Anastasis est un collectif de chrétiens, qualifiés pudiquement par La Nef d’ « engagés à gauche »[1], et à qui Famille Chrétienne a consacré un article très positif[2], les présentant comme des altermondialistes militants, sans mentionner de problème doctrinal potentiel. Anastasis précise dans son manifeste fondateur[3] : « la grande majorité d’entre nous est catholique, certains appartiennent aux traditions protestantes ou orthodoxes », et cite parmi ses traditions[4] la théologie de la libération, l’anarchisme chrétien, le communisme chrétien, et la théologie de la libération noire. Anastasis est présent au Congrès Mission 2025.
Que les choses soient claires, l’objectif n’est pas ici d’avoir un avis général sur ce collectif. Concernant ses aspects positifs, il suffit de lire La Vie, La Croix, Témoignage Chrétien, Golias, le Pèlerin, et autres. L’objectif ici est de recenser des aspects doctrinaux problématiques de ce collectif, sans prétendre toutefois à l’exhaustivité.
Anastasis avait publié un ouvrage en mai 2025, Urgence évangélique, qui a été critiqué dans l’article de La Nef susmentionné. Elisabeth Geffroy a ainsi vu dans cet ouvrage « un fonds de référentiel marxiste qui leur fait prêter le flanc aux critiques formulées par le Magistère à l’encontre des catholiques qui s’en remettent trop imprudemment aux outils d’analyse de Marx ». Ce à quoi le collectif a répondu de manière relativement virulente[5], se défendant d’être marxiste. Il faut dire que c’est effectivement un des principaux terrains glissants d’Anastasis.
Le collectif co-signe en 2023 un texte affirmant notamment : « Le message essentialisant du magistère, prônant une “complémentarité des sexes”, entretient l’homophobie, discrimine les femmes et les minorités sexuelles ».
Anastasis a lancé en 2023 le Festival des Poussières, qui a pris peu à peu son indépendance organisationnelle en grossissant. Son slogan est « Evangile et révolutions », le dernier mot étant au pluriel ou non selon les versions. En 2023, le Comité de la Jupe y animait 3 ateliers : théologie féministe, Place des femmes dans l’Eglise, et Place des personnes LGBTQIA+ dans l’Eglise. En 2024, une laïque y avait donné une homélie, à rebours de toute règle liturgique et canonique, et une prière queer en langage inclusif avait été expérimentée, ainsi qu’une prière musulmane, et une liturgie réécrite pour ne pas parler qu’au masculin. Les participants s’étaient vus proposer des ateliers « Pour une théologie (critique) de la police » ou « Faire lieu d’Islam en France », des conférences « Construire un antifascisme chrétien » ou « Chrétien·nes au coeur des luttes ». Durant l’édition 2025, les 600 participants avaient pu assister à des tables rondes comme « La morale catholique favorise-t-elle les violences sexuelles ? », « Opprimés de tous les pays, unissez-vous : quel internationalisme pour notre temps ? », « La récupération identitaire des Chrétiens d’Orient », un atelier comme « Théologie lesbienne et amitié », une proposition spirituelle comme « Yoga et souffle ».
Le collectif Anastasis propose aussi sur son site internet « des articles de réflexion politique à la lumière de la foi et de la théologie chrétienne » comme le déclare son manifeste fondateur. Et plusieurs de ces articles sont problématiques à des degrés divers. En voici quelques-uns des pires de ces dernières années.
”Sufjan Stevens et la sensualité du christianisme”. Un texte qui va jusqu’à qualifier de « diabolique » et d’ « antichrétien » le paragraphe 2357 du Catéchisme de l’Eglise Catholique consacré à l’homosexualité, et qui mobilise l’image eucharistique pour valider l’éros homosexuel comme lieu de rencontre avec Dieu au même titre que la prière.
”Comment lire une exhortation apostolique ? Pour une herméneutique de la discontinuité”. Un renversement complet de la règle de lecture de la Tradition, en contradiction flagrante avec l’enseignement de l’Eglise.
”Synode : et les femmes ?” Un appel à la détermination « d’une manière bisexuelle ou trans-sexuelle » d’un Père qui engendre son Fils.
”Sur la question de l’avortement”. Une grande discussion se voulant pluraliste mais relativisant fortement le commandement de Dieu lui-même : « Tu tueras pas ».
Trois articles tendant à « réduire l’Évangile à une réalité essentiellement terrestre » comme le condamnait Libertatis Nuntius en 1984 : ”La guerre des classes et la révolution à venir” ; ”Situation pré-révolutionnaire, urgence théologico-politique, exigence évangélique” ; et ”La propriété privée et ses dommages”.
”La nouvelle ecclésiologie et la possibilité du conflit dans l’Église”, une republication du texte du jésuite Jon Sobrino dont est saluée la « clairvoyance » sans aucune critique, alors même que ce théologien avait été condamné par Rome en 2007 pour des insuffisances doctrinales justement sur l’ecclésiologie et la christologie.
”Ce qu’est la communion”, un texte sur la pensée du communiste Mario Tronti, sans aucun recul ou mise en garde sur sa confusion entre l’espérance eschatologique et sa « foi » révolutionnaire communiste.
Que le lecteur se fasse sa propre conclusion sur les hétérodoxies que véhicule ce collectif.
Laurent Dastros
Article publié sur Substack (https://laurentdastros.substack.com/p/collectif-chretien-anastasis-recension)
[1] https://lanef.net/2025/08/29/chretiens-et-marxistes-limpossible-compromis/
[2] https://www.famillechretienne.fr/41191/article/le-collectif-anastasis-bouscule-les-codes-de-la-contestation
[3] https://collectif-anastasis.org/manifeste/
[4] https://collectif-anastasis.org/nos-traditions/
[5] https://collectif-anastasis.org/2025/10/31/il-etait-une-fois-des-catholiques-marxistes/
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