Il existe une différence profonde entre croire en Dieu et croire Dieu. Beaucoup disent croire en Dieu, comme on admet l’existence d’une réalité lointaine, d’une transcendance, d’un principe supérieur au-dessus du monde. Mais croire Dieu, c’est autre chose : c’est recevoir Sa Parole comme vraie, se soumettre à Son témoignage, marcher dans la confiance et l’obéissance. La première attitude peut rester une simple idée ; la seconde engage la vie entière.
L’Écriture ne nous laisse pas dans le vague. Elle ne parle pas d’un Dieu abstrait et impalpable, mais du Dieu vivant, qui parle, qui appelle, qui promet, qui juge, qui sauve. Croire en Dieu, au sens biblique, ce n’est pas simplement reconnaître qu’Il existe ; c’est se confier à Lui parce qu’Il a parlé.
Ils croient… et tremblent
Jacques écrit avec une sobriété pénétrante : « Tu crois qu’il y a un seul Dieu ? Tu fais bien ; les démons aussi le croient, et ils tremblent » (Jacques 2.19). Voilà une parole qui dérange. Les démons ne sont évidemment pas athées : ils savent que Dieu existe, ils connaissent Sa puissance, ils reconnaissent même qui est Jésus-Christ. Mais cette connaissance ne les change pas. Elle ne produit en eux ni amour, ni repentance, ni soumission. Ils croient, et pourtant ils restent rebelles.
Il faut donc se garder d’une fausse sécurité. On peut posséder une orthodoxie de vocabulaire et rester étranger à la foi vivante ; on peut parler du Ciel sans jamais se livrer au Seigneur du Ciel. La foi véritable n’est pas seulement de l’information religieuse ; elle est confiance, abandon et fidélité.
La religion du flou
Notre époque parle volontiers de « spiritualité ». Beaucoup déclarent croire en une force supérieure, en une présence mystérieuse, en un Dieu quelque part au-dessus de nous. Une telle croyance peut émouvoir l’âme, mais elle ne l’engage à rien : un Dieu lointain et indéterminé, que chacun imagine à sa manière, ne demande rien à la conscience. On peut penser qu’Il existe tout en vivant comme si Il n’existait pas.
Or le Dieu de la Bible parle. Il a parlé par les prophètes, dans les Écritures, et « la Parole a été faite chair » (Jean 1.14) : Il s’est révélé dans une Personne, Jésus-Christ. La question n’est donc plus seulement : « Croyons-nous qu’il y a un Dieu ? », mais : « Que faisons-nous de ce que Dieu a dit concernant Son Fils ? » Il n’existe pas de position neutre devant l’Évangile.
Croire Dieu : prendre Sa Parole au sérieux
Toute la Bible nous présente des hommes et des femmes qui ont cru Dieu avant même de voir l’accomplissement de Ses promesses.
Abraham en est le grand témoin : Dieu lui donne une promesse humainement impossible, et « il crut à l’Éternel, qui le lui imputa à justice » (Genèse 15.6). Il ne possédait pas encore ce qui lui était promis ; il partit néanmoins, « sans savoir où il allait » (Hébreux 11.8) – une foi qui devient marche et obéissance.
Noé, « divinement averti des choses qu’on ne voyait pas encore », agit avec crainte et construit l’arche face à un jugement qu’aucune apparence ne laissait deviner (Hébreux 11.7). Moïse « estima l’opprobre de Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l’Égypte » (Hébreux 11.26), choisissant la fidélité à la promesse plutôt que les avantages immédiats. Rahab, malgré son passé compliqué, crut au Dieu d’Israël (Josué 2.11), et cette foi la sauva, elle et sa famille. Marie répond à l’annonce impossible par un abandon sans réserve : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1.38). Le centurion reconnaît que l’autorité de Jésus suffit : « dis seulement une parole ».
La foi ne dit pas : « il n’y a pas de difficulté. » Elle dit : « il y a une difficulté, mais Dieu a parlé. » C’est toute la différence entre croire que Dieu existe et croire Dieu Lui-même.
Une foi qui produit l’obéissance
La foi véritable a toujours des conséquences : elle produit l’écoute, l’obéissance, la persévérance, la paix. Cela ne signifie pas qu’elle rend parfait du premier coup – Abraham a connu des moments de faiblesse, Pierre a renié son Seigneur, David est tombé gravement – mais elle ne peut demeurer stérile. Elle ramène sans cesse le croyant vers Dieu et lui apprend à dépendre de Lui.
C’est pourquoi Jacques peut écrire que la foi sans les œuvres est morte (Jacques 2.17). Les œuvres ne sont pas le prix du salut : nous sommes sauvés par grâce, au moyen de la foi, « et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Éphésiens 2.8). Mais la foi authentique agit, précisément parce qu’elle croit.
Ceux qui ne connaissent pas Dieu
À l’inverse, l’apôtre Paul parle avec gravité de ceux qui « ne connaissent pas Dieu et n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ », lorsque le Seigneur sera révélé « au milieu d’une flamme de feu » (2 Thessaloniciens 1.7-8). Ce texte ne décrit pas une simple ignorance intellectuelle, mais l’absence de relation et de soumission : ne pas obéir à l’Évangile, c’est refuser la lumière venue de Dieu en Jésus-Christ.
L’Écriture en donne des illustrations sombres. Pharaon savait qui était l’Éternel – sa question « Qui est l’Éternel ? » (Exode 5.2) était une provocation, non une ignorance sincère -, mais il endurcit son cœur. Le riche de la parabole connaissait Moïse et les prophètes (Luc 16.29-31), mais son cœur restait attaché à ses biens. Judas a marché trois ans aux côtés de Jésus, mais sa connaissance fut sans amour, et « le diable avait déjà mis dans son cœur » de Le trahir (Jean 13.2).
Le problème de l’homme n’est donc pas seulement un manque d’informations ; c’est un cœur qui résiste à Dieu. Nous préférons souvent un dieu qui nous laisse tranquilles à un Dieu qui nous appelle à la repentance ; une spiritualité qui nous rassure à la sainteté qui nous juge. Mais lorsque Dieu dit : « Repens-toi, crois en Mon Fils, suis-Le », la question devient personnelle, et le châtiment ultime n’est pas seulement une souffrance, c’est l’éloignement de la face du Seigneur (2 Thessaloniciens 1.9).
L’Évangile de Jean : croire au Fils
C’est ici que l’Évangile selon Jean devient particulièrement lumineux. Il ne présente pas Jésus comme un simple maître religieux, mais comme la Parole éternelle, auprès de Dieu et Dieu Lui-même, venue dans le monde. Et tout au long du récit revient un même appel : croire.
« À tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le droit de devenir enfants de Dieu » (Jean 1.12).
À Nicodème, Jésus révèle la nécessité de la nouvelle naissance, puis vient la déclaration centrale :
« Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3.16). L’Évangile ne dit pas « croyez qu’un Dieu existe » ; il dit : croyez au Fils.
« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3.36).
Le contraste est absolu : la vie éternelle d’un côté, la colère de Dieu de l’autre ; l’accueil du Fils, ou Son rejet. On ne peut réduire l’Évangile à une invitation à « être un peu plus spirituel » : Dieu place devant nous Son Fils, et croire en Lui, c’est recevoir la vie.
Croire Dieu, c’est finalement venir à Christ. On ne peut dire : « nous croyons en Dieu, mais nous ne savons que penser de Jésus », car Dieu s’est révélé précisément dans Son Fils : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14.9). Croire Dieu, c’est donc croire Son témoignage au sujet du Fils : reconnaître son propre péché, cesser de se justifier soi-même, recevoir le pardon offert, et Lui faire confiance pour aujourd’hui et pour l’éternité.
Comprenons bien
Il existe une différence immense entre croire en Dieu et croire Dieu. Croire en Dieu peut rester de l’ordre de l’intellect, voire du simple héritage culturel. Mais la foi qui sauve reçoit le témoignage de Dieu et vient à Jésus-Christ ; elle ne dit pas seulement « nous pensons que cela est vrai », mais « Seigneur, nous nous confions en Toi ».
Il faut donc poser la question avec simplicité et gravité : croyons-nous seulement en Dieu, ou croyons-nous Dieu ? Avons-nous seulement une idée du divin, ou avons-nous entendu la voix du Seigneur Jésus-Christ ? Le croyant véritable se repent, se confie, obéit et adore.
Que Dieu nous accorde une foi droite, vivante et humble – non pas une religion de surface, mais la confiance du cœur ; non pas une adhésion lointaine, mais une réponse personnelle ; non pas un Dieu imaginaire, mais le Dieu vivant, révélé dans l’Évangile de Son Fils.
Alors la foi cessera d’être un simple concept ou une simple notion : elle deviendra une marche avec Dieu.
« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3.36).
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