Dimanche 14 juin, les auditeurs de la messe radiodiffusée sur France Culture ont pu assister à une homélie assez déconcertante. Le texte du jour, tiré de l’Évangile selon saint Matthieu (10, 5-6), livrait pourtant des consignes claires et sans ambiguïté de la bouche même de Notre-Seigneur à ses Douze apôtres :
« Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. »
Face à la dureté et à la spécificité de cet ordre de mission — qui s’inscrit dans le cadre historique et eschatologique précis du salut proposé au peuple élu —, le prédicateur a choisi de faire l’impasse sur toute explication textuelle. Pourtant, dès les premières minutes du sermon, ce passage a été immédiatement instrumentalisé pour justifier un discours sur l’amour universel du Christ.
Comment peut-on, sans sourciller, utiliser un verset de stricte restriction géographique et communautaire pour en faire une justification universaliste ?
Cette approche n’est pas isolée. Elle fait écho aux thèses développées par le Père Benoist de Sinety dans son ouvrage La cause du Christ. Il qualifie de « faussaires » ceux qui passent leur temps à défendre une identité chrétienne ou des réflexes de préservation, affirmant :
« Ne cherchons pas le Christ dans les discours de haine ou les replis identitaires ; il n’y en a pas. Il est là où l’on panse les plaies, là où l’on accueille l’étranger… »
Mais les véritables « faussaires » ne sont-ils pas ceux qui pratiquent le tri sélectif dans les Écritures pour évacuer ce qui dérange le dogme officiel d’amour universel du Christ ? L’Évangile selon saint Matthieu regorge de structures rudes que le dogme officiel tente aujourd’hui d’édulcorer. Pensons à Matthieu 15, 26, face à la Cananéenne : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Les tentatives des traducteurs modernes pour adoucir le terme en « chiots » ou « petits chiens » n’y changent rien : dans le monde sémitique antique, le mot marque une frontière d’exclusion étanche. Que dire également de la radicalité absolue de saint Luc 14, 26 :
« Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants […] il ne peut être mon disciple. »
En refusant d’affronter la réalité littérale et historique du texte, l’Église ouvre la porte aux critiques les plus destructrices pour la foi. Les historiens de l’exégèse historico-critique, à l’instar de Simon Claude Mimouni, mettent au jour de telles contradictions. Pour la critique profane, ce grand écart permanent démontre que l’Église a opéré une relecture universelle artificielle pour gommer le nationalisme initial du Jésus de l’histoire.
Nos prêtres doivent cesser d’avoir peur de la sainte rigueur des textes. À force de vouloir lisser l’Évangile pour le rendre compatible avec les valeurs du monde, on finit par vider la Parole de Jésus de sa substance.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
