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Tribune libre

Mardi, ils voteront. Vous, vous avez déjà gagné.

Mardi, ils voteront. Vous, vous avez déjà gagné.

Mardi, ils voteront. Mais vous, arrêtez de trembler : vous avez déjà gagné.
Veillée avant le vote du 30 juin sur la fin de vie

Le Semeur, Jean-François Millet (1850)
Légende : « Le semeur ne vérifie pas la terre ; il sème, confiant. Le reste appartient à Dieu. »

Il est 23 heures, en cette veille du 30 juin. Vous avez relu une énième analyse, vous avez partagé l’article, vous avez peut-être même prié en regardant les infos. Et pourtant, ce soir, une angoisse sourde vous étreint — celle qui chuchote : « À quoi bon ? Ils vont voter cette loi. Nous n’étions pas assez nombreux, pas assez forts, pas assez entendus. »

Je connais cette voix. Elle est le vertige des cœurs passionnés, la fatigue de ceux qui aiment la vie jusqu’à l’épuisement.

Mais si je vous écris cette nuit, ce n’est pas pour vous dire de vous battre plus fort. C’est pour vous rendre la paix que vous méritez. Car dans ce combat contre la culture de mort, nous avons tous, un jour, le souffle coupé par la peur de l’échec. Plus de mille huit cents amendements ont été déposés ces derniers jours ; vingt-trois seulement ont été retenus. Nous mesurons nos mots, nous comptons nos partages, nous nous jugeons à l’aune de ce que nous voyons — et ce que nous voyons, c’est une machine qui ne retient presque rien de ce que nous lui offrons.

Pourtant, notre pire ennemi n’est pas dans l’hémicycle. Il est dans ce miroir qui nous renvoie l’image d’un combattant impuissant.

Le piège est là : en voulant à tout prix être efficaces, nous acceptons de jouer sur le terrain du monde. Or le monde mesure le succès au bruit, au nombre, aux scrutins. Nous, nous mesurons la fidélité au silence et à l’amour. Goliath a la parole, les caméras, vingt-trois amendements et une majorité ; il n’a pas ce que nous avons : une petite graine plantée dans une conscience.

Imaginez : si votre vie entière, vos veilles et vos combats, ne devaient arracher qu’une seule âme au vertige de l’euthanasie, votre fronde face au géant serait déjà une victoire pour l’Éternité.

Dieu ne nous demande pas de sauver le monde. Il nous demande de semer. Le reste — la pousse, la moisson — Lui appartient déjà.

C’est pour cela que je vous supplie de retrouver le souffle. Nous sommes épuisés parce que nous oublions l’équilibre. Nous voulons tout porter, tout sauver, tout maîtriser. Nous confondons notre labeur avec une œuvre de salut. Alors, que faire quand l’angoisse monte ? Revenir à l’essentiel. À l’Ora.

Ce n’est pas fuir le front que de s’agenouiller. C’est aiguiser la lame. C’est tremper sa plume dans l’encrier de la grâce. Une parole qui ne sort pas du silence est une parole stérile ; elle rebondit sur les murs du monde sans jamais les fissurer. La parole née du recueillement, elle, est une pluie fine : elle pénètre là où personne ne la voit.

Mardi, les hommes voteront. Oui, c’est un jour grave — et pourtant ce ne sera pas le dernier mot. Le Sénat, qui a déjà rejeté ce texte deux fois, le rejettera sans doute une troisième fois ; l’Assemblée tranchera alors définitivement le 15 juillet. Mais n’attendez ni de mardi ni du 15 juillet une résolution selon nos calendriers humains. Déposez votre impuissance et votre ferveur au pied du Tabernacle. Car si la loi passe, mardi ou dans quinze jours, elle ne sera pas votre défaite, mais la leur. Une loi contre la vie est un château de sable ; les marées de l’histoire l’emportent toujours.

À 71 ans, je le vois de plus en plus clair : la terre est le temps des semailles, parfois arides. La moisson véritable n’appartient qu’à Dieu. Le semeur ne vérifie pas la terre ; il sème, confiant. Il sait que le vent, la pluie et le soleil ne sont pas ses alliés, mais les instruments d’un Maître qui ne se trompe jamais de saison.

Alors, ne vous lassez pas. Semez dans les larmes, semez dans le doute, semez même dans l’apparent échec. Notre rôle n’est pas de faire pousser l’arbre, mais de déposer la graine.

Le combat appartient au Seigneur. Nous ne portons pas le poids de la victoire ; nous portons celui, infiniment plus léger, du témoignage.

Quand le bruit de la mêlée couvrira la voix du silence, retournez à la source. C’est là que la paix vous attend — non pas une paix tiède, mais une force divine, une armure contre la peur.

Car c’est en Son nom que la vérité triomphera : non pas comme un succès humain, bruyant et éphémère, mais comme une moisson d’éternité, douce et silencieuse, qui germe déjà dans les cœurs fidèles.

En union de prière, surtout mardi. Semeurs, pas moissonneurs : voilà notre seule victoire — et elle est déjà acquise.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

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