Dans Famille chrétienne, Thomas Cauchebrais s’est intéressé au nouveau portail de la cathédrale d’Angers, qui fait débat :
[…] Ce « tampon climatique » voulu par l’État a été conçu par l’architecte japonais Kengo Kuma comme un espace de transition entre l’extérieur et le sanctuaire. Ce portail de protection a été inauguré en grande pompe le 9 avril. […]
Dans le milieu des historiens de l’art et, plus largement, parmi les professionnels du patrimoine en Anjou, les critiques publiques se font rares, même si les opinions restent partagées. « Avec ses lignes trop dures, trop froides – notamment au niveau du toit -, je ne trouve pas qu’elle s’inscrive dans la sensibilité chrétienne », confie officieusement l’un d’entre eux. Seul François Jeanneau, architecte en chef honoraire des monuments historiques et président de l’association des Amis du Vieil Angers, ose porter ouvertement un regard critique mais tout de même nuancé sur cet ajout. S’il reconnaît « une belle œuvre, bien dessinée et très bien réalisée » signée Kengo Kuma, il estime néanmoins que l’ouvrage assume une rupture trop marquée avec l’édifice médiéval. Selon lui, les proportions du projet s’éloignent trop de l’édifice d’origine, au risque de nuire à sa lisibilité, notamment dans le traitement des arcades et des colonnettes. […]
« Mais comment voulez-vous demander à un architecte de renom de s’effacer devant le monument en y adjoignant une œuvre modeste et intégrée ? Alors que précisément c’était très probablement la bonne direction, le bon parti architectural qu’il aurait fallu adopter. C’est impossible. Donc on obtient bien ce que l’on a souhaité : une œuvre contemporaine ».
[…] Un point de vue partagé par son prédécesseur à la tête de l’association des Amis du Vieil Angers, Guy Massin-Le Goff. Ancien conservateur des antiquités et objets d’art de Maine-et-Loire, il se montre toutefois bien moins nuancé que François Jeanneau. « Je trouve que c’est une grave erreur. Mais que voulez-vous, vous avez des gens au ministère qui veulent faire moderne… c’est la mode », tranche-t-il. Et d’ajouter, non sans malice : « Je garde en mémoire ces architectes contemporains me dire dans de grandes réunions patrimoniales… “Mais enfin, Monsieur, n’oubliez pas que nous construisons pour une durée de 30 ans” ». […]
