Noël de guerres
Message de Noël du prieur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier :
« Sur ceux qui habitent à l’ombre de la mort, une lumière s’est levée » (Is 9, 1)
Chers amis,
Je voudrais selon l’usage vous porter un message de paix, ce message que les Anges ont chanté au-dessus de la crèche de Bethléem : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! » (Lc 2, 14). Mais la symphonie céleste est couverte par le fracas des guerres.
Guerre sur la terre, ici et là ; guerre tout près du lieu où est né le « Désiré des nations » (Ag 2, 8). Guerre dans l’Église, où certains bergers ne savent plus distinguer la droite de la gauche – « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal ! », dit le prophète (Is 5, 20) – et dispersent le troupeau plutôt que de le conduire et frappent la brebis plutôt que de la soigner ; où la bénédiction est tournée en malédiction ; où l’antique liturgie latine n’a pas encore partout retrouvé le « droit de cité » qui lui revient. Dans la nuit de Noël, quand je célèbrerai les saints mystères, j’aurai une prière particulière pour tous les fidèles qui en sont privés, contre leur vœu légitime.
Guerre dans les cœurs, submergés par le flot incessant d’images et d’informations qui les tiennent sous l’empire de la crainte et la léthargie de l’hébétude ; cœurs asservis par les modes, l’idéologie, la tristesse d’un monde sans beauté, le désespoir d’un monde sans horizon. Mais, dans cette guerre des âmes, il est des cœurs qui résistent à la laideur et au mensonge : fidélité des époux à leur mariage, des prêtres à leurs serments, des religieux à leurs vœux. Tranchées solides où s’abritent les bonnes œuvres et s’épanouissent les mystérieuses germinations de la grâce. Dans cette guerre, il y a la béatitude de tous ceux qui refusent une prétendue liberté sans le Christ et l’Évangile – le plus dur des esclavages ; il y a le front commun de ceux qui veulent vivre libres, sous l’empire du Conseiller-merveilleux, du Dieu-fort, du Père-éternel, du Prince de la Paix (Is 9, 5) !
Malgré les misères de l’homme et la méchanceté qui déborde en torrent de son cœur malade, le miracle de Noël s’accomplit. Le dessein de Dieu brise le plafond de verre de la suffisance et de la malice humaines pour poser le pied sur la terre. Dieu s’incarne, tout est possible. Rien ne peut résister à la puissance de l’amour du Dieu qui vient. « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). Au milieu de nos guerres, il est là, avec nous, l’Emmanuel (Is 7, 14).
À tous, joyeux et saint Noël !
fr. Augustin-Marie Aubry, prieur
A paraître début janvier : nouveau numéro des Cahier Saint Raphaël sur les “méthodes naturelles”.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Qu’entend-t-on exactement par méthodes naturelles ? On utilise en général ce terme pour désigner les méthodes d’espacement des naissances qui ne déconnectent pas l’acte conjugal de la procréation car elles reposent sur une période d’abstinence périodique et non sur un obstacle posé aux conséquences de cet acte. C’est ce point-là qui nous intéresse et que nous voulons traiter dans ce numéro des Cahiers Saint-Raphaël. En effet, c’est du point de vue catholique que nous voulons traiter du délicat problème de la régulation des naissances. Ce n’est pas l’écologie qui nous guide, ni un combat particulier contre l’industrie du médicament ou celle du caoutchouc. Notre objectif est d’aborder cette question à la lumière de la morale catholique qui n’est pas là pour nous gâcher la vie mais pour nous aider à correspondre au plan divin. Comme souvent ses exigences paraissent plus difficiles qu’elles ne le sont en réalité car elles sont là pour notre bien véritable dès ici bas et le concile de Trente nous rappelle que « Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais en commandant Il t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas, et Il t’aide pour que tu le puisses ». Comme il est des moyens artificiels et naturels pour espacer les naissances, il en est aussi pour faciliter la procréation et il y a eu beaucoup d’évolution dans ce domaine ces dernières années. Là encore, des méthodes font intervenir des médecins et des techniciens de laboratoire qui dénaturent et remplacent l’acte conjugal avec, pour objectif probable lointain, l’ectogénèse, c’est à dire la fécondation et le développement total de l’embryon et du foetus à distance de l’appareil reproducteur féminin permettant de « libérer » totalement la femme de sa condition biologique. Les méthodes naturelles d’aide à la procréation ont simplement pour objet de faciliter la fécondité de l’union conjugale et ses conséquences.
SOMMAIRE
EDITORIAL
Ce que Dieu a uni
DOSSIER
Contraception, avortement, assistance à la procréation, un peu d’histoire
Les méthodes naturelles de régulation des naissances
Portrait d’Adeline de Russé, instructrice en Naprotechnologie et méthodes naturelles de régulation des naissances
Témoignage sur la NaPro Technologie
Réguler naturellement les naissances La réponse de Pie XII
L’utilisation et la promotion des contraceptifs sont un péché grave
Le dessin d’Ignace
PMA, de quoi parle-t-on ?
Aide à la nature ou substitution de personne ?
ACTUALITES
La reconnaissance des guérisons miraculeuses : faut-il rechercher les preuves de l’inexplicable ?
Euthanasie ou suicide assisté ?
Vrac de brèves
LIVRES
Docteur un cheval vous attend
Procréation Médicalement Assisté
MISSION PHILIPPINES
Les suites de la mission Rosa Mystica 2023
Abonnement aux Cahiers Saint Raphaël par Hello Asso : https://www.helloasso.com/associations/association-catholique-des-infirmieres-et-medecins/paiements/abonnement-cahier-saint-raphael
« Les “œuvres vives” du navire France sont atteintes »
Les “œuvres vives” du navire France sont atteintes et nous sommes passés sous la ligne de flottaison :
– Sur le plan financier. Nous sommes en “super faillite” avec une dette de 3.000 milliards d’euros, notre déficit extérieur atteint des niveaux records et les prélèvements obligatoires dépassent les 46% : les Français travaillent pour l’Etat jusqu’à la fin du mois de juin !
– Sur le plan démographique. En 2023, 500.000 migrants sont entrés sur le territoire français. Or, nous sommes au point de bascule puisque la natalité poursuit sa chute.
– Sur le plan diplomatique. Nous avons été chassés de l’Afrique et sommes fâchés avec la Tunisie, le Maroc, l’Algérie. La France a été absente pour sauver les Arméniens du Haut-Karabagh… Pour couronner le tout, le corps diplomatique a été supprimé !
Émission Face à Philippe de Villiers d’aujourd’hui :
Note de Mgr Marc Aillet à propos de la déclaration Fiducia supplicans
De Mgr Aillet :
« Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF) vient de publier, le 18 décembre 2023, avec l’approbation du Pape François, la Déclaration Fiducia Supplicans « sur la signification pastorale des bénédictions ».
Saluée comme une victoire par le monde laïque, et en particulier par les lobbies LGBT qui y voient enfin une reconnaissance par l’Eglise des relations homosexuelles malgré les multiples restrictions rappelées par le document romain, elle fait l’objet d’une désapprobation publique inédite de la part de conférences épiscopales entières, en particulier d’Afrique et d’Europe de l’Est, ainsi que d’évêques de tous les continents. En outre, de nombreux fidèles, y compris des recommençants, et nombre de prêtres, qui font face, dans une société en perte de repères, à des situations pastorales complexes, en faisant preuve d’autant de fidélité à l’enseignement du Magistère que de charité pastorale, expriment leur trouble et leur incompréhension.
Interpellé par ces réactions et après avoir pris le temps de la réflexion, je souhaite adresser, comme évêque, aux prêtres et aux fidèles de mon diocèse, une note en vue des les aider à accueillir cette déclaration dans un esprit de communion avec le Saint-Siège apostolique, en donnant quelques clés de compréhension, tout en interrogeant respectueusement certains points de la déclaration susceptibles de clarification. Enfin, je voudrais inviter les prêtres de mon diocèse à la prudence, vertu par excellence du discernement. J’ai conscience que cette note est dense, mais il me semble important de traiter la question avec suffisamment de hauteur théologique et pastorale.
Une doctrine inchangée sur le mariage
Fiducia supplicans commence par rappeler que l’enseignement de l’Eglise sur le mariage, comme union stable, exclusive et indissoluble entre un homme et une femme, naturellement ouverte à la génération de nouvelles vies, reste ferme et inchangée (n. 4). C’est la raison pour laquelle, insiste le texte, il est impossible de donner une bénédiction liturgique ou rituelle à des couples en situation irrégulière ou de même sexe, ce qui risquerait d’induire une grave confusion entre le mariage et les unions de fait (n. 5). Il est ainsi précisé que c’est la raison pour laquelle l’ancienne Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans une réponse ad dubium, le 22 février 2021, avait conclu à l’impossibilité de donner une bénédiction aux « couples » de même sexe.
Distinction entre les bénédictions liturgiques et les bénédictions pastorales
Il est proposé ensuite tout un parcours biblique pour fonder la distinction entre les bénédictions liturgiques (n. 10) et les bénédictions que l’on qualifiera de pastorales, en vue d’éclairer la possibilité d’une bénédiction accordée à une personne qui, quelle que soit sa condition de pécheur, peut la demander à un prêtre, hors contexte liturgique ou rituel, pour manifester sa confiance en Dieu et sa demande d’aide afin de « mieux vivre » et de mieux ajuster sa vie à la volonté de Dieu (n. 20). Cela fait d’ailleurs partie d’une pratique pastorale élémentaire et bimillénaire de l’Eglise, en particulier dans le cadre de la dévotion populaire (n. 23-24), où il ne s’agit jamais d’exercer un contrôle sur l’amour inconditionnel de Dieu envers tous ni d’exiger un certificat de moralité, étant entendu qu’il s’agit ici d’un sacramental, qui n’agit pas comme un sacrement ex opere operato, mais dont l’efficacité de grâce dépend des bonnes dispositions de celui qui la demande et la reçoit. Jusqu’ici, le texte n’apporte rien de nouveau à l’enseignement ordinaire de l’Eglise, en ces matières.
Une bénédiction pastorale étendue aux couples de même sexe
De la pratique multiséculaire de bénédictions spontanées et informelles, qui n’ont jamais été ritualisées par l’autorité ecclésiale, on passe à ce qui a été présenté dans l’introduction du document comme son objet propre : « C’est précisément dans ce contexte [ celui de la « vision pastorale du Pape François ] que l’on peut comprendre la possibilité de bénir des couples en situation irrégulière et les couples de même sexe, sans valider officiellement leur statut ni modifier en quoi que ce soit l’enseignement pérenne de l’Eglise sur le mariage » (Présentation). Il sera même précisé que « ce geste ne prétend pas sanctionner ni légitimer quoi que ce soit » (n. 34).
C’est ainsi que dans la troisième partie de la déclaration, on glisse subrepticement de la possibilité de bénir une personne, quelle que soit sa situation, à une bénédiction accordée à un « couple » en situation irrégulière ou de même sexe.
Malgré toutes les précisions sur le caractère non liturgique de ces bénédictions et l’intention louable « de s’associer ainsi aux prières des personnes qui, bien que vivant une union qui ne peut en aucun cas être comparée au mariage, désirent se confier au Seigneur et à sa miséricorde, invoquer son aide et être guidées vers une plus grande compréhension de son dessein d’amour et de vérité » (n. 30), on est bien obligé de constater que cela a été reçu, quasi unanimement par les pro comme par les contra, comme une « reconnaissance par l’Eglise des relations homosexuelles » elles-mêmes. Or, c’est malheureusement souvent dans ce sens qu’est comprise la pratique – déjà en usage dans certaines Eglises locales – de bénir des « couples » de même sexe, notamment en Allemagne ou en Belgique, et de manière parfaitement publique. Il est à craindre qu’ils se sentent ainsi encouragés, comme en témoigne déjà un certain nombre.
Questions qui mériteraient des éclaircissements
On comprend le souhait légitime du Saint-Père de manifester la proximité et la compassion de l’Eglise envers toutes les situations, même les plus marginales : n’est-ce pas en effet l’attitude du Christ dans l’Evangile, « lui qui faisait bon accueil aux publicains et aux pécheurs » (cf. Mt 9, 11), et qui constitue une bonne part de notre ministère ordinaire ? Il y a néanmoins quelques questions qui restent en suspens et demanderaient de vrais éclaircissements, tant du point de vue doctrinal que pastoral.
Ces bénédictions ne seraient-elles pas en contradiction avec la notion de « sacramental » qu’assume toute bénédiction ?
Il convient de souligner que la raison avancée par le Responsum ad dubium de 2021 mettait moins en avant le contexte liturgique de la bénédiction que sa nature de « sacramental » qui demeure quel que soit le contexte : « Pour être cohérent avec la nature des sacramentaux, lorsqu’une bénédiction est invoquée sur certaines relations humaines, il est nécessaire – outre l’intention droite de ceux qui y participent – que ce qui est béni soit objectivement et positivement ordonné à recevoir et à exprimer la grâce, en fonction des desseins de Dieu inscrits dans la Création et pleinement révélés par le Christ Seigneur. Seules les réalités qui sont en elles-mêmes ordonnées à servir ces plans sont compatibles avec l’essence de la bénédiction donnée par l’Eglise » (Note explicative du Responsum). C’est la raison pour laquelle l’ancienne Congrégation pour la Doctrine de la Foi déclarait illicite « toute forme de bénédiction » à l’égard des relations qui impliquent une pratique sexuelle hors mariage, comme c’est le cas des unions de personnes de même sexe. Il faut certes reconnaître et valoriser les éléments positifs que comportent ces types de relations, mais ils sont mis au service d’une union qui n’est pas ordonnée au Dessein du Créateur.
N’y a-t-il pas une distinction à faire entre bénir une personne et bénir un « couple » ?
L’Eglise a toujours tenu que « Ces bénédictions s’adressent à tous et que personne ne doit en être exclu » (n. 28). Mais, si l’on se réfère au Livre des Bénédictions et au Directoire sur la piété populaire et la liturgie, on constate qu’ils concernent essentiellement, sinon exclusivement, des personnes individuelles, même réunies en groupes, comme des personnes âgées ou des catéchistes. Mais dans ces cas, ce n’est pas la relation qui les unit, et qui n’est d’ailleurs qu’extrinsèque, qui est l’objet de la bénédiction, mais bien la personne.
Ainsi, nous touchons là à la nouveauté de la déclaration Fiducia supplicans qui ne réside pas dans la possibilité de bénir une personne en situation irrégulière ou homosexuelle, mais d’en bénir deux qui se présentent en tant que « couple ». C’est donc l’entité « couple » qui invoque la bénédiction sur elle. Or, si le texte prend soin de ne pas utiliser les termes d’union, de partenariat ou de relation – utilisés par l’ancienne Congrégation pour son interdiction –, il ne fournit pas pour autant une définition de la notion de « couple », devenu ici un nouvel objet de bénédiction.
Une question sémantique s’impose donc qui n’est pas résolue : la dénomination de « couple » peut-elle raisonnablement être donnée à la relation de deux personnes de même sexe ? N’a-t-on pas intégré un peu hâtivement la sémantique que le monde nous impose mais qui jette la confusion sur la réalité du couple ? Dans son exhortation apostolique Ecclesia in Europa (2003), Jean Paul II écrit : « On observe même des tentatives visant à faire accepter des modèles de couples où la différence sexuelle ne serait plus essentielle » (n. 90). Autrement dit : la différence sexuelle n’est-elle pas essentielle à la constitution même d’un couple ? C’est une question anthropologique qui mériterait d’être précisée pour éviter toute confusion et ambiguïté, car si le monde a élargi cette notion à des réalités qui n’entrent pas dans le Dessein du Créateur, la parole magistérielle ne doit-elle pas assumer une certaine rigueur dans sa terminologie pour correspondre le mieux possible à la vérité révélée, anthropologique et théologique ?
Quid des relations homosexuelles ?
Accorder une bénédiction à un « couple » homosexuel, non plus seulement à deux personnes individuelles, semble cautionner par le fait même l’activité homosexuelle qui les relie, même si, encore une fois, on précise bien que cette union ne peut pas être assimilée au mariage. Cela pose donc la question, qui n’est pas abordée dans cette déclaration, du statut moral des relations homosexuelles. Or l’enseignement de l’Eglise, conformément à l’Ecriture Sainte et à l’enseignement constant du Magistère, tient ces relations pour « intrinsèquement désordonnées » (Catéchisme de l’Eglise Catholique n. 2357) : si Dieu ne répugne pas à bénir le pécheur, peut-il dire du bien de ce qui n’est pas conforme concrètement à son Dessein ? Cela ne contredirait-il pas la bénédiction originelle de Dieu quand il crée l’homme à son image : « homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : ‘soyez féconds et multipliez-vous’ » (Gn 1, 28) ?
N’y a-t-il pas des actes qui sont intrinsèquement mauvais ?
Pour mettre un terme aux controverses qui avaient agité les moralistes catholiques depuis les années 70, sur l’option fondamentale et la moralité des actes humains, le pape Jean Paul II a publié une encyclique magistrale, Veritatis splendor (1993), sur quelques questions fondamentales de l’enseignement moral de l’Eglise, et dont nous avons célébré en 2023 le 30ème anniversaire. Cette encyclique, qui vient confirmer la Partie morale du CEC et en développer certains aspects, a rappelé
en particulier l’enseignement constant du Magistère sur l’existence d’actes intrinsèquement mauvais (n. 79-83) qui demeurent interdits semper et pro semper, c’est-à-dire en toutes circonstances. Cet enseignement est loin d’être facultatif et il donne une clé pour le discernement des situations auxquelles nous sommes confrontés dans le ministère pastoral. Sans doute un comportement qui est objectivement en désaccord avec le Dessein de Dieu n’est pas nécessairement imputable subjectivement – d’ailleurs « qui suis-je pour juger ? », pour reprendre la célèbre expression du pape François –, mais il n’en devient pas moralement bon pour autant. La déclaration Fiducia supplicans évoque souvent le pécheur qui demande une bénédiction – « ceux qui se reconnaissent humblement pécheurs comme tout le monde » (n. 32) –, mais reste muette sur le péché particulier qui caractérise ces situations. L’expérience montre d’ailleurs qu’il n’est pas certain que cette possibilité de bénédiction « sans condition » soit une aide à la conversion.
L’exercice de la charité pastorale peut-il être déconnecté de la mission prophétique d’enseignement ?
Il est heureux que cette déclaration renvoie au ministère du prêtre et il faut rendre grâce au Saint-Père de susciter toutes sortes d’occasions pour permettre à des personnes, éloignées de l’Eglise et de sa discipline, de rencontrer un prêtre, comme il en exprime le souhait dans son exhortation apostolique Amoris laetitia (2016), pour faire l’expérience de la proximité d’un « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » (Ps 144, 8). Mais alors, il ne saurait être question pour deux personnes de même sexe engagées dans une activité homosexuelle et se présentant comme telles, ou pour des couples en situation irrégulière, de recourir à une bénédiction accordée, même de manière informelle, sans un dialogue pastoral auquel le pape François encourage précisément souvent les pasteurs.
En ce sens, on ne saurait séparer, dans le ministère du prêtre, l’exercice de la charité pastorale de sa mission prophétique d’enseignement. Et le cœur de la prédication de Jésus demeure l’appel à la conversion, dont on peut regretter qu’il n’en soit pas question dans cette déclaration. Quand Jésus manifeste sa compassion vis-à-vis du pécheur, il l’exhorte toujours à changer de vie, comme on le voit, entre autres exemples, dans le récit de la femme adultère : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 11). Que serait une sollicitude pastorale qui n’inviterait pas le fidèle, sans juger ni condamner personne, à évaluer sa vie et son comportement par rapport aux paroles de l’Alliance et à l’Evangile ? Ces paroles disent le dessein bienveillant de Dieu à l’égard des hommes, en vue d’y conformer leur vie, avec la grâce de Dieu, et selon un chemin de croissance, appelé par Jean Paul II : « loi de gradualité ou voie graduelle » (cf. Familiaris Consortio n. 34). La bénédiction accordée à deux personnes unies par une relation homosexuelle ou à un couple en situation irrégulière ne risquerait-elle pas de leur faire croire que leur union est une étape légitime dans leur cheminement ? Or Jean Paul II a bien pris soin de préciser : « C’est pourquoi ce qu’on appelle loi de gradualité ou voie graduelle ne peut s’identifier à la gradualité de la loi, comme s’il y avait, dans la loi divine, des degrés et des formes de préceptes différents selon les personnes et les situations diverses » (Ibid.).
Peut-on opposer pastorale et doctrine ?
Par ailleurs, peut-on opposer accompagnement pastoral et enseignement doctrinal, comme si l’intransigeance était du côté de la doctrine et des principes, au détriment de la compassion et de la tendresse que nous devons pastoralement aux pécheurs ? Face aux pharisiens qui le mettent à l’épreuve, à propos du divorce et de l’acte de répudiation consenti par Moïse, Jésus renvoie sans concession à la « Vérité du commencement » (cf. Gn 1 et 2), affirmant que si Moïse a consenti à leur faiblesse, c’est en raison de « la dureté de leur cœur » (cf. Mt 19, 3-9). C’est Jésus qui apparaît même comme le plus intransigeant. Il faut dire que la loi ancienne ne rendait pas juste : mais avec Jésus, nous sommes désormais sous le régime de la Loi nouvelle que saint Thomas d’Aquin définissait, en s’inspirant de saint Paul, comme « la grâce de l’Esprit Saint donnée à ceux qui croient au Christ » (Somme de Théologie I-II 106, 1). Tout acte de ministère, y compris les bénédictions, devrait donc être placé sous le régime de la loi nouvelle, où nous sommes tous appelés à la sainteté, quelle que soit notre condition de pécheur.
Comme le précisait le Cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans une lettre adressée aux évêques de l’Eglise catholique sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles (1986) : « Il convient de bien faire comprendre que l’éloignement de l’enseignement de l’Eglise ou le silence à son sujet n’est, dans un effort de prise en charge pastorale, ni la marque d’un vrai sens de la responsabilité ni celle d’un véritable ministère pastoral. Seul ce qui est vrai peut finalement être pastoral. Ne pas prendre en compte la position de l’Eglise, c’est priver des hommes et des femmes homosexuels de l’attention dont ils ont besoin et qu’ils méritent » (n. 15).
Et saint Jean Paul II de prévenir : « La doctrine de l’Eglise et, en particulier, sa fermeté à défendre la validité universelle et permanente des préceptes qui interdisent les actes intrinsèquement mauvais est maintes fois comprise comme le signe d’une intolérable intransigeance, surtout dans les situations extrêmement complexes et conflictuelles de la vie morale de l’homme et de la société aujourd’hui, intransigeance qui contrasterait avec le caractère maternel de l’Eglise. Cette dernière, dit-on, manque de compréhension et de compassion. Mais, en réalité, le caractère maternel de l’Eglise ne peut jamais être séparé de la mission d’enseignement qu’elle doit toujours remplir en Epouse fidèle du Christ qui est la Vérité en personne (…) ‘’En réalité, la vraie compréhension et la compassion naturelle doivent signifier l’amour de la personne, de son bien véritable et de sa liberté authentique. Et l’on ne peut certes pas vivre un tel amour en dissimulant ou en affaiblissant la vérité morale, mais en la proposant avec son sens profond de rayonnement de la Sagesse éternelle de Dieu, venue à nous dans le Christ, et avec sa portée de service de l’homme, de la croissance de sa liberté et de la recherche de son bonheur’’ (Familiaris Consortio n. 34). En même temps, la présentation claire et vigoureuse de la vérité morale ne peut jamais faire abstraction du respect profond et sincère, inspiré par un amour patient et confiant, dont l’homme a toujours besoin au long de son cheminement moral rendu souvent pénible par des difficultés, des faiblesses et des situations douloureuses. L’Eglise, qui ne peut jamais renoncer au principe ‘’de la vérité et de la cohérence, en vertu duquel elle n’accepte pas d’appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien’’ (Reconciliatio et paenitentia n. 34), doit toujours être attentive à ne pas briser le roseau froissé et à ne pas éteindre la mèche qui fume encore (cf. Is 42, 3). Paul VI a écrit : ‘’Ne diminuer en rien la salutaire doctrine du Christ est une forme éminente de charité envers les âmes. Mais cela doit toujours être accompagné de la patience et de la bonté dont le Seigneur lui-même a donné l’exemple en traitant avec les hommes. Venu non pour juger, mais pour sauver (cf. Jn 3, 17), il fut certes intransigeant avec le mal, mais miséricordieux envers les personnes’’ (Humanae vitae n. 29). » (Veritatis splendor n. 95).
« Ne vous modelez pas sur le monde présent »
J’ai bien conscience que la question est délicate et je souscris pleinement à la volonté du Saint-Père d’insister sur la charité pastorale du prêtre appelé à rendre proche de tout homme l’amour inconditionnel de Dieu, jusqu’aux périphéries existentielles de l’humanité si blessée d’aujourd’hui. Mais je pense à cette parole lumineuse de l’Apôtre Paul à Tite, que nous entendons proclamer dans la liturgie de la nuit de Noël, qui résume toute l’Economie du Salut : « Car la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété (…) Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien » (Tt 2, 11-12. 14). La charité pastorale qui nous presse – « Caritas Christi urget nos » (2 Co 5, 14) – de rejoindre tous les hommes pour leur montrer combien ils sont aimés de Dieu – la preuve, c’est que le Christ est mort et ressuscité pour tous –, nous presse, de manière indissociable, de leur annoncer la Vérité de l’Evangile du Salut. Et la Vérité est ainsi formulée par Jésus à tous ceux qui veulent devenir ses disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 16, 24). Saint Luc précise qu’il le disait « à tous » (Lc 9, 23) et pas seulement à une élite.
Une parole de saint Paul résonne encore en moi pour éclairer notre attitude pastorale : « Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait » (Rm 12, 2). Tous les hommes, y compris les couples en situation irrégulière ou de même sexe, aspirent au meilleur, car l’inclination au bien, au vrai et au beau est inscrite par Dieu dans le cœur de tout homme : c’est respecter sa dignité et sa liberté fondamentale que de le reconnaître. Et cela vaut la peine de « mouiller sa chemise » pour aider tout homme, quelle que soit sa situation de péché ou de contradiction avec le Dessein de Dieu tel qu’il est révélé dans le Décalogue et l’Evangile, à le découvrir et à cheminer, moyennant des processus de croissance et l’aide de la grâce de Dieu, pour y parvenir. Et cela ne peut pas se faire en faisant l’économie de la Croix.
Attitude pastorale pratique
Aussi, en conclusion, et vu le contexte d’une société sécularisée où nous connaissons une crise anthropologique inédite, qui conduit immanquablement à des ambiguïtés tenaces :
– J’invite les prêtres du diocèse, face aux couples en situation irrégulière ou aux personnes engagées dans une relation homosexuelle, à faire preuve d’un accueil plein de bienveillance : il faut que les personnes ne se sentent pas jugées, mais accueillies par un regard et une écoute qui disent l’amour de Dieu pour elles.
– Je les invite ensuite à instaurer un dialogue pastoral et à avoir le courage, pour le bien des personnes et avec la délicatesse qui convient, sans les juger et en s’impliquant personnellement dans la relation pastorale, de leur dire clairement la Vérité que l’Eglise enseigne sur leur situation.
– Enfin, je les invite, si les personnes le demandent, à leur donner une bénédiction, à condition que ce soit à chaque personne individuellement, en les appelant à la conversion et en les invitant à demander le secours de la grâce que le Seigneur accorde à tous ceux qui le lui demandent pour conformer leur vie à la Volonté de Dieu ».
Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron
Bayonne, le 27 décembre 2023
En la fête de saint Jean, Apôtre
L’année de l’élection américaine
D’Antoine de Lacoste dans Politique Magazine :
Deux grands conflits retiennent l’attention du monde, en Ukraine et dans la bande de Gaza. Nous ne savons pas quand ils se termineront : peut-être jamais en Israël, peut-être en 2024 en Ukraine. Pour ce dernier, cela dépendra, entre autres,du bras de fer opposant républicains et démocrates aux Etats-Unis.
Ce bras de fer va être d’une intensité croissante en raison des élections présidentielles à venir en novembre prochain. D’ici-là, la longue litanie des primaires va démarrer le 15 janvier dans l’Iowa et s’étirer sur des mois.
Côté démocrate, tout est suspendu à la décision finale de Joe Biden dont l’état de forme n’éblouit pas le citoyen américain. Le président est d’ailleurs en baisse dans les sondages tant chez les jeunes que chez les Latinos (expression usuelle et non péjorative faut-il le rappeler). Même l’électorat noir s’effrite dangereusement, de plus de vingt points selon les sondages, mais en partant de très haut il est vrai.
UN BILAN PEUT-IL SUFFIRE ?
Les commentateurs pro-Biden se désespèrent : comment avec un bilan aussi bon l’électorat peut-il-être aussi ingrat ? Le plein emploi est là, les investissements sont au plus haut, la réindustrialisation en route grâce aux très protectionnistes Chips Act et Inflation Reduction Act. L’Allemagne, qui est économiquement en train de couler, voit même des fleurons de son industrie renoncer à construire des usines sur son territoire au profit des Etats-Unis en raison des très nombreux avantages promis. Ces Acts protectionnistes sont un incontestable succès. Peu importe qu’ils créent des distorsions de concurrence avec l’Europe, cette dernière adore se faire maltraiter par le maître tout puissant et n’a émis que de timides remarques.
Les démocrates exagèrent tout de même les succès économiques du terne locataire de la Maison Blanche. L’inflation reste élevée et affaiblit le pouvoir d’achat des Américains. C’est au fond le cœur de leurs inquiétudes et Biden n’a pas su y répondre. De plus, la hausse des taux d’intérêt rend de nouveau difficile l’accès à l’immobilier, secteur par ailleurs fragile et qui suscite bien des inquiétudes chez les banques.
Et puis l’économie ne suffit plus à sauver un président. Il faut un élan, un projet enthousiasmant, des réunions où l’impétrant se fait acclamer, son adversaire huer, bref tout le folklore électoral américain nécessaire à une présidentielle où pas un cliché ne doit être absent. Or, lorsque l’on se demande si un candidat va réussir à marcher sans trébucher ou à trouver la bonne sortie, il est tout de même difficile de scander son nom avec enthousiasme.
Le piège est là pour les démocrates. On ne peut contraindre un sortant à jeter l’éponge, surtout lorsqu’il a derrière lui des décennies de carrière politique. Ce qui était un atout il y a quatre ans devient un poids. Il semble d’ailleurs difficile pour l’intéressé d’être lucide sur l’image qu’il renvoi. C’est humain au fond.
De plus, si un accident de santé venait changer la donne au cours de l’année, les démocrates n’ont pour l’instant guère de solution de rechange. La vice-présidente, Kamela Harris, n’a montré aucune compétence particulière pendant quatre ans. La victime de Trump en 2016, Hillary Clinton, ne semble plus dans le coup et elle représente jusqu’à la caricature, l’arrogance sociale de la côte est. Et, bien sûr, aucune jeune pousse d’envergure n’osera se lancer dans l’aventure, ce crime de lèse-président sortant coûterait cher.
Enfin, Biden lui-même a fermé la porte à tout retrait volontaire de sa part. Sans rire, il a déclaré qu’il devait se porter candidat pour empêcher l’élection de Donald Trump. Ce dernier doit s’en réjouir et attendre avec gourmandise les futurs débats télévisés de la campagne.
Mais le vaincu de 2020 doit, lui, compter sur des adversaires lors des primaires. Cinq se sont déclarés face à lui : Ron DeSantis, Vivek Ramaswamy, Chris Christie, Tim Scott et Nikki Haley. Ils ont déjà débattu ensemble à trois reprises. Trump, en tant qu’ancien président a estimé qu’il ne devait pas participer à ces débats. L’ancien vice-président de Trump, Mike Pence, a déjà jeté l’éponge.
DeSantis semblait bien parti. Vainqueur de son bras de fer antiwoke contre Walt Disney, il a été triomphalement réélu en Floride il y a deux ans. Mais la mayonnaise n’a pas pris. Lourd, peu souriant, ses interventions n’ont guère suscité l’enthousiasme et il n’a pas pesé sur les débats. Les riches donateurs républicains anti-Trump se sont finalement détournés de lui et lui préfèrent maintenant la sémillante Nikki Haley. Cette femme d’origine indienne coche beaucoup de cases du politiquement correct.
NIKKI HALEY NOUVELLE EGERIE DES ANTI-TRUMP
Nommée par Trump ambassadrice à l’ONU, elle fit preuve de pugnacité et on la remarqua beaucoup. Mais sa russophobie obsessionnelle la range dans le camp des néoconservateurs, ce qui n’est plus un atout aux Etats-Unis depuis les désastres irakien, libyen et afghan. De plus, censée être une spécialiste de politique étrangère, elle a été incapable, au cours du dernier débat, de citer un seul des oblast de l’est ukrainien occupés (ou libérés selon son prisme) partiellement ou totalement par la Russie. Son embarras était presque gênant, à la grande satisfaction de Vivek Ramaswamy, qui l’a ainsi piégée, connaissant ses insuffisances techniques.
Ce dernier s’est révélé excellent débatteur mais il semble partir de trop loin, tandis que les autres n’ont plus de chances de percer.
Même si Halley a le vent en poupe et a rattrapé DeSantis à environ 15%, Trump semble définitivement loin devant. Crédité de 45% d’intentions de vote aux primaires, la victoire, sauf cataclysme, lui semble promise.
Le face à face Biden-Trump est donc aujourd’hui l’hypothèse la plus probable, même si les Américains n’en veulent pas. Trump est légèrement devant, grâce notamment à ses victoires possibles dans plusieurs Etats tangents, les « swing states » : ces Etats ne sont d’ailleurs pas toujours les mêmes d’une élection à l’autre et pour 2024, les observateurs estiment que le futur vainqueur doit impérativement l’emporter en Pennsylvanie, en Géorgie, dans le Michigan, en Arizona, dans le Nevada et dans le Wisconsin. A l’exception de ce dernier, Trump est donné gagnant dans tous les autres.
C’est ce qui a fait dire beaucoup d’observateurs qu’il était maintenant le grand favori de l’élection. Les choses sont plus complexes. Tout d’abord les écarts sont faibles dans ces Etats charnières qui peuvent encore changer de vainqueur bien des fois. Et puis il y a les affaires judiciaires qui enserrent Trump de tous côtés. Elles concernent pour l’instant ses entreprises privées mais c’est le volet politique et pénal qui sera bientôt sur le devant de la scène avec l’assaut du Capitole. Personne ne sait ce qui peut en sortir mais il est certain que jusqu’à présent chaque fois que Trump est attaqué par un juge, sa popularité augmente. Cela en dit long sur le rapport entre les élites et l’électorat de base républicain : ces deux mondes n’ont jamais été aussi éloignés et se font face dans un contexte de haine inédit aux Etats-Unis.
Le président sortant a lui aussi ses soucis avec les frasques de son délicieux rejeton, Hunter : drogue, sexe, corruption, le jeune homme est un joyeux cumulard sous le regard attendri de son papa. Le plus gênant est peut-être ses liens financiers douteux avec de grandes entreprises ukrainiennes, ce qui fait un peu désordre dans le contexte actuel.
Pour compliquer encore le scénario, un nouveau venu fait beaucoup parler de lui : Robert F. Kennedy. Fils du sénateur Robert assassiné et neveu du président, il est d’origine démocrate mais vient de claquer la porte du parti et veut se présenter en tant qu’indépendant. Il est crédité de plus de 15% des voix, principalement au détriment de Trump. Ses positions antivax et anti-tyrannie sanitaire l’ont rapproché d’un électorat rejetant tout ce qui vient des élites pour restreindre ses libertés.
Ainsi, malgré l’affolement des médias occidentaux se demandant sans rire si l’élection de Trump ne mettrait pas fin à la démocratie en Amérique, l’élection présidentielle est loin d’être jouée d’autant que quelques milliers de sacs postaux de vote par correspondance peuvent, à la dernière minute, inverser un résultat.
Antoine de Lacoste
Du plan turc dans le Caucase (1919) au projet turc d’aujourd’hui
De Marion Duvauchel, historienne, pour Le Salon beige :
Les loups de Touran sont-ils de retour ?
La plupart des articles spécialisés dans les affaires du Caucase ne cessent d’évoquer les « haines ethniques » ou « raciales ». Presque tous les articles disponibles se gardent bien d’aller au-delà de 1993, censé constituer le début des hostilités entre Azéris et Arméniens. C’est un silence irresponsable pour ne pas dire coupable.
Or, le problème du Haut Karabakh est une affaire ancienne dont les semences de mort ont été répandues par les Anglais lorsqu’ils ont attribué le Haut Karabakh à l’Azerbaïdjan. Staline ne fera qu’entériner leur décision.
Dans le chaos des faits, des alliances, des combats, des violences, des ruses, des trahisons et des mensonges diplomatiques, un éclairage sur la question du Haut Karabakh peut s’avérer d’autant plus difficile que c’est aussi le moment où se joue le sort du Caucase entre les intérêts des Alliés, l’effondrement de la Russie tsariste, la soviétisation et le grand projet turc. Mais il faut essayer.
Fin 1918, la Grande-Bretagne s’installe dans le Caucase. Elle compense par le jeu diplomatique le peu de moyens matériels dont elle dispose dans une région « turbulente » comme disent les experts. De cette Angleterre de l’empire finissant, on connaît la rouerie, la fourberie, le cynisme et l’intérêt bien compris. Le sien, bien sûr. Le prétexte invoqué par les milieux les plus impérialistes de Londres pour justifier cette présence dans le Caucase, c’est qu’il s’agit d’un des boulevards de l’Inde. En réalité c’est à cause du pétrole de Baku. Pendant la domination britannique en 1919, l’Azerbaïdjan disposait encore du pétrole qui traversait la Géorgie pour aboutir au port de Batoum (promis à la Géorgie, mais occupé par les Britanniques). Quant à l’Arménie, on lui avait promis de vastes territoires anatoliens. Mais sans les moyens de les conquérir ni de les conserver. Pendant ce temps, des centaines de milliers de réfugiés arméniens s’entassaient dans un territoire minuscule. De ce qu’on appelait alors « l’Arménie turque », il ne restait qu’un vilayet, celui de Sivas, et il ne restait qu’une poignée d’Arméniens.
Les traités de Batoum n’étaient pour la Turquie que des façades juridiques servant de prétexte à l’invasion du Caucase. Au début du mois d’août 1918, Nuri Pacha avait demandé l’annexion du Karabakh à l’Azerbaïdjan. La République arménienne refusa. Une fois. Une deuxième fois. Les Turcs envoient un détachement turco-azeri contre Chouchi, la capitale, où les Turcs entrent le 8 octobre. Les villages entrent en sédition et le mois suivant profitant de leur retrait, les Arméniens reprennent le contrôle de la région.
En octobre 1918, Enver Pacha envoya des instructions précises à l’armée du Caucase pour les régions situées entre les républiques transcaucasiennes et la ligne de retraite des forces turques. Avant de se retirer, l’armée devait armer les populations kurdes et turques, en laissant également derrière elle des officiers capables d’organiser politiquement et militairement la région. L’objectif principal était d’empêcher le rapatriement des Arméniens.
Le commandant en chef des forces britanniques du Caucase, le général Thomson, est alors dans les meilleurs termes avec le gouvernement azerbaïdjanais, ce qui permet à la Grande-Bretagne d’obtenir de très grandes quantités de pétrole. Considérant que les montagnes du Karabakh constituent le lieu de pâturage estival des éleveurs azéris, il autorise le 15 janvier 1919 la nomination d’un gouverneur azéri pour les provinces du Karabakh (165000 Arméniens contre 59 000 Azéris) et du Zanguezour (101000 Arméniens contre 120 000 Azéris).
Février 2019, l’administration azerbaïdjanaise pénètre sous protection britannique au Karabakh tandis que les Arméniens tiennent à Chouchi leur quatrième assemblée, qui refuse toujours de se soumettre. Les pourparlers se poursuivent lors de la cinquième assemblée, tenue fin avril avec la participation du gouverneur azéri et du général Shuttleworth, successeur de Thomson.
Le refus arménien persista et les relations s’envenimèrent. Le 2 juin, les Azéris passèrent à l’attaque.
En août 1919 les Arméniens acceptèrent l’autorité azérie. Avaient-ils un autre choix ?
Le 8 janvier 1920, les Arméniens signent avec le général Forestier-Walker, commandant des forces britanniques à Batoum, un accord pour l’établissement d’une administration civile arménienne à Kars. Quand elle arrive, escortée par les Anglais, les musulmans refusent de se soumettre et, à l’issue d’un grand congrès proclament le gouvernement national provisoire du sud-ouest du Caucase. Le général Thomson arrive alors à Kars et reconnaît de fait ce gouvernement, tandis que l’administration arménienne fait demi-tour. Les Turcs et les Kurdes rendant impossible tout rapatriement arménien vers l’ouest, les Arméniens décident alors, en janvier, d’attaquer le Nakhitchevan.
Thomson propose aux Arméniens de les aider pour prendre le contrôle de Kars et de Nakhitchevan s’ils acceptent de céder aux Azéris le Karabakh et le Zanguezour. Suite à un accord de principe, Thomson occupe Kars le 13 avril et dissout le gouvernement du sud-ouest du Caucase. Les Anglais se retirent de Nakhitchevan, laissant l’administration aux Arméniens. En juillet, les musulmans du Nakhitchevan attaquent les Arméniens et les obligent à évacuer le district.
Lorsque le colonel Rawlinson visita la région de Kars en juillet, il constatait qu’en dehors des villes tout le reste du territoire est tenu par les Kurdes, depuis la vallée d’Araxe jusqu’à Oltu et Ardahan.
Et les Français ? Ils sont au courant bien sûr.
Le 10 décembre 1918, le lieutenant colonel Chardigny, commandant le détachement français au Caucase adresse un courrier de six pages au Ministre de la guerre, courrier dans lequel il dresse un état de la situation au Caucase et le projet d’organisation du pays.
Il souligne que « les récentes tentatives de colonisation russe ont produit un mélange complet des races et une dispersion incroyable des populations » et se demande si l’organisation du Caucase en 4 républiques indépendantes, « consécutive à l’effondrement de la puissance russe et à la menace de l’invasion turque est susceptible de procurer aux populations la paix et la prospérité auxquelles elles aspirent » ?
Ce n’est pas une question rhétorique. Voici la réponse in extenso. Quelle est donc cette organisation ?
1 Elle n’est autre que la réalisation du plan de nos ennemis qui peut se résumer ainsi :
a) Constitution au Caucase d’un grand État musulman, réunissant sous le protectorat turc les montagnards du Caucase du Nord et les Tatars d’Azerbaïdjan. Cette conception, d’origine purement panislamique, en cas de victoire des puissances alliées, aurait amené le Croissant jusqu’au bord de la Mer Caspienne. La république d’Arménie, née par la force des choses, réduite du reste à d’infinies proportions, n’aurai eu qu’une durée éphémère, la disparition de ce qui reste du peuple arménien étant la conséquence directe et fatale du plan turc.
b) Création d’une Géorgie indépendante, sous le protectorat de l’Allemagne qui serait chargée elle-même de l’exploitation des richesses naturelles, le plus favorisé de tout le Caucase.
2 Qu’aucune des 4 républiques nouvelles ne disposent de ressources suffisantes pour se créer une vie indépendante, assurant le développement ultérieur du pays. Deux d’entre elles, celle de l’Azerbaïdjan et celle des montagnards, ne disposent même pas d’une classe instruite assez nombreuse pour assurer la direction des affaires, la masse du peuple étant restée jusque là dans un état de profonde ignorance.
En note, le lieutenant colonel signalait que, alors qu’en Géorgie tous les fonctionnaires russes avaient été remplacés par des Géorgiens, en Azerbaïdjan, vu le manque absolu de musulmans instruits, on avait conservé les fonctionnaires russes.
(…)
Géorgiens et Tatares (Azerbaïdjanais) soutenus par les baïonnettes allemandes et turques ont incorporé à leurs territoires respectifs une partie des régions arméniennes.
Le lieutenant colonel Chardigny concluait avec une proposition inédite autant qu’intelligente : celui de calquer le modèle suisse sur le Caucase et de l’organiser en « cantons ».
Et il terminait avec réalisme que pour sauver l’ordre dans ce pays, il fallait un maître étranger, qui ne pouvait être que les Alliés, agissant au nom de la Russie, en attendant que le calme soit revenu dans les esprits.
Il concluait ce courrier empreint d’intelligence sur le sort de l’Arménie russe (l’Arménie caucasienne) et sur celui de l’Arménie turque, « pays dévasté et désert dont la reconstitution serait une œuvre de longue haleine ».
La Constitution au Caucase d’un grand État musulman, réunissant sous le protectorat turc les montagnards du Caucase du Nord et les Tatars d’Azerbaïdjan est toujours d’actualité. C’est le projet du président Erdogan. La « quatrième république », celle du Caucase du Nord n’a pas duré, mais il reste l’Azerbaïdjan, protectorat russe qui amène le Croissant jusqu’à la Caspienne.
Le grand État musulman du Caucase, dans une zone turcophone qui irait du Bosphore à l’Asie centrale, voilà sa vision géopolitique. Erdogan avance à peine masqué avec la même détermination de ses grands prédécesseurs, les fossoyeurs du Caucase chrétien qui ont fait l’essentiel du travail, avec la complicité duplice des puissances de l’Entente.
Le miracle… oublié de la Seine (Marie VS. Vikings)
A la découverte de notre histoire et de notre patrimoine, ce petit documentaire de manemos.com explore l’Epte de Notre Dame de la Mer à St Clair sur Epte. Découvrons comment cet affluent de la seine qui marque la frontière historique entre la France et la Normandie est à l’origine d’une cascade de conséquences dont l’origine serait…La vierge Marie.
Massacre des innocents par « IVG » : qu’avez-vous fait du fœtus au sourire et de la main de l’espoir ?
De Rémi Fontaine pour Le Salon beige :
Alors que s’annonce la constitutionnalisation du « crime abominable » voulu par Emmanuel Macron et présenté le 12 décembre au Conseil des ministres en la fête de Notre-Dame de Guadaloupe (avec un chiffre record de 234 300 avortements légalisés en 2022, soit 17 000 de plus qu’en 2021 !), retour à l’approche des saints Innocents sur une réalité trop souvent occultée, malgré des images échographiques anciennes plus que prophétiques…
« Quand je vois un fœtus sourire, je me dis que c’est un peu tard pour avorter », déclare le professeur Campbell qui avoue son trouble en considérant les clichés dont il est lui-même l’auteur. Des images « in utero » montrent notamment le fœtus ayant le réflexe de la marche, croisant ses mains ou… souriant. Ancien chef du service d’obstétrique dans un hôpital universitaire, Stuart Campbell a fondé depuis la clinique privée Create consacrée à la procréation. C’est là qu’il a effectué ses échographies aux teintes orangées en 3D-4D, unetechnique qui existe depuis 2001 mais peu connue du public.“3D” signifie que la photo montre les trois dimensions. Le “4D” y ajoute l’animation vidéo qui permet d’étudier les mouvements de l’embryon en temps réel.
Semblables à d’autres vues disponibles depuis plusieurs années, ces clichés du professeur Campbell ont été publiés fin juin 2004 par la plupart des journaux britanniques, relançantalors, comme ils disent, le « débat » sur l’avortement… Les premiers clichés publiés par la presse montraient un fœtus de douze semaines s’étirant et donnant des coups de pied, dans une espèce de mime de la marche. Un autre, âgé de quatorze à quinze semaines, suce son pouce et baille, puis ouvre les yeux à dix-huit semaines. Un dernier embryon sourit, vingt-deux semaines après sa conception.
C’est à vingt-et-une semaines, par ailleurs, qu’avait été prise la fameuse photo de la « main de l’espoir ». Avec cette légende éloquente de l’éditeur de la photo : « La main de Samuel Alexander Armas est apparue hors de l’utérus de sa mère pour agripper le doigt du docteur Bruner comme pour le remercier du don de la vie. » Il s’agissait d’une opération pratiquée en 2002 par la chirurgien Joseph Bruner sur un fœtus de 21 semaines. Le bébé, Samuel, était atteint d’une grave maladie du nom de “spina bifida”. Il n’aurait sans doute pas survécu sans cette opération pratiquée à l’intérieur de l’utérus, légèrement incisé. Or, pendant l’intervention en question, Samuel a sorti sa petite main (complètement formée) par l’ouverture et il a attrapé le doigt du chirurgien qu’il a serré très fermement. Plus qu’un symbole au moment ou l’on fait de la loi Veil et du slogan féministe “Mon corps, ma décision” des tabous !
Ces images « prises bien avant la limite (du délai légal) vont susciter un malaise chez beaucoup de gens », écrivait le quotidien Evening Standard s’attendant à une demande politique de l’abaissement du délai légal de l’avortement en Grande-Bretagne (jusqu’à la vingt-quatrième semaine après les règles – aménorrhée –, sur l’indication de deux médecins).
« Je ne peux bien sûr pas dire ce qu’il y a derrière le sourire mais je pense que cela peut être une indication de contentement dans un environnement sans stress », avait prudemment déclaré Stuart Campbell à la BBC en 2003. Rappelant que les bébés ne sourient que vers leur sixième jour de vie après des premiers jours « assez traumatisants ».
Qui dit contentement dit aussi souffrance ou douleur possible et probable du fœtus lors de l’intrusion, dans cet environnement, de l’appareil ou du poison abortifs. Images épouvantables pour le coup du film historique du professeur Bernard Nathanson, Le cri silencieux (1985), qui montrent l’enfant reculer, se débattre comme pour fuir l’engin de mort : les battements de son cœur s’accélèrent et on l’aperçoit qui ouvre la bouche comme pour pousser un cri étouffé qui glace les sangs. Le tube aspirant le broiera mais il faudra aussi écraser son crâne pour l’extirper de l’utérus maternel au-delà de douze semaines de grossesse. Un terrible traumatisme qui se transférera d’ailleurs psychologiquement très souvent chez la maman sous l’aspect du syndrome post-abortif bien connu. Ces attitudes anthropomorphiques, complètement inattendues pour le pro-choice qui les découvrirait pour la première fois, témoignent bien évidemment de l’humanité du fœtus. Si le (sou)rire est le propre de l’homme, le fœtus est un homme ! Et sa vie est sacrée. Ce sourire nous évoque irrésistiblement un certain tressaillement évangélique lors de la Visitation.
Bien sûr, nous n’avons pas besoin de ce sourire de Tom Pouce pour croire et espérer en l’embryon comme un être humain unique, irremplaçable – pas plus que nous n’avons besoin du Saint Suaire pour croire en la Résurrection du Christ –, mais reconnaissons que cela peut sérieusement nous aider à convaincre les saint Thomas de notre temps. En l’occurrence,il ne s’agit pas de foi, mais d’un signe visible dans la constatation la plus scientifique qui soit depuis la fécondationet que le professeur Jérôme Lejeune résumait par cette formule imparable :
« Au commencement, il y a un message, ce message est dans la vie, et ce message est la vie. Et ce message est un message humain ; alors, cette vie est une vie humaine. »
De même que l’ange au sourire de Reims est comme unmessager énigmatique entre le Créateur et l’homme, ce fœtus au sourire est le messager de ce message humain parmi nos contemporains. Il est à la fois le message et le messager. Son sourire résonne alors paradoxalement comme un appel de détresse à notre monde : un appel à l’amour, à l’amour de l’embryon pour le salut de l’homme…
Rémi Fontaine (d’après Le livre noir de la culture de mort, Renaissance catholique, 2007)
Le testament spirituel et intellectuel de Patrick Buisson
Ce fut sa dernière intervention publique. Le 10 décembre dernier, Patrick Buisson prenait la parole, pour la dernière fois en public, à l’occasion de la 31ème Fête du livre de Renaissance Catholique aux Pyramides à Port-Marly (78).
Dans une brève (19′) et dense conférence, il analysait les causes du suicide collectif auquel la modernité conduit l’Occident qui fut chrétien.
Comme toujours se conjuguent harmonieusement:
- la richesse de la documentation
- la puissance et la pertinence de l’analyse
- la qualité de la langue et le sens aigu de la formule qui fait mouche.
Tout cela au service d’un amour passionné et exigeant de la France, de sa terre, de son histoire, de son peuple, de sa civilisation.
Eu égard aux circonstances il n’est pas interdit de voir dans cet enregistrement, réalisé en partenariat entre Radio-Courtoisie
L’idéologie de l’égalité
Jean-Louis Harouel agrégé de droit, professeur émérite de l’Université Panthéon-Assas, vient de publier un pamphlet pour dénoncer Les Mensonges de l’égalité, ce mal qui ronge la France et l’Occident.
Dans nos sociétés occidentales et en particulier en France depuis la Révolution, la lutte contre les inégalités s’affiche comme le but le plus noble de toute action politique. Cette passion pour l’égalité est devenue une sorte de religion de l’Humanité. Mais, à rebours de l’idéologie officielle, l’auteur demande si l’inégalité constitue un mal et, inversement, si l’égalité est toujours un bien ?
De la terreur révolutionnaire aux crimes du communisme, l’auteur rappelle que l’égalité forcée s’est révélée inefficace et humainement terrible tandis que l’inégalité n’est en rien responsable de la pauvreté, qui est la conséquence du retard technique et de la faiblesse des capacités de production. Plus encore, Harouel montre en quoi les inégalités sont bel et bien indispensables au progrès scientifique et aux arts.
Parmi les nombreux sujets évoqués, l’auteur souligne que la transformation de l’avortement en droit de l’homme s’est faite au nom de l’égalité.
Juge à la Cour suprême des Etats-Unis de 1993 à 2020, Ruth Bader Ginsburg faisait du droit à l’avortement une question de “citoyenneté égale”, considérant que ce droit était nécessaire aux femmes pour “participer en tant que partenaires égales des hommes à la vie sociale, politique et économique de la nation”. De même, en France, la résolution de 2014 affirme que la garantie d’un droit à l’avortement est une “condition indispensable pour la construction de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes et d’une société de progrès”. Cet argument n’avait pas été invoqué par Simone Veil en novembre 1974 en faveur du vote de sa loi en France, mais une autre exigence d’égalité avait alors été exprimée : celle de l’égalité sociale entre les femmes. Puisque certaines femmes qui en avaient les moyens financiers pouvaient s’offrir à l’étranger un avortement dans de bonnes conditions, l’égalité exigeait que cette possibilité fût offerte à toutes les femmes de France par la légalisation de l’avortement. D’abord au nom de l’égalité entre les femmes puis de l’égalité entre hommes et femmes, la religion des droits de l’homme aura privé la France et l’ensemble des pays occidentaux de millions et de millions de naissances.
Les Mensonges de l’égalité: Ce mal qui ronge la France et l’Occident
Comment ne pas songer à tous ces innocents que la société sacrifie ?
👉 Aujourd’hui, l’Eglise catholique commémore le massacre des Saints Innocents
👼Comment ne pas songer à tous ces innocents que la société sacrifie, jour après jour ?
👊 Tous à Paris le 21 janvier !#prolife #ivg #avortement #constitution #france #innocents #MPLV2024 pic.twitter.com/FyndhIxOQR— Marche Pour La Vie (@MarchePourLaVie) December 28, 2023
« 1968-2018 : vers une société sans père ? » : entretien exclusif avec Patrick Buisson
A l’occasion du décès de Patrick Buisson, je vous propose de relire un entretien qu’il nous avait accordé en 2018 :
À quelques jours de la conférence qui le fera débattre avec le père Louis-Marie de Blignières sur le thème « 1968-2018 : vers une société sans père ? », Patrick Buisson donne un entretien exclusif au Salon Beige.
Pourquoi parler aujourd’hui de la paternité, alors que d’autres sujets paraissent beaucoup plus “d’actualité”, tels que l’islam, l’immigration, le libéralisme libertaire, etc.
Patrick Buisson : Il est des événements majeurs qui se déroulent à bas bruit. Le lent déclin de la figure paternelle est de ceux-là. Là est l’une des grandes conquêtes de la modernité : dans la dévalorisation du père comme instance culturelle, dans sa destitution biologique et politique, dans la disparition progressive des fonctions rituelles qu’il exerçait jusque-là. Demain la PMA, dite « PMA pour toutes », si elle devait être adoptée, franchirait une étape supplémentaire en consacrant à travers l’institutionnalisation de la naissance d’enfants sans père, la suppression juridique de la généalogie paternelle. Soit un basculement décisif dans le processus de décivilisation qui est en train de tout broyer.
Pourquoi avoir accepté d’en parler avec un ecclésiastique, qui plus est un ecclésiastique assez “marqué” ?
Patrick Buisson : Je ne sais pas ce qu’est un « ecclésiastique marqué ». Ce que je sais en revanche, c’est qu’après Vatican II, des prêtres sont restés fidèles au symbole de Nicée, tandis qu’une minorité agissante du clergé français a expérimenté une nouvelle religion : abandon de pans entiers du dogme, renoncement à la prédication des fins dernières, malthusianisme sacramentel, remise en cause de la fonction sacerdotale. Ces prêtres-là sont passés d’une religion du salut à une religion du bonheur, d’une religion théocentrée à une religion anthropocentrée, qui place l’épanouissement des personnes avant la gloire de Dieu. La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier maintient quant à elle ce qui fut et reste l’essence du catholicisme, c’est-à-dire une religion macrocosme et une religion microcosme. Une religion qui relie les hommes à Dieu et une religion qui relie les hommes entre eux.
Selon vous, la rupture de la paternité date-t-elle de mai 68 ou faut-il rechercher des racines beaucoup plus lointaines, comme 1793 avec la décapitation de Louis XVI ?
Patrick Buisson : C’est le mouvement des Lumières qui a ouvert l’ère de la révolte moderne des fils contre l’autorité du père. Tout est déjà dans l’Œdipe de Voltaire, l’Émile de Rousseau, l’exclamation fameuse de Diderot : « Des pères ! Des pères ! Il n’y en a point… Il n’y a que des tyrans ». En ce sens, le régicide de 1793 est bien un parricide que Balzac analyse parfaitement quand il écrit qu’« en coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille ». La décapitation du souverain est bien une mutation capitale de notre civilisation. On passe d’une société des pères à une société des pairs devant la loi, une société de frères, une société de frères sans père.
Benoît XVI continue à nous enseigner
Le père Federico Lombardi, président de la Fondation Ratzinger, a expliqué qu’il existe une collection d’homélies «privées» de Benoît XVI, enregistrées et transcrites par les “Memores Domini”, les femmes consacrées qui ont vécu avec lui.
Le recueil contient plus de trente homélies, en italien, des années de son pontificat et plus d’une centaine des premières années après sa renonciation. Le père Lombardi les publiera prochainement en un volume à la Librairie éditrice vaticane (LEV). L’homélie qui suit a été prononcée un quatrième dimanche de l’Avent, le 22 décembre 2013. Elle est consacrée à saint Joseph.
BENOÎT XVI
Chers amis,
À côté de Marie, Mère du Seigneur, et de saint Jean-Baptiste, la liturgie nous présente aujourd’hui une troisième figure, qui est presque celle de l’Avent: saint Joseph. En méditant le texte de l’Évangile, nous pouvons voir, me semble-t-il, trois éléments constitutifs de cette vision.
Le premier et décisif est que saint Joseph est appelé «un homme juste». C’est pour l’Ancien Testament la plus haute caractérisation de celui qui vit vraiment selon la parole de Dieu, qui vit l’alliance avec Dieu.
Pour bien comprendre cela, nous devons réfléchir à la différence entre l’Ancien et le Nouveau Testament.
L’acte fondamental du chrétien est la rencontre avec Jésus, en Jésus avec la parole de Dieu, qui est Personne. En rencontrant Jésus, nous rencontrons la vérité, l’amour de Dieu, et ainsi la relation d’amitié devient amour, notre communion avec Dieu grandit, nous sommes vraiment croyants et devenons saints.
L’acte fondamental dans l’Ancien Testament est différent, car le Christ était encore à venir et il s’agissait donc, au mieux, d’aller à la rencontre du Christ, mais il ne s’agissait pas encore d’une véritable rencontre en tant que telle. La parole de Dieu dans l’Ancien Testament a essentiellement la forme de la loi – “Torah”. Dieu guide, c’est le sens, Dieu nous montre le chemin. C’est un chemin d’éducation qui forme l’homme selon Dieu et lui permet de rencontrer le Christ. En ce sens, cette justice, cette vie selon la loi est un cheminement vers le Christ, une extension vers Lui; mais l’acte fondamental est l’observance de la Torah, de la loi, et donc le fait d’être «un juste».
Saint Joseph est un juste, exemplaire de l’Ancien Testament.
Mais il y a ici un danger et en même temps une promesse, une porte ouverte.
Le danger apparaît dans les discussions de Jésus avec les pharisiens et surtout dans les lettres de saint Paul. Le danger est que si la parole de Dieu est fondamentalement une loi, elle doit être considérée comme une somme de prescriptions et d’interdictions, un ensemble de règles, et l’attitude doit donc être d’observer les règles et d’être ainsi correct. Mais si la religion est ainsi, c’est tout ce qu’elle est, la relation personnelle avec Dieu ne naît pas, et l’homme reste en lui-même, cherche à se perfectionner, à être parfait. Mais cela donne lieu à l’amertume, comme nous le voyons chez le deuxième fils de la parabole du fils prodigue, qui, après avoir tout observé, finit par être amer et même un peu envieux de son frère qui, comme il le pense, a eu la vie en abondance. Tel est le danger: la simple observance de la loi devient impersonnelle, un simple acte, l’homme devient dur et même amer. À la fin, il ne peut plus aimer ce Dieu qui ne se présente qu’avec des règles et parfois même avec des menaces. Tel est le danger.
La promesse, au contraire, est la suivante: nous pouvons également voir ces prescriptions, non pas comme un simple code, un ensemble de règles, mais comme une expression de la volonté de Dieu, dans laquelle Dieu me parle, je lui parle. En entrant dans cette loi, j’entre en dialogue avec Dieu, j’apprends le visage de Dieu, je commence à voir Dieu, et ainsi je suis sur le chemin de la parole de Dieu en personne, du Christ. Et un vrai juste comme saint Joseph est ainsi: pour lui, la loi n’est pas simplement l’observance de normes, mais elle se présente comme une parole d’amour, une invitation au dialogue, et la vie selon la parole consiste à entrer dans ce dialogue et à trouver derrière les règles et dans les règles l’amour de Dieu, à comprendre que toutes ces règles ne sont pas pour elles-mêmes, mais qu’elles sont des règles d’amour, qu’elles servent à ce que l’amour puisse grandir en moi. C’est ainsi que l’on comprend qu’en fin de compte, toute loi n’est que l’amour de Dieu et du prochain. Ayant trouvé cela, on a observé toute la loi. Si quelqu’un vit dans ce dialogue avec Dieu, un dialogue d’amour dans lequel il cherche le visage de Dieu, dans lequel il cherche l’amour et fait comprendre que tout est dicté par l’amour, il est en route vers le Christ, il est un vrai juste. Saint Joseph est un vrai juste, donc en lui l’Ancien Testament devient Nouveau, parce que dans les mots il cherche Dieu, la personne, il cherche son amour, et toute observance est une vie dans l’amour.
Nous le voyons dans l’exemple proposé par cet Évangile. Saint Joseph, fiancé à Marie, apprend qu’elle attend un enfant. Nous pouvons imaginer sa déception: il connaissait cette jeune fille et la profondeur de sa relation avec Dieu, sa beauté intérieure, l’extraordinaire pureté de son cœur; il voyait briller en elle l’amour de Dieu et l’amour de sa parole, de sa vérité, et voilà qu’il se trouve gravement déçu. Que faire? Voici que la loi offre deux possibilités, dans lesquelles apparaissent les deux voies, celle dangereuse, fatale, et celle de la promesse. Il peut intenter une action en justice et ainsi exposer Marie à la honte, la détruire en tant que personne. Il peut le faire en privé avec une lettre de séparation. Et saint Joseph, un homme vraiment juste, même s’il a beaucoup souffert, prend la décision d’emprunter ce chemin, qui est un chemin d’amour dans la justice, de justice dans l’amour, et saint Matthieu nous dit qu’il a lutté avec lui-même, en lui-même avec la parole. Dans cette lutte, dans ce voyage pour comprendre la véritable volonté de Dieu, il a trouvé l’unité entre l’amour et la règle, entre la justice et l’amour, et c’est pourquoi, sur son chemin vers Jésus, il est ouvert à l’apparition de l’ange, ouvert au fait que Dieu lui donne la connaissance qu’il s’agit d’une œuvre de l’Esprit Saint.
Saint Hilaire de Poitier, au IVe siècle, traitant de la crainte de Dieu, disait à la fin: «Toute notre crainte est placée dans l’amour», ce n’est qu’un aspect, une nuance de l’amour. Nous pouvons donc dire ici pour nous: toute la loi est placée dans l’amour, elle est une expression de l’amour et doit être accomplie en entrant dans la logique de l’amour. Et ici, nous devons garder à l’esprit que, même pour nous chrétiens, il existe la même tentation, le même danger que dans l’Ancien Testament: même un chrétien peut en arriver à une attitude dans laquelle la religion chrétienne est perçue comme un ensemble de règles, d’interdictions et de normes positives, de prescriptions.
On peut arriver à l’idée qu’il ne s’agit que d’exécuter des prescriptions impersonnelles et donc de se perfectionner, mais cela vide l’arrière-plan personnel de la parole de Dieu et conduit à une certaine amertume et dureté de cœur. Dans l’histoire de l’Église, nous voyons cela dans le jansénisme. Nous aussi, nous connaissons tous ce danger, nous savons tous personnellement qu’il nous faut toujours à nouveau surmonter ce danger et retrouver la Personne et, dans l’amour de la Personne, le chemin de la vie et la joie de la foi. Être juste, c’est trouver ce chemin, et nous sommes donc nous aussi toujours en route de l’Ancien Testament vers le Nouveau Testament, à la recherche de la Personne, du visage de Dieu dans le Christ. C’est précisément ce qu’est l’Avent: sortir de la norme pure pour aller à la rencontre de l’amour, sortir de l’Ancien Testament qui devient Nouveau.
Tel est donc le premier élément fondamental de la figure de saint Joseph, telle qu’elle apparaît dans l’Évangile d’aujourd’hui. Quelques mots à présent sur les deuxième et troisième éléments.
Le deuxième: il voit l’ange en songe et entend son message. Cela présuppose une sensibilité intérieure pour Dieu, une capacité à percevoir la voix de Dieu, un don de discernement, capable de distinguer entre les songes qui sont des songes et une véritable rencontre avec Dieu. Ce n’est que parce que saint Joseph était déjà en route vers la personne du Verbe, vers le Seigneur, vers le Sauveur, qu’il a pu discerner; Dieu a pu lui parler et il a compris: ce n’est pas un songe, c’est la vérité, c’est l’apparition de son ange. C’est ainsi qu’il pouvait discerner et décider.
Cette sensibilité à Dieu, cette capacité à percevoir que Dieu me parle, cette capacité de discernement est aussi importante pour nous. Bien sûr, Dieu ne nous parle pas normalement comme il a parlé à Joseph par l’intermédiaire de l’ange, mais il a aussi ses manières de nous parler. Ce sont des gestes de tendresse de Dieu, que nous devons percevoir pour trouver la joie et la consolation, ce sont des paroles d’invitation, d’amour, voire de demande dans la rencontre avec des personnes qui souffrent, qui ont besoin de ma parole ou de mon geste concret, d’un acte. Ici, nous devons être sensibles, connaître la voix de Dieu, comprendre que c’est maintenant que Dieu me parle et y répondre.
Nous arrivons ainsi au troisième point: la réponse de saint Joseph à la parole de l’ange est la foi, puis l’obéissance, accomplie. La foi: il a compris que c’était vraiment la voix de Dieu, que ce n’était pas un songe. La foi devient un fondement sur lequel agir, sur lequel vivre, c’est reconnaître que c’est la voix de Dieu, l’impératif de l’amour, qui me guide sur le chemin de la vie, et ensuite faire la volonté de Dieu. Saint Joseph n’était pas un rêveur, bien que le songe ait été la porte par laquelle Dieu est entré dans sa vie. C’était un homme pratique et sobre, un homme de décision, capable d’organisation. Il n’a pas été facile de trouver à Bethléem, parce qu’il n’y avait pas de place dans les maisons, l’étable comme lieu discret et protégé et, malgré la pauvreté, digne de la naissance du Sauveur. Organiser la fuite en Égypte, trouver un endroit où dormir chaque jour, vivre longtemps: cela exigeait un homme pratique, avec un sens de l’action, avec la capacité de répondre aux défis, de trouver des moyens de survivre. Et puis, à son retour, la décision de retourner à Nazareth, d’établir ici la patrie du Fils de Dieu, cela aussi montre qu’il était un homme pratique, qui, en tant que charpentier, vivait et rendait possible la vie de tous les jours.
Ainsi saint Joseph nous invite d’une part à ce cheminement intérieur dans la parole de Dieu, pour être toujours plus proches de la personne du Seigneur, mais en même temps il nous invite à une vie sobre, au travail, au service quotidien pour faire notre devoir dans la grande mosaïque de l’histoire.
Rendons grâce à Dieu pour la belle figure de saint Joseph. Prions:
«Seigneur, aide-nous à être ouverts pour Toi, à trouver toujours plus ton visage, à T’aimer, à trouver l’amour dans la norme, à être enracinés, comblés dans l’amour. Ouvre-nous au don du discernement, à la capacité de t’écouter et à la sobriété de vivre selon ta volonté et dans notre vocation». Amen!
Et maintenant les évêques de Côte d’Ivoire
Déclaration de la Conférence des Evêques Catholiques de Cote d’Ivoire sur ”fiducia supplicans”
Daniel Rabourdin invite à soutenir le Salon beige
Notre ami Daniel Rabourdin, réalisateur de La Rébellion cachée (docufiction sur les guerres de Vendée) et de Promesse (film en cours de réalisation sur le scoutisme catholique), nous a adressé cette sympathique vidéo invitant à soutenir le Salon beige.
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Et maintenant les évêques de Hongrie
Les évêques de Hongrie répondent à la déclaration du Vatican :
« Les prêtres doivent toujours éviter de donner des bénédictions aux “couples” qui vivent ensemble sans être mariés à l’Église, ou qui vivent dans un partenariat de même sexe. »

CGT l’argent par les fenêtres
Le syndicat marxiste va devoir réduire ses dépenses s’il veut survivre. Mais qui va défendre les salariés qui vont être licenciés par la CGT ?:

Nigéria : au moins 160 morts et plus de 300 blessés
Plus de 130 chrétiens massacrés au Nigéria pendant la nuit de Noël, par des groupes de mercenaires liés à Boko Haram et à l’État Islamique, dans 20 attaques coordonnées dans des villages.
Parmi les victimes, un grand nombre de femmes, d’enfants et de pasteurs protestants et leurs familles. Ils préparaient les célébrations de Noël.
Cette Basilique est un trésor (trop) méconnu
Un reportage de manemos.com sur la basilique Notre-Dame de Bonne Garde à Longpont-sur-Orge dans l’Essonne :
La «théologie des peuples»
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Les derniers nouvelles sur la possibilité de la bénédiction des couples homosexuels, sous certaines conditions, ont encore une fois jeté le trouble au sein du catholicisme, surprenant même des personnes qui ne sont pas forcément engagées à défendre le dépôt de la foi (https://lesalonbeige.fr/la-surprenante-conception-de-la-synodalite-du-pape-francois/). Heureusement des théologiens comme le cardinal Müller se sont prononcés à propos de cette décision pour éclairer les fidèles (https://lesalonbeige.fr/cardinal-muller-benir-les-couples-homosexuels-constitue-un-acte-sacrilege-et-blasphematoire-contre-le-plan-du-createur/). Il faut saluer aussi l’opposition de beaucoup d’évêques et cardinaux à cette permission (https://lesalonbeige.fr/cardinal-muller-benir-les-couples-homosexuels-constitue-un-acte-sacrilege-et-blasphematoire-contre-le-plan-du-createur/).
Et comme malheureusement ce n’est pas la première fois que cela arrive, il est temps de savoir qui est Jorge Mario Bergoglio Sívori, l’actuel pape.
Beaucoup a été écrit sur lui et sur sa biographie, mais avec les années on a découvert, entre autres, qu’il était influencé par l’immanentisme, à travers une version argentine de la théologie de la libération, à savoir la «théologie des peuples».
Selon l’immanentisme, la nature se suffit, et il n’y a pas besoin d’un être divin extérieur à elle. Dans certaines doctrines relevant de l’immanentisme, Dieu (ou l’Esprit) se confond même avec la nature, comme dans le panthéisme. Parmi les courants marqués par l’immanentisme, il y a eu notamment le panthéisme hégélien, qui a beaucoup influencé Marx, et le marxisme et aussi la théologie de Karl Rahner (https://lesalonbeige.fr/le-synode-des-eveques-et-linfluence-de-karl-rahner/).
Au cours du XXe siècle, à cause de l’influence de Marx, beaucoup de catholiques pensaient qu’il fallait beaucoup intervenir politiquement afin de transformer les conditions matérielles des pauvres. Mais en faisant cela ils ont négligé le rôle important de la proclamation des enseignements de l’Évangile. Ils ont donné trop d’importance au côté social, aux changements sociaux et c’est pour cela que le Vatican, et notamment Saint Jean-Paul II, essayait de mettre en garde les tenants de la «théologie de la libération» contre les dérives.
En fait, bien sûr, beaucoup de catholiques, dont le pape François, ont formellement nié tout soutien au marxisme (https://www.lefigaro.fr/vox/religion/2015/07/17/31004-20150717ARTFIG00362-le-pape-francois-et-la-theologie-de-la-liberation-les-liaisons-dangereuses.php). Mais son influence se fait sentir lorsqu’on remarque qu’on donne actuellement beaucoup d’importance aux causes sociales au détriment de la proclamation claire de la doctrine. Dans un article on peut lire (https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/le-pape-franccedilois-est-il-un-theacuteologien-de-la-libeacuteration-30349.php) :
«Néanmoins, comme tant d’autres prélats latino-américains, le cardinal Bergoglio est certainement influencé par la critique sociale utilisée par les théologiens de la libération. En 2011, dans une homélie, il a dénoncé les conditions des travailleurs sans-abris à Buenos Aires. Selon lui, ils sont les victimes d’un « esclavage structurel » contre lequel il faudrait se battre. «
D’un autre côté, on sait que durant sa formation, José Mario Bergoglio a reçu des enseignements du théologien jésuite Juan Carlos Scannone, fondateur de la «philosophie de la libération» (https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_de_la_lib%C3%A9ration), et de la «théologie du peuple» qui est une branche autonome de la «théologie de la libération» (https://www.la-croix.com/Definitions/Figures-spirituelles/Pape-Francois/La-theologie-du-peuple). Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi avait soupçonné certains des auteurs de ce courant de soutenir le marxisme. En en tout cas ils étaient influencés par Hegel… En 2015 Juan Carlos Scannone a assuré même que la «théologie du peuple» est la base des gestes du pape François ( https://www.europapress.es/sociedad/noticia-jesuita-scannone-asegura-teologia-pueblo-rama-teologia-liberacion-base-gestos-20150210133914.html).
L’autre problème est que ces personnes, ayant eu une certaine influence de l’immanentisme, vont accorder trop d’importance au vécu des personnes, au détriment de la loi qu’il faut suivre. Selon les hégéliens, par exemple, il n’y que l’histoire dans laquelle l’homme évolue, sans un Dieu extérieur qui donnerait des normes. Et ces gens influencés, parfois de loin, par l’immanentisme, vont finir par voir dans la loi morale quelque chose de rigide, qui s’oppose au «flux de la vie» (https://www.lepoint.fr/societe/le-pape-replique-aux-conservateurs-18-11-2016-2083995_23.php). Or, cela va à l’encontre de l’enseignement évangélique.
Le problème aussi est que ces gens influencés par l’immanentisme vont parler d’«idéologie» lorsqu’on parle de loi morale alors que la loi morale vient de la Révélation Divine. En fait c’est le plan de Dieu qui est rappelé, on ne peut pas considérer cela comme une simple «idéologie».
Et c’est cette influence de l’immanentisme qui a pu pousser le pape François à se prononcer pour une union civile d’homosexuels (https://www.famillechretienne.fr/35447/article/2020-11-02/union-civile-pour-les-couples-homosexuels-le-pape-na-pas-change-la-doctrine), alors que cela s’oppose à la loi naturelle que l’Église défend aussi (https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/la-famille/369528-quest-ce-que-la-loi-naturelle/).
Le pape François a aussi, à cause de ces influences, favorisé les «théologies indiennes» en Amérique du Sud alors que le pape Saint Jean-Paul II avait dit « «Aujourd’hui, il est beaucoup question de remplacer la théologie de la libération par la théologie indigène, qui serait une autre version du marxisme. La vraie solution réside dans la solidarité» (https://benoit-et-moi.fr/2019/actualite/synode-amazonie-revoila-la-teologia-india.html).
A ce problème de l’immanentisme s’ajoute sa manière de traiter le problème de la crise des abus. Il est lui-même accusé d’avoir protégé un prêtre pédophile en Argentine et de plus, de manière consciente, préméditée et bien réfléchie, il a mis à la tête du Dicastère pour la Doctrine de la Foi le cardinal Víctor Manuel Fernández qui était aussi visé par des accusations pour avoir protégé un prêtre abuseur (https://lesalonbeige.fr/crise-au-vatican-le-bapteme-des-personnes-transgenres-et-les-parrains-homosexuels/). Pour cela, avant l’arrivée du cardinal Fernández, le pape François a créé une section au sein du Dicastère pour la Doctrine de la Foi qui s’occuperait des cas d’abus et qui ne serait pas sous la responsabilité de Mgr Fernández… Tout cela, bien sûr, pour lui éviter des problèmes…
On sait aussi que le cardinal Fernández avait déjà eu des problèmes avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et qu’il aide beaucoup théologiquement le pape François à rédiger des textes (https://www.cath.ch/newsf/344132/).
Bref, le pape François accorde plus d’importance à la défense de son idéologie qu’à la lutte contre les abus sexuels. Rappelons que le pape émérite Benoît XVI avait expliqué que la cause de la crise des abus était l’opposition aux enseignements du Magistère en matière de morale sexuelle (https://lesalonbeige.fr/les-causes-de-la-crise-des-abus/). Pour défendre son idéologie, le pape François n’hésite pas à travailler avec quelqu’un qui n’a pas écouté des mineurs qui se plaignaient d’abus en Argentine.
Et beaucoup pensent aussi que le pape François profite aussi du fait que le pape émérite Benoît XVI n’est plus là pour accélérer des changements selon son idéologie marquée par l’immanentisme.
Bref, en tout cas on ne peut pas se réjouir de ces permissions concernant les personnes qui commettent des actes homosexuels. Il est urgent de lutter contre les abus sexuels et continuer à réclamer la démission de Víctor Manuel Fernández. Et il faut aussi continuer à envoyer des dubia au pape François.
Un cadeau de Noël de TV Libertés et Ermonia !
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Pour Noël, jusqu’au 31 décembre, TV Libertés et Ermonia vous proposent de regarder gratuitement “Remissio” !
Le film est disponible ici :
https://m.youtube.com/watch?v=R-vK69JAP_osi%3DwiQVyQyeNC9Vy3sH&feature=youtu.be
Au cœur du XIXe siècle, le monde militaire brille de faste et de superficialité. Entrant dans une église pour la première fois depuis longtemps, Joseph de Frénilly, jeune saint-cyrien plein d’ambition, fait le pari d’aller se confesser. Déjoué par le prêtre, il fait une promesse d’honneur qui ne sera pas sans conséquence…
Au cœur de ce court-métrage, nous célébrons le retour à la foi d’un jeune homme “plus étourdi que mauvais” selon les mots de Mgr de Ségur. Chrétiens ou non, nous espérons toucher les cœurs avec cette recontextualisation émouvante de la parabole du fils prodigue.
Vous pouvez faire un don défiscalisé sur Credofunding pour aider Ermonia à distribuer son prochain film, “Magnificat” en cliquant ici :
https://www.credofunding.fr/fr/ermonia
Et pour aider TVL à boucler son budget pour 2024: https://bit.ly/3GjuI1R
Patrick Buisson, RIP
Patrick Buisson est mort à l’âge de 74 ans, a appris Le Figaro ce mardi 26 décembre.
Dès les années 1980, alors journaliste, de Valeurs Actuelles à Minute, Patrick Buisson a milité pour une union des droites afin de faire barrage à la gauche et à l’alliance entre les socialistes et les communistes, qui avait favorisé la victoire de François Mitterrand. Régulièrement en désaccord avec le Front national dès l’époque de Jean-Marie Le Pen, il a dirigé la campagne de Philippe de Villiers pour les élections européennes de 1994 puis l’élection présidentielle de 1995. En 2007 il avait conseillé Nicolas Sarkozy.
En 2016, il avait soutenu François Fillon lors de la primaire LR pour l’élection présidentielle. Également conseiller de Nicolas Dupont-Aignan, il a en revanche régulièrement critiqué le Rassemblement national pour sa stratégie tournée vers l’électorat de gauche, se rapprochant au contraire de Marion Maréchal.
Lors de l’élection présidentielle de 2022, il s’était rapproché d’Éric Zemmour, candidat Reconquête, avec lequel il était apparu aux côtés de Philippe de Villiers.
En 2016, il a publié La Cause du peuple, dans lequel il jugeait sévèrement le quinquennat de Nicolas Sarkozy. En 2021 et en 2023, il publiait deux livres, La Fin d’un monde, et Décadanse, dans lesquels il décrivait le déclin de l’Occident. De 2007 à 2018, Patrick Buisson a aussi été directeur de la chaîne de télévision Histoire.
A l’occasion de la sortie de La Fin d’un monde, il déclarait au Salon beige :
Je raconte notamment comment nombre de dogmes ont été mis sous le boisseau ou littéralement évacués d’un certain discours clérical : les fins dernières, le paradis et l’enfer, la résurrection des corps, le péché originel etc… Quant aux fonctions sociales, il est vrai que l’Église avait montré à travers vingt siècles d’histoire, son extraordinaire aptitude à créer du lien, à être au sens propre une religion. De religare : ce qui relie. Toutes ces activités, toutes ces œuvres qu’on dirait aujourd’hui chronophages, lui avaient assuré une influence et un rayonnement dont aucune institution ne pouvait se targuer de posséder l’équivalent. Et voilà qu’au moment où les organisations séculières – le parti communiste en tête – empruntaient au catholicisme la recette de ses robustes socialités qui prenaient les individus en charge du berceau jusqu’au cercueil, l’Église, comme l’écrivait à l’époque le journaliste Georges Suffert, « abandonnait, en bon ordre, tous les terrains sur lesquels elle avait pris un bon millénaire d’avance et se couchait devant les nouveaux dieux comme un chien devant son maître ». Car ce fut bien le plus déroutant et le plus énigmatique des paradoxes de ces années-là que de voir le clergé progressiste, sous couvert de travailler « en pleine masse », à « pleine pâte humaine », se retirer progressivement de toutes les fonctions sociales qui, depuis toujours, le mettaient quotidiennement au contact de tous les milieux – des plus favorisés aux plus modestes – sans exception. En fait ce furent les structures et les mécanismes de transmission de la foi qui furent détruits en l’espace d’une décennie au nom d’une stratégie pour le moins hasardeuse d’une « présence au monde » qui ne fut , en définitive, qu’un prétexte pour s’abstraire du peuple. « On juge l’arbre à ses fruits » dit l’Évangile et le jugement de l’histoire sur ce point aura été cruel.
Entretien avec le supérieur des Missionnaires de la Miséricorde Divine
Retrouvez l’abbé Dubrule dans cette interview originale. Il y présente le défi de la formation d’un séminariste et la confrontation au monde dans une Église en crise. Il s’exprime ici en tant que supérieur des Missionnaires de la Miséricorde Divine.
Votre aide est indispensable pour que les 20 séminaristes puissent poursuivre leur formation.
DÉFISCALISEZ, FAITES UN DON : https://don.misericordedivine.fr
Les trois messes de Noël
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique :
Le saint jour de Noël est caractérisé par un triple Sacrifice eucharistique. L’ancienne Église de Rome a, en cela, suivi l’exemple vénérable de l’Église de Jérusalem. Les fidèles se rassemblaient, la nuit, dans la grotte de la Nativité et sanctifiaient l’heure de la naissance du Seigneur par la célébration de la messe. A la fin de cette messe ils retournaient à Jérusalem. Que pouvaient-ils faire de mieux que de commémorer l’heure de la Résurrection, dans l’église de la Résurrection, et d’y célébrer en même temps Noël avec les bergers ? C’était la seconde messe. Pendant le jour, ils se réunissaient dans l’Église pour l’Office solennel. Ainsi naquit l’usage de célébrer trois messes le jour de Noël. Cet usage fut imité à Rome. La première Messe était célébrée pendant la nuit dans l’église de la Crèche de Sainte-Marie Majeure (Sainte-Marie Majeure était considérée comme le Bethléem des Romains) : la seconde messe était célébrée dans l’église romaine de la Résurrection, dans l’église palatine grecque dont le nom était Anastasis (c’est-à-dire Résurrection). La troisième était célébrée dans la basilique de Saint-Pierre. De Rome l’usage se répandit dans tout l’Occident. Depuis que les prêtres occidentaux célèbrent la messe tous les jours, la coutume s’est établie que chaque prêtre puisse célébrer la messe trois fois, à Noël.
Trois considérations s’unissent dans chaque messe ; la divine lumière, le temps correspondant du jour ou de la nuit et l’événement évangélique de ce temps. Il y a, dans les trois messes, un développement progressif de la pensée de la fête. L’impression de l’Avent se remarque encore dans la première messe. Le Dieu de Majesté, environné de lumière, s’y manifeste, des anges lumineux volent au-dessus de la terre, et la Mère, la Vierge très pure, est le seul être terrestre qui approche l’enfant divin. L’humanité est encore dans l’attente dans les ombres de la nuit. La pensée de Noël progresse à la seconde messe qui est célébrée à l’aurore, au lever du soleil. La lumière divine qui a paru mystérieusement sur la terre, sous les voiles de la nuit, s’élève pour nous comme un soleil d’une force créatrice puissante, elle entre en relation active avec nous comme « notre Sauveur ». Dans la troisième messe, la pensée de Noël atteint son développement le plus élevé et se manifeste dans toute son efficacité « à tous les hommes ».
Noël est une fête de lumière. […] C’est pourquoi la fête de sa naissance est très bien placée au moment où le soleil recommence son ascension. La pensée de la lumière, qui trouve aussi chez le peuple chrétien une touchante expression dans l’arbre de Noël illuminé, se poursuit à travers les trois messes. Le symbolisme de la lumière est particulièrement saisissant pendant la messe de minuit ; à la seconde messe le soleil qui se lève nous offre un -symbole vivant et c’est pourquoi l’Introït chante avec. allégresse : « Une lumière brille aujourd’hui pour nous. » A la troisième messe le symbole de la lumière se trouve dans l’Évangile lui-même : « La lumière brille dans les ténèbres ».
La messe de minuit (Dominus dixit).
La pensée principale de la messe de minuit est celle-ci : L’Enfant de Bethléem, né de la Vierge Marie, est le Fils consubstantiel de Dieu, engendré de toute éternité, en un mot : la naissance éternelle et la naissance temporelle du Seigneur. Nous sommes réunis en esprit avec tout la chrétienté dans le petit sanctuaire de Sainte-Marie Majeure dont la crypte, derrière l’autel, représente la grotte de Bethléem. L’Introït fait pendant à l’Évangile. L’Évangile nous dit : « Marie enfanta son Fils premier-né » ; l’Introït chante : « Le Père a dit : dans l’éternel aujourd’hui, je t’ai engendré de mon essence. » Le Gloria convient particulièrement aujourd’hui. La Collecte remercie Dieu de la divine lumière dans la foi, mais elle demande aussi la jouissance de cette lumière dans la vision béatifique. L’éclat lumineux des anges et l’illumination de l’église ne sont qu’une faible image de la splendeur de la divinité que nous contemplerons au ciel. — La prière liturgique s’est élevée de la nuit de l’Avent (Kyrie) jusqu’aux plus hautes lumières du ciel. Maintenant, dans l’Épître, l’Apôtre des nations s’adresse à nous. Il a connu la nuit de l’Avent et la lumière de Noël autant que personne au monde. C’est le don de Dieu fait homme, le Sauveur lui-même, qui lui apparut sur le chemin de Damas. Depuis ce jour, il n’y a plus de nuit dans son âme mais la claire lumière. La lumière demande une vie de lumière et c’est ce qu’il nous recommande. L’Épître et l’Évangile nous parlent de l’humanité du Christ. Intercalé entre les deux, le Graduel chante de nouveau le Fils éternel de Dieu. La nuit avant le lever de l’étoile du matin est l’image de l’éternité. Nous sommes dans « la lumière du sanctuaire », environnés des ombres de la nuit. Voici maintenant le point culminant de l’avant-messe, le merveilleux Évangile de la nuit sainte : la naissance du Seigneur. Les bergers font la garde de nuit (nous aussi ; tout l’Office est en réalité une garde de nuit, une vigile). La clarté céleste les environne, elle nous environne, nous aussi, au moment de l’apparition de l’ange. L’Offertoire nous est déjà connu par les Matines, c’est un écho de l’Évangile. Les anges du ciel entourent la crèche et se réjouissent, mais la terre elle-même encore plongée dans l’obscurité tressaille de joie. C’est dans ces sentiments que nous nous approchons de l’autel : donnons joyeusement en cette fête où nous recevons le don de Dieu. La secrète nous parle d’un merveilleux échange ; Dieu s’est fait Homme pour que l’homme devienne semblable à Dieu. Puis le mystère de la fête se réalise dans le sacrifice. Le Christ naît de nouveau pour nous et en lui nous renaissons. A la table du Seigneur, nous entendons chanter l’éternelle naissance du divin Pontife et notre propre renaissance (Psaume 109, Communion).
La triple nuit de la naissance.
Les grands actes de l’histoire du monde et de l’humanité s’accomplissent d’ordinaire en jour et le monde en fête aussi le souvenir en plein jour. L’Église, par contre, a préféré, dès le début, le silence solennel de la nuit et, dans l’antiquité, elle a célébré toutes ses fêtes pendant la nuit. En agissant ainsi elle se rappelait les saintes prières de son divin Fondateur qui se prolongeaient pendant toute la nuit. La nuit était aussi le symbole de son éloignement du monde et de son ardent désir de la Parousie. Et c’est pourquoi, aujourd’hui encore, elle fait, de sa plus longue prière, une prière nocturne. Ce sont les Matines. Elle sait aussi que les plus grands événements de la Rédemption se sont accomplis dans l’obscurité de la nuit, loin des regards du monde. Et même la figure de la Rédemption : la délivrance de la servitude d’Égypte, la mort des premiers-nés, l’immolation et la manducation de l’agneau pascal, était déjà une vraie nuit sainte. Le Christ, Notre Seigneur, a institué son sacrement d’amour, l’Eucharistie, le soir, c’est-à-dire déjà dans la nuit. Sans doute, il est mort pendant le jour, sur le Golgotha ; mais le soleil s’obscurcit, ce fut la nuit pendant le jour. C’est avant l’aurore du matin de Pâques, alors qu’il était nuit encore, qu’il ressuscita. Quand il vint au monde, il ne choisit pas la clarté du jour, mais la nuit. La liturgie le dit d’une manière très belle : « Pendant que le silence enveloppait la terre et que la nuit était au milieu de son cours, ta « Parole » toute-puissante, Seigneur, est descendue du ciel, du trône royal. » Quand les chrétiens devinrent plus tièdes, l’Église romaine abandonna l’office de nuit, qui consistait dans la vigile, et passa à l’Office de jour. Même la vigile des vigiles, la nuit de Pâques, n’est plus célébrée actuellement. Mais il nous est resté une nuit sainte, avec tout son charme : c’est cette nuit que nous appelons la nuit de Noël, la nuit de la naissance du Sauveur. Et si cette nuit impressionne si fortement les hommes qui ne connaissent le christianisme que par l’extérieur, que ne doit-elle pas être pour nous, chrétiens, qui pouvons retrouver les pensées et les sentiments de l’Église dans sa liturgie ! Les matines ont rempli la nuit de chants sacrés. Nous avons entendu les prophéties et assisté à leur accomplissement ; nous avons écouté les paroles des quatre Pères de l’Église les plus illustres, qui nous ont expliqué la grandeur de cette nuit. Et maintenant nous sommes sur le point de réaliser en nous tout ce qui a été annoncé dans l’office de la parole de Dieu. La messe nocturne d’aujourd’hui nous parle d’une triple naissance, disons d’une triple naissance nocturne.
1. La première nuit. — L’Église nous conduit dans l’éternité, dans la nuit, avant que se levât « l’étoile du matin ». Dans cette nuit de l’éternité, la seconde Personne divine procède substantiellement du sein du Père. « Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. » La petite intelligence humaine reste stupéfaite devant ce mystère insondable : le Fils de Dieu né du Père avant tous les temps. Et pourtant cette éternité s’approche maintenant mystérieusement de nous, car, dans la sainte Eucharistie, ce Fils éternel est tout près de nous, l’éternité entre dans notre temps. Oui, dans cette nuit, nous sommes remplis d’un saisissement sacré en face de cette nuit éternelle de la naissance du Fils de Dieu.
2. Cependant le souvenir de cette nuit éternelle n’est que le prélude de cette seconde nuit de naissance qui se passa dans le temps et que nous célébrons. Notre sainte Mère l’Église nous prend par la main et nous conduit dans l’étable de Bethléem ; elle nous montre, au milieu de la nuit, le petit Enfant nouveau-né, qui est en même temps le Roi de la paix ; elle nous montre la Vierge-Mère dans son bonheur maternel. Mais maintenant, à la messe, il y a plus qu’un souvenir et une image de cette sainte nuit de naissance. Le mystère de la messe de minuit c’est que ce Roi, ce Fils de Dieu éternellement engendré, paraît aujourd’hui devant nous comme nouveau-né ; bien plus, choisit notre cœur pour crèche et nous permet de participer aux joies maternelles de Marie.
3. Mais où se trouve la troisième nuit de naissance ? La première était la naissance dans la nuit de l’éternité ; la seconde, la naissance temporelle à Bethléem ; toutes les deux rendues présentes. La troisième naissance est notre renaissance. Chrétiens, cela est si émouvant ! Le Christ s’est fait Homme pour faire de nous ses frères et ses sœurs, afin que nous devenions avec lui des enfants de Dieu, des régénérés. Aujourd’hui c’est la nuit de notre renaissance. Pâques est notre nuit baptismale. Mais, tous les ans, à Noël, l’Église voit se lever de nouveau notre nuit de naissance spirituelle. Nous sommes redevenus de nouveau des enfants de Dieu, après avoir crié vers le ciel, pendant quatre semaines, comme des non rachetés : « Cieux répandez votre rosée, faites pleuvoir le Juste. » Aujourd’hui, à la Communion, quand notre cœur est devenu ta crèche, l’Église ne pense pas seulement au Christ quand elle dit : « Dans les splendeurs de ma sainteté. je t’ai engendré avant l’étoile du matin » ; elle pense aussi à nous et fait entendre à chacun : Dans la nuit de l’éternité, tu as été choisi par le Père ; dans la sainte nuit de la naissance du Christ, tu avais place dans le Cœur du Fils de Dieu nouveau-né qui faisait de toi son frère ou sa sœur ; et maintenant le Père te presse de nouveau sur son sein en te disant : Avec mon Fils qui est né dans l’étable, tu es devenu mon enfant bien-aimé. Tu célèbres, avec le Christ, ta nuit de naissance, une vraie nuit sainte. […]
La messe de l’aurore ou messe des bergers (Lux fulgebit)
« L’aurore » indique le temps mais aussi le symbole de la seconde messe. Les deux pensées principales de la messe sont le lever du soleil de Noël et J’événement historique des premières heures du matin (les bergers à la Crèche). A l’Introït, nous contemplons avec étonnement, au lever du soleil, le Roi du monde -qui vient de naître (le psaume 92 convient tout à fait ici : à l’arrière-plan, Dieu nous apparaît mettant un frein à la fureur des flots). L’Oraison est une magnifique prière de lumière. « Environnés des flots de la nouvelle lumière du Verbe incarné », nous demandons la lumière dans la foi et dans les œuvres. L’Épître complète l’oraison. Le bon Sauveur, le Dieu fait homme, est la lumière qui nous a été communiquée au Baptême. Au Graduel, nous louons ce divin Sauveur « qui est venu, qui brille devant nous et qui est admirable à nos yeux », lui le Maître de tout. Puis à l’Évangile, nous suivons, pleins de joie, les bergers dans l’étable. A l’Offrande, nous sommes nous-mêmes les bergers qui nous approchons du Roi nouveau-né que nous sommes admis à contempler. Avec les bergers, nous lui offrons nos présents (ce n’est pas en vain que, dans les représentations des bergers, on les montre les mains chargées de présents) et nous nous retirons le cœur rempli de la joie de Dieu. L’antienne de la Communion nous montre le Roi nouveau-né faisant son entrée dans son Église, dans l’âme. L’attente de l’Avent est remplie : « Tressaille de joie, fille de Sion, jubile, fille de Jérusalem, voici que ton Roi vient, le Saint, le Sauveur du monde. » Cette messe est toute remplie de cette pensée de la lumière et c’est une des plus belles de l’année liturgique.
L’Office solennel : La troisième messe (Puer natus est)
La messe « du jour » est la messe proprement dite de la fête. L’église de Station était primitivement et est encore, conformément à l’idée de la messe, l’église des Gentils, Saint-Pierre de Rome. Cette église est pour les Romains le symbole de la domination du Christ sur le monde païen. Telle est aussi la pensée dominante de la messe : la royauté universelle du Christ.
A l’Introït, nous chantons le petit Enfant dans sa crèche comme l’Imperator (au sens de la Rome antique) du monde, celui « sur les épaules duquel repose la souveraineté ». Au psaume 97 que nous avons déjà rencontré aux Matines, nous chantons : « Le Seigneur a manifesté son salut, devant les yeux des Gentils, il a dévoilé sa justice. » « Toutes les régions de la terre voient maintenant le salut de notre Dieu. » Dans l’Oraison, nous demandons que « la nouvelle naissance » nous fasse secouer « l’antique joug du péché » et nous donne la liberté. Epître s’adapte merveilleusement à la pensée principale. Devant nos yeux apparaît l’image du souverain de l’univers : « Dieu l’a établi héritier et Seigneur du monde qu’il a créé par lui. Comme splendeur de la gloire du Père et image de sa divine essence, le Fils porte et soutient l’univers par sa parole toute-puissante… maintenant il siège dans le ciel, à la droite de la majesté divine. Le Père dit à son Fils : ton trône, ô Dieu, est établi d’éternité en éternité, un sceptre d’équité est le sceptre de ta royauté… » L’Alleluia est un prélude à l’Évangile de lumière, c’est un chant de lumière : le jour sacré a brillé. Le soleil, le symbole du Sauveur du monde, est, au ciel, dans tout son éclat. Nous entendons alors l’Évangile. Quel n’est pas alors l’effet du Prologue de saint Jean ! Le Logos est la divine lumière qui brille dans les ténèbres du monde, mais le monde ne la comprend pas. Mais pour nous, les enfants de Dieu, elle brille aujourd’hui ; bien plus, elle établit aujourd’hui sa demeure parmi nous. L’Offertoire développe le thème de la souveraineté universelle du Christ : « A toi est le ciel, à toi est la terre…, le droit et la justice sont les soutiens de ton trône. » Quand maintenant, à l’Offrande, nous nous approchons de l’autel, nous venons devant son trône et nous chantons la puissance du grand Roi. A la Communion, nous chantons une fois encore le psaume de l’Introït (psaume 97) : « Toutes les régions de la terre voient maintenant (dans l’Eucharistie) le salut de notre Dieu. » Dans la Postcommunion, après avoir rappelé l’un des objets importants de la fête : « Le Sauveur du monde qui vient de naître est l’auteur de notre naissance divine », nous appuyons sur cette considération notre demande : qu’il nous accorde aussi l’immortalité. Le dernier Évangile est déjà une transition avec l’Épiphanie. Nous avons ainsi dans les trois messes un développement progressif de la pensée de Noël : La nuit — l’aurore — le soleil de midi Marie seule — les bergers (quelques privilégiés) — le monde entier Le Rédempteur — notre Rédempteur — le Rédempteur du monde.


