes plus lourdes infligées par le ministère de l’Éducation aux universités chrétiennes.

De plus, l’opposition aux traditions chrétiennes est allée jusqu’à réinterpréter la loi fédérale afin de promouvoir l’idéologie transgenre et de faire des déclarations symboliques, telles que la célébration de la Journée de la visibilité transgenre le dimanche de Pâques. « L’administration Biden a généralement toléré les convictions religieuses professées en privé, mais a poursuivi avec zèle des actions visant à limiter la capacité des chrétiens à agir conformément à leur foi dans la sphère publique », indique le document, qui souligne ensuite comment ces actions ont « affecté des questions d’une importance personnelle profonde pour presque tous les Américains : la vie, la famille, le mariage et l’identité personnelle ». Le document détaille comment l’administration Biden a collaboré avec des groupes pro-avortement pour exploiter la loi sur la liberté d’accès aux cliniques contre les manifestants pro-vie devant les centres d’avortement, notamment en demandant des peines disproportionnées au ministère de la Justice. À l’inverse, on a constaté un laxisme généralisé envers les extrémistes pro-avortement qui ont vandalisé et incendié des centaines d’églises et de centres pro-vie. Le document révèle également comment le FBI a utilisé le Southern Poverty Law Center, une organisation d’extrême gauche, pour cibler les « catholiques radicaux-traditionalistes » aux États-Unis et dans le monde entier.

D’autre part, le ministère de la Santé et des Services sociaux a tenté d’exclure du système de placement familial les prestataires chrétiens et les futurs parents qui défendent une vision du sexe et du mariage fondée sur des principes bibliques, moraux et scientifiques. Camille Varone, conseillère principale au ministère de la Justice, a confirmé lors d’un entretien avec BlazeTV, une chaîne de télévision conservatrice, que « l’administration Biden a instrumentalisé la transidentité pour justifier une discrimination à l’encontre des médecins, des établissements médicaux, des églises et des écoles catholiques chrétiens », réaffirmant que les données recueillies démontrent clairement que l’administration Biden ne tolère la transidentité qu’envers les chrétiens pratiquant leur foi en privé. Commentant le travail accompli jusqu’à présent, le procureur général par intérim Todd Blanche, président du groupe de travail, a déclaré qu ‘« aucun Américain ne devrait vivre dans la crainte d’être puni par le gouvernement fédéral pour sa foi ». Par ailleurs, comme l’explique le document, « les actions de l’administration Biden ont bouleversé la vie de nombreux chrétiens américains (…). Cette situation désastreuse a pris fin avec la présidence de Trump. Le ministère de la Justice continuera de dénoncer les acteurs malveillants qui ont ciblé les chrétiens et œuvrera sans relâche pour rétablir la liberté religieuse de tous les Américains croyants. »

Donald Trump, J.D. Vance et Marco Rubio ne sont ni des saints ni infaillibles ; toutefois, au moins la liberté religieuse des chrétiens américains est désormais préservée et promue. Il suffit de rappeler l’ enseignement de saint Jean-Paul II :

« La liberté religieuse est le premier et fondamental droit inaliénable de l’homme, la pierre angulaire de la dignité humaine et de la paix sociale. Ce n’est pas un droit parmi d’autres, mais la condition préalable à la liberté de conscience et à tous les autres droits fondamentaux. » 

L’ADMD s’inquiète

Jonathan Denis, président de l’ADMD, a adressé une lettre au président de la République, au Premier ministre, à la ministre de la Santé ainsi qu’aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat pour exprimer sa vive inquiétude quant au sort des propositions de loi relatives à la fin de vie.

“Après plus de trois années marquées par des reports successifs et des reculs du calendrier législatif, la reprise des débats en deuxième lecture au Sénat est annoncée au 11 mai, sans qu’un calendrier clair ne soit, à ce stade, précisé pour la suite du processus”.

Face à cette situation, l’ADMD appelle

“à un engagement ferme de l’exécutif et du Parlement afin de garantir un calendrier précis, après la deuxième lecture au Sénat, pour assurer un vote définitif avant la fin de la session parlementaire”.

Le député de Charente-Maritime Sabine GERVAIS, suppléante d’Olivier FALORNI, élu maire de La Rochelle en mars, s’est dite prête à reprendre son rôle de rapporteur sur ce texte. Mais elle ne fait pas l’unanimité…

Il serait temps d’euthanasier cette proposition de loi.

Incendie de l’église de Saint Omer : première victoire pour l’AGRIF

Communiqué de Yann Baly, Président de l’AGRIF

Dans la nuit du 2 septembre 2024, un incendie a dévasté l’église de l’Immaculée-Conception de Saint-Omer (Pas-de-Calais).

Deux jours plus tard, un suspect est arrêté et reconnait les faits.

Outre le préjudice moral terrible causé aux catholiques et à tous les habitants de Saint Omer et de sa région attachés à leur patrimoine, les travaux de remise en état sont considérables.

Comme le rapportait la presse, le casier judiciaire du suspect porte 26 condamnations, dont deux pour destruction de biens par un moyen dangereux et pour dégradation ou détérioration d’un lieu de culte pour des incendies volontaires de quatre églises du Boulonnais en 2021.

En outre, l’individu avait justifié son acte en déclarant « A chaque fois que j’écoute la télé et tout ça, les curés sont des pointeurs [pédophiles]. Voilà pourquoi je m’en prends aux églises ».

Dès 2024, l’AGRIF s’est, bien entendu, portée partie-civile dans cette affaire au regard du caractère évidemment anti-chrétien de cet acte.

En février dernier, malgré l’évidence, le juge d’instruction refusait de retenir le caractère antireligieux des faits, excluant la circonstance aggravante de racisme, évitant ainsi au suspect d’être jugé en Cour Assises.

Bien entendu, l’AGRIF par la voix son avocat, Me Jérôme Triomphe, a répliqué à ce déni scandaleux en faisant appel.

Par un arrêt du 15 avril 2026, avec l’appui du Parquet général demandant à ce qu’il soit fait droit à la demande de requalification criminelle pour incendie anti-chrétien en récidive, la Cour d’Appel de Douai vient de nous donner raison. L’ordonnance du juge d’instruction est infirmée, la circonstance aggravante de racisme anti chrétien est retenue et le mis en cause sera jugé devant la Cour d’Assises du Pas-de-Calais.

Encore une fois, on ne doit qu’à l’opiniâtreté de l’AGRIF de voir reconnu le racisme anti-chrétien et ces faits d’incendie d’église jugés à la hauteur de leur gravité.

Aidez-nous, soutenez notre action : https://www.lagrif.fr/nous-soutenir/

Un hôpital poursuivi pour la première fois pour non-application de la loi Claeys-Leonetti

Le 6 mai, le tribunal correctionnel de Paris examine la plainte du fils d’un patient décédé en 2023 dans le service des soins palliatifs de l’hôpital privé parisien Cognacq-Jay pour refus d’appliquer la loi fin de vie.

Après le refus d’une sédation profonde et continue avec altération de la conscience jusqu’à la mort de la part de l’établissement, le fils a porté plainte. Il dénonce ainsi les lacunes de la mesure phare de la loi Claeys-Leonetti. Evidemment l’ADMD est de la partie.

Elsa Walter, vice-présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) sera appelée à témoigner.

La direction de l’hôpital assure que la situation du patient ne justifiait pas une mise en application de la sédation.

Communiqué de Mgr Marc Aillet – « Tu ne tueras point »

Communiqué de l’évêque de Bayonne :

La proposition de loi sur « l’aide à mourir » adoptée le 25 février dernier, à une courte majorité, à l’Assemblée nationale, sera de nouveau examinée en séance publique au Sénat du 11 au 13 mai prochain…

Est-il encore nécessaire d’insister sur l’extrême gravité de ce texte de loi qui entend ni plus ni moins abolir l’interdit de tuer sur lequel repose depuis toujours la vie en société, en légalisant le suicide assisté et l’euthanasie ?

La quasi-totalité des patients tentés de demander le suicide assisté ou l’euthanasie, y renoncent dès lors qu’ils sont pris en charge au sein d’une unité de soins palliatifs susceptible de les accompagner et de les soulager, mais en France, les soins palliatifs sont encore à ce point lacunaires (malgré plusieurs textes de loi pourtant adoptés à la quasi-unanimité), que près de la moitié de nos concitoyens ne peuvent toujours pas en bénéficier…

Dans ces conditions, l’adoption définitive de cette proposition de loi ne pourrait qu’inciter les patients les plus pauvres ou les plus vulnérables qui n’ont pas accès aux soins palliatifs, ou les personnes dites « éligibles » qui craignent d’être un poids pour leurs familles, le corps médical ou le budget de la Sécurité sociale, à recourir au suicide assisté ou à l’euthanasie, comme c’est d’ailleurs le cas dans les pays (la Belgique, les Pays-Bas ou le Canada…) où ces pratiques sont légales depuis plusieurs années.

Rien n’est cependant jamais perdu d’avance, comme le démontre le revirement qui vient de se produire en Ecosse (où le Parlement a rejeté, le 17 mars dernier, le texte de loi qui prévoyait de légaliser l’euthanasie) et au Royaume-Uni (où la Chambre des Lords s’est opposée, le 24 avril, à un projet de loi similaire), tandis qu’en France, le nombre de députés opposés à la proposition de loi sur « l’aide à mourir » est passé de 199 le 27 mai 2025, à 226 le 25 février dernier.

Il n’est donc nullement trop tard pour agir et se mobiliser.

Ayant moi-même écrit aux parlementaires du département pour leur demander de s’opposer à cette proposition de loi qui constituerait une rupture anthropologique majeure, j’invite instamment les fidèles du diocèse à faire de même, en s’adressant par mail et sans délai, aux sénateurs qui s’apprêtent à examiner le texte en séance publique les 11, 12 et 13 mai 2026.

Sans doute faudra-t-il écrire, dans un second temps, aux députés du département, sans craindre de leur rappeler qu’ils sont nos représentants et qu’ils auront à rendre compte de leur positionnement et de leur vote sur cette question cruciale de la fin de vie (1).

Le vote au Sénat de la proposition de loi relative à « l’aide à mourir » est officiellement prévu mercredi 13 mai, en la fête de Notre-Dame de Fatima : le vibrant appel à la conversion et à la pénitence que la Vierge de Fatima nous lance en réponse aux dérives du monde moderne apparaissant plus actuel que jamais, j’invite les fidèles qui le peuvent à prier et à jeûner ce jour-là : puisse le Seigneur éclairer la conscience des sénateurs et de nos élus quant aux redoutables conséquences morales et spirituelles qui résulteraient d’une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté en France, « fille aînée de l’Église ».

+Marc Aillet
évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Fait à Bayonne, le 6 mai 2026

(1)  Les adresses électroniques des députés et sénateurs sont accessibles sur le site internet de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Neuvaine pour la vie

Avant le vote au Sénat sur la proposition de loi euthanasie et suicide assisté

NEUVAINE POUR LA VIE

Peut-on ignorer l’état de nécessité dans l’Église ? par M. l’abbé Lorans de la FSSPX

Source : https://fsspx.news/fr/news/peut-ignorer-letat-necessite-dans-leglise-58890

Depuis l’annonce des sacres qui auront lieu à Écône le 1er juillet 2026, Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, s’est signalé par plusieurs prises de position en faveur de la Fraternité Saint-Pie X.

De nouveau, fin mars, il a déploré les attaques dont l’œuvre de Mgr Marcel Lefebvre fait l’objet de la part de communautés ex-Ecclesia Dei. Il a déclaré que cette attitude malveillante lui rappelait la « situation que saint Basile le Grand décrit – au IVe siècle, lors de la crise arienne – comme un combat naval de nuit, dans le brouillard, où au lieu d’attaquer les navires ennemis, les bons en viennent à s’attaquer entre eux ».

Et d’ajouter :

« Je considère que notre situation est la même. Pourquoi la Fraternité Saint-Pierre ou d’autres devraient-elles attaquer publiquement la Fraternité Saint-Pie X, la menacer, la qualifier de schismatique ? »

Selon lui, les communautés ex-Ecclesia Dei devraient plutôt demander au pape d’accorder le mandat apostolique pour ces sacres épiscopaux, « mais au lieu de cela, elles attaquent. Et elles risquent d’entrer dans l’histoire comme saint Basile décrivait ceux qui, en pleine crise, attaquaient leurs propres frères. »

Le prélat partage le constat de la Fraternité Saint-Pie X sur l’état de nécessité dans l’Église. Il affirme ainsi, sans détours :

« Nous assistons à une situation presque apocalyptique : propagation d’hérésies, légitimation de comportements contraires à la loi naturelle, syncrétisme religieux, indifférentisme, atteintes à la discipline sacramentelle et au célibat sacerdotal, sacrilèges et perte de la foi. Et cela, parfois, avec l’implication de membres du clergé à un niveau hiérarchique élevé. »

Dans cette situation dramatique, il voit à juste titre un péril pour la loi suprême qui régit l’Église : le salut des âmes, salus animarum suprema lex. Et il considère que les consécrations prévues ont pour but le bien de l’Église et des âmes. Les communautés ex-Ecclesia Dei minimisent cet état de nécessité ou le taisent, préférant dénigrer la Fraternité Saint-Pie X et condamner les sacres.

Mais ces communautés sont loin d’être à l’unisson, car l’état de nécessité s’est aggravé depuis les sacres de 1988. Certains de leurs membres et de leurs fidèles – victimes des ukases épiscopaux à la suite de Traditionis custodes – ne sont guère convaincus par ce quiétisme ou ce mutisme. Ils subissent, sur le terrain, l’état de précarité où les maintient l’arbitraire de nombreux évêques.

En sorte que la bataille navale de nuit et dans le brouillard, décrite par saint Basile, ne touche pas que la Fraternité Saint-Pie X, elle atteint aussi les membres et fidèles des communautés ex-Ecclesia Dei qui refusent d’être des béni-oui-oui face à ces prélats qui les crossent avec une paternité féroce. Lorsque le jour se lèvera et que le brouillard se dissipera, on verra des dégâts fratricides… là où on ne les attendait pas.

Abbé Alain Lorans

(Source : Dici n°467 – FSSPX.Actualités)
Illustration : ID 54754343 © Reidlphoto | Dreamstime.com

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Nous ne sommes pas des machines à pulsions

Ce que certaines sociétés traditionnelles révèlent de notre Occident pseudo-libéré

En 2012, Alice Dreger publiait dans The Atlantic un article au titre saisissant : Where Masturbation and Homosexuality Do Not Exist (“Où la masturbation et l’homosexualité n’existent pas”). Elle y présentait les travaux des anthropologues Barry et Bonnie Hewlett sur les Aka et les Ngandu d’Afrique centrale. Ces chercheurs, après des années de terrain, constataient que certaines catégories que l’Occident contemporain juge spontanément universelles — masturbation, homosexualité, sexualité pensée comme pur espace d’expression individuelle — semblaient ne pas appartenir au modèle culturel ordinaire de ces groupes.

Il faut évidemment être prudent. Il ne s’agit pas de dire qu’un ethnologue, par quelques entretiens, pourrait sonder tous les replis du cœur humain. Il ne s’agit pas non plus d’enrôler brutalement une population africaine dans nos polémiques occidentales. Mais ce cas est précieux parce qu’il fissure une grande illusion moderne : l’idée que l’homme serait d’abord une machine à pulsions, et que toute morale, toute pudeur, toute retenue, toute orientation de la sexualité vers la fécondité ou vers l’alliance ne serait qu’un vernis répressif posé sur une nature libidinale brute.

Or c’est peut-être exactement l’inverse.

L’homme ne vit jamais dans la pulsion pure. Il vit dans des formes, des mots, des images, des permissions, des interdits, des attentes. Il vit dans ce que l’on pourrait appeler des grammaires de perception. Une société ne se contente pas d’autoriser ou d’interdire des actes ; elle apprend à ses membres ce qu’il faut voir, ce qu’il faut désirer, ce qu’il faut nommer, ce qu’il faut admirer, ce qu’il faut juger honteux, ce qu’il faut tenir pour normal ou impensable.

C’est cela que l’affaire Aka/Ngandu rend visible. Dans certains univers culturels, la sexualité n’est pas d’abord pensée comme un théâtre de l’identité intime, ni comme un droit au plaisir, ni comme une performance de soi. Elle est comprise dans un horizon de mariage, de fécondité, de filiation, de continuité familiale. Non que ces sociétés soient idylliques. Non qu’elles soient chrétiennes sans le savoir. Non qu’elles échappent au péché, à la violence, à l’injustice ou aux désordres du cœur. Mais elles rappellent au moins une chose que l’Occident tardif ne veut plus entendre : la sexualité humaine n’est jamais simplement “naturelle” au sens où elle serait transparente à elle-même. Elle est toujours prise dans un monde.

Et c’est ici que notre époque devient intéressante, et inquiétante.

Car l’Occident contemporain se présente comme la sortie des contraintes. Il croit avoir remplacé les vieilles morales par la vérité nue du désir. Il parle de libération, d’authenticité, d’expression de soi. Il prétend avoir enfin arraché la sexualité aux prêtres, aux familles, aux traditions, aux tabous. Mais cette prétendue libération n’est pas l’état naturel de l’homme retrouvé après des siècles d’obscurantisme. Elle est elle-même un environnement culturel très particulier, historiquement situé, puissamment construit, constamment entretenu.

L’enfant occidental n’est pas simplement “libéré” de l’ancienne morale. Il est plongé très tôt dans un bain d’images, de récits, de sollicitations, de classements, d’algorithmes, de confidences médiatiques, de discours scolaires, de séries, de pornographie accessible, de slogans psychologiques. On lui apprend à se lire comme un faisceau de désirs. On lui apprend que son intériorité sexuelle serait le lieu décisif de sa vérité. On lui apprend que découvrir qui il est, c’est découvrir ce qu’il désire. On lui apprend que la limite est suspecte, que la pudeur cache forcément une oppression, que la continence serait une mutilation, que la fécondité serait un accident biologique à gérer techniquement.

Ce n’est pas la nature. C’est une grammaire.

Une grammaire puissante, invasive, souvent brutale sous ses airs doux. Une grammaire qui prétend ne pas en être une. Une grammaire qui ne dit jamais : “Je vais vous former le regard.” Elle dit : “Soyez vous-mêmes.” Elle ne dit jamais : “Je vais vous apprendre à interpréter votre corps de telle manière.” Elle dit : “Écoutez votre corps.” Elle ne dit jamais : “Je vais remplacer l’ancienne morale par une nouvelle anthropologie.” Elle dit : “Il n’y a plus de morale, seulement le consentement.”

C’est là le tour de passe-passe.

L’Occident pseudo-libéré n’a pas supprimé les normes ; il les a déplacées. Il n’a pas supprimé les dogmes ; il les a rendus invisibles. Il n’a pas supprimé l’éducation du désir ; il l’a confiée au marché, aux écrans, à la psychologie de masse et aux industries culturelles. Il n’a pas rendu l’homme plus naturel ; il l’a rendu disponible à un environnement inédit, saturé de stimulations, de récits identitaires et de marchandisation du corps.

On comprend alors pourquoi l’article de Dreger demeure utile. Non parce qu’il prouverait trop. Mais parce qu’il oblige à regarder notre propre monde comme un monde parmi d’autres. Nous ne sommes pas le sommet neutre de l’humanité. Nous ne sommes pas l’homme enfin dévoilé. Nous sommes une civilisation particulière, avec ses obsessions particulières, ses aveuglements particuliers, ses mots particuliers, ses blessures particulières.

Le catholique peut recevoir cette leçon avec gravité. La doctrine chrétienne n’a jamais pensé l’homme comme un animal de pulsions qu’il faudrait simplement réprimer de l’extérieur. Elle le pense comme un être appelé à l’unité intérieure, à la maîtrise de soi, au don, à la fécondité spirituelle et charnelle, à l’inscription de son corps dans une vocation. Le christianisme ne nie pas le désir ; il refuse de l’idolâtrer. Il sait que le désir humain est réel, puissant, parfois blessé, parfois obscur, mais qu’il doit être éduqué, purifié, orienté. Non pas écrasé, mais converti.

La modernité sexuelle, elle, voudrait nous faire croire que toute orientation du désir serait une violence. Mais elle oriente elle aussi. Elle forme elle aussi. Elle initie elle aussi. Simplement, elle le fait sous le masque de la neutralité.

C’est pourquoi il faut refuser l’opposition paresseuse entre une nature sexuelle spontanée et une morale chrétienne artificielle. L’alternative véritable est ailleurs : quelle grammaire voulons-nous donner au corps humain ? Celle du don ou celle de la consommation ? Celle de l’alliance ou celle de l’expérimentation permanente ? Celle de la fécondité ou celle de l’auto-définition solitaire ? Celle de la pudeur comme protection du mystère ou celle de l’exposition comme preuve d’existence ?

Les Aka et les Ngandu ne nous donnent pas un catéchisme. Ils ne sont pas un argument apologétique facile. Mais leur exemple nous aide à désoccidentaliser notre regard. Il nous rappelle que ce que nous appelons aujourd’hui “évidence” est souvent une habitude culturelle devenue dominante. Il nous rappelle que l’homme n’est jamais seulement livré à ses pulsions : il est façonné par un monde de signes.

La vraie question n’est donc pas de savoir si nous serons formés. Nous le serons toujours.

La vraie question est : par qui, par quoi, et vers quelle idée de l’homme ?

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Couvent de Yaroun : un attentat de l’armée israélienne contre les chrétiens du Liban

Communiqué de Yann Baly, Président de Chrétienté-Solidarité :

Le vendredi 1er mai dernier, l’armée israélienne a procédé à la destruction volontaire et, sans doute, irrémédiable, du couvent des soeurs melkites salvatoriennes (que nous avions rencontrées à Saïda en 2024) de Yaroun, au sud Liban.

Chrétienté-Solidarité condamne cette atteinte inqualifiable au patrimoine des chrétiens du Liban.

Par cet acte, l’armée israélienne se place au niveau des terroristes qu’elle prétend combattre.

Apprès la mort du père Raï, curé de Qlayaa, tué par un éclat israélien le 9 mars et la profanation du calvaire du village de Debl, fin avril, les troupes israéliennes viennent de porter une nouvelle fois atteinte aux chrétiens du Liban et à leur identité.

Les dénégations mensongères de l’ambassadeur d’Israël en France ne font que renforcer notre colère.

L’armée israélienne veut-elle devenir le meilleur soutien du Hezbollah ?

L’État israélien veut-il se mettre les chrétiens du Liban à dos ?

Ces actions insensées tendraient à nous le faire croire.

La grâce est-elle gratuite ? Un débat théologique.

La “Nouvelle Théologie” encore à la mode !

La double thèse de Mère Marie de l’Assomption (O.P.) s’inscrit dans un climat intellectuel marqué par la relecture lubacienne du rapport entre nature et grâce. Sa thèse, accompagnée de publications dans la revue thomiste, a suscité certains débats, dont une recension critique dans la revue Sedes sapientiae des dominicains de Chémeré (E. Vadillo Romero, “La nature et la grâce chez saint Thomas d’Aquin : un débat aux graves enjeux”, dans le n° 175 de Mars 2026, que l’on peut trouver ici : https://revuesedes.fr/).

L’idée centrale du père de Lubac est que l’homme porterait en lui une ouverture au surnaturel si profonde qu’il deviendrait difficile de maintenir nettement la gratuité absolue de l’ordre de la grâce : la nature humaine en devient comme ordonnée à une fin surnaturelle, au point que la frontière entre désir naturel de Dieu et appel surnaturel se trouve fortement accentuée, voire brouillée.

C’est précisément ce type de perspective que les deux thèses de Mère Marie de l’Assomption laissent apparaître, en posant de manière très vive la question d’une inclination naturelle de l’homme vers la vision de Dieu et d’une capacité intrinsèque du naturel à se tendre vers le surnaturel. Cette thèse abstraite n’est pas sans conséquences pratiques. Si l’homme est naturellement ordonné à Dieu, les limbes n’existent plus. En poussant le raisonnement encore plus loin, on justifie la liberté religieuse et l’œcuménisme.

Le dossier du numéro 135 (https://www.seldelaterre.fr/articles/sdt135/la-disparition-du-surnaturel.-a-propos-d%E2%80%99une-double-th%C3%A8se) qui vient de paraître, répond à cette difficulté de fond. Il ne s’agit pas d’une simple controverse secondaire, mais d’un véritable enjeu doctrinal : si l’on confond nature et grâce, on finit par affaiblir la gratuité du salut et par rendre obscur le caractère entièrement donateur de la vocation surnaturelle. Le premier article, celui du Frère Pierre-Marie O.P. sur « la disparition du surnaturel », montre comment certaines formulations modernes ont peu à peu conduit à dissoudre la distinction classique entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, au point de rendre difficile une théologie vraiment fidèle à saint Thomas.

Les articles qui suivent servent d’annexes et d’appuis à l’article du Frère Pierre-Marie pour préciser le débat au niveau le plus proprement thomiste, textes que la dominicaine exclue, puisque selon elle toute la tradition thomiste s’est fourvoyée et seul Henri de Lubac a su faire preuve d’une « extraordinaire lucidité » !

Une étude du Père Jean-Louis Cazelais de 1953 étudie le désir de voir Dieu chez saint Thomas d’Aquin en donnant la réponse de Cajetan, un des plus grands commentateurs thomistes. Il rappelle que l’homme est bien ordonné à Dieu par sa nature rationnelle, sans que cela signifie pour autant une exigence naturelle de la vision béatifique.

Le Sel propose ensuite la lecture de la solution de Jean de Saint-Thomas O.P. Celui-ci reprend la question de l’inclination naturelle à la vision de Dieu en cherchant à distinguer soigneusement l’élan de la nature vers son principe et la fin surnaturelle qui demeure absolument gratuite. Enfin, un article du Frère Ambroise Gardeil O.P. (1859-1931) examine l’idée d’une inclination naturelle innée vers le surnaturel et contribue à refermer la porte à toute lecture qui ferait du don surnaturel une sorte d’achèvement nécessaire de la nature.

L’ensemble du dossier forme ainsi une réponse doctrinale très nette à l’erreur de fond que laisse apparaître la double thèse de Mère Marie de l’Assomption : il réaffirme que l’homme est certes créé pour Dieu, mais non pour posséder par nature ce que seule la grâce peut lui donner. C’est cette distinction, capitale pour toute la théologie catholique, que le numéro entend défendre avec vigueur et précision.

La place est trop brève ici pour donner un juste aperçu de la réponse du Sel de la Terre dans cette controverse philosophique et théologique. Nous encourageons le lecteur intéressé à acheter l’article ou à se procurer le Sel de la Terre 135 :

Acheter cet article : https://www.seldelaterre.fr/articles/sdt135/la-disparition-du-surnaturel.-a-propos-d%E2%80%99une-double-th%C3%A8se

Sel de la Terre 135 : https://www.seldelaterre.fr/numeros/sdt135

S’abonner : https://www.seldelaterre.fr/abonnements

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Roumanie : la victoire des européistes a été de courte durée

Le Gouvernement roumain européiste vient d’être renversé par le Parlement. Pour mémoire, l’élection présidentielle avait été annulée à la veille du second tour pour empêcher la victoire du candidat souverainiste, l’an dernier.

Les sociaux-démocrates et la droite nationale ont voté une motion de censure et accusent le chef du gouvernement roumain de plonger le pays dans la pauvreté avec sa politique d’austérité.

La motion de censure a recueilli 281 voix sur les 233 nécessaires pour être adoptée, dans un Parlement qui compte 464 sièges. A priori l’urne n’a pas été bourrée par les Russes…

C’est la “fin de dix mois durant lesquels les soi-disant pro-européens n’ont livré rien d’autre que : impôts, guerre et pauvreté”, a réagi le patron de l’AUR, George Simion, sur X après le vote de la censure.

L’idéologie du genre remboursée de force par la Sécurité sociale

4 jugements ont été rendus le même jour par le tribunal de Lyon, condamnant la caisse primaire d’assurance maladie du Rhône et la Caisse nationale d’assurance maladie pour avoir refusé de prendre en charge l’ablation des seins de quatre… « plaignants ». Des femmes devenues hommes par charcutage.

Les juges ont décidé qu’il s’agissait « d’une atteinte à la vie privée des requérants et une discrimination en raison de l’identité de genre ».

Les caisses d’assurance maladie ont été condamnées à verser à chacune des femmes amputées entre 2000 à 3000 euros au titre du « préjudice moral »… Et 500 euros pour chaque affaire aux lobbies SOS Homophobie, Centre LGBTI de Lyon, Chrysalide, le Collectif Fiertés en Lutte, Fransgenre, le Planning familial du Rhône et la Fédération LGBTI+…

Don Bux à propos de la « bénédiction » de l’« évêque » anglican à Saint-Pierre

Don Nicola Bux a envoyé une brève note au blog italien Messa in latino concernant la « bénédiction » de l’archevêque de Canterbury, Sarah Mullally, en présence de Mgr Flavio Pace, secrétaire du Dicastère pour le Service de la Promotion de l’Unité des Chrétiens, au sein de la basilique Saint-Pierre :

Il existe une contradiction entre de nombreux pasteurs anglicans devenus prêtres de l’Église catholique et incardinés dans les ordinariats établis ad hoc par Benoît XVI, et le message de bons vœux du pape transmis par le cardinal Koch à Sara Mullaly, qui non seulement n’est pas évêque parce qu’elle est une femme, mais n’est même pas primat de Canterbury.

Sachant que les deux tiers de la Communion anglicane ne la reconnaissent pas comme telle.

Et que dire du secrétaire du Dicastère pour le Service de la Promotion de l’Unité des Chrétiens, Mgr Flavio Pace, qui se signe pendant que l’« évêque » anglican donne la bénédiction dans la chapelle Clémentine, près du tombeau de saint Pierre ?

Koch et Pace n’ont-ils pas conscience de la fausseté de leurs actes ?

Par ignorance ou par mauvaise foi, ils scandalisent et sèment la confusion chez de nombreux catholiques et exigent des éclaircissements du Vatican.

 

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services