Mgr Dollmann encourage les agriculteurs à ne pas céder au découragement
L’évêque de Cambrai Mgr Dollmann a exprimé son soutien aux agriculteurs, pris en étau entre plusieurs crises (dermatose nodulaire bovine, grippe aviaire, Mercosur, effondrement de la rentabilité des exploitations, suicides etc.) :
Beaucoup d’entre vous traversent une période de grande difficulté. Je soutiens vos initiatives qui cherchent à faire connaître vos situations et à trouver des solutions politiques et économiques qui respectent votre travail. Je vous encourage également à ne pas céder au découragement. La terre, qui nous nourrit, reste un lieu de vie et d’espérance.
Que votre travail, humble et noble, continue à être reconnu et soutenu.
Les communautés chrétiennes s’engagent à prier pour vous, vos familles et vos exploitations.
En ce temps de Noël, que le Seigneur vous accompagne et vous donne force et courage : que cette lumière du Christ venu en notre chair soit, pour chacune et chacun d’entre vous, un signe d’espérance.
Nouvelle victoire judiciaire pour la liberté d’expression
Lu dans Le Bien commun :

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Une grand-mère écossaise arrêtée pour avoir proposé de discuter avec des femmes envisageant l’avortement
Une grand-mère écossaise a comparu devant le tribunal après avoir été accusée d’avoir brandi une pancarte à moins de 200 mètres de l’hôpital universitaire Queen Elizabeth sur laquelle on pouvait lire : « La coercition est un crime, je suis là pour parler, seulement si vous le souhaitez. »
En 2024, le Parlement écossais a adopté une loi instituant des « zones d’exclusion » ou « zones tampons » de 200 mètres de large autour de toutes les cliniques pratiquant l’avortement en Écosse. Cette loi interdit le harcèlement, l’intimidation et toute forme d’influence sur les personnes souhaitant accéder à l’avortement.
Rose Docherty, 75 ans, a été accusée d’« influence » dans la zone tampon « alors qu’elle s’est contentée de se tenir paisiblement et silencieusement en offrant une conversation consensuelle et n’a approché personne, ni fait aucune déclaration sur l’avortement », selon le groupe d’avocats Alliance Defending Freedom (ADF), qui représente Docherty. Docherty est la première personne à être inculpée en vertu de cette nouvelle loi.
Après son arrestation, cette grand-mère de 75 ans a été placée en garde à vue pendant plusieurs heures. On lui a refusé une chaise dans sa cellule, bien qu’elle ait indiqué avoir subi une double arthroplastie de la hanche.
« Je n’arrive pas à croire que je sois ici aujourd’hui. Je me suis simplement tenue là, avec amour et compassion, offrant une conversation consensuelle à quiconque souhaitait s’engager ».
« Personne ne devrait être criminalisé simplement pour avoir engagé la conversation ». « Discuter n’est pas un crime dans les rues de Glasgow. »
Suite à l’arrestation de Docherty, le département d’État américain a exprimé son inquiétude :
L’arrestation de Rose Docherty est un autre exemple flagrant de la répression tyrannique de la liberté d’expression qui sévit à travers l’Europe.
Quand des grands-mères de 75 ans sont arrêtées pour avoir simplement manifesté pacifiquement et engagé la conversation, c’est le bon sens et les notions élémentaires de civilité qui sont mis à mal.
Les États-Unis dénonceront toujours ces violations des droits fondamentaux.
Lutte contre l’infertilité: Juristes pour l’enfance oeuvre pour replacer l’intérêt de l’enfant et ses droits au coeur des processus de décision
Communiqué du 23 décembre :
Le 28 novembre dernier, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié ses premières recommandations relatives à la prévention, au diagnostic et au traitement de l’infertilité (ICI).
Selon le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, l’infertilité touche une personne sur six en âge de procréer et constitue un défi majeur de santé publique. Les lignes directrices:
- préconisent 40 recommandations visant à renforcer la prévention, le diagnostic et le traitement de l’infertilité.
- proposent un cadre pour les étapes nécessaires à une prise en charge clinique de l’infertilité et recommandent de renforcer les investissements dans la prévention, notamment par la diffusion d’informations sur la fertilité et l’infertilité, y compris l’influence de facteurs de risques comme l’âge, le tabac, les IST, le mode de vie au sein des écoles et des structures de soins.
- décrivent les parcours cliniques pour identifier les causes biologiques de l’infertilité chez l’homme et la femme et orienter, selon les résultats et les préférences des patients, vers des traitements progressifs allant des conseils de base aux techniques plus complexes comme l’insémination intra-utérine ou la FIV.
Juristes pour l’enfance souhaite apporter les commentaires suivants :
➡️ On s’étonne que les méthodes de restauration naturelle de la fertilité ne soient pas mentionnées comme une des solutions à ce défi majeur de santé publique et une alternative possible à la procréation médicalement assistée.
Par exemple, la naprotechnologie est une prise en charge naturelle pour restaurer la fertilité, fondée sur la connaissance précise du cycle féminin complétée par un suivi médical classique, avec des examens (prises de sang, bilans hormonaux, échographies, spermogramme, etc.), des consignes hygiéno-diététiques (régime pauvre en sucres par exemple) et des traitements médicamenteux, voire chirurgicaux.
Cette prise en charge permet d’obtenir des résultats probants en matière de restauration de la fertilité, tout en épargnant aux enfants les risques médicaux et les atteintes à leurs droits résultant de la PMA (voir encart ci-dessous): c’est pourquoi elle devrait être privilégiée.
➡️ L’OMS continue de qualifier les techniques de procréation médicalement assistée de « traitements » de l’infertilité. Or, ces techniques ne guérissent pas l’infertilité, mais la contournent éventuellement en cas de succès. Il est donc inexact de les présenter comme un traitement de l’infertilité.
En outre, la PMA emporte de nombreux inconvénients, médicaux comme juridiques :
➡ le recours à la FIV expose les femmes à des risques médicaux importants et emporte des conséquences médicales pour les enfants (voir encart ci-dessous) ;
➡ la congélation des embryons devrait être abandonnée comme constituant un traitement inhumain et dégradant, contraire à la dignité humaine ;
➡ la PMA avec donneur expose les enfants à des troubles dans leurs conditions d’existence, et méconnait leur droit à la filiation (droit pour tout enfant, dans la mesure du possible, de connaitre ses parents et d’être élevé par eux, proclamé par l’article 7 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) de l’ONU, texte international pourtant le plus ratifié au monde).
C’est pourquoi Juristes pour l’enfance appelle de ses voeux de véritables études sur les causes réelles de l’infertilité et le développement de recherches visant à traiter les causes pour restaurer la fertilité, dans le respect des droits, de la dignité et de la santé de l’enfant.
Alors que le processus de révision de la loi de bioéthique va se déployer en 2026, Juristes pour l’enfance porte dans le débat législatif français les propositions suivantes :
➡️ La fin à la congélation des embryons, remplacée par la généralisation de la conservation des gamètes.
➡️ La prise au sérieux des droits de l’enfant dans la PMA et notamment la PMA avec donneur et la PMA pour les femmes seules, en vue de l’abandon à terme de ces pratiques.
➡️ L’introduction dans le code pénal d’un délit sanctionnant le recours à la GPA par des Français, que la GPA soit réalisée en France ou à l’étranger.
Mon petit Jésus. Le “Kervizic” pour le mois de janvier. Vite, vite, déjà deux histoires racontées !
C’est pour le mois de janvier, juste après Noël, avec des histoires qui nous emmèneront jusqu’à la belle fête de la Chandeleur. Ce petit livre est dédié « à tous les prêtres qui nous sont chers ». Quelle bonne idée de prier pour nos prêtres : « Jésus s’est fait tout petit à Noël dans une mangeoire grâce au « oui » de la Vierge Marie, plus petit encore à la messe dans le saint ciboire, parce que le prêtre a dit « oui ».
Cet album est tourné vers Jésus, tout petit. De belles histoires vraies illustrées aideront toute la famille à méditer devant la crèche jusqu’à la Chandeleur !
Aurélie Kervizic a mis son talent merveilleux d’écrivain et de dessinatrice au service des plus jeunes, pour les aider à vivre sous le regard du Bon Dieu. Et quand la plume et le pinceau s’allient pour un tel idéal, c’est enchantement pour le cœur et l’âme. Pas seulement pour les plus jeunes, mais aussi pour les parents, les grands-parents réquisitionnés pour la lecture. Quelle douce obligation !
Déjà des milliers de petites mains ont tourné les pages de ces albums ravissants. Dessins clairs, frais illustrant à merveille des vies de saints, des anecdotes véridiques. Un texte aéré, des mots choisis pour accompagner l’enfant et lui faire lever les yeux vers le ciel. Une reliure solide pour les petites mains. Un format à l’italienne permet une lecture partagée et animée en découvrant ces dessins fourmillants de détails.
Autres titres de cette collection, d’Aurélie Kervizic :
https://www.livresenfamille.fr/3077_aurelie-kervizic
Ma petite histoire de Noël
Mon petit livre de carême,
Ma Semaine Sainte
Mon petit livre de l’été, juillet
Mon petit livre de l’été, août
Mon meilleur ami,
Mes amies les âmes
Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE :
https://www.livresenfamille.fr/de-5-a-8-ans/26605-mon-petit-jesus-janvier-jour-apres-jour-avec-l-enfant-jesus.html
Mon petit Jésus, Aurélie Kervizic, 108 pages, Editions Maélic, 17€
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“Il a tenu sa croix dans sa main et le feu l’a esquivé”
Témoignage suite au drame de Crans-Montana :
«J’ai un ami qui n’arrivait pas à sortir, il a tenu sa croix dans sa main et le feu l’a esquivé. Le feu était tout autour de lui, mais pas sur lui», témoigne une survivante pic.twitter.com/c3E2WOQ8Z4
— CNEWS (@CNEWS) January 2, 2026
Amsterdam : un incendie ravage la première église dédiée au Sacré-Cœur
Un gigantesque incendie a détruit, dans la nuit du mercredi 31 décembre au jeudi 1er janvier, la Vondelkerk, ancienne église catholique située dans le quartier d’Amsterdam-Ouest. Le sinistre s’est déclaré aux premières heures de la nouvelle année, dans un contexte de Saint-Sylvestre particulièrement agitée aux Pays-Bas. Les causes exactes du feu demeurent, à ce stade, inconnues.
Selon les autorités locales, les flammes ont rapidement embrasé la toiture de l’édifice, provoquant l’effondrement de la tour, haute d’environ cinquante mètres, après plusieurs heures de combustion. Si le toit et l’intérieur du bâtiment ont été presque entièrement détruits, les murs extérieurs et la structure principale « devraient rester intactes », d’après les services municipaux.
Construite entre 1872 et 1880, la Vondelkerk fut la première église au monde dédiée au Très Saint Cœur de Jésus. Œuvre de l’architecte néerlandais Pierre Cuypers, figure majeure du renouveau néogothique, elle servit pendant près d’un siècle de lieu de culte pour la paroisse catholique du Sacré-Cœur.
À partir de 1977, l’église cessa d’être utilisée pour le culte et fut officiellement désacralisée. L’édifice connut alors une lente dégradation, avant d’être vendu par le diocèse de Haarlem-Amsterdam pour la somme symbolique d’un florin. Après une période d’occupation illégale, il fut finalement restauré dans les années 1990 et transformé en espace multifonctionnel, accueillant concerts, réceptions privées et événements culturels.
Les statues des saints, les stations du chemin de croix et plusieurs éléments du décor liturgique avaient été retirés ou dispersés dès les années 1970, témoignant d’un abandon progressif de l’identité religieuse du lieu.
L’incendie de la Vondelkerk s’inscrit dans un climat général de tensions extrêmes ayant marqué le passage à l’année nouvelle aux Pays-Bas. Deux personnes ont trouvé la mort à la suite d’accidents liés aux feux d’artifice, et plusieurs blessés graves sont à déplorer. De nombreuses violences contre les forces de l’ordre et les services de secours ont également été signalées.
Le gouvernement polonais s’attaque à l’institution du mariage
L’Institut polonais Ordo Iuris a publié une analyse du projet de loi annoncé le 12 novembre par le Conseil des ministres polonais, modifiant le Code de la famille et de la tutelle ainsi que certaines autres lois. Ce projet de loi vise à introduire dans le système juridique polonais une nouvelle institution : le « divorce extrajudiciaire » ou « divorce par consentement mutuel ». Le ministère polonais de la Justice, dans un communiqué de presse officiel, précise qu’« une procédure de divorce extrajudiciaire sera accessible aux couples dont le lien conjugal est totalement et définitivement rompu. Il s’agit d’une condition essentielle à laquelle le divorce est impossible. Par ailleurs, plusieurs conditions doivent être remplies : (1) les époux doivent consentir à dissoudre leur mariage sans faute, (2) ils ne doivent pas avoir d’enfants mineurs en commun, (3) leur mariage doit avoir duré au moins un an, (4) aucune procédure de divorce, de séparation de corps avec demande de divorce ou d’annulation de mariage ne doit être en cours entre les époux. »
En réaction à l’adoption du projet de loi par le Conseil des ministres, l’Institut Ordo Iuris a publié un avis juridique affirmant que ni la Constitution de la République de Pologne ni le cadre international des droits de l’homme ne prévoient de « droit au divorce ». Si le divorce existe dans les systèmes juridiques de certains pays, il n’y est considéré que comme une exception au principe de protection du mariage, lequel doit, par défaut, être traité comme une institution durable et indissoluble. Le mariage, soumis à la protection et à la vigilance particulières de la République de Pologne, ne constitue pas un « contrat ordinaire ». L’État ne peut se soustraire à son devoir de statuer, en toute souveraineté, sur la question de savoir si le potentiel social et démographique d’un mariage donné est irrémédiablement perdu, même si les époux le pensent à ce moment-là. Cela ne signifie pas pour autant que les procédures de divorce doivent être prolongées indéfiniment. Toutefois, le lieu approprié pour statuer sur des questions aussi fondamentales reste celui du pouvoir judiciaire – le tribunal.
La réglementation proposée par le gouvernement de Donald Tusk n’est pas la première tentative visant à rendre le divorce plus attractif pour les citoyens et, par conséquent, à réduire l’attrait de l’institution du mariage. Parmi les mesures législatives précédentes qui ont effectivement dissuadé des milliers de Polonais de se marier (et dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui), on peut citer la mise en place d’une allocation pour les parents isolés (2003) et la suppression des audiences de conciliation après 60 ans d’existence (2005). En conséquence, bien que durant les 35 premières années de la Troisième République polonaise (1990-2024) qui a succédé à la République populaire de Pologne communiste, le nombre annuel de divorces ait initialement diminué (de 42 436 en 1990 à 27 891 en 1993), puis augmenté lentement pour atteindre 56 332 en 2004, ce chiffre a bondi à 67 578 en 2005 et à 71 912 en 2006 après la mise en œuvre des réformes susmentionnées. Après 2007, le nombre de divorces a sensiblement diminué, mais n’est pas descendu en dessous du seuil des 50 000 fixé en 2004 ; en 2023, la Pologne comptait 56 892 divorces et, en 2024, 57 463. De même, par exemple, l’indicateur Eurostat du nombre de divorces pour 1 000 habitants est resté relativement stable entre 1990 et 2002, oscillant entre 0,7 et 1,2, puis a augmenté de 1,3 à 1,9 entre 2003 et 2006. Il a ensuite commencé à diminuer pour atteindre 1,5 en 2024, un chiffre toujours supérieur à celui de 2002, avant l’introduction des modifications.
Par ailleurs, les expériences du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie et de la France, analysées dans le cadre de l’Ordo Iuris (qui a introduit le divorce express respectivement en 2001, 2005, 2015 et 2016), suggèrent que la simple mise à disposition de cette option provoque une véritable « catastrophe conjugale » irréversible. Les changements introduits dans ces pays ont non seulement accéléré la procédure, mais ont également entraîné une baisse de la stabilité conjugale globale. Au Portugal, le taux de divorce est passé de 1,8 en 2001 à 2,7 en 2002 ; en Espagne, de 1,2 en 2004 et 1,7 en 2005 à 2,9 en 2006 ; en Italie, de 0,9 en 2014 à 1,4 en 2015 et 1,6 en 2016. Le taux de divorce dans ces pays n’a diminué qu’avec la pandémie de COVID-19. En ce qui concerne cet indicateur, les chercheuses Libertad González et Tarja K. Viitanen, dans leur étude de 2009 portant sur 18 pays européens sur la période 1950-2003, indiquent que « l’introduction du divorce unilatéral sans faute a augmenté le taux de divorce d’environ 0,6 ».
Le projet de loi risque également de nuire au bien-être des enfants conçus pendant le mariage (ainsi qu’à celui de leurs mères). Il permet en effet à des parents de consentir à un divorce accéléré sans savoir qu’ils attendent un enfant et sans avoir la possibilité de revenir sur leur décision. De telles situations peuvent être évitées en incluant explicitement la conception d’un enfant parmi les motifs permettant de déposer une requête en annulation d’un divorce extrajudiciaire. Le second groupe concerné par la formulation actuelle du projet de loi est celui des enfants adultes handicapés ou en situation de dépendance qui restent à la charge de leurs parents. Dans ces cas, tout divorce devrait également rester sous le contrôle compétent du pouvoir judiciaire, comme c’est le cas, par exemple, au Brésil, en Italie et en Espagne. L’omission totale de cette question par le gouvernement de gauche libérale de Donald Tusk est incompréhensible, d’autant plus que la Fédération polonaise des mouvements pro-vie l’avait soulevée lors des consultations publiques.
L’Institut Ordo Iuris conclut son avis en affirmant qu’une véritable « protection et une véritable attention » au mariage impliquent que le système judiciaire dispose d’outils appropriés permettant aux époux en conflit d’examiner tous les arguments pour et contre une éventuelle séparation et la formalisation de cette procédure, mais surtout de déterminer si le mariage ne remplit plus sa fonction sociale et ne pourra plus la remplir à l’avenir, même si des mesures correctives appropriées sont prises. Ces outils sont également présents dans les procédures de divorce actuelles, notamment le pouvoir du tribunal d’orienter les parties vers une médiation s’il existe des perspectives de maintien du mariage (article 436 du Code de procédure civile) et la suspension automatique de la procédure s’il est convaincu de l’existence de perspectives de maintien de la vie commune (article 440 du Code de procédure civile). Parallèlement, le projet de loi du gouvernement transfère la responsabilité de l’ensemble de la procédure au chef de l’état civil, tout en le privant de toute possibilité de vérifier effectivement le statut réel du mariage en question, ce qui soulève des doutes légitimes quant à la compatibilité de ces dispositions avec l’article 18 de la Constitution de la République de Pologne.
« Le projet de loi du gouvernement réduirait le mariage à un simple contrat, en contradiction avec le principe constitutionnel de protection et de préservation de cette institution. L’État ne saurait se dérober à sa souveraineté quant à l’avenir du mariage. Le pouvoir de statuer sur des questions aussi fondamentales relève néanmoins de la compétence du tribunal. Par conséquent, ce projet de loi, dans sa forme actuelle, devrait être rejeté par la Diète de la République de Pologne ou faire l’objet d’un veto du Président de la République de Pologne », déclare l’avocat Nikodem Bernaciak, analyste principal au Centre de recherche et d’analyse de l’Institut Ordo Iuris.
Contes de Noël
Fabrice Hadjadj publie quatre contes de Noël, parmi lesquels Le berger perdu, ce personnage, qui pourrait être nous-même et qui manque toujours à la crèche, car il a toujours quelque chose d’important à faire. “Ne voyez-vous pas qu’il travaille ?”…
Chacun de nous l’a ressenti : il devrait y être, il était attendu, mais sa place reste vide. Il fallait résoudre cette énigme, retrouver l’histoire de ce berger absent. D’autant qu’elle se noue sur cette intrigue : s’il n’a pas répondu à l’appel des anges, c’est parce qu’il était parti à la recherche de la brebis perdue.
Il y a aussi l’histoire de cette mère qui, chaque fois qu’elle retourne chez ses parents à Noël, redevient une petite fille de 5 ans , celle de ce père qui préfère ses poules à son fils qui dessine des oiseaux, et celle de Parka, toujours emmitouflé dans son manteau, dont on ne sait s’il est un garçon ou une fille…
Quatre contes d’hier et d’aujourd’hui, à lire seul ou ensemble, des grands-parents aux petits-enfants, afin de renouer le fil des générations au mystère éternel.
Les lecteurs sont de droite
Selon le décompte en date du 21 décembre, le livre de Philippe de Villiers, Populicide, a été vendu à plus de 161 504 exemplaires.
142 764 exemplaires du Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy ont été vendus.
Le dernier livre de Jordan Bardella, Ce que veulent les Français, atteint, quant à lui, les 89 797 ventes.
Ces données ne prennent pas en compte les ventes directes de l’éditeur, notamment lors de salons ou de dédicaces.
Et à côté de ça :
Les gauchistes, biberonnés aux méthodes pédagogiques qui ont fait l’échec de l’Education nationale, ne savent pas lire…
Homélie de la messe des 40 ans de la mort du chanoine Roussel

Monseigneur, Monsieur l’abbé, Chers choristes, Mes bien chers frères,
« Le chef n’est pas un simple délégué de la communauté, mais son guide à la poursuite de ses fins les plus hautes. Le chef n’est là que pour aider [les membres de la communauté] à vouloir. »
Ces paroles viennent d’un autre Gaston (je veux parler de l’abbé Gaston Courtois), mais illustre bien quel homme fut le chanoine Gaston Roussel, qui eut la charge d’exercer plusieurs fonctions de chef au sens large : maître de chapelle de la cathédrale de Versailles, directeur de la revue « la musique sacrée – l’organiste », chapelain de la chapelle royale du château de Versailles, curé de Saint-Louis de Port-Marly, président de l’Association des chœurs et organistes de France, directeur-fondateur des Chœurs MichelRichard Delalande, et j’en oublie peut-être.
Cette Messe est célébrée à l’occasion du 40e anniversaire de la mort du chanoine Roussel, à la fois pour prier pour le repos de son âme et pour lui rendre hommage. Il a quitté cette vie il y a maintenant 40 ans, le 19 décembre 1985, et sa mémoire dans nos cœurs est encore bien vive ! Mémoire bien vive chez ceux qui l’ont connu, comme chez ceux qui n’en ont entendu parler que par ceux qui l’ont connu. Autrement dit, sa mémoire traverse les générations.
Lors de ses obsèques, Mgr Simonneaux le qualifiera de « personnage légendaire ». Pourquoi parle-t-on encore de lui 40 ans après ? C’est qu’il a marqué profondément ses contemporains, il était admiré par beaucoup, craint aussi par d’autres, et souvent aussi critiqué… Il ne craignait pas en effet d’essuyer les critiques, car il savait qu’il servait, qu’il défendait, une cause qui le dépassait. Je dis une cause, mais je devrais dire des causes.
La principale qualité qui le décrit est la fidélité.
En tant qu’homme, il a été fidèle à la terre de ses racines, en Lozère, fidèle à sa région d’élection (le diocèse de Versailles, où il entra au petit séminaire de Marines, puis de Versailles, avant de suivre ses études ecclésiastiques dans cette même ville et d’être ordonné prêtre en 1938 par Mgr Roland-Gosselin ; son frère écrira de lui qu’il a été chantre de Versailles toute sa vie), fidèle en amitié (un de ceux qui l’ont connu témoigne que « l’amitié de l’abbé Roussel était parfois rude mais toujours grande, sincère, affectueuse, sensible et chaude, infiniment précieuse pour ceux qui en bénéficient »), fidèle à la France (j’en veux pour preuve les nombreuses décorations militaires qu’il reçut à l’issue du 2e conflit mondial, notamment – la moins connue de toutes – la médaille des évadés, qui en dit long sur son caractère pugnace).
En tant que prêtre, il fut fidèle à la phrase qu’il fit figurer au dos de son image d’ordination : « Que notre vie soit un champ de louange à la gloire de Dieu ». Il fut donc fidèle à Dieu, fidèle à rendre à Dieu le culte qui lui est dû, notamment par le soin qu’il apportait – dans tous ses détails – à la grande musique liturgique (il aurait dit musique liturgique tout court, sans préciser « grande »), fidèle à la sainte Eglise, fidèle au sacerdoce qu’il avait reçu d’Elle pour l’éternité, fidèle au pape, fidèle à son évêque (Mgr Roland-Gosselin, puis Mgr Renard, qui le nomma curé à Port-Marly, et enfin Mgr Simonneaux, qui dira de lui qu’il a été prêtre, allant toujours droit devant lui, qu’il a été fidèle à son évêque. Mgr Simonneaux ajoutait même que chaque année, et le seul à la fin, le chanoine Roussel continuait de protester par écrit de son obédience).
Sa fidélité à toutes ces causes s’explique par le fait qu’il se considérait comme ayant beaucoup reçu (soit des dons naturels de Dieu, soit de ses maîtres), et donc comme devant transmettre ce qu’il avait reçu. Il parlait par exemple avec grande vénération de son maître à l’orgue, Monsieur de Saint-Martin, organiste de Notre-Dame de Paris. Preuve qu’il ne voulait pas attirer à lui, mais à Dieu et à de nobles sentiments, voici ce qu’il disait aux jeunes gens qui l’entouraient : « Formez-vous, puisez à pleines mains dans les trésors religieux, musicaux, historiques, artistiques et culturels de la tradition française et chrétienne ». Il écrivait encore en 1967, au sujet des choix qu’il avait posés pour sa paroisse et qui pouvait attirer les critiques : « J’ai la conviction de défendre un dépôt sacré, un trésor issu d’une civilisation bimillénaire et pétri de christianisme ». Sa loyauté était sans faille, ce qui explique qu’il était exigeant avec lui-même et donc avec les autres, le poussant parfois à être intransigeant sur des points importants, mais aussi sur des moindres. Dans le feu des répétitions, il pouvait arriver qu’un prie-dieu s’envole à cause d’un dièse un peu trop grave (le chef savait se montrer mauvais tireur, heureusement…) ou que le chanoine referme la console de l’orgue à peine ouverte et quitte les lieux si la chorale manquait de concentration, laissant là les chanteurs consternés.
C’était un chef qui aidait ses choristes à vouloir : vouloir faire toujours mieux, toujours plus beau pour le bon Dieu. Imperturbable – quoi que souvent profondément blessé – le chanoine poursuivait son œuvre. C’est parce qu’il était loyal et fidèle à ces nobles causes que le chanoine pouvait être qualifié de résistant devant ce qu’il estimait être des obstacles, ou même des ennemis, à la poursuite des fins les plus hautes. Résistant à l’occupation allemande, résistant au communisme, résistant au modernisme dans l’Eglise et aux abus liturgiques, résistant au soi-disant « esprit » du concile Vatican II, résistant à la dictature du relativisme musical. Il voulait que la musique sacrée soit au service de la foi, qu’elle s’adresse au cœur, non point de façon trop sensible ou sentimentale, mais au cœur de chair et d’âmes, qui s’émeut certes, mais qui s’engage. Il écrivait en 1967 : « Oui, la mystique du sanctuaire, celle de toujours jusqu’à nos jours, la vraie, l’immuable, est la martyre du siècle parce qu’elle exige un ascétisme dont on ne veut plus. »
Certains ont pu critiquer ses combats, mais force est de constater aujourd’hui qu’il n’avait pas tout à fait tort sur le fond, et même qu’il avait raison sur beaucoup de points. … sur le fond… même si sur la forme, il ressemblait plus à un don Camillo qu’à un François de Sales. Très finement, en parlant de l’obéissance et de la fidélité du chanoine Roussel, Monseigneur Simonneaux précisait que cette obéissance devait lui coûter beaucoup. S’il a accepté généreusement les souffrances et si son œuvre lui a survécu, c’est que ce n’était pas la sienne. Malgré ses défauts de caractère et ses « coups de gueule », nous savons que le chanoine Roussel – et c’est là l’essentiel – était entier, loyal, fidèle, un exemple de droiture. Il a accepté de souffrir pour la France pour Dieu pour l’Église. En fils aimant et fidèle, il a souffert pour l’Eglise, mais aussi par l’Église, comme de nombreux prêtres obéissants et loyaux à cette époque (le saint padre Pio par exemple, le cardinal Siri, ou encore l’abbé Montarien plus proche de nous). Son sacrifice a été agréé par Dieu, très certainement, à en croire les fruits de son œuvre et le nombre impressionnant de ses fils spirituels dont une grande partie se trouve présente ce soir à la tribune.
L’amitié que nous portons tous au chanoine Roussel n’est pas seulement une amitié humaine : elle trouve sa source en Dieu, puisque c’est la louange de Dieu qui nous unit à lui, et c’est pourquoi l’amitié que nous lui portons traverse les générations. En conclusion, permettez-moi de citer le chanoine, qui s’adressait en 1970 à ses choristes en tant que directeur des chœurs Michel-Richard Delalande :
« il me reste à remercier tous ceux qui m’ont apporté leur concours à notre chère chorale. On comprendra que je ne puisse nommer personne : je courrais le risque de regrettables oublis. Mais que tous ceux qui m’ont fait l’honneur de chanter sous ma direction sachent bien que je leur garderai, jusqu’à la fin de mes jours, le meilleur de ma reconnaissance et de mon affection. La louange de Dieu a fait naître entre nous des liens que l’éloignement ou la séparation ne sauraient rompre.»
http://chanoine.roussel.free.fr/index.php

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La gauche dénonce le “Banquet savoyard”, la droite dénonce la récupération politique de la gauche et de l’extrême gauche
La gauche dénonce le “Banquet savoyard”, organisé par le Canon français, qui aura lieu le 17 janvier à la Roche-sur-Foron, en Haute-Savoie. Il affiche complet, avec plus de 4000 inscrits. Le Parti socialiste de la Haute-Savoie s’est fendu d’un communiqué publié le 27 décembre. Le maire écologiste d’Annecy, François Astorg, a écrit au maire de la Roche-sur-Foron.
Un courrier que n’a pas apprécié Pierrick Ducimetière, qui avait participé au banquet de mars dernier, et qui ne se laisse pas impressionner :
“Ce que j’ai vu, c’est 2500 personnes qui se regroupent pour faire la fête”. “On mange, on boit, on s’amuse. Il y a une grande récupération politique de la part de la gauche et de l’extrême gauche. On peut ne pas être d’accord avec l’actionnaire, le financeur, ce qui est mon cas. Je suis très loin de son positionnement politique, pour autant, je ne crois pas qu’il faille vouloir tout politiser tout le temps.”
La sénatrice LR de Haute-Savoie, Sylviane Noël, abonde :
“Nous avons affaire ici à une partie de la gauche contemporaine qui est très idéologisée, qui est moralisatrice, bien pensante. Je pense qu’on ne doit pas accepter cela. Il y a dans notre pays, des principes fondamentaux qui sont la liberté d’expression, la liberté de pensée, de conscience, la liberté de réunion.”
Au Canada, on élimine les filles avant la naissance
Par avortement… C’est un eugénisme dont on ne parle pas :
Ce sont des fœtus féminins, et pour cette raison, on les empêche de naître. Aux dernières nouvelles, l’avortement sexo-sélectif est présent au pays, mais Radio-Canada a découvert que le phénomène ne fait l’objet d’aucun suivi, ni du gouvernement fédéral ni des provinces. Même les chercheurs peinent à étudier l’évolution de cette pratique controversée.
En 2012, une étude du Journal de l’Association médicale canadienne révélait qu’en Ontario, les femmes nées en Inde sont plus susceptibles de donner naissance à un garçon que les femmes nées au Canada. D’autres études ont suivi, suggérant l’existence de la pratique de l’avortement sexo-sélectif au Canada.
On savait par exemple, toujours en 2012, que les Ontariennes nées au Canada accouchaient d’environ 105 garçons pour chaque groupe de 100 filles. Chez les immigrantes indiennes, le rapport était de 138 garçons pour 100 filles. On savait aussi que les femmes d’origine indienne qui avaient déjà 2 filles donnaient ensuite naissance à 196 garçons pour 100 filles.
Une sage-femme torontoise avait d’ailleurs confirmé à Radio-Canada, en 2012, qu’on lui a déjà explicitement demandé des avortements en raison du sexe féminin du fœtus.
On ne sait pas ce qu’il en est aujourd’hui. Depuis une dizaine d’années, ni le fédéral, ni les provinces, ni les chercheurs ne se penchent sur l’évolution du phénomène au Canada.
C’est ce que nous avons découvert après avoir multiplié les demandes d’accès à l’information, de même que les questions aux gouvernements ainsi qu’aux chercheurs susceptibles de s’être penchés sur le phénomène.
[…] Une députée du Parti conservateur du Canada, Cathay Wagantall, avait tenté sans succès de faire interdire l’avortement sexo-sélectif en 2021. Son projet de loi a été rejeté à sa deuxième lecture à la Chambre des communes. Le résultat du vote : 82 pour et 248 contre. Les libéraux, bloquistes et néo-démocrates voyaient tous dans ce projet de loi une tentative insidieuse de criminaliser l’avortement tout court. Cathay Wagantall est revenue à la charge en 2023, toujours sans succès.
Les dernières études sur les avortements sexo-sélectifs au Canada se basaient entre autres sur les données des recensements de la population, notamment ceux des années 2011 et 2016. Celui de 2021 n’a pas encore fait l’objet d’une telle analyse.
En raison de l’aspect délicat du sujet, d’un manque de temps et des obstacles à la publication des résultats, des chercheurs qui s’étaient autrefois penchés sur les chiffres entourant ces avortements ne l’ont pas fait depuis plusieurs années.
Statistique Canada confirme par courriel qu’elle ne mènera pas de sa propre initiative une enquête à ce sujet.
Au fédéral, Santé Canada ne dispose d’aucune documentation sur le sujet. L’action du fédéral en matière d’avortement vise principalement à s’assurer que les personnes de partout au Canada aient accès à des services sûrs et légaux
, écrit le ministère dans une réponse par courriel.
Les ministères de la Santé des provinces et territoires ont répondu qu’ils n’étudiaient pas le phénomène. La plupart ont donné la raison suivante : on ne demande pas la raison qui motive un avortement.
L’Ontario et le Nunavut n’ont pas répondu à nos questions sur le sujet.
C’est difficile d’avoir des données, parce que la femme n’a pas besoin de donner de raisons pour avoir un accès à l’avortement au Québec et au Canada
, explique la gynécologue obstétricienne Marie-Eve Murray, du CIUSSSdu Nord-de-l’Île-de-Montréal. D’après son expérience, les femmes ne font pas toujours part de leurs raisons auprès des professionnels de la santé, et elles n’ont pas à le faire, insiste-t-elle. […]
Du Sanctus à la Consécration
Avant la consécration elle-même, le canon romain comporte six prières de préparation.
1. Te igitur
Outre les nombreux signes de croix que nous avons déjà évoqués, les prières du canon sont accompagnées par divers gestes qui soulignent ou renforcent le sens des paroles prononcées par le prêtre. Ainsi, ce n’est pas par une parole, mais par un geste que commence le canon :
Après la préface, le prêtre étendant, élevant et joignant les mains, lève les yeux vers le ciel et les abaisse aussitôt, s’inclinant profondément vers l’autel, les mains posées sur lui…[1]
Alors seulement le prêtre commence la prière Te igitur… et les gestes qu’il vient de faire appuient les paroles qu’il prononce :
Te ígitur, clementíssime Pater, per Iesum Christum, Fílium tuum, Dóminum nostrum, súpplices rogámus, ac pétimus… Père très clément, c’est donc vous que nous prions, suppliants, et à qui nous demandons, par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur…
L’élévation des yeux et des mains correspond à l’appel fait à Dieu, par la médiation du Christ, tandis que l’inclination profonde peut marquer la supplication, la conscience que le prêtre a de son indignité, ou encore les abaissements mystérieux du Christ dans son agonie.
Puis le prêtre baise l’autel et poursuit :
… uti accépta hábeas et benedícas hæc ✠ dona, hæc ✠ múnera, hæc ✠ sancta sacrifícia illibáta. … d’accepter et de bénir ces ✠ dons, ces ✠ présents, ces ✠ offrandes saintes et immaculées. »
En prononçant ces dernières paroles, il trace trois signes de croix sur les oblats. Ainsi, le baiser à l’autel souligne que ce n’est lui-même mais Dieu, le Christ, qui peut sanctifier, bénir et consacrer ces dons.
Quant au sens général de cette prière, remarquons que l’adverbe igitur [donc] marque un enchaînement logique, non pas avec ce qui précède immédiatement, c’est-à-dire le chant du Sanctus[2], mais avec la préface et la secrète, l’oraison sur les oblats dont la conclusion ouvrait le dialogue de la préface.
Il s’agit donc « de lier l’acte sacrificiel imminent, impliqué dans la demande d’acceptation, à la prière d’action de grâce qui en est la “préface” et la phase initiale »[3]. En outre, bien que les prières de l’offertoire soient plus récentes que celles du canon, il est légitime d’envisager la demande d’acceptation des offrandes que constitue le Te igitur dans la ligne, non seulement de la préface, mais également de l’offertoire. Cette insistance sur l’agrément du sacrifice est remarquable. En effet :
C’est une façon discrète, respectueuse, d’offrir que de demander que soit accepté le don ; tel est le sens du mot supplices et de l’inclination profonde qui l’accompagne. Les oblats ne sont pas encore consacrés, mais nous savons que c’est de Dieu qu’ils doivent recevoir et l’agrément, et la consécration ; de là : uti accepta habeas et benedicas. La demande de bénédiction, [quant à elle], inclut déjà, à proprement parler, une demande de transsubstantiation[4].
Enfin :
« Les oblats eux-mêmes sont désignés par trois expressions [que l’on retrouve dans les secrètes] : haec dona [ces dons], haec munera [ces présents], haec sancta sacrificia illibata [ces offrandes saintes et immaculées].
[…] On discerne nettement une gradation ascendante.
Alors que dona [dons] ne désigne les oblats que comme des dons, tels qu’il s’en échange sous les modes les plus divers entre humains,
munera [présents] les présente déjà comme une prestation conforme à un ordre établi, comme un service officiel,
sacrificia [offrandes sacrificielles] enfin les caractérise comme oblations saintes, consacrées à Dieu. »[5]
2. In primis
La prière qui suit n’est en fait que la seconde partie du Te igitur, mais, après la demande d’acceptation, il s’agit désormais d’énoncer ceux pour qui le sacrifice est offert à Dieu. C’est donc une prière d’intercession, non pas la seule du canon, mais la première, qui est naturellement dirigée vers l’Église :
Le sacrifice que nous offrons à Dieu avec humilité, et qui doit être d’abord notre action de grâces et notre tribut à notre Créateur et Père, va précisément, en tant que sacrifice, en tant que ce sacrifice, faire descendre sur nous la bienveillance et la grâce de Dieu. Puisse celle-ci, avant tout [in primis], profiter à toute l’Église sainte et catholique[6].
Voici le texte de la prière :
| « in primis, quæ tibi offérimus pro Ecclésia tua sancta cathólica: quam pacificáre, custodíre, adunáre et régere dignéris toto orbe terrárum: una cum fámulo tuo Papa nostro N. et Antístite nostro N. et ómnibus orthodóxis, atque cathólicæ et apostólicæ fídei cultóribus. » | « Tout d’abord, nous vous les offrons pour votre sainte Église catholique : daignez lui donner la paix, la protéger, la réunir et la gouverner par toute la terre ; et en même temps pour votre serviteur notre Pape N., notre évêque N., tous ceux qui enseignent la vraie doctrine, et ceux qui gardent la foi catholique et apostolique. » |
Remarquons que les quatre notes de l’Église, proclamées lors du Credo, sont ici présentes :
– l’unité, puisque l’on demande qu’elle soit « réunie » [adunare] ;
– la sainteté, qui la qualifie [sancta], ainsi que la catholicité [catholica], c’est-à-dire l’universalité ;
– l’apostolicité, avec la mention de la hiérarchie ecclésiastique – le pape et les évêques, dont la charge de garder, conserver et fidèlement transmettre la foi apostolique [apostolica] est explicitement mentionnée[7].
Soulignons et rappelons que ce sont la foi et les sacrements de la foi qui font l’Église, en particulier l’unité de l’Église[8]. Il y a donc un lien éminent entre l’eucharistie que l’on s’apprête à offrir et l’unité de l’Église.
Il faut enfin noter la mention nominative du pape et de l’évêque du lieu. Dans le canon, cinq prières mentionnent des personnes, soit celles pour lesquelles on prie – c’est le cas des deux Memento, soit celles avec lesquelles on s’unit – c’est le cas du Communicantes et du Nobis quoque. Dans l’In primis, c’est à ces deux titres que le pape et l’évêque sont mentionnés, puisque l’on prie pour eux, mais on manifeste également que c’est en union avec eux que le Saint-Sacrifice est offert.
3. Memento des vivants
La prière d’intercession générale pour l’Église et la hiérarchie ecclésiastique est logiquement suivie d’une prière d’intercession, plus spécifique. Celle-ci commence par le mot qu’employa le bon larron sur la Croix : Memento, Domine…, « Souvenez-vous de moi, Seigneur »[9].
Meménto, Dómine, famulórum famularúmque tuarum N. et N. Souvenez-vous, seigneur de vos serviteurs et servantes N. et N.
Le prêtre s’arrête ici quelques instants et mentionne les personnes de son choix ou du choix de celui qui lui a demandé la célébration de la messe à une intention particulière. Le Saint-Sacrifice, dont les fruits sont infinis, opère cependant d’une manière spéciale pour ceux qui font l’objet d’une intention spécifique.
Le prêtre poursuit en mentionnant ceux qui assistent physiquement à la messe qui est célébrée ainsi que celui qui a offert l’intention de messe et se trouve de ce fait associé à un titre spécial à l’offrande du Saint-Sacrifice :
et ómnium circumstántium, quorum tibi fides cógnita est et nota devótio, pro quibus tibi offérimus : vel qui tibi ófferunt hoc sacrifícium laudis, pro se suísque ómnibus : pro redemptióne animárum suárum, pro spe salútis et incolumitátis suæ : tibíque reddunt vota sua ætérno Deo, vivo et vero. et de tous ceux qui nous entourent : vous connaissez leur foi, vous avez éprouvé leur attachement. Nous vous offrons pour eux, ou ils vous offrent eux-mêmes, ce sacrifice de louange pour eux et pour tous les leurs : afin d’obtenir la rédemption de leur âme, la sécurité et le salut dont ils ont l’espérance ; et ils vous adressent leurs prières, à vous. Dieu éternel, vivant et vrai.
4. Communicantes
C’est par un enchaînement remarquable qu’est introduite la prière suivante.
Communicántes, Unis dans une même communion…
En effet, les fidèles que l’on vient d’évoquer ne sont pas des individus isolés, mais ils sont membres de l’Église et appartiennent de ce fait à la communion des saints. Ainsi, l’idée de communion dans l’Église militante, qui dominait les deux prières précédentes – In primis et Memento – s’élargit jusqu’à la communion avec l’Église triomphante[10], avec les saints du ciel, dont les noms de certains vont être mentionnés.
Toutefois, la conscience de la distance qui nous sépare encore d’eux dicte aussitôt les mots suivants : et memoriam venerantes [« nous vénérons la mémoire »] ; elle transforme cette communion en un regard respectueusement levé vers eux[11].
Communion et vénération, donc, auxquelles s’ajoutera une troisième idée au terme de l’énumération, le recours à l’intercession des saints en notre faveur :
quorum méritis precibúsque concédas, ut in ómnibus protectiónis tuæ muniámur auxilio. Par leurs mérites et leurs prières, accordez-nous en toute occasion le secours de votre force et de votre protection.
Quant à la liste des saints, elle consiste en deux groupes de douze noms : douze Apôtres et douze martyrs, ayant à leur tête la Reine de tous les saints, la Bienheureuse Vierge Marie et son époux saint Joseph. Parmi les martyrs, on compte cinq papes, un évêque, deux clercs et quatre laïcs :
Dans le sanctuaire du canon, les chœurs des saints martyrs devaient être représentés par une sorte de députation harmonieusement composée[12].
Le fait que seuls des martyrs aient été choisis est un signe de l’antiquité de la liste : elle remonte à une époque où le culte des confesseurs n’avait pas encore suffisamment d’envergure pour s’imposer dans le canon de la messe. Il semble que la version finale de cette liste soit due à saint Grégoire le Grand, à la fin du VIe siècle.
Ces deux groupes de douze noms, choisis dans l’antiquité chrétienne et dans la ville de Rome, l’Église-mère, ont donc le privilège d’être prononcés à l’autel comme « représentants de l’Église triomphante »[13].
La fin du Communicantes est ponctuée par la conclusion Per Christum Dominum nostrum [« Par le Christ Notre-Seigneur »] employée ici pour la première fois au cours du canon, qui indique donc que s’achève la première phase de la prière d’intercession et nous indique que toutes nos requêtes et recommandations sont présentées à Dieu « par le Christ Notre-Seigneur ».
5. Hanc igitur
Le prêtre étend alors les mains sur les oblats. Bien que ce rite se soit imposé tardivement, au XIVe siècle[14], il devait exister auparavant ici ou là, car on le trouve sur une fresque de la catacombe de Calixte datant du IIIe siècle[15]. De plus, c’est un geste associé au sacrifice depuis l’Ancien Testament. Par exemple, nous lisons au livre du Lévitique :
Il mettra la main sur la tête de la victime et celle-ci sera agréée pour que l’on fasse pour lui le rite d’expiation[16].
Ce geste se pratiquait pour diverses catégories de sacrifices et c’est généralement, non le prêtre lui-même, mais celui qui apportait la victime qui le pratiquait, comme pour s’approprier le sacrifice qui allait être offert.
Nous pouvons donc envisager que par ce geste est signifié le fait que le sacrifice du Christ est en même temps notre sacrifice. Cette imposition des mains souligne donc judicieusement le sens de la prière Hanc igitur qui est, elle, très antique, puisqu’elle semble pour l’essentiel antérieure au VIe siècle :
Hanc ígitur oblatiónem servitútis nostræ, sed et cunctæ famíliæ tuæ, quǽsumus, Dómine, ut placátus accípias : Voici donc l’offrande que nous vous présentons, nous vos serviteurs et avec nous votre famille entière[17], acceptez-la, Seigneur, avec bienveillance :
L’offrande ayant été désignée comme la nôtre, on retrouve l’incessante demande d’acceptation, suivie de la demande des bienfaits escomptés :
diésque nostros in tua pace dispónas, atque ab ætérna damnatióne nos éripi, et in electórum tuórum iúbeas grege numerári. Per Christum, Dóminum nostrum. Amen. disposez dans votre paix les jours de notre vie, veuillez nous arracher à l’éternelle damnation et nous compter au nombre de vos élus. Par le Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.
C’est donc, la perspective d’ensemble de la messe qui est résumée dans l’Hanc igitur et l’imposition des mains, avec une insistance particulière sur le caractère propitiatoire du Saint-Sacrifice.
6. Quam oblationem
La dernière prière de préparation remonte pour l’essentiel au IVe siècle, et sa version actuelle date du VIe siècle. Il s’agit d’une de ces prières que les liturgistes appellent une épiclèse, c’est-à-dire un appel de la puissance divine sur les offrandes pour les sanctifier. Cette idée était déjà présente dans la première prière du canon (Te igitur), mais la demande de consécration est ici tout à fait explicite.
| Quam oblatiónem tu, Deus, in ómnibus, quǽsumus, bene + díctam, adscríp + tam, ra + tam, rationábilem, acceptabilémque fácere dignéris : ut nobis Cor + pus, et San + guis fiat dilectíssimi Fílii tui Dómini nostri Iesu Christi. | Cette offrande, daignez, vous, notre Dieu, la bé+nir, l’agré+er et l’approu+ver pleinement, la rendre parfaite et digne de vous plaire ; et qu’elle devienne ainsi pour nous le Cor+ps et le Sa+ng de votre Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ. |
Remarquons que la demande d’acceptation, l’agrément divin, demeure comme thème fondamental, mais il est parfaitement net que c’est Dieu lui-même qui rendra l’offrande parfaite et digne de lui, précisément par la transsubstantiation, la conversion des oblats au Corps et au Sang du Christ :
La conversion au corps et au sang du Christ [peut être conçue comme] impliquée dans l’agrément divin élevant nos dons jusqu’à lui ; étant le résultat attendu de cet agrément [que l’on appelle], elle ne se distingue en somme de celui-ci que par la pensée, qui précise : faites de ces oblats un sacrifice tellement parfait qu’il devienne le corps et le sang du Seigneur[18].
La formule à cinq termes – « bene + díctam, adscríp + tam, ra + tam, rationábilem, acceptabilémque fácere dignéris » – est conforme aux précautions de la langue juridique romaine[19].
Enfin, « il est remarquable qu’au moment de prononcer le nom du Sauveur, à l’approche du mystère de grâce, ose percer un frémissement d’émotion : dilectissimi »[20].
Le grand malentendu du service national universel
Dans ses voeux à la nation pour 2026, le chef de l’Etat a évoqué le chantier du service national “pour l’engagement de nos jeunes, qui renforcera le lien entre nos armées et la nation”.
Dans un ouvrage sur le service militaire, Bénédicte Chéron analyse cette question, sous l’angle historique et stratégique. Aperçu avec Conflits :
Depuis 2017, le candidat Emmanuel Macron avait déjà abordé ce sujet, sans forcément être très précis, d’une sorte de rétablissement d’un service national qu’il aurait souhaité avec une orientation militaire affirmée. En réalité, le débat sur le rétablissement du service militaire a commencé bien avant l’arrivée d’Emmanuel Macron aux affaires. Alors que le service militaire avait été suspendu par Jacques Chirac en 1996, le sujet de son rétablissement revient dans le débat public moins de dix années plus tard, notamment à la suite des émeutes urbaines de 2005. Depuis cette date, comme le dit Bénédicte Chéron, le sujet est devenu envahissant. On dit souvent, à l’occasion des matchs de l’équipe de France, que le pays compte 68 millions de sélectionneurs. Il pourrait en être de même sur ce sujet, car, au-delà du service des armes proprement dites, la conscription reste censée constituer un outil pour forger la cohésion nationale. Dans ce domaine le flou sémantique est de rigueur. Service national ou service militaire sont indifféremment employés, sans que l’on ne réfléchisse forcément à ce que cela implique. L’actuel président de la République a d’ailleurs varié sur le sujet, avant même son élection d’ailleurs. Il est d’ailleurs utile de rappeler que le service militaire contemporain est né de trois lois successives, 1872,1889 et 1905, qui en ont à peu près défini les contours obligatoires égalitaires après la défaite de 1870 faces à la Prusse. L’adjectif « militaire » accolé au mot « service » avait un sens très clair : il s’agissait d’apprendre chaque classe d’âge masculine à combattre pour affronter une armée ennemie qui menaçait directement, à la frontière, le territoire national.
Par extension, et avec la guerre froide, cet ennemi pouvait se trouver à la frontière entre les deux Allemagne, mais le service militaire a eu pour objectif de fournir « un mur de poitrines » dont l’attaque par l’ennemi, clairement identifié à l’est, pourrait justifier l’engagement du feu nucléaire.
Car il s’agit bien, et cela est l’objet de la première partie de l’ouvrage de Bénédicte Chéron, d’une sorte d’équilibre entre la mobilisation des soldats et la sanctuarisation du territoire par la possession, à partir de 1964, de l’arme nucléaire et de ses vecteurs, terrestres, aériens, maritimes. Malgré cette possession de l’arme nucléaire, le modèle de défense ne semble pas remis en cause et, pour l’opinion publique, la question de l’intérêt du maintien du service militaire se pose. Et progressivement, pour une partie des Français, le service militaire devient une fin en soi, une sorte de point de passage dont l’objectif serait, dans le meilleur des cas, l’intégration dans le creuset républicain.
[…]
Avec les années 1990, l’effacement de la menace soviétique implique une adaptation du format des armées, sur fond de volonté d’économie budgétaire. Les réductions d’effectifs commencent pendant cette période, de même que la dissolution de certaines unités. Le retrait des forces françaises en Allemagne est envisagé à partir de 1991. La perception de la menace change radicalement, le terrorisme devient le principal danger ressenti et, progressivement les interventions militaires deviennent des affaires de spécialistes, sur fond d’indifférence générale de la population. Même l’opération de libération du Koweït, avec la mission « Daguet », ne suscite pas un grand intérêt. La professionnalisation, dans le cadre du plan armées 2000, accentue le processus de diminution des moyens alloués aux armées, dont l’emprise territoriale se réduit également.
Pour l’opinion publique, la position de l’arme nucléaire, l’alliance atlantique et le soutien des États-Unis constituent des garanties suffisantes de sécurité face à une menace étatique qui apparaît comme peu probable et en tout cas lointaine. Après avoir examiné les grandes évolutions de la géopolitique militaire de la France, une fois terminées les guerres de la décolonisation, la deuxième partie de l’ouvrage prend à bras le corps la question du service militaire et du débat qu’il suscite.
Dès 1965 en effet, le ministre des armées, Pierre Messmer, évoque la possibilité du passage à une armée de volontaires ou à une armée de métier. Malgré ces questions posées, le service militaire est réaffirmé comme un pilier de la Défense nationale, et il devient le nœud de malentendus persistants sur la fonction militaire au sein de la société.
En effet, pour reprendre l’expression de l’auteur, le service militaire apparaît progressivement, jusqu’à sa suspension, comme décorrélé de l’emploi de la force. Si Michel Debré, ministre de la Défense nationale, a souhaité maintenir le service national comme un élément manifestant la volonté de défense de la nation par ses citoyens, cela a été plutôt mal perçu par la jeunesse scolarisée, qui s’est opposée massivement en 1973 à la réforme des sursis avec 500 000 lycéens dans la rue.
Progressivement, et cela se traduit dans la communication des armées, le service militaire est présenté comme un rite utile et sympathique, dans laquelle on parle de sport et d’animation, ce qui est considéré comme permettant de favoriser son acceptabilité. Même lorsque les tensions de la fin de la guerre froide, avec le débat sur les euromissiles, se manifestent à nouveau, le service militaire n’est que très peu pris en compte dans le débat public. Il existe pourtant une réticence envers la professionnalisation totale des armées, un souvenir de la guerre d’Algérie et de la crainte d’une armée prétorienne. La gauche s’accroche également au maintien de l’idéal de l’armée du peuple, héritage de Jean Jaurès. Dans la pratique les armées sont davantage présentées comme un service public de la jeunesse, où l’on apprend certaines techniques, et où l’on peut passer le permis de conduire à bon compte.
Du soldat citoyen au service rendu par les armées
Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, le discours insiste sur le « soldat-citoyen » et le temps passé sous les drapeaux présentés comme un service rendu aux jeunes Français. C’est pendant cette période que l’on commence à envisager, dans les provinces scolaires, l’éducation à la défense, tandis que les armées sont présentées comme pouvant apporter une réponse aux inquiétudes du temps sur la jeunesse. L’armée participe ainsi à différents projets de lutte contre le chômage. De nombreux dispositifs sont à partir de cette époque mise en œuvre, et on demande à l’armée d’apprendre un métier, d’intégrer les jeunes issus de l’immigration d’origine musulmane, de participer à la rénovation du service public, bref de faire tout autre chose que d’entraîner au combat.
Cela reste, sauf cas très particuliers basés sur le volontariat, l’affaire de l’armée de métier. Peu à peu l’idée s’installe qu’une armée professionnelle sera en tout état de cause toujours plus efficace qu’une armée d’appeler. Par ailleurs, dans les dernières années de la conscription, la fonction de brassage social est remise en cause, la jeunesse issue des élites pouvant trouver différentes formes d’évitement.
L’armée a su quand même prendre en compte ses besoins, notamment en effectifs, par l’instauration du volontariat pour le service long, (VSL), avec des avantages suffisamment importants pour que des jeunes, souvent issus de milieux défavorisés, soient motivés par cette solution. Encore une fois, pendant la décennie 1990, l’opinion publique reste assez indifférente aux questions de défense, même si l’armée devenue professionnelle bénéficie d’une image de plus en plus positive.
La situation bascule à partir de 2010, une période pendant laquelle l’armée de métier s’affirme comme combattante sur les théâtres extérieurs, et l’Afghanistan favorise cette prise de conscience, tandis que la présence des militaires en cas de crise, inondation ou incendie, est très largement plébiscitée dans l’opinion publique. Les missions Vigipirate avant Sentinelle familiarisent les Français avec la présence de soldats en armes dans les rues.
Le retour de la guerre et le substitut du SNU
Pour les jeunes Français qui s’engagent, l’objectif n’est pas seulement d’obtenir un emploi stable, mais de plus en plus de participer à la défense des intérêts de la nation en portant les armes. Cela apparaît comme en décalage avec la vision que l’on peut avoir de la génération Z ayant un lien détaché par rapport au travail et à un destin collectif au sein de la communauté nationale.
À cet égard les armées retrouvent un rôle politique renouvelé. L’armée de métier apparaît comme un modèle d’intégration, les valeurs militaires comme porteuses de solutions pour résoudre les difficultés de la période, et même capables de se substituer à l’éducation nationale et familiale.
C’est dans ce contexte que commence le grand malentendu du service national universel, dont le bilan a été pour le moins limité. Un tiers des participants parmi les 40 000 jeunes Français était issu du milieu militaire. Le port de l’uniforme et le salut au drapeau sont apparus comme des vernis superficiels sur fond de séjours de cohésion dont la finalité n’était pas clairement définie. Huit ans après l’annonce du candidat Emmanuel Macron, le service national universel disparaît. On pourra légitimement s’interroger sur le coût représenté par ce projet mal ficelé dès le départ.
Les ambitions autour du service militaire volontaire ont été affichées par le président de la République, mais elles ne restent pas dénuées d’ambiguïté. On retrouve dans les différentes propositions, qui sont d’ailleurs modestes par leur ampleur dans un cadre budgétaire contraint, différentes préconisations. Cela s’inscrit dans une vision globale, celle de forces armées qui doivent désormais, dans un contexte international radicalement différent, se préparer, dans l’hypothèse d’un engagement majeur, à une guerre de haute intensité. On retrouve, par exemple, dans les missions confiées aux futurs personnels du service militaire volontaire la participation à la mission sentinelle avec un zeste de défense opérationnelle du territoire, qui fut naguère confiée aux brigades de gendarmerie. Dans le même temps, pour l’armée professionnelle, l’accent est mis sur la fidélisation, sur le maintien de liens au service pour capitaliser l’expérience acquise lors de formations de plus en plus coûteuses, et sur la volonté de disposer d’un vivier étendu de réservistes, à la fois spécialistes, mais aussi apte à participer à la régénération des forces dans l’hypothèse d’un affrontement contre un ennemi à parité.
Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, les affirmations simples, voire simplistes, basées sur une forme de nostalgie, se révèlent toujours contre-productives. L’avantage de cet ouvrage est de faire la synthèse des différentes solutions envisagées pour associer les Français à la défense de la nation, mais aussi à la volonté de projeter la puissance pour défendre les intérêts nationaux. Dans un pays démocratique, on a eu souvent tendance à croire que « la guerre est une question trop sérieuse pour être confiée aux militaires ». On pourrait inverser la formule en disant que « la guerre est une question trop sérieuse pour être confiée à des politiques dont l’horizon se limite à l’analyse des sondages ».
L’euthanasie, c’est déjà dans leur tête et puis… c’est bon pour l’économie
Interrogé dans La Nouvelle République du 19 décembre, le Pr Antoine Guillon, du service de médecine intensive réanimation à Tours et chercheur à l’unité Inserm U1100, explique :
«Notre population vieillit et on vit plus longtemps. Les plus de 80 ans représentent 6% de la population européenne, et leur nombre va doubler en vingt ans. À 80 ans, on a encore dix ans d’espérance de vie… Il est très important qu’un débat de société soit lancé sur le sujet. Réanimer tout le monde n’est pas supportable en coûts financiers, ni en coûts humains, et encore moins éthiquement.»
Le tutoiement scout : la marque d’un respect qui se gagne !
Chronique d’Hermine de Rémi Fontaine parue dans la dernière livraison de la revue Europa Scouts (décembre 2025) :
On se rappelle peut-être d’une adresse fameuse du grand aventurier scout Jean Raspail aux “Veilleurs” à propos du tutoiement et du vouvoiement. Extrait :
« Aujourd’hui, ce sont d’abord nos enfants que nous voyons condamnés à être partout tutoyés, comme sous la Révolution. Je ne m’en prends point au tutoiement naturel d’affection et d’intimité (la famille, les amis), ou de solidarité (les copains, les camarades,), mais à celui que leur infligent systématiquement les adultes, comme si l’enfant n’avait pas droit au respect et à la liberté de choisir selon son cœur et ses humeurs qui a, ou qui n’a pas, le loisir de le tutoyer. »
Car l’honneur est aussi une chose de l’enfance (Bernanos). Et Raspail de rappeler par ailleurs (dans la préface du Livre d’Hermine) l’admirable simplicité de l’ancien cérémonial de la promesse des Scouts de France. L’aspirant s’avançait et le chef lui demandait : – Que désirez-vous ? « Car on lui disait vous, à l’enfant, avec politesse et respect. Imagine-t-on cela aujourd’hui ! Le tutoiement scout ne venait qu’après, mais pas un tutoiement de copinage, de licence ou de facilité… »
Tout est dit. Qu’importe au fond le tutoiement ou le vouvoiement, la marque extérieure de considération, l’urbanité ou la convivialité, s’il n’y a pas d’abord l’amour et le CŒUR, la justice et LA JUSTESSE, et donc le respect authentique et sincère de l’interlocuteur. C’est cela qu’il faut pratiquer avant tout sans omettre le reste : la politesse et les usages précisément (le vous ou le tu qui nous sont donnés par surcroît). L’important est l’objectif – l’intention intérieure d’exprimer son estime au prochain – et non l’accessoire – les conventions –, en nous souvenant toujours des paroles de Notre Seigneur : « Vous Pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, mais au-dedans de vous tout est plein de rapine et d’iniquité ! Insensés ! Celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? » (Lc, 11, 39-41). La coutume ou l’attitude n’a de valeur que par l’esprit qui vivifie sa lettre : en l’occurrence le pronom personnel de la deuxième personne du singulier ou du pluriel, ce dernier étant justement nommé pluriel de politesse pour distinguer l’esprit voulu…
À quoi sert d’honorer (du bout) des lèvres si le cœur n’y est pas ? J’ai connu des enfants qui “voussoyaient” leurs parents (et vice versa) en leur manifestant une déférence bien moindre que le commun des héritiers tutoyant leurs “vieux”(comme dans la célèbre chanson de Daniel Guichard) ! Ce qui n’empêche pas de pointer avec raison la démagogie de la généralisation du tutoiement à l’école ou dans l’entreprise (1). Car si le vouvoiement implique généralement une distance “rituelle” cherchant à révéler légitimement le respect, le tutoiement devrait aussi pouvoir se mériter, se gagner, manifestant une proximité ou une familiarité plus grande mais réelle qui n’enlève rien à l’estime et au respect. Entre amis, compagnons de destin qui se choisissent, à l’instar des scouts précisément, ou de pèlerins d’une même route, de tous les montagnards qui ont franchi un 4000 mètres, etc. Ou entre membres d’une même famille…
« Je me souviens de ma surprise, poursuit Jean Raspail, quand je m’étais aperçu, à onze ans, qu’il me fallait tutoyer cet imposant personnage en culottes courtes qui devait bien avoir trente ans, et qui s’appelait le scoutmestre, et qu’à l’intérieur de la troupe tout le monde se tutoyait aussi avec une sorte de gravité. Mais il s’agissait là d’une coutume de caste, d’un signe de reconnaissance réservé aux seuls initiés, comme la poignée de main gauche, l’engagement sur l’honneur, et les scalps de patrouille, car le scoutisme avait alors le génie de l’originalité, une soif de singularité forcenée, dont nous n’étions pas peu fiers. On se distinguait nettement de la masse, on s’élevait par degrés à l’intérieur de cette nouvelle chevalerie, mais il fallait s’en montrer digne. » Choisir : tout est là !
Si, dans l’espace anonyme d’une société civilisée, nous mériterions tous d’être vouvoyés en tant que membres de l’espèce humaine dans une égalité de dignité ontologique, quelque soit notre rang et notre valeur (aristocrate ou roturier, bourgeois ou clochard, patron ou employé, princesse ou prostituée, adulte ou enfant…), c’est la même visée d’une dignité morale qui, par élection (sur)naturelle, devrait faire que nous méritions d’être tutoyé et/ou de (nous) tutoyer dans telle ou telle communauté humaine ! Comme celle des routiers-scouts après leur départ. Par promotion ou élévation plus que par abaissement ou nivellement par le bas dans un irrespect généralisé. À la vérité vouvoiement et tutoiement ne s’opposent pas et sont plutôt complémentaires, comme le résume bien Jean Raspail avec l’exemple du scoutisme, pourvu qu’on sache en faire bon usage selon les circonstances, les us et coutumes, l’intention et le choix DU DEDANS.
« Depuis que je suis soumise à des épreuves, je tutoie Dieu et Marie. J’ai ainsi l’impression d’être plus près d’eux, ou plutôt qu’ils sont plus près de moi. Demander est plus facile, je remercie davantage, ou je me mets simplement en présence : “Tu es là et moi aussi” », confie pour sa part à Famille chrétienne Anne-Dauphine Julliand qui a perdu trois de ses enfants, deux en bas âge de la même maladie auto-immune et un troisième par suicide.
Si la Sainte Vierge vouvoie sainte Bernadette: « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre », Notre Seigneur tutoie sainte Angèle de Foligno : « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimé. » Et nos belles prières scoutes vouvoient ou tutoient Marie et Jésus indifféremment dans un respect ou une déférence bien sûr analogues. Si, dans le scoutisme, nous pouvons tutoyer aussi simplement et franchement nos aînés et nos chefs comme nos frères (et réciproquement) c’est qu’ils sont l’image de notre Chef et Frère Jésus Christ, qui s’est abaissé jusqu’à nous, par le mystère de son Incarnation et de sa Rédemption, pour nous faire fils adoptifs de son Père. À méditer en ce temps de Noël. Cette extraordinaire proximité (sur)naturelle n’empêche pas de vouvoyer l’Enfant Jésus, le Fils de Dieu, comme dans la prière scoute de saint Ignace de Loyola, mais elle permet aussi en d’autres occasions, comme Anne-Dauphine, de le tutoyer très respectueusement mais vraiment fraternellement, ainsi que sa sainte Mère :
« Tu dois aimer l’humble prière
Qui de ce camp s’en va monter,
Ô Toi qui n’avais sur la terre
Pas de maison pour t’abriter…
Merci pour l’amour qui nous groupe
Comme des frères, ô bon Jésus. »
« Lorsque par la souffrance
L’un de nous tombe meurtri
Sois toujours l’espérance
De l’enfant qui jette un cri… »
Hermine (Rémi Fontaine)
(1) Le grand patron de la prestigieuse Deutsche Bank, « réclame que ses employés, à tous les échelons, le tutoient, et vice versa », cela, alors qu’il est en train de procéder à un grand plan de suppressions d’emplois, constate par exemple Le Point (27/03/2024), qui titre : « En Allemagne, la bataille culturelle [sic] marquée par la fin du vouvoiement ». Et de rapporter cette anecdote révélatrice de la déliquescence des mœurs : dans un café chic de Berlin, la serveuse s’adresse à un vieux monsieur et lui demande « Tu prends quoi ? » Interloqué, il lui répond : un expresso, « s’il vous plaît mademoiselle ». La voisine de table, offusquée, reprend la jeune fille, lui dit qu’on ne s’adresse pas ainsi aux gens qu’on ne connaît pas, d’autant plus s’ils ont un certain âge. Réponse de l’intéressée : « Mais nous sommes égaux, non ? Ou est-ce que vous pensez que parce que je fais ce métier-là, vous êtes supérieure à moi ? »
Frappes américaines au Nigéria : pour quel résultat ?
Le président Donald Trump a annoncé sur les réseaux sociaux que les États-Unis ont mené « une attaque puissante et meurtrière contre la racaille terroriste de Daech dans le nord-ouest du Nigéria », mettant ainsi à exécution la menace qu’il avait faite le mois dernier. Le gouvernement nigérian a confirmé avoir autorisé l’intervention américaine, précisant qu’il s’agissait d’une coopération militaire « limitée et ciblée ».
Le président américain avait annoncé sur le réseau social Truth Social, que, face à la terrible situation au Nigéria, où 52 000 chrétiens ont été assassinés et près de 20 000 églises attaquées et détruites depuis 2009, il allait prendre des mesures fortes. Il avait notamment déclaré :
« J’ai ordonné à notre département de la Guerre de se préparer à une éventuelle intervention. Si nous attaquons, ce sera rapide et violent, tout comme les attaques des terroristes contre nos chers chrétiens. »
C’est ainsi que le département américain de la Guerre a mené une série d’attaques contre les terroristes islamistes nigérians. Les missiles ont été tirés depuis des drones, selon les renseignements fournis. Elles ont visé des cibles présentées comme affiliées à l’État islamique. Il faut toutefois regretter que ces attaques aient eu lieu le jour de Noël.
L’un des points positifs, en dehors de l’élimination – à quel point ? – d’une menace contre les chrétiens, est le projecteur braqué sur la persécution atroce que subissent les chrétiens depuis plus de 15 ans, et qui fait des milliers de morts chaque année dans leurs rangs. Il faut aussi s’interroger sur le résultat obtenu.
Sur le plan militaire, aucun bilan précis n’a été communiqué. Aucun groupe djihadiste n’a revendiqué le fait d’avoir été visé. Et, à ce stade, aucune preuve indépendante ne permet de confirmer l’ampleur des dégâts ni l’identité exacte des combattants tués. De plus, le lieu même de l’attaque est étrange pour qui connaît un peu la réalité du Nigéria.
Contrairement au nord-est du Nigeria, où l’insurrection djihadiste est structurée autour de Boko Haram et de sa dissidence affiliée à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), la situation dans le nord-ouest est beaucoup plus fragmentée. Plusieurs groupes armés y opèrent : réseaux criminels qualifiés de « bandits », factions djihadistes émergentes, milices locales et groupes transfrontaliers actifs entre le Nigéria et le Niger.
De plus, même si la persécution des chrétiens est indéniable, contrairement au discours du gouvernement nigérian et de la plupart des médias occidentaux, il faut avouer que dans l’État de Sokoto, il y a très peu de chrétiens. Presque toutes les personnes tuées par les groupes djihadistes dans cette zone sont musulmanes.
Il faut ajouter que les frappes aériennes sont bien incapables de détruire des mouvements djihadistes structurés, il faut pour cela une intervention sur le terrain. C’est bien là où les insuffisances criantes – et volontaires ? – du gouvernement nigérian apparaissent.
À Noël, des religieuses américaines écrivent aux employés des cliniques d’avortement pour leur offrir prière et accompagnement
À l’occasion de la fête de Noël, des employés de cliniques d’avortement à travers les États-Unis ont de nouveau reçu des cartes manuscrites envoyées par des religieuses catholiques.
Aux États-Unis, des religieuses issues de couvents répartis dans tout le pays ont envoyé cette année plus d’un millier de cartes de Noël manuscrites à des employés de cliniques pratiquant l’avortement. Cette initiative, coordonnée par une association pro-vie, s’inscrit dans une démarche régulière de prière, d’écoute et de proposition d’un accompagnement en vue d’un changement professionnel. Cette action est coordonnée par l’association And Then There Were None ( Et il n’en resta plus aucun) , engagée depuis plusieurs années auprès des personnes travaillant dans l’industrie de l’avortement et souhaitant en sortir.
Les religieuses participantes proviennent de couvents situés dans différentes régions dupays. Elles appartiennent à plusieurs familles spirituelles de l’Église catholique, notamment des communautés dominicaines, bénédictines, franciscaines, carmélitaines, capucines et maronites, ainsi qu’aux Sœurs apostoliques de Saint Jean et aux Trinitaires de Marie. Certaines vivent dans des monastères de clôture, entièrement consacrées à la prière et à la vie contemplative, tandis que d’autres appartiennent à des instituts apostoliques.
Concrètement, l’association met à disposition des communautés religieuses une base de données recensant environ 850 cliniques d’avortement et centres de référence répartis sur le territoire américain. À partir de ces informations, les religieuses rédigent des cartes manuscrites adressées aux employés de ces établissements. Les messages, écrits depuis leurs propres couvents, ne visent pas une personne nommément désignée, mais s’adressent à ceux qui travaillent dans ces lieux.
Cette année, au moins 1 030 cartes de Noël ont été envoyées. Elles contiennent des paroles de prière, des messages de compassion et une présentation des ressources proposées par l’association à ceux qui envisagent de quitter leur emploi. Chaque carte comporte également une image de la Sainte Famille, choisie pour rappeler le sens chrétien de Noël.
Avant leur envoi, les cartes sont généralement déposées sur l’autel, bénies et portées dans la prière communautaire. Cette dimension spirituelle est considérée par les organisateurs comme centrale dans la démarche. L’association And Then There Were None a été fondée par Abby Johnson, ancienne directrice d’une clinique d’avortement au Texas, où elle a travaillé pendant huit ans. Après avoir quitté ce milieu, elle a créé cette structure afin d’accompagner d’autres employés souhaitant changer de voie, tant sur le plan professionnel que personnel.
Selon Abby Johnson l’envoi de messages manuscrits constitue l’un des moyens les plus efficaces pour établir un premier contact. Au cours des dix dernières années, l’association indique avoir envoyé près de 23 000 cartes et lettres écrites à la main aux cliniques américaines, à un rythme régulier tout au long de l’année.
La période de Noël suscite toutefois une attention particulière. L’association observe que de nombreux contacts sont établis à ce moment-là, certains employés conservant les cartes reçues avant de prendre contact pour demander de l’aide. Pour les religieuses engagées dans cette initiative, l’écriture de ces cartes s’inscrit naturellement dans leur vocation.
Pour les communautés contemplatives, il s’agit d’un prolongement direct de leur vie de prière et de leur mission d’intercession. Pour les autres, c’est une manière concrète de manifester une proximité spirituelle avec des personnes souvent peu visibles dans l’espace ecclésial.En renouvelant chaque année cette initiative, l’association et les communautés religieuses entendent maintenir une présence discrète et constante, fondée sur la prière, l’écoute et la proposition d’un accompagnement, sans recours à la polémique ni à la contrainte.
“J’invite chacun, particulièrement en cette période de fêtes de Noël, à réfléchir à la nature et à la beauté de la vie humaine”
Le pape Léon XIV a exprimé sa déception face à la légalisation de l’euthanasie dans son État d’origine, l’Illinois, quelques semaines après sa rencontre avec le gouverneur de l’Illinois, JB Pritzker :
J’ai parlé très clairement avec le gouverneur Pritzker à ce moment-là, alors que le projet de loi était déjà sur son bureau. Je suis certain que le cardinal Cupich l’a également fait, mais nous avons été très clairs sur la nécessité de respecter le caractère sacré du texte du début à la fin, et malheureusement, pour diverses raisons, il [Pritzker] a décidé de signer ce projet de loi. J’en suis très déçu. J’invite chacun, particulièrement en cette période de fêtes de Noël, à réfléchir à la nature et à la beauté de la vie humaine. Dieu s’est fait homme comme nous pour nous montrer le véritable sens de l’existence humaine, et je souhaite ardemment que le respect de la vie renaisse à chaque instant, de la conception à la mort naturelle.
Pope Leo XIV expresses disappointed that his home state of Illinois legalised euthanasia, weeks after the Pope met with Illinois Governor JB Pritzker, saying:
“I spoke very explicitly with Governor Pritzker at that, at that time the bill was already on his desk. I’m sure also… pic.twitter.com/v07K2wDZuA
— Catholic Sat (@CatholicSat) December 23, 2025
Le chant des anges : Préface et Sanctus
1. D’où vient le « canon »
Dans plusieurs anciens sacramentaires[1], la dénomination canon actionis est placée en tête du dialogue qui conclut l’offertoire et introduit la préface. Ainsi :
le texte qui débute par le Sursum corda est désigné comme la base, comme le ferme soutien de l’action sacrée qui va suivre. Ensuite, le mot canon est employé tout seul dans le même sens[2].
On pourrait traduire canon par règle : le canon actionis, c’est la règle de l’action. C’est bien cette notion de règle, de norme, de mesure que véhicule le nom canon ou l’adjectif canonique, lorsque l’on parle du canon des Écritures, des canons de la beauté – ou l’adjectif canonique, lorsqu’il s’agit du droit canonique (le droit de l’Église).
Le nom de canon lui-même, quoique mystérieux au premier abord – il faut bien le reconnaître – induit donc que les prières et les rites dont il sera question ont une certaine fermeté, non seulement par rapport aux autres textes liturgiques, qui peuvent varier au cours de l’année, mais également dans le temps long de l’histoire de la liturgie.
2. L’histoire du canon
Cette fermeté historique du canon romain n’est pas contredite par l’histoire de sa formation :
Le canon romain, qui s’est rapidement imposé à toutes les liturgies occidentales […] remonte, dans ses parties principales au moins à l’époque de saint Léon (440-461) et peut-être à celle de saint Damase (366-384)[3].
Lorsque l’on se penche sur les diverses couches de rédaction, on réalise que le canon s’est développé à partir du noyau primitif de la consécration, par additions successives :
| Te igitur | Memento des vivants | Comm-unicantes | Hanc igitur | Quam oblationem | Qui pridie | Unde et memores | Supra quae | Supplices | Memento des défunts | Nobis quoque |
– Époque primitive :
Consécration (Qui pridie)
– Époque de saint Léon († 461) ou saint Damase († 384)[4] :
Quam oblationem
Unde et memores
Supra quae propitio
Supplices te rogamus
– Prières dont l’existence est supposée dans une lettre du pape Innocent Ier (19 mars 416) :
Te igitur
Memento des vivants
– Époque de Symmaque († 514) ou de Vigile (vers 538) :
Communicantes
Hanc igitur
Nobis quoque
– Enfin, au VIIe siècle au plus tard :
Memento des défunts
3. Le début du canon
S’il est assez clair que le canon se termine avec la doxologie Per ipsum [« Par lui… »] qui précède le Pater [« Notre Père »], le début du canon demande à être précisé. En effet, nous avons dit que la mention canon actionis figurait en tête du dialogue de la préface, inclinant donc à inclure ce dialogue et la préface dans le canon. Cependant, la préface est précisément variable selon l’occasion liturgique. De plus elle est chantée, ainsi que le Sanctus, tandis que le reste du canon est récité à voix basse et ne connaît que d’infimes variations en de rares circonstances.
Il faut donc concevoir la préface comme une introduction qui en fait, en un sens déjà partie du canon, mais qui se distingue suffisamment du reste – tant par son contenu que par les rites qui l’accompagnent – pour que l’on désigne habituellement par canon l’ensemble des prières et des rites qui se tiennent après le Sanctus[5] et avant le Pater.
4. Le silence du canon
Entendu en ce sens « restreint »[6], le canon coïncide donc avec la récitation à voix basse des prières par le prêtre. Extérieurement, c’est peut-être ce silence qui frappe le plus profondément les esprits. Cet usage, pour le prêtre, de réciter les prières du canon à voix basse, imperceptible même pour ceux qui l’entourent, apparaît dès le VIIIe siècle et se généralise au IXe siècle[7]. L’introduction de ce silence sacré souligne la sainteté du canon, il signifie qu’il est un sanctuaire ou seul pénètre le prêtre[8].
Jusqu’ici se pressait autour [du prêtre] la foule du peuple, l’accompagnant de ses chants, surtout pendant l’avant-messe[9]. Puis les chants se sont faits plus rares et, la [prière] ayant pris un essor vigoureux, après le Sanctus ils se taisent. Il règne un silence sacré ; le silence est une digne préparation à l’approche de Dieu. Semblable au grand-prêtre de l’ancienne alliance, qui seul avait le droit, une fois l’an, de pénétrer avec le sang des victimes dans le Saint des Saints[10], le célébrant se détache maintenant du peuple et s’avance vers le Dieu de sainteté pour lui offrir le sacrifice[11].
Ce lien étroit entre silence et sacrifice[12], semble déjà connu de l’antiquité païenne[13]. Il y a là une convenance qui traduit une aspiration fondamentale de l’homme religieux, homo religiosus.
5. Les signes de croix du canon
Si l’on s’approche de l’autel, on sera également frappé par l’abondance de signes de croix que le prêtre réalise durant le canon, en particulier sur les oblats. Leur répartition dans le canon est quasi-symétrique, le centre étant évidemment la consécration[14].
| Te igitur | Memento des vivants | Comm-unicantes | Hanc igitur | Quam oblationem | Qui pridie | Unde et memores | Supra quae | Supplices | Memento des défunts | Nobis quoque | Per quem haec omnia |
| + + + | + + + + + | + + | + + + + + | + + | + + + |
Par conséquent, on ne peut se résoudre à n’y voir que des signes de bénédiction, puisque le prêtre les pratique aussi bien sur les oblats non-consacrés – le pain et le vin – que sur les oblats consacrés – le Corps et le Sang du Christ présents sous les apparences du pain et du vin. Saint Thomas d’Aquin donne le principe général de la solution :
On peut dire que la consécration de ce sacrement, l’acceptation du sacrifice, et le fruit de celui-ci ont pour origine la vertu de la croix du Christ. Et c’est pourquoi, chaque fois que l’on fait mention d’une de ces choses, le prêtre pratique le signe de la croix[15].
Ainsi, les signes de croix évoquent le sacrifice de la croix renouvelé sacramentellement à l’autel. Mais il faut préciser cette vue générale, car les signes de croix sont effectués à des moments déterminés. Il semble donc qu’ils « n’ont pas pour seul rôle de souligner l’idée de bénédiction ou de consécration, mais aussi de mettre en valeur certaines paroles sacrées »[16]. En cela, les signes de croix du canon seraient la transposition liturgique d’un usage des orateurs de l’Antiquité : les gestes oratoires ou indicatifs, par lesquels on désigne ce dont on parle. De tels gestes, stylisés en signes de croix, ont naturellement trouvé leur place dans la grand prière sacrificielle :
Puisqu’il s’agit d’une offrande que nous ne pouvons présenter à Dieu autrement que par le symbolisme expressif de la parole et du geste, ce geste indicatif, là où il se joint [par exemple] à la demande d’un accueil favorable […] devient un geste d’oblation[17].
Il s’agit de désigner les oblats pour montrer qu’ils appartiennent à Dieu. Quant à l’association du signe de croix au geste de signation : « [Elle révèle] le lien profond entre notre offrande et le sacrifice offert par le Seigneur sur la croix[18]. »
Les signes de croix indicatifs expriment donc simplement notre humble désir d’offrir à Dieu les dons posés sur l’autel ; en ce sens ils vont de pair avec l’imposition des mains sur les oblats, l’inclination qui accompagne la demande d’acceptation et l’élévation du calice et de l’hostie jointe à la doxologie finale[19].
6. Le style littéraire du canon
Quant au style, « [le canon] est une prière solennelle d’une noble grandeur, qu’accentuent diverses particularités littéraires : parallélismes dans la construction des phrases, termes binaires, ternaires et quintuple, harmonieusement équilibrés ; il est impossible de le lire en latin sans en apprécier la beauté[20]. »
Signalons enfin la symétrie d’ensemble qui ressort de l’agencement des prières, symétrie dont le centre est évidemment la consécration, en sorte que le canon, dans sa structure même constitue pour celle-ci un remarquable écrin.
7. Le dialogue d’introduction à la préface
La grande action du canon est introduite par une solennelle prière d’action de grâces : la préface. Contrastant avec le silence de l’offertoire, qui s’achève et celui du canon, dans lequel on va entrer, le chant de la préface contribue à en relever la solennité, de même que les versets qui l’introduisent, destinés à attirer tout particulièrement l’attention et le cœur des fidèles.
Le dialogue débute avec la conclusion de la secrète, qui termine l’offertoire :
– Per ómnia sæcula sæculórum. Dans tous les siècles des siècles.
– Amen. Ainsi soit-il.
Puis le prêtre interpelle le peuple de la manière habituelle :
– Dóminus vobíscum. Le Seigneur soit avec vous.
– Et cum spíritu tuo. Et avec votre esprit.
Néanmoins, cette fois-ci, il ne se retourne pas pour saluer le peuple, et ses mains demeurent posées sur l’autel.
Une fois ouverte l’action sacrée, une fois commencée l’œuvre qui s’accomplit en présence de Dieu, on ne peut plus s’en détourner[21].
En effet, l’offertoire qui vient de s’achever constituait déjà le début de l’action sacrée et si le prêtre rompt pour quelques instant le silence, son orientation au moins manifeste cette continuité.
Le prêtre poursuit :
– Sursum corda. Hauts les cœurs.
– Habemus ad Dominum. Nous les avons vers le Seigneur.
D’après saint Cyprien, cette injonction et sa réponse indiquent la disposition dans laquelle le chrétien doit entrer dans la prière : toute pensée charnelle et mondaine doit disparaître et l’esprit rester fixé uniquement sur le Seigneur[22].
Selon saint Augustin, c’est même l’attitude chrétienne dans son ensemble qui est exprimée par ces mots :
Ils rendent pour lui le même son que l’appel adressé par saint Paul à ceux qui sont ressuscités avec le Christ : quae sursum sunt quaerite[23] [“recherchez les choses d’en-haut”] ; notre chef est au ciel, nos cœurs aussi doivent donc être auprès de lui ; ils sont auprès de lui par la grâce de Dieu… Sans doute nos pensées ne peuvent-elles toujours demeurer auprès de Dieu, mais il faut au moins, insiste [saint Cyrille de Jérusalem], qu’elles y soient, ainsi que nos lèvres l’affirment, en cet instant sacré[24].
La joyeuse confiance exprimée par les fidèles dans leur réponse unanime – « Habemus ad Dominum. Nous les avons vers le Seigneur » – presse le prêtre de passer à l’action de grâces :
– Grátias agámus Dómino Deo nostro. Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.
– Dígnum et iústum est. C’est digne et juste.
Cette nouvelle injonction et sa réponse trouvent probablement leur origine dans le rituel juif, voire même dans le cérémonial civil.
En effet, l’expression « Rendons grâces… » introduisait déjà la prière d’action de grâces dans le rituel juif, et il était de pratique courante de répondre à une invitation à la prière par : « C’est digne et juste[25]. »
Par ailleurs :
Les appels de ce genre, les acclamations, jouaient de même, dans la culture antique, un rôle important. Il appartenait au peuple légalement assemblé de ratifier par acclamation une décision importante, une élection, une entrée en charge[26].
Ainsi, des expressions semblables furent employées à l’élection de l’empereur Gordien (238) ou de l’évêque d’Hippone[27]. C’est tout naturellement que la liturgie a repris à son compte cet usage :
Pareille acclamation du peuple [répond] parfaitement à la constitution de l’Église et à la nature de son culte. C’est l’Église assemblée qui veut rendre hommage à Dieu ; mais son organe, qui tient d’en haut ses pouvoirs, est le prêtre ou l’évêque placé à sa tête. Elle ne peut et ne veut agir que par son entremise et elle le confirme en manifestant son accord[28].
Par ailleurs, la réponse « Dignum et justum est… » indique la conscience que l’on a d’accomplir, par l’offrande du Saint Sacrifice, un « acte de convenance et de justice » à l’égard de Dieu[29].
8. La préface elle-même
En général
C’est le temps liturgique ou bien la fête du jour qui commande le choix de la préface. Il y a seize préfaces dans le missel romain (1962), auxquelles il faut ajouter quelques préfaces propres à certains diocèses ou pays. Au-delà des accents propres à l’occasion liturgique particulière, la préface aborde systématiquement deux thèmes fondamentaux, l’adoration et l’action de grâces :
d’un côté la conscience, foncièrement humaine, du devoir qui nous incombe de rendre à Dieu, notre Créateur et Seigneur, l’hommage de notre adoration ; c’est l’acte fondamental de toute religion et de tout culte ; d’autre part, la conviction proprement chrétienne de ne pouvoir, privilégiés et comblés que nous sommes par notre divine vocation dans le Christ, que remercier et encore remercier[30].
Les diverses préfaces partagent également une structure similaire[31]. En voici deux exemples :
| Préface de la Nativité | ||
| Introduction | Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : | Il est vraiment juste et nécessaire, c’est notre devoir et c’est notre salut, de vous rendre grâces toujours et partout, |
| Adresse | Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus : | Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant : |
| Développement | Quia per incarnáti Verbi mystérium, nova mentis nostræ oculis lux tuæ claritátis infulsit ut, dum visibíliter Deum cognóscimus, per hunc in invisibílium amórem rapiámur. | Car par le mystère de l’incarnation du Verbe un nouveau rayon de votre splendeur a brillé aux yeux de notre âme afin que, connaissant Dieu sous une forme visible nous soyons ravis par Lui en l’amour des choses invisibles. |
| Conclusion | Et ídeo cum Angelis et Archángelis, cum Thronis et Dominatiónibus, cumque omni milítia cæléstis exércitus, hymnum glóriæ tuæ cánimus, sine fine dicéntes. | C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec la troupe entière de l’armée céleste, nous chantons une hymne à votre gloire, redisant sans fin. |
| Préface du Carême | ||
| Introduction | Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : | Il est vraiment juste et nécessaire, c’est notre devoir et c’est notre salut, de vous rendre grâces toujours et partout, |
| Adresse | Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus : | Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant : |
| Développement | Qui corporáli jejúnio vitia cómprimis, mentem élevas, virtútem largíris et prǽmia : per Christum Dóminum nostrum. | Vous qui, par le jeûne corporel, réprimez les vices, élevez l’âme, accordez la force et la récompense : par le Christ notre Seigneur. |
| Conclusion | Per quem maiestátem tuam laudant Angeli, adórant Dominatiónes, tremunt Potestátes. Cæli cælorúmque Virtútes ac beáta Séraphim sócia exsultatióne concélebrant. Cum quibus et nostras voces ut admítti iúbeas, deprecámur, súpplici confessióne dicentes. | Par Lui les Anges louent votre majesté, les Dominations vous adorent, les Puissances se prosternent en tremblant. Les Cieux, les Vertus des cieux et les bienheureux Séraphins la célèbrent, unis dans une même allégresse. À leurs chants, nous vous prions, laissez se joindre aussi nos voix pour proclamer dans une humble louange. |
Introduction
« […] la préface romaine commence toujours par insister sur le caractère raisonnable et juste de notre hommage à Dieu : Vere dignum et iustum est, aequum et salutare. […] C’est la reprise de la réponse […] au Gratias agamus du prêtre : Dignum et istum est. […] Par elle, le prêtre confirme que l’hommage présenté à Dieu par l’assemblée réunie n’est que son dû[32]. »
Adresse
Cette introduction en forme de reprise s’achève généralement par une adresse solennelle, énumérant les titres divins :
« Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus. Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant. »
Développement
Le développement de la préface est le lieu où est évoquée la circonstance liturgique propre, qu’il s’agisse de la fête célébrée ou du temps liturgique. Ainsi, la préface de la Nativité mentionne « le mystère de l’Incarnation du Verbe », tandis que celle du Carême fait référence au « jeûne corporel ». Il s’agit principalement de rappeler les bienfaits divins, comme pour souligner le motif particulier de l’action de grâce qui s’exprime dans toute la préface.
Il n’est pas rare qu’une demande figure explicitement, ou du moins soit suggérée implicitement. Ainsi, la préface du Carême demande « la force et la récompense », tandis que celle de la Nativité appelle « l’amour des choses invisibles ».
Dans ce développement, le nom du Sauveur est presque toujours invoqué[33]. Il est en effet le médiateur de notre action de grâces, comme de nos demandes.
Nous ne présentons pas notre reconnaissance et notre hommage devant le trône de Dieu sans un intermédiaire ni comme un groupe quelconque d’humains en prière, mais nous l’offrons, en tant que communauté des rachetés, par Celui qui est notre rédempteur et notre chef, par le Christ notre Seigneur. [Lorsque] dans [certaines] préfaces des jours de fête, ce degré dans la marche ascensionnelle disparaît dans la joie de la fête ; il s’agit en effet toujours du mystère du Christ et il va de soi que c’est par lui que nous louons Dieu[34]. »
Conclusion
La préface se termine toujours par une association aux chœurs angéliques :
Nos louanges à Dieu s’achèvent en se perdant dans l’hymne de louange des chœurs célestes. C’est là un aspect de la grâce de notre salut dans le Christ, […] que par lui nous sommes associés aux esprits bienheureux du ciel et nous pouvons occuper les places des anges déchus : “Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, des myriades d’anges, de l’assemblée de fête et de la réunion des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux.”[35] Ainsi, dès cette vie, comme enfants de la Jérusalem d’en haut[36], surtout quand nous sommes assemblés pour célébrer la Nouvelle Alliance, nous pouvons mêler nos voix aux cantiques de louange des milices célestes[37]. »
9. Le Sanctus
La préface nous fait donc « pénétrer, une humble prière sur les lèvres, au milieu des esprits célestes […] et mêler nos voix à l’acclamation du trois fois Saint »[38]. Elle débouche naturellement sur le cantique du Sanctus.
Celui-ci est en réalité composé de deux parties, d’origines bien distinctes :
- Le Sanctus, à proprement parler :
« Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dóminus Deus Sábaoth. Pleni sunt cæli et terra glória tua. Hosánna in excélsis.
Saint, saint, saint le Seigneur, Dieu des Forces célestes, le ciel et la terre sont remplis de votre gloire. Hosanna au plus haut des cieux. »
- Le Benedictus :
« Benedíctus qui venit in nómine Dómini. Hosánna in excélsis.
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux. »
Origine du Sanctus
Le Sanctus est le chant des séraphins, que rapporte le prophète Isaïe[39], sans en être une citation exacte. Il constitue la suite de la Préface. Son usage liturgique est extrêmement ancien et l’on est en droit d’estimer que l’Église primitive chantait déjà le Sanctus. Une citation de saint Clément de Rome (4e pape, † vers 99) suggère en effet qu’il fait déjà partie à la fin du Ier siècle du fonds liturgique de la communauté chrétienne de Rome[40].
Sens du Sanctus
Le Sanctus exprime la crainte révérencielle à l’égard de Dieu. Rappelons-nous que les séraphins qui le chantent dans la vision du prophète Isaïe se voilent les yeux de leurs ailes, geste de révérence que reproduit en quelque manière le sous-diacre à la messe solennelle, qui se tient au bas de l’autel et porte devant ses yeux la patène enveloppée dans le voile huméral.
Tous les bienfaits et toutes les grâces dont nous avons à remercier Dieu ne sont en fin de compte que des manifestations de son être le plus intime, qui est toute lumière et clarté, intangible et sans tache, sainteté devant laquelle la créature ne peut que s’incliner dans le sentiment du plus profond respect[41].
La position inclinée du prêtre récitant le Sanctus signifie pareillement la révérence.
Origine du Benedictus
Le Benedictus semble inspiré directement des acclamations de la foule lors de l’entrée triomphale de Notre-Seigneur à Jérusalem[42]. L’usage liturgique du Benedictus est plus récent que celui du Sanctus. Probablement d’origine gallicane (Gaule), il est intégré dans la liturgie romaine depuis le VIIe siècle au moins. Le texte en lui-même est tiré, à l’origine, du Ps 117, 25.
Sens du Benedictus
Le Benedictus est un développement du Sanctus. Il s’agit de souligner que :
la gloire du Seigneur, dont sont remplis le ciel et la terre, n’a brillé sur terre de tout son éclat que lorsque le Fils de Dieu est venu à nous dans la chair. C’est pour cette raison que sa venue était saluée à Bethléem du Gloria des anges ; c’est pour la même raison que les foules l’acclamaient à Jérusalem, d’un mot emprunté aux psaumes, comme “Celui qui vient au nom du Seigneur”[43].
On peut aussi y voir une référence directe à l’action qui se déroule à l’autel, puisque, dans quelques instants, c’est le Fils de Dieu lui-même qui y sera réellement présent sous les apparences du pain et du vin. Bien que cela ne se pratique plus que rarement, il était auparavant d’usage, à la grand’messe, de ne chanter le Benedictus qu’après la consécration, ce qui soulignait cette signification.
Sens de l’acclamation Hosanna
Le Sanctus et le Benedictus sont ponctués de deux acclamations : « Hosanna in excelsis. Hosanna au plus haut des cieux. » Elles sont reprises à la foule accueillant Notre-Seigneur à Jérusalem.
Si Hosanna a pour sens primitif « sauve donc », sur les lèvres de la foule, il prend déjà le sens d’une acclamation – « Salut ! » – et d’une louange :
C’est une louange à Celui qui demeure dans les hauteurs, une louange à Dieu pour sa bénignité ; ainsi est-il dit de ceux qui étaient les témoins d’un miracle de Jésus : ils louaient et bénissaient Dieu[44].
Signe de croix
En disant le Benedictus, le prêtre fait le signe de croix, probablement parce que les paroles qu’il récite alors sont empruntée à l’évangile[45].
Quand l’Europe sanctionne les idées et s’indigne d’être sanctionnée
Lu sur Breizh info sous la plume de Balbino Katz :
Je suis dans ma cuisine, un matin de vent et de pluie fine, ce temps breton qui invite à la lenteur et aux plats qui prennent leur temps. Sur la table, un flanchet de bœuf soigneusement paré attend son destin. En Argentine, on l’appelle matambre, ce nom rude et tendre à la fois, tuer la faim, qui dit bien ce qu’il est, un plat de patience, roulé sur lui-même, farci de légumes simples, carottes, poivrons, œufs durs, herbes fraîches, puis serré comme un manuscrit ancien avant d’être confié au frémissement d’un court-bouillon. La cuisine, comme la politique, apprend la durée. Rien de bon ne sort de la précipitation.
Pendant que je dispose la farce et que je roule la viande avec le soin d’un relieur, l’ordinateur est ouvert sur le plan de travail. Je lis un article du Washington Post. Il y est question de la réaction indignée de l’Union européenne et du Royaume-Uni après l’annonce de sanctions américaines visant cinq individus, résidents en Europe, accusés d’avoir joué un rôle actif dans des politiques de censure touchant des citoyens américains, notamment des propriétaires ou des acteurs majeurs des réseaux sociaux. Les communiqués officiels parlent d’atteinte à la souveraineté, d’ingérence inadmissible, de précédent dangereux. Le ton est outré, presque offensé.
Je souris en nouant la ficelle autour du rôti. L’indignation européenne a parfois la mémoire courte. Ceux qui se posent aujourd’hui en victimes sont les mêmes qui, depuis des années, pratiquent une censure idéologique systématique, non seulement contre leurs propres ressortissants, mais aussi contre des étrangers jugés infréquentables. Il suffit d’observer les réseaux sociaux, les interdictions de conférences, les refus de visas, pour constater une constante, la plupart des personnes sanctionnées se situent à droite, hors du cercle des opinions autorisées.
L’exemple de Jared Taylor, fondateur d’American Renaissance, me revient à l’esprit tandis que l’eau commence à frémir dans la marmite. Il fut interdit d’entrée dans l’espace Schengen pour des raisons exclusivement idéologiques, empêché de participer à une conférence, non parce qu’il aurait commis un délit sur le sol européen, mais parce que ses idées étaient jugées inacceptables. Le même mécanisme a frappé Renaud Camus, interdit d’entrée au Royaume-Uni, non pour un trouble à l’ordre public matériel, mais pour ce que les autorités appellent pudiquement le bien public, cette notion élastique qui permet de sanctionner sans avoir à démontrer.
Ces décisions, prises au nom de la lutte contre la haine, ne relèvent pas du maintien de l’ordre, mais de la protection d’un ordre symbolique. Elles ne visent pas des actes, elles visent des paroles, des livres, des conférences, parfois même des intentions supposées. Elles disent clairement que certaines idées ne doivent pas circuler, même paisiblement, même dans le cadre d’un débat. Et ce sont précisément ces mêmes autorités qui crient aujourd’hui à l’injustice lorsque les États-Unis décident, à leur tour, de sanctionner des acteurs européens impliqués dans la censure de citoyens américains.
Je baisse le feu sous la marmite. Le matambre doit cuire lentement, sans bouillir, sous peine de se durcir. L’image me paraît presque trop évidente. L’Union européenne et le Royaume-Uni découvrent soudain ce qu’ils infligent depuis des années, des mesures politiques déguisées en décisions administratives, des exclusions fondées sur l’idéologie, non sur le droit commun. Leur indignation est d’autant plus malvenue qu’ils ont souvent justifié leurs propres interdictions par des arguments identiques à ceux qu’ils dénoncent aujourd’hui.
Je l’écris sans détour, je ne regrette qu’une chose, c’est que les États-Unis n’aient sanctionné que cinq personnes. L’arsenal de la censure européenne est autrement plus vaste, et ses responsables autrement plus nombreux. Je le dis avec d’autant plus de détachement que moi-même, sans tambour ni trompette, j’ai été interdit d’accès aux États-Unis par l’administration de Joe Biden. J’ai appris cette décision comme on apprend une contrariété bureaucratique de plus, sans colère, mais sans illusion. La liberté d’expression n’est jamais acquise, même chez ceux qui prétendent l’incarner.
Lorsque je ferme la marmite et que je laisse le plat poursuivre sa lente transformation, je pense à ce paradoxe de notre temps. L’Europe, qui se veut le continent des droits et des libertés, pratique une police des idées de plus en plus tatillonne. Les États-Unis, qui sanctionnent aujourd’hui, ont eux-mêmes leurs angles morts et leurs exclusions. Partout, le réel gêne. Partout, on préfère faire taire ceux qui le nomment plutôt que de s’y confronter.
Le matambre sera prêt dans quelques heures. Il se mangera froid, en tranches nettes, révélant la patience du geste initial. La politique, elle, continue de se nourrir de précipitation et d’hypocrisie. Entre deux tours de ficelle et un regard sur l’écran, je me dis que cuisiner reste l’un des rares actes où l’on peut encore respecter le temps long, sans décret, sans censure, sans indignation feinte.
Le nouveau massacre des innocents
Communiqué de l’association Droit de naître, du 27 décembre :
A la veille de la fête des Saints Innocents, 5000 personnes ont déjà signé ce Manifeste en défense des tout-petits, à l’initiative de l’association Droit de Naître.
Le sang des enfants à naître inonde nos rues. En 2025, plus de 250 000 bébés ont perdu la vie à cause de l’avortement.
C’est l’équivalent d’une grande ville comme Bordeaux ou Lille qui a été rayée de la carte. Dans l’indifférence totale des médias et des élus.
Année après année, le nombre des petites victimes de l’avortement explose.
En 2023, 243 623 « IVG » ont été pratiquées dans notre pays. En 2022, il y en avait eu 234 300, en 2021, 223 300, et en 2001, 202 180. En vingt ans, environ cinq millions de bébés français ont été supprimés avant de voir le jour.
Qui peut prétendre que la violation de l’interdit divin de tuer n’a aucune conséquence sur le présent et l’avenir de la France ?
Combien de femmes souffrent d’avoir pris une décision irréversible ? Combien de foyers sont endeuillés ?
Qui s’occupera donc de nos anciens ? Qui financera notre système de soins ? L’avortement n’a jamais été un « fait de société », encore moins un « progrès », c’est un suicide. Un « crime abominable » dit le Concile Vatican II. D’autres voies sont possibles.
Chez nos voisins, en Allemagne, en Italie, partout l’avortement régresse. En France, toutes les lois votées depuis 1975 vont en un sens unique : banaliser et promouvoir l’avortement.
Maintenant, cette horreur doit prendre fin. Des solutions alternatives doivent être envisagées pour permettre aux mamans de choisir la vie.
Avec l’ensemble des amis de Droit de Naître, et d’innombrables Français, j’appelle nos responsables publics à agir pour que cesse ce nouveau massacre des innocents.
La révolution liturgique n’a pas touché que la messe
Le 28 décembre, Terres de mission recevait Arnaud Boüan du Chef du Bos pour parler de son petit livre sur Perinaïk (paru aux Editions Trésors de nos Pères), compagne bretonne de Jeanne d’Arc qui mourut elle aussi sur le bûcher pour avoir refusé d’admettre que son amie était une sorcière.
Puis l’abbé Claude Barthe présente son ouvrage sur la réforme post-conciliaire des sept sacrements (Editions Contretemps). On sait que la liturgie de la messe a été profondément modifiée après Vatican II. Mais on sait moins que ce fut également le cas de l’ensemble des sacrements (notamment celui du baptême).
Que Dieu ait pitié de l’âme de Brigitte Bardot
Un hommage national, ou populaire, sera-t-il rendu à Brigitte Bardot, icône médiatique s’il en fut ? Le sujet divise les lecteurs du Figaro, enflamme la toile et réveille les haines recuites de la gauche bobo. Quoi qu’il en soit, l’émotion suscitée par cette disparition est révélatrice de notre époque. Le portrait de « la plus belle femme du monde » y renvoie, plus ou moins consciemment, à un monde disparu dont beaucoup de Français éprouvent la nostalgie. La France des années 60, sûre d’elle-même et joyeuse, ethniquement homogène, confiante en l’avenir et riche de ses enfants. La France des Trente glorieuses, grisée par son décollage économique et « lâchement soulagée » d’être, enfin, débarrassée du bourbier algérien. La France d’Alain Delon, de Jean-Paul Belmondo, de Jean Gabin et de Louis de Funès, des Tontons flingueurs et du Tour de France.
D’étranges paradoxes
L’enthousiasme ne va pas sans quelque malentendu. Beaucoup de ceux qui, peu ou prou, se retrouvent, à droite, dans cette France d’avant la créolisation généralisée et le melting-pot interculturel, chantent les louanges de la vedette iconique de « Et Dieu créa la femme ». Elle serait « Notre flamme. Notre drapeau ». Ils ne semblent pas toujours bien mesurer que si Babette n’est plus en guerre, elle a rejoint au panthéon des « femmes libérées » Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir et Simone Veil, parce qu’elle reste le symbole d’un changement de société qui est à l’origine des maux que, souvent, ils déplorent. La vie et l’œuvre de Brigitte Bardot ne sont-elles pas, en effet, l’exaltation assumée d’un individualisme exacerbé, d’une immoralité triomphante, d’une panne démographique revendiquée et d’une irreligion vécue, à défaut d’être proclamée ? Tout cela n’a-t-il pas débouché sur une vie qui n’a plus guère de sens, car le plaisir est fugace, et sur un appel d’air démographique que l’immigration de masse a irrésistiblement comblé, suscitant, corrélativement, le développement d’une religion, l’Islam, qui, elle, donne un sens à la vie… et à la mort ?
Observons en outre que ceux qui voient, de leur côté, en Brigitte Bardot la figure de l’émancipation de la femme, et la célèbrent comme telle, feignent symétriquement d’ignorer qu’il est parfaitement incohérent d’exalter, ad nauseam, le plaisir sexuel et le corps féminin tout en déplorant les conséquences ultimes de cette esclavagisation de la femme dont témoignent le phénomène Me too comme les frasques sordides de Jeffrey Epstein et de ses commensaux. « Jouir sans entraves » est un programme de vie qui ne peut logiquement déboucher que sur l’exploitation des plus faibles, l’exaltation des plus basses passions de la nature humaine, blessée, et, en définitive, la mort et le néant, pour les personnes comme pour les civilisations.
Notre sympathie devrait, certes, spontanément aller vers celle contre laquelle se déchaine au contraire la gauche morale qui stigmatise « l’amie des Le Pen », la« raciste », « l’islamophobe », la contemptrice des «valeurs républicaines » (Olivier Faure). Mais ce qui est reproché à Brigitte Bardot c’est en réalité de ne pas être allée jusqu’au bout de la logique dont elle avait accepté les principes, d’avoir refusé les ultimes conséquences d’une démolition dont elle avait été un des artisans. Ce n’est pas une raison pour en faire un modèle. La vérité n’est pas le contraire de l’erreur ! Ce serait si simple.
On aura les conséquences
L’hôte de la Madrague est en réalité une parfaite représentante de cette génération des boomeurs, à la fois héritiers et fossoyeurs d’un héritage qu’ils se sont révélés incapables d’assumer, attachés à certaines valeurs comme la nation ou la culture chrétienne mais inaptes à les transmettre parce que, chez eux, cet héritage n’était pas vivant et, qu’après tout, il passait après le plaisir et la jouissance immédiate. Ils laissent la place à des générations qui, elles, n’auront même pas reçu un cadre culturel traditionnel, en harmonie avec le bien commun de la société et la réalité anthropologique de chacun, et la comparaison leur est, de ce fait, parfois favorable. Reste que ces gens-là, ont, inconsciemment, bel et bien fait le lit de l’islam, sans même s’en rendre compte. Issue d’une famille de la bourgeoisie catholique, élevée dans le XVI ème arrondissement de Paris Brigitte Bardot est, ainsi, l’archétype d’une classe sociale qui, s’est ralliée aux valeurs dominantes de l’individualisme consumériste et hédoniste, au détriment des valeurs traditionnelles qui ont fait la grandeur et la prospérité de la France.
Une vie chaotique
Pour nous chrétiens, l’essentiel est pourtant ailleurs. Mgr François Touvet, évêque de Fréjus-Toulon, diocèse dans lequel vivait et s’est éteinte Brigitte Bardot, a publié un communiqué dans lequel il demandait à « Dieu d’accueillir Brigitte dans son Royaume éternel de paix et de lumière ». Pieuse pensée, certes, mais qui fait, une fois de plus (après Johnny Halliday, Jacques Chirac), l’impasse sur le fait que si la miséricorde de Dieu est infinie elle n’est pas sans conditions et qu’il serait du devoir de la hiérarchie catholique de le rappeler. L’une de ces conditions est de regretter ses péchés. Cela relève, bien sûr, du secret des âmes et nul ne peut en juger à la place de Dieu. Il est, pourtant, pour l’Eglise, imprudent (et c’est un manque de charité pour les survivants, à qui est due la vérité, comme à l’égard de l’âme de la défunte, pour laquelle il faudrait appeler à prier) de tenir pour acquis, sans autre forme de procès, le salut éternel de la plus célèbre des tropéziennes au vu de sa vie pour le moins chaotique. Depuis « Et Dieu créa la femme » tourné avec Roger Vadim en 1956 Brigitte Bardot n’a cessé, selon des modalités diverses, comme l’écrira un critique du Canard enchaîné de travailler avec des producteurs dont le rôle consistera à « déshabiller BB de manière à faire admirer toutes les fesses de son talent ». La « ravissante idiote » est devenue, partant, le symbole de la libération de la femme enfin maîtresse de son corps et libre d’en disposer comme il lui plaît. Elle multiplie les amants prestigieux : Roger Vadim, Jean-Louis Trintignant, Sacha Distel, Gilbert Bécaud, Serge Gainsbourg, pour finir, dans sa superbe propriété de la Madrague à Saint Tropez, entourée de ses animaux : chats, chiens, pigeons et accompagnée de son mari, Bernard d’Ormale, rencontré par l’intermédiaire de Jean-Marie Le Pen. Celle que l’on voudrait présenter comme modèle aux femmes françaises n’a eu en 1960 qu’un fils de l’acteur Jacques Charrier, Nicolas, dont elle n’a pas eu la garde. Agée de 25 ans elle avait, alors, déjà avorté deux fois et aucun médecin n’avait voulu prendre le risque d’un troisième avortement, alors illégal. Dans son autobiographie, Initiales B.B. la star avait évoqué son fils en des termes très durs. « J’aurais préféré accoucher d’un petit chien », comparant sa grossesse à « une tumeur » et « un cercueil ». Rien-là qui permette de la proposer en modèle.
Une démarche de foi
Rien, pourtant n’est impossible à Dieu, dont la grâce souffle où elle veut. Or, il semble qu’à la fin de sa vie Brigitte Bardot ait renoué avec la foi de son enfance. Dans sa propriété de la Madrague, elle avait fait construire une petite chapelle en l’honneur de la Très Sainte Vierge Marie qu’elle appelait « ma petite vierge ». Elle confiait en septembre 2024 au site Aleteia : « J’ai la foi (…) Je trouve que la messe a perdu de son mystère, une certaine chaleur d’âme. Quand j’étais enfant, j’allais à l’église avec mes parents tous les dimanches. J’ai le souvenir d’un mystère qui sortait de cet endroit magnifique. Le prêtre célébrait dos à nous, en latin. C’est dommage que l’on ait modernisé cela. La célébration face aux fidèles me donne l’impression d’une représentation théâtrale ». C’est cette Bardot là pour laquelle il nous appartient, aujourd’hui, de prier. Une autre artiste française de renommée internationale, à la vie tout aussi chaotique, Edith Piaf, nous a laissé un émouvant testament dans lequel elle regrettait sa vie absurde et dissolue, et en appelait à la miséricorde de Dieu. Qui sait si dans le secret de son cœur, Brigitte Bardot, n’a pas accompli la même démarche ? C’est donc, au-delà du tumulte médiatique, d’abord à la miséricorde de Dieu, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, refuge des pécheurs et consolatrice des affligés, que nous confions l’âme de Brigitte Bardot. Puisse-t-elle, par la grâce de Dieu, avoir recouvré au seuil du grand passage une part de l’innocence qui fut celle de son baptême !
« Là où le Christ n’est pas roi, le chaos règne »
Mgr Robert Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, a prononcé le 23 octobre lors de la Conférence sur l’identité catholique (C.I.C) qui se tient chaque année à Pittsburgh (Etats-Unis), une longue allocution au cours de laquelle il a courageusement déclaré : « Là où le Christ n’est pas roi, le chaos règne ». En voici quelques extraits significatifs :
« On parle beaucoup des crises de notre époque : divisions politiques, incertitudes économiques, menace de guerre. Pourtant, sous ce tumulte se cache une crise plus profonde, souvent négligée : une crise spirituelle. Comme l’observait mon héros Chesterton, nous avons tendance à nous préoccuper des mauvais dangers. Nous craignons les guerres et les effondrements financiers, alors que la véritable menace est la corruption morale et spirituelle qui ronge l’âme.
« A la base, notre monde moderne a négligé la dimension spirituelle. Ce n’est pas tant le chaos qui nous entoure que le vide intérieur qui déstabilise la société. Les gens se perdent car ils ne savent plus pourquoi ils sont là – un problème profondément spirituel. Nous avons besoin d’idéaux plus élevés et d’une boussole morale, et non de simples slogans politiques. Lorsque l’humanité détourne le regard de Dieu, un vide se crée, comblé par des substituts : idéologies, modes et obsessions qui masquent le malaise sans jamais le guérir. »
Et de préciser sa pensée en citant cette phrase de Chesterton :
« L’idolâtrie ne se commet pas seulement en érigeant de faux dieux, mais aussi en érigeant de faux démons ; en faisant craindre aux hommes la guerre, l’alcool ou les lois économiques, alors qu’ils devraient craindre la corruption spirituelle et la lâcheté. »
« Cette remarque spirituelle de 1909 résonne aujourd’hui comme une prophétie. Nous identifions toutes sortes d’ennemis terrestres – du changement climatique aux épidémies virales – et nous nous mobilisons contre eux, tout en ignorant les ennemis invisibles de l’âme : l’absurdité de la vie, la décadence morale et le désespoir. C’est comme si l’humanité s’affairait à éteindre un petit feu dans le jardin, tandis que les fondations de la maison – le socle spirituel – s’affaissent lentement. »
D’où cette conséquence :
« Puisque la racine de la crise est spirituelle, la solution doit l’être aussi. C’est, au fond, un combat pour l’âme. On peut voter des centaines de lois et inventer des merveilles technologiques, mais si l’âme est malade, les symptômes ne cesseront de réapparaître. Nous le constatons clairement : la prospérité et la science ont accompli beaucoup, mais le malaise intérieur et la confusion morale n’ont pas diminué. En réalité, à mesure que les gens font moins confiance à Dieu, ils font confiance à tout le reste. Chesterton a bien saisi ce paradoxe : quand les hommes cessent de croire en Dieu, ils ne croient pas en rien ; ils croient en n’importe quoi.
« On le constate partout. Là où les bancs des églises se vident, les gourous du développement personnel, les sites d’horoscope et les “spiritualités” à la mode pullulent. La soif humaine de sens demeure, même quand on rejette le Christ. Mais les substituts – qu’il s’agisse d’une foi aveugle dans le marché, d’un culte de la science érigé en sauveur tout-puissant ou d’expériences ésotériques – ne peuvent remplacer le Christ. Ils sont comme du sel sans saveur. »
« Là où le Christ est absent, les choses tournent mal. Là où le Christ n’est pas roi, le chaos règne. Et cela, mes chers amis, c’est ce que nous appelons la modernité. »
« Chesterton, converti au catholicisme, était catégorique : adapter l’Eglise à chaque mode est vain. “Nous ne voulons pas, comme le disent les journaux, une Eglise qui suit le monde. Nous voulons une Eglise qui fasse bouger le monde.” Autrement dit : une Eglise gagne en crédibilité non pas en se faisant l’écho du monde, mais en le corrigeant. Nous avons besoin d’une foi qui nous avertit lorsque nous avons tort, et non d’une foi qui se contente de nous rassurer lorsque nous sommes déjà d’accord. »
Et de terminer son discours sur un vibrant : Viva Cristo Rey !
2026, année de l’euthanasie ?
C’est le voeu qu’a osé formuler Emmanuel Macron hier :
Je veillerai tout particulièrement à ce que plusieurs grands chantiers puissent aboutir. Nous verrons les premiers pas du service national pour l’engagement de nos jeunes, qui renforcera le lien entre nos armées et la nation. Nous protégerons nos enfants et nos adolescents des réseaux sociaux et des écrans. Nous irons, enfin, au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité, sujet sur lequel je m’étais engagé, devant vous en 2022.
Le monde ne se sauve pas en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement d’accueillir chacun
Extrait de l’homélie du pape Léon XIV ce matin en la basilique Saint-Pierre :
[…] En ce début d’année, alors que nous nous mettons en route vers les jours nouveaux et uniques qui nous attendent, demandons au Seigneur de sentir à chaque instant, autour de nous et sur nous, la chaleur de son étreinte paternelle et la lumière de son regard bienveillant, afin de comprendre de mieux en mieux et d’avoir toujours à l’esprit qui nous sommes et vers quelle destinée merveilleuse nous avançons (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 41). Mais en même temps, rendons-Lui gloire par la prière, par la sainteté de notre vie et en devenant les uns pour les autres le reflet de sa bonté.
Saint Augustin enseignait qu’en Marie « le créateur de l’homme est devenu homme afin que, bien qu’Il soit le maître des étoiles, Il puisse téter le sein d’une femme ; bien qu’Il soit le pain (cf. Jn 6, 35), Il puisse avoir faim (cf. Mt 4, 2) ; […] pour nous libérer même si nous sommes indignes » (Sermon 191, 1.1). Il rappelait ainsi l’un des traits fondamentaux du visage de Dieu : celui de la gratuité totale de son amour par lequel il se présente à nous – comme j’ai tenu à le souligner dans le Message de cette Journée Mondiale de la Paix –, “désarmé et désarmant”, nu, sans défense comme un nouveau-né dans son berceau. Et cela pour nous enseigner que le monde ne se sauve pas en aiguisant les épées, en jugeant, en opprimant ou en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement de comprendre, de pardonner, de libérer et d’accueillir chacun, sans calcul ni crainte.
Tel est le visage de Dieu que Marie a laissé se former et grandir dans son sein, changeant complètement sa vie. C’est le visage qu’elle a annoncé par la lumière joyeuse et fragile de son regard de future mère ; le visage dont elle a contemplé la beauté jour après jour, tandis que Jésus grandissait dans sa maison, enfant, adolescent et jeune homme ; et qu’elle a ensuite suivi avec son cœur d’humble disciple, alors qu’Il parcourait les sentiers de sa mission, jusqu’à la croix et à la résurrection. Pour cela, elle aussi a abaissé toutes ses défenses en renonçant à ses attentes, à ses prétentions et à ses garanties – comme savent le faire les mères -, en consacrant sans réserve sa vie à son Fils qu’elle a reçu par grâce, afin de le redonner à son tour au monde.
Dans la Maternité Divine de Marie, nous voyons la rencontre de deux immenses réalités “désarmées” : celle de Dieu qui renonce à tous les privilèges de sa divinité pour naître selon la chair (cf. Phil 2, 6-11), et celle de la personne qui, avec confiance, embrasse totalement sa volonté, Lui rendant l’hommage, dans un acte parfait d’amour, de sa plus grande puissance : la liberté.
Saint Jean-Paul II, méditant sur ce mystère, invitait à regarder ce que les bergers avaient trouvé à Bethléem : « La tendresse désarmante de l’Enfant, la pauvreté surprenante dans laquelle Il se trouve, l’humble simplicité de Marie et de Joseph » ont transformé leur vie en faisant d’eux des « messagers du salut » (Homélie lors de la messe de Marie, Mère de Dieu, 34e Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2001).
Il le disait à la fin du grand Jubilé de l’an 2000, avec des mots qui peuvent nous faire réfléchir nous aussi : « Combien de dons – affirmait-il – combien d’occasions extraordinaires le grand Jubilé a-t-il offert aux croyants! Dans l’expérience du pardon reçu et donné, dans le souvenir des martyrs, dans l’écoute du cri des pauvres du monde […] nous avons nous aussi ressenti la présence salvifique de Dieu dans l’histoire. Nous avons comme touché de façon tangible son amour qui renouvelle la face de la terre » (ibid.), et il concluait : « Comme aux pasteurs qui accourent pour l’adorer, le Christ demande aux croyants, auxquels il a offert la joie de le rencontrer, une disponibilité courageuse afin de repartir pour annoncer son Évangile, ancien et toujours nouveau. Il les invite à vivifier l’histoire et les cultures des hommes avec son message salvifique » (ibid.).
Chers frères et sœurs, en cette fête solennelle, au début de la nouvelle année, à l’approche de la fin du Jubilé de l’espérance, approchons-nous avec foi de la crèche comme le lieu par excellence de la paix “désarmée et désarmante”, lieu de bénédiction où nous nous souvenons des prodiges que le Seigneur a accomplis dans l’histoire du salut et dans notre existence, afin de repartir comme les humbles témoins de la grotte, en « glorifiant et louant Dieu » (Lc 2,20) pour tout ce que nous avons vu et entendu. Que ce soit notre engagement, notre résolution pour les mois à venir, pour notre vie chrétienne.
Les raisons de la discrétion magistérielle sur la royauté temporelle du Christ
De Guillaume de Thieulloy dans L’Homme nouveau à propos du centenaire de l’encyclique Quas Primas :
[…] Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette doctrine n’est plus guère professée par l’Église enseignante. Le magistère préfère aujourd’hui repousser la Royauté du Christ à la fin des temps – ce que laisse deviner la transformation de la fête liturgique passée du Christ-Roi des nations, célébré le dernier dimanche avant la Toussaint, au Christ-Roi de l’univers, célébré le dernier dimanche de l’année liturgique. Certes, les deux notions ne sont pas antithétiques et le Christ règne bel et bien à la fois sur l’univers et sur les nations, mais il est clair que les accentuations sont assez différentes. Examinons donc plus en détail les raisons de cette discrétion du magistère sur la dimension politique de la Royauté christique.
La première consiste à considérer que cet enseignement est peu ou prou périmé. On se souvient qu’autour du concile Vatican II, beaucoup de voix « autorisées » ont parlé de « fin du constantinisme » (en référence à l’empereur Constantin qui mit un terme aux persécutions avant que ses successeurs fassent du christianisme la religion officielle de l’empire). Soit que l’on considérât que l’Église s’était compromise avec les pouvoirs temporels et qu’elle devait revenir à la pureté des origines, soit que l’on considérât, du moins, qu’il n’existait quasiment plus de pouvoirs temporels chrétiens et qu’il était temps d’opter pour une autre stratégie d’évangélisation. À vrai dire, cette idée paraît beaucoup moins évidente aujourd’hui. D’une part, on ne saurait prétendre que les nouvelles stratégies pastorales aient été particulièrement fructueuses. D’autre part, quel crédit accorder à une Église qui aurait erré pendant quinze siècles ?
Il reste qu’il est parfaitement possible qu’un enseignement magistériel se « périme », au sens où plus personne ne le professe. On peut évoquer en ce domaine le millénarisme (l’idée, que décrit l’Apocalypse, de mille ans de règne temporel du Christ avant la fin du monde) qui fut professé par la plupart des Pères de l’Église avant d’être contesté par saint Augustin. On peut aussi, dans l’ordre théologico-politique, rappeler que les papes du Moyen Âge défendaient la fameuse théorie des deux glaives subordonnant strictement le pouvoir temporel des princes à leur propre pouvoir spirituel et que cette théorie n’est plus guère professée depuis saint Robert Bellarmin et la théorie du pouvoir indirect.
J’y reviendrai mais, selon moi, il n’est pas possible de considérer que la Royauté sociale du Christ soit périmée en ce sens sans entraîner l’effondrement de tout le dogme.
La seconde raison de la discrétion magistérielle sur cette royauté temporelle du Christ concerne l’enseignement de Vatican II sur la liberté religieuse. On sait que la déclaration Dignitatis humanae reste l’un des textes les plus controversés du Concile. Je ne prétends pas trancher, dans un article si court, des débats subtils et passionnants. Mais il est sûr que la tonalité de la déclaration conciliaire diverge fortement de celle de Quas Primas. S’il existe un droit de chaque personne humaine à professer en public comme en privé une fausse religion, on voit mal comment cela serait compatible avec la souveraineté du Christ sur les nations. Il devient assez logique de repousser celle-ci à la fin des temps. Pourtant, ce n’est pas si simple. D’abord, parce que Dignitatis humanae commence par rappeler que les sociétés temporelles sont tenues de professer la foi catholique lorsqu’une grande part de leurs sujets en ont reconnu la vérité. Mais, surtout, la Royauté sociale du Christ s’oppose bien davantage au laïcisme et au refus des autorités politiques de laisser l’Église prêcher la vérité qu’à la liberté religieuse proprement dite. Au demeurant, l’exemple américain, bien qu’il soit loin d’être certain qu’il soit devenu le modèle des relations Église-État (après avoir été condamné sous le nom d’américanisme par Léon XIII !), montre que des sociétés « laïques » peuvent fort bien être conformes à l’esprit comme à la lettre de Dignitatis humanae, tout en rendant périodiquement hommage à la souveraineté du Christ – comme on voit les présidents américains le faire dans leurs prières publiques. S’il est donc assez facile de comprendre pourquoi l’enseignement de Pie XI est aujourd’hui pratiquement passé sous silence, il n’est pas moins aisé de relever que rien ne s’opposerait à ce qu’il soit, au contraire, professé avec autorité.
Reste à savoir si ce serait opportun et si cet enseignement demeure d’actualité.
Selon moi, il n’est tout simplement pas possible que cet enseignement soit « périmé », ni que l’Église s’abstienne de le professer clairement. Occulter la Royauté sociale du Christ n’est pas bien différent de ce que faisait jadis Voltaire avec son « Grand Horloger » : on veut bien admettre que Dieu a créé le monde et qu’il jugera tous les hommes à la fin des temps mais, dans l’intervalle, il est, si j’ose dire, prié de se tenir à distance. Cela n’a aucun sens. Si, par impossible, le Dieu éternel et créateur cessait de penser à ses créatures, celles-ci retourneraient au néant : il n’est pas possible de penser l’acte créateur de Dieu sans penser à la Providence qui nous maintient dans l’être. Si la Royauté du Christ ne sera pleinement reconnue que dans la gloire de l’Église triomphale, elle ne peut être repoussée à la fin des temps sans être réduite à l’insignifiance. Par ailleurs, tout se passe comme si les évêques contemporains considéraient que l’Église ne doit plus « s’occuper de politique ». Il serait pourtant étrange que la religion du Dieu incarné laisse de côté un pan aussi important de la vie des hommes. De même qu’il y a un art chrétien, une morale chrétienne, il existe une politique chrétienne. Et aussi une politique antichrétienne contre laquelle nous avons le devoir de rappeler, à temps et à contre-temps, la souveraineté du Christ.
On devine, à travers bien des pudeurs épiscopales, qu’une sorte d’amalgame s’est opéré entre la Royauté sociale du Christ, la chrétienté et le Moyen Âge. Mais ce sont trois choses différentes. Le Christ règne sur toutes les sociétés. Y compris sur celles qui l’ont chassé : comme disait le cardinal Pie : « Si le Christ ne règne par les bienfaits de sa présence, il règne par les méfaits de son absence. » La chrétienté est une société où princes et sujets tentent de laisser toute sa place à la Royauté du Christ – malgré le péché qui demeure et qui empêche que cette royauté soit « tout en tous ». Bien sûr, le Moyen Âge fut la période qui s’approcha le plus de cet idéal mais « tout restaurer dans le Christ » n’impose pas d’abandonner l’énergie nucléaire ou nos connaissances en génétique !
La Royauté sociale du Christ n’est, en somme, rien d’autre que l’acceptation d’une morale politique – car la loi évangélique ne se réduit pas à la morale conjugale ! – et, corollairement, le refus du totalitarisme. En particulier, elle s’oppose frontalement à « l’alliance entre la démocratie et le relativisme éthique » naguère dénoncée par Jean-Paul II dans Veritatis Splendor, à cette « démocratie sans valeurs [qui] se transforme facilement en totalitarisme déclaré ou sournois » – où le Parlement prétend pouvoir dire le vrai et le faux, le bien et le mal. Si nos évêques prêtent attention aux « signes des temps », ils devraient remettre au goût du jour l’enseignement de Quas Primas qui n’a jamais été si actuel !
Les points de comparaison de la France de 2025 et celle de 1789

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