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Pays : Etats-Unis / Pays : Israël / Pays : Liban

Et pendant ce temps, Israël annexe le sud du Liban

Et pendant ce temps, Israël annexe le sud du Liban

D’Antoine de Lacoste pour La revue d’Histoire Européenne :

Une partie de la base MAGA (Make America Great Again), reproche à son champion d’avoir déclenché une guerre absurde contre l’Iran, sans finalité claire, relançant une inflation honnie, chamboulant l’économie mondiale pour finir par une paix confuse qui ne sanctionne en aucun cas une victoire de l’Amérique. Le contrat électoral est bafoué. Les guerres éternelles de l’Empire américain devaient cesser, Donald Trump s’y était formellement engagé. Le document de sécurité américain, publié en novembre dernier et préfacé par le président, était limpide sur le sujet.

C’était la première fois dans l’histoire de ce pays qu’un candidat s’engageait aussi précisément contre les guerres « ruineuses » et « inutiles » (selon ses propres termes) déclenchées par ses prédécesseurs avec de nombreuses défaites à la clé. Le reniement est à la hauteur de la solennité des engagements.

Des personnalités majeures du monde MAGA ont dénoncé l’attaque contre l’Iran. Marjorie Taylor Greene, qui avait déjà démissionné de son poste de sénateur pour protester contre la non-publication de l’intégralité des documents de l’Affaire Epstein, a eu cette phrase assassine : « Je ne savais pas qu’America first voulait dire Israël first ». Le célèbre ex-journaliste de Fox News, Tucker Carlson, a dénoncé une guerre menée à l’instigation d’Israël.

Ce reproche fait à Donald Trump d’agir sous l’influence de l’Etat hébreu et surtout de son premier ministre Benjamin Netanyahu, n’est pas nouveau. Il avait déjà été avancé au moment de « la guerre des douze jours » déclenchée en juin 2025 contre l’Iran pour, en principe, détruire ses installations de recherche atomiques et d’enrichissement d’uranium.

Une longue enquête du New York Times parue le 7 avril 2026 corrobore la thèse de l’influence israélienne. Netanyahu a plusieurs fois rencontré le président américain mais c’est au cours d’une visio-conférence organisée le 11 février que le premier ministre, accompagné du chef du Mossad et de plusieurs responsables militaires, a développé son argumentaire décisif. Quatre objectifs ont été définis : éliminer le guide suprême iranien, détruire les capacités militaires iraniennes, provoquer un soulèvement populaire puis favoriser la mise en place d’un régime pro américano-israélien.

L’entourage de Donald Trump était très réticent, pour ne pas dire franchement contre. Le patron de la CIA, John Ratcliffe, a qualifié l’hypothèse de la chute du régime iranien à la suite de bombardements puis d’émeutes, de « burlesque ». Le Pentagone aurait également, selon le Wall Street Journal, montré son scepticisme. Le vice-président, J.D. Vance, a clairement indiqué qu’il était contre cette guerre. Donald Trump n’a écouté personne et s’est lancé dans cette absurde attaque du 28 février où l’Iran a démontré une résistance qu’Israël n’avait guère anticipée, subissant même des dégâts très importants à Tel-Aviv.

Comme prévu, des mollahs ont été tués, aussitôt remplacés par d’autres, ce n’est pas ça qui manque en Iran.

Si Israël n’est pas pleinement satisfait du scénario iranien, ce n’est pas le cas au Liban. Le Hezbollah ayant opportunément lancé quelques roquettes symboliques sur le nord d’Israël, Netanyahou a donné l’ordre à son armée de s’enfoncer davantage au Liban et d’y faire place nette. Concrètement, cela signifie l’attaque de tous les villages devenus depuis des décennies des bastions de la milice chiite.

Il s’agit de la énième invasion du pauvre Liban mais cette fois les moyens utilisés par l’Etat hébreu sont beaucoup plus violents. Après la prise des villages chiites, avec ou sans combats, l’armée israélienne procède à la destruction systématique de toutes les habitations afin que les villageois ne puissent jamais revenir.

Les villages chrétiens se sont toujours tenus à l’écart de ces combats qui ravagent le pays depuis des décennies. Cette fois, ils se font copieusement bombardés. De nombreux habitants partent vers Beyrouth, d’autres choisissent de rester, encouragés par le clergé local. L’un de ces prêtres héroïques, le Père Pierre el-Raï, a été visé et tué le 9 mars par un double bombardement parfaitement ciblé. Prêtre de Qlayaa, il était l’âme de la présence chrétienne au Sud-Liban.

Découragés, les derniers fidèles s’en vont. Le nettoyage se poursuit, préparant la voie à l’annexion par Israël du sud du Liban jusqu’au fleuve Litani. En toute impunité.

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