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Environnement / L'Eglise : Le Vatican

Un guide sur l’écologie pour la famille : est-ce réellement cela l’urgence pour les familles aujourd’hui ?

Un guide sur l’écologie pour la famille : est-ce réellement cela l’urgence pour les familles aujourd’hui ?

« L’écologie intégrale dans la vie familiale » est un nouveau document pour sensibiliser à la protection de la Création et de la vie humaine. Cet ouvrage est le fruit d’un engagement commun de deux dicastères du Saint-Siège : le Dicastère pour le service du développement humain intégral et le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie. Ils ont répondu aux appels du pape François et du pape Léon XIV à écouter le cri des pauvres et de la Terre et à agir en conséquence. Ce document s’inspire des principes de l’exhortation post-synodale Amoris Laetitia et des enseignements de l’encyclique Laudato si’ . Des théologiens, des conseillers et des couples mariés ont également participé à son élaboration, partageant leurs expériences et leur expertise. Ce texte a été présenté par les cardinaux Michael Czerny, et Kevin Joseph Farrell. Il veut être un guide pratique destiné à inspirer et encourager les familles à adopter des attitudes et des pratiques qui promeuvent les enseignements de l’encyclique Laudato Si’ .

Silere non possum émet de sérieuses réserves sur cette publication :

L’intention affichée est louable ; le résultat, cependant, soulève de sérieuses questions quant aux priorités pastorales du Saint-Siège à une époque marquée par une crise de la famille qui est avant tout une crise de foi, une crise économique et une crise de l’éducation.

Un programme déguisé en Évangile

La structure du document trahit son approche : après une brève section sur les « fondements », le manuel consacre sept chapitres thématiques à des objectifs qui, comme l’indique explicitement l’introduction, sont « tirés de Laudato si’ ». Ni de l’Évangile. Ni du Catéchisme. Ni de la tradition bicentenaire de l’Église sur la famille. Les sept piliers proposés aux familles catholiques sont : l’écoute du cri de la terre, l’écoute du cri des pauvres, l’adoption d’une économie écologique, l’adoption de modes de vie écologiques, l’écologie et l’éducation intégrales, la spiritualité écologique et la participation communautaire.

L’adjectif « écologique » apparaît dans quasiment chaque chapitre. Le mot « Christ » est nettement moins fréquent. Même le chapitre sur la spiritualité s’intitule « Spiritualité écologique dans la famille », comme si la spiritualité chrétienne, pour être proposée à une famille aujourd’hui, devait nécessairement être qualifiée d’un adjectif environnementaliste.

Le renversement présumé des priorités

Dans la présentation , les deux cardinaux (âgés de 78 et 79 ans) écrivent que « ce volume, bien que principalement consacré aux familles, nous concerne tous ». Pourtant, il n’est pas question ici de la crise des vocations matrimoniales, du déclin de la natalité qui frappe l’Europe catholique, des nombreux cas de maltraitance infantile au sein des familles, de la méfiance croissante envers l’Église catholique, ni de la désintégration du lien conjugal. Il est question ici de la pandémie et de la nécessité d’une « approche fondée sur l’écologie intégrale ».

C’est révélateur. Le Médiateur italien pour les enfants et les adolescents a souligné à maintes reprises que la famille est aujourd’hui, statistiquement, le principal lieu de maltraitance infantile. Les familles « réelles » – celles qui devraient lire ce manuel (et qui ne le feuilletteront même jamais) – sont confrontées à des factures insoutenables, à l’impossibilité d’écouter leurs adolescents qui se réfugient sur TikTok, et à la quasi-impossibilité de transmettre la foi dans un contexte culturel hostile. Le document propose à ces familles, parmi les « actions suggérées », des conseils comme « créer un composteur ou un lombricomposteur », « récupérer l’eau de pluie », « installer des panneaux solaires », « se procurer un pluviomètre et le surveiller ».

On pourrait objecter qu’il s’agit de recommandations concrètes et que le détail fait partie intégrante du projet global. Mais lorsque le « détail » occupe des pages et des pages tandis que le « global » — la transmission de la foi, la lutte contre la sécularisation, la défense du mariage sacramentel — est relégué au second plan, il y a un problème.

Les points de coloration idéologique claire

1. La croissance démographique comme « non-problème » et le consumérisme comme véritable ennemi. Le chapitre 2 affirme : « On a tendance aujourd’hui à considérer la croissance démographique comme la principale menace pour l’humanité. Il faudrait plutôt s’intéresser au consumérisme extrême et à la pollution. » Certes, le document cite ensuite des critiques à l’égard de l’avortement, de la contraception forcée et de la stérilisation. Mais le cadre général traduit, dans un langage ecclésial, le cadre typique du décroissance occidental : le problème n’est pas le nombre excessif d’habitants, mais la surconsommation. C’est une thèse respectable, mais non une doctrine de foi : c’est une position parmi d’autres dans le débat économique et démographique, présentée pourtant comme la seule compatible avec l’Évangile. 

2. « Multilatéralisme ascendant » et pression politique. Le document, citant Laudate Deum , invite les familles à exercer une « saine pression sur les dirigeants et les gouvernements, et à contrebalancer l’influence négative du marketing et de la désinformation ». Le chapitre 7 encourage les familles à « unir leurs forces pour des actions de plaidoyer , des campagnes de sensibilisation et l’implication des autorités locales et des décideurs ». Dans la perspective de ce manuel, les familles chrétiennes deviennent ainsi avant tout un acteur de la mobilisation politico-environnementale. La dimension spécifiquement ecclésiale – la famille comme « Église domestique », lieu de prière, de catéchèse et de transmission du dépôt de la foi – apparaît subordonnée. 

3. La pandémie évoquée comme paradigme d’interprétation. L’inclusion, dans la Présentation , de la référence aux « effets de la récente pandémie » comme démonstration de la nécessité d’une « écologie intégrale » n’est pas anodine. La pandémie a également été, pour beaucoup au sein de l’Église, l’occasion de consolider un certain lexique mondialiste – « tout est lié », « maison commune », « fragilité systémique » – qui a des implications précises pour la gouvernance politique et économique mondiale. L’inclure dans un manuel familial revient à habituer les fidèles à interpréter leur vie domestique à travers ce lexique. 

4. La sexualité reléguée au second plan, celui de l’environnement. La section la plus solide sur le plan doctrinal – la défense de la vie de la conception à la mort naturelle, le rejet de l’avortement, de la gestation pour autrui, de l’euthanasie et de l’insémination artificielle – est certes présente, notamment au chapitre 2. Mais elle est enchâssée entre des considérations sur le « trafic d’animaux menacés » et la « dignité des travailleurs ». L’effet rhétorique est inévitable :La défense de la vie humaine est présentée comme un engagement écologique parmi d’autres , plutôt que comme le fondement anthropologique sans lequel tout autre discours sur la nature s’effondre. La hiérarchie des valeurs s’aplanit.

5. Un langage oscillant entre catéchèse et ONG. Le document est truffé d’expressions que l’on retrouverait sans équivoque dans une brochure de Greenpeace ou des Nations Unies : « transition », « durabilité », « résilience », « plaidoyer », « parties prenantes » (sous la forme de « décideurs »), « autonomisation » (traduit par « autonomiser/renforcer »). À un moment donné, parmi les actions proposées, on lit même : « Œuvrer avec fructueux pour soutenir et renforcer (autonomiser/renforcer ?) les femmes. » La parenthèse, conservée dans le texte final, révèle une traduction approximative d’un jargon qui s’éloigne de la tradition catholique. 

6. Citer Gandhi au lieu de saints. Au chapitre 4, dans un manuel destiné aux familles catholiques, l’invitation à « vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre » est attribuée au « Mahatma Gandhi ». Citer Gandhi n’est pas en soi une erreur. Mais dans un texte de quatre-vingts pages sur la vie familiale chrétienne, attribuer un principe formateur central à un maître spirituel hindou – alors que la tradition chrétienne de pauvreté évangélique, de saint François à saint Benoît Joseph Labre, de Charles de Foucauld à Mère Teresa, est si riche – révèle pour le moins une sensibilité qui cherche sa légitimité au-delà de ses propres frontières. 

7. La « conversion écologique » comme marque distinctive de la vie chrétienne. Le document affirme : « Vivre sa vocation de gardiens de l’œuvre de Dieu n’est ni une option, ni un aspect secondaire de l’expérience chrétienne. » Et encore : « la dégradation de l’environnement peut être un péché. » Ces affirmations, prises isolément, peuvent se défendre. Mais l’accent mis sur la conversion écologique finit par se confondre avec, et parfois même remplacer, la conversion tout court : celle du péché, du monde, du vieil homme à l’homme nouveau en Christ. Dans le document, le vocabulaire de la conversion est presque toujours qualifié d’« écologique ».

Ce dont les familles ont vraiment besoin

Les familles catholiques d’aujourd’hui sont confrontées à des défis d’une gravité telle que le manuel ne fait qu’effleurer le sujet. La transmission de la foi aux enfants est en chute libre dans tout l’Occident : la majorité des enfants de catholiques pratiquants, en Italie comme en France, abandonnent la pratique religieuse à l’adolescence. La pornographie est devenue, selon de nombreuses études, le principal vecteur d’éducation sexuelle des mineurs ; le document ne la mentionne qu’une seule fois, en deux lignes. La crise économique a fait de la fondation d’une famille un luxe : le document reconnaît le problème des « trois T » (travail, salaire, revenu), mais n’offre aucune réflexion théologique approfondie sur le travail, les salaires équitables, le rôle de l’État et le marché. Le nombre de mariages religieux chute d’année en année : le document parle du mariage presque exclusivement pour évoquer la « complémentarité » comme enjeu écologique.

Un guide pastoral pour les familles chrétiennes en 2026 devrait aborder avant tout la question de la prière commune le soir, de l’éducation à la chasteté des enfants qui, à onze ans, ont déjà vu des choses que leurs grands-parents n’ont jamais vues, de l’explication à un enfant de la raison d’aller à la messe le dimanche alors que ses camarades vont à la piscine, de la réaction face à un enfant devenu adulte qui cesse de croire sans même avoir la décence d’en parler, du soutien à un couple en crise, de l’accompagnement d’un parent qui refuse de se confesser.

Le manuel des deux dicastères n’effleure que ces sujets. L’attention se porte ailleurs : sur le pluviomètre, le compostage, le jardin de balcon. Et nous ne réalisons pas qu’en persistant dans cette voie, nous diluons le message de l’Évangile au point de le rendre indiscernable d’une brochure environnementale. Nous nous justifions par des excuses fallacieuses – « commençons par le commencement », « petites habitudes quotidiennes », « tout est lié » – mais le résultat est sans appel : nous n’avançons pas.

Un exemple parmi mille suffit à illustrer le paradoxe. La municipalité de Cernusco sul Naviglio a récemment publié une vidéo sur Instagram annonçant que, pour les couples se mariant civilement, elle organisera des cours de préparation au mariage. La municipalité. Pour les couples civils. Des cours de préparation. Et pendant ce temps, dans la paroisse, on entend sans cesse que les fiancés « n’ont plus le temps », que les rencontres doivent être raccourcies, qu’il faut « s’adapter aux besoins actuels », que la préparation au mariage d’antan est trop exigeante pour le rythme de vie effréné des jeunes couples. Alors, réduisons. Simplifions. Rendons tout plus accessible.

Alors que l’État laïc redécouvre l’importance de la préparation, de la formation et de la réflexion sur l’entrée dans la vie commune, l’Église – la seule institution légitime à avoir une position pertinente sur le mariage, puisqu’elle le considère comme un sacrement – ​​simplifie, rationalise et publie des manuels expliquant aux familles comment trier leurs déchets. Soyons clairs.

L’écologie sans le Christ

L’ouvrage « L’écologie intégrale dans la vie familiale » est un mauvais texte, non pas parce qu’il contient des hérésies – il n’en contient pas –, mais parce qu’il définit ses priorités d’une manière que les rares fidèles qui le liront auront du mal à percevoir comme une urgence pastorale. À une époque où les familles chrétiennes se sentent assiégées, isolées, économiquement étranglées et culturellement décriées, le message des deux dicastères est le suivant : prenez soin du compost, des pluviomètres, des panneaux solaires et du multilatéralisme citoyen , et faites-le en tant qu’« acteur de premier plan d’une écologie intégrale ».

Les cardinaux Czerny et Farrell confient la diffusion de l’ouvrage à l’intercession de saint François d’Assise et de sainte Hildegarde de Bingen, « connus pour leur profonde conception de la nature comme révélation divine ». Il est bon de rappeler que saint François, avant de devenir le « saint de l’écologie » du folklore contemporain, était l’homme des stigmates, d’une pauvreté extrême, qui prêcha au sultan pour le convertir et qui vouait une véritable passion au Christ crucifié. Sans ce centre christologique, le Cantique des créatures n’est qu’une poésie naturaliste. Il en va de même aujourd’hui pour toute écologie qui se prétend intégrale : sans la primauté explicite, absolue et ardente du Christ et du salut des âmes, elle risque de n’être qu’une voix écologiste parmi tant d’autres, avec un crucifix de plus accroché au mur. Mieux vaut ignorer sainte Hildegarde de Bingen et se demander ce que Benoît XVI dirait de ces paroles absurdes.

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