Dans la course parlementaire au passe vaccinal. Annonce de l’apocalypse et hypocrisie sont les deux mamelles de ce gouvernement
Le Salon beige a déjà rendu compte des débats à l’Assemblée nationale lors de la discussion d’un énième projet de loi gouvernemental « renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire et modifiant le code de la santé publique » en première lecture, et qui s’était achevé le 5 janvier.
Le gouvernement voulait aller vite pour une mise en place opérationnelle du passe vaccinal, souhaitée au 15 janvier. Emmerder les Français, c’est effectivement urgent. M.Macron a très envie.
La première lecture au Sénat a donc eu lieu les 11 et 12 janvier. Une CMP (commission mixte paritaire entre Sénat et AN pour adopter un texte commun et aller plus vite) a eu lieu le 13 janvier et s’est conclue par un échec. De ce fait, une deuxième lecture a eu lieu à l’AN le 14 janvier ; une deuxième lecture au Sénatle 15 janvier. Et une dernière lecture (on est en procédure accélérée) à l’AN le dimanche 16 janvier. Le Parlement sait aller vite. Surtout quand la majorité sénatoriale fait preuve de beaucoup d’esprit de collaboration comme l’a souligné lors des explications de vote à la fin de l’examen en deuxième lecture M.Bruno Retailleau président du groupe LR au Sénat :
« Je m’en félicite, notre groupe votera très majoritairement, une fois de plus, pour ce texte. Nous avons tenu notre ligne… : nous disons « oui » au passe, car nous voulons inciter les Français à la vaccination. Les choses sont absolument claires pour nous, même si nous ne pensons pas que le passe vaccinal soit l’alpha et l’oméga face à cette nouvelle crise, notamment en raison du décalage temporel que plusieurs d’entre nous ont déjà souligné. Néanmoins, nous apportons une contribution à la lutte contre le virus ».
Ces différents débats ont fait ressortir quatre aspects qu’ils nous a paru intéressants de rapporter, en quatre articles. Ci-après, nous verrons qu’annonce de l’apocalypse et déclarations hypocrites sont décidément des marques de fabrique du mode macronien de gestion de la situation sanitaire. Dans une deuxième article, nous verrons que beaucoup affichent une étonnante certitude sur l’inocuité, voire les bienfaits, du vaccin à ARn messager sur les femmes enceintes. Dans un troisième, nous verrons un cas pratique d’appel à l’émotion lacrymale comme mode de gouvernement et les retours de bâton que cela peut provoquer. Enfin, dans un quatrième, et parce qu’il y a eu des parlementaires lucides, nous citerons deux extraits de motions défendues l’une par le sénateur Loïc Hervé (Union centriste) au Sénat, l’autre par M.François Ruffin (LFI) à l’Assemblée nationale.
Du chapitre de l’annonce d’une apocalypse toujours renouvelée relève la description de la situation sanitaire par le gouvernement, tant au Sénat le 11 janvier qu’à l’Assemblée nationale le 14 janvier.
Au Sénat le 11 janvier, M.Véran :
« Lorsque je vous avais présenté, en octobre dernier seulement, le projet de loi qui est devenu la loi du 10 novembre 2021, j’avais appelé à un effort collectif de vigilance sanitaire – la situation était alors pourtant beaucoup plus favorable –, compte tenu des risques de reprise épidémique liés à la période hivernale et à l’apparition probable de nouveaux variants…. Ce texte vous est présenté par le Gouvernement dans une période incontestablement difficile, marquée ces derniers jours par des records de contamination : 350 000 contaminations, voire un peu plus, seront encore annoncées ce soir. Nous n’avions jamais observé de tels chiffres depuis le début de la crise sanitaire… J’ai parlé de raz-de-marée, car ce terme me semble bien rendre compte du niveau des contaminations. Durant plusieurs jours consécutifs, le nombre de contaminations a dépassé les 200 000 ou 300 000 cas quotidiens. Aujourd’hui ne fera pas exception : nous atteindrons également un nombre aussi impressionnant… Cette situation, aussi vertigineuse qu’elle puisse être, exige que nous prenions nos responsabilités avec sang-froid afin de poursuivre la gestion d’une épidémie sans précédent, qui dure depuis bientôt deux ans ».
Et à l’Assemblée nationale le 14 janvier, Petitatal (M.Véran étant covidé, il est remplacé par le porte-parole du gouvernement) :
« Depuis près de deux ans, avec le virus, nous vivons une véritable course de fond. Nous faisons face à des vagues successives, brutales et parfois dévastatrices, qui mettent notre pays et notre système de santé à très rude épreuve… À chaque étape, le virus a évolué ; il a muté. À chaque étape, il s’est fait plus retors. Mais, à chaque étape, surtout, nous avons appris sur lui et sur ses variants. Nous avons appris à mieux le contrer, à l’endiguer, à le combattre. Et nous pouvons être fiers d’avoir traversé chaque vague mieux que la précédente… Depuis quelques semaines, une nouvelle fois, l’épidémie nous met à l’épreuve. Nous n’affrontons pas une, mais deux vagues violentes et simultanées… À l’heure où nous discutons dans cet hémicycle, la vague delta n’est pas finie et elle provoque encore de très fortes tensions dans nos services de réanimation…. Sur cette forte vague s’est superposé l’ouragan omicron. Avec ce variant, l’épidémie a changé de dimension. Nous affrontions une épidémie massive, nous sommes passés à une épidémie de masse, causée par un virus extrêmement contagieux. Il est tellement contagieux que très peu de personnes non vaccinées y échapperont. Il est tellement contagieux que, malgré une sévérité plus faible, les patients arrivent et arriveront en nombre à l’hôpital… Mesdames et messieurs les députés, une nouvelle fois, l’instant sanitaire est grave, et une chose est sûre : nous n’avons plus le temps d’attendre, plus le temps de louvoyer, plus le temps d’hésiter ».
Et dire que le compte Twitter du Président de la République et celui de son ministre de la Santé affichent encore au 19/01/2022 le message suivant :

Et que le gouvernement se flatte d’un taux de vaccination parmi les plus élevés du monde, à plus de 90% !
Au chapitre de l’hypocrisie, trois exemples. Le premier est celui d’une éventuelle obligation vaccinale. Si la situation est si grave, pourquoi pas de décision d’obligation vaccinale (qui, pour les personnes de plus de 65 ans seulement, les plus vulnérables, aurait pu être une décision compréhensible) ? M.Véran nous sert alors un numéro d’hypocrite dont il a le secret. Il commence par faire observer :
« J’ai voté, lorsque j’étais parlementaire, l’extension des vaccinations obligatoires pour les enfants, qui sont dorénavant au nombre de onze. En pratique, si un enfant n’est pas vacciné, il n’entre pas à l’école. C’est bien ce qui s’appelle, en termes actuels, un passe vaccinal ! J’ai déjà évoqué l’exemple de la fièvre jaune : il faut un passe vaccinal pour se rendre en Guyane. Si je ne suis pas vacciné contre la fièvre jaune, je ne peux pas y aller. Toutes les obligations vaccinales qui existent dans notre pays reposent sur un dispositif du type passe. Vous avez voté l’obligation vaccinale pour les soignants et je vous en remercie, mais qu’implique exactement cette mesure ? Elle implique qu’une personne travaillant à l’hôpital ne peut pas y entrer si elle n’est pas vaccinée. Il s’agit donc bien, là aussi, d’un passe vaccinal ».
Il démontre donc que les obligations vaccinales peuvent fonctionner, avec des dispositifs de contrôle simple de type passe sanitaire comme ce qui existe déjà.
M.Véran fait ensuite mine de croire que, étonnamment, dans le cadre d’une obligation vaccinale du covid, le passe vaccinal ne pourrait plus être défini pour contrôler l’application de cette obligation :
« Par ailleurs, qui dit obligation dit contrôle et qui dit contrôle dit sanctions. Comptez-vous mettre en place des contrôles dans la rue ? Exigerez-vous des passants qu’ils présentent un certificat de vaccination, faute de quoi vous leur infligeriez une amende ? Faudra-t-il instituer un fichier national des personnes non vaccinées, susceptibles d’être visitées par des agents dotés du pouvoir de police ? Je ne suis pas certain, mesdames, messieurs les sénateurs, que vous voteriez cette mesure ! Le montant de l’amende sera-t-il de 50, de 100 ou de 200 euros ?… Obligation sans contrôle n’est que ruine de la loi, mesdames, messieurs les sénateurs ! Nous sommes obligés de mettre en place des dispositifs de contrôle et de dire la nature des choses ».
Bref, M.Véran fait la bête (très bien) comme le lui fait observer (avec patience) Mme de La Gontrie (Groupe Socialiste, Ecologiste et Républicain) :
« Je vais donc résumer très précisément la position du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain : nous proposons une obligation vaccinale, accompagnée d’une sanction – une amende de 135 euros. Par ailleurs, nous sommes d’accord pour que le contrôle soit effectué par le passe vaccinal – Bernard Jomier, Patrick Kanner et d’autres l’ont dit. Tout votre propos, monsieur le ministre, sur le fait que nous proposerions une obligation sans contrôle est donc totalement hors sujet ! »
Deuxième sujet au chapitre de l’hypocrisie : les jauges. Pourquoi le gouvernement refuse-t-il une proportionnalité avec les capacités d’accueil des équipements ? Comme le rappelle le rapporteur du Sénat M.Philippe Bas :
« Prévoir qu’un seuil de quelques milliers de personnes s’applique, quelle que soit la capacité d’accueil d’une salle de spectacle ou d’un stade, n’a franchement pas grand sens ».
La position du gouvernement est exposée par M.Taquet. Elle laisse sans voix :
« Imposer un système proportionnel peut apparaître de bon sens et moins complexe. Mais, là aussi, méfions-nous des apparences… L’approche au prorata, bien qu’elle se présente comme simple, peut être éminemment complexe à mettre en œuvre dans la réalité. Elle engendre des difficultés en matière de contrôle et nous expose à des débats et à des contentieux sur le calcul des surfaces ou des capacités à prendre en compte… Le prorata peut également se révéler inapproprié au regard de la diversité des configurations des établissements recevant du public. Deux établissements ayant les mêmes capacités d’accueil peuvent présenter des risques sanitaires différents selon les phases épidémiques ou les caractéristiques des variants contre lesquels nous cherchons à lutter… Enfin, et surtout, un prorata imposé en toutes circonstances ne peut que nuire à la vraie proportionnalité que, je crois, nous recherchons tous – le rapporteur l’a lui-même rappelé. Celle-ci doit reposer sur une approche plus fine, intégrant des critères multiples et contextualisée… Cela nous amène au constat qu’il vaut mieux, à un moment donné, établir une jauge unique, simple, claire, compréhensible, pour certaines catégories d’établissements recevant du public, plutôt qu’un ratio sujet à toutes les controverses en amont ou, dans le cadre d’un contentieux, en aval ».
Troisième sujet au chapitre de l’hypocrisie : Pourquoi des conseils de défense sanitaire ? Le sujet n’est abordé via des amendements qu’au Sénat lors des deux lectures. Il n’est pas du tout discuté à l’Assemblée nationale. C’est par exemple l’amendement n°142 présenté par les sénateurs de gauche et énonçant : « Après l’article L. 3131-1 du code de la santé publique, il est inséré un article L. 3131-1-… ainsi rédigé : « Art. L. 3131-1-…. – Le Conseil de défense et de sécurité nationale, de même que ses formations restreintes ou spécialisées, mentionnés à l’article L. 1121-1 du code de la défense, ne peuvent être convoqués ou réunis en vue de planifier des réponses à menace sanitaire grave appelant des mesures d’urgence, notamment en cas de menace d’épidémie, ou à une catastrophe sanitaire mettant en péril, par sa nature et sa gravité, la santé de la population. »
Le sénateur Pierre Laurent (PC) explique :
« Cet amendement vise à faire en sorte que le conseil de défense ne soit plus à l’avenir le lieu de gestion des crises sanitaires comme celle que nous connaissons. D’un point de vue constitutionnel, la seule trace du conseil de défense figure à l’article 15 du texte qui fonde notre ordre juridique : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et comités supérieurs de la défense nationale. » Comment avons-nous pu nous trouver dans une situation où le conseil de défense est devenu le lieu suprême de la gestion de la crise sanitaire ? »
L’amendement est aussi soutenu (lors de la deuxième lecture) par le sénateur Pierre Ouzoulias (Groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste) :
« Nous ne saurions débattre de ce douzième texte sur la gestion de la crise sanitaire sans évoquer la dérive démocratique évidente à laquelle nous assistons – je veux parler du rôle saugrenu et extraordinaire donné au Conseil de défense et de sécurité nationale… La santé est actuellement considérée comme un domaine réservé du Président de la République, au même titre que la défense, et M. Macron n’est plus seulement le chef des armées : il est aussi le chef de la santé. Le conseil de défense a ainsi été intronisé comme organe suprême de la gouvernance sanitaire. Je vous donne lecture de l’article 15 de la Constitution : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale. »… Il semble vraiment très surprenant qu’un tel détournement de la Constitution puisse être banalisé et perdurer. Avec cette pratique, le Parlement, mais aussi le conseil scientifique, et même le conseil des ministres, ont été complètement écartés. Il y a plus grave : tous les comptes rendus de ce conseil de défense sont classés secret défense, c’est-à-dire sont complètement inaccessibles aux citoyens et à bon nombre de parlementaires ».
Mais l’amendement est refusé par la commission pour des raisons (bonnes ? Les sénateurs auraient après tout pu attendre l’avis du Conseil constitutionnel) de séparation des pouvoirs. M.Bas :
« Il est exact que la dénaturation du conseil de défense est très agaçante. Moi-même, je suis étonné qu’une institution dédiée à la défense nationale, à laquelle participent le chef d’état-major des armées, les chefs d’état-major de chacune de nos armes, le chef d’état-major particulier du Président de la République, le secrétaire général de la défense nationale, le ministre de la défense, le Premier ministre ou encore le ministre des finances, et ayant vocation à prendre des décisions relevant de la stratégie de défense de la France puisse être réunie pour un sujet sur lequel les personnalités que j’ai mentionnées n’ont que peu de valeur ajoutée par rapport au ministre de la santé, au directeur général de la santé, au directeur général de l’offre de soins, au président de la Haute Autorité de santé, entre autres… Et si l’on réunit ces personnes sans les militaires, ce n’est plus un conseil de défense. Mais, mes chers collègues, cette institution est placée sous l’autorité du seul Président de la République. Il en fait ce qu’il en veut. Je conteste formellement la pertinence de l’utilisation du conseil de défense pour gérer la crise sanitaire. Mais je ne vois pas comment le Parlement pourrait en quelque sorte faire intrusion dans un domaine qui est la quintessence de la responsabilité du Président de la République ».
M.Pierre Laurent répond au rapporteur lors de la deuxième lecture :
« Permettez-moi de revenir sur l’argumentaire de M. le rapporteur, qui nous avait déjà répondu en ce sens lorsque nous avions soulevé ce problème en première lecture dans la nuit de mercredi à jeudi… Le problème, en l’espèce, c’est que la Constitution définit très clairement le rôle du conseil de défense. L’article qui mentionne cette instance, à savoir l’article 15, dispose en effet que c’est le Président de la République qui le préside en tant que chef des armées. L’objet du conseil de défense est donc très clairement défini. On ne peut pas dire qu’il est celui que lui assigne le Président de la République. Ce dernier est peut-être hors de nos pouvoirs, mais il n’est pas au-dessus de la Constitution ».
Tous les amendements présentés sur ce sujet ont été repoussés. On rappelle qu’en début de gestion de la crise sanitaire, mais c’était en 2020 et c’était il y a très longtemps, la transparence avait été promise par M.Macron lui-même et par son gouvernement.
Nouvelle victoire anti-avortement pour le Texas
La Cour fédérale d’appel du cinquième circuit, basée en Louisiane, a renvoyé devant la Cour Suprême du Texas un recours contre la loi salvatrice entrée en vigueur au Texas le 1er septembre, à savoir la ” Senate Bill 8 (S.B. 8), une loi qui interdit l’avortement lorsque les battements de cœur d’un bébé dans l’utérus sont perceptibles, c’est-à-dire autour de la sixième semaine de vie du bébé.
L’appel a été déposé en décembre par un certain nombre d’établissements du “Lone Star State” (Etat du Texas) où des avortements sont pratiqués, et le renvoi de l’affaire devant la Cour Suprême du Texas était exactement ce que voulaient les défenseurs de la vie au Texas.
La décision, prise par un panel de trois juges dans un vote de 2-1, est une victoire pour les pro-vie du Texas. Le front pro-avortement espérait en fait que l’affaire pourrait revenir devant une juridiction inférieure comme celle qui avait immédiatement bloqué l’entrée en vigueur de la loi l’année dernière.
En novembre, la Cour Suprême Fédérale de Washington n’est pas intervenue comme l’espérait le front pro-avortement, pour bloquer la “SB 8”, bien qu’elle ait permis aux prestataires d’avortement de cet État de porter plainte par les voies ordinaires, en saisissant d’abord les tribunaux fédéraux inférieurs. Ce qui ne signifie qu’une chose. La partie est loin d’être terminée, et la brèche que le Texas a ouverte dans le conformisme pro-avortement américain s’élargit. En d’autres termes, le mur de la mort pourrait s’effondrer.
Un peu de romanité
Renaissance catholique diffuse un texte de l’abbé Simoulin (FSSPX) de 2001 sur le sens de l’Eglise et l’amour de Rome :
Tout a priori, tel que « il n’y a rien à attendre de Rome » ou « Rome revient à la Tradition », étant à éviter, et chacun devant être toujours disposé à corriger honnêtement ce qu’il croyait être une certitude, ces considérations voudraient nous aider simplement à ne pas perdre le sens de l’Église avec l’amour de Rome, et, avec la grâce de Dieu, aider, peut-être, quelques confrères à raison garder.
Conserver le sens de l’Église
En effet, depuis des années, nous avons l’habitude de parler de la Rome éternelle et de la Rome moderniste, de l’Église catholique et de l’Église conciliaire, de la religion catholique et de la religion d’Assise, etc…deux Rome, deux églises, deux religions qui s’opposent et s’affrontent, n’ayant apparemment rien de commun entre elles. Ces formules sont excellentes. Elles rendent compte avec vigueur du drame que vit l’Église depuis quarante ans. Elles sont suggestives et justes, mais dans les limites de l’analogie. Si l’on en force le sens, elles peuvent en effet devenir source de terribles confusions, et engendrer un manichéisme dont le sens de l’Église, la foi dans sa divinité et le simple sens du surnaturel seront les premières victimes. En effet, il est évident que ni Rome, ni l’Église ne sont des substances ou des suppôts, mais elles sont des sociétés, des êtres moraux dont l’unité consiste dans l’unité de la foi, de l’espérance et de la charité, dans la communauté de pensée et de vouloir ordonnés à la même fin : le règne de Notre Seigneur Jésus Christ et le salut des âmes en vue de la gloire de Dieu. Ce qui fait l’Église est la présence en elle de l’Esprit-Saint, âme de l’Église, corps mystique de Jésus-Christ. Nous ne pouvons donc pas concevoir deux entités parfaitement distinctes, bien individuées et identifiables, mais plutôt un être moral unique, le seul réel, l’Église catholique, mais empoisonné aujourd’hui par un esprit étranger et ennemi qui tend à le corrompre et à le détruire.
De fait ni la Rome moderniste, ni l’Église conciliaire n’ont un être distinct et séparé de celui de la Rome éternelle et de l’Église catholique. Elles ne peuvent en avoir, comme le mal ne peut exister qu’en empruntant son être au bien qu’il veut détruire, et qu’il ne peut détruire sans se détruire lui-même. Qu’est-ce en effet que l’Église conciliaire ? Rien d’autre que la défiguration de l’Église catholique par le Concile et ce qu’il y a d’étranger à l’esprit catholique dans l’esprit du concile. Sous ce que nous appelons l’Église conciliaire, demeure toujours l’Église catholique, notre mère, ensevelie, endormie et plus ou moins réduite au silence. [Lire la suite]
A quand un vrai dialogue entre catholiques attachés à des formes différentes de l’ordo missae ?
Dom Jean Pateau, Abbé de Notre-Dame de Fontgombault, l’abbé Pierre Amar, prêtre diocésain, Christophe Geffroy, Directeur de La Nef, Gérard Leclerc, écrivain, signent une tribune dans La Croix à l’occasion de la semaine pour l’unité des chrétiens. Ils appellent à « l’estime mutuelle » entre les catholiques attachés à la forme ancienne de la liturgie et les autres. Extrait :
« Promouvoir la restauration de l’unité entre tous les chrétiens est l’un des buts principaux du Concile ». Tels étaient les premiers mots du décret sur l’œcuménisme de Vatican II. Depuis, on a appris la méthode : dialoguer, s’écouter, s’estimer mutuellement. Accepter parfois ses différences, ne pas les nier. Prier ensemble souvent. Nous avons appris que l’œcuménisme est affectif avant que d’être dogmatique ou juridique. Nous avons aussi compris que l’unité des chrétiens est vitale pour la crédibilité même de l’Évangile.
Le chef des députés européens RN, Jérôme Rivière, rejoint Eric Zemmour et annonce que d’autres parlementaires RN feront pareil
Selon Europe 1, Jérôme Rivière, chef de la délégation Rassemblement national au Parlement européen, devrait officialiser son ralliement à Eric Zemmour sous peu [Ce sera jeudi matin à 7h40 sur RMC] et serait nommé vice-président et porte-parole du parti Reconquête. Le média Livre Noir précise :
Dans une interview au Parisien, l’intéressé déclare : « l’incapacité que le RN a montrée à gagner ces élections régionales est la démonstration flagrante que Marine Le Pen n’est pas en situation de gagner l’élection présidentielle (…) Elle ne fait plus que de la politique depuis trop longtemps. Eric Zemmour choisit, lui, d’entamer le combat politique parce qu’il a un projet d’espoir pour la France. Il a suscité un enthousiasme important et a fait un choix courageux. J’ai le devoir d’en faire un aussi (…) Il est parfois radical car il pose les termes politiques de façon crue, mais en rien brutale. Il a cette capacité de rassemblement que n’a pas Marine Le Pen. Il peut faire ce qu’il appelle “l’union des droites” entre des conservateurs et des populistes ». Quant au ralliement d’autres membres du RN celui-ci poursuit : « J’ouvre le chemin. Non seulement j’appelle d’autres élus à le rejoindre, mais je sais que d’autres parlementaires RN suivront dans les semaines qui viennent ».
Chef d’entreprise et avocat, Jérôme Rivière était l’un des derniers apôtres de l’union des droites au sein du RN. Il a pourtant commencé sa carrière politique à l’UMP, en 2002, comme député des Alpes Maritimes. Il soutient Philippe de Villiers en 2007, se présente sans investiture et sans succès contre Éric Ciotti aux législatives, fait un petit tour chez Libertas, avant de rejoindre les rangs du Front National, en 2015. Opposant vigoureux à Florian Philippot, à la ligne comme à l’homme, il est l’un des premiers à décocher les coups à la chute de l’ancien bras droit de Marine Le Pen. Élu député européen en 2019, il profite de sa présidence de groupe et de son aisance en anglais (il a épousé une femme de nationalité américaine) pour établir des relations privilégiés avec Steve Bannon. Spécialisé dans les questions de Défense, on ne sait pas encore quel place lui réserve Éric Zemmour dans son organigramme.
Valeurs actuelles confirme l’information concernant le ralliement d’autres parlementaires RN :
L’entourage d’Éric Zemmour a d’ailleurs glissé à Europe 1 que d’autres eurodéputés RN devraient également rejoindre leur camp dans les prochaines semaines.
Le JDD ne se trompait pas en novembre 2021 lorsqu’il évoquait la possibilité pour les cadres écartés ou purgés par Marine Le Pen des instances du RN de rejoindre Eric Zemmour. Aux côtés de Jérôme Rivière, le JDD citait Stéphane Ravier et Nicolas Bay.
Une attraction motivée par les études d’opinion, mais aussi par le ressentiment accumulé, au fil des ans, par certains dirigeants du parti (…). Pour Marine Le Pen, le cocktail est explosif. “Elle a créé un champ de ruines autour d’elle, se délecte un ex-RN qui participe désormais à la campagne de Zemmour. Il ne faut pas qu’elle s’étonne que ses cadres nationaux soient nombreux à se poser des questions.”
L’ignorance de Yann Raison du Cleuziou
Bernard Antony, directeur de la revue Reconquête, président du Centre Charlier et de Chrétienté-Solidarité, président de l’Agrif communique :
« Je lis ce mercredi avec stupéfaction l’extrait me concernant de l’entretien donné à Libération par le maître de conférence bordelais Yann Raison du Cleuziou.
Ce dernier déclare :
« A l’époque, le Front National comptait dans ses rangs des catholiques, mais c’étaient surtout des intégristes, rassemblés autour de Bernard Antony et du journal Présent. Ceux-ci étaient à l’écart de l’Eglise institutionnelle car ils avaient suivi, en 1988, Monseigneur Marcel Lefebvre lors de son schisme avec Rome. »
Manifestement, si Mr Raison de Cleuziou n’hésite pas à parler, il ne connait strictement rien des positions que je défendis à cette époque là, de fidélité à Rome et particulièrement à Jean-Paul II que j’admirais.
Ceci me valut la vive réprobation des partisans de Mgr Lefebvre et de Monseigneur Lefebvre lui-même, diffusant contre moi une lettre de vive réprobation.
Mr Raison du Cleuziou n’a manifestement rien lu de tout ce qui constitua alors l’important dossier de presse à propos du sacre de quatre évêques par Mgr Lefebvre et des ruptures qui s’en suivirent.
– Il ne sait rien de l’importante réunion tenue à cette époque au monastère de Fongombault et à laquelle j’étais un des rares « laïques » à avoir été convié.
-Il ne sait rien de la création en cette occurrence de la Fraternité Saint Pierre auprès de laquelle il aurait pu s’enquérir de ce qu’il en fut.
-Il ne sait rien de ce qu’après une petite période de réflexion, Dom Gérard, le fondateur du monastère du Barroux, et père spirituel du centre Charlier décida également de ne point suivre Mgr Lefebvre et de même, un peu plus tard, mon ami Jean Madiran directeur de la revue Itinéraires et du journal Présent dont nous étions parmi les cinq fondateurs.
Mr Raison du Cleuziou, s’il était comme il s’en targue un « politiste », donc un chercheur, irait consulter le numéro 1638 du jeudi 18 août 1988 du quotidien Présent.
Il y trouverait en encadré de page 3 la liste des documents selon leur chronologie ayant trait à « l’affaire des sacres ».
Il y trouverait sur cinq colonnes sous le titre « Feu vert pour le monastère du Barroux », la déclaration de Dom Gérard.
Il y trouverait la mention de Monseigneur Perl chargé au Vatican des relations avec le monastère, avec la Fraternité Saint Pierre et les institutions du catholicisme traditionnel et notamment du Centre Charlier et de son pèlerinage de Chartres.
En raison de ma prise de position et de ce qu’elle entraîna Mgr Perl m’adressa de vifs remerciements.
Mais quoi qu’il en fut, je n’avais jamais été un « intégriste » ayant toujours médité la fondamentale distinction évangélique entre ce qu’il faut « rendre à César » et ce qu’il faut « rendre à Dieu ».
Cela ne m’a jamais empêché d’avoir par delà nos désaccords, de la considération pour mes frères catholiques qualifiés d’intégristes. Même si je n’ai pas été épargné par certains d’entre eux…Mais je leur pardonne volontiers.
En revanche, le sieur « politiste » Yann Raison Du Cleuziou, pour avoir dit à Libération l’exact inverse de ce qui fut, à l’évidence sans la moindre connaissance, sans la moindre recherche, sans avoir lu quoi que ce soit de moi sur la question, sans m’avoir jamais interrogé, m’oblige à faire observer qu’il s’est ainsi, professionnellement totalement disqualifié.
Tant qu’il n’aura pas formulé dans Libération l’aveu de sa grossière erreur, ses étudiants seront fondés à ne pas prendre au sérieux ce drôle de politiste !
La folie de l’avortement : rejeté au Sénat, proposé à Strasbourg
Dans son discours d’introduction de la présidence française devant les députés au Parlement européen, Emmanuel Macron a déclaré :
Dans cet esprit, je souhaite que l’on consolide nos valeurs d’Européens qui font notre unité, notre fierté et notre force. 20 ans après la proclamation de notre Charte des droits fondamentaux, qui a consacré notamment l’abolition de la peine de mort partout dans l’Union, je souhaite que nous puissions actualiser cette charte, notamment pour être plus explicite sur la protection de l’environnement ou la reconnaissance du droit à l’avortement. Ouvrons ce débat librement avec nos concitoyens de grandes consciences européennes pour donner un nouveau souffle à notre socle de droits qui forge cette Europe forte de ses valeurs qui est le seul avenir de notre projet politique commun. Cette singularité que j’évoque, c’est aussi un rapport à la solidarité unique au monde. Nos sociétés ont ceci de singulier qu’elles ont inventé avec l’Etat providence un système de protection pour chacun face aux risques de l’existence. C’est un legs de nos démocraties européennes. Et cette pandémie a montré que la solidarité, loin d’être une faiblesse, est une force incomparable.
Ce soi-disant droit n’entre pas dans les compétences de l’UE.
Il a souhaite également «acter d’un accueil partagé solidaire entre les États membres» concernant les immigrés. Un enfant à naître a moins de droits que les migrants.
Au Sénat, la Proposition de loi Gaillot a été rejetée par une motion votée par 202 sénateurs.
#DirectSénat La Présidente de séance annonce les résultats du scrutin public : 343 votants, 340 suffrages exprimés. La motion N°2 est adoptée avec 202 voix pour. La Proposition de loi Renforcer le droit à l'avortement est donc rejetée. #IVG pic.twitter.com/E3RnHiCW8E
— Gènéthique (@Genethique) January 19, 2022
Donald Trump passe à la contre-offensive
D’Alain Sanders dans Présent :
Son premier meeting de rentrée à Florence, Arizona, le 15 janvier dernier, a donné le ton : la machine de guerre trumpiste est en marche. Le prochain meeting se tiendra au Texas, autant dire en terre promise…
A relever que les médias français, qui, pendant le mandat de Trump, nous ont gavés jour après jour d’articles haineux à son égard, sont désormais, en ce qui concerne l’actualité des Etats-Unis, d’une discrétion de violette. Comme s’il ne s’y passait plus rien de notable. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur la débâcle des démocrates et les foirades de Biden.
Ils vont peut-être se réveiller dans les semaines à venir. Pour crier « au loup ». A savoir le retour plus que probable de Trump et un rematch décisif avec Biden. En novembre prochain va se tenir ce que les Américains appellent les midterms (les élections à mi-mandat). Une première grande occasion (après, déjà, la victoire éclatante des républicains en Virginie récemment) de renvoyer Biden et les siens dans leurs buts.
Les sondages ne sont que des sondages, certes. Il n’empêche que tous – et même ceux commandés par les démocrates ou le très gauchard Washington Post – indiquent qu’il y a longtemps (un demi-siècle au moins) qu’un président des Etats-Unis et son vice-président (en l’occurrence l’ectoplasmique Kamala Harris) n’avaient été aussi bas dans l’opinion publique.
Consultée pat le Huffington Post (qui voue une haine rabique à Trump), la politologue Marie-Christine Bonzom explique : « Biden et Harris sont dans les limbes. L’économie, l’inflation, la lutte contre le Covid, la crise migratoire avec le Mexique et surtout le fiasco de l’Afghanistan, tout cela a fragilisé leur réputation. »
Pour se rassurer, les démocrates expliquent que Trump est interdit à vie sur Twitter, écarté de Facebook pour au moins deux ans encore, banni des réseaux sociaux, et donc efficacement muselé. C’est compter sans Truth Social, la plate-forme mise en place par Trump : opérationnelle à partir de mars de cette année, elle contournera sans problème la censure. D’autres parient sur son âge (il aura 78 ans en 2024) et vont même jusqu’à souhaiter – certains l’ont exprimé publiquement – qu’un des variants covidesques ait raison de lui. Les braves gens… […]
La douceur du Bon Pasteur ou l’art de conduire le troupeau
De Benoît de Rougnoux pour Le Salon beige :
Au nom de la spiritualité de la communion, on retranche.
Ils sont nombreux les exclus, les laissés pour compte, les naufragés de la vie à avoir trouvé leur famille spirituelle dans une paroisse ou un apostolat attaché à ce que l’on appelait la forme extraordinaire du rite romain.
Ils sont nombreux les jeunes à être attachés à leurs prêtres et à la messe tridentine. Et ils ne sont pas sots. Et ils ne manquent pas de Sensus Ecclesiae, ils ont la foi catholique chevillée au corps et le pape en photo dans leur missel…
On pourrait pourtant se demander si ces fidèles ont encore le droit d’être traités en humains. On peut se le demander quand on voit la dureté de certains pasteurs à leur endroit, sans raison véritable. Quand on pense que des évêques laissent des lieux de cultes à des chrétiens d’autres confessions.
Qu’ont fait les tradis contre la foi et les mœurs ? (Cf Monseigneur, quel dédommagement pour un juste relèvement ? – Le Salon Beige) Ne méritent-ils pas d’être traités comme des êtres humains dans l’Eglise ? Que diraient les fidèles et prêtres de l’Opus Dei si on supprimait l’Opus Dei ? Que diraient les fidèles et prêtres du Chemin Néo-catéchuménal si on supprimait le Chemin ? Que diraient les Assomptionnistes si on supprimait leur institut ? Que diraient les Maronites si on leur demandait de rejoindre la latinité ?
Et après, on va les accuser de violence, de radicalisation, quand, en ces temps difficiles de COVID et de crise morale et spirituelle où il est si difficile d’éduquer des enfants, on veut les arracher à leurs points de stabilité dominicaux/scolaires et catéchétiques ?

Parce que Saint Jean-Paul II a demandé :
« On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l’usage du missel romain selon l’édition typique de 1962 » (Ecclesia Dei)
Parce que Benoît XVI affirmait
« ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous » (Summorum Pontificum)
Parce que des milliers de personnes se sont converties dans le cadre liturgique du rite ancien et qu’il est d’une violence incomparable, dans un monde si difficile, de leur retirer cet environnement qui accompagne la maturation de leur foi. Quel scandale de les priver ainsi de cette grâce ! Quelle responsabilité devant Dieu que de prendre le risque de les désorienter gravement ! Oui, quelle responsabilité devant Dieu si une seule de ces âmes se perdait à cause d’un tel traumatisme !
Parce que des centaines de jeunes en formation se prépare à devenir prêtre et célébrer selon les livres liturgiques de Saint Jean XXIII, et que les vocations solides ne sont pas légions…
Parce que des milliers de prêtres diocésains se réjouissent de célébrer régulièrement la messe selon les rites anciens…
Parce que plus d’un million de fidèles, religieux et religieuses se nourrissent chaque jour dans le monde avec les livres liturgiques de Saint Jean XXIII.

Parce que la cause œcuménique est radicalement mise à mal avec cette décision, les réactions outrées des orthodoxes sont tellement nombreuses. Quelle confiance accorder à la hiérarchie catholique quand elle revient sur une promesse ??
Et parce que des milliers de familles s’engagent pour créer des écoles, qu’elles mettent beaucoup de leurs économies pour permettre à leurs enfants de grandir dans un contexte catholique (triptyque famille, paroisse, école), n’hésitant pas à faire de nombreux kilomètres pour que leurs enfants reçoivent un catéchisme catholique, parce que les communautés sont le plus souvent très ouvertes et accueillantes (la diversité sociologique des fidèles est une évidence).
Ce que certains appellent un repli sur soi est la plupart du temps un souci que la jeunesse catholique soit tenue le plus loin possible de la pornographie, de la drogue, de l’immoralité, avec un réel pragmatisme pour que, sans les couper de la réalité, des filtres existent pour le bien des enfants.
Faut-il donc penser que l’engagement et les propos de Saint Jean-Paul II et de Benoît XVI sont insensés ?
Pourquoi tant de vocations et des familles de plus en plus nombreuses attachées au rite tridentin ? Cela est une vraie question et un signe du Saint-Esprit manifestement.
Faut-il donc penser que le message du Pape François aux prêtres de la Fraternité Saint-Pierre à l’occasion de ses 25 ans était une fake new ? Voici les termes de ce message pontifical :
« Qu’en célébrant les mystères sacrés selon la forme extraordinaire du rite romain et les orientations de la Constitution sur la Liturgie Sacrosanctum Concilium, ainsi qu’en transmettant la foi apostolique telle qu’elle est présentée dans le Catéchisme de l’Église catholique, ils contribuent, dans la fidélité à la Tradition vivante de l’Église, à une meilleure compréhension et mise en œuvre du Concile Vatican II… »
Pourquoi tant de relativisme pour les uns et tant de dureté pour les autres ?
Benoît XVI écrivait aux évêques :
« Votre charité et votre prudence pastorale serviront de stimulant et de guide pour perfectionner les choses… Je vous invite en outre, chers Confrères, à bien vouloir écrire au Saint-Siège un compte-rendu de vos expériences, trois ans après l’entrée en vigueur de ce Motu proprio [Summorum Pontificum]. Si de sérieuses difficultés étaient vraiment apparues, on pourrait alors chercher des voies pour y porter remède. »
Trois années après, les évêques n’ont pas écrit : c’est donc qu’il n’y avait pas des problèmes si graves que cela… Et c’est maintenant, 15 ans après, alors que les communautés attachées au missel tridentin sont toujours plus nombreuses, recevant de leurs évêques et de leurs prêtres les sacrements de l’Eglise, c’est maintenant que tout devrait s’arrêter ?
Oui, nous aimons entendre la promesse, que dis-je, la garantie prononcée par Saint Jean-Paul II, pape canonisé par François :
« A tous ces fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine, je désire aussi manifester ma volonté – à laquelle je demande que s’associent les évêques et tous ceux qui ont un ministère pastoral dans l’Eglise – de leur faciliter la communion ecclésiale grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs aspirations. » (Ecclesia Dei)

Pour conclure, il est bon de conclure sur cet extrait du message du pape François cité plus haut :
« Dans un grand esprit d’obéissance et d’espérance, ses fondateurs se sont tournés avec confiance vers le successeur de Pierre afin d’offrir aux fidèles attachés au Missel de 1962 la possibilité de vivre leur foi dans la pleine communion de l’Église. Le Saint-Père les encourage à poursuivre leur mission de réconciliation entre tous les fidèles, quelle que soit leur sensibilité, et ainsi à œuvrer afin que tous s’accueillent les uns les autres dans la profession d’une même foi et le lien d’une intense charité fraternelle. »
Tout est dit.
Que Dieu protège chaque brebis de son troupeau et qu’il donne une longue vie au Saint Père.
Benoît de Rougnoux
Djack Lang et Frédéric Haziza dissertent avec petits fours et sirops suaves à propos de l’exposition sur les Juifs d’Orient
L’exigence du première main, comme on dit en Histoire, rend parfois nécessaire quelques sacrifices. Comme de passer trois quarts d’heure à écouter Djack Lang (DL), Président de l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris, et Frédéric Haziza (FH), journaliste, ayant échangé le 9 janvier 2022 flatteries réciproques et propos sirupeux à propos de l’exposition organisée par l’IMA : Les Juifs d’Orient.
La même exigence du première main oblige à dire que nous n’avons pas vu l’exposition elle-même (et nous le regrettons d’ailleurs). Mais Juifs d’Orient, même sur une longue durée de 26 siècles comme souligné par DL, cet intitulé rappelle forcément à un esprit moyennement averti un certain nombre de notions de base.
Nous avons d’ailleurs déjà traité du discours prononcé à l’occasion de l’inauguration le 22/11/2021 de cette exposition par un M.Macron très en forme : Djack avoue même dans l’entretien qu’il aurait aimé avoir fait ce discours !
Et donc, nous voulions comprendre la présentation que faisait Djack lui-même de ce qui est un peu son exposition.
Le déroulement de cet entretien est un peu inattendu. M.Haziza, face à un spécialiste reconnu de l’ego, a en fait préparé tout un déroulement sirupeux, épais, qu’il lit sans à peine prendre la peine de regarder son interlocuteur. Il s’ingénie souvent à faire à la fois les questions et les réponses, laissant de temps en temps des blancs pour laisser DL s’exprimer ; ce que ce dernier, sûr d’un niveau quand même hors concours, fait avec bonhomie et patience. FH à DL : « Je sais que vous êtes quelqu’un de sensible », « vous êtes un homme de culture », « vous êtes un intellectuel » ; DL à FH : « vous dîtes très bien les choses en quelques mots ». On ne peut pas être plus suave, tout baigne.
Parce que, de cette histoire longue des Juifs d’Orient, les deux compères sont d’accord pour présenter un tableau idyllique, en particulier pour ce qui ressortit de la confrontation entre Juifs et musulmans.
Bien sûr, FH reconnaît, comme en passant (14’), que « les juifs [étaient présents à Médine] jusqu’en 628, date à laquelle ils ont été chassés » avec une voix pleine de bienveillance et d’empathie ; et DL de s’extasier :
« des tribus juives très importantes ont vécu là pendant des siècles. Et puis un jour s’est produite la rencontre entre Mohamed et les tribus juives, d’abord l’entente puis en conflit. D’ailleurs dans le Coran, la bataille de Rhaybar est citée ».
Et enfin, FH de surenchérir, toujours avec une voix sucrée (19’) : « persécutions, souffrances, conflits, et ça c’est bien mis en valeur ». Au fait, persécutions de qui ? Par qui ? Souffrances de qui ? Tout est évoqué et rien n’est oublié, paraît-il mais rien n’est précisé.
Parce que les propos sont balancés, équilibrés, présentant presque toujours à égalité les deux communautés en présence. Verbatim de quelques dialogues :
FH (à 6’) :
« et puis les relations avec les autres religions et notamment avec l’islam. Vous parlez de l’Andalousie, c’est justement le lieu où l’islam et le judaïsme se sont rencontrés. Et c’est aussi le récit d’une longue coexistence tour à tour harmonieuse et conflictuelle ».
Réponse de DL :
« Il y a eu la rencontre, l’échange, le dialogue, l’hostilité, l’animosité, le rejet. Aujourd’hui, je crois que beaucoup se rendent compte à quel point les moments de confluence, d’échange, ont été les moments forts et beau ».
Et encore FH (7’) :
« On voit le judaïsme, les juifs d’orient, des rives de l’Euphrate au plateau de l’Atlas, de leur expulsion d’Espagne à leur essor dans l’empire ottoman, puis de leur exil du monde arabe à la suite de l’influence croissante de l’Europe en Méditerranée, tout y est évoqué, rien n’est oublié ».
Et un peu plus loin de s’extasier : « on voit des synagogues qui se ressemblent d’un pays à l’autre », et encore : « on voit combien la culture judéo-arabe est encore bien vivante aujourd’hui ».
Paysage idyllique.
Alors précisons un peu les événements de 628 et en particulier cette bataille de Khaybar, facteur d’intense satisfaction languienne. Nous prenons notre source dans le livre tout récent de l’islamologue Marie-Thérèse Urvoy : Islam et islamisme. Frères ennemis ou frères siamois ? (Artège, 2021) :
« Le Coran de l’époque médinoise développe le thème de la guerre et du combat. En effet, les débuts sont difficiles pour la communauté naissante… Les premiers musulmans forment une communauté démunie. Le climat de dépression et d’échec qui devient un réel danger pour la foi décide Muhammad à passer à l’offensive. Dès lors, il mène un combat, étayé par des versets « descendus » pour la circonstance [et Mme Urvoy de citer en référence les versets 8, 55-60 ; 59, 2 puis de continuer] :
-
Contre les Mecquois et leurs caravanes pour subvenir aux besoins des croyants, tout en se vengeant de ceux qui les ont chassés de leur maisons ;
-
Contre les juifs de Médine car, porté par ses succès contre les Mecquois, Muhammad se retourne contre ceux des juifs qui sont soupçonnés de pactiser avec ses ennemis. Il les expulse de chez eux. Leurs biens confisqués lui reviennent non en butin de guerre mais à titre personnel… Finalement, Muhammad s’en prend à la dernière tribu juive, l’assiège et obtient sa reddition sans condition ; la Sîra affirme que seuls quatre juifs se convertissent, tous les autres (neuf cents hommes) sont décapités, les femmes et les enfants vendus comme esclaves ; leurs prix sont distribués aux croyants » (pp 84/85).
Pour ampliation conforme, comme on dit dans l’administration, voilà les versets référencés de la sourate 8 (toujours le première main…):

Comme souvent dans le Coran, le verset 61 apparaît plus conciliant :

Mais, comme toujours dans les terres d’islam, ce n’est qu’au prix d’une acceptation d’un statut inférieur conforme à la loi islamique. On aimerait savoir si le statut de dhimmi est évoqué dans l’exposition elle-même.
Juste pour information complète, la citation de la sourate 59 n’est pas plus engageante :

Mais revenons à nos 900 Juifs décapités : on aimerait aussi savoir s’ils sont cités dans l’exposition. Sans doute puisque FH précise (33’) :
« Notre ennemi, c’est les clichés, les mensonges, les contrevérités ».
Quant à la fameuse prise de Khaybar, elle est plus précisément décrite dans un article Les combats de Mahomet: escarmouches, grandes batailles et crimes de guerre publié en 2015 sur le site Questions d’islam. L’article commence par la bataille de Nakhla en 624 et arrive (épisode 9 quand même) à la prise de Khaybar en mars 628. Celle-ci fait suite à l’exécution des Juifs mâles décrite par Mme Urvoy (qui donne à Mahomet la maîtrise de Médine et lui permet d’échafauder un projet d’expansion au-delà de la cité) :
« Khaybar est une cité importante et stratégique à 200 km au nord de Médine, protégée par des fortins. Peuplée de tribus juives et d’arabes hébraïsés, rejointe par les déportés juifs de Médine, la ville est réputée pour ses richesses… Les musulmans lancent l’offensive, les assiégés sont reclus dans les fortins. Au bout d’un mois, les fortins capitulent les uns après les autres. Les musulmans saisissent un important butin, s’approprient les terres agricoles et réduisent la population en esclavage. Mahomet remarque une jeune habitante de 17 ans, Safiyya, qu’il s’autorise à « acheter » pour 10 têtes de bétail. La jeune femme se cachant, il torture son mari pour qu’il révèle sa cache, et liquide le malheureux en lui coupant le cou. Le prophète des musulmans marie de force la jeune veuve ».
Et le même article de finir en citant l’islamologue René Marchand, pour parachever l’enchaînement de ces épisodes :
« Des Juifs demeureront en Arabie jusqu’à l’arrivée au pouvoir suprême de Omar’, en 632. Le terrible calife leur interdira l’exercice de leur culte, puis, assurant réaliser la dernière volonté exprimée par le Prophète sur son lit de mort, les chassera ».
Mais FH, tout à son extase sucrée, déclare encore (35’) : « cette exposition nous parle aussi de coexistence, d’enrichissement éclairé, d’influence mutuelle, d’échanges entre monothéismes ». A considérer ces prémisses, on aimerait être sûr que l’exposition donne quelques aspects chiffrés de la population juive dans ces terres d’Orient, en pourcentage de la population totale depuis un peu plus d’un millénaire.
Dans ce dialogue, l’Etat d’Israël n’est jamais spécifiquement cité. Même quand il est question des accords d’Abraham (25‘). Et sauf quand FH cite une pétition récemment publiée d’intellectuels arabes contre l’exposition.
Le contenu est résumé par FH : [il s’agit d’une]
« tentative de présenter Israël et son régime de colonisation et de peuplement et d’apparaître comme un état normal, parce que des œuvres viennent de musées israéliens ».
Voilà un extrait de cette pétition pilotée par un organisme oeuvrant pour le boycott d’Israël :
« Puis sont venues les dangereuses déclarations de Denis Charbit, un des membres du comité scientifique de l’exposition « Juifs d’Orient » qui se tient à l’Institut. Il a dévoilé que l’Institut du Monde Arabe coopère avec des institutions israéliennes impliquées dans l’appropriation de la culture arabo-palestinienne et de la culture juive-arabe. Israël, avec l’aide du mouvement sioniste mondial, s’est non seulement rendu coupable du nettoyage ethnique de la majorité de la population palestinienne indigène, en colonisant sa terre et en pillant une partie de sa culture et de son patrimoine arabes. Il s’est aussi approprié la composante juive de la culture arabe, en la présentant comme sioniste, puis israélienne, avant de l’arracher à ses véritables racines pour l’employer au service de son projet colonial dans la région. Pourtant la culture des Juifs arabes fait partie intégrante de la culture arabe et la couper de ses racines est la négation d’une partie de la mémoire et de l’histoire arabes ».
Sans doute un nouvel exemple de cette capacité des terres d’Orient à la coexistence, à l’enrichissement éclairé, et aux échanges entre monothéismes…
Le plus intéressant est alors la réaction de DL. Suspecter Djack d’une position pro-israélienne lui semble insupportable. Au lieu de reconnaître les emprunts faits à des institutions israéliennes, Djack s’empresse d’abord d’en minimiser l’impact : pensez-donc, l’IMA n’a emprunté que « 3 ou 4 œuvre sur 300 ». Une polémique pour si peu, c’est ridicule !…
D’autant plus que, second réflexe, Djack s’empresse de rappeler son CV forcément irréprochable : « J’ai contribué moi-même à mettre en lumière la culture palestinienne comme personne. Nous devrions publier [bientôt] un livre : « Ce que la Palestine a apporté au monde ». » (L’annonce de cette publication sous le haut patronage de cette grande conscience de gauche fait déjà saliver). Et par ailleurs, arriver à parler des juifs d’Orient sans parler de l’Etat d’Israël confine quand même au tour de force ; tout en étant capable de faire la distinction entre Juifs d’Orient et Juifs en Orient. Peut-être est-ce simplement dû au fait que, lors de la création de l’Etat d’Israël, il n’y avait plus en Orient un seul juif pour s’y rassembler ? On aimerait là encore savoir ce qu’en dit l’exposition.
En tout cas, cette polémique est jugée « dérisoire et attristante » par un Djack visiblement peiné (cauteleux, FH lui demande à plusieurs reprises s’il se sent meurtri).
Et pour démontrer toute la convergence entre Djack et M.Macron (qui, lui, entendait des harmoniques, vantait la mémoire plurielle et foisonnante, le tressage et l’hybridation !), rappelons que la France a donné sa voix, le 1er décembre 2021 à une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies qui affirme que les Lieux saints de Jérusalem sont exclusivement musulmans.
La fin de l’entretien est totalement consensuelle : il s’agissait de se mettre d’accord pour considérer qu’Eric Zemmour est le nouveau diable. Trop facile. A se demander si M.Zemmour n’est pas le vrai responsable de l’éviction manu militari des Juifs de la péninsule arabique au millénaire précédent.
M.Frédéric Haziza est journaliste à Radio J, radio communautaire juive. Nous sommes très favorablement impressionnés par les capacités de cette communauté au pardon. Néanmoins, cela excuse-t-il l’aveuglement ou le masochisme (ou les deux) ?
Gageons que les sages ne se dédieront pas et censureront un texte particulièrement déséquilibré
Dans une tribune publiée dans Valeurs Actuelles, Benoît Sévillia, avocat au barreau de Paris, estime que le passe vaccinal ne peut qu’être retoqué par le Conseil constitutionnel :
« C’est le fait qui fait le droit », ne cessait de répéter Tiennot Grumbach, qui fut l’un des plus brillants avocats du syndicalisme en France, jugeant que la norme de droit ne pouvait tomber du ciel mais qu’elle devait comme le blé, « pousser par le bas ».
Alors qu’il est désormais établi que la vaccination n’empêche pas d’être contaminé et de transmettre la maladie (le ministre, triple dosé, Olivier Véran en étant l’exemple le plus récent), qu’il est encore acquis qu’elle n’a une efficacité médicale certaine que pour une part ciblée de la population, fragile ou âgée de plus de soixante ans, le dispositif juridique d’exception conditionnant pour tous l’accès aux moyens de transport et aux restaurants, l’exercice d’activités de loisirs et sportives à la détention obligatoire d’un passe vaccinal élargi aux mineurs ne semble répondre à aucune nécessité, si l’on en croit les faits.
Il devrait en conséquence être censuré par le Conseil constitutionnel.
Probablement soumis à la pression orchestrée habilement par le gouvernement, il apparaît de toute évidence que le législateur n’a pas su assumer son rôle, consistant à assurer la conciliation entre l’objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé et le respect des droits et libertés constitutionnellement garantis.
Ainsi que l’avait rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2021-824 DC du 5 août 2021,
« parmi ces droits et libertés figurent la liberté d’aller et de venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration de 1789, le droit au respect de la vie privée garanti par cet article 2 ».
Si la remise en cause de la liberté d’aller et de venir ne touchera que les personnes ne disposant pas d’un schéma vaccinal complet nécessaire pour obtenir un passe vaccinal, c’est bien la vie privée de l’intégralité de la population qui sera mise à nue et soumise à un droit de contrôle permanent.
Une voix éminente de la communauté scientifique, le professeur Éric Caumes, chef de service en maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière, n’y a pas été par quatre chemins en affirmant sur Europe 1 que « d’un point de vue épidémiologie, santé publique, médical », le passe vaccinal « c’est clairement une erreur ».
Partant de ce premier postulat selon lequel le passe vaccinal ne serait pas un outil destiné à la protection de la santé, rien ne peut justifier qu’il puisse entraîner de lourdes restrictions sur des droits et libertés constitutionnellement garantis.
Si l’on devait objecter que la vaccination répond en partie à une nécessité de protection de la santé publique en ce qu’elle préserve les personnes dites à risque de développer une forme grave de la maladie, l’instauration du passe vaccinal reste une mesure disproportionnée en ce qu’elle ne semble pas poursuivre un but légitime.
Dès lors que le passe vaccinal est en effet désormais assumé comme une mesure strictement politique et non médicale, le président Macron ayant même avoué qu’il permettait d’« emmerder jusqu’au bout les non-vaccinés », on ne voit pas bien en quoi ce motif semblant peu légitime obligerait désormais l’intégralité de la population à se justifier en tous lieux devant le premier venu de son schéma vaccinal complet, et même de son identité, contrôle jusqu’alors réservé aux agents de police.
Sachant que les chiffres implacables de l’épidémie (plus de 300 000 contaminations par jour depuis deux semaines malgré un taux de couverture vaccinal record) attestent que la transformation du passe sanitaire en passe vaccinal n’empêchera en rien la propagation de la maladie.
Le 5 août 2021, le Conseil constitutionnel avait validé le passe sanitaire malgré ses multiples atteintes aux libertés fondamentales en jugeant qu’il poursuivait un objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé car il remplissait trois critères : « En l’état des connaissances scientifiques dont il disposait, les risques de circulation du virus de la covid-19 sont fortement réduits entre des personnes vaccinées, rétablies ou venant de réaliser un test de dépistage dont le résultat est négatif », qu’il n’instaurait pas « une obligation vaccinale », et qu’enfin il ne nécessitait pas « la présentation de documents d’identité que lorsque ceux-ci sont exigés par des agents des forces de l’ordre ».
Ces critères n’étant plus remplis (constat de la circulation importante du virus entre personnes vaccinées, reconnaissance de la création d’une obligation vaccinale déguisée par le gouvernement et ouverture à tous des contrôles d’identité), le Conseil constitutionnel ne pourra que censurer le passe vaccinal, outre que les restrictions apportées aux libertés fondamentales apparaissent d’autant plus excessives que la maladie qu’il est censé combattre présente un taux de létalité très faible, de l’ordre de 0,1 %, comme le rappelait encore récemment l’urgentiste Gérald Kierzek dans le Figaro.
« La police ne doit pas tirer sur les moineaux à coups de canon », écrivait le juriste allemand Fleiner pour illustrer le principe de proportionnalité.
Gageons que les sages ne se dédieront pas et censureront un texte particulièrement déséquilibré qui donne le sentiment que l’État adopte des mesures particulièrement excessives au regard du bénéfice attendu, n’hésitant pas à se montrer injustement fort avec les faibles, politique cautionnée par un personnel politique qui semble ne pas réaliser la situation d’extrême fragilisation du corps social après deux années de législation d’exception, et les risques de violence inhérentes à la stigmatisation d’une partie de la population délibérément assumée par le chef de l’État.
la constitution d’un bloc LR-LREM va considérablement fausser la prochaine élection présidentielle
De François Billot de Lochner :
Nous l’écrivons et nous le disons depuis des années : la collusion entre les Républicains et La République En Marche est avérée. Bien entendu, notre vie politique se résumant à la seule communication, les effets de manches des uns et des autres peuvent laisser imaginer qu’ils s’opposent. Un nouvel exemple, extraordinaire celui-là, montre à quel point ces deux partis marchent la main dans la main.
Valérie Pécresse vient d’être interrogée sur Europe 1, et voici mot à mot, fautes de français comprises, le dialogue invraisemblable qu’elle a mené avec la journaliste :
Valérie Pécresse : le pass vaccinal aujourd’hui le pass vaccinal aujourd’hui, on s’en rend compte aujourd’hui, y va rentrer en vigueur, il sera même plus utile.
La journaliste : alors pourquoi pousser vos troupes à le voter ?
Valérie Pécresse : parce que nous sommes en responsabilité et que moi je ne je ne bloque pas la gestion de la crise par le gouvernement.
Passons sur le français pour le moins approximatif de celle qui brigue la présidence de la république : HEC n’a jamais été garant d’un beau langage. Mais que celle qui déclare s’opposer frontalement à Emmanuel Macron ose aligner de telles inepties laisse sans voix.
Car, dans le désordre, Pécresse : reconnaît l’inutilité du pass vaccinal mais le vote avec ses troupes ; favorise l’injection de millions de doses expérimentales et dangereuses ; estime que sa responsabilité est de soutenir le gouvernement ; promeut l’obligation vaccinale de populations jeunes dont l’on sait scientifiquement qu’un tel vaccin peut générer des lésions d’une extrême gravité, voire la mort ; vote un système de soins dictatorial au moment où le consensus scientifique mondial annonce une fin prochaine de l’épidémie etc. etc. etc. En dépit de tout cela, Pécresse soutient le gouvernement !
Il ne fait aucun doute que la constitution d’un bloc LR-LREM va considérablement fausser la prochaine élection présidentielle, car les électeurs vont penser que ces partis s’opposent, alors qu’ils seront des alliés objectifs : moins que jamais, nous ne devons baisser les bras ; plus que jamais, il nous faut démasquer l’imposture.
Un évêque espagnol s’avoue favorable à l’ordination des femmes
L’archevêque de Tarragone (Catalogne), Mgr Joan Planellas, a déclaré que personnellement, cela ne le dérangerait pas de voir une femme prêtre.
Il a poursuivit en disant que “il se peut que cela dérange beaucoup de gens ou certains groupes parce que le poids de la Tradition est très grand”.
Cet évêque est-il encore en communion avec l’Eglise ? Les prêtres peuvent-ils encore concélébrer avec lui ?
Un groupe de jeunes catholiques a réagi :
Tenemos el enemigo dentro y a poca gente parece importarle.
«Si guardáis mis mandamientos, permaneceréis en mi amor»
Solo la aceptación del designio de Dios, que toma forma en los sacramentos, revitaliza las raíces de la Iglesia, para que pueda dar frutos en la vida eterna. https://t.co/znbLYpqDmS
— Universitarios Católicos † (@UniCatolicos_es) January 11, 2022
Nous avons l’ennemi à l’intérieur et peu de gens semblent s’en soucier. “Si vous gardez mes commandements, vous resterez dans mon amour” Seule l’acceptation du projet de Dieu, qui prend forme dans les sacrements, revitalise les racines de l’Église, afin qu’elle puisse porter du fruit dans la vie éternelle.
L’opposition à la messe de Paul VI repose sur des raisons théologiques
L’abbé Philippe Laguérie, ordonné prêtre par Mgr Lefebvre, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, fut en 2006 l’un des cofondateurs de l’Institut du Bon Pasteur. Il répond à Anne Le Pape dans Présent. Extrait :
Monsieur l’abbé, pensiez-vous revivre un jour une période de chasse aux sorcières (si j’ose cette expression) vis-à-vis du rite traditionnel ?
Oui et non ! Si l’on considère les causes profondes de la révolution liturgique des années soixante, l’infestation moderniste du brigandage de Vatican II (bien plus sinistre que celui d’Ephèse !), les mêmes causes produisant les mêmes effets : oui ! Malgré la tentative, qu’on peut dire aujourd’hui échouée, sous Benoît XVI, de rendre à la liturgie bimillénaire de l’Eglise ses lettres de noblesse, le personnel de l’Eglise est resté et demeure foncièrement révolutionnaire. « Un mauvais arbre ne peut porter de bons fruits… » Mais à considérer la violence des deux derniers documents romains (Traditionis custodes et les réponses aux dubia), leur mépris de la tradition liturgique, le cynisme des mesures adoptées, la rage même de destruction systémique qui suinte la haine, alors on se dit que le pape ne travaille plus « aux périphéries » mais bien plutôt sur une autre galaxie. On sait d’ailleurs de ses voyages que son orthodoxie est inversement proportionnelle au carré de son altitude ! Oui : consternation. Nous voilà revenus aux années 70, aux suspens a divinis, au « séminaire sauvage », aux « excommunications ». Odeur de poudre. […]
Que pensez-vous de l’objection : « Ne vouloir célébrer que dans l’ancien rite est contester la valeur du nouveau » ?
Là-dessus, je me dois d’être clair, après une période de silence diplomatique. Je suis de ceux qui pensent que notre refus absolu de la messe de Paul VI n’est ni affectif, ni disciplinaire, ni charismatique, etc. Il est théologal, théologique, dogmatique et moral. Absolu, quoi ! Le péché originel de cette querelle liturgique détestable dans l’Eglise, c’est l’inénarrable et folle audace du pape Paul VI de promulguer un nouvel ordo missae basé sur la recherche des experts, des F… M… et des protestants, et de mettre aux orties (avec des trémolos dans la voix) la messe des pontifes Léon et Grégoire, grands tous les deux. La liturgie catholique ne peut et ne doit être qu’une transmission de l’héritage des Apôtres. Une messe concoctée 19 siècles plus tard ne peut être qu’une ambition prométhéenne, une chimère romantico-libertaire, un populisme de mauvais goût, indigne de l’Eglise de Jésus-Christ. La promulgation du nouvel ordo missae de Paul VI est sans doute légale et valide, mais sûrement pas légitime. Ce qui va être très instructif dans cette crise, c’est le repositionnement d’un chacun : ceux qui survivent par diplomatie ecclésiastique et dos ronds ecclésiastiques vont se noyer. Seuls subsisteront les passionnés de la vérité. Ayant passé ma vie à combattre, je suis heureux de constater que je vais mourir, non comme un retraité, mais comme un soldat. […]
Y a-t-il selon vous un risque réel de rupture de transmission du rite traditionnel ? Si oui, quelles en seraient les conséquences ?
Aucun, aucune ! La « bataille » de la messe catholique a été gagnée définitivement et irréversiblement par Mgr Lefebvre dans les années 80. Ce qui est fait n’est plus à faire ! Il y a des dizaines de milliers de prêtres de par le monde qui célèbrent la messe grégorienne et ce ne sont pas les gesticulations de quelque secrétaire romain ou de quelque évêque résidentiel, qui fait des heures « sup », qui y changeront quelque chose. C’est trop tard : nous avons gagné la bataille. […]
Des jeunes contre l’avortement
L’Etudiant Libre s’est rendu à la Marche pour la Vie, à la rencontre des manifestants pro-vie :
Marre des prophètes de malheurs mais marre aussi des optimistes qui ont besoin de s’accrocher à des signes insignifiants
Chronique d’un jeune missionnaire en Afrique :
« Que 2021 soit moins pire que 2020 ! » Ce ne sera pas difficile, vu l’année 2020… disions-nous. Pour les vœux de cette année, nous sommes tous un peu embarrassés. Bah oui, c’est vrai, parce que d’une part on sait bien que 2021 a été globalement pire que 2020 et qu’en ce début d’année, la météo de 2022 ne nous laisse que peu d’espoirs.
Que souhaiter qui puisse se réaliser ?
Marre des prophètes de malheurs qui nous submergent de vidéos sur WhatsApp mais marre aussi des optimistes qui ont besoin de s’accrocher désespérément à des signes insignifiants. J’ai toujours préféré les seconds, mais bon, le Bon Dieu nous dit quand même qu’il faut espérer en lui et qu’en lui. Est-ce la seule leçon de 2022 ? Peut-être. Que ces crises interminables nous apprennent à fixer notre regard vers le ciel… sûrement. Ça se tient, ça se tient mais pour la nouvelle année, on aime bien aussi parler des choses humaines. L’économie, la santé, la politique, la religion tout peut nous affoler, et au milieu de la tourmente, le petit truc humain que nous sommes, cherche vainement l’éclaircie.
C’est un peu ce que je me demandais en marchant pendant des heures entre une mer de sable et l’Océan. Je marchais en fait entre deux géants qui se battent inlassablement depuis des milliards d’années. Deux éléments qui s’épuisent dans leurs combats. La mer qui ronge lentement le rivage et réduit la terre en poussière de sable et la terre inlassable qui refoule à chaque fois toutes ces vagues conquérantes.
On croit que c’est la mer qui gagne. Les falaises deviennent des plages et les maisons de la « Pointe Denis », en face de l’estuaire de Libreville sont englouties. C’est triste et la victoire de la mer a bien des échos tragiques. C’est ce qui se dit en tout cas à la « Pointe Denis » car une pirogue a coulé le mois dernier emportant au fond de la mer un des paroissiens qui avait construit la chapelle. L’autre a nagé près de 13 heures avant de rejoindre un paquebot. C’est ce qu’on croit mais comme le disait déjà le saint homme Job : « Qui donc a retenu la mer ? » Bah la terre. Ça dure « depuis depuis » comme on dit ici, et personne ne s’arrête pour leur dire d’arrêter. Le petit truc humain, désemparé entre les deux géants n’est qu’un spectateur.
C’est peut-être ça en fait la vie. Depuis des milliards d’années, l’univers est en crise, les éléments s’affrontent et depuis, l’homme ne fait que constater cette violence immense de la nature qui se déchire elle-même. 2022 sera, comme depuis le péché originel, l’affrontement des 4 Géants-Eléments. Le petit truc humain se dit bien qu’il a une part de responsabilité ou de culpabilité et je crois qu’il a raison. Il va se battre avec ses armes humaines que sont un peu de génie et de courage avec beaucoup d’illusions et d’idéologies pour constater à la fin de l’année, comme chaque année avec dépit de son impuissance totale.
Elle n’était pas très gaie ma ballade sur la plage mais heureusement un monstre marin m’a réveillé de ma triste rêverie. Une tortue mastodonte de 500 kilos est venue d’Australie s’échouer à mes pieds pour pondre sur les plages gabonaises. Ce globe-trotteur traverse deux fois par an le monde pour pondre. Elle était épuisée et les pécheurs nous disent que parfois il faut un 4×4 pour la remettre à la mer. Malgré tout, ce qui était frappant chez elle, c’était sa sérénité. Elle est repartie calmement pour mille bornes sans s’arrêter. Et en plus elle trouve ça complètement normal.
Bah en fait c’est surtout ça la vie. « Qui donc a retenu la mer ? » Bah oui, la mer a beau soulever des vagues énormes, elle a beau ronger la falaise et engloutir les pirogues, elle reste dans sa baignoire. La vie du petit truc humain c’est celle de ma tortue quinquagénaire qui continue son petit bonhomme de chemin malgré son extinction programmée par l’humain. La tortue luth se débat dans l’eau depuis des lustres et ne semble pas plus préoccupée par 2022 que par 2020. J’ai donc terminé ma petite escapade en espérant pour 2022, la même sérénité, le même courage, la même longévité, le même souci du devoir bien fait que mon amie le monstre marin.
Il y aura peut-être des crises, des tempêtes et des rochers rongés par l’érosion, mais c’est normal m’a dit la tortue :
« Te torture pas le cerveau et continue ton chemin petit bonhomme et si tu bois la tasse en 2022, c’est parce que tu ne regardes pas assez vers Celui qui retient la mer ».
La réaction hystérique de Sophie Cluzel s’explique-t-elle par sa volonté de faire disparaître les établissements spécialisés conformément aux injonctions de l’ONU?
La polémique déclenchée involontairement par Eric Zemmour a le mérite de mettre en lumière l’inquiétude de nombreux parents d’enfants handicapés de voir disparaître progressivement les établissements spécialisés comme les IME, IM PRO ou les ITEP. Et cette disparition semble belle et bien programmée et voulue par le gouvernement.
Il existe effectivement de nombreux enfants, dont le handicap, souvent mental ou avec un comportement violent ou imprévisible, est tellement complexe que l’école ou le collège “de la République” ne sont pas adaptés. Les IME sont des établissements qui accueillent ces enfants en accueil de jour et de nuit et qui leur permettent de bénéficier d’un contexte de soins adapté (infirmier, médecin psychiatre, psychologue…) ainsi que d’activités visant à leur permettre un épanouissement personnel (scolarité avec des professeurs détachés), un développement de la relation à l’autre (sport, visites culturelles) et un début d’apprentissage professionnel (stages, ateliers).
Le besoin pour ces parents et leurs enfants est avéré et le manque de places existantes est criant. Plus de 7 000 enfants traversent la frontière belge chaque jour pour trouver chez nos voisins des structures plus nombreuses et plus développées en France. Cela coûte entre 400 et 500 millions d’euros à la sécurité sociale alors que cet argent pourrait être investi pour développer ces établissements sur notre sol. [source]
Or, que se passe-t-il sur le terrain ? Les parents constatent la diminution progressive du nombre de places, la diminution des possibilités d’internat (source de répit pour des parents épuisés physiquement et psychologiquement) et même la fermeture d’IME ou d’ITEP. Dans un article publié le 15 décembre 2021 (extrait ci-dessous), le lecteur constatera qu’Eric Zemmour n’a rien inventé et n’a fait que décrire une situation réelle :

Des parents d’enfants handicapés, inquiets de la suppression prochaine de 200 places dans les instituts médico-éducatifs (IME) de l’Isère, se sont rassemblés devant l’Agence régionale de santé (ARS), à Grenoble, ce 15 décembre 2021. En cause, la stratégie nationale d’inclusion visant à garantir la scolarisation effective des enfants autistes en milieu ordinaire. S’ils reconnaissent ce projet positif et progressiste, les parents considèrent que l’inclusion ne doit pas se faire « à marche forcée » au détriment des prises en charge dans des instituts spécialisés.[source]
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« Apparemment, ce qui se passe en Isère n’est heureusement pas en train de se passer dans les autres départements », explique l’une des membres du collectif. Pas sûr. En juin 2021, le syndicat FO 35 interrogeait sur une « disparition possible des IME », conséquence du « démantèlement » par l’Etat de « tout l’édifice médico-social tel qu’il s’est constitué depuis plus de 60 ans ». [source].
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Le gouvernement a décidé de mettre en application, à marche forcée, le démantèlement de tout l’édifice médico-social tel qu’il s’est constitué depuis plus de 60 ans. Sous le titre « Transformation de l’offre du champ de l’enfance », la lettre de cadrage de l’ARS de Bretagne adressée aux associations médico-sociales est sans équivoque (…)
L’ARS pilote la transformation à l’aide d’indicateurs « les financements évoluent en fonction de ces indicateurs », « les objectifs sont fixés » on ne peut être plus clair.
Quelques exemples d’objectifs :
➔ Diminution des places en IME
➔ Les prises en charge sous amendement Creton doivent diminuer
➔ Le taux de scolarisation des enfants accueillis doit être porté à 50 % en 2020, à 80 % d’ici 5 ans (…)En conclusion, sous le titre « transformation de l’offre champ de l’enfance » l’ARS Bretagne a fait parvenir aux associations médico-sociales une lettre de cadrage pour organiser au nom de l’inclusion le démantèlement des IME et des EMS. Les IME sont condamnés par la loi (décret du 9 mai 2017 qui modifie la nomenclature des établissements et services). Ils sont transformés en dispositifs ; plateformes au service de l’Éducation nationale qui devra « inclure » tous les enfants porteurs de handicaps.
Alors que les besoins restent immenses : en Ille-et-Vilaine par exemple : un millier d’adolescents ayant un droit pour être admis en établissement médico-social ne peuvent l’être faute de place. [Extrait d’une note publiée par le syndicat FO Action Sociale d’Ile-et-Vilaine]
Dès le 5 avril 2018, le député Olivier Léonhardt attire pourtant l’attention de Sophie Cluzel, secrétaire d’État, auprès du Premier ministre, chargée des personnes handicapées :
” sur les vives inquiétudes des élus locaux concernant la mise en place du plan dit « services et établissements : réforme pour une adéquation des financements aux parcours des personnes handicapées » (Serafin-PH) au sein des instituts médico-éducatifs (IME) (…)
Pourtant, la mise en œuvre du plan Serafin-PH, qui propose une modification des financements avec la mise en œuvre de la tarification à l’acte, risquerait de transformer les IME en plateforme d’évaluation et d’orientation des bénéficiaires vers d’éventuels services de soin ou de rééducation.
L’abandon d’une prise en charge globale des personnes handicapées, qui pourraient être renvoyées à leur domicile et prises en charge de façon segmentée, cause de vives inquiétudes.
L’accueil des enfants et leur encadrement par des professionnels au milieu d’autres enfants pourraient à terme disparaître, ce qui serait catastrophique pour leur vie sociale et les priverait de toute relation avec d’autres jeunes de leur âge (…) Cette situation serait évidemment aussi catastrophique pour les familles concernées.
Il lui demande quelles mesures seront prises pour répondre à ces inquiétudes et pour assurer le maintien des financements des IME afin d’éviter leur fermeture à court ou à moyen terme.”
Or, il semblerait que ce soit sur injonction de l’ONU que la France s’oriente docilement vers le démantèlement des établissements spécialisés qui concernent des enfants handicapés qui ne peuvent pas être accueillis en inclusion au sein de l’Education nationale, malgré toutes les incantations républicaines de Sophie Cluzel. Le supranational s’impose une fois de plus :
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits des personnes handicapées dénonce le “système de ségrégation” dont sont victimes, en France, 300 000 enfants et adultes vivant en établissement (…)
« La Convention dispose d’une primauté sur le droit français », a commencé par rappeler cette juriste de formation (…). Or, une partie de la législation française n’est toujours pas en accord avec ce texte. La loi handicap de février 2005 ne reconnaît pas, ainsi, la capacité juridique pleine et entière des personnes handicapées.
En 2015, 385 000 personnes sous tutelle en France étaient toujours privées de cette capacité, en violation de l’article 12 de la CDPH. « Placer les personnes sous tutelle ne les protègent pas, au contraire : cela augmente les risques d’abus et d’institutionnalisation » a-t-elle souligné (…)
« Extrêmement inquiète » de constater le nombre élevé d’enfants (100 000) et d’adultes (200 000) résidant en milieu fermé, la rapporteuse a engagé l’État à adopter un plan pour fermer progressivement tous les établissements existants. « La désinstitutionnalisation des enfants devrait être une priorité » a-t-elle estimé. Elle préconise de transformer les IME en centres de ressources non résidentiels (…)
Effrayant.
En juin 2019, un éducateur spécialisé travaillant au sein d’un IME publie une tribune pour dénoncer cette soumission scandaleuse de la France :
Nous savons que les fausses promesses de l’inclusion scolaire systématique n’ont d’autre but que de permettre une désinstitutionalisation totale, avec pour point final la disparition des établissements spécialisés et notamment les IME (Institut médico-éducatif).
Nous sommes scandalisés par les discours justifiant la fin des établissements spécialisés. L’existence et la pratique de nos prises en charge sont jugées ségrégatives et discriminantes. L’Etat français va s’empresser de mettre fin à cette soit disant mise à l’écart des personnes handicapées.
Nous nous insurgeons contre ces attaques dévalorisantes, alors que nos établissements permettent aux jeunes accueillis de s’épanouir dans toutes les composantes de leur vie. Ils sont accueillis dans nos établissements car le milieu ordinaire a été, faute des moyens nécessaires, dans l’incapacité de leur offrir le cadre indispensable pour répondre à leurs besoins.
Nous savons que les changements voulus par le gouvernement, comme l’inclusion scolaire systématique, ne permettront absolument pas d’accompagner correctement les personnes concernées et de répondre à leurs besoins.
Nous ne pouvons accepter que l’intérêt financier prime sur l’intérêt des personnes handicapées.
Il est urgent de prendre la défense des IME face aux attaques frontales dont les établissements médico-sociaux sont la cible ; attaques qui impacteront les personnes en situation de handicap, et les personnels. Car ce qui se prépare c’est bien au final la fermeture de tous les établissements médico-sociaux (…)
Nous nous opposons résolument à la disparition des établissements spécialisés, dont les IME, qui en découlera inéluctablement.
Eric Zemmour a donc ouvert une boîte de Pandore en abordant un sujet bien plus complexe que le gouvernement ne voudrait le laisser croire. A travers les réactions hystériques de Sophie Cluzel, il s’agit en fait de camoufler la disparition programmée des établissements spécialisés pour enfants handicapés sur ordre d’une instance supranationale et idéologue .
Parmi les proches d’Eric Zemmour, au moins trois femmes sont directement concernées par un enfant ou un frère handicapé : Sarah Knafo, Laurence Trochu et Agnès Marion. On peut ajouter la personne de Jean-Frédéric Poisson dont l’engagement au profit des plus faibles (prisonniers, handicapés, pauvres) est notoire depuis des années.
Ignoble récupération politique @lesRepublicains et @enmarchefr sur le dos des personnes handicapées, alors que @ZemmourEric est le seul à comprendre qu’il faut apporter à chaque enfant handicapé la solution qui lui correspond. #Handicap https://t.co/7METcpSyJR
— Laurence Trochu (@LaurenceTrochu) January 15, 2022
Marine Le Pen ne veut plus débattre avec Eric Zemmour : se défilerait-elle ?
En décembre dernier, le principe d’un débat entre Marine Le Pen et Eric Zemmour avait pourtant été validé par Marine le Pen et son équipe sous un format qu’il restait à définir. Et Marine Le Pen le voulait le plus tôt possible :
“C’est encore en discussion, mais on ne veut pas que ce soit sur une chaîne de télévision, plutôt sur une scène, comme lors du débat entre Éric Zemmour et Michel Onfray” le 4 octobre dernier explique un proche de la candidate. “S’ils pensent qu’elle va se défiler, ils se trompent“, ajoute un membre de son équipe de campagne.[source]
Début novembre, alors qu’Éric Zemmour s’envolait dans les sondages, Marine Le Pen avait tranché la question devant des proches : « Débattre avec lui ? Aucun problème ! Mais pas avant qu’il soit vraiment candidat, c’est-à-dire qu’il ait ses 500 signatures de maire. »[source]
Le moment choisi semblait être début février. Sébastien Chenu répondait à cette question sur Europe 1 le 29 décembre dernier :
Marine Le Pen a dit qu’elle débattrait avec l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle (…) On a aussi proposé un débat à Valérie Pécresse qui l’a refusé. Nous souhaitons la confrontation des idées, des projets et des méthodes.”
Il semblerait que Marine Le Pen ait changé d’avis :
Marine Le Pen et Valérie Pécresse refusent de débattre avec moi. Les politiciens superficiels fuient la confrontation directe. C'est pourquoi, le peuple et moi, nous l'aimons tant.
— Eric Zemmour (@ZemmourEric) January 18, 2022
Le ton monte de plus en plus entre les deux candidats. Il commence à être loin le temps où nous imaginions que cette “double” candidature pourrait être un avantage pour Marine le Pen (ou Eric Zemmour) au second tour… Si Marine Le Pen arrive malgré tout au second tour, il risque de ne lui rester que Nicolas Dupont-Aignan comme en 2017…avec le succès que l’on sait.
Le seul qui semble avoir conservé sa raison au RN, c’est Stéphane Ravier :
🎥 Ça fait trente ans que je suis au Rassemblement National. J’ai vécu la division entre Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret, j’ai vu que ça n’apporte jamais de bons résultats. Je cherche à préparer l’après-premier tour, quand il faudra se rassembler pour battre Emmanuel Macron. pic.twitter.com/06OQ4FyCIE
— Stéphane Ravier (@Stephane_Ravier) January 18, 2022
Roberta Metsola, nouvelle présidente du Parlement européen, pro-vie et pro-LGBT…
43 ans après Simone Veil, la maltaise Roberta Metsola, membre du PPE, vient d’être élue présidente du Parlement européen par 458 voix sur 690 votants contre l’eurodéputé écologiste suédoise Alice Bah Kuhnke, l’espagnole Sira Rego (The Left, gauche radicale) et l’eurodéputé polonais Kosma Zlotowski (ECR, eurosceptiques).
Roberta Metsola, mère de quatre enfants mariée à un Finlandais, suscite la polémique au sein d’un certaine presse car elle ne cache pas son opposition à l’avortement. Comme le souligne Libération, l’élue ne cesse de désapprouver les résolutions de défense du droit à l’IVG et à la contraception.
Est-ce à dire que le Parlement européen serait devenu pro-vie ? Ce serait une bonne nouvelle, une conversion fulgurante au lendemain de la Marche pour la vie. Mais ce n’est pas l’explication, hélas, et elle a été élue par les voix des élus du PPE, des socialistes et de Renew (la bande à Macron).
A Malte, tout le monde est contre l’avortement, même les socialistes. Et Roberta Metsola a déjà promis de ne pas défendre ses positions pro-vie à la tête de l’institution, laquelle n’a pas de compétence en matière d’avortement.

Elle est surtout moins conservatrice qu’on veut bien le croire. Comme le note Le Monde, elle a régulièrement défendu les droits LGBTQ+.
“En tant que femme, je sais à quel point il est important d’avoir des alliées dans ses luttes. (…) L’Europe est une zone de liberté”.
Sur l’immigration, elle n’est pas non plus trop de droite :
« Elle présente aussi l’avantage – en théorie – de faire partie de la frange la plus progressiste du PPE.[…] Sur les sujets d’accueil des migrants, l’élue ne fait pas non plus partie des plus radicales. »
Son élection est sans doute préférable à une fanatique du massacre des innocents, mais il ne faut pas trop rêver non plus.
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Recours au Conseil d’Etat pour contester la dissolution de l’Alvarium par Gérald Darmanin
L’association l’Alvarium, basée à Angers, qui avait fait l’objet d’une dissolution en Conseil des ministres en novembre à l’initiative du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, sur demande du maire d’Angers, Christophe Béchu, conteste sa dissolution, en déposant un recours lundi 17 janvier devant le Conseil d’Etat. L’avocat de l’association dénonce un
« manque de précision des incriminations ou une contestation de leur réalité. Par exemple, rue Thiers à Angers avec l’histoire des banderoles. Dans le décret, figure une présentation erronée. Ils se seraient battus. Dans cette affaire, les membres ont bénéficié d’une relaxe ».
D’après lui, le décret serait largement imprécis, voire erroné.
L’association, dont le principal objet était de venir en aide aux Angevins les plus défavorisés, est prête à aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme.
Nostalgie, vraiment?
La Croix publie un article intitulé “Comment le pape François voit les tradis”. On y lit notamment ceci:
Dès 2016, il [le Pape] avait clairement exprimé ses interrogations sur la question. « J’essaie toujours de comprendre ce qui se cache derrière les personnes qui sont trop jeunes pour avoir vécu la liturgie préconciliaire mais la réclament, avait-il ainsi affirmé au jésuite Antonio Spadaro (1). Creusez, creusez, cette rigidité cache toujours quelque chose : l’insécurité, parfois même plus… La rigidité est défensive. Le véritable amour n’est pas rigide. » Un membre de la Curie résume : « Il voit les tradis comme des nostalgiques, mais ne comprend pas que des jeunes le soient. »
De fait, il va devenir compliqué de prétendre plus de 50 ans après la réforme liturgique que des jeunes de moins de 30 ans y soient attachés par nostalgie! Encore quelques années et nous lirons un article expliquant qu’il y a des raisons théologiques d’être attaché à la messe traditionnelle!
Louis VII d’outre-tombe
L’écrivain Frédérik Margerit vient de faire réaliser une mini-réplique en 3D du tombeau de Louis VII, le Pieux (enterré à l’abbaye de Barbeaux près de Melun: l’un des rares capétiens à ne pas avoir reposé à Saint-Denis) détruit lors de la Révolution.
Le pape et le droit propre des religieux
Fondateur et prieur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier de Chémeré-le-Roi, le Père Louis-Marie de Blignières développe sur le site de L’Homme Nouveau le « droit propre des religieux » dans le nouveau contexte né de la parution du motu proprio Traditonis custodes (la traduction française n’est toujours pas disponible sur le site du Vatican) et des Responsa explicatives. Extrait :
À la suite des récents Responsa de la Congrégation pour le culte divin, comme l’ont fait d’autres supérieurs, j’ai soutenu (Message de Noël du 23 décembre, entrevue dans Présent du 28 décembre) le point de vue que les normes édictées ne nous concernaient pas, du fait que notre droit propre nous garantissait l’usage des quatre livres liturgiques traditionnels. En effet, « une loi universelle ne déroge en aucune manière au droit particulier ou spécial, sauf autre disposition expresse du droit » (CIC, can. 20). Cette importance du droit propre, dans la ligne la plus classique du principe de subsidiarité, de la doctrine sociale de l’Église, et de la pratique canonique, est aujourd’hui gravement méconnue : tant du côté de théologiens progressistes que de certains traditionalistes. C’est un effet conjugué du centralisme presque jacobin des sociétés modernes, d’une philosophie du droit lourdement positiviste et d’une ecclésiologie ultra-romaine, qui voit en l’Église une « monarchie absolue » et dans le Pape une sorte de potentat aux pouvoirs illimités…
C’est ainsi que l’on nous a objecté notamment :
« Le pape peut parfaitement modifier des statuts de communautés ou associations, voire les supprimer, s’il le juge prudentiellement opportun : ces communautés émanent de lui parce que lui ou ses prédécesseurs les ont érigées quand ils l’ont jugé opportun ».
Il n’est en fait pas exact de dire, sans autre précision, que le pape puisse « changer les Constitutions approuvées par lui ». Fondamentalement, la pratique effective des conseils évangéliques est un don qui vient du Christ, et elle constitue un droit des fidèles. L’Église le conserve fidèlement (cf. can. 575). C’est là un enseignement constant du magistère dès le IVe siècle (cf. Léon 1e, Denzinger-Schönmetzer, n°321), jusqu’à Vatican II (Lumen Gentium, n°43, avec des références au magistère de Pie XI et Pie XII) et à l’Exhortation apostolique Vita consecrata (1996) :
« La profession des conseils évangéliques est une partie intégrante de la vie de l’Église, à laquelle elle donne un élan précieux pour une cohérence évangélique toujours plus grande » (n° 3).
Ensuite, l’organisation canonique de l’observance de ces conseils est requise pour qu’ils constituent un état public de perfection dans l’Église (cf. can. 576). Mais attention ! La hiérarchie ne crée pas les différentes formes de vie religieuse, qui expriment – comme on dit aujourd’hui – divers charismes. Il est contraire à la réalité ecclésiale et historique (et au fond assez monstrueux) de prétendre que ces formes et ces charismes « émanent » de la hiérarchie. Elle les vérifie, elle les améliore, elle en écarte les erreurs éventuelles (comme la pauvreté absolue des franciscains spirituels) ou les pratiques imprudentes ou dangereuses pour la perfection de la vie morale, etc.
Vatican II, sur ce point, a heureusement rappelé la doctrine traditionnelle, qui (peut-être par « papisme » excessif ?) était moins soulignée auparavant. Les Instituts religieux ne sont pas dans leur essence une émanation du pouvoir de juridiction ou du magistère, mais ils viennent de la vie de l’Église.
« Suivant avec docilité les impulsions de l’Esprit-Saint, elle accueille les règles proposées par des hommes ou des femmes de premier ordre et, après leur mise au point plus parfaite, elle leur donne une approbation authentique » (Lumen Gentium n° 45, cf. Perfectæ Caritatis, n° 1).
La hiérarchie discerne et accueille (ou non) ce qui vient des fondateurs, et elle lui donne une approbation qui confère un statut canonique à l’Institut ; mais elle ne le crée pas ex nihilo. Si l’évêque (ou le Souverain Pontife) joue un rôle de « perfectionnant (perfector) » par rapport aux religieux « perfectionnés (perfecti) », comme dit saint Thomas (Somme de théologie, IIa IIæ, q. 184, a. 5), c’est par la vigilance sur la foi et les mœurs. Ils ne créent pas le charisme ni ne se substituent à la « juste autonomie » de l’Institut, qu’ils doivent au contraire protéger (cf. can. 586).
La hiérarchie intervient ensuite, si besoin est, pour que les moyens restent dans la ligne de la finalité (cf. Pastor bonus, art. 107). S’il y a des déviations ou des abus, elle peut nommer un Commissaire, mais celui-ci doit toujours gouverner selon le droit propre de l’Institut (Règle, Constitutions, Directoires…). Si les circonstances font que certains moyens ne sont plus praticables, ou bien ne sont plus efficaces en vue de la fin propre de l’Institut, la hiérarchie peut demander pour cela d’introduire des modifications aux Constitutions. Ainsi celles de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier précisent (n° 3) :
Les moyens pour atteindre notre fin sont, outre le vœu public des conseils évangéliques d’obéissance, de chasteté et de pauvreté, la vie commune avec l’observance régulière selon les usages traditionnels parmi les fils de saint Dominique, la célébration solennelle de la Sainte Liturgie, et l’étude assidue de la science sacrée. Ces moyens ne peuvent être chez nous ni supprimés ni substantiellement modifiés ; toutefois, à l’exception des vœux, ils peuvent être dans une certaine mesure opportunément adaptés selon les exigences des temps et des circonstances, afin d’augmenter leur aptitude à atteindre plus aisément la fin et afin qu’ils jouissent d’une plus grande efficacité.
Il y a donc un « noyau dur » qui doit toujours être respecté. « La pensée des fondateurs et leur projet, que l’autorité ecclésiastique compétente a reconnus concernant la nature, le but, l’esprit et le caractère de l’institut ainsi que ses saines traditions, toutes choses qui constituent le patrimoine de l’institut, doivent être fidèlement maintenues par tous » (can. 578). Dans la discipline actuelle, ce sont les Chapitres généraux des Instituts qui font les modifications et (sauf des cas d’Ordres anciens qui ont le privilège législatif, comme les Frères Prêcheurs) le Saint Siège qui les approuve ou non.
L’Autorité peut aussi, dans des cas très graves (c’est rare, mais ce fut le cas pour les jésuites sous la pression des monarchies au siècle des Lumières…) supprimer l’Institut. Par exemple, si sa fin n’existe plus (les Ordres militaires pour la reconquête de la Terre Sainte), s’il a totalement dévié de son but, ou s’il a commis de graves abus, des crimes… mais elle ne peut changer son patrimoine essentiel et sa finalité.
Il ne faut surtout pas oublier qu’une profession religieuse constitue un contrat entre l’Institut et le profès. Comme tout contrat, il est spécifié par l’objet et il tombe si l’objet est substantiellement modifié. Si le changement des Constitutions porte sur un point substantiel, les sujets ne sont plus tenus par leurs vœux. Pour notre Fraternité, les pédagogies traditionnelles (notamment en liturgie) font clairement partie du patrimoine mentionné dans le Décret d’érection (1988) et les Constitutions approuvées définitivement (1995). […]
Les questions bioéthiques s’invitent à la table de la finance mondiale
Une mise au point d’Aleteia
Le site Aleteia, mis en cause par le site américain Church Militant, vient de publier une mise au point. Comme le Salon beige avait relayé une synthèse du long article de Church Militant traduite par le site Benoit-et-moi, la moindre des corrections consiste à relayer cette mise au point. Vous pourrez la trouver intégralement ici ou en version abrégée ici. En quelques mots, Church Militant accusait un certain nombre de sites internet catholiques, dont Aleteia, qui ont lancé un consortium de « fact checking », d’être financés par Google et de cibler d’autres journalistes catholiques critiques sur le vaccin anti-covid. Je précise en passant qu’Aleteia compte plusieurs rédactions en différentes langues qui ne sont pas toutes exactement sur la même ligne éditoriale (le plus fin connaisseur français du catholicisme américain que j’aie connu, mon vieux camarade Daniel Hamiche, par ailleurs fidèle lecteur de Church Militant, me disait qu’il lisait plus volontiers la version anglaise que la française, mais je ne suis pas assez régulier lecteur de cette version anglaise pour en parler avec la même autorité que lui – mais je dis ça car il est possible qu’une partie du débat tienne à un débat au sein du catholicisme orthodoxe américain et je ne suis pas sûr que nous en comprenions toutes les subtilités de ce côté-ci de l’Atlantique. En tout état de cause, il sera sûrement intéressant de lire la réponse de Church Militant).
Dans cette affaire, deux éléments sont à prendre en compte : la charité et la vérité. Sur le premier point, je présente bien volontiers mes excuses à ceux que nous aurions pu blesser : il y a là incontestablement un manque à la charité fraternelle (dont nous ne sommes pas seuls responsables, j’y reviendrai, mais dont une part de responsabilité nous incombe).
Au sujet de la vérité, je distinguerais là aussi deux éléments : les faits et l’interprétation des faits.
Sur la deuxième, la mise au point d’Aleteia me semble claire : le fait que le consortium catholicfactchecking soit financé par Google n’implique pas de dépendance financière, ni moins encore de dépendance éditoriale. Dont acte. Mon premier mouvement aurait de trancher en sens contraire, ç’aurait été une erreur. Deo gratias !
Mais je me permets de faire remarquer que l’article de Benoît-et-moi relayé par le Salon beige n’a nullement affirmé cette dépendance ; il s’est contenté de poser la question d’un possible conflit d’intérêts. Aleteia répond à la question, et je me réjouis vivement de sa réponse, mais il me semble tout de même que cela n’a rien à voir avec de la calomnie.
Ce qui m’amène au plan des faits – je n’évoque pas tout ici, d’abord parce que je ne connais pas tout de ce débat, et ensuite parce que l’article relayé par le Salon beige n’évoque qu’une partie de celui de Church Militant.
- Il est dit que c’est un mensonge d’affirmer qu’Aleteia appartient à Média Participations, mais cela me semble plutôt une erreur vénielle : sur le site d’Aleteia, il est écrit :
« A partir de juillet 2015, le groupe français Média-Participations est devenu l’Opérateur industriel d’Aleteia. Media-Participations est un groupe multi-médias franco-belge, spécialisé dans l’édition (plus de 40 éditeurs), la presse (10 magazines), la production audiovisuelle et les sites internet. »
Chacun conviendra, je pense, qu’il ne s’agit donc pas uniquement « d’un actionnaire minoritaire de Aleteia, un parmi la quarantaine d’actionnaires français et étrangers qui détiennent les parts de la Société », comme le dit la mise au point.
- Il est dit que Church Militant commet un faux témoignage en citant mensongèrement le site de Google News Initiative:
Dans la même phrase qui commence par « Selon son site internet », Church Militant donne une information qui ne figure pas sur le site internet : « dans ce cas, les catholiques ayant des préoccupations morales ou de sécurité concernant l’avortement. »
Mais, si on lit la phrase en question sur le site de Church Militant, on voit bien que le bout de phrase sur les catholiques est un ajout du site et non une citation de Google :
According to its website, the Google project pays journalists to counter “misinformation” on the China-virus jabs “to reach audiences underserved by fact-checking or targeted by misinformation” — in this case, Catholics with moral or safety concerns about the abortion-tainted shots.
Non seulement, les guillemets délimitent la citation, mais le commentaire de Church Militant est introduit par un tiret et l’expression « in this case » qui marquent tous deux une rupture assez peu équivoque. (Accessoirement, on imagine assez mal Google dire publiquement qu’il vise à contrer les catholiques ayant des objections morales à l’avortement !)
- Church Militant est ensuite accusé de calomnie pour avoir fait « de Aleteia l’équivalent d’un bras de propagande de Pfizer », mais ce n’est pas du tout ainsi que se présente le passage visé : Church Militant relaie les propos d’un moraliste britannique, dont je ne savais rien, mais qui est cité nommément, le Dr Niall McCrae, qui – sans parler d’Aleteia – parle de Reuters Fact Check comme d’un instrument de propagande de Pfizer (j’ignore si la chose est vraie mais, de toute évidence, cela ne peut pas être une calomnie contre Aleteia). Ledit moraliste dit que Reuters Fact Check est l’homologue laïc du consortium catholique de « fact checking ». On peut considérer que le parallèle est outré, mais toutes les attaques sont sur Reuters, pas sur le consortium catholique, ni, moins encore, sur Aleteia.
- En quelques phrases, voici ce que je retiens principalement de cette mise au point :
- Aleteia dirige un dispositif catholique de « fact checking » réunissant 35 médias catholiques de toute tendance (le site du consortium dit « headed up »).
- Ce consortium est financé par Google News Initiative.
- Ce consortium n’a rien à voir avec Bill Gates, ni avec George Soros (et, en particulier, Aleteia n’a rien à voir avec ces milliardaires « progressistes). Cependant, certains de ces acteurs sont bel et bien financés par l’un ou l’autre (ou les deux), spécialement les plus acquis au lobby LGBT et à la culture de mort – ce qui n’est évidemment pas le cas d’Aleteia –, comme l’Instituto de Salud Global (qui est mentionné sur le site – en espagnol, mais pas en français – comme l’animateur du conseil scientifique du consortium et qui a bien été financé, la chose n’a rien de confidentiel, puisqu’elle est assumée sur le site de l’institut, par l’Open Society Foundation de George Soros et par la fondation Bill et Melinda Gates, les liens ne donnant qu’un exemple et ne prétendant nullement à l’exhaustivité).
- Aleteia demeure parfaitement indépendant de ce financement par Google et, a fortiori, par Soros ou Gates.
Encore une fois, je demande volontiers pardon si l’article que nous avons relayé a pu laisser croire qu’Aleteia était financé par Soros ou, plus grave encore, qu’Aleteia était payé pour attaquer des journalistes pro-vie, faisant le jeu du lobby de l’avortement ou du lobby LGBT.
Personnellement, je n’ai jamais cru à cela. Je n’ai aucun doute sur le fait que la rédaction et les lecteurs d’Aleteia sont massivement pro-vie. Mais j’avoue que je persiste à trouver dangereux de faire du « fact checking » avec Google.
Car, malgré ce que le nom laisse supposer, le « fact-checking » – au sens contemporain du mot – n’est pas la recherche de la vérité, mais l’élimination des discours dissidents. Ayant personnellement fait l’objet d’opérations de « fact checking », je peux témoigner que le souci de la vérité de la part des médias dominants y est particulièrement faible : le principal objectif est de discréditer l’adversaire comme « non professionnel ». Et, là-dessus, j’assume sans problème le fait que la rédaction du Salon beige ne soit pas composée de journalistes professionnels. Notre but est de rappeler lesdits journalistes professionnels à leur déontologie, pas de nous substituer à eux : pour parodier Joseph de Maistre, la réinformation n’est pas une désinformation en sens contraire, mais le contraire de la désinformation ; nous nous contentons donc de suivre l’actualité et les médias, avec notre point de vue totalement partial (et que nous assumons partial).
Je persiste à penser que l’intelligence humaine est ainsi faite que, sans discours dissident, elle est incapable de trouver la vérité. On peut bien sûr regretter qu’au XXIe siècle, des discours aux apparences aussi peu scientifiques que les discours « anti-vax » soient aussi répandus, mais revenez simplement un siècle en arrière et vous comprendrez toute l’utilité de tels poils à gratter. S’il n’y avait pas eu une critique de la théorie de la génération spontanée, très largement dominante au XIXe siècle, Pasteur n’aurait pas pu produire de vaccin et nous serions encore en train de mourir de la rage ou de la variole. Je ne dis évidemment pas que les discours anti-vax sont aussi scientifiques que la critique de la génération spontanée, mais je dis que l’on ne peut répondre à de tels discours que par l’argumentation et non par le matraquage numérique, voire par l’élimination pure et simple de tels discours hors du cercle « républicain » des opinions présentables.
Je crois personnellement que les vaccins sont utiles. Je ne suis pas sûr du tout que les « vaccins » contre le covid soient des vaccins. Et je suis certain que le « passeport vaccinal » est un viol gravissime de nos libertés. Je suis tout prêt à changer d’avis sur l’une ou l’autre de ces affirmations (y compris la troisième bien sûr !), mais je ne le ferai que sur la base d’arguments rationnels ; l’argument d’autorité n’a guère de pris sur moi en dehors du cas de la foi elle-même.
Donc, oui, tout en reconnaissant que le Salon beige a probablement posé trop vite des questions sur une possible collusion qui n’existe pas, je continue à penser que faire du « fact checking » avec Google n’est pas du tout la même chose qu’utiliser Google comme moteur de recherche (voire comme agence de publicité, ce que j’ai moi-même fait naguère sans aucun complexe) : pour chercher la vérité en commun, il vaut mieux avoir une conception commune de la vérité et je ne vois toujours pas comment Aleteia pourrait partager celle de Google.
Parlant de publicité, je me permets une petite digression qui n’est pas sans rapport. Il est fréquent d’entendre dire dans les salles de rédaction parisiennes que la publicité n’a aucune conséquence sur la ligne éditoriale. Voire. Evidemment, Lancôme ou Carrefour ne vont pas siéger au comité de rédaction pour demander que tel article soit rédigé par tel journaliste avec tel angle. Mais qui prétendrait qu’il soit facile de publier un article à charge sur les méthodes de management d’une société dans un journal où la même société ferait de la publicité ? J’ai assisté en personne à la discussion musclée entre un élu local important, présidant aux destinées de plusieurs collectivités locales dotées de millions d’euros de budget de communication (et donc, entre autres, de publicité) et un dirigeant médiatique tout aussi important : l’élu avait été pris à partie dans un grand média et appelait le rédacteur en chef pour lui signifier qu’en conséquence, les budgets publicitaires qu’il contrôlait iraient ailleurs. Il est clair que cela eut de sérieuses conséquences sur la ligne éditoriale dudit média. Encore ne puis-je faire état que de ce que j’ai vu moi-même, et donc d’un appel téléphonique tout ce qu’il y a d’explicite, mais comment douter que certains médias s’auto-censurent pour éviter de tels problèmes avec leurs annonceurs ?
Dernier point : la mise au point d’Aleteia parle de correction fraternelle et regrette que l’article de Church Militant (et, en filigrane, celui relayé par le Salon beige) manque à la charité.
J’en tombe volontiers d’accord – en tout cas pour ce qui concerne le Salon beige. Et, encore une fois, j’en demande pardon aux intéressés. Mais pour la correction fraternelle, il faut être deux frères. Pour une raison que j’ignore, une partie au moins de la direction d’Aleteia a choisi de considérer le Salon beige (est-ce moi ? est-ce un rédacteur ? est-ce le profil, réel ou supposé, de nos lecteurs ? je ne sais) comme des ennemis. Je n’en prendrai qu’un exemple (mais j’en ai d’autres en magasin !) : voici quelques années, je discutais avec Mme Lejeune, la veuve du professeur, lors d’un cocktail à la nonciature ; elle voulut me présenter un dirigeant d’Aleteia, mais, à peine celui-ci entendit-il mon nom, qu’il tourna les talons, laissant la pauvre Mme Lejeune un peu désemparée. Ayant un peu l’expérience de ce genre de réactions, je l’ai rassurée sur le fait qu’elle n’y était pour rien. Je dois dire que j’ai une certaine habitude d’être traité en paria dans certains milieux, y compris catholiques (votre serviteur est probablement le seul écrivain catholique à avoir les « honneurs » de deux « fatwas » épiscopales : deux évêques, et non des moindres, ont demandé à mon employeur de me virer au motif que j’avais l’incroyable audace de considérer que la loi Taubira, même votée, demeurait illégitime !), Mais, repensant à l’anecdote, je me suis fait la réflexion qu’il était un peu rude de laisser supposer que toute la bienveillance était du côté d’Aleteia et toute la malveillance du côté du Salon beige ou de Church Militant.
Une telle anecdote n’est évidemment pas une excuse pour avoir manqué à la charité. Mais elle peut être une explication au fait que nous n’ayons pas pu avoir une conversation conforme à l’idéal de la correction fraternelle avec nos confrères.
En tout cas, si je puis tirer un signal positif de cette triste affaire, dans laquelle, encore une fois, nous avons une part de responsabilité, dont je demande bien humblement pardon, j’aimerais que nous en tirions collectivement quelques enseignements. Il me semble, en particulier, qu’il est utile d’avoir plusieurs médias catholiques aux opinions divergentes. Je me réjouis donc bien volontiers non seulement de l’existence d’Aleteia, mais aussi de « La Vie » ou de « La Croix ». Ce que je n’aime pas, c’est le journalisme « chauve-souris » qui prétende à l’indépendance, tout en vivant de l’institution (je dis « chauve-souris » à la façon de La Fontaine : je suis oiseau, voyez mes ailes ; je suis souris, vivent les rats ; ou plutôt, en l’occurrence, je suis le journal officiel de l’Eglise de France, obéissez aux évêques en vous abonnant ; je suis un journal totalement libre, appréciez mon indépendance). Je n’ai aucune objection à l’existence de médias officiels ; je ne suis pas candidat pour les concurrencer. Je n’ai pas davantage d’objection à l’existence de médias sur d’autres lignes que la nôtre ; je tiens trop à notre indépendance pour entraver celle des autres. Et, en l’occurrence, je suis persuadé que la ligne d’Aleteia et celle du Salon beige sont complémentaires et non contradictoires.
De façon générale, nous avons un grave problème dans l’Eglise de France : nous refusons désormais toute forme de débat. Il est vrai que le débat à l’heure du net peut être un peu âpre. Mais il est certain aussi que, si nous refusons le débat, nous refusons la vie et nous sommes tout proches de crever ! Et quand nous voyons ce qu’étaient les controverses au grand XIIIe siècle, nous ne pouvons que constater notre effondrement : Saint Louis résistait publiquement aux injonctions du Pape, saint Thomas polémiquait avec saint Bonaventure ; et pourtant tous ces hommes étaient authentiquement chrétiens et leurs divergences de vues ne les empêchaient pas de reconnaître cette foi commune.
Alors je forme le vœu, pour cette année 2022, que nous soyons assez libres pour débattre et assez charitables pour constater que ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise.
Et que l’on puisse réellement dire, comme le proposent nos confrères (et, j’espère, nos frères) d’Aleteia : Voyez comme ils s’aiment.
Guillaume de Thieulloy
Jérôme Fourquet : anatomie d’une France divisée
Jérôme Fourquet, analyste politique et directeur du département opinions de l’IFOP, dissèque la France qui va se déchirer pour la campagne présidentielle : 1% les plus riches, gilets jaunes, paysages, Amazon, chute de la classe moyenne, base sociologique de Marine Le Pen, Éric Zemmour ou Emmanuel Macron, tout y passe. À voir pour comprendre les enjeux de 2022 :
Le Saint-Siège, les Papes et El-Azhar
D’Annie Laurent dans La Petite Feuille verte :
Depuis le Concile Vatican II (1962-1965), l’Église catholique s’est engagée dans un dialogue interreligieux avec le monde musulman. Pour le Saint-Siège, l’Université-Mosquée d’El-Azhar, située au Caire, doit naturellement occuper une place privilégiée dans ce dialogue, compte tenu de sa prétention à être le représentant universel de l’islam sunnite. Un panorama des attentes placées dans un tel partenariat est nécessaire pour évaluer sa fiabilité dans la durée.
DE PAUL VI À JEAN-PAUL II (1963-2005)
Les premiers contacts entre le Saint-Siège et El-Azhar remontent à 1978. Ils faisaient suite à la visite du président égyptien Anouar El-Sadate à Rome au cours de laquelle, le 13 février 1978, il rencontra Paul VI.
Du 11 au 14 avril suivant, un colloque islamo-chrétien sur le thème « Possibilités de rencontre entre chrétiens et musulmans » se déroula au siège d’El-Azhar, en présence du grand-imam de l’époque Abdel Halim Mahmoud et du cardinal Sergio Pignedoli, président du Secrétariat pour les non-chrétiens créé par le pape en 1964. Le compte-rendu rédigé par le dominicain Jacques Jomier, qui participait à ce colloque, montre les promesses qu’il pouvait annoncer mais aussi l’ampleur des incompréhensions réciproques entre les deux parties.
Ainsi, la conférence intitulée « La foi commune en Dieu entre le christianisme et l’islam » que devait y prononcer le dominicain égyptien Georges Anawati, fondateur de l’Institut dominicain d’Études orientales (IDEO) situé au Caire, fut retirée du programme à la demande des autorités d’El-Azhar, notamment du cheikh Barakat qui lui consacra ensuite une réplique sévère dans la revue de l’institution (février 1979). Il y contestait entre autres la formule « foi commune » qui pouvait laisser croire que le Dieu des musulmans est le même que celui des chrétiens. Or, le P. Anawati ne parlait pas d’équivalence entre les deux religions ; il voulait peut-être rassurer son auditoire musulman quant à son intention non polémique. Sur cet événement, cf. Jacques Jomier, « Réflexions sur la rencontre El-Azhar-Vatican », Islamochristiana, Rome, n° 4, 1978 ; Emmanuel Pisani, Le dialogue islamo-chrétien à l’épreuve : Père Anawati-Dr Barakat, une controverse au vingtième siècle, éd. L’Harmattan, 2014.
Le 27 octobre 1986 se déroula à Assise une « Journée mondiale de prière pour la paix », voulue par Jean-Paul II qui y accueillit des délégués de douze religions, dont des musulmans. Mais El-Azhar ne semble avoir été associée ni à sa préparation ni à son déroulement.
L’inauguration de la Grande Mosquée de Rome, le 21 juin 1995, à l’édification de laquelle le Vatican ne s’était pas opposé (cf. PFV n° 73), conduisit, dès le lendemain, à la formation d’un Comité islamo-catholique de liaison en partenariat avec la Ligue islamique mondiale dont le siège est à Jeddah (Arabie-Séoudite). Ce Comité organisa des réunions dans plusieurs capitales arabes : Le Caire, Rabat, Amman.
Cette initiative devait aboutir à la création d’un « Comité mixte pour le dialogue », entériné par un accord signé au Vatican le 28 mai 1998 entre le cardinal Francis Arinze, président du Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux (CPDI, fondé par Jean-Paul II en 1988 en remplacement du Secrétariat pour les non-chrétiens), et le Cheikh Fawzi El-Zafzaf, président du Comité permanent d’El-Azhar pour le dialogue avec les religions monothéistes (fondé par le grand-imam Mohamed Sayed Tantaoui en 1996).
L’accord prévoyait une réunion annuelle, alternativement à Rome et au Caire. Ses statuts définissent ainsi son objectif :
« Le Comité mixte travaillera à la recherche des valeurs communes, à la promotion de la justice, de la paix et du respect des religions ; il favorisera les échanges sur des sujets d’intérêt commun comme la défense de la dignité de l’homme et de ses droits, la promotion de la connaissance réciproque et du respect mutuel entre les catholiques et les musulmans » (art. 6).
Le voyage en Égypte effectué par Jean-Paul II du 24 au 26 février 2000 dans le cadre du grand Jubilé commémorant le deuxième millénaire de l’avènement du christianisme lui fournit l’occasion de se rendre à El-Azhar pour s’y entretenir avec Tantaoui. Pour la première fois dans l’histoire, un souverain pontife était accueilli en ce lieu. Cf. Michel Lelong, Les papes et l’islam, éd. Alphée, 2009, p. 94-95.
El-Azhar a ensuite participé à une autre rencontre interreligieuse qui se tint à Assise le 25 janvier 2002, une nouvelle fois à l’initiative de Jean-Paul II, suite aux gigantesques attentats commis par des djihadistes à New-York le 11 septembre 2001, mais c’est un fonctionnaire non religieux de cette institution qui a parlé au nom de l’islam devant le pape et des représentants de toutes les religions.
SOUS BENOÎT XVI (2005-2013)
Au cours de ce pontificat, les relations entre le Saint-Siège et El-Azhar ont connu deux moments de crise.
Le malentendu de Ratisbonne
Le 12 septembre 2006, Benoît XVI a prononcé à l’Université de Ratisbonne (Bavière) une conférence sur les rapports entre la foi et la raison. Un passage y montre l’écart doctrinal existant entre le christianisme et l’islam en ce domaine essentiel, notamment la possible légitimation « divine » de la violence selon le Coran. Le pape illustre sa démonstration par un échange entre un empereur byzantin du XIVème siècle, Manuel II Paléologue, et un érudit perse. La citation comporte notamment cette phrase de Manuel :
« Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que du mauvais et de l’inhumain comme ceci, qu’il a prescrit de répandre par l’épée la foi qu’il prêchait ».
Et le pape commente :
« Après s’être prononcé de manière si peu amène, l’empereur explique minutieusement pourquoi la diffusion de la foi par la violence est contraire à la raison ».
Dans tout son exposé, il veillait à mentionner les sources et les références des citations choisies mais aussi d’émettre une distance explicite face à elles (Le texte intégral est reproduit dans le livre de Vincent Aucante, Benoît XVI et l’islam, éd. Parole et Silence, 2008, p. 108-118).
Ignorant tout cela et réduisant l’intervention du pape à ce seul passage « sans se soucier d’informer leurs lecteurs sur l’argumentaire du Saint-Père », plusieurs grands médias occidentaux qui lui étaient hostiles (La Repubblica, le New York Times, etc.) l’accusèrent d’attaque délibérée contre l’islam, blâmèrent son « ignorance », le qualifièrent d’« islamophobe », voire mirent en cause son « infaillibilité pontificale » ; d’autres approuvèrent les violentes critiques émanant du côté musulman mais aussi de certains milieux chrétiens opposés à Benoît XVI (Cf. V. Aucante, op. cit., p. 38-42 ; Christophe Dickès, L’héritage de Benoît XVI, Tallandier, 2017, p. 106-108).
Des critiques émanèrent aussi de la presse dans certains pays musulmans. Au Caire, le quotidien El-Ahram écrivit : « Le pape attribue à tous les musulmans ce qui relève d’une minorité extrémiste » (Paolo Rodari et Andrea Tornielli, Benoît XVI, un pontificat sous les attaques, éd. Pierre-Guillaume de Roux, 2011, p. 22). Mais El-Azhar ne semble avoir émis aucun commentaire public.
Le souverain pontife s’attacha alors à convaincre les musulmans de sa véritable intention et de son attachement à un dialogue constructif. Il le fit, sans s’excuser, à plusieurs reprises : le 25 septembre 2006, en recevant les ambassadeurs de 21 pays musulmans ; le 13 octobre 2006, en accueillant avec bienveillance la longue lettre que lui adressèrent 38 oulémas (savants) pour apporter leur lecture, à la fois critique et ouverte, des propos tenus à Ratisbonne ; du 28 novembre au 1er décembre 2006, en maintenant son voyage en Turquie où il rencontra des responsables religieux musulmans, malgré les conseils de certains ecclésiastiques qui jugeaient ce déplacement imprudent (cf. M. Lelong, op. cit., p. 124-165).
« Dès que le texte fut vraiment lu et analysé, les réactions de hauts dignitaires musulmans devinrent positives », note Nicolas Diat (L’homme qui ne voulait pas être pape, Albin Michel, 2014, p. 198). De fait, certains d’entre eux virent dans ce discours une invitation opportune, admettant qu’il les plaçait face à leurs responsabilités et pouvait susciter une réflexion au sein de l’islam. Ainsi, le professeur italien d’origine algérienne Khaled Fouad Allam considéra que le pape soulevait « un immense problème quant à la vraie position du Coran par rapport à la violence » (C. Dickès, op. cit., p. 112 ; cf. aussi V. Aucante, op. cit., p. 43-53).
Peut-être encouragé par ces positions, Benoît XVI baptisa, dans la nuit de Pâques 2008, un musulman égyptien converti, Magdi Allam. Il pouvait ainsi illustrer jusqu’où doit aller le respect de la liberté de conscience.
Pour Aucante, en ce qui concerne un « dialogue de raison », « l’originalité de la position de Benoît XVI tient certainement à ce véritable défi intellectuel qu’il lance à l’islam contemporain avec lequel il souhaite pouvoir mieux collaborer » (Op. cit., p. 71).
El-Azhar provoque la rupture
Contrairement à ce qui est généralement cru, ce n’est pas directement la conférence de Ratisbonne qui a entraîné la rupture des relations d’El-Azhar avec le Vatican. Non seulement cette institution ne semble pas avoir émis de protestation publique mais son grand-imam Ahmed El-Tayyeb figure au nombre des 138 signataires musulmans (sunnites et chiites, représentant ensemble 43 nations) d’une nouvelle lettre, « Une parole commune entre vous et nous », que ces derniers adressèrent le 13 octobre 2007 à Benoît XVI ainsi qu’à 26 responsables d’Eglises et communautés chrétiennes (catholiques, orthodoxes et protestantes). Cf. le texte intégral dans V. Aucante, op. cit., p. 144-160.
Ce document fut suivi d’un Forum catholico-musulman organisé à Rome par le CPDI du 4 au 6 novembre 2008 sur le thème « Amour de Dieu, amour du prochain » avec la participation d’experts de chaque religion auxquels Benoît XVI accorda une audience. Selon le Père Maurice Borrmans, islamologue enseignant à Rome, « les débats y furent très francs et même exigeants ». Relatant les rencontres de ce type qui ont suivi en divers lieux du monde, il en relativise néanmoins la portée. Elles « n’ont souvent impliqué, du côté islamique, que des personnes qui s’y impliquaient à titre privé, d’où l’extrême difficulté à voir les recommandations alors émises être concrètement appliquées dans les aires respectives ». En fait, « la lettre des 138 n’a guère eu d’écho auprès des représentants de l’islam religieux officiel » (Dialoguer avec les Musulmans, Téqui, 2011, p. 258, 264, 266).
Pour rompre ses relations avec le Vatican, El-Azhar a saisi l’occasion des regrets émis par le souverain pontife face aux souffrances infligées aux chrétiens dans certaines sociétés dominées par l’islam.
Le 26 octobre 2008, Benoît XVI avait repris l’appel des Patriarches des Églises orientales au sujet des injustices subies par leurs fidèles dans certains pays d’Orient « où les chrétiens sont victimes d’intolérances et de violences cruelles, sont tués, menacés et contraints d’abandonner leurs maisons et d’errer à la recherche d’un refuge ». Mentionnant notamment l’Irak, il demandait aux autorités civiles et religieuses concernées qu’elles assurent une protection adéquate aux chrétiens qui « ne demandent pas de privilèges » mais « désirent vivre dans leur pays, avec leurs concitoyens, comme ils l’ont toujours fait » (Zenit, 26 octobre 2018).
Le 10 janvier 2011, dans son discours au corps diplomatique, le pape évoquait deux récents attentats, l’un contre la cathédrale syriaque-catholique de Bagdad (31 octobre, 58 tués), l’autre contre une église copte à Alexandrie (31 décembre, 21 tués). Il dénonçait « les discriminations, les abus et l’intolérance religieuse qui frappent aujourd’hui en particulier les chrétiens » et ajoutait : « Les paroles ne suffisent pas, il faut l’engagement concret et constant des responsables des nations ». El-Tayyeb avait exprimé son désaccord avec « ce point de vue » qui constitue pour lui « une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures égyptiennes » et avait demandé :
« Pourquoi le pape n’a-t-il pas appelé à la protection des musulmans quand ils se faisaient tuer en Irak ? » (La Croix,21 janvier 2011).
Un prêtre copte-catholique, Yoannis Lahzi Gaïd, avait alors protesté contre ces propos par une lettre ouverte au grand-imam, dans laquelle il écrivait :
« Les massacres que les terroristes commettent contre les chrétiens sont-ils acceptables du point de vue islamique ? Les versets coraniques et leurs arguments doctrinaux se fondent-ils sur la vérité ? Ces terroristes sont-ils vraiment de fidèles musulmans ? […] Respectable Imam, vous auriez dû remercier le Saint-Père pour ses émouvantes condoléances à nos frères coptes, au lieu de condamner ses paroles comme une ingérence. Vous auriez dû tendre la main au Saint-Père, pour soutenir un dialogue pacifique entre les religions, au lieu de rejeter ses déclarations, provoquant contre lui, et évidemment contre tout chrétien, l’exacerbation d’une situation déjà très délicate, et renforçant l’extrémisme » (cité par A. Laurent, L’Homme nouveau, 24 mai 2014).
Cette démarche resta sans suite. Le 20 janvier 2011, Abdel Dayem, secrétaire général de l’Académie des recherches islamiques d’El-Azhar, annonça la suspension sine die du dialogue avec le Vatican. Cette décision, précisait-il, « s’inscrit dans le cadre des réactions contre l’islam réitérées par Benoît XVI. Le pape a répété que les musulmans opprimaient les non-musulmans vivant avec eux au Moyen-Orient » (La Croix, op. cit.). El-Tayyeb confirma la rupture par une déclaration du 15 février suivant : « El-Azhar a tenu tête au Vatican et a gelé tout dialogue avec lui, avec des propos fermes, jusqu’à la rupture » (Stéphane Valter, Fatwas et politique, CNRS Éditions, 2020, p. 107).
La même année, le Père Gaïd fut affecté à la Secrétairerie d’État du Saint-Siège, ce qui lui permettait de servir d’interprète au pape durant ses entretiens avec des personnalités arabophones. En avril 2014, il a été choisi par le pape François pour travailler à son secrétariat particulier. Cette nomination a été bien accueillie par le patriarche copte (orthodoxe) de Jérusalem, Anba Abraham, pour qui
« c’est une bonne chose qu’il [François] ait un conseiller de langue et de culture arabe à ses côtés. Il a les connaissances et la culture nécessaires pour analyser les événements au Moyen-Orient avec sagesse » (cité par A. Laurent, op. cit.).
Depuis son élection en 2013, François entretient une relation personnelle avec El-Tayyeb. Nous verrons dans la prochaine Petite Feuille Verte (n° 87) si cela peut entraîner des changements significatifs de l’islam dans les aspects qui nuisent encore à la paix mondiale.
Annie LAURENT
Déléguée générale de CLARIFIER
Cela fait polémique quand il s’agit de chrétiens, pas de LGBT
Le projet de Monasphère à L’Île-Bouchard en Indre-et-Loire, évoqué hier, susciterait déjà la polémique.
Il y a quelques années, la presse jugeait qu’un projet de «village pour retraités gays» ne devrait pas faire polémique.
Que des chrétiens souhaitent se réunir autour d’un lieu de culte, comme autour d’une oasis, rien de plus normal. Cela ne signifie pas qu’ils se retranchent du monde : à moins de vivre comme une communauté, chaque famille vit naturellement son quotidien dans le monde. Benoît XVI parlait déjà du « courage de créer des îlots, des oasis, puis de grands terrains de culture catholique, dans lesquels vivre les desseins du Créateur ».
« Nous avons besoin d’îles où la foi en Dieu et la simplicité interne du christianisme vivent et rayonnent ; d’oasis, d’arches de Noé dans lesquelles l’homme peut toujours venir se réfugier », Benoît XVI, Lumière du monde
François Ruffin : “mais vos âmes, qu’avez-vous fait de vos âmes ?”
Le député de La France Insoumise évoque la banalité du mal :
Gestion du #Covid19 : "Je vous regarde un peu comme le miroir de Dorian Gray. Vos visages n'ont pas trop vieilli (…) mais vos âmes, qu'avez-vous fait de vos âmes quand vous avancez depuis un an par mensonges successifs ?", cingle @Francois_Ruffin sur le #PasseVaccinal #DirectAN pic.twitter.com/ZcuTvnC1St
— LCP (@LCP) January 16, 2022

Dans une interview au Parisien, l’intéressé déclare : « l’incapacité que le RN a montrée à gagner ces élections régionales est la démonstration flagrante que Marine Le Pen n’est pas en situation de gagner l’élection présidentielle (…) Elle ne fait plus que de la politique depuis trop longtemps. Eric Zemmour choisit, lui, d’entamer le combat politique parce qu’il a un projet d’espoir pour la France. Il a suscité un enthousiasme important et a fait un choix courageux. J’ai le devoir d’en faire un aussi (…) Il est parfois radical car il pose les termes politiques de façon crue, mais en rien brutale. Il a cette capacité de rassemblement que n’a pas Marine Le Pen. Il peut faire ce qu’il appelle “l’union des droites” entre des conservateurs et des populistes ». Quant au ralliement d’autres membres du RN celui-ci poursuit : « J’ouvre le chemin. Non seulement j’appelle d’autres élus à le rejoindre, mais je sais que d’autres parlementaires RN suivront dans les semaines qui viennent ».