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A compter du 17 juillet, les Français – célibataires sans enfant – travaillent (enfin) pour eux

C’est ce qui ressort de la quatorzième édition de l’étude sur la pression sociale et fiscale réelle du salarié moyen au sein de l’Union européenne, publiée par l’Institut économique Molinari.

Le think-tank part ainsi du salaire brut pour arriver au pouvoir d’achat réel duquel sont soustraits les cotisations salariales, l’impôt sur le revenu et la TVA sur les biens et services. « Cette étude permet de mesurer le coût réel des services publics et de la sécurité sociale pour un salarié moyen célibataire et sans enfant », estime l’Institut Molinari. Un simple calcul rapporté à l’année permet ensuite de déterminer le jour de l’année à partir duquel, le salarié célibataire sans enfant commence à travailler pour lui.

L’Institut estime notre fiscalité à 54,1 % et le jour de libération fiscale au 17 juillet. La France est en tête du classement des pays à la plus forte fiscalité, devant la Belgique (53,5 %) et l’Autriche (53,4 %). On trouve ensuite l’Allemagne et l’Italie, avec 50,9 % et 50,4 %. Dès le 9 mai, le salarié célibataire du Royaume-Uni travaille pour lui ; en Irlande, c’est le 5 mai et au Danemark, c’est le 30. Pour la moyenne des 27 pays de l’Union européenne, c’est le 10 juin.

Et il va être difficile pour nos dirigeants de se défendre en déclarant que la France a certes les impôts les plus conséquents, mais aussi les systèmes éducatif et de santé les plus performants. Tout le monde a constaté la carence criante de ces institutions étatisées. Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari et co-auteur du rapport, souligne :

« Contrairement aux idées reçues, l’importance des charges sociales et des impôts en France n’est pas la marque de meilleurs services publics. Les retraites, qui absorbent 25% des dépenses publiques, sont plus coûteuses que dans les pays européens s’appuyant à la fois sur la répartition et la capitalisation collective (Pays-Bas, Suède…). La santé et l’assurance maladie, qui absorbe 20 % des dépenses publiques, souffre d’engorgements et d’un manque d’innovations. Nos dépenses d’éducation, qui absorbent 9 % des dépenses publiques, présentent un mauvais rapport qualité-prix. On constate une dégradation du positionnement français, en dépit d’un investissement collectif majeur ».

Marcel Proust et l’Action française

Tiré du numéro de juin du Bien commun :

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Nous ne pouvons obéir aux choses ambiguës

Mgr Schneider a été interrogé dans L’Homme Nouveau à propos de l’Instrumentum Laboris du prochain synode. Extraits :

[…]

Géopolitique de l’intelligence artificielle

Le numéro de juin de Monde & vie consacre un dossier à l’intelligence artificielle. En voici un article :

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Deux ans après Traditionis Custodes

De l’abbé Thierry Blot, ancien official à la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements (2001-2021), prêtre auxiliaire à la paroisse Notre-Dame de Bourg-en-Bresse (diocèse de Belley-Ars), dans L’Homme Nouveau :

Qui n’a pas souligné le chiffre record du pèlerinage de Chrétienté de Chartres 2023 ? 16 000 pèlerins, sans compter ceux qui n’ont pu s’inscrire faute de place : Quelle joie ! Deo gratias ! Ces pèlerins, en particulier les jeunes, sont très éloignés des clivages qui ont marqué les générations précédentes de catholiques.

Certes ils n’ignorent rien du passé ni du présent, et de leurs oppositions et déchirements, mais, par leur attitude empreinte d’adoration, de contemplation et d’humilité, ils transmettent un message d’unité et de paix, que résument bien ces deux mots extraits de l’introduction de la Préface de la messe : « Sursum corda ! », « Haut les cœurs ! », c’est-à-dire : « Élevons nos âmes vers Dieu ! »

Ou, si l’on préfère, sortons de l’impasse par le haut, selon cet « esprit de la liturgie » que le cardinal Robert Sarah décrit ainsi en trois points :

1. le Missel de saint Pie V, qui n’a jamais été abrogé et ne saurait l’être, avec son génie propre, donne accès au mystère du sacrifice du Christ qui s’offre au Père pour le Salut du monde.

2. La liturgie est une œuvre de communion entre Dieu et son peuple. C’est aussi un lieu d’évangélisation où, à travers des signes visibles par tous, se déploie le mystère chrétien : point de rencontre de l’homme avec son Créateur et des hommes entre eux autour de la Croix du Christ Seigneur ressuscité, le Rédempteur de l’humanité.

3. La liturgie tridentine est indispensable, car elle permet de mettre en évidence le processus vivant de croissance de la liturgie en vue d’une meilleure compréhension du renouveau liturgique voulu par le concile Vatican II, et donc une application correcte de la constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium.

Mais, me direz-vous, comment faire ? Voici deux pistes concrètes provenant des deux bouts du « spectre » liturgique, qui répondent à cette nécessité de la « sortie par le haut » afin d’établir ou de consolider l’unité et la paix.

Tout d’abord, citons ces extraits des excellents messages du président de Notre-Dame de Chrétienté, Jean de Tauriers, en 2022 :

« Nous supplions le Saint-Père de regarder la vie quotidienne des catholiques. Nous ne sommes pas des théologiens subtils, de grands exégètes des intentions cachées de Vatican II ni des liturgistes raffinés. Nous sommes de simples familles catholiques voulant rester catholiques dans un monde qui ne l’est plus », et en 2023 : « Nous ne “normaliserons” pas demain notre pèlerinage. Nous resterons fidèles à ce que nous sommes, un pèlerinage traditionnel de Chrétienté, une œuvre de fidélité et de résistance dans une Église plongée dans une crise qui est d’abord doctrinale, qu’elle doit admettre et regarder en face. Nous savons que la réforme de l’Église commence par notre conversion personnelle et nous y travaillons avec la grâce de Dieu sur les routes de Chartres par nos prières et tous nos efforts. »

Je formule donc ce double vœu : en plus du pèlerinage annuel à Chartres, la mise en œuvre d’initiatives locales pour que des pèlerinages de Chrétienté se multiplient dans divers sanctuaires de notre pays, et, comme cela a été annoncé, l’instauration de pèlerinages de Chrétienté à l’étranger.

Et puis voici un livre tant attendu et de grande qualité : il est publié par un prêtre de la Communauté de l’Emmanuel, l’abbé Jean-Baptiste Nadler, qu’on ne remerciera jamais assez : L’Esprit de la messe de Paul VI : pour un authentique renouveau liturgique.

Pour l’auteur, aucun renouveau ne sera possible sans une réception de la liturgie comme un « patrimoine à habiter » et comme une « école d’humilité se vivant la tête au Ciel et les pieds sur terre » (2).

Comme l’affirme l’éditeur dans sa présentation de l’ouvrage :

« le père Nadler met en lumière l’esprit du Missel de Paul VI dans une triple perspective : restauration liturgique, formation à celle-ci de tout le peuple chrétien et meilleure célébration de la messe. C’est aussi, et ce n’est pas le moindre des objectifs, la volonté apaisée et affirmée de dépasser l’opposition entre les deux formes de célébration de la messe, moins de deux ans après le motu proprio Traditionis Custodes du pape François ».

L’auteur présente des propositions concrètes qui permettraient de mettre en œuvre une application fidèle de la constitution sur la liturgie du concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium : la solennité indispensable qui s’attache à la messe, l’offertoire, la position du prêtre à l’autel, la place du chant grégorien, la communion… L’auteur replace ces mesures, à mon avis excellentes, indispensables et même incontournables, dans toute leur profondeur et toute leur perspective liturgiques et sacrées.

Ce 16 juillet 2023, à l’occasion des deux ans de Traditionis Custodes, confions à Notre-Dame du Mont-Carmel cette œuvre indispensable d’unité et de paix pour répondre en toute vérité à l’invitation du prêtre, dans les deux Missels de saint Pie V et de saint Paul VI : « Sursum corda » – « Habemus ad Dominum » : « Nous le tournons vers le Seigneur ».

« Dérogation exceptionnelle » : un nouveau pied dans la porte

Après avoir assimilé la nutrition à un soin et avoir introduit la sédation terminale, voilà un autre coin proposé cette fois par l’Académie de médecine, dans le cadre du projet de loi sur la fin de vie annoncé pour la fin de l’été 2023.

Dans un avis adopté le 27 juin par 60 voix pour, 24 voix contre et 10 abstentions, et rendu public ce 17 juillet, l’Académie tente d’unir l’inconciliable en excluant d’un côté le recours à l’euthanasie, mais en se prononçant de l’autre pour une reconnaissance de l’assistance au suicide sous « conditions impératives ». Sic.

L’Académie l’envisage ainsi une « dérogation exceptionnelle » pour « les très rares personnes dans l’incapacité de pratiquer elles-mêmes l’acte suicidaire ». La décision pourrait alors revenir

« soit à une juridiction collégiale, soit à un magistrat spécialisé afin de ne pas la faire porter aux seuls professionnels de santé, en dissociant ceux qui soignent de ceux qui décideraient l’euthanasie ».

L’expérience montre que les dérogations exceptionnelles sont faites pour devenir la norme. C’est la stratégie maçonnique des petits pas pour faire accepter la culture de mort. L’Académie liste un certain nombre de conditions (évaluation collégiale, exclusion des maladies psychiatriques, exclusion des mineurs, accès aux soins palliatifs, clause de conscience pour les soignants) dont on sait qu’elles finiront pas être emplafonnées puis abrogées.

La place du patriarche des chaldéens est à Bagdad

À la demande des milices armées pro- iraniennes, le président irakien a annulé le décret de 2013 qui reconnaissait le cardinal Louis Raphaël Sako comme patriarche de l’Église catholique chaldéenne. Les fidèles, qui ont manifesté hier, dénoncent une manœuvre visant à contrôler les chrétiens. Cette annulation lui retire le droit de représenter ses fidèles et de gérer les biens de l’Eglise. Elle lui faire perdre son immunité de chef religieux. Les chrétiens d’Irak sont à nouveau condamnés à la persécution et l’exode. Le patriarche demande au président de revenir sur sa décision avant l’exacerbation de la situation.

Communiqué de L’Oeuvre d’Orient :

L’Œuvre d’Orient s’inquiète au sujet de la remise en cause par le Président de la République irakienne du statut de patriarche de Sa Béatitude Eminentissime Louis Raphaël Sako. Cette révocation institutionnelle retire, entre autres choses, la responsabilité du patriarche chaldéen sur tous les biens chrétiens. En réaction à cette annonce le Patriarche a décidé de partir dans un monastère, dans la Région autonome du Kurdistan irakien.

Il ne peut s’agir que d’un malentendu. Cette révocation institutionnelle nuit à l’Irak tout entier et à son image d’ouverture, éclairée par l’accueil du Pape François, il y a deux ans. Neuf ans après l’invasion de DAECH, les chrétiens d’Irak sont menacés par des jeux politiques internes.

Le combat du cardinal Sako est pourtant depuis longtemps un combat au service de toutes les composantes de la société irakienne : les sunnites, chiites, yezidis, et chrétiens. Durant ces dernières années, en particulier après la reprise et la libération de la ville de Mossoul, il a su tenir des paroles de paix et inviter l’Irak à offrir une citoyenneté égale à tous. C’est là que se trouve, à ses yeux, le fondement d’une paix durable.

Dans cet esprit, la présence du patriarcat chaldéen dans la capitale de l’Irak, à Bagdad, est de la plus haute importance. L’Œuvre d’Orient espère un retour aux dispositions du système constitutionnel irakien dans ce sens et invite à revenir sur cette révocation institutionnelle. 

Opacité inquiétante des travaux de la HAS sur les patients “transgenres” : JPE saisit le tribunal administratif

En 2021, le Ministère des Solidarités et de la santé a confié à la Haute Autorité de Santé (HAS) la tâche d’élaborer des recommandations de bonne pratiques professionnelles concernant l’organisation des parcours de transition médicale pour la prise en charge des personnes « transgenres », dès l’âge de 16 ans.

L’association Juristes pour l’enfance (JPE) a demandé à la HAS de participer aux travaux du groupe de travail en ce qui concerne les personnes mineures, compte tenu de son expertise sur ce sujet. La Haute Autorité de Santé n’a pas répondu.

Les travaux ont débuté en 2023 et l’association JPE a alors demandé à la HAS de communiquer la composition des membres du groupe de travail avec leur nom et qualité, ainsi que les comptes-rendus des travaux.

Faute de réponse, l’association JPE a été contrainte de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) le 06 juin 2023.

Le 26 juin 2023, la HAS a indiqué à la CADA qu’elle refusait de communiquer les informations demandées  :

  • Elle soutient que la composition du groupe de travail ne sera rendue publique qu’au moment de la publication des recommandations, invoquant un prétendu souci d’éviter les pressions éventuelles sur les membres du groupe de travail.
  • Elle refuse la transmission de tout compte-rendu des réunions du groupe de travail, alléguant notamment que ces réunions ne donnent pas lieu à la rédaction d’un compte-rendu dédié.

Juristes pour l’enfance ne peut accepter que le groupe de travail destiné à élaborer des règles de bonnes pratiques applicables à tous les patients, y compris des patients mineurs, mène ses travaux dans une telle opacité.

L’association exerce donc un recours devant le tribunal administratif de Montreuil pour dénoncer l’illégalité de ces refus de transparence opposés par la HAS.

En effet, le guide méthodologique qui s’impose au groupe de travail  mentionne expressément (p. 4) que les travaux exigent « la transparence, avec mise à disposition :

  • de l’analyse critique de la littérature;
  • des points essentiels des débats et des décisions prises par les membres du groupe de travail;
  • des cotations et commentaires des membres du groupe de lecture;
  • de la liste de l’ensemble des participants aux différents groupes. »

Juristes pour l’enfance saisit donc le tribunal administratif afin qu’il soit enjoint à la HAS de transmettre l’ensemble des éléments énumérés ci-dessus.

Par ailleurs, JPE demande à la HAS de mettre fin aux travaux du groupe de travail et de retenir une méthodologie adéquate pour de nouveaux travaux. En effet, la note de cadrage préalable aux débuts des travaux a écarté la méthode « Recommandations par consensus formalisé » qui aurait pourtant dû être retenue compte-tenu de l’absence ou l’insuffisance de littérature de fort niveau preuve répondant spécifiquement aux questions posées et des controverses existantes en particulier pour la prise en charge des mineurs (Guide méthodologique p. 4).

Juristes pour l’enfance demande donc :

  • qu’il soit mis un terme aux travaux mis en œuvre dans le cadre de l’actuelle note de cadrage,
  • et que de nouveaux groupes soient constitués selon les préconisations de la méthode Recommandations par consensus formalisé.

Préserver l’identité nationale par la culture

L’auteur franco-tchèque Milan Kundera est mort à l’âge de 94 ans. RIP. De Johan Rivalland sur Contrepoints :

Trop longtemps le drame de l’Europe centrale a été celui de petites nations mal assurées de leur existence historique et politique. Tandis que, après 1945, l’Occident ne la voyait plus que comme une partie de l’Union soviétique.

C’est dans ce contexte que le grand écrivain Milan Kundera, pourtant connu pour sa relative discrétion, a mené un illustre discours au congrès des écrivains tchécoslovaques en 1967 à la veille du Printemps de Prague, puis écrit un plaidoyer dans la revue Le Débat en 1983, qui a fait parler de lui et sonné l’éveil de beaucoup de consciences. Ce sont ces deux textes qui sont repris dans ce petit volume paru chez Gallimard. […]

Le premier texte qui le compose est le discours de 1967 au congrès des écrivains tchécoslovaques.

Il y évoque la non-évidence de l’existence de la nation tchèque, qui est l’un de ses attributs majeurs. Malgré une résurrection de la langue tchèque, alors presque oubliée, grâce à une poignée d’écrivains au début du XIXe siècle, la question du rattachement à une plus grande nation, l’Allemagne, s’est posée. Mais d’autres grands écrivains ont permis par la suite de consolider cette culture, puis de la renforcer et la faire grandir. Jusqu’à ce que l’Occupation durant la Seconde Guerre mondiale, puis le stalinisme, brisent le fragile édifice.

Il n’a tenu une nouvelle fois qu’à une nouvelle poignée d’écrivains et cinéastes de renouer avec cette identité tchèque. Et c’est ce qui constitue le centre de l’intervention de Kundera à travers son discours ce jour-là : préserver l’identité nationale par la culture, la création, les échanges culturels internationaux.

« Il est crucial que toute la société tchèque prenne pleinement conscience du rôle essentiel qu’occupent sa culture et sa littérature […] L’Antiquité gréco-romaine et la chrétienté, ces deux sources fondamentales de l’esprit européen, qui provoquent la tension de ses propres expansions, ont presque disparu de la conscience d’un jeune intellectuel tchèque ; il s’agit là d’une perte irremplaçable. Or, il existe une solide continuité dans la pensée européenne qui a survécu à toutes les révolutions de l’esprit, pensée ayant bâti son vocabulaire, sa terminologie, ses allégories, ses mythes ainsi que ses causes à défendre sans la maîtrise desquels les intellectuels européens ne peuvent pas s’entendre entre eux. »

Il s’érige en outre contre l’esprit de vandalisme qui caractérise ceux qui entendent censurer ou interdire des œuvres qui leur paraissent inconvenantes.

« Toute répression d’une opinion, y compris la répression brutale d’opinions fausses, va au fond contre la vérité, cette vérité qu’on ne trouve qu’en confrontant des opinions libres et égales. Toute interférence dans les libertés de pensée et d’expression – quelles que soient la méthode et l’appellation de cette censure – est au XXe siècle un scandale, ainsi qu’un lourd fardeau pour notre littérature en pleine effervescence. Une chose est incontestable : si aujourd’hui nos arts prospèrent, c’est grâce aux avancées de la liberté de l’esprit. Le sort de la littérature tchèque dépend à présent étroitement de l’étendue de cette liberté. »

Il ajoute alors que, bien que cela paraisse paradoxal, l’amère expérience du stalinisme s’est avérée être un atout. Car, bien souvent, les tourments se transforment en richesse créatrice. Et c’est ce qui s’est passé, y compris à travers son œuvre à laquelle je faisais référence plus haut dans mon expérience personnelle. Une douloureuse expérience qui s’est transformée en « un affranchissement libérateur des vieilles frontières », qui a apporté du sens et de la maturité à la culture tchèque. Une chance dont il convient d’être conscient, en appelle-t-il à ses confrères, si l’on ne veut pas la laisser passer et la gâcher. Car il en va de la survie de ce peuple.

Un Occident kidnappé ou la tragédie de l’Europe centrale

Le second texte est paru en 1983 dans la revue Le Débat.

Traduit dans plusieurs langues, il a connu un certain retentissement à l’époque. Milan Kundera y évoque les soulèvements pour la liberté de Budapest et de Varsovie en 1956, puis de Prague et de nouveau Varsovie en 1968. Qui, dans la logique de son discours de 1967, inscrit la force de l’identité culturelle comme marqueur essentiel de la révolte des peuples.

« L’identité d’un peuple ou d’une civilisation se reflète et se résume dans l’ensemble des créations spirituelles qu’on appelle d’habitude « culture ». Si cette identité est mortellement menacée, la vie culturelle s’intensifie, s’exacerbe, et la culture devient la valeur vivante autour de laquelle tout le peuple se regroupe. C’est pourquoi, dans toutes les révoltes centre-européennes, la mémoire culturelle ainsi que la création contemporaine ont joué un rôle aussi grand et aussi décisif que nulle part et jamais dans aucune révolte populaire européenne.

Des écrivains, regroupés dans un cercle qui portait le nom du poète romantique Petöfi, déclenchèrent en Hongrie une grande réflexion critique et préparèrent ainsi l’explosion de 1956. Ce sont le théâtre, le film, la littérature, la philosophie qui travaillèrent pendant des années à l’émancipation libertaire du Printemps de Prague. Ce fut l’interdiction d’un spectacle de Mickiewicz, le plus grand poète romantique polonais, qui déclencha la fameuse révolte des étudiants polonais en 1968. Ce mariage heureux de la culture et de la vie, de la création et du peuple marqua les révoltes centre-européennes d’une inimitable beauté, dont nous, qui les avons vécues, resterons envoûtés à jamais. »

En réponse aux réactions des intellectuels français ou allemands, plutôt sceptiques ou suspicieux à l’époque, Kundera fait remarquer ceci :

« C’est bizarre, mais pour certains la culture et le peuple sont deux notions incompatibles. L’idée de culture se confond à leurs yeux avec l’image d’une élite des privilégiés. C’est pourquoi ils ont accueilli le mouvement de Solidarité avec beaucoup plus de sympathie que les révoltes précédentes. Or, quoi qu’on en dise, le mouvement de Solidarité ne se distingue pas dans son essence de ces dernières, il n’est que leur apogée : l’Union la plus parfaite (la plus parfaitement organisée) du peuple et de la tradition culturelle persécutée, négligée ou brimée, du pays. »

S’inscrivant toujours dans une perspective historique, Kundera analyse ensuite les effets de la russification et de l’asservissement à la Russie pendant deux siècles sur des peuples comme la Pologne, et qui ont créé du ressentiment.

Les ambitions impériales de la Russie représentaient alors un danger pour les peuples d’Europe centrale, contre lesquels l’Empire Habsbourg fut en quelque sorte un rempart.

Pendant longtemps, écrit-il, les nations d’Europe centrale rêvaient d’une alliance à l’Ouest-Européenne, faite du respect des diversités. À rebours du rêve russe d’uniformité.

« En effet, rien ne pouvait être plus étranger à l’Europe centrale et à sa passion de diversité que la Russie, uniforme, uniformisante, centralisatrice, qui transformait avec une détermination redoutable toutes les nations de son empire (Ukrainiens, Biélorusses, Arméniens, Lettons, Lituaniens, etc.) en un seul peuple russe (ou, comme on préfère dire aujourd’hui, à l’époque de la mystification généralisée du vocabulaire, en un seul peuple soviétique). »

Sans renier l’existence d’une identité culturelle commune, à travers en particulier les grands écrivains et les opéras russes, contrecarrés cependant par les « vieilles obsessions antioccidentales de la Russie », ranimées par le communisme.

« Je veux souligner encore une fois ceci : c’est à la frontière orientale de l’Occident que, mieux qu’ailleurs, on perçoit la Russie comme un anti-Occident ; elle apparaît non seulement comme une des puissances européennes parmi d’autres, mais comme une civilisation particulière, comme une autre civilisation. »

Dans cet écrit de 1983, Milan Kundera interroge surtout les causes de la tragédie qui a conduit Polonais, Tchèques, ou encore Hongrois, à disparaître de « la carte de l’Occident ».

C’est avant tout leur histoire mouvementée qui est au centre de cet état de fait.

Coincées d’un côté par les Allemands, de l’autre par les Russes, ces nations à tradition d’État moins forte que les grands peuples européens, ont eu du mal à assurer leur survie et celle de leur langue. L’échec de l’Empire autrichien fut, en définitive, aussi le leur, dont profitèrent Hitler, puis Staline. Mais c’est aussi, écrit Kundera, les lieux communs autour de la soi-disant « âme slave » qui a nui à ces nations et servi les intérêts russes. Des nations caractérisées, non pas par des frontières politiques, en raison des multiples invasions, conquêtes ou occupations, mais par des frontières imaginaires, issues de « grandes situations communes », et toujours changeantes « à l’intérieur desquelles subsistent la même mémoire, la même expérience, la même communauté de tradition ». Et pour lesquelles, ajoute-t-il, le génie juif a constitué en outre le véritable ciment intellectuel, par son caractère profondément cosmopolite et intégrateur, mais aussi en raison de son destin particulier à travers l’histoire, parfaitement symbolique de cette existence en permanence sujette à caution.

« L’Europe centrale en tant que foyer de petites nations a sa propre vision du monde, Vision basée sur la méfiance profonde à l’égard de l’Histoire. L’Histoire, cette déesse de Hegel et de Marx, cette incarnation de la Raison qui nous juge et qui nous arbitre, c’est l’Histoire des vainqueurs. Or, les peuples centre-européens ne sont pas vainqueurs. Ils sont inséparables de l’Histoire européenne, ils ne pourraient exister sans elle, mais ils ne représentent que l’envers de cette Histoire, ses victimes et ses outsiders. C’est dans cette expérience historique désenchantée qu’est la source de l’originalité de leur culture, de leur sagesse, de leur « esprit de non-sérieux » qui se moque de la grandeur et de la gloire.

[…]

Voilà pourquoi dans cette région de petites nations « qui n’ont pas encore péri », la vulnérabilité de l’Europe, de toute l’Europe, fut visible plus clairement et plus tôt qu’ailleurs. En effet, dans notre monde moderne, où le pouvoir a tendance à se concentrer de plus en plus entre les mains de quelques grands, toutes les nations européennes risquent de devenir bientôt petites nations et subir leur sort. »

La disparition du foyer culturel centre-européen, qui est passée inaperçue aux yeux de l’Europe – sujet essentiel au centre de la préoccupation de Kundera dans cet article – aurait donc pour origine le fait que l’Europe ne ressent plus son identité comme une unité culturelle. De même qu’auparavant la religion avait cessé d’être ce ciment commun.

Mais pour laisser place à quelle forme d’unité, s’interroge le grand écrivain tchèque ?

« Quel est le domaine où se réaliseront des valeurs suprêmes susceptibles d’unir l’Europe ? Les exploits techniques ? Le marché ? Les médias ? (le grand poète sera-t-il remplacé par le grand journaliste ?) Ou bien la politique ? Mais laquelle ? Celle de droite ou celle de gauche ? Existe-t-il encore, au-dessus de ce manichéisme aussi bête qu’insurmontable, un idéal commun perceptible ? Est-ce le principe de la tolérance, le respect de la croyance et de la pensée d’autrui ? Mais cette tolérance, si elle ne protège plus aucune création riche et aucune pensée forte, ne devient-elle pas vide et inutile ?

Ou bien peut-on comprendre la démission de la culture comme une sorte de délivrance, à laquelle il faut s’abandonner dans l’euphorie ? Ou bien le Deus absconditus reviendra-t-il pour occuper la place libérée et pour se rendre visible ? Je ne sais pas, je n’en sais rien. Je crois seulement savoir que la culture a cédé sa place. »

Le grand remplacement n’existe pas, mais Le Monde propose un outil qui permet de le vérifier

En tapant des prénoms, on peut voir l’évolution de leur popularité dans le temps. A tester ici (pendant que c’est disponible, et avant que Le Monde débranche l’outil) :

Exemple avec “Paul” et “Mohammed” :

  • en 1950, il y avait 90 naissances avec le prénom “Mohammed”.
  • 70 ans plus tard, en 2020, il y avait 2 311 “Mohammed” (et encore cette recherche ne comprend pas toutes les orthographes s’y rapprochant).

Soit 25 fois plus.

« D’extrême droite ? » Et alors ?

De Jean-Yves Le Gallou sur Polémia :

Les petits Savonaroles de salles de rédaction et les Pol Pot du gouvernement se déchaînent. Ils voient «  l’extrême droite » partout. Dans les assemblées politiques, dans la rue, dans les colloques intellectuels, parmi les historiens et chez Bolloré. La machine à censurer et à dénoncer fonctionne à plein régime dans les médias publics et les journaux subventionnés… Laurence Ferrari, qui présenta le 20h de TF1, et ses collègues d’Europe 1 et de CNews s’en étranglent : les voilà touchées par l’infamie de la diabolisation. Ils ont tort de s’indigner.

À bien y réfléchir, ils sont en bonne compagnie !

Car qui a vu juste au cours des dernières décennies ? Des hommes et des femmes venus de tous les horizons professionnels, philosophiques et politiques et immédiatement catalogués « d’extrême droite » dès qu’ils ont vu ce qu’ils voyaient et dit ce qu’ils voyaient !

Des hommes politiques, d’abord. On pense bien sûr à Jean-Marie Le Pen mais on pourrait aussi citer Pim Fortuyn au Pays-Bas ou l’immense Enoch Powell et son discours de Birmingham d’avril 1968 pour le Royaume-Uni. Et, pour revenir en France, on peut également citer Philippe de Villiers.

De grands écrivains comme Renaud Camus ou Richard Millet. Sans oublier le précurseur prophétique : Jean Raspail.
Des essayistes comme Éric Zemmour ou Patrick Buisson.
Des universitaires comme le politiste québécois Mathieu Bock-Côté, la démographe Michèle Tribalat ou la sociologue Florence Bergeaud-Blackler.
Et le fait de venir de la gauche n’est pas un sésame protecteur comme l’ont montrées les trajectoires de Christine Tasin et Pierre Cassen : trotskards un jour, trotskards pas toujours !

Finalement, voilà une sacrée galerie de dissidents aux origines d’une grande diversité !

Laurence Ferrari a donc tort de s’indigner sur Europe 1 et Gautier Le Bret de couiner sur CNews. Ils devraient se sentir honorés d’être accolés à un si brillant cénacle.

Car il reste à savoir ce qui fait peur aux oligarques dans ce qu’ils appellent « l’extrême droite ».
Ce qu’elle est? Assurément non, Lionel Jospin a fait litière de ce qu’il a appelé le « théâtre antifasciste ».
Alors ce qu’elle dit ? Sans doute mais plus encore le réel qu’elle montre.

Soyons un petit peu objectif : sur l’immigration, sur l’éducation, sur l’insécurité, sur le libre-échange… qui a vu juste au cours des quarante dernières années ? Sinon les maudits et les diabolisés ?

Horreur ! Et si l’extrême droite avait raison ? Il s’est trouvée au moins une journaliste, honneur à elle, Charlotte d’Ornellas pour oser poser la question taboue :

« Qui dans le paysage politique et médiatique a compris, voire même a prévu, ce qui allait se passer [sinon] tous les gens qui depuis 30 ans ont été accusés d’être d’extrême droite? »

Horresco referens. Légère gêne sur le plateau… Et il s’agissait pourtant de CNews !

Alors oui, l’extrême droite est une « marque épouvantail » qu’il est difficile d’assumer.

Mais ceux qui se voient accoler l’épithète ont surtout fait preuve – à rebours de l’immense majorité de leurs contemporains – de deux vertus aussi rares qu’éminentes : la lucidité et le courage. Et disons-le – quelque soient les moulinets des uns et des autres – aucun changement significatif ne sera possible en France et en Europe sans que cela soit un moment reconnu. Le reste n’est que demi-habileté.

La diabolisation ne se combat pas par l’autoflagellation ou par la flagellation du voisin mais par la contre-offensive et le mépris.

« D’extrême droite ? » Et alors ?

Changement de sexe chez les enfants : plus ou moins de suicides ?

21 cliniciens et chercheurs de neuf pays, parmi lesquels Céline Masson, Caroline Eliacheff et Sophie Dechêne, directrices de l’Observatoire la petite Sirène, répondent à l’Endocrine Society qui prétend que les « soins affirmant le genre » réduiraient le risque de suicide chez les personnes transgenre (Wall Street Journal le 13 juillettexte complet de cette lettre ouverte ici)

“En tant que professionnels expérimentés impliqués dans les soins directs pour le nombre croissant de jeunes de diverses identités de genre, l’évaluation des preuves médicales ou les deux, nous avons été surpris par les affirmations de l’Endocrine Society sur l’état des preuves pour les soins d’affirmation de genre pour les jeunes (Lettres, 5 juillet).

Stephen Hammes, président de l’Endocrine Society, écrit:

« Plus de 2 000 études publiées depuis 1975 forment une image claire: les soins d’affirmation de genre améliorent le bien-être des personnes transgenres et de diverses identités de genre et réduisent le risque de suicide. »

Cette affirmation n’est pas étayée par les meilleures preuves disponibles.

Toutes les revues systématiques des preuves à ce jour, y compris une publiée dans le Journal of the Endocrine Society, ont révélé que les preuves des avantages pour la santé mentale des interventions hormonales pour les mineurs étaient d’un niveau de confiance faible ou très faible. En revanche, les risques sont importants et comprennent la stérilité, la dépendance à vie aux médicaments et l’angoisse du regret. Pour cette raison, de plus en plus de pays européens et d’organisations professionnelles internationales recommandent maintenant la psychothérapie plutôt que les hormones et les chirurgies comme traitement de première ligne pour les jeunes dysphoriques de genre.

L’affirmation du Dr Hammes selon laquelle la transition de genre réduit les suicides est contredite par toutes les revues systématiques, y compris la revue publiée par l’Endocrine Society, qui déclare: « Nous ne pouvions tirer aucune conclusion sur la mort par suicide ». Il n’existe aucune preuve fiable suggérant que la transition hormonale est une mesure efficace de prévention du suicide.

La politisation des soins de santé transgenres aux États-Unis est regrettable. La façon de le combattre est que les sociétés médicales alignent leurs recommandations sur les meilleures données probantes disponibles, plutôt que d’exagérer les avantages et de minimiser les risques.

En bref:

“La transition de genre chez les jeunes est poussée sans preuves

La psychothérapie, et non les hormones et la chirurgie, est de plus en plus la première ligne de traitement à l’étranger.”

La République impartiale

Le nouveau directeur de cabinet du Premier ministre, Jean-Denis Combrexelle, était le chef de la section du Conseil d’Etat (2018-2021) qui jugeait les procès contre l’action des gouvernements de M. Macron, notamment pendant le covid. Impartialité garantie donc.

Il prend ses fonctions ce lundi, en remplacement d’Aurélien Rousseau, directeur de cabinet depuis plus d’un an.

 

Tribune de Valeurs Actuelles pour les 14 séminaristes de Fréjus-Toulon

Une quarantaine de personnes, dont Guillaume de Thieulloy, directeur de la publication du Salon beige, signe une tribune dans Valeurs Actuelles pour dénoncer la situation des séminaristes du diocèse de Fréjus-Toulon qui sont en attente d’ordination depuis plus d’une année :

En ce début d’été, l’Église en France est entrée dans la période des ordinations. Un temps de joie pour les catholiques, qui voient de nombreux jeunes prêts à consacrer leur vie à servir le Christ, l’Église et le monde. Hélas, dans le diocèse de Toulon et au-delà, cette joie n’a pu être partagée, altérée. Quatorze séminaristes du diocèse de Fréjus-Toulon sont en effet aujourd’hui bloqués dans l’accomplissement de leur vocation.

​L’histoire remonte à l’année dernière, lorsque le Vatican demandait à Mgr Dominique Rey de suspendre les ordinations de 10 jeunes hommes, prévues fin juin. Cette mesure, visiblement prise dans l’urgence (deux mois avant les ordinations), appelait une réponse rapide. Mais l’urgence qui pressait Rome il y a douze mois semble ne plus exister. Cette année, avec la promotion actuelle, voilà presque 14 séminaristes qui attendent d’être ordonnés prêtres ou diacres. Un chiffre à mettre en regard avec les 52 prêtres diocésains qui seront ordonnés cette année, sur un total de 88 ordinations pour toute la France !

​La situation de ces 14 jeunes séminaristes, dont la vocation est laissée en jachère, est injuste. Quoi qu’on pense des reproches faits à Mgr Rey, comment accepter de voir ces jeunes, victimes collatérales d’un conflit, quel qu’il soit ? Les voilà empêchés d’aboutir sans que leurs qualités personnelles ou leur aptitude à la prêtrise soient en cause, comme pris en otage dans un conflit qui les dépasse. Comment le comprendre, alors que Rome a leur dossier en main depuis un an ?

​Ces jeunes s’apprêtaient à être ordonnés diacres ou prêtres. Malgré toutes les difficultés actuelles de l’Église en France et dans leur diocèse en particulier, ils étaient prêts à tout donner pour servir.

​Comment cette même Église peut-elle ainsi les maintenir si longtemps dans une situation si douloureuse et si instable ? Est-ce ainsi que nous prenons soin des vocations que Dieu donne à son Église ? Que peut-on dire à leurs parents, leur famille ? Quel message sommes-nous ainsi en train d’envoyer aux fidèles et aux jeunes en particulier ?

​Le temps de l’Église n’est pas le temps des hommes, on le sait. Mais il y a des limites. Avec le temps qui passe, le silence s’apparente à un pourrissement de la situation, une sanction contre Mgr Rey et, de plus en plus, se ressent comme un abus de pouvoir sur la vocation et la vie de ces jeunes.

​Comment justifier cette attente, qui engendre angoisses, remises en question et souffrances, pour eux, pour leur famille et même pour les fidèles ? Pourquoi prendre le risque d’altérer leur confiance dans l’institution, voire de briser leur vocation ?

​Les éventuels désaccords du Vatican avec Mgr Rey justifient-ils la violence de la méthode employée ? Ce long et incompréhensible silence nous semble constituer un mauvais usage de l’autorité cléricale et marquer l’indélicatesse de l’institution ecclésiastique à l’encontre de nos jeunes séminaristes (car ils sont aussi les nôtres, enfants, cousins, amis, paroissiens). Au point de se demander si les intentions sont ajustées et avouables.

​Sous le pontificat du pape François, où la synodalité (qui insiste sur le dialogue et la concertation) occupe une place centrale, peut-on accepter ce silence infligé aux séminaristes ? La vocation n’est pas un outil politicien ni un moyen de chantage. Elle est sacrée et il est triste d’avoir à le rappeler aux autorités.

​Si une certitude doit pouvoir nous rassembler, c’est qu’on ne peut utiliser des vocations comme variables d’ajustement, monnaie d’échange ou moyens d’entretenir un rapport de force. Il faut protéger ces jeunes en formation des tempêtes qui soufflent sur le diocèse. Il faut nous rassembler autour de la joie d’accueillir leur “oui” par lequel ils donneront leur vie. Le discernement des professeurs du séminaire demeure profondément précieux et utile, et le sérieux de la formation dispensée au séminaire de Toulon, sérieux aujourd’hui reconnu par beaucoup, est plus que jamais nécessaire.

​L’Église garde sa liberté d’appeler qui elle veut aux ministères ordonnés. Mais ce droit-là ne peut jamais devenir celui d’éprouver ou de faire souffrir injustement ceux qui lui ont fait confiance. Nous prions pour que notre Église sache, au contraire, se montrer, à travers ses responsables mais aussi chacun des baptisés, encourageante et consolante pour ces jeunes qui, depuis des années, se préparent à tout donner.

​Les synodes nous ont rappelé que, comme les clercs, nous, laïcs, avions le droit de savoir et de comprendre. Il en est de même pour ces séminaristes.

L’Occident et la Russie ne se comprennent pas

De Georges-Henri Soutou dans Politique Magazine :

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17 juillet, Bienheureuses Carmélites de Compiègne

Lorsqu’éclate la Révolution française, en 1789, la communauté du Carmel de Compiègne compte 21 religieuses. 16 monteront sur l’échafaud.

Conformément au décret du 13 février 1790 qui supprime les Ordres religieux contemplatifs, chaque carmélite est invitée à déclarer si son intention est de sortir de son monastère. Toutes affirment “vouloir vivre et mourir dans cette sainte maison.” En 1792, la Mère prieure leur propose “un acte de consécration par lequel la communauté s’offrirait en holocauste pour que la paix divine, que le Fils de Dieu était venu apporter au monde, fut rendue à l’Église et à l’État.”

Le 14 septembre 1792, elles sont expulsées de leur couvent. Chaque jour, elles prononcent l’acte d’offrande. Le 23 juin 1794, au temps de la Grande Terreur, elles sont arrêtées. Jugées et condamnées à mort le 17 juillet, elles sont guillotinées le soir même, sur la place de Nation à Paris. Leurs corps furent enterrés au cimetière de Picpus dans une fosse commune, où ils se trouvent encore dans le jardin des religieuses.

Bienheureuses Thérèse de Saint-Augustin (Marie-Madeleine-Claudine Lidoine) et quinze compagnes: les bienheureuses Marie-Anne-Françoise Brideau (Sœur Saint-Louis), Marie-Anne Piedcourt (Sœur de Jésus Crucifié), Anne-Marie-Madeleine Thouret (Sœur Charlotte de la Résurrection), Marie-Claudie-Cyprienne Brard (Sœur Euphrasie de l’Immaculée-Conception), Marie-Gabrielle de Croissy (Sœur Henriette de Jésus), Marie-Anne Hanisset (Sœur Thérèse du Cœur de Marie), Marie-Gabrielle Trézelle (Sœur Thérèse de Saint-Ignace), Rose Chrétien de Neufville (Sœur Julie-Louise de Jésus), Annette Pelras (Sœur Marie-Henriette de la Providence), Marie-Geneviève Meunier (Sœur Constance), Angélique Roussel (Sœur Marie du Saint-Esprit), Marie Dufour (Sœur Sainte-Marthe), Élisabeth-Julie Vérolot (Sœur Saint-François), Catherine et Thérèse Soiron (sœurs converses), vierges, carmélites de Compiègne et martyres. Sous la Révolution française, elles furent condamnées à mort parce qu’elles avaient conservé fidèlement la vie religieuse et, avant de monter à l’échafaud, elles renouvelèrent leur profession de foi baptismale et leurs vœux religieux.

Fin de vie : Il y a de l’eau dans le gaz entre les médecins et le gouvernement

Dans Ouest-France, Jeanne Emmanuelle Hutin, patronne de la rédaction, signe une tribune contre la mise à mort des personnes malades :

Il y a de l’eau dans le gaz entre les médecins et le gouvernement qui prépare une loi sur la fin de vie : « C’est un dialogue de sourds » , déplorait en juin, l’ex-ministre de la santé Élisabeth Hubert qui préside la Fédération des établissements d’hospitalisation à domicile.

Beaucoup refusent de participer directement ou indirectement à l’euthanasie ou au suicide assisté. Car ils sont contraires à leur mission et à leur code : « La main qui soigne ne peut pas être celle qui tue », disait Claire Fourcade, présidente des Soins palliatifs (SFAP).

Cette frontière protège patients et soignants des pressions de l’entourage ou économiques face au coût du grand âge ! Elle est gardée depuis le IVe siècle, par le serment d’Hippocrate : « Je ne provoquerai jamais la mort délibérément » que jurent les médecins. Le code de déontologie médicale l’a même réaffirmé en fin de vie :

« Le médecin doit accompagner le mourant jusqu’à ses derniers moments, assurer par des soins et des mesures appropriés la qualité d’une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage. Il n’a pas le droit de lui donner délibérément la mort. »

En conséquence, 13 organisations professionnelles représentant près d’un million de soignants impliqués dans la fin de vie ont demandé « de laisser le monde du soin en dehors du projet de légalisation d’une mort administrée ». Car « donner la mort n’est pas un soin ».

Maintenant, le tocsin sonne chez les médecins généralistes : « À ce stade […], il est prévu que cette aide active à mourir soit médicalisée. Les médecins seraient les maîtres d’œuvre de la mort administrée […] Tous les médecins des spécialités cliniques seront très concrètement concernés, à l’hôpital comme en ville », explique le Docteur Samzun, président de l’association Claromed.

L’Académie de médecine refuse l’euthanasie qui « transgresse le serment d’Hippocrate ». Sa dépénalisation « risque de brouiller les repères » et « d’aviver la crise actuelle du manque de soignants […] plus encore dans les soins palliatifs ». Elle se dit favorable à certaines conditions au suicide assisté mais la contradiction reste : les médecins risquent d’y être impliqués puisqu’une clause de conscience est envisagée : « Une telle clause serait un leurre pour le médecin et une menace pour la cohésion des équipes de soin, explique le Docteur Samzun. La loi doit écarter clairement les soignants de toute forme de mort administrée, rendant ainsi la clause de conscience inutile ».

La plupart des soignants auprès des personnes en fin de vie refusent de participer à l’administration de la mort. Cela devrait nous alerter ! Ils demandent de différer le projet de loi pour « travailler à appliquer la loi » qui garantit à tous l’accès aux soins palliatifs encore inexistants dans vingt et un départements. Cette priorité fait consensus, de la Convention citoyenne à la Cour des Comptes. Elle rassemble le pays. Évitons de le diviser davantage et de fragiliser encore plus le système de santé.

Le gros mensonge de la fin du numerus clausus en médecine

La France se dirige vers une véritable catastrophe sanitaire. “L’âge moyen des médecins inscrits au Tableau de l’Ordre est de 57,2 ans”. Et, parmi eux, plus de la moitié (50,4%) a effectivement plus de 60 ans.

Or, Challenges montre que la fin du numerus clausus en médecine est un gros mensonge.

Alors que la population vieillit, que l’hôpital connaît une crise sans précédent et que les déserts médicaux s’accentuent, le gouvernement n’a relevé que de 15% le numerus “apertus” qui retrouve seulement le niveau de formation des années 1970, alors que nous étions 15 millions d’habitants de moins.

Les résultats dans les facultés de médecine sont maintenant connus. Le couperet est sévère. Les heureux élus ne sont pas nombreux : parfois moins d’une centaine par université pour 1.000 à 1.500 candidats. Comme chaque année, les candidats déçus viendront fournir les bataillons d’étudiants français qui poursuivront leurs études de santé dans les universités européennes en Roumanie, Espagne, Portugal, Belgique, Italie avec des cursus en français pour certaines. A la clé des diplômes qui comme en Roumanie disposent parfois d’une meilleure reconnaissance internationale que le diplôme français.

“Il n’y a, à ce jour, toujours aucune étude qui permet de documenter avec précision le phénomène de fuite de cerveau à l’étranger”, précise Emmanuel Touzé, doyen de la faculté de Caen et président de l’Observatoire national des professions de santé (ONDPS). En attendant, le gouvernement communique tambour battant sur la suppression du numerus clausus qui doit permettre de régler définitivement à compter de 2035 les déserts médicaux. Courbes à l’appui de la DREES (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), les projections de la densité de médecins en activité prévoient une courbe exponentielle qui doit permettre de largement compenser les trous de la démographie médicale des années 2000- 2030.

Manquant de médecins, la France penche naturellement vers l’élimination des malades…

L’Union cycliste internationale exclut les hommes des compétitions féminines

Rien de plus normal, me direz-vous. Sauf que ces hommes se prennent pour des femmes et veulent que nous les considérions comme des femmes…

L’Union cycliste internationale (UCI) a annoncé vendredi 14 juillet qu’elle allait interdire la participation aux compétitions internationales des athlètes transgenres féminines ayant effectué leur transition après leur puberté. Jusqu’à présent, l’UCI autorisait les femmes transgenres ayant vécu une puberté masculine à participer aux épreuves féminines si leur taux de testostérone était réduit à 2,5 nanomoles par litre au cours des deux années précédentes.

A la fin de 2021, le Comité international olympique (CIO) a renoncé à établir des directives uniformes pour l’ensemble des sports, laissant la main aux diverses fédérations internationales. World Athletics, qui supervise l’athlétisme, a décidé d’exclure les personnes transgenres des compétitions d’athlétisme féminines.

Selon le président de l’UCI, le Français David Lappartient, il est du « devoir » de l’instance « de garantir avant tout l’égalité des chances entre tous les concurrents ». C’est cet impératif, ajoute-t-il, qui a conduit l’UCI à conclure qu’il n’était pas possible, « par mesure de précaution », d’autoriser les athlètes transgenres féminines à courir dans les catégories féminines.

L’UCI explique :

« Les connaissances scientifiques ne permettent pas de confirmer qu’au moins deux ans d’hormonothérapie de confirmation du genre avec une concentration de testostérone plasmatique cible de 2,5 nanomoles par litre soient suffisants pour éliminer complètement les avantages donnés par la testostérone pendant la puberté chez les hommes ».

« il existe une grande variabilité interindividuelle dans la réponse à l’hormonothérapie de confirmation du genre », « on ne peut pas non plus exclure que des facteurs biomécaniques tels que la forme et la disposition des os de leurs membres antérieurs constituent un avantage persistant pour les athlètes transgenres féminines ».

Pier Giorgio Frassati, un modèle pour la jeunesse

Le film biopic PIER GIORGIO FRASSATI sur la vie de ce jeune adolescent mort à 24 ans, devenu l’icône des JMJ, sera exceptionnellement disponible gratuitement cet été en VOD sur la plateforme SAJE+ à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse.

Ce film, assez court (moins d’une heure), raconte l’histoire de ce jeune étudiant italien, à la fois très dévot (messe quotidienne, adoration, chapelets…) et très attaché à la doctrine sociale de l’Eglise et à la charité envers les pauvres. A Turin en 1925, un groupe de jeunes universitaires catholiques organise une excursion dans les montagnes, en se donnant rendez-vous le lendemain à l’aube, à la gare. Ils sont cinq garçons et trois filles, dont Pier Giorgio Frassati, qui appartient à l’une des familles les plus importantes et les plus riches de la ville. Ils entreprennent un voyage qui n’est pas qu’une simple excursion d’alpinisme. À travers les différents moments de partage, les dialogues, les souvenirs, les plaisanteries et les moments de prière, se dessine la figure emblématique de Pier Giorgio, et surtout sa capacité à témoigner de sa foi inébranlable y compris dans les épreuves.

Laure Lavalette : son parcours politique, sa foi, sa vie de mère de famille, ses défis

Laure Lavalette, 47 ans, député du Var, est devenue une des personnalités politiques incontournables du Rassemblement National. Découverte par le grand public lors de la dernière élection présidentielle, elle s’est forgée une solide réputation de puncheuse, sur les plateaux télé, comme à l’Assemblée nationale.

Pour VA+, elle revient sur son parcours politique, sa foi, sa vie de mère de famille, les défis de demain pour reconstruire la France après les récentes émeutes.

Emeutes : un test géant de l’exercice de l’autorité de l’État

Extrait d’une tribune de François Bert, parue dans Entreprendre :

[…] Prend-on conscience que s’est opéré un test géant de l’exercice de l’autorité de l’État, qu’il a fallu le dévouement exceptionnel des forces de l’ordre pour que nous nous en sortions, sur le fil du rasoir, et que cette provocation appelle une réponse d’une fermeté totale et proactive sans quoi le pays pourrait bien craquer à la prochaine vague? Peut-on enfin espérer que l’État ait une stratégie de recouvrement de son ascendant et, pour commencer, une volonté?

Regardons les choses en face : si la police et la gendarmerie ont, au prix d’efforts considérables et d’un professionnalisme sans faille, su contenir le déchaînement de la violence sans qu’elle s’embrase davantage, l’État est en flagrant délit d’échec.

Échec à protéger ses citoyens et ses représentants : mairies, écoles, supermarchés, commerces, commissariats, casernes, mobilier urbain, bus, voitures, etc., ont été dévastés sans avoir, en face, un dispositif capable de les en empêcher et, pire, de les en dissuader. Et c’est bien là le problème : des années d’impunité ont créé dans l’esprit de la population délinquante et, par percolation, d’une part de son entourage (que nous avons notamment vu basculer dans le pillage), le sentiment d’une absence de danger réel à commettre certains délits.

Échec à renverser la mécanique de la peur : la plupart des citoyens vivent quant à eux un sentiment de grand danger dans certaines zones et au contact des délinquants ; ils se disent que non seulement ils vont subir une violence disproportionnée, qu’illustre tragiquement un nombre incalculable de faits divers, mais aussi que leurs auteurs, très souvent impunis ou pas assez, vont venir se venger sur eux et leurs familles, et qu’en voulant se défendre légitimement, ils s’exposent à des tracas considérables. Quelle pitié de voir un peuple se laisser bafouer par des bandes abruties sans oser coaliser ses forces et se défendre ! Le renfort spontané offert aux policiers à Lorient, vraisemblablement par des commandos marines, a aussitôt fait l’objet d’une enquête (Le Parisien du 05 juillet 2023). On peut comprendre que leur statut les appelle à ne pas agir en force constituée sans mandat, mais n’y a-t-il pas dans ce geste spontané un comportement de courage que l’on pourrait attendre de tout citoyen français ? Si chacun pouvait se sentir investi d’une protection mutuelle en cas de danger, n’y aurait-il pas, en termes de rapports de force, au vu de la masse considérable de citoyens souhaitant vivre paisiblement, un effet net sur la sécurité du quotidien ? Les armes en moins, la solidarité et l’engagement du peuple corse nous en donnent une illustration intéressante.

Échec à appuyer sa police dans son travail quotidien. Les forces de l’ordre vivent dans une double contrainte permanente : d’un côté, l’ordre leur est donné de tout faire pour mettre fin aux actes délictueux sans cesse en croissance, et de l’autre, une triple chape de plomb, politique, médiatique et judiciaire pèse sur eux au moindre faux pas, avec la perspective d’être lâchés en rase campagne, voire sacrifiés, comme ce fut le cas, sur la seule base des images ou de l’émotion suscitée. Ils sont en outre sujets à un parti pris de nombreux médias, alimenté par une partie de la classe politique en manque de visibilité, qui consiste à leur attribuer par principe une intention mauvaise, pire que celle des délinquants eux-mêmes. Or, même aux temps les plus primitifs de la féodalité, nous n’avions point vu un contrat de pouvoir aussi déséquilibré : le vassal accepte de s’en remettre à l’autorité du suzerain contre un engagement absolu de protection, qui, s’il est rompu, amène son retrait immédiat du contrat. À partir de quand a-t-on donc pu commencer à admettre que le politique puisse employer et exposer ses forces de police sans leur garantir une protection a priori (ce qui n’enlève rien au travail nécessaire d’enquête des services de contrôle), sans appuyer, avec le calme propre au temps long de l’État, leur action quotidienne au contact des malfaisants ? Il est absolument surréaliste qu’un chef d’État désavoue, qui plus est avec des adjectifs au présent quand le travail de l’enquête aurait a minima requis le conditionnel, un de ses policiers pris dans une situation compliquée, aux conséquences certes dramatiques et regrettables, mais dans une configuration où un acteur délictueux et dangereux pour autrui s’est lui-même témérairement exposé ? Quel est donc ce pays où le refus d’obtempérer devient quotidien, avec des morts causées au sein de nos forces, et où l’on s’émeut seulement du fait qu’il puisse causer du tort à celui qui le pratique ?

Échec de l’État à faire régner la justice. « En France, la loi s’applique pour ceux qui la respectent » : cette phrase entendue souvent dit beaucoup sur la réalité de notre pays. D’un côté, il y a les gens solvables et citoyens, qui subissent chaque jour l’écrasant poids des réglementations françaises et européennes, et de l’autre, des bandes et des cités entières qui ont choisi leur propre loi, vivent de l’argent des trafics et des aides publiques, et échappent à la République. La fragilité de la justice met du reste régulièrement les forces de l’ordre, si souvent désavouées à la fin de la chaîne pénale, en position limite pour maintenir l’autorité. […]

Juin 2023 : Annecy, Nanterre, Conflans, les pièces d’un même puzzle

De Jérôme Serri, journaliste littéraire et ancien collaborateur parlementaire :

Annecy, le 8 juin 2023 : un réfugié syrien armé d’un couteau a fait six blessés graves, dont quatre enfants de 22 à 36 mois (AFP). L’homme se disait chrétien. Quelques jours plus tard, des témoignages (à vérifier) semblaient démentir cette appartenance que les médias se sentirent apparemment obligés de prendre pour argent comptant. Attendons que la lumière soit faite sur cette affaire aussi tragique que surprenante, en espérant qu’elle le sera !

Au Sénat, quelques jours après le drame d’Annecy, trois sénateurs interrogent la Première ministre, Madame Elisabeth Borne. Le premier, du groupe Les Républicains, sur « l’application des règles du droit d’asile » ; le second, du groupe Union Centriste, sur « la difficile prise en charge psychiatrique préventive » ; et le troisième, du groupe Ecologiste – Solidarité et Territoires, sur « la nécessité de maintenir une ligne de dignité pour préserver l’unité nationale face à la haine néo-nazie qui s’est déversée en toute impunité dans les rues d’Annecy » au lendemain du drame. Trois façons de d’amener les Français à regarder ailleurs. Une quatrième question, de la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, du groupe Les Républicains, concernait la lutte contre le port de l’abaya, ce vêtement féminin traditionnel des pays musulmans:

«Madame la Ministre, la semaine dernière sur le site gouvernemental jeveuxaider.gouv.fr, plateforme publique de l’engagement, on pouvait découvrir une jeune fille voilée qui a subrepticement été remplacée, trois jours plus tard, par une autre jeune fille à la tête découverte, alors ma question est simple : Madame la Ministre, comment nous faire croire que le gouvernement lutte contre les abayas lorsqu’il affiche ouvertement sur le site gouvernemental une jeune fille voilée sous le drapeau français, et donc plus globalement quelle est la ligne du gouvernement en matière de lutte contre l’inquiétante offensive islamiste dans notre pays ? »

« Comment nous faire croire… ? », c’est bien la question que se posent les Français mais ils se la posent à propos de toute parole politique qu’elle soit de droite ou de gauche, qu’elle vienne de la majorité ou de l’opposition. Madame Eustache-Brinio a interrogé la ministre de façon bien superficielle. On se demandait, et on se demande toujours, comment la photo d’une jeune fille voilée avait pu être mise en ligne sur un site gouvernemental, même s’il fut procédé trois jours plus tard à son retrait ? Aussi eût-il été plus judicieux de lui poser la question suivante :

« Madame la ministre avez-vous diligenté une enquête dans vos services ? L’autorité de l’Etat a-t-elle été testée jusque dans votre ministère ? Était-ce un nouvel essai après la malheureuse tentative de la Commission européenne en septembre 2022 d’exposer et d’imposer dans une campagne d’affichage une jeune femme voilée ? Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il s’est passé ?»

Madame Eustache-Brinio affirme ne pas avoir été rassurée par la réponse de la ministre qui avait bien évidemment botté en touche. C’est là l’habituel et lassant jeu de rôles qui consiste pour la majorité et l’opposition à se faire mutuellement la leçon en imputant à l’autre une absence de lucidité et de courage. Après ce qu’il s’était passé le 7 juillet 2020 au Sénat, on pouvait s’attendre à ce que Madame Eustache-Brinio fasse profil bas. Mais prendre la parole dans une séance de questions au gouvernement, apparaître à l’écran, diffuser sa propre intervention dans des documents de campagne est tentant à l’approche des élections sénatoriales de septembre prochain. Que s’était-il donc passé ce 7 juillet 2020 ? Madame Eustache Brinio et ses collègues sénateurs prirent acte des camouflets qu’ils essuyèrent de la part du CCIF et de l’ex-UOIF sans réagir. Personne n’en parla. C’est en naviguant sur le site du Sénat qu’on découvre le pot aux roses. Le début du compte rendu de la présentation du rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur la radicalisation islamiste devant ses membres est d’autant plus édifiant qu’au mois d’octobre suivant Samuel Paty sera assassiné par un islamiste et le CCIF, rapidement pointé du doigt :

Mme Nathalie Delattre, présidente (RDSE – Rassemblement Démocratique et Social Européen).

« Deux auditions n’ont pu se dérouler dans de bonnes conditions. La première, celle du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), nous a mis face à deux personnes envoyées par l’association, mais qui n’en étaient pas représentantes – c’était au moins le cas pour l’une des deux. Nous avons écrit au CCIF, qui nous a répondu qu’il pensait pouvoir nous recommander des personnes à rencontrer, mais qu’il ne pensait pas que c’était lui-même que nous souhaitions auditionner. Chose extraordinaire ! La réponse édifiante, et par ailleurs victimaire, du CCIF est révélatrice. Je vous propose que nous l’annexions à notre rapport.

Jean-Yves Leconte (SOCR – Socialiste et Républicain).

« – N’est-ce pas obligatoire de se présenter devant la commission d’enquête ?

Mme Nathalie Delattre

« – Oui, c’est une obligation à laquelle on ne peut se soustraire. Nous nous réservons le droit d’envisager des suites. L’autre audition qui n’a pu se tenir est celle du président de l’ex-Union des organisations islamiques de France (UOIF), aujourd’hui Musulmans de France, qui était injoignable, prétextant que le secrétariat n’était pas ouvert à cause de la crise sanitaire. Même les ministres se sont rendus disponibles dans un calendrier contraint. Je souhaite que cet état de fait soit noté dans notre dossier. »

Un autre sénateur, Alain Cazabonne (UC – Union Centriste), reviendra un peu plus loin sur la question des « suites » à donner à cette non-comparution :

« Quant aux personnes qui ne sont pas venues témoigner devant notre commission, il faut marquer le coup. »

La présidente n’y prêtera même pas attention.

La formule de Nathalie Delattre est révélatrice. « Nous nous réservons le droit d’envisager des suites », en d’autres termes : « nous nous sommes couchés, mais nous nous réservons le droit de nous relever ». Depuis quand le courage se conjugue-t-il au futur ? Rappelons ce que sont les « suites » dont parle la présidente puisqu’elle ne le fait pas : « La personne qui ne comparaît pas ou refuse de déposer ou de prêter serment devant une commission d’enquête est passible de deux ans d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende ». Précisons que le droit de poursuivre en justice toute personne qui contrevient à cette obligation est le seul pouvoir coercitif accordé au parlementaire. Comment celui- ci peut-il se permettre de faire la leçon aux membres de l’exécutif quand il n’a pas lui-même le courage de faire respecter l’institution à laquelle il appartient ?

Revenons quelques années en arrière. Septembre 2014, veille des élections sénatoriales : « Le Sénat peut relever la République ». C’était le slogan de campagne de Gérard Larcher, candidat à sa propre succession, après l’intermède de trois ans d’une présidence socialiste. Six ans plus tard, en 2020, le rapport de la commission d’enquête sur la radicalisation islamiste lui est remis. Ne l’aurait-on pas informé que les représentants du CCIFet de l’ex-UOIF ne s’étaient pas présentés devant la commission ? Que le Sénat puisse fermer les yeux sur ces camouflets n’est tout de même pas la façon dont son Président entendait pouvoir relever la République !

Trois mois plus tard, le 16 octobre, Samuel Paty est décapité à la sortie de son collège à Conflans- Sainte-Honorine, dans le département où Gérard Larcher est élu. Au lendemain de cet assassinat, le ministre de l’Intérieur demandait la dissolution du CCIF qu’il avait dans le viseur depuis un an. Que s’était-il passé ? Gérald Darmanin expliqua que

« le parent d’élève qui avait lancé une fatwa contre ce professeur avait très clairement fait référence au Collectif Contre l’Islamophobie en France ».

Madame Eustache-Brinio, qui fut le rapporteur de cette commission d’enquête sur la radicalisation islamiste, peut bien déplorer aujourd’hui que ce collège ne porte toujours pas le nom de Samuel Paty, que l’abaya ne soit pas interdite, que la photo d’une jeune fille voilée ait été mise en ligne sur un site gouvernemental. Que n’a-t-elle, en tant que rapporteur, conseiller la fermeté à ses collègues ! Que ne les a-t-elle convaincus de donner des « suites » à l’inacceptable désinvolture du CCIF à l’égard de leur institution !

Mai-juin 2023 : Répondant à l’attente de la sœur de Samuel Paty, le sénateur Henri Leroy écrivait le 9 mai dernier au Président du Sénat pour lui demander la création d’une commission d’enquête « sur les dysfonctionnements de l’Etat qui n’ont pas permis d’éviter » l’assassinat de son frère. Le 15 juin, le Sénat approuva à main levée la création de cette commission. Interrogé, le sénateur Henri Leroy expliquait qu’elle allait « permettre d’éclairer les zones d’ombre de cette affaire, des zones d’ombre inexpliquées, inexplicables et intolérables » qui « ont contribué à laisser un homme seul face au danger ». Difficile d’imaginer que la sœur de Samuel Paty ait été informée de l’inconséquente passivité des membres de la commission d’enquête sénatoriale de 2020 ! Notons tout de même que si le sénateur Henri Leroy est membre du groupe Les Républicains, il n’avait pas pris part aux travaux de cette commission.

Fin juin 2023, trois semaines après le drame d’Annecy, nuits d’émeutes un peu partout en France provoquées par la mort à Nanterre, le 27 juin, d’un jeune français d’origine magrébine tué par un tir de policier lors d’un refus d’obtempérer. On est loin, avec ces émeutes, de cette prétendue « haine néo-nazie » que le Président du groupe Ecologiste du Sénat disait s’être « déversée en toute impunité dans les rues d’Annecy » au lendemain du drame, loin de cette « nécessité de maintenir une ligne de dignité » dont il parla en pointant la colère des habitants de la Ville. Il y a d’ailleurs fort à parier que son sens de la dignité va lui donner l’occasion de s’inquiéter du regain d’antisémitisme qui accompagne ici et là les émeutes.

Il n’y a bien sûr aucune relation directe de cause à effet entre tous ces faits. Ce sont là néanmoins les pièces d’un puzzle cohérent qu’assemble jour après jour, et ce depuis des décennies, la grosse main molle de la lâcheté. D’Annecy à Nanterre en passant par le Sénat et le collège de Conflans-Sainte- Honorine, le fil rouge en ce mois de juin est le constat amer et inquiétant d’une France qui ne cesse de se mentir à elle-même par l’intermédiaire d’hommes et de femmes qui, incapables de gouverner, s’entredéchirent pour occuper le pouvoir. Si « la politique, comme la définissait le cardinal de Richelieu, est l’art de rendre possible le nécessaire », il est évident qu’aussi longtemps que ce qui est nécessaire pour le pays (but à atteindre et moyens à mettre en œuvre) n’aura pas été défini avec courage et précision devant l’ensemble des citoyens et avec eux, la France continuera de se déliter jusqu’à sa ruine, comme nation une et indivisible.

Laurent Ruquier, qui a voté Mélenchon, arrive sur BFMTV

Trois jours après avoir officialisé son départ de France 2, Laurent Ruquier a annoncé qu’il rejoindrait BFM-TV à partir du mois d’octobre. Il animera la tranche d’informations de 20 heures à 21 heures, aux côtés de Julie Hammett.

Laurent Ruquier est un ami de longue date de Marc-Olivier Fogiel, patron de BFM-TV.

Laurent Ruquier a précisé que l’émission consisterait à

« traiter et débattre de l’information, à la fois en laissant place au direct mais aussi en prenant le temps de la réflexion sur des événements à propos desquels on a parfois tendance à réagir trop rapidement sans y apporter les nuances nécessaires ». « J’ai toujours eu pour but d’écouter la multiplicité des opinions tout en tentant d’apporter mon point de vue, parfois singulier, luttant à ma façon contre la subjectivité du militantisme. Je continuerai à le faire ».

Laurent Ruquier est un électeur de gauche. Après l’élection présidentielle de 2017, il avait dévoilé publiquement avoir voté Jean-Luc Mélenchon. Il avait aussi déclaré dans Le Point :

“Tant que rien ne m’y oblige, je choisis les invités politiques que je reçois comme bon me semble. Je veux avoir plaisir à les recevoir et ne souhaite pas livrer mon audience aux idées du Front national, qu’il soit représenté par Marine, Jean-Marie Le Pen ou Bruno Gollnisch. Je n’invite pas les gens qui font de mauvais films. Je ne prends pas non plus ceux qui encouragent les mauvais sentiments et sont un danger pour la cohésion nationale.”

Histoire maçonnique belge

Alain Cornet, Grand-Maître du Grand Orient de Belgique, Daniel Menschaert, Grand-Maître de Fédération belge de l’ordre maçonnique mixte international du Droit-Humain, Léon Gengoux, Grand Maître de la Grande Loge de Belgique, Raymonda Verdyck, Grande-Maîtresse de la Grande Loge Féminine de Belgique et Jan Vanherck, Président de la Confédération de Loges Lithos, signent une tribune dans La Libre Belgique, à propos du “Règlement de restauration de la nature” voté au Parlement européen. Ils écrivent notamment :

La préservation de ces espaces naturels est indispensable pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique et donc pour garantir la survie de l’humanité. Nous pourrions nous en réjouir mais il est inquiétant de constater que la portée du texte, adopté par l’Assemblée, a été fortement affaiblie par de nombreux amendements lesquels affectent tant son efficacité que sa mise en œuvre.

La Franc-maçonnerie n’a pas pour objet, ni pour but d’exprimer une opinion collective, mais, lorsque le respect des valeurs humaines est en péril, lorsqu’une vie digne pour tous les humains risque de ne plus être assurée, lorsque la qualité de vie des générations futures est profondément obérée, le silence n’est plus de mise.

Sauf s’il s’agit d’avortement, de manipulation génétique, d’eugénisme ou encore d’euthanasie… Sans rire, les auteurs poursuivent :

Les Francs-Maçons travaillent à la réalisation d’un développement moral, intellectuel et spirituel le meilleur pour tous. Ils sont conscients que cela n’est possible que dans le cadre d’une humanité fraternellement organisée entre les êtres humains d’une part et entre ceux-ci et la nature dans son ensemble d’autre part. Agir ici et maintenant pour atteindre cet objectif est essentiel pour la vie future sur notre planète.

Besançon pire que Marseille ?

En proportion du nombre d’habitants, il y a plus de crimes à Besançon :

Les Belles figures de l’Histoire : la vie extraordinaire du Padre Pio

Emission avec l’abbé Vincent de Mello :

 

Terres de Mission : Le voile de Manoppello, un témoignage de la Passion du Christ

Terres de Mission reçoit Guillaume Nocq, fondateur de l’association Le Saint Visage du Christ, et auteur d’un petit livre sur “Le voile de Véronique” pour parler de la relique conservée à Manoppello en Italie, que la tradition affirme être celui avec lequel sainte Véronique a essuyé la face du Christ pendant sa montée au Golgotha. 

Puis, Frédéric Mortier, professeur d’économie en lycée professionnel catholique, explique comment, pour une boutade touchant à la religion de l’un de ses élèves, il se trouva pris dans un engrenage judiciaire sans jamais avoir l’occasion de débattre avec l’élève ou ses parents.

Enfin, le pèe Jean-Claude Hanus, du diocèse de Paris, présente son passionnant livre sur le corps spirituel et l’approche que l’on peut en avoir dès ici-bas (par les expériences de mort imminente ou par la bilocation de certains mystiques par exemple) : “D’un corps à l’autre”.

 

Septième dimanche après la Pentecôte

Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.

La messe du septième dimanche après la Pentecôte présente quelques caractères assez particuliers. Elle ne figure pas dans les anciens livres romains, et serait donc d’origine gallicane. Précisons qu’il ne s’agit pas ici du gallicanisme du XVIIe siècle, et des prétentions de l’Église de France à s’ériger en Église nationale indépendante de Rome, mais de la liturgie de l’Église des Gaules antérieure à l’époque carolingienne, alors que l’unité liturgique n’était pas réalisée, et qu’il y avait encore un chant romain (ancêtre du chant grégorien), un chant ambrosien (à Milan), un chant bénéventin, un chant hispanique, un chant gallican etc.. C’est seulement au VIIIe siècle, sous Pépin le Bref et Charlemagne, que la liturgie romaine a été adoptée par tout l’occident chrétien, incorporant cependant certains éléments gallicans, dont cette messe est un témoin. C’est très net en ce qui concerne l’Alléluia, dont la mélodie s’étire en longueur de façon exubérante. De même l’Offertoire est une prière longue et développée, mais à l’opposé l’Introït, le Graduel et la Communion sont très simples et parmi les plus courts du répertoire.

Introït : Omnes gentes

L’Introït, très court, et l’Alléluia, très long, ont exactement le même texte, ce qui est très rare (il n’y a qu’un autre cas, à la messe de minuit de Noël). Il s’agit du premier verset du psaume 46, acclamation triomphale qui accompagnait la montée de l’arche d’alliance sur la montagne de Sion, pour remercier le Seigneur d’une grande victoire accordée à son peuple. Ce psaume était déjà utilisé à la fête de l’Ascension, où cette montée préfigurait celle du Christ dans le ciel.

En ce temps après la Pentecôte, après les sentiments exprimés dans les chants des précédents dimanches : confiance en Dieu, abandon à sa volonté, prière pour obtenir sa protection, nous trouvons ici une autre attitude chrétienne fondamentale, que nous retrouverons le dimanche suivant : la louange de la majesté et de la toute puissance divine, l’action de grâces pour ses bienfaits :

Omnes gentes, plaudite manibus, jubilate Deo in voce exsultationis.
Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu avec des cris de joie.

On remarquera que cette louange divine doit s’effectuer par les mains et par la voix, c’est-à-dire aussi bien par nos actions que par nos paroles.

Le deuxième verset du psaume est psalmodié à la suite :

Quoniam Dominus excelsus, terribilis, rex magnus super omnem terram.
Car le Seigneur est très haut, redoutable, grand roi sur toute la terre.

Cet Introït, nous l’avons dit, est très court, et sa mélodie, très simple, est légère et joyeuse.

► Graduel : Venite filii

Contrairement aux autres chants de la messe du septième dimanche après la Pentecôte, le Graduel figure dans les anciens livres romains, mais au mercredi de la quatrième semaine de Carême, appelé ” férie des grands scrutins “, car c’était le jour où l’on désignait les catéchumènes qui allaient recevoir le baptême à la Vigile Pascale, et où il a été repris pour ce dimanche. C’est donc d’abord à ces futurs baptisés que ce texte s’adresse. Il est tiré du psaume 33, cantique de louange et d’action de grâces, attribué à David, que nous retrouverons à plusieurs reprises en ce temps après la Pentecôte. Les deux versets réunis ici ne se suivent pas dans le psaume, mais ils se complètent admirablement :

Venite filii, audite me : timorem Domini docebo vos. Accedite ad eum, et illuminamini : et facies vestræ non confundentur.
Venez mes enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Approchez-vous de Lui et vous serez illuminés et vos visages n’auront pas à en rougir.

Cette invitation aux nouveaux baptisés s’adresse aujourd’hui à nous tous. Nous y trouvons réunies deux grandes étapes de la vie spirituelle ; la crainte de Dieu, premier des dons du Saint Esprit, qui nous fait nous prosterner avec humilité devant la majesté divine, et l’illumination, qui nous fait connaître et contempler celui qui est la beauté et le bien infini, et nous attire irrésistiblement vers Lui.

Comme l’Introït Omnes gentes, ce Graduel est très court, mais sa mélodie, bien qu’elle utilise des formules que l’on retrouve dans de nombreux autres Graduels, exprime à merveille les richesses contenues dans le texte. On remarquera en particulier la descente au grave sur les mots docebo vos exprimant la profonde adoration devant la majesté divine, et à l’opposé la grande vocalise sur les mots accedite ad eum montant progressivement jusqu’à l’extrême aigu, exprimant ainsi notre attirance vers le ciel où nous contemplerons la splendeur divine.

Alléluia : Omnes gentes

Comme nous l’avons dit le texte de l’Alléluia du septième dimanche après la Pentecôte est le même que celui de l’Introït, le premier verset du psaume 46, acclamation à la majesté et la toute puissance divine :

Omnes gentes plaudite manibus, jubilate Deo in voce exsultationis.
Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu avec des cris de joie.

Mais alors que l’Introït était très court, faisant retentir cette acclamation avec une mélodie simple, légère et joyeuse, à l’opposé l’Alléluia est très long, avec une mélodie ample et solennelle, de grandes vocalises, de nombreuses modulations, s’attardant ainsi pour célébrer toutes les splendeurs de Dieu et de son œuvre dans leur immensité et leur variété. On voit là à quel point la mélodie grégorienne peut donner à un même texte des expressions différentes.

Offertoire : Sicut in holocausto

Tous les chants des précédents dimanches étaient tirés des psaumes. Dans la messe du septième dimanche après la Pentecôte, nous allons trouver à l’Offertoire un chant tiré d’un autre livre de l’Ancien Testament, comme le seront plusieurs autres grands Offertoires que nous rencontrerons au cours de ce temps liturgique. Celui-ci est emprunté au prophète Daniel, et plus précisément à l’épisode des trois jeunes Hébreux jetés dans la fournaise par le roi Nabuchodonosor, et miraculeusement épargnés par les flammes, après avoir adressé à Dieu une magnifique prière, souvent utilisée dans la liturgie, dans laquelle ils offrent leur sacrifice pour le salut de leur peuple :

Sicut in holocausto arietum et taurorum, et sicut in millibus agnorum pinguium, sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie ut placeat tibi, quia non est confusio confidentibus in te Domine.
Comme un holocauste de béliers, de taureaux et de milliers d’agneaux gras, qu’ainsi notre sacrifice s’accomplisse en votre présence afin qu’il vous plaise ; car ceux qui mettent en vous leur confiance, Seigneur, n’auront pas à en rougir.

On remarquera qu’une partie de ce texte, la deuxième phrase, figure dans les prières que le prêtre récite à l’Offertoire de la messe, au moment précis ou il est chanté aujourd’hui par la schola. Les sacrifices de l’Ancien Testament, et particulièrement celui que les trois jeunes hébreux étaient prêts à offrir pour leur peuple, sont évidemment la figure du sacrifice du Christ qui est offert sur l’autel. La mélodie de ce chant d’Offertoire commence très humblement avant de s’élever progressivement d’une manière suppliante avec des motifs répétés ; puis soudain elle s’envole en un grand élan sur les mots in conspectu tuo, et devient ensuite pleine d’assurance, avec de nouveau des motifs répétés plusieurs fois et une insistance très marquée jusqu’à la fin.

Communion : Inclina aurem tuam

L’antienne de Communion du septième dimanche après la Pentecôte, comme l’Introït et le Graduel de cette messe, est une pièce très courte, peut-être la plus courte du répertoire. Nous y retrouvons un texte qui avait déjà été chanté le dimanche précédent, c’était la dernière phrase du verset de l’Alléluia, tiré du psaume 30 :

Inclina aurem tuam, accelera ut eruas nos.
Tendez l’oreille, hâtez-vous de nous délivrer.

Une petite différence cependant : le texte est mis ici au pluriel (eruas nos au lieu de erue me) et de prière personnelle, devient prière collective. C’est tout le peuple de Dieu, toute l’Église qui supplie le Seigneur avec confiance. Bien que la pièce soit très courte, elle comporte néanmoins deux phrases et la mélodie n’est pas celle d’une petite antienne. Elle est peu développée, mais assez ornée et très expressive, dans une ambiance douce et contemplative.

La Syrie ou le grand combat contre l’islamisme

Article d’Antoine de Lacoste paru dans Fideliter :

Damas, la capitale de la Syrie, est une des plus vieilles villes du monde. Déjà habitée du temps des Babyloniens ou des Assyriens, elle régna longtemps sur d’immenses territoires. Les Hittites, les Perses, les Romains, les Byzantins s’y succédèrent puis les Arabes et l’islam s’implantèrent au VIe siècle. Damas régna alors sur un immense empire qui s’étendait jusqu’en Espagne et en Asie centrale et qu’on appelait la dynastie des Omeyades.

Mais dès le VIIIe siècle, le califat de Bagdad supplanta Damas. Ce fut la période de l’Empire abasside auquel succéda le règne des Mamelouks, venus d’Egypte, au XIIIe siècle. Les Ottomans chassèrent ensuite les Mamelouks et la Syrie subit leur joug de 1516 à 1918.

UN RICHE PATRIMOINE CHRETIEN

Cette histoire mouvementée, et d’une richesse rare, ont fait de la Syrie un joyau. En son sein, il faut réserver une place toute particulière au patrimoine chrétien. De Saint Siméon le Stylite à Saint Jean Damascène, de grands saints ont façonné l’histoire de ce pays. Les somptueux vestiges de la basilique St Siméon ont longtemps été un but de voyage, mais elle est aujourd’hui hélas en zone islamiste et a été très endommagée.

Des ruines ont été réhabilitées avec goût, comme celles du monastère de Mar Moussa, posé dans un superbe paysage de roches et de montagnes. De charmantes églises sont présentes dans toutes les villes, comme celle de l’Eglise de la Ceinture de la Vierge à Homs, relique apportée par l’apôtre Saint Thomas, évangélisateur de la région.

N’oublions pas les châteaux des croisades, et surtout le plus beau de tout l’Orient : le Crac des chevaliers. C’est une grande émotion de visiter le témoin indestructible de cette magnifique et tragique épopée.

LE MANDAT FRANCAIS

Malgré cette richesse, la Syrie dut attendre longtemps pour pouvoir reprendre en main son destin. Cela aurait pu avoir lieu à la fin de la première guerre mondiale à la faveur de l’effondrement de l’Empire ottoman. Mais la France et la Grande-Bretagne s’étaient entendues en secret et deux diplomates devenus célèbres, Sykes et Picot, tracèrent sur une carte les nouvelles frontières permettant à leurs deux pays de dominer la région.

Ces « lignes dans le sable » sont, pour l’essentiel, les frontières actuelles de la Syrie, du Liban, de l’Irak, de la Jordanie et de la Palestine devenue ensuite Israël. Selon le plan franco-britannique la Syrie et le Liban passaient sous domination française, l’Irak et la Jordanie sous domination anglaise tandis que la Palestine devait bénéficier d’un statut international en raison de la présence des Lieux Saints.

Les Syriens conçurent une grande amertume de ce partage qui réduisit leur traditionnelle zone d’influence qui s’étendait plus au nord, jusqu’aux Monts du Taurus et plus au sud, vers le Hedjaz, dans l’Arabie Saoudite actuelle, et le Sinaï. De plus, cette grande Syrie rêvée devait englober le Liban. C’était d’ailleurs ainsi que les Ottomans avaient organisé les divisions administratives de la région.

Il est vrai que ces frontières très coloniales, et au fond artificielles, ne prirent en compte ni les réalités géographiques ni les aspirations des populations qui ne furent bien sûr jamais consultées. D’ailleurs lorsque les terroristes de Daech établirent leur « califat », ils abolirent symboliquement la frontière syro-irakienne et auraient fait bien d’avantage s’ils avaient pu.

Mais, au-delà de ces frontières discutables, le rôle de la France en Syrie avait une logique historique. Rappelons que les massacres des chrétiens de Damas en 1860, perpétués par les Druzes à l’instigation des Turcs, entraînèrent l’intervention de l’armée française décidée par Napoléon III. C’est à compter de ce jour que la France fut officiellement considérée comme la protectrice des chrétiens d’Orient.

Un fort courant nationaliste arabe rejeta d’emblée le « mandat français » sur la Syrie et le Liban. Le prince Fayçal, de la famille des Achémites, avait été pressenti par les Anglais pour devenir roi d’un grand royaume arabe. Il fit une entrée triomphale à Damas et régna quelques semaines en 1920. Les Français ne se sentirent pas liés par les promesses anglaises, envoyèrent l’armée et chassèrent Fayçal qui deviendra tout de même le premier roi d’Irak.

Les années d’entre-deux guerres furent tumultueuses pour le mandat français. A la suite d’une révolte druze, les Français bombardèrent même Damas en 1925, ce qui ne fit que creuser le fossé avec les Syriens.

L’AFFAIRE DU SANDJAK D’ALEXANDRETTE

Ce fossé s’élargira encore avec la scandaleuse affaire du Sandjak d’Alexandrette. De nombreux Turcs vivaient dans cette région du nord-ouest de la Syrie. Ils étaient toutefois minoritaires, environ 70 000 sur 200 000 habitants. Mais la Turquie prétendit le contraire et exigea la cession de ce territoire. Elle refusa les propositions françaises de recensement et, progressivement, installa, de gré ou force, des ressortissants turcs pour faire basculer la démographie. Les Syriens protestèrent en vain et le gouvernement du Front populaire, désireux de s’attirer les bonnes grâces turques à l’orée de la guerre mondiale devenue inévitable, laissa faire. Un traité d’amitié fut signé en 1938 entre la France et la Turquie. Le lendemain, les troupes turques pénétrèrent dans le sandjak. Des élections furent organisées et gagnées de justesse par les Turcs.

Aussitôt, la nouvelle assemblée vota le rattachement du Sandjak d’Alexandrette à la Turquie. Il devint la province d’Hatay. Les forces françaises quittèrent le territoire, accompagnés des habitants arabes et arméniens qui ne voulaient pas tomber sous le joug turc. L’indignation fut grande en Syrie mais aussi chez les catholiques français : dans ce sandjak se situe en effet Antioche, un des berceaux de la chrétienté. Elle s’appelle aujourd’hui Antakya.

Voilà comment Antioche est devenue turque et comment la France s’est déshonorée.

VERS L’INDEPENDANCE

C’est la seconde guerre mondiale qui entraîna le basculement vers l’indépendance. En mai 1941, les troupes gaullistes commandés par le général Catroux attaquèrent les forces de Vichy stationnées en Syrie et commandées par le général Dentz. Les combats furent sanglants et les gaullistes l’emportèrent grâce à l’aide des Britanniques.

L’euphorie fut de courte durée. Les manifestations se multiplièrent à Damas, comme à Beyrouth d’ailleurs, pour exiger l’indépendance. Les Français bombardèrent la ville une nouvelle fois mais durent finalement céder et évacuèrent leurs troupes. Le dernier soldat français quitta la Syrie en avril 1946.

Une ère nouvelle commença donc pour ce pays au passé si riche. Elle fut caractérisée par une instabilité chronique, ponctuée de putsch militaires, jusqu’à l’émergence du parti Baas qui va méthodiquement préparer son accession au pouvoir.

Ce parti, dont le nom signifie « Renaissance », se réclame d’une doctrine mêlant socialisme, arabisme et laïcité, mais sans rejeter l’islam. Il fut fondé par un chrétien de religion grec-orthodoxe, Michel Aflak, et un musulman sunnite, Salah Bitar. Les deux hommes s’étaient connus à la Sorbonne, à Paris. Ils s’inspirèrent des travaux d’un troisième homme, l’alaouite Zaki Arsouzi. Le fait qu’il soit alaouite est d’importance car, jusqu’à présent, cette communauté vivait totalement en marge de la société syrienne. Pauvres, peu éduqués, les tenants de cette étrange et très secrète déviance de l’islam chiite, qui ne dédaignent pas de partager un verre de vin avec les chrétiens le jour de Pâques, étaient méprisés et systématiquement persécutés par les sunnites. Pour ces derniers, il est pire d’être un hérétique alaouite qu’un chrétien. Pendant la guerre qui vient de ravager le pays, les Alaouites étaient systématiquement massacrés par les islamistes.

En attendant la prise du pouvoir par le parti Baas, la Syrie fut confrontée au dilemme de la guerre froide. Dans un premier temps elle ne souhaita pas choisir entre le bloc occidental et le bloc soviétique. Mais les évènements allèrent l’y contraindre. Par le pacte de Bagdad de 1955, les Britanniques s’allièrent avec les Irakiens et les Turcs, introduisant la guerre froide au Proche-Orient. De plus les Américains refusèrent au même moment de financer le barrage d’Assouan promis à l’Egyptien Nasser. Ce dernier riposta en nationalisant le canal entraînant l’expédition de Suez menée par les Français, les Anglais et les Israéliens.

Les Soviétiques prirent la place des Américains en Egypte et la Syrie, très liée à l’Egypte, se rangea dès lors dans le camp soviétique. Le prestige de Nasser était alors à son zénith dans le monde arabe. Cherchant à renforcer leur sécurité, la Syrie et l’Egypte décidèrent de fusionner en 1958 au sein d’un nouveau pays : La République Arabe Unie.

Mais la puissance égyptienne et la personnalité écrasante de Nasser entraînèrent l’échec de ce mariage hors du commun. L’armée syrienne, en particulier fut humiliée. En 1961, des officiers déclenchèrent un coup d’Etat et rendirent sa liberté à la Syrie. D’autres putsch suivirent et celui de 1963 porta le parti Baas au pouvoir. En 1966, les durs du parti Baas, qui seront désavoués par les fondateurs, s’imposèrent et Hafez el-Assad devint ministre de la Défense tout en restant chef de l’aviation. Il transforma méthodiquement l’armée pour en faire son instrument : l’heure des Assad avait sonné.

LE TEMPS DES ASSAD

Hafez el-Assad est alaouite. Si pendant des siècles, cette communauté vécut recluse dans les montagnes du djebel Ansarieh, le mandat français leur permit de sortir enfin et de peupler le littoral. Dans le découpage administratif de la Syrie, les Français établirent un pays alaouite dont le cœur était la ville de Lattaquié. L’armée et le parti Baas furent le réceptacle de l’ascension fulgurante des alaouites au sein desquels Assad devint progressivement le maître.

En 1970, il déclencha un ultime coup d’Etat et se fit élire président de la République l’année suivante.

D’une grande intelligence, Assad avait su manœuvrer avec habileté entre les différentes factions alaouites et sunnites. A compter de son arrivée au pouvoir, il ne le lâcha plus et déploya une énergie constante à renforcer l’appareil sécuritaire du pays avec l’aide de quelques fidèles.

Son obsession à l’extérieur fut de récupérer le plateau du Golan conquis par Israël lors de la guerre des 6 jours en 1967. La guerre du Kippour, déclenchée en 1973 comportait notamment cet objectif. Malgré la nouvelle défaite syrienne qui s’ensuivit, l’aura d’Assad ne décrut pas en Syrie car l’armée syrienne s’était bien comportée. L’Egypte avait clairement lâché la Syrie et ce fut une des causes essentielles de l’échec militaire arabe.

Assad dut renoncer au Golan.

LA GUERRE CONTRE LES FRERES MUSULMANS

Mais progressivement, un redoutable ennemi intérieur commença à se faire menaçant : les Frères musulmans.

Tout au long des années 70, leur montée en puissance passa relativement inaperçu même s’ils avaient demandé, en vain, que l’islam devienne constitutionnellement la religion de la Syrie. Leur irruption sanglante dans la vie du pays date de 1979. Le 16 juin un officier instructeur sunnite,  avec l’aide de frères musulmans, ouvrit le feu sur une promotion d’élèves officiers : il y eut 83 morts, tous alaouites.

Cet attentat sans précédent plongea le pays dans la stupeur et bientôt dans une violence continue. Attentats et représailles se succédèrent sans cesse. Des officiers, des cadres du régime furent assassinés. Le point d’orgue fut la révolte de la ville d’Hama très majoritairement sunnite. Des meneurs, membres des Frères musulmans, appelèrent à la révolte et assassinèrent de nombreux cadres du parti Baas ainsi que des officiers et des soldats. Du haut des minarets, tous les imams relayaient les mots d’ordre.

Assad n’hésita pas et employa la manière forte : 15 000 hommes des troupes d’élite reconquirent la ville et une répression impitoyable s’ensuivit. On ne sut jamais combien de morts elle provoqua mais sans doute au moins 20 000. On prête ce mot à Assad à l’issue de la bataille : « nous sommes tranquilles pour 30 ans ».

Et en effet il faudra attendre la guerre de 2011 pour revoir des islamistes prendre les armes.

En 2000, Hafez el-Assad mourut et son fils Bachar lui succéda. Ce n’était pas le premier choix mais Bassel le fils aîné était mort dans un accident de voiture. Bachar qui suivait des études d’ophtalmologie à Londres dut rentrer et apprendre le métier de chef d’Etat.

Très vite le nouveau président eut à affronter une grave crise au Liban. La Syrie avait très activement participé à la guerre du Liban (1975-1990). Tout d’abord en combattant les Palestiniens puis les chrétiens. L’indépendance du Liban n’a jamais été accepté par son puissant voisin qui rêvait de créer la « grande Syrie ».

L’assassinat en 2005 à Beyrouth de l’ancien premier ministre sunnite Rafic Hariri, cheville ouvrière de toutes les alliances, provoqua une onde de choc mondiale. La Syrie fut accusée et les occidentaux exigèrent le départ des troupes syriennes du Liban. Il semble plutôt que les Hezbollah chiite fût derrière l’attentat, mais, prudemment, Bachar obtempéra et le Liban put recouvrer sa souveraineté.

L’IMPITOYABLE GUERRE RELIGIEUSE

La Syrie connut alors des difficultés économiques liées notamment à la baisse de la production de pétrole. Les campagnes s’appauvrirent, et c’est alors que survinrent les printemps arabes de 2011.

Partis spontanément de Tunisie, ces évènements furent exploités par les islamistes pour renverser des régimes hostiles à leur idéologie, comme en Egypte ou en Tunisie. Les révoltes furent noyées dans le sang en Algérie, en Arabie Saoudite ou à Bahrein.

En Syrie, tout sembla calme jusqu’au mois de mars où une manifestation fut sévèrement réprimée à Deraa dans le sud du pays , faisant plusieurs dizaines de morts. Le gouverneur chargé du maintien de l’ordre fut aussitôt destitué par Assad mais le mal était fait et la contestation s’étendit dans tout le pays. Très vite, elle devient insurrectionnelle sous la houlette de l’ALS, composée de déserteurs sunnites, et surtout des islamistes. Ceux-ci étaient largement constitués par des frères musulmans, financés et armés par le Qatar mais d’autres groupes se formèrent, financés par les Saoudiens ou les Turcs. L’ALS ne parviendra finalement jamais à jouer un rôle majeur.

Les Etats-Unis et l’Europe prirent parti contre Assad et tentèrent de structurer une opposition en exil en Turquie. Les Américains avaient à portée de main leur vieux rêve : renverser ce régime trop proche de la Russie et de l’Iran et lui substituer un régime sunnite qui lui permettrait d’assoir une domination presque totale au Proche-Orient.

Un océan de désinformation submergea l’occident. Les islamistes furent qualifiés de « rebelles modérés », Assad était « l’homme qui tue son propre peuple », slogan puéril repris en boucle. En réalité c’est bien d’une guerre civile dont il s’agissait. Sunnites islamistes d’un côté, alaouites et sunnites favorables à Assad de l’autre.

Les chrétiens, quant à eux, n’eurent guère le choix. Une partie d’entre eux n’avait que peu d’affection pour le président mais les exactions qu’ils subirent de la part des islamistes auront vite raison des hésitations de certains. Plusieurs chrétiens furent assassinés parce que chrétiens. De nombreuses églises furent saccagées ou incendiées, des croix brûlées en public. Cette guerre civile fut aussi une guerre religieuse.

Le plus important groupe islamiste, le Front al-Nosra, connut en 2014 une scission qui fera date : les plus durs le quittèrent pour « restaurer le califat » et créèrent L’Etat islamique en Irak et au Levant, appelé aussi Daech en arabe. Ses dirigeants lancèrent un appel mondial au jihad international. Il reçut un écho considérable et, du monde entier, des dizaines de milliers de djihadistes affluèrent pour la guerre sainte contre « l’impie Assad ». Ils vinrent de Chine (les fameux Ouïghours), de Tchétchénie, de Bosnie, de Tunisie, de France, de Belgique… Plus de cent nationalités furent représentées.

L’armée syrienne reculait partout et sans l’aide de l’Iran et du Hezbollah libanais, elle eut probablement succombé. Mais vint un moment où cela ne suffit plus et la Russie se résolut à intervenir en septembre 2015. Son aviation et ses missiles précis firent la différence et les islamistes furent vaincus, ne conservant que la région nord-ouest d’Idleb où ils sont encore.

Les Turcs profitèrent de la situation pour envahir le nord de la Syrie afin d’en chasser les Kurdes, tandis que les Américains s’installèrent dans le nord-est pour protéger ces mêmes Kurdes et voler le pétrole et le gaz syriens. Parallèlement, ils construisirent une base dans le sud afin de surveiller les mouvements entre l’Iran et le sud du Liban. Tout cela en toute illégalité. Faut-il rappeler que les services secrets américains, français, anglais et allemands livrèrent des armes aux soi-disant « rebelles modérés » dont beaucoup se retrouvèrent entre les mains de Daech ! L’affaire fit grand bruit aux Etats-Unis (pas du tout en France) et Obama donna l’ordre à la CIA d’arrêter ses livraisons.

Cette guerre n’est pas encore terminée mais l’essentiel a été sauvé et les chrétiens ont pu reprendre une vie normale même si beaucoup hélas ont choisi l’exil.

Il faut souligner l’héroïsme de certains factions chrétiennes dans cette guerre qui fut impitoyable. Saluons en particulier les volontaires de Sqelbieh. Assiégée par les islamistes, cette petite ville largement chrétienne leva une armée de volontaires qui opposèrent une résistance farouche et finirent par l’emporter et repousser l’ennemi. Nous avons rencontré ces volontaires qui nous ont fièrement montré le chantier de l’église qu’ils étaient en train de construire. Ils l’ont baptisé Sainte Sophie afin de rappeler à tous que les chrétiens sont chez eux en Orient. Sur le mur d’enceinte, figurent les noms de tous les volontaires morts au combat. Il y en a beaucoup.

Aujourd’hui, les islamistes occupent la province d’Idleb sous la surveillance théorique des Turcs. Daech de son côté parvient encore à organiser des coups de main meurtriers dans le désert de Palmyre ou le long de l’Euphrate. Pour autant, ils ne peuvent plus gagner la guerre. D’autant que les Russes ont agrandi leur base navale de Tartous et construit une base aérienne non loin de là.

Mais si la Syrie a gagné, elle est en ruines. La reconstruction qui devrait avoir lieu nécessiterait une aide internationale mais les Américains veillent et écrasent le pays sous un terrible carcan de sanctions, leur grande spécialité. La Syrie est coupable car elle n’a pas voulu devenir islamiste. Et son alliance avec la Russie en fait un ennemi des occidentaux.

Alors la population s’appauvrit, les ruines demeurent et l’on a l’impression d’assister à une mort lente. Une rencontre avec Mgr Jeanbart nous rappelle à l’espérance. Patriarche grec-catholique d’Alep jusqu’en 2022, cet homme infatigable croit encore en la Syrie. Il a fait reconstruire ses bâtiments et son église grâce à de généreux donateurs et accueille la communauté chrétienne de cette ville-martyr. Miraculeusement rescapé du récent tremblement de terre, il est toujours là pour rappeler qu’un vrai chrétien ne renonce jamais.

Antoine de Lacoste Mai 2023

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