« La Guerre d’Indochine » de Lucien Bodard pour la première fois en un volume !
Au-delà d’un récit aux mille facettes, l’histoire de la guerre d’Indochine des Français est aussi celle d’une passion désordonnée où notre innocence s’est perdue. Cette passion est au cœur des trois livres mythiques de Lucien Bodard : – L’enlisement, – L’humiliation, – L’aventure, qui sont ici réunis intégralement dans ce volume pour la première fois.
Mettant son fabuleux talent de conteur au service de l’Histoire, Lucien Bodard, parce qu’il a croisé les acteurs de cette guerre, les fait revivre : Giap, De Lattre, Bao Daï et les autres, les sans-grade. Les lieux sont là aussi, héroïques comme Cao Bang, Dien Bien Phu, la RC4, ou pittoresques, amers et drôles comme la Saïgon du trafic de piastres, des jeux, de la drogue et des étreintes faciles. Lucien Bodard balaie en près de mille deux cents pages quinze années tragiques où se mêlent l’espoir et les larmes.
C’est le récit d’un auteur qui a vécu son sujet, qui sait les dangers de la jungle, la fraîcheur des hauts plateaux. Et il y a ces lieux, oubliés parfois, Dien Bien Phu, bien sûr, mais aussi Vinh Yen, Lang Son, Cao Bang, la R.C.4… Lieux amers et drôles. Qui se souvient du Saïgon des bandits, des piastres et des jeux, cité de jouissance célèbre dans tout l’Orient ?
De l’aventure à l’humiliation, des jours tendres aux pluies cruelles, voici l’histoire d’une guerre, l’histoire de deux pays, passion désordonnée et proche où notre innocence s’est perdue.
« Quand j’arrive à Saïgon correspondant de guerre en 1948, je découvre une Indochine installée dans le Moyen Âge à mitraillettes et à piastres, sous l’étiquette de l’Union française… C’est l’enlisement. Sur la frontière, dans les montagnes au nord du Tonkin se poursuit la vraie guerre contre les réguliers d’Ho Chi Minh. Elle est loin de tout, et on n’en parle pas. Partout ailleurs, on fait la « guerre heureuse » contre la Résistance. C’est la guérilla, bien plus cruelle que les batailles qui se déroulent sur les confins de la Chine. Mais en même temps, c’est la « bonne vie » et la prospérité pour tout le monde.
L’existence quotidienne, c’est le sang, la mort, la volupté, la fatigue, la paresse, la grande vie. Les combattants se sentent des « seigneurs » et les hommes d’affaires nagent dans l’abondance. Les deux camps compressent et tuent la population selon les techniques de la « persuasion ». Les nhaqués sont l’enjeu essentiel. Mais quand ils ne sont pas suppliciés, ils s’épanouissent, ils profitent de tout…
L’Indochine de 1948 c’est un échiquier aux pions innombrables mais presque immobiles. On ne devine pas encore qu’elle deviendra le théâtre où tous ces éléments vont se nouer dans une action aussi tendue et dépouillée qu’une tragédie grecque : le rideau tombera quelques années plus tard sur Dien Bien Phu. »
Après ce ne sera plus l’Indochine mais le Vietnam. Les Américains auront remplacé les Français et une autre tragédie se jouera dans ces mêmes décors. Indochine, guerre, ces deux mots restent indissolublement liés dans la mémoire collective. Associés à des images de violence et de tragédie, à des clichés figés par les interprétations, ils recèlent une réalité autrement plus complexe, souvent insaisissable. S’Il y a eu la guerre française avec ses visages, Leclerc, Ho Chi Minh, d’Argenlieu, Giap, de Lattre, ses noms de bataille, sa paix de Genève, il y a eu aussi la guerre américaine avec les siens, Diem, Kennedy, Minh, Westmoreland, Johnson, Thieu, Nixon, Kissinger, Khe Sanh. Il y a eu la piste Ho Chi Minh, la paix de Paris, et encore la guerre des deux Vietnam, l’agonie de Saigon, la réunification dans le sang.
Il y a eu surtout tous ces visages anonymes d’un peuple écartelé, si semblables dans leurs différences, ceux des soldats sacrifiés, français, américains, sudistes ou révolutionnaires, ces foules innocentes et hagardes, emportées par une tourmente…
Qui est Lucien Bodard ? Né en Chine en 1914 et mort à Paris en 1998, Lucien Bodard s’est vite imposé comme un des plus grands reporters de classe internationale. Ses articles ont fait partout sensation. De son expérience du continent asiatique, il a tiré des ouvrages fondamentaux : La Chine de la douceur, La Chine du cauchemar, Mao, et cette trilogie consacrée à la guerre d’Indochine. Il est également l’auteur d’un bouleversant témoignage : Le massacre des Indiens. Monsieur le Consul est le premier roman de Lucien Bodard qui, d’emblée, a rallié les suffrages de la critique et du public. La qualité saisissante de cette oeuvre a valu à son auteur le Prix Interallié 1973 décerné à l’unanimité, et le Prix Goncourt pour Anne-Marie.
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La guerre d’Indochine, L’enlisement, L’humiliation, L’aventure, Texte intégral, Lucien Bodard, Aux éditions Grasset, 1176 pages, 35€
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