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Groenland : un territoire en quête d’indépendance, lorgné par les Etats-Unis

Sur la question du Groenland, Liberté politique avait publié un article qui n’a pas perdu son actualité. Avec les revendications de Donald Trump sur ce territoire dépendant du Danemark, il est utile de (re)lire cet article dont voici un extrait :

[…] Comme pour une immense partie de l’Empire français, la colonie groënlandaise ne rapporte économiquement pas grand-chose voire s’avère coûteuse pour la « mère patrie ». Les perspectives d’extractions minières pourraient constituer une rente douillette pour le pays mais elles impliquent un risque écologique que la population n’entend pas prendre.

Une économie rudimentaire et sous perfusion

En 2009, le gouvernement danois a renouvelé un contrat dans lequel il s’engage à verser une subvention annuelle de 3,9 milliards de couronnes, soit 520 millions d’euros[5]. Cela représente environ 19 % du produit intérieur brut (PIB) de l’île et la moitié de son budget. Une aide à laquelle il faut ajouter celle de Bruxelles pour les secteurs de la pêche et de l’éducation. Celle-ci s’élevait entre 2007 et 2013 à 25 millions d’euros par an.

Une aide indispensable à un territoire à l’économie fragile et qui est habitué à une certaine forme d’économie planifiée avec des sociétés à capitaux privés dans de nombreux domaines – un phénomène qui s’explique par le coût du développement d’infrastructures dans ce territoire naturellement hostile mais aussi par la culture danoise, pays qui connaît l’un des plus hauts taux d’imposition dans le monde (entre 40 % et 60 %). Au Groënland la pêche représente 95 % des exportations, l’activité minière et son énorme potentiel sont peu exploités et l’agriculture encore embryonnaire ne permettent pas l’autonomie alimentaire. Le tourisme est en développement mais demeure limité pour des raisons logistiques.

Le pays n’a pas de réseau routier ou ferré et l’avion comme le bateau sont souvent les seuls moyens de se déplacer. Les installations en matière de pistes d’atterrissages sont très limitées et seules deux pistes longues ont été construites par l’armée américaine très loin des zones habitées durant la seconde Guerre mondiale. Elles se situent dans des espaces non habités à Kangerlussuaq et Narsarsuaq dans la partie sud-ouest du pays. Quant aux déplacements maritime, ils peuvent s’avérer longs et comme pour l’avion, ils demeurent tributaires d’une météo capricieuse.

En matière maritime, le Danemark ne dispose pas de brise-glaces lourds qui lui permettraient d’assurer sa souveraineté en mer. C’est dire si l’indépendance du territoire est relative, et cela même vis-à-vis de la « maison mère[6]».

Entre prédations étrangères et choix écologiques

Les richesses minières, gazières et pétrolières de ce territoire attirent les investisseurs et intéressent inévitablement les grandes puissances. Et pourtant aujourd’hui, seules deux mines sont exploitées au Groënland[7], une par Lumina Sustainable Materials (liée à la société canadienne Hudson Resources) qui produit des anorthosites. Une autre produit des rubis et des saphirs roses (par la société norvégienne Geenland Ruby). La loi sur l’autonomie de 2009 envisage cependant que les revenus du sous-sol remplacent petit à petit les subventions danoises. Le besoin de terres rares, utiles à la confection de technologies de transition énergétique (voiture électrique, éolienne) a placé le Groënland au cœur des intérêts des États-Unis et de la Chine. Si l’Empire du milieu en est le fournisseur majeur, Pékin s’intéresse aux marchés potentiellement concurrents. En 2015, la société Shenghe est ainsi devenu le premier actionnaire de la compagnie australienne Greenland Minerals Ltd, entreprise qui lui a garanti la totalité de la production de terres rare lourdes de la mine de Kvanefjeld au sud du pays. L’eldorado blanc pourrait cependant demeurer au stade de rêve pour Pékin puisque les élections législatives de 2019 ont porté au pouvoir une majorité hostile au projet[8]. En 2021, le territoire a annoncé l’interdiction de l’exploration pétrolière sur son territoire.

Un des risques de l’exploitation minière est de déplacer la dépendance de la couronne danoise vers une puissance étatique ou privée. Les investissements pour exploiter les mines groënlandaises sont très couteux et impliquent un savoir-faire spécifique dans des conditions de surcroît très délicates. Pour exploiter une mine il serait également nécessaire de favoriser une main d’œuvre immigrée, ce qui n’est pas forcément souhaité pas une population à très large majorité inuite (9 habitants sur 10).

Le risque de voir des puissances extérieures prendre trop de place se double d’une crainte écologique. La large majorité de population autochtone attachée à la terre de leurs ancêtres bâtit aujourd’hui son identité sur la tradition de proximité avec la nature

Le parti politique Ataqatigiit s’oppose ainsi à l’exploitation de tout minerai contenant plus de 0,1 % d’uranium et l’accord de gouvernement conclu avec les concurrents du Siumut rend nécessaire l’organisation d’un référendum pour revenir sur cette mesure.

Une indépendance encore hypothétique

Le Groenland peut apparaître comme un champion de l’autonomie à considérer sa sortie de la CEE en 1979. Quand le Danemark rejoint la CEE en 1972 se crée « Inuit Ataqatigiit » qui entend défendre les intérêts autochtones. C’est aussi à ce moment que se fonde le Conseil Circumpolaire Inuit regroupant les peuples inuits de l’Arctique au sein d’une même organisation. L’entrée du Groënland dans l’espace européen revient à une ouverture du marché dans le secteur piscicole et en 1982, un référendum sur la sortie du territoire de la CEE est organisé. 52% des votants se prononcent en faveur du retrait, un retrait effectif en 1985 après des négociations et portant sur le départ de la CEE, de la CECA et des accords Euratom. Le statut du Groenland vis-à-vis de Bruxelles est aujourd’hui celui de Pays et Territoire d’Outre-Mer (PTOM) et s’apparente à des territoires comme la Polynésie Française ou les Antilles Néerlandaises par exemple.

Une assemblée très majoritairement indépendantiste

Le journal suisse Le Temps évoquait en avril 2018 « des élections historiques[9] » à propos du scrutin des groënlandaises de 2018 ; elles devaient permettre au Groënland d’accéder à l’indépendance, soulignant au passage que Copenhague ne s’y opposerait pas. Un enthousiasme un brin démesuré. En effet, depuis que le territoire a acquis un statut autonome vis-à vis du Danemark en 1979, les indépendantistes ont toujours été majoritaires dans cette assemblée. Lors du scrutin de 2021 huit  partis étaient en lice avec seulement deux formations qui ne revendiquent pas l’indépendance : Les Démocrates, une formation libérale danoise et Atassut, un parti unioniste. Les premiers ont obtenu 2 élus et les second 3 portant le total des élus unionistes à 5 sur 31 dans l’Inatsisartut, la chambre monocamérale du Groenland.

Depuis près de 50 ans maintenant, les majorités sont toutes favorables à l’indépendance mais aucun des deux principaux partis ne se risque à proposer un calendrier de sortie du giron de la couronne.

La division côté indépendantiste repose sur des nuances politiques intérieures plus que sur la manière de faire l’indépendance. Ainsi, les écologistes socialistes Inuit Ataqatigiit ne veulent pas entendre parler d’exploitation minière contrairement au parti de centre gauche Siumut qui entend limiter l’exploitation des matières premières minérales à la condition que celles-ci ne nuisent pas aux ressources vivantes.

Le Danemark, lui, n’apparaît pas hostile à une indépendance qui ne lui coûterait rien, au contraire. Copenhague dispose pour l’heure toujours de la responsabilité de la politique étrangère et militaire de ses territoires arctiques.

Le poids des États Unis

Le Groënland est membre du Conseil nordique, un forum de coopération regroupant les pays scandinaves : Norvège, Suède et Danemark, (avec le Groënland donc et les Îles Féroé) mais aussi l’Islande et la Finlande (avec les Îles Åland). Son appartenance à ce club de pays froid n’est cependant que secondaire en matière de relations internationales. Le premier des partenaires, les États-Unis est devenu le protecteur lors de la seconde guerre mondiale quand le Danemark continental fut occupé par l’Allemagne. Les soldats du Reich établirent d’ailleurs des stations météorologiques secrètes sur la côte Est de l’île durant la guerre. C’est lors de ce conflit que fut créée la base de Thulé, au nord de l’île, base la plus septentrionale de la United States Space Force. Le poids étasunien est encore important et quand en le gouvernement groënlandais s’est rapproché d’intérêts chinois pour financer de nouveaux aéroports dans le pays, Washington s’y est opposé. De la même manière, quand en 2016, les Chinois ont voulu acheter l’ancienne base navale de Grønnedal (ou Kangilinnguit) les États-Unis s’y sont opposés.

Le pays, outre un destin lié avec des populations autochtones Nord-Américaines, est aligné sur les positions historiquement atlantistes de Copenhague. Membre fondateur de l’Otan en 1949, le Danemark admettra de renforcer la base de Thulé dès 1951, prenant le parti de Washington contre Moscou dans un contexte de Guerre froide. Thulé deviendra alors une base pour bombardiers stratégiques et accueillera plusieurs milliers de militaires étasuniens. En 1959, à l’Est de la base de Thulé, sera construit le camp Century qui visait à acheminer des missiles nucléaires dans des tunnels sous la calotte glacière mais ce dispositif sera abandonné en 1967. Le Danemark a suivi les États-Unis dans ses guerres du XXIème siècle en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Par ailleurs l’État danois soutient aujourd’hui l’Ukraine et avait annoncé en août 2023 envoyer des F-16 à Kiev.

Le cas du Groënland est un exemple étonnant et intéressant en matière de souveraineté et d’indépendantisme. Sa volonté d’être indépendant du Danemark est majoritaire et Copenhague n’y est pas opposé mais cette indépendance ne se réalise pas pour autant. L’indépendance vis-à-vis du Danemark déboucherait sur une dépendance envers des grandes puissances ou des grandes entreprises. Copenhague conserve aujourd’hui les domaines régaliens : police, monnaie et relations internationales mais Nuuk dispose d’une large autonomie dans la gestion de ses affaires et bénéficie d’un soutien financier décisif de Copenhague.

Difficile d’imaginer une autre issue que le statu quo pour le Groënland dans les années à venir. Une solution qui devrait garantir la stabilité de ce territoire et pourrait faire l’objet de beaucoup d’attention si le phénomène de fonte des glaces se poursuit pendant plusieurs décennies et si le climat des relations internationales continue de se refroidir.

Pour l’heure la question territoriale et des frontières dans cette partie du monde demeure secondaire. Bruxelles défend cependant un droit de passage sans entrave par la Route Maritime du Nord tandis que la Russie et le Canada estiment que les routes maritimes arctiques se trouvent dans leurs eaux souveraines[10]… […]

La seconde lecture à l’Assemblée de la proposition de loi sur l’euthanasie la deuxième quinzaine de février

C’est ce qu’a déclaré Olivier Falorni, rapporteur à l’Assemblée nationale de la proposition de loi sur la création d’une aide à mourir.

Réagissant aux amendements adoptés le 7 janvier par la commission des affaires sociales du Sénat, il s’avoue « agréablement surpris » de voir que « les deux rapporteurs Alain Milon et Christine Bonfanti-Dossat (LR) admettent et défendent le principe d’une assistance médicale à mourir, comme ils l’ont appelé ».

« Le texte issu de la commission la rend totalement inopérante et ce droit quasiment ineffectif ».

En raison de l’introduction d’un critère de pronostic vital engagé à court terme parmi les conditions d’accès à une telle aide. Sauf que l’on sait que les fameux garde-fous sont destinés à être supprimés plus ou moins rapidement.

Olivier Falorni proposera « de rétablir les principaux éléments du texte introduits à l’Assemblée nationale » durant l’examen en seconde lecture, envisagé « durant la deuxième quinzaine de février ».

Le Sénat examinera le texte en première lecture le 20 janvier, avant de le voter à la fin du mois.

Une crèche saccagée à Agen

Le 8 janvier la crèche de l’église sainte Jehanne du Passage d’Agen a été retrouvée saccagée, l’enfant Jésus décapité.

Mgr de Bucy, l’évêque d’Agen, communique   :

Ce 8 janvier 2026, en fin de journée, peu avant de célébrer la messe dans l’église Sainte-Jehanne, le curé de la paroisse, le père Jérôme Pomié, et les paroissiens du Passage d’Agen, ont découvert avec une profonde tristesse que la crèche de l’église avait été vandalisée. Des personnages, comme ceux que nous appelons les rois mages, ont été renversés, certains en partie brisés, et l’enfant Jésus, lui-même, démembré et décapité. Ce geste violent blesse profondément la foi de tous ceux, très nombreux, qui sont venus ces jours-ci célébrer la Nativité du Christ. Et il répète cruellement la même profanation réalisée dans la même église il y a dix ans, en janvier 2016, au début du jubilé de la Miséricorde.

Ce geste blesse tout le diocèse d’Agen et particulièrement la paroisse Sainte-Catherine du Passage, qui porte un beau témoignage de foi et d’espérance dans cette commune, et qui est très impliquée dans la vie des quartiers à travers des œuvres sociales mais aussi à travers de beaux gestes de paix. Deux arbres de la paix ont été offerts récemment à la commune du Passage, l’un par toute la communauté paroissiale en décembre 2024, et l’autre en septembre 2025 par toutes les communautés religieuses, juives, musulmanes, chrétiennes, protestantes, adventistes et catholiques. Ils poussent désormais sur le sol de cette commune.

Ce geste, qui n’est pas sans nous rappeler la violence aveugle et diabolique du roi Hérode au temps de la naissance de Jésus, capable de s’en prendre à de petits enfants fragiles, ne nous détournera pas de notre volonté inébranlable de construire la Paix, à la suite de cet enfant Jésus, fragile, mais que nous reconnaissons comme le « Prince de la Paix ».

+ Mgr Alexandre de Bucy
Evêque d’Agen

Benoît XVI a aussi tenu des propos “polémiques” à propos de la réforme liturgique

Réponse de Cyril Farret d’Astiès à l’abbé Spriet au sujet de sa recension du livre de l’abbé Barthe consacré à la comparaisons des rituels.

 

Cher Monsieur l’abbé,

Permettez-moi de répondre à votre texte consacré au petit ouvrage que l’abbé Barthe a fait paraître il y a peu aux Éditions Contretemps (Les sept sacrements d’hier à aujourd’hui, bref examen critique des nouveaux rituels, 2025).

Il me semble qu’en dépit d’une précaution introductive (« je n’ai rien contre mon confrère l’abbé Claude Barthe. Mes critiques ne visent pas sa personne mais ses idées et le contenu de son livre. Il faut savoir distinguer la personne et sa pensée. Merci de ne pas l’oublier. ») vous émettez tout de même quelques attaques un peu vertes et sentencieuses (votre note [1] est bien salée…) envers un confrère qui n’est tout de même pas un perdreau de l’année et dont les travaux que l’on peut effectivement toujours contester, sont appuyés sur une étude systématique, sérieuse, documentée, ruminée et mûrie. Ceux qui ont la chance de connaître l’abbé Barthe mieux que moi peuvent témoigner de son caractère affable, disponible et toujours prêt à une discussion argumentée et posée ; de son grand amour et sens de l’Église aussi. Sans doute certains mots qu’il utilise peuvent parfois heurter nos oreilles modernes et toujours un peu sentimentales, je crois que l’abbé Barthe les utilise en un sens technique, clinique, qui ne cherche absolument pas à blesser mais à désigner avec le scalpel de son vocabulaire des réalités que floutent trop souvent des positions qui, à force de se vouloir consensuelles prennent le risque d’une certaine approximation.

J’ai l’impression que vous passez à côté de l’idée fondamentale de ce livre, ou bien que vous l’avez trop bien identifiée en y réagissant sous l’aiguillon d’une blessure personnelle à raison de vos choix et pratiques qu’il ne m’appartient d’ailleurs pas de juger. Je crois que ce qu’exprime l’abbé Barthe c’est la nécessité de respecter le « tout cohérent de la liturgie romaine » (titre de l’introduction), c’est-à-dire approfondir le rit romain traditionnel dans sa globalité et sa totalité. Si l’abbé Barthe invite à privilégier l’ancien rituel c’est finalement d‘abord aux habitués de la messe traditionnelle qu’il s’adresse afin de favoriser la cohérence cultuelle et les bénéfices spirituels qui surgisse de sa grande cohérence. Il n’empêche qu’une comparaison et une critique systématiques sont bien au cœur des pages de ce petit opuscule. Critique d’ailleurs nuancée parfois : l’abbé dit bien que la confirmation ou la confession ne sont pas les sacrements dont l’évolution du rituel est la plus notable ni la plus regrettable. En aucun cas et à aucun moment il ne met en cause la réalité sacramentelle du nouveau rituel.

L’abbé Barthe présente effectivement des arguments de natures très différentes, parfois sociologiques vous le notez avec regret ; mais c’est pour constater un amenuisement de la compréhension de la réalité sacramentelle et de la pratique. Or, la réforme liturgique avait deux objectifs majeurs : la pleine efficacité pastorale (Sacrosanctum concilium n°49) et la clarté des réalités saintes qui sont célébrées (Sacrosanctum concilium n°21), est-il réellement illégitime de poser la question du résultat sociologique de cette réforme ?

Vous vous appuyez essentiellement dans votre démonstration sur Pie XII (je passe) et surtout sur Benoît XVI, prenant un parti pris qui me semble un peu dogmatique en considérant comme indépassables deux grandes idées du pontife de vénéré mémoire : la réforme de la réforme et l’herméneutique de continuité. Je crois pourtant que ce sont des positions discutables et discutées dans bien des milieux, à droite, à gauche et au centre. Mais à se réfugier derrière Benoît XVI comme arbitre absolu sur cette question liturgique – question liturgique qui est bien une plaie ouverte et malheureusement encore vive – on peut avoir quelques surprises. Convoquons à notre tour Joseph Ratzinger par quelques citations qui me semblent aller dans le sens de l’abbé Barthe ; pas sur le fond de la critique de chaque nouveau rituel certes ! mais dans la forme générale de la critique de cette réforme liturgique totale et inédite :

  • la réforme liturgique, dans sa réalisation concrète, s’est éloignée toujours davantage de cette origine. Le résultat n’a pas été une réanimation, mais une dévastation. D’un côté, on a une liturgie dégénérée en show, où l’on essaie de rendre la religion intéressante à l’aide de bêtises à la mode et de maximes morales aguichantes, avec des succès momentanés dans le groupe des fabricants liturgiques, et une attitude de recul d’autant plus prononcée chez ceux qui cherchent dans la liturgie, non pas le showmaster spirituel, mais la ren­contre avec le Dieu vivant devant qui tout “faire” devient insignifiant, seule cette rencontre étant capable de nous faire accéder aux vraies richesses de l’être.
  • La vérité est que le Concile n’a défini aucun dogme et a voulu consciemment s’exprimer à un niveau plus modeste, simplement comme un concile pastoral. Pourtant, nombreux sont ceux qui l’interprètent comme s’il était presque le superdogme qui ôte toute importance au reste. Cette impression est surtout renforcée par certains faits courants. Ce qui était autrefois considéré comme le plus sacré – la forme transmise de la liturgie – apparaît d’un seul coup comme ce qu’il y a de plus défendu et la seule chose que l’on puisse rejeter en toute sûreté.
  • Il faut constater que le nouveau missel, quels que soient tous ses avantages, a été publié comme un ouvrage réélaboré par des professeurs, et non comme une étape au cours d’une crois­sance continue. Rien de semblable ne s’est jamais produit sous cette forme, cela est contraire au caractère propre de l’évolution liturgique.
  • Ce qui s’est passé après le concile signifie tout autre chose : à la place de la liturgie fruit d’un développement continu, on a mis une liturgie fabriquée. On est sorti du processus vivant de croissance et de devenir pour entrer dans la fabrication. On n’a plus voulu continuer le devenir et la maturation organique du vivant à travers les siècles, et on les a remplacés – à la manière de la production technique – par une fabrication, produit banal de l’instant.
  • La liturgie ne naît pas d’ordonnances, et l’une des insuffisances de la réforme liturgique post-conciliaire est sans aucun doute à chercher dans le zèle de professeurs qui, de leur bureau, ont construit ce qui aurait dû relever d’une croissance organique. Un exemple caractéristique à nos yeux de cette manière de faire est la réforme du calendrier…
  • La prédominance exclusive de la parole, que malheureusement les livres liturgiques officiels eux-mêmes suggèrent quelque peu, est critiquable.
  • Elle était si belle, cette continuité qui faisait que l’on ne dépendait ni du curé ni même des autorités romaines !
  • l’appauvrissement effrayant résultant de la mise à la porte de l’Eglise de la beauté gratuite, remplacée par une soumission exclusive à l’utilitaire », « le froid que fait passer sur nous la morne litur­gie post-conciliaire », « l’ennui que provoque son goût pour le banal et sa médiocrité artistique.
  • La banalité et le rationalisme enfan­tin de liturgies autobricolées, avec leur théâtralité artificielle, laissent de plus en plus apparaître leur grande pauvreté : leur inconsistance saute aux yeux. Le pouvoir du mystère s’est évanoui et les petites autosatisfactions qui prétendent compenser cette perte ne peuvent plus satisfaire à la longue les fonctionnaires eux-mêmes.

Comme le scandait malicieusement en son temps Pierre Desproges dans La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède : Étonnant non ?

Union de prière.

Cyril Farret d’Astiès

Ecriture inclusive : l’Académie française élève une protestation solennelle contre la décision du Conseil d’Etat

À l’issue de sa séance du jeudi 8 janvier, l’Académie française a publié le communiqué suivant :

Par une décision du 31 décembre 2025, le Conseil d’État statuant au contentieux a validé l’utilisation de l’écriture dite « inclusive » sur des plaques commémoratives installées au sein de l’Hôtel de Ville de Paris.

L’article 1er de la loi du 4 août 1994 dispose pourtant que la langue française est un élément fondamental du patrimoine de la France. Dans la mesure où l’écriture « inclusive » institue arbitrairement des marqueurs orthographiques — dits « points médians » — contraires à la lisibilité et à l’esprit de notre langue, elle porte une atteinte grave à cette dimension patrimoniale, qui mérite pourtant d’être protégée au même titre que nos monuments et nos paysages.

Ayant déjà eu l’occasion de faire valoir que cette façon d’écrire nuit à l’apprentissage de notre langue et à son usage national autant qu’international, l’Académie française élève une protestation solennelle contre l’option retenue par cette décision.

Selva, chef d’œuvre de saint Alphonse de Liguori – Première édition en français

« Le prêtre ne se comprendra bien que dans le Ciel » – St Curé d’Ars.

Selva, première édition en français de ce chef-d’œuvre de saint Alphonse-Marie de Liguori rejoint les besoins de l’Église du XXIe siècle et offre au sacerdoce, à travers la Sainte Écriture et la Tradition, une orientation vers un véritable chemin de sainteté.

Selva traite du sacerdoce et dans une époque où les prêtres tendent à disparaitre par manque de vocations et à être mis au ban de la société, voire persécutés, il est urgent d’en retrouver l’essence, la dignité et le rôle au service d’une cause qui le dépasse infiniment. Malheureusement, le trésor patristique et magistériel est méconnu, ce qui a porté à un affaiblissement de la perception du sacrement de l’Ordre.

Pourtant, il suffit de reprendre cet enseignement pour approcher la dimension surnaturelle du prêtre. Saint Ignace, second évêque d’Antioche, martyr du début du II° siècle, écrira dans sa lettre aux Smyrniotes, « Omnium apex, est sacerdotium ». S’il est le premier à parler ainsi du sacerdoce, ils seront nombreux à sa suite, pour manifester son caractère fondamental.
Qu’est-ce que le Prêtre, quels sont ses devoirs et les moyens de les accomplir ? Par deux séries d’entretiens presque familiers, fruits de plus de trente années d’expérience du Sacerdoce, saint Alphonse nous livre les convictions de son cœur de saint : le Prêtre, recevant la dignité « la plus haute de toutes les dignités créées », en est tenu à la plus grande sainteté, et il ne doit se dépenser qu’à procurer la Gloire de Dieu et le salut des Âmes.

Pour fonder et illustrer sa pensée, saint Alphonse de Liguori fait appel à l’Écriture sainte et à « tout ce que la Tradition a de plus fort et de plus suave » (Cardinal Deschamps) : les Pères, les Docteurs, les Saints de l’Église, qu’il cite abondamment, car il veut penser en tout comme l’Église : « Selva, ce n’est pas la pensée d’un homme, c’est la Tradition toute entière, c’est la pensée catholique pure et entière » (Mgr Gaume). Saint Alphonse y devient “la voix de l’Église”.

Les notes critiques, ajoutées par le traducteur, présentent les sources originales des auteurs et faits cités. C ‘est un livre de méditations, aussi bien destiné aux Prêtres — « l’ouvrage le plus utile aux Prêtres » disait le Cardinal de Villecourt —, qu’aux fidèles. Il révèle le Prêtre selon le Cœur de Dieu, le Prêtre de la Tradition : « formé » — au sens le plus fort : philosophique — sur le type du Prêtre Éternel Jésus-Christ, appelé par Lui, et envoyé pour Le continuer — car, « Sans le Prêtre, la Mort et la Passion de Notre Seigneur ne serviraient de rien. C’est le Prêtre qui continue l’œuvre de la Rédemption sur la terre », répétait le saint Curé d’Ars — en étant une présence ontologique « représentation sacramentelle de Jésus-Christ », et qui « participe à sa fonction d’unique Médiateur et Rédempteur ».

Avec ce travail, l’abbé Perrenx a voulu mettre non seulement mettre à la disposition des lecteurs français une traduction fidèle de l’original italien mais il a fait une recherche méticuleuse pour retrouver les innombrables références des auteurs cités ou des histoires de saints ou faits historiques, pour les donner selon l’original en notes de bas de page : un véritable travail de bénédictin !

Le sommaire :
Préface … – Avertissement nécessaire pour celui qui donne les exercices spirituels aux prêtres.
Première partie : I La dignité du prêtre – II La raison d’être (la fin) du sacerdoce -III La sainteté que doit avoir un prêtre – IV La gravité et le châtiment du péché du prêtre – V Le dommage qu’apporte au prêtre la tiédeur – VI Le péché d’incontinence – VII La Messe sacrilège – VIII Le péché de scandale – IX Le zèle du prêtre – X La vocation au sacerdoce
Deuxième partie : LES INSTRUCTIONS Instruction I La célébration de la Messe – Instruction II Le bon exemple que doit donner le prêtre – Instruction III La chasteté du prêtre – Instruction IV La prédication et l’administration du sacrement de pénitence – Instruction V L’oraison mentale – Annexe instruction V : L’office divin – Instruction VI L’humilité – Instruction VII La douceur – Instruction VIII La mortification, en particulier intérieure – Instruction IX La mortification extérieure – Instruction X L’amour envers Dieu – Instruction XI La dévotion envers la Très Sainte Marie – En guise de postface .

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/spiritualite/29796-selva-ou-recueil-d-instructions-sur-la-dignite-et-les-devoirs-du-pretre.html
Selva ou Recueil d’Instructions sur la dignité et les devoirs du Prêtre de saint Alphonse de Liguori, Editions Sainte Madeleine, 802 pages, 25 €

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Le Royaume-Uni plus islamiste que les Emirats arabes unis

Les Émirats arabes unis ont supprimé le financement accordé à leurs jeunes souhaitant étudier dans des universités britanniques. Lorsque Londres a demandé aux Emirats pourquoi les universités anglaises ne figuraient plus sur la liste des bourses, il leur a été répondu que c’était en raison du risque de radicalisation islamique sur les campus britanniques…

Les Émirats arabes unis ont ajouté qu’ils ne reconnaîtraient pas les qualifications délivrées par des établissements universitaires qui ne figurent pas sur la liste des établissements accrédités…

Un État dont la religion officielle est l’islam s’inquiète de l’intégrisme islamiste qui sévit dans un pays européen.

“Un impératif éthique fondamental : mettre les familles en mesure d’accueillir et de prendre pleinement soin de la vie naissante”

Outre l’objection de conscience sur l’avortement et l’euthanasie, le pape a défendu l’institution familiale lors de ses voeux au corps diplomatique, dénonçant la GPA et l’euthanasie :

[…] La vocation à l’amour et à la vie, qui se manifeste de manière éminente dans l’union exclusive et indissoluble entre la femme et l’homme, impose un impératif éthique fondamental : mettre les familles en mesure d’accueillir et de prendre pleinement soin de la vie naissante. Cela est plus que jamais prioritaire, en particulier dans les pays qui connaissent une baisse dramatique du taux de natalité. La vie est en effet un don inestimable qui se développe dans le cadre d’un projet relationnel fondé sur la réciprocité et le service.

C’est à la lumière de cette vision profonde de la vie comme un don à protéger et de la famille comme sa gardienne responsable qu’il faut rejeter catégoriquement les pratiques qui nient ou instrumentalisent l’origine de la vie et son développement. Parmi celles-ci, il y a l’avortement, qui interrompt une vie naissante et refuse d’accueillir le don de la vie. À cet égard, le Saint-Siège exprime sa profonde préoccupation face aux projets visant à financer la mobilité transfrontalière visant à accéder au soi-disant « droit à l’avortement sûr » et estime déplorable que des ressources publiques soient consacrées à la suppression de la vie, au lieu d’être investies dans le soutien aux mères et aux familles. L’objectif premier doit rester la protection de chaque enfant à naître et le soutien effectif et concret de chaque femme afin qu’elle puisse accueillir la vie.

De même, la maternité de substitution, qui transforme la gestation en un service négociable, viole la dignité tant de l’enfant, réduit à un “produit”, que de la mère, en instrumentalisant son corps et le processus de génération et en altérant le projet relationnel originel de la famille.

De semblables considérations peuvent être étendues aux malades et aux personnes âgées et seules, qui ont parfois du mal à trouver une raison de continuer à vivre. Il incombe également à la société civile et aux États de répondre concrètement aux situations de fragilité, en proposant des solutions à la souffrance humaine, comme les soins palliatifs, et en promouvant des politiques de solidarité authentique, plutôt que d’encourager des formes de compassion illusoires comme l’euthanasie. […]

À la lumière de ces défis, il faut réaffirmer avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain. Une société n’est saine et avancée que lorsqu’elle protège le caractère sacré de la vie humaine et s’efforce activement de la promouvoir. […]

“En Occident, les espaces de véritable liberté d’expression se réduisent de plus en plus”

Extrait du discours de Léon XIV au corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, ce matin :

[…] Il est douloureux de constater, en revanche, que, surtout en Occident, les espaces de véritable liberté d’expression se réduisent de plus en plus, tandis que se développe un nouveau langage à la saveur orwellienne qui, dans sa tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent.

Malheureusement, cette dérive en entraîne d’autres qui finissent par restreindre les droits fondamentaux de la personne, à commencer par la liberté de conscience. Dans ce contexte, l’objection de conscience autorise l’individu à refuser des obligations légales ou professionnelles qui sont en contradiction avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans sa sphère personnelle : qu’il s’agisse du refus du service militaire au nom de la non-violence ou du refus de pratiques telles que l’avortement ou l’euthanasie pour des médecins et des professionnels de santé. L’objection de conscience n’est pas une rébellion, mais un acte de fidélité à soi-même. En ce moment particulier de l’histoire, la liberté de conscience semble faire l’objet d’une remise en question accrue de la part des États, y compris ceux qui se déclarent fondés sur la démocratie et les droits de l’homme. Cette liberté établit au contraire un équilibre entre l’intérêt collectif et la dignité individuelle, soulignant qu’une société authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social. […]

184 États entretiennent actuellement des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Parmi eux figurent l’Union européenne et l’Ordre souverain militaire de Malte. 93 missions diplomatiques sont accréditées auprès du Saint-Siège à Rome, notamment celles de l’Union européenne et de l’Ordre souverain militaire de Malte. Les représentations accréditées auprès du Saint-Siège par la Ligue des États arabes, l’Organisation internationale pour les migrations et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés sont également basées à Rome.

Marcher pour dire “non” à l’euthanasie : il est crucial de se mobiliser

Le texte de loi sur l’euthanasie et le suicide assisté arrive prochainement devant le Sénat, suscitant une vive inquiétude chez de nombreux Français. Présentée comme un progrès, la légalisation de l’euthanasie soulève pourtant de graves questions éthiques, médicales et sociales.

Marie-Lys Pellissier, porte-parole de la Marche pour la Vie, alerte sur les dangers d’une telle loi pour les personnes âgées, handicapées ou vulnérables. À travers cet entretien, elle rappelle les combats du mouvement pro-vie et appelle à une mobilisation massive pour défendre la dignité humaine, notamment lors de la manifestation prévue le dimanche 18 janvier.

Dans l’Union européenne, dire non ne sert à rien

La souveraineté est une coquille vide : comme le non des Français au traité constitutionnel en 2005, le non d’Emmanuel Macron au traité du Mercosur sera sans effet sur l’entrée en vigueur de ce traité.

Il est permis de penser que l’attitude d’Emmanuel Macron, ne portant pas à conséquence, est purement démagogique.

Avec le ralliement de l’Italie, la minorité de blocage (au moins quatre États membres et 35 % de la population de l’UE) au Mercosur est caduque. Ce texte sera adopté à la majorité qualifiée, lors d’un vote des représentants des Vingt-Sept, ce vendredi à Bruxelles. Ursula von der Leyen ira, lundi 12 janvier, au Paraguay, signer l’accord de libre-échange avec quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), négocié depuis vingt-six ans.

La France se retrouve isolée, privée de sa souveraineté aux côtés de la Pologne, de la Hongrie, de l’Autriche ou de l’Irlande. Ainsi fonctionne l’Union européenne. Il reste donc à la quitter.

De son côté, le Rassemblement National engagera deux motions de censure : à l’Assemblée nationale contre le gouvernement, au Parlement européen contre la Commission von der Leyen.

Avortement : la clause de conscience spécifique aux sages-femmes supprimée en catimini

Le code de déontologie des sages-femmes a été mis à jour suite à la publication au Journal officiel d’un décret le 31 décembre. La mention « aucune sage-femme n’est tenue de concourir à une interruption volontaire de grossesse » a été supprimée.

Il s’agissait d’une « triple clause de conscience, qui était superfétatoire et stigmatisante » considère le Conseil national de l’ordre des sages-femmes (CNOSF). La clause générale et la clause spécifique à l’avortement sont, elles, toujours en vigueur.

Sauf que les pharmaciens ne peuvent pas bénéficier de ces clauses. Doit-on comprendre que les sage-femmes vont bientôt en être exclues ?

Cette révision du code de déontologie comprend également la suppression des différents articles sur les compétences des sages-femmes. L’ancienne version listait en effet, de manière exhaustive, les actes pour lesquels ces professionnelles sont habilitées. Or « le champ de compétence des sages-femmes est défini légalement, à l’instar des autres professions médicales (médecins et chirurgiens-dentistes) et à l’inverse des professions paramédicales » pointe le CNOSF.

Au cours des dernières années, les sages-femmes ont été autorisées à pratiquer des avortements médicamenteux et des IVG instrumentales.

Source : Gènéthique

Le Conseil d’Etat n’invalide pas l’utilisation de l’écriture inclusive sur des plaques commémoratives

L’association Francophonie Avenir a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler la décision implicite par laquelle la maire de Paris a refusé de remettre dans leur état initial des plaques commémoratives regravées en écriture dite « inclusive », de juger illégale l’écriture utilisée et d’enjoindre à la maire de ne plus l’utiliser. Par un jugement du 14 mars 2023, le tribunal administratif a rejeté sa demande.

Par un arrêt du 11 avril 2025, la cour administrative d’appel de Paris a rejeté l’appel de l’association Francophonie Avenir.

Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, l’association Francophonie Avenir demande au Conseil d’Etat d’annuler cet arrêt.

Par décision du 4 décembre, le Conseil d’Etat juge que le pourvoi de l’association Francophonie Avenir n’est pas admis car cette association n’a pas fait l’objet d’une procédure préalable d’admission selon le code de justice administrative.

Une loi reconnait la personnalité juridique des enfants à naître

A Porto Rico :

Le 22 décembre 2025, Jenniffer González, gouverneur de Porto Rico, un Etat associé des Etats-Unis, a signé la loi 183-2025 reconnaissant la personnalité juridique des enfants à naître. Rédigé notamment par le président du Sénat, Thomas Rivera Schatz, le texte considère que l’enfant à naître « à n’importe quel stade de gestation dans l’utérus de la mère » est une « personne physique ».

Ce texte vient clôturer une année historique pour l’Etat en matière de défense de la vie. Aucun article de cette nouvelle loi ne modifie toutefois la législation sur l’avortement. A Porto Rico, l’avortement est légal pour protéger la vie ou la santé de la femme enceinte, quel que soit le stade de la grossesse.

Plusieurs lois adoptées pour protéger la vie humaine

Quelques jours avant, le 20 décembre, le gouverneur avait également promulgué un autre texte concernant les enfants à naître, lui aussi rédigé par Thomas Rivera Schatz. La loi 166-2025 reconnait comme un « meurtre au premier degré » tout crime « commis contre une femme enceinte, entraînant la mort de l’enfant à naître, à n’importe quel stade de la gestation dans l’utérus de la mère », ou « lorsque l’enfant à naître décède des suites de « l’usage de la force ou de la violence contre la femme enceinte » ».

A ces deux lois s’ajoute encore la signature, le 30 octobre 2025, de la loi 122-2025 sur l’avortement. Le texte énonce qu’au moins un des parents ou tuteurs légaux d’une mineure de moins de 15 ans doit donner son consentement écrit en cas d’avortement. En outre, les autorités doivent être informées en cas de suspicion de viol.

Un quatrième texte, lui aussi rédigé par le président du Sénat, la loi 63-2025, a par ailleurs interdit « les interventions chirurgicales ou les traitements médicamenteux qui modifient le sexe biologique d’un mineur sous prétexte d’une transition de genre ou dans le cadre d’un traitement pour la dysphorie de genre ». « Cette loi représente un arrêt absolu de l’utilisation des mineurs pour promouvoir des idées non scientifiques et contre nature qui leur causent des dommages physiques irréversibles » a souligné la sénatrice Joanne Rodríguez, co-auteur de deux des propositions de lois.

Source : Gènéthique

Le Sénat pourrait supprimer le suicide assisté, mais maintenir l’euthanasie

Ce mercredi 7 janvier, la Commission des affaires sociales du Sénat a examiné la proposition de loi sur les soins palliatifs, ainsi que celle visant à légaliser le suicide assisté et l’euthanasie. Ces examens portaient sur les versions adoptées en 1er lecture par l’Assemblée nationale, le 27 mai dernier.

En ce qui concerne « l’aide à mourir », la Commission sénatoriale a resserré les conditions d’accès, les seules personnes effectivement en fin de vie y ayant accès.

L’euthanasie serait donc possible, mais pas le suicide assisté. D’après les co-rapporteurs, limiter ainsi l’accès à l’euthanasie en ferait une simple prolongation de la sédation profonde et continue déjà autorisée par la loi Clayes-Leonetti.

En réalité, la sédation autorisée vise à soulager des souffrances réfractaires aux soins classiques même s’il y a un risque d’accélérer la survenue de la mort. A l’inverse, l’euthanasie vise à donner la mort.

Ces deux démarches sont donc à l’opposée l’une de l’autre dans leur intention.

L’ensemble des sénateurs examinera la proposition de loi à partir du mardi 20 janvier et pour une durée de deux semaines.

Le Syndicat de la Famille invite à écrire dès maintenant aux sénateurs en utilisant, pour gagner du temps, sa plateforme dédiée

Pour en savoir plus sur le processus législatif

MaFrance.app : effet Streisand garanti

L’effet Streisand se produit lorsqu’en voulant empêcher la divulgation d’une information que certains aimeraient cacher, le résultat inverse survient, à savoir que le fait que l’on voulait dissimuler attire et concentre l’attention médiatique.

Le député EELV-NFP Sabrina Sebaihi a demandé l’interdiction du site MaFrance.app auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Une démarche qui a offert de la visibilité à cette plateforme, dont l’ambition est de dresser un état des lieux du pays.

Ce site dresse un état des lieux de la France au niveau local, sur 5 thèmes : Insécurité, Immigration, Islamisation, Défrancisation et Wokisme. En recherchant votre commune vous pouvez voir le nombre de mosquées, l’évolution de l’insécurité, etc.

Des agents immobiliers utilisent mafrance.app/lieux pour conseiller leurs clients, afin de les rassurer sur l’emplacement du bien immobilier.

Envie de savoir où se trouve le centre pour migrant le plus proche de chez vous ?  La mosquée la plus proche ?  Le quartier “sensible” le plus proche ?  C’est désormais possible sur mafrance.app/lieux. Pratique pour le prochain déménagement !

Union des droites : le président des LR du Haut-Rhin s’allie au RN

Alain Kott, président des LR du Haut-Rhin, a publié le communiqué suivant :

La tête de liste du Rassemblement national à Colmar, Nathalie Aubert s’est félicitée de ce ralliement, dans lequel elle a dit voir «un message fort d’unité et d’espoir».

Toutefois,  la fédération des Républicains du Haut-Rhin a fustigé une décision «contraire à la ligne aussi bien nationale que locale du parti». Le président des LR Bruno Retailleau «a suspendu avec effet immédiat Alain Kott de ses fonctions» de président départemental et une «procédure d’exclusion de notre famille politique a également été engagée à son encontre», a précisé dans un communiqué le bureau départemental haut-rhinois du parti.

La Marche pour la vie, une manifestation pour témoigner, transmettre et réparer

Le 18 janvier à 14h aura lieu la marche pour la vie à Paris. Alors que la France s’apprête à franchir un seuil avec la légalisation de l’euthanasie, Jean-Pierre Maugendre alerte sur la nécessité de se mobiliser autour de cette grande cause nationale et invite à venir à la partie priante de la fin du cortège.

I-Média – Transparence, argent public et audiovisuel : l’enquête Alloncle remet les journalistes à leur place

L’image de la semaine : Nagui / Alloncle, l’enquête qui dérange !

Cette semaine, il y a eu un “clash” médiatique entre Nagui et Charles Alloncle. L’un accuse l’autre de le jeter en pâture à “l’ire populiste” alors que Charles Alloncle lui demande des détails sur son enrichissement personnel grâce à ses émissions sur le service public. Pourquoi la question des rémunérations opaques dans l’audiovisuel public dérange-t-elle autant ? Entre méthodes d’intimidation et tentatives de diversion, il existe peut-être des vérités que certains membres de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public ne veulent pas entendre…

Le dossier du jour : Affaire Bilongo, le racisme antiblancs assumé

Un élu LFI a fait parler de lui notamment en banalisant le racisme antiblancs dans le discours public. L’affaire a été révélée par un propos absolument sexiste contre Rachida Dati, puis la mayonnaise a définitivement pris avec le mépris de classe contre les gens du nord ou la diagonale du vide avant que la toile ne déniche aussi des pépites racistes et racialistes totalement décomplexées…

Les pastilles de l’info :

– TF1 au secours de Brigitte Macron
– La politique intéresse-t-elle encore les Français ?
– Neige et grand froid : les phénomènes météorologiques dramatisés
– Street presse se paie Off Investigation : délation sous subvention

Portrait piquant : Elisabeth Lévy, la journaliste hors caste et hors norme

Les tracteurs sont entrés dans Paris

La contre-révolution est en marche si j’en crois les drapeaux utilisés :

Comprendre l’action invisible du malin

Le père Jean-Baptiste Edart, doyen de la faculté de théologie de l’Université catholique de l’Ouest, enseignant-chercheur et spécialiste de démonologie, vient de publier un ouvrage sur Le diable dans ses oeuvres afin de comprendre l’action invisible du mal et s’en libérer.

Toute l’oeuvre du Diable consiste à tromper, tenter, blesser l’homme pour qu’il se perde. Si l’enjeu final est manifeste, il est cependant complexe de déterminer et classifier la nature de son pouvoir, surtout lorsqu’on cherche à rendre compte de la frontière entre la tentation, action ordinaire du Démon, et son action extraordinaire – dont la possession est la plus connue. À cette frontière se trouve ce qui est souvent dénommé un « lien ». Quelle réalité ce terme recouvre-t-il ? Comment rendre compte théologiquement de cette métaphore ?

À cette fin, en s’appuyant sur saint Thomas d’Aquin et la psychologie cognitive contemporaine, cette étude expose comment le Démon exploite les émotions et les vulnérabilités mentales (biais cognitifs, schémas dysfonctionnels, etc.) pour influencer la cognition. Ainsi, à la notion de « lien » l’auteur substitue, pour plus de clarté, celle d’emprise cognitive. Ce concept d’emprise permet de définir la nature de cette action démoniaque intermédiaire entre la tentation et la possession, qui agit sur les facultés cognitives via nos blessures psychiques. Par cette emprise, le Diviseur vise à maintenir l’homme dans le péché et l’empêche d’accéder à la vérité et à la conversion.

En explicitant cette forme de l’action démoniaque, l’ouvrage confirme la pertinence et la nécessité d’intégrer la prière de libération comme outil ordinaire du combat spirituel dans une société marquée par l’évolution des troubles psychologiques, comme par le paganisme et l’occultisme.

Il évoque aussi l’importance des prières d’exorcismes, notamment lors du baptême et souligne :

Bien que moins explicite dans le nouveau rituel du baptême des enfants, cette notion demeure présente. Le démon est évoqué à travers les notions de mensonge et d’esclavage. Dans les prières liées au catéchuménat, la référence au mensonge de l’ennemi et aux chaînes de l’esclavage qu’il impose dans la cupidité, la méchanceté, l’angoisse et les désirs de la chair est également présente. Les prières des trois scrutins reprennent la thématique du mensonge et de l’esclavage du péché.

L’auteur souligne aussi la croissance des recours aux thérapeutes liés à l’occulte :

Nous avons eu des témoignages directs au sujet d’ecclésiastiques, diacres, prêtres ou évêques, d’une ignorance totale sur le sujet, conseillant le recours à ces praticiens de l’occulte, quand certains diacres ou prêtres n’exerçaient pas eux-mêmes ces “dons”. Cette croissance exponentielle de la fréquentation de ces praticiens ne peut pas ne pas avoir de conséquence sur la santé spirituelle des chrétiens.

Triple effet de la confusion sénatoriale (texte de la commission des affaires sociales du 7 janvier 2026) sur l’euthanasie

Par Aline Cheynet de Beaupré, Professeur de droit privé et sciences criminelles – Université d’Orléans

🔴 la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès (SPCMJD) est un SOIN et doit le rester, or le texte de la commission des affaires sociales en fait aussi un acte létal

🔴 une SPCMJD sera crainte dans l’avenir car on ne saura pas s’il s’agit de soigner ou euthanasier une personne.

🔴 loi de Gresham : la mauvaise monnaie chasse la bonne
S’il existe 2 options derrière une sédation (soin ou mort) pour une personne en fin de vie, c’est l’euthanasie qui l’emportera.

🕳️ En France, la SPCMJD est déjà mal connue du grand public alors qu’elle a 10 ans d’existence légale.
🕳️La confusion dans l’esprit des gens a déjà lieu au Québec où être transféré en soins palliatifs est souvent assimilé à être euthanasié prochainement.
🕳️Aux Pays-Bas où coexistent euthanasie et suicide assisté, il y a 98 % d’euthanasies.

C’est la mort des soins palliatifs.
D’ailleurs, qui a entendu parler de l’examen de l’autre texte relatifs aux soins palliatifs (par la même commission) qui auraient vocation à ne plus être un DROIT ?

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Le sénat va-t-il maintenir la légalisation de la mort administrée?

Communiqué de la Fondation Lejeune:

À l’issue de la journée de débats en Commission des affaires sociales du Sénat sur la proposition de loi relative à la fin de vie, la Fondation Jérôme Lejeune exprime sa vive inquiétude.

Si la commission a restreint les conditions d’accès à l’euthanasie, rebaptisée « assistance médicale à mourir », elle a néanmoins maintenu la transgression fondamentale de ce texte : donner aux médecins le droit de provoquer intentionnellement la mort d’un patient.

Faire croire que des garde-fous juridiques pourraient encadrer un tel acte relève d’une illusion dangereuse. Autoriser la mise à mort, même sous conditions, revient à ouvrir une boîte de Pandore.

Depuis trente ans, l’évolution des lois de bioéthique en France illustre que chaque ouverture légale, même limitée, sert de point d’appui pour étendre progressivement les pratiques autorisées, du diagnostic préimplantatoire à la PMA pour toutes, jusqu’à la recherche quasi-libre sur l’embryon. La dérégulation progressive, souvent présentée comme encadrement éthique, a systématiquement élargi le champ de ce qui était initialement interdit. L’introduction de l’euthanasie dans notre droit ne peut que suivre cette trajectoire. Le seul garde-fou réellement protecteur est l’interdit de tuer.

Pour protéger les personnes les plus vulnérables, la Fondation Jérôme Lejeune appelle les sénateurs à supprimer l’autorisation de provoquer la mort, ce qui rendrait la proposition de loi inacceptable pour l’Assemblée.

La Fondation Jérôme Lejeune appelle tous les sénateurs à agir avec responsabilité et fermeté, à voter un rejet massif de la proposition de loi ou à imposer ces modifications essentielles, afin de préserver le respect de la vie humaine et d’empêcher toute dérégulation éthique supplémentaire.

Déjà 1,7 M€ levés : rejoignez les 160 prêteurs pour l’abbaye du Barroux 

Plus de 1,7 M€ a déjà été levés auprès de 160 prêteurs pour financer ce beau projet des moines de l’abbaye du Barroux : la construction de leur caveau de dégustation de vins ! Il vous reste encore quelques jours pour contribuer à cette initiative qui permet de donner du sens à son épargne !

C’est cœur de la Provence des Papes que l’Abbaye du Barroux s’implante, et qui, depuis la pose de la première pierre le 21 mars 1980 ne cesse de se développer au sein de ce territoire d’exception.

L’abbaye du Barroux ne cesse de grandir : aujourd’hui, elle est composée de 65 moines qui vivent au rythme de la prière et du travail. Pour assurer sa pérennité, les projets réalisés et à venir ne manquent pas : le monastère s’est doté d’une infirmerie, d’un atelier de boulangerie et entrepris une extension de l’abbatiale, de la bibliothèque, du magasin et de l’hôtellerie.

L’huile, le pain et bien sûr le vin des moines du Barroux ont participé à la notoriété de cette congrégation rayonnante. Leur célèbre aventure vinicole a débuté en 1986 lorsque les moniales de Notre-Dame de l’Annonciation se sont installées sur une propriété viticole, la Font de Pertus. Peu de temps après, c’était au tour des moines de planter une vigne au pied de leur colline. Depuis, cette activité a pris de l’ampleur et s’est mise au service de tout un territoire. Il ne manque qu’un lieu de dégustation et de rencontres pour parfaire cette aventure : c’est le projet que nous vous proposons de financer, le caveau pour leurs vins Via Caritatis !

Souhaitez-vous donner du sens à votre épargne en prêtant aux moines du Barroux pour financer la construction de leur caveau de dégustation de vins ?

Pour découvrir ce projet et rejoindre les 160 prêteurs, il vous faut cliquer sur le lien ci-après qui vous dirigera sur la Page de Présentation officielle : https://www.credofunding.fr/fr/abbaye-barroux-caveau

Vous pouvez contacter Edouard Vieilfault ([email protected]) pour toute demande de précision si nécessaire.

L’investissement comporte des risques de perte partielle ou totale du capital investi – Des frais sont dus par le porteur de projet et les investisseurs (18 € TTC).

Euthanasie : 53 personnalités interpellent les sénateurs

Dans Le Figaro :

Mesdames, Messieurs les Sénateurs,

Lors de ses vœux pour l’année 2026, le président de la République a déclaré que cette année serait, dans dix ans, regardée comme « utile au pays », en raison notamment de la légalisation de la mort provoquée. En faisant de ce choix un marqueur d’utilité nationale, il n’a pas formulé une simple orientation politique : il a engagé une conception de la dignité humaine, du soin et de la solidarité nationale. Il vous revient aujourd’hui d’en mesurer pleinement la portée morale et les conséquences irréversibles.

Vous aurez en effet à vous prononcer dans quelques jours sur une proposition de loi instaurant un « droit à l’aide à mourir ». Il ne s’agit pas seulement d’options philosophiques ou de choix techniques, mais d’un basculement éthique majeur. Le législateur serait conduit à décider que l’accès à la mort médicalisée constitue une dérogation assumée à l’interdit de donner la mort à autrui, désormais reconnue comme un droit au nom des principes invoqués de liberté, d’égalité et de fraternité.

Notre nation traverse pourtant une période de fragilisation profonde. Les tensions sociales, la crise du système de santé, l’isolement croissant des plus vulnérables et l’érosion de la confiance démocratique imposent un devoir supérieur de responsabilité et de lucidité. Dans un tel contexte, admettre que la réponse sociale à l’expression de souffrances humaines profondes puisse être l’organisation légale de la mort constitue une injure faite à une conception digne et responsable des valeurs de la République.

La liberté fondamentale n’est pas de se voir proposer la mort comme un horizon souhaitable, mais de pouvoir décider en conscience des recours à une véritable assistance médicale.

Admettre qu’un concitoyen puisse solliciter un soignant afin qu’il le fasse mourir, c’est faire croire que la mort constitue une réponse sociale acceptable à des souffrances qui méritent mieux que cette compassion terminale. Les personnes en fin de vie, atteintes de maladies graves, chroniques ou évolutives, aspirent d’abord à bénéficier, sur l’ensemble du territoire, d’un environnement humain présent et bienveillant, de soins compétents pour prévenir et contrôler leurs douleurs, apaiser leurs souffrances et les accompagner fraternellement jusqu’au dernier instant.

Leur liberté fondamentale n’est pas de se voir proposer la mort comme un horizon souhaitable, mais de pouvoir décider en conscience des recours à une véritable assistance médicale, respectueuse de leur dignité, y compris dans les situations complexes qui justifient une approche personnalisée irréductible à un texte de loi. Elles n’ont pas à intégrer comme une norme sociale nouvelle que la règle serait désormais de ne pas prolonger indûment une existence soumise à des critères de recevabilité, y compris lorsque s’y mêlent des considérations économiques.

Admettre que la mort provoquée relève d’une autonomie individuelle exercée par l’intermédiaire d’un tiers procède d’une conception attentatoire aux droits et à la dignité de la personne vulnérable, qu’il s’agisse de maladie chronique physique ou psychique, de handicap ou de perte d’autonomie. Une approche digne nous engage au contraire à identifier et à comprendre ses besoins fondamentaux et à y apporter les réponses attendues.

Ne pas reconnaître que certaines demandes de mort anticipée sont la conséquence directe d’un déni de reconnaissance des droits de la personne, dont celui d’être intégrée à la vie sociale, est un reniement que nous ne pouvons plus tolérer. Quand l’un de nos concitoyens a perdu toute confiance en lui-même et en une société qui renonce à lui témoigner des solidarités de vie, sa demande de mourir dénonce d’abord notre propre trahison et notre abandon collectifs.

Admettre que la mort provoquée ne concernerait que l’individu, en ignorant la famille, les proches et les aidants présents parfois durant des années, constitue une atteinte supplémentaire. C’est abolir la signification de l’espace affectif et relationnel de la personne malade, et la condamner à la solitude d’une décision parfois envisagée pour ne plus être perçue comme un « fardeau ».

Instituer une mission médicale consistant à donner la mort constituerait une rupture supplémentaire avec les principes de dignité, de bienveillance, de rigueur et de justice qui fondent l’engagement soignant.

Admettre enfin que les professionnels de santé devraient intégrer dans leur déontologie un acte à finalité létale revient à pervertir le sens même du soin. Dans un contexte déjà marqué par des carences structurelles, l’acte de soigner est devenu pour beaucoup un acte de résistance éthique. Instituer une mission médicale consistant à donner la mort constituerait une rupture supplémentaire avec les principes de dignité, de bienveillance, de rigueur et de justice qui fondent l’engagement soignant.

Mesdames, Messieurs les Sénateurs, la proposition de loi visant à garantir l’accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs fait l’unanimité et s’impose sans tarder, à condition de disposer de moyens effectifs pour sa mise en œuvre. La proposition de loi relative à l’aide à mourir, en revanche, justifie un sursaut éthique et politique.

La France ne sera pas jugée, demain, sur sa capacité à avoir fait de la mort une « année utile ». Elle le sera sur la manière dont elle aura su demeurer fidèle à ses principes, protéger les plus vulnérables et affirmer que, dans son parcours de vie jusqu’à sa mort, la personne malade mérite mieux de notre nation qu’un droit à la mort provoquée.


*La tribune est signée par les membres du collectif Démocratie, éthique et solidarités :

Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI)

Nicolas Bauer, docteur en droit, Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ)

Sadek Beloucif, chef de service d’anesthésie-réanimation, Hôpital Avicenne, AP-HP 

Louis Bouffard, conférencier

François Braun, ancien ministre de la Santé

Alexis Burnod, médecin urgentiste et soins palliatifs

Agnès Certain, pharmacien praticien hospitalier, AP-HP

Françoise Chastang, praticien hospitalier, psychiatre, CHU de Caen Normandie

Aline Cheynet de Beaupré, professeur de droit privé, université d’Orléans

Raymond Dartevelle, historien, directeur scientifique de la chaire Assurance et Société à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Xavier Deau, médecin généraliste, ancien président de l’Association médicale mondiale, et vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins

Vincent des Portes, médecin neuropédiatre, professeur, Université Lyon 1

Laëtitia Dosne, directrice générale, Helebor

Pierre-Henri Duée, directeur honoraire de recherche de l’Inrae, ancien président de la section technique du CCNE

Jean-Marie Faroudja, ancien président de la section éthique et déontologie du Conseil national de l’ordre des médecins

Pascale Favre, médecin, doctorante en éthique médicale

Michaël Finaud, médecin interniste et gériatre

Laurent Frémont, juriste, enseignant à Sciences-Po, Paris

Gilles Freyer, chef de service d’oncologie médicale, Hospices civils de Lyon, CHU de Saint-Étienne

Bruno Front, médecin généraliste

Sylvie Froucht-Hirsch, médecin anesthésiste-réanimateur

François Genin, co-fondateur de Voisins et Soins

Jean-Marie Gomas, gériatre, médecin de la douleur et de soins palliatifs

Raphaël Gourevitch, psychiatre, délégué de la société médico-psychologique

Didier Guérin, juriste

Marie de Hennezel, psychologue et écrivain

Emmanuel Hirsch, professeur émérite d’éthique, Université Paris-Saclay

Élisabeth Hubert, ancienne ministre

Vincent Hurstel, vétérinaire

Cyrille Jeanteur, ingénieur polytechnicien (X85) retraité, Locked In Syndrom (1997)

Magali Jeanteur, médecin et épouse-aidante

Olivier Joël, ancien universitaire à l’Université Paris-Dauphine

Clémence Joly, médecin de soins palliatifs

Jean Lacau Saint Guilly, professeur émérite, Sorbonne Université, cancérologue, ORL, Hôpital Fondation Rotschild

Véronique Lefebvre des Noëttes, psychiatre et gériatre, Hôpital Emile-Roux, AP-HP

Damien Le Guay, philosophe, maître de conférences, HEC

Jean Leonetti, ancien ministre

Marc Levêque, neurochirurgien, algologue

Sylvie Manouvrier, professeur honoraire de génétique médicale, Université de Lille

Philippe Marre, président honoraire de l’Académie nationale de chirurgie

Thibauld Massé, fonctionnaire civil

Catherine de Metz, juriste, maire adjointe Santé, senior, handicap, Gien

Israël Nisand, gynécologue obstétricien, président honoraire du Forum Européen de Bioéthique

Cécile Omnes, psychiatre hospitalier, centre hospitalier Plaisir

Hélène Paradis, expert-comptable, commissaire aux comptes

Didier Payen, professeur émérite de réanimation, Université Paris Cité Sorbonne, consultant recherche, département de maladies infectieuses, CHU de Nice

Il était une femme, qui mourut deux fois

Le matin mit un temps infini à apparaître. Un matin sans élan, sans promesse, qui s’avançait à pas comptés, retenu par ce qu’il allait accueillir.

À Noirmoutier, tout était figé. La mer demeurait muette. Le ciel, bas et plombé, pesait sur les choses. Le temps n’avançait plus ; il s’étirait, lourd, presque immobile. Une respiration trop longue.

Dans une chambre étroite, Maurice d’Elbée était là.
Son corps ne reposait pas vraiment : il attendait. Brisé, immobilisé, réduit à la lenteur douloureuse de chaque souffle. Chaque inspiration prenait son temps, comme si l’air lui-même hésitait à entrer.

Et près de lui, elle.

Elle était assise depuis si longtemps que la chaise semblait l’avoir adoptée. Sa main ne quittait pas la sienne. Elle veillait sans mouvement, sans plainte, comme on veille une flamme fragile dans une pièce sans vent. Elle n’avait pas quitté ce chevet. Ni la nuit. Ni le jour. Le monde extérieur s’était dissous.

Puis des pas.
Lents. Calculés.

Les hommes parlèrent doucement. Trop doucement. Ils évoquèrent un avocat, une défense possible, un espoir, un mensonge, un instant d’attente hors de la chambre. Un instant seulement. Le mot glissa, trompeur, presque rassurant.

Elle refusa d’abord.
Puis elle hésita.

L’espérance pesa plus lourd que la peur. Alors elle se leva. Elle lâcha sa main. Et le temps se fendit.

Elle attendit.
Debout.
Assise.
Puis debout encore.

Les minutes s’allongèrent. Une heure entière passa, épaisse, muette. Aucun pas. Aucun visage. Le silence devint trop dense pour être supporté. Elle comprit. Elle comprit avant même de comprendre.

Quand elle sortit, la place était déjà prête :
Les soldats.
L’alignement.
Le fauteuil.

Tout était en place depuis longtemps.

Elle cria. Elle appela.
Il tenta de sourire — un sourire faible, presque absent, mais chargé de tout ce qu’un homme peut dire quand il n’a plus de futur.
Elle voulut traverser cet espace trop vaste, mourir avec lui, ne pas rester.

Des bras la retinrent. On la repoussa. Elle se débattit. Le monde était devenu solide, infranchissable.

Puis le commandement.
Bref. Définitif.
La salve éclata.

Et d’elle jaillit un cri qui n’était plus une voix. Quelque chose se détacha, se rompit, s’éleva. Ce n’était plus de la douleur seulement : c’était un arrachement, un départ.

Le corps de Maurice d’Elbée s’affaissa.
Elle resta là, vide, immobile, réduite d’une part d’elle-même partie avec lui.
Le temps reprit son cours.

Quelques jours plus tard, ils la fusillèrent à son tour.
Ils ne reposent toujours pas ensemble.
Ils n’ont ni tombe commune, ni mémoire fidèle.

Mais ce matin-là, à Noirmoutier, le temps s’était arrêté assez longtemps pour que deux âmes s’éloignent presque en même temps, l’une sous les balles, l’autre dans un cri trop long pour appartenir aux vivants.

C’était le 6 janvier 1794. Et le 6 janvier 2026, le silence était toujours aussi épais.

Vive la République.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Euthanasie : les sénateurs mécontentent tout le monde

D’un côté, le lobby de l’euthanasie, l’ADMD, se plaint qu’en commission des affaires sociales au Sénat, la droite a réécrit la proposition de loi sur l’aide à mourir… 

De l’autre, Louis Bouffard souligne que les sénateurs de la commission des affaires sociales viennent d’acter la possibilité de provoquer la mort d’un patient dont le pronostic vital est engagé à court terme. Certes, la notion de « phase avancée » est écartée. Mais c’est déjà le pied dans la porte. C’est une rupture éthique majeure, un renoncement au courage politique et à la responsabilité du législateur.

En ouvrant cette brèche, le Sénat laisse la porte grande ouverte aux dérives à venir — qui surviendront tôt ou tard, dès la seconde lecture à l’Assemblée nationale.

Le document américain de Stratégie de sécurité nationale : un basculement géopolitique majeur

D’Antoine de Lacoste dans Politique Magazine :

Le document américain de Stratégie de sécurité nationale, diffusé début décembre, constitue un véritable basculement géopolitique, exprimé dans les termes les plus clairs. Lire et analyser ce document est essentiel pour qui veut comprendre quelle sera la politique américaine des prochaines années.

Certes, de nombreux points sont déjà connus et appliqués par Donald Trump et ses équipes. Mais de nouveaux concepts sont développés et surtout, c’est la première fois que la vision du monde trumpienne est théorisée et synthétisée dans un document très accessible d’une petite trentaine de pages. De plus, cette vision corrobore celle que J.D. Vance avait développée à Munich le 14 février dernier, devant un parterre de dirigeants européens médusés. Il ne s’agit donc plus des idées personnelles d’un vice-président jugé extrémiste par nos sages démocrates, ni des habituelles foucades d’un président sanguin qu’il suffira de réussir à amadouer un jour. Il s’agit de la nouvelle doctrine américaine des relations internationales.

C’est Donald Trump lui-même qui nous gratifie d’une courte introduction. Ce n’est pas le plus intéressant : il a sauvé du gouffre l’Amérique et le monde, et mis fin à huit conflits. Parfait. La suite est plus instructive.

Tout d’abord, l’objectif général de la stratégie américaine semble demeurer immuable : les Etats-Unis doivent rester « le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde ». Rien de changé donc, mis à part, et ce n’est pas rien, le moyen d’y parvenir. Le document regrette très clairement que depuis la fin de la guerre froide, les élites américaines se sont convaincues « que la domination permanente des Etats-Unis sur le monde entier était de l’intérêt supérieur de notre pays. Pourtant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts ».

Avec un raisonnement pareil, Bill Clinton n’aurait pas bombardé la Serbie, George Bush junior n’aurait pas détruit l’Irak et Barack Obama n’aurait pas donné le coup de main décisif à Nicolas Sarkozy pour anéantir la Libye. De plus, au-delà du principe, cette politique de domination permanente a un coût gigantesque que l’Amérique n’a plus les moyens de financer.

Bien sûr, ne rêvons pas, il faut rester la première armée du monde et la puissance financière américaine, même en déclin, peut encore permettre cela. Mais cet outil doit dorénavant s’insérer dans une nouvelle définition de l’intérêt national, moins large qu’auparavant. Il faut maintenant parler, dit le document, de « prédisposition au non-interventionnisme », ce qui, en soi, constitue une vraie révolution. Cette prédisposition « devrait fixer des critères élevés pour déterminer ce qui constitue une intervention justifiée ». Cela reste assez vague bien sûr, mais c’est mieux que les mensonges sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein ou sur le pseudo génocide serbe au Kosovo. La conclusion sur ce sujet est plus nette : « Les Etats-Unis rejettent le concept malheureux de domination mondiale pour elle-même », « l’époque où les Etats-Unis soutenaient à eux seuls l’ordre mondial comme Atlas est révolue ».

La suite va à rebours de ce que font les dirigeants européens : « L’unité politique fondamentale du monde est et restera l’Etat-nation. » Le mondialisme est enterré, tout le monde l’a compris, sauf Emmanuel Macron et ses amis.

La conclusion est logique : il faut mettre un terme à l’immigration de masse, et rejeter « les idéologies désastreuses du « changement climatique » et du « zéro net » qui ont tant nui à l’Europe, menacent les Etats-Unis et subventionnent nos adversaires ». L’adversaire en question étant bien sûr la Chine, qui inonde le monde entier de ses panneaux photovoltaïques sous les applaudissements béats des consternantes COP successives.

Remettre le concept d’Etat-nation au cœur des relations internationale est peut-être ce qu’il y a de plus intéressant dans cet exposé stratégique. Les grandes organisations internationales, type ONU, OMS, Unesco et autres, n’intéressent plus l’Amérique qui préconise maintenant l’unilatéralisme à la place du multilatéralisme. C’est d’ailleurs ainsi que fonctionnent des pays comme l’Inde, la Chine, le Japon ou l’Indonésie avec la réussite que l’on sait. Seule l’Europe s’obstine sur ses vieux schémas et tente de marcher vers une organisation fédérale dont les peuples ne veulent pas.

Une fois ces principes posés, chaque région du monde est ensuite passée au crible. Tout d’abord l’Amérique du sud, appelée l’hémisphère occidental. La doctrine Monroe y est rappelée et adjointe d’un « corollaire Trump ». Le président James Monroe (1817-1825) avait indiqué que l’ensemble du continent américain se situait dans la sphère d’influence des Etats-Unis et que les Européens devaient définitivement s’en éloigner. Le document y rajoute la Chine, sans toutefois la menacer bien sûr. Mais il est dit que « des concurrents non hémisphériques ont fait des percées importantes dans notre hémisphère ». Il y a en effet bien longtemps que la Chine a noué des relations stratégiques avec le Chili, la Bolivie ou le Pérou dont les sous-sols sont riches en métaux rares. L’Amérique lance donc l’offensive contre cette implantation jugée dangereuse. Une première concrétisation spectaculaire vient de se produire au Vénézuéla. Trump n’en restera pas là.

En Asie, il faut gagner l’avenir économique et prévenir les affrontements militaires. Les quatre dernières administrations américaines (Biden, Obama, Bush, Clinton) ont favorisé l’ascension de la Chine. Il faut maintenant rééquilibrer la relation et, pour cela, renforcer la dissuasion militaire en s’appuyant sur le Japon, l’Australie et surtout l’Inde, pivot de ce « Quad », alliance à quatre censée tenir la Chine en respect. Ce n’est d’ailleurs pas gagné avec l’Inde qui n’a pas du tout apprécié que Donald Trump lui ordonne d’arrêter d’acheter du gaz et du pétrole à la Russie. Les vieux réflexes hégémoniques sont encore présents…

Lucide, l’administration américaine reconnaît que, contrairement à la Chine, elle ne s’est pas occupée du « Sud global ». Puis vient, bien sûr, le dossier Taïwan. Là aussi, le ton a changé. Pas de menaces, pas de risque de guerre évoqué, un simple rappel : « Nous maintiendrons notre politique à propos de Taïwan, ce qui signifie que les Etats-Unis ne soutiennent aucun changement unilatéral du statu quo dans le détroit de Taïwan ». Il n’est donc fait état d’aucun engagement précis en faveur de la souveraineté de l’île, convoitée par la Chine. Nul doute qu’à Pékin, on a dû lire cela avec intérêt.

L’Europe est le morceau de choix de ce catalogue géopolitique. Le document prend tout d’abord acte du déclin économique du vieux continent, 25% du PIB mondial en 1990, 14% aujourd’hui, et incrimine l’excès de réglementation européenne qui sape « la créativité et l’ardeur au travail ». Mais le plus grave est son déclin civilisationnel dû à sa politique migratoire laxiste, à l’effondrement de sa natalité, à la perte des identités nationales. Il va plus loin encore en s’inquiétant de la dérive des institutions européennes vers la censure, la répression des oppositions, les atteintes à la liberté d’expression, pour affirmer ensuite : « Le continent sera méconnaissable d’ici vingt ans ». On a envie de lui répondre que c’est malheureusement déjà le cas.

La conclusion de ce passage laisse pantois : « Nous voulons que l’Europe reste européenne ». Un propos qui, en France ou en Allemagne pourrait envoyer son auteur devant le tribunal.

Il faut donc « un renouveau spirituel », « cultiver la résistance » et de rappeler que les Européens veulent la paix mais que ce sont « des gouvernements minoritaires instables » qui ne la veulent pas et bafouent les démocraties. Une phrase attire l’attention : « L’influence croissante des partis patriotiques européens est source d’un grand optimisme ». En lisant cela, les dirigeants européens peuvent légitimement s’inquiéter sur la pérennité de leur alliance avec leur suzerain qui ne souhaite qu’une chose : leur départ.

Le document termine son tour d’horizon avec le Moyen-Orient « qui ne doit plus dominer la politique étrangère américaine » (voilà une bonne nouvelle après des décennies d’interventions désastreuses), et l’Afrique où « pendant trop longtemps, la politique américaine s’est concentrée sur la diffusion puis l’expansion de l’idéologie libérale. »

Tout cela n’est bien sûr que théorique à ce stade et les vieux démons peuvent ressurgir à tout instant comme l’a montré le récent bombardement de l’Iran à propos duquel aucune preuve n’a été fournie sur l’imminence d’une bombe atomique iranienne.

Malgré tout, c’est l’annonce d’un tournant géopolitique majeur qui s’inscrira peut-être dans la durée.

Antoine de Lacoste

La consécration, sommet de la messe (épisode 17/23)

1. Récit de l’institution ou consécration ?

Le récit de l’institution dans lequel sont enchâssées les paroles de la consécration s’enchaîne immédiatement à la conclusion de la prière Quam oblationem, par un simple pronom relatif :

 … dilectíssimi Fílii tui Dómini nostri Iesu Christi. Qui prídie quam paterétur accépit panem in sanctas ac venerábiles manus suas…

… votre Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ. Qui, la veille de sa Passion prit du pain dans ses mains saintes et adorables… »

Ne nous y trompons pas cependant. Il y a bien un récit, car le texte reprend minutieusement les gestes que le Seigneur accomplit lors de la dernière cène. Mais il n’y a pas qu’un récit. Les paroles consécratoires transcendent ce récit et réalisent ce qu’elles signifient, à savoir la présence réelle du Corps et du Sang de Notre-Seigneur sous les espèces du pain et du vin, et conjointement le renouvellement sacramentel du sacrifice de la Croix. Tel est le « mystère de la foi »[1], à la manifestation duquel est ordonné l’ensemble des rites qui entourent la consécration.

La transcendance des paroles de la consécration par rapport au récit de l’institution est particulièrement mise en évidence par la ponctuation et la disposition typographique adoptées dans le missel romain, qui signale le passage d’un discours de style narratif – le récit de l’institution – à un discours de style intimatif, propre à l’action sacramentelle – les paroles de la consécration. Elles sont en effet séparées par un point à la ligne des formules qui les précèdent. De plus, les paroles de la consécration sont imprimées en caractères typographiques plus grands, au centre de la page[2].

Qui prídie quam paterétur, accépit panem in sanctas ac venerábiles manus suas, et elevátis óculis in cælum ad te Deum Patrem suum omnipoténtem, tibi grátias agens, bene + díxit, fregit, dedítque discípulis suis, dicens : Accípite, et manducáte ex hoc omnes. Celui-ci, la veille de sa Passion, prit du pain dans ses mains saintes et adorables et les yeux levés au ciel vers vous, Dieu, son Père tout-puissant, vous rendant grâces, il bé+nit ce pain, le rompît et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez-en tous.
HOC EST ENIM CORPUS MEUM CAR CECI EST MON CORPS
Simili modo póstquam cenátum est, accípiens et hunc præclárum cálicem in sanctas ac venerábiles manus suas : tibi grátias agens, bene + díxit, dedítque discípulis suis, dicens : Accípite, et bíbite ex eo omnes. De même, après le repas, il prit ce précieux calice dans ses mains saintes et adorables, vous rendit grâces encore, le bé+nit et le donna à ses disciples en disant : Prenez et buvez-en tous.
HIC EST ENIM CALIX SÁNGUINIS MEI, NOVI ET ÆTÉRNI TESTAMÉNTI : MYSTÉRIUM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDÉTUR IN REMISSIÓNEM PECCATÓRUM. CAR CECI EST LE CALICE DE MON SANG, LE SANG DE L’ALLIANCE NOUVELLE ET ÉTERNELLE : LE MYSTÈRE DE LA FOI : QUI SERA VERSÉ POUR VOUS ET POUR BEAUCOUP EN REMISSION DES PÉCHÉS.
Hæc quotiescúmque fecéritis, in mei memóriam faciétis. Toutes les fois que vous ferez cela, vous le ferez en mémoire de moi.

L’attitude du prêtre marque également ce passage d’un style à l’autre. Tandis qu’il se tient droit en prononçant les paroles correspondant au style narratif, le prêtre s’incline sur l’autel, y posant ses coudes, au moment de proférer les paroles consécratoires.

Nous touchons ici un point capital de la théologie de la messe. Les paroles de la consécration sont, certes, prononcées à l’occasion d’un récit, mais saint Thomas d’Aquin exprime très clairement que si elles étaient proférées exclusivement par mode de récit (recitative), le sacrement ne serait pas réalisé[3]. Cette détermination du Docteur angélique fut reprise à son compte par le magistère suprême en la personne du pape Benoît XII[4].

Ainsi, bien que l’expression « récit de l’institution » pour désigner le rite central de la messe soit largement employée, elle demeure ambiguë. On lui préfère donc l’expression traditionnelle de « consécration ».

2. Le texte lui-même

Penchons-nous maintenant sur le texte lui-même du formulaire de la consécration[5].

Origine et histoire du texte

Quatre passages du Nouveau Testament rapportent l’institution de l’eucharistie. Ils se trouvent dans les évangiles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc, ainsi que dans la première épître aux Corinthiens. On est cependant frappé de constater que le récit de l’institution et les paroles consécratoires qui figurent dans le missel ne reproduisent pas purement et simplement l’un de ces textes de l’Écriture. Et pour cause : ils se rattachent probablement à une tradition antérieure au Nouveau Testament lui-même[6]. C’est une conséquence du fait que la messe fut célébrée par les premiers chrétiens bien avant que les évangélistes ou saint Paul aient pris la plume.

Ajoutons à cela que le texte figurant dans le missel romain se retrouve identique, à quelques détails mineurs près, dans les plus anciens livres liturgiques parvenus jusqu’à nous[7].

L’origine et l’histoire du formulaire de la consécration du missel romain nous mettent donc vraisemblablement en présence d’un monument de la tradition liturgique.

Deux points particuliers

Dans ce texte deux détails pourraient surprendre au premier abord.

D’une part, il y a une dissymétrie importante entre les deux consécrations, la formule employée pour le pain est nettement plus brève que celle qui est employée pour le vin et, surtout, on n’y trouve pas l’équivalent du quod pro vobis et pro multis effundetur [« qui sera versé pour vous et pour beaucoup »].

D’autre part, la formule pour la consécration du vin contient une incise qui semble perturber le rythme naturel de la phrase : Mysterium fidei [« mystère de la foi »].

Dissymétrie des deux formules

La dissymétrie des deux formules consécratoires nous fait toucher un point important de la théologie de la messe, à savoir que la double consécration est requise pour la réalisation sacramentelle du sacrifice. En effet, saint Thomas d’Aquin explique que la double consécration « sert à représenter la passion du Christ, dans laquelle son sang fut séparé de son corps »[8]. C’est une doctrine que Pie XII a développée dans son encyclique Mediator Dei. Le pape rappelle d’abord la nature sacrificielle de la messe :

 Le saint sacrifice de l’autel n’est donc pas une pure et simple commémoration des souffrances et de la mort de Jésus-Christ, mais un vrai sacrifice, au sens propre, dans lequel, par une immolation non sanglante, le Souverain Prêtre fait ce qu’il a fait sur la croix, en s’offrant lui-même au Père éternel comme une hostie très agréable. “La victime est la même ; celui qui maintenant offre par le ministère des prêtres est celui qui s’offrit alors sur la croix ; seule la manière d’offrir diffère[9][10]

Puis Pie XII explique précisément le rôle de la double consécration :

 […] la divine sagesse a trouvé un moyen admirable de rendre manifeste le sacrifice de notre Rédempteur par des signes extérieurs, symboles de mort. En effet, par le moyen de la transsubstantiation du pain au corps et du vin au sang du Christ, son corps se trouve réellement présent, de même que son sang, et les espèces eucharistiques, sous lesquelles il se trouve, symbolisent la séparation violente du corps et du sang. Ainsi le souvenir de sa mort réelle sur le Calvaire est renouvelé dans tout sacrifice de l’autel, car la séparation des symboles indique clairement que Jésus-Christ est en état de victime[11].

C’est, d’après saint Thomas, ce qui explique la dissymétrie des deux formules consécratoires :

Puisque le sang consacré à part représente explicitement [expresse] la passion du Christ, c’est dans la consécration du sang qu’on fait mention de l’effet de la passion du Christ, plutôt que dans la consécration du corps qui est le sujet de la passion[12].

Ainsi, ce qui aurait pu paraître comme une anomalie dans le formulaire de la consécration s’avère en réalité particulièrement expressif d’un aspect central de la doctrine de la messe.

Mysterium fidei

Quant à l’expression Mysterium fidei – « Mystère de la foi » – que comporte la formule de consécration du vin, son origine demeure incertaine. Est-elle une réminiscence de la première lettre de saint Paul à Timothée[13] ? Était-elle originellement une exclamation du diacre ? Quand fut-elle introduite dans la formule de consécration ? Autant de questions non résolues par les liturgistes. Rappelons cependant que cette expression est tout à fait antique, puisqu’elle figure dans les plus anciens sacramentaires[14] et, quelque fut son histoire, elle constitue bien une déclaration de la transsubstantiation opérée par les paroles de la consécration[15].

Saint Thomas nous en explique les termes :

 On parle ici de “mystère” non pas pour exclure la vérité mais pour signaler qu’elle est cachée. Car le sang du Christ, précisément, se trouve dans ce sacrement d’une façon cachée[16]

« On appelle [le sacrement de l’eucharistie] “mystère de foi” au sens d’objet de foi. Effectivement, que le sang du Christ se trouve réellement dans ce sacrement, la foi seule nous le garantit. En outre, la passion du Christ elle-même nous justifie par la foi[17].

3. Les gestes et attitudes du prêtre

Ces mots que prononce le prêtre – qu’il s’agisse du récit ou des paroles consécratoires – sont accompagnés de gestes très précis et d’attitude déterminées qui participent également de la manifestation du « mystère de la foi ».

Reproduction des gestes Notre-Seigneur

Nous avons déjà évoqué le fait que le prêtre s’incline et s’appuie sur l’autel au moment de prononcer les paroles de la consécration. Auparavant, « en même temps qu’il relate un à un les gestes de Notre-Seigneur, le prêtre les reproduit lui-même en une imitation dramatique »[18]. Ainsi :

– le prêtre prend entre ses mains le pain et également le calice, « il les prend pour les présenter à Dieu »[19], comme on présente une oblation ;

– il élève son regard vers le ciel et sa prière vers le ciel, vers le Père tout-puissant, attitude qui se rattache également à l’idée d’oblation ;

– à gratias agens [« en rendant grâces »], il s’incline, exactement comme lorsqu’il rendait hommage lui-même en disant plutôt dans la messe : gratias agamus [« rendons grâces »] ;

– à benedixit [« il bénit »], il effectue un signe de croix.

C’est que le prêtre principal est Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont le prêtre est à l’autel l’instrument :

Nulle part la personnalité du prêtre ne s’efface, nulle part sa solidarité avec le Christ lui-même ne s’affirme autant que dans le rite consécratoire[20].

En effet, explique saint Thomas :

 Le prêtre porte l’image du Christ, en la personne et la vertu duquel il prononce les paroles de la consécration[21].

Génuflexions

Dès qu’il a proféré sur l’hostie les paroles de la consécration, le prêtre adore le Christ réellement présent sous les espèces du pain en faisant une génuflexion, avant même d’élever l’hostie consacrée. Ayant élevé l’hostie, il fait une nouvelle génuflexion. Il observe les mêmes règles pour la consécration du calice. Si le geste lui-même de la génuflexion est relativement récent – il remonte XVe siècle[22] –, la pratique d’effectuer un geste d’adoration existait déjà auparavant. Ainsi, une fois les paroles de la consécration prononcées, le prêtre s’inclinait devant le Corps du Seigneur avant de l’élever, et de même pour le précieux Sang[23]. Cette immédiateté marque bien que c’est par la force des paroles consécratoires que la Présence réelle advient, et non en vertu d’une approbation des fidèles à qui l’on montre l’hostie ou le calice.

Élévation

Au sujet de l’élévation, mentionnons l’apparition de ce rite au XIIIe siècle, pour l’hostie, puis au XIVe siècle, pour le calice, témoigne de l’approfondissement de la piété eucharistique au cours du Moyen-Âge, qu’il faut probablement rattacher à l’approfondissement théologique de la doctrine de la présence réelle, notamment en réaction à l’hérésie de Béranger de Tours.

Les théologiens ayant réaffirmé et défendu à nouveaux frais la doctrine catholique au sujet de la présence réelle, le besoin se fit sentir chez les fidèles de voir l’hostie consacrée, de contempler le corps du Seigneur. D’où l’introduction du rite de l’élévation au moment de la consécration, par lequel l’hostie est offerte à l’adoration des fidèles.

On peut également envisager élévation comme « signe expressif du sacrifice », en particulier de sa dimension impétratoire [dimension d’intercession] :

 Quelques soient les détails […] de l’origine historique [des gestes d’élévation de la victime], leur signification profonde est la suivante.

En élevant ainsi le Christ immolé et glorifié, pour le présenter à son Père plus encore que pour l’offrir à l’adoration des fidèles, le prêtre s’identifie au Christ Souverain Prêtre, il le rejoint, et tout l’Église avec lui, dans l’acte par lequel il se tient éternellement devant son Père, avec la puissance de son sang répandu, pour intercéder en notre faveur[24].

Ainsi, les deux intentions, adoration et intercession, ne font qu’une, car en adorant le Christ, les fidèles s’associent eux-mêmes à son offrande et présentent sa propre “eucharistie” à Dieu[25].

Doigts joints

Un dernier geste doit retenir notre attention. À partir de la consécration de l’hostie, le prêtre ne disjoint plus les pouces et les index, si ce n’est lorsqu’il doit toucher ou manier une hostie consacrée, jusqu’à l’ablution des doigts après la communion. Apparu à la même époque que l’élévation, ce geste témoigne particulièrement de la foi que nous avons en la présence réelle de Notre-Seigneur sous les espèces du pain, même s’agissant des petites parcelles qui pourraient se détacher de l’hostie, et que l’on veut donc pas perdre.

Il s’agit par le fait même d’un geste de foi dans le réalisme eucharistique, et plus largement de respect envers Notre-Seigneur, qui s’inscrit dans le mouvement général de la liturgie, tendant à inspirer une profonde révérence, avec l’usage des cloches, l’emploi d’expressions choisies – « ses mains saintes et vénérables » [sanctas ac venerabiles manus suas], « ce calice précieux » [hunc praeclarum calicem] – ou encore ce geste du diacre soulevant le bord de la chasuble du prêtre, rappelant celui de la femme malade qui effleura la frange du vêtement de Note-Seigneur et s’en trouva guérie.

4. Conclusion

Concluons en remarquant que l’ordre du Seigneur – « vous ferez cela en mémoire de moi » – est bien répété par le prêtre, mais n’appartient pas aux paroles mêmes de la consécration. La formule employée souligne d’ailleurs qu’il ne s’agit pas seulement de « faire mémoire », mais de reproduire, d’accomplir, ce que Notre-Seigneur a fait :

Hæc quotiescúmque fecéritis, in mei memóriam faciétisToutes les fois que vous ferez celavous le ferez en mémoire de moi.

« Cela » c’est la double consécration, c’est la transsubstantiation et simultanément le renouvellement sacramentel du sacrifice du Christ.

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