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Tribune libre

Film “Délivre-nous du Mal” : le Bureau national des exorcistes français finira t-il un jour par être crédible ?

Film “Délivre-nous du Mal” : le Bureau national des exorcistes français finira t-il un jour par être crédible ?

Le film documentaire « Délivre-nous du Mal » vient à peine de sortir en France, à la Saint-Michel dernière, qu’il provoque un virulent clivage dont notre pays semble avoir le secret.

Dès sa sortie, il a reçu un violent tir de barrage du Bureau national des exorcistes (BNE). C’est l’organe dépendant de la conférence épiscopale, et chargé de la coordination et de la formation des exorcistes français. Il est actuellement sous la responsabilité de l’évêque de Belley-Ars, cité en tête du communiqué du BNE publié sur le site du diocèse de Marseille (dont l’évêque est l’actuel président de la conférence épiscopale), qui conclut :

« le BNE n’encourage pas la diffusion de ce documentaire, qu’il ne juge pas approprié pour servir de support pédagogique à une présentation du ministère de l’exorcisme. Il l’estime susceptible d’exciter une curiosité malsaine et d’entrainer une confusion, voire une grande inquiétude dans l’esprit de ceux qui le visionneraient. Il ne le perçoit donc pas comme un outil utile à l’annonce du salut en Jésus-Christ. » (voir ci-dessous le texte du communiqué complet).

Pourtant, Délivre-nous du Mal a été réalisé au bout de 10 ans de travail par les époux italiens Ziberna et Baldan, qui ont aussi une expérience d’assistants d’exorcistes, et sous la supervision de l’Association internationale des exorcistes (AIE) qui regroupe 900 exorcistes du monde entier. L’AIE le présente ainsi :

« Premier documentaire sur le ministère de l’exorcisme, supervisé par l’AIE, il présente des entretiens avec des prêtres exorcistes, des théologiens, des biblistes, des liturgistes et des psychiatres. Ce film se veut un outil pédagogique précieux pour tous les croyants, laïcs et prêtres, afin de les aider à comprendre l’exorcisme à la lumière de la vérité de l’Évangile et du Magistère de l’Église catholique. »

Sur le même ton, les réalisateurs affirment : « nous avons bénéficié du patronage et de la supervision de l’AIE (Association Internationale des Exorcistes), fondée par le Père Amorth et spécifiquement chargée de la formation des exorcistes. Cela nous a permis de garantir que le contenu du film était conforme aux vérités de l’Église catholique et à l’expérience directe des exorcistes, étant donné que l’AIE est officiellement reconnue par le Saint-Siège. »

Le film est sorti en 2022 en Italie, puis en Espagne, Amérique latine et Etats-Unis. A chaque fois l’accueil est favorable dans les diocèses et les paroisses, ainsi que dans la presse. Si la qualité cinématographique est parfois relativisée, le fond est salué unanimement :

  • « Il se veut un outil précieux pour tous les croyants, laïcs et prêtres, afin de les aider à comprendre l’exorcisme à la lumière de la vérité de l’Évangile et du Magistère de l’Église catholique. » (diocèse d’Acireale)
  • « une magnifique leçon de théologie sur la démonologie catholique. Les enseignants de ce cours sont plusieurs prêtres italiens ayant reçu le mandat ministériel d’exorcisme de leurs évêques respectifs. Ce film est une catéchèse très pédagogique, sereine et éclairante sur la doctrine catholique concernant le diable, l’ange déchu » (média espagnol)
  • Il « constitue une proposition illustrative et pédagogique sur cette pratique religieuse » (Conférence Episcopale Espagnole)

En France, il est diffusé par SAJE, dont le président affirme à Famille Chrétienne :

« on sent qu’il y a une approche italienne, et une approche française, plus psychiatrique. Mais les italiens sont parmi les seuls à travailler sérieusement la question avec des chaires de démonologie à l’Université et de vrais travaux faits par des exégètes et des théologiens. […] En France, il n’y a plus rien de tel depuis longtemps. »

Pour être clair, le Bureau national des exorcistes (BNE) continue d’être influencé par son lourd passé. Dans les années 1990-2000, le père Amorth (cofondateur de l’AIE, Association Internationale des Exorcistes) affirmait : « Sur une centaine d’exorcistes français, seuls cinq croient au diable et pratiquent des exorcismes ; tous les autres orientent les personnes qui s’adressent à eux vers des psychiatres. Les évêques sont les premières victimes de cette situation au sein de l’Église catholique, où la croyance en l’existence du diable tend à disparaître. » Depuis 1984, le BNE était dirigé par des prêtres (dont en particulier le père Isidore Froc) qui ne croyaient pas au diable et ne pratiquaient pas d’exorcismes, renvoyant tout à la psychologie et à la psychiatrie.

Qui en France soutient ou critique publiquement Délivre-nous du Mal ?

Les soutiens :

  • Le Père Jean-Baptiste Edart : « Le film met bien en avant la victoire du Christ. » ; « Le film […] montre bien [la puissance de la Vierge Marie dans la lutte contre le mal ]. C’est très beau : Marie a tout pouvoir sur le mal. […] Mais elle reste créature. »
  • La Nef dans son numéro d’octobre
  • France catholique : « Dans ce film inédit, avec une approche lumineuse, tournée vers l’espérance, des experts et de grands exorcistes modernes explorent en profondeur les racines du mal, les tactiques vicieuses du démon, la mission propre de l’exorciste. Ce documentaire très complet, le seul officiellement approuvé par l’association internationale des exorcistes, aborde également les manières de se libérer des pièges de Satan, par la puissance de la prière, le rôle de l’Église et l’intercession puissante de la Vierge Marie. Il reconstitue une scène d’exorcisme très réaliste, permettant ainsi de comprendre comment déjouer les plans du Malin. Un film puissant, qui s’affranchit du sensationnalisme pour montrer à quel point le Ciel a tout pouvoir sur les esprits mauvais. »
  • L’abbé Raffray : « J’ai vu ce film et je vous le recommande vivement car il est approuvé par l’AIE à juste titre : théologiquement très équilibré, explique de façon très claire ce que sont les démons, pourquoi ils agissent dans le monde, comment ils agissent, et comment parfois ils peuvent posséder une âme. Et car il est basé sur des témoignages d’exorcistes »
  • CNews : le film « saura à coup sûr intéresser croyants et non croyants, sceptiques ou convaincus, le documentaire permettant d’aborder une pratique souvent entourée de fantasmes, en donnant la parole à ceux qui l’exercent ou ceux qui les côtoient »

Les critiques :

Entre les deux, Famille Chrétienne ne sait pas vraiment sur quel pied danser, titrant initialement « un documentaire controversé, à regarder avec recul », puis passant à « un documentaire à voir malgré quelques réserves ».

Si ce film documentaire est un peu longuet au début, il n’en reste pas moins très instructif et édifiant, notamment dans sa dernière partie consacrée à la Vierge Marie. Au BNE, qui accuse cette présentation de la Vierge Marie de « frôler l’idolâtrie », laissons répondre l’actuel président de l’AIE, le père Francesco Bamonte :

« L’expérience mariale lors des exorcismes est si bouleversante qu’il y a quelques années, de nombreuses personnes désireuses d’en savoir plus m’ont demandé de la partager. Je l’ai relatée dans mon livre « La Vierge Marie et le diable dans les exorcismes ». Pour ce mois d’octobre, comme pour le reste de l’année, je conseille aux fidèles de prier le Saint Rosaire avec ferveur et dévotion chaque jour, comme l’Église nous y exhorte depuis des siècles et comme Notre-Dame elle-même le recommande dans chacune de ses apparitions authentiques. Je recommande ensuite de se consacrer, après une préparation adéquate, à son Cœur Immaculé de Marie, comme tant de saints nous l’ont enseigné et comme le Magistère des papes récents nous y a fortement invités. Rappelons-nous que plus nous laissons la Vierge Marie entrer dans nos vies, plus la présence de son Fils devient intense et plus sa grâce abondante. »

Au BNE, qui affirme en conclusion ne pas percevoir ce film « comme un outil utile à l’annonce du salut en Jésus-Christ », laissons conclure les réalisateurs eux-mêmes :

La découverte de ce rite de l’exorcisme « était notre “université spirituelle”. Au sein de ce rite, nous comprenions l’importance de la prière, du rosaire et de l’intercession des saints. Autant de choses aujourd’hui délaissées, mais dont la puissance infinie transparaît dans l’exorcisme. Prier le diable est extrêmement néfaste, et là, cela devient flagrant, incontestable. »

Laurent Dastros

Article publié sur Substack.


Le communiqué du BNE :

AVIS DU BNE (Bureau National des Exorcistes) au sujet du film Libera nos (Délivre-nous du mal). Mgr Pascal Roland, évêque référent du BNE.

Lors de la session de Valpré, nous avons proposé aux participants qui le souhaitaient de regarder avec nous le film Libera nos (Délivre-nous du mal) réalisé par l’AIE (Italie). Celui-ci a soulevé de légitimes questions, que nous n’avions pas anticipées, puisque seulement quelques extraits avaient été accessibles et que tous les membres du BNE n’avaient pas pu voir le film auparavant.

Après ce visionnement, le Bureau national des exorcistes exprime de sérieuses réserves en raison de plusieurs éléments qui laissent interrogatifs, notamment :

  • Une focalisation sur le démon plus que sur le Christ Sauveur.
  • Une exposition ambigüe d’opinions pastorales et théologiques particulières comme si celles-ci relevaient de l’autorité magistérielle et de la pratique universelle de l’Église.
  • Une mise en scène de manifestations spectaculaires peu représentatives du quotidien d’un exorciste, qui ne rend pas assez compte des phases d’écoute, de discernement, et d’accompagnement de la personne (lesquelles constituent une partie essentielle de ce ministère).
  • Une présentation d’exorcisme inappropriée par son jeu d’acteurs (le prêtre scande la prière d’exorcisme plus qu’il ne la prie), jouant trop sur l’émotionnel et l’aspect extraordinaire (avec contention de la personne par l’entourage).
  • Un manque de recul critique sur une intervention d’exorciste, qui affirme avoir fait tous les mardis pendant plusieurs années une prière d’exorcisme à la même personne (voir la récente note du BNE sur la réitération de l’exorcisme).
  • Une présentation de la Vierge Marie à la fin du film qui frôle l’idolâtrie au détriment de l’action du Christ unique Sauveur.

Pour l’ensemble de ces raisons le BNE n’encourage pas la diffusion de ce documentaire, qu’il ne juge pas approprié pour servir de support pédagogique à une présentation du ministère de l’exorcisme. Il l’estime susceptible d’exciter une curiosité malsaine et d’entrainer une confusion, voire une grande inquiétude dans l’esprit de ceux qui le visionneraient. Il ne le perçoit donc pas comme un outil utile à l’annonce du salut en Jésus-Christ.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

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