II L’affaire Epstein, une bombe à fragmentation
D’Antoine de Lacoste dans Politique Magazine :
A la fin des années quatre-vingt, Jeffrey Epstein fit la connaissance de Leslie dit Les Wexner, milliardaire et propriétaire, entre autres, de la marque de lingerie féminine Victoria’s Secret, à qui il doit sa fortune.
Mais juste avant, un fait encore étrange de la vie d’Epstein doit être approfondi. En 1987, il entre au conseil d’administration de la New York Academy of Art. C’est une institution prestigieuse co-fondée en 1979 par le célèbre et sulfureux Andy Warhol et Stuart Pivar. C’est ce dernier qui a fait entrer Epstein dans l’antre de cette académie. Pivar est un milliardaire né dans une famille modeste de Brooklyn (décidément !) qui a fait fortune dans le plastique et s’est passionné pour l’art. Il aimait également la science et a développé des théories fumeuses sur l’évolution et la biologie.
C’est par amitié que Pivar aurait fait entrer Epstein dans ce conseil d’administration où les places étaient chères. Notre prédateur ne connaissant rien ni à l’art ni à la science, on se demande bien comment une telle amitié a pu naître. Aucune réponse ne peut être trouvée, Pivar se contentant d’invoquer « le magnétisme d’Epstein ».
Pivar quitta l’académie en 1994 dans un climat conflictuel et opaque. Il raconta ensuite qu’il ignorait tout des activités répréhensibles d’Epstein et qu’il rompit avec lui en 1996 lorsqu’une étudiante de cette académie, Maria Farmer, l’informa des agressions sexuelles qu’elle avait subies de la part de son protégé. Un mensonge de plus dans cette affaire hors norme puisque la divulgation des dossiers Epstein a révélé que Pivar avait écrit un petit mot amical dans le livre-anniversaire d’Epstein en 2003, soit sept ans après avoir été prévenu par Maria Farmer. Le mot en question est d’ailleurs très étrange et vaut la peine d’être cité : « Jeffrey à mi-siècle, aux références plénipotentiaires, bien que faisant le mal quand il pouvait, a évité la pénitencerie ». Cette connivence, déjàsuspecte, est vraiment révélée par ce mot baroque et aurait pu intéresser des enquêteurs mais Pivar ne fut évidemment jamais inquiété.
La malheureuse Maria Farmer porta plainte auprès de la police de New York et auprès du FBI, rien que ça. Que se passa-t-il ? Rien, comme d’habitude. Pourtant, cette fois, ce n’était plus un mannequin mais une étudiante au profil plus classique. Le plus curieux c’est que c’est la doyenne des étudiants de l’académie, Eileen Guggenheim, qui a envoyé Farmer chez Epstein et Maxwell en lui faisant miroiter la vente d’un de ses tableaux. C’est à cette occasion qu’elle fut agressée. C’était en 1995.
Maria Farmer raconta ensuite qu’elle appela Eileen Guggenheim dès le lendemain lui racontant, en pleurs, qu’Epstein et Ghislaine Maxwell étaient « des malades » et qu’elle avait failli être violée. Madame Guggenheim s’est, pour toute réponse, moquée de Maria. Pour agir ainsi avec une élève envoyée par la doyenne étudiante de l’académie, le couple devait vraiment être sûr de son immunité.
Epstein a longtemps profité de sa position pour se promener à l’académie, fructueux terrain de chasse. Il « rôdait souvent, regardant les ateliers des étudiants » raconta ensuite Maria Farmer. Cela dura sept ans, de 1987 à 1994, date à laquelle il quitta le conseil, probablement poussé dehors après le départ conflictuel de Pivar.
Eileen Guggenheim fut tout de même interrogée par le FBI en 2007 dans le cadre de l’enquête qui mènera à la première condamnation du prédateur en 2008. Issue d’une famille qui tenait des boutiques de vêtements dans le New Jersey, elle fit des études d’art, devint assistante, on ne sait comment, du prince Charles, futur roi d’Angleterre. La famille royale britannique est décidément assez en vue dans tout ce qui gravite autour d’Epstein.
Elle se tira sans dommages de cet interrogatoire, malgré les plaintes de Maria Farmer. Elle avait pourtant été vue plusieurs fois lors de séjours dans le ranch d’Epstein situé au Nouveau-Mexique. Elle nia ces séjours mais plusieurs témoignages d’anciennes étudiantes qui l’avaient vue sur place l’obligèrent à se rétracter.
Le plus cocasse c’est qu’en 2013 Eileen Guggenheim écrivit à Epstein sur papier à en-tête de l’académie pour lui demander de parrainer une bourse. C’était donc cinq ans après sa première condamnation.
Aujourd’hui, Eileen Guggenheim est la très respectable présidente de la New York Academy of Art, fonction prestigieuse où elle a succédé à son mari. Mais plus pour très longtemps : rattrapée par la publication de documents évoquant son rôle, elle devrait prochainement quitter son poste.
LA RENCONTRE AVEC WEXNER
Même si ce n’est pas rien d’avoir été chez Bear Stearns, puis chasseur de primes pour des gens riches victimes d’escroquerie (voir le premier article) ou encore administrateur de la New York Academy of Art, c’est la rencontre avec Les Wexner qui marqua la véritable ascension d’Epstein.
C’est l’assureur Robert Meister qui a présenté les deux hommes en 1986, à Palm Beach en Floride. Meister, vice-président du grand groupe Aon, connaissait Wexner de longue date, il n’y a pas d’ambiguïté à ce sujet. En revanche, et comme toujours, c’est la façon dont Epstein a rencontré et acquis la confiance de Meister qui est mystérieuse.
La thèse officielle n’a même pas eu l’élémentaire élégance d’être un tout petit peu crédible. Il faudrait en effet avaler qu’Epstein et Meister se soient rencontrés par hasard dans un avion où ils étaient opportunément assis l’un à côté de l’autre. Grâce au charme inné d’Epstein les deux hommes ont sympathisé pendant le vol et Meister a ensuite eu l’irrépressible envie de rendre service à son nouvel ami. En réalité, cette version est celle de Robert Meister reprise par toutes les sources sans le moindre élément de preuve. On ne sait donc pas comment Epstein a pu se lier avec Meister qui naviguait dans des sphères bien supérieures aux siennes. Une intervention extérieure peut, une fois de plus, être envisagée.
Donc, Meister veut rendre service à Epstein pour des raisons inconnues et le présente au multimilliardaire Les Wexner. Ce dernier est issu d’une famille russo-juive, son père est né en Russie, sa mère à Brooklyn. Il fit fortune dans la vente au détail, notamment de lingerie féminine, activité créée par ses parents et qu’il réussit à remarquablement développer.Forbes estime sa fortune à 10 milliards de dollars. Engagé au Parti républicain, il fit partie de la délégation accompagnantGeorge Bush à Jérusalem en 2008 pour le 60e anniversaire de l’Etat d’Israël.
Très vite, Epstein gagne sa confiance et devient son conseiller financier à la place d’Harold Levin qui avait prévenu Wexner : « Je sens le rat » lui avait-il dit. Notons en passant, qu’un des précédents conseillers financiers du milliardaire, Arthur Shapiro, a été assassiné en 1985 en pleine rue et en plein jour de deux balles dans la tête. Un travail de professionnels. Services secrets, mafia ? Nous ne le saurons sans doute jamais.
La machine s’emballe alors. En très peu de temps, Epstein gère directement l’ensemble de la fortune du milliardaire et obtient en 1991 procuration sur toutes ses affaires. Sa liberté est totale, ses honoraires gigantesques. En 2019, Wexner se plaindra aux juges d’avoir été escroqué par Epstein pour de « vastes sommes ». Cette très tardive indignation ne trompa personne, le milliardaire était, à l’évidence, une victime consentante.
Pour quelle raison ? Cette fois, et contrairement à Meister, ce sont les frasques sexuelles qui ont permis à Epstein de « tenir » Wexner. Virginia Giuffre, qui s’est officiellement suicidée en avril 2025 (thèse plus que douteuse), le reconnut et le dénonça comme un de ses prédateurs. Il ne fut jamais inculpé.
Epstein lui doit beaucoup, à commencer par son appartement de luxe dans l’Upper East side de New-York et son jet privé. Ensuite, grâce à ses faramineux émoluments et ses détournements d’argent, il put acquérir Little Saint James,la fameuse île privée des Caraïbes, l’immense ranch du Nouveau-Mexique, la résidence de Palm Beach (à côté du golf de Donald Trump) et 800 m2 avenue Foch à Paris.
C’est dans plusieurs de ces lieux que Wexner bénéficia des faveurs, consenties ou non, de jeunes femmes fournies par Epstein. L’histoire ne dit pas s’il y eut des mineures.
Lui aussi présenta quelqu’un d’important à Epstein. Il s’agit du milliardaire Leon Black. Le prochain article consacré à l’affaire Epstein sera également l’occasion de se pencher sur le Mega group, ce groupe informel composé de milliardaires juifs désireux d’aider l’Etat d’Israël, cofondé par Les Wexner.
A suivre
Saint Michel, la victoire contre le mal ?
Aymeric Pourbaix reçoit :
- 𝐃𝐨𝐧 𝐏𝐢𝐞𝐫𝐫𝐞 𝐃𝐎𝐀𝐓, recteur du sanctuaire du Mont-Saint-Michel et auteur de “Stratégie des anges”
- 𝐏𝐞̀𝐫𝐞 𝐉𝐞𝐚𝐧-𝐁𝐚𝐩𝐭𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐄́𝐃𝐀𝐑𝐓, doyen de la faculté de théologie d’Angers et auteur de “Le diable dans ses œuvres. Comprendre l’action invisible du mal et s’en libérer”
- 𝐆𝐮𝐲 𝐁𝐀𝐑𝐑𝐄𝐘, haut fonctionnaire émérite et auteur de “Saint Michel, ange de la France et de l’Italie”
Terres de mission : Nouvelles menaces sur la Valle de los Caidos
Eglise universelle : Nouvelles menaces contre la Valle de los Caidos
Dédié à tous les morts de la Guerre civile espagnole (1936-1939), le sanctuaire de la Valle de los Caidos, à 50 kms de Madrid, subit, depuis plusieurs années, les attaques, des gouvernements socialistes qui se succèdent à la tête de l’Espagne. Amoureux averti de l’Espagne, Antoine Labarrière, nous expose la situation actuelle du sanctuaire et de la communauté bénédictine qui le dessert.
Eglise en France : L’épopée de l’Algérie chrétienne
Le voyage du pape Léon XIV en Algérie a attiré l’attention sur ces régions qui furent un haut-lieu de chrétienté avant les invasions arabo-musulmanes
Eglise en Marche : Maximilien Kolbe. Une vie donnée
Canonisé en 1982, Saint Maximilien Kolbe est surtout connu pour avoir pris la place d’un autre déporté condamné à mourir de faim dans un bunker au camp d’Auschwitz en août 1941. Ce sont les 3 semaines passées dans ce bunker, en compagnie de 9 autres prisonniers, que raconte ce film émouvant : “Maximilien Kolbe”. Une vie donnée, présenté par Marthe Peres de Saje distribution.
Le mot « mission » est l’un des trois piliers du pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté
L’abbé Jean de Massia, aumônier du pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté, a été interrogé dans Famille chrétienne, sur le thème du prochain pèlerinage de Chartres : la mission. Extraits :
Que répondez-vous à ceux qui estiment que le monde traditionnel découvre l’importance de la mission sur le tard ?
Depuis les origines, en 1983, le mot « mission » est l’un des trois piliers de notre pèlerinage. Il fait partie de notre ADN. En choisissant ce thème pour l’édition de 2026, nous n’avons pas cherché à nous approprier quelque chose de nouveau, mais plutôt à revenir à nos fondamentaux. Par exemple, certains fondateurs du pèlerinage étaient membres du Mouvement de la jeunesse catholique de France (MJCF), une organisation de jeunes résolument missionnaires qui, dans les années 1970, ont fait le choix du Vetus Ordo, tractaient à la sortie du métro et parlaient ouvertement du Christ aux passants. Par eux, le Saint-Esprit a converti de nombreuses personnes : certains sont devenus prêtres, religieuses ou moines ! Depuis, dans notre famille spirituelle, ce mouvement a pris de nouvelles formes, comme les chapitres Sainte-Madeleine ou Saint-Lazare, qui fonctionnent sur le même principe.
Il y a aussi les chapitres des Pèlerins d’Emmaüs, qui font de la mission de plein vent pendant le pèlerinage.
L’idée, c’est de profiter de la curiosité que suscite le pèlerinage, surtout dans les villes traversées comme Paris et Chartres : ces « pèlerins d’Emmaüs » quittent la colonne, vont deux par deux à la rencontre des passants comme dans l’Évangile, répondent aux questions, expliquent le sens de la démarche pèlerine. C’est une formidable occasion de parler du Christ. Cela montre qu’un pèlerinage est par nature missionnaire : 20 000 personnes qui marchent 100 kilomètres au nom du Christ, cela pousse à s’interroger ! C’est la force du témoignage public et décomplexé de la foi, qui manque parfois dans une société où les catholiques sont trop souvent invisibilisés ou cachés.
Pourquoi ce caractère missionnaire n’est-il pas toujours perçu, même si le pèlerinage draine chaque année un certain nombre de recommençants ou de chercheurs de Dieu ?
Le pèlerinage est assez représentatif de ce qui se passe dans les paroisses. Depuis quelques années, un nombre croissant de convertis ou de personnes en recherche nous rejoignent sur la route de Chartres, ce qui casse l’image que l’on pourrait avoir du pèlerinage comme un « entre-soi » douillet réservé à des catholiques « de toujours » ; plusieurs chefs de chapitre ont été baptisés il y a peu, voire cette année à Pâques ! Cela étant, il est vrai que dans la période troublée que nous traversons en France après le concile Vatican II, les efforts de notre famille spirituelle se sont concentrés sur la conservation et la transmission du dépôt de la foi dans les foyers catholiques, par les écoles, le catéchisme, etc. Je crois que si nous voulons être missionnaires et transmettre avec générosité la Vérité du Christ, il faut avoir reçu la parole de Dieu, entière, sans la déformer ou la brader : en ce sens, le pèlerinage, avec son exigence doctrinale, veut être également un exercice de préparation des futurs missionnaires. Mais il est vrai que, comme dans toute famille spirituelle, le risque du repli existe toujours, et nous devons lutter contre cette tentation facile. Il faut aussi ajouter le fait que les « tradis » ont parfois été marginalisés, invisibilisés : interdiction d’apparaître dans les bulletins paroissiaux, créneaux limités d’activités dans les églises, etc. Mais tout cela change, nous vivons une période inédite, nous devions être au rendez-vous et répondre avec enthousiasme à l’appel du pape Léon XIV qui veut proclamer une « nouvelle ère missionnaire » : d’où le thème de cette année et notre intention de mettre ces 20 000 pèlerins « en ordre de mission » pour qu’ils enflamment les cœurs dès la fin du pèlerinage de Pentecôte ! […]
Êtes-vous inquiet concernant la décision que pourrait prendre la Fraternité Saint-Pie-X l’été prochain ?
Il me semble assez prématuré de commenter ce qui pourrait se passer, du côté de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) ou du côté de Rome, avant les événements et avant le pape. Je crois que l’heure est surtout à la prière et à la charité mutuelle, qui manque parfois en cette période très fébrile du commentaire permanent. J’espère aussi que pourront avoir lieu des discussions guidées par l’amour de la Vérité, car il s’agit d’une question grave pour l’unité de l’Église. La situation est très douloureuse, car nous partageons plusieurs choses avec la FSSPX, en plus de la liturgie : par exemple, la conscience que l’Église traverse une grande crise doctrinale et que l’enjeu du Salut des âmes est fondamental. En 1988, au moment des premiers sacres, Notre-Dame de Chrétienté a fait un choix différent de la FSSPX, en accordant sa confiance à la promesse du Saint-Siège d’assurer un large et généreux chemin pour notre famille spirituelle dans l’Église. Nous sommes et restons fidèles à ce choix ; même s’il faut reconnaître que le motu proprio Traditionis custodes a fortement blessé ceux qui avaient pris cette décision filiale. Mais nous gardons beaucoup d’espérance envers notre Mère l’Église, et le Saint-Père, comme nous l’avons écrit dans notre manifeste de l’an dernier.
La tradition n’est pas seulement un contenu à préserver, elle est aussi une forme à recevoir, et cette forme inclut la communion visible, la hiérarchie, la primauté comme principe d’unité
Extrait d’un article de Georges-Henri Ruyssen s.j., canoniste belge :
[…] Lorsque la Fraternité affirme que l’acte n’est pas pour sa propre survie, mais pour une nécessité « ecclésiale », l’affirmation, précisément parce qu’elle est élevée, expose le sujet à son jugement le plus sévère. La nécessité, au sens fort, exigerait que, dans l’Église, il soit devenu impossible de garantir la continuité sacramentelle et apostolique sans produire, de manière autonome, une ligne épiscopale propre. Une telle affirmation n’est pas tenable, car l’Église possède une succession apostolique universelle et il ne manque pas, en principe comme en fait, de la possibilité de transmettre la foi et les sacrements.
La tradition n’est pas seulement un contenu à préserver, elle est aussi une forme à recevoir, et cette forme inclut la communion visible, la hiérarchie, la primauté comme principe d’unité.
Il subsiste donc un besoin d’un autre type, à savoir la nécessité de garantir, de manière stable et homogène, une école formative et liturgique spécifique. Ce bien peut être grand, il peut aussi être méritoire, il peut être l’objet d’une préférence spirituelle légitime, mais il ne coïncide pas avec une nécessité qui autorise le principe formel de l’unité hiérarchique à être sapé. Ici, l’argument glisse du niveau de l’objectif au niveau du désiré, du niveau du nécessaire au niveau de l’opportun, puis s’élève de manière abusive, se vêtant d’une sacralité qui ne lui appartient pas.
L’objection la plus insidieuse surgit alors : la nécessité, dit-on, n’est pas arbitraire, car elle est guidée par la fidélité à la Tradition vivante et pérenne de l’Église. L’objection frappe l’imaginaire, elle n’affecte pas la logique. La tradition n’est pas seulement un contenu à préserver, elle est aussi une forme à recevoir, et cette forme inclut la communion visible, la hiérarchie, la primauté comme principe d’unité.
Si l’on maintient qu’au nom de la grave crise que traverse l’Église – et vise-t-on alors seulement la période après le Concile Vatican II ? –, la « situation de nécessité » légitime l’acte d’ordination des évêques sans mandat, la Tradition est séparée de l’Église concrète où vit la Tradition et où la fidélité se transforme en un critère auto-attribué. Le résultat est un paradoxe : elle est proclamée servir ce qui est perpétuel et un principe est introduit qui, s’il est généralisé, ferait de l’Église une constellation de « fidélités » concurrentes, chacune légitimée par sa propre perception de la crise. C’est une logique qui ne défend pas la Tradition, elle la privatise. […]
La Vie Chrétienne Victorieuse – La Parole de Dieu : les Écritures
Dans un article précédent, nous avons présenté la « sanctification » comme le premier pilier d’une vie chrétienne victorieuse : « Sanctifie-les par ta vérité.»
A présent, nous abordons le deuxième pilier : la Parole de Dieu. « Ta parole est la vérité », vivante et efficace , elle est « plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants.» (Hébreux 4:12) Elle éclaire, dirige et offre au croyant le précieux privilège d’entrer dans les pensées de Dieu.
Le roi David, animé par l’Esprit, s’exclama : « A toujours, Ô Éternel ! Ta Parole est établie dans les cieux. » L’apôtre Pierre confirma dans sa première épître : « La Parole du Seigneur demeure éternellement. » Ces expressions d’admiration disaient que la Parole de Dieu n’est pas passagère ni dépendante des circonstances humaines ; elle a une validité permanente parce qu’elle repose dans la fidélité même de Dieu. Dans le langage biblique cette phrase : “ établie à toujours dans les cieux ” souligne que la Parole de Dieu est au-dessus du changement, des modes et des oppositions terrestres ; elle demeure ferme, sûre et vraie, même quand tout ici-bas passe.
Pour la vie de foi cela signifie, que nous pouvons nous appuyer sur les promesses de Dieu sans crainte, que la révélation de Dieu garde son autorité aujourd’hui et que ce que « Dieu a dit » ne sera jamais annulé ni dépassé.
En effet, l’Écriture tout entière est autre selon qu’on la regarde avec les yeux de la sagesse humaine ou avec ceux de la foi. Car elle est surnaturelle dans son origine, éternelle dans sa durée, inestimable dans sa valeur et divine dans son inspiration. l’Écriture (La Bible) fait deux choses inséparables : elle révèle qui est Dieu et, en même temps, qui est l’homme à la lumière de Dieu. C’est même l’un des axes fondamentaux de toute la révélation biblique :
« Au commencement, Dieu… », la Bible, en Genèse, commence par Dieu et non par l’homme ; en sens inverse la confusion règne. Si quelqu’un doute la Bible à la main, toute autre preuve ne suffira pas. Tandis que la foi trouve toujours le moyen de comprendre Dieu.
La Bible n’est pas d’abord un livre sur l’homme, mais un livre sur Dieu. Elle nous révèle qui Il est : Saint, Juste, Amour, Créateur et Sauveur. Et cette révélation atteint son sommet en la personne de Jésus-Christ.
« Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14:9)
Les Écritures ne tirent pas leur source de la pensée humaine, mais sur une origine divine. Comme le rappelle l’apôtre Paul : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l’avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; il a été enseveli, et il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures… » (1Corinthiens 15:3-4)
Ainsi, notre foi ne s’appuie pas sur des sentiments changeants, des idées humaines ou des croyances singulières; elle repose sur des faits révélés « Selon les Écritures ». C’est la signature divine, notre foi repose sur une Parole sûre.
Par les mêmes Écritures, Dieu met aussi en lumière la vraie condition humaine quant à sa dignité, créé à l’image de Dieu et capable de relation avec Lui. Cependant, elles mettent en exergue l’incapacité de l’homme à se sauver lui-même : ni morale, ni religion ne suffisent. L’homme a besoin d’un Sauveur.
« Tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu » (Romains 3:23)
Ainsi, la Bible place l’homme devant Dieu… et Dieu devant l’homme. Elle dévoile à la fois la grandeur divine et la misère humaine. Et c’est précisément là que se trouve la Bonne Nouvelle : ce que l’homme ne peut pas faire, Dieu l’a accompli en Jésus-Christ.
Lors de la tentation au désert, Satan attaque Jésus à trois reprises. Satan incitait Jésus à agir par lui-même, indépendamment de Son Père. Mais il vainquit Satan par un moyen à la portée du plus humble de ses disciples : l’emploi opportun de la Parole de Dieu. Contrairement à Adam et Eve qui laissèrent Satan insinuer le doute à l’égard du Dieu de la Parole : « Dieu a-t’il réellement dit ? » Malheureusement, ces derniers cédèrent à l’artifice religieux qui revêt le mensonge d’une plus belle robe que la vérité, et ainsi rend acceptable ce qui est faux et contestable ce qui est vrai.
Devant Satan au désert, Jésus ne discute pas, ne raisonne pas, ne se défend pas par sa propre autorité visible ; il répond simplement, mais fermement par « Il est écrit ». Jésus s’appuie entièrement sur la Parole de Dieu, campe exclusivement sur le terrain des Écritures. Il ne dit pas « je pense » ou « je ressens » ou encore « à mon avis », mais par une interprétation juste et équilibrée « Dieu a dit ! » La Parole de Dieu vaut mieux que tous nos raisonnements et tous nos sentiments.
Le conflit de Jésus avec les pharisiens sur les Écritures portait surtout sur leur autorité, leur interprétation et leur application. Jésus les tenait pour pleinement vraies et contraignantes, mais il dénonçait une lecture qui ajoutait des traditions humaines, déplaçait l’essentiel et laissait de côté le cœur de Dieu. Jésus se présente comme le vrai interprète des Écritures, celui qui en révèle le sens profond, parce qu’il est Lui-même le centre du témoignage biblique et, conséquemment, du témoignage chrétien. Oui, la Bible entière converge vers la personne de Jésus-Christ. Lui-même l’a affirmé en l’Évangile selon Luc 24:27 : « commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concerne ». Toutes les Écritures rendent témoignage à sa personne et à son œuvre.
Dans la parabole des vignerons, Jésus dit aux principaux sacrificateurs : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures… » (Matthieu 21:42). Aux sadducéens concernant la résurrection, il leur dit : «N’avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit… » (Matthieu 22:31)
« N’avez-vous jamais lu ? » une question qui sonde le cœur. A dix reprises dans les Évangiles le Seigneur pose cette question troublante du type : « N’avez-vous jamais lu ? » Il ne s’adresse pas à des ignorants, mais à des hommes qui connaissent les Écritures, parfois même très bien. Pourtant, quelque chose manque. Ils lisent… mais ils ne voient pas. Ils entendent… mais ils ne comprennent pas. Dans chaque cas, le fond du problème est le même ; l’endurcissement de leur cœur devenu insensible. Cet endurcissement n’est pas seulement celui des pharisiens, mais un danger pour tout homme qui résiste à la lumière que Dieu lui donne. Ne pas croire à la vérité est naturel et raisonner contre elle n’est pas difficile mais la Parole de Dieu demeure aussi claire et certaine que toujours.
Cet avertissement universel révèle une vérité solennelle : nous pouvons être familiers avec la Parole de Dieu sans être réellement transformés par elle. Lorsque le Seigneur interroge les pharisiens, il rappelle que l’Écriture n’est pas un texte mort et qu’elle a été donnée, non pour argumenter, mais pour former nos pensées. Or, le danger est de connaître les textes, comprendre les doctrines et pourtant rester insensible, voire indifférent.
Car la véritable lecture de la Parole révèle Dieu, dévoile l’homme et conduit à Christ. Elle ne dit pas ce que nous aimerions savoir, mais ce que nous devons savoir. Elle ne vise pas à satisfaire notre soif de savoir, mais notre besoin de vérité.
Puisse ce texte de méditation et d’enseignement nous éclairer, nous corriger, nous motiver.
« Parle, ( Éternel ) car ton serviteur écoute ». (1 Samuel 3:10)
« Ta Parole est la Vérité ». (Jean 17:17)
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Il ne s’agit pas d’une question d’intentions, mais de clarté doctrinale élémentaire et de stabilité à long terme
Mgr Schneider a publié un Appel fraternel au pape Léon XIV pour construire un pont avec la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, le 24 février. Le père Cyrille, de l’abbaye du Barroux, a tenu à lui répondre et à revenir méthodiquement sur certains arguments avancés, qui lui semblent problématiques. Extrait de l’article publié dans La Nef :
[…] L’exemple de saint Athanase, souvent invoqué, doit, de ce point de vue, être manié avec prudence : patriarche d’Alexandrie, il a affronté une pression impériale et ecclésiale considérable dans une crise doctrinale complexe, où bien des positions furent adoptées sous contrainte et par manque de clarté dans le vocabulaire utilisé. Le concile de Nicée, si justement vénéré, n’échappe pas à certaines critiques quant à des incompréhensions de vocabulaire qu’il a fallu lever. Ce fut tout le mérite de saint Basile de parvenir à clarifier le sens des mots. Le Credo que nous chantons à la messe est la formule du concile de Constantinople (381) : il ne se contente pas de compléter le symbole de Nicée, il le perfectionne sur plusieurs points.
Peut-être importe-t-il de rappeler aussi que le pape Libère, après une résistance courageuse et l’épreuve de l’exil, a signé, sous forte pression du pouvoir impérial, une formule théologiquement imparfaite mais non explicitement hérétique (357), tandis qu’Athanase entendait demeurer fidèle à Nicée. La parfaite orthodoxie du pape Libère a été étudiée de très près en 1870. Si un pape avait pu ainsi errer officiellement dans la foi cela remettait en cause la doctrine de l’infaillibilité pontificale.
L’idée qu’Athanase aurait désobéi à un ordre explicite de Libère lui imposant une communion hiérarchique avec une majorité alors arienne ou semi-arienne paraît anachronique, dans le contexte de l’époque. Les relations d’usage au IVe siècle entre Rome et un patriarcat majeur s’y prêtaient mal. De même, l’affirmation d’une excommunication pontificale formelle d’Athanase par le pape n’est pas conforme aux faits. Les condamnations contre Athanase sont venues des synodes orientaux sous influence impériale. L’attitude du pape fut certes trop hésitante dans son soutien d’Athanase – ce qu’on appelle la faute de Libère – elle ne se traduisit pas par une excommunication. Le cas illustre plutôt une crise de gouvernement qu’une rupture doctrinale. Il semble donc peu juste de prétendre qu’Athanase ait résisté « contre Rome », sauf le respect dû à l’auteur.
D’ailleurs, même si par hypothèse, l’on admettait une désobéissance directe, l’exemple d’Athanase ne saurait être généralisé pour légitimer toute désobéissance grave : chaque crise a sa singularité. Le recours au passé invite plus à la prudence dans les jugements qu’il ne fournit des armes pour justifier telle ou telle position actuelle. L’anachronisme est un réel danger en histoire.
Au cours du premier millénaire de l’histoire de l’Église, les consécrations épiscopales se faisaient généralement sans autorisation papale formelle, et les candidats n’étaient pas tenus d’obtenir l’approbation du pape. Le premier règlement canonique sur les consécrations épiscopales, édicté par un concile œcuménique, fut celui de Nicée en 325, qui exigeait qu’un nouvel évêque soit consacré avec le consentement de la majorité des évêques de la province. Peu avant sa mort, durant une période de confusion doctrinale, saint Athanase choisit et consacra personnellement son successeur, saint Pierre d’Alexandrie, afin de s’assurer qu’aucun candidat inapte ou faible n’accède à l’épiscopat. De même, en 1977, le Serviteur de Dieu, le cardinal Josyf Slipyj, consacra secrètement trois évêques à Rome sans l’approbation du pape Paul VI, pleinement conscient que ce dernier ne le permettrait pas en raison de l’Ostpolitik alors en vigueur au Vatican. Lorsque Rome eut connaissance de ces consécrations secrètes, la peine d’excommunication ne fut cependant pas appliquée.
Mgr Schneider a parfaitement raison. Nicée est le premier texte conciliaire œcuménique normatif sur la consécration des évêques et il exige la consécration par les évêques de la province, avec le rôle déterminant du métropolitain. Il n’y est pas question de l’évêque de Rome. La raison est indiquée à Nicée quand on précise que le recours au métropolitain pourra être suppléé s’il est trop éloigné. Il eût été impossible, dans les conditions de communication de l’époque, que l’évêque de Rome donne une mission canonique aux évêques éloignés de lui. L’Église s’était donc structurée concrètement d’une manière différente d’aujourd’hui.
Mais, même si l’évêque de Rome n’intervenait pas, il n’en demeurait pas moins la source de qui émanait l’unité de l’épiscopat – « Ubi Petrus, ibi Ecclesia », disait saint Ambroise – dans la mesure où les nominations d’évêques et leur institution canonique se faisaient avec son accord tacite.
Même à l’époque, le pape se réservait d’ailleurs, comme le rappelleront les canons du concile de Sardique (343) le droit ultime de juger les appels contre les évêques, de casser une déposition d’évêque ou de destituer un évêque défaillant. Ces clauses prouvent que même si le pape ne nommait pas directement les évêques, il restait la tête de l’épiscopat et seul juge en la matière. L’absence d’opposition romaine équivalait donc à une autorisation indirecte, fondée non sur un mandat formel, mais sur l’intégration effective de l’évêque dans la communion de l’Église universelle. L’autorité pontificale s’exerçait ainsi principalement a posteriori, comme instance de recours et de régulation, et non a priori comme pouvoir décisionnaire centralisé.
La pratique moderne de l’autorisation papale préalable, à partir de la Réforme grégorienne[2], constitue dès lors un développement disciplinaire ultérieur homogène, compatible avec la tradition, même s’il change la pratique du premier millénaire.
Il semble aussi que vivant dans un contexte de confusion doctrinale extrême, Athanase a pesé de tout son poids pour s’assurer une succession correcte – celle de son frère Pierre. Mais l’a-t-il vraiment consacré comme évêque ? Les sources indiquent, semble-t-il, que celui-ci fut consacré selon les usages de l’époque, après la mort d’Athanase. Rien en cela d’irrégulier. […]
L’histoire récente montre combien le risque est grand, même avec les meilleures intentions du monde, de glisser d’une critique légitime vers une logique d’isolement, puis de rupture, au nom d’un bien que l’on croit devoir sauver seul. Trop souvent nous oublions tous ceux qui œuvrent avec nous pour le salut des âmes. Simplement parce qu’ils se trouvent en dehors de nos petits univers familiers. Nous nous replions entre personnes de même horizon et jugeons les autres de haut. Cet état d’esprit peut conduire au pire, ne l’oublions pas !
Relire les textes des heures douloureuses de 1988, les confronter aux prises de position actuelles et en tirer des enseignements n’a d’autre but que d’aider au discernement, en particulier pour les fidèles troublés qui cherchent des repères sûrs. Puissent ces débats, parfois vifs mais nécessaires, ne jamais perdre de vue la prière du Christ « afin que tous soient un », ni se détacher du cadre humble et patient dans lequel l’Église, assistée par l’Esprit Saint, traverse les crises de son histoire. […]
A propos du Boom catéchuménal
L’Eglise de France est à juste titre interpellée par le “boom” catéchuménal que nous observons depuis quelques années avec cette forte demande de baptême par les jeunes adultes. Les catholiques ne peuvent que se réjouir tout en regardant lucidement cette dynamique. En fait, il y a une dimension que l’on oublie un peu trop. Bon nombre de jeunes adultes souhaitent davantage s’intégrer dans la société française à travers justement cette dimension chrétienne donc sociologique et ancestrale qui marque l’appartenance à cette France chrétienne. La forte progression de l’islam en France s’accompagne d’un retour à l’Eglise de ceux qui déplorent le progrès de cette religion à bien des égards “étrangère” à notre culture et à notre pays. Ce retour vers la religion traditionnelle qui a été celle de la France, a ainsi une composante forte de “réaction” sociologique. Ce n’est pas faire un discours réactionnaire que de constater que le progrès de l’Islam est une préoccupation majeure de beaucoup de Français. Aujourd’hui face à cette grande transformation, quoi de plus “logique” pour nos jeunes que de se faire baptiser ? Mgr Benoit Betrand reconnait lui-meme sur le site du diocese de Paris qu’on peut expliquer ce boom aussi par “un réflexe d’identité devant le monde musulman”
Cela bien sûr n’entache pas la démarche sincère de conversion intérieure des personnes qui demandent le baptême. Reste que statistiquement un nombre significatif de nouveaux baptisés ne persévèrent pas et ne reviennent plus à la messe. Manque de “service après vente” ou défaut d’accueil chaleureux dans nos paroisses ? Ou bien phénomène plus profond ?
En fait, nous revenons à cette religion sociologique qui est le substrat de notre religion telle qu’elle se pratique en France depuis des lustres. Le grand défi missionnaire consiste justement à faire face à cette perte de pratique religieuse qui a été constante depuis plus de deux siècles . Pour schématiser, en France au 18e siècle presque tout le monde allait à la messe. Au 19 ème siècle, la pratique s’érodait dans les villes mais nos curés s’efforçaient surtout dans nos campagnes de maintenir la pratique dominicale et les sacrements. On peut dire que ce “savoir-faire” pastoral s’est bien affaibli au 20e siècle particulièrement dans la période post-conciliaire avec la chute vertigineuse de la pratique dominicale !
Combien de prêtres ou catéchistes aujourd’hui rappellent à leurs ouailles que l’assistance systématique à la messe dominicale est une pratique indispensable pour maintenir vivante sa Foi et son Espérance ? Combien de pratiquants “historiques” savent que selon le droit de l’Eglise, il faut se confesser au moins une fois l’an à Pâques ? Que négliger volontairement l’assistance à la messe du dimanche fait perdre l’état de grâce ? Etc…
Pour transformer l’essai, il faudrait revenir aux fondamentaux : un catéchisme consistant pour tous et pas uniquement pour les néophytes ! Le rappel des grands principes moraux (pas d’unions libres, pas de divorce, pas d’avortement, pas d’adultères y compris en pensée, pas d’impuretés, pas de vols, pas de faux témoignages, etc… ), de l’importance du mariage sacramentel et de l’indispensable charité envers tous…
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Solennité de sainte Jeanne d’Arc
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
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Ce dimanche 10 mai est la deuxième de mai et l’on solennise en France la fête de sainte Jeanne d’Arc qui n’appartient bien sûr qu’au Propre de France. Elle n’est en outre pas obligatoire. Les livres liturgiques de 1962 la donnent toutefois en France avec la messe Cantémus Dómino en ce 2e dimanche de mai. Il faut la chercher précisément au propre de France et tous les missels ne l’offrent pas, y compris beaucoup de paroissiens romains, dont les célèbres « 800 ».
Notre sainte nationale, patronne secondaire de la France eut une vie extraordinaire, unique dans l’histoire. Sa fête liturgique est le 30 mai puisque c’est le jour de l’an de grâce 1431 qu’elle fut brûlée sur le bûcher à Rouen.
Quelques explications d’ordre historique…
Il fallut attendre le début du XXe siècle pour que l’Église décrétât l’héroïcité des vertus de la Pucelle d’Orléans. C’était en 1904, quand saint Pie X invita solennellement la France à son culte et qu’il la béatifia en 1909. Et c’est son successeur, Benoît XV qui la canonisa en 1920. Mais les problèmes politiques intérieurs de la France à l’époque notamment avec l’Action Française contribuèrent à ce qu’elle ne fût point déclarée martyre mais seulement vierge.
De façon étonnante, c’est la Chambre des députés qui décréta à la même date, la fête de Jeanne d’Arc la fête du patriotisme, fixée au 2e dimanche de mai. La loi n’a jamais été abolie et le décret est toujours en vigueur, même si personne n’en tient plus compte.
La fête fut dotée d’une messe et d’un office propre. Il n’en existe, à notre connaissance, qu’un seul enregistrement, celui de la Schola Bellarmina.
Vous pouvez l’acheter sur le site Sacra Musica.
| Ant. ad Introitum. Exode 15, 1 et 2. | Introït |
| Cantémus Dómino : glorióse enim magnificátus est. Fortitúdo mea et laus mea Dóminus, et factus est mihi in salútem. Allelúia, allelúia. | Chantons au Seigneur : il se couvre de gloire. Ma force et ma louange, c’est le Seigneur ; il fut pour moi le salut. Alléluia, alléluia. |
| Ps. 97, 1. | |
| Cantáte Dómino cánticum novum, quia mirabília fecit. | Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles. |
| Allelúia, allelúia. V/. Judith 15, 11. Fecísti viríliter, et confortátum est cor tuum : manus Dómini confortávit te, et ídeo eris benedícta in æternum. | Alléluia, alléluia. V/. Tu as agi avec vaillance, ton cœur a été fort. La main du Seigneur t’a rendue forte, aussi seras-tu bénie à jamais. |
| Allelúia. V/. Ibid. 8, 29. Nunc ergo ora pro nobis, quóniam múlier sancta es, et timens Deum. Allelúia. | Alléluia. V/. Et maintenant prie pour nous, car tu es une femme sainte et craignant Dieu. Alléluia. |
| Ant. ad Offertorium. Judith 15, 10. | Offertoire |
| Benedixérunt eam omnes una voce, dicéntes : Tu glória Jerúsalem, tu lætítia Israel, tu honorificentia pópuli nostri. Allelúia. | Tous l’acclamaient, disant d’une même voix : Tu es la gloire de Jérusalem, tu es la joie d’Israël, tu es l’honneur de notre peuple. Alléluia. |
| Ant. ad Communionem. Ps. 22, 4. | Communion |
| Si ambulávero in medio umbræ mortis, non timebo mala, quóniam tu mecum es, Dómine Jesu. Allelúia. | Même si je marchais au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal, car tu es avec moi, Seigneur Jésus. Alléluia. |
Démons et rituels d’exorcismes dans l’univers de l’hindouisme
De Marion Duvauchel pour Le Salon beige :
A la question « faut-il croire au démon ? » les prêtres catholiques répondent le plus souvent qu’il faut surtout croire en Dieu (Père, Fils et Saint Esprit). Ce ne devrait être qu’un préalable, c’est
souvent une fin de non-recevoir. Quelques papes ont rappelé que Satan est « un être personnel » principalement occupé à détruire l’homme. La présence des exorcistes vient rappeler que l’affaire n’est pas à prendre à la légère, et que le démon attaque toujours, et de moins en moins dans l’ombre. L’anthropologie a ouvert un champ d’étude : la démonologie, champ d’étude délicat s’il en est, dont, Proust à l’appui, on a tenté de fonder la légitimité « scientifique » : « le mal seul fait apprendre et permet de décomposer les mécanismes que sans cela on ne connaîtrait pas ». C’est possible mais seulement dans une certaine lumière. Il est vrai que ramener la religion populaire à de la superstition engluée dans le folklore est insuffisant. Mais qui peut savoir si, en pénétrant dans les arcanes de pratiques qui sollicitent des puissances issues d’on ne sait quelles ténèbres, on n’espère pas voir se vérifier des connaissances occultes, pour lesquelles tous les Faust de la terre ont éprouvé une dangereuse fascination.
C’est l’univers des rituels, le monde de la religion à des fins pratique : monde inquiétant, celui de la magie (blanche et noire), de la sorcellerie, de la connaissance empirique, d’expériences ténébreuses. Les démons sont partout et les hommes en font un usage varié… Ils fournissent une explication à l’affliction, au malheur, aux calamités et à la maladie ; ils appartiennent à un univers cognitif commun du mal, de son étiologie et de sa thérapeutique. L’homme hindou (Inde et Tibet) se tient pour soumis à l’influence de toutes les forces ennemies de la nature visible et invisible : sorciers, maladies et la foule obscure des êtres malfaisants, souvent redoutables et intimement mêlées aux activités humaines quotidiennes. Sitôt apparues, elles s’évanouissent : la hantise qu’elles suscitent est proportionnelle au caractère soudain et sporadique de leur manifestation. Bien que situées au plus bas niveau de la structure hiérarchique du panthéon et considérées comme des puissances inférieures, ces créatures n’en sont pas moins redoutées car dotées d’une extraordinaire puissance de manifestation (et donc de nuisance). C’est ce foisonnement anarchique d’auxiliaires, cette société grouillante et mystérieuse, que l’on s’efforce d’apaiser, qui explique la multiplicité de sanctuaires en Asie.
Ces démons sont d’autant plus craints qu’ils vivent à proximité des hommes et qu’ils s’incarnent occasionnellement en eux. L’Hindou n’aime guère les évoquer. Qu’une de ces forces devienne visible et le malheur menace. Aucune ne saurait être tenue pour insignifiante ou considérée comme indifférente. Qu’elle revienne régulièrement et le malheur s’abattra. Instables, imprévisibles, d’humeur capricieuse, c’est apparemment de manière totalement arbitraire qu’interviennent ces forces. En réalité, bien que débarrassées de la pesanteur du corps, elles ont comme les hommes des besoins qui exigent d’être satisfaits, d’’où leur caractère lunatique et leur susceptibilité. Promptes à se sentir blessées ou insultées, elles se vengent en prenant possession de ceux qui les ignorent, les provoquent ou les agressent, fût-ce inconsciemment. N’’importe laquelle peut, à tout moment, connaître une montée en puissance, sanctionnant ici un manquement, là une transgression. Ne possédant ni durable identité ni caractères déterminés, ces puissances résistent, par définition, à toute appréhension. Leur insaisissabilité est d’autant plus redoutée que leur sphère d’intervention est vaste, comme est rapide leur puissance agissante.
Les yaksa sont des démons inférieurs, esprits des arbres ; les gandharvas des démons portés sur le sexe ; les nagas des divinités reptiliennes ; les rakshas, les yâtudhânas et les piçacas s’attaquent aux hommes, sont anthropophages, haïssent les sacrifices et les prières, écartent l’âme des défunts de l’offrande funéraire, prennent la forme de corps humains souvent monstrueux, mais le plus souvent, ils se laissent apercevoir sous forme de chiens, de vautours, de loups, de singes. Dans les textes, le dieu Agni chasse cette race de vampires et les dieux
punissent les sorciers qui les invoquent.
Les démons peuvent être aussi des « âmes » (preta), ou « fantômes » (pisaca), qui échappent à la figuration permanente comme à l’installation cultuelle. Ils diffèrent des « esprits » en ceci que ces derniers acquièrent, une fois terrassés et transformés en dévots (bhakta), la fonction martiale de gardiens, ce qui nécessite qu’on les matérialise et qu’on les immobilise dans des sanctuaires. Ainsi pacifiés, ils deviennent des démons divinisés qui s’intègrent à la société des dieux. Dans le bouddhisme, ils s’intègrent à la société bouddhiste : Jinas célestes,
boddhisattvas, ou tout simplement le Bouddha. C’est ce qu’on appelle les démons apprivoisés, ou domptés, ou subjugués.
« Les bhüta » (de la racine sanscrite bhü qui signifie « devenir ») sont une sorte d’esprits primitifs. Le plus craint de ces démons est Brahma-räksasa, noir cannibale hirsute, qui se déplace en portant des viscères et en buvant le sang dans les crânes ouverts. Il est réputé voler les vies de ceux qui s’égarent la nuit. Il ressemble étrangement à Mahakala. Le « butha » porte un nom (ou est porté par lui) qu’on ne connaît pas nécessairement, l’anonymat signifiant seulement que nul n’est encore parvenu à les nommer. La malfaisance du démon résidant dans son
nom, l’efficacité de son action est proportionnelle à la faculté qu’il a de le tenir caché : le rituel consiste alors à le contraindre à se dévoiler, c’est-à-dire à communiquer son nom car la dénomination doit être scellée par l’aveu du démon. Il a plus d’un tour dans son sac : il peut avancer un faux nom pour préserver son anonymat, donc sa puissance d’action. Mais même une fois connu, le nom du démon peut être tenu secret par les quelques privilégiés qui accèdent à la connaissance de leur monde redouté, les « détenteurs des formules » (mantragara)
notamment. C’est que la connaissance du monde des démons et des rituels de « libération » se monnaie.
Dans la vie courante, les démons apparaissent furtivement pour sanctionner ou, la plupart du temps, pour se venger. Mais pour les Hindous leur présence tangible est continûment attestée par les symptômes et les maladies qui troublent les individus ou, plus rarement, les calamités qui affectent les communautés. Évidemment, tous les maux ne sont pas attribués aux démons, on dispose aussi d’autres types d’explications plus « naturalistes » assortie d’une ethnomédecine locale en conformité avec la médecine hindoue. C’est en fonction d’un ensemble de symptômes que l’exorciste reconnaît le mode d’intervention des « bhuta » et qu’il interprète la nature du mal. Il formule un diagnostic en distinguant d’une part les maladies dont la cause est interne (mauvais équilibre du corps, régime diététique, déséquilibre thermique, etc..) et celles dont l’origine externe implique une intervention spirituelle.
Les ethnologues ont pu distinguer trois types d’intervention : superficielle, profonde ou la possession. Dans le premier cas, l’esprit est éjecté par des moyens ponctuels et violents, symétriques de son mode d’intervention. Apparu pour faire une demande, si elle est exaucée, il disparaît et l’affection disparaît avec. Le procédé vise à rejeter le démon au dehors de manière définitive, tâche d’autant plus redoutable ou délicate que l’attaque a été impromptue et qu’une fois son forfait accompli, le démon disparaît. Impossible donc de déterminer son identité et de connaître son nom. Dans ce type de rituel, on ne peut « lier » le démon dans la mesure où il garde son anonymat.
Dans le deuxième cas, le corps est soudainement atteint et le démon s’en va tout aussi soudainement mais après l’avoir lésé : idiotie, confusion mentale, épilepsie, paralysie, cécité, mais aussi délire ou syncope… Plus ou moins durablement. Le procédé consiste à tenter d’apprivoiser le démon, à établir avec lui une sorte de « relation de travail » à partir du constat qu’il est impossible de l’expulser rapidement. C’est une négociation, quelque chose comme un contrat. Les descriptions de cultes de possession dont disposent les ethnographes montrent que cette expulsion ne s’obtient qu’à la condition d’avoir d’abord pactisé avec le démon. La stratégie consiste alors à l’utiliser en vue de réaliser un équilibre nouveau qui transforme l’esprit possesseur en esprit protecteur. Mais même lorsque le démon consent à quitter le patient, ce n’est que rarement un abandon. Si au bout de douze ans il est encore là, c’est qu’il cherche à faire mourir celui qu’il possède. C’est la période dite « patta ». Nombre d’esprits ont une durée de vie de deux patta. Il faut donc que l’exorciste entre coûte que coûte en contact avec le démon en vue de le contrôler. On commence par lui faire des excuses : « Baba, qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi es-tu mécontent ? Nous ne t’avons jamais désobéi ! Pardonne-nous si nous l’avons fait » ; puis on le
menace verbalement : « Vas-tu enfin t’en aller, oui ou non ? sinon je te frappe ! Va-t’en ! Va-t’en !» ; et on attend qu’il daigne faire connaître ses conditions : offrandes alimentaires carnées la plupart du temps. On espère surtout que de guerre lasse et satisfait le démon réponde : « Ne me bats pas, je m’en vais ! Mais désormais donne-moi à manger ».
Dans le troisième cas, celui de la possession, le démon se loge dans la personne et l’habite en permanence. Entré par effraction dans le corps, il y reste et se manifeste chroniquement lors de crises où il torture la victime en formulant ses volontés. On considère que l’intervention malfaisante résulte d’erreurs de la victime, avec la connotation de faute. La cause est le plus souvent recherchée du côté de la transgression des règles ou de l’offense envers une déité – qui peut être celle du clan, à laquelle s’agrègent les ancêtres. D’où les prières aux défunts qui visent essentiellement à les éloigner pour les empêcher de nuire. Avec le bouddhisme ésotérique, réservé aux initiés, on sort de l’univers proprement superstitieux pour entrer dans celui des sombres arcanes d’une connaissance ambigüe et des voies souterraines pour atteindre des pouvoirs supranormaux. Les rituels secrets organisent la relation à un démon haut placé dans la hiérarchie. C’est à cela que sert le « mandala », (ces dessins géométriques souvent fort complexes). Ces images ne sont pas seulement destinées à soutenir la méditation de l’adepte mais à déterminer la divinité de tutelle mobilisée et ce, à partir de signes distinctifs repérables sur le schéma et sur la place occupée par la divinité dans le mandala.
Lorsqu’au VIIIe siècle environ, le bouddhisme parvient au Tibet, il arrive dans des sociétés imprégnées de pensée magico-religieuse et de rituels magiques : là aussi on croit à l’efficacité d’une intervention des génies, des mauvais esprits, des dieux ou des bouddhas pour le bonheur et le malheur de ceux qui vivent sur la terre. Dans le Tibet ancien, dieux et démons, » lha et ‘dre », sont souvent associés. Leur ambiguïté foncière tient largement au fait qu’ils sont toujours prêts à revenir à leur ancien état incontrôlé et à se muer en divinités malignes. Autrement dit, ces démons » tenus en laisse » ou à distance, (démons apprivoisés), constituent toujours un danger, au moins potentiel.
Le détour par la démonologie hindouiste ou hindoue peut apporter un éclairage inédit sur des réalités ténébreuses. Ces pratiques de magie voire de sorcellerie ne sont pas dénuées d’une forme de rationalité. Les démons eux-mêmes ne peuvent pas ne pas obéir aux exigences de la raison. On peut faire l’hypothèse qu’en acculant ces esprits à la lumière de la raison (ne serait-ce qu’en obtenant leur carte d’identité) ils finissent par préférer s’en retourner dans les lieux ténébreux qui leur sont affectés. La lutte contre le démon en clé hindouiste n’a rien d’un combat spirituel à mener. Il ne s’agit pas de libérer un esprit, – une âme – d’une emprise douloureuse et aliénante mais d’exercer une activité lucrative, contrairement aux exorcistes de l’Eglise qui
exercent un ministère qui requiert sagesse prudentielle et le don de force. La figure visible dans la contingence du monde de cette emprise mauvaise est le « lien ». La volonté ligotée ou orientée de manière perverse, l’intelligence ficelée, l’incapacité à décider librement, souvent de grandes souffrances et des déchirements, voilà les points de visibilité dans la personne « liée ». Le Moyen âge posait des crucifix dans les chambres des enfants pour les protéger du démon. Ça a l’air superstitieux. Ça n’en a que l’air. Cela faisait partie des réflexes prophylactiques d’une civilisation qui avait une connaissance comparable dans ce domaine à celle du monde hindou, mais dans un autre paradigme et par conséquent dans une autre inspiration. L’histoire de la
démonologie occidentale reste à écrire mais ce qui est à élaborer d’urgence, c’est une angélologie. Car si Proust n’a pas tout à fait tort, c’est d’abord dans la lumière des anges que l’on peut voir, comme en abîme, l’œuvre du démon. A cet égard, saint Bonaventure reste un maître.
Il est écrit (Matthieu, 16 ;19) : « Je te donnerai les clés du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la Terre aura été lié au ciel et ce que tu délieras sur la Terre aura été délié au ciel ». Il nous faut rendre grâce pour ces prêtres aux fonctions particulières, – les exorcistes – et prier pour eux qui affrontent des puissances obscures. Leur mission est une mission de libération. Ils ne se contentent pas de « lier » les démons, ils délient les âmes et les volontés aliénées par l’ange prévaricateur et ses soldats de la nuit. La vraie nuit.
Menace sur les reliques de saint Remi
La basilique Saint-Remi à Reims abrite les reliques du saint évêque Remi.
Le 30 avril, la ville de Reims a annoncé la fermeture de la nef pour une durée indéterminée après l’apparition d’un glissement de toiture provoqué par la rupture des accroches soutenant une partie de la couverture. Les autorités craignent désormais des chutes d’éléments et une fragilisation plus large de l’édifice. En effets, les experts redoutent des conséquences sur la nef, les arcs-boutants ainsi que sur le cloître du musée Saint-Remi. Si le chœur et certaines chapelles demeurent accessibles au culte, l’inquiétude grandit autour des reliques de saint Remi conservées dans ce sanctuaire.
La conseillère municipale Anne-Sophie Frigout (RN) reproche au maire, en poste depuis 2014, d’avoir tardé à agir malgré les alertes techniques successives :
« Vous avez vu sur, deux mandats, les rapports techniques s’empiler sur votre bureau. Et nous découvrons aujourd’hui que la situation est telle qu’il faut fermer une partie de la basilique au public car le toit menace de s’effondrer. Elle est pourtant un trésor national. » « Pourquoi n’a-t-elle pas eu droit à une campagne médiatique d’ampleur alors que vous allez régulièrement sur des plateaux de TV parisiens ? Quand vous dites “j’ai interpellé l’État à plusieurs reprises ces dernières années”, depuis quand exactement ? Et avec quelle insistance ? Avec quel résultat ? »
« Qu’avez-vous fait en tant que propriétaire ? Car il faut le rappeler, la basilique Saint-Remi appartient à la ville de Reims, elle est notre propriété ». « Vous êtes le maître d’ouvrage, vous avez la responsabilité d’entretenir, de sécuriser, de prévenir. Quand un tel bâtiment culturel, religieux, historique est en danger depuis 20 ans, ce n’est pas l’État qui a failli en premier, mais bien le propriétaire. Vous essayez d’échapper à vos responsabilités en vous défaussant sur l’État. »
Chapelet des enfants
Comme le Seigneur l’a dit dans sa Parole (Ps 8), la prière des enfants est le plus grand rempart contre le mal. Elle a déjà arrêté de nombreuses guerres :
– à Pontmain, en 1871
– à Fatima, la première guerre mondiale, en 1917
– à l’Ile Bouchard, la guerre civile sur le point d’éclater, en 1947.
La prière des enfants, par leur pureté, est celle qui touche le plus le Cœur de Dieu.
Cette vidéo vous aidera à faire prier vos enfants pour obtenir la paix dans le monde.
https://www.chapeletperpetuelpourlemonde.org/chapelet-des-enfants-pour-la-paix/
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2 lesbiennes enferment un garçon de 12 ans dans une cave et le laissent mourir de faim
Ces deux Canadiennes ont été reconnues coupables de la mort d’un petit garçon qu’elles étaient en train d’adopter.
Son poids était descendu à 19 kg.
Les deux femmes se disaient à bout de nerfs, peinant à gérer deux garçons qu’elles prétendaient atteints de graves troubles du développement liés à des traumatismes survenus dans leur petite enfance.
Mais les procureurs ont mis en évidence que les garçons ont été enfermés dans leur chambre de 18h à midi, quasiment tous les jours, et n’étaient autorisés à en sortir qu’une seule fois au milieu de la nuit lorsqu’ils étaient réveillés pour aller aux toilettes. Une tâche qui nécessitait l’assistance d’au moins l’une des femmes car les enfants devaient porter des combinaisons de plongée fermées par des colliers de serrage. Dans leurs chambres, les enfants étaient contraints de faire de l’exercice alors que le couple les surveillait avec des caméras de surveillance.
Les deux femmes, condamnées pour meurtre, comparaîtront prochainement devant le tribunal pour leur audience de détermination de la peine.
Ces prêtres et fidèles qui souffrent
De Jean-Pierre Maugendre sur Renaissance catholique :
En 1966 Michel de Saint-Pierre, sous le titre Ces prêtres qui souffrent, livrait au grand public la synthèse bouleversante de milliers de témoignages de prêtres persécutés par leurs évêques car refusant le modernisme ambiant, les extravagances liturgiques, l’abandon du port de la soutane, etc.
Une histoire mouvementée
Les temps n’ont guère changé. Le port de la soutane est mieux toléré, même si Mgr de Kerimel, archevêque de Toulouse, interdisait en 2022 le port de ce vêtement à ses séminaristes. Les extravagances liturgiques sont moins fréquentes, nonobstant la messe célébrée en 2022 en mer à Crotone sur un matelas pneumatique par un prêtre italien.
Cependant il reste un motif d’exclusion ou du moins de marginalisation, d’une actualité brûlante : la célébration des sacrements selon les rituels traditionnels. Cette volonté de remplacer les rites sacramentels antiques par ceux issus de la réforme liturgique n’est pas nouvelle. Ainsi, le pape Paul VI déclarait le 24 mai 1976 , à l’occasion d’un consistoire : « Le nouvel ordo a été promulgué pour se substituer à l’ancien ». Au fil du temps et de la publication de différents textes (Quattuor abhinc annos, 3 octobre 1984, Ecclesia Dei adflicta, 2 juillet 1988, Summorum Pontificum, 7 juillet 2007) l’étau s’est desserré. Cependant, par le Motu proprio Traditionis custodes (16 juillet 2021) décrétant que les nouveaux rites liturgiques « sont la seule expression de la Lex Orandi du Rite romain » (Art 1), un nouveau tour d’écrou liturgique a été donné, censé mettre à mort par étouffement progressif l’usus antiquior. Si la Fraternité Saint Pierre a obtenu par un décret du 11 février 2022 l’autorisation d’administrer les sacrements selon les rituels en usage en 1962, cette autorisation ne vaut que pour les lieux de culte propres à la FSSP, les mises à disposition d’autres églises étant soumises à la volonté des ordinaires diocésains.
Un harcèlement ecclésiastique trop fréquent
Or, il faut bien observer que la pratique épiscopale s’avère particulièrement restrictive à l’endroit des prêtres diocésains attachés à la messe traditionnelle ou membres des communautés ex Ecclesia dei. Citons quelques faits : expulsion de la Fraternité Saint Pierre de ses apostolats de Grenoble, Dijon, Valence, Quimper. À cela il faut rajouter les pressions psychologiques exercées sur certains prêtres « tradis » jugés trop zélés afin qu’ils limitent leurs activités : célébration d’une seule messe le dimanche, numerus clausus pour le catéchisme, dans certains diocèses interdiction de célébrer les sacrements de confirmation et du baptême selon le rite traditionnel même dans les lieux de culte desservis par une communauté ex Ecclesia dei. On trouve également des mesures plus subtiles telles que l’autorisation du rite ancien du baptême pour les enfants mais pas pour les adultes, l’interdiction de célébrer des mariages selon le rite traditionnel en dehors des lieux affectés à la liturgie traditionnelle. Cela impacte aussi la FSSPX qui s’est vue imposer pour obtenir la délégation de pouvoir de l’évêque que le mariage prévu soit célébré dans un lieu de culte desservi par la Fraternité Saint Pie X. L’autorisation de célébrer la messe dominicale dans une église paroissiale n’est parfois donnée à une communauté ex Ecclesia dei uniquement que le dimanche ou refusée les 15 août, l’Ascension ou le 1er novembre et, bien sûr, le mercredi des cendres. Quant aux offices de la Semaine Sainte, les autorisations données à des prêtres diocésains de célébrer la messe traditionnelle dans une église sont assorties de l’obligation pour les fidèles de se fondre dans la « pastorale paroissiale » : catéchismes, sacrements, scoutisme.
Les organisateurs du pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté subissent des pressions permanentes afin qu’y soit autorisée la célébration de la messe selon le rite réformé.
L’interdiction par Mgr de Germay du pèlerinage Via lucis qui avait prévu de faire célébrer la messe selon le rite lyonnais, l’impossibilité de célébrer la messe traditionnelle dans les églises de Covadonga (Espagne) et Lujan (Argentine) à l’occasion des pèlerinages qui s’y achèvent, les palinodies interminables pour imposer, en vain, au pèlerinage Nosto Fe un bricolage liturgique innovant : messe traditionnelle avec lectures du Nouvel ordo, l’interdiction romaine, maintenue par Mgr Touvet, évêque de Fréjus-Toulon, d’ordonner six diacres des Missionnaires de la Miséricorde Divine, selon et pour la messe traditionnelle, les tracas pour exiger le biritualisme des prêtres « tradis » notamment à travers la concélébration du jeudi saint sans exigence réciproque que les prêtres célébrant selon le Novus ordo célèbrent également selon l’usus antiquior, les pressions couronnées de succès, pour que la congrégation des dominicaines du Saint-Esprit adopte la réforme liturgique, les difficultés de telle ou telle communauté religieuse ex Ecclesia Dei, prospère et riche en vocations, pour trouver un lieu de fondation agréé par l’ordinaire du lieu, complètent ce triste constat. À l’occasion de l’Université d’été de Renaissance catholique, Mgr Jordy, archevêque de Tours, interdisait la célébration de la messe traditionnelle dans l’église paroissiale d’Abilly. La messe dût être célébrée dans une salle paroissiale à la consternation du maire : « Vous êtes une religion de fous ! ». L’Appel à la démission de Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon et la suspension de Mgr Strickland, évêque de Tyler au Texas, ne relèvent-elles pas d’une trop grande complaisance envers les communautés traditionnelles?
Les fidèles ont droit aux sacrements
Les prêtres et fidèles attachés aux pédagogies traditionnelles de la foi font ainsi l’objet, très souvent, d’un véritable « harcèlement épiscopal ». Or, pour assurer leur salut, les fidèles ont droit à un enseignement doctrinal pleinement catholique sans ambiguïté ni complaisance avec les valeurs d’une société apostate, un enseignement qui transmette les vérités de la foi sur les fins dernières, la Royauté du Christ, la réalité sacrificielle de la messe, la morale conjugale, etc. Cet enseignement ne peut être vécu qu’avec l’aide de sacrements qui procèdent de la même doctrine et qui ne soient pas le simple rite flou d’un message doctrinal faible. Les rites trop souvent désacralisés et insipides, à la symbolique affaiblie et ambiguë, sont imprégnés d’anthropocentrisme et de préoccupations plus communautaristes que surnaturelles. Cet attachement aux rites traditionnels des sacrements est un droit strict et non négociable des fidèles, d’abord par piété filiale envers la tradition de l’Eglise et ensuite, en raison du doute légitime qui pèse sur la stricte orthodoxie et la fécondité apostolique de ces rites réformés. Au-delà de l’éther des principes, il est un fait que les communautés ex Ecclesia Dei subissent et souffrent d’une grande précarité institutionnelle. La promesse romaine explicite d’un « accueil large et généreux » des fidèles attachés aux formes liturgiques traditionnelles n’a pas été plus tenue que celle, implicite, d’accorder à ces communautés un évêque, ce que prévoyait l’accord du 5 mai 1988 entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger.
La lassitude bien compréhensible, face à un harcèlement épiscopal aussi sournois que constant, peut conduire certains clercs à des « accommodements raisonnables » ou à un silence assourdissant sur certains textes ou actes romains à l’orthodoxie douteuse. A cet égard, est-il bien élégant que certains aient cru devoir multiplier les mises en garde contre les sacres épiscopaux, même sans mandat pontifical, prévus par la FSSPX alors qu’on ne les avait guère entendus commenter, avec la même verve et assurance, les bénédictions de couples homosexuels permises par Fiducia supplicans ou l’accès à la communion des divorcés remariés autorisé par Amoris laetitia, sans omettre de commenter le scandale que constitue la réception avec tapis rouge et bénédiction, par Léon XIV, de madame Mullaly, archevêque anglicane de Cantorbery, en compagnie de son époux, et en réalité pas plus prêtre qu’archevêque ? Y aurait-il des vérités, ou supposées telles, agréables aux oreilles des puissants et donc dicibles et d’autres moins agréables à entendre et donc indicibles ? Une similitude de comportements entre les « chiens battus » et les « chiens muets » ?
Dans son autobiographie, Christus Vincit, Le triomphe du Christ sur les ténèbres de notre temps, Mgr Athanasius Schneider, qualifie le Concile Vatican II d’« énorme spectacle de triomphalisme clérical ». Les temps n’ont guère changé. En ces temps d’apostasie généralisée où témoigner de sa foi, en vivre et la transmettre exige un héroïsme de chaque instant, les fidèles et les prêtres qui ne demandent qu’à vivre en paix selon les rites et les pédagogies qui ont sanctifié leurs anciens, ont soif de trouver dans leurs évêques des pères et des pasteurs ayant le souci du bien des âmes et non des idéologues sectaires. Ceux auxquels pensait déjà, peut-être, Jacques Maritain, pourtant un des grands inspirateurs du Saint Concile :
« Sans compter les esprits mous au cœur sec, le monde n’est presque fait que d’esprits durs au cœur sec et de cœurs doux à l’esprit mou. »
Jean-Pierre Maugendre
Armand Pinarbasi, le petit prince de la Rose d’Arménie
De notre envoyé spécial Antoine Bordier, auteur de la quadrilogie Arthur, le petit prince
Antoine de Saint-Exupéry en aurait certainement rêvé : déambuler au milieu de millions de roses aux noms les plus emblématiques. Il l’a écrit dans son chef d’œuvre Le Petit Prince, mondialement connu, publié en 1943. Et, il a fait de la rose sa reine. 83 ans plus tard, Armand Pinarbasi, en entrepreneur aguerri et averti qu’il est, a repris le flambeau. Après un an et demi d’études, d’investissements et de travaux, il est devenu l’heureux patron d’une serre aux technologies les plus époustouflantes, dont le premier visiteur n’était autre que le Premier ministre, Nikol Pashinian. Reportage à 1847 m d’altitude.
De la place emblématique de la République, à Erevan, la capitale qui concentre un tiers de la population avec son million d’habitants, jusqu’à Charentsavan et Fantan, dans la région de Kotayk, en direction du lac Sevan, dans le nord-ouest, où se trouve cette nouvelle serre de verre et de toile posée sur une terre encore vierge, il faut compter près de 40 minutes en voiture.
Tout le monde connaît Fanfan la Tulipe, le célèbre film de cape et d’épée, réalisé par Christian-Jaque dans les années 50, où la star de l’époque, Gérard Philippe, joue ce soldat chevaleresque qui sauve la vie de Madame de Pompadour, l’une des maîtresses de Louis XV. Pour le remercier, la Pompadour lui offre une… tulipe. Imaginez, si cela avait été une rose !
Pour l’heure, il vous faut gravir les 1000 mètres de dénivelé en plus et les 33 kms qui vous séparent de cette nouvelle marque qui fait, déjà, date : ARMENIA ROSE.
Les paysages sont époustouflants, montagneux, faits de roches grises et de prairies vertes. Le printemps, avec sa timidité caucasienne, couvre la nudité des arbres dont les bourgeons jaillissent à peine de fleurs printanières à la coloration teintée de rose. Les montagnes sont si belles, si amoureuses, que l’on a envie de les manger. Elles se dressent fièrement en formant les limites de la chaîne du petit Caucase aux sommets encore enneigés. Neiges presqu’éternelles… Vous apercevez Ajdahak, un volcan habillé de blanc qui culmine à 3597 m ; et, plein nord-est, dans la direction du lac Sevan, véritable mer intérieure suspendue à 1900 m d’altitude, les montagnes d’Arjanots vous regardent. Leurs sommets se rejoignent pour former une couronne parée de petites croix dont les extrémités d’une blancheur éclatante jouent à cache-cache avec les nuages.
Oui, l’Arménie aime les roses et les croix… les célèbres khatchkars, depuis qu’elle est devenue chrétienne en 301. Et le Premier ministre, Nikol Pashinian aussi !

L’homme a changé de vie
Oui, l’homme a changé. Il est là, dans son bureau, au téléphone qui n’arrête pas de sonner et de perturber notre reportage. Nous l’avions connu il y a trois ans, en complet-veston, barbu d’une barbe de cinq jours, les cheveux un peu plus long et presqu’en bataille, un peu moutonnés comme ceux du Petit Prince, mais châtains foncés avec quelques rares reflets vénitiens ; sa cravate, déjà, était rose.
Cette fois-ci, il est en tenue décontractée – sauf quand il accompagne le Premier ministre où cette fois-ci il préfère pour sa cravate, le bleu de la planète – rasé, les cheveux courts, l’allure presque sportive.
Il est là avec sa première équipe, ses collaborateurs, sa directrice, Anahit, et sa manager qui s’occupe des opérations transverses de la start-up de la rose, ses ingénieurs agronome et technique qui sont de l’autre côté dans un bureau situé près de la chambre froide, sa soixantaine de salariés, plus loin, en majorité des femmes, entourées de roses qu’elles trient et assemblent – les premières qu’elles viennent de cueillir.
Armand Pinarbasi vient, enfin, de terminer son coup de fil, il se lève, salue et se transforme en guide. Sa poignée de mains est chaleureuse. Il nous fait découvrir sa nouvelle planète. Le nom de sa société, rappelons-le : Armenia Rose !
« Oui, j’ai changé de vie », répond-il, alors qu’il est en train de revêtir une blouse blanche technique extrêmement légère pour éviter de déposer à l’intérieur de sa serre 3.0 des traces de parasites, de pollens, qui risqueraient d’abîmer ses roses. « Ici, vous êtes dans une nurserie. Je ne suis plus dans les nouvelles technologies et le conseil, comme vous pouvez le voir, je suis dans la rose. Mes bébés ne sont plus des start-ups de la tech, ce sont des bébés roses ! »
L’homme manie l’humour et les mots avec brio. Pourtant sa serre est, aussi, une start-up de la tech, puisqu’elle utilise les dernières technologies en la matière.
Oui, l’homme a changé… Il est à la tête d’une autre planète toute blanche et toute rose… Il ne porte pas le livre d’Antoine de Saint-Exupéry sous le bras, et ses dessins, ses pastels ne sont pas affichés sur les murs épurés de sa factory, mais il connaît le passage où l’auteur évoque la rose. D’ailleurs, c’est uniquement ce qui manque dans cette serre aussi grande que 7 terrains de football : le chapitre 8 « La Rose ».
Avant la rose, le conseil et les nouvelles technologies de l’information
Avant, il y a trois ans, il parlait de la croissance de ce groupe dans les NTIC qu’il avait rejoint : « Notre croissance est impressionnante. Avant que j’intègre le groupe comme CEO, j’étais l’un de leurs conseillers. Je travaillais chez Grand-Thorton. J’avais, déjà, une très bonne idée de ce groupe en pleine croissance. Mais là, de l’intérieur, je m’étonne tous les jours. »
Les yeux grands-ouverts, il donnait quelques chiffres, mais pas trop : « Nous avons une cinquantaine de filiales, une trentaine de marques et nous réalisons un chiffre d’affaires qui a dépassé le milliard d’euros. » Quant aux salariés, ils étaient plus de 6 000…
Cet ancien du monde de l’audit et du conseil vivait, avant de s’installer avec toute sa famille en Arménie, en Région PACA, à Nice. Il était le directeur régional associé de Grant-Thornton Provence-Alpes-Côtes d’Azur en France. « Je suis expert-comptable et commissaire aux comptes, de formation et de métier », explique-t-il. « J’ai dirigé Grant-Thornton Arménie entre 1998 et 2010 ». Pendant 12 ans, il développe les activités de ce cabinet international. Puis, entre 2010 et 2014, direction Londres, où, toujours pour le même cabinet, il dirige en tant que directeur exécutif tout le réseau.
En 2022, il fait le grand bond en avant avec toute sa famille et s’installe définitivement sur sa nouvelle planète, en Arménie.
Une étude de marché et un investissement conséquent
Alors qu’il dirige l’un des groupes d’IT les plus importants d’Arménie, il saute le Rubicon et devient entrepreneur dans la fleur, et pas n’importe laquelle : la rose.
Il est comme un coq dans son poulailler, comme un poisson dans l’eau, comme un jardinier dans sa roseraie. Il connaît tout par cœur : « La rose est devenue ma nouvelle passion, explique-t-il. Mais, c’est avant-tout un projet entrepreneurial qui vise à répondre dans les deux à trois prochaines années, quand nous aurons atteint notre rythme de croisière de produire entre 3 et 5 millions de roses par an, au fort besoin du marché russe. »
La Russie ? Eh, oui, c’est la bonne idée, c’est le bon pays, car c’est le voisin d’à-côté. Le voisin aux 129 millions de consommateurs qui ont dépensé plus de 3 milliards d’euros dans l’achat de fleurs coupées en 2025. Le potentiel est, donc, énorme, car cela fait un ou deux bouquets par an ! Et la rose dans tout ça ? Elle représente près de la moitié des achats !
En juin 2024, pendant 6 mois la petite équipe qui entoure Armand Pinarbasi a travaillé dans les moindres détails pour réaliser des études de marché sur-mesure. Puis, les investissements sont arrivés. « L’Etat arménien a été dès le départ intéressé par notre projet. Il est même devenu l’un de nos premiers partenaires, parce qu’il intervient dans le financement du projet, et il subventionne une partie de nos infrastructures. » Les travaux ont commencé en décembre 2024. Le budget d’investissement se chiffre à une dizaine de millions d’euros. Puis, la serre est sortie de terre.

Une serre « hollandaise »
« Nous sommes allés rencontrer la société numéro 1 au plan mondial, dans le secteur des serres florales. Il s’agit de Debet Schalke. » Armand a eu le nez fin, car Debet Schalke est le partenaire par excellence aux technologies les plus innovantes en matière de serre.
« Ici, tout est en verre, avec le double rideau qui protège nos plants des uv du soleil. En plus, outre la technologie de premier plan où tout est pratiquement automatisé, ce qui est très important dans notre secteur d’activité, c’est l’altitude. C’est pour cela que parmi nos concurrents les plus crédibles, nous avons le Pérou. »
Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, lui, n’est pas Hollandais, ni Arménien. Il est Français, et il n’avait qu’une seule fleur, qu’une seule rose. Armand pourrait en cultiver jusqu’à 6 millions, en année pleine. Mais son premier objectif n’est pas la quantité, c’est la « qualité ».
Une serre « high tech »
Le Petit Prince serait « fou » de voir cette serre autonome, qui produit son propre micro-climat, gère son eau douce au goutte-à-goutte, sa luminosité, sa température et son air humide, tout en luttant contre les prédateurs sans utiliser d’insecticides chimiques. Une serre 100% biologique, clef en main, dont la superficie dépasse légèrement les 4 ha. Les plants hors-sols s’étendent sur des centaines de mètres. Déjà, pour voir les premiers plants s’élancer sur une hauteur de près d’1 mètre, et se tenir debout en offrant une multitude de boutons, il faut de l’art, de l’excellence, du savoir-faire, que seules des mains de femmes peuvent fournir. La technologie ne suffit pas. L’humain reste essentiel !
Nous faisons un dernier tour dans cette serre-cathédrale, dont la hauteur dépasse les 6 mètres. Il manque juste les vitraux. Le verre trempé et la double-paroi en plastique assurent une couverture lumineuse des plus optimales. La serre est conçue, également, pour assurer un confort climatique et thermique. Les plants sont cultivés dans des petites poches remplies de terreau à base de fibres de coco. Pour enrichir et faciliter la photosynthèse du dioxyde de carbone est injecté. Enfin, un back-office et un système de recyclage d’eau douce à l’extérieur de la serre lui permettent d’être quasiment autonome.

100% Rose !
Nous quittons Armand, le voyage au milieu des roses se terminent avec Hasmig, dont le métier est de prendre soin des roses : « Oui, j’entretiens les roses. Ici, nous travaillons de 8h00 à 17h00. Et, nous travaillons avec amour… ».
Un seul mot-clef à retenir donc : AMOUR ! Oui, l’amour est cultivé ici à Armenia Rose, à travers 28 types de roses, dont la Red Naomi, l’Explorer, la B-Tween, la Shangri. Après les rouges pourpres, les blanches portent les jolis noms de : Annabel, Avalanche, Juwena, Dolomiti… A ne pas oublier : la Sophia Loren et la Montmartre ! La France et l’Italie ne sont pas loin…
Oui, si la Hollande est omni-présente à près de 1900 mètres d’altitude dans ce petit coin de paradis, la France n’est pas loin. Surtout avec le Petit Prince qui vole dans les airs et ne se lasse pas de regarder ces roses, du haut du ciel.
Enfin, car il nous faut conclure cette escapade, il est bon de rappeler qu’Armand Pinarbasi est aussi membre de la CCIFA, la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco Arménienne, présidée par un autre entrepreneur, Armen Mnatzakanian, et qu’il est le responsable de sa branche arménienne. En résumé, il est 100% Français, 100% Arménien et… 100% Rose !

Un Petit Prince pour conclure
Extrait du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, dont notre envoyé spécial a eu la chance de découvrir les œuvres dans le château familial de La Môle, avant la sortie de son premier livre : Arthur, le petit prince d’Arménie, en juillet 2022.
« J’appris bien vite à mieux connaître cette fleur. Il y avait toujours eu, sur la planète du petit prince, des fleurs très simples, ornées d’un seul rang de pétales, et qui ne tenaient point de place, et qui ne dérangeaient personne. Elles apparaissaient un matin dans l’herbe, et puis elles s’éteignaient le soir. Mais celle-là avait germé un jour, d’une graine apportée d’on ne sait où, et le petit prince avait surveillé de très près cette brindille qui ne ressemblait pas aux autres brindilles. Ça pouvait être un nouveau genre de baobab. Mais l’arbuste cessa vite de croître, et commença de préparer une fleur. Le petit prince, qui assistait à l’installation d’un bouton énorme, sentait bien qu’il en sortirait une apparition miraculeuse, mais la fleur n’en finissait pas de se préparer à être belle, à l’abri de sa chambre verte. Elle choisissait avec soin ses couleurs. Elle s’habillait lentement, elle ajustait un à un ses pétales. Elle ne voulait pas sortir toute fripée comme les coquelicots. Elle ne voulait apparaître que dans le plein rayonnement de sa beauté. Eh ! oui. Elle était très coquette ! Sa toilette mystérieuse avait donc duré des jours et des jours. Et puis voici qu’un matin, justement à l’heure du lever du soleil, elle s’était montrée.
– Ah ! Je me réveille à peine… Je vous demande pardon… Je suis encore toute décoiffée…
Le petit prince, alors, ne put contenir son admiration :
– Que vous êtes belle !
– N’est-ce pas, répondit doucement la fleur. Et je suis née en même temps que le soleil… »
Reportage réalisé par notre envoyé spécial Antoine BORDIER
Copyright des photos et montage A. Bordier et Armenia Rose
Fin de vie : Pourquoi le Sénat doit résister
À trois jours d’un vote crucial au Sénat, voici une analyse sincère sur les impensés de la loi Falorni. J’adresse par ailleurs, en fin d’article, une lettre ouverte aux parlementaires pour les appeler à une résistance institutionnelle.
Aide à mourir : Le risque d’une solitude administrée.
Ce que le débat sur l’aide à mourir ne résout pas encore
Je ne crois pas que la proposition de loi Falorni soit mauvaise parce qu’elle serait immorale. Je la crois prématurée parce qu’elle demeure tragiquement incomplète.
La nuance est décisive. Elle engage bien davantage qu’un arbitrage parlementaire : elle touche à l’idée même que nous nous faisons du soin, de la vulnérabilité et, au fond, de la solidarité nationale.
Car derrière les principes abstraits, il y a toujours une scène concrète : une chambre au rideau tiré, une respiration devenue difficile, une famille épuisée par l’impuissance, un soignant qui doute de son geste, et un patient qui demande.
C’est à cet endroit précis — là où le droit rencontre la chair — qu’une civilisation révèle ce qu’elle entend encore protéger.
Souffrance réelle, autonomie située
Ceux qui défendent l’aide à mourir ne sont pas des militants du désespoir. Ils partent d’une réalité que nul ne peut honnêtement nier.
En France, selon la Haute Autorité de santé, entre 20 et 30 % des patients en fin de vie présentent des symptômes insuffisamment soulagés malgré les protocoles existants. Dans certaines situations, la demande de maîtriser sa mort n’a rien d’idéologique : elle surgit d’une expérience concrète de la douleur, de l’épuisement ou de la dégradation irréversible.
Plusieurs démocraties ont d’ailleurs légalisé l’aide à mourir sans sombrer dans le chaos moral annoncé par certains. Aux Pays-Bas, où l’euthanasie est encadrée depuis 2002, elle représente environ 5 % des décès ; en Belgique, autour de 2,5 %. Ces sociétés n’ont ni cessé de soigner ni abandonné leurs patients.
Mais la sincérité d’un argument ne suffit pas à valider une réponse institutionnelle.
Car l’autonomie n’existe jamais à l’état pur. Elle s’exerce toujours dans un tissu de dépendances affectives, sociales, économiques et médicales.
Le Canada offre à cet égard un avertissement important. Depuis l’élargissement de l’aide médicale à mourir (AMM), plusieurs rapports publics ont mis en lumière des situations où la demande semblait moins liée à une douleur réfractaire qu’à l’isolement, à la précarité, à l’absence d’accès aux soins ou à des conditions de vie devenues indignes. En 2022, un ancien combattant s’est vu proposer l’AMM alors qu’il sollicitait un accompagnement pour son handicap. Cas limite, certes — mais précisément révélateur des logiques qui peuvent émerger lorsque les institutions commencent à intégrer la mort administrée dans l’éventail normal des réponses possibles.
Or, dans un acte irréversible, ces conditions ne sont pas périphériques : elles constituent le choix lui-même.
À partir de quand une demande cesse-t-elle d’être l’expression d’une liberté pour devenir la traduction silencieuse d’un abandon ?
Le basculement : de la médecine à l’administration
La proposition de loi prévoit des garde-fous : clause de conscience, autoadministration, contrôles a posteriori. Mais ces protections demeurent principalement individuelles, alors que le risque est systémique.
L’expérience étrangère montre un phénomène récurrent : la montée en charge progressive.
Au Canada, l’AMM représentait environ 2 % des décès en 2019 ; elle dépasse aujourd’hui 4 %. Cette évolution ne prouve pas, en elle-même, une « dérive ». Elle traduit quelque chose de plus subtil et probablement plus profond : une normalisation.
Ce qui était pensé comme une exception tend progressivement à devenir une option ordinaire du système de santé.
Parallèlement, tous les professionnels ne souhaitent pas participer à cet acte. En Belgique notamment, certaines équipes de soins palliatifs refusent toujours de pratiquer l’euthanasie au nom même de leur conception du soin : accompagner sans provoquer la mort.
Cette coexistence est tenable à petite échelle. Mais lorsqu’une pratique s’institutionnalise, une division fonctionnelle finit souvent par apparaître : d’un côté ceux qui accompagnent ; de l’autre ceux qui exécutent l’acte létal.
C’est ici que le basculement devient politique.
Lorsqu’une pratique se spécialise, se codifie, se répartit entre professionnels, elle cesse d’être un geste médical exceptionnel pour devenir une compétence organisée de la puissance publique.
Le danger n’est pas celui d’abus spectaculaires. Il réside dans une transformation beaucoup plus discrète : l’installation progressive de l’idée selon laquelle certaines souffrances peuvent appeler, non plus seulement un soin, mais une solution létale administrée.
La clé manquante : l’égalité réelle devant la fin de vie
Le Comité consultatif national d’éthique a été explicite : aucun changement majeur de législation ne peut être envisagé sans accès effectif et universel aux soins palliatifs.
Or cet accès demeure aujourd’hui profondément inégal.
La France compte environ 168 unités de soins palliatifs pour l’ensemble du territoire, et près d’un quart des départements ne disposent d’aucune unité spécialisée. Selon la Cour des comptes, seule une minorité des patients qui auraient besoin d’un accompagnement palliatif structuré y accèdent réellement.
Autrement dit : selon l’endroit où l’on vit, on ne meurt pas accompagné de la même manière.
Le contraste avec le Royaume-Uni est éclairant. Le réseau d’hospices y est beaucoup plus dense, mieux intégré au système de santé et profondément enraciné dans le tissu associatif local.
Dans ces conditions, parler d’un « libre choix » relève déjà d’une abstraction partielle. Une liberté dont les alternatives concrètes dépendent du code postal n’est jamais totalement une liberté.
La loi devrait donc comporter une clause de conditionnalité territoriale claire : fixer un seuil minimal d’accès aux soins palliatifs — nombre de lits, équipes mobiles, formation spécialisée, présence territoriale — et conditionner l’entrée en vigueur de l’aide à mourir à l’atteinte effective de ce seuil.
Ce ne serait pas un report indéfini. Ce serait une exigence de cohérence démocratique.
Car une liberté n’a de sens que si ses alternatives existent réellement.
Un enjeu de civilisation
Les expériences étrangères montrent enfin une dynamique difficile à contenir : l’élargissement progressif des critères.
Aux Pays-Bas et en Belgique, l’euthanasie concerne désormais, à la marge mais de façon réelle, certaines pathologies psychiatriques ou des polypathologies liées au vieillissement. Au Canada, l’extension aux troubles mentaux seuls a été envisagée puis partiellement suspendue — preuve que la frontière initiale demeure instable.
Ce phénomène n’est ni un complot ni une décadence morale soudaine. Il répond à une logique interne d’égalité : si un droit est reconnu pour certaines souffrances, au nom de quel principe le refuser à d’autres jugées comparables ?
Mais cette logique possède une force propre. Poussée jusqu’à son terme, elle transforme peu à peu l’exception en norme.
Une société se juge à la manière dont elle traite ceux qui ralentissent, ceux qui dépendent, ceux qui deviennent vulnérables sans perspective de guérison. Car la grandeur d’une démocratie ne se mesure pas seulement à l’étendue des droits qu’elle proclame, mais aux conditions concrètes dans lesquelles ces droits s’exercent.
Or nous vivons dans des systèmes de santé sous tension, traversés par la pénurie de temps, de personnel et de ressources. En 2023, les dépenses liées aux derniers mois de vie représentaient près de 10 % des dépenses totales d’assurance maladie. Ce chiffre ne prouve évidemment aucune volonté organisée de « faire mourir ». Mais il rappelle que toute réflexion sur la fin de vie s’inscrit aussi dans un contexte matériel, budgétaire et institutionnel réel.
C’est pourquoi légaliser l’aide à mourir avant d’avoir garanti partout l’accès à un accompagnement digne comporte un risque profond : celui de transformer une liberté ultime en variable d’ajustement silencieuse de nos insuffisances collectives.
Comme dans L’Homme qui marche, l’être humain demeure debout jusque dans sa fragilité extrême. La question n’est pas seulement de savoir s’il peut choisir de tomber. Elle est de savoir si la société aura tout fait pour qu’il ne se sente jamais de trop avant de le lui permettre.
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LETTRE OUVERTE AUX SÉNATRICES ET AUX SÉNATEURS
Lettre ouverte aux Sénatrices et aux Sénateurs — À trois jours d’un vote décisif
À l’attention de Mesdames les Sénatrices et Messieurs les Sénateurs,
Dans trois jours, vous examinerez en séance publique la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir.
Vous l’aviez rejetée en janvier. L’Assemblée nationale vous la renvoie aujourd’hui, quasi inchangée. Le Gouvernement entend désormais refermer ce débat avant l’été, dans un calendrier dicté par des équilibres politiques instables et par des calculs de fin de cycle législatif.
Il faut nommer les choses : ce texte n’arrive pas dans un moment de sérénité démocratique, mais dans une séquence de compression politique où l’accélération devient une méthode de contournement du débat de fond.
C’est précisément dans ces situations que le Sénat n’a pas un rôle d’accompagnement, mais de résistance institutionnelle. Sa fonction n’est pas d’entériner la vitesse, mais d’en suspendre les effets lorsqu’ils touchent à l’irréversible.
Car une démocratie ne se juge pas à sa capacité à décider vite. Elle se juge à sa capacité à ne pas décider trop tôt ce qu’elle ne pourra plus corriger.
Un périmètre qui s’élargit sans cesse
Le 29 avril dernier, vos rapporteurs ont tenté de réintroduire une limite minimale : réserver le dispositif aux patients dont le pronostic vital est engagé à court terme.
Christine Bonfanti-Dossat l’a rappelé avec netteté : « Notre texte n’est pas fait pour ceux qui veulent mourir, mais pour ceux qui vont mourir. »
Mais cette formulation, en apparence stabilisatrice, révèle surtout l’échec structurel de la volonté de bornage. Car chaque étape du processus législatif a vu les limites reculer.
Ce qui était présenté comme exceptionnel devient progressivement extensible. Ce qui était encadré devient interprétable. Ce qui devait rester strict devient évolutif.
L’aide à mourir pourrait désormais concerner des situations sans échéance vitale rapprochée. La condition de souffrance, elle aussi, se transforme : de continue, elle devient intermittente ; de tangible, elle devient appréciative.
Il ne s’agit pas d’un détail technique. Il s’agit d’un basculement normatif majeur : celui d’un dispositif dont la logique interne est l’élargissement progressif de son champ d’application.
Dans ces conditions, prétendre à une stabilisation des critères relève moins de la prudence juridique que de l’illusion politique.
Le « libre choix » dans une société déséquilibrée
La question centrale n’est pas théorique. Elle est structurelle.
La France n’est pas aujourd’hui en capacité d’assurer une prise en charge homogène et digne de la fin de vie. Les soins palliatifs restent inégalement répartis. Les ruptures territoriales sont massives. L’accompagnement humain est trop souvent dépendant des moyens locaux et non d’un droit effectif.
Dans un tel contexte, parler de « libre choix » sans interroger les conditions réelles de ce choix revient à neutraliser la portée sociale du mot liberté.
Car la liberté formelle n’a pas la même signification selon que l’on est entouré, accompagné, soigné — ou isolé, fragilisé, ou dépendant.
Dans les marges du système de santé, la possibilité de mourir peut cesser d’être une option et devenir une réponse implicite à une absence de prise en charge.
C’est ici que se situe le point de bascule politique : lorsque l’État ne garantit pas pleinement l’alternative, il expose les plus vulnérables à une liberté sous contrainte.
Une décision politique irréversible
Il faut sortir d’une illusion commode : celle selon laquelle ce débat serait uniquement éthique ou médical.
Il est profondément politique.
Car il engage la définition même de ce que la collectivité considère comme relevant de sa responsabilité : accompagner la vulnérabilité ou l’intégrer dans un dispositif légal de sortie.
Institutionnaliser un acte irréversible ne peut pas reposer sur une majorité conjoncturelle ni sur un impératif de calendrier. Cela suppose un socle préalable : un système de soins palliatifs effectivement universel, une égalité réelle d’accès aux soins, et une garantie que nul ne choisira la mort faute d’avoir accès à la vie soignée.
Ce socle n’est pas encore là.
Dans ces conditions, la prudence n’est pas une posture conservatrice. Elle est une exigence de cohérence républicaine.
La responsabilité du Sénat
Le rôle du Sénat n’est pas de suivre le mouvement. Il est d’en interroger la direction lorsque celle-ci engage des transformations irréversibles du cadre commun.
Il ne s’agit pas de nier les souffrances, ni de réduire les intentions de celles et ceux qui soutiennent ce texte. Mais une démocratie ne se mesure pas à sa capacité à répondre à toutes les demandes individuelles par une norme immédiate.
Elle se mesure à sa capacité à protéger ceux dont la parole est la plus fragile : les malades isolés, les personnes dépendantes, les vieillesses silencieuses.
Une société qui institutionnalise trop vite l’issue sans avoir consolidé les conditions de l’accompagnement prend le risque de transformer une liberté proclamée en pression diffuse.
C’est précisément ce risque qui fonde votre responsabilité.
Il est des votes qui ne se résument pas à une orientation législative.
Ils engagent une architecture morale et politique durable.
Celui-ci en fait partie.
Cette responsabilité vous revient.
Dès ce lundi 11 mai.
Sergyl LAFONT
Ancien interne des Hôpitaux de Lyon Médecin biologiste retraité
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Mgr Strickland : « Ce qui était péché hier ne peut devenir saint aujourd’hui »
Source : https://fsspx.news/fr/news/mgr-strickland-ce-qui-etait-peche-hier-ne-peut-devenir-saint-aujourdhui-58990
Mgr Joseph Strickland, évêque émérite de Tyler, a publié le 5 mai 2026 une lettre pastorale intitulée « Une urgence dans l’Église », dans laquelle il dénonce avec vigueur le rapport du Groupe d’étude n° 9 du Synode sur la synodalité, qui contredit l’enseignement constant de l’Église sur les actes homosexuels. Il y voit un signe supplémentaire de la grave crise doctrinale et pastorale que traverse aujourd’hui l’Église catholique.
Lettre pastorale « Une urgence dans l’Église »
Le récent rapport publié par le Groupe d’étude n° 9 du Synode sur la synodalité est profondément alarmant et contredit directement l’enseignement constant de l’Église catholique concernant la sexualité humaine, le péché, le mariage et la loi morale.
L’Église ne peut pas changer ce que Dieu Lui-même a révélé.
La Sainte Écriture parle clairement du péché de sodomie et des actes homosexuels. Saint Paul écrit dans l’épître aux Romains, chapitre 1, que de tels actes sont « contre nature », et le Catéchisme de l’Église catholique enseigne explicitement que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés » et « contraires à la loi naturelle » (CEC 2357). Cet enseignement ne provient ni du préjugé, ni de la politique, ni d’une coutume culturelle. Il vient de la Révélation divine, de la Tradition sacrée et du magistère constant de l’Église.
Suggérer que le péché ne résiderait pas dans la relation entre personnes du même sexe elle-même n’est pas simplement un langage confus. C’est une attaque directe contre la doctrine morale catholique et contre les paroles mêmes de l’Écriture.
À chaque époque, l’Église est appelée à aimer les pécheurs sans jamais bénir le péché. La véritable charité appelle chaque âme à la repentance, à la chasteté, à la sainteté et à la conversion par Jésus-Christ. Une authentique pastorale ne confirme pas les âmes dans des comportements qui les séparent de Dieu. Un pasteur qui voit le danger et demeure silencieux n’est pas miséricordieux.
La tentative de normaliser ou de redéfinir les relations homosexuelles dans la vie de l’Église fait partie d’un effort plus large visant à transformer le catholicisme en quelque chose de plus acceptable pour le monde moderne. Mais l’Église n’appartient pas au monde moderne. L’Église appartient à Jésus-Christ.
La destruction de la doctrine sous le langage du « discernement », de « l’écoute » et de « l’expérience vécue » constitue l’un des plus graves dangers spirituels de notre époque. La vérité n’est pas déterminée par l’expérience. La vérité est révélée par Dieu.
Notre-Seigneur détruisit Sodome et Gomorrhe comme un avertissement adressé à toutes les générations contre les graves péchés sexuels et la rébellion contre l’ordre établi par le Créateur. Pourtant, même ces vérités sont désormais réinterprétées et minimisées par des voix au sein même de l’Église. Cela devrait provoquer une profonde tristesse et une sainte inquiétude parmi les fidèles.
C’est pourquoi de nombreux catholiques reconnaissent de plus en plus que nous vivons une véritable situation d’urgence dans la vie de l’Église. Lorsque des vérités morales fondamentales concernant le mariage, la sexualité, le péché, la repentance et le salut sont traitées comme des questions ouvertes, la crise n’est plus théorique. Elle est présente et active.
Ce sont précisément de tels développements qui ont conduit de nombreux catholiques fidèles à conclure que l’Église traverse une authentique urgence doctrinale et pastorale. Lorsque des vérités que les catholiques ont toujours considérées comme établies et immuables sont soudainement traitées comme des sujets de « discernement » ou de réinterprétation, la confusion se répand rapidement parmi les fidèles.
Cette atmosphère d’instabilité doctrinale fait également partie des raisons pour lesquelles des groupes tels que la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X soutiennent que des mesures extraordinaires sont nécessaires à notre époque. Les consécrations épiscopales qu’ils prévoient sans approbation romaine explicite sont justifiées par eux comme une réponse à ce qu’ils perçoivent comme une grave urgence au sein même de l’Église.
Si les catholiques peuvent débattre de la prudence ou des questions canoniques entourant de telles actions, aucun observateur honnête ne peut nier que des déclarations et des documents comme ce rapport synodal intensifient la crise et approfondissent l’inquiétude d’innombrables catholiques fidèles à travers le monde. Lorsque des voix au sein de l’Église remettent en question la Révélation divine et l’enseignement moral constant de l’Église, le sentiment d’alarme parmi les fidèles n’est ni irrationnel ni imaginaire.
Les avertissements de Notre-Dame de Fatima et des grands saints des temps modernes apparaissent aujourd’hui plus urgents que jamais. Sœur Lucie de Fatima écrivait que « la bataille finale entre le Seigneur et le règne de Satan portera sur le mariage et la famille ». Nous voyons cette bataille se dérouler sous nos yeux. L’attaque contre le mariage ne concerne jamais seulement les relations humaines ; c’est une attaque contre Dieu Créateur, contre l’ordre de la création, contre la famille en tant qu’Église domestique et, en définitive, contre le salut des âmes. Lorsque le sens du mariage est déformé, la compréhension même de l’homme est déformée.
La confusion qui se répand aujourd’hui dans certaines parties de l’Église concernant la sexualité, le mariage et le péché ne reflète pas la voix du Christ Époux, mais le combat spirituel dont Notre-Dame avait annoncé la venue. C’est pourquoi les fidèles doivent revenir avec une ferveur renouvelée à la prière, à la pénitence, au Rosaire, à la dévotion eucharistique et à la fidélité aux vérités transmises au cours des siècles. À Fatima, Notre-Dame n’a pas appelé le monde à s’adapter à l’erreur moderne, mais à la repentance, à la conversion et à la réparation.
Comme pasteur, j’appelle aujourd’hui tous les fidèles à demeurer fidèles au Christ, à la Tradition sacrée, au magistère constant et aux vérités que l’Église a toujours enseignées. Aucun synode, comité, groupe d’étude ou initiative ecclésiastique ne possède l’autorité nécessaire pour renverser la loi de Dieu.
Nous devons prier et faire pénitence pour l’Église. Nous devons prier pour ceux qui propagent la confusion, afin qu’ils reviennent pleinement à la vérité confiée aux Apôtres. Et nous devons demander au Saint-Esprit de susciter des pasteurs ayant le courage de parler clairement pour défendre la foi catholique, quel qu’en soit le prix.
« Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est la Vérité même, ne Se contredit pas. Ce qui était péché hier ne peut devenir saint aujourd’hui. »
Que la Très Sainte Vierge Marie, Destructrice des hérésies, intercède pour l’Église en cette heure sombre.
Mgr Joseph E. Strickland
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Venez rencontrer les missionnaires du continent numérique
Le média CREDO, porté par des prêtres de l’Institut du Bon Pasteur, vous convie jeudi 28 mai 2026 à 20h à l’Espace Charenton (Paris 12) pour une grande soirée dont le thème est : « Missionnaires du continent numérique » Évangéliser par les réseaux sociaux.
Avec la participation de :
– S. Exc. Mgr Dominique Rey, évêque émérite de Fréjus-Toulon
– Abbé Philippe Laguérie, Institut du Bon Pasteur
– Abbé Matthieu Raffray, Institut du Bon Pasteur
– Victor Dubois de Montreynaud, Le catho de service
– Sabrina et Steven Gunnell, Réalisateurs
– Paul Delafosse, Amen media
– Abbé Marin Cottard, CREDO
– Curtis Crane, Porta Fidei
– Matthieu Lavagna, auteur et philosophe
– Floriane de Malestroit, autrice, comédienne et metteuse en scène
– Abbé Vilhelm Torbiorn, CREDO
– Abbé Guillaume Touche, CREDO
Un temps d’échange et de rencontre (avec dédicaces et buvette) suivra les tables rondes.
Cette soirée est ouverte à tous ! Nous espérons vous retrouver nombreux
Informations et inscriptions : https://www.helloasso.com/associations/les-missions-du-bon-pasteur/evenements/evangeliser-sur-les-reseaux-sociaux
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Happening pro Algérie devant le Monument des rapatriés de Nice
Le 8 mai 2026 matin, un happening d’un collectif “contre les attaques racistes” brandissant un drapeau algérien s’est groupé contre le monument en hommage aux rapatriés d’Outre Mer sur la Promenade des Anglais à Nice. Sans vergogne, ce collectif colonise un lieu de mémoire pour tous les “Pieds Noirs” et Harkis pour pousser la propagande algérienne. Si attaques racistes il y a, il ne faudrait pas oublier celles contre le million de chrétiens européens déportés en esclavage à Alger pendant des siècles, les Pieds-Noirs massacrés le 8 mai 45, le meurtre odieux des époux Monnerot, l’attentat du Milk Bar, les massacres d’Oran, les tombes profanées en Algérie etc. Sans oublier depuis l’indépendance de l’Algérie, les assassinats de Mgr Duval et Claverie, les martyrs de la “décennie noire” – moines de Tiberhine, autres religieux français, belge ou espagnoles, les laïcs croates de l’ex Yougoslavie (et si ma mémoire est bonne, une Russe épouse d’un Algérien). Plus près de nous, tous les attentats et crimes commis par des Algériens, celui de Philippine n’en étant qu’un des plus médiatisés et bien sûr la détention scandaleuse du journaliste Gleize.
La police nationale a fait savoir “qu’elle était au courant” sans intervenir et sans confirmer si ce rassemblement était déclaré. Eric Ciotti a-t-il été élu pour que des Algériens squattent le monument des rapatriés pour faire avancer leur conquête ?
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Liban : La guerre continue
Le cessez-le-feu du 16 avril n’y change rien, la guerre continue au Liban. Jeudi 7 mai, de nombreuses frappes israéliennes ont touché le sud du pays. De nouveaux villages ont reçu des ordres d’évacuation. Le Hezbollah a également visé plusieurs unités militaires israéliennes. Le mouvement chiite vient de perdre le commandant d’une de ses unités d’élite, tué par une frappe israélienne à Beyrouth, le 5 mai.
Bezalel Smotrich, ministre israélien des finances, souhaite que la guerre se termine « par des changements de frontières pour Israël, à Gaza, au Liban, en Syrie, et bien sûr en Judée et Samarie », nom donné par les extrémistes juifs pour désigner la Cisjordanie. Il a raconté à la télévision, que son fils, grièvement blessé au Sud-Liban, lui avait demandé de « ne pas terminer le travail, pour qu’il lui reste encore quelque chose à faire au Liban ». Et le ministre de lui répondre « ne t’inquiète pas, il y en aura assez pour tout le monde ».
Le 6 mai, dans une conférence de presse, le premier ministre libanais Nawaf Salam a évoqué les demandes du Liban dans le cadre des négociations avec Israël : « la consolidation du cessez-le-feu », pas respecté jusqu’alors, « un calendrier clair pour le retrait israélien », « le retour des populations déplacées, la libération des prisonniers et le règlement des points litigieux le long de la frontière ». Il a également estimé « prématurée » une éventuelle rencontre entre le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
Source : SOS Chrétiens d’Orient
La Morale, la Gauche et la Droite
Dans cette vidéo nous essayons de formuler une analyse politique pertinente quand à cette problématique : la gauche moderne est moralisatrice, alors que la droite moderne est amorale, historiquement c’était exactement l’inverse, la droite était catholique et conservatrice, tandis que la gauche est née du matérialisme marxiste, qui rejette l’idée même de morale.
Nous essayons d’éparpiller des éléments de la doctrine sociale de l’Eglise, et le but de la vidéo est d’exposer une pensée équilibrée, de sorte à faire voir que les principes qui les ont bâtis sont eux aussi équilibrés.
Plan général :
00:00 Introduction
01:08 Zapping : morale, gauche et droite
I La morale relativiste, ou l’amoralisme, Philosophie pour classe de terminale ?
03:01 Le relativisme Critique d’Usul (Médiapart)
07:06 Le minimalisme, Critique de Ruwen Ogien
II Entre moralisme et amoralisme
12:43 Pourquoi la gauche est aujourd’hui moralisatrice?
15:30 Moralité du capitalisme : critique de Comte-Sponville (libéral)
23:20 Morale marxiste : Critique d’Yvon Quiniou (communiste kantien)
27:08 Écologie et morale
III L’Équilibre moral : entre ciel et terre.
29:24 La vertu
32:08 La Liberté est-elle le principe de la morale
33:42 L’Égalité est-elle le principe de la morale?
34:31 La Fraternité est-elle le principe de la morale?
36:32 La morale héroïque ou surnaturelle
Cette vidéo s’inscrit dans une série de vidéos à thème politique, dont elle est la première, nous publierons prochainement une vidéo sur le féminisme et la féminité, et une autre sur l’éthique de l’intelligence artificielle.
Association la Phalange Liturgique
laphalangeliturgique.com
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Sa béatitude Joseph Slipyi et les sacres de 1977 : un précédent ?
De Ludwik, sur le Forum catholique, à propos de l’argument avancé par la FSSPX :
Un sujet qui revient en force, pour des questions très utilitaires, si j’ose dire.
Première remarque : ceux qui en parlent ou le citent n’entrent jamais dans les détails pour une raison simple : ils n’ont pas accès aux sources et ne parlent pas ukrainien.
Pour les gens motivés : les archives se trouvent dans le bâtiment mitoyen de la basilique Sainte-Sophie des Ukrainiens à Rome. Ces archives sont seulement en cours d’inventaire et de classement.
Cependant, on peut en tirer plusieurs éléments intéressants. Je commence par la fin :
==> aucun des trois évêques n’a exercé de ministère épiscopal jusqu’à la reconnaissance de leur épiscopat par Rome en 1996. Une différence de taille ;
==> les ordinations ont eu lieu secrètement. On est loin des agences de voyage organisant le déplacement à Écône.
==> Joseph Slipyi a sacré trois évêques en 1977 pour l’Église gréco-catholique ukrainienne. Le sacre a eu lieu secrètement aux environs de Castel Gandolfo, dans le monastère des Studites.
L’Église ukrainienne disposait alors d’un épiscopat actif dans la diaspora. Le problème était celui de l’extinction probable de la succession apostolique de l’Église clandestine. (Joseph Slipyi avait juste eu le temps de sacrer, dans sa chambre d’hôtel à Moscou, Mgr Velychkovsky avant d’être expulsé d’URSS.) Il s’agissait donc d’avoir un épiscopat de réserve pour l’Église clandestine. Le secret s’imposait, afin qu’en cas de passage de la frontière soviétique, les évêques ne soient pas immédiatement arrêtés (comme ce fut le cas dans les années vingt).
==> Son prédécesseur avait reçu ce droit (sacrer sans en référer à Rome) de saint Pie X, droit confirmé par tous ses successeurs. Ce droit n’avait pas été retiré, et Slipyi était à la tête d’une Église toujours persécutée.
==> Plus accessoirement, il prétendait au titre patriarcal. Or ce titre n’est pas honorifique (comme pour Venise ou Lisbonne), contrairement à ce que semblent penser certains Latins. C’est un statut canonique très particulier qui donne des droits.
Par exemple, lors de l’élection du patriarche, celui-ci doit en faire part à Rome, mais n’a pas à attendre une confirmation romaine. De même pour le choix et le sacre des évêques : ce droit est supposé délégué par Rome. Ainsi, pendant plus de mille ans, les patriarches ont sacré sans avoir nécessairement l’accord explicite de Rome ; ils l’avaient implicitement par leur statut même.
Maintenant, jeu des sept erreurs : comparez avec les sacres de 1988 — ou avec ceux de 2026, si Rome s’oppose aux sacres. Évitez le psittacisme, maladie très répandue dans certains milieux tradis français : on ne pense plus, on répète à n’en plus finir : « la nécessité », vous dis-je ! Brrr…
N.B. : Il ne faut pas trop forcer sur l’opposition de Paul VI, car nous ne savons rien de ce qui s’est passé en sous-main, loin des déclarations diplomatiques.
Seule l’ouverture des archives nous le dira.
P.S. : Le problème énorme est méthodologique : on ne peut pas avoir en tête la conclusion à laquelle on souhaite arriver avant de faire l’analyse des faits ! Chacun le sait avec un minimum de formation académique. Une telle démarche invalide tout le raisonnement.
La seule exception concerne la Foi. Or les sacres ne sont pas un élément constitutif du dogme, mais une décision prudentielle… que certains ont élevée au rang de dogme.
Ludwik
(Post parut sur le Forum Catholique le 2026-05-07 08:41:45)
Réponse du courrier de Rome à la Fraternité Saint Pierre au sujet des sacres
Source : https://fsspx.news/fr/news/lexplication-facile-la-fraternite-saint-pierre-58931
Le numéro d’avril 2026 du Courrier de Rome propose une étude doctrinale de premier ordre sur la nature de l’épiscopat, en réponse aux critiques formulées par la mouvance Ecclesia Dei, notamment la Fraternité Saint-Pierre. À travers trois articles serrés et méthodiques, l’abbé Jean-Michel Gleize démonte ce qu’il appelle « l’explication facile » de ses contradicteurs et rétablit, textes à l’appui, la doctrine traditionnelle de l’Église.
Le premier article frappe d’emblée par son diagnostic. Loin d’être une innovation de la Fraternité Saint-Pie X, la distinction entre pouvoir d’ordre et pouvoir de juridiction relève de la théologie la plus classique. Accuser la FSSPX de « forger […] une notion de l’épiscopat manifestement contraire à la Tradition catholique » est donc un renversement complet de la réalité. En réalité, c’est la nouvelle ecclésiologie issue de Vatican II qui introduit une confusion en voulant rendre « absolument indissociables les deux pouvoirs d’ordre et de juridiction » . L’abbé Gleize montre, avec une grande clarté, que la Tradition reconnaît l’existence d’évêques dépourvus de juridiction propre, dont l’épiscopat est de fait « réduit à l’exercice du pouvoir d’ordre » , sans que cela contredise en rien la nature de l’Église.
L’intérêt majeur de ces pages réside dans la reprise minutieuse des grandes autorités théologiques. Léon XIII, saint Thomas d’Aquin, le concile de Trente sont invoqués par les contradicteurs ; mais, replacés dans leur contexte, leurs textes disent exactement l’inverse de ce qu’on leur fait dire. Ainsi, la formule de saint Thomas selon laquelle l’évêque reçoit une charge « quasi royale » ne concerne pas le gouvernement au sens propre, mais le pouvoir d’ordre dans le domaine du culte . De même, la liturgie du sacre ne prouve nullement que la juridiction serait conférée par la consécration : elle reflète simplement une pratique où les évêques étaient déjà investis canoniquement avant d’être sacrés.
La seconde étude approfondit la question en examinant directement le texte de Vatican II. Elle met en lumière la nouveauté introduite par Lumen gentium, selon laquelle la consécration épiscopale conférerait non seulement le pouvoir de sanctifier, mais aussi les « fonctions » d’enseigner et de gouverner . Derrière la distinction technique entre munus et potestas, l’auteur montre que le concile attribue en réalité au sacre lui-même un véritable pouvoir de juridiction dans son être, ce qui constitue une rupture avec la doctrine traditionnelle. Dans celle-ci, au contraire, le sacre ne donne qu’une aptitude à recevoir la juridiction, laquelle est conférée uniquement par la mission canonique du Pape. La conclusion est nette : « ce n’est point […] par le seul effet de son sacre qu’un évêque a le pouvoir de gouverner », mais bien par un acte distinct de l’autorité pontificale .
Enfin, le troisième article répond à une objection souvent formulée contre la FSSPX, résumée de manière caricaturale par le slogan « hors de la Fraternité point de salut ». L’abbé Gleize rectifie fermement : il ne s’agit pas d’un principe, mais d’un constat de fait dans la crise actuelle. Dans une situation où le modernisme s’est largement répandu, il affirme que l’épiscopat fidèle à la Tradition ne se rencontre concrètement que dans la ligne de résistance inaugurée par Mgr Lefebvre. Cette analyse, loin d’être polémique, se veut réaliste et ordonnée au salut des âmes.
L’ensemble de ce numéro offre ainsi une démonstration remarquable de théologie traditionnelle appliquée aux débats actuels. En revenant aux distinctions fondamentales – entre ordre et juridiction, entre être et exercice du pouvoir – il met en lumière les confusions actuelles et permet de comprendre en profondeur les enjeux des sacres épiscopaux dans la crise de l’Église. Un dossier exigeant, mais précieux, pour qui veut juger selon la Tradition et non selon les approximations modernes.
Lien pour télécharger gratuitement le courrier de Rome : https://courrierderome.org/product/https-courrierderome-org-wp-content-uploads-2026-04-cdr-avril-2026-digital-pdf/
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Bruno Retailleau fait adopter un nouveau texte liberticide
Le 5 mai, le Sénat a examiné une proposition de loi déposée par Bruno Retailleau, visant à lutter contre l’entrisme islamique. Belle intention. Sauf que l’on découvre que l’article 6 de cette proposition permettrait au ministre chargé de l’économie et au ministre de l’intérieur de décider le gel des fonds et des ressources économiques
« 4° Qui appartiennent à ou sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales ou toute autre entité qui, soit provoquent ou contribuent par leurs agissements à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine, de leur sexe, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence et qui présentent une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics en raison de leur rôle dans ces actions, de leur caractère répété et de leur ampleur ;
Chronique des cinglés
Un père de famille découvre que l’école de ses enfants supprime les fêtes des pères et des mères, remplacées par la “fête des gens qu’on aime” :

L’équipe pédagogique a osé écrire « chers parents ». Ils auraient plutôt dû écrire : « chères personnes qu’on aime ».
Faut-il craindre le réarmement de l’Allemagne ?
L’Allemagne réarme ! Et en plus, elle n’achètera pas Français se désoleront les plus chauvins. De fait, avec un investissement prévu de 100 milliards d’euros dans sa défense, la hausse de ses effectifs à 260 000 hommes d’active et 200 000 de réserve, Berlin cherche à se positionner comme le poids lourd de la défense européenne.
Et pourtant, les Vosgiens comme les Polonais peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Et pour cause, les dirigeants allemands semblent avoir oublié que la préparation à un conflit de haute intensité (la fameuse HEM : Hypothèse d’Engagement Majeur dans le jargon balardien) n’est pas une affaire de tableau Excel. Staline interrogeait : « Le Vatican, combien de divisions ? » Le lecteur connaît la suite : un pape polonais a eu raison de l’URSS sans tirer un seul coup de fusil.
La primauté des forces morales
La guerre se prépare dans les esprits : les fameuses forces morales de la Nation ! Ayant peu subi les influences de l’Empire romain et donc, indirectement, de la Grèce, le personnel politique allemand a probablement oublié la réflexion bien connue de Thucydide : « La force de la cité ne réside ni dans ses remparts ni dans ses vaisseaux mais dans le caractère de ses hommes ». Si l’histoire récente a montré que l’Allemagne dispose, en effet, d’un savoir-faire certain dans la construction d’un mur ou d’un navire, nous sommes en droit de nous interroger sur le « caractère » actuel des Allemands et leur aptitude à mener une guerre.
La dénazification menée à partir de 1945 a conduit Berlin à revoir tout le cadre militaire de ses futurs officiers, sous-officiers et hommes du rang. Tous les symboles du passé furent éradiqués et la Défense fut considérée comme une administration quelconque devant être gérée comme telle : semaine de 40 heures, syndicats, récupération physiologique en cas de travail nocturne. Bref, le régime social d’un soldat allemand devint celui d’un ouvrier de Volkswagen. Parallèlement, les déploiements en opérations extérieures devinrent anecdotiques. Un dommage collatéral suite à une frappe de Tornado allemand en Afghanistan obligea Berlin à limiter au plus juste son engagement sur le terrain. En Afrique, les forces spéciales de l’armée de terre, les fameux KSK (Kommando Spezialekraefte) en étaient réduits à escorter des convois de l’ONU. En synthèse, les différents gouvernements allemands, encore traumatisés par le souvenir de la seconde guerre mondiale maintinrent un outil militaire coûteux mais incapable de remplir la moindre mission de combat en raison :
- de caveat (restrictions nationales dans le cadre d’engagement interalliés) trop strictes imposées par le pouvoir politique : 0 mort, 0 problème ;
- d’engagements de basse intensité sur des théâtres secondaires ;
- d’absence de culture opérationnelle.
L’Allemagne ne « profita » donc pas des conflits modernes pour engranger de l’expérience et se réformer.
En 2020, Berlin décida même de dissoudre une partie du KSK, son unité la plus professionnelle, en raison de « liens avec l’extrême-droite ». En 2025, ce fut le tour d’une autre unité, le 26ème régiment de parachutiste de Zweibrücken de se retrouver sous le feu des projecteurs en raison d’un climat mêlant « idéologie néonazie, antisémitisme et violences sexistes ». Il n’en fallut pas plus pour lancer une chasse aux sorcières dans toutes les strates de l’armée afin de s’assurer de la « neutralité »de l’institution et d’éviter un coup d’état de l’extrême droite. Au même moment, se posait la question de savoir si l’AFD (Alternative für Deutschland) pouvait être interdit. La presse allemande se fit l’écho du culte de la force et de la violence dans les unités des forces spéciales allemandes, image de sa déconnexion avec les exigences de la guerre. Là où Hollywood glorifie la force, la violence et la puissance de ses Seals, Deltas ou Rangers, la classe politique allemande voudrait une guerre sans haine menée par des automates prêts à se sacrifier pour défendre la transidentité, l’installation de parcs d’éoliens dans la Baltique et les usines BMW.
Ce sont des hommes qui font la guerre
Or, les Allemands oublient une chose : la guerre est avant tout menée par des hommes. Ce qui importe dans le combat, au-delà de la mise à disposition de moyens matériels adaptés et des qualités tactiques, c’est la structuration mentale du soldat. A l’école de Charles Ardant du Picq, il convient de s’intéresser à la psychologie de celui qui s’engage et qui supporte des sélections difficiles tout en étant prêt à donner la mort et …à la recevoir. L’histoire nous montre qu’au début du XXe siècle, les raisons pour lesquelles des jeunes s’engageaient dans des unités militaires ou paramilitaires transcendaient les partis. Les militants d’extrême droite comme ceux d’extrême gauche s’engageaient dans des mouvements ou des unités pour défendre des idées politiques radicales. Les engagés de l’un et l’autre camp étaient prêts à mourir, les uns pour le triomphe du prolétariat (POUM, spartakistes, Armée rouge, PCF, PCI), les autres pour la grandeur de leur pays (chemises noires) ou de leur race (SA-SS). Dans tous les cas, les causes de ces engagements étaient de l’ordre du spirituel avec un usage revendiqué de la violence (assassinat de Calvo Sotelo par les communistes espagnols, assassinat de Trotsky pour déviance idéologique par le NKVD, assassinat de Dolfuss par les nazis). La gestion des groupes à consonance paramilitaire fut d’ailleurs un sujet d’inquiétude pour les autorités publiques en France dans l’entre-deux guerres (6 février 1934). Avec le temps, l’extrême gauche se mit à défendre le progressisme sociétal, l’écologie radicale, la diversité culturelle. Le profil des engagés politiques changea : de Ramon Mercader, magicien du piolet, ou Gavrilo Princip, l’excité du revolver, nous passâmes à Marine Tondelier et à la défense des surmulots ou bien à Conchita Wurst, femme à barbe diplômé.e. A l’opposé, l’extrême droite, définie comme vif attachement aux idées de nation, d’enracinement, de tradition et de peuple, resta présente sur ses thématiques traditionnelles. Le marqueur catholique et monarchiste qui avait structuré une bonne partie de cette famille de pensée s’estompa avec la crise de l’Eglise. La nature ayant horreur du vide, le paganisme fit un retour en force.
L’armée allemande nous offre aujourd’hui la synthèse de ces évolutions politiques. Le triste état du catholicisme allemand, comme nous le rappellent les déclarations « pas très catholiques » de la conférence des évêques d’Allemagne, a conduit, dans les forces armées allemandes, à un retour du paganisme et de sa forme la plus récente, en partie héritière du militarisme prussien : le nazisme. Dès lors, il n’y a aucune surprise à voir des unités d’élite multiplier les références à la Waffen SS, fêter les solstices d’été et faire de l’exaltation de la force un modus vivendi. Le lecteur averti objectera qu’il n’y a pas d’unité d’élite sans une certaine forme de culte de la force et de la violence. Nous lui répondrons que le seul catalyseur de la violence est la religion catholique et son message de paix, ce qui explique peut-être le rôle singulier des armées françaises dans le monde.
Parallèlement, se pose inéluctablement la question du recrutement. Le gouvernement cherche à augmenter son nombre de soldats mais la société allemande est-elle prête à s’engager ? Au contraire de la France où l’Armée est une institution qui jouit de réseaux puissants dans les médias, l’industrie, le monde politique, le 7ème art, l’armée allemande semble gênée d’exister ce qui n’est pas pour faciliter le recrutement. Par ailleurs, de moins en moins de jeunes sont aptes physiquement (malbouffe, absence de pratique sportive) et psychologiquement (jeux vidéo, réseaux sociaux). La modernisation des sociétés occidentales a, par ricochet, accouché d’une société où faire un effort est devenu anormal. Nous sommes loin de Musset écrivant : « Alors, il s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse. […] Ils avaient rêvé pendant quinze ans des neiges de Moscou et du soleil des Pyramides ; on les avait trempés dans le mépris de la vie comme de jeunes épées. […] Ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins ; tout cela était vide, et les cloches de leur paroisse résonnaient seules dans le lointain. »[1]
Alors oui, l’armée allemande réarme mais rappelons-nous ces mots du général Schwarzkopf en 1993 lors du débriefing de l’opération Desert Storm au CENTCOM : « Nous n’avons pas vaincu parce que nous avions les meilleures technologies. Nous avons vaincu car les Irakiens ne savaient pas pourquoi ils se battaient et qu’ils n’avaient pas de chef ». L’immobilier à Dantzig ou à Saint-Dié dans les Vosges a encore de beaux jours devant lui.
Alexandre Seigneur
Master Poulet vs Karim Bouamrane : sur BFMTV, la politique, c’est du poulet ?
L’image de la semaine : Master Poulet vs Karim Bouamrane, une séquence surréaliste sur BFMTV
Entre les blocs de béton et les pots de fleurs malodorants, le maire PS de Saint-Ouen et le fast-food Master Poulet s’affrontent sous l’œil hilare des médias. Jusqu’à cette séquence lunaire sur BFMTV où les deux journalistes chargés d’interroger l’élu lui demande de manger du “Master Poulet”. Moment de télé ou malaise TV ? La limite est désormais franchie.
Le dossier du jour : Rapport Alloncle sur l’audiovisuel public
Le député UDR Charles Alloncle propose en 70 mesures chocs, de réduire d’un milliard d’euros la facture du service public, de fusionner un certain nombre de chaînes, de renforcer la “neutralité” et de lutter contre les conflits d’intérêts. Retour sur les réponses de Delphine Ernotte, France Télévisions, Thomas Legrand et Pierre-Antoine Capton (président du groupe audiovisuel privé Mediawan), interrogés sur les médias subventionnés pour défendre leur ligne.
Les pastilles de l’info :
– Cérémonie des Molières : Drag queen et Merwan Benlazar
– Canon français : racisme et saluts nazis… vraiment ?
– ANTS : un jeune de 15 ans arrêté, la romance du piratage.
– “Chemin de croix” : l’animateur Bruno Guillon (France 2) reprend une candidate pour son vocabulaire jugé trop religieux.
– Matthieu Pigasse : de “chef d’entreprise” à propriétaire de médias en lutte contre la “droite radicale”.
– Mélenchon 2027 : le lapsus de Yann Barthès, “dictature” au lieu de “candidature”…
Portrait piquant : Yann Barthès, le ricaneur de Quotidien
La France du vivre-ensemble
Suite à la victoire du PSG en demi-finale de Ligue des champions (à Munich), les supporters parisiens ont saccagé l’exposition de photographies de Yann Arthus-Bertrand sur la place de la Concorde.
Cette exposition est intitulée « Vivre ensemble » : elle est désormais en phase avec la réalité du vivre-ensemble…
23 policiers ont blessés, 127 voyous ont été interpellés, c’était donc, comme d’habitude, une soirée normale dans la France du vivre-ensemble.
L’idéologie :

La réalité :

On demande des prêtres pas trop catholiques pour le diocèse d’Amiens
L’évêque d’Amiens a décidé de ne pas prolonger la mission de trois prêtres issus du diocèse de Fréjus-Toulon, nommés en septembre dernier. Les abbés François-Régis Favre, Éloi Legrand et Pierre-Marie Brochery intervenaient jusqu’ici dans les paroisses d’Albert, Bray-sur-Somme, Mailly-Maillet et Acheux.
L’évêque évoque un conflit installé entre les prêtres et une partie des fidèles. Certains paroissiens avaient critiqué le port de la soutane, l’usage du latin ou encore une exigence accrue en matière de morale religieuse. Pour le diocèse, le problème est relationnel. Mais pour un certain nombre de fidèles, c’est la catholicité de ces prêtres qui pose souci : refus de la communion aux personnes divorcées ou homosexuelles, annulation de concerts profanes sont les accusations relayées par le Courrier Picard.
Communiqué de Mgr Gérard Le Stang sur la situation des paroisses d’Albert, Bray-sur-Somme et Acheux, le 28 avril 2026 :
« Chers frères et sœurs,
Ce communiqué vous informe des décisions que je prends concernant les paroisses de Notre-Dame de Brebières (Albert), Notre-Dame de l’Espérance (Bray-sur-Somme), Notre-Dame des Hauts de l’Ancre (Mailly-Maillet) et Notre-Dame des Champs (Acheux).
Après échange avec Mgr François Touvet, évêque de Fréjus-Toulon, je décide de ne pas prolonger l’accueil des abbés François-Régis Favre, Eloi Legrand et Pierre-Marie Brochery au-delà de l’année d’expérimentation prévue dans la convention entre les deux diocèses de Fréjus-Toulon et Amiens. Je prends cette décision en m’étant donné un long temps de réflexion, éclairé par l’écoute de prêtres du diocèse et de nombreux chrétiens de ces quatre paroisses, d’avis divers, et après avoir discerné avec le conseil épiscopal.
J’ai reçu ces trois prêtres personnellement au long de cette année. J’ai pu dire à chacun les raisons objectives qui me conduisent à mettre fin à leur ministère chez nous. Je tiens à les remercier pour leur désir de servir la mission de l’Église dans notre diocèse et pour le travail accompli au long de ces mois. Je salue le souci de l’évangélisation, de la prière, de la liturgie et de la formation qu’ils ont eu.
La décision que j’ai prise de ne pas prolonger leur accueil ne s’appuie aucunement sur un certain nombre de critiques émises contre eux (port de la soutane, liturgie romaine, souci de fidélité doctrinale et liturgique, exhortation à la cohérence dans la vie morale, distinction entre le cultuel et le culturel…). Il fallait cependant prendre acte du conflit installé entre eux et un certain nombre de personnes, qui entraînait un trouble profond et durable dans les communautés, et un désarroi chez beaucoup.
Pour succéder à ces prêtres, le Père Louis-Pasteur Faye, vicaire général du diocèse et curé de la paroisse Saint Simon du Moliennois (Molliens-Dreuil), est nommé, avec l’accord de l’administrateur diocésain de Thiès (Sénégal), curé de ces quatre paroisses et recteur du sanctuaire Notre-Dame de Brebières. Cette nomination sera effective à partir du 1er septembre prochain. Il demeurera vicaire général. Il sera soutenu par des prêtres dont les nominations suivront.
Le Père Louis-Pasteur Faye reçoit, avec cette nomination, les directives suivantes :
- Susciter une communion et une fraternité renouvelée entre tous, l’intégration de toutes les sensibilités et générations, dans une hospitalité mutuelle.
- Porter des projets missionnaires concrets, en lien avec le champ missionnaire Sainte Colette.
- Appeler de nouveaux responsables laïcs, notamment parmi les plus jeunes, afin de permettre aux anciens de transmettre le relais.
- Activer la pastorale des jeunes et des vocations et travailler étroitement avec les chefs d’établissements catholiques pour y renouveler la pastorale des enfants et jeunes.
- Prolonger la formation des chrétiens à tous niveaux, et veiller à la qualité des célébrations liturgiques et sacramentelles.
- Faire du sanctuaire Notre-Dame de Brebières un lieu de prière et de compassion pour tout le diocèse.
- Travailler à un rapprochement des quatre paroisses dans un avenir proche.
Cette situation pastorale a été douloureuse pour tous, prêtres, diacre, religieuses et laïcs. Je mesure aussi combien elle donne le sentiment d’un échec. Cela montre combien la vie chrétienne s’appuie avant tout sur une communion de foi et de charité entre frères et sœurs, et sur des communautés vivant dans l’estime du sacerdoce qui est au service de tous. La grâce d’une fidélité plus grande à l’Évangile de la paix et du pardon peut jaillir de cette épreuve. Que chacun prenne le temps du recul, de l’humilité et de la prière pour accueillir ce que Dieu veut nous dire à travers tout cela.
Dans les mois qui viennent, j’aurai l’occasion de revenir dans chacune de ces paroisses, à la rencontre de tous, pour qu’ensemble nous prenions, chacun selon notre vocation, la tenue de l’humble serviteur, joyeux d’être ami du Christ et frère de tous. »
+ Mgr Gérard Le Stang
Évêque d’Amiens
