Partager cet article

Tribune libre

Dix questions aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X

Dix questions aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X

https://disputationes.over-blog.com/2026/06/dix-questions-aux-pretres-de-la-fraternite-saint-pie-x.html

Chers confrères, indépendamment des consécrations épiscopales annoncées pour le 1er juillet prochain, sur lesquelles cette revue s’est déjà exprimée dans “La Fraternité Saint-Pie X demande le maintien de l’accord pratique bergoglien”, nous formulons, dans l’esprit de transparence doctrinale souvent évoqué et afin de tenter de dissiper les ambiguïtés de position qui ne peuvent être entretenues ni dans un sens ni dans l’autre, dix questions simples auxquelles nous vous demandons de répondre. Chacun d’entre vous pourra répondre, y compris publiquement dans cette revue ou ailleurs, aux questions de ses propres fidèles ainsi qu’à l’accusation de tenir une position ou, du moins, une pratique schismatique ou sectaire.

Chacun pourra également, si nécessaire, prendre ses distances avec ce qui a été jusqu’à présent la position dominante dans la FSSPX. Cette position a, de fait, déterminé les choix jusqu’à présent, y compris en matière d’accords – ou plutôt d’accord manqué – avec Rome.

La Fraternité Saint-Pie X a institué la Commission Saint Charles Borromée, qui instruit de manière autonome les procès en validité matrimoniale et procède à l’annulation des mariages ; sur la base de quel pouvoir de juridiction procède-t-elle à ces “annulations de mariage” ? Lorsque Mgr Tissier, qui était à la tête de cette commission, affirmait que ces “annulations” équivalent à la «troisième instance de la Rote», que voulait-il dire ? Que cette Commission s’attribue la même autorité que le Pape?

La Fraternité Saint-Pie X ne mélange pas les hosties consacrées par ses propres prêtres avec celles consacrées selon le rite de Paul VI ; elle ne distribue pas les hosties présentes dans les tabernacles si ces particules ont été consacrées selon la messe de Paul VI, et inversement, lorsqu’elle se trouve à célébrer dans des églises mises à disposition par l’autorité ecclésiastique, elle ne laisse pas dans les tabernacles les hosties consacrées par ses propres prêtres et les emporte avec elle ou les consomme. Quelle est la raison théologique et doctrinale d’un tel comportement pratique ? Existe-t-il deux types de présence réelle, l’une pour les hosties consacrées par la Fraternité Saint-Pie X et l’autre pour les hosties non consacrées par les prêtres de ladite Fraternité ? Existe-t-il une “présence réelle Paul VI spéciale” qui causerait des problèmes eucharistiques ? Ou bien doutez-vous de la présence réelle dans les églises qui ne sont pas de la Fraternité au point que l’abbé Puga (professeur de morale à Écône) enseignait aux séminaristes que la génuflexion dans les églises qui ne sont pas de la Fraternité Saint-Pie X doit être faite non pas simplement, mais avec réserve, c’est-à-dire en disant mentalement «je fais la génuflexion sous condition que le Saint-Sacrement soit véritablement présent»? Ou bien existe-t-il une autre théorie eucharistique qui n’est pas décrite ci-dessus? Dans ce cas, pourriez-vous l’expliquer?

Selon la Fraternité Saint-Pie X, la messe de Paul VI, ou Novus Ordo Missae, est une messe « mauvaise en soi », c’est-à-dire un acte moral que personne ne peut accomplir sans tomber dans le péché contre la foi, comme cela est couramment enseigné à Écône et tel qu’il est transcrit dans le Bref catéchisme de la Nouvelle Messe que vous distribuez dans les prieurés. En quoi cette thèse est-elle compatible avec la validité du pontificat de Paul VI ? Est-il possible pour vous qu’un Pape promulgue une loi liturgique universelle qui soit non seulement problématique, mais qui constitue même un « péché grave contre la foi » et un « acte moral mauvais en soi », à l’instar d’un acte toujours peccamineux tel que l’adultère, qui ne peut être commis pour aucune raison au monde ?

La Fraternité Saint-Pie X accepte-t-elle encore ou rejette-t-elle la phrase de Mgr Lefebvre, prononcée lors de l’homélie des consécrations épiscopales du 30 juin 1988, dans laquelle il expliquait pourquoi il procédait à la création de nouveaux évêques sans mandat pontifical, à savoir parce que les nouveaux sacrements «sont tous douteux»? Le sens évident de cette affirmation est que tous les évêques de l’Église catholique qui ont reçu l’épiscopat selon le rite réformé par Paul VI pourraient ne pas être évêques; il est donc nécessaire que ce soient les évêques de la Fraternité Saint-Pie X qui en consacrent d’autres afin que l’on puisse être certain de la validité de leur épiscopat. Maintenez-vous cette position ou la rejetez-vous comme schismatico-sectaire? En cas d’accord, accepteriez-vous que le Pape envoie des évêques qui ne sont pas de la Fraternité Saint-Pie X pour consacrer vos candidats à l’épiscopat selon le rite traditionnel? Ou bien les évêques consécrateurs doivent-ils appartenir à la lignée épiscopale de Mgr Lefebvre, car c’est la seule qui ne soit pas douteuse, même quant à la validité?

Lorsque l’abbé Davide Pagliarani évoque un « état de nécessité » comme motif pour consacrer sans mandat du Pape, fait-il référence à une nécessité d’ordre pastoral ou également à un doute que vous émettez quant à la validité de tous les sacrements dispensés en dehors de la Fraternité Saint-Pie X, y compris l’épiscopat, au motif que les nouveaux sacrements «sont tous douteux»? Si tel était le cas, ne serait-il pas plus honnête de le déclarer?

Les évêques de la Fraternité Saint-Pie X seront-ils au service de toute l’Église et seront-ils là pour administrer les sacrements traditionnels à quiconque les demande? Ou les réserveront-ils exclusivement aux membres de la Fraternité elle-même, de sorte que pour recevoir le baptême, la confirmation ou être ordonné prêtre selon le rite traditionnel, il faut, de fait, adhérer aux autorités de la Fraternité Saint-Pie X?

La Fraternité Saint-Pie X réitère les confirmations conférées selon le rite réformé par Paul VI; et même récemment encore, à Bordeaux, la confirmation a été à nouveau conférée à un jeune homme qui avait déjà été confirmé par le cardinal Ricard selon le rite traditionnel. La Fraternité Saint-Pie X met-elle en doute la validité des évêques ou celle des saintes huiles ? Sur quelle étude préliminaire repose cette manière d’agir?

La Fraternité Saint-Pie X affirme qu’elle doit recourir à des consécrations épiscopales sans mandat pontifical parce que le Saint-Siège demande l’ «acceptation du Concile Vatican II pour tout accord canonique». Mais la Fraternité Saint-Pie X a déjà « accepté le Concile », pour reprendre cette expression, à au moins trois reprises connues. La première fois, ce fut dans le protocole signé par Mgr Lefebvre en 1988. La deuxième, dans la lettre du 15 décembre 2008, écrite par le Supérieur général de la Fraternité Saint Pie X au nom des quatre évêques pour demander la levée des excommunications, où il a été signé ce qui suit : « Nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu’à Vatican II, au sujet duquel nous émettons des réserves.» La troisième fois dans la Protocole doctrinal avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signé le 15 avril 2012 par le Supérieur général de cette Fraternité. Ce texte contient non seulement l’acceptation du “classique” Lumen Gentium n° 25, mais aussi la pleine reconnaissance – sur ce point sans réserve – de la doctrine de Vatican II sur la collégialité épiscopale, telle qu’elle est exprimée «par la Constitution dogmatique Lumen Gentium du Concile Vatican II, chapitre 3 (De constitutione hierarchica Ecclesiæ et in specie de episcopatu)». Il comporte également l’acceptation du Code de droit canonique de 1983. La véritable raison des consécrations épiscopales sans mandat de Rome ne semble donc pas résider dans « l’acceptation du Concile » puisque celui-ci a déjà été « accepté » à plusieurs reprises, et cela dans des termes qui, s’ils avaient été adoptés par d’autres, auraient été qualifiés de trahison doctrinale. La véritable raison serait-elle alors que les nouveaux sacrements « sont tous douteux »?

Lorsque la Fraternité Saint-Pie X demande à ses propres fidèles de ne pas assister aux messes traditionnelles célébrées par des prêtres « en union avec l’Église conciliaire », veut-elle dire qu’il n’y a pas de communicatio in sacris avec les autres membres de l’Église parce qu’il y a deux églises, ou bien que l’on doute de la validité de leur ordination sacerdotale?

Si les thèses théologiques sous-jacentes aux questions susmentionnées étaient d’une nature différente de celle supposée par cette liste, les prêtres de cette Fraternité pourraient-ils indiquer s’ils soutiennent personnellement d’autres positions et s’ils peuvent les assumer, en prenant publiquement leurs distances à l’égard des erreurs doctrinales de leurs autorités? Pourraient-ils s’excuser publiquement pour ces erreurs diffusées en matière sacramentaire, ces erreurs qui ont conduit certains fidèles insuffisamment formés à mourir sans recevoir les sacrements de l’Église, simplement parce qu’ils ne pouvaient pas recevoir ceux de la Fraternité Saint-Pie X ?
Le présent questionnaire s’adresse à tous les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, afin de dissiper d’éventuels doutes quant à leur position, qui apparaît actuellement ambivalents selon les interlocuteurs. Pour notre part, nous publierons toute réponse signée à ces questions. Chaque fidèle de cette Fraternité devrait toutefois exiger des prêtres des réponses claires, si possible écrites, avant de choisir de fréquenter ces chapelles. Cela permettrait d’éviter des choix irréfléchis ou dictés par les sentiments et les passions.

Cela est d’autant plus important que ces positions extrêmes sont révélées progressivement aux fidèles et sont révélés progressivement également aux séminaristes. C’est ce qui s’est produit pour les signataires du présent texte, auxquels certaines positions ont été dévoilées par étapes. Comme, par exemple, lorsque le Directeur d’Ecône ordonna aux séminaristes de se limiter à servir la Messe (traditionnelle) des prêtres diocésain de Novara en visite au séminaire, mais de ne pas recevoir l’hostie consacrée par eux, et de communier ce jour là à une deuxième Messe, célébrée par un prêtre de la Fraternité Saint Pie X.

Ces positions, d’abord partiellement cachées puis dévoilées progressivement, finissent ainsi par s’imposer de facto comme des principes à accepter et à mettre en pratique.

Et tout cela indépendamment de ce qui pourra ou non se passer le 1er juillet prochain, événement qui ne changera pas grand-chose à la substance de ces questions capitales pour le bien de l’Église.

Don Stefano Carusi

Abbé Louis-Numa Julien

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Partager cet article

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services