Le chrétien et la franc-maçonnerie : peut-on servir deux maîtres ?
La question est délicate, car il convient ni de caricaturer la franc-maçonnerie, ni de fermer les yeux sur ce qu’elle représente. Elle mérite d’être abordée sous plusieurs angles à la fois : le droit, le fonctionnement organisationnel, et l’orthodoxie biblique.
Une secte ? Précisions sociologiques et juridiques
Le terme « secte » mérite prudence. D’un point de vue sociologique et légal, la franc-maçonnerie ne repose sur aucun gourou, n’exerce aucune emprise mentale destructrice et s’interdit d’imposer un dogme. Ses membres y entrent et en sortent librement. Elle s’apparente davantage à une société de pensée initiatique et philosophique, rassemblant des obédiences très diverses qu’il serait excessif de ranger dans une même catégorie. Néanmoins, l’usage de rites, le culte du secret et une hiérarchie stricte alimentent fréquemment cette suspicion populaire. Cette précision sociologique, si elle est honnête, ne règle cependant pas la question spirituelle qui se pose au croyant.
Le vrai problème : des principes inconciliables
Le véritable enjeu n’est pas de qualifier juridiquement la franc-maçonnerie, mais d’examiner ses principes à la lumière des Écritures. La Bible met le croyant en garde contre tout système prétendant conduire l’homme vers la lumière en dehors de la révélation de Dieu :
« Ta parole est une lampe à mon pied, et une lumière à mon sentier » (Psaume 119:105).
Pour le chrétien, la lumière n’est pas une connaissance secrète à conquérir, mais une Personne : Jésus-Christ, qui déclare :
« Moi, je suis la lumière du monde » (Jean 8:12).
Plusieurs points de tension théologique se dégagent.
Le salut et la révélation.
Pour le chrétien, le salut s’obtient exclusivement par la grâce de Dieu au travers de la foi en Jésus-Christ (Éphésiens 2:8). Or le cheminement maçonnique repose sur une quête d’illumination et de perfectionnement personnel par la connaissance symbolique, une progression initiatique degré après degré, ce qui contourne la centralité de la Croix.
L’Évangile ne présente pas plusieurs chemins vers Dieu :
« Il y a un seul Dieu, et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Christ Jésus » (1 Tim. 2:5).
La foi chrétienne repose sur une révélation reçue, tandis que l’initiation maçonnique implique une démarche progressive de recherche personnelle. Cette différence n’est pas secondaire : elle touche à la nature même de la vérité.
La nature de Dieu.
La maçonnerie invoque le « Grand Architecte de l’Univers », notion déiste et syncrétique pouvant assimiler toutes les divinités. Pour le croyant attaché à la Bible, Dieu n’est pas un concept philosophique modulable au gré des sensibilités, mais le Père céleste révélé de manière unique et définitive en Christ.
Les serments secrets.
Le chrétien est appelé à s’engager devant Dieu dans la clarté. Prêter serment d’allégeance ou de secret, fût-ce sous des formes symboliques, contredit l’enseignement de Jésus : « Que votre parole soit oui, oui ; non, non » (Matthieu 5:37).
La position des institutions.
L’Église catholique a formulé sur ce point une position particulièrement nette. La Congrégation pour la Doctrine de la foi, dans sa déclaration du 26 novembre 1983, a maintenu que les principes maçonniques sont inconciliables avec la doctrine de l’Église et que l’appartenance à une association maçonnique demeure interdite aux fidèles catholiques. Les Églises protestantes évangéliques partagent ce constat de rupture.
Respecter les personnes sans approuver le système
Le problème n’est donc pas de savoir si tous les francs-maçons sont de mauvaises personnes. Beaucoup peuvent rechercher sincèrement le bien, la fraternité et la justice. Le chrétien doit respecter les personnes engagées dans ces loges. Mais respecter une personne ne signifie pas approuver son système. Paul écrit aux Colossiens et il avertit :
« Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie » (Colossiens 2:8).
Un seul maître
Le disciple de Jésus n’a pas besoin d’une lumière supplémentaire cachée derrière des symboles : il possède Christ. Il n’a pas à monter degré après degré vers une vérité secrète ; en Christ, « tous les trésors de la sagesse et de la connaissance sont cachés » (Colossiens 2:3).
En somme, bien que la franc-maçonnerie ne constitue pas une secte au sens moderne et coercitif du terme, l’engagement dans une loge impose des compromis spirituels et philosophiques irréconciliables avec une foi fondée sur la suprématie et la suffisance de l’Évangile. Sans employer à la légère le mot « secte », il faut donc répondre avec gravité : un chrétien qui veut demeurer fidèle à l’Évangile ne devrait pas s’engager dans la franc-maçonnerie. Non par mépris pour ceux qui en sont membres, mais parce que le Seigneur Jésus ne demande pas une double appartenance. Il demande le cœur tout entier :
« Nul ne peut servir deux maîtres » (Matthieu. 6:24).
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