Partager cet article

Tribune libre

Le président polonais Karol Nawrocki : « Combattre Dieu et l’Église, c’est combattre l’armée polonaise »

Le président polonais Karol Nawrocki : « Combattre Dieu et l’Église, c’est combattre l’armée polonaise »

Le 3 août, Karol Nawrocki a lié la sécurité de la Pologne à la foi, en disant à des soldats que
combattre Dieu et l’Église, c’était aussi combattre l’armée polonaise. C’est un exemple de plus du fait
que, malgré la neutralité formelle de la République polonaise en matière de religion, les présidents de
ce pays ne craignent pas de se référer publiquement à Dieu et à l’Église. Et cela ne choque personne
en Pologne, où règne un modèle de laïcité complétement différent du modèle français.

Le lundi 3 août, sur la place du Château à Varsovie, le président Karol Nawrocki a remis son étendard
à la 18e brigade de défense territoriale de la capitale. Les Troupes de défense territoriale (WOT)
constituent la cinquième composante des forces armées de la République de Pologne. Elles se
composent principalement de soldats volontaires, qui s’occupent entre autres de la lutte contre les effets des catastrophes naturelles. Elles ont toutefois été créées avant tout en réponse à la menace de guerre hybride venant de la Russie. C’était en réaction à ce qui se passait en Ukraine à partir de 2014. Comme les soldats des WOT sont des personnes qui mènent avant tout une vie de civils et qui servent près de leur lieu de résidence, ils peuvent aussi potentiellement servir d’appui local à l’Armée de Terre ou, en cas de besoin, mener une guerre de partisans sur les arrières de l’ennemi.

En remettant l’étendard à la 18e brigade de défense territoriale de la capitale, le 3 août à Varsovie, le président polonais a déclaré aux soldats, aux officiels, aux évêques et au public assemblés : « C’est ainsi que vous portez cette belle tradition inscrite dans l’histoire de l’Armée de l’Intérieur [l’Armia Krajowa, AK, mouvement polonais de résistance organisée qui combattait pendant la Seconde Guerre mondiale l’occupant allemand sous le commandement du gouvernement de la République de Pologne en exil à Londres, ndlr] et la disponibilité à défendre notre capitale. Mais sur l’étendard est aussi inscrite la devise autour de laquelle les soldats polonais se sont mobilisés au fil des siècles.
C’est Dieu, Honneur et Patrie, et Notre-Dame de Grâce, patronne de notre capitale, Varsovie. Je le
rappelle : Dieu, Honneur et Patrie. Oui, Dieu y figure, et ici les évêques sont avec nous.

Car combattre Dieu et l’Église catholique c’est combattre l’armée polonaise. Les soldats polonais se
sont toujours mobilisés, et se mobilisent encore aujourd’hui, autour de ce qui est sacré. Et ce que je
dis ici n’est pas une tentative d’évangéliser qui que ce soit, y compris vous, chers soldats.
Moi, pécheur, je ne suis pas digne de vous évangéliser, surtout en présence des évêques. Mais ce que je dis ici est une tentative de faire prendre conscience à tous qu’autour de Dieu, de l’Honneur,
de la Patrie et de Notre-Dame de Grâce se rassemblent aujourd’hui sur la place du Château
également les soldats de la défense territoriale de la 18e brigade. Car les valeurs chrétiennes font
partie de notre magnifique tradition nationale. »

Une messe pour commencer la présidence

Karol Nawrocki est historien et ancien président de l’Institut polonais de la mémoire nationale (IPN).
Il était soutenu par le parti conservateur Droit et Justice (PiS). Il est devenu président après sa victoire au second tour de l’élection présidentielle, le 1er juin 2025, grâce au soutien de tous les candidats de droite du premier tour.

Sa présidence a commencé par une sainte messe. Celle-ci a été célébrée le 6 août 2025,
immédiatement après sa prestation de serment, en l’archicathédrale Saint-Jean-Baptiste de Varsovie, à l’intention de la patrie et du nouveau président.

Elle était présidée par le primat de Pologne, Mgr Wojciech Polak, et l’homélie a été prononcée par
l’archevêque métropolitain de Varsovie, Mgr Adrian Galbas. Parmi les participants figurait également
le président précédent, Andrzej Duda.

La présidence d’Andrzej Duda avait commencé dans un cadre religieux semblable. En 2015, dans la
même archicathédrale, l’homélie avait alors été prononcée par le primat Wojciech Polak.

La présence du même primat lors des deux inaugurations peut être lue comme un signe de
continuité dans les relations entre l’Église catholique et la fonction présidentielle, surtout lorsque cette fonction est assumée par des hommes politiques du camp conservateur.

Le sanctuaire de Jasna Góra et la tombe de Jean-Paul II

Nawrocki, comme son prédécesseur, ne s’est toutefois pas limité à une seule cérémonie religieuse.
Comme l’a fait savoir la Chancellerie du président de la Pologne, la veille de son entrée en fonction, le 5 août 2025, le président élu avait participé à l’Appel de Jasna Góra. Il s’agit de la prière quotidienne du soir au sanctuaire de Częstochowa, où se trouve l’icône de Notre-Dame de Częstochowa, également connue sous le nom de Vierge noire de Częstochowa et particulièrement vénérée par les Polonais.

Comme l’a rapporté alors l’agence de presse catholique polonaise KAI, la méditation était conduite
par le père paulin Arnold Chrapkowski, qui a prié pour Nawrocki, demandant pour lui « la fidélité à Dieu et à la Constitution, le souci de la dignité de la nation, de l’indépendance et de la sécurité de l’État ».

Karol Nawrocki est retourné à Częstochowa, cette fois en tant que président en exercice de la Pologne, le 10 janvier 2026, à l’occasion du pèlerinage annuel des supporters de football à Jasna Góra. Comme l’a relaté l’hebdomadaire « Wprost » sur son site, un prêtre lui a offert avant la messe une écharpe portant l’inscription « Ciebie Boga wysławiamy » (« Nous te louons, Dieu », premiers mots du Te Deum en polonais). Selon l’agence de presse polonaise PAP, le président est supporter de deux clubs de football : le club polonais Lechia Gdańsk et le club anglais de Chelsea. S’adressant aux personnes rassemblées en ce jour glacial, le président Nawrocki a assuré : « Il gèle,
mais personne n’arrêtera les cœurs ardents des Polonais. Nous sommes ici pour montrer que nous
aimons la Pologne et que nous louons Dieu ». La foule des pèlerins supporters de foot se sont
ensuite mises à scander les trois mots que l’on peut entendre dans toutes les manifestations
patriotiques polonaises : « Dieu, honneur, patrie ! ».
Le 18 mai 2026, à l’occasion du 106e anniversaire de la naissance du pape Jean-Paul II, le président,
accompagné de son épouse Marta Nawrocka, s’est rendu à la basilique Saint-Pierre au Vatican et a
déposé des fleurs sur la tombe du pape polonais. La prière à l’intention de la patrie était alors conduite par l’évêque aux armées de Pologne, Mgr Wiesław Lechowicz, après une messe en langue
polonaise célébrée auparavant par l’évêque Jan Ozga.

Une foi personnelle, une fonction au service de tous

Dans ses déclarations publiques, Nawrocki présente la foi comme un élément important de son identité. Comme l’a cité l’agence KAI, lors de la traditionnelle rencontre du Nouvel An avec les représentants des Églises et des minorités religieuses au Palais présidentiel, le 14 janvier 2026, il a déclaré : « Je suis fier d’être chrétien et fier d’être catholique, mais la Pologne reste ouverte tant aux minorités nationales qu’à toutes les confessions que vous représentez ici aujourd’hui ». Il a cependant souligné qu’il se sentait responsable de tous les citoyens, « indépendamment de l’église dans laquelle ils prient le Bon Dieu ou de la minorité nationale dont ils sont issus ».

Le président a également exprimé sa sympathie envers les médias conservateurs catholiques et
nationaux liés au milieu du père Tadeusz Rydzyk, directeur du groupe médiatique des pères
rédemptoristes — qui possède un quotidien national, Radio Maryja et la chaîne de télévision Trwam
—, souvent attaqués par les médias de gauche pour leurs positions catholiques, conservatrices,
patriotiques et pro-vie. Dans une lettre lue lors des célébrations du 34e anniversaire de la fondation
de Radio Maryja, Nawrocki a qualifié cette radio catholique et sociale, la plus grande radio religieuse
de Pologne, de « messagère de la vérité, de l’unité et de la fidélité ».

De la profession de foi aux décisions politiques

Les déclarations religieuses publiques de Nawrocki s’accordent avec ses décisions sur les questions
de société. Le 17 juillet 2026, il a opposé son veto à la loi sur le statut de la personne la plus proche,
adoptée à l’initiative du gouvernement de Donald Tusk.

La loi prévoyait, pour deux personnes, y compris les couples de même sexe, la communauté de
biens, l’accès à l’information médicale, le droit au logement et la possibilité d’une déclaration fiscale
commune. Il s’agissait d’engager la Pologne dans la voie prise par la France en 1999 avec le PACS.
Pour motiver son veto, le président a invoqué l’article 18 de la Constitution de la République de Pologne, qui protège le mariage en tant qu’union d’une femme et d’un homme : « En tant que gardien de la Constitution, je ne peux accepter une solution qui conduirait à la perte du statut particulier du mariage défini à l’article 18 de la Constitution ». Il a alors ajouté que « rien de ce qui est un quasi-mariage ne peut compter sur mon soutien » — mentionnant expressément l’adoption d’enfants par les couples homosexuels — et qu’il n’était pas d’accord pour que soient introduites « par la porte de derrière » des unions destinées à se substituer au mariage. Et bien entendu, étant chrétien, le président polonais est pro-vie. Cela va de pair, même si, en France, des politiciens prétendument catholiques l’oublient souvent et si, malheureusement, les prêtres et les évêques français n’ont souvent pas le courage de les rappeler publiquement à l’ordre et de leur refuser la sainte communion. Dans le cas de Karol Nawrocki, ses positions sont claires et il ne les a jamais cachées, pas même pendant la campagne présidentielle de 2025. Il avait dit par exemple dans un entretien conduit avec lui à ce moment-là : « Personnellement, je suis pour la protection de la vie. Chaque candidat à la présidence doit savoir qu’une signature apposée au bas d’une loi allant à l’encontre de la Constitution [en autorisant l’avortement à la demande, ndlr] constituerait une violation de la loi fondamentale. En tant que président, je serai prêt à envisager un nouveau compromis conforme à la Constitution de la République de Pologne. Je ne pourrais pas permettre, en tant que futur président, que les enfants atteints de trisomie 21 puissent être
avortés ».

Le discours du 3 août à Varsovie a été prononcé quelques jours avant le premier anniversaire de la
présidence de Nawrocki. La Constitution polonaise prévoit, certes, la neutralité formelle des pouvoirs publics à l’égard des convictions religieuses ainsi que la séparation de l’Église et de l’État. Mais cela n’a rien à voir avec la laïcité à la française. Dans le cas de la République de Pologne, la neutralité et la séparation entre l’Église et le pouvoir séculier de l’État ne sont pas une négation de la tradition et de la foi des ancêtres. Il ne s’agit pas d’un rejet de l’identité nationale ancrée dans l’histoire. L’Église est séparée des pouvoirs séculiers, mais elle est une composante importante de l’État polonais. C’est pourquoi il est tout à fait normal, en Pologne, que les évêques de l’Église
catholique prennent part à toutes les grandes cérémonies d’État. La Pologne a peut-être perdu son
indépendance pendant plus de 120 ans à la fin du 18e siècle, mais elle a au moins eu la chance de ne
pas connaître de Révolution française.

Jakub Miśkiewicz

L’auteur est étudiant en journalisme à l’Académie de Culture sociale et médiatique de Toruń en Pologne et
stagiaire à l’Institut Ordo Iuris pour la Culture juridique.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Partager cet article

Publier une réponse

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services