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Tribune libre

Madame Mamdani et la Vierge Marie en Corse

Madame Mamdani et la Vierge Marie en Corse

La retraite organisée dans un ancien couvent capucin de Corse autour de la figure de Marie, à laquelle participe notamment Rama Duwaji, épouse du maire de New York Zohran Mamdani, ne peut laisser les catholiques indifférents.

Le choix du lieu est déjà chargé de symboles. Pendant des siècles, les Capucins ont incarné en Corse une présence de prière, de pauvreté évangélique et de fidélité à l’Évangile. Voir aujourd’hui un ancien couvent accueillir une retraite islamique consacrée à Marie invite à une réflexion plus profonde sur la mémoire chrétienne de l’Europe et sur le devenir de son patrimoine spirituel.

La Corse n’est pas une terre neutre dans l’histoire des rapports entre chrétienté et monde musulman. Pendant près d’un millénaire, elle fut régulièrement frappée par les razzias venues d’Afrique du Nord. Les chroniqueurs rapportent des villages incendiés, des populations massacrées ou réduites en esclavage, des familles entières emmenées vers les marchés d’esclaves de Tunis, d’Alger ou de Tripoli. Les nombreuses tours génoises qui jalonnent encore aujourd’hui le littoral corse ne sont pas un simple décor touristique : elles témoignent d’une île vivant dans l’attente permanente des voiles barbaresques. Les villages perchés de l’intérieur doivent également beaucoup à cette longue insécurité.

Cette mémoire ne justifie évidemment aucune hostilité envers les personnes. Mais elle rappelle qu’un lieu porte une histoire, et qu’il n’est jamais complètement indifférent de le transformer.

Le thème même de cette retraite mérite également d’être examiné. Les organisateurs présentent Marie comme « une femme palestinienne donnant naissance sous occupation ». Cette formulation relève d’une lecture politique contemporaine davantage que d’une démarche historique. Marie était une jeune fille juive de Judée vivant sous domination romaine. Lui attribuer une identité nationale moderne revient à projeter sur le Ier siècle les catégories idéologiques du XXIe.

Plus profondément encore, la figure de Marie dans le Coran ne provient pas uniquement des Évangiles canoniques. Les chercheurs ont depuis longtemps montré que plusieurs épisodes coraniques trouvent leurs parallèles les plus proches dans des écrits chrétiens non retenus par l’Église.

Ainsi, la présentation de Marie enfant au Temple provient très probablement d’une tradition connue par le Protévangile de Jacques. L’épisode du palmier qui nourrit Marie au moment de la naissance de Jésus rappelle fortement le Pseudo-Matthieu. Le miracle des oiseaux d’argile façonnés par l’enfant Jésus correspond presque exactement à un épisode de l’Évangile de l’Enfance selon Thomas. Quant au Jésus parlant dès son berceau, il appartient également au corpus des évangiles de l’enfance qui circulaient dans plusieurs communautés chrétiennes orientales.

Pourquoi l’Église n’a-t-elle pas retenu ces écrits ?

Non parce qu’ils seraient dépourvus de tout intérêt ou de toute tradition ancienne, mais parce qu’ils ne remplissaient pas les critères du canon. Ils sont généralement tardifs, rédigés plusieurs générations après les apôtres, attribués fictivement à des auteurs prestigieux, et n’ont jamais été reçus universellement comme inspirés par les Églises apostoliques. Beaucoup développent aussi une littérature merveilleuse qui dépasse largement la sobriété des Évangiles canoniques. L’Église a donc distingué avec prudence ce qui pouvait nourrir une tradition pieuse de ce qui devait être reconnu comme Parole de Dieu.

Ce constat éclaire également la manière dont le Coran se situe par rapport au christianisme. Il reprend certains éléments issus de traditions chrétiennes anciennes tout en rejetant précisément les affirmations qui constituent le cœur de la foi chrétienne : la divinité du Christ, sa filiation divine, sa mort rédemptrice sur la Croix et le mystère de la Trinité. Dès son apparition, l’islam se présente non comme une simple continuation du christianisme, mais comme une révélation qui entend corriger ce qu’elle considère comme les erreurs des chrétiens.

Cette question est d’autant plus importante que les origines mêmes de l’islam font aujourd’hui l’objet d’un vaste débat historiographique. Les recherches contemporaines, qu’elles s’appuient sur la philologie, l’archéologie, l’épigraphie ou l’étude critique des sources, conduisent un nombre croissant de spécialistes à considérer que les récits musulmans classiques ont été rédigés tardivement et doivent être interrogés comme toute source historique. Les hypothèses divergent ensuite largement sur la reconstruction des événements, mais le consensus ancien consistant à recevoir sans examen critique l’ensemble du récit traditionnel appartient désormais au passé de la recherche.

Pour les catholiques, cette actualité est finalement une invitation à revenir à Marie telle que l’Église la contemple depuis deux mille ans. Non une figure remodelée au gré des causes politiques du moment, ni un personnage recomposé à partir de traditions secondaires, mais la Mère de Dieu, la Nouvelle Ève, celle qui conduit toujours à son Fils.

Les pierres des anciens couvents, les tours qui veillent encore sur les côtes corses et la mémoire des générations qui nous ont précédés rappellent une vérité simple : une civilisation ne se transmet pas uniquement par ses bâtiments, mais d’abord par la fidélité de ceux qui continuent à vivre la foi qui les a fait naître.

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