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Est-il immoral d’aider les étrangers plus que ses compatriotes ?

https://disputationes.over-blog.com/2017/05/est-il-immoral-d-aider-les-etrangers-plus-que-ses-compatriotes.html

Dans l’article publié la semaine dernière (Immigration et ordre dans la charité, l’“accueil” désordonné des migrants est la négation de l’amour de Dieu) nous avons abordé la question de l’ordre dans l’exercice de la charité, nous référant particulièrement au problème de l’immigration, y compris de l’immigration islamique, surtout par rapport au bien commun de la société naturelle et surnaturelle. Cet article, en étroite relation avec le précèdent, dont il est un développement, veut offrir des commentaires des passages de Saint Thomas qui décrivent l’exercice de la charité surtout par rapport au problème de savoir s’il est juste ou non de s’occuper d’abord de ses propres compatriotes plutôt que des étrangers. Y a-t-il matière à pécher et même à pécher de manière grave lorsqu’un étranger est traité de la même manière qu’un membre de notre famille, de notre nation ou même qu’un compagnon d’armes ? Nous verrons la réponse de Saint Thomas d’Aquin en restant dans le sillage de la question 26 de la Secunda Secundae de la Summa Theologiae.

Saint Thomas aborde le problème par un argument tiré de Saint Augustin et qui contient déjà in nuce la réponse qu’il développera par la suite. En effet, d’un côté il semblerait qu’il faille aider tous les hommes de manière égale, mais d’un autre côté, il n’est pas possible d’aider tout le monde et il faut tenir compte du fait que nous sommes unis à certains par des circonstances de temps et de lieu, ou pour d’autres motifs, presque comme si “le sort” nous les avait confiés, dit l’Evêque d’Hippone[1].

D’un côté en effet, il est vrai que la raison d’un tel amour envers les hommes étant Dieu, elle a une égale nature pour tous et il est aussi vrai que le bien que nous désirons pour chaque homme est le bien suprême de la vie éternelle dont la nature est la même pour tous. Mais il n’en découle pas le devoir pour chacun d’entre nous d’aimer également tout le monde, parce que l’exercice de la charité est à ordonner aussi en relation à la situation spécifique et concrète de chacun. Nous devons donc avoir envers tous sans distinction, l’amour que Saint Thomas appelle “amour de bienveillance”, qui, littéralement veut dire vouloir le bien pour tous les hommes. Cependant ne pouvant pas faire du bien à tous, nous devrons être inégaux dans l’ “amour de bienfaisance” (mot à prendre dans le sens le plus large du terme bene facere)[2]. C’est-à-dire que, sans exclure positivement personne de notre amour de bienveillance, selon lequel nous désirons pour chacun le bien suprême et éternel, nous devons aimer de manière différenciée le prochain quant à la bienfaisance. Cet amour de bienfaisance aura une intensité différente selon que le prochain sera plus ou moins lié à nous selon diverses circonstances.

Saint Thomas dit donc avec clarté que pèche bien plus gravement celui qui refuse son amour à une personne qui lui est objectivement plus proche et qu’il devrait aimer que celui qui refuse son amour à une personne lointaine. Et pour appuyer et expliquer une telle assertion il cite les paroles du Lévitique : “quiconque maudira son père et sa mère qu’il soit mis à mort”[3]. Peine de mort qui n’est pas prévue pour celui qui maudit un autre que son père et sa mère. Il est bien plus grave pour un fils d’éprouver de la haine pour ses propres parents, que d’éprouver de la haine pour une personne quelconque. Il s’en suit évidemment que nous devons aimer d’avantage certains de nos proches plutôt que d’autres, en raison du lien objectif et inégal qui nous unit à eux, lien qui ne peut pas être établi ni par notre choix ni par l’égalitarisme à la mode.

Saint Thomas spécifie donc que, s’il est vrai que par rapport à la nature du bien surnaturel que nous voulons pour tous il n’y a pas de différence, pour tous en effet nous devons vouloir la béatitude éternelle, il est aussi vrai qu’il y a une intensité différente dans l’amour de charité et dans la bienfaisance que nous devons prodiguer au prochain, cette différente intensité nait de la plus ou moins grande proximité de la personne à aimer. Saint Paul dit que si quelqu’un ne prend pas soin des personnes de sa propre famille il est pire que l’infidèle (1 Tim 5,8). La dilection interne de la charité, avec ce qu’elle comporte d’extérieur, doit s’exercer d’abord envers celui qui nous est plus proche[4]. Chacun de nous doit “proportionner” l’amour de charité à ce qu’il est, à la situation dans laquelle la Providence l’a mis, à la famille dans laquelle Dieu l’a fait naître, à la patrie dans laquelle il a grandi. D’où le devoir primaire d’aimer de charité plus intense ceux qui nous sont plus proches; si à tous nous devons l’amour de charité de manière indistincte, à certains, en raison d’un autre amour d’amitié (au sens le plus large du terme) qui nous lie à eux, nous devons un amour de charité plus grand[5]. Et c’est ainsi que l’ordre même de la charité nous “commande” d’aimer davantage d’abord nos consanguins, ensuite ceux auxquels nous sommes liés pour d’autres raisons et Saint Thomas cite, tout de suite après les membres de la famille, les concitoyens[6].

On pourrait dire que sur les proches, sur les membres de la famille, sur les concitoyens nous avons d’une certaine façon un “mandat divin d’amour”, presqu’une responsabilité sur eux, qui nous vient de l’ordre voulu par Dieu Créateur, sur lequel l’ordre surnaturel se greffe.

“Nous devons avoir une plus grande charité pour ceux qui nous sont unis par le sang, soit parce que l’amour que nous leur portons est plus intense, soit parce que nous les aimons sous un plus grand nombre de rapports”[7], Saint Thomas est en train de nous expliquer que selon le type de lien qui nous unit nous sommes tenus à une dilection particulière et ordonnée envers certains avant d’autres. Par exemple, en ce qui regarde notre origine naturelle nous devons aimer principalement les consanguins, en ce qui regarde les relations sociales nous devons aimer principalement nos concitoyens et en ce qui regarde la guerre notre dilection doit aller d’abord vers nos compagnons d’armes[8]. Par exemple, dans la distribution des ressources familières, dit le Saint Docteur en commentant Saint Ambroise, un père est tenu de nourrir ses propres enfants naturels plutôt que d’éventuels fils spirituels[9]. C’est l’ordre des choses, que l’ordre surnaturel ne va pas bouleverser mais perfectionner. De façon analogue donc on doit dire du devoir des citoyens et des gouvernants, lesquels in primis doivent s’occuper des citoyens de leur propre Civitas avant de s’occuper de ceux des autres villes. Et un tel amour de charité doit s’adresser plus intensément aux concitoyens justement par rapport aux choses qui regardent la vie civile, dit Saint Thomas, c’est-à-dire que le soutien dérivant de l’intervention publique, par exemple, doit respecter cette plus grande intensité qui comporte inégalité d’amour et de traitement entre les compatriotes et les étrangers. Ainsi seulement l’intervention civique pourra être vraiment juste et surtout vraiment charitable.

A la lumière de l’enseignement de Saint Thomas d’Aquin, affirmer que les étrangers doivent être aimés et aidés de manière égale par rapport aux concitoyens ne paraît pas conforme à la doctrine catholique sur la charité. Elever à la dignité de principe le devoir de traiter de manière égalitaire, tant dans le milieu familial que dans celui de la Civitas, ses propres enfants comme les enfants des autres, ses propres concitoyens comme les étrangers, les fils de l’Eglise comme les infidèles musulmans, non seulement n’est pas conforme au droit naturel mais apparait aussi en contradiction avec la Divine Révélation et la Tradition catholique qui nous enseignent la charité ordonnée.

Don Stefano Carusi

P.S.: Saint Thomas offre une dernière considération dans la question 26 sur la charité, citée plus haut, à propos de la bienfaisance trop facile et du rapport entre bienfaiteur et bénéficiaire: “nous aimons d’avantage les choses que nous obtenons au prix d’un effort, celles par contre qui nous arrivent facilement, d’une certaine façon nous les méprisons”[10]. On pourrait en tirer un dernier avertissement indirect de l’Aquinate en matière de charité ordonnée: les aides excessives, complètement gratuites et de plus souvent souverainement injustes, parce que donnés en enlevant ce qui est dû à ses propres enfants ou à ses propres concitoyens au bénéfice de ceux qui sont loin ou des étrangers, parfois même ouvertement hostiles à la nation qui les accueille, peuvent engendrer aussi le mépris de celui qui reçoit les bénéfices et se retourner gravement contre les sociétés qui ont renié non seulement la justice, mais aussi l’ordre qui nous est offert par la foi et la charité.

[1] Saint Thomas d’Aquin, S. Th., IIa IIae, q. 26, a. 6, arg. 1: “Dicit enim Augustinus, in I de Doct. Christ., omnes homines aeque diligendi sunt. Sed cum omnibus prodesse non possis, his potissimum consulendum est qui pro locorum et temporum vel quarumlibet rerum opportunitatibus, constrictius tibi quasi quadam sorte iunguntur”.

[2] Ibidem, ad 1: “Ad primum ergo dicendum quod dilectio potest esse inaequalis dupliciter. Uno modo, ex parte eius boni quod amico optamus. Et quantum ad hoc, omnes homines aeque diligimus ex caritate, quia omnibus optamus bonum idem in genere, scilicet beatitudinem aeternam. Alio modo dicitur maior dilectio propter intensiorem actum dilectionis. Et sic non oportet omnes aeque diligere. Vel aliter dicendum quod dilectio inaequaliter potest ad aliquos haberi dupliciter. Uno modo, ex eo quod quidam diliguntur et alii non diliguntur. Et hanc inaequalitatem oportet servare in beneficentia, quia non possumus omnibus prodesse, sed in benevolentia dilectionis talis inaequalitas haberi non debet. Alia vero est inaequalitas dilectionis ex hoc quod quidam plus aliis diliguntur. Augustinus ergo non intendit hanc excludere inaequalitatem, sed primam, ut patet ex his quae de beneficentia dicit”.

[3] Ibidem, s.c.: “Sed contra est quod tanto unusquisque magis debet diligi, quanto gravius peccat qui contra eius dilectionem operatur. Sed gravius peccat qui agit contra dilectionem aliquorum proximorum quam qui agit contra dilectionem aliorum, unde Levit. XX praecipitur quod qui maledixerit patri aut matri, morte moriatur, quod non praecipitur de his qui alios homines maledicunt. Ergo quosdam proximorum magis debemus diligere quam alios”.

[4] Ibidem, a. 7, s.c.: “Sed contra est quod dicitur I ad Tim. V, si quis suorum, et maxime domesticorum curam non habet, fidem negavit et est infideli deterior. Sed interior caritatis affectio debet respondere exteriori effectui. Ergo caritas magis debet haberi ad propinquiores quam ad meliores”. Ibidem, corpus.

[5] Ibidem, corpus: “Sed intensio dilectionis est attendenda per comparationem ad ipsum hominem qui diligit. Et secundum hoc illos qui sunt sibi propinquiores intensiori affectu diligit homo ad illud bonum ad quod eos diligit, quam meliores ad maius bonum. Est etiam ibi et alia differentia attendenda. Nam aliqui proximi sunt propinqui nobis secundum naturalem originem, a qua discedere non possunt, quia secundum eam sunt id quod sunt”.

[6] Ibidem, corpus: “Et sic hoc ipsum quod est diligere aliquem quia consanguineus vel quia coniunctus est vel concivis, vel propter quodcumque huiusmodi aliud licitum ordinabile in finem caritatis, potest a caritate imperari. Et ita ex caritate eliciente cum imperante pluribus modis diligimus magis nobis coniunctos”.

[7] Ibidem, a. 8, corpus.

[8] Ibidem: “Sic igitur dicendum est quod amicitia consanguineorum fundatur in coniunctione naturalis originis; amicitia autem concivium in communicatione civili; et amicitia commilitantium in communicatione bellica. Et ideo in his quae pertinent ad naturam plus debemus diligere consanguineos; in his autem quae pertinent ad civilem conversationem plus debemus diligere concives; et in bellicis plus commilitones”.

[9] Ibidem, ad 2.

[10] Ibidem, a. 12, corpus.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Être vivant à l’ère du smartphone

Être vivant à l’ère du smartphone
Le désert des présences : retrouver le sens de l’autre

Illustration : Automate (1927), Edward Hopper
Derrière le silence suspendu de cette scène se devine déjà notre désert de présences. Bien avant les écrans, Hopper avait saisi une humanité menacée par une autre solitude : celle d’une vie où l’on cesse peu à peu d’habiter pleinement le monde.

Il est des œuvres qui semblent attendre leur époque. Elles demeurent silencieuses pendant des décennies, puis, soudain, elles commencent à parler avec une force inattendue. Automate, qu’Edward Hopper peint en 1927, appartient à cette étrange famille de tableaux qui vieillissent mieux que les hommes. Plus le temps passe, plus ils deviennent nos contemporains.

La scène paraît d’une simplicité désarmante. Une jeune femme est assise, seule, devant une tasse de café. La nuit s’étend derrière la vitre comme une étendue sans visage. Rien ne vient troubler l’immobilité du lieu. La lumière électrique éclaire la pièce sans parvenir à la réchauffer. Aucun drame n’est visible. Aucun événement ne retient le regard. Et pourtant, quelque chose manque.

Ce manque est presque impossible à nommer. Ce n’est pas seulement l’absence d’un interlocuteur. Ce n’est même pas la solitude. C’est une forme plus secrète de déracinement, comme si la jeune femme avait commencé à se détacher du monde qui l’entoure. Son corps est bien là ; son âme semble déjà ailleurs.

Hopper n’a évidemment jamais connu nos téléphones, nos réseaux sociaux ou les algorithmes qui se disputent aujourd’hui notre attention. Mais il avait discerné une fragilité plus profonde que toutes les technologies : la possibilité, pour l’être humain, de demeurer physiquement présent tout en cessant peu à peu d’habiter l’instant. La femme d’Automate est notre contemporaine ; elle nous regarde depuis 1927. Son silence ressemble au nôtre. Elle est le premier visage d’une humanité qui risque de ne plus savoir se rencontrer.

Cette intuition est devenue l’une des grandes questions de notre temps.

I. Le temps dispersé : quand l’homme cesse d’habiter le présent
Notre époque a inventé une nouvelle forme de pauvreté : celle d’un homme qui possède tout pour être relié, mais qui peine parfois à être rejoint.

Il suffit de regarder autour de nous. Dans un wagon de métro, dans une salle d’attente, à la terrasse d’un café, la scène est devenue familière. Des hommes et des femmes sont là, les uns à côté des autres, partageant le même espace, parfois même le même silence. Pourtant, leurs regards sont ailleurs. Chacun semble enfermé dans une petite chambre invisible dont la porte s’ouvre sur un univers sans limite.

Le paradoxe est saisissant : jamais nous n’avons eu autant de fenêtres ouvertes sur le monde, et jamais peut-être nous n’avons été aussi tentés de fermer celle qui nous relie à celui qui se tient devant nous.

Le téléphone promet la proximité. Il peut en effet rapprocher ceux qui sont éloignés, maintenir des liens précieux, transmettre une parole urgente ou un geste de solidarité. Mais il porte aussi une illusion subtile : celle de remplacer la rencontre par la connexion.

Or, une connexion n’est pas une présence. Une connexion transmet une information. Une présence accueille un être.

La différence est immense. Une information peut être envoyée à des milliers de personnes en quelques secondes. Une présence, elle, demande du temps. Elle exige une disponibilité intérieure. Elle suppose de suspendre un instant son propre mouvement pour laisser entrer quelqu’un d’autre.

C’est pourquoi les moments les plus précieux d’une existence sont souvent ceux qui ne laissent aucune trace numérique. Le regard d’un père posé sur son enfant qui raconte sa journée. La main d’un proche tenue dans un moment d’épreuve. Une conversation qui s’étire sans objectif particulier. Le silence partagé de deux personnes qui n’ont plus besoin de parler pour être ensemble.

Rien de tout cela n’est spectaculaire. Rien ne se mesure. Rien ne se publie. Et pourtant, c’est souvent là que se joue l’essentiel.

Nous avons progressivement habitué notre esprit à une forme de dispersion permanente. Une attente de quelques secondes suffit pour chercher un écran. Un silence dans une conversation devient presque une anomalie à combler. Un trajet sans stimulation paraît perdu. Nous vivons entourés de possibilités infinies, mais nous avons de plus en plus de mal à demeurer dans une seule réalité.

Cette fragmentation n’est pas seulement une question d’organisation du temps. Elle touche à notre manière même d’exister. Car l’homme ne se construit pas dans la multiplication des expériences, mais dans la profondeur avec laquelle il accueille celles qu’il reçoit. Une vie riche n’est pas nécessairement une vie remplie. Elle est une vie habitée.

Nous pouvons traverser mille paysages sans jamais vraiment les voir. Nous pouvons rencontrer des centaines de personnes sans jamais vraiment en rencontrer une seule. Nous pouvons accumuler les images du monde tout en perdant peu à peu le sens de sa beauté.

Le problème n’est donc pas seulement que nous regardons trop nos écrans. Le problème est que nous risquons de perdre la capacité de regarder véritablement. Regarder est un acte beaucoup plus profond qu’une simple perception visuelle. C’est une manière de reconnaître que ce qui est devant nous mérite notre attention. C’est dire silencieusement à l’autre : « Tu n’es pas un élément du décor de ma vie. Tu comptes. »

Simone Weil avait compris cette dimension spirituelle de l’attention. Pour elle, l’attention véritable n’était pas une simple faculté intellectuelle ; elle était la forme la plus pure de la générosité. Être attentif à quelqu’un, c’est déjà lui offrir quelque chose de soi.

À l’inverse, la distraction permanente finit par nous rendre indisponibles. Elle ne nous prive pas seulement de temps ; elle nous prive de profondeur. C’est peut-être là le drame silencieux de notre époque : nous ne manquons pas d’informations, nous manquons parfois d’intériorité. Nous savons ce qui se passe à l’autre bout du monde, mais nous ignorons parfois ce qui traverse le cœur de celui qui partage notre quotidien. Nous suivons les émotions de milliers d’inconnus, mais nous avons du mal à accueillir la tristesse d’un proche.

Le désert des présences commence ainsi : non par une disparition brutale de l’autre, mais par une lente incapacité à le recevoir.

II. La vieille tentation de fuir
Nous pourrions croire que notre époque a inventé une maladie nouvelle : celle de l’homme incapable de quitter son écran. Mais ce serait oublier que la tentation est beaucoup plus ancienne que les technologies qui l’accompagnent.

Depuis toujours, l’être humain éprouve une difficulté mystérieuse : demeurer. Demeurer dans un lieu. Demeurer dans une relation. Demeurer face à lui-même.

Il existe en chacun de nous une inclination à chercher ailleurs ce que nous refusons parfois de rencontrer là où nous sommes. Nous imaginons qu’un changement permanent nous délivrera de nos inquiétudes, qu’une nouvelle expérience comblera nos manques, qu’une agitation plus grande fera taire nos questions.

Mais l’agitation ne guérit pas le vide. Elle le recouvre seulement.

Les anciens moines avaient observé cette fragilité de l’âme avec une finesse étonnante. Ils lui avaient donné un nom : l’acédie. L’acédie n’est pas simplement la paresse. Elle est une forme de lassitude intérieure, une incapacité à consentir au présent. Elle pousse l’homme à fuir le lieu où il se trouve, à désirer toujours autre chose, à chercher dans le mouvement extérieur un remède à une inquiétude intérieure. Le moine atteint d’acédie ne souffre pas d’un manque d’activité. Il souffre au contraire d’une incapacité à habiter pleinement l’activité qui lui est donnée. Son cœur devient disposé. Son esprit voyage sans cesse.

Ce que les Pères du désert décrivaient dans le silence de leurs cellules, nous le reconnaissons aujourd’hui dans le bruit permanent de nos sociétés. Nos instruments ont changé. La tentation demeure.

Le téléphone n’est pas l’origine de notre dispersion ; il en est devenu l’outil le plus efficace. Il offre à chaque instant une possibilité d’évasion. Il remplit les attentes, détourne les regards, évite les silences. Il nous permet de ne jamais être complètement seuls avec nous-mêmes.

Or, le silence n’est pas un ennemi. Il est un révélateur. C’est peut-être pourquoi nous le redoutons tant. Dans le silence, les questions que nous repoussons reviennent à nous. Qui suis-je réellement ? Quel est mon désir plus profond ? Qu’ai-je fait de ma vie ? Quelle place ai-je donnée aux autres ? Qu’est-ce qui demeure lorsque disparaissent les distractions qui occupent mes journées ?

La fuite devient alors une manière de ne pas entendre. Blaise Pascal avait formulé cette intuition avec une profondeur qui conserve toute son actualité : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. »

Pascal ne condamnait pas l’action. Il connaissait trop bien la grandeur de l’engagement humain. Il désignait quelque chose de plus profond : cette incapacité à supporter notre propre présence.

L’homme moderne ne fuit plus seulement dans le divertissement au sens ancien du terme. Il fuit dans un flux continu d’images, d’informations, de réactions et de sollicitations. Le divertissement a changé de visage, mais sa fonction demeure : empêcher l’homme de se retrouver face à lui-même.

Il existe pourtant une vérité paradoxale : c’est précisément dans cette rencontre intérieure que peut commencer une véritable liberté. Car celui qui ne sait jamais demeurer devient facilement prisonnier de ce qui l’attire à l’extérieur. Celui qui ne supporte aucun silence devient dépendant de tous les bruits. Celui qui ne sait pas regarder son propre cœur risque de laisser d’autres forces décider à sa place de ce qui mérite son attention.

La question fondamentale n’est donc pas seulement : « Combien de temps passons-nous devant nos écrans ? » Elle est plus radicale : sommes-nous encore capables d’être présents à ce qui nous est donné ?

Cette question touche au cœur même de notre liberté. Car l’attention est devenue aujourd’hui l’un des grands enjeux de notre époque. Les technologies cherchent à la capter, les plateformes cherchent à la retenir, les algorithmes cherchent à l’orienter. Mais avant même d’être une ressource économique disputée, l’attention est une faculté spirituelle. Ce que nous regardons façonne ce que nous devenons.

L’homme qui ne choisit plus son regard finit par ne plus choisir entièrement sa vie.

Retrouver la présence, ce n’est donc pas simplement réduire l’usage d’un outil. C’est reconquérir une liberté intérieure. C’est redevenir capable de recevoir le monde avant de vouloir le consommer, d’écouter avant de répondre, de contempler avant de juger.

III. La révolution de l’Incarnation : quand Dieu choisit d’être présent
Au cœur du christianisme se trouve une affirmation qui demeure, après deux mille ans, d’une audace presque incompréhensible : Dieu n’a pas voulu rester une idée. Il n’a pas choisi de demeurer dans la distance inaccessible d’un absolu lointain. Il n’a pas seulement transmis aux hommes une sagesse, une morale ou un enseignement. Il est venu Lui-même. Il a pris un visage.

Cette affirmation constitue peut-être la réponse la plus profonde au drame de notre époque : l’homme souffre moins d’un manque d’informations que d’un manque de présence. Il ne cherche pas seulement des réponses ; il cherche quelqu’un qui soit là.

Or, l’Incarnation révèle précisément cela : Dieu ne sauve pas l’homme depuis l’extérieur. Il entre dans son histoire. Il accepte la fragilité d’un corps, la lenteur d’une existence humaine, la proximité d’une rencontre.

Le Verbe se fait chair.

Cette phrase de l’Évangile de saint Jean contient une révolution anthropologique immense. Elle affirme que la matière n’est pas un obstacle à Dieu, que le visage humain peut devenir le lieu d’une rencontre avec l’invisible, que le temps ordinaire peut être traversé par l’éternité.

À l’opposé d’une civilisation qui tend parfois à dématérialiser les relations, le christianisme rappelle que l’homme est un être incarné. Nous ne sommes pas des consciences flottantes. Nous sommes des êtres de chair et de sang. Nous avons besoin d’une voix, d’un regard, d’une proximité réelle. Nous avons besoin de cette expérience fondamentale : quelqu’un est là.

C’est pourquoi le Christ ne se contente jamais de parler aux hommes depuis une distance sécurisée. Il marche sur les routes, il s’arrête devant les malades, il touche les corps blessés, il partage les repas, il pleure devant la tombe de Lazare. Chaque page de l’Évangile est une école de présence. Jésus ne traite jamais les personnes comme des problèmes à résoudre. Il rencontre des visages. Il connaît les histoires singulières. Il appelle chacun par son nom.

Là se trouve peut-être l’une des grandes différences entre une logique technique et une logique humaine. Une machine peut analyser des données. Elle peut détecter des comportements, anticiper des besoins, proposer des réponses. Elle peut même parfois accomplir des tâches avec une efficacité remarquable. Mais elle ne peut pas aimer. Elle ne peut pas regarder un être humain et lui dire, par sa seule présence : « Tu comptes pour moi. » Car aimer suppose une proximité qui ne se réduit pas à une fonction. Cela suppose d’être là, gratuitement, sans autre objectif que d’accueillir l’autre.

C’est précisément ce que révèle la présence eucharistique.

Il m’est arrivé de voir, au détour d’une nef, un homme assis dans une ancienne chapelle romane. Les pierres portaient encore la mémoire des siècles de prières qui les avaient traversées. La lumière descendait doucement des vitraux, et tout invitait au recueillement. Pourtant, toutes les trente secondes, une lueur bleutée venait éclairer son visage. Même ici, dans un lieu édifié pour apprendre à se tenir devant l’invisible, nous transportons avec nous notre agitation.

La liturgie eucharistique enseigne exactement le contraire de cette dispersion. À l’élévation, lorsque le prêtre lève l’hostie, les regards se lèvent avec elle. Pendant quelques instants, personne ne consulte un écran, personne ne commente, personne ne fuit. Il y a une Présence. Une présence qui ne se capture pas, qui ne se possède pas, qui ne se transforme pas en donnée algorithmique. Elle se reçoit dans le silence de l’adoration.

Dans un monde saturé de sollicitations, l’Eucharistie enseigne une autre manière d’exister : recevoir plutôt que saisir, demeurer plutôt que courir, contempler plutôt que consommer. Elle rappelle à l’homme une vérité oubliée : ce qui est le plus précieux dans la vie n’est pas toujours ce qui produit quelque chose.

Une présence aimante auprès d’un malade ne produit aucun chiffre. Une prière silencieuse ne produit aucune visibilité. Un pardon accordé dans le secret ne génère aucune reconnaissance publique. Et pourtant, ce sont souvent ces actes invisibles qui transforment réellement le monde.

La modernité mesure volontiers la valeur des choses à leur efficacité, leur rapidité ou leur rendement. Le christianisme rappelle une autre mesure : la capacité d’aimer. Car l’homme n’est pas seulement un producteur, un consommateur ou un utilisateur d’informations. Il est un être appelé à la relation. Il ne se réalise pas en possédant davantage, mais en donnant davantage de lui-même.

La réponse au désert des présences ne sera donc pas une nostalgie du passé ni un rejet de la technique. Elle sera une redécouverte de ce qui fait l’homme depuis toujours : la capacité d’accueillir un autre être comme un mystère, et non comme un objet.

IV. Réapprendre à habiter le monde
Si le désert des présences est une réalité de notre temps, il n’est pas une fatalité. L’homme conserve toujours cette capacité étonnante de recommencer. Il suffit parfois d’un geste très simple pour que quelque chose se rouvre : un regard qui se lève, une attention offerte, un silence accepté.

La présence ne revient pas par de grandes déclarations. Elle renaît dans ces fidélités discrètes qui ne font jamais la une des journaux. Un père qui pose son téléphone pour écouter vraiment son enfant. Une mère qui prend le temps de regarder le visage de celui qui lui parle. Des amis qui partagent un repas sans chercher à interrompre chaque silence. Un homme qui, dans la rue, prend quelques secondes pour saluer celui qu’il croise.

Ces gestes semblent dérisoires dans un monde qui valorise l’exploit, la vitesse et la visibilité. Pourtant, ils touchent à quelque chose d’essentiel : ils restaurent le lien invisible qui unit les êtres humains.

Car être présent, c’est d’abord reconnaître que l’autre n’est jamais un décor. Chaque visage porte une histoire que nous ignorons. Chaque personne rencontrée possède une profondeur qui dépasse infiniment ce que nous pouvons en percevoir en quelques secondes.

Lorsque nous cessons de regarder vraiment, nous réduisons le monde. Nous transformons les personnes en silhouettes, les événements en informations, les lieux en simples arrière-plans. La présence est précisément l’acte inverse : elle rend au monde son épaisseur. Elle nous apprend à voir de nouveau.

Voir une lumière d’automne sur une façade. Entendre le silence d’une forêt. Prendre le temps d’écouter une personne âgée raconter un souvenir déjà entendu. S’arrêter devant une œuvre d’art sans chercher immédiatement à la photographier. Toutes ces expériences ont une même exigence : elles demandent que nous soyons là.

Notre époque nous pousse souvent à accumuler des traces. Photographier, enregistrer, partager, conserver. Mais il existe une manière plus profonde de garder quelque chose : l’avoir véritablement vécu. Une présence authentique n’a pas besoin d’être archivée. Elle demeure en nous.

C’est peut-être l’une des grandes illusions contemporaines : croire que nous possédons davantage la réalité lorsque nous la fixons dans une image. Mais parfois, en voulant tout conserver, nous oublions simplement d’être présents à ce qui se passe. Il y a des moments qu’il faut laisser passer pour pouvoir les recevoir.

La vie humaine n’est pas un contenu à produire. Elle est un mystère à accueillir.

Retrouver la présence suppose donc un choix. Non pas un rejet du monde moderne, mais une décision intérieure : celle de ne pas laisser d’autres forces disposer entièrement de notre attention. Les algorithmes peuvent proposer. Ils peuvent orienter. Ils peuvent chercher à retenir notre regard. Mais ils ne peuvent pas choisir à notre place ce qui mérite notre amour.

Notre liberté commence précisément là : dans cette capacité à tourner notre regard vers ce qui compte vraiment. Car ce que nous regardons façonne notre cœur. Celui qui ne choisit plus son attention finit par laisser les autres choisir son monde.

C’est pourquoi la reconquête de la présence est peut-être l’un des grands actes de résistance spirituelle de notre époque. Une résistance sans colère, sans bruit, sans slogans. Une résistance faite de gestes simples : écouter, contempler, attendre, aimer.

Elle commence chaque fois qu’un homme refuse de vivre entièrement à la surface des choses. Elle commence chaque fois qu’il accepte de demeurer.

Un jour, dans une rue ordinaire, un vieil homme m’a souri. Ce n’était pas un sourire automatique, ni un simple geste de politesse. C’était un regard qui disait simplement : « Je te vois. » Rien de spectaculaire, rien qui puisse être partagé sur un réseau social. Et pourtant, pendant un instant, deux êtres humains ont réellement existé l’un pour l’autre.

Ces instants ne produisent rien de mesurable, ils ne génèrent aucune donnée et ne sont pas rentables. Mais ce sont eux qui sauvent. Car une vie ne se mesure pas au nombre de notifications reçues ; elle se mesure aux regards échangés, aux silences partagés et à la présence offerte. Le reste n’est que du bruit.

La femme d’Hopper est toujours assise devant sa tasse de café, figée depuis près d’un siècle. Elle ne nous accuse pas, elle nous attend. Peut-être n’attend-elle personne, ou peut-être attend-elle simplement qu’un homme relève enfin les yeux. Le peintre n’a pas prédit les écrans, il a vu l’homme dans sa propension à fuir et à oublier d’habiter le monde. Mais il a aussi entrevu la possibilité du retour.

La présence, c’est peut-être cela : accepter de se déranger, de quitter sa table et sa tasse de café, pour aller vers celui qui attend. L’écran, lui, nous cloue sur place. La Présence, elle, nous met en chemin. Nous ne sommes pas faits pour être connectés à tout. Nous sommes faits pour être présents à quelqu’un.

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Madame Mamdani et la Vierge Marie en Corse

La retraite organisée dans un ancien couvent capucin de Corse autour de la figure de Marie, à laquelle participe notamment Rama Duwaji, épouse du maire de New York Zohran Mamdani, ne peut laisser les catholiques indifférents.

Le choix du lieu est déjà chargé de symboles. Pendant des siècles, les Capucins ont incarné en Corse une présence de prière, de pauvreté évangélique et de fidélité à l’Évangile. Voir aujourd’hui un ancien couvent accueillir une retraite islamique consacrée à Marie invite à une réflexion plus profonde sur la mémoire chrétienne de l’Europe et sur le devenir de son patrimoine spirituel.

La Corse n’est pas une terre neutre dans l’histoire des rapports entre chrétienté et monde musulman. Pendant près d’un millénaire, elle fut régulièrement frappée par les razzias venues d’Afrique du Nord. Les chroniqueurs rapportent des villages incendiés, des populations massacrées ou réduites en esclavage, des familles entières emmenées vers les marchés d’esclaves de Tunis, d’Alger ou de Tripoli. Les nombreuses tours génoises qui jalonnent encore aujourd’hui le littoral corse ne sont pas un simple décor touristique : elles témoignent d’une île vivant dans l’attente permanente des voiles barbaresques. Les villages perchés de l’intérieur doivent également beaucoup à cette longue insécurité.

Cette mémoire ne justifie évidemment aucune hostilité envers les personnes. Mais elle rappelle qu’un lieu porte une histoire, et qu’il n’est jamais complètement indifférent de le transformer.

Le thème même de cette retraite mérite également d’être examiné. Les organisateurs présentent Marie comme « une femme palestinienne donnant naissance sous occupation ». Cette formulation relève d’une lecture politique contemporaine davantage que d’une démarche historique. Marie était une jeune fille juive de Judée vivant sous domination romaine. Lui attribuer une identité nationale moderne revient à projeter sur le Ier siècle les catégories idéologiques du XXIe.

Plus profondément encore, la figure de Marie dans le Coran ne provient pas uniquement des Évangiles canoniques. Les chercheurs ont depuis longtemps montré que plusieurs épisodes coraniques trouvent leurs parallèles les plus proches dans des écrits chrétiens non retenus par l’Église.

Ainsi, la présentation de Marie enfant au Temple provient très probablement d’une tradition connue par le Protévangile de Jacques. L’épisode du palmier qui nourrit Marie au moment de la naissance de Jésus rappelle fortement le Pseudo-Matthieu. Le miracle des oiseaux d’argile façonnés par l’enfant Jésus correspond presque exactement à un épisode de l’Évangile de l’Enfance selon Thomas. Quant au Jésus parlant dès son berceau, il appartient également au corpus des évangiles de l’enfance qui circulaient dans plusieurs communautés chrétiennes orientales.

Pourquoi l’Église n’a-t-elle pas retenu ces écrits ?

Non parce qu’ils seraient dépourvus de tout intérêt ou de toute tradition ancienne, mais parce qu’ils ne remplissaient pas les critères du canon. Ils sont généralement tardifs, rédigés plusieurs générations après les apôtres, attribués fictivement à des auteurs prestigieux, et n’ont jamais été reçus universellement comme inspirés par les Églises apostoliques. Beaucoup développent aussi une littérature merveilleuse qui dépasse largement la sobriété des Évangiles canoniques. L’Église a donc distingué avec prudence ce qui pouvait nourrir une tradition pieuse de ce qui devait être reconnu comme Parole de Dieu.

Ce constat éclaire également la manière dont le Coran se situe par rapport au christianisme. Il reprend certains éléments issus de traditions chrétiennes anciennes tout en rejetant précisément les affirmations qui constituent le cœur de la foi chrétienne : la divinité du Christ, sa filiation divine, sa mort rédemptrice sur la Croix et le mystère de la Trinité. Dès son apparition, l’islam se présente non comme une simple continuation du christianisme, mais comme une révélation qui entend corriger ce qu’elle considère comme les erreurs des chrétiens.

Cette question est d’autant plus importante que les origines mêmes de l’islam font aujourd’hui l’objet d’un vaste débat historiographique. Les recherches contemporaines, qu’elles s’appuient sur la philologie, l’archéologie, l’épigraphie ou l’étude critique des sources, conduisent un nombre croissant de spécialistes à considérer que les récits musulmans classiques ont été rédigés tardivement et doivent être interrogés comme toute source historique. Les hypothèses divergent ensuite largement sur la reconstruction des événements, mais le consensus ancien consistant à recevoir sans examen critique l’ensemble du récit traditionnel appartient désormais au passé de la recherche.

Pour les catholiques, cette actualité est finalement une invitation à revenir à Marie telle que l’Église la contemple depuis deux mille ans. Non une figure remodelée au gré des causes politiques du moment, ni un personnage recomposé à partir de traditions secondaires, mais la Mère de Dieu, la Nouvelle Ève, celle qui conduit toujours à son Fils.

Les pierres des anciens couvents, les tours qui veillent encore sur les côtes corses et la mémoire des générations qui nous ont précédés rappellent une vérité simple : une civilisation ne se transmet pas uniquement par ses bâtiments, mais d’abord par la fidélité de ceux qui continuent à vivre la foi qui les a fait naître.

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La France va-t-elle légaliser l’euthanasie?

Le 12 juillet, Terres de mission reçoit Marie-Lys Pélissier, porte-parole de la Marche pour la Vie, pour évoquer les dernières étapes de la discussion parlementaire sur l’euthanasie.

Puis Françoise Breynaert, docteur en théologie, présente son livre sur l’évangile de saint Matthieu dans l’Eglise de  langue araméenne: “L’Evangile de saint Matthieu. Un collier d’oralité en pendentif en lien avec le calendrier synagogal” (Parole et Silence).

Sainte Catherine de Sienne et défense de la papauté

SAINTE CATHERINE DE SIENNE
1347-1380 DOCTEUR DE L’EGLISE
LETTRE N°49 AUX SEIGNEURS DE FLORENCE

En étant en guerre avec Dieu par l’injure que vous avez faite à son Vicaire, à notre Père, je dis que vous vous êtes affaiblis, puisque vous avez perdu son secours, je sais que beaucoup ne croient pas avoir offensé Dieu, et qu’ils s’imaginent lui avoir été agréables en persécutant l’Eglise et ses pasteurs ; ils se défendent en disant : ils sont coupables, et font beaucoup de mal ; et moi je vous dis ce que Dieu veut et vous ordonne : lors même que les Pasteurs de l’Eglise et le Christ de la terre (le pape) seraient des démons incarnés, au lieu d’avoir la douceur et la bonté d’un père, il faudrait leur être SOUMIS et OBEISSANT, non pas à cause d’eux, mais à cause de l’obéissance que nous devons à Dieu, qu’ils représentent.

Vous savez qu’un fils n’a jamais raison contre son père, lors même que celui-ci est mauvais et qu’il lui a fait injure ; car l’existence qu’il a reçue de son père est un si grand bienfait, que rien ne pourra l’acquitter envers lui. Songez que l’existence et la grâce que nous tirons du corps mystique de la sainte Eglise sont des bienfaits si grands, qu’aucun hommage, aucun acte ne pourront jamais acquitter cette dette. Hélas ! Hélas ! mes enfants, je vous le dis en pleurant et je vous en conjure de la part de Jésus crucifié, réconciliez-vous, faites la paix avec lui, ne continuez pas la guerre, et n’attendez pas que la colère de Dieu éclate sur vous. Car je vous le dis : Dieu regarde cette injure comme faite à lui-même.

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Nombre d’ordinations catastrophique : quels diocèses de France sont en queue de peloton ?

En 2024, 4 diocèses français étaient sans ordinations depuis au moins 10 ans :
* Carcassonne et Narbonne, dont la dernière ordination datait de 2006. Le diocèse a eu une ordination en 2025 (ordinand de 51 ans), soit 19 ans plus tard.
* Aire-et-Dax, dont la dernière ordination date toujours de 2012, il y a désormais 14 ans
* Le Puy-en-Velay, dont la dernière ordination date toujours de 2013, il y a désormais 13 ans
* Le Havre, dont la dernière ordination date toujours de 2014, il y a désormais 12 ans
Aucun diocèse n’a à ce jour rejoint cette liste, mais les diocèses d’Annecy et de Rodez, qui n’ont pas eu d’ordination diaconale en 2026, devraient la rejoindre l’an prochain.

Par ailleurs, sur les 16 dernières années (soit de 2011 à 2026) trois diocèses n’ont eu qu’une seule ordination sacerdotale diocésaine :
* Carcassonne et Narbonne, avec l’ordination de 2025 (ordinand de 51 ans) sus-mentionnée
* Rodez et Vabres, avec une unique ordination en 2017 (ordinand originaire d’Inde)
* Pamiers, Couserans et Mirepoix, avec une unique ordination en 2016 (et une autres certes en 2023 mais pour le Diocèse aux armées)
Pour ces trois diocèses, si la dynamique vocationnelle se poursuit à l’identique, et considérant une hypothèse généreuse où un prêtre est actif sur une période de 50 ans (entre ses 30 et ses 80 ans), cela représente pour chacun de ces diocèses un clergé diocésain natif composé à terme d’environ 3 prêtres.

Ensuite, sept diocèses ont eu seulement deux ordinations sur ces 16 mêmes dernières années :
* Agen (2013 et 2017)
* Périgueux et Sarlat (2015, et 2018 où l’ordinand avait 54 ans)
* Saint-Flour (2012 et 2019)
* Nevers (2024 et 2025)
* Sens-Auxerre (2011, et Matthieu Jasseron en 2019 qui a bruyamment défroqué en 2024)
* Mende (2017 et 2026)
* Tulle (2017 où l’ordinand avait 63 ans, et 2019 où l’ordinand avait 44 ans)
Pour ces sept diocèses, si la dynamique vocationnelle se poursuit à l’identique, et considérant une hypothèse généreuse où un prêtre est actif sur une période de 50 ans (entre ses 30 et ses 80 ans), cela représente pour chacun de ces diocèses un clergé diocésain natif composé à terme d’environ 6 prêtres.

De même, les sept diocèses suivants risquent d’avoir un clergé diocésain natif composé à terme d’environ 10 prêtres (car uniquement 3 ordinations sur les 16 dernières années) si la dynamique se poursuit : Aire et Dax, Le Puy-en-Velay, Moulins, Angoulême, Troyes, Le Havre, Montauban. On pourrait continuer ce type de liste longtemps, le nombre de diocèses sinistrés étant important.

Il faudrait également prendre en compte du nombre de prêtres qui quittent le sacerdoce chaque année. Sur la période 2023-2025, le site laveritedeschiffres.net recensait, pour les diocèses uniquement et hors communautés, 56 sorties (hors décès) pour 105 ordinations.

Si la Conférence des évêques de France fait état d’une augmentation réjouissante de 50% des entrées en propédeutique entre 2023 et 2025, il serait également bon d’en connaitre la part de nouveaux convertis (qui sembleraient plus volatils à terme).

Laurent Dastros
Article publié sur Substack. Image tirée de Wikipedia.

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Pense à la prime…

Rendez-vous pour la première du film complet le 14 Juillet à 20h sur la chaine youtube de Natalie Saracco

Septième dimanche après la Pentecôte : « Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous en vêtements de brebis, mais qui au-dedans sont des loups rapaces »

Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.

La messe du septième dimanche après la Pentecôte présente quelques caractères assez particuliers. Elle ne figure pas dans les anciens livres romains, et serait donc d’origine gallicane. Précisons qu’il ne s’agit pas ici du gallicanisme du XVIIe siècle, et des prétentions de l’Église de France à s’ériger en Église nationale indépendante de Rome, mais de la liturgie de l’Église des Gaules antérieure à l’époque carolingienne, alors que l’unité liturgique n’était pas réalisée, et qu’il y avait encore un chant romain (ancêtre du chant grégorien), un chant ambrosien (à Milan), un chant bénéventin, un chant hispanique, un chant gallican etc.. C’est seulement au VIIIe siècle, sous Pépin le Bref et Charlemagne, que la liturgie romaine a été adoptée par tout l’occident chrétien, incorporant cependant certains éléments gallicans, dont cette messe est un témoin. C’est très net en ce qui concerne l’Alléluia, dont la mélodie s’étire en longueur de façon exubérante. De même l’Offertoire est une prière longue et développée, mais à l’opposé l’Introït, le Graduel et la Communion sont très simples et parmi les plus courts du répertoire.

► Introït : Omnes gentes

L‘Introït, très court, et l’Alléluia, très long, ont exactement le même texte, ce qui est très rare (il n’y a qu’un autre cas, à la messe de minuit de Noël). Il s’agit du premier verset du psaume 46, acclamation triomphale qui accompagnait la montée de l’arche d’alliance sur la montagne de Sion, pour remercier le Seigneur d’une grande victoire accordée à son peuple. Ce psaume était déjà utilisé à la fête de l’Ascension, où cette montée préfigurait celle du Christ dans le ciel.

En ce temps après la Pentecôte, après les sentiments exprimés dans les chants des précédents dimanches : confiance en Dieu, abandon à sa volonté, prière pour obtenir sa protection, nous trouvons ici une autre attitude chrétienne fondamentale, que nous retrouverons le dimanche suivant : la louange de la majesté et de la toute puissance divine, l’action de grâces pour ses bienfaits :

Omnes gentes, plaudite manibus, jubilate Deo in voce exsultationis.
Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu avec des cris de joie.

On remarquera que cette louange divine doit s’effectuer par les mains et par la voix, c’est-à-dire aussi bien par nos actions que par nos paroles.

Le deuxième verset du psaume est psalmodié à la suite :

Quoniam Dominus excelsus, terribilis, rex magnus super omnem terram.
Car le Seigneur est très haut, redoutable, grand roi sur toute la terre.

Cet Introït, nous l’avons dit, est très court, et sa mélodie, très simple, est légère et joyeuse.

► Graduel : Venite fili

Contrairement aux autres chants de la messe du septième dimanche après la Pentecôte, le Graduel figure dans les anciens livres romains, mais au mercredi de la quatrième semaine de Carême, appelé  » férie des grands scrutins « , car c’était le jour où l’on désignait les catéchumènes qui allaient recevoir le baptême à la Vigile Pascale, et où il a été repris pour ce dimanche. C’est donc d’abord à ces futurs baptisés que ce texte s’adresse. Il est tiré du psaume 33, cantique de louange et d’action de grâces, attribué à David, que nous retrouverons à plusieurs reprises en ce temps après la Pentecôte. Les deux versets réunis ici ne se suivent pas dans le psaume, mais ils se complètent admirablement :

Venite filii, audite me : timorem Domini docebo vos. Accedite ad eum, et illuminamini : et facies vestræ non confundentur.
Venez mes enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Approchez-vous de Lui et vous serez illuminés et vos visages n’auront pas à en rougir.

Cette invitation aux nouveaux baptisés s’adresse aujourd’hui à nous tous. Nous y trouvons réunies deux grandes étapes de la vie spirituelle ; la crainte de Dieu, premier des dons du Saint Esprit, qui nous fait nous prosterner avec humilité devant la majesté divine, et l’illumination, qui nous fait connaître et contempler celui qui est la beauté et le bien infini, et nous attire irrésistiblement vers Lui.

Comme l’Introït Omnes gentes, ce Graduel est très court, mais sa mélodie, bien qu’elle utilise des formules que l’on retrouve dans de nombreux autres Graduels, exprime à merveille les richesses contenues dans le texte. On remarquera en particulier la descente au grave sur les mots docebo vos exprimant la profonde adoration devant la majesté divine, et à l’opposé la grande vocalise sur les mots accedite ad eum montant progressivement jusqu’à l’extrême aigu, exprimant ainsi notre attirance vers le ciel où nous contemplerons la splendeur divine.

► Alléluia : Omnes gentes

Comme nous l’avons dit le texte de l’Alléluia du septième dimanche après la Pentecôte est le même que celui de l’Introït, le premier verset du psaume 46, acclamation à la majesté et la toute puissance divine :

Omnes gentes plaudite manibus, jubilate Deo in voce exsultationis.
Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu avec des cris de joie.

Mais alors que l’Introït était très court, faisant retentir cette acclamation avec une mélodie simple, légère et joyeuse, à l’opposé l’Alléluia est très long, avec une mélodie ample et solennelle, de grandes vocalises, de nombreuses modulations, s’attardant ainsi pour célébrer toutes les splendeurs de Dieu et de son œuvre dans leur immensité et leur variété. On voit là à quel point la mélodie grégorienne peut donner à un même texte des expressions différentes.

► Offertoire : Sicut in holocausto

Tous les chants des précédents dimanches étaient tirés des psaumes. Dans la messe du septième dimanche après la Pentecôte, nous allons trouver à l’Offertoire un chant tiré d’un autre livre de l’Ancien Testament, comme le seront plusieurs autres grands Offertoires que nous rencontrerons au cours de ce temps liturgique. Celui-ci est emprunté au prophète Daniel, et plus précisément à l’épisode des trois jeunes Hébreux jetés dans la fournaise par le roi Nabuchodonosor, et miraculeusement épargnés par les flammes, après avoir adressé à Dieu une magnifique prière, souvent utilisée dans la liturgie, dans laquelle ils offrent leur sacrifice pour le salut de leur peuple :

Sicut in holocausto arietum et taurorum, et sicut in millibus agnorum pinguium, sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie ut placeat tibi, quia non est confusio confidentibus in te Domine.
Comme un holocauste de béliers, de taureaux et de milliers d’agneaux gras, qu’ainsi notre sacrifice s’accomplisse en votre présence afin qu’il vous plaise ; car ceux qui mettent en vous leur confiance, Seigneur, n’auront pas à en rougir.

On remarquera qu’une partie de ce texte, la deuxième phrase, figure dans les prières que le prêtre récite à l’Offertoire de la messe, au moment précis ou il est chanté aujourd’hui par la schola. Les sacrifices de l’Ancien Testament, et particulièrement celui que les trois jeunes hébreux étaient prêts à offrir pour leur peuple, sont évidemment la figure du sacrifice du Christ qui est offert sur l’autel. La mélodie de ce chant d’Offertoire commence très humblement avant de s’élever progressivement d’une manière suppliante avec des motifs répétés ; puis soudain elle s’envole en un grand élan sur les mots in conspectu tuo, et devient ensuite pleine d’assurance, avec de nouveau des motifs répétés plusieurs fois et une insistance très marquée jusqu’à la fin.

► Communion : Inclina aurem tuam

L‘antienne de Communion du septième dimanche après la Pentecôte, comme l’Introït et le Graduel de cette messe, est une pièce très courte, peut-être la plus courte du répertoire. Nous y retrouvons un texte qui avait déjà été chanté le dimanche précédent, c’était la dernière phrase du verset de l’Alléluia, tiré du psaume 30 :

Inclina aurem tuam, accelera ut eruas nos.
Tendez l’oreille, hâtez-vous de nous délivrer.

Une petite différence cependant : le texte est mis ici au pluriel (eruas nos au lieu de erue me) et de prière personnelle, devient prière collective. C’est tout le peuple de Dieu, toute l’Église qui supplie le Seigneur avec confiance. Bien que la pièce soit très courte, elle comporte néanmoins deux phrases et la mélodie n’est pas celle d’une petite antienne. Elle est peu développée, mais assez ornée et très expressive, dans une ambiance douce et contemplative.

Lettre aux députés : Si cet acte est, comme vous l’affirmez, un progrès de civilisation, accepteriez-vous de l’accomplir vous-mêmes ?

Lettre ouverte aux députés :

À l’occasion du vote du 15 juillet 2026 sur la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir

Par Maroun BADR (PhD), Docteur en bioéthique, chercheur et enseignant de droit civil

Francis JUBERT (PhD), Philosophe praticien en soins palliatifs et médecine narrative

Guillaume de THIEULLOY, Docteur en sciences politiques

Mesdames, Messieurs les Députés,

À quelques jours d’un scrutin qui restera gravé dans l’histoire de notre droit, je m’adresse à vous. Vous vous apprêtez à engager, par un vote, la responsabilité de la République envers ceux qui ne peuvent plus se défendre eux-mêmes. Ce n’est pas un texte parmi d’autres, ni un simple ajustement technique du droit de la santé. C’est un basculement : celui d’un ordre juridique qui, depuis toujours, interdit de donner la mort, vers un ordre qui l’organise, la planifie, la budgète et la fait administrer par l’État.

1. La gravité irréversible d’un vote

Une loi de finances se corrige l’année suivante. Une loi sur le droit à l’« aide à mourir »  – et pour nommer les choses : l’euthanasie et le suicide assisté – ne se corrige pas : elle s’exécute, et ce qui a été exécuté ne revient pas. Voter « pour » ce texte, c’est renoncer, en son fondement même, à l’interdit le plus ancien qui tienne les hommes en société : celui de tuer. En légitimant l’administration de la mort, vous ne répondez pas à la souffrance, vous supprimez le souffrant. Vous demandez au soignant, dont la fonction sociale est de protéger la vie, de devenir l’instrument de son terme. Chaque voix levée le 15 juillet engagera des vies concrètes, non pas des statistiques mais des personnes précises, à un instant précis, dans une chambre précise. Nous vous demandons de mesurer, avant de lever la main, que ce vote n’est pas réversible pour ceux qu’il concernera.

2. Liberté : un choix qui n’en est pas un

Il n’y a de choix libre que là où existe une alternative réelle. Or cette alternative, des soins palliatifs accessibles partout et pour tous, n’existe pas encore sur notre territoire. Une vingtaine de départements restent aujourd’hui dépourvus de toute unité de soins palliatifs, et une part significative des patients qui en auraient besoin n’y accèdent jamais. Proposer une « aide à mourir » à un malade qui n’a jamais pu bénéficier d’un accompagnement de la douleur n’est pas lui offrir une liberté : c’est lui présenter une seule porte, quand la promesse républicaine lui en devait deux. Un consentement donné faute d’alternative n’est pas un consentement libre : il est le produit d’une carence organisée par la puissance publique elle-même.

3. Égalité : une loi à deux vitesses

Dans ce système, l’égalité se retourne contre elle-même. Le citoyen d’un département pourvu d’une unité de soins palliatifs aura un accès réel à l’accompagnement ; celui d’un département qui en est dépourvu n’aura, en pratique, que l’accès à la mort. Ce n’est plus la maladie qui décidera du sort du patient, mais son code postal. Voter cette loi avant d’avoir comblé ce vide territorial, c’est instaurer, sous couvert de progrès, une inégalité entre Français devant la vie elle-même, inégalité que la République ne devrait jamais organiser elle-même.

4. Fraternité : accompagner ou éliminer

Une société fraternelle ne se débarrasse pas de ses membres les plus vulnérables, elle les accompagne. Un pays qui n’a pas encore généralisé l’accès aux soins palliatifs, mais qui organise déjà l’accès à la mort, inverse l’ordre des priorités : il choisit la solution la moins coûteuse plutôt que la plus digne. Derrière le mot d’« autonomie » se cache une réalité plus froide : la personne malade, âgée ou dépendante en vient à se sentir un poids pour les siens. C’est cette pression sourde, ce glissement du droit de mourir vers le devoir de ne plus déranger, dont vous serez comptables. La fraternité se prouve par les moyens que l’on donne à ceux qui souffrent pour continuer à vivre dignement, non par les moyens qu’on leur donne pour mourir plus vite.

5. La question que vous ne pouvez pas esquiver : auriez-vous le courage du geste ?

Derrière la froideur juridique des articles et de votre vote, il y a le geste : concret, définitif, qui arrête un cœur. Si cet acte est, comme vous l’affirmez, un progrès de civilisation, accepteriez-vous de l’accomplir vous-mêmes ? Accepteriez-vous de tenir la seringue, de presser le piston, de regarder le produit létal entrer dans les veines d’un patient, ou d’un des vôtres, et d’en assumer, en votre nom propre, la responsabilité entière ? Si vos mains trembleraient devant ce geste, demandez-vous pourquoi vous l’imposeriez à d’autres par délégation.

6. L’exigence de cohérence : appliquez sur vous-mêmes ce que vous votez pour les autres

Aucun élu ne devrait voter un dispositif qu’il ne serait pas prêt à voir s’appliquer d’abord à lui-même, à ses parents, à son conjoint, à ses enfants – publiquement, en donnant l’exemple de ce qu’il présente comme un bienfait. Une loi que l’on n’oserait pas expérimenter sur sa propre chair est une loi que l’on impose aux autres sans y croire soi-même pour ses proches. Si vous ne pouvez, en votre âme et conscience, la souhaiter pour ceux qui vous sont chers, par quel paradoxe estimez-vous qu’elle est bonne pour les autres ?

7. Élus : vous êtes la voix d’un peuple, non celle d’un lobby

Vous êtes élus pour porter la voix du peuple, non celle d’une association militante. La majorité des Français ne réclame pas la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, mais une offre de soins palliatifs sur tout le territoire. La majorité des Français juge qu’il faut d’abord garantir cette offre avant d’envisager un « droit à l’aide à mourir ». La majorité des Français privilégie, pour leurs proches gravement malades, des soins palliatifs de qualité plutôt qu’une euthanasie.

Ce que certains présentent comme une demande sociétale irrépressible doit beaucoup, en réalité, à l’action d’un lobby structuré, l’ADMD, dont l’influence sur la rédaction et le calendrier de ce texte n’est plus un fait caché. Un mandat électif ne se met pas au service d’un groupe de pression, si ancien et si organisé soit-il : il se met au service du peuple souverain, y compris, surtout, quand ce peuple hésite, doute, ou dit vouloir autre chose que ce qu’on lui présente comme acquis.

Conclusion

Mesdames, Messieurs les Députés, le 15 juillet 2026, vous ne voterez pas un article de loi : vous déciderez qui, en France, aura le droit d’être protégé et accompagné jusqu’au bout, et qui, faute de moyens, pourra être conduit vers la sortie la plus économique. Ne dites pas, après ce vote, que vous avez répondu à une demande de liberté : dites, en conscience si celle-ci existe, si vous avez d’abord donné à chacun des moyens de choisir, et si vous avez voté pour le peuple ou pour ceux qui prétendent parler en son nom. L’histoire du droit et celle de notre pays retiendront ce vote, et votre propre conscience aussi.

“On n’ira pas contre ce mouvement “tradi””

Dans Le Figaro, Jean-Marie Guénois évoque le remplacement des cisterciens par les bénédictins du Barroux, à Bellefontaine près de Cholet, qui a eu lieu aujourd’hui :

[…]

Euthanasie : c’est Emmanuel Macron qui a imposé l’accélération du calendrier parlementaire

Le Figaro révèle que le 6 mai, au cours d’une réunion secrète à l’Élysée, le président de la République a tranché, contre l’avis de son premier ministre, Sébastien Lecornu, pour que le vote final de la proposition de loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté se déroule avant l’été.

[…] Sébastien Lecornu prend alors la parole pour faire le point sur la situation : sénateurs et députés devraient être en désaccord lors de la commission mixte paritaire. Si le président de la République souhaite que la loi soit adoptée, alors il faudra décider que la navette parlementaire se poursuive, et, in fine, donner le dernier mot à l’Assemblée nationale, comme le permet la Constitution. Mais, selon lui, rien ne sert de brusquer le calendrier. «Il ne bataillait pas pour inscrire le texte avant l’été», rapporte un élu au fait des discussions. «Sébastien Lecornu ne voulait pas prendre le risque de braquer le Sénat», confirme un familier de l’Élysée. Mais son ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, ne tient pas le même discours. Depuis plusieurs semaines déjà, comme la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, il le répète à l’envi dans les médias : cette loi sera définitivement adoptée avant l’été. C’est d’ailleurs ce qu’il dit au président de la République : le calendrier parlementaire permet d’inscrire le texte à l’agenda des deux chambres avant l’été. Rien ne sert donc de temporiser.

Un discours qui ne plaît pas à Sébastien Lecornu. D’autant que le premier ministre, qui ne s’est jamais prononcé publiquement sur le sujet, a de nombreuses fois confié à ses proches qu’il n’est pas favorable à la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Le président de la République écoute les différentes argumentations et tranche : le vote définitif aura lieu en juillet, comme le suggérait Laurent Panifous et non en septembre ou octobre, comme le souhaitait plutôt Sébastien Lecornu. «Le président a indiqué qu’il avait pris un engagement devant les Français, qu’il y avait eu un processus de concertation totalement inédit et que, désormais, il fallait que cela aboutisse», révèle un interlocuteur du président de la République. De quoi «vexer», selon plusieurs sources, le premier ministre, mécontent d’avoir perdu cet arbitrage face à son ministre des Relations avec le Parlement. «Après cette réunion, Sébastien Lecornu n’a plus parlé à Laurent Panifous pendant trois jours», s’esclaffe un élu au courant de l’affaire.

Présidentielle 2027 : IA 3 – Candidat 0 !

René Magritte peignait en 1933 une question qui devient aujourd’hui vertigineuse : lorsque nos représentations du monde sont fabriquées par des machines, comment distinguer encore le réel de l’image que l’on nous propose ?

I. Prophétie silencieuse
René Magritte, avec La Condition humaine, nous a laissé une prophétie silencieuse : celle d’un monde où le regard ne perçoit plus la réalité, mais la représentation qu’on lui impose. En 2027, cette intuition devient vertigineuse. Nous ne sommes plus seulement devant un tableau ; nous sommes dans l’antichambre d’une élection où, pour la première fois, l’intelligence artificielle menace de transformer la souveraineté populaire en une vaste opération d’optimisation comportementale.
Mais il y a plus grave encore. Le 2 mai 2027, le vainqueur risque de ne pas être le meilleur, le plus juste, le plus visionnaire ou le plus intègre. Il sera celui qui aura l’IA la plus performante. Le score, je le crains, sera sans appel : IA 3 – Candidat 0.

II. La métamorphose du combat politique
J’ai passé ma vie de médecin et de chercheur à ausculter le vivant, à comprendre que l’être humain est une réalité complexe, faite d’hésitations, de souffrances et de transcendance. La politique, dans ce qu’elle a de noble, devrait être le lieu de cette rencontre charnelle : un homme, une vision, une parole donnée.
Mais ce combat-là est en train de disparaître. Il est remplacé par une compétition sourde, hors de vue des citoyens, entre des armées de data scientists et des infrastructures de calcul. En 2027, le duel ne se jouera plus entre deux candidats, mais entre deux machines. L’une aura absorbé des années de discours et de données pour générer la phrase parfaite et l’émotion dosée au milligramme, tandis que l’autre, moins entraînée, tâtonnera, laissera des silences et prendra le risque de se tromper. Je le crains : ce ne sera pas le plus vrai qui l’emportera, mais le plus fluide. L’IA marque le premier point.

III. Un concours de moyens, non de fins
On m’objectera que la technique a toujours été un outil de conquête. Mais il y a ici une différence de nature. L’IA ne transmet plus un message, elle le fabrique. Elle ne conseille pas, elle pilote. Dès lors, l’élection cesse d’être un jugement sur une vision du monde pour devenir un test de performance algorithmique. Quelle campagne aura su modéliser les angoisses et les espoirs des Français pour les transformer en leviers d’adhésion ? Ce n’est plus une démocratie, c’est une technocratie algorithmique déguisée en suffrage universel. Deuxième point pour l’IA.

IV. Le « dividende du menteur » et l’effondrement de la preuve
Nous entrons dans une ère de suspicion totale. La puissance de l’IA générative permet de fabriquer des simulacres si parfaits que la notion même de preuve s’étiole. C’est le « dividende du menteur » : lorsque tout peut être faux, la vérité perd son pouvoir de contrainte. Le citoyen, lassé de cette confusion, risque de ne plus chercher le juste, mais le vraisemblable. L’IA la plus performante ne répond plus à la question « qu’est-ce qui est juste ? », mais à « qu’est-ce qui sera cru ? ». Troisième point : l’IA fait le break. Le candidat est à terre.

V. L’illusion de la compétence et le sabordage du mérite
Cette bascule a une conséquence mortelle pour l’idée même de mérite politique. L’élection devient un concours d’ingénierie comportementale. Qu’advient-il du candidat qui, faute de moyens financiers ou par intégrité, refuse d’utiliser ces outils ? Il est traité de ringard et éliminé avant même d’avoir parlé. C’est une forme de dopage technologique sans sanction. Le match est plié. IA 3 – Candidat 0. Mais ce score n’est pas une fatalité. Il est un avertissement.

VI. Le rempart : restaurer la primauté de l’humain
Face à ce péril, le rejet technologique serait naïf, mais l’acceptation serait une abdication. Je refuse le ciblage opaque qui traite les Français comme du bétail électoral. Je réclame le droit à l’improvisation, à l’hésitation, à la contradiction : ces failles où loge notre liberté. Ma résistance est double.
* D’une part, le retour au réel, au local, à la rencontre physique. Engageons-nous là où la chair et le sang reprennent leurs droits sur le pixel, là où la charité chrétienne nous rappelle que chaque visage est une image de Dieu que nulle machine ne pourra jamais répliquer.
* D’autre part, l’action politique et législative est indispensable, bien que je mesure la difficulté de la tâche. Face à une menace systémique, le silence serait une complicité. Certes, la technique ignore les frontières et le contrôle des algorithmes sera un défi colossal pour nos institutions. Mais une loi n’est pas seulement un outil de contrainte : elle est une boussole morale.

Je propose donc de poser trois jalons pour la dignité du scrutin : l’interdiction du ciblage prédictif sans consentement explicite, l’exigence d’un label éthique garantissant la traçabilité des contenus, et l’instauration d’un moratoire sur l’exploitation des données comportementales. Même si ces mesures sont ardues à appliquer, elles ont le mérite de nommer le scandale, de fixer une limite et de transformer une pratique technologique opaque en une transgression juridique caractérisée.

VII. Conclusion : que voulons-nous rester ?
Le 7 mai 2027, voterons-nous pour un homme, ou pour la machine qui l’a porté ? Une nation n’est pas une population prévisible. C’est une communauté d’hommes capables de penser, de choisir, et même de se tromper par eux-mêmes. L’algorithme calcule des probabilités, mais l’homme vit des impossibilités. C’est dans cet écart que gît notre liberté.
Si nous laissons les machines désigner le vainqueur, nous avons déjà perdu, non pas parce que nous aurions élu le mauvais candidat, mais parce que nous aurions cessé d’être le sujet de notre propre histoire. Contre cet effacement, restons, avec une obstination charnelle et spirituelle, des êtres capables de dire « je » devant Dieu et « nous » devant la loi. Pour que, ce jour-là, le score soit nul et que la démocratie l’emporte.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

A-t-on vraiment besoin de l’Ancien Testament ?

Les catholiques sont souvent gênés et complexés face à l’Ancien Testament : on le connaît mal, peu, on ne s’y trouve pas à l’aise… On peut même facilement être tenté (comme l’hérétique Marcion dès le IIème siècle) de ne pas lire l’Ancien Testament : trop “ancien” (vieux), trop compliqué, trop obscur, trop violent, trop choquant… Et en plus “ça ne parle pas de Jésus” ! Rien n’est moins vrai : on ne peut comprendre l’Ancien Testament sans comprendre qu’il est tout entier tourné vers le dévoilement d’un visage, qui se donne à connaître peu à peu au long des pages – le visage du Christ. Dans cette vidéo nous parlons du rapport (indispensable et réciproque) entre les deux testaments, des quatre grandes parties de l’Ancien Testament, et nous donnons quelques conseils et suggestions de lecture pour se lancer dans l’Ancien Testament.

Ne manquez donc pas ce quatrième épisode et faites connaître notre série autour de vous !

CHAPITRAGE

  • 00:00 – Introduction
  • 00:30 – Les Chrétiens ont-ils vraiment besoin de l’Ancien Testament ?
  • 01:40 – La violence et les sacrifices dans l’Ancien Testament
  • 02:13 – Comment comprendre le lien entre Ancien et Nouveau Testament ? Parle-t-on de Jésus dans l’Ancien Testament ?
  • 03:07 – Le Nouveau Testament, indispensable pour comprendre l’Ancien
  • 03:35 – Les indices de la venue de Jésus dans l’Ancien Testament
  • 04:04 – Le Pentateuque, 1ère des 4 grandes parties de l’Ancien Testament
  • 04:57 – Les Livres historiques et le roi David
  • 05:34 – Les Livres sapientiaux et poétiques
  • 06:06 – Les Livres prophétiques
  • 06:41 – Différences entre les Bibles catholiques et protestantes
  • 07:30 – Tout l’Ancien Testament a-t-il été écrit en hébreu ?
  • 08:41 – Peut-on lire le texte dans une traduction ?
  • 09:10 – Par où commencer pour se lancer dans l’Ancien Testament ?
  • 10:35 – Que faire des passages difficiles ?
  • 11:23 – Dans sa diversité, où est l’unité de l’Ancien Testament ?
  • 12:11 – Faut-il lire l’Ancien Testament ?
  • 12:40– Conclusion

L’islam, le normal et le pathologique

De Marion Duvauchel, historienne des religions, pour Le Salon beige :

Tous les peuples distinguent plusieurs types d’anormalité et tous savent ce que c’est qu’un trouble mental.

Partout, c’est la société qui désigne les malades à soigner, charge au psychiatre de trouver les causes et le pourquoi de la maladie. Ce sont les « normes » et les « valeurs » qui constituent un socle de références à partir desquels se construit un système de reconnaissance (et d’exclusion). Pour distinguer le fou de l’homme sain, il faut se fonder sur un critère extérieur, le consensus que rencontre l’homme sain en termes de conduites partagées avec les autres membres du groupe (le caractère normatif de la santé), sachant que le psychiatre n’est pas étanche aux discours dominants et que la seule norme aujourd’hui admise est la norme statistique.

Mais la santé mentale n’est pas une moyenne statistique.

Si on admet que la société entre en jeu dans la genèse de la maladie mentale, la question se pose du caractère plus ou moins pathogène des sociétés dans lesquelles les hommes sont appelés à vivre donc à s’intégrer, d’où qu’ils viennent. Il y a donc des névroses sociales. Et certaines maladies mentales seraient en quelque sorte la traduction d’un marginalisme des valeurs repoussées et réprimées par la société, barrées dirons-nous à la suite de Georges Devereux.

L’isolement, ou si on préfère l’insularité, constitue un trait général de notre civilisation, et même une véritable idéologie : d’un côté la compétition sauvage pour l’amélioration du statut social qui pousse à chercher la participation et de l’autre les normes culturelles qui poussent à se replier. La schizophrénie peut ainsi s’interpréter comme une sorte de modèle de catégorie sociologique offrant aux hommes une coquille qu’ils doivent sécréter autour d’eux pour pourvoir maintenir, en veilleuse, les systèmes de valeurs « barrées ».

Il n’est pas difficile d’admettre que si l’individu participe à une société globale et à une culture dont il est l’un des « rouages », il subit plus profondément l’influence des groupes dont il fait partie plutôt que celle de la plus vaste communauté. Cela s’appelle l’esprit de corps. Mais l’influence la plus profonde est d’abord celle de la famille qui est un « groupe » avec ses lois, ses normes, ses interdits, ses tabous, bref un système de quadrillage du permis, du toléré, de l’admissible ou de l’inadmissible. Et c’est en son sein que se mettent en place des conflits insurmontables qui génèrent une psychopathologie. Catholique, protestante, juive, huttérite ou musulmane, ou laïque, c’est-à-dire athée, elle intervient dans la constitution d’un psychisme sain, mais aussi dans la structuration des psychopathologies, voire des névroses ou des psychoses.

Dans les années soixante, surtout en Italie, psychiatres et membres du clergé collaboraient sur ces questions difficiles. Il s’agissait de « sauver » la vie religieuse de ce qui pouvait l’hypothéquer (les conflits intrafamiliaux, l’inhumanité des relations industrielles…), de ce qui pouvait la ronger par le dedans et la faire échouer en névrose.  On cherchait dans l’esprit communautaire ou la discipline des Églises – (l’ascèse chrétienne) – un « dominium » de la vie affective – en particulier de la vie pulsionnelle – un milieu protecteur, une éducation de l’esprit et une orientation vers un monde plus sain. Voire plus « saint ».

Les ethnopsychiatres se sont intéressés aux cultures traditionnelles, mais relativement peu aux troubles de la population musulmane. En 1965, l’islam n’entre pas dans les variables religieuses, ni dans les variables tout court.

Le corps social « européen » a évolué. D’une société chrétienne, avec les valeurs mais aussi les vertus associées (même dans les contrefaçons), la moralité parfois un peu étroite et puritaine, on est passé à une société « laïcisé », puis laïque, autrement dit essentiellement athée, et depuis quelques décennies, antichrétienne et de plus en plus christianophobe. Les musulmans se trouvent aujourd’hui en face d’une société en mutation, avec laquelle ils avaient de moins en moins d’affinités, jusqu’à ne plus se reconnaître du tout dans les valeurs affichées. Le nouveau socle anthropologique qui détruit la différenciation sexuelle ne fait que renforcer leur aversion profonde envers une société qu’ils perçoivent comme perverse, impudique et qui suscite une révolte profonde.

Dans le cas d’un mariage entre un musulman et un français (de tradition chrétienne mais le plus souvent sans aucune connaissance de sa tradition religieuse et souvent sans foi), le parent musulman n’a nul besoin de « tirer » l’enfant à lui. La force communautaire agit. L’enfant sera « islamisé ».

Cet islam qu’on appelle « modéré » est en réalité un islam dormant, en sourdine. Il garantissait un fonctionnement possible dans la société européenne, selon des modalités schizoïdes (fort répandues, quelle que soit la religion) qui permettent de vivre, d’avoir un métier. Le virus est en quelque sorte « dormant ». Mais devant les mutations de nos sociétés et leur éthique dévoyée, l’islam radicalisé et radicalisant se met à faire trembler tout l’édifice. Il en ressort une violence très profonde, liée à l’angoisse de désintégration psychologique de personnalités qui se sont structurées selon des modes dont au fond nous ne savons pas grand-chose et qui sont de plus en plus éloignés des nôtres. Sauf sur un point : le caractère intouchable de l’enfant.

Beaucoup de psychoses apparaissent non quand il y a rupture des liens familiaux ou tribaux internes mais là où la rigidité anormale de ces liens présociaux empêche l’individu de se libérer de la loi de son cercle familial ou de son groupe restreint resté étranger à la collectivité sociale. C’est la situation de la famille musulmane, tribale, rigide et surtout de plus en plus étrangère à la société qui l’entoure. Nul n’ignore l’emprise de l’imago maternelle dans toutes les cultures et sociétés, mais particulièrement dans la société musulmane. C’est l’enfant mâle qui donne à la mère d’exister enfin. Et si la police était correctement formée, l’innocence présumée de la famille volerait en éclat, et en particulier celle des mères qui découvrent avec ahurissement la radicalisation de leur petit. Dans un théâtre un peu différent, on a eu Anne Sinclair découvrant scandalisée la perversité de son mari ou les amis et proches de Pierre Palmade dont aucun ne pouvait ignorer l’état et la dangerosité.

La migration de communautés musulmanes n’est pas une migration comme une autre. Les hommes et les femmes qui arrivent en Europe appartiennent à une tout autre civilisation. La personnalité de base construite dans une société musulmane obéit à des rigidités et elle définit une mentalité. Le nouveau milieu ne peut refaçonner une mentalité « compatible » avec le pays d’accueil que si la personne ne vit pas replié dans un milieu reconstruit. Or avant qu’une personne ou une famille ne soit intégrée, autrement dit qu’elle ne dispose d’un logement, d’un travail, d’une stabilité qui ne soit pas sur le mode du parasitage, il faut des mois. Le temps de nourrir bien des sentiments de frustrations, d’impuissance, d’envie sans doute.

Le terreau parfait pour développer des troubles mentaux. Les « ghettos » ne procèdent pas de la seule responsabilité du pays d’accueil, mais aussi du besoin des communautés migrantes de reconstituer quelque chose de leur pays source.

Le christianisme assurait une médiation (de manière souvent anomique, diffuse, parfois un peu molle) entre la communauté musulmane et la société française. Nous avions des positions éthiques voisines en matière de sexualité, (au moins dans les apparences), un « altruisme » dont les racines ni l’esprit ne sont comparables mais qui dans les pratiques se rejoignent : l’aumône, la prière…

Aveuglé par ses affaires intérieures, par la crise postconciliaire, par le souci de montrer au monde son modernisme tout nouveau, l’Église est restée aveugle à l’essentiel.

Le reflux du christianisme a laissé l’islam face à une société laïque de plus en plus libertine, impudente et impudique, qui est vécue désormais non pas comme différente et compatible au moins sur l’essentiel, mais comme radicalement « contradictoire ». Ce n’est pas la société française que des hommes illettrés voient s’afficher sur les écrans télés et dans les magazines people ou les réseaux sociaux : c’est la société que les médias veulent promouvoir.

Il nous faut désormais affronter une communauté, qui non seulement ne désire plus s’intégrer à notre société mais qui entend bien la « désintégrer ».

Le fou n’invente pas sa folie : il use des stéréotypes symptomatologiques que lui fournit la société ou la communauté à laquelle il appartient. Il en a besoin pour donner des signes. Le monde de la folie non seulement se nourrit d’images et de signes empruntés au monde environnant, mais il garde les lois formelles de ce monde. Face à la folie de l’européen entendue comme triomphe de la subjectivité pure, on a aujourd’hui un nouveau trouble pathologique, la folie « djihadiste » entendue comme le triomphe du groupe religieux.

Quel signe plus éclatant que celui de se faire sauter, autrement dit de se désintégrer ? Le djihadiste avec sa ceinture d’explosifs se donne à voir et à entendre à trois types de public : aux musulmans, à qui il s’adresse pour montrer la force de sa foi. À la société qu’il veut détruire. Et à ses instructeurs, à qui il montre que leur enseignement a été opératoire.

Nous avons deux « matrices » à générer des troubles mentaux.

D’un côté une société atteinte de démence et de folie suicidaire, qui ne veut plus encourager la vie, soutenir la vieillesse, réguler l’agressivité des mâles dominants et veiller sur les plus faibles, qui détruit la différenciation sexuelle et organise la promotion dans les écoles d’une anthropologie mortifère. De l’autre, une société qui prétend figer les rôles des hommes et des femmes, quadriller les conduites sociales, fossiliser l’effort, proscrire aux femmes toute vie publique, leur interdire toute mobilité sociale et même toute éducation. Et dont l’horizon religieux eschatologique est la soumission du monde entier à la loi de Mahomet.

Ce sont deux faces d’une même violence inouïe, fureur convulsive d’un côté, mensonge idéologique et propagande de masse dans l’autre.

Entre elles ?

Entre elles, nous avons le dialogue interreligieux, le SREM pour les Églises, pour l’État les ELCO et l’interminable bavardages sur les plateaux télé.

Autrement dit, rien.

Si. La petite feuille verte d’Annie Laurent. A lire absolument

« L’aide à mourir » : une imposture

Communiqué de Mgr Aillet :

Pour une juste compréhension, texte à lire dans son intégralité

En votant, le 7 juillet, en faveur de la motion de rejet préalable qui leur était présentée, les sénateurs ont, pour la troisième fois consécutive, rejeté la proposition de loi relative à « l’aide à mourir ».
Le gouvernement ayant décidé de donner le dernier mot à l’Assemblée nationale, le vote définitif de ce texte devrait intervenir le 15 juillet prochain…

Un mensonge organisé

On a tout d’abord voulu nous faire croire qu’une nouvelle loi était absolument nécessaire. Or, la « loi Léonetti » adoptée en 2005 à l’unanimité, proscrit toute « obstination déraisonnable » et la loi Claeys-Leonetti de 2016 va jusqu’à prévoir la possibilité de recourir à une sédation profonde et continue pour soulager une personne dont le pronostic vital est engagé à court terme. Dans son avis du 13 septembre 2022, le Comité Consultatif National d’Éthique reconnaît d’ailleurs à demi-mot que « la loi actuelle permet de répondre aux demandes de malades dans la quasi-totalité des cas ».

« L’aide à mourir », nous dit-on, répond à une forte attente des Français, qui seraient très majoritairement favorables à l’adoption rapide de cette loi.
Mais le sondage précis et rigoureux d’OpinionWay réalisé en octobre 2025 pour la Fondapol, démontre à l’inverse que pour la moitié au moins de nos concitoyens, l’introduction d’un éventuel « droit à mourir » ne saurait être envisagée tant que l’accès des soins palliatifs n’est pas effectivement garanti sur l’ensemble du territoire national.

La proposition de loi « relative à l’aide à mourir » repose quant à elle sur un mensonge sémantique, car elle n’a pas pour objet de « venir en aide » aux patients qui en ont le plus besoin (ce qui est le propre des soins palliatifs), mais bel et bien de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie (mots qui n’apparaissent pourtant ni dans l’intitulé, ni dans le contenu du texte).
Plus grave encore, et contrairement à ce qu’imaginent un grand nombre de nos concitoyens, cette loi n’est nullement « une loi d’exception » ou « d’ultime recours » conçue pour un nombre limité de patients en « fin de vie », le critère principal retenu pour être « éligible » (souffrir d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital « en phase avancée ou terminale ») étant susceptible de concerner plusieurs centaines de milliers de personnes (en cas de cancer métastatique, de sclérose en plaques, de maladie de Parkinson, de certaines formes de diabète ou d’insuffisance respiratoire grave…).

 

Une « loi de compromis » ?

Cette proposition de loi n’est pas « une loi de compromis » car bien que le « délit d’entrave » ait notamment été retiré de la dernière version du texte à seule fin de rassurer les indécis, la quasi-totalité des amendements déposés pour renforcer la protection des personnes les plus vulnérables ont été balayés d’un revers de main par les défenseurs de « l’aide à mourir » :

  • En principe, nul ne peut demander à « bénéficier » de « l’aide à mourir » s’il n’est pas reconnu « apte à manifester une volonté libre et éclairée »… mais les amendements qui proposaient que les personnes mentalement déficientes ou que les « majeurs protégés » (adultes sous tutelle ou sous curatelle, qui n’ont pas le pouvoir de signer un chèque ou un contrat) ne puissent demander le suicide assisté ou l’euthanasie, ont été écartés.
  • Aucune clause de conscience n’est prévue pour les pharmaciens potentiellement chargés de préparer la potion létale : les députés s’y sont formellement opposés.
  • Cette clause de conscience est également refusée aux établissements privés dont la charte éthique ou les valeurs sont fondées sur le respect absolu de la vie, comme c’est le cas de nombreux établissements de soins qui dépendent d’une communauté religieuse telle que les Petites Sœurs des Pauvres. Ces communautés seront-elles prochainement condamnées à de lourdes peines d’amendes ou de prison pour avoir refusé d’admettre que l’euthanasie puisse être mise en œuvre en leur sein ? Seront-elles un jour contraintes de mettre la clé sous la porte ou de quitter la France ?…

Cette proposition de loi n’a décidément rien d’« une loi de liberté individuelle qui crée un nouveau droit mais n’enlève rien à personne »…

Et quoi qu’en dise le gouvernement ou la présidente de l’Assemblée Nationale, cette loi n’est pas non plus un texte « équilibré » ni « strictement encadré ».

 

Un texte terriblement permissif

C’est ainsi qu’un délai de réflexion de 48 heures est jugé suffisant pour qu’un patient confirme ou non une demande de suicide assisté ou d’euthanasie, ce qui ferait de la loi française une des plus expéditives au monde (ce délai étant d’un mois en Belgique et de trois mois au Canada).

Quant aux garanties prévues par le texte, elles paraissent bien illusoires : c’est notamment le cas de la commission chargée de vérifier le respect de la procédure « d’aide à mourir », qui ne peut se réunir qu’a posteriori, c’est-à-dire après la mort du patient…

Il faudrait être bien naïf pour ne pas comprendre que ces prétendus garde-fous évolueront très rapidement, qu’ils seront progressivement élargis et qu’ils sauteront les uns après les autres, comme cela s’est effectivement produit dans l’ensemble des pays qui ont légalisé l’euthanasie (Belgique, Pays-Bas, Canada).

C’est d’ailleurs ce que reconnaissent, en privé, ses partisans les plus acharnés, parmi lesquels le professeur Jean-Louis Touraine (membre éminent de l’ADMD, l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) selon qui « il faut obtenir le plus possible dans la première loi, et surtout, une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans » pour l’étendre aux mineurs, aux malades mentaux ainsi qu’aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer
(cf. l’enregistrement vidéo du 30 novembre 2024).

Et puis, comment pourrait-on prétendre mener une politique de prévention du suicide digne de ce nom, tout en faisant du « suicide assisté » un véritable droit, dans un pays comme le nôtre où le suicide est hélas, la première cause de mortalité des jeunes ?

« L’interdit de tuer est une protection pour tous » rappelait il y a quelques jours Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune. Il n’est pas de garde-fou plus fiable et plus incontournable que celui-là.

 

Le témoignage des médecins et des soignants

Pour les personnes considérées comme « éligibles », la « proposition de loi Falorni » privilégie le « suicide assisté » ; elle prévoit néanmoins que l’euthanasie puisse être pratiquée par un médecin ou un infirmier si le patient n’est plus en mesure de se donner lui-même la mort…

Le fait est qu’une grande majorité de médecins, mais aussi des professionnels de santé (en particulier ceux qui exercent dans une unité de soins palliatifs), sont foncièrement hostiles à l’euthanasie, ou n’admettent pas que le fait de donner la mort puisse être assimilé à un soin.

La vocation du médecin et de l’ensemble du corps médical n’est-elle pas de soigner ou de soulager, et non de supprimer celui qui souffre ?

Un journaliste qui voulait connaître l’opinion d’un médecin généraliste sur l’ « aide à mourir », s’était entendu répondre : « Il existe des seuils que la médecine doit refuser de franchir pour rester humaine  »…

Faut-il également rappeler l’importance du Serment d’Hippocrate (IVème siècle avant Jésus Christ) que prononce tout médecin en début de carrière (« Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ») ? Faudra-t-il prochainement modifier le Code de déontologie médicale selon lequel « le médecin doit accompagner le mourant jusqu’à ses derniers instants, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d’une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage. Il n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort » (art. R 4127‑38.) ?

Or, les médecins et les professionnels de santé concernés le savent bien : il est toujours possible de soulager sans donner la mort, et la quasi-totalité des patients qui réclament l’euthanasie finissent par y renoncer lorsqu’ils sont correctement pris en charge dans une unité de soins palliatifs…

 

L’élimination programmée des plus vulnérables

En l’état actuel des choses, soit près de 30 ans après le vote de la loi du 9 juin 1999 « visant à garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs », la moitié des Français n’ont toujours pas accès à des soins palliatifs de qualité et une vingtaine de départements en sont encore entièrement dépourvus.

Dans ces conditions, « la mort administrée ne risque-t-elle pas de devenir une partie de la réponse des pouvoirs publics aux défaillances de la prise en charge des malades ? » (Alain Milon, rapporteur du texte, le 7 juillet 2026 au Sénat) ?

Ceux de nos concitoyens qui vivent aujourd’hui dans de véritables déserts médicaux, subissent de plein fouet la dégradation de notre système de santé et ne peuvent pas non plus bénéficier d’une prise en charge au sein d’une unité de soins palliatifs, ne seront-ils pas nécessairement incités à demander le suicide assisté ou l’euthanasie ? Les plus vulnérables, les plus isolés ou les plus dépendants, qui n’ont ni les ressources ni les relations suffisantes pour s’en sortir par eux-mêmes, seront bel et bien les premières victimes de « l’aide à mourir » qu’on leur propose.

« L’idée d’une mort  »digne et choisie » est une fiction bourgeoise dont les milieux populaires seront les premières victimes » déplore à juste titre le député socialiste Dominique Potier.

De fait, il sera demain « plus facile de demander la mort que d’obtenir un soin», mais aussi « plus facile et bien plus économique d’accéder à l’euthanasie qu’à une unité de soins palliatifs ».

Une députée Renaissance n’est-elle pas précisément allée jusqu’à reconnaître, en février dernier, en commission des affaires sociales, à l’Assemblée nationale, que le suicide assisté et l’euthanasie seraient proposés aux patients en fin de vie « qui n’ont pas accès aux soins palliatifs » ?

Les plus idéologues présentent volontiers le suicide assisté et l’euthanasie comme « l’ultime liberté » de l’homme ou « l’expression du libre arbitre absolu» (cf. le sénateur communiste Pierre Ouzoulias le 21 janvier 2026). Mais que vaut cette prétendue liberté individuelle ou ce prétendu droit de disposer de sa vie pour une personne vulnérable qui n’a pas la possibilité ni les moyens de se soigner et ne peut bénéficier des soins palliatifs ?

Enfin, comment ne pas voir ou ne pas comprendre qu’en réalité, la loi sur le suicide assisté et l’euthanasie fera peser sur les personnes malades, handicapées ou en fin de vie considérées comme « éligibles », une pression aussi terrible qu’insidieuse : celle qui consiste à se demander si l’on n’est pas devenu pour sa famille, ses proches, le corps médical et la Sécurité sociale, un poids ou une charge financière insupportables, à se demander s’il ne vaut pas mieux abréger son existence et s’en aller plutôt que de s’accrocher à la vie…

Le risque est d’autant plus avéré que si l’on en croit une étude de la Fondapol, l’euthanasie permettrait de réaliser 1,4 milliard d’euros d’économies par an, dont les principales mutuelles de santé, qui militent activement pour l’euthanasie, seraient naturellement les premières à profiter…

« L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures » prophétisait (si j’ose dire) Jacques Attali en 1981.

Puisse l’avenir ne pas lui donner raison…

 

« Tu ne tueras pas »

Nous ne nous lasserons jamais de dire et de répéter que la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie est absolument contraire au Vème Commandement du Décalogue (« Tu ne tueras pas »), et qu’elle elle est inconciliable avec l’enseignement constant de l’Église selon lequel « L’euthanasie volontaire, quels qu’en soient les formes et les motifs, constitue un meurtre. Elle est gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. » (CEC 2324).

Indépendamment de toute considération religieuse ou confessionnelle, la protection de la vie humaine innocente et l’interdit de tuer sont non seulement des valeurs universelles qui s’imposent à tous et à chacun, mais des principes essentiels sur lesquels repose, depuis des millénaires, la vie en société.

Légaliser le suicide assisté et l’euthanasie constituerait donc bel et bien une rupture anthropologique majeure, dont on est encore loin de mesurer l’extrême gravité et les conséquences.

Nous ne cesserons pas non plus de rappeler que la seule alternative possible à « l’aide à mourir » réside, pour l’essentiel, dans le développement et la généralisation des soins palliatifs, de telle sorte qu’ils soient non seulement présents sur l’ensemble du territoire national, mais réellement accessibles à tous. Encore faut-il que les pouvoirs publics, qui se sont jusqu’à présent contentés de légiférer, se décident à faire des soins palliatifs une véritable priorité budgétaire.

Peut-on raisonnablement espérer que le Premier ministre se décide in extremis à suspendre l’examen de cette proposition de loi, il en a théoriquement le pouvoir ?

S’il est désormais permis d’en douter, il n’est en revanche pas trop tard pour écrire aux députés, qui devront, en tout état de cause, assumer la responsabilité de leur vote…

Puisse, enfin, le Seigneur, à qui rien n’est impossible, préserver la France d’une loi de mort dont les conséquences seraient terriblement dramatiques et probablement irréversibles.

« Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance » (Dt 30, 19).

 

+Marc Aillet

Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Fait à Bayonne, le 10 juillet 2026

« La Syrie a besoin de tous ses enfants et chacun doit y trouver sa place »

Le 7 juillet, Emmanuel Macron était le premier chef d’Etat européen à se rendre à Damas, pour rencontrer le président Syrien, Ahmed Al-Charaa. « La Syrie a besoin de tous ses enfants et chacun doit y trouver sa place » a déclaré Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien. « Sans doute est-ce là un grand défi, car il vous faut rassembler les Syriens, convaincre ceux qui ont fui que leur avenir est désormais ici ».

Plusieurs protocoles d’accords avec des entreprises françaises ont été signés, notamment au sujet de l’exploitation du port de Lattaquié, de la construction du pont d’Idleb. Les sujets gaziers et pétroliers n’ont pas été oubliés. On notait dans la délégation, la présence de Patrick Pouyanné, PDG de Total Energies et de Rodolphe Saadé, PDG de la CMA-CGM.

La France rend des pièces de musée

Vingt-trois pièces des musées de Damas, Alep, Lattaquié et Palmyre avaient été prêtées par la Syrie à l’Institut du monde arabe en 2011, juste avant le début de la guerre. Après 16 ans, elles ont été enfin rendues à la Syrie, à l’occasion de la venue d’Emmanuel Macron à Damas. Parmi les œuvres, figuraient notamment, la Déesse al-Lât montée sur un chameau, un Bas-relief aux dieux syriens datant tous les deux du Ier siècle ou encore la Statuette omeyyade de femme couronnée datant du au VIIIe siècle.

Depuis 1979, la Syrie était considérée par les Etats-Unis comme un état « parrain du terrorisme ». Le 8 juillet dernier, Marco Rubio, secrétaire d’État américain a annoncé qu’après avoir levé les sanctions, « le président Trump a informé le Congrès de l’intention de son administration de retirer la désignation de la Syrie en tant qu’État parrain du terrorisme à l’issue d’une période de préavis de 45 jours. Il s’agit là d’une nouvelle mesure historique prise par le président Trump pour offrir au peuple syrien une chance de renouer avec la grandeur ». « Nous avons tourné la page d’un chapitre sombre de l’histoire de la Syrie » s’est réjoui Assaad al-Chaibani, ministre syrien des affaires étrangères.

Source : SOS Chrétiens d’Orient

Crimes sexuels : l’idéologie du genre compromet la capacité de la presse à dire la vérité

Un homme qui se prend pour une femme a été arrêté à Granby, au Québec, pour agressions sexuelles sur plusieurs enfants alors qu’il travaillait comme baby-sitter. Certains enfants avaient à peine quatre ans. Emma Grégoire, 27 ans, également connu sous les noms de Cédric Grégoire et Cédrick Grégoire, a comparu pour la première fois devant le tribunal à la mi-juin pour des accusations d’agression sexuelle sur mineur et de possession de matériel pédopornographique. Depuis, dix nouvelles accusations ont été portées contre lui, notamment pour « contact sexuel avec un mineur », agression sexuelle et « production de matériel pédopornographique ».

La police a déclaré que le pédophile présumé « avait établi des liens de confiance avec de jeunes mères de sa communauté », leur avait proposé des services de garde d’enfants, puis avait abusé sexuellement des enfants qui lui avaient été confiés entre janvier 2022 et juin 2026. Selon Reduxx :

Parmi les victimes connues, l’une avait 4 ans au moment des faits, et une autre 6. La police croit qu’il y a d’autres victimes et lance un appel public aux parents qui auraient été en contact avec Grégoire dans les régions de la Haute-Yamaska, de l’Estrie et de la Montérégie afin qu’ils communiquent avec leur service de police local. Puisque plusieurs victimes ont déjà été identifiées dans diverses juridictions du Québec, la Structure intégrée de gestion des enquêtes sur les crimes majeurs, coordonnée par la Sûreté du Québec, a été déployée afin de mutualiser les ressources policières et de mieux protéger les victimes.

Une grande partie de la presse canadienne a présenté cette affaire comme celle d’une pédophile s’attaquant à des enfants. Si aucun média anglophone n’a encore couvert l’affaire, La Presse, Radio-Canada et TVA Nouvelles ont toutes désigné la suspecte comme une femme, tout comme la police.

Le fait d’identifier des criminels masculins – en particulier ceux coupables de crimes généralement commis par des hommes – comme étant des femmes est sans doute l’un des exemples les plus frappants de la façon dont l’idéologie du genre pervertit les institutions et compromet fondamentalement la capacité de la presse (sans parler des forces de l’ordre) à dire la vérité.

Pour ceux qui pensent que cette affirmation est exagérée, prenons quelques exemples.

Manfred Sperling, reconnu coupable en 2001 de délit sexuel dangereux pour une série d’agressions sexuelles contre des femmes et pour avoir agressé et menacé une fillette de 12 ans, se fait désormais appeler « Amanda Cooper » et affirme être une femme. Il a intenté une action en justice pour être transféré dans un établissement pénitentiaire pour femmes, le Service correctionnel du Canada ayant refusé sa demande de transfert en raison du danger qu’il représente pour les détenues. Radio-Canada, la chaîne de télévision publique canadienne, a déclaré :

« Un tribunal décidera s’il convient de la transférer dans un établissement pour femmes. »

En 2024, Levana Ballouz, un Québécois, a été reconnu coupable d’avoir poignardé mortellement sa conjointe, puis d’avoir étouffé leurs deux enfants, âgés de cinq et deux ans. Le juge l’a qualifié de « sadique » et de « dangereux ». Radio-Canada l’a décrit comme une femme, bien que même son dessinateur n’ait pas réussi à lui donner une apparence féminine. Jugez plutôt de cette magnifique formule de propagande :

« Ballouz, 38 ans, était connue sous le nom de Mohamad Al Ballouz au moment de son inculpation. Une fois reconnue coupable, elle a demandé à purger sa peine dans un pénitencier fédéral pour femmes. »

Un délinquant sexuel si dangereux qu’un juge albertain lui a infligé une peine indéterminée a été décrit par Radio-Canada comme suit : « Lucy Blackplume, 30 ans, qui a commis ses crimes en Alberta et en Saskatchewan sous le nom de Josiah Blackplume, a récemment plaidé coupable d’agression sexuelle armée et de voies de fait causant des lésions corporelles. » À un moment donné, Blackplume a tenté de violer une femme sous la menace d’un couteau. Radio-Canada ajoute : « La plupart de ses condamnations concernent des actes de violence sexuelle. »

À lire la presse canadienne, on pourrait croire qu’au cours de la dernière décennie, le nombre de femmes pédophiles et de femmes violant d’autres femmes a explosé. Cette impression serait due aux termes délibérément choisis par les journalistes et les rédacteurs. Or, ces termes sont mensongers et doivent être considérés comme tels.

Grand remplacement britannique

Muhammad a été le prénom le plus donné aux nouveaux-nés d’Angleterre et du Pays de Galles, en 2025, pour la troisième année consécutive.

Le CESE est “inapproprié”

Voici les justifications foireuses du CESE quant au cocktail visant à célébrer la loi sur l’euthanasie :

Pour mémoire, le CESE proposait de réserver transport et hébergement pour cette petite “sauterie” :

A quand la dissolution du CESE ?

Permis de tuer, surtout les vieux, les faibles, les déprimés, les sous-tutelle, et les pauvres…

De Marion Duvauchel pour Le Salon beige :

Il semblait acquis que la valeur d’une civilisation se mesure moins à sa capacité de conquérir et de s’armer qu’à celle de protéger la veuve et l’orphelin, (figure métonymique pour les plus fragiles). Jose Luis Borges avait écrit une Histoire universelle de l’infâmie. La cécité isolait ce vieil argentin élevé dans une bibliothèque. Son livre est un recueil délicat pour les bobos parisiens et leurs échanges mondains. L’histoire vraie de l’infâmie reste à écrire et la France y occupera une place centrale. En dehors de la noire période au cours de laquelle l’Allemagne nazie organisait son Aktion 4, je ne vois pas où on aura fait pire que sous la France de 2027, sous le mandat d’Emmanuel Macron ; je ne vois pas quand on sera allé aussi loin dans l’organisation légale du crime. Même les civilisations précolombiennes ne tuaient – par milliers – les nourrissons que rituellement.

Par les réseaux sociaux, qu’on s’apprête à mettre en coupe réglée, on peut écouter l’intervention du député Philippe Juvin. Il n’a pas la sirupeuse intonation du pape Léon XIV ni son sourire de Bouddha serein. Dans son juste emportement, il liste quelques points que la presse se garde bien de commenter… Délai de réflexion en Belgique pour mourir, un mois ; au Canada, deux mois ; en France… deux jours. L’avis souhaité, demandé, requis, du médecin traitant et d’un psychiatre ? refusé. C’est que le temps que la consultation se mette en place avec les deux experts, le patient aura eu le temps de changer d’avis douze fois, ou tout simplement de décéder paisiblement. Non, ce n’est pas une loi d’ultime recours : même les patients qui ne sont pas dans la dernière étape de la maladie pourront entrer sous le coup de cette loi d’une fabuleuse générosité.

Il était proposé une commission de contrôle avant le geste. Refusé. Elle se réunira ensuite. Il était proposé qu’un déficient mental, un bipolaire ne puisse être euthanasié. Refusé. Mais un majeur sous tutelle qui ne peut signer un chèque pourra demander l’euthanasie. Qui peut prétendre ignorer que toutes les familles ne sont pas aimantes, qu’il y a des héritages qui se font attendre et des maladies bien contraignantes pour des familles aux valeurs élastiques ? Il était proposé qu’un juge vérifie l’absence de pression ou d’abus de faiblesses. Refusé.

Quand on connaît les lenteurs de la justice et de la santé, ces restrictions auraient permis de mettre à cette loi de solides bâtons dans les roues. Aujourd’hui, même les enfants peuvent être euthanasiés. Les Pays-Bas ont ouvert le bal, les autres suivront, n’en doutons pas.

Quant à voir un prêtre ? Un membre habilité de sa confession d’appartenance ? ça n’a même pas été évoqué.

Que nous dit la presse « catho » ? Jetons un œil sur le Pèlerin. On chercherait en vain une analyse un peu sérieuse, un rappel de l’anthropologie chrétienne : « Tu ne tueras pas »… Mais on peut lire ce titre plein d’éclatant venin : En Belgique, l’euthanasie a changé le quotidien des soignants, titre qui ouvre sur tout un ensemble de témoignages divers. Allons sur le site Zénith où on peut lire ce propos du pape Léon XIV : La vérité est un bien à partager et non un territoire à défendre. La vérité n’est pas seulement un bien à transmettre et à communiquer, elle est aussi un bien à défendre. Comme la vie.

Devant cette littérature pour niaiseux, il est bon d’aller lire ou relire un « vieux » qui a gardé jusque dans la grande vieillesse l’invincible jeunesse de l’esprit et la sève de la jeunesse : François Mauriac. En 1969, (il était âgé de quatre-vingt-quatre ans), il commentait dans son Bloc-Notes la grande découverte du Danemark cette année-là : le mariage à quinze…  Ce qui a frappé Mauriac, c’est le ton du reporter, un ton neutre, qui ne juge pas, ne critique pas : « ils cherchent un remède à la solitude des couples et à la lassitude conjugale ». Pourquoi ? Ils ont eu le temps de la connaître ? Et le reporter note qu’« il n’est pas obligatoire que toutes les filles couchent avec tous les garçons mais c’est presque toujours le cas ».

Cette voix d’outre-tombe nous rappelle que « la jeunesse n’est pas un état durable mais une vague qui ne reste nouvelle que le temps d’écumer et d’être recouverte par une autre ». Du haut de sa longue vie et depuis son âme chrétienne, il porte alors un jugement sans appel sur ce « mariage à quinze » : « toute considération morale ou religieuse écartée, il reste que cette folie dont vous traitez si gravement ne correspond pas à la condition humaine et ne pourra être le fait que de quelques privilégiés, si la chiennerie peut être considérée comme un privilège ».

Le grand obstacle du « mariage à quinze » c’est l’instinct de jalousie. C’est pourquoi assure le reporter, « rien n’aide mieux que la littérature porno qui habitue les garçons à l’amour en commun ».

Voilà pourquoi l’Education Nationale s’est employée depuis quelques décennies à libérer les instincts et en particulier l’instinct sexuel. « Ceux qui ont l’expérience de Dieu savent que la pureté de cœur est la première condition à l’union avec Lui ». Cette libération des instincts – et donc des mœurs – dont on voit aujourd’hui, me semble-t-il, le dernier acte (peut-on aller plus loin dans l’ignominie ?) a été facilitée parce que l’Eglise employait ses forces ailleurs : à développer sa nouvelle image, ses nouveaux outils, sa vision synodale, etc….

On tue, messieurs les curés, on a commencé par organiser la grande corruption des âmes à partir de la perversion de l’instinct sexuel et de l’identité sexuelle. Bientôt on tuera les corps vieux, les corps malades, les inutiles. Non pas pour la liberté, personne n’est dupe, mais parce que le pays est ruiné, qu’il faut rembourser la dette et qu’il n’y a plus d’argent. Or, les vieux, ça coûte et ça coûte cher.

De quoi nous bassine-t-on en ce moment sur les chaînes publiques ? De la clim. Mais pourquoi vouloir faire installer des clims dans les EPHAD ? Puisqu’on veut euthanasier les vieillards : qu’on les laisse mourir simplement de la canicule…

Croit-on qu’une société qui opte aussi délibérément, ouvertement, méthodiquement pour l’assassinat programmé de tous les faibles, les vieillards, les malades, et aussi les enfants, peut continuer à vivre ? Quand une société est devenue trop radicalement mauvaise, elle est rayée de la face de la terre. L’Eglise a consacré bien trop de temps à courir après le tramway appelé « modernité ». Elle y a gagné un schisme et une assistance à la messe qui est tombé à 2%. Et un immense discrédit. Il est temps pour elle de remettre en état et en circulation le vieux train qui courait à travers montagnes et vallées en sifflant, pas seulement trois fois : « justice et fidélité, justice et paix, préparez le chemin du Seigneur, car Il vient…. Car les choses vont par deux dans l’Ancien Testament. Et quand elles vont par trois c’est le Seigneur qui parle :  Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Un chemin n’est pas un territoire, il le traverse et il le constitue.

N’en doutons pas, Il viendra.

En attendant, un collectif de solides couillons se mobilise pour demander la canonisation de Robert Schumann.

La Vie Chrétienne Victorieuse – L’État, l’Église et le chrétien : une perspective biblique

Si le monde entier était composé de vrais chrétiens, le gouvernement civil serait inutile. Mais le monde étant ce qu’il est, marqué par la Chute, Dieu a établi deux gouvernements distincts : le gouvernement spirituel, exercé par le Saint-Esprit sous l’autorité du Christ, et le gouvernement temporel, exercé par le glaive, pour contenir le mal parmi les hommes.

L’origine divine et le but du magistrat civil

L’origine de l’autorité civile n’est ni le fruit d’un contrat social, ni une invention humaine née de l’évolution des cultures. Selon le témoignage unanime des Écritures, le gouvernement civil est une institution divine, établie par Dieu pour la gestion d’un monde déchu. Après le déluge, Dieu confie pour la première fois la responsabilité du gouvernement humain à l’homme lui-même, afin de réprimer la violence. En Genèse 9:6, le principe de la justice rétributive est posé :

« Qui verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé.»

C’est le fondement de ce que la théologie appelle le « pouvoir du glaive ». Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul formalise cette doctrine de manière définitive :

« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu. De sorte que celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordonnance de Dieu » (Romains 13:1-2).

Le texte inspiré va jusqu’à qualifier le magistrat civil de « serviteur de Dieu » (diakonos), établi pour le bien du citoyen. Sa mission est double : maintenir l’ordre public en punissant les malfaiteurs, et encourager ceux qui pratiquent le bien (1 Pierre 2:14). Sans cette barrière institutionnelle, la société sombrerait dans l’anarchie, un état que le livre des Juges décrit à plusieurs reprises et avec effroi : « Chacun faisait ce qui était bon à ses propres yeux ».

La responsabilité du chrétien envers les autorités

La Bible ne conditionne pas l’obéissance civile à la piété ou à la moralité des gouvernants. Lorsque Paul écrit aux Romains, ou lorsque Pierre rédige sa première épître, l’Empire romain est dirigé par des empereurs païens, parfois cruels et corrompus. Pourtant, le devoir du croyant reste entier et se décline en trois axes majeurs.

Le chrétien est appelé à se soumettre aux lois du pays, non par simple crainte du châtiment, mais « par motif de conscience » (Romains 13:5). Cela inclut le respect des institutions et des personnes qui les incarnent.

L’acquittement des obligations financières ; question tranchée par le Seigneur lui-même : « Rendez donc à César ce qui est à César » (Matthieu 22:21). Paul confirme qu’il faut rendre à chacun ce qui lui est dû : la taxe à qui l’on doit la taxe, le péage à qui l’on doit le péage (Romains 13:7).

Et l’intercession spirituelle ; un ordre formel transmis par Paul. Le peuple de Dieu doit prier pour les rois et pour tous ceux qui sont haut placés. Le but de cette prière n’est pas politique, mais pratique : « afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté » (1 Timothée 2:1-2).

Les limites absolues de l’autorité civile

Si l’autorité de l’État est légitime, elle n’est jamais absolue. Elle est déléguée par Dieu, et le délégué reste soumis au Souverain suprême. L’État dépasse ses prérogatives lorsqu’il exige ce qui appartient exclusivement à Dieu : la conscience, la foi et l’adoration. Le principe de la désobéissance civile légitime est clairement illustré dans le livre des Actes. Lorsque le Sanhédrin interdit aux apôtres de prêcher au nom de Jésus, Pierre et les apôtres répondent fermement :

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5:29).

Le chrétien doit donc refuser d’obéir si l’État lui ordonne de faire ce que Dieu interdit, ou s’il lui interdit de faire ce que Dieu ordonne. Même dans ce cas, la résistance chrétienne reste purement spirituelle et morale ; elle ne recourt jamais à la sédition ou à la violence charnelle, acceptant, s’il le faut, de souffrir injustement pour le nom du Christ.

L’autorité religieuse selon la Bible : l’ordre dans la maison de Dieu

Si Dieu a établi le gouvernement civil pour régler la vie des hommes dans le monde, il a instauré un tout autre mode de gouvernement pour son peuple assemblé. L’autorité ecclésiastique diffère radicalement de l’autorité civile, tant par sa nature que par ses méthodes et sa finalité. Elle ne s’exerce pas par la contrainte physique, mais par la puissance de la Parole de Dieu et du Saint-Esprit.

Le premier principe théologique de l’autorité dans l’Église est qu’elle n’appartient en propre à aucun homme. Jésus-Christ est le Chef suprême de l’Église, qui est son corps :

« Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Église, qui est son corps… » (Éphésiens 1:22).

Toute autorité humaine dans l’Église n’est qu’une intendance, un service rendu sous le regard du divin Maître. Jésus a mis en garde ses disciples contre la tentation de calquer le fonctionnement de l’Église sur celui des nations, où les chefs dominent et exercent le pouvoir avec autorité :

« Il n’en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur » (Matthieu 20:25-26).

L’autorité spirituelle ne dérive donc ni d’un diplôme, ni d’un statut social, ni d’un pouvoir politique. Elle se manifeste par une stature morale et spirituelle. Les termes employés dans le Nouveau Testament sont les anciens (presbytres) ou les surveillants (épiscopes). Ils désignent des hommes éprouvés, dont les caractéristiques sont énumérées en 1 Timothée 3 et Tite 1 : irréprochables, attachés à la vraie doctrine, capables d’enseigner, et manifestant de la sagesse dans la conduite de leur propre foyer.

Les outils de l’autorité spirituelle : le pouvoir des clés

Contrairement au magistrat civil qui porte le glaive, l’Église utilise des armes spirituelles :

« Car les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles » (2 Corinthiens 10:4) ;
« Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme » (Éphésiens 6:11).

L’autorité religieuse s’exerce ainsi principalement par deux moyens. D’une part, la proclamation de la vérité : l’autorité de l’enseignant ne réside pas dans sa propre parole, mais dans sa fidélité aux Écritures. Si ce qu’il enseigne n’est pas conforme à la Bible, sa parole n’a aucun poids spirituel légitime. D’autre part, la discipline ecclésiastique, que Matthieu 18:18 désigne par l’expression « lier et délier ». Si un membre de la communauté s’égare dans un péché flagrant ou une hérésie destructrice, les conducteurs spirituels ont le devoir de reprendre, d’exhorter et, en dernier recours, d’ôter le méchant du milieu d’eux (1 Corinthiens 5:13). Cette mesure n’est jamais punitive au sens pénal, mais restauratrice : elle vise à préserver la sainteté de la maison de Dieu et à amener le pécheur à la repentance.

Tous les croyants sont invités à respecter cette autorité partagée :

« Obéissez à vos conducteurs et soyez soumis, car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte » (Hébreux 13:17).

La nécessaire séparation des sphères civile et religieuse

La lecture attentive de ces sources bibliques démontre le danger de la confusion des pouvoirs. En Israël, la royauté (le pouvoir politique et militaire) et le sacerdoce (le pouvoir religieux) devaient impérativement rester séparés. L’histoire biblique montre que chaque fois que les deux sphères se sont mélangées, le déshonneur en a découlé.

Dans l’Ancien Testament, « L’Esprit de l’Éternel se retira de Saül » parce que le roi Saül avait violé l’ordre théocratique établi par Dieu en offrant l’holocauste à la place de Samuel, ce qui conduisit à la déchéance de sa lignée royale (1 Samuel 13 & 16:14). Pareillement, le roi Ozias fut frappé de lèpre pour avoir voulu usurper les fonctions sacerdotales en offrant l’encens dans le temple (2 Chroniques 26).

L’Église n’est pas un État théocratique ; elle est composée de citoyens célestes qui traversent ce monde comme des étrangers et des voyageurs (1 Pierre 2:11). Par conséquent, l’Église n’a pas à dicter les lois civiles d’un monde incrédule, bien qu’elle agisse comme le sel et la lumière de la terre par son témoignage moral, et l’État n’a aucun droit de regard sur la doctrine, le culte, l’élection des conducteurs ou la discipline interne de l’Église.

Chaque autorité doit rester dans les limites du mandat que Dieu lui a confié. Le chrétien fidèle marche dans ce monde en respectant scrupuleusement le magistrat civil pour tout ce qui concerne la vie civique, tout en réservant l’allégeance absolue de sa conscience et de sa foi au Seigneur Jésus-Christ, qui gouverne son Église par sa Parole. En maintenant cette distinction claire, le croyant reflète l’ordre divin et rend un témoignage pur au milieu d’une génération corrompue.

L’attitude de Jésus face aux autorités : un paradoxe fécond

Quelle était donc l’attitude de Jésus face aux autorités ? Elle s’articulait autour d’un paradoxe central : une soumission absolue sur le plan spirituel, couplée à une liberté radicale sur le plan terrestre. Jésus ne manifeste ni rébellion politique, ni complaisance aveugle ; il redéfinit la source même du pouvoir. Au sommet de sa vie relationnelle se trouve une soumission absolue et filiale à Dieu son Père. Cette autorité spirituelle est son unique boussole ; elle légitime ses actes et dicte sa mission, résumée par sa volonté constante de ne pas faire sa propre volonté, mais celle de Celui qui l’a envoyé.

Face aux autorités religieuses juives de son temps (pharisiens et sadducéens), Jésus adopte une posture de contestation radicale. S’il respecte la Loi de Moïse, il rejette fermement l’hypocrisie et le poids des traditions humaines qui en dénaturent l’esprit. En se proclamant « maître du sabbat » et en plaçant l’amour et la miséricorde au-dessus des rituels, il désarme leur légitimité spirituelle, s’attirant leur hostilité mortelle.

Enfin, vis-à-vis du pouvoir romain, force d’occupation païenne, Jésus fait preuve d’une neutralité subversive. Sa célèbre formule « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Luc 20:25), pose une distinction nette entre le devoir civique et l’allégeance spirituelle. Devant Pilate, il ne conteste pas l’autorité de l’État pour le juger, mais il en rappelle la limite stricte :

« Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut » (Jean 19:11).

En somme, Jésus relativise toutes les autorités terrestres. En refusant le titre de messie politique, il démontre que son royaume n’est pas de ce monde.

Le renversement final : Christ, Magistrat suprême

L’étude des autorités, de leurs structures et de leurs limites, trouve son point culminant et sa résolution définitive dans la personne de Jésus-Christ. Tout au long de son ministère terrestre, Jésus s’est confronté aux pouvoirs de son époque. En acceptant de se soumettre au verdict du Sanhédrin et au décret de Ponce Pilate, il a semblé, aux yeux de l’Histoire, être le sujet impuissant d’un système judiciaire injuste. Le monde a cru le juger, le condamner et effacer son autorité dans le silence du tombeau.

Pourtant, l’Évangile opère ici le plus grand renversement de l’histoire humaine. Par sa résurrection et son ascension, le Christ est établi au-dessus de toute domination, de toute autorité et de tout pouvoir. Le paradoxe est absolu : l’accusé d’hier est le Magistrat suprême de demain. Ce monde qui l’a jugé, avec ses empires arrogants, ses tribunaux partiaux et ses dirigeants éphémères, devra un jour comparaître devant son tribunal. Les rôles seront alors définitivement inversés ; ceux qui ont exercé l’autorité terrestre plieront le genou devant l’autorité céleste.
Ainsi se referme le cercle théologique : les deux gouvernements, civil et religieux, institués par Dieu pour le temps présent, trouvent leur origine, leur légitimité et leur terme dans la Seigneurie du Christ, à qui tout jugement a été remis.

Par conséquent, au milieu de ces deux ordres d’autorité distincts, le chrétien véritable marche avec discernement, droiture et sans compromis. Il honore le magistrat comme serviteur de Dieu dans la sphère terrestre, sans jamais lui livrer ce qui appartient à Dieu seul. Il reconnaît les conducteurs spirituels, non comme des maîtres de sa foi, mais comme des serviteurs chargés de veiller sur son âme. Dans toutes choses, sa conduite est gouvernée par une conscience éclairée par la Parole de Dieu.

Étranger ici-bas, mais soumis pour l’amour du Seigneur, il rend à chacun ce qui lui est dû, tout en gardant son cœur inviolablement attaché au Christ. Ni la pression du monde, ni les dérives religieuses ne peuvent détourner celui qui a appris à placer toute autorité à sa juste place, sous le regard du Dieu souverain. C’est ainsi, dans une humble fidélité, qu’il rend témoignage à la vérité, attendant le jour où toute autorité sera manifestement soumise à Celui qui est Seigneur de tous.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

L’Institut Des Sciences Sociales Economiques Et Politiques s’installe à Paris

L’Institut fondé par Marion Maréchal ouvre un nouvel établissement à Paris :

“En demandant pour ses citoyens l’accès à l’euthanasie, c’est sa propre euthanasie que la France demande”

Dans Le Figaro, Michel Houellebecq publie une longue tribune contre l’euthanasie. Extrait :

Balades à Djeddah, la perle de l’Arabie saoudite

Troisième et dernière partie de la trilogie journalistique réalisée par Antoine Bordier, auteur, biographe et consultant

Nous sommes le 28 février 2026, je suis arrivé à Djeddah, hier, la veille du déclenchement des opérations militaires israélo-américaine contre l’Iran. Cette ville est une capitale à elle toute seule, peuplée de 4 millions d’habitants, dont la superficie tentaculaire fait 52 fois celle de Paris. Elle embrasse de ses longs bras la moitié de l’Ile de France. C’est dire !

Elle est une ville portuaire incontournable depuis l’Antiquité. C’est là que le prince héritier, Mohammed ben Salmane, reçoit ses hôtes prestigieux, loin des bruits et des regards de la capitale. La guerre change la donne et renforce le rôle stratégique de cette grande ville, qui pourrait voir ses investissements être multipliés par deux dans les 10 prochaines années. La guerre n’explique pas tout. Mais il est vrai que, pendant la semaine où je vais y résider les bruits de guerre resteront cantonnés à l’est du pays, au Golfe Persique, à 1 400 km de là.

Reportage sur cette ville que l’on appelle, aussi, « la porte sainte » de La Mecque.

Je n’ai jamais vu un aéroport d’une telle couleur : orange. C’est celui de Djeddah, le King Abdulaziz International Airport. J’ai l’impression d’être sur une autre planète, au milieu du désert. Vue du ciel, sa silhouette architecturale fait penser à un mollusque échoué sur le sable ou aux pinces d’un crabe. Sa conception architecturale est française.

La climatisation tourne à plein régime en cette période hivernale où les températures avoisinent les 30°C. Dehors, outre les autres passagers qui se rendent à La Mecque pour le Ramadan, il n’y a presque personne. C’est la première fois que je vois des musulmans habillés dans leur tenue religieuse traditionnelle : celle d’Ihram, qui est composée de deux pièces de tissu en coton blanc. L’épaule et le bras droit sont dégagés.

Ce blanc m’intrigue, j’y décèle – ce qui est le cas – plus qu’un simple symbole de pureté. Une nécessaire volonté de se purifier, car c’est cela finalement le pèlerinage à La Mecque : un temps de purification. Je remarque que les enfants portent aussi la même tenue. Ce qui n’est pas le cas des femmes devant uniquement porter une tenue pudique.

 

Son port illustre

Aujourd’hui, c’est ici qu’accostent les 69% des marchandises importées qui seront distribuées, par la suite, dans une grande partie du pays, et principalement dans la région du Hedjaz, La Mecque et Médine.

Avant l’avènement de l’islam, Djeddah a fait l’objet de nombreuses conquêtes, comme celles des Egyptiens au 10e siècle, et avant eux les Romains. Le port est un passage obligé, un carrefour entre la mer et les océans, et la route de la soie, celle de l’encens et des épices, celle du bois et de la bière, celle du vin.

Son existence daterait de 2 500 ans. Mais, bien avant, selon la légende, c’est là qu’Eve, la première femme de l’humanité aurait terminé ses jours. C’est, d’ailleurs, pour cela qu’elle s’appellerait ainsi : Djeddah (Jida en arabe). Cela signifie « grand-mère ».

Le petit village de pêcheurs a bien changé. Leurs cabanes sont devenues des palaces des Mille et Une Nuits.

Aujourd’hui, dans la matinée, il est difficile de voir des pêcheurs. Car, ils sont de moins en moins nombreux et la pêche est devenue industrielle. Les petits pêcheurs ont troqué leur barque pour une voiture ou un mini-bus dans lequel ils baladent les touristes. Certains anciens, des nostalgiques, continue à l’appeler « la fiancée de la mer Rouge ». Formule que reprend Ludovic Pouille, Envoyé spécial pour la reconstruction au Moyen-Orient, auprès du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

« La porte » des lieux saints 

Depuis l’avènement de l’islam au 7e siècle, depuis Mahomet, Djeddah se situe à l’avant-poste de La Mecque. Il faut mettre près d’une heure en voiture pour parcourir les 80 km plein est qui séparent les deux villes. Pour des millions de musulmans venus du monde entier – ceux que j’ai rencontrés venaient d’Egypte, du Pakistan, du Turkménistan – Djeddah est, donc, la dernière étape, la dernière porte pour entrer dans la Ville Sainte.

Par nature une porte, s’ouvre et se ferme, indique un lieu, un passage, une pièce. Ici, la porte de Djeddah est grande ouverte pour les musulmans et les autres. Mais en arrivant à La Mecque, toutes les portes d’entrée se referment pour les non-musulmans. La raison ? C’est la loi islamique, la charia, qui commande et des mesures restrictives du gouvernement qui la mettent en œuvre.

Djeddah, la belle

Pour ma part, j’ai aimé pendant toute cette semaine me promener le long de ses rivages baignés de soleil. Il y règne une réelle insouciance, comme si vous étiez hors du temps, loin des bruits de la guerre, des missiles et des drones. La mer Rouge est là, belle dans son innocence, silencieuse dans son étendue, tragique dans son histoire lorsqu’elle fut le lit de nombreux combats.

Aujourd’hui, depuis l’Egypte, les pèlerins, par bateaux entiers, arrivent en masse. Ils passent la porte de Djeddah et continuent jusqu’à La Mecque. Ne pas s’arrêter à Djeddah est une erreur. Car le soir, la Fiancée de la mer Rouge y dévoile toute sa beauté. Oui, elle est belle le soir, lorsque la princesse de la nuit fait briller ses milliards d’étoiles au-dessus de ses eaux. Le conte des Mille et Une Nuits s’y miroite, alors qu’au-dessus déambulent dans l’insouciance la plus totale, tout le long de la corniche, les familles qui y grapillent la fraîcheur et les ombres. Les enfants mangent des glaces, vendues dans des petits cabanons en bois tout le long de la corniche.

Du côté du quartier d’AlHamra, au nord de la ville, au Hyatt Park Hotel, des Saoudiens et des Français travaillant au Consulat général ont pris place au bord de l’eau, non loin de la célèbre fontaine du roi Fahad, dont le jet d’eau est projeté à une hauteur qui dépasse celle du jet d’eau de Genève en Suisse. Sultan est là, attablé avec ses amis qui vont rompre le Ramadan, après le coucher du soleil. Ils discutent de la situation, de la guerre. Ils sont sereins. Khaled est un peu plus inquiet. Ahmed, quant à lui, a les yeux tournés vers La Mecque. Tous les deux sont des comptables, Sultan travaillant comme nutritionniste dans l’armée. Le restaurant est en plein air. Au-dessus de nos têtes, des lanternes se balancent au grès du vent, comme une traîne d’étoiles filantes. La lumière tamisée danse tout autour de nous avant de se jeter dans la mer Rouge. Ses embruns presque imprescriptibles caressent nos visages et les adoucissent de leurs vents venus du nord. Nous partageons le seul repas de la journée. Quel moment formidable, moment qui célèbre la rencontre, l’échange et l’amitié naissante.

Après le repas, Sultan nous emmène visiter Djeddah, la nuit. Direction la Trump Tower.

Trump, CMA CGM et le business

Alors qu’il fait la guerre à l’Iran, ici en Arabie et là à Djeddah, le président américain, via sa Trump Organization, investit à tour de bras. Ici, Trump Tower sera plus qu’une tour. Elle sera une résidence, un hôtel, un mall, des boutiques, des clubs sportifs, des restaurants gastronomiques, des parkings VIP. Une ville dans la ville. La fin des travaux est prévue en décembre 2029. Pour acquérir un appartement, il faut pouvoir débourser 450 000 euros pour un appartement avec une seule chambre. La guerre n’y a pas mis de terme. Les travaux continuent.

De son côté, il y a quelques semaines, CMA CGM et Red Sea Gateway Terminal (RSTG) ont signé un protocole d’accord pour créer une co-entreprise, une joint-venture, qui permettra la construction et l’exploitation du Terminal 4. Les travaux sont, déjà, en cours. Rodolphe Saadé s’est réjoui

« de ce partenariat avec RSGT, qui marque une nouvelle étape dans le développement du port de Djeddah et soutient la Vision 2030 de l’Arabie saoudite. En combinant l’expertise mondiale de CMA CGM à la force locale de RSGT, nous contribuerons à faire de Djeddah une porte logistique majeure sur la mer Rouge. Cet investissement reflète notre confiance dans les ambitions à long terme du Royaume et notre engagement à soutenir sa transformation économique. »

 

Al-Balad, l’histoire avec un grand H

Le quartier d’Al-Balad est quasiment désert dans la journée. Seuls y déambulent les chats et les ouvriers qui vont et viennent, travaillant à la restauration du plus vieux quartier de Djeddah, qui se situe près du musée de la mer Rouge, à trois jets de pierre du vieux port. Al-Balad, c’est un trésor architectural à ciel ouvert, à tel point que l’Etat, via son ministère de la culture, a mis sur la table plusieurs millions de dollars pour restaurer les vieux immeubles, les vieilles maisons de maître qui datent pour la plupart du 19e siècle.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ses ruelles se croisent et s’entrecroisent, formant des parcelles résidentielles et des petites placettes où il fait bon s’arrêter à l’ombre de ses grands arbres centenaires. Au rez-de-chaussée des bâtisses encore debout se trouvent des échoppes, des boutiques artisanales, des cafés, des coiffeurs, des petites galeries d’art. La plupart des façades sont embellies par les moucharabiehs, des panneaux sculptés en bois, de véritables œuvres d’art qui forment une sorte de caisson, de paravent fixe devant les fenêtres, ou devant des arcades. L’intérêt de cette structure qui vient habiller la façade est de filtrer les rayons du soleil tout en laissant passer l’air, qui se rafraichit en passant de la lumière à l’ombre.

Les ouvriers que j’interroge viennent d’Asie, d’Egypte, du Pakistan. Ils sont heureux de participer à la reconstruction du quartier. Ils se promènent de chantier en chantier en voiturette électrique.

Dans la soirée, le quartier se réveille enfin et se met à vivre paré de ses atours lumineux et de ses nombreux invités. On dirait un bal, une fête populaire. Nous vivons le moment de la rupture du jeûne, où tous les cafés sont pris d’assaut par les hommes, mais également par les femmes. Y sont servis des boissons non-alcoolisés. Plus loin, il faut marcher une dizaine de minutes pour se retrouver dans le quartier de l’or, c’est l’effervescence. Tout Djeddah s’est donné rendez-vous, et semble ne pas vouloir sommeiller.

Je dois partir. Sultan me fait rencontrer ses amis, dont un vit à Taïf. Hier, je le recontacte pour lui dire que je termine, enfin, ma trilogie journalistique sur l’Arabie saoudite. Et, il me donne quelques nouvelles : « Il n’y pas la guerre ici. L’Arabie saoudite est très sûre. Nous sommes en sécurité et tout va bien. »

Sur le chemin du retour, nous croisons Mutlaq qui nous vient du Qatar… Ici, tous sont des Bédouins !

Je décolle de Djeddah pour le… Liban. Je suis quasiment seul dans l’avion, guerres obligent !

Retrouvez la première partie de notre trilogie ici :

https://lesalonbeige.fr/voyage-en-arabie-saoudite-sous-les-bombes/

 

Et la seconde :

https://lesalonbeige.fr/a-lombre-des-jardins-de-riyad-et-de-larabie-historique/

 

De notre envoyé spécial Antoine BORDIER

Copyright des photos et montage A. Bordier

Le 15 juillet, la médecine française basculera-t-elle dans la schizophrénie ?

Illustration: « Au lit de mort» d’Edvard Munch (1863-1944).
“La vulnérabilité n’est pas une déchéance qu’il faut éliminer par la technique, elle est le dénominateur commun de notre condition humaine.”

À quelques jours de la trêve estivale, alors que les Français tournent légitimement le dos au bruit du monde, l’Assemblée nationale s’apprête à voter, à la lisière des vacances, une décision que le pays n’aura guère le loisir de peser. Une rupture anthropologique se joue, presque à bas bruit. Le choix du calendrier interroge : au moment où la nation ralentit, c’est l’un des fondements les plus anciens de la médecine qui pourrait être redéfini.
Médecin, je refuse de me taire devant ce basculement.

La schizophrénie éthique : trier les pulsions de mort
Depuis toujours, la psychiatrie mobilise des moyens considérables pour prévenir le suicide. Lorsqu’une personne exprime le désir de mourir, ce désir est compris comme l’expression d’une souffrance qui appelle une réponse médicale, jamais son accomplissement.
Demain, dans d’autres services, la même médecine pourrait être appelée à évaluer certaines demandes de mort pour y répondre favorablement. Le médecin deviendrait celui qui, selon des critères fixés par la loi, distinguerait les vies qu’il faut encore sauver de celles dont il pourrait provoquer la fin.

Quel message adressons-nous à la société ? Le désir de mourir d’un jeune dépressif appelle la mobilisation de tous les soignants ; celui d’une personne âgée, malade ou épuisée pourrait devenir un droit que la médecine aurait mission de mettre en œuvre. Les situations juridiques diffèrent, mais leur point commun est évident : elles naissent toutes deux de la souffrance. Une médecine cohérente peut-elle faire de cette souffrance, selon les circonstances, tantôt un mal à combattre, tantôt une volonté à exécuter ?

Le véritable basculement n’est pas juridique. Il est anthropologique. La médecine ne serait plus seulement l’art de soigner jusqu’au bout ; elle deviendrait aussi celui de décider dans quels cas donner la mort peut être considéré comme un soin. Cette contradiction ressemble à une véritable schizophrénie éthique.

Le calcul économique qui ne dit pas son nom
Accompagner une personne jusqu’au terme naturel de sa vie exige du temps, des équipes formées, des lits, des moyens humains. Les soins palliatifs représentent un engagement coûteux, mais ils manifestent le choix d’une société qui refuse d’abandonner les plus fragiles.
À l’inverse, chacun comprend que l’administration d’une substance létale représente un coût sans commune mesure avec celui d’un accompagnement prolongé. Le directeur parlementaire du budget canadien évaluait dès 2020 l’économie procurée par l’aide médicale à mourir à 149 millions de dollars — un montant qui a depuis doublé, comme le nombre d’euthanasies.
La France affirme vouloir développer parallèlement les soins palliatifs. L’intention est louable. Mais les crédits annoncés demeurent dépendants des lois de finances futures tandis que, sur le terrain, des milliers de Français n’ont toujours pas accès à des soins palliatifs dignes de ce nom. Les maisons d’accompagnement promises tardent encore à voir le jour.
Dans ce contexte, proposer la mort comme nouvelle possibilité interroge profondément. Peut-on parler d’un choix pleinement libre lorsque l’alternative — être correctement accompagné jusqu’au terme de sa vie — demeure, pour beaucoup, inaccessible ?
Au cours des débats parlementaires, le député Jean-François Rousset déclarait : « Il y a des gens qui sont en train de mourir dans une chaleur torride, il faut les aider, avançons ! » Cette phrase révèle malgré elle une inquiétude plus profonde, celle d’une médecine qui répond à l’épuisement de ses structures en facilitant la mort plutôt qu’en renforçant l’accompagnement.
Une liberté n’est véritable que lorsque toutes les options offertes existent réellement.

La boîte de Pandore
Les promoteurs de la loi promettent un dispositif exceptionnel, strictement encadré. L’expérience étrangère invite pourtant à la prudence.
Partout où l’interdit de donner la mort a été levé, les critères initiaux se sont progressivement élargis. Au Canada, en Belgique ou aux Pays-Bas, les indications se sont étendues bien au-delà des situations présentées au départ comme exceptionnelles. Ce constat n’est plus une hypothèse ; il appartient désormais aux faits.
Plus remarquable encore est l’évolution des oppositions. Les réserves ne viennent plus seulement des traditions religieuses ou des soignants. Des collectifs antivalidistes, des associations de défense des personnes handicapées et des mouvements critiques du libéralisme économique dénoncent eux aussi le risque qu’une société insuffisamment solidaire transforme progressivement le « droit de mourir » en pression diffuse sur ceux qui se vivent déjà comme une charge.
Lorsque des sensibilités aussi éloignées convergent pour exprimer la même inquiétude, il serait imprudent de ne pas les entendre.

Le choix de civilisation
La vulnérabilité n’est pas une déchéance que la technique devrait effacer. Elle est le dénominateur commun de notre condition humaine. Nous y passerons tous. C’est la seule égalité parfaite de notre existence.
Une civilisation ne se mesure pas à sa capacité d’organiser la disparition des plus fragiles. Elle se juge à sa fidélité à demeurer auprès d’eux, à soulager leur douleur, à reconnaître leur dignité jusqu’à leur dernier souffle. Ce choix ne se décrète pas à demi : on ne protège pas les plus vulnérables en leur ouvrant une issue que l’on n’aura pas su leur épargner.
Le 15 juillet, les députés ne voteront pas seulement un nouveau dispositif médical. Ils choisiront une certaine idée de la médecine. Et, au-delà, une certaine idée de l’humanité.

Ne capitulons pas devant le néant.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Un évêque propose que les femmes “co-président” la messe

Mgr Erio Castellucci, archevêque-abbé de Modène-Nonantola et évêque de Carpi, estime que, puisque, pour le moment, les femmes ne peuvent pas devenir prêtres, ni même diacres, on pourrait les faire coprésider la messe.

Une femme présiderait la « liturgie de la parole », et le prêtre présiderait la « liturgie eucharistique ».

Il appelle cela « la prophétie de la coprésidence ».

Les préfets du Dicastère pour la doctrine de la foi ou celui du culte divin et la discipline des sacrements interviendront-ils ?

Etats-Unis : le Planning familial retrouve son financement fédéral

Lu sur le blog d’Yves Daoudal :

Le mouvement pro-vie américain constate avec amertume que les députés républicains ont failli à leur engagement, « omettant » de prolonger la mesure de Trump qui interdisait pour un an le financement fédéral des organisations pratiquant des avortements autres que pour viol, inceste ou danger de mort de la mère. Le Planning familial perdait ainsi des millions de dollars.

C’était dans le fameux “One Big Beautiful Bill Act” (BBB), un « paquet » de centaines de mesures fiscales très diverses que Donald Trump avait fait voter par le Congrès et qu’il avait solennellement signé le 4 juillet 2025 (fête nationale).

Mais il fallait voter une loi avant le 4 juillet dernier pour pérenniser la mesure. Le président de la Chambre, Mike Johnson, avait déclaré qu’il « n’allait pas permettre » que l’argent des contribuables finance l’avortement. Mais il n’a rien fait. Et à la veille du 4 juillet 2026 il n’y a eu aucune tentative de mesure d’urgence.

Le Planning familial, au lendemain de la célébration du 250e anniversaire des Etats-Unis, va donc recevoir de nouveau des fonds fédéraux.

En raison de l’amendement Hyde, le Planning familial ne peut pas utiliser directement ces fonds pour l’avortement, mais ce retour du financement fédéral montre aussi que l’Etat profond ne perd jamais longtemps…

Et cela au moment où les statistiques montrent que l’avortement est en progression aux Etats-Unis, alors même qu’il est désormais interdit dans nombre d’Etats.

Le ministre Panifous ira-t-il danser sur les tombes des personnes euthanasiées ? [Add.]

Face à autant de cynisme, le Premier ministre doit renoncer au vote du 15 juillet.

Communiqué de Via la voix du peuple :

Alors que le Parlement se déchire de plus en plus à chaque lecture sur le texte proposant de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, lance des invitations pour une réception en son ministère le 15 juillet au soir « à l’occasion du vote définitif sur la proposition de loi “Fin de vie”». 

Ce pince-fesse ressemblant à une danse macabre républicaine, est un véritable scandale !  

Il acte l’idéologisation d’un ministère qui devrait, alors même que la loi n’est pas adoptée, respecter une totale neutralité pour un texte émanant du Parlement, et faire preuve de retenue sur une proposition de loi qui, vidée de tout consensus, fracture plus qu’elle ne rassemble.

Il confirme la manipulation de la « consultation citoyenne » menée par un CESE qui coorganise cette célébration ministérielle, faisant exploser de fait l’image d’objectivité dont cette institution s’était mensongèrement drapée.

Il met en lumière le cynisme des promoteurs de l’injection létale légalisée qui se préparent à festoyer jusque sous les ors de la République, au frais du contribuable au passage, pour se féliciter d’avoir fait entrer dans la loi française le droit au meurtre et l’interdiction de l’empêcher.

VIA | PARTI CHRÉTIEN-DÉMOCRATE condamne avec la plus grande fermeté cette « fête » et demande officiellement au chef du Gouvernement Sébastien Lecornu de faire annuler cette réception.

VIA | PARTI CHRÉTIEN-DÉMOCRATE réitère sa demande solennel au Premier ministre de retirer ce texte sans aucune réelle adhésion de la représentation nationale, et qui fracturerait violemment la paix sociale s’il devait passer en force et être adopté contre tout accord des professionnels de santé, des « éligibles » et de leurs aidants, et de la population dans son ensemble qui n’aura pas pu se prononcer directement.

Addendum : suite au tollé le ministre annonce reporter ce cocktail.

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