Père Andrea Santoro, martyr de la foi en Turquie, priez pour les conversions !
Il y a des vies qui disent davantage que de longues déclarations diplomatiques. Celle de don Andrea Santoro, prêtre italien assassiné en Turquie le 5 février 2006, appartient à cette catégorie. Il ne fut pas tué sur un champ de bataille, ni au terme d’une polémique tapageuse. Il fut tué dans une église, à Trébizonde, alors qu’il priait. Deux balles. Une Bible en turc entre les mains. Le silence d’une petite église catholique, dans une terre qui fut jadis l’un des grands berceaux du christianisme. Vatican News rappelle qu’il fut assassiné par un jeune fondamentaliste alors qu’il était en prière, et que les balles transpercèrent également la Bible qu’il tenait.
Don Andrea Santoro était un prêtre du diocèse de Rome, envoyé en Turquie en 2000 comme prêtre fidei donum. Avant cela, il avait été curé à Rome, notamment dans la paroisse des Saints Fabien et Venance. Il ne partit pas en Orient par goût de l’exotisme religieux, ni par naïveté idéologique, mais par fidélité à une intuition profondément catholique : l’Église du Moyen-Orient n’est pas un vestige archéologique, mais une mère blessée, pauvre, parfois abandonnée, qu’il faut aimer et soutenir. La Communauté Sant’Egidio rappelle qu’il fut envoyé par le cardinal Ruini au service du vicariat apostolique d’Anatolie.
Trébizonde, l’antique Trabzon, n’est pas n’importe quel lieu. Elle dit à elle seule la tragédie de l’Orient chrétien : une mémoire immense, une présence aujourd’hui minuscule. Là où passèrent les apôtres, les Pères, les conciles, les liturgies, les monastères, les icônes et les pèlerins, il reste souvent de très petites communautés, parfois réduites à quelques fidèles. Don Andrea ne venait pas conquérir. Il venait demeurer. Il voulait être une présence chrétienne pauvre, visible, priante, offerte.
C’est précisément cela qui rend son assassinat si révélateur. Il ne s’agissait pas d’un agitateur politique. Il ne s’agissait pas d’un polémiste. Il ne s’agissait pas d’un homme violent. Il priait. Et son meurtrier, un jeune Turc mineur au moment des faits, cria « Allahu Akbar » avant de tirer, selon l’agence Fides. Condamné à dix-huit ans et dix mois de prison, il fut libéré de manière anticipée en 2016, dans le contexte des purges carcérales ayant suivi la tentative de coup d’État en Turquie.
Il faut ici refuser deux mensonges symétriques. Le premier serait de répondre à la haine par la haine, comme si le martyre chrétien autorisait la vengeance. Il ne l’autorise jamais. Le second serait de noyer le réel dans une brume pieuse, en parlant seulement de “malentendu”, de “tension”, de “fragilité”, d’“événement tragique”, sans jamais nommer le fait qu’un prêtre catholique a été assassiné parce que sa présence chrétienne devenait insupportable à un fanatisme religieux.
Don Andrea croyait au dialogue. Mais le vrai dialogue n’est pas l’effacement de la foi chrétienne devant les susceptibilités de l’islam. Le vrai dialogue suppose que le chrétien puisse être chrétien, prier, annoncer le Christ, tenir une Bible, célébrer la messe, accueillir les pauvres, sans être menacé. Le dialogue ne peut pas signifier que les chrétiens baissent la voix jusqu’à devenir invisibles. Don Andrea ne dialoguait pas parce qu’il doutait du Christ ; il dialoguait parce qu’il croyait au Christ.
C’est pourquoi son témoignage embarrasse notre époque. Il gêne les indifférents, parce qu’il rappelle que la foi peut encore valoir la vie. Il gêne les relativistes, parce qu’il montre que toutes les conceptions de Dieu ne produisent pas les mêmes fruits. Il gêne aussi certains professionnels du dialogue interreligieux, parce qu’il oblige à poser une question simple : que vaut un dialogue où l’une des parties doit sans cesse prouver qu’elle a le droit d’exister ?
L’Église, elle, a très vite reconnu la grandeur spirituelle de ce sacrifice. Lors des funérailles, le cardinal Camillo Ruini déclara être intérieurement persuadé que les éléments constitutifs du martyre chrétien se trouvaient dans la mort de don Andrea, et il annonça l’intention de promouvoir sa cause de béatification. Il rappelait en même temps l’urgence de réaffirmer la liberté religieuse, « mère de toutes les libertés ».
Il faut cependant être précis : don Andrea Santoro n’est pas “saint automatiquement”. Dans l’Église catholique, la reconnaissance officielle de la sainteté passe par une procédure. Même lorsqu’il existe une réputation de martyre, l’Église examine les faits, les écrits, les témoignages, les circonstances de la mort et l’existence éventuelle d’une haine de la foi. En 2026, Famiglia Cristiana rappelait qu’un postulateur avait été nommé le 18 juillet 2024 pour sa cause de béatification, mais que cette cause n’était pas encore ouverte.
La nuance est importante. On peut, dans le langage spirituel et mémoriel, parler de martyr : don Andrea est mort en témoin du Christ, dans l’exercice de son ministère, frappé alors qu’il priait. Mais la canonisation officielle n’est pas un réflexe émotionnel ; elle appartient au jugement prudent de l’Église. Cette prudence n’affaiblit pas son témoignage. Elle le protège des emballements faciles et lui donne, le moment venu, une force plus grande.
Le plus bouleversant demeure peut-être la réponse de sa mère. Elle n’a pas répondu par l’appel à la vengeance. Elle a pardonné. Selon AsiaNews, Maria Santoro déclara pardonner de tout son cœur à celui qui avait armé sa main pour tuer son fils. Voilà la différence chrétienne. Le martyr chrétien ne tue pas pour Dieu. Il accepte de mourir plutôt que de renier le Christ. Il ne transforme pas Dieu en cri de guerre. Il remet sa vie entre les mains du Père.
Il y a là une leçon pour notre temps. L’Europe chrétienne a trop souvent honte de ses martyrs. Elle préfère célébrer des abstractions : le vivre-ensemble, la paix, la diversité, le dialogue. Tous ces mots peuvent être beaux, mais ils deviennent indécents lorsqu’ils servent à dissimuler les corps des chrétiens assassinés. La paix chrétienne n’est pas l’amnésie. Le pardon chrétien n’est pas le silence. La charité chrétienne n’est pas la lâcheté.
Don Andrea Santoro n’a pas vécu pour dénoncer l’islam. Il a vécu pour annoncer le Christ. Mais sa mort oblige à regarder en face la condition de nombreux chrétiens dans des sociétés musulmanes : minoritaires, surveillés, parfois tolérés, souvent empêchés, toujours exposés dès qu’ils sortent du rôle décoratif qu’on veut bien leur laisser. Il ne s’agit pas de haïr les musulmans. Il s’agit de refuser que les chrétiens soient sommés d’aimer leur propre disparition.
Dans l’église Santa Maria de Trabzon, un prêtre priait. Son assassin a cru l’effacer. En réalité, il l’a rendu visible. Don Andrea Santoro appartient désormais à cette longue procession de témoins qui, de saint Étienne aux martyrs contemporains, rappellent que l’Église ne vit pas d’abord de puissance, de sociologie ou de communication. Elle vit du sang de ceux qui aiment le Christ jusqu’au bout.
Et c’est peut-être cela qu’il faut demander aujourd’hui : non pas seulement que don Andrea soit un jour officiellement reconnu bienheureux puis saint, mais que les chrétiens d’Europe retrouvent la mémoire de ce qu’ils sont. Une Église qui oublie ses martyrs devient vite une ONG sentimentale. Une Église qui les honore redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : le Corps du Christ, pauvre, priant, désarmé, mais invincible.
Andrea Santoro, priez pour nous et pour tous les Turcs !
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Chartres 2026 : nous sommes ceux qui venons après
De Thomas Debesse :
En juin 2025 au retour du pèlerinage de Chartres, s’est déroulée devant mes yeux une scène tout à fait commune et habituelle pour un retour pèlerinage, mais extra-ordinaire pour notre société. Dans le train du retour, des pèlerins chantent. […] J’ai réalisé quelque chose que je souhaite vous partager.
Il se trouve que deux mois plus tôt était sorti le jeu vidéo Clair-obscur, Expédition 33. Issue d’un studio français, et succès commercial international, il avait aussi trouvé ses détracteurs très ennuyés de son esthétique franchement franchouillarde, un environment urbain inspiré du Paris de la Belle époque, et des personnages et accoutrements assumant sans rougir certains clichés français. Les noms des personnages sonnaient français : Gustave, Maelle, Lune, Renoir. Cela a déplu à une caste qui considère comme suspectes de telles manifestations.
L’univers imaginaire de ce jeu vidéo est affecté d’une catastrophe, et chaque année, une génération de ses habitants disparaît. […] Et chaque année aussi, une équipe des habitants survivants part en expédition dans l’espoir de mettre fin à la calamité. Sur leur chemin, ils retrouvent les restent des expéditions précédentes, ainsi que les traces de ce qu’ils avaient découverts et appris. Chaque expédition ne sait pas si elle va réussir, mais chaque expédition laisse, pour ceux qui viendront après eux, leur connaissance et leurs traces. Et cet effort, ce don d’eux-même, ce don de leur vie jusqu’à leur propre mort, ils le font pour l’expédition qui vient après la leur, pour la génération d’explorateurs et de combattants qui vient après.
Un des personnages principaux, Gustave, prononce fréquemment ces mots lors de ses combats : « pour ceux qui viendront après ».
[…] Je me suis intéressé aux monuments mémoriaux des guerres mondiales qui habitent nos villages et qui égrainent la liste de nos pères morts sur le front. Tous ces hommes qui ont fait le sacrifice de leur vie, ces homme l’ont fait pour ceux qui viennent après. Et c’est ça ce que signifie « venir après ». Ceux qui viennent après ne sont pas une unité de population qui se substitue, ceux qui viennent après sont ceux qui sont engendrés.
Les soldats de ces guerres atroces ne tombaient pas sur le champ de bataille pour ceux qui occuperont leur territoire. […] Ceux qui ont défendu la France pendant la Grande Guerre se battaient pour ceux qui venaient après et ceux qui ont combattu le nazisme se battaient pour ceux qui venaient après. Mais pour une certaine population bourgeoise, déracinée et collaborationniste, est suspect ce sentiment de défense de chez soi et de transmission à sa descendance. Ils regrettent que l’occupant n’ai pas vaincu.
[…] Devant cette jeunesse je me suis souvenu d’un prêtre. C’était il y a plus de 15 ans, il était professeur dans un séminaire diocésain et il avait qualifié la paroisse où j’allais à la messe de « Vieille France ». J’avais trouvé cela très curieux et hors de propos, car comme dans les paroisses et autres chapelles où est célébrée la liturgie traditionnelle, la moyenne d’âge est probablement inférieure à la moité sinon au tiers de l’âge de ce prêtre.
[…] J’avais aussi repensé à la phrase étrange du pape François qui avait comparé l’usage dans la liturgie d’ornements manufacturés au fait de conserver des vieilleries pour faire plaisir à sa grand-mère.
[…] Le pape François avait aussi eu cette phrase étrange il y a 5 ans : « ceux qui ont besoin de temps pour revenir au Rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II ». L’étrangeté de cette phrase tenait dans ce verbe « revenir ». Assister à une messe traditionnelle ou à une messe célébrée selon le nouveau missel n’est pas une affaire de retour.
Car pour des générations de familles, participer à une messe en forme ordinaire n’est pas un retour à quoi que soit, c’est une exploration de quelque chose de différent. C’est d’ailleurs tout aussi vrai pour la jeunesse élevée dans la forme ordinaire qui vient découvrir la forme extra-ordinaire en pèlerinage, ce n’est pas un retour pour eux, c’est dans leur vie quelque chose de nouveau, une étape sur le chemin, une expérience sur laquelle ils se construisent et dans laquelle ils modèlent leur corps et leur âme.
Il existe une filiation ininterrompue de familles qui ont toujours participé à la messe en forme extra-ordinaire, dont les enfants ont grandi dans cette liturgie, et dont ces enfants ont à leur tour engendré des enfants qui ont grandi dans cette liturgie. Chaque génération qui venait après a transmis à la génération suivante, sans interruption, à ceux qui venaient encore après. C’est leur culture, leur pratique, leur coutume, leur tradition. C’est ce qui leur appartient, ce dont ils héritent, ce qu’ils habitent, vivent, fructifient, et transmettent.
[…] Cette jeunesse est joyeuse, prête à l’héroïsme qui l’attend, mais cette jeunesse avance aussi dans un monde qui lui est de plus en plus hostile. Ils savent ce que c’est que de chanter le Kyrie des gueux « Errant sans feu ni lieu, Bissac et ventre creux. Bannis et malchanceux, Maudits comme lépreux ». Ils chantent aussi le Miserere de la Mer et les mots de Francine Cockepot se revêtent d’un tragique très nouveau : « Plus jamais l’été, plus jamais l’hiver, Plus jamais la fête au village, Plus jamais l’amour sur un clair visage. A moi, Christ en Croix, ayez pitié ».
Cette jeunesse qui a vécu l’assassinat de Thomas à Crépol et le meurtre de Philippine habite viscéralement ces paroles. « Plus jamais la fête au village, Plus jamais l’amour sur un clair visage ». Ils sont ceux qui viennent après. Ils savent ce que signifie les paroles de cette même chanson « À tous les calvaires, aux croix des chemins, Je promets un pèlerinage, A tous les calvaires, aux croix des villages. A moi, mon pays, mes souvenirs, A moi tous mes rêves à l’avenir ». Ils sont là pour ça, ils [marchent] en pèlerinage de Paris à Chartres, 100 km pendant trois jours. Ils ont promis ce pèlerinage et ils sont présents.
Ce samedi 23 mai 2026, veille de la Pentecôte, pendant le pèlerinage de Chartres alors que je marchais sur ces chemins de pèlerinage, quelqu’un m’a fait me ressouvenir que Charles Péguy avait fait son pèlerinage à Chartres en 1912 pour demander la guérison de son fils. Charles Péguy avait fait son pèlerinage pour ceux qui venaient après.
Charles Péguy est mort le 5 septembre 1924 durant la Première Guerre mondiale lors de la bataille de l’Ourcq. Il est mort pour ceux qui venaient après.
Le lundi 25 mai 2026, lundi de Pentecôte, la première encyclique du pape Léon XIV Magnifica humanitas, a été publiée. Nous pouvons y lire ces mots à l’article 213, citant Le Retour du Roi (1955) et les propos du personnage de Gandalf :
« Un écrivain catholique du XXe siècle, John Ronald Reuel Tolkien, a décrit ainsi notre responsabilité par la bouche de l’un des protagonistes d’un roman : « Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver”. »
L’abbé Clément Barré, prêtre du diocèse de Bordeaux, a commenté sur son blog l’initiative du pape Léon XIV de citer Tolkien dans son encyclique Magnifica humanitas et poursuit l’observation :
« Car Tolkien est aussi très critique du paradigme technocratique que le pape dénonce. Ayant combattu dans les tranchées de la Somme et vécu la Seconde Guerre mondiale, il a vu la puissance de l’industrie humaine mise au service de la domination et de la mort.
Le personnage de Saruman, magicien déchu qui transforme les forêts du monde en usines de production d’esclaves et de soldats, représente cela. Il est décrit ainsi par Sylvebarbe, le gardien des forêts : “Il complote pour devenir une Puissance. Il a un esprit de métal et de rouages ; et il ne se soucie pas des choses qui poussent, sauf dans la mesure où elles lui servent sur le moment.” Notons que cette parole ne vient pas du héros ou du sage mais de l’arbre qui souffre, une créature ancienne et enracinée qui parle depuis sa propre vulnérabilité. Ce sont les petits, les fragiles, les enracinés qui voient le mieux ce qui se perd. »
L’intelligence artificielle ou l’oubli de l’homme
Réflexion critique à la lumière de Magnifica Humanitas
« Nous nous sommes émerveillés de notre magnificence dès la venue au monde de l’I.A. »
Cette phrase du film Matrix résonne aujourd’hui d’une manière singulière. Dans ce dialogue célèbre, Morpheus décrit une humanité fascinée par sa propre puissance technique, jusqu’au moment où elle finit par dépendre entièrement des machines qu’elle a créées. Ce qui relevait autrefois de la science-fiction nourrit désormais une interrogation très concrète : à force de déléguer nos décisions, notre mémoire, notre attention et parfois même notre jugement aux algorithmes, ne risquons-nous pas de perdre progressivement ce qui fait notre humanité ?
L’intelligence artificielle ne se présente pas sous la forme spectaculaire de robots dominant le monde. Elle s’insinue discrètement dans notre quotidien : recommandations automatiques, réseaux sociaux, assistants conversationnels, surveillance algorithmique, automatisation du travail ou aide à la décision. Son développement est souvent présenté comme inévitable, presque naturel. Pourtant, derrière les promesses de confort et d’efficacité émergent des questions fondamentales : qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que penser ? Une machine peut-elle réellement remplacer le discernement humain ? Et surtout, la technique doit-elle rester un outil au service de l’homme ou risque-t-elle progressivement de devenir son maître ?
« À la fierté prométhéenne de maîtriser la technique, se substitue son exact opposé : la honte prométhéenne. »
— Günther Anders
La formule de Günther Anders éclaire profondément notre époque. Après avoir cru dominer totalement la technique, l’homme contemporain finit paradoxalement par se sentir dépassé, voire inférieur, face aux systèmes qu’il a lui-même créés. La machine paraît plus rapide, plus efficace, parfois même plus fiable que lui. Peu à peu, l’homme en vient à douter de sa propre valeur.
Cette inquiétude traverse aujourd’hui de nombreux débats philosophiques et spirituels. Elle se retrouve notamment dans Magnifica Humanitas, première encyclique du pape Léon XIV, consacrée aux enjeux de l’intelligence artificielle. Le pape y développe une critique forte du technicisme contemporain : concentration du pouvoir numérique, délégation du jugement humain aux algorithmes, déshumanisation du travail, perte du sens moral ou encore risque d’un monde gouverné par la logique de l’efficacité.
L’encyclique constitue à bien des égards un texte important. Elle rappelle avec force que la technique doit rester au service de l’homme et non l’inverse. Elle défend la dignité humaine contre les tentations d’un monde réduit aux données, aux calculs et aux performances.
Mais on peut aussi se demander si cette critique, malgré sa pertinence, ne demeure pas encore partiellement incomplète.
Car dénoncer les dangers de l’intelligence artificielle ne suffit peut-être pas. Une critique purement morale, sociale ou politique du technicisme risque de manquer le cœur du problème : pourquoi notre civilisation éprouve-t-elle un tel désir de dépasser les limites humaines elles-mêmes ?
C’est ici que la réflexion de Fabrice Hadjadj permet peut-être d’aller plus loin.
La tentation moderne : corriger l’homme
Une certaine vision contemporaine de l’intelligence artificielle et du transhumanisme repose sur une idée implicite : les limites humaines seraient des défauts qu’il faudrait progressivement corriger.
La souffrance, la dépendance, la fatigue, la lenteur, l’incertitude ou même la mort sont souvent perçues comme des anomalies techniques appelées à être dépassées grâce au progrès.
L’homme moderne ne veut plus seulement maîtriser le monde ; il veut désormais se reconfigurer lui-même.
Or c’est précisément ici qu’apparaît peut-être le point aveugle de nombreuses critiques de l’IA, y compris parfois dans Magnifica Humanitas. L’encyclique défend la dignité humaine, mais elle insiste relativement peu sur une idée pourtant essentielle : la limite humaine n’est pas seulement quelque chose qu’il faut protéger ; elle peut être aussi une condition positive de notre humanité.
Chez Fabrice Hadjadj, cette intuition est centrale. L’homme n’est pas grand malgré sa fragilité ; il est aussi grand à travers elle.
Une créature et non un projet technique
Cette intuition apparaît magnifiquement dans l’offertoire traditionnel de la messe :
« Dieu, qui d’une manière admirable avez créé la nature humaine dans sa noblesse, et l’avez restaurée d’une manière plus admirable encore… »
Cette simple phrase contient une vision de l’homme profondément opposée à l’imaginaire technicien contemporain.
Le transhumanisme tend implicitement à considérer l’homme comme un projet technique à optimiser. L’être humain devient une matière améliorable : augmenter ses capacités cognitives, supprimer ses faiblesses biologiques, repousser ses limites physiques, voire dépasser sa condition mortelle.
L’offertoire rappelle au contraire quelque chose de fondamental : l’homme n’est pas auto-fabriqué. Il est une créature.
Sa dignité ne repose pas d’abord sur ses performances ou son efficacité, mais sur le fait qu’il est reçu, voulu et créé.
Cette idée manque souvent dans les débats modernes sur l’intelligence artificielle. Même lorsque l’on critique les dérives technologiques, on demeure parfois prisonnier d’une logique où l’homme reste évalué selon des critères de performance, d’autonomie ou d’efficacité.
La perspective chrétienne introduit un renversement radical : l’homme possède une dignité irréductible précisément parce qu’il n’est pas une machine.
Une humanité blessée mais restaurée
L’offertoire va encore plus loin lorsqu’il affirme que la nature humaine a été « restaurée d’une manière plus admirable encore ».
Le christianisme ne prétend pas que l’homme est biologiquement parfait. Il reconnaît au contraire sa fragilité, sa vulnérabilité et sa condition blessée. Mais là où le monde technicien voit un défaut à corriger, la foi chrétienne voit aussi un lieu possible de salut.
C’est une différence fondamentale.
Le rêve transhumaniste cherche :
à supprimer la souffrance,
éliminer les dépendances,
effacer les lenteurs du corps,
repousser la mort,
abolir l’incertitude.
À l’inverse, le christianisme affirme que la vulnérabilité humaine peut devenir le lieu :
de l’amour,
du don de soi,
de la compassion,
de la miséricorde,
et de la communion.
Une machine ne fatigue pas, ne doute pas et ne souffre pas. Mais elle ne peut pas non plus aimer, espérer ou se sacrifier.
Ce qui fait la beauté de l’existence humaine naît souvent précisément de ce que la logique technicienne cherche à supprimer :
l’hésitation,
l’effort,
la patience,
la dépendance aux autres,
la transmission,
et même parfois l’épreuve.
L’homme ne se construit pas dans un univers parfaitement optimisé. Il se construit dans la confrontation au réel.
L’Incarnation : le contraire du rêve transhumaniste
Peut-être faut-il aller encore plus loin.
Le christianisme affirme quelque chose de radicalement opposé à certains fantasmes technologiques contemporains : Dieu ne sauve pas l’homme en le débarrassant de son humanité charnelle.
Il l’assume.
Le Christ connaît :
la fatigue,
les larmes,
la souffrance,
la faim,
la dépendance,
et finalement la mort.
Autrement dit, ce que notre civilisation technicienne cherche parfois à dépasser, Dieu l’a assumé dans l’Incarnation.
Cette idée apparaît relativement peu dans Magnifica Humanitas, qui reste principalement centrée sur les dimensions éthiques, sociales et politiques de l’IA. Pourtant, c’est peut-être là que se situe le cœur spirituel de la question.
Le problème fondamental de l’intelligence artificielle n’est pas seulement celui des algorithmes ou du contrôle numérique. Il révèle plus profondément le rapport moderne à la condition humaine elle-même.
Notre époque supporte de moins en moins :
la dépendance,
la fragilité,
la lenteur,
le silence,
les limites du corps,
et même le réel.
L’IA devient alors le symbole d’un vieux rêve prométhéen : celui d’un homme qui voudrait s’affranchir de sa condition de créature.
Retrouver la beauté du réel
C’est pourquoi résister à l’emprise croissante de l’intelligence artificielle ne consiste pas seulement à multiplier les avertissements catastrophistes. Le véritable antidote est peut-être plus simple et plus profond : réapprendre à aimer ce qui est profondément humain.
Retrouver le goût :
du silence,
de la présence réelle,
des relations incarnées,
du travail concret,
de l’attention,
de la contemplation,
de la transmission,
et même de cette vulnérabilité qui rend possible l’amour.
Car la fragilité humaine n’est pas une faiblesse à effacer ; elle est aussi ce qui ouvre l’homme à la relation, à la miséricorde et à Dieu.
À travers Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV rappelle avec justesse que la technique doit rester au service de l’homme et non l’inverse. Mais la réflexion gagnerait peut-être encore en profondeur en affirmant plus explicitement que la limite humaine n’est pas un bug à corriger.
Elle est aussi l’une des conditions de notre grandeur.
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Quand Chartres s’adresse à Rome
Lu dans Perspectives catholiques :
Cette année, comme de tradition, deux pèlerinages se sont croisés sur les routes de Chartres. Ils ont célébré les mêmes rites, proclamé le même Evangile, entonné le même Veni Creator. Les prêtres portaient la même soutane et distribuaient les mêmes sacrements. Des deux côtés, la jeunesse de France et du monde a rivalisé d’enthousiasme, de ferveur, à la poursuite de sa vocation dans la joie, et dans une forme extraordinaire.
Qui, parmi ceux qui se disent catholiques, peut ne pas se réjouir de cette multiplication des grâces ? Qui peut regretter que l’on marche en chantant dans deux directions différentes ? Chacun sait que la logistique ne permettrait pas une seule colonne, proche de 30’000 pèlerins. La double organisation est donc providentielle, n’en déplaise aux grincheux de tous bords.
Certes, l’actualité de l’Eglise et de ses membres prête aux commentaires, parfois à la vindicte. Mais au nom de quoi ? De quel droit, et selon quels critères, est-on autorisé, dans le cadre d’une institution régie par la charité, à se prononcer sur les faits et gestes des autres ? Le scandale, peut-être ? Et encore… Quelle est la part d’esprit de chapelle dans les condamnations émises de part et d’autre ? Un ami prêtre d’une communauté traditionnelle me disait récemment avoir retenu un texte de sa plume sur les sacres d’Écône : qu’il soit chaleureusement remercié de sa prudence, il a choisi de moins s’épancher pour prier plus…
Que Rome soit un sujet de division reste un mystère. Car si Rome autorisait demain les sacres et faisait une part pleine et entière à tout ce qui est catholique, qui oserait trouver à y redire ? On comprend que l’état de nécessité soit difficile à comprendre pour ceux qui se nourrissent à d’autres râteliers : nécessité pour continuer une œuvre d’Eglise, nécessité indirecte à l’existence des œuvres institutions ex Ecclesia Dei, nécessité enfin à l’éclaircissement des points de doctrine qui occupent les spécialistes.
L’esprit de Chartres vient nous rappeler l’essentiel : le Credo, la messe, les sacrements, et cette vertu si chère à St Paul, sans laquelle la Foi de Saint Pierre, et même l’Espérance de Péguy, le don des langues et la liturgie, ne sont rien. Marcher et offrir sa souffrance, prier pour les autres, chanter comme les générations précédentes l’ont fait auparavant. Et puis bien sûr : se confesser et communier, pour réparer la mécanique et de faire le plein.
Le fidèle curieux de la vie de l’Eglise ne peut s’empêcher de constater que les barrières entre nombres de fidèles sont déjà tombées : on va la messe ici et à l’école ailleurs. On fréquente les pèlerinages de part et d’autre. Selon une statistique interne, les catholiques de paroisse et autres touristes liturgiques forment près d’un tiers des pèlerins de Notre-Dame de Chrétienté ! Et, depuis l’année passée, la Communauté St Martin organise un pèlerinage au Mont Saint Michel sur le modèle de celui de la Pentecôte ; évènement lui-même fréquenté par une frange de fidèles de rite traditionnel, son président en tête.
Le mouvement de ré-union a donc déjà commencé à travers les laïcs. Espérons que le Saint-Esprit éclaire le Saint Père, de qui seul peut venir l’unité de tous dans la Vérité. Avec le choix de sa devise, Léon XIV a tendu la main à la Providence : IN ILLO UNO UNUM, Un en Lui, comme Lui l’a voulu, puisque l’Eglise est Son corps vivant sur terre. Holy Father, please tell us more about Him and us united in Him!
Veni, Sancte Spiritus, et emitte caelitus lucis tuae raditur.
Venez, Esprit Saint, et envoyez du haut du Ciel un rayon de votre lumière. —
La Maison d’éducation Pauline Jaricot a besoin de soutien
Un collectif monté contre nous. Une campagne de dénigrement. Des pressions coordonnées pour nous empêcher d’acheter nos murs.
Ils ont essayé. Nous n’avons pas cédé.
Cette vidéo retrace tout — avec clarté, sans détour. 2 min 40. Regardez.
Nous croyons en ce que nous construisons. Et nous savons que vous aussi.
C’est maintenant que tout se joue. Rejoignez-nous.
« Donnez-moi le courage de vivre ! »
Souffrant de la maladie de Charcot, incurable, l’entrepreneur Louis-Benoît Barth s’adresse au président de la République et au premier ministre pour leur demander de renoncer à la légalisation de l’euthanasie :

Chronique des cinglés
En ligne, de plus en plus de jeunes se revendiquent « thérian » et affirment se sentir animal et plus seulement humain.
L’Ordre des médecins vétérinaires portugais ne soignera pas les « thérians » :« une personne qui s’identifie à un animal reste un être humain au regard de la loi ». Déguisés en chats, chiens ou encore renards, les vidéos de jeunes thérians pullulent sur TikTok, au point que le hashtag #thérians atteint 1,8 million de publications.
Le mot « thérianthropie », issu de la mythologie, désigne les transformations d’homme à l’état animal. Sur Internet, le terme émerge à la fin des années 1990 sur des forums dédiés aux « loups-garous » avant de connaître un essor dans les années 2000 puis d’interpeller les jeunes générations grâce aux applications Tumblr dès 2010 et TikTok à partir de 2016.
Yohan, 21 ans, habite dans le sud de la France. Artiste et illustrateur, il assume auprès du Point être un « thérian ».
« Être thérian c’est une identité qui n’a rien à voir avec la communauté LGBTQIA +. Il s’agit de ressentir une partie animale en nous, qui n’a rien de sexuel. C’est uniquement psychique, parfois cela relève de croyances comme le fait d’être persuadé d’avoir eu une ou des vies antérieures animales ».
Prochaine étape : les jeunes qui se prennent pour des fers à repasser ou des fauteuils club… ?
Lot-et-Garonne : l’église Saint-Pierre-es-Liens de Merens a été profanée
Statues et vitraux brisés, l’autel et les bancs retournés, un bénitier renversé le lundi de Pentecôte. Quatre adolescents âgés de 12 à 14 ans ont été interpellés, après avoir fugué d’un centre de l’aide sociale à l’enfance destiné à accueillir des enfants victimes de violences intrafamiliales.
Les jeunes auraient d’abord tenté de mettre le feu à une dépendance du foyer, volé deux scooters, avant de vandaliser l’église.
L’évêque d’Agen, Monseigneur Alexandre de Bucy, a exprimé sa « compassion », annonçant une messe de réparation le 4 juin. Le département prendra en charge l’ensemble des travaux.
“La synodalité ne pourra porter du fruit que si elle demeure fermement enracinée dans la fidélité à la Sainte Écriture, à la Tradition et au Magistère pérenne de l’Église.”
L’Académie Jean-Paul II pour la vie humaine et la famille est une communauté internationale de chercheurs voués à la défense du caractère sacré de la vie humaine et de l’intégrité de la famille. L’Académie est une organisation laïque et non gouvernementale, indépendante des organisations civiles et religieuses.
Cette Académie a adressé une lettre ouverte à son Éminence le Cardinal Mario Grech, Secrétaire général du Synode des évêques :
« Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » — Galates 1, 8
Éminence,
Au nom de l’Académie Jean-Paul II pour la Vie humaine et la Famille, nous nous permettons d’exprimer à Votre Éminence notre profonde inquiétude face à l’inclusion du rapport du Groupe d’étude n° 9, consacré à des questions doctrinales, pastorales et éthiques controversées, parmi les documents destinés à la Phase III de la mise en œuvre du Synode sur la synodalité. Avec tout le respect dû à votre charge, mais avec une ferme détermination, nous demandons que ce rapport soit retiré de l’ensemble des documents soumis à examen.
Notre préoccupation n’est pas seulement d’ordre disciplinaire ou prudentiel ; elle touche à l’intégrité même de la foi catholique. Le « changement de paradigme » méthodologique proposé dans ce rapport semble impliquer une conception de la Révélation divine incompatible avec la doctrine catholique. L’Église catholique a toujours enseigné que la Révélation publique trouve son accomplissement en Jésus-Christ et qu’elle est close avec la mort du dernier Apôtre. Toute suggestion selon laquelle l’Esprit Saint pourrait inspirer des réponses doctrinales ou morales contraires à l’enseignement pérenne de l’Église risque de raviver des erreurs historiquement associées au modernisme théologique, maintes fois rejeté par le Magistère. Le développement authentique de la doctrine approfondit l’intelligence de la vérité révélée ; il ne contredit pas des vérités déjà enseignées de manière définitive.
Il est tout aussi préoccupant de laisser entendre que la doctrine morale catholique devrait s’adapter aux mœurs dominantes de l’époque. La mission de l’Église n’a jamais consisté à se conformer à l’esprit du temps, mais à proclamer la vérité « à temps et à contretemps ». La loi morale, fondée sur la Révélation divine et sur la loi naturelle, ne saurait être modifiée au gré des pressions sociales ou des sensibilités contemporaines.
Nous sommes aussi vivement préoccupés par des propositions qui, au nom de la sollicitude pastorale, tendent à dissocier l’inclusion ecclésiale de l’exigence morale. La charité chrétienne demande que toute personne soit accueillie avec dignité et bienveillance pastorale ; cependant, un accompagnement pastoral authentique ne saurait faire abstraction des réalités morales identifiées par l’Église, en particulier lorsqu’il s’agit de comportements publics objectivement contraires à l’enseignement catholique. La miséricorde sans la vérité cesse d’être la miséricorde.
En particulier, la doctrine catholique a constamment enseigné que les relations sexuelles en dehors de l’alliance matrimoniale entre un homme et une femme constituent un grave désordre moral. Plus précisément, le Catéchisme de l’Église catholique enseigne : « S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10), la Tradition a toujours déclaré que “les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés” (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Persona humana, 8) » (§2357). Les approches pastorales qui semblent normaliser ou bénir des relations contraires à cet enseignement risquent d’engendrer une grave confusion parmi les fidèles et d’affaiblir le témoignage de l’Église à l’égard de la vérité comme de la charité.
Plus préoccupant encore est le fait que le rapport final du Groupe d’étude n° 9 ose envisager sous un jour favorable la question des enfants adoptés et élevés dans de telles unions, fondées sur des actes sexuels dépravés. La dignité des enfants et la préservation de leur innocence s’opposent avec la plus grande fermeté à la moindre concession en ce domaine.
En outre, ce rapport donne peu de signes de refléter les convictions de la majorité des catholiques pratiquants à travers le monde, lesquels demeurent attachés à l’enseignement moral pérenne de l’Église. Il semble plutôt émaner clairement de certains milieux ecclésiaux qui, depuis des décennies, s’emploient à promouvoir une révision substantielle de l’enseignement catholique sur la sexualité et la vie familiale.
Cette conviction se trouve renforcée par la sélection manifestement orientée des témoignages retenus dans le rapport, notamment dans la mesure où les deux principaux témoignages proviennent de proches du P. James Martin, dont l’approche pastorale et théologique des questions liées à l’homosexualité contredit ouvertement l’enseignement et la discipline traditionnels de l’Église. De tels choix éditoriaux renforcent la conviction selon laquelle le rapport final n’est pas le fruit d’un large discernement ecclésial, mais celui d’un processus idéologiquement prédéterminé.
Nous relevons également que les thèmes et propositions avancés dans ce rapport présentent une frappante similitude avec des positions déjà examinées et rejetées par le Magistère, notamment à travers les interventions de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi durant le pontificat de S.S. Jean-Paul II, sous la préfecture du cardinal Joseph Ratzinger.
Enfin, nous devons exprimer notre vive inquiétude quant au processus synodal lui-même, si le fait de « marcher ensemble » devait en venir à signifier une accommodation à l’ambiguïté doctrinale ou une capitulation devant les courants idéologiques de notre temps. La synodalité ne pourra porter du fruit que si elle demeure fermement enracinée dans la fidélité à la Sainte Écriture, à la Tradition et au Magistère pérenne de l’Église.
Pour toutes ces raisons, nous demandons respectueusement, mais avec insistance, le retrait du rapport du Groupe d’étude n° 9 du corpus documentaire de la Phase III. Les fidèles ont droit à la clarté, à la cohérence et à l’assurance que le dépôt de la foi confié à l’Église sera préservé sans compromis.
Veuillez agréer, Éminence, l’expression de notre profond respect.
Dr Thomas Ward — Président
Christine de Vollmer, Ed.D. — Vice-présidente
Steven Mosher — Trésorier
Magnifica Humanitas : la liberté face à la cristallisation sociétale
Suite à notre première contribution sur l’encyclique Magnifica Humanitas, où nous tentions d’en éclairer les enjeux à travers le regard d’un biologiste confronté aux fragilités humaines, il nous faut désormais franchir une étape supplémentaire. Car le texte de Léon XIV ne s’arrête pas aux sciences de la vie : il nous place face à un basculement politique et spirituel que la seule lecture médicale ne suffit plus à mesurer.
Dans notre précédent article, nous évoquions cette « tyrannie de la corrélation » qui, sous couvert d’optimisation, substitue le calcul à la compassion. Nous rappelions qu’une valeur biologique n’est jamais un être humain, et que toute la dignité du soin réside précisément dans cette distance irréductible entre un chiffre et une existence.
Mais la logique qui s’insinue dans la médecine travaille désormais l’ensemble du corps social. L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement nos outils : elle reconfigure silencieusement nos sociétés. Elle opère ce que l’on peut appeler une cristallisation sociétale — une tendance à figer les comportements humains dans des modèles prédictifs, gouvernables et optimisables. Ce qui relevait hier des laboratoires s’impose aujourd’hui comme une matrice de civilisation.
À mesure que les algorithmes anticipent nos choix, la tentation grandit de leur déléguer non seulement l’organisation du monde, mais le discernement lui-même. Par confort, par fatigue ou par fascination pour l’efficacité, nous risquons d’abandonner la délibération morale à la cohérence froide des systèmes automatisés. Ce glissement, observé au chevet des malades, s’étend désormais à nos institutions, à nos relations, à nos consciences.
C’est ici que Georges Bernanos retrouve une actualité saisissante. Ce qu’il redoutait n’était pas la machine, mais l’homme qui consent à lui ressembler : un homme qui renonce à l’épaisseur de son âme pour la fluidité d’un rouage. Cette intuition n’a plus rien d’une prophétie ; elle prend la forme d’une description.
Le péril n’est donc pas seulement technique. Il est anthropologique. Une civilisation gouvernée par l’optimisation finit toujours par considérer l’imprévisible comme une anomalie — et la vulnérabilité comme une faute à corriger.
Face à ce glissement, certaines voix politiques tentent de réagir. Jean-Frédéric Poisson compte parmi les rares responsables publics à avoir posé avec constance les questions de souveraineté technologique, de bioéthique et de contrôle numérique. Mais la réponse institutionnelle rencontre ici une limite structurelle : l’État peut réguler, encadrer, ralentir. Il ne peut pas engendrer les vertus intérieures sans lesquelles aucune civilisation ne demeure humaine. On ne décrète ni le goût du silence, ni le sens de la gratuité, ni la confiance accordée à un visage plutôt qu’à un algorithme.
Le rééquilibrage ne viendra donc pas d’abord d’en haut. Il procède d’une insubordination intérieure.
Gustave Thibon l’avait formulé avec une lucidité intacte : plus le monde se mécanise, plus l’homme doit se spiritualiser, sous peine de devenir lui-même un rouage. Cet avertissement ne décrit pas un conflit entre l’homme et la machine, mais une décision — souvent tacite — de savoir ce que nous acceptons d’habiter.
Chantal Delsol, relisant saint Augustin à la lumière de nos effondrements contemporains, rappelle qu’aucune chute historique n’épuise le sens de l’Histoire. Lorsque les structures visibles se figent ou se délitent, l’espérance demeure — parce qu’elle ne dépend pas ultimement des constructions humaines. Dans une société saturée de flux et appauvrie en sens, cette leçon devient décisive : l’urgence est celle de l’intériorité.
Concrètement, cela suppose de préserver des « oasis de présence réelle » — des lieux où la logique de la performance ne règne pas sans partage. La transmission entre générations, lorsqu’un adulte prend le temps de faire lire un enfant sans autre finalité que ce moment partagé. Le service discret des plus fragiles, irréductible à tout indicateur. La contemplation d’une œuvre, d’un paysage, d’un visage — cette attention gratuite que rien ne remplace parce qu’elle échappe à l’utilité même.
Ce monopole du sensible est peut-être le bien le plus menacé — et le plus précieux — qu’il nous reste à défendre.
Car l’algorithme excelle dans le probable : il prolonge le déjà-vu, amplifie le prévisible, réduit l’incertitude. Mais le cœur humain demeure le lieu de l’imprévisible véritable. Il peut pardonner contre toute logique, se donner sans calcul, s’attacher sans garantie. Ces actes — que nous reconnaissons comme les plus humains — sont irréductibles à toute modélisation.
Toute mon expérience de biologiste me l’a confirmé : le vivant ne se laisse jamais enfermer dans ses propres données. J’ai vu des existences tenir au-delà de toute probabilité, suspendues à une présence, à une volonté, parfois à une paix intérieure impossible à quantifier. Même notre système immunitaire ne vit qu’en acceptant une part d’exposition et d’incertitude : une protection absolue, totalement close, conduit paradoxalement à la mort. Il en va de même pour les sociétés.
Nous ne traversons donc pas une simple mutation technique. Nous vivons une épreuve spirituelle : une mise à l’épreuve de ce que nous sommes capables de tenir.
D’un côté la tentation d’une humanité transparente, fluide et programmable ; de l’autre le mystère d’une personne vulnérable, libre et appelée à plus qu’elle-même.
* * *
Et peut-être qu’au terme de cette épreuve, une vérité ancienne reparaît avec une clarté nouvelle — non comme un refuge, mais comme une exigence :
Dieu, sinon rien.
Comme pour notre premier article, j’ai retenu Le Philosophe en méditation de Rembrandt : non par répétition, mais pour signifier l’unité d’une même interrogation — celle de l’intériorité à l’épreuve du monde technique.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
En prison pour avoir défendu la célébration de la messe
Les catholiques en Inde continuent de subir les effets discriminatoires des « lois anti-conversion » récemment promulguées.
Dans l’État du Rajasthan, en Inde, neuf catholiques se sont vu refuser la libération sous caution pour la deuxième fois après avoir passé plusieurs semaines en prison pour avoir empêché des manifestants d’interrompre une messe début mai.
Lors de cet événement, une foule a pris d’assaut une église catholique de la région, accusant les fidèles de tenter de « convertir » la population locale.
Mgr Devprasad John Ganawa d’Udaipur a souligné :
« Nous sommes consternés de voir que nos fidèles se sont vu refuser la libération sous caution une deuxième fois aujourd’hui, sur la base de fausses allégations de conversion ». « Lorsque des hooligans ont perturbé la messe le 1er mai en criant « conversion », nos fidèles les ont chassés. Au lieu de porter plainte contre les intrus, la police a inculpé nos fidèles de « prosélytisme et tentative de meurtre » et a arrêté neuf catholiques de la paroisse de Bandaria. »
Ces accusations ont profondément choqué le père Arvind Amliyar, le prêtre officiant au moment des faits.
« Pendant la communion, une douzaine de personnes ont fait irruption dans l’église en criant “conversion” et ont commencé à filmer ». « Quand l’un d’eux a sorti un couteau, nos fidèles le lui ont arraché et les ont chassés. » « La police est arrivée peu après et ce qui s’est passé ensuite m’a choqué. Au lieu de chercher à comprendre ce qui s’était passé, ils ont arrêté quatre catholiques la même nuit. »
Sous la pression d’une importante foule hindoue, la police a arrêté cinq autres catholiques au cours de la même nuit.
Ce refus de libération sous caution intervient dans un contexte de nouvelles lois en Inde visant à décourager les conversions religieuses, lois qui, selon beaucoup, servent à emprisonner indistinctement les catholiques.
En mars, des projets de loi ont été adoptés dans les États indiens du Maharashtra et du Chhattisgarh afin de mettre fin aux conversions prétendument « forcées » par des responsables de l’Église. Ces textes, cependant, sont perçus comme manquant de neutralité par les dirigeants catholiques. Les évêques catholiques ont déclaré que les nouveaux projets de loi risquaient de promouvoir « la suspicion, la division et l’injustice ».
« La loi semble toucher de manière disproportionnée les communautés minoritaires, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à son intention et à sa mise en œuvre ».
Le texte sur l’euthanasie revient le 2 juin
La commission mixte paritaire (CMP) chargée d’essayer de trouver un compromis sur la proposition de loi sur l’euthanasie, adoptée à l’Assemblée nationale, mais rejetée au Sénat, se réunira mardi 2 juin. Le député Philippe Vigier a été désigné rapporteur général en remplacement d’Olivier Falorni.
Cette commission réunit sept députés et sept sénateurs pour tenter de s’accorder sur un texte commun. Cette réunion a peu de chances d’aboutir à un accord, mais à l’issue le gouvernement pourra demander aux deux Chambres de se prononcer sur le texte en nouvelle lecture – programmé a priori la semaine du 22 juin à l’Assemblée nationale –, puis donner le dernier mot aux députés ; ce que le président des Républicains et sénateur, Bruno Retailleau, a dénoncé par avance comme un “coup de force”.
En remplacement d’Olivier Falorni (Les Démocrates) élu maire de La Rochelle, Philippe Vigier (Les Démocrates) a été désigné rapporteur général sur la proposition de loi. Philippe Vigier a affirmé qu’il serait “dans la droite ligne” des arbitrages de son prédécesseur et des votes de l’Assemblée nationale, et a estimé “important” d’aller “au bout” de l’engagement pris par le président de la République de faire aboutir le texte. Philippe Vigier a lui aussi été élu maire, à Châteaudun (Eure-et-Loir), lors des dernières municipales, mais un recours déposé à l’issue du scrutin lui permet de rester député en attendant la décision de justice.
Le pape demande aux prêtres de toujours garder le respect des textes et des dispositions de la liturgie
Lors de l’audience générale de ce matin, le pape Léon XIV a poursuivi son commentaire de la Constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium :
Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).
En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).
À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s’y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).
Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).
Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).
Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer. La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.
On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.
Les soins palliatifs, c’est quoi ? Que changent concrètement les soins palliatifs ?
Une émission avec le Dr. Sandrine Bressac, médecin en soins palliatifs depuis plus de 30 ans.
Les soins palliatifs, c’est quoi ? Que changent-ils concrètement les soins palliatifs ? Quelles différences avec l’aide à mourir, le suicide assisté, l’euthanasie ? Peut-on garantir un consentement libre ? Peut-on parler de liberté quand une personne se sent devenir un poids ? Quelles seraient les conséquences du projet de loi sur l’euthanasie pour les malades, les familles, les médecins, les hôpitaux, les EPHAD ? Et plein d’autres questions, avec plusieurs belles anecdotes !
Aïd al-Adha : le sacrifice d’Abraham, ou l’alliance déplacée
L’Aïd al-Adha, souvent appelée en français « fête du mouton », est l’une des grandes fêtes de l’islam. En 2026, elle est attendue en France le mercredi 27 mai, correspondant au 10 dhu al-hijja 1447, sous réserve de l’observation lunaire. Elle commémore la disponibilité d’Abraham — Ibrahim dans l’islam — à sacrifier son fils par obéissance à Dieu ; dans la pratique, ceux qui le peuvent font sacrifier un animal, souvent un mouton, dont la viande est partagée entre la famille, les proches et les pauvres.
Mais derrière ce rite apparemment simple se cache une question immense : que devient, dans l’islam, le grand récit biblique du sacrifice d’Abraham ? Et surtout : que devient l’alliance ?
Dans la Bible, les choses sont explicites. Dieu dit à Abraham : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac » et demande qu’il soit offert sur une montagne du pays de Moriah. Isaac porte le bois, Abraham monte avec lui, le sacrifice est interrompu, puis un bélier est offert à la place du fils. Le récit se conclut par une promesse : la descendance d’Abraham sera bénie, et toutes les nations de la terre seront bénies en elle.
Dans le judaïsme, cet épisode est connu comme la ligature d’Isaac, l’Akedah. Dans le christianisme, il prend une profondeur typologique : Isaac, fils aimé, portant le bois de son propre sacrifice, annonce mystérieusement le Christ portant sa croix. Le bélier substitué annonce aussi que Dieu lui-même donnera la victime. L’épisode n’est donc pas une simple histoire de soumission religieuse ; il est une étape dans l’histoire du salut.
Le Coran reprend l’épisode, mais avec une différence décisive : le fils n’est pas nommé. La sourate 37 rapporte qu’Abraham voit en songe qu’il doit immoler son fils, que celui-ci accepte, puis que Dieu le « rachète » par un grand sacrifice. Dans l’islam actuel, l’enfant est presque toujours identifié à Ismaël. Pourtant, le texte coranique lui-même reste silencieux. Des travaux sur l’exégèse islamique ancienne ont d’ailleurs montré que la question fut discutée, et que l’identification à Ismaël s’est imposée progressivement comme lecture majoritaire.
Ce point est capital. Le désaccord ne porte pas seulement sur un prénom. Il porte sur l’orientation entière de l’histoire sainte. Dans la Bible, l’alliance passe par Isaac, puis Jacob, puis Israël, puis le Messie. Dans l’islam, la mémoire d’Abraham est déplacée vers Ismaël, vers les Arabes, vers La Mecque, vers la Kaaba. Ce déplacement permet à l’islam de se présenter non comme une religion nouvelle, mais comme la restitution de la vraie religion d’Abraham, supposément déformée par les juifs et les chrétiens.
C’est ici que l’approche historico-critique devient précieuse. Elle rappelle qu’on ne peut pas simplement recevoir le récit islamique des origines comme s’il était une photographie transparente du passé. Les grandes synthèses récentes sur le Coran et Mahomet invitent précisément à distinguer texte, tradition, mémoire, commentaire et construction théologico-politique. Les analyses critiques sur les origines de l’islam soulignent aussi que la revendication d’un Abraham ismaélien sert à légitimer une nouvelle centralité religieuse : les « vrais » fils d’Abraham seraient désormais les Ismaélites, tandis que la mémoire d’Isaac serait rattachée à une tradition juive jugée falsifiée.
Autrement dit, l’Aïd al-Adha n’est pas seulement une fête familiale ou un rite de générosité. C’est aussi la célébration annuelle d’un grand déplacement théologique : l’alliance biblique est relue, reconfigurée, arabisée, islamisée.
Pour un chrétien, le contraste est encore plus profond. Dans la foi catholique, le sacrifice n’est pas seulement le souvenir d’une obéissance exemplaire. Il est accompli en Jésus-Christ. Jean-Baptiste désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Le Catéchisme de l’Église catholique explique que cette expression unit plusieurs figures : le Serviteur souffrant, l’agneau pascal de l’Exode, et le Christ donnant sa vie « en rançon pour la multitude ».
L’agneau pascal, dans l’Exode, n’est pas un rite décoratif : son sang marque les maisons d’Israël, protège de la mort, accompagne la sortie d’Égypte et fonde une mémoire d’alliance. Dans le christianisme, cette figure culmine dans le Christ. À la Cène, Jésus transforme la Pâque en offrande de lui-même : « Ceci est mon corps livré pour vous », « ceci est mon sang de l’alliance ». La Croix devient alors le sacrifice unique et définitif, non parce que Dieu aimerait le sang, mais parce que le Fils se donne librement, par amour, pour réconcilier l’homme avec Dieu. Le Catéchisme parle du sacrifice pascal du Christ comme de l’acte qui accomplit définitivement la rédemption et restaure la communion avec Dieu.
C’est précisément ce que l’islam ne peut pas recevoir. En niant la crucifixion rédemptrice du Christ, il conserve une mémoire du sacrifice, mais il en perd l’accomplissement. Il garde Abraham, mais il le coupe de la ligne Isaac-Israël-Messie. Il garde l’animal substitué, mais il ne voit pas l’Agneau véritable. Il garde le rite, mais il refuse la Croix.
L’Aïd al-Adha peut donc être lu, d’un point de vue chrétien, comme une sorte de mémoire biblique déplacée. On y reconnaît des fragments authentiques : Abraham, l’épreuve, l’obéissance, la substitution, le don d’un animal, la mémoire d’un sacrifice. Mais ces fragments sont réordonnés dans un autre système. La logique chrétienne de l’alliance, qui va d’Abraham au Christ, est remplacée par une logique de soumission à Dieu et d’appartenance à la communauté musulmane.
Cela ne signifie pas que les musulmans qui célèbrent cette fête n’y mettent pas sincérité, piété, charité ou générosité. Beaucoup y voient un acte de foi, un partage avec les pauvres, une mémoire familiale et religieuse très profonde. Mais l’analyse doctrinale doit aller plus loin que le folklore sympathique ou la gêne embarrassée. Pour un catholique, le vrai problème est théologique : le sacrifice d’Abraham est-il une étape vers l’Agneau de Dieu, ou devient-il une preuve de l’islam contre la révélation biblique ?
La réponse chrétienne est claire. Dieu n’a pas demandé à Abraham de tuer son fils pour exalter la violence sacrée. Il a arrêté la main d’Abraham. Il a montré que l’homme ne sauve pas Dieu par ses sacrifices, mais que Dieu sauve l’homme en donnant lui-même l’Agneau. Voilà pourquoi le christianisme ne culmine pas dans l’égorgement répété d’un animal, mais dans l’unique sacrifice du Christ, rendu présent dans l’Eucharistie.
La « fête du mouton » pose donc, malgré elle, une question redoutable : où est le véritable accomplissement du sacrifice ? Dans la répétition rituelle d’un geste attribué à Abraham ? Ou dans le Christ, Agneau innocent, Fils bien-aimé, offert une fois pour toutes pour le salut du monde ?
Pour le chrétien, Abraham ne conduit pas à La Mecque. Il conduit au Golgotha. Et l’agneau n’est pas seulement dans le buisson de la Genèse, ni dans les abattoirs rituels de l’Aïd. Il est sur la Croix, vivant, offert, victorieux : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Homélie de Mgr Macaire aux obsèques du Père Potez
Très belle homélie sur le Sacerdoce …
à partir de 53 mn
https://youtu.be/W7e_0qduDjU?t=3189
Et voici le testament spirituel du père Potez :
À Paris, le 20 mai 2026
Chers amis,
Mes chers enfants,
Combien de fois ai-je raconté, à la fin d’une soirée dansante à Briançon, au dernier soir d’un camp ou au retour d’un pèlerinage puissant, le bonheur du retour au port après une période d’exercice éprouvante. Manque de sommeil, intensité de l’action et, comme c’est souvent le cas dans les hivers bretons, tempête et mouvements incessants du bateau : les organismes sont usés et l’âme fatiguée. Je garde encore ce souvenir brûlant de la longue houle qui nous pousse enfin dans le Goulet puis à travers la rade de Brest, jusqu’à cet ordre libérateur tellement espéré : “Terminé, barre et machine ; les permissionnaires à l’appel !”
L’heure vient maintenant pour moi de rejoindre définitivement (…) le Port de mon désir. C’est la Vierge Marie, mon unique voile, qui m’y conduira au moment qu’Elle voudra.
Pendant des années, j’aurai enseigné aux Jeunes de L’Eau Vive, comme à tant d’autres aussi, et bien au-delà, ces fondements de la vie : “Il y a un temps pour tout”, dirait Qohèleth (Qo 3,1-8). “Un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir.”
L’heure vient maintenant pour moi de rejoindre définitivement, non plus le port de Brest ou de Toulon, mais, cette fois, le Port de mon désir. C’est la Vierge Marie, mon unique voile, qui m’y conduira au moment qu’Elle voudra. La carcasse roule et tangue encore, elle est usée, elle craque ici et là. Mais le calme s’établit peu à peu. On approche du but !
Cette fois, c’est le grand rendez-vous d’Amour qui m’attend, et je m’y prépare autant que je le puis, dans la joie, la paix et l’action de grâce. Oui, toujours et plus que jamais, c’est cette “grave allégresse” qui m’habite ! Mais je devrais dire plutôt que c’est la Vierge Marie qui m’y prépare, avec douceur et infinie tendresse.
Seul le Seigneur peut achever son œuvre. Car c’est la sienne ! Moi, il me prend au passage, comme les apôtres qu’il a appelés alors qu’ils étaient en train de laver leurs filets.
J’ai vécu plusieurs conversions, mais j’ose dire un mot des deux dernières. Perfectionniste comme je suis, j’aurais voulu que toutes mes affaires soient bien rangées, bien classées et bien ordonnées avant de partir. J’ai encore des centaines de fichiers, de dossiers, d’enregistrements, de photos et de vidéos que j’aurais aimé trier et classer. Cela m’a beaucoup retardé et je pensais ne pouvoir m’occuper vraiment des affaires du Seigneur que quand les miennes seraient bien en ordre.
Et puis j’ai compris que seul le Seigneur peut achever son œuvre. Car c’est la sienne ! Moi, il me prend au passage, comme les apôtres qu’il a appelés alors qu’ils étaient en train de laver leurs filets. Ils l’ont suivi “aussitôt”. Alors tant pis, mon atelier restera en plan, et Il trouvera mon établi avec son foutoir. Certains projets seront repris et poursuivis. D’autres seront tout simplement abandonnés : rien ne m’appartient !
La deuxième conversion est une vraie grâce. J’ai été terrifié par mon péché et par mes fautes. Surtout mon orgueil. J’aurais tellement aimé être humble… En réalité, j’ai découvert que c’est terriblement humiliant d’être orgueilleux ! Peut-être que l’on pourra m’admirer pour certaines choses, mais on ne pourra en tout cas pas admirer mon humilité. Je me suis jugé très sévèrement moi-même. Et puis peu à peu, s’est imposé à moi le visage du Père miséricordieux. Je me suis laissé retourner par l’immense émotion du Père qui serre son fils prodigue contre son cœur, sans lui laisser le temps de s’expliquer. Et je suis bouleversé par la joie de Jésus crucifié qui ouvre les portes du paradis à son compagnon d’infortune qui a accepté de lui ouvrir son cœur.
Serai-je assez ingrat pour refuser de me laisser embrasser par le Père ? Vais-je refuser le paradis sous prétexte que je n’en suis pas digne ? Non. Je me rappelle cette phrase qui m’a guidé depuis bien longtemps : “La joie du Seigneur est votre rempart” (Ne 8,10). Sa joie, c’est de faire miséricorde. J’ai répété cette scène des dizaines de fois avec des personnes que j’accompagnais au seuil de la vie. Dans peu de temps, c’est moi qui serai introduit par les anges dans la “Salle du Trône” (cf. Ap 4). Et là, je le sais, je serai comme un petit garçon, tout nu. Alors de deux choses l’une : ou bien je me laisserai attirer par le regard irrésistible du Père de miséricorde, et tout sera instantanément dissous. Ou bien je chercherai à fuir pour me cacher, rouge de confusion et de honte, et je serai conduit, pour le temps qu’il faudra, dans le feu brûlant qui consumera enfin toute trace de retour sur moi-même.
Je sais que le démon mettra toute sa rage à me dénoncer pour m’empêcher d’entrer. Et après tout, c’est lui qui a raison, car il est impossible pour un pécheur de paraître devant Dieu. Mais je le sais et je le crois aussi de toutes mes forces : “Il a été rejeté, l’accusateur de nos frères, lui qui les accusait, jour et nuit, devant notre Dieu. […] Eux-mêmes l’ont vaincu par le sang de l’Agneau, par la parole dont ils furent les témoins.” (Ap 12,10-11).
Et puis j’ai mis toute ma confiance en la Vierge Marie, ma Mère. J’ai confiance en sa puissance contre le démon. En me consacrant à Elle, je lui ai tout donné, et lui ai promis de ne plus m’occuper moi-même de mes propres affaires. Je suis son enfant, et j’ai confiance qu’Elle prendra ma défense au bon moment. Alors, choisissant le saut dans la miséricorde, je chante ce psaume : “Mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur est prêt ! Je veux chanter, jouer des hymnes ! Éveille-toi ma gloire ! Éveillez-vous, harpe, cithare, que j’éveille l’Aurore !” (Ps 56,8-9)
Merci aussi, Seigneur, pour la maladie, venue en son temps. Elle m’a donné de découvrir une nouvelle force dans la vulnérabilité. Merci pour ce ministère de la souffrance que tu m’as confié pour l’Église, pour le monde.
Avec l’Immaculée et par Elle, je veux chanter mon action de grâce au Seigneur. “Alléluia ! Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! Je veux louer le Seigneur tant que je vis, chanter mes hymnes pour mon Dieu tant que je dure.” (Ps 145,1-2)
Merci, Seigneur, pour les parents que tu m’as donnés. Prudents et sages, ils ont su me préparer à mes grands choix de vie, avant de devenir pour moi de très grands amis.
Merci, Seigneur, pour les innombrables pères et mères, religieux et religieuses, qui m’ont accompagné et guidé tout au long de ma vie.
Merci, Seigneur, pour ces années dans la Marine. Elles m’ont permis de mieux connaître les hommes et de découvrir et d’aimer ce monde que tu as tant aimé toi-même.
Merci, Seigneur, pour ces années de vie religieuse qui ont ancré en moi cet attrait pour la vie contemplative et apostolique à la fois.
Merci, Seigneur, pour ce don infini et infiniment immérité du sacerdoce par lequel tu m’as fait Christ et Père pour l’éternité.
Merci, Seigneur, pour tous ces garçons et filles que tu m’as donné d’engendrer à la vie et qui sont devenus, pour beaucoup, de très grands amis. Toi, jeune de L’Eau Vive ou d’ailleurs, monte et vole loin, haut. N’aie pas peur de couper résolument tous les fils qui te retiennent prisonnier de toi-même ou du monde. Tout ce qui te maintient dans ce qui est petit, alors que Dieu t’a fait pour ce qui est grand ! Tu ne te tromperas jamais si tu choisis l’exigence. Ne choisis pas la difficulté pour elle-même, mais choisis l’exigence : elle est un vrai chemin de bonheur. N’aie pas peur de monter haut ; toujours plus haut. Écoute la Vierge Marie qui t’attire sur les sommets, au Thabor ou à Notre-Dame des Neiges. Écoute-la qui parle à ton cœur. Et redescends, plein d’enthousiasme et de fougue pour ce monde qui attend ton engagement !
Merci, Seigneur, pour tous ceux que mon ministère de prêtre a croisés. Cette foule de personnes, de tout âge et de toute condition, sur lesquelles tu m’as donné d’exercer le charisme de paternité que tu m’as confié. Inlassablement, j’ai cherché à planter, arroser, corriger, tailler, enseigner, libérer. Autant que je l’ai pu, et avec passion, j’ai planté des repères et des poteaux indicateurs sûrs et solides, sur lesquels chacun pourrait s’appuyer pour faire des choix libres et responsables. De toutes mes forces, je continuerai au ciel cette mission que tu m’as confiée, avec une sollicitude et une affection spéciale pour les prêtres. Merci, Seigneur, pour l’immense tendresse que tu as mise dans mon cœur pour eux tous. Que tous puissent connaître la douceur de ta “caresse” de Père.
Pardon, Seigneur, pour tous ceux que je n’ai pas aimés ou que j’ai mal aimés. Pardon pour ces piles de courrier que j’ai laissé traîner et auquel je n’ai jamais répondu. Pardon surtout pour tous ceux que j’aurais offensés ou blessés, sans pouvoir réparer sur la terre.
Merci, Seigneur, pour l’immense amour que tu m’as donné pour l’Église et pour ses pasteurs. Et pour la confiance en l’Esprit Saint qui la guide sans cesse selon ses vues, souvent incompréhensibles pour nous. Merci de m’avoir appris à dire oui à tout avec ta Mère.
Merci aussi, Seigneur, pour la maladie, venue en son temps. Elle m’a donné de découvrir une nouvelle force dans la vulnérabilité. Merci pour ce ministère de la souffrance que tu m’as confié pour l’Église, pour le monde. Merci de m’avoir permis d’annoncer cet “Évangile de la souffrance”, si cher au cœur de mon père, saint Jean-Paul II. Merci, Seigneur, de m’avoir permis d’y découvrir, avec saint Paul, une joie nouvelle. (cf. Col 1,24-25)
Réjouissez-vous tous avec moi, puisque je pars pour la Patrie. Il n’y a plus là-bas ni souffrance, ni pleurs, ni larmes ! Il n’y a plus là-bas qu’allégresse éternelle. Que vienne enfin ce jour où tout sera récapitulé dans le Christ ! (Ep 1,10)
Merci surtout, Seigneur, ô merci, de m’avoir donné ta Mère. C’est Elle qui m’a tout appris. Tout. Jusqu’à chanter Magnificat en pleurant au pied de ta Croix. Mère Immaculée, infiniment pure et tendre et douce. Oui, je suis ton enfant et tu es ma Mère !
Merci enfin, Seigneur, de me donner ce temps ultime pour me préparer au rendez-vous d’Amour que tu m’as fixé, dans ton incompréhensible bonté. Et maintenant, tenant ferme cette main maternelle à laquelle tu m’as confié, je viens à toi dans la joie et dans cette immense action de grâce. J’entends déjà les premières notes de la fête.
Console, je t’en prie, ceux qui vont pleurer mon départ. Souvent, je pense aux adieux de saint Paul aux Éphésiens (Ac 20,36-38). Pleurer, c’est signe que le cœur est vivant. Un cœur qui ne saigne pas est un cœur mort. Mais nos larmes ne sont pas comme celles des païens qui ne connaissent pas Dieu. Ce sont des larmes d’espérance. Les larmes de la grave allégresse.
Réjouissez-vous tous avec moi, puisque je pars pour la Patrie. Il n’y a plus là-bas ni souffrance, ni pleurs, ni larmes ! Il n’y a plus là-bas qu’allégresse éternelle. Que vienne enfin ce jour où tout sera récapitulé dans le Christ ! (Ep 1,10)
Amen !
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Christine Kelly : “parlons aussi de ce qui va bien en France…20 000 jeunes au pèlerinage de Chartres”
Christine Kelly, toujours d’une extrême délicatesse, mène un très bel entretien post-pèlerinage où l’on apprend, entre autres, la quantité d’eau utilisée cette année !!!
https://youtu.be/EDSdcalCnpMgg
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Frédéric Lenoir, ou le christianisme sans le Christ de l’Église
Le livre d’Adrien Bouhours, Frédéric Lenoir, héritier, témoin et acteur de la diffusion d’un christianisme ésotérique, publié aux éditions du Cerf, est un ouvrage important. Important par son volume, d’abord : 866 pages. Important par son objet, ensuite : il ne s’agit pas d’un pamphlet, mais d’un travail issu d’une thèse d’histoire moderne et contemporaine soutenue en 2023. Important surtout par ce qu’il éclaire : la manière dont une certaine spiritualité contemporaine a recyclé le christianisme en sagesse universelle, en expérience intérieure, en matériau symbolique disponible pour l’homme moderne.
Frédéric Lenoir n’est pas un militant antichrétien. Il n’a jamais fait profession de haine envers Jésus. Il ne se présente pas comme l’ennemi de l’Évangile. C’est même ce qui rend son cas si intéressant. Il incarne une forme beaucoup plus douce, plus séduisante et plus efficace de sortie du catholicisme : non pas le rejet brutal du Christ, mais sa transformation en maître de sagesse parmi d’autres.
Bouhours montre précisément que Lenoir n’est pas un simple vulgarisateur sympathique. Ancien directeur du Monde des religions, auteur à succès, conférencier, essayiste, romancier, passeur médiatique des questions spirituelles, il a joué un rôle réel dans la recomposition religieuse française. Il a parlé de religion à un pays qui ne savait plus très bien quoi croire. Il a donné des mots, des images, des récits et des repères à une France déchristianisée mais pas complètement matérialiste. Une France qui ne voulait plus vraiment de l’Église, mais qui voulait encore du sens.
C’est là que le diagnostic devient passionnant. Lenoir ne vide pas le christianisme en le dénonçant ; il le vide en le réinterprétant. Il garde Jésus, mais il tend à l’arracher à l’Église. Il garde l’Évangile, mais il le transforme en sagesse de vie. Il garde l’amour, la compassion, l’intériorité, la liberté spirituelle, mais il laisse de côté ce qui oblige : le dogme, les sacrements, le péché, la grâce, la Croix, la Résurrection, le salut, l’autorité de l’Église.
Ce christianisme-là plaît énormément à notre époque. Il ne demande pas de conversion. Il ne demande pas de confession. Il ne demande pas d’entrer dans une tradition reçue. Il propose un Jésus aimable, ouvert, inspirant, pacifié, presque thérapeutique. Jésus devient un Socrate oriental, un Bouddha galiléen, un maître intérieur venu apprendre à chacun à mieux vivre avec soi-même et avec les autres. C’est charmant, mais ce n’est plus la foi catholique.
Le mot “ésotérique” utilisé par Bouhours ne doit pas être compris seulement au sens caricatural : grimoires, sociétés secrètes, tables tournantes et initiations obscures. L’ésotérisme moderne est souvent plus subtil. Il consiste à présenter les religions visibles, dogmatiques et institutionnelles comme des formes extérieures, dépassables, parfois grossières, d’une vérité plus profonde réservée aux esprits éveillés. Dans cette perspective, l’Église n’est plus la gardienne du dépôt révélé, mais une enveloppe historique. Le dogme n’est plus la protection de la vérité, mais une prison. La foi devient inférieure à l’expérience spirituelle personnelle.
Ce que Bouhours permet de comprendre, c’est que cette logique n’est pas marginale. Elle est devenue l’une des grandes tentations religieuses de l’Occident contemporain. Le catholicisme s’efface ; la spiritualité demeure. Les églises se vident ; les librairies se remplissent de rayons “sagesse”, “méditation”, “développement personnel”, “spiritualité”. On ne veut plus croire comme l’Église croit ; on veut composer son propre itinéraire intérieur. On ne veut plus recevoir une vérité ; on veut choisir des fragments de sens.
Frédéric Lenoir est l’un des grands noms de ce basculement. Son œuvre met volontiers en dialogue Jésus, Bouddha, Socrate, Jung, les spiritualités orientales, l’écologie, la sagesse universelle, l’humanisme moderne. Tout cela n’est pas nécessairement faux en bloc. Il serait injuste de nier qu’il dise parfois des choses justes sur l’intériorité, la compassion, la liberté ou le besoin de sens. Mais le problème est ailleurs : dans l’ensemble, le christianisme devient une matière première, non plus une révélation.
Or le christianisme n’est pas une sagesse parmi d’autres. Il contient une sagesse, bien sûr, mais il ne se réduit pas à elle. Il n’est pas d’abord une méthode pour mieux habiter son intériorité. Il est l’annonce d’un événement : Dieu s’est fait homme, Jésus-Christ est mort et ressuscité, le péché et la mort sont vaincus, l’homme est appelé au salut. Le christianisme n’est pas seulement une morale de l’amour ; il est la foi en un Sauveur.
C’est pourquoi le livre de Bouhours est précieux pour les catholiques. Il aide à nommer une confusion très répandue. Beaucoup croient encore aimer le christianisme parce qu’ils aiment Jésus comme figure de bonté, de sagesse ou de douceur. Mais aimer un Jésus reconstruit, désincarné, séparé de son Église, séparé de sa Croix, séparé de sa divinité, ce n’est pas encore recevoir le Christ. C’est parfois conserver une icône morale en refusant le Seigneur vivant.
L’enjeu dépasse donc largement Frédéric Lenoir. Son cas révèle une crise plus profonde : la difficulté du catholicisme français à transmettre sa propre foi comme une vérité belle, vivante, intelligente et exigeante. Quand la catéchèse devient floue, quand la prédication devient sociologique, quand la liturgie ne porte plus clairement le mystère, quand les catholiques eux-mêmes n’osent plus dire ce qu’ils croient, d’autres viennent proposer un christianisme de remplacement. Plus doux. Plus vague. Plus compatible avec l’esprit du temps.
Il ne suffit donc pas de critiquer les nouvelles spiritualités. Il faut comprendre pourquoi elles attirent. Elles répondent à une faim réelle : faim de sens, de silence, d’intériorité, de consolation, de beauté, de verticalité. Mais elles y répondent souvent en contournant la vérité chrétienne. Elles offrent la paix sans la conversion, la lumière sans la Croix, l’amour sans le jugement, l’intériorité sans l’Église, la spiritualité sans la foi.
Le grand mérite d’Adrien Bouhours est de montrer que ce phénomène a une histoire, des réseaux, des passeurs, des doctrines, des continuités. Il ne s’agit pas d’un simple brouillard spirituel apparu spontanément dans une société déchristianisée. Il y a là une recomposition active du religieux, dans laquelle Frédéric Lenoir occupe une place significative.
Son livre oblige donc les catholiques à ouvrir les yeux. Le christianisme n’est pas seulement attaqué par l’athéisme militant ou par les idéologies politiques hostiles. Il est aussi dissous par des spiritualités aimables qui en conservent les mots tout en en changeant le cœur. On garde Jésus, mais on ne veut plus du Christ. On garde l’amour, mais on ne veut plus de la vérité. On garde l’Évangile comme inspiration, mais on ne veut plus de l’Église comme mère et maîtresse.
Face à cela, la réponse catholique ne peut pas être seulement défensive. Elle doit être missionnaire. Il faut redire que la foi catholique n’est pas une spiritualité parmi d’autres, mais la rencontre du Dieu vivant. Il faut redire que le dogme n’étouffe pas le mystère, mais le protège. Il faut redire que les sacrements ne sont pas des symboles facultatifs, mais les lieux réels de la grâce. Il faut redire que le Christ n’est pas venu simplement nous apprendre à être plus sereins, mais nous sauver.
Le livre de Bouhours est donc plus qu’une étude sur Frédéric Lenoir. C’est une invitation à comprendre notre époque, et peut-être aussi un avertissement. Lorsque les catholiques cessent de transmettre toute la foi, d’autres se chargent d’en proposer une version soluble, aimable, spirituelle, mais amputée de l’essentiel.
Et l’essentiel, justement, n’est pas une “sagesse universelle”. L’essentiel est Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité, présent dans son Église jusqu’à la fin des temps.
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Frédéric Lenoir, héritier, témoin et acteur de la diffusion d’un christianisme ésotérique
« La douleur est un suppléant de l’amour » : entretien sur Antoine Blanc de Saint-Bonnet avec l’éditeur Xavier Meystre
À l’occasion de la réédition de La Douleur d’Antoine Blanc de Saint-Bonnet, nous avons rencontré son éditeur suisse, Xavier Meystre, afin d’évoquer la pensée singulière de cet auteur longtemps relégué aux marges du canon littéraire et philosophique.
Dans un monde obsédé par le confort, la performance et l’abolition de toute souffrance — jusqu’à voir se banaliser l’euthanasie au nom du refus de la douleur, voire de la simple possibilité de souffrir —, l’œuvre de Blanc de Saint-Bonnet réapparaît comme une méditation radicale sur le sens spirituel de l’épreuve, du travail, du sacrifice et du salut.
Entre critique de l’individualisme contemporain, dénonciation du culte moderne de la sécurité et défense d’une vision catholique de l’existence, cet entretien revient sur l’actualité brûlante d’un penseur que Jules Barbey d’Aurevilly qualifiait déjà de « prophète du passé » [Jules Barbey d’Aurevilly (préf. Pierre Glaudes), Les Prophètes du passé, La Onzième Heure éd., 2025].
Pour commencer, dès sa préface, Antoine Blanc de Saint-Bonnet critique très sévèrement la démocratisation de la lecture, qu’il considère comme l’une des causes du déclin des mœurs. N’est-il pas suicidaire, pour un écrivain, d’écrire une telle chose — et, pour vous, de le rééditer aujourd’hui ?
Au vu de la situation actuelle, éditer de nos jours, n’est-il pas, en soi, suicidaire ?
Dans son ouvrage La vie intellectuelle [R. P. Antonin-Dalmace Sertillanges, La vie intellectuelle, éd. Meystre, 2026, présentation en ligne], que nous avons aussi réédité, le R. P. Sertillanges distingue quatre espèces de lecture : des lectures de fond, des lectures d’occasion, des lectures d’entraînement ou d’édification, des lectures de détente. Blanc de Saint-Bonnet dénonce évidemment la dernière, celle de la détente et plus largement du divertissement dont Pascal fit le procès au XVII e siècle. C’est, en effet, celle-ci, que la démocratisation de la lecture a engendrée, qui est la cause principale du déclin des mœurs.
De plus, il nous semble essentiel de témoigner de ce fait historique que fut la propagation des mauvais livres et de leur condamnation par les moralistes catholiques que nous souhaitons réhabiliter.
Ce qui serait commun, au contraire, c’est d’éditer, comme tout le monde, des romans érotiques ou de la littérature de divertissement contemporaine.
Ce qui frappe dès le sommaire, c’est le mélange harmonieux que l’auteur opère entre philosophie, métaphysique, psychologie, sociologie, etc. La pensée de Blanc de Saint-Bonnet échappe-t-elle à toutes les catégories ?
Au contraire, puisque Blanc de Saint-Bonnet est catholique, il est légitime qu’il s’intéresse à tous ces domaines. Dans sa pensée, il ne s’agit pas d’une catégorie, mais d’une réflexion cohérente qui conjugue toutes ces disciplines en accord avec la doctrine de l’Église. C’est un regard contre-révolutionnaire qui surplombe l’ensemble des problèmes que la Révolution a infligés à la société de son temps.
Selon les propres mots de Blanc de Saint-Bonnet, son livre La Douleur est écrit avant tout pour « les âmes qui cherchent encore Dieu, ou qui, par moments, croient Le voir disparaître derrière les infortunes et les afflictions de la vie ». Ce livre touche-t-il néanmoins à quelque chose d’universel dans l’expérience humaine, ou faut-il forcément être catholique — et traversé par le doute — pour entrer dans cette œuvre ?
Pourquoi vouloir opposer catholique et universel ? Les deux mots ne sont-ils pas synonymes ? La douleur touche évidemment tout le monde, qu’elle soit physique, affective ou morale, mais elle ne prend tout son sens spirituel que dans un prisme catholique. Et c’est uniquement par la douleur que l’on se rapproche de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Comme le rappelle très bien Blanc de Saint-Bonnet : « La douleur sait toujours à qui elle a affaire ». Cette citation éclaire bien le projet que Dieu a pour toutes les âmes en leur proposant un chemin de douleur.
Pour Blanc de Saint-Bonnet, la béatitude éternelle n’est jamais une dissolution de la personne dans un absolu indistinct ; au contraire, la douleur contribue à forger en chacun une âme singulière, capable précisément de ne pas se dissoudre dans l’Infini. C’est sublime ! D’autres auteurs avaient-ils déjà formulé une telle conception, ou est-elle propre à Blanc de Saint-Bonnet ?
Il y a nécessairement d’autres auteurs qui ont traité de la douleur au vu de la place centrale qu’occupe la Passion de Notre-Seigneur pour la rédemption des hommes. Ce qui est propre à Blanc de Saint-Bonnet et à sa génération contre-révolutionnaire c’est de l’envisager dans un cadre historique post-révolutionnaire. Un autre Lyonnais, Ballanche, a traité de cette question en rapport avec la Révolution française et la mort de Louis XVI. Le besoin d’expiation est une question proprement générationnelle, que notre temps qui parachève le cycle de la Révolution pousse à son paroxysme mais personne ne veut le voir ou n’ose le dire, d’où la nécessité de lire ce livre.
Les bienfaits de la douleur sont-ils, selon lui, uniquement spirituels ?
Non, le mot « douleur » n’est pas qu’à prendre dans un sens spirituel mais d’une manière plus globale. C’est la conséquence directe du péché originel. Ressentir la douleur est nécessaire pour se mettre en marche vers l’Infini, vers Dieu qui est la seule voie pour échapper à ses conséquences. Comme l’écrit très bien l’auteur : « L’homme est fait pour l’Infini. S’il avait montré, premièrement, assez de volonté pour s’imposer de lui-même les efforts nécessaires à la formation de sa personnalité, et, secondement, assez de cœur pour s’imposer de lui-même les sacrifices nécessaires à la formation de son amour, la douleur n’eût pas existé. La douleur est un remplaçant du travail et un suppléant de l’amour. »
La douleur apparaît en effet chez Saint-Bonnet comme un « remplaçant du travail », l’homme libre et déchu n’étant pas capable de fournir de lui-même l’effort nécessaire à son accomplissement moral et spirituel. Cela nous amène à une question plus contemporaine : que nous dit cette pensée du travail aujourd’hui, dans une société fascinée par les figures d’influenceurs millionnaires, par les promesses d’enrichissement sans effort, ou encore par l’idéal d’un revenu universel détaché de toute nécessité de produire ?
Car l’on veut supprimer toute conception chrétienne du travail qui nous dit que l’« on gagnera son pain à la sueur de son front » (Gen 3:19), en réparation du péché originel. De plus, il est essentiel de rappeler que le revenu de base inconditionnel, comme voté en Suisse en 2016, s’inscrit dans cette conception égalitariste et transhumaniste vantée par Elon Musk. Cette vision contemporaine ignore complètement la notion de salut de l’âme et ne se concentre que sur une conception hédoniste de la vie sur terre : jouir sans entraves comme le rappellent les huitards.
Enfin, les influenceurs que vous citez sont, pour la plupart, des escrocs car ils vendent des formules fast-food et complètement illusoires qu’ils n’ont pas toujours pratiquées eux-mêmes.
Au regard de tous les effets bénéfiques qu’il attribue à la souffrance, Blanc de Saint-Bonnet finit-il par considérer la douleur comme un bien en soi ?
Je laisse Antoine Blanc de Saint-Bonnet répondre à ma place :
« Ne redoutons pas les ravages de la douleur. Quelquefois elle vide entièrement l’âme, mais lorsqu’elle a passé, Dieu s’y précipite pour la remplir. Les joies du ciel descendraient-elles avec leur suavité dans toute l’âme humaine, si l’amertume de la douleur n’y avait partout éveillé une faim sacrée ? La joie se fait sa place quand le cœur s’agrandit ; c’est dans le vase de la douleur que se répandra la Félicité. »
Jules Barbey d’Aurevilly qualifiait Blanc de Saint-Bonnet de « prophète du passé ». Or celui-ci dénonce à de nombreuses reprises l’orgueil, le culte du confort et l’égoïsme modernes. Doiton lire La Douleur comme une critique anticipée de l’individualisme contemporain ? N’avait-il pas, au fond, tout compris avant tout le monde ?
La lecture de La Douleur doit être comprise comme une condamnation de l’individualisme contemporain, du confort et de l’égoïsme, qui sont des conséquences directes du refus de la douleur. Souvenons-nous du pitoyable épisode du Covid-19 où l’argument de la santé primait sur tout autre raisonnement. Dans un autre registre, je vous recommande la lecture du tract d’Olivier Rey, L’idolâtrie de la vie, publié chez Gallimard, qui permet de comprendre dans un esprit contemporain comment la préservation de la vie a fini par primer sur toute autre considération. Ce qui fait de Blanc de Saint-Bonnet « un prophète du passé », c’est qu’il fonde sur la nécessité du salut des âmes sa critique de la modernité.
Blanc de Saint-Bonnet est aussi un véritable styliste. Sa plume est magnifique, mais dense, parfois lyrique. Conseilleriez-vous cet ouvrage à tous les publics ? N’avez-vous pas été tenté de moderniser sa langue pour le rendre accessible au plus grand nombre ?
À titre personnel, j’ai horreur que l’on interprète la pensée d’un auteur ou que l’on modifie son texte pour le rendre prétendument plus accessible. Cela contribue à un nivellement par le bas et à l’affaissement des intelligences. Il faut faire confiance à l’intelligence du lecteur, même modeste, et tout faire pour contribuer à son élévation morale et intellectuelle. Blanc de Saint-Bonnet n’utilise aucun terme abstrait, abscons ou compliqué mais un français effectivement classique, lyrique et surtout très accessible. C’est d’ailleurs cela qui fait la force de la littérature authentique et constitue mon principal intérêt en tant qu’éditeur.
Malgré ses immenses qualités, le nom d’Antoine Blanc de Saint-Bonnet a été largement oublié et demeure moins célèbre que ceux de Pascal, Maistre ou même Bonald. Comment l’expliquez-vous ?
La survie des auteurs dépend essentiellement des travaux universitaires qu’ils suscitent et l’on sait bien que l’Université est complètement acquise à l’esprit de la Révolution. D’ailleurs de Maistre et de Bonald en sont aussi partiellement écartés. Pascal, en revanche, qui est un classique, ayant déjà suscité de nombreuses recherches littéraires, survit mieux. Son étude était naguère courante dans le secondaire mais elle est devenue dorénavant très facultative… C’est d’ailleurs le cas pour la plupart des auteurs que nous rééditons.
Je me fais l’avocat du diable : l’ouvrage La Douleur n’est-il pas totalement périmé à une époque où la science semble avoir réduit une grande partie des souffrances humaines, et où se profile une possible révolution transhumaniste ?
La révolution transhumaniste ne prend aucunement en compte le salut des âmes, qui est une question éternelle que chacun doit se poser, quelle que soit l’époque où il vit et peut-être même davantage dans cette ère transhumaniste. Face à l’IA, Blanc de Saint-Bonnet incarne bien plus une solution aux problèmes contemporains qu’Elon Musk. On a souvent vu des auteurs « périmés » à un moment devenir, l’instant d’après, des auteurs d’avant-garde. Nous sommes très attachés à rééditer des intemporels, comme Bazin, Béraud, Bloy, Bourget, Daudet, de Reynold et, parmi tant d’autres, Blanc de Saint-Bonnet…
Pour terminer, conseilleriez-vous à nos lecteurs d’autres ouvrages de Blanc de Saint-Bonnet ? Et avez-vous, de votre côté, le projet d’éditer d’autres textes de cet auteur à l’avenir ?
Bien que différents ouvrages soient en précommandes tels que les Récits et souvenirs autobiographiques et les principaux romans d’Henri Béraud (La Conquête du pain), tous deux préfacés par Roland Thévenet [Roland Thévenet n’a pas préfacé La Douleur de Saint-Bonnet, mais il s’est néanmoins intéressé de très près à l’ouvrage, qu’il présente dans cette longue vidéo d’analyse publiée par Xavier Meystre : https://www.youtube.com/watch?v=p3TiHvCx0QY], je peux recommander l’ouvrage De l’affaiblissement de la raison et de la décadence en Europe. Celui-ci sera très certainement réédité en 2026 mais je n’ai, à ce jour, pas une date de sortie précise à communiquer. En revanche, l’ouvrage de Paul Bourget, Le Disciple, préfacé par Eddy Hanquier est d’ores et déjà disponible. Tous ces auteurs et ouvrages mériteraient aussi l’attention du public car, comme vous le rappelez pour Blanc de Saint-Bonnet, ils sont, aux yeux du monde, « périmés. »
Entretien mené par F. d’Oteghem
Dès à présent, les lecteurs du Salon Beige pourront obtenir une réduction de 20 % sur tous les coffrets des éditions Meystre via ce lien : https://editionsmeystre.ch/discount/SALON20 ou ce code promo : SALON20. Offre valable jusqu’au 30 juin, 23 h 59.
Le son du silence : réduire au silence le Saint Esprit. Mgr Joseph Strickland
Source en anglais : https://pillarsoffaith.net/podcasts/the-sound-of-silence-silencing-the-holy-ghost/
Il existe une vieille chanson de Simon & Garfunkel intitulée « The Sound of Silence ». Beaucoup d’entre vous la connaissent. L’une des phrases dit : « Des gens qui parlent sans s’exprimer, des gens qui entendent sans écouter. » Ces mots résonnent dans mon esprit à l’approche de la Pentecôte.
Car nous vivons à une époque où règne le bruit. Des discours sans fin. Des commentaires sans fin. Des déclarations sans fin. Des réunions sans fin. Des documents sans fin. Des discussions sans fin. Et pourtant, sous tout ce bruit, un terrible silence s’installe dans le monde et même au sein de certaines parties de l’Église.
Ce n’est pas le silence sacré de la prière. Ce n’est pas le silence d’une âme agenouillée devant le Saint-Sacrement. Ce n’est pas le silence des moines ou des religieux cloîtrés à l’écoute du murmure de Dieu. Mais le silence qui s’installe lorsque les hommes cessent d’écouter le Saint-Esprit.
Ce dimanche, nous célébrons la Pentecôte, lorsque le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres sous forme de langues de feu. Ces hommes effrayés, qui se cachaient derrière des portes verrouillées, sont devenus des témoins intrépides de Jésus-Christ. Ils ne sont pas sortis de la chambre haute dans l’incertitude. Ils ne sont pas sortis en tenant des propos ambigus. Ils ne sont pas sortis en essayant de s’adapter à l’esprit du temps. Ils sont sortis pour proclamer la vérité avec audace, même si cela devait leur coûter la vie.
C’est cela, la Pentecôte.
Le Saint-Esprit n’est pas l’esprit de confusion. Il est l’Esprit de vérité.
Notre Seigneur a dit dans l’Évangile selon saint Jean : « Mais quand il viendra, l’Esprit de vérité, il vous enseignera toute la vérité… » (Jean 16, 13).
Le Saint-Esprit ne contredit pas Jésus-Christ. Le Saint-Esprit ne renverse pas la révélation divine. Le Saint-Esprit n’efface pas les Saintes Écritures. Le Saint-Esprit ne bénit pas ce que Dieu a qualifié de péché. Le Saint-Esprit ne passe pas deux mille ans à enseigner une chose par l’intermédiaire de l’Église pour ensuite, soudainement, inspirer le contraire à l’époque moderne.
Et pourtant, nous vivons actuellement un moment dans l’Église où la confusion se répand depuis des lieux chargés de garder le dépôt de la foi lui-même.
Nous voyons aujourd’hui émerger du Vatican des débats et des groupes d’étude qui abordent l’homosexualité d’une manière qui sème une grave confusion parmi les fidèles. Mgr Athanasius Schneider a récemment qualifié certaines de ces propositions d’hérésie. Ce mot devrait nous secouer. L’hérésie n’est pas un simple désaccord. L’hérésie est la corruption de la vérité révélée.
Et les fidèles ont le droit de demander : comment ces choses peuvent-elles même être discutées au sein de l’Église fondée par Jésus-Christ ? Comment la confusion au sujet du péché grave peut-elle devenir normale ? Comment l’ambiguïté peut-elle remplacer la clarté ? Comment les pasteurs peuvent-ils parler sans fin d’inclusion tout en gardant un silence étrange sur la repentance, la conversion, la sainteté, le jugement et le salut ?
Frères et sœurs, ces choses ne pourraient pas se produire si les hommes écoutaient véritablement le Saint-Esprit.
La tragédie de notre époque n’est pas que le Saint-Esprit ait cessé de parler. La tragédie est que beaucoup ne souhaitent plus L’entendre.
Saint Paul nous a clairement mis en garde : « N’éteignez pas l’Esprit » (1 Thessaloniciens 5, 19).
Mais cela fait des décennies que nous éteignons l’Esprit de multiples façons. Nous éteignons l’Esprit lorsque la vérité est édulcorée pour ne pas choquer le monde. Nous éteignons l’Esprit lorsque les pasteurs craignent davantage les gros titres que Dieu. Nous éteignons l’Esprit lorsque le péché est rebaptisé « accompagnement ». Nous éteignons l’Esprit lorsque l’identité catholique est sacrifiée au profit de l’approbation du monde. Nous éteignons l’Esprit lorsque le silence s’installe là où un avertissement devrait retentir.
Et ce silence a des conséquences.
Car si les hommes résistent continuellement à la voix de Dieu, leur conscience s’engourdit. Les cœurs s’endurcissent. Les âmes deviennent sourdes. Le monde loue cette surdité comme de la tolérance ou du progrès, mais spirituellement, c’est une catastrophe.
Le silence auquel nous sommes confrontés aujourd’hui n’est pas un silence paisible. C’est le silence d’une conscience compromise. C’est le silence de bergers qui ont peur de parler clairement. C’est le silence qui s’installe lorsque l’esprit du monde devient plus fort que l’Esprit de Dieu.
Et nulle part ce conflit n’est plus visible que dans les attaques contre la tradition catholique elle-même.
Nous entendons aujourd’hui de plus en plus de menaces et de pressions concernant la Fraternité Saint-Pie X, la FSSPX, et la messe traditionnelle en latin. Réfléchissez bien à ce que cela signifie. Les catholiques qui restent attachés à la liturgie ancienne, au respect, à la doctrine et à la continuité avec le passé sont traités comme dangereux ou choquants, tandis que les voix qui remettent ouvertement en cause l’enseignement moral établi sont accueillies dans le dialogue et occupent des postes d’influence.
À quel genre d’inversion avons-nous affaire ?
Les fidèles assistent à ce dénouement avec confusion et tristesse. Ceux qui sont attachés à la tradition sont scrutés à la loupe. Ceux qui sèment la confusion doctrinale sont célébrés comme des pasteurs. Ceux qui défendent ce que les catholiques ont toujours cru sont qualifiés de rigides. Ceux qui adaptent la foi à la culture moderne sont loués comme des prophètes.
Cela ressemble-t-il à la Pentecôte ? Cela ressemble-t-il aux apôtres remplis du feu du Saint-Esprit ? Ou cela ressemble-t-il à une Église de plus en plus effrayée de proclamer des vérités difficiles ?
Lors de la première Pentecôte, saint Pierre s’est tenu devant la foule et a appelé les pécheurs à la repentance. Il ne s’est pas excusé pour la vérité. Il n’a pas édulcoré la révélation divine. Il n’a pas cherché à harmoniser le christianisme avec la culture païenne. Fort de l’Esprit Saint, il a prêché le Christ crucifié et ressuscité.
Et quel en a été le résultat ?
Trois mille âmes se sont converties.
Le monde moderne nous dit que la clarté éloigne les gens. La Pentecôte prouve le contraire. La vérité prononcée dans l’Esprit Saint transperce les cœurs.
L’Église n’a pas besoin de moins de vérité aujourd’hui. Elle a besoin de plus de saints prêts à la proclamer avec courage et charité.
Il existe aujourd’hui un autre type de silence qui s’installe. C’est le silence des catholiques qui savent que quelque chose ne va vraiment pas, mais qui ont peur de le dire. De nombreux prêtres fidèles gardent le silence parce qu’ils craignent des sanctions. De nombreux évêques gardent le silence parce qu’ils craignent l’isolement. De nombreux laïcs catholiques gardent le silence parce qu’ils craignent d’être ridiculisés. Les parents gardent le silence tandis que leurs enfants sont endoctrinés par le monde. Des hommes de bien gardent le silence tandis que les loups rôdent librement parmi le troupeau.
Mais le silence face à la confusion n’est pas de la charité. Il y a des moments dans l’histoire où le silence devient collaboration. Et nous vivons un de ces moments.
Sainte Catherine de Sienne n’est pas restée silencieuse lorsque la corruption s’est répandue dans l’Église. Saint Athanase n’est pas resté silencieux lorsqu’une grande partie de la hiérarchie a embrassé l’erreur.
Le saint pape Pie X a mis en garde contre le modernisme parce qu’il le reconnaissait comme un poison attaquant la foi de l’intérieur. Et nous vivons à cette époque – une époque où l’on exige de la clarté de la part des catholiques fidèles. Pas de la haine. Pas de l’amertume. Pas du désespoir. Mais de la clarté.
Le Saint-Esprit n’est pas ambigu quant à la vérité. Le Saint-Esprit n’est pas moderniste. Le Saint-Esprit n’est pas confus au sujet du mariage, de la sexualité, du sacerdoce ou du caractère unique de Jésus-Christ.
Le Saint-Esprit n’inspire pas une confusion interreligieuse qui considère toutes les religions comme également agréables à Dieu. Jésus-Christ n’est pas un chemin parmi tant d’autres. Il est le Fils éternel de Dieu, le seul Sauveur du monde. L’Église l’a toujours enseigné clairement.
Pourtant, on entend de plus en plus souvent des propos laissant entendre que la certitude doctrinale elle-même serait en quelque sorte dangereuse. On nous dit qu’insister sur la clarté sème la discorde. On nous dit que préserver la tradition relève de la rigidité. On nous dit que remettre en question la confusion est un acte de désobéissance. Mais l’obéissance authentique ne peut jamais exiger le silence face à l’erreur.
Les saints l’avaient compris.
La véritable obéissance est l’obéissance à Jésus-Christ et à la foi éternelle transmise par les apôtres. Et cette foi n’a pas été inventée hier par des comités, des synodes ou des groupes d’étude ; elle a été scellée par le sang des martyrs. C’est pourquoi la Pentecôte revêt une telle importance en ce moment.
Car la Pentecôte nous rappelle à quoi ressemble réellement l’Église lorsqu’elle écoute le Saint-Esprit.
Elle est intrépide. Elle est claire. Elle est sainte. Elle dit la vérité même lorsque le monde se déchaîne contre elle.
Après la Pentecôte, les apôtres ne cherchaient pas à être acceptés par l’Empire romain. Ils cherchaient à rester fidèles à Jésus-Christ. Et à cause de cette fidélité, ils étaient haïs par le monde. Presque tous sont morts en martyrs.
Aujourd’hui, beaucoup au sein de l’Église semblent désespérément vouloir éviter la haine du monde. Mais Notre Seigneur ne nous a jamais promis l’approbation du monde. En fait, Il nous a mis en garde contre le contraire.
« Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous » (Jean 15, 18).
Peut-être qu’une partie du silence que nous entendons aujourd’hui vient de la peur. La peur d’être qualifié d’intolérant. La peur de perdre son statut. La peur de la critique. La peur du châtiment. La peur de l’isolement.
Mais la Pentecôte a marqué la fin de la peur !
Le Saint-Esprit n’est pas descendu sur les apôtres pour les rendre plus acceptables aux yeux du monde. Il est descendu pour faire d’eux des témoins. Et l’Église a désespérément besoin à nouveau de témoins. Pas de célébrités. Pas de gestionnaires. Pas d’experts en relations publiques. Des témoins.
Des prêtres prêts à prêcher des vérités difficiles. Des évêques prêts à défendre la foi quel qu’en soit le prix. Des parents prêts à protéger leurs enfants du poison spirituel. Des religieux prêts à mener une vie visiblement sainte. Des jeunes prêts à rejeter le vide de la culture moderne. Des catholiques fidèles prêts à se tenir aux côtés du Christ même lorsque cela leur coûte cher.
Le silence se fait de plus en plus pesant dans notre monde.
Mais la Pentecôte est la réponse du ciel à ce silence !
La Pentecôte, c’est le feu de la vérité divine qui fait irruption dans les ténèbres. La Pentecôte, c’est le Saint-Esprit qui réveille les âmes endormies. La Pentecôte, c’est le courage qui triomphe de la peur. La Pentecôte, c’est la clarté qui triomphe de la confusion. La Pentecôte, c’est la vérité qui triomphe du compromis. Et la Pentecôte façonne un certain type d’homme.
Regardez les apôtres avant la Pentecôte. Ils se cachaient derrière des portes verrouillées. Ils étaient craintifs, incertains, intimidés par le monde qui les entourait. Puis le Saint-Esprit est descendu. Et soudain, ces hommes faibles sont devenus des témoins intrépides de Jésus-Christ.
Pierre, qui tremblait devant une servante, s’est tenu devant les dirigeants et les foules et a proclamé le Christ crucifié sans craindre la prison ni la mort.
C’est là l’œuvre du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit ne forme pas des bergers faibles qui font des concessions à la vérité. Le Saint-Esprit ne forme pas des hommes qui s’expriment sans cesse dans l’ambiguïté. Le Saint-Esprit ne forme pas des dirigeants qui brouillent les frontières entre la sainteté et le péché, la vérité et l’erreur, l’Évangile et l’esprit du temps.
Le Saint-Esprit forme des hommes comme saint Pierre après la Pentecôte. Le Saint-Esprit forme des hommes comme saint Athanase qui s’est dressé presque seul contre l’erreur généralisée au sein de la hiérarchie. Le Saint-Esprit forme des hommes prêts à tout perdre plutôt que de trahir Jésus-Christ.
Mais nous vivons aujourd’hui une époque où les voix qui s’élèvent au pouvoir ne ressemblent pas à celles de la Pentecôte.
Lorsque Mgr Athanase Schneider a récemment averti ouvertement que certaines propositions émanant des groupes d’étude du Vatican relevaient de l’hérésie, les catholiques auraient dû y prêter attention. Ce n’est pas une déclaration anodine. C’est un évêque qui tire la sonnette d’alarme parce que la vérité révélée elle-même est en danger.
Et pourtant, au lieu de clarté, on offre aux fidèles davantage d’ambiguïté. Au lieu d’une correction ferme, on tolère la confusion. Au lieu de défendre avec audace l’enseignement catholique établi, les dirigeants de l’Église continuent de donner la parole à ceux qui sapent ouvertement la confiance dans la foi.
Pourquoi nomme-t-on sans cesse des évêques qui affaiblissent la doctrine catholique au lieu de la défendre courageusement ? Pourquoi promeut-on des hommes qui s’expriment davantage à la manière du monde moderne qu’à celle des apôtres ? Pourquoi le père James Martin continue-t-il de s’épanouir publiquement tout en semant une confusion permanente au sujet de l’homosexualité et de l’enseignement moral catholique ?
Pourquoi le cardinal Victor Manuel Fernández reste-t-il à la tête du Dicastère pour la doctrine de la foi malgré les scandales, la confusion et des écrits qui ont profondément troublé les fidèles catholiques à travers le monde ?
Ce ne sont pas là des questions mineures.
Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi existe pour défendre la vérité, pour garder le dépôt de la foi transmis par les apôtres.
Les catholiques voient des hommes placés à des postes d’une influence considérable qui semblent souvent plus intéressés par l’adaptation de l’Église à la culture moderne que par la proclamation claire et sans compromis de la vérité éternelle.
Les fidèles ne sont pas désorientés parce que la doctrine catholique manque de clarté. La doctrine catholique est claire depuis deux mille ans. La confusion vient du fait que trop de pasteurs ne parlent plus avec la clarté indubitable que produit la Pentecôte.
Le Saint-Esprit ne se trompe pas. Le Saint-Esprit n’inspire pas de contradiction avec les Saintes Écritures ou la Tradition apostolique. Et oui, les âmes peuvent s’émousser spirituellement à la voix du Saint-Esprit.
Un homme plongé dans l’impureté, la mondanité, le compromis moral ou la rébellion contre l’ordre divin n’entend pas clairement. Une hiérarchie ecclésiastique obsédée par le désir de plaire au monde moderne n’entendra pas clairement non plus. L’esprit du temps étouffe l’Esprit de Dieu dans ces circonstances.
C’est ce à quoi nous assistons actuellement.
En ce moment même, les innovateurs doctrinaux sont accueillis et protégés, tandis que les catholiques fidèles, attachés à la tradition, sont soumis à une pression et à un examen minutieux constants. Les catholiques fidèles observent ce renversement et se demandent : quel esprit est à l’œuvre ici ? Car cela ne ressemble pas à la clarté intrépide née à la Pentecôte.
La première Pentecôte n’a pas donné lieu à des compromis avec le monde. Elle a produit des martyrs. Elle a produit des saints. Elle a produit des évêques qui ont défendu la vérité au prix de grands sacrifices personnels. Elle a produit des missionnaires qui ont converti des nations. Elle a produit des hommes qui craignaient Dieu plus que les empereurs, les foules, les gouvernements ou l’opinion publique. Et l’Église a désespérément besoin de cet esprit à nouveau aujourd’hui.
Pas de comités sans fin. Pas d’ambiguïté sans fin. Pas de dialogue sans fin détaché de la vérité.
L’Église a besoin d’évêques qui parlent à nouveau sans détours. L’Église a besoin de prêtres qui prêchent à nouveau la repentance. L’Église a besoin de pasteurs formés par le feu de la Pentecôte plutôt que par l’approbation du monde moderne.
Car le silence qui s’installe aujourd’hui au sein de l’Église n’est pas un silence sacré. C’est le silence qui s’installe lorsque trop de pasteurs cessent d’écouter le Saint-Esprit.
Le Saint-Esprit continue de parler. Il parle à travers les Saintes Écritures. Il parle à travers la Sainte Tradition. Il parle à travers les saints, les martyrs, les bergers fidèles qui refusent tout compromis avec l’esprit du temps. Il parle à travers les évêques prêts à se tenir presque seuls et à proclamer quand même clairement la vérité. Il parle à travers chaque prêtre qui prêche encore sans crainte la repentance, la sainteté et la fidélité à Jésus-Christ.
Mais notre monde est en train de devenir un monde qui ne souhaite plus écouter. Nous sommes entourés de bruit, mais affamés de vérité. Nous nous noyons dans des discussions sans fin tandis que la clarté disparaît.
Et de plus en plus, même au sein de l’Église, ceux qui défendent ce que les catholiques ont toujours cru sont traités comme le problème… tandis que ceux qui sèment la confusion sont protégés, promus et applaudis.
La Pentecôte n’a pas engendré cet esprit.
Et c’est pourquoi le silence qui s’étend aujourd’hui dans l’Église est si dangereux. Ce n’est pas le silence de la prière. C’est le silence qui s’installe lorsque les hommes cessent d’écouter le Saint-Esprit. C’est le silence qui s’abat lorsque l’esprit du monde prend le pas sur l’Esprit de Dieu.
Et c’est peut-être pour cela que ces paroles anciennes [ndlr : de la chanson « The Sound of Silence »] résonnent encore aujourd’hui de manière si obsédante…
« Et le peuple s’inclina et pria
Devant le dieu néon qu’il avait créé… »
« Et l’enseigne disait : “Les paroles des prophètes sont écrites sur les murs du métro et dans les couloirs des immeubles, et murmurées dans les sons du silence.” »
Que Dieu Tout-Puissant vous bénisse et vous garde fidèles à Jésus-Christ et à Sa Sainte Église, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Mgr Joseph Strickland
Évêque émérite
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Retrouver ce qui compte vraiment : une grande neuvaine à saint Antoine du 5 au 13 juin
Dans une époque marquée par la dispersion, le bruit et l’accélération permanente, beaucoup éprouvent aujourd’hui une étrange sensation : celle d’avoir perdu quelque chose d’essentiel.
Le temps de prier. La paix intérieure. Le goût des choses simples. La confiance en Dieu. Parfois même l’espérance.
C’est peut-être pour cela que la figure de saint Antoine de Padoue touche encore autant de personnes, huit siècles après sa mort.
On le connaît comme le saint des objets perdus. Qui n’a jamais entendu cette prière glissée dans un moment d’urgence : « Saint Antoine, aide-moi à retrouver… » ? Mais derrière cette tradition populaire se cache une vérité spirituelle profonde : saint Antoine aide surtout à retrouver ce qui compte vraiment.
Du 5 au 13 juin, une grande neuvaine en ligne est proposée sur Hozana autour de cette intuition spirituelle, sous le thème : « Retrouver ce qui compte vraiment ».
Cette retraite de neuf jours sera animée par le Collège des Bernardins et les Franciscains, héritiers spirituels de celui qui fut l’un des plus grands prédicateurs franciscains du XIIIe siècle.
Chaque jour, les participants recevront :
– une méditation spirituelle,
– un enseignement,
– une prière,
– et des pistes concrètes pour remettre Dieu au centre de leur vie.
Dans un monde où tant de réalités nous sollicitent et nous dispersent, cette neuvaine veut offrir un temps de recentrement et de paix intérieure.
Car ce que nous avons perdu n’est pas toujours matériel. Il peut s’agir du silence. De la fidélité à la prière. Du goût de la vérité. D’une espérance abîmée par les épreuves.
Saint Antoine, lui, ne cesse de conduire vers le Christ.
👉 La neuvaine est accessible gratuitement ici : https://tinyurl.com/5h9e988v
“La dénonciation d’une recherche d’identité relève d’un purisme hypocrite”
Alors que le père de Sinety a publié un essai, La Cause du Christ, contre le “péril identitaire”, le père Thierry-Dominique Humbrecht, religieux dominicain, écrivain, docteur en philosophie et docteur en théologie, qui vient de publier «Dieu ou comment s’en débarrasser», a été interrogé dans Le Figaro. Extrait :

ZFE et gouvernement des juges : le Conseil constitutionnel au service de l’État profond
De Guillaume de Thieulloy dans les 4 Vérités :
Le Conseil constitutionnel a abrogé certaines dispositions de la loi dite « de simplification de la vie économique » – et notamment l’article 37 qui prévoyait la suppression des fameuses zones à faible émission (ZFE).
Je n’aime pas beaucoup hurler avec les loups contre la tyrannie des juges – puisque, dans une société normalement civilisée, les juges ont, entre autres, pour fonction de nous garantir contre l’arbitraire du pouvoir (et Dieu sait si le régime actuel est tenté par l’arbitraire).
J’ai donc été regarder de plus près les motivations de cette censure de l’article 37 présentées par le Conseil constitutionnel – et je dois avouer que je suis fort peu convaincu par « l’argumentation ».
Tout d’abord, il faut préciser que le Conseil constitutionnel avait été saisi par deux groupes de plus de 60 députés : un groupe mêlant députés socialistes et écologistes et un groupe emmené par le président du groupe Modem, Marc Fesneau, et la présidente macroniste de la commission du développement durable, Sandrine Le Feur.
En d’autres termes, il y avait une saisine de l’opposition et une autre de la majorité. Ce qui constitue déjà une étrangeté.
Mais le plus curieux est que, malgré une abondance d’éléments de fond, notamment dans la saisine écolo-socialiste, le Conseil a censuré un simple vice de forme : il considère que l’adoption de l’article 37 est contraire à l’article 45 de la constitution, c’est-à-dire qu’il n’a rien à faire dans ce texte de loi – ce que l’on appelle, dans le jargon parlementaire, un « cavalier législatif ».
Il est remarquable qu’aucun des éléments de fond apportés par ces deux saisines n’évoque la liberté des collectivités territoriales. Et pour cause : la loi oscille en permanence entre faculté offerte aux collectivités ou obligation de créer des ZFE.
Certes, le niveau scolaire s’effondre – et cela a des conséquences jusque dans les cénacles parlementaires ! – mais mêler obligatoire et facultatif est assez bizarre.
Le Conseil n’était pas saisi sur ce point, mais il est regrettable qu’il ne soit pas prononcé sur les conséquences des ZFE sur les libertés constitutionnelles.
Car ce qui est grave, c’est que cette censure laisse entendre deux choses assez inquiétantes :
– Tout d’abord, que le Conseil constitutionnel est au service de l’État profond – ou que « l’État de droit » est l’idéologie commune au « cercle de raison ». C’est ce que laisse supposer le fait que le Conseil ait censuré l’article 37, voté sous la pression du RN (et avec le soutien des LR), à la demande d’une coalition allant de la gauche au centre-droit.
– Ensuite, que le Conseil constitutionnel est seul juge de l’importance des libertés constitutionnelles. On savait déjà qu’entre la liberté de circulation et le droit de grève, ce dernier était systématiquement privilégié. Nous venons d’apprendre que la liberté de circulation était également moins importante que « le droit de vivre dans un environnement équilibré » (sic).
Je me réjouirais volontiers que les juges opposent le droit à la tyrannie toujours possible de la majorité, mais cela supposerait, au minimum, que le droit soit clair et que la hiérarchie des principes soit explicite.
Nous en sommes très loin. Et le Conseil constitutionnel – et, avec lui, l’ensemble du « gouvernement des juges » –, loin d’être une barrière à l’arbitraire ajoute son propre arbitraire à une société qui glisse de plus en plus vers l’anomie et la loi de la jungle.
Il faudra bien qu’un jour, cette place des juges dans la société soit clarifiée. Sans quoi nous sommes condamnés à l’impuissance ou au despotisme.
On peut être un ardent défenseur de la foi et être un bon pasteur
Voici un extrait du propos introductif de Guillaume d’Alançon lors de la remise du Prix Saint Jean-Paul II et du Prix Quas Primas, vendredi dernier à Paris en présence du cardinal Burke :
” (…) Merci Eminence d’être avec nous, merci d’être un Père pour nous, un père dans la Foi, un bon pasteur qui n’a pas peur des loups, qui soigne la brebis blessée et recherche celle qui s’est égarée. A l’issue de la messe que vous aviez célébrée à Notre-Dame de Paris en plein synode sur la famille il y a un peu plus de 10 ans, le recteur de l’époque, Mgr Patrick Jacquin, m’avait dit à quel point il avait été touché par votre témoignage de foi et de délicatesse avec les personnes. J’ai gardé longtemps son message vocal de plus d’1minute 30 sur mon répondeur tellement il était sympathique et sincère. Oui, on peut être un ardent défenseur de la foi et être un bon pasteur ; l’un ne va pas sans l’autre. (…)
Pour cette 6ème édition du Prix Saint Jean-Paul II nos félicitations vont vers l’abbé Benoît de Giacomoni, provincial de France de la Fraternité Saint-Pierre, pour son livre « La Prière chrétienne, se blottir dans les bras du Père » paru aux Editions de l’Emmanuel. Merci cher M. l’abbé de nous introduire dans le sanctuaire de l’âme humaine qui ne peut se comprendre elle-même que si elle se blottit dans les bras du Père. (…)

(…) En méditant l’ouvrage de Stéphane Glogowski ceux qui ont perdu un petit enfant se sentent moins seuls. Les saints époux Martin, qui ont perdu 4 enfants en bas âge, auraient aimé lire votre livre. « Il y a toujours la joie à côté de la peine » écrivait Zélie en réponse à la tristesse de son époux qui s’écriait après la mort de leur petite fille, je cite : « Mais qui me rendra mon Hélène ! ». Et celui-ci continuait, je le cite encore : « Notre cœur n’est rassasié de rien tant qu’il ne voit pas la beauté infinie de Dieu ». Oui, merci Stéphane pour votre beau livre !
Je voudrai maintenant remercier Monsieur et Madame Sion pour leur important travail réalisé avec l’abbé Pierre Jourdan ici présent. Le titre de votre livre dit tout « Se donner pour toute la vie » paru aux éditions du Laurier. (…) En instaurant tout dans le Christ, le parcours que vous proposez est un guide sûr pour emprunter les passages plus difficiles comme les plus simples. Et il est clair que les épreuves que rencontrent les époux durant leur vie, peuvent être un matériau pour consolider le mariage. Oui, les crises, même les plus graves, sont un tremplin pour un plus grand amour. Nombreux sont ceux à en avoir fait l’expérience. (…)

Après ces 3 premiers ouvrages, la sélection de la 2ème édition du Prix Quas Primas consiste en un petit bijou. Si « Quas Primas » évoque le titre d’une encyclique du Pape Pie XI et s’appuie à dire pourquoi le Christ est le Seigneur du ciel et de la terre, l’heure n’est pas venue de primer un joaillier qui aurait réalisé un diadème royal pour 2027, année des prochaines élections présidentielles. C’est pour mettre à l’honneur un bref et magnifique ouvrage sur Saint Louis, un homme touché par la grâce. Saint Louis était un saint époux, Saint Louis était un saint père de famille, Saint Louis était un saint responsable politique. (…) Saint Louis ne coupait pas sa vie en tranches, c’est parce que le Christ en était le cœur qu’il était lumineux dans les différentes facettes de son existence.”

Le cardinal Aveline a remis le prestigieux Prix Henri de Lubac au Frère Léopold-Marie de la FMND
Alors que l’évêque de Viviers persécute la Famille Missionnaire de Notre-Dame (FMND) en lui demandant de refuser toute nouvelle vocation, en interdisant à plusieurs religieux de prononcer leurs vœux et en refusant de célébrer plusieurs ordinations en attente- depuis des mois, le cardinal Aveline remet le prix Henri de Lubac à un frère de cette même communauté, la FMND.
Et quelle ironie de découvrir que le sujet de la thèse du Frère Léopold-Marie, récompensée par ce prix prestigieux et remis à l’ambassade de France près le Saint-Siège, en présence de nombreuses personnalités du monde ecclésial et universitaire, est ” la vocation religieuse et le sens de la consécration“.
Comme le précise Tribune chrétienne dans son article, “cette récompense représente également une reconnaissance du sérieux de la formation intellectuelle et spirituelle dispensée à ses membres“.
Voici quelques extraits de l’interview du frère Léopold Marie de la FMND, lauréat de ce prix, publié dans Tribune chrétienne :
Philippe Marie – Tribune Chrétienne : Votre thèse sur la consécration religieuse vient d’être récompensée par le prix Henri de Lubac. Qu’est-ce que cette distinction représente pour vous personnellement et spirituellement ?
Frere Léopold Marie :En tant que religieux, je n’oublie pas l’avertissement de saint Paul : le seul prix qui vaille la peine d’être reçu est celui de la vie éternelle ! Ceci étant, c’est bien-sûr une grande joie et un grand honneur que de voir ce travail ainsi récompensé par ce prix. À cette occasion, je ne peux qu’être rempli de gratitude pour ceux qui ont permis cette réussite. Je pense d’abord à Père Bernard et Mère Hélène, qui étaient supérieurs à l’époque de mes études romaines ; les membres de ma Famille religieuse, qui m’ont soutenu par leur prière et leur affection fraternelle, mais aussi les professeurs de l’Université pontificale de la Sainte Croix (Rome), où j’ai étudié ; et enfin aux membres du jury, qui se sont laissés interpeller par mon travail.
En quelques mots accessibles à tous, quel était le cœur de votre recherche sur la consécration religieuse ?
Nous parlons souvent de la vie consacrée, mais il est bien difficile de dire en quoi consiste cette forme particulière de consécration. Ma recherche se caractérise avant tout par le souci d’aborder la question en maintenant l’unité de la Tradition, c’est-à-dire en proposant une réflexion ancrée dans l’Écriture, qui tienne compte de l’enseignement de l’Église et de ce qui constitue sa vie : la liturgie. La plus grande partie du travail retrace le développement historique de la célébration de la profession religieuse pour comprendre ce que croit l’Église lorsqu’elle célèbre un tel acte.
Nous avons ainsi montré que l’engagement religieux ne se réduit pas à une forme de volontarisme : par la profession des vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, le religieux répond à l’appel de Dieu qui l’a appelé à tout quitter pour être uni à Lui et le servir. À ce don de soi, Dieu répond par la prière de l’Église en unissant cette offrande au sacrifice du Christ, établissant ainsi entre le Seigneur et le profès une alliance éternelle, scellée par un don spécial de l’Esprit-Saint. Pour comprendre la vie consacrée, il faudra donc toujours partir cette dimension spirituelle.
(…)
Comment percevez-vous le fait qu’après la condamnation, aujourd’hui frappée d’appel, de la FMND autour de questions liées à l’obéissance et à la consécration religieuse, votre thèse sur ce même sujet soit honorée par le prix Henri de Lubac ?
Ceux qui ont lu des articles sérieux sur le procès contre la FMND – dont les articles de Tribune chrétienne ! – savent que la question centrale est celle des exigences de la vie religieuse. Ma thèse ne fait que confirmer que nous vivons, comme tant d’autres religieux et religieuses en France et dans le monde, conformément à ce qu’enseigne l’Église. Les exigences propres à la vie consacrée ne constituent pas une atteinte à la dignité inaliénable de la personne humaine. Comme l’enseigne le concile Vatican II, c’est le contraire qui est vrai : « Que tous enfin soient persuadés que la profession des conseils évangéliques, tout en comportant renonciation à des biens qui méritent indiscutablement l’estime, ne fait cependant nullement obstacle au progrès de la personne humaine, mais au contraire, de par sa nature, lui est du plus grand profit » (Lumen gentium 46). Il n’y a donc pas de raison que la justice nous empêche de vivre notre vie religieuse !
À l’occasion du procès, on a pu aussi entendre que les membres de la communauté seraient mal formés. La remise de ce prix ne vient-elle pas démentir cette affirmation ?
En effet, la communauté a toujours eu le souci d’une formation intégrale de chaque membre. Une bonne formation ne se réduit pas à la poursuite d’études intellectuelles et à l’obtention de grades universitaires, mais la formation intellectuelle tient cependant une place importante, puisque la foi est aussi connaissance de ce que Dieu nous transmet par la Révélation. Par ailleurs, un aspect important de notre mission est de travailler à transmettre la foi, ce qui exige de bien connaître ce en quoi nous croyons. Après les trois premières années de formation initiale, qui donnent à tous une connaissance élémentaire de l’Écriture, de l’histoire de l’Église et du Catéchisme, nous poursuivons des études de philosophie et de théologie à un rythme adapté aux aptitudes de chacun. Certains d’entre nous étudient directement en université. Dans mon cas, la thèse conclut huit ans de présence à Rome, avec tout ce que cela représente en termes de contact avec la Tradition de l’Église, avec des étudiants de tous les continents et avec des professeurs de différents profils.
Plus largement, ceux qui ont une expérience académique savent que réaliser un tel travail de recherche demande de vivre dans une ambiance de vie sereine et épanouissante : je rends grâce d’avoir pu étudier dans de telles conditions, avec des responsables attentifs à l’équilibre de vie et qui ont le souci d’aider chaque membre à se forger des convictions et une véritable capacité de réflexion personnelle. Tout le contraire d’une ambiance sectaire décrite par les plaignants ou certains médias lors du procès !
Comment expliquez-vous ce paradoxe entre une certaine vision anticléricale et méfiante envers les communautés religieuses, et la reconnaissance intellectuelle et spirituelle de la valeur de la consécration religieuse à travers ce prix ?
La vie religieuse est une voie particulière de sainteté, qui a ses exigences. À l’heure où l’on a perdu le sens de l’autorité, où la soif de possession de bien matériels est exacerbée et où la jouissance apparaît pour beaucoup comme l’unique but de la vie, le témoignage de la vie consacrée comporte une dimension prophétique, qui oblige la société à s’interroger. Or, il n’est facile pour personne de se remettre en cause : il vaut mieux discréditer afin d’éviter de changer. La reconnaissance de mon travail peut encourager ceux qui veulent être fidèles et peut-être aider ceux qui ont perdu le sens de leur vocation à le retrouver. Mais ce prix est aussi un message d’espérance, comme si la société elle-même invitait les religieux à donner avec conviction leur témoignage afin de lui permettre de renouer avec l’espérance. »
La FMND et le Père Bernard, défendus par maître Triomphe et maître Gousseau, ont fait appel suite au verdict du procès du 24 mars dernier, considéré comme une quasi relaxe par ceux qui ont étudié et lu l’intégralité du verdict. La plupart des accusations sont tombées et la communauté aborde le procès en appel très sereinement pour effacer les derniers mensonges, calomnies et instrumentalisations malveillantes.
La vie chrétienne victorieuse- Christianisme versus Judaïsme & Islam
Ces questions ne sont ni secondaires ni nouvelles. Elles touchent au cœur même de la foi chrétienne et à la mission confiée à l’Église. Car le christianisme ne se définit pas d’abord par une culture, une tradition ou une morale, mais par une personne : Jésus-Christ.
Dans la perspective biblique, toute réflexion sur les relations entre le christianisme, le judaïsme et l’islam doit commencer par cette question fondamentale : qui est Jésus-Christ ?
Lorsque l’apôtre Pierre confesse : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16:16), il exprime le fondement même de la foi chrétienne. Cette confession constitue la ligne de démarcation essentielle entre le christianisme et toutes les autres religions. Le chrétien ne croit pas seulement en Dieu de manière générale ; il croit en Dieu tel qu’il s’est pleinement révélé en son Fils.
Le christianisme s’enracine profondément dans l’histoire d’Israël. Jésus est juif, les apôtres sont juifs, et les Écritures du Nouveau Testament s’inscrivent dans la continuité de l’Ancien Testament. Le christianisme ne naît pas en opposition au judaïsme, mais comme accomplissement des promesses faites aux pères. Jésus lui-même déclare qu’il n’est pas venu abolir la Loi et les prophètes, mais les accomplir.
Le judaïsme biblique repose sur la révélation divine donnée à Israël : l’alliance, la Loi, le culte et l’espérance messianique. Toutefois, le point de divergence majeur réside dans la reconnaissance de Jésus comme Messie. Le judaïsme traditionnel ne reconnaît pas en lui l’accomplissement des promesses.
Dans une perspective biblique, il est essentiel de maintenir la distinction entre Israël et l’Église. L’Église n’est jamais appelée Israël dans le Nouveau Testament. Les promesses faites à Israël ne sont ni transférées ni spiritualisées au profit de l’Église. L’apôtre Paul affirme avec force : « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11:29). Il annonce également : « Et ainsi tout Israël sera sauvé » (Romains 11:26).
Cela signifie que Dieu demeure fidèle à ses engagements envers son peuple terrestre. Israël conserve une place particulière dans le plan prophétique de Dieu, et son avenir s’inscrit dans l’accomplissement des desseins divins. Cependant, sur le plan du salut individuel, il n’existe qu’un seul chemin : la foi en Jésus-Christ. Juifs et non-Juifs sont appelés à recevoir la grâce de Dieu par le même moyen.
L’islam, apparu au VIIe siècle, se présente comme une restauration du monothéisme abrahamique. Il reconnaît certains éléments communs avec le judaïsme et le christianisme, notamment l’existence d’un Dieu unique et la figure de Jésus (Isa), considéré comme un prophète. Cependant, les divergences doctrinales sont profondes et irréductibles.
L’islam rejette catégoriquement la divinité de Christ, sa filiation divine, ainsi que sa mort sur la croix. Or, pour la foi chrétienne, ces vérités sont absolument centrales. L’Évangile repose sur ce fait historique et théologique : « Christ est mort pour nos péchés… il a été enseveli, et il est ressuscité le troisième jour » (1 Corinthiens 15:3-4).
Sans la croix, il n’y a pas de rédemption. Sans la résurrection, il n’y a pas d’espérance vivante. C’est pourquoi l’apôtre Paul peut dire : « Mais nous, nous prêchons Christ crucifié » (1 Corinthiens 1:23).
Une autre différence essentielle concerne la nature du salut. Le christianisme biblique enseigne que l’homme est perdu à cause du péché et incapable de se sauver lui-même. « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3:23). Le salut est alors présenté comme un don gratuit de la grâce divine : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi… ce n’est point par les œuvres » (Éphésiens 2:8-9).
À l’inverse, dans la perspective islamique, le salut est lié à l’obéissance religieuse et au jugement final, où les œuvres sont pesées. L’assurance du salut n’y est pas pleinement acquise. Cette différence touche au cœur même de la relation entre Dieu et l’homme.
Ainsi, bien que certaines convergences extérieures existent entre ces religions, les divergences fondamentales concernent la personne de Christ, l’œuvre de la croix et la nature du salut. Ces éléments ne sont pas périphériques : ils constituent le centre de la foi chrétienne.
Dès lors, peut-on parler d’une compatibilité doctrinale entre le christianisme et les autres religions ? La réponse biblique est claire : une telle compatibilité ne peut exister sans que l’un des systèmes abandonne ses fondements essentiels. Dire que toutes les religions mènent à Dieu revient à nier la déclaration explicite de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14:6).
Cependant, cette affirmation de vérité ne doit jamais conduire à une attitude de dureté ou de mépris. Le chrétien est appelé à refléter le caractère de son Seigneur, « plein de grâce et de vérité ». L’Écriture exhorte : « soyez toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect » (1 Pierre 3:15).
Il est donc essentiel de distinguer clairement entre les personnes et les doctrines. Les personnes doivent être respectées, aimées et considérées avec dignité. Chaque être humain est créé à l’image de Dieu. Mais les doctrines doivent être évaluées à la lumière de la Parole de Dieu.
Le dialogue interreligieux peut avoir une utilité sur le plan humain, social ou culturel. Il peut favoriser la paix, la compréhension mutuelle et le respect entre les peuples. Toutefois, il trouve ses limites dès lors qu’il prétend établir une unité spirituelle ou doctrinale entre des systèmes de croyance incompatibles.
L’Église n’a pas reçu pour mission de construire une synthèse religieuse mondiale ni de rechercher une convergence doctrinale entre les religions. Sa mission est clairement définie : « Allez par tout le monde, et prêchez l’Évangile » (Marc 16:15).
Le danger du dialogue interreligieux, lorsqu’il est mal compris, est de conduire à une dilution progressive de la vérité. Sous prétexte d’unité ou de paix, on en vient parfois à minimiser les différences essentielles, voire à les ignorer. Mais un amour qui renonce à la vérité cesse d’être un amour véritable.
Aimer son prochain ne signifie pas valider toutes les croyances. L’amour biblique consiste à désirer le salut de l’autre et à lui annoncer fidèlement l’Évangile. Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2:4).
Dans ce contexte, l’exhortation de l’apôtre Paul garde toute son actualité : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger » (2 Corinthiens 6:14). Il ne s’agit pas d’un appel à l’isolement social, mais à la vigilance spirituelle. Le croyant est appelé à vivre dans le monde sans adopter les principes qui s’opposent à la vérité de Dieu.
Ainsi, le chrétien est appelé à maintenir un équilibre spirituel délicat mais essentiel : vivre paisiblement avec tous les hommes, témoigner avec respect et douceur, tout en demeurant fermement attaché à la vérité de l’Évangile.
Dans un monde où les repères spirituels deviennent flous, cette fidélité est plus que jamais nécessaire. La tentation est grande d’adapter le message pour le rendre plus acceptable. Pourtant, l’Évangile n’a pas été confié à l’Église pour être modifié, mais pour être proclamé fidèlement.
Le christianisme demeure unique en ce qu’il annonce non pas ce que l’homme doit faire pour atteindre Dieu, mais ce que Dieu a accompli en Jésus-Christ pour sauver l’homme. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3:16).
En définitive, le dialogue interreligieux ne peut jamais remplacer le témoignage chrétien. Il peut exister comme cadre de respect et d’échange, mais il ne doit jamais devenir un espace de compromis doctrinal.
Le croyant est appelé à marcher dans la vérité et dans l’amour, sans confondre l’un et l’autre. Car la vérité sans amour devient dureté, et l’amour sans vérité devient illusion.
Que l’Église demeure donc fidèle à son appel : annoncer Jésus-Christ crucifié et ressuscité, unique Sauveur du monde, tout en manifestant la grâce, la patience et la compassion envers tous.
C’est dans cette tension féconde entre vérité et amour que se trouve le témoignage authentique du chrétien dans le monde d’aujourd’hui.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Les divins paradoxes des pèlerinages de ce WE
Ce WE, des milliers de pèlerins ont marché, vers Chartres, et vers Paris.
Portrait de pèlerins.
Quel est votre préféré ?
Celui qui fait son 44e, et celui qui fait son premier
Celui qui profite de cette invitation du Bon Dieu pour retrouver ses amis, et celui qui profite de cette invitation de ses amis pour retrouver le Bon Dieu
Celui qui croit au Ciel depuis avant même sa naissance, et celui qui y croit au dernier km le lundi
Des femmes aux vêtements sales, mais toujours élégantes et actives
Des hommes hirsutes et malodorants, mais à fond sur leur mission
Celui qui dit qu’il arrête en installant sa tente le soir, et qui dit qu’il continue en la pliant le matin
Ceux de la logistique qui s’organisent bien, pour finir vite et se reposer, mais qui aident ensuite d’autres groupes moins performants et finissent en dernier
Celui qui va aux toilettes avec urgence extrême, et celui qui y va juste pour prendre ses précautions (le premier laisse finalement son tour au 2e par esprit de sacrifice…)
Le gamin épuisé qui doit être porté pendant la journée, et qui court en jouant toute la soirée
Celui pour qui les champs de la Beauce à perte de vue sont un motif d’admiration, et celui pour qui c’est un motif d’inquiétude
Celui qui travaille mardi très tôt, et celui qui se repose toute la semaine
Des amoureux qui s’enguirlandent, et des ennemis qui se serrent la main
Ceux qui transforment des chansons du top 50 en cantiques
Celui qui a toute confiance en ses évêques, et celui qui se désespère de ses évêques
Celui qui a eu trop chaud, et celui qui a VRAIMENT eu trop chaud
Celui qui n’a plus de pieds à force de marcher, celui qui n’a plus de bras à force de manuter les sacs et les tentes
Celui qui a de bonnes chaussures, et celui qui n’a plus de chaussures
Ceux que le monde accuse le racisme, et qui donnent les meilleures places aux étrangers
Celui qui ronfle, et celui qui prie toute la nuit pour celui qui ronfle
Celui qui a N enfants, avec P enfants qui marchent vers Chartres, et N – P enfants qui marchent vers Paris, et la machine à laver qui traitera aussi bien les uns que les autres
Celui qui prie 3 jours en silence, et celui qui prie 3 jours en chantant
Celui qui déplore que Rome renie sa parole depuis « le funeste Concile », et celui qui déplore que Rome renie sa parole depuis « la funeste Encyclique » de 2021
Celui qui admire Mgr Rey, celui qui admire Mgr Lefebvre, celui qui admire les deux
Celui qui prie pour ses enfants qu’il voit chaque jour, qui déplore qu’ils s’éloignent du Bon Dieu ; et celui qui prie pour ses enfants qu’il ne voit jamais, mais qu’il sait être toujours dans l’amitié du Bon Dieu
Un manœuvre qui explique à un général comme bien balayer
Des policiers et des gendarmes surpris de ne pas être insultés mais applaudis
Le dimanche midi, à Sonchamp, des pèlerins des 2 côtés qui s’applaudissent et s’encouragent les uns les autres
Un carnet FSSPX avec des chants qui tutoient Jésus et Marie, et un carnet FSSP qui n’oublie pas ce qu’il doit à Mgr Lefebvre
Un évêque qui accueille tout en déplorant “l’abus d’autorité” d’un pélé qui promeut exclusivement la messe tradi, et un évêque qui dénonce l’abus d’autorité des clercs qui interdisent ou limitent la Messe tradi
Celui qui ne votera pas, car “tout est dans les mains du Bon Dieu”, et celui qui s’engage politiquement pour ralentir la chute
Celui qui ne plie pas sa tente tant que la phrase mythique n’a pas été prononcée par “the voice”
Celui qui aimerait que Rome soit charitable, et celui qui aimerait que Rome soit cohérente
Ceux qui ont trop de vocations, avec des dizaines de prêtres dans leurs écoles faute d’évêques qui leur confient des paroisses, et ceux qui pourraient ouvrir des dizaines de simili paroisses s’ils avaient plus de prêtres
Ceux qui aimeraient que Rome les aime davantage, et ceux qui aimeraient que Rome les aime VRAIMENT davantage
Charles Rosiers, ancien chroniqueur au quotidien Présent, charles.rosiers@gmail.com
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Madjid Messaoudene, proche du nouveau maire de Saint Denis, sera poursuivi
Le 18 juin 2020, sur son compte Twitter, M. Majid Messaoudene écrivait « Nous sommes antiracistes contre tous les racismes », précisant : « Sauf contre le racisme anti-blanc évidemment ».
Suite à ces propos scandaleux, M. Messaoudene sera enfin poursuivi devant la 17e Chambre du Tribunal Correctionnel de Paris, le 11 septembre prochain, pour injure publique à raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion.
Militant d’extrême-gauche et indigéniste bien connu, ancien conseiller municipal de Saint Denis (93), M. Messaoudene est un proche du nouveau maire de cette ville, M. Bally Bagayoko. En 2019, il a notamment organisé la très communautariste « marche contre l’islamophobie ».
En 2025, il était encore référencé dans une brochure, éditée pour l’Académie de Créteil, financée par la Région Ile-de-France et intitulée « Annuaire francilien des référentes et référents pour l’égalité ».
M. Messaoudene y figure en page 24 au titre de « chargé de Mission lutte contre les discriminations, égalité femme/homme, personnes porteuses de handicap » pour la ville de Stains (93).
Au regard des propos mentionnés ci-dessus, il est proprement scandaleux que le Ministère de l’Éducation nationale fasse la promotion de cette personne et que la Ville de Stains l’embauche sur un tel poste.
L’AGRIF suivra ce dossier avec la plus grande attention.
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