Le métavers, une entreprise d’anéantissement des subjectivités
Auteur d’une thèse sur les jeux vidéo, l’universitaire Douglas Hoare esquisse dans Le Monde une critique du métavers, dénonçant l’avènement d’un « monde à l’envers ». Extrait :
[…] Pour justifier leur enthousiasme, les partisans du métavers nous promettent des communications plus intenses, un lien social renforcé, des simulations permettant un apprentissage ludique, une créativité sans limite, etc. Internet permet déjà le télétravail et les visioconférences ; les jeux vidéo, un dépaysement virtuel. Le métavers se propose de combiner les deux. Au sein du simulacre, la plus ennuyeuse des réunions se donnera des airs de jeu.
Grâce à la réalité virtuelle, le participant sera en immersion dans un jeu vidéo total. Grâce à la réalité augmentée, ce jeu vidéo débordera l’écran, contaminera notre perception du réel au point de faire corps avec lui. Leur association paraîtra réaliser les promesses de l’imaginaire.
Le fantasme régnera en maître, de même que le miracle, puisque, dans la réalité virtuelle, toute contradiction avec le réel peut être suspendue ; et dans la réalité augmentée, le moindre geste pourra acquérir une portée magique, être embelli et agrandi par le simulacre.
Mais cet imaginaire n’est pas aussi libre qu’il en a l’air, dans la mesure où il est objectivé. Ce n’est plus le produit d’une conscience rêveuse, c’est une fantaisie informatique qui implique une procédure à suivre pour que l’on puisse en jouir. C’est ici que l’échange, propre au jeu vidéo, d’une liberté simulée contre un asservissement réel est retrouvé à une tout autre échelle.
La fusion de l’interface et de la réalité permettra d’étendre la quantification de nos actes, et avec elle la rationalisation des conduites. Greffé à notre vue, le programme restituera les données de nos moindres faits et gestes. Le participant sera en autoévaluation constante, enfermé dans des boucles de rétroaction. Il ajustera sa conduite pour faire grimper ou baisser la statistique qu’est devenue sa vie. L’accès au merveilleux informatique se monnaiera donc : il impliquera d’aligner l’ensemble des activités humaines sur un processus de valorisation économique.
Ce processus, déjà bien entamé par les smartphones et leurs applications, a de beaux jours devant lui. C’est finalement une certaine interprétation du monde – celle du fétichisme de la marchandise – paraissant d’autant plus objective qu’elle semblera émaner de la réalité elle-même, qui se substituera au monde.
Cette idéologie matérialisée, interposée entre les choses et nous, entraînera une réduction terrible du champ des possibles. Elle imposera cet unique rapport au monde, orné des attraits du merveilleux. L’embellissement promis par le métavers est ainsi un « embellissement stratégique », qui n’aura plus pour objet les quartiers pauvres de Paris, mais nos propres perceptions.
Les partisans du métavers souhaitent donc, consciemment ou non, que l’utopie disciplinaire du jeu vidéo soit transposée dans la vie ; que la société capitaliste soit un programme impossible à contredire ; l’individu, un avatar possédant une poignée de fonctions autorisées, et de ce fait une conduite prévisible ; que le monde sensible soit le simple support d’interactions obligatoires, en même temps qu’un décor lointain dont on contemple la facture. Avec l’espoir que la réduction terrible de l’être humain aux bornes du programme s’accompagne du même sentiment de toute-puissance, porté par l’effacement des limites du moi, fusionnant avec la logique du monde.
Cette entreprise d’anéantissement des subjectivités participe aussi à la dévastation de la nature : elle implique nombre d’infrastructures nocives, une nouvelle génération du réseau téléphonique, de nouveaux centres de stockage des données, etc. […]
Gender : faut-il rééduquer les chimpanzés et les babouins ?
Dans un éditorial du Point, Peggy Sastre s’en prend à l’usine à gaz bureaucratique destinée à lutter contre les stéréotypes de genre à l’école :
Si le contenu précis de ce combat reste encore flou, sa visée est claire : changer les mentalités pour rectifier les comportements. Comme l’explicite un conseiller ministériel chargé du dossier : « Les garçons sont trop souvent élevés dans un idéal de force, de virilité, quand on a encore tendance à associer les filles à ladouceur ou à la soumission. » En d’autres termes, les différences psychologiques et comportementales que l’on observe, en moyenne, entre les sexes sont préjudiciables et, comme elles seraient entièrement le produit de l’éducation et, plus généralement, de la culture, corriger l’éducation et la culture permettra d’estomper les préjudices. Soit, encore et toujours, la manifestation d’une même double erreur : non, il n’y a pas automatiquement à déplorer que filles, garçons, hommes et femmes ne soient pas parfaitement faits sur le même moule. Et, non plus, ces divergences statistiques n’ont rien de pures constructions sociales.
Prenez un gros cheval de bataille de cette lutte contre les stéréotypes de genre à l’école : le fait que les enfants ne jouent pas tous aux mêmes jeux selon leur sexe et, d’ailleurs, pas de la même manière, selon les mêmes configurations territoriales. On va ainsi regretter que les filles restent majoritairement aux marges de la cour de récréation pour s’occuper à des activités aussi calmes que tournant autour de préoccupations sociales, quand les garçons vont plutôt monopoliser le centre de l’espace pour s’agiter au cours d’activités d’une nature bien plus physique et, par définition, s’exprimant de manière plus turbulente.
Pour asseoir l’idée qu’une telle ségrégation sexuée des activités ludiques serait le résultat de pressions culturelles, on met souvent en avant ce fait incontestable : cette divergence comportementale ne s’observe pas tout de suite, dès la naissance, ce n’est que vers 5 ans, grosso modo, que les enfants se mettent à jouer – toujours en tendance, faut-il le rappeler – différemment selon leur sexe, et de manière toujours plus marquée à mesure qu’ils arrivent à la puberté. Voilà la preuve, pense-t-on, de l’influence de la socialisation sur les comportements individuels et du temps qu’il lui faut pour les imprimer. Plus tôt on s’y prendra, mieux on pourra inverser le mouvement.
Sauf que l’hypothèse peine à expliquer pourquoi les mêmes tendances s’observent chez bien d’autres animaux que les humains, en particulier chez les singes et les grands singes dont nous sommes les plus proches parents évolutionnaires. Pourquoi, comme le montrent de fascinants travaux de l’équipe de Jane Goodall sur les chimpanzés du site de Gombe, sur les rives du lac Tanganyika, les femelles adolescentes ont tendance à délaisser les jeux de leurs homologues mâles – par extension, les endroits où ils jouent. Pourquoi, comme l’ont constaté Sonya Kahlenberg et Richard Wranghamen analysant près de quinze ans de données issues d’une autre population de chimpanzés sauvages, les jeux des femelles sont d’un type « maternant » et ceux des mâles d’un type « turbulent ».
Pourquoi, chez les babouins géladas étudiés par Robin et Patsy Dunbar en Éthiopie dans les années 1970, les groupes de jeu sont souvent composés des deux sexes avec des activités très douces jusqu’à 1 an, avant que les jeux des mâles ne deviennent de plus en plus brutaux, physiques et agressifs. Pourquoi à 3 ans (la puberté chez les babouins), il n’y a quasi plus aucune femelle dans les groupes de jeu parce qu’elles préfèrent passer leur temps auprès des bébés, parfois même en portant des bâtons ou des pierres accrochés à leur ventre comme elles l’auraient fait avec des petits. Ce qui ne se voit jamais chez les mâles… Quels stéréotypes seraient ici à l’oeuvre ? Quelle usine à gaz bureaucratique faudrait-il mettre en place pour les combattre ?
Jean de Tauriers : des arguments de foi nous font préférer la messe traditionnelle
Intervention de Jean de Tauriers, président de Notre-Dame de Chrétienté, lors du colloque sur l’avenir de la messe traditionnelle :
Conclure notre colloque sur l’avenir de la messe traditionnelle ne sera pas facile étant donné la richesse des interventions, l’importance du sujet et … l’incertitude des temps. Vous me pardonnerez de ne pas vous décrire l’avenir de la messe traditionnelle sur le moyen ou long terme. Je me concentrerai sur l’avenir de la messe traditionnelle, ‘à très court terme’, pendant les mois que nous allons vivre prochainement, avec ou sans le pape François, d’ailleurs.
A court terme, très court terme, nous aurons à défendre la messe traditionnelle de toutes nos forces. Comme le pèlerin qui aime prendre des engagements après un pèlerinage, l’auditeur
attentif de notre colloque parisien de début d’automne pourrait lui aussi prendre quelques résolutions. En m’adressant essentiellement aux laïcs, je vous proposerai trois engagements qui
permettront à nos enfants, nos petits-enfants, de pouvoir se sanctifier demain grâce à la messe traditionnelle : le militantisme, la formation et l’esprit d’unité.
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Rien ne sera, en effet, possible si nous, catholiques traditionnels (acceptons ce terme pour aller vite), ne redevenons pas des militants, c’est-à-dire des catholiques engagés dans l’action.
À la veille de sa mort, en 1975, le Père Roger-Thomas Calmel donnait comme définition de la vie chrétienne « l’engagement, le combat, la béatitude » (militia, certamen, beatitudo).
L’engagement, le combat sont importants. Ce sont des termes forts, guerriers et pourtant bien adaptés à la situation. Nous l’avions peut-être oublié ces dernières années. Le Pape François nous rappelle ces derniers temps ce qu’étaient les années soixante-dix où le Concile qui ne voulait condamner personne a fait tomber toutes les condamnations sur les traditionalistes. Il se rejoue exactement la même chose aujourd’hui. La messe tridentine doit donc être défendue puisqu’elle est attaquée et cette tâche incombe aux laïcs. Rassurez-vous, je ne vous propose aucune action violente, derrière le mot de militantisme, d’engagement, j’entends que nous aurons à pétitionner, argumenter, défiler, manifester, pèleriner, discuter et négocier, insister, organiser des messes privées, savoir remercier quand il le faut, etc, etc. Notre détermination sauvera les apostolats, protègera les prêtres ainsi que les communautés traditionnelles. Nous gagnerons cette nouvelle ‘guerre liturgique’ rallumée inutilement, comme elle l’a été hier, d’abord grâce à Dieu mais aussi grâce à notre énergie militante, notre nombre et notre jeunesse.
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Ce militantisme ne suffira cependant pas si nous ne savons pas défendre intellectuellement notre attachement à la messe tridentine. Ce colloque a eu lieu pour vous donner les arguments intellectuels nécessaires. Là aussi, nous avons trop souvent laissé dire des propos lénifiants et faux : « notre préférence liturgique serait affaire de sensibilité, d’esthétisme, de conservatisme, etc » Nous l’avons entendu aujourd’hui : des arguments de foi nous font préférer la messe tridentine. L’Eglise fait aujourd’hui face à un véritable effondrement de la connaissance des vérités de la foi. Il faut oser le dire : nous vivons une crise de la transmission sans précédent. Elle est liée à la crise catéchétique sans oublier la crise magistérielle, en dépit du redressement des années Jean-Paul II et Benoît XVI. Pour cette raison, nous parlons couramment dans le monde traditionnel, et nous sommes très critiqués pour cela, de crise dans l’Eglise. Il nous est reproché de relier cette crise notamment aux expériences liturgiques du Nouvel Ordo ou à la crise catéchétique. Quelques exemples tirés de l’enquête du Monde de 2020 :
- 63% des pratiquants réguliers ne savent pas ce qu’est la Pentecôte
- 74% des pratiquants réguliers ne savent pas ce qu’est la Toussaint
- 62% ne savent pas ce qu’est le péché
Décrire le réel est indispensable si nous voulons comprendre les erreurs commises. Souvent, on veut nous faire croire que cette crise serait uniquement « sociétale » c’est-à-dire liée à mai 68 et indépendante des expériences conciliaires. Ce n’est pas notre position. Nous considèrons que la réforme liturgique, les expériences catéchétiques, les flous magistériels et pastoraux sont les explications essentielles de la situation que nous vivons aujourd’hui. J’espère, chers amis, que ce colloque vous aura donné le courage, la curiosité d’approfondir ces sujets, avec comme but la transmission avec l’art et la manière afin de toucher les cœurs et les intelligences.
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Enfin, comme nous le demandait Jean Ousset : « N’ayons pas l’esprit de boutique ». La crise actuelle avec le collapsus de l’autorité dont parlait Jean Madiran modifie le lien, la relation entre les catholiques eux-mêmes ; le petit monde traditionnel est touché comme les autres. Ne pas avoir l’esprit de boutique vaut également en-dehors du monde traditionnel. Je me ferai comprendre en prenant l’exemple du pèlerinage de Chartres. De nombreux prêtres diocésains célébrant habituellement la messe de Paul VI viennent au pèlerinage pour célébrer la messe tridentine. Je les entends souvent nous dire combien la célébration de la messe traditionnelle a modifié leur manière de célébrer la messe de Paul VI. Ne pas avoir l’esprit de boutique, c’est comprendre que ces prêtres sont nos alliés, courageux et amicaux. Ils représentent une part importante de ce qui restent des vocations diocésaines en France. Les observants, c’est-à-dire les catholiques fervents au sens de Yann Raison du Cleuziou dans son livre « Une contre-révolution catholique », sont nettement majoritaires parmi les 2% de pratiquants réguliers restant en France. Ce clergé, ces laïcs, disons conservateurs, ne comprennent rien à l’acharnement du pape François contre la messe traditionnelle. La défense de la messe traditionnelle, et son avenir, passera nécessairement par la mobilisation de tous les derniers catholiques fervents, sans esprit de boutique.
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Ayons bien conscience que nous en sommes désormais à la troisième génération de déchristianisés en France ! Les petits enfants des familles catholiques du milieu des années 60 sont devenus des « nones » c’est-à-dire des personnes se déclarant sans religion (64% des 16-29 ans se disent « sans religion »). Nous savons de foi que l’Eglise ne disparaîtra pas, que Notre Seigneur ne nous abandonne pas. Un redressement arrivera de manière certaine. Si nous sommes inquiets, nous restons confiants. Nous savons que l’Eglise nous sauvera, nous ne sauverons pas l’Eglise, même si nous voulons la défendre bien sûr. Et nous savons bien que seul le Magistère pourra corriger le Magistère défaillant. A vues humaines tout du moins, l’Eglise devra s’appuyer sur ses dernières forces, ses derniers pratiquants, son histoire, ses racines, sa grande tradition. Unir les catholiques fervents ni tièdes, ni timorés ou résignés, veut dire bien évidemment pleinement intégrer la frange traditionaliste qui doit avoir « toute sa place dans l’Eglise », comme le promettait Benoît XVI. C’est tout le sens de notre défense de la messe tridentine, un combat pour l’honneur de Dieu et pour l’Eglise.
Italie : victoire de la coalition de droite
Fratelli d’Italia est passée de 4,3 % des suffrages en 2018 à près de 26,50 %, selon les résultats partiels fournis par le ministère italien de l’intérieur.
La coalition formée par Fratelli d’Italia avec la Ligue de Matteo Salvini (9 % des voix), et le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia (8 %) recueille plus de 44 % des suffrages après le dépouillement de 90 % des circonscriptions. Cette coalition devrait s’assurer la majorité absolue des sièges aussi bien à la Chambre des députés qu’au Sénat.
La formation fondée fin 2012 par Giorgia Meloni avec des dissidents du berlusconisme devance le Parti démocrate (PD) d’Enrico Letta, qui obtient moins de 20 %. Le Mouvement 5 étoiles (M5S, ex-antisystème) récolte moins de 15 % des voix, en chute par rapport à son score historique de plus de 30 % en 2018.
Ce séisme intervient deux semaines après celui qui, en Suède, a vu la victoire d’un bloc conservateur comprenant les Démocrates de Suède (SD).
Le premier ministre hongrois Viktor Orban et son homologue polonais Mateusz Morawiecki ont adressé, dès dimanche soir, leurs « félicitations » à Giorgia Meloni. M. Orban, par la voix de son directeur politique, le député Balazs Orban, a ajouté ce message :
« Nous avons plus que jamais besoin d’amis partageant une vision et une approche communes de l’Europe ».
Giorgia Meloni « a montré la voie vers une Europe orgueilleuse et libre de nations souveraines », s’est réjoui de son côté le leader du parti espagnol Vox, Santiago Abascal.
C’est une claque pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a déclaré récemment :
Nous verrons le résultat du vote en Italie, il y a eu aussi des élections en Suède. Si les choses vont dans un sens difficile, nous avons des outils, comme dans le cas de la Pologne et de la Hongrie.
La Cour suprême condamne des centres d’avortement espagnols pour publicité mensongère
La Cour suprême confirme le jugement de l’Audience Provinciale d’Oviedo qui condamne l’ACAI, l’association patronale des centres d’avortement, pour avoir fait de la publicité mensongère en prétendant que l’avortement est une pratique sans risque.
La Haute Cour donne ainsi raison à la Fondation espagnole des juristes chrétiens, qui dénonçait l’ACAI pour avoir caché aux femmes les conséquences de l’avortement.
L’ACAI regroupe la plupart des centres accrédités pour pratiquer des avortements en Espagne.
La présidente de Juristes Chrétiens, Polonia Castellanos, annonce que
Compte tenu de la gravité de la sentence, nous enverrons le jugement à tous les départements de santé espagnols afin qu’ils résilient tout contrat avec les centres d’avortement concernés
Elle exhorte la ministre de l’égalité, Irene Montero, à “prendre position sur cet arrêt qui condamne les centres d’avortement pour avoir menti aux femmes. “
“Les subventions et l’argent public doivent être retirés à ces entreprises qui mettent en danger la vie des femmes pour faire des affaires”.
Elle se félicite que
“justice ait enfin été rendue contre une organisation qui, par appât du gain, a menti à de nombreuses femmes en les encourageant à avorter comme si elles étaient exemptes de graves séquelles“.
Mgr Aupetit sur Radio Courtoisie, à propos de l’euthanasie
Dimanche sur Radio courtoise, l’abbé Michel Viot, assisté de Mathieu, a reçu :
- Monseigneur Michel Aupetit, Archevêque émérite de Paris
- Jean-Marie Gomas, médecin, l’un des fondateurs du mouvement des soins palliatifs, médecin généraliste, gériatre, enseignant, ancien responsable d’une Unité Douleurs Chroniques et Soins Palliatifs à Paris, co-auteur de l’ouvrage “Peut-on choisir sa mort ?“
Thème : “Faut- il légaliser l’euthanasie en France ?”
Euthanasie : les associations familiales catholiques écrivent aux parlementaires du Morbihan
Les Associations familiales catholiques du Morbihan (AFC56), sous la plume de leur président Frantz Toussaint, ont écrit une lettre ouverte aux parlementaires du Morbihan au sujet du projet d’évolution législative sur la fin de vie :
Mesdames et Messieurs les Députés du Morbihan,
Madame et Messieurs les Sénateurs du Morbihan,
Les annonces par le Président de la République d’une loi sur la fin de vie, puis d’une convention citoyenne devant aborder ce sujet, et enfin la publication de l’avis controversé n° 139 par le versatile Comité Consultatif National d’Éthique (CCNE) sont des signaux convergents qui inquiètent nos familles : la majorité présidentielle toute relative souhaite ouvrir la porte à l’aide active à mourir, que ce soit sous la forme de l’euthanasie ou du suicide assisté. Nous souhaitons donc vous interpeller pour sonder vos éventuelles intentions et tenter d’évoquer brièvement avec vous quelques raisons qui nous font craindre que le législateur puisse aller, encore une fois, trop loin s’il votait une telle loi.
L’interdit de l’homicide est un principe essentiel qui fonde notre civilisation. Bien plus que de protéger des biens, l’état et la loi doivent se soucier de protéger effectivement des personnes, et en premier lieu, leur vie. Depuis toujours existent des exceptions à l’injonction anthropologique de ne pas tuer, et deux seulement nous semblent légitimes : tuer au combat pour son pays et tuer en légitime défense. Faire porter à un tiers soignant ou non la responsabilité directe ou la complicité d’un homicide, fût-il souhaité par celui qui le subit, nous semble une transgression anthropologique et morale inacceptable quand bien même la loi l’autoriserait.
Nous sommes bien conscients des problèmes de la fin de vie en France. Nous nous réjouissons de constater que l’acharnement thérapeutique ou l’obstination déraisonnable ont effectivement reculé, sans doute même disparu ou presque. Il est cependant regrettable de voir que les soins palliatifs dont le législateur a décidé en 2002, 2005 et 2016 qu’ils devaient être accessibles à tous, ne le sont toujours pas. Trop de personnes meurent aujourd’hui sans un accompagnement adéquat. Nous souscrivons entièrement aux recommandations du titre A points 1 à 14 inclus dans l’avis n°139 du CCNE qui abordent le problème des soins palliatifs. Par contre, nous sommes en complet désaccord avec les autres recommandations incluses dans cet avis, comme nous l’expliquerons plus bas.
Bien sûr, notre système de santé déjà fragile auparavant peine à se relever d’une crise sanitaire. Les efforts à consentir pour développer des soins palliatifs de qualité accessibles à tous et partout sont importants. Est-ce une raison pour abandonner toute solidarité intergénérationnelle et refuser aux personnes en fin de vie la possibilité d’apaiser leur départ ? Autant effacer directement le mot « fraternité » de notre devise et des frontons de nos édifices publics. Et si seulement les plus nantis peuvent accéder à ces soins, il faudra aussi songer à biffer le mot « égalité ».
Nul doute que vous voteriez au sein d’un large consensus tous les articles et amendements en faveur du développement des soins palliatifs. Vous ou vos prédécesseurs l’ont fait par trois fois, sans grande effectivité. Il nous semble plus judicieux de contraindre le pouvoir exécutif à appliquer les lois déjà votées et restées sans effets. Tant que le déploiement de ces soins ne sera pas réel, il est impossible d’évaluer la pertinence des choix passés, et par conséquent prématuré de se poser la question d’une éventuelle insuffisance de dispositions législatives, nonobstant le discours des partisans d’une loi homicide. Nous pensons en outre que le soutien aux familles accompagnant les personnes en fin de vie pourrait sans doute être amélioré.
Si vous autorisez dans une prochaine loi le suicide assisté et l’euthanasie, vous offrirez à l’état en détresse financière et à une médecine de technocrates qui se déshumanise déjà trop le choix entre soulager, mais c’est coûteux, et hâter la fin de vie du patient, qu’il le veuille ou non. Il s’en suivra inéluctablement une perte de confiance des patients envers leurs soignants : cette blouse blanche vient-elle pour soigner et soulager, ou pour achever la personne en fin de vie comme un animal blessé ? Les soignants tant éprouvés ont-ils besoin d’endurer ce soupçon si contraire à l’éthique de leur engagement ?
Nous n’avons en outre aucune confiance dans l’érection de barrières méthodologique pour encadrer une aide active à mourir. Elles sont juste censées rassurer ceux qui auraient des scrupules à approuver une telle transgression. Ces barrières tomberaient vite, comme celles érigées en 1975 lors de la dépénalisation de l’avortement que des législateurs voudraient maintenant constitutionnaliser. Nous observons les dérives belges en la matière.
Nous souhaitons aussi vous mettre en garde comme tous nos concitoyens sur l’abus de discours compassionnels qui risquent fort de tenter de légitimer une mort sur ordonnance que nos détracteurs présenteraient comme miséricordieuse si ce terme, dans ce contexte, n’était pas connoté. C’est ainsi que leurs discours abusent des sentiments et des émotions pour oblitérer ce qui relève de la raison et du jugement. L’homme est intrinsèquement digne, indépendamment de son état de santé.
La famille est et reste le premier lieu de solidarité effective tout au long de la vie. La crise sanitaire en a, s’il en était besoin, une nouvelle fois donné la preuve. Même en face d’une société où l’individualisme prend le pas sur le lien social, nous affirmons comme les évêques de France l’urgence d’une aide active à vivre plutôt qu’à mourir. Nous ne voulons pas d’une société où l’homme est perçu exclusivement comme un producteur-consommateur, devenu inutile dès lors qu’il n’est ni productif ni solvable.
Nous participerons à tous débats, à toute concertation où nous serons invités, afin de porter cette parole.
Nous serions heureux de vous entendre vous exprimer personnellement et publiquement sur ce sujet, en dehors de toute logique partisane, car les mandats parlementaires ne sont pas impératifs et que chaque élu vote en son âme et conscience.
Nous sollicitons un rendez-vous auprès de vous afin d’échanger et de vous présenter nos positions et nos propositions en la matière.
Soyez assuré de notre dévouement au service de la famille en France.
Respectueusement.
Frantz Toussaint, Président de la Fédération des AFC du Morbihan
Destinataires :
- Les Députés du Morbihan : Madame Anne LE HENANFF, Députée de la 1re circonscription du Morbihan, Monsieur Jimmy PAHUN, Député de la 2e circonscription du Morbihan, Madame Nicole LE PEIH, Députée de la 3e circonscription du Morbihan, Monsieur Paul MOLAC, Député de la 4e circonscription du Morbihan, Madame Lysiane METAYER, Députée de la 5e circonscription du Morbihan, Monsieur Jean-Michel JACQUES, Député de la 6e circonscription du Morbihan
- Les Sénateurs du Morbihan : Madame Muriel JOURDA, Sénateur du Morbihan, Monsieur Joël LABBE, Sénateur du Morbihan, Monsieur Jacques LE NAY, Sénateur du Morbihan
Euthanasie : tu ne tueras point
Véronique Jacquier reçoit :
- Docteur Alix de BONNIÈRES, médecin dans une unité de soins palliatifs
- Sœur Anne-Marie, Religieuse de l’ordre des Xavières
- Jacques RICOT, Agrégé et docteur en philosophie
Libye: un chrétien condamné à mort
Le 4 septembre dernier, Dhiyaa ad-Din Ahmed Muftah Bala’ou, un jeune musulman converti, a été condamné à mort pour apostasie par la cour d’appel de Misrata (Ouest de la Libye). Les chrétiens libyens en appellent à la prière.
Arrêté et détenu à plusieurs reprises
Le jeune homme, qui a accepté Jésus il y a environ quatre ans, a déjà été arrêté par des milices et détenu à plusieurs reprises ces dernières années. Les extrémistes islamiques ont essayé de le forcer à abjurer sa foi, mais il a refusé. En raison de l’absence d’État de droit et d’organismes officiels chargés de faire respecter la loi en Libye, les milices font office de police, d’agence de renseignement et d’armée.
Pas de loi contre l’apostasie, mais…
La Libye n’a pas voté de loi contre l’apostasie. Ce qui signifie que les convertis sont généralement jugés pour trahison. Toutefois, ce tribunal a fondé sa décision sur une loi promulguée par le Congrès national général, l’organe législatif élu entre 2012 et 2014. Selon cette loi, un apostat de l’islam doit être exécuté s’il ne se rétracte pas.
Le jeune converti n’a pas été représenté par un avocat au cours de la procédure judiciaire. L’information a été diffusée dans un journal local et sur une station de radio locale. On ne sait pas encore quand le verdict sera exécuté.
Pap Ndiaye, ministre de l’Education Nationale, injurie la France en Amérique
Ainsi le ministre français de l’Éducation Nationale, Pap Ndiaye, donnant une conférence à l’étranger, à l’université Howard de Washington présentée comme « historiquement noire », en a-t-il profité pour y émettre sans vergogne de stupéfiants jugements sur la société française, confirmant ainsi son imprégnation par l’idéologie totalitaire « woke ».
Alors qu’il est un haut dirigeant de l’État français, il a en effet osé proférer que
« l’État français est officiellement indifférent à la couleur de peau, et que c’est une belle idée bien sûr, mais que la réalité impose une approche plus concrète ».
Ajoutant que « les inégalités, les discriminations et différentes formes de racisme existent en France ». Plus avant, le sieur Ndiaye a osé affirmer qu’il est « difficile d’affronter de manière nuancée les questions ethno-raciales », et précisant : « Je peux attester du prix à payer quand on ose en parler » (sic).
On aurait pourtant apprécié qu’il précise ce propos. Lui qui a bâti toute sa carrière prospère d’universitaire et finalement de ministre sur l’étude des minorités racialisées dont il est un représentant, qu’il nous dise donc de quel prix réel il a eu à payer cela !
La vérité c’est que Pap Ndiaye sait pertinemment que la France n’est pas un pays raciste. Qu’en tout cas il n’y a pas plus en France de racisme anti-noir ou anti-jaune que de racisme anti-blanc, anti-chrétien, anti-français. Nous le mettons au défi de nous prouver le contraire, ne serait-ce que par une analyse des faits divers motivés par du racisme portant, par exemple, sur les deux dernières années.
Hélas, Pap Ndiaye qui doit immensément à la France qui l’a accueilli, éduqué, promu, ne tient pas à son endroit les propos de reconnaissance et de piété filiale des grands hommes politiques africains d’expression française. Il n’est évidemment pas à la hauteur d’un Léopold Sedar Senghor ou d’un Houphouet Boigny.
Mais, concédons-lui qu’il n’est pas le seul fautif pour ses indécents propos de racialiste obsédé. Le coupable est monsieur Macron qui ne choisit pas ses ministres pour qu’ils fassent au moins preuve d’un élémentaire patriotisme.
Quelle messe veut le pape François ?
Quelle est l’image de la messe donnée par la lettre apostolique Desiderio desideravi ? Quelles en sont les conséquences ? Quelle messe veut le pape François ?
Le Club des Hommes en noir composé des abbés de Tanouärn et Célier, ainsi que de Jeanne Smits et Jean-Pierre Maugendre, sous la direction de Philippe Maxence, décryptent la Lette apostolique du Pape dans ce deuxième épisode de la saison 2022-2023.
Propagande “woke” dans les établissements catholiques de Gironde
La polémique monte dans les familles catholiques de plusieurs établissements privés de Gironde. De nombreux parents d’élèves sont vent debout contre des « attaques directes à l’intégrité morale de leurs enfants ». L’affaire est désormais sur les réseaux sociaux, depuis qu’un journaliste de « Valeurs Actuelles » a publié les documents en question sur son compte Twitter.
Il y a tout d’abord l’école primaire Saint-Gabriel (68 Rue Mondenard), dont une des maitresses utilise l’écriture inclusive, avec l’utilisation du pronom personnel «iel», contraction de «il» et «elle».

Le collège de l’Assomption-Sainte Clotilde (9 Rue de Bel Orme) est également mis en cause. La lecture d’un roman de l’écrivain japonais Haruki Murakami (Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil) a suscité l’indignation de plusieurs familles de cet établissement catholique. Dans cet ouvrage, qu’ils considèrent comme faisant « la promotion de la pornographie », des élèves de treize ans ont une explication détaillée d’une fellation. Suite à la mobilisation de plusieurs parents, le livre été retiré de liste des ouvrages conseillés.
Enfin le lycée Bel Orme (67 Rue de Bel Orme), comme de nombreux autres établissements catholiques, connait une forte propagande du lobby LGBT, comme l’a confié un parent d’élève furieux que son enfant soit soumis à un discours « totalement contraire au catéchisme catholique, à son enseignement et ses valeurs ».
L’enseignement catholique, dont le but est « de promouvoir une éducation intégrale de la personne fondée sur une vision chrétienne de l’Homme », n’a pas encore réagi.
La messe traditionnelle a un très bel avenir
Environ 600 personnes ont participé samedi au colloque sur l’avenir de la messe traditionnelle à Paris, organisé par Renaissance catholique.
Voici l’intervention du chanoine Denis, prêtre de l’Institut du Christ-Roi :

La Messe traditionnelle nourriture de nos âmes
Bien chers amis,
Vous tous qui êtes ici présents, habitués ou non à la liturgie ancienne,
Vous qui avez fait le déplacement dans cette Maison de la chimie en curieux, en badaud ou en simple baptisé soucieux du sort réservé à la Messe traditionnelle,
Vous, enfin, qui regardez ou regarderez cette conférence sur les réseaux sociaux,
je vous salue, tous et chacun, chaleureusement.
Bravo à vous d’avoir sacrifié une grasse matinée et bloqué votre samedi pour venir ici !
Que le Christ qui est Fils de Dieu,
Roi des Nations, Sauveur des hommes et Prêtre Souverain,
Vous bénisse et vous garde.
Les organisateurs de cette journée m’ont donc convié à ouvrir ce colloque qui pose une grave question : « Quel avenir pour la Messe traditionnelle ? » Oui, il s’agit d’une question d’importance parce qu’elle dépasse de loin les prêtres qui la célèbrent et les fidèles qui y assistent. Je tiens à remercier les associationsRenaissance Catholique, Notre-Dame de Chrétienté, Oremus, Lex orandi et Una Voce pour leur confiance et prie le Ciel de répondre à leurs attentes.
« La Messe de Saint Pie V, nourriture de nos âmes », voilà le thème sur lequel, mes chers amis, j’ai donc été invité à m’exprimer devant vous, durant cette demi-heure qui vient.
UN GRAND HONNEUR ET UN GRAND BONHEUR
Disons-le sans fard, c’est pour moi un grand honneur et un grand bonheur d’évoquer cette réalité si profonde : le Saint Sacrifice de la Messe, tout à la fois « source et sommet de la vie chrétienne » (expression du Concile Vatican II, Lumen Gentium, n°11). Ces fameux « Saints Mystères » qui viennent rassasier nos âmes, les consoler parfois, les ragaillardir souvent.
Oui c’est un grand honneur de dire publiquement mon amour de la Messe tridentine (L’évangile dirait de le « crier sur les toits »). Car, s’il m’est possible de vivre de la Messe traditionnelle aujourd’hui, de témoigner de sa réalité sur les âmes depuis 10 ans que je la célèbre, c’est parce que l’Eglise m’a donné la joie de puiser à de tels trésors. Qu’elles sont douces en effet ces paroles que le pape Benoît XVI a gravées dans le marbre de nos convictions intimes :
« Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste ».
En bénéficiant d’une formation traditionnelle, une formation intégrale – humaine, théologique et spirituelle – au cours de mon séminaire, j’ai pu faire l’expérience des correspondances merveilleuses entre le culte sacré et le quotidien profane à sublimer, entre l’office divin et le service du prochain, entre la sérénité de la Messe et le calme à conserver face au tumulte du monde.
Mais le grand honneur que j’ai à vous parler ne se limite pas à la seule considération des trésors que l’Eglise nous donne. Il se fonde aussi sur cette génération de pasteurs qui se sont attachés à les conserver et à les défendre, ces trésors. A l’occasion des grands bouleversements qui ont suivi le concile Vatican II, vous le savez, des ministres du Christ ont eu à cœur de venir au chevet des fidèles déboussolés et exposés au désarroi.
Si le fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, l’ancien archevêque de Dakar et Supérieur des Spiritains, Mgr Marcel Lefebvre, véritable évêque dans la tempête, reste la figure la plus emblématique de la défense et de la transmission de la Messe traditionnelle – beaucoup de ses intuitions furent justes et nombre de ses mises en garde devinrent prophétiques ; pour le reste « Qui suis-je pour juger ? » – je ne voudrais pas manquer d’évoquer aussi tous ces prêtres humbles, fidèles, discrets, courageux qui malgré les oukases, les intimidations et les mises au banc, ont continué de célébrer les Saint Mystères dans le rite de Saint Pie V, rite jamais abrogé. Ces prêtres ont souffert. Ils étaient « Ces prêtres qui souffrent» dont l’écrivain Michel de Saint-Pierre a traduit les maux avec tant de finesse, de verve et d’émotion. Après les sacrifices de ces prêtres, grâce à leurs sacrifices, me voici devant vous ce matin. C’est un honneur et je tenais à leur rendre hommage.
A ce grand honneur se conjugue en outre un grand bonheur. Le grand bonheur, comme l’a d’ailleurs si joliment titré Nicolas Diat en décrivant la vie bénédictine à l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault, dont le cœur palpite au rythme de l’antique liturgie.
Bien sûr qu’il s’agit d’un grand bonheur que de vous parler de la Messe traditionnelle. Eh quoi donc ! Imaginez chers amis, oui imaginez Cyrano parlant de sa Roxane, Le Nôtre de ses jardins, Chateaubriand de sa Bretagne, Bernadette de sa grotte, Dom Gajard du chant grégorien, Saint Pie X de l’Eucharistie… Alors, évidemment, et sans emphase, quel bonheur pour un prêtre d’évoquer la Messe au cours de laquelle il sait que Dieu se donne aux âmes tandis que les âmes ont la possibilité de se donner à Dieu. Ce n’est pas rien, tout de même.
Durant mes années de séminaire, et a fortiori depuis que je suis prêtre, j’ai eu le grand bonheur de passer et repasser le cycle liturgique. J’ai gouté à la simplicité des messes basses et me suis émerveillé devant la majesté des cérémonies pontificales. J’ai savouré les grandes antiennes durant l’Avent et ressenti l’étau qui se resserre sur le Christ au cours des derniers jours du Carême. J’ai respiré des nuages d’encens les jours de fête et médité sur les fins dernières devant des catafalques, en velours noir et aux galons argentés. J’ai assisté au dépouillement des autels le soir du Jeudi Saint et jubilé au concert des carillons pendant le Gloria de la Vigile Pascale. J’ai frémi devant la gravité du chant de la Passion et j’ai tremblé la première fois que j’ai ouvert un tabernacle. J’ai béni le Ciel lors de l’ordinations de mes confrères et, je l’avoue publiquement ce matin, j’ai parfois piqué du nez à l’office des Ténèbres…
DES RAISONS SUBJECTIVES AUX RAISONS OBJECTIVES
Mais en quoi donc la Messe traditionnelle vient-elle nourrir nos âmes ? Ma description, trop succincte et trop personnelle, se cantonne aux accidents des cérémonies, et non à leur cœur même.
Bien sûr en affaire de sentiments, il y aura toujours une part de subjectivité. Les raisons subjectives qui font que la Messe traditionnelle plaît à tel ou tel n’en ont pas moins leur intérêt propre. Des fidèles vont apprécier la musique sacrée ou les pièces d’orgue constituant le répertoire habituel de l’ancienne liturgie. La beauté des ornements, la place réservée au silence, la précision doctrinale ou l’ordonnancement des cérémonies vont convenir à certains. D’autres, encore, seront rassurés par la jeunesse des assemblées, la vitalité qu’elles dégagent, la ferveur qu’elles diffusent, l’élan missionnaire qu’elles insufflent. Dieu se servant de tout pour attirer les âmes à lui, il ne saurait être question de balayer ces raisons subjectives du revers de la main. Elles constituent, au final, autant d’hameçons pour parvenir à des raisons objectives. Car la Messe n’est pas seulement une affaire d’amour, une affaire de cœur ; elle est, avant tout et par-dessus tout, une affaire de foi.
Comme la nourriture terrestre, la nourriture spirituelle est destinée à pourvoir à des besoins (donner l’énergie à notre corps, offrir des grâces à notre âme). Toutes les mères le savent : alimenter ses enfants ne se résume pas à leur distribuer des ressources énergétiques d’une façon pointilleuse et, pour tout dire, froide et impersonnelle. Elles nourrissent certes leur progéniture, mais elles éduquent aussi le goût de leurs petits. De la même manière, l’Eglise, dans sa Tradition liturgique et à la suite du Christ, s’applique à nourrir les âmes : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui ». Mais elle sait aussi que cette manducation mystérieuse nécessite une certaine éducation des papilles gustatives de l’âme : « Beaucoup de ses disciples, l’ayant entendu, dirent : “cette parole est dure, et qui peut l’écouter ? ” ».
Accéder à un milieu supérieur, ou seulement étranger au sien, réclame en effet d’y entrer en montant, en s’élevant. Passer du terrestre au sacré, de l’usuel à l’intime exige un effort, une initiation. On s’imagine trop, aujourd’hui, pouvoir entrer partout de plain-pied. Ceux qui découvrent ou fréquentent la Messe traditionnelle, par le fait même qu’ils passent de façon franche d’un monde profane à un monde divin, doivent suppléer par leur puissance d’amour et d’adaptation, au déséquilibre créé par ce changement de milieu. Gustave Thibon, au sujet justement des différences de milieu dans le mariage, illustre très bien ce propos, avec le sens de la formule qu’on lui connaît :
« Un prince ne peut épouser avec fruit une bergère, nous dit-il, que si cette bergère possède une âme de princesse ».
De même, on ne peut épouser la pensée de Dieu et digérer sa nourriture sans avoir auparavant retrouvé une âme d’enfant. Saint-Exupéry ne dit pas autre chose au début du Petit Prince :
« Quand le mystère se fait trop impressionnant, il n’y a qu’une chose à faire, c’est de lui obéir ».
Obéir au mystère plutôt que de s’évertuer à l’adapter à nos concepts. S’agenouiller devant l’Eternel plutôt que de le bricoler à notre mesure. Tenir la main de Dieu comme un enfant plutôt que de mener sa barque à sa guise.
Aussi, avant de préciser les différentes raisons pour lesquelles la Messe traditionnelle nourrit nos âmes, je voudrais au préalable présenter le langage employé par la liturgie antique pour nous nourrir. La manière avec laquelle elle s’y prend pour s’adresser à Dieu certes, mais aussi nous le faire rencontrer.
LE LANGAGE DE LA LITURGIE TRADITIONNELLE
Sans doute les flèches de la cathédrale de Chartres chantées par Péguy ne sont-elles pas nécessaires pour percevoir que l’Eglise de la terre nous indique la direction du Ciel. De même, il n’est probablement pas indispensable d’avoir entendu une fois dans sa vie le Miserere d’Allegri pour exprimer la contrition de ses fautes et en implorer le pardon. Il est cependant dans la nature même de la connaissance humaine, et de son expression, de s’élever à l’inconnaissable et à l’ineffable par le langage des sens. Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu. / Rien n’est dans l’intelligence qui ne soit d’abord passé par les sens. Faire descendre dans le cœur des hommes un peu d’éternité et leur offrir, par ce goût d’infini, de quoi se hisser vers les choses d’en-haut n’est pas l’affaire de formules de cuisine ou de locutions profanes. Cela réclame un langage particulier. Une manière de s’exprimer qui vient du Ciel. Non un langage d’initiés mais un langage qui permette de tisser des liens entre le monde d’ici-bas et celui d’en-haut, un langage qui fédère dans un élan commun l’église militante de la terre, l’église souffrante du purgatoire et l’église triomphante du Ciel. C’est à ce prix que s’établissent sur notre terre les colloques de grâces et les déluges de bienfaits ; Confucius le déclarait déjà avec bon sens :
« Sans langage commun, il n’est d’affaires conclues ».
C’est ce langage entre les morts et les vivants, qui relie le plancher des vaches avec les balcons des anges, qui a contribué, siècle après siècle, à la composition de la liturgie traditionnelle. Une liturgie éprouvée par le réel, la succession des temps et la condition humaine. Un langage mystique et éternel qui fait peu de cas des modes éphémères et des considérations passagères. C’est ce qu’illustraient fort bien les propos du cardinal Ottaviani au sujet du rite de la messe qui
« ne doit pas être traité comme s’il s’agissait d’un morceau de tissu à retravailler selon le caprice de chaque génération ».
La Messe traditionnelle représente à cet égard probablement la plus antimoderne des pétitions. Son langage, façonné par l’Esprit-Saint, n’a rien de mondain. Elle n’est pas une Messe sur le monde mais une Messe qui s’enracine dans un autre monde : le monde du cœur très humain et très divin de Notre Seigneur Jésus- Christ. Elle est un culte adressé à la gloire de Dieu dont l’effet de sa pure bonté permet qu’il rejaillisse sur les âmes et profite à leur salut. La liturgie catholique, latine et grégorienne, s’est ainsi polie par les coutumes séculaires des sacristies, des chapitres cathédrales et des monastères. Elle s’est enrichie des inspirations géniales des architectes, des peintres, des sculpteurs comme des compositeurs. Adapté tant à la transcendance du message qu’à la pesanteur de ses destinataires, le langage liturgique de la Messe traditionnelle, de prime abord mystérieux, fait de beauté, de poésie, de mélodies anciennes aussi, de parfums et de couleurs, de dorures comme de statues naïves, d’humbles chapelles ou de campaniles audacieux, de rites, de cycles et de processions, – de tout ce qu’il est convenu de nommer « le sacré » –, ce langage traditionnel s’attache à manifester un Dieu trinitaire distribuant ses grâces et faisant descendre les bienfaits divins sur la terre des hommes. Tout le reste est affaire de médiation dissonante et de dyslexie pastorale. Enlevez le mystère et vous trouverez l’ennui grisant du profane. Seule une hymne grégorienne peut se targuer d’offrir ce cadre incomparable dans lequel musique, poésie et prière se mêlent et s’épousent sans se faire de l’ombre l’une l’autre. La Messe traditionnelle et son langage, à la fois dépaysants et incarnés, nous rappellent avec mérite notre filiation, notre identité et notre destinée d’enfants de Dieu, marqués du sceau du saint baptême et en route vers le Ciel.
La beauté des choses, dit Michel De Jaeghere en parlant de Stendhal dans son Automne romain, a besoin de temps et de détours pour s’offrir en plénitude. Le déploiement liturgique de la Messe traditionnelle, empreint de lenteur et de manifestations grandioses, relève de ce même dévoilement progressif mais pour une oblation plus sublime encore : Dieu s’abaissant jusqu’à nous. Les vérités qui se dégagent des gestes de révérences et des marques de respect se désenveloppent au fur et à mesure que la cérémonie se déroule, comme pour habituer notre regard à la lumière qu’elles libèrent. Hélas, en guise d’éclats, notre monde postchrétien souverainement – et atrocement – areligieux, baigne dans une mentalité techniciste et habité largement par le souci de rentabilité. Il propose trop souvent aux hommes un univers sans fleur, sans silence et sans poème ; autant dire un sol sans eau. Or si la beauté des choses a besoin de temps et de détours, la préférence de l’utile et de l’efficacité dominant la pensée contemporaine empêchent passablement de prendre chacun d’eux, du temps et des détours. Il fut un temps pourtant où tout était liturgique et débordait sur toutes choses en les sacralisant et les ramenait au lit des sacrements. Huysmans l’exprime à merveille dans La cathédrale :
« Le paysan savait donc que sa charrue était l’image de la croix, que les sillons qu’elle traçait étaient les cœurs labourés des saints ; il n’ignorait pas que les gerbes étaient les fruits de la contrition ; la farine, la multitude des fidèles ; la grange, le royaume des cieux ; et il en était de même pour bien des métiers ; bref, cette méthode des analogies fut pour chacun une constante invite à se mieux observer et à mieux prier. »
La civilisation occidentale vivait alors au rythme des cloches de l’église du village, du carillon des beffrois et même du subtil tintement de la cloche du foyer sonnant l’heure méritée du repas. L’osmose entre les règles du quotidien et les rubriques du culte dominical se déclinait en de multiples liturgies qui s’inspiraient des cérémonies sacrées. C’est ainsi que la vie du sanctuaire se prolongeait dans les cérémonies militaires, familiales ou royales, qui se soutenaient merveilleusement les unes les autres parce qu’elles parlaient le même langage sacré. Peu à peu les cérémonies militaires ont disparu de notre quotidien national quand elles n’ont pas laissé place à des scénographies mémorielles où le manque de goût le dispute au ridicule lui-même. La cellule familiale, dynamitée depuis mai 68, s’est fragmentée en de multiples possibilités. Quant au roi, cela fait bien longtemps que sa tête est tombée place de la Révolution. Le constat est amer. Les villages témoignent de la paganisation des masses. Quels habitants savent ce que signifie la sonnerie de l’Angelus ? La question tragique de savoir si les cloches sonneront encore demain apparaît légitime.
La plus élémentaire des observations atteste que les seules grandes liturgies qui se maintiennent, malgré la profanation englobante de la société, sont les cérémonies sportives sur lesquelles se greffent droits d’image et intérêts financiers. Terrible aveu du dévoiement du langage sacré dont le propos relevait justement de l’immatériel et du spirituel. Ainsi, par exemple, les ouvertures de matchs de la ligue des champions (qui voit s’affronter les plus grands clubs de football européens), ont droit à un ordonnancement aussi précis que soigné : entrée alignée des joueurs précédée du corps arbitral, saisie du ballon disposé sur un piédestal, station d’avant-match des équipes adverses sur une rangée de part et d’autre de la ligne médiane, accompagnement d’effets pyrotechniques, le tout sublimé par l’hymne de la ligue des champions résonnant dans tout le stade. Cet hymne n’est autre que la reprise de Zadok the priest de Haendel, hymne qu’il composa pour le sacre du roi Georges II en 1727, et repris depuis à chaque couronnement de la cour d’Angleterre au moment de l’onction du nouveau souverain (nous y aurons droit bientôt). Singerie footballistique de liturgie qui déploie tout un décorum pour aiguiser les frissons (et ça marche, j’en témoigne) et fournir un surcroît de solennité, mais sans pouvoir envisager aucunement de nourrir les cœurs et offrir un supplément d’âme.
Pour retrouver donc la joyeuse fruition du culte chrétien, il est nécessaire de se libérer des soubresauts du monde, de se purifier de ses scories, de se dépouiller de ses manières et de s’affranchir de sa médiocrité. Il est juste d’affirmer qu’entrer dans une église réclame davantage d’efforts qu’autrefois. Le langage du Ciel bouleverse les repères de notre siècle. Alors que le sens du sacré imbibait les mœurs anciennes, il devient impératif aujourd’hui de se dévêtir sur le parvis des oripeaux du profane, de l’immédiateté, du bruit, du zapping pour être en mesure de se plonger dans un langage obscur dont la grammaire est faite de recueillements et la syntaxe de silences. Fort heureusement comme le fait si bien dire Jean Anouilh à Jeanne dans son Alouette :
« Dieu ne demande pas des choses extraordinaires aux hommes. Seulement d’avoir confiance en cette petite part d’eux-mêmes, qui est Lui. Seulement qu’ils prennent un peu de hauteur. »
Retrouver le sens du sacré réclame à cet égard seulement un peu d’escalade spirituelle. Une fois lancés dans l’ascension intérieure, la grâce de Dieu aidant, nous aurons vite fait de parler le langage des voûtes, des stalles et des cloîtres. A nous d’avoir le désir des sommets.
Selon le théologien luthérien Rudolf Otto, la notion de « sacré » renvoie à celle de mysterium tremendum et fascinans – mystère redoutable et fascinant – balayant par-là la tendance moderne qui consiste à faire du Dieu auquel on s’adresse un interlocuteur à notre mesure. On pourra aussi penser aisément au Rex tremendae majestatis / du Roi redoutable en majesté, évoqué dans la séquence du Dies irae et auquel il ne viendrait à l’idée de personne de glisser une tape cordiale et virile dans le dos… A l’image de Louis de Funès, dans La grande vadrouille, rappelant à Bourvil, d’un geste frontalier, et peu amène, leur différence notoire :
« Ecoutez mon cher, dites-vous bien que nous ne sommes pas du même monde. Alors entre nous, il existera toujours ÇA. Voilà ! »,
nous pouvons affirmer avec bien davantage de certitudes (mais moins d’animosité cependant) qu’il existe entre Dieu et les hommes une différence plus profonde encore. On pourrait l’appeler un gouffre infini.
Il se trouve pourtant un paradoxe apparent : comment Dieu qui est par nature l’incompréhensible – qui ne peut pas être appréhendé en lui-même – peut-il être en même temps l’Emmanuel, c’est-à-dire ce « Dieu avec nous » ? Comment Dieu a-t-il pu non seulement se communiquer à nous par la Révélation mais encore nous devenir solidaire par son Verbe qui se fait chair, jusqu’à se faire l’un des nôtres ? Le mystère de l’Incarnation nous fait précisément comprendre que l’accès au bonheur du Ciel, qui consiste à unir notre âme à Celui qui la dépasse infiniment, est chose possible. Comme la divinité s’est unie à notre humanité en la personne de Jésus, notre humanité lavée dans le sang du Christ est en mesure d’être transfigurée. Aussi, s’il appartient à Dieu de descendre vers nous pour nous saisir, il nous appartient de recourir au sacré pour nous élever à Lui. Ce serait se méprendre que de prétendre parler au Ciel à l’aide d’un langage qui se voudrait avant tout « proche des gens » alors qu’il s’agit de s’approcher de Dieu et de cheminer vers l’autre monde. La perte du sacré finit toujours par désintéresser les hommes de la seule grande question qui vaille pourtant : la quête du Ciel. Saint-Exupéry dirait : « Avoir des inquiétudes spirituelles ».
En réalité, une liturgie bien comprise et bien vécue se propose d’établir une véritable proximité entre la tortuosité des hommes et la sainteté de Dieu. Par toutes ses expressions, elle manifeste Dieu et fait accéder en vérité l’âme à Sa sainte présence. Le langage du Ciel n’en passe pas moins par le sentiment d’un éloignement absolu. Le sacré, c’est justement ce qui nous pénètre et ce qui nous dépasse, quelque chose que le respect nous interdit de toucher et qui pourtant nous saisit tout entier. La Messe traditionnelle laisse ainsi s’exprimer le mystère, mais tout en l’enveloppant et en le cachant par des voiles de respect, de formes, de rites.
Retrouver et manifester le sens du sacré en fin de compte, c’est cacher pour mieux révéler. Il fallait oser.
POURQUOI LA MESSE TRADITIONNELLE NOURRIT NOS AMES.
Forte de ce beau langage, de cette façon d’exprimer le mystère, la Messe traditionnelle vient nourrir nos âmes avec une délicatesse et une prévenance dont seules peuvent se prévaloir les réalités nobles. Celles qui ont été éprouvées par le temps, l’expérience et la vertu.
Au-delà de la vérité, notoire et essentielle, que la Messe constitue le don du Corps, du Sang, de l’Âme et de la divinité du Christ (aliment substantiel des âmes et non plus seulement métaphorique et spirituel), au-delà de l’éclat de ce Saint Sacrifice, sa beauté, son rayonnement et son cortège de grâces et d’illuminations, si je devais résumer les raisons qui me poussent à dire que la Messe tridentine nourrit nos âmes, j’en choisirai trois. Comme tout choix, il est arbitraire. Je m’en excuse par avance.
1) La Messe traditionnelle nourrit nos âmes parce qu’elle manifeste clairement, avec un savoir-faire sans pareil, qu’elle est un sacrifice et non un récit.
2) La Messe traditionnelle nourrit nos âmes parce qu’elle nous oblige. En faisant éclater distinctement devant nos pauvres yeux humains la majesté divine, elle maintient dans notre âme le sens des proportions.
3) La Messe traditionnelle enfin nourrit nos âmes parce qu’elle nous donne le goût de la mission. Elle est une invitation explicite à l’action.
Un sacrifice et non un récit.
Dans la continuité de la liturgie sacrificielle du Temple, la Messe traditionnelle actualise les bienfaits du sacrifice, indépassable et unique, de la Croix. Elle le renouvelle de façon non sanglante. Maman Marguerite connaissait ce catéchisme élémentaire de la Messe pour avertir Jean Bosco, la veille de son ordination :
« Souviens-toi mon fils, que monter à l’autel, c’est monter au calvaire ».
La Messe ne saurait être le simple récit, qu’il s’agisse de celui du Cénacle ou du Golgotha. Comme le remarque l’abbé de Tanoüarn dans ses Méditations sur la Messe (dont je recommande vivement la lecture) :
« S’il s’était agi d’un simple récit, il aurait suffi de le répéter chez soi, de l’apprendre aux enfants. Pas besoin de liturgie ! Pas besoin de messe ni d’église pour servir d’écrin à ce qui n’est plus une perle… »
Au contraire, en instituant l’Eucharistie, le Christ propose à l’Eglise naissante une manière sublime de rendre présents les contenus du Mystère de sa Passion et sa Résurrection, mais en les montrant sous une autre forme, indéfiniment répétable (c’est le sens même du rite, qui est forcément tradition) pour les soustraire à toute déformation pouvant naître d’interprétations subjectives du récit20. C’est ainsi que le « Je suis avec vous pour toujours » devient possible et que la Tradition liturgique préserve, conditionne et garantit cette présence du Christ parmi nous.
Par la réactualisation du sacrifice du Christ sur la croix, nous ne faisons pas mémoire, au sens commun du terme, d’un événement passé. Comme nous ferions mémoire de la bataille de Bouvines ou de Charles Martel à Poitiers. Il n’y a spirituellement de vraie mémoire que la mémoire du présent : l’intensité d’une action qui, par son renouvellement continuel, échappe au temps. Voilà pourquoi la Messe latine et grégorienne ravit tant de fidèles, d’hier et d’aujourd’hui. Par sa capacité à se situer au-dessus du temps, elle est, indiscutablement, en mesure de saisir des générations demain. Et de les aider à configurer leur vie à la vie sacrificielle du Christ.
Un rite qui nous oblige et nous donne le sens des proportions.
Il suffit de réécouter Brassens chantant Tempête dans un bénitier pour prendre la mesure de la verticalité de l’ancienne liturgie. Il me semble que nous peinons à réaliser la réelle impression qu’elle laissait sur les esprits, y compris les moins perméables à ses enseignements. Oui, la Messe traditionnelle nous nourrit parce qu’elle nous impressionne. Elle nous fait croître parce qu’elle nous met à genoux. Du chœur bordé par sa table de communion au sanctuaire que surplombe l’autel avec ses gradins, son retable, ses reliquaires, ses vases garnis de fleurs, tout cet ordre invite au respect, à la discipline, et au silence. Les enfants de chœur eux-mêmes ne s’y trompent pas. Ils pressentent du plus profond de leur petite intelligence qu’on ne s’amuse pas dans des stalles comme sur le canapé du salon familial. « Terribilis locus iste », assurément ce lieu est redoutable comme l’indique l’introït de la plus belle messe qui soit : celle de la dédicace d’une église. La Messe traditionnelle nous nourrit parce qu’elle use de mille ressorts pour indiquer à tous, du célébrant au bedeau que quelque chose de grave et d’immense se déroule. La Messe traditionnelle oblige celui qui y assiste, elle l’oblige et, par-là même, le rend libre. Notre société postchrétienne, sevrée du sacré, tente de se divertir comme elle peut. Mais à trop divaguer, elle finit par enchaîner les esprits ou dévorer ses propres enfants. Or,
« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
La liturgie ancienne oblige et rend libre, parce que la vraie liberté n’est pas une autonomie, mais un consentement à l’être, une acceptation reconnaissante de l’héritage pour le faire fructifier. La Messe traditionnelle n’ignore pas que l’homme ne peut s’épanouir sans admirer, sans remercier, sans vénérer. Les anciens païens, eux, avaient un mot pour désigner cela, qu’il s’agisse de la dulia des Grecs ou de la pietas des Latins. Le Christ a assumé et éclairé cette noble disposition en la hiérarchisant dans l’échelle des vertus de vénération. La piété chrétienne commence par la piété filiale pour finir, pour s’épanouir, dans la piété eucharistique. La première fait reconnaître à chacun qu’il est un débiteur insolvable à l’endroit de ses parents, de son pays ou de sa culture. Mais la deuxième nous dit qu’il y a plus sublime que la vénération de ces réalités naturelles. C’est la latreia des grecs et l’adoratio des Latins. La piété eucharistique presse l’âme à adorer la présence réelle du Seigneur et le pousse à construire des cathédrales et des ostensoirs d’or pour celui qui s’est fait chair dans une petite hostie de pain.
La Messe traditionnelle nourrit aussi nos âmes parce qu’elle nous donne le sens des proportions. Elle nous redit que pour vivre la charité, ce n’est pas d’amour dont Dieu et notre prochain ont besoin, mais de preuves d’amour, « Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui seront sauvés, mais ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les Cieux ». La lenteur de la procession d’entrée, le confiteor du prêtre puis des fidèles, la grande prière de l’offertoire, l’Orate fratres avec le tour complet effectué par le célébrant semblant signifier à l’assistance
« Maintenant, j’y vais, je me lance, c’est mon affaire de Ministre du Christ, soutenez-moi par vos prières chers fidèles, je vais avoir besoin de votre soutien pour relever la grande aventure spirituelle de la descente de Dieu sur l’autel par mes pauvres mains ! »,
le silence du Canon, la sobriété du Pater, la manière de recevoir la communion, la façon de faire action de grâce, les agenouillements, les signes de croix, le recueillement : tout pousse l’âme, dans la Messe traditionnelle, à saisir que Dieu est Dieu, que le prêtre est un médiateur et qu’à chacun, malgré sa misère et son indigence, est offerte l’incroyable possibilité de modeler sa vie sur celle du Christ. Comment devant une telle forêt de symboles ne pas réaliser, un peu, dans son âme, la souveraine et immense bonté de Dieu ?
Le goût de la mission.
Le dernier point sur lequel je voudrais m’arrêter, au sujet de cette Messe traditionnelle qui nourrit nos âmes, est un point majeur. Il explique en grande partie notre présence ici et la raison d’être de ce colloque. La liturgie ancienne est un trésor mais il n’est pas notre trésor. Au catholique bien élevé, ses maîtres se sont efforcés de lui inculquer non pas le penchant à l’égoïsme mais plutôt le goût de l’héroïsme. Ce goût qui fait sortir de soi-même et décuple l’ambition de la diffusion. Si la Messe traditionnelle est un trésor, un coffre ouvert dans lequel il est possible de puiser sans jamais l’épuiser, alors il n’est pas envisageable de ne pas vouloir partager ses richesses autour de soi et à qui veut l’entendre. Comment pourrions-nous ne pas témoigner de la liturgie antique quand nous observons ses bienfaits sur les âmes ? Il faudrait nous taire, nous cacher, nous excuser ?
Oui, la Messe traditionnelle nourrit nos âmes et nous donne le goût de la mission. Elle est une invitation explicite à l’action. Le commentaire original de l’Ite Missa est par l’abbé de Tanoüarn est à cet égard éloquent24. Bien sûr l’Ite Missa est est un envoi qui invite les fidèles à prendre congé de la messe à laquelle ils viennent d’assister, « Allez, la messe est dite ! ». Dans les années 50, la traduction-interprétation affirmait même : « Allez, c’est l’envoi ». Mais la formule sonne de manière énigmatique. Littéralement, l’Ite Missa est pourrait se traduire : « Allez, la Messe est ! ». Le verbe utilisé est le verbe être, au présent, suggérant que la messe n’est pas d’abord un dire. La Messe « est ». Tout comme Dieu est « Celui qui est ». Elle est un agir, une réalité qui se poursuit dans le présent. Elle nous rappelle en fin de compte la loi fondamentale du catholicisme. Le Messe « est ». Elle est « Celui qui est ». « Celui qui est » est charité. Deus caritas est.
Cet envoi rappelle à chacune des personnes présentes à la Messe que sa vocation est de devenir charité. Notre Seigneur, par la Messe, souhaite accroître dans le cœur du baptisé l’amour dont il le sait trop pauvre. Pour cela, il lui communique non pas un simple amour naturel, mais un amour surnaturel qui porte le joli nom de charité. La Messe traditionnelle exprime d’une façon admirable cette nécessité de communiquer et apporter le Salut autour de nous. Sa nourriture, en quelque sorte, déborde de notre âme. Comme une table garnie, comme l’abondance d’un festin, nous voulons courir les rues pour dire à tous et à chacun de rejoindre la nef.
CONCLUSION
Mes chers amis, en juillet 2007, dans le sillage du Motu Proprio Summorum Pontificum, combien de fidèles attachés au rite antique ont senti monter dans leur cœur, comme un cri d’espoir qu’on pourrait formuler ainsi : « Messe outragée, messe brisée, messe martyrisée mais messe libérée ».
Depuis, spécialement au cours de ces derniers mois, le contexte a changé, c’est peu de le dire. Le missel de Saint Pie V continue cependant de nourrir des âmes et de faire la joie de nombreux prêtres et fidèles.
Assurément, la Messe traditionnelle nous fortifie et nous transporte. Et nous n’aurions pas le désir de l’expliquer, de la diffuser et, au besoin, de la défendre ? A dire vrai, si la situation actuelle nous désole, elle ne nous accable pas pour autant. On ne se laisse pas voler sa joie lorsqu’on la fait résider dans la fidélité à ce que l’on a reçu. Et quelle joie chers amis de vivre de ce trésor qui rend Dieu présent parmi nous !
En dépit des incompréhensions, des suspicions, voire des caricatures dont le monde traditionnel peut être l’objet, il appartient de rester digne.
Et puis, pour clôturer cet exposé, j’ajouterai même, en gardant le sourire, qu’à parcourir les évangiles, à lire les paroles du Christ, à le suivre dans ses courses apostoliques, à le voir si tendre, si affectueux avec les pauvres, les affligés, avec ceux qui souffrent l’injustice, un sentiment réconfortant me gagne lorsque je ferme le saint livre. Le sentiment, mes amis, d’être du bon côté.
Et cela, Grand Dieu : que c’est nourrissant aussi ! Je vous remercie.
Voici la table-ronde sur la situation de la messe dans les diocèses (Grenoble, Le Mans, Tours, Bordeaux, Versailles, Paris etc.) animée par Philippe Darantière (association Lex Orandi) :
Terres de Mission : Le pape François au Kazakhstan pour un congrès des religions
Eglise universelle : Le pape en visite au Kazakhstan
Du 13 au 15 septembre, le pape François a effectué une visite au Kazakhstan à l’occasion du Vème Congrès des dirigeants des religions mondiales et traditionnelles. Jeanne Smits analyse cet événement, dans la continuité du rassemblement inter-religieux d’Assise en 1986.
Eglise en France : A propos du célibat sacerdotal
La chaîne Arte vient de diffuser, sous le titre “Célibat des prêtres – Le calvaire de l’Eglise”, un dossier à charge contre le célibat sacerdotal. Monsieur l’abbé Grégoire Celier rappelle les graves raisons théologiques du célibat sacerdotal et répond aux objections les plus courantes, voyant dans le mariage des prêtres la panacée pour résoudre une partie des maux dont souffre l’Eglise : abus sexuels commis par des prêtres, crise des vocations, etc.
Eglise en Marche : Traditionis Custodes, un an après
Par le motu proprio Traditionis custodes, le pape François rendait quasiment impossible la célébration de la messe et des autres sacrements selon la forme traditionnelle du rite romain. Porte-parole de l’association Lex orandi, Philippe Darantière fait le point sur la manière dont ce texte a été appliqué dans les diocèses de France. Au-delà de l’écume médiatique, peu de choses dans la réalité ont changé, ce document s’avérant inapplicable.
Seizième dimanche après la Pentecôte
Nous célébrons ce dimanche 25 septembre le XVIe dimanche après la Pentecôte, guérison de l’hydropique le jour du sabbat (Saint Luc 14, 1-11). Il est toutefois possible que certains chantent la messe de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus dont la solennité, facultative, peut se faire en ce dernier dimanche de septembre.
Les pensées se rattachent étroitement à celles du dimanche précédent : là, le thème de Pâques était inclus dans l’image de la Résurrection ; ici, il se retrouve dans l’image de l’hydropique. Là, l’Église nous adressait une exhortation sur le « renouvellement dans l’Esprit » ; ici, elle prie pour l’affermissement intérieur des chrétiens. Si nous voulons une pensée d’ensemble, ce sera celle-ci : la guérison de l’âme malade. La messe (Miserere mihi). – Le ciel est sombre : persécutions et tentations pèsent lourdement sur le Christ mystique ; dans la messe précédente, le soleil avait bientôt percé ; aujourd’hui, les nuages demeurent jusqu’à la fin ; une seule fois (au Graduel et à l’Alléluia.), le soleil essaie de se montrer. Dans la nature également, l’automne a fait son apparition ; les jours deviennent plus courts, les nuits plus longues ; c’est pour les âmes le symbole de la nuit et des persécutions.
Dom Pius Parsch Guide de l’Année Liturgique.
Les chants du propre de la messe du seizième dimanche après la Pentecôte sont tous extraits des psaumes, et, à l’inverse de dimanche dernier, mais comme tous les précédents, seul le texte de l’Alléluia sera le premier verset d’un psaume…
Introït : Miserere mihi Domine
Le texte de l’Introït de ce seizième dimanche après la Pentecôte est la suite de celui de dimanche dernier, au début du psaume 85, et la première phrase de celui d’aujourd’hui reprend même la dernière phrase du précédent. On se souvient que cette dernière phrase de l’Introït du quinzième dimanche était un véritable cri suppliant lancé du fond de notre misère. Ici c’est tout différent, car cette phrase suppliante est suivie de paroles d’espoir et de confiance dans la miséricorde divine.
Miserere mihi Domine, quoniam ad te clamavi tota die : qui a tu Domine suavis ac mitis es, et copiosus in misericordia omnibus invocantibus te.
Ayez pitié de moi Seigneur car je crie vers vous tout le jour ; car vous êtes Seigneur plein de douceur et de mansuétude et riche en miséricorde pour tous ceux qui vous invoquent.
On comprend donc que la première phrase exprime sa supplication d’une manière calme et pleine d’une ferme assurance. La deuxième phrase qui est la plus importante est beaucoup plus longue. Elle s’élève progressivement dans les hauteurs en un magnifique élan d’amour et de confiance avant de redescendre tranquillement pour une cadence paisible. On retrouve comme verset le début du psaume qui était en partie le début de l’Introït de dimanche dernier :
Inclina Domine aurem tuam et exaudi me : quoniam inops et pauper sum ego.
Tendez l’oreille Seigneur et écoutez-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Graduel : Timebunt gentes
Le Graduel du seizième dimanche après la Pentecôte est le même que celui du troisième dimanche après l’Épiphanie. Le texte est tiré du psaume 101, qui est dans son ensemble une grande supplication douloureuse du peuple d’Israël en butte aux persécutions de ses ennemis, emmené en captivité loin de la ville sainte et du temple détruit. Mais il contient aussi une partie pleine d’espérance prophétisant la victoire du Seigneur sur ses ennemis, le retour à Jérusalem et la reconstruction du temple. Ce psaume est messianique, et en particulier les versets qui sont utilisés aujourd’hui annoncent la conversion des peuples païens.
Timebunt gentes nomen tuum, Domine, et omnes reges terræ gloriam tuam. Quoniam ædificavit Dominus Sion, et videbitur in majestate sua.
Les nations révéreront votre nom, Seigneur, et tous les rois de la terre votre gloire. Car le Seigneur rebâtit Sion et il y paraîtra dans sa majesté.
Au temps de l’Épiphanie ce chant célébrait l’apparition du Christ sur la terre, annonçant son règne sur toutes les nations dont les rois venaient l’adorer. En ce temps après la Pentecôte dont le cours s’avance, et dont on commence à entrevoir la fin, on peut y voir une première annonce du retour glorieux du Seigneur sur les nuées du ciel à la fin des temps, le jugement des nations et le triomphe de l’Église figurée par Sion. La mélodie reprend encore une fois des formules connues mais qui s’adaptent tout à fait bien au texte, dans une ambiance de joie et de certitude très affirmée.
Alléluia : Cantate Domino
Le texte de l’Alléluia du seizième dimanche après la Pentecôte est à nouveau le premier verset d’un psaume, comme c’était le cas pour tous les dimanches depuis le cinquième à l’exception de dimanche dernier. Il s’agit encore d’un psaume d’action de grâces et de louange au Seigneur pour tous ses bienfaits, le psaume 97, qui est très utilisé aux temps de Noël et de Pâques.
Cantate Domino canticum novum : quia mirabilia fecit Dominus.
Chantez au Seigneur un cantique nouveau, car le Seigneur a fait des merveilles.
La mélodie est très différente de celle des Alléluias des dimanches précédents, qui avaient une certaine parenté entre eux. Elle est beaucoup plus régulière, déroulant de belles courbes souples et très liées, animée d’un bout à l’autre par un grand élan de ferveur et d’enthousiasme.
Offertoire : Domine in auxilium
Le chant de l’Offertoire du seizième dimanche après la Pentecôte est, comme l’Introït, tiré du même psaume que celui du quinzième dimanche. Il s’agit du psaume 39 dont le début exprimait dans l’Offertoire précédent notre reconnaissance pour les bienfaits reçus. Cette reconnaissance se traduit dans la suite du psaume par une offrande de nous-mêmes pour accomplir toujours la volonté divine, puis par une prière suppliante pour que le Seigneur nous aide. C’est dans cette dernière partie qu’est pris le texte de ce dimanche.
Domine, in auxilium meum respice : confundantur et revereantur, qui quærunt animam meam, ut auferant eam : Domine, in auxilium meum respice.
Seigneur jetez les yeux sur moi pour me secourir. Qu’ils soient confondus et couverts de honte ceux qui cherchent mon âme pour la perdre.
Ce texte se retrouve tel quel ou à peu près dans d’autres psaumes. Il est en particulier très voisin du psaume 69 Deus in adjutorium meum intende par lequel l’Église débute toutes les heures de l’office divin. Comme à l’Introït de ce dimanche, s’il s’agit encore d’une prière suppliante, le contexte du psaume la place dans un climat plein de confiance. Et c’est bien ce qu’exprime la mélodie très simple, calme et paisible, presque horizontale et en même temps très expressive avec des accents bien soulignés. On remarquera que la première phrase est reprise à la fin comme un refrain, particularité que l’on retrouvera à l’Offertoire du vingt-troisième dimanche.
Communion : Domine memorabor
L’antienne de Communion du seizième dimanche après la Pentecôte n’est pas tirée de l’Évangile, comme celles des deux dimanches précédents, mais à nouveau d’un psaume comme tous les autres chants de la messe. Il s’agit du psaume 70 qui est encore une prière suppliante mais pleine de confiance et d’abandon à la divine providence, composée par David à la fin de sa vie. Il y reprend des passages entiers d’autres psaumes ; en particulier tout le début est le même que celui du psaume 30 que nous avons déjà souvent rencontré, celui de l‘In manus tuas. On y retrouve aussi des passages semblables à ceux du psaume 39 qui figurait à l’Offertoire ; ils précèdent de peu le texte de cette Communion.
Domine, memorabor justitiæ tuæ solius : Deus, docuisti me a juventute mea, et usque in senectam et senium, Deus, ne derelinquas me.
Seigneur je me rappellerai que vous seul êtes juste. Mon Dieu, vous m’avez guidé depuis ma jeunesse ; jusqu’à la vieillesse et aux cheveux blancs, Seigneur, ne m’abandonnez pas.
C’est toute notre vie que nous remettons avec confiance entre les mains de Dieu, qui nous a guidés jusqu’à maintenant, et continuera à le faire si nous sommes fidèles. Cette confiance s’exprime par une mélodie paisible qui se tient d’abord modestement dans le grave puis s’élève joyeusement au souvenir de la jeunesse, revient au grave pour évoquer la vieillesse, et s’achève par une prière instante mais pleine d’assurance.
Parole d’imam : Amar Lasfar, imam réjoui et intégré
Monsieur le recteur de la GML (Grande mosquée de Lille) Amar Lasfar a fait sa rentrée. Dans un « prêche » d’une heure, le 9 septembre 2022. Suffisamment important pour que le compte Twitter de Musulmans de France relaie l’information et donne accès à l’enregistrement Youtube.
Musulmans de France (MF), c’est cette organisation un temps dirigée par M.Lasfar qui en est maintenant vice-président et qui a remplacé l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) en 2017. Cette dernière était une structure liée aux Frères musulmans et inscrite en 2014 sur la liste des groupes terroristes publiée par les Emirats arabes unis. MF dépend de l’Union des organisations islamiques en Europe qui est assistée d’un Conseil européen pour la fatwa et la recherche, présidé par Youssef al-Qaradawi interdit de séjour en France depuis 2012. La notice Wikipedia indique aussi que « À plusieurs reprises, des dirigeants de Musulmans de France ont repris publiquement la devise des Frères musulmans : « Le Coran est notre Constitution ». »
Cette rentrée de M. le Recteur était considérée comme suffisamment importante pour qu’au début de son prêche, il souligne lui-même avoir spécifiquement demandé son enregistrement vidéo.
Lasfar est un bateleur de première (vers 4’, après un exorde entièrement en arabe) : « Il faut que notre voix, la voix des musulmans, notamment la voix officielle à travers les prêcheurs (suit de l’arabe), mais on attend surtout la voix de Amar Lasfar[il parle donc de lui]. Amar, pourquoi il est pas là ? Amar, il a reçu un OQTF ? » [astucieuse allusion à l’OQTF délivrée à l’autre imam Iquioussen]. Pour ceux qui seraient intéressés, M.Lasfar était en vacances au Maroc…
M.Lasfar arbore pendant une heure mine et ton réjouis. Bien sûr, il se plaint des temps islamophobes, il faut bien continuer à gérer le fonds de commerce du victimisé (à 11’) : « Le climat qui règne en ce moment, un climat de peur, quoique la peur est légitime (suit de l’arabe), donc il y a un climat de peur (encore de l’arabe), on veut nous faire regretter ce qu’on n’a pas fait. On n’a rien à se reprocher si ce n’est il y a des choses qui relèvent de la vie de chaque jour. Mais nous sommes bien dans nos baskets, nous sommes chez nous, nous assumons ce que nous faisons. Nous faisons ce que nous disons et nous disons ce que nous faisons. Un cadre de responsabilité et de respect ». Mais, quand même, en gros, ça va plutôt bien. Et il prend visiblement beaucoup de plaisir à parler, joignant le talent du bonimenteur de foire à l’intelligence madrée du paysan.
C’était un prêche. Donc, pour un quidam peu au courant, on pouvait s’attendre à un discours sur Dieu, sur la foi, sur la transcendance, voire l’amour du prochain. Mais ça, c’est la déformation judéo-chrétienne. Bien qu’il indique dans son prêche que l’islam politique n’existe pas, M.Lasfar n’a pas arrêté de faire une sorte de discours sur l’état de l’Union musulmane en France, agrémenté de très longs passages sur le frère Iquioussen. Une sorte d’émission télévisée d’information en continu dans laquelle M.Lasfar jouerait tous les rôles, du présentateur aux commentateurs. Avec brio. Pour ce qui est de la religion, à part quelques péchés énoncés, rien ; nada.
M.Lasfar a aussi annoncé qu’il ne parlerait que Français (« Il y a un certain nombre de principes à rappeler. Et pour les rappeler, je parlerai uniquement français. Ces principes, on les a pas improvisionner [sic] à l’occasion. On se connaît les uns les autres(suit tout un développement en arabe…) ». Et au total, c’est sans doute la moitié de son discours qui a été en arabe. Cela jette comme un doute sur la cohérence de son propos et empêche surtout d’en comprendre une grande partie..
M.Lasfar est réjoui sans doute parce qu’il est fier de ce qu’ont réalisé les musulmans en France :
« Ceux qui sont venus pour repartir un jour, et nous avons entamé tout un processus de sédentarisation des musulmans chez eux dans leur pays. Et on a fait de ce pays notre patrie. Ca déplaise à ceux qui veulent nous ôter, on a fait de ce pays notre patrie. Et nous avons cultivé l’amour de la patrie (suit de l’arabe). Nous avons fait de ce pays notre pays [NDLR : quelle formidable ambiguïté du sens]. Personne nous a contraints. Et je pense que c’est un très bon choix que nous avons fait… Nous sommes confortablement installés. »
Et M.Lasfar de plonger dans un discours politique au sens propre (19’-20’):
« Je fais de la religion. Mais là, je tiens un discours global, un discours de principe. Vous allez me dire c’est pas du religieux ce que vous me dîtes là. C’est un discours de principes généraux qui cadre la pratique religieuse. On ne peut pas parler de la pratique religieuse sans parler du cadre… Ce cadre, il est animé par un certain nombre de principes, nous les musulmans de France. Le premier, c’est la pensée. On n’a pas attendu X, Y, Z nous dire : oh, mais il faut une pensée propre aux musulmans de France ».
S’ensuivent des considérations légèrement confuses sur l’égalité des sexes (le Prophète est cité comme modèle…), sur la charia (« un jour, j’ai dit que la charia des musulmans, c’est la loi de la République » [quel modèle encore d’ambiguïté…] ;
« la taqqya (suit de l’arabe), c’est-à-dire l’hypocrisie… Le deuxième principe, après la pensée, c’est la pratique, et le troisième, c’est le discours… Nous avons un discours. Ce discours, nous l’avons travaillé. Un discours de rassemblement, de tolérance, de citoyenneté. Nous sommes d’abord des citoyens et des musulmans ensuite. Le respect des lois (suit de l’arabe) et le dialogue avec les autres. On dit : ils se séparent de la société (suit de l’arabe). La France est ma patrie, le français, c’est ma langue –je mets l’arabe de côté- [sic] et les lois du pays sont miennes ».
Puis, les vingt dernières minutes sont consacrées à l’affaire Iquioussen (imam du Nord également), avec là encore beaucoup d’habileté :
« Le gars, nous le connaissons. En tout cas, je le connais très bien. Nous l’avons invité ici à la mosquée à plusieurs reprises. Oui, il a dit des choses qui tombent sous le coup de la loi. Hassan Iquioussen, nous le connaissons très bien. Hassan Iquioussen, nous lui faisons confiance (suit de l’arabe).. Nous lui avons apporté notre soutien et nous continuons à le soutenir ».
Il poursuit en ironisant sur le terme de délinquant appliqué à M.Iquioussen :
« Il est où le jugement ? Hassan a fait l’objet d’une décision administrative. Que nous respectons, que nous n’arrivons pas à comprendre. Nous respectons la volonté du Conseil d’état. Mais le Conseil d’état n’a pas rendu un jugement, il a confirmé une décision administrative…. De là à dire que nous sommes d’accord avec Hassan, c’est insulter notre intelligence. »
Deux aspects ressortent particulièrement de cette intervention. Le premier ? Une remarque intéressante de M.Lasfar sur le nombre de musulmans en France, dès le début de son intervention : “J’ai l’impression que ça fait 20 ans ou 21 ans qu’on vous dit que vous êtes 6 millions [suit beaucoup d’arabe d’où émerge l’expression taux de fécondité, à nouveau suivie d’arabe]. On fait monter toutes les moyennes et la moyenne notamment de la natalité ». Ce nombre nous a remémoré une note de Jacques Julliard prise en 1990 :
« Je déjeune avec Boris Orlov, de l’Académie des sciences de Moscou…et Wolf Dietrich Rost, ingénieur des technique du bois, membre important des DSU… Interrogé sur la France, fille aînée de l’Eglise, je leur révèle qu’elle compte désormais une minorité de quelque 5 millions de musulmans. L’effarement et la consternation se lisent sur leur visage. Mais qu’allez-vous faire ? me demandent-ils ? » (Carnets inédits, 2021, pp 93-94).
C’était donc il y a trente ans ! Le nombre de musulmans n’aurait augmenté que d’un million depuis ?
Nous nous heurtons bien sûr à ce qui est appelé La fabrique des chiffres, pour reprendre une expression consacrée à l’estimation du nombre de musulmans en France et utilisée dans un article paru sur un site du CNRS en 2019. Problème complexe puisqu’il n’y a pas de recensement en France en fonction de la religion d’une part ; et d’autre part, l’islam étant tout à la fois une religion, un code civil et une culture (un rapport du Sénat parlait des musulmans sociologiques), difficile de faire la part des choses. Ceci étant, cet article rappelait une étude de l’Ined réalisée en 2008-2009 dans laquelle 4,1 millions de personnes en France métropolitaine se déclaraient de religion musulmane ; dont 70% d’origine maghrébine, 10% d’Arique sub-saharienne, 9% d’origine turque et 11% d’autres origines, y compris des convertis. 4,1 millions ! Moins que le chiffre fourni (quelle origine ?) pour 1990 !
Cette étude de l’Ined rappelait aussi qu’en 2017, le Pew Research Center estimait la population musulmane en France en 2016 à 5,7 Millions ; et établissait une projection en 2050 comprise entre 8,6 et 13,5 millions de musulmans en France (en croisant différents facteurs : taux de fécondité, structure de population plus jeune, immigration, taux d’abandon de la religion ou de conversion à l’islam. Rappelons à ce propos ce fait constaté par la démographe Michèle Tribalat :
« En termes de transmission, l’islam est sans conteste la religion la plus dynamique. Cette transmission s’est améliorée au fil du temps, tout particulièrement parmi les enfants d’immigrés. Seuls 43% des enfants ‘immigrés nés dans les années 1958-1964 ayant au moins un parent musulman se déclarent eux-mêmes musulmans […]. Ceux qui sont nés à peu près vingt-cinq ans plus tard sont 87% à avoir conservé la religion de leur(s) parent(s) musulman(s) »).
L’auteur de l’étude de l’Ined terminait par une formulation parfaitement bien-pensante :
« Il est certain que les musulmans sont appelés à devenir une composante importante de la population. Aujourd’hui, la moitié sont nés en France. L’islam est devenu une religion française dont la reconnaissance tarde à venir ».
Large flou aussi dans un article publié par l’observatoire de l’immigration en octobre 2020
« Peut-on évaluer le nombre de musulmans vivant en France ? » : « La France est le pays de l’Union européenne qui compte le plus grand nombre de musulmans. Il y aurait en France entre 6 et 10,5% de musulmans » (soit presque du simple au double).
Essayons alors de refaire une fabrique des chiffres de façon analytique. Nous partons du livre récent de Gilles Kepel Le prophète et la pandémie (2021) qui d’une certaine façon fournit un cadre mais aussi confirme toute cette incertitude sur les nombres. A la page 205, il indique : « le poids de ces habitants de l’Hexagone de confession presque exclusivement musulmane frôle les 7 millions ». Pour, à la page 221, préciser qu’il y a en France « 6 millions de ressortissants d’origine algérienne à des titres divers ». Bien sûr, on sait que tout ressortissant d’origine algérienne n’est pas musulman. Mais par commodité, nous userons de l’hypothèse de l’équivalence des nombres qui ne doit pas être entièrement fausse, au degré de pratique religieuse près.
Or, à ces 6 millions d’origine algérienne, il faudrait ajouter entre 1 et 2 millions de Turcs d’origine, (50% auraient la double nationalité), « essentiellement musulmans » (en 2020, source Wikipedia, 1,5 millions de Marocains et encore 700 000 Tunisiens (aux deux-tiers, des binationaux).
En arrondissant, parlons de 9 à 9,5 millions de musulmans potentiels (on a appliqué une décote pour les athées ou ceux d’autres religions). Sans compter tous les musulmans d’origine sub-saharienne (maliens, sénégalais…), les moyen-orientaux musulmans et afghans divers. Et on peut penser que la majeure partie des clandestins sont issus de pays musulmans. Le nombre de 10 millions de musulmans actuellement en France serait-il absolument déraisonnable ? N’y aurait-il pas là comme une explication à la mine réjouie de M.Lasfar qui, avant de terminer son prêche par une longue péroraison en arabe, encourage son auditoire :
« Continuez à construire et à fonder des institutions, des mosquées, des écoles…. Financez les institutions musulmanes… Patientez, patience et endurance (suit de l’arabe) ».
Le deuxième aspect qui a paru intéressant est une réflexion sur l’intégration. Une évidence saute aux yeux quand on écoute M.Lasfar : voilà une personne parfaitement intégrée au pays dans lequel il vit. Il parle très habilement, est parfaitement au courant des arcanes politiques, économiques, juridiques. Et quelques éléments de sa biographie confirment cette impression.
Lasfar est marocain, arrivé à Lille dans les années 80 pour y décrocher une maîtrise d’économie et un DESS de gestion. Il a démontré ses capacité d’entrepreneur et de management dans des activités entièrement focalisées sur les besoins spécifiques de la communauté musulmane (en particulier le pèlerinage à la Mecque) :
« Amar Lasfar aime à dire de lui qu’il est un «homme d’affaires»… Enraciné dans la région lilloise, Amar Lasfar a d’abord à son actif une jolie réussite économique. Il est à la tête d’une florissante agence de voyages, Atlas Tours, devenue l’un des principaux affréteurs pour le grand pèlerinage à La Mecque et un poids lourd des vols vers l’Algérie» Libération en 2015.
Mohamed Louizi, ancien des Frères musulmans et combattant maintenant l’extrémisme musulman, dans un article de 2015 consacré à M.Lasfar (Caverne d’Amar Lasfar https://blogs.mediapart.fr/mohamed-louizi/blog/311215/caverne-d-amar-lasfar), donne quelques éclairages intéressants et entièrement sourcés sur ce sens des affaires de M.Lasfar ; y compris avec des aspects comptables parfois étonnants ; on pourra se référer à son article dans lequel il constate en conclusion :
« L’on avait l’habitude de poser la question : « D’où vient l’argent des islamistes ? ». Peut-être un jour, l’on oserait poser la question : « Mais où va l’argent des islamistes ? »
Ce sens de l’organisation s’applique aussi à ce que M.Lasfar appelle dans son prêche des « institutions » musulmanes.
D’abord, les mosquées. Toujours M. Louizi :
« Le vendredi 12/12/2014, l’association Ligue Islamique du Nord [présidée par M.Lasfar], qui historiquement gérait la mosquée de Lille-Sud, avait changé de nom. Elle se dénomme, selon ses présents statuts : Grande Mosquée de Lille (G.M.L.) (Art.1). Parmi ses onze buts, j’en cite trois : « Défendre les intérêts de l’islam et des musulmans ; Acquérir ou gérer un ou plusieurs lieux de cultes ; Ouvrir des établissements scolaires, hospitaliers privés … » Mais il faut savoir que la GML ne fait aucune allusion aux lois du 9 décembre 1905 et aux décrets du 16 mars 1906, relatifs à la séparation des Eglises et de l’Etat, en ce qui concerne l’attribution des biens, les édifices des cultes, les associations cultuelles, la police des cultes. Non, la GML est, je cite : « une association régie par la loi du 1er juillet et le décret du 16 août 1901 » (Art. 1). Pis encore, la GML énumère parmi ses ressources financières : « Des subventions éventuelles de l’Etat, du Département et des communes » (Art. 10). »
Et M. Louizi de continuer :
« la mosquée de Lille-Sud n’est ni un lieu de culte ni une maison de Dieu. C’est un QG théologico-politique de l’UOIF, géré par l’UOIF, arbitré par l’UOIF et, en cas de litige conduisant à une dissolution, son actif est toujours la propriété de l’UOIF. Les statuts sont formels. Que reste-t-il pour les fidèles musulmans : prier, payer et, si besoin, pleurer en silence ! »
Pourtant dans son prêche, M.Lasfar fait référence avec complaisance à la loi de 1905 : « C’est la loi de 1905 qui a permis à l’islam de vivre en liberté » ! (vers 19’).
On pourra retenir d’ailleurs que la loi dite sur le « séparatisme » a essayé de mettre fin à cet imbroglio entre usage de la loi de 1901 sur les associations et celui de la loi de 1905 sur les associations cultuelles.
Ensuite, des structures musulmanes. On a déjà parlé de l’UOIF à la création de laquelle il a participé. L’article de Musulmans de France qui le décrit en 2013 s’intitule :
«Amar Lasfar ou l’irrésistible ascension de « Monsieur le Président ».
Enfin, l’enseignement. M.Lasfar est décrit comme « forgé à l’islam traditionnel ». En 1994, une très sévère crise du foulard islamique au lycée Faidherbe s’achève par l’exclusion des adolescentes concernées. « La laïcité a montré ses limites, s’emporte Lasfar à l’époque. Jusqu’à présent, les musulmans n’avaient jamais ressenti le besoin d’avoir leurs propres écoles. Maintenant, cela s’impose. » Et c’est le début de son travail ayant abouti à l’ouverture du lycée Averroès dont il préside la structure de gestion : En 2003, le recteur de la mosquée de Lille-Sud accueille l’ouverture du lycée Averroès comme une « victoire de la laïcité ». Vraiment habile !
Habile, M.Lasfar est ainsi toujours prompt à invoquer le vocabulaire qui va bien. En 2014, en réaction à la tuerie au Musée juif de Bruxelles et à l’arrestation d’un Roubaisien, le rabbin de Lille avait estimé que le « problème de l’islam radical germe d’abord dans les cités et certaines mosquées » et s’en est pris directement à l’UOIF : « Dans le Nord, c’est l’UOIF, et donc les extrémistes, qui dirigent la plupart des mosquées. ». Un autre article de Musulmans de France décrit la réaction de M.Lasfar : « Les propos infondés et diffamatoires du rabbin de Lille sont irresponsables et mettent en danger le vivre ensemble et le dialogue religieux mené avec les rabbins de France par l’UOIF. … Le président de l’UOIF accuse le rabbin de « mettre de l’huile sur le feu et de faire des amalgames. C’est grave de la part d’un religieux qui est censé apaiser, notamment dans un moment où l’émotion gagne beaucoup de personnes. Là, on est dans la politique. (…) Je m’interdis de me prononcer sur telle ou telle religion et de fixer les frontières du radicalisme. Ce n’est pas à un rabbin de se mêler des affaires de la communauté. Il a dérapé, il aurait dû réfléchir »… Sur le fond, Amar Lasfar réfute le procès en extrémisme contre l’UOIF. « Toutes les religions ont en leur sein des extrémistes. Nous sommes une institution responsable qui respecte les lois de la République et s’occupe de sa communauté. Quand un conférencier dépasse les bornes, je le rappelle à l’ordre. » Amar Lasfar invite les représentants juifs de Lille à une rencontre « dans les plus brefs délais autour d’un moment de dialogue afin d’affirmer notre volonté d’œuvrer ensemble pour un vrai vivre ensemble ». On croirait entendre du Macron.
C’est la même chose dans le domaine politique. Même si M.Lasfar déclare lors de son prêche : « c’est faux quand on vous dit que les musulmans enseignent l’islam politique », tout démontre le contraire. Le portrait flatteur du 6 avril 2015 dans Libération s’intitule : « Amar Lasfar, un fin politique ». Il est rappelé par exemple que
« M. Lasfar avait bénéficié, au cours des années 80, de l’appui conséquent de Pierre Mauroy. Le leader socialiste l’avait ainsi propulsé au Corif (comité de réflexion sur l’islam en France), mis en place en 1989 par Pierre Joxe, alors ministre de l’Intérieur ».
Et M.Lasfar lui-même rappelle dans son prêche qu’il a fait partie des personnes auditionnées par le Sénat.
Alors, intégré, mais à quoi ? M.Lasfar parlait de cette sédentarisation des musulmans (16’) :
« nous avons évolué parce que nous étions des immigrés entièrement à part et nous sommes devenus des citoyens à part entière. Sortir du cadre de l’étranger, de l’immigré, du prêt-à-partir au statut de citoyen musulman de France et pourquoi pas un jour il y aura quelqu’un qui va venir pour dire l’islam français (suit de l’arabe). Vous croyez que c’est facile cette transformation ? Elle a besoin d’une pensée, elle a besoin d’une pratique, elle a besoin d’un programme, elle a besoin d’institutions, les mosquées dans lesquelles vous êtes là (suit de l’arabe); les mosquées, mais c’est des instruments, c’est des institutions qui permettent à l’islam de France encore une fois ; on était des musulmans en France, de la chair fraîche aux musulmans en France, c’est-à-dire des étrangers qui vivent leur islamité en France, aux musulmans de France. Et pourquoi pas un jour, quelqu’un qui va venir pour dire l’islam français. »
M.Lasfar parle bien de l’intégration d’une communauté avec ses « instruments et ses institutions ». Sans parler de sa langue. L’exact opposé de l’assimilation telle que décrite le 23 décembre 1789 par Stanislas de Clermont-Tonnerre : « il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ».
Enfin, quel crédit faut-il accorder aux considérations de M.Lasfar ? Par exemple :
« C’est faux quand on vous dit que les musulmans enseignent l’islam politique. C’est faux, c’est pas vrai. C’est une machination. On a inventé ce concept, je l’ai dit au Sénat. En France, je suis libre, je suis digne et je vis dans la démocratie. Pourquoi voulez-vous que je sabote les lois de mon pays ? C’est la loi de 1905 qui a permis à l’islam de vivre en liberté. Donc, je respecte, je m’accroche. Et on a dit un jour que l’islam est une chance pour la laïcité et que la laicité est une chance pour l’islam ».
Parce qu’avant (10’30’’), voilà ce que disait aussi M.Lasfar le madré : « Nous disons les choses parfois en les emballant, c’est normal, parfois en les maquillant [à 10’30’’], c’est normal. Nous sommes dans un monde de communication ». Et plus loin (13’), M.Lasfar continue sur la communication :
« Troisièmement, le double discours (suit de l’arabe). Et parfois ce qu’on appelle la communication par le silence (suit de l’arabe), surtout quand tu as affaire à un imbécile. Il n’y a pas plus intelligent que de répondre à un imbécile par le silence (suit de l’arabe) ».
Nadhir, M. Oubrou, M. Lasfar : trois paroles d’imams ; trois imams parfaitement intégrés ; Certainement pas assimilés (rappelons l’enseignement parfaitement hallal de M.Nadhir concernant le mariage des femmes musulmanes :
« L’homme peut se marier avec une chrétienne ou une juive pieuse. Et la femme, non. Il lui est strictement interdit de se marier avec un autre qu’un musulman. Tout simplement parce que la société islamique est une société patriarcale où la prédominance dans le foyer est donnée à l’homme. Et à partir du moment où on donne la prédominance à un homme, si on donne la prédominance à un non-musulman, ça veut dire que le foyer sera géré par un non-musulman. Et le son de cloche de ce foyer, ce sera la mécréance. D’autant qu’Allah a interdit de donner la prédominance d’un mécréant sur un musulman dans le sens du statut juridique »).
Alors, intégrés au profit de quoi, de qui ? De la France ? De l’islam ?
Vente d’art sacré du culte catholique
Un commissaire priseur me signale la vente aux enchères à Alençon de la collection d’un chanoine avec 550 lots d’objets liturgiques en très bon état.
Orfèvrerie religieuse des XVIIIe et XIXe siècle, Importante collection de paramentique et d’ornements liturgiques comprenant de nombreux souvenirs du pape Pie IX et le vestiaire épiscopal d’un archevêque de Bordeaux, Monstrances reliquaires et paperolles, important ensemble d’accessoires de chapelle et objets de dévotion, …

L’enseignement de l’Eglise sur la Sainte Communion, du Concile de Trente au pape François
Un lecteur a traduit en français une déclaration signée par des personnalités catholiques à propos du document Desiderio desideravi publié en juin. On trouvera la liste des signataires, parmi lesquels plusieurs évêques, au bas de l’article en anglais en lien. Le traducteur prie ses lecteurs d’excuser les approximations et erreurs involontaires éventuelles et les remercie d’avance d’apporter les corrections nécessaires.
Enseignement de l’Église Catholique sur la réception de la Sainte Eucharistie.
La lettre apostolique récente Desiderio desideravi publiée le 29 juin 2022 (fête des saints Pierre et Paul) déclare :
Le monde ne le sait pas encore mais chacun est invité au banquet des noces de l’agneau (Ap 19, 9) [et référence à Mt 22,1-14]. Pour être invité au festin tout ce qui est demandé est le vêtement de noces qui vient lorsqu’on entend Sa Parole (Rm 10, 17). [suit le rappel en italien des passages cités]
Cette interprétation contredit la foi de l’Église Catholique. L’Église a toujours enseigné que pour recevoir la communion valablement et sans péché les catholiques doivent recevoir l’absolution sacramentelle, si possible, pour tout péché mortel qu’ils pourraient avoir commis, et en obéissant à toutes les autres lois de l’Église concernant la réception de l’eucharistie (comme par exemple le jeûne préalable). Pour autant, si un catholique n’est pas en mesure de confesser des péchés mortels mais a une grave raison de recevoir l’eucharistie (suit un exemple) alors cette personne doit faire de son mieux pour avoir une parfaite contrition des péchés mortels qu’elle peut avoir commis.
L’affirmation que la foi est la seule condition pour une réception valable de la Sainte Eucharistie a été condamnée par le concile de Trente comme hérétique.
Le saint et œcuménique Concile de Trente, Décret concernant le très saint sacrement de l’Eucharistie (11 octobre 1551).
Chapitre VII. La préparation qui doit être employée pour recevoir dignement la Sainte Eucharistie
S’il ne convient à personne de s’approcher d’aucune des fonctions sacrées autrement que solennellement, assurément, plus le chrétien comprend la sainteté et la divinité de ce sacrement céleste, plus il doit veiller à ne pas s’approcher pour le recevoir sans grande révérence et sainteté [can. 2], surtout quand nous lisons dans l’Apôtre ces paroles pleines de terreur : “Celui qui mange et boit indignement, mange et boit en jugement sur lui-même, sans discerner le corps du Seigneur” [1 Cor. 11 :29 ]. C’est pourquoi le précepte : “Que l’homme s’éprouve lui-même” [1 Cor. 11:28], doit être rappelé à l’esprit de celui qui veut communiquer. Or, l’usage ecclésiastique déclare que cet examen est nécessaire, qu’aucune personne consciente d’un péché mortel, si contrite qu’elle puisse paraître à elle-même, ne doit s’approcher de la Sainte Eucharistie sans une confession sacramentelle préalable. Ceci, a décrété le saint Synode, doit toujours être observé par tous les chrétiens, même par les prêtres à qui, de par leur fonction, il peut incomber de célébrer, pourvu que le recours à un confesseur ne leur fasse pas défaut. Mais si, dans une nécessité urgente, un prêtre devait célébrer sans confession préalable, qu’il se confesse le plus tôt possible.
…
Canon 11. Si quelqu’un dit que la foi seule est une préparation suffisante pour recevoir le sacrement de la très sainte Eucharistie, qu’il soit anathème. [Si quelqu’un dit que la foi seule est une préparation suffisante pour recevoir le sacrement de la très sainte Eucharistie, qu’il soit anathème].
Cette affirmation contredit aussi les canons 915 et 916 du code de Droit Canon romain, et les canons 711 et 712 du droit canon oriental.
Code de droit canonique latin
Can. 915 On ne doit pas admettre à la sainte communion ceux qui ont été excommuniés ou interdits après l’imposition ou la déclaration de la peine, ni les autres qui persévèrent obstinément dans un péché grave manifeste.
Can. 916 Une personne consciente d’un péché grave ne doit pas célébrer la Messe ou recevoir le corps du Seigneur sans confession sacramentelle préalable, à moins qu’il n’y ait une raison grave et qu’il n’y ait pas d’occasion de se confesser ; dans ce cas, la personne doit se rappeler l’obligation de faire un acte de contrition parfaite qui inclut la résolution de se confesser dès que possible.
Code oriental de droit canonique
Canon 711. Une personne consciente d’un péché grave ne doit pas célébrer la Divine Liturgie ni recevoir la Divine Eucharistie, à moins qu’une raison sérieuse ne soit présente et qu’il n’y ait aucune possibilité de recevoir le sacrement de pénitence ; dans ce cas, la personne doit faire un acte de contrition parfaite, incluant l’intention de se confesser dès que possible.
Canon 712. Il est interdit à ceux qui sont publiquement indignes de recevoir la Divine Eucharistie.
L’objet de ces canons est d’éviter un grave péché à une personne indigne de recevoir l’eucharistie, d’éviter le scandale, et aussi la profanation du sacrement par une réception aussi indigne. Ces canons sont toujours valables. Ils ne peuvent pas être rejetés valablement car leur contenu exprime la loi divine sur l’eucharistie enseignée dans les saintes écritures et la tradition de l’Église. Ceci a été rappelé le 24 juin 2000 par le Conseil Pontifical pour les textes législatifs, à propos de l’admission à la communion des divorcés remariés :
Le code de droit canon établit que « ceux qui sont sous une peine d’excommunication ou un interdit déclaré, et d’autres qui persistent dans un péché manifestement grave, ne doivent pas être admis à la sainte communion. » (canon 915) L’interdiction du canon cité est dérivée par sa nature de la loi divine et transcende toute loi ecclésiastique positive : celle-ci ne peut introduire de changement législatif qui s’opposerait à la doctrine de l’Église. Le texte sur lequel la tradition s’est toujours reposé est celui de St Paul : « ceci signifie que quiconque mange le pain ou boit le sang du Seigneur de façon indigne pèche également contre de corps et le sang du Seigneur. Un homme doit d’abord effectuer son examen de conscience avant de manger le pain et boire à la coupe. Celui qui mange et boit sans reconnaître le Christ, mange et boit son propre jugement. »
Le pape François a indiqué par ses propos et actes qu’il retient le sens exprimé dans le sens littéral de Desiderio desideravi cité. Dans son Angelus pour la fête du Sacré Cœur du 6 juin 2021, le pape François dit :
… une autre force se dresse dans la fragilité de l’eucharistie : la force d’aimer ceux qui commettent des erreurs. C’est la nuit qu’il fut livré que Jésus nous donne le Pain de Vie. Il nous donne le plus grand cadeau alors qu’il ressent l’abysse le plus profond dans son cœur : le disciple qui mange avec lui, qui trempe son morceau dans le même plat, s’apprête à le trahir. Et la trahison est le plus douloureux pour celui qui aime. Et que fait Jésus ? Il répond au mal par un plus grand bien. Il répond au ‘non’ de Judas par le ‘oui’ du pardon. Il ne punit pas le pécheur mais donne plutôt Sa vie pour lui ; Il paye pour lui. Quand on reçoit la communion Jésus fait la même chose avec nous : il nous connaît ; il sait que nous sommes pécheurs ; et il sait que nous commettons de nombreuses erreurs mais il n’abandonne pas et continue à lier Sa vie à la nôtre. Il sait que nous en avons besoin, parce que l’eucharistie n’est pas la récompense des saints : c’est le pain des pécheurs. C’est pourquoi il nous exhorte : « n’ayez pas peur ! prenez et mangez. »
L’affirmation que l’eucharistie n’est pas la récompense des saints mais le pain des pécheurs doit être comprise dans un sens orthodoxe si elle est prise isolément. Quoi qu’il en soit, placée dans le contexte de la réception de l’eucharistie par Judas cité dans le sermon de l’Angelus (cf Jn 13, 23‑27) et dans le contexte des autres propos et actes du pape François, cela suggère que la renonciation au péché n’est pas nécessaire pour que notre réception de la communion soit acceptable par Dieu. Cette interprétation naît de l’affirmation de Desiderio desideravi :
« En effet toute réception de la communion au corps et au sang du Christ a déjà été voulue par Lui lors de Son dernier repas. » (n°6)
L’enseignement du concile de Trente cité plus haut condamne la proposition de Martin Luther sur la foi et la justification. Le pape François a publiquement exprimé son accord avec les positions de Luther condamnées. Dans une conférence de presse lors du vol du 26 juin 2016, le pape François déclare :
Je pense que les intentions de Martin Luther n’étaient pas fausses ; c’était un réformateur. Peut-être que certaines de ses méthodes n’étaient pas justes, bien qu’à cette époque,si vous lisez l’histoire de Pastor par exemple – Pastor était un luthérien allemand qui a vécu une conversion en étudiant les faits de cette période ; il est devenu catholique – nous voyons que l’Église n’était pas exactement un modèle à imiter. Il y avait de la corruption et de la mondanité dans l’Église ; il y avait la recherche de l’argent et du pouvoir. C’était l’origine de la protestation. Il était également intelligent et il y est allé, donnant ses raisons. De nos jours Luthériens et Catholiques, et tous les Protestants, sont d’accord sur la doctrine de la justification : sur ce point très important il ne se trompait pas.
Le jour ou Desiderio desideravi a été diffusé le pape François recevait Nancy Pelosi, présidente du parlement US. Nancy Pelosi a été publiquement interdite de communion sous le canon 915 par son ordinaire, l’archevêque Salvatore Cordileone. La raison de cette mesure était sa politique constante en faveur de la légalisation complète de l’avortement jusqu’à la naissance. Après l’audience avec le pape François, Nancy Pelosi a reçu la communion lors d’une messe à St Pierre présidée par le pape François, provoquant un scandale pour les Catholiques partout dans le monde. Interrogé sur cette réception illégale de la communion le pape François n’a exprimé aucune désapprobation. Il a répondu au contraire :
« Quand l’Église perd sa dimension pastorale, quand un évêque perd sa dimension pastorale, cela provoque un problème politique. C’est tout ce que je peux dire. »
Cette réponse contredit l’archevêque Cordileone dans son application justifiée du canon 915.
La lettre apostolique Desiderio desideravi n’est pas un enseignement infaillible car elle ne satisfait pas les conditions nécessaires pour l’exercice de l’infaillibilité papale. Le canon du concile de Trente est une précaution de l’exercice de l’autorité infaillible de l’Église. Il en résulte que la contradiction entre Desiderio desideravi et la doctrine définie au concile de Trente ne rend pas fausse l’affirmation que l’Église Catholique est infailliblement guidée par l’Esprit Saint quand par l’exercice de son autorité, elle demande à tous les catholiques de croire une doctrine comme révélation divine. Sur la possibilité d’erreurs publiques d’un pape, voir la Correctio filialis adressée au pape François par un grand nombre d’érudits catholiques (https://www.correctiofilialis.org) et les discussions dans le livre Defending the Faith against Present Heresies (Arouca Press, 2021). Aucun catholique ne peut croire ou agir suivant une déclaration pontificale en contradiction avec la foi catholique.
Nous, soussignés, confessons la foi catholique concernant la réception valide de l’eucharistie, suivant ce qui a été défini par le concile de Trente, selon lequel la seule foi n’est pas une préparation suffisante pour recevoir le sacrement de la très sainte eucharistie. Nous encourageons tous les évêques et clercs de l’Église Catholique à confesser publiquement la même doctrine à propos de la réception valide de l’eucharistie, et faire respecter les canons cités en vue d’éviter un scandale grave et public.
Suit la liste des signataires.
Paroles d’imam. Tareq Oubrou : « l’islamisme, c’est un islam en mouvement »
Clair et net. A tel point qu’on en reste tout retourné. Tellement de pirouettes, de cheveux coupés en quatre, de contorsions sur l’islamisme, de recours au padamalgam. Il l’a dit. M.Oubrou, imam médiatique à Bordeaux ; qui se définit lui-même comme un théologien. C’était le 8 août sur BFMTV et ça coulait comme de source :

M.Oubrou était interrogé à propos de M.Iquioussen, dont on a appris qu’il était son beau-frère. Verbatim :
« On veut combattre l’islamisme. Encore faudrait-il définir l’islamisme. Moi, en tant que théologien, je ne fais pas de différence entre islamisme et islam. L’islamisme est un islam classique mis en mouvement d’une certaine manière. Donc, les islamistes n’ont rien inventé à cet égard-là ».
Une question lui est alors posée à propos que M.Iquioussen : « C’est un radicalisé ? »
Réponse de M.Oubrou :
« Vous savez, vous parlez tout à l’heure de l’islamisme, je pense qu’il n’y a pas une grande différence entre islam médiéval recyclé aujourd’hui et l’islamisme. L’islamisme n’a rien inventé, c’est une reproduction des théologies politiques médiévales et d’un droit canonique maléjite, anafite qui est mis en circulation dans un discours moderne. C’est comme l’énergie, rien ne se perd, rien ne se crée. Même les imams les plus classiques, les malhékites, il y a un discours qui n’est pas directement fanatique mais qui inspire le séparatisme et le fanatisme. Et donc à cet égard-là, il y a un certain discours qui produit du séparatisme pas physique mais mental parce qu’il produit des pratiques religieuses qui créent la division entre le croyant et son environnement ».
Quelques bribes de recherche nous apprennent que l’islam sunnite (majoritaire, celui de M.Oubrou) est représenté par quatre écoles (du nom des imams qui les ont fondées) : les écoles Hanafite, Malékite, Chaféite et Hanbalite. Ce qui est intéressant à remarquer, c’est qu’elles sont définies comme des écoles juridiques, pas des écoles théologiques. L’islam est un Droit, on ne le répètera jamais assez. Ces écoles, décrites comme « médiévales » par M.Oubrou, semblent pourtant parfaitement actuelles et vivaces. Comme l’islamisme d’ailleurs, cet islam en mouvement.
Notre Dame des Familles fête ses 10 ans
A l’occasion du 10e anniversaire de Notre Dame des Familles, nous avons interrogé le fondateur de cette oeuvre, le P. Jean-Denis Chalufour, oblat bénédictin:
Notre Dame des Familles fête ses 10 ans. Pouvez-vous nous présenter cette oeuvre?
C’est comme une hôtellerie monastique, avec plus de souplesse et, malheureusement, moins d’offices et de moindre qualité. La maison se veut une petite pierre dans l’édification de la France chrétienne. Selon nos statuts, le chapelain que je suis n’y célèbre la messe que selon le missel de St Jean XXIII. Les prêtres-hôtes selon leurs missels habituels.
La maison a trois fins :
- Aider les unités scoutes à passer de bons camps tout en respectant aux mieux la législation en vigueur.
- Accueillir des groupes de jeunes pour des récollections, des séjours de travaux ou des vacances chrétiennes (messe et complies au minimum). (entre le point 2 et le 3 : we de préparation au mariage)
- Accueillir des familles pour des récollections, des séjours de travaux ou des vacances chrétiennes (messe et complies au minimum).
Une quatrième, non déclarée, est d’œuvrer à l’unité –pas à l’uniformité- des chrétiens sérieux. Dans les groupes de jeunes qui viennent, il y en a qui vont habituellement à des messes selon le missel de 1969. Je leur demande juste d’accepter ce qu’ils trouvent pendant leurs séjours. Je veille à ce qu’il n’y ait pas de propos blessants sur les sujets difficiles : selon le vieil adage : sur l’essentiel, unité ; sur le reste, liberté ; en tout la charité.
Vous avez prononcé vos voeux à l’abbaye de Fontgombault. Quel lien faites-vous entre la vie bénédictine et Notre-Dame des Familles?
Je suis toujours bénédictin, non plus comme profès mais désormais comme oblat ; de plus je n’ai été relevé de mes vœux que dans la mesure où ils sont incompatibles avec ma vie dans le monde. (Je suis actuellement incardiné au diocèse d’Evreux). Mais je reste bénédictin de spiritualité et de cœur. L’idée de la maison est d’offrir les richesses de la spiritualité bénédictine, tout en faisant des séjours plus souples que dans une abbaye. L’office et la messe sont ceux des monastères bénédictins en 1962. Je tente d’y faire vivre selon les trois devises bénédictines : Pax, Ora et labora. Avec le sens de l’unité de l’Eglise.
Le scoutisme a tenu une grande place dans votre vie et beaucoup de scouts ou anciens scouts sont proches de Notre-Dame des Familles. Quel rôle peut jouer aujourd’hui le scoutisme catholique dans la transmission de la foi et des vertus?
Je crois que cette place est capitale. La Loi scoute est la transposition en termes simples et clairs des Béatitudes. Elle est pleinement évangélique, libérant d’une morale de l’interdit, caractéristique de l’ancien Testament et évitant tout libéralisme. A l’heure où nos ados sont soumis à des pressions terribles de la société, de leurs lycées, de leur fac, le scoutisme leur pose les mêmes exigences que leurs familles à un âge où ils ont envie de se libérer de la tutelle parentale. C’est une bouée de sauvetage qui leur permet de mener à bien la belle marche de leur vie.
NB: Voici le programme de la journée d’anniversaire de Notre Dame des Familles samedi 24 septembre
Messe à 10 h,
assemblées générales et présentation de la Ste Croix de Riaumont par le P. Prieur pour ceux qui le veulent.
Déjeuner
Visites de la maison
Conférence sur Mgr de Montmorency-Laval premier évêque du Québec (XVII°) et diocésain d’Evreux,
Puis petites intervention sur la Voie Romaine de cet hiver et sur Jérôme Lejeune par un de ses petits fils.
Pïèce de théâtre : nouvelle de La Varende mise en scène : La Favillana, extraite des Manants du Roi.
17 h Office de None et Salut du Très Saint Sacrement.
Notre Dame des Familles, se trouve 7 rue de la Mare aux Loups, le Hamelet, 27160 Les Baux de Breteuil.
Tous les détails sont dans le document ci-dessous (cliquer sur le lien)
Faut-il donner des poupées aux garçons ?
Pour la préparation du grand oral du Bac, le manuel Nathan propose une préparation, avec des méthodes de travail et quelques questions rédigées et commentées, parmi lesquelles
Faut-il donner des poupées aux garçons ?

Il s’agit des spécialités histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) et Sciences Économiques et Sociales (SES).
Un manuel publié par les @NathanEditions pour préparer le Grand oral en SES et HGGSP
➡️ https://t.co/CZserhS0mv pic.twitter.com/piNsr2WM4T— APHG (@APHG_National) September 20, 2022
La spécialité Histoire, Littérature, Philosophie (HLP) vaut également le détour. Le programme s’articule autour de deux thèmes, eux-mêmes composés de 3 sous-thèmes :
- La recherche de soi :
- Éducation, transmission et émancipation,
- Les expressions de la sensibilité
- Les métamorphoses du moi
- L’Humanité en question
- Création, continuités et ruptures
- Histoire et violence
- L’humain et ses limites
Le premier thème renvoie au déracinement, avec un ego émancipé de son origine, de son éducation, de son déterminisme, jusqu’à se repenser, se métamorphoser jusqu’au transgenre ? Le second renvoie directement au transhumanisme, avec un humain violent, limité qu’il faudrait augmenter.
Paroles d’imam : Mohamed Nadhir, imam jeune, moderne, branché
Damien Rieu postait le tweet suivant le 14 septembre 2022 :

Etait associé un court enregistrement correspondant à une question qui était posée à l’imam (peut-être bien un Live Twitch…) et qu’il commence par lire avant d’enchaîner pour y répondre :
« J’ai une question qui me paraît évidente mais je n’ai pas les éléments de réponse pour expliquer à une personne : Pourquoi une femme ne peut pas diriger la salat [la prière] ? ».
L’imam donc de répondre (au début, en mêlant de l’arabe) :
« parce que le prophète l’a interdit. Ne réussira pas un peuple qui a chargé des affaires à une femme et les affaires, ça concerne les affaires de l’Etat ou les affaires de la salat. La femme ne peut pas diriger la salat, parce qu’elle ne peut pas diriger tout court. Ni un état, ni une province, ni une ville, ni la prière, ni rien du tout, sauf une association caritative, quelque chose [petit sourire un peu méprisant de l’imam] où y a pas de grande envergure politico-religieuse ».
C’est clair et net. Et intéressant aussi par l’association, évidente dans l’esprit de l’imam, du politique et du religieux.
Cet imam, les lecteurs du Salon beige le connaissent déjà. Le 29 janvier 2021, une chronique lui était consacrée, s’étonnant du fait que, dans un autre enseignement et bien que considéré comme le témoin d’un « nouvel » islam modéré car en particulier formé au Maroc [ !], il condamnait l’exécution pour apostasie mais, ajoutait-il, « si elle est injuste ». Et qui, pour un imam, peut fonder la notion de juste condamnation pour apostasie sinon la charia ?
La FIF (Fondation de l’Islam de France, déjà un oxymore) est une fondation d’utilité publique, dirigée par une personne certainement intéressante, Ghaleb Bencheikh. Quoique définie comme une fondation « laïque », la majeure partie de la communication de cette fondation poursuit clairement deux objectifs de « vente » de l’islam : que les Français se mettent dans la tête que l’Islam est partie prenante essentielle à leur civilisation depuis la nuit des temps (enfin, n’exagérons rien, pas avant le 7ème siècle…) ; que les Français se mettent dans la tête que, s’il y a deux peuples et deux civilisations qui ont toujours coexisté de façon fluide et harmonieuse, ce sont les peuples juifs et arabo-musulmans (comme le démontraient encore récemment les propos d’un autre imam, M. Tataiat, recteur de la grande mosquée de Toulouse et condamné en appel ce 31 août 2022).
Toujours est-il, et c’était le point de départ de cette incise, la FIF a réagi au tweet de Damien Rieu par un autre tweet condamnant les propos du-dit imam :

Les nombres étant ce qu’ils sont, on remarquera que le compte Twitter de la FIF revendique 6600 abonnés, celui de l’imam Nadhir (Din-ul-Qayyima) 21000 abonnés et le compte de visionnage de la conférence du même imam 144 000 abonnés : y’a pas photo. D’autant plus qu’il semble que M.Nadhir prêche volontiers dans diverses mosquées en particulier d’Ile-de-France et fait des conférences dans diverses institutions musulmanes.
On remarquera aussi que la FIF décrit l’imam comme de mentalité « archaïque ». Alors même que l’islam se décrit comme une religion révélée une fois pour toute et que la parole de son prophète est (serait ?) intangible. On voudrait comprendre.
Revenons au tweet de Damien Rieu. Les réseaux sociaux sur Internet agissent parfois un peu comme un canard sans tête et cet enregistrement, pour en valider les sources, a nécessité une petite enquête généalogique. Nous avons ainsi retrouvé un tweet de Décembre 2021 qui le citait déjà :

L’émetteur, Noor-nmq, affiche pour ambition : « Prévention discours extrémistes et violents. Quelle éducation pour les jeunes face à la tentation radicale ? » (2000 abonnés). La référence youtube affichée dans ce tweet de décembre 2021 a permis d’avoir accès à la conférence de laquelle est extrait le passage cité (à 44’). Cette conférence était la dernière d’un des quatre rendez-vous organisés par l’imam pendant le mois du Ramadan 2021 (avril/mai). La conférence dure 50 minutes : 13 minutes d’enseignement et 37 minutes de lectures de questions et de réponses.

Il n’y a donc pas que le passage cité plus haut. D’autres séquences laissent légèrement interloqué. Jugez-en. Une question : « J’ai la certitude d’avoir flatulé pendant la prière. Mais je n’ai entendu ni bruit ni odeur [sic] ». Et suit une question incompréhensible (en arabe ?) à laquelle l’imam répond :
« Ca dépend d’où vient cette certitude. Il peut y avoir une certitude sans qu’il y ait d’éléments qui la prouvent. Si vous avez eu la sensation, même si il n’y a eu ni bruit ni odeur, si vous avez eu la sensation que quelque chose est sortie de vous à 100%, sans aucun doute, alors là, oui. Mais si c’est juste « vous pensez », là, c’est un doute, c’est pas une certitude. Ca peut être une maladie, ça peut arriver à un stade de maladie ; il faut consulter, soit un imam, soit un professionnel de santé musulman » (à 16’).
Etonnant, non ? Bon, on dira qu’il y a des bizarres partout. Mais pourquoi le choix, par l’imam, de relever cette question parmi d’autres ? Et pourquoi son choix de relever aussi cinq à six questions s’intéressant aux femmes et à leurs règles (exemple à la syntaxe fragile : « Lorsqu’une femme a ses menstruations, doit-elle se laver que elle-même ou partout là où elle passe ? ») ? Ah, le charme de l’assimilation à la civilité française….
A la minute 24 vient cette question plus intéressante sur la compatibilité entre société musulmane et société française : « Est-ce vrai que la femme musulmane ne peut pas se marier avec un homme non-musulman ? ». Et l’imam de poursuivre :
« L’homme peut se marier avec une chrétienne ou une juive pieuse. Et la femme, non. Il lui est strictement interdit de se marier avec un autre qu’un musulman. Tout simplement parce que la société islamique est une société patriarcale où la prédominance dans le foyer est donnée à l’homme. Et à partir du moment où on donne la prédominance à un homme, si on donne la prédominance à un non-musulman, ça veut dire que le foyer sera géré par un non-musulman. Et le son de cloche de ce foyer, ce sera la mécréance. D’autant qu’Allah a interdit de donner la prédominance d’un mécréant sur un musulman dans le sens du statut juridique (et il termine par une citation en arabe) ».
Enfin, à 48’30’’, cela se termine par la question :
« Un musulman se doit-il d’exceller dans une société non-musulmane ? Oui, bien sûr. Dans une mesure qui est en adéquation avec sa religion, avec son éthique. Oui, il doit être excellent dans tous les domaines. Tant que ça apporte un bien à sa communauté ; et à sa personne et à sa famille. »
Pour terminer, notons que l’imam Nadhir a répondu lui aussi par un tweet à celui de Damien Rieu (NB : et il a effectivement écrit une chose fausse. M.Nadhir est Français d’origine tunisienne. Au Maroc, il a fait son école d’imamat comme déjà précisé) :

D’où l’on comprend que, malgré les dénégations de la FIF, pour un imam jeune, moderne, branché, considéré même parfois comme modéré, son enseignement sur la place des femmes est parfaitement conforme à la doctrine sunnite. On rappellera que le sunnisme regroupe la majeure partie des musulmans, l’autre partie essentielle étant chiite, comme l’Iran : on ne supposera pas que la place des femmes dans la société soit plus attrayante en Iran chiite qu’elle ne l’est dans le monde sunnite tel que décrit par Mohamed Nadhir.
Ce dernier précisant bien enfin que ce n’est même pas une question d’islamisme (pour autant que ce terme ait un sens quelconque, on le verra dans un deuxième épisode de « Paroles d’imam »), c’est bien fondamentalement une question d’islam. Et on remarquera enfin que toute mise en cause du fondement de ses propos est immédiatement assimilée à une « attaque ». Il est vrai que l’imam doit considérer qu’il vit, selon la cosmogonie musulmane, dans le monde de la guerre : celui de la mécréance à combattre.
La mémoire andalouse : oui, mais laquelle ?
De Marion Duvauchel, historienne des religions :
L’orientalisme (en particulier dit « savant » c’est-à-dire institutionnalisé) est un phénomène européen dont l’histoire complexe concerne essentiellement les trois grandes nations que sont la France, l’Angleterre et Allemagne. Les autres orientalismes, peu ou mal connus, ont été qualifiés de « périphériques » : ainsi de l’orientalisme espagnol, joliment appelé « orientalisme domestique » ou « provincial ». C’est qu’il émerge sur fond du passé d’Al-Andalous qui a exercé une réelle fascination sur les écrivains espagnols et arabisants comme Francisco Javier Simonet, Francisco Codera Zaidín et le théologien Miguel Asín Palacio. Depuis la timide résurrection des études arabes au XVIIIe siècle jusqu’à nos jours, une idéologie et une échelle de valeurs sous-tendent les travaux de nombreux arabisants espagnols.
Par quel mystère s’est diffusé ce mythe historiographique d’un Al-andalous, oasis de douceur de vivre et de bonne entente religieuse dans un monde de brutes ? La palme revient à Danielle Rozenberg sur la « mémoire retrouvée » d’une Espagne présumée amnésique. Quelques saines lectures suffiraient à pulvériser cette mythologie à la mode.
D’abord celui de Rosa María Rodríguez Magda qui publie Inexistente Al Ándalus, De como los intelectuales reinventan el Islam (Ediciones Nobel – 2008). Elle démontre que les trois communautés, juive, chrétienne et musulmane n´ont eu que des rapports limités, la plupart du temps tendus, sans parler bien sûr des statuts spécifiques qui leur étaient appliqués.
Dans une autre veine, les trois volumes de Reinhart Dozy, Histoire des Musulmans d’Espagne, jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides, 711-1110 (4 vols. 1861; 2nd ed. 1881) constituent une vaste fresque de l’histoire des Musulmans d’Espagne, c’est-à-dire une lassante série de meurtres, de trahisons, de massacres, de vengeances, de représailles, de prise et de reprise de royaumes ou de citadelles, de tentatives d’unifications, d’alliances rompues, trahies…
Soyons sérieux, il ne fait d’abord aucun doute que l’islam s’est imposé par la force partout où les guerriers de Mahomet se sont mis en branle, animés par la soif de rapines et la perspective des butins de guerre.
Le sang des Omeyyades coule en 755 à Damas quand ils se font massacrer par les Abbassides, que les Persans leur ont préférés. L’unique survivant, Abd al Rhaman, part se refugier à Cordoue et finit par y se faire proclamer émir. Désormais, ces Omeyyades se feront les propagateurs de la grandeur arabe face à la masse de convertis venus des nations soumises. Ces Omeyyades ne sont pas ethniquement des Arabes. Mais leur « blondeur ne les a pas empêché de se définir comme arabes et de se dire les meilleurs, les plus purs et les plus fidèles des fils de la nation du Prophète, dans le combat idéologique qu’ils menaient contre les Abbâssides de Bagdad et les Fâtimides du Caire. Le thème arabe est central dans la propagande omeyyade. Cette terre, al-Andalus, où les descendants des califes de Damas retrouvent leur rang, indéniablement étrangère aux Arabes, est un enjeu.
Les choix fondamentaux d’al-Andalous sont des choix « arabes » : la culture arabe et la religion du Dieu unique, religion née sur le sol arabe. Ils ont gardés de ces premiers temps la morgue propre à ces bédouins du désert. La haine entre Berbères et Arabes se reconduira de génération en générations. Quand les princes berbères gouvernent, ils oppriment les Arabes et les naturels (chrétiens et musulmans convertis). Quand les Arabes reprennent le pouvoir, c’est leur tour de s’enrichir sans vergogne et d’oppresser. Nietzche avait fort bien décrit le phénomène, en l’appliquant au christianisme qu’il haïssait. En réalité, ce sont les vieilles programmations animales, les rages ancestrales et tribales qui gouvernent le monde bédouin et qui ont été infusées dans la religion primitive, avec une force telle qu’elle est devenue quasi invincible. À la faveur de rivalités de pouvoir entre factions, une partie des Wisigoths (dont l´archevêque de Séville) et de la communauté juive recourent ouvertement à l´aide des musulmans. D’où le succès fulgurant de leur conquête de la péninsule. Disparaît ainsi le royaume wisigoth et chrétien de Tolède, autrefois magnifique, qui restera dans la mémoire collective comme phare de la Reconquista de Hispanae, et ce dès 722. Toute une frange mécontente de la population se tourne vers les nouveaux venus, comme à Byzance. Mais les populations envahies vont déchanter très vite, lorsque le vrai visage des conquérants va apparaître : destruction des églises et lieux de culte, profanation des corps saints ; pour les convertis, interdiction de quitter l’islam sous peine de mort. Enchainés à la religion des maîtres ils en tireront peu de bénéfice et devront supporter leur mépris.
La première période de résistance est essentiellement religieuse, marquée par des provocations spectaculaires conduisant inexorablement au martyre, (sur le modèle des martyrs chrétiens aux premiers siècles de l’empire romain). Euloge est l’animateur de cette rébellion.
Ce n’est que dans un second temps que viennent les soulèvements, les rebellions et les révoltes, inexorablement noyées dans le sang. Du côté du pouvoir, ces trois siècles sont marqués par la ruse, la trahison, la cruauté envers les naturels, chrétiens et musulmans. Les faits politiques rassemblés par les sources arabes, souligne Gabriel Martinez-Gros, « ne traduisent pas les structures sociales qui affleurent sous l’écume des événements mais la confortation de l’intrigue politique », ressort foncier de l’histoire de cette occupation prolongée, ruineuse et sanglante.
Les Omeyyades de Cordoue prospérèrent ainsi pendant près de deux siècles jusqu’au moment où l’émir Abd ar- Rahman III se proclama calife en 929, rejetant l’autorité spirituelle du Califat abbasside. C’est à lui qu’on devrait ce prétendu âge d’or : en réalité, une simple pause dans la longue oppression des populations espagnoles. L’allégement de l’impôt va permettre un moment de développement économique et culturel. Il ne dura pas et la guerre civile finit par faire chuter la dynastie en 1031. Al-Andalous est alors morcelée en une multitude de taïfas (principautés). Après une période de « splendeur », le khalifat de Cordoue succombe à ses divisions.
Dans la seconde moitié de XIe siècle, la vigoureuse offensive chrétienne de la « Reconquista » connaît une apogée et l’Islam ne tiendra alors en Espagne que grâce au secours des Berbères du Maroc :
« Sortis de leurs déserts de Mauritanie, ces grands nomades Berbères Çanhâja porteurs du voile noir dont les Touaregs se couvrent encore le visage, après avoir conquis la moitié de l’Afrique du Nord, sont passés en Espagne. Ils ont fait reculer la Reconquête chrétienne ; mais aussi, s’autorisant de la sainte mission qui leur incombe, ils ont annexé les petits royaumes musulmans qu’ils étaient venus sauver des Infidèles » (Georges Marçais).
Ces primitifs Berbères du Maroc vont donner au pouvoir religieux un poids qui rappelle le règne des mollahs d’aujourd’hui, avec leur morale tyrannique, pointilleuse et vicieuse. Dans Séville en particulier, ces nouveaux maîtres vont remplacer les Abbadides (la dynastie d’Abbad) qui les avaient appelés à leur secours. Le dernier souverain, le roi poète EI-Motamil, s’embarque avec les princesses de sa maison sur un bateau qui, descendant le Guadalquivir, les emporte vers le Maghreb, d’où ils ne reviendront pas. Succédant aux sultans de race arabe et de goûts artistes, que les scrupules religieux n’embarrassaient guère, les rudes conquérants Berbères instaurèrent le règne de l’austère vertu. Al-Ghazali, le plus connu a porté le beau titre de « fossoyeur de la raison ».
À la tête des villes, des hommes à eux les représentent. Entre tous, les foqafia, juristes malékites, qui jouissent d’autant mieux de leurs faveurs qu’ils émettent des avis conformes à leur politique. Les Almoravides les adjoignent aux gouverneurs de province (les cadis) pour leur servir de guides. Pour tenir les garnisons et préparer les expéditions futures, ils ont évidemment leurs parents Çanhâja du désert, mais aussi les « noirs » qu’ils ont jadis vaincus et convertis à l’Islam et qui se montrent volontiers plus arrogants que leurs maîtres et convertisseurs.
La déférence qu’on doit aux nouveaux maîtres ne saurait s’étendre à ces soudards qu’ils ont amenés avec eux. Le port du voile, qui les fait confondre avec leurs chefs, est un attribut de noblesse dont l’abus est intolérable. Il y a les Andalous dignes de confiance et les « Berbères de couleur ». Cette division du travail exprime la distinction qui se maintient dans cette société musulmane entre les deux éléments fortuitement juxtaposés de la population : d´une part les Almoravides berbères (en remplacement de la caste arabe et « syrienne » très minoritaire) et les « muladies » ou chrétiens convertis, et de l’autre la masse autochtone (les Andalous), masse divisée entre chrétiens, appelés « mozarabes », et juifs. Au bas de cette pyramide, les esclaves.
Entre les conquérants africains et le peuple d’Andalousie les choses n’iront pas sans heurts. Les dynasties défendent cette Andalousie islamisée, mais à leur profit. Ils lui demandent lettrés, architectes et artistes non par goût de la culture pour augmenter l’éclat de leur règne. Mais au bout de deux générations à peine, les fils des grands barbares sahariens se laissent séduire par la douceur andalouse. La terre conquise les a initié à la joie de vivre et au charme de la culture profane ; les poètes de Séville leur ont donné le goût du beau langage ; l’art de Cordoue revit dans les mosquées qu’ils bâtissent à Fès, à Marrakech et à Tlemcen. Faite de robustesse berbère et d’élégance espagnole, la civilisation hispano-mauresque s’est implantée et fleurit sur les deux rives de leur empire. Elle ne doit rien à l’islam et a tout emprunté à la civilisation qu’il s’est employé à détruire, mais qui revit inlassablement. Elle est faite du goût arabe de la poésie et de la musique mais surtout de l’ardent désir de l’âme humaine d’actualiser les ressources et les trésors de beauté qu’elle porte en elle, en les coulant dans les moules culturels à sa disposition. Ce n’est ni chrétien, ni musulman, ni juif : c’est une aspiration profonde qui trouve son expression particularisée dans les psaumes comme dans la poésie lyrique et amoureuse, dans la musicalité de la langue (la prosodie), où excellent les poètes « arabes », héritage des « temps de l’ignorance » ». C’est cette propriété de l’âme et de la nature humaine que l’islam austère ne cesse de réprimer parce qu’il éprouve une haine instinctive de la liberté et de la puissance créative inhérente à toute culture, (portée par quelques-uns de ses fils et de ses filles).
Les Andalous d´aujourd´hui sont-ils des Arabes comme l’idéologie nouvelle aimerait le faire croire? « L’équilibre du sang et de la race » (Gabriel Martinez-Gros) du composé andalou est largement favorable à l’Espagne et à l’Occident. L’islamisation a été aussi une arabisation, après la romanisation et l’influence des Wisigoths, barbares romanisés. Dans le Maghreb, le fait de porter un nom d’origine arabe ne résulte le plus souvent que d´un signe d´allégeance au pouvoir, et non la preuve d´une quelconque descendance des conquérants musulmans. Mais aucun particularisme « ethnique » n´existe en Andalousie du point de vue de sa population. La reconquête progressive par des Espagnols du Nord d´abord puis du Centre a eu pour conséquence les mêmes conduites destructrices envers les populations conquises : déplacement, exil de ceux qui refusaient de se convertir voire destruction.
La « umma » musulmane prétend effacer les distinctions tribales. En réalité dans les premiers siècles, elle se confond avec la « asabiyya » des Arabes instituée par le Prophète. Une asabiyya puissante, c’est-à-dire des liens de cohésion claniques, renforcés par l’appartenance à l’islam, la religion des maîtres, facilite voire permet l’accession d’une grande famille au pouvoir. Jusqu’à ce qu’une autre s’en empare. Pour se maintenir au pouvoir, il faut un « gouvernement ». Le pouvoir musulman est un pouvoir corrompu dès l’origine, il est fondé sur des prébendes, ne vit que d’intrigues, de complots, d’alliances trahies et de violence.
Et pourtant, on a pu voir émerger l’idéologie délirante de Blas Infante (1885-1936), qui s’est même vu décerner le titre de « Père de la patrie andalouse « par le Parlement d’Andalousie le 3 avril 1983. Pour lui, la présence arabe en Andalousie ne constitue pas une invasion durable mais huit siècles de liberté, de rayonnement culturel, de bien-être et de progrès scientifique. Le peuple andalou serait ainsi le produit d’un processus d’assimilation résultant de la cohabitation de populations d’origines et de religions différentes. Il ira jusqu’à prôner la création d’un État fédéral qui déléguerait à l’Andalousie les relations internationales avec les peuples d’Afrique et d’Orient.
Dans ces perspectives modernes semi fantasmées, mention spéciale pour le romancier Juan Goytisolo, sorte de Roger Garaudy espagnol, en plus subtil mais intellectuellement tout aussi ambigu (enterré à Marrakech il a passé l’essentiel de son existence hors d’Espagne). Son essai Chroniques sarrasines (publié en1985) donne une idée du poids du passé islamique dans les luttes idéologiques portant sur la formation de l’identité nationale. Dans ce livre, Goytisolo a l’élégant objectif de « sodomiser le mythe » et de défendre sa « sarrazinité ». La recension de P.R. Baduel Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée donne une petite idée de cet ouvrage édifiant.
Trois chapitres y sont consacrés à Ali Bey, à Gustave Flaubert et à Sir Richard Burton « pèlerin et sexologue ». Alors que Flaubert va sans vergogne et aux frais du gouvernement à la rencontre de ses fantasmes de lupanar oriental, Ali Bey, (pseudonyme de Domingo Badia), administrateur du monopole royal des Tabacs à Cordoue et arabisant autodidacte, est en mission secrète espagnole au Maroc, d’où il part ensuite pour l’Est où il est le premier européen à pénétrer, (déguisé) à la Mecque qu’il décrit et dessine. Revenu en Europe et en France, il se lamente « contre l’atrophie du cœur qu’y produit l’étroitesse d’une société de propriété individuelle, lui qui revenait des grands espaces désertiques ». Sir Richard Burton s’aventura en Inde avant de se rendre lui aussi à la Mecque, acte d’un courage inouï. Goytisolo compare son intérêt pour la société musulmane avec celui de Lawrence d’Arabie: « Tous deux ressentent la même fascination pour l’Islam et l’univers rude et austère des Bédouins, placé entièrement sous le signe de la masculinité. Tous deux aspireront à la liberté sauvage du désert, à ce monde hospitalier et fraternel d’où la femme est exclue ». Son homosexualité, dit-il, sera liée à ce choix d’une société de mâles. C’est un parallèle fautif et qui traduit soit une grande malhonnêteté intellectuelle, soit une grande ignorance de la vie de Lawrence d’Arabie, dont on sait que, de naissance illégitime, il fut violé par un Turc alors qu’il était tombé entre leurs mains et qu’il ne se remit apparemment jamais de l’une et de l’autre blessure.
Voir le monde à la lunette de son homosexualité (même assumée tardivement) n’est pas la lumière la plus sûre. Soyons sérieux : la « sarrazinité » de Goytisolo n’est rien d’autre qu’une figure de rhétorique. Dans Les vertus de l’oiseau solitaire, il construit sa fiction sur les origines soufies de la poésie mystique de saint Jean de la Croix.
À ce point où l’imagination efface quinze siècles d’histoire, la seule réponse est un silence atterré.
La Guerre civile espagnole a stoppé le processus d’autonomie de l’Andalousie qui a repris au moment de l´établissement des autonomies avec la Constitution de 1978 : le socialisme andalou s´est alors accaparé des théories nationalistes de cette Andalousie présentée comme le creuset d´une civilisation où auraient cohabité en harmonie le judaïsme, l´islam et les chrétiens, sous la férule des émirs et khalifes musulmans, civilisation qui serait donc prélude et modèle d´une société multiculturelle tolérante.
Celle-là même que rêve l’islamo-gauchisme français.
Le drapeau officiel de l´Andalousie inclut deux bandes vertes, en claire référence à la couleur de l’islam et de son drapeau.
Il ne faut pas prendre les “tradis” pour des canards sauvages
De l’abbé Danziec dans Valeurs Actuelles :

