Mort d’un grand pape. Benoit XVI nous a quittés
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En ces temps de pourriture culturelle et de politiquement correct abject et satanique (lois contre nature…) nous reconnaissons la grandeur d’un pape au degré de calomnie dont il aura fait l’objet pendant son pontificat. Oui, Benoit XVI était un grand pape. Il aura été, à l’instar de Saint Jean-Paul II, traîné dans la boue par les médias du monde entier et notamment allemands qui n’ont cessé de vouloir le discréditer. C’est qu’en tant que fidèle successeur de Pierre, Benoît XVI aura dénoncé sans relâche ce qu’il nommait la dictature du relativisme. Il aura joué son rôle de voix prophétique qui crie dans le désert ; et c’est cela que nous attendons d’un pape.
Profitons de l’occasion pour dénoncer le comportement ignoble de Mme Merkel qui faisant semblant de croire au complot que la télévision suédoise (infestée par le politiquement correct protestant) avait organisé contre Benoît XVI (à l’occasion de l’affaire Williamson), s’était permise de lui téléphoner insinuant qu’il serait un révisionniste. Rappelons que c’est cette même madame Merkel qui imposera quelque temps après et sans référendum le mariage contre Dieu et nature aux Allemands. Cela veut tout dire…
Benoît XVI aura réuni des qualités exceptionnelles. Il aura été un homme de foi, un roc (ce qui pour un pape est la première et la plus importante des qualités), mais aussi un grand intellectuel. Avec le prêtre théologien Fréderic Marlière, c’est la personne qui m’aura le plus apporté dans ma réflexion théologique. Certes, l’honnêteté m’oblige à dire que je n’ai jamais compris sa démission. Un pape est pape jusqu’à sa mort. Mais ce n’est pas à moi de juger.
De même que cela avait été le cas pour Saint Jean-Paul II, nous allons assister ces prochains jours à des summums d’hypocrisie et de récupération politicienne. Nous allons voir les mêmes personnes qui ont calomnié Benoît XVI de son vivant, verser maintenant leurs larmes de crocodiles dans les médias. Nous allons voir les Macron, les Scholz, les Biden, les Trudeau et autres von der Leyen (qui combattent quotidiennement les valeurs de la Sainte Église Catholique en imposant la culture de mort partout dans le monde) faire semblant de s’attendrir. Chers frères et sœurs en Christ, ne nous laissons pas berner. Ces gens sont tous au service de Satan et quand bien même ils l’ignoreraient…
Le successeur de Pierre, Benoît XVI, nous a quittés. Aujourd’hui je me sens orphelin.
Que le Tout-Puissant dans son immense miséricorde et par les mérites de Jésus-Christ, Fils de Dieu, Messie d’ Israël et seul sauveur universel, l’accueille dans son royaume de joie éternelle.
Toi, Benoît XVI, apôtre du Seigneur, nous te remercions.
Jean-Pierre Aussant
Nous y sommes presque…
Chers amis,
Il ne nous reste plus que quelques heures, mais nos efforts collectifs des deux derniers jours ont déjà porté des fruits impressionnants : en quelques heures, nous avons réuni autour de 50 000 euros. Il nous faut encore en réunir à peu près autant pour atteindre notre objectif de 200 000 euros (doublés par des donateurs du monde entier).
Cela paraît énorme, mais il suffirait de quelques centaines de personnes rejoignant le Club café pour réussir.
Je vous soutiens par un don mensuel.
Bien sûr, tous les dons ponctuels sont, eux aussi, les bienvenus – et sont, eux aussi, doublés.
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Pouvez-vous nous aider dans cette dernière ligne droite ?
Fidèlement
Guillaume de Thieulloy
Benoît XVI et la musique
D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
Parmi les nombreux aspects concernant la longue vie de Benoît XVI, je ne pense pas qu’il soit possible d’oublier son amour pour la musique, un amour qu’il avait souvent manifesté à diverses occasions. Il se plaisait à jouer du piano et s’intéressait particulièrement à la musique de Wolfgang Amadeus Mozart, auteur privilégié de nombreux théologiens qui sentaient l’empreinte de Dieu dans sa musique. Il en fut de même pour Joseph Ratzinger et, pour cette raison, à l’occasion de son quatre-vingt-neuvième anniversaire, on lui offrit un concert dans lequel la musique de son bien-aimé Mozart était interprétée.
Mais, certainement, le Pape émérite n’aimait pas seulement la musique instrumentale mais aussi la musique sacrée. Rappelons que son frère Georg était un chef de chœur estimé. Recevant l’Association italienne de Santa Cecilia en 2011, il a déclaré que « la Constitution Sacrosanctum Concilium, conformément à la tradition de l’Église, enseigne que » le chant sacré, uni aux paroles, est une partie nécessaire et intégrante de la liturgie solennelle » (n° 112 ). Pourquoi « nécessaire et intégral » ? Certainement pas pour des raisons purement esthétiques, dans un sens superficiel, mais parce qu’il concourt, précisément par sa beauté, à nourrir et exprimer la foi, et donc à la gloire de Dieu et à la sanctification des fidèles, qui sont le but de la musique sacrée ». Dans la collection de ses ouvrages sur la liturgie, il y a de nombreuses références à la musique sacrée, de nombreuses réflexions vraiment éclairantes sur la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Par exemple, lorsqu’il conteste le fait que certaines musiques entendues aujourd’hui dans l’Église doivent être considérées positivement parce qu’elles sont destinées aux jeunes, disant à juste titre que cette musique n’exprime pas la culture des jeunes, mais celle des grandes sociétés de musique pop.
Une belle méditation faite en 2008 au Collège des Bernardins à Paris, qui part de saint Benoît, nous offre un regard théologique sur la musique sacrée de Benoît XVI : “Pour saint Benoît, la règle déterminante de la prière et du chant des moines est la parole du Psaume : Coram angelis psallam Tibi, Domine – en présence des anges, je veux te chanter, Seigneur (cf. 138, 1). Se trouve ici exprimée la conscience de chanter, dans la prière communautaire, en présence de toute la cour céleste, et donc d’être soumis à la mesure suprême : prier et chanter pour s’unir à la musique des esprits sublimes qui étaient considérés comme les auteurs de l’harmonie du cosmos, de la musique des sphères. À partir de là, on peut comprendre la sévérité d’une méditation de saint Bernard de Clairvaux qui utilise une expression de la tradition platonicienne, transmise par saint Augustin, pour juger le mauvais chant des moines qui, à ses yeux, n’était en rien un incident secondaire. Il qualifie la cacophonie d’un chant mal exécuté comme une chute dans la regio dissimilitudinis, dans la ‘région de la dissimilitude’. Saint Augustin avait tiré cette expression de la philosophie platonicienne pour caractériser l’état de son âme avant sa conversion (cf. Confessions, VII, 10.16) : l’homme qui est créé à l’image de Dieu tombe, en conséquence de son abandon de Dieu, dans la ‘région de la dissimilitude’, dans un éloignement de Dieu où il ne Le reflète plus et où il devient ainsi non seulement dissemblable à Dieu, mais aussi à sa véritable nature d’homme. Saint Bernard se montre ici évidemment sévère en recourant à cette expression, qui indique la chute de l’homme loin de lui-même, pour qualifier les chants mal exécutés par les moines, mais il montre à quel point il prend la chose au sérieux. Il indique ici que la culture du chant est une culture de l’être et que les moines, par leurs prières et leurs chants, doivent correspondre à la grandeur de la Parole qui leur est confiée, à son impératif de réelle beauté ». Des paroles vraiment éclairantes qui nous ouvrent de grandes perspectives théologiques.
Malheureusement, il n’a pas pu faire grand-chose pour la musique sacrée à l’époque où il était pape régnant, car son caractère très délicat et la situation de décadence absolue ne lui permettaient pas de prendre ces décisions fortes et impopulaires qui seraient peut-être nécessaires et qu’il aurait sûrement aimées.
Je voudrais terminer par quelques souvenirs personnels. L’un d’eux évoquait l’époque où il était cardinal et où il m’avait fait convoquer à la sacristie de la basilique Saint-Pierre après avoir joué pour une messe de pèlerins allemands qu’il avait célébrée. Il m’a remercié et m’a montré son grand amour pour la musique sacrée.
Puis je me souviens quand, en tant que Pape, il montrait sa proximité avec la Chapelle Musicale Pontificale dite Chapelle Sixtine, avec des gestes d’une grande délicatesse et sensibilité. Une attention à la musique qu’il manifesta en nommant Cardinal le Maestro Domenico Bartolucci qu’il estimait beaucoup pour sa vie passée au service de la musique sacrée.
Maintenant Benoît XVI écoute la musique des anges et pourra voir de ses propres yeux ce qu’il a désiré et espéré toute sa vie.
Benoît XVI est mort, Requiescat in pace
Le pape émérite est décédé ce matin à 9h34, à l’âge de 95 ans, au monastère Mater Ecclesiae où il résidait depuis sa renonciation en 2013.

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A partir de lundi, le corps du pape émérite sera exposé à la basilique Saint-Pierre.
Ses funérailles seront célébrées par le pape François le 5 janvier à 9h30.

Né en 1927, fils de gendarme, dans une famille simple et très catholique de Bavière, Joseph Ratzinger a été une figure majeure de l’Eglise. Ordonné prêtre avec son frère Georg en 1951, il devient docteur en théologie deux ans plus tard et, en 1957, il est autorisé à enseigner la théologie dogmatique. Il est professeur à Freising, Bonn, Münster, Tübingen et enfin Regensburg. Très jeune et déjà théologien estimé, Joseph Ratzinger avait suivi de près le Concile Vatican II en tant qu’expert du cardinal Frings de Cologne, proche de l’aile réformiste.
En 1977, à 50 ans, Paul VI le nomme archevêque de Munich et le crée cardinal quelques semaines plus tard. Jean-Paul II lui a confié en novembre 1981 la direction de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. C’est le début d’une collaboration étroite entre le pape polonais et le théologien bavarois, destinée à ne se dissoudre qu’avec la mort de Karol Wojtyla, qui a refusé jusqu’au bout la démission de Ratzinger. C’est au cours de ces années que l’ancien Saint-Office met les points sur les «i» dans de nombreux domaines: il freine la théologie de la libération, qui utilise l’analyse marxiste, et prend position face à l’émergence de problèmes éthiques majeurs. L’œuvre la plus importante est certainement le nouveau Catéchisme de l’Église catholique, un travail qui a duré six ans et qui a vu le jour en 1992.
Après la mort de Jean Paul II, le conclave de 2005 a appelé pour lui succéder en moins de 24 heures un homme déjà âgé – 78 ans – universellement estimé et respecté, même par ses adversaires. Depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, Benoît XVI se présente comme «un humble ouvrier dans la vigne du Seigneur».
Il consacre sa première encyclique «Deus caritas est», à l’amour de Dieu. «Au début de la vie chrétienne, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne». Il trouve également le temps d’écrire un livre sur Jésus de Nazareth, un ouvrage unique publié en trois tomes.
Spe salvi, « Sauvés par l’espérance » est sa deuxième encyclique, publiée le 30 novembre 2007.
Signée le 29 juin 2009, fête de Saint Pierre et Saint Paul, l’encyclique Caritas in veritate (« La charité dans la vérité ») reprend les sujets sociaux de la Populorum Progressio (écrite par Paul VI en 1967). Cette 3ème encyclique du pape Benoît XVI entend développer certains aspects du développement durable dans le respect de la dignité de l’homme.
Parmi les décisions qui ont marqué son pontificat, citons le Motu proprio reconnaissant que le missel romain de 1962 n’a jamais été interdit, l’institution d’un Ordinariat pour permettre aux communautés anglicanes de revenir à la communion avec Rome, la révocation de l’excommunication des quatre évêques ordonnés par Mgr Marcel Lefebvre.
Lors de son dernier voyage en Allemagne en septembre 2011, il appelle l’Église à être moins mondaine:
«Les exemples historiques montrent que le témoignage missionnaire d’une Église « démondanisée » émerge plus clairement. Libérée des charges et des privilèges matériels et politiques, l’Église peut mieux se consacrer, et de manière vraiment chrétienne, au monde entier. Elle peut être réellement ouverte au monde… ».
Le 8 janvier 2022 il écrivait :
« Bientôt, je serai face au juge ultime de ma vie. Bien que, regardant en arrière ma longue vie, je puisse avoir beaucoup de motifs de frayeur et de peur, mon cœur reste joyeux parce que je crois fermement que le Seigneur n’est pas seulement le juge juste mais, en même temps, l’ami et le frère qui a déjà souffert lui-même mes manquements et qui, en tant que juge, est en même temps mon avocat. À l’approche de l’heure du jugement, la grâce d’être chrétien me devient toujours plus claire. Être chrétien me donne la connaissance, bien plus, l’amitié avec le juge de ma vie et me permet de traverser avec confiance la porte obscure de la mort. À ce propos, me revient sans cesse à l’esprit ce que Jean rapporte au début de l’Apocalypse : il voit le Fils de l’homme dans toute sa grandeur et tombe à ses pieds comme mort. Mais Lui, posant sur lui sa main droite, lui dit : “Ne crains pas ! C’est moi…” »
« La Tradition ne doit jamais céder face à la modernité »
Un lecteur me signale cet entretien de 2003 avec le père Zénon, iconographe de renom, un ardent défenseur de la tradition orthodoxe et fervent adepte du rapprochement des Églises chrétiennes. Extraits :
Comment passer de la Tradition à la modernité ?
Ce qui est le plus actuel, c’est la Tradition avec un grand « T ». Il ne faut pas la confondre avec les coutumes et les traditions locales. La Tradition c’est la foi vivante. Foi qui est révélée pour tout le monde, toujours et partout. La Tradition ne doit jamais céder face à la modernité. Elle n’est pas figée, elle se situe dans un immuable présent. L’essentiel dans la Tradition d’aujourd’hui est de sentir, de ressentir, d’apprendre à écouter, à connaître, à reconnaître. En parler ne suffit pas, il faut la mettre en pratique pour témoigner au monde de sa vérité. Ceux qui parlent de Dieu et ne le rencontrent pas, engendrent la polémique.
Comment montrer Dieu ?
Par le rayonnement de notre vie, de nos regards, de nos gestes. Par le témoignage concret de notre foi. Nous pouvons lire dans Ezéchiel…
Après avoir fait un signe de croix, il ouvre sa Bible, lentement, il commence à lire d’une voix grave :
« La parole de Dieu me fut adressée, en ces mots : Fils de l’homme, je t’établis comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu écouteras la parole qui sortira de ma bouche, et tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : Tu mourras ! si tu ne l’avertis pas, si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa mauvaise voie et pour lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang.
– Mais si tu avertis le méchant, et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa mauvaise voie, il mourra dans son iniquité, et toi, tu sauveras ton âme.
-Si un juste se détourne de sa justice et fait ce qui est mal, je mettrai un piège devant lui, et il mourra ; parce que tu ne l’as pas averti, il mourra dans son péché, on ne parlera plus de la justice qu’il a pratiquée, et je te redemanderai son sang.
-Mais si tu avertis le juste de ne pas pécher, et qu’il ne pèche pas, il vivra, parce qu’il s’est laissé avertir, et toi, tu sauveras ton âme » (Éz 3, 16-21).Le Seigneur insiste auprès d’Ezéchiel, lui disant que chacun demeure responsable de son action, mais qu’il aura à rendre compte de son témoignage auprès des méchants et des justes. « Va vers mon peuple et parle lui… »
Comment distinguer la modernité du prophétisme ?
Le prophétisme n’a rien à voir avec l’art divinatoire, les prédictions. Chaque nouveau baptisé reçoit du prêtre le charisme, la dignité de « roi, prêtre et prophète ».
Nous devons retrouver en nous-mêmes celui qui prépare la venue du Messie. Nous devons le faire en annonçant aux fidèles la Bonne Nouvelle, en parlant la langue qu’ils comprennent. Aujourd’hui les fidèles sont las des discours, ils n’ont plus envie d’entendre des mots, ils recherchent des exemples à suivre. Il faut faire voir. Il ne faut pas dire « regardez » mais apprendre aux fidèles à regarder. Leur faire découvrir le sens profond du repentir. Distinguer le repentir de la prise de conscience. On reconnaît un arbre à ses fruits, un homme à ses oeuvres.
Le monachisme est-il compatible avec la modernité ?
Le monachisme du IVe siècle, comme l’a vécu saint Antoine, est impossible à vivre aujourd’hui. Le moine n’est pas meilleur que les autres hommes, son habit ne le protège de rien, parfois au contraire. Le monachisme doit rester dans le cadre de l’Église.
Le moine est un chrétien qui décide de suivre le Christ au plus près, avec plus d’abnégation, qui décide d’auto-contrôler ses pulsions et qui se laisse vérifier par son Père spirituel dans le combat des passions. Le monachisme, c’est l’aspiration à la ressemblance au Christ. Saint Silouane dit : « Le saint ressemble au Christ ». Il est important de voir rayonner la joie sur son visage.
Que pouvons-nous répondre aux fidèles qui reprochent aux moines de s’adapter au progrès ?
Qu’ils viennent vous rendre visite à cheval. Il y a une évolution inévitable mais elle doit toujours nous ramener auprès de Dieu. L’ascèse ne nous sépare pas de ce qui existe, mais nous suscite à répondre « présent » à la Lumière par la transparence de notre vie, de notre être. La vie est dynamique par nature, chaque arrêt est une mort. Soyons des êtres théophores, porteurs de Dieu.
L’enracinement est la condition même de la civilisation : le mondialisme n’est pas un vrai universalisme
Laurent Dandrieu, journaliste à Valeurs Actuelles, a été interrogé dans Politique Magazine à propos de son ouvrage Rome ou Babel, pour un christianisme universalité et enraciné. Extrait :
Mon livre cherche en réalité à étudier les rapports entre mondialisme et universalisme chrétien – rapports qui devraient, selon la théologie catholique, être pensés sous la forme de la contradiction, mais que l’évolution récente du discours de l’Église et de la mentalité de nombre de chrétiens obligent malheureusement à penser sous l’angle de la confusion. L’histoire biblique de Babel et de sa fameuse tour, racontée dans le livre de la Genèse – l’humanité, alors encore unifiée, en conçoit un orgueil qui la pousse à défier Dieu par la construction d’une tour qui percera les cieux – fournit un bon symbole du mondialisme actuel, qui pense, par une unification techniciste et matérialiste du genre humain, libérer l’homme du “péché originel” de l’identité, des frontières, de la division entre nations et cultures particulières. Mais Benoît XVI nous en avertit : « L’homme ne peut absolument pas faire advenir par lui-même l’unité du monde car la division lui est imposée par la volonté souveraine de Dieu. »
À l’unité de Babel, qui vise la puissance par l’uniformité, s’oppose le modèle de l’universalisme chrétien, unité spirituelle du genre humain qui est profondément respectueuse de la diversité des peuples et des cultures. Les deux premières manifestations en sont l’incarnation de Jésus dans le peuple d’Israël – Jésus est venu annoncer aux hommes l’universalité du salut, mais il le fait en s’adressant aux hommes d’une nation particulière et en épousant leur culture ; et la Pentecôte, où les disciples du Christ, saisis par l’Esprit saint, s’adressent aux hommes de différents peuples présents à Jérusalem qui les entendent chacun dans sa langue : c’est-à-dire qu’ils reçoivent l’annonce de la Bonne nouvelle chacun dans sa culture.
Par suite, l’évangélisation des peuples se fera suivant le principe d’inculturation, que Jean-Paul II a défini ainsi : « L’incarnation de l’Évangile dans les cultures autochtones, et en même temps l’introduction de ces cultures dans la vie de l’Église. » C’est cet universalisme romain que désigne la “Rome” de mon titre. Il n’a utilisé le vecteur de la Rome impériale qu’autant qu’il lui a permis de gagner rapidement des peuples divers, mais n’est jamais rentré dans une logique d’uniformisation. L’universalisme de Rome, ce n’est pas la fusion des identités particulières dans une nouvelle identité commune, c’est la communion de ces identités préservées dans la conscience d’une destinée spirituelle commune.
Votre livre cherche à réconcilier civilisation et enracinement, mais est-ce que ces deux notions n’ont pas déjà été discréditées par la modernité, la société industrielle et la mondialisation ?
Je ne cherche pas à réconcilier civilisation et enracinement, mais à montrer que l’enracinement est la condition même de la civilisation. Il n’y a de culture qu’enracinée, et c’est cette culture enracinée qui permet à l’homme de devenir pleinement humain, et à cet animal social de construire la société ordonnée à une communauté de destin qu’on appelle la civilisation. Sans cet enracinement, sans cette tension d’une société vers la forme singulière de bien commun qui incarne sa vocation particulière, il n’y a pas de civilisation possible. Le mondialisme, en arrachant l’homme à tous ses ancrages et à toutes les identités qui lui permettent de se construire et de s’humaniser, prétend libérer l’homme, mais il ne libère en réalité que le “gros animal” dont parlait Platon, l’homme réduit à la bestialité de ses appétits matériels. En privant l’homme de ses enracinements dont pourtant, nous dit Simone Weil, « il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle », la mondialisation n’accouche en réalité que d’une anticivilisation. Le fait qu’elle progresse à grande vitesse masque le fait qu’à cause de cela, elle est perpétuellement en crise. Comme le dit Christopher Lasch : « Le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines. »
[…]
En réalité, c’est Babel qui est eurocentrée : le mondialisme n’est pas un vrai universalisme, mais la seule généralisation au monde entier du relativisme occidental. C’est à juste raison que beaucoup, dans le reste du monde, le dénoncent comme un néocolonialisme. Mais le paradoxe est que cette occidentalisation est destructrice aussi pour l’Occident, car ce relativisme postmoderne est négateur de sa vraie identité. Rome, en revanche, parce qu’elle s’appuie sur le principe défini par saint Thomas d’Aquin selon lequel « la grâce ne détruit pas la nature mais la couronne », peut prêcher un message universel au monde entier sans risquer d’abîmer les cultures particulières en ce qu’elles ont de plus précieux. Par l’universalité de la grâce annoncée à chaque culture, « l’histoire de toutes les nations est appelée à entrer dans l’histoire du Salut », écrit Jean-Paul II dans Mémoire et identité. Si la culture européenne a une place centrale dans l’identité chrétienne, c’est uniquement parce que c’est elle qui a mis en lumière l’universalité de la nature humaine. Mais ce faisant, elle a offert aux autres cultures une précieuse voie pour s’universaliser. […]
Commentant l’ouvrage de Laurent Dandrieu, l’abbé Roy souligne sur Claves :
[…] Il nous semble toutefois important de rappeler – comme le fait d’ailleurs l’auteur dès le premier chapitre – que l’on ne peut recevoir l’enseignement de l’Eglise des seules déclarations faites par ses représentants devant des journalistes. Plus encore, il nous paraît délicat de voir émerger dans les différentes prises de position des responsables ecclésiastiques sur le sujet des mouvements de personnes un véritable « magistère » ou une « théologie migratoire. » Il ne semble d’ailleurs pas que ce soit la volonté de l’auteur, qui comprend certainement bien la complexe notion de magistère, à manier selon la précision du vocabulaire théologique. Le magistère se caractérise ainsi par son sujet (le pape, le pape et les évêques, les évêques en communion avec le pape) et son objet (l’explicitation du dépôt révélé par le Christ et transmis par l’Eglise, sur les matières de foi et de moeurs). Faisons donc remarquer que l’on ne voit pas de manière évidente que la question des migrations entre directement dans l’objet du magistère. Quant au sujet du magistère, son engagement varie selon divers degrés, suivant des modalités précises, auxquelles toutes les expressions récentes sur le sujet des migrations ne semblent pas correspondre. La réception et l’interprétation du magistère proprement dit ne peut donc se concevoir sur le plan de l’analyse du discours politique. Son interprétation authentique n’a été confiée par le Christ qu’à l’Eglise. L’obéissance et l’assentiment du chrétien ne suppose pas de faire taire son intelligence, elle doit cependant s’inscrire dans une attitude filiale et bienveillante a priori envers l’enseignement du Saint-Siège, qui peut être complétée a posteriori par un jugement prudentiel posé sur les arguments utilisés, en particulier lorsque le degré d’autorité engagé est faible ou inexistant. […]
À peine avons-nous commémoré la naissance du Sauveur que nous sommes invités à contempler ceux qui lui ont rendu le témoignage suprême
De Philippe Maxence dans L’Homme Nouveau :
Au premier abord, le calendrier liturgique a souvent de quoi nous surprendre. Pendant une grande partie de cette belle octave de Noël – une des rares rescapées de la grande transformation de la liturgie – l’Église a placé sous nos yeux une série de martyrs.
Dom Guéranger le remarquait déjà naguère dans son Année liturgique, cette série admirable qui a nourri (entre autres) la spiritualité et la doctrine de Thérèse de Lisieux dont nous allons fêter le 150e anniversaire de la naissance (2 janvier 1873).
L’abbé de Solesmes formulait son constat en égrenant les noms des martyrs célébrés :
« Étienne, qui a succombé sous les cailloux du torrent ; Jean, martyr de désir, qui a passé par le feu ; les Innocents, immolés par le glaive ; Thomas, égorgé sur le pavé de sa cathédrale ; tels sont les champions qui font la garde auprès du nouveau Roi. »
Quel paradoxe, quand même ! À peine avons-nous commémoré la naissance du Sauveur que nous sommes invités à contempler ceux qui lui ont rendu le témoignage suprême.
Comme souvent avec le christianisme réel, le paradoxe n’est qu’apparent. La joie, dans sa pleine réalité, doit demeurer la note principale de ce temps de Noël. Joie toujours vivante, puisée à la source, dans la contemplation de l’Enfant-Dieu reposant dans l’humilité d’une crèche.
Mais joie également devant ceux qui ont imité leur Sauveur jusqu’au don de leur sang et dont l’Église depuis les origines fête le Dies natalis, la naissance au Ciel.
Transmettre le vrai
Au-delà de la joie, cette série de martyrs qui nous ont guidés vers la fin de cette année civile ont-ils une leçon à nous donner ? Oui, bien sûr, et même plusieurs. D’abord, celle de leur fidélité sans faille au Christ et à sa doctrine, pleine et entière. Doctrine transmise depuis les Apôtres et à laquelle nous sommes particulièrement invités à nous référer dans les heures troubles que nous traversons.
Doctrine de vie, que nous devons transmettre intacte pour les générations futures, fussent-elles réduites au rang de petit reste. Mais doctrine universelle, et qui ne doit pas à ce titre n’être offerte qu’au « petit reste », comme le bien d’une seule communauté, au risque sinon de perdre de sa sève.
Jamais, et à aucun moment, le christianisme ne doit et ne peut être un communautarisme. Dieu s’est incarné pour sauver tous les hommes. Aujourd’hui, hier et demain ! Cette perspective reste vraie aujourd’hui, alors même que le troupeau diminue et que les Pasteurs eux-mêmes semblent vaciller ou douter de la portée du message.
L’interdiction de poser des questions
Il faut cependant aller plus loin et trouver dans ces exemples d’autres leçons. L’une d’elles pourrait se formuler par le refus radical du conformisme mondain.
Refus qui implique non une réaction adolescente qui ne constitue au fond qu’un simple mimétisme mais la volonté spirituelle, morale et intellectuelle de sortir d’un état de paralysie engendré par une succession de « ralliements » qui consistent à considérer comme un bienfait ce qui n’est qu’un fait, une situation qui nous est imposée, et qui annihile dans l’œuf toute analyse et toute action.
Dans son essai consacré à Gramsci, Augusto Del Noce cite la définition du totalitarisme donnée par Eric Voegelin : « l’interdiction de poser des questions ». Et le philosophe italien y apporte lui-même ce commentaire :
« si le conformisme du passé était un conformisme des réponses, le nouveau conformisme, lui, résulte d’une sélection des questions, qui fait que les questions indiscrètes sont paralysées en tant qu’expression de “traditionalisme”, d’“esprit conservateur”, “réactionnaire”, “antimoderne” ou, mieux, quand l’excès de mauvais goût parvient à sa limite, de “fascisme” ».
Plus important encore que ce constat (juste), Del Noce en voyait très bien la conséquence :
« On en arrive ainsi à des situations où c’est le sujet lui-même qui s’interdit de poser ces questions, en tant qu’il les juge “immorales” » (Augusto Del Noce, Gramsci ou le « suicide de la révolution », Le Cerf, p. 154-15).
Au terme de cette année civile, c’est donc moins à un regard en arrière qu’il faut tendre qu’à la fondation de vraies bases pour affronter demain.
À ce titre, nous ne pouvons formuler que le vœu de rompre avec la culture dominante, de sortir du piège du langage convenu, bref de purifier, comme disent les spirituels, notre regard pour le remettre en face du réel. De retrouver ensuite toute la cohérence intellectuelle pour déterminer la conduite à avoir dans ces temps troublés.
À L’Homme Nouveau, nous sommes plus que jamais déterminés à poser des questions et à sortir de l’auto-paralysie mentale. Sainte année à tous.
La sexualité après le christianisme, par Rod Dreher
Un lecteur nous a traduit un article édifiant de Rod Dreher, écrit en 2013 dans The American Conservative, dont il est rédacteur en chef. La dénaturation du mariage n’est pas seulement une révolution sociétale mais une révolution cosmologique :
Il y a vingt ans, le nouveau président Bill Clinton a marché sur une mine politique lorsqu’il a tenté de tenir une promesse électorale de permettre aux soldats homosexuels de servir ouvertement (Note du traducteur : c’est à dire en évoquant publiquement leur préférence sexuelle pour les personnes de même sexe). Le mariage homosexuel se fait à peine connaître comme revendication politique ; le pays était alors à trois ans de la loi sur la défense du mariage et à quatre ans du coming out lesbien à une heure de grande écoute de la comédienne Ellen DeGeneres.
Puis vint ce que les historiens retiendront un jour comme une révolution culturelle. Nous entrons maintenant dans la phase finale de la lutte pour les droits des homosexuels et la signification de l’homosexualité. Les conservateurs ont été mis en déroute, devant les tribunaux et de plus en plus devant le tribunal de l’opinion publique. Il est communément admis que la seule raison de s’opposer au mariage homosexuel est le fanatisme de rang ou pour des raisons religieuses, dont aucun — selon l’argument — n’a sa place dans la détermination des lois ou des normes publiques.
L’ampleur de la défaite subie par les traditionalistes moraux deviendra de plus en plus claire à mesure que les Américains plus âgés quitteront la scène. Sondage après sondage, il ressort que pour les jeunes, l’homosexualité est normale et que le mariage homosexuel n’est pas un problème — sauf, bien sûr, si l’on s’y oppose, auquel cas on a le statut moral approximatif d’un ségrégationniste à la fin des années 1960.
Tout cela est, en fait, beaucoup plus important que ne le pensent la plupart des gens des deux côtés, et pour une raison qui échappe même aux ardents opposants aux droits des homosexuels. En 1993, un article en première page dans The Nation identifiait la cause des droits des homosexuels comme le sommet et la clé de voûte de la guerre culturelle :
Tous les contre-courants des luttes de libération actuelles sont subsumés dans la lutte gay. Le moment gay est à certains égards similaire au moment que d’autres communautés ont vécu dans le passé de la nation, mais c’est aussi quelque chose de plus, car l’identité sexuelle est en crise dans toute la population, et les homosexuels — à la fois les sujets et les objets les plus visibles de la crise — ont été contraints d’inventer une cosmologie complète pour la saisir. Personne ne dit que les changements viendront facilement. Mais il est tout simplement possible qu’une petite minorité sexuelle méprisée change l’Amérique pour toujours.
Ils avaient raison, et bien que le mot « cosmologie » puisse frapper les lecteurs comme philosophiquement grandiose, son utilisation paraît maintenant totalement prophétique. La lutte pour les droits d’une « petite minorité sexuelle méprisée » n’aurait pas réussi si l’ancienne cosmologie chrétienne avait résisté : pour parler franchement, la cause des droits des homosexuels a réussi précisément parce que la cosmologie chrétienne s’est dissipée dans l’esprit de l’Occident.
Le mariage homosexuel porte le coup décisif à l’ordre ancien. La rhétorique triomphaliste de la Nation d’il y a deux décennies n’est pas trop mûre ; les radicaux appréciaient ce qui était en jeu bien mieux que beaucoup, en particulier les apologistes bourgeois du mariage homosexuel en tant que phénomène conservateur. Le mariage gay va en effet changer l’Amérique pour toujours, d’une manière qui ne devient visible que maintenant. Pour le meilleur ou pour le pire, cela fera de nous une culture bien moins chrétienne. Il le fait déjà précisément.
Lorsqu’ils écrivaient le livre largement acclamé de 2010 American Grace , une étude approfondie des croyances et pratiques religieuses contemporaines, les politologues Robert D. Putnam et David E. Campbell ont remarqué deux lignes de tendance inverses dans les mesures des sciences sociales, toutes deux commençant vers 1990.
Ils ont constaté que les jeunes Américains arrivant à l’âge adulte à cette époque ont commencé à accepter l’homosexualité comme moralement licite en plus grand nombre. Ils ont également observé que les jeunes Américains commençaient de plus en plus à s’éloigner de la religion organisée. Le boom évangélique des années 1970 et 1980 s’est arrêté, et sans un tsunami d’immigration hispanique, l’église catholique américaine perdrait des adhérents au même rythme que la ligne principale protestante en déclin depuis longtemps.

Au fil du temps, les données ont montré que les attitudes sur les questions morales se sont avérées être de solides prédicteurs de l’engagement religieux. En particulier, plus on était libéral sur l’homosexualité, moins on était susceptible de revendiquer une appartenance religieuse. Ce n’est pas que les jeunes Américains devenaient athées. Au contraire, la plupart d’entre eux s’identifient comme “spirituels, mais pas religieux”. Combiné avec les athées et les agnostiques, ces « aucuns » — le terme est celui de Putnam et de Campbell — comprennent la population religieuse à la croissance la plus rapide du pays.
En effet, selon une étude du Pew Research Center de 2012, les “Sans religion” représentent un Américain sur trois de moins de 30 ans. Il ne s’agit pas simplement de jeunes gens faisant ce que les jeunes ont tendance à faire : garder l’église à distance jusqu’à ce qu’ils s’installent. Greg Smith de Pew a déclaré à NPR que cette génération est plus non affiliée à la religion que n’importe quelle autre. Putnam — le chercheur de Harvard mieux connu pour son étude sur la culture civique à succès Bowling Alone — a déclaré qu’il n’y avait aucune raison de penser qu’ils reviendraient à l’église en grand nombre à mesure qu’ils vieilliraient.
Putnam et Campbell ont pris soin de dire dans American Grace que la corrélation n’est pas la causalité, mais ils ont souligné qu’à mesure que l’activisme gay se déplaçait vers le centre de la vie politique américaine — à l’époque de l’article en première page de The Nation — le rôle public important que de nombreux dirigeants chrétiens ont pris en s’opposant aux droits des homosexuels a séparé les jeunes Américains de la religion organisée.
Lors d’un dîner peu après la publication d’ American Grace , Putnam m’a dit que les églises chrétiennes devraient libéraliser l’enseignement sexuel si elles espéraient conserver la loyauté des jeunes générations. Cela semble à première vue une conclusion raisonnable, mais l’expérience des dénominations libérales américaines dément cette prescription. Les églises protestantes traditionnelles, qui acceptent beaucoup plus l’homosexualité et la libération sexuelle en général, ont poursuivi leur forte baisse de leurs effectifs.
Il semble que lorsque les gens décident que le christianisme historiquement normatif se trompe sur le sexe, ils ne trouvent généralement pas d’église qui approuve leurs opinions libérales. Ils ont complètement arrêté d’aller à l’église.
Cela soulève une question cruciale : le sexe est-il le pivot de l’ordre culturel chrétien ? Est-il vraiment vrai que rejeter l’enseignement chrétien sur le sexe et la sexualité, c’est supprimer le facteur qui donne — ou a donné — au christianisme son pouvoir de force sociale ?
Même s’il ne l’aurait peut-être pas dit tout à fait de cette façon, l’éminent sociologue Philip Rieff aurait probablement dit oui. Le livre phare de Rieff de 1966, Le triomphe de la thérapeutique , analyse ce qu’il appelle la « déconversion » de l’Occident du christianisme. Presque tout le monde reconnaît que ce processus est en cours depuis les Lumières, mais Rieff a montré qu’il avait atteint un stade plus avancé que la plupart des gens — et encore moins les chrétiens — ne le reconnaissaient.
Rieff, décédé en 2006, était un incroyant, mais il a compris que la religion est la clé pour comprendre toute culture. Pour Rieff, l’essence de toute culture peut être identifiée par ce qu’elle interdit. Chacun impose une série d’exigences morales à ses membres, dans le but de servir des objectifs communs, et les aide à faire face à ces exigences. Une culture requiert un culte — un sens de l’ordre sacré, une cosmologie qui enracine ces exigences morales dans un cadre métaphysique.
Vous ne vous comportez pas comme ci et comme ça parce que c’est bon pour vous ; vous le faites parce que cette vision morale est encodée dans la nature de la réalité. C’est la base de la théorie du droit naturel, qui a été au cœur des arguments laïcs contemporains contre le mariage homosexuel (et qui n’ont convaincu personne).
Rieff, écrivant dans les années 1960, a identifié la révolution sexuelle — bien qu’il n’ait pas utilisé ce terme — comme un indicateur majeur de la mort du christianisme en tant que force culturellement déterminante. Dans la culture chrétienne classique, écrit-il, “le rejet de l’individualisme sexuel” était “très proche du centre de la symbolique qui n’a pas tenu”. Il voulait dire que le renoncement à l’autonomie sexuelle et à la sensualité de la culture païenne était au cœur de la culture chrétienne — une culture qui, de manière cruciale, ne renonçait pas simplement à l’instinct érotique mais le redirigeait. Que l’Occident se repaganise rapidement autour de la sensualité et de la libération sexuelle était un signe puissant de la disparition du christianisme.
Il est presque impossible pour les Américains contemporains de comprendre pourquoi le sexe était une préoccupation centrale du christianisme primitif. Sarah Ruden, traductrice de classiques formée à Yale, explique la culture dans laquelle le christianisme est apparu dans son livre de 2010 Paul Among The People . Ruden soutient qu’il est profondément ignorant de penser à l’apôtre Paul comme un proto-puritain austère descendant sur des hippies païens insouciants, leur ordonnant d’arrêter de s’amuser.
En fait, les enseignements de Paul sur la pureté sexuelle et le mariage ont été adoptés comme libérateurs dans la culture gréco-romaine pornographique et sexuellement exploitante de l’époque — exploitant en particulier les esclaves et les femmes, dont la valeur pour les hommes païens résidait principalement dans leur capacité à produire des enfants et à fournir plaisir sexuel. Le christianisme, tel qu’articulé par Paul, a opéré une révolution culturelle, restreignant et canalisant l’éros masculin, élevant le statut des femmes et du corps humain, et imprégnant le mariage — et la sexualité conjugale — d’amour.
Le mariage chrétien, écrit Ruden, était “aussi différent de tout ce qui existait avant ou depuis que l’ordre de tendre l’autre joue”. Le fait n’est pas que le christianisme consistait uniquement, ou principalement, à redéfinir et à revaloriser la sexualité, mais qu’au sein d’une anthropologie chrétienne, le sexe prend une signification nouvelle et différente, qui exigeait un changement radical de comportement et de normes culturelles. Dans le christianisme, ce que les gens font de leur sexualité ne peut être séparé de ce qu’est la personne humaine.
Il serait absurde de prétendre que la civilisation chrétienne ait jamais atteint un âge d’or d’harmonie sociale et de félicité sexuelle. Il est facile de trouver des époques dans l’histoire chrétienne où les autorités ecclésiastiques étaient obsédées par la pureté sexuelle. Mais comme le reconnaît Rieff, le christianisme a établi un moyen d’exploiter l’instinct sexuel, de l’intégrer au sein d’une communauté et de le diriger de manière positive.
Ce qui rend notre propre époque différente du passé, dit Rieff, c’est que nous avons cessé de croire au cadre culturel chrétien, mais nous avons rendu impossible de croire en un autre qui fait ce que la culture doit faire : contenir les passions individuelles et les canaliser de manière créative à des fins communes.
Au contraire, à l’ère moderne, nous avons inversé le rôle de la culture. Au lieu de nous apprendre ce dont nous devons nous priver pour être civilisés, nous avons une société qui nous dit que nous trouvons un sens et un but à nous libérer des anciens interdits.
Comprendre comment c’est arrivé est compliqué, et implique la montée de l’humanisme, l’avènement des Lumières et l’avènement de la modernité. Comme l’écrit le philosophe Charles Taylor dans son histoire religieuse et culturelle magistrale A Secular Age , “Toute la position éthique des modernes suppose et découle de la mort de Dieu (et bien sûr, du cosmos significatif).” Être moderne, c’est croire en ses désirs individuels comme lieu d’autorité et d’auto-définition.
Peu à peu, l’Occident a perdu le sens que le christianisme avait beaucoup à voir avec l’ordre civilisationnel, écrit Taylor. Au XXe siècle, le rejet des idéaux chrétiens restrictifs sur la sexualité est devenu de plus en plus identifié à la santé. Dans les années 1960, la conviction que l’expression sexuelle était saine et bonne — plus il y en avait, mieux c’était — et que le désir sexuel était intrinsèque à l’identité personnelle a culminé dans la révolution sexuelle, dont l’esprit animant soutenait que la liberté et l’authenticité devaient ne se trouve pas dans la rétention sexuelle (la vision chrétienne) mais dans l’expression et l’affirmation sexuelles. C’est ainsi que l’Américain moderne revendique sa liberté.
Pour Rieff, notre époque est un type particulier d’ « époque révolutionnaire» parce que la révolution ne peut pas, par sa nature, être institutionnalisée. Parce qu’elle nie la possibilité d’une connaissance commune des vérités contraignantes transcendant l’individu, la révolution ne peut établir un ordre social stable. Comme Rieff le caractérise, “La réponse à toutes les questions de ‘pourquoi’ est ‘plus’.”
Notre culture post-chrétienne est donc une « anti-culture ». Nous sommes contraints par la logique de la modernité et le mythe de la liberté individuelle de continuer à arracher les derniers vestiges de l’ordre ancien, convaincus que le vrai bonheur et l’harmonie seront nôtres une fois toutes les limites annulées.
Le mariage gay signifie le triomphe final de la révolution sexuelle et le détrônement du christianisme parce qu’il nie le concept de base de l’anthropologie chrétienne. Dans l’enseignement chrétien classique, l’union divinement sanctionnée de l’homme et de la femme est une icône de la relation du Christ avec son église et finalement de Dieu avec sa création. C’est pourquoi le mariage homosexuel nie la cosmologie chrétienne, dont nous tirons notre concept moderne des droits de l’homme et d’autres biens fondamentaux de la modernité. Reste à savoir si nous pourrons les conserver à l’époque post-chrétienne.
Il reste également à voir si nous pouvons garder le christianisme sans accepter la chasteté chrétienne. Les recherches du sociologue Christian Smith sur ce qu’il a appelé le « déisme thérapeutique moraliste » — le bien-être, le pseudo-christianisme qui a supplanté la version normative de la foi dans l’Amérique contemporaine — suggèrent que la tâche sera extrêmement difficile.
Les chrétiens conservateurs ont perdu la lutte contre le mariage homosexuel et, comme nous l’avons vu, l’ont fait des décennies avant même que quiconque ne pense que le mariage homosexuel était une possibilité. Les partisans du mariage gay ont réussi si rapidement parce qu’ils ont montré au public que ce pour quoi ils se battaient correspondait à ce que la plupart des Américains d’après les années 1960 croyaient déjà sur la signification du sexe et du mariage. La question à laquelle les Chrétiens occidentaux sont confrontés maintenant est de savoir s’ils vont ou non perdre complètement le Christianisme dans cette nouvelle dispensation.
Trop d’entre eux pensent que le mariage homosexuel n’est qu’une question d’éthique sexuelle. Ils ne voient pas que le mariage gay, et l’effondrement concomitant du mariage chez les hétérosexuels pauvres et de la classe ouvrière, est parfaitement logique étant donné l’individualisme autonome sacralisé par la modernité et adopté par la culture contemporaine — en fait, par beaucoup de ceux qui se disent chrétiens. Ils ne saisissent pas que le christianisme, bien compris, n’est pas un complément thérapeutique moraliste à l’individualisme bourgeois — une réponse courante chez les Chrétiens américains, dénoncée par Rieff en 2005 comme “simplement pathétique” — mais qu’il est radicalement opposé à l’ordre culturel (ou désordre) qui règne aujourd’hui.
Ils mènent la guerre culturelle de manière moraliste, et non cosmologique. Ils ont non seulement perdu la culture, mais à moins qu’ils ne comprennent la nature du combat et ne changent leur stratégie pour combattre cosmologiquement, d’ici quelques générations, ils risquent également de perdre leur religion.
“La mort d’une culture commence lorsque ses institutions normatives ne parviennent pas à communiquer les idéaux d’une manière qui reste intérieurement convaincante”, écrit Rieff. Selon cette norme, le christianisme en Amérique, sinon la spiritualité américaine, est en danger de mort. L’avenir n’est pas prédestiné : Taylor partage une grande partie de l’analyse historique de Rieff mais est plus optimiste quant au potentiel de renouveau. Pourtant, si la foi ne se rétablit pas, l’autopsie historique conclura que le mariage homosexuel n’était pas une cause mais un symptôme, le signe révélateur de l’état terminal du patient.
Nouveau site internet pour Chrétienté Solidarité
Chrétienté-Solidarité défend les valeurs menacées de la civilisation chrétienne et de l’identité française, en agissant sur le terrain politique et social conformément à sa devise : Dieu – Famille – Patrie.
Chrétienté-Solidarité lutte contre le totalitarisme islamiste, les inversions anti-humaines, le mondialisme totalitaire et toutes les extrêmes-gauches.
Chrétienté-Solidarité est engagé dans le soutien aux chrétientés menacées à travers le monde.
[Rediffusion] Ouverture d’une classe spécialisée dans un collège à Fontainebleau
L’établissement scolaire hors contrat ESCEJ (Etablissement Sacré-Cœur – Enfant Jésus), à Fontainebleau, lance le projet d’ouvrir une classe spécialisée pour le collège en 2023.
L’école accueille actuellement,; en primaire, deux enfants porteurs de handicap; leur épanouissement, leurs remarquables progrès dans l’apprentissage, et le rayonnement qu’ils ont auprès des autres élèves de l’école sont autant de raison de lancer l’ouverture d’une classe spécialisée accueillant jusqu’à 6 collégiens “extra-ordinaires” !
Vous trouverez le détail du projet sur le site.
Pour mener à terme ce projet, l’école a besoin de 65 000€. Une campagne de financement participatif est lancée sur la plateforme Credofunding.
Toutes les églises de Chine vont rouvrir
La crise sanitaire avait été un prétexte pour faire fermer les lieux de culte. L’agence Fides a été informée que toutes les églises et lieux de prière de Pékin seront ouverts le 1er janvier 2023.
La suite est curieuse : des orientations pratiques sont édictées, telles que l’augmentation du nombre de messes et la réduction de leur durée afin de permettre à un plus grand nombre de croyants de participer en faisant des réservations… Enfin, étant donné l’ampleur que prend l’épidémie en Chine,
« Mgr Joseph Li Shan – archevêque de Pékin – dispense de la messe dominicale les personnes âgées, les personnes gravement malades et celles infectées par le Covid ».
Impossible de faire un film catholique n’est pas francais !
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Aujourd’hui sur le Salon Beige, nous montrons le trailer de PROMESSE. Il s’agit peut-être l’une des plus belles de nos vidéos issues du prototype du film. J’espère que vous le partagerez afin que par la force de l’union nous réussissions.
Mais pourquoi s’efforcer de faire un trailer catholique ?
Voici deux histoires vraies qui le justifient.
Adolescent, je connaissais deux familles : les Pérot et les Bougreaux.
Un jour Maman Pérot dit : « Comment voulez-vous que j’élève mes enfants dans la foi ? Tout ce qu’il y a autour d’eux les invite à renier Dieu. Mon mari s’en fiche ».
Je mangeais aussi souvent chez la famille Bougreaux : de leur sept garçons, six aujourd’hui ont de splendides familles avec en moyenne 4 enfants et ils vivent dans la foi. Il y a ainsi 85% de réussite de vies chrétiennes parmi les enfants des Bougreaux et 24 petits enfants élevés au sein de foyers unis.
Côté Pérot, la fille aînée en est à son deuxième mariage avec un incroyant décent, certes. Un fils est drogué et blasphème quotidiennement., Ainsi, 2 enfants sur 5 sont revenus aux sacrements après 20 ans d’errance. Il y a donc 40% de réussite de vies chrétiennes chez les enfants adultes. Le pourcentage descend bien plus bas chez les petits-enfants. D’abord ils sont rares et ensuite, ils ont très tristement des vies chaotiques : deux petits-enfants ont leurs parents séparés, trois autres sont nés en dehors du mariage, un seul a la chance de vivre avec ses deux parents.
Comment les Bougreaux ont-ils réussi l’éducation chrétienne de leurs enfants alors que les Pérot ont fléchi ?
Les Bougreaux ont fait attention aux œuvres culturelles qui atteignaient leurs enfants : liste de grands classiques à lire l’été, films choisis, scoutisme traditionnel, écoles hors-contrat. Dès l’âge de 16 ans, les enfants savaient discerner les influx néfastes ou les bénéfiques.
Quant à la maman Pérot, elle fut dépassée et son mari a toujours cru que tout irait bien : écoles publiques, télévision et films à tout va, scoutisme soixante-huitard. Les enfants ont quasiment tout avalé de la culture ambiante. Ils sont les miroirs quasiment exacts des films qu’ils regardaient.
Si l’on admet la force de la culture ambiante et que l’on a à cœur l’âme des enfants, on ne peut que souhaiter un influx de créations culturelles chrétiennes pour prendre la place de cette culture empoisonnée.
Pour que cela se fasse, pensons-nous que l’industrie du film va s’y mettre, ou l’état, ou le clergé ? Nous savons bien que non. La seule source de création sera nous-mêmes, les laïcs, le peuple, les gens libres. Les protestants l’ont prouvé aux USA et ce sont d’ailleurs leurs films chrétiens que les Catholiques en France regardent maintenant.
Or, le projet catholique de film Promesse fait exactement cela. Si vous faites partie du Peuple de Dieu en France, saurez-vous lui permettre de réussir ?
C’est ici que vous pouvez y participer.
Que Dieu vous le rende.
Daniel Rabourdin, le réalisateur
La théorie des limbes demeure une opinion théologique possible
Dans deux articles publiés sur Claves, l’abbé Charles Berger De Gallardo se penche sur le sort des enfants morts sans baptême et notamment sur la doctrine des limbes, aujourd’hui sérieusement contestée.
Retrouvez ici le premier article.
Extrait du second :
En avril 2007, la Commission théologique internationale (CTI) a publié un document intitulé : L’espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême[6]. Bien que cette publication ait été autorisée par le pape Benoît XVI et quoique l’on puisse lire ici ou là, il ne s’agit pas d’un document magistériel. En effet, la CTI n’a pas d’autorité magistérielle, mais elle est un organe scientifique au service du magistère[7]. L’autorité de ce document tient donc à la seule compétence théologique de ses rédacteurs et à la valeur de leurs arguments. Par ailleurs, malgré la tendance générale du document en faveur de l’abandon de la doctrine des limbes, on peut y lire d’importantes nuances. Ainsi, la théorie des limbes « demeure une opinion théologique possible[8] » et « ce qui nous a été révélé, c’est que la voie ordinaire du salut passe par le sacrement du baptême[9] ». À rebours donc de certains comptes-rendus hâtifs qui en ont été faits, ce document
« est loin d’affirmer positivement que tous les enfants non baptisés seraient sauvés[10] ».
Des nouvelles de Benoît XVI
D’après Diane Montagna, journaliste américaine accréditée auprès du Saint-Siège, dans Catholic Herald, Benoît XVI ne souffre pas d’une « maladie grave particulière » mais il
« s’épuisait et s’éteignait progressivement en raison de son âge avancé ».
Benoît XVI a récemment modifié son pacemaker, mais cette modification, ainsi que l’insuffisance rénale signalée, sont « typique de la vieillesse » et non pas dues à une maladie spécifique.
L’état de Benoît XVI s’est considérablement aggravé mardi soir, au point de perdre conscience, et le pape François en a été informé avant l’audience générale de mercredi.
Benoît XVI a ensuite repris conscience mais mercredi soir, son état s’est aggravé, ses proches pensant que le pape émérite entrait peut-être dans ses dernières heures. Jeudi matin, cependant, son état s’était stabilisé.
« Nous avons probablement atteint la dernière phase de sa vie terrestre, et nous devons nous préparer et prier pour lui et pour l’Église. Mais seul Dieu sait quand cela se produira : ce soir, demain soir, dans quelques jours ou peut-être dans dix ». « Je ne pense pas que nous puissions parler de mois maintenant, mais nous sommes plus que jamais entre les mains du Seigneur ».
Un calvaire profané en Bretagne
Ce calvaire du XVIe siècle a été installé sur un terrain privé de Locqueltas, dans le Morbihan, ce 17 décembre 2022.
Le visage du Christ a été badigeonné neuf jours plus tard de goudron.
Une plainte a été déposée en gendarmerie.
Calvaire breton restauré, installé et béni le 17 décembre dernier.
Profané le 26 décembre.Bienvenue dans la Bretagne 2022
😞 pic.twitter.com/iZMh860S1y— Père Danziec (@PereDanziec) December 29, 2022
Les voeux de Génération Pro-Vie
Tant qu’il y aura une jeunesse dissidente, la culture de mort n’aura pas gagné!
Le christianisme en Chine : une religion « étrangère » ?
D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
Quand on aborde les études du christianisme en Chine, on est surpris par une certaine attitude qui vient des savants chinois qui définissent le christianisme comme une religion venue de l’extérieur, étrangère. Or, techniquement, il est vrai que le christianisme n’est pas né en Chine, mais de même il n’est pas né en Italie ou en France et pourtant, dans ces deux pays, personne ne songerait à définir le christianisme comme une religion étrangère.
Je pense qu’on serait très surpris de méditer sur ce thème, et bien d’autres, en lisant le monumental premier volume édité par Nicolas Standaert, Handbook of Christianity in China (Manuel du christianisme en Chine), publié aux éditions Brill. Un livre qui traite des origines du christianisme en Chine jusqu’en 1800. On est surpris par la quantité d’informations disponibles dans ce texte, mais il est surtout intéressant de s’attarder sur une date, 635. D’après la stèle Xi’an, qui remonte à 781, à cette date un moine de l’Église d’Orient, aussi appelée « l’Église nestorienne » par certains, arriva en Chine apportant le christianisme. 635 ! Le pontificat de Grégoire le Grand était passé dans l’Église catholique il y a quelques années. Ainsi, d’une manière ou d’une autre, le christianisme est présent en Chine depuis près de 1400 ans et il est certes difficile de pouvoir encore le définir comme une religion étrangère.
Dans le texte cité plus haut par Nicolas Standaert sont apportées les preuves de cette première présence chrétienne, allant de la stèle Xi’an déjà évoquée aux témoignages retrouvés dans les grottes de Dunhuang en passant par les sources officielles disponibles de la dynastie Tang, régnant à cette époque . Le livre de Standaert mentionne également une hypothèse, qui n’a pas beaucoup de poids, mais qui, si elle était vraie, serait vraiment sensationnelle, selon laquelle le christianisme aurait été introduit en Chine au premier siècle par l’apôtre Thomas. Cette tradition était déjà présente dans l’Église d’Orient à une époque très ancienne, vers 500, puis a été relancée par les missionnaires venus plus tard d’Europe. Si c’était vrai, même si les érudits ne semblent pas vouloir le corroborer, cela voudrait dire que le christianisme serait arrivé en Chine en même temps qu’il est arrivé à Rome !
Mais tout en restant aux données historiques les plus accréditées, le cheminement du christianisme en Chine est impressionnant, avec des étapes particulièrement significatives comme celle déjà vue de l’Église d’Orient au VIIe siècle, des missions franciscaines au XIIIe siècle et des jésuites. au XVIe siècle, puis l’œuvre missionnaire de nombreuses autres congrégations telles que les Dominicains, les Augustins, les Bénédictins, les Lazaristes, les Missions étrangères de Paris, les Missionnaires de Scheut, etc. un effort questionné dans la première moitié du XXe siècle quand on constata, non sans raisons valables, que cette mission en Chine n’avait pas donné les résultats escomptés. Certes, il y avait eu d’innombrables exemples d’héroïsme chrétien parmi les missionnaires et la population locale, mais la Chine continuait d’être largement non chrétienne. Le premier délégué apostolique en Chine (de 1922 à 1933) Celso Costantini, qui a beaucoup évoqué les combats menés par deux figures clés du monde missionnaire chinois de ces années-là, les pères lazaristes Anthony Cotta et Vincent Lebbe, est représentatif de cette position critique envers la méthode missionnaire observée jusqu’alors.
En lisant les presque 1000 pages de Handbook of Christianity in China, on se rend compte de la complexité des questions traitées et comment celles-ci concernent non seulement la méthode missionnaire, mais aussi certains aspects de la mentalité chinoise. C’est un sujet de grande fascination, aussi parce qu’on espère que la Chine pourra jouer un rôle important dans l’avenir du christianisme, mais les temps ne semblent pas encore mûrs.
La renaissance de l’abbaye de Solignac
Lu dans le hors-série de Valeurs actuelles sur les moines: « Il était une foi » (à commander ici) (cliquer sur les liens pour ouvrir les pages):
Longtemps désertée, l’abbaye de cette petite commune du Sud-Ouest accueille à nouveau dix bénédictins depuis près d’un an. Une présence saluée par la population. À l’exception d’une poignée d’activistes… Reportage.
Incendie d’une chapelle à Aurillac
Jeudi 29 décembre, peu après 5 heures, un incendie s’est déclaré dans la chapelle du site de Saint-Eugène, à Aurillac. Le toit de l’édifice religieux est entièrement détruit.
L’origine du sinistre n’est pas encore connue. L’enquête a été confiée aux policiers du commissariat.
Inscrire l’avortement dans la constitution serait un recul de la démocratie
De Roland Hureaux, essayiste:
Il est patent qu’à tous les niveaux, la démocratie a reculé au cours des dernières décennies. Non point que le jeu en soit, comme certains le disent, faussé, mais parce que les dirigeants politiques nationaux et internationaux n’ont cessé d’en restreindre le champ.
Sous la IIIe République, qui a tout de même duré 70 ans, trois lois simples tenaient lieu de constitution. Hors de ces lois, le Parlement était libre de légiférer. Pas de conseil constitutionnel pour le censurer, pas de comités chargés d’émettre des avis souvent contraignants.
Les constitutions de la IVe et de la Ve Républiques sont plus détaillées, mais, dans son état originel, la dernière laissait un champ large au pouvoir législatif. Cet espace n’a cessé de se restreindre sous l’effet de deux évolutions.
La première est interne : elle tend à élargir le bloc constitutionnel aux grands principes (Déclaration des droits de l’homme , préambules, voire devise de la République) que jusque là le législateur avait précisément mission d’interpréter, un rôle qui, de plus en plus, revient au juge, national ou international.
La constitution française de 1958 elle-même s’est au fil des ans enrichie de dispositions sur la décentralisation, les langues régionales, l’égalité de sexes, la lutte contre les discriminations qui enserrent le travail du législateur dans un corset de plus en plus étroit.
La seconde évolution est l’extension indéfinie du droit international, lequel s’impose comme on sait au droit national. Les traités européens, surtout celui de Maastricht et le traité constitutionnel de 2005 furent mal reçus , l’un approuvé de justesse, l’autre rejeté ; une des taisons en est qu’au-delà de la simple organisation de pouvoirs , seul domaine proprement constitutionnel, ils posaient , surtout le second, en matière de droit social, d’environnement, de culture, de droit des étrangers, toute une série de normes qui , ainsi inscrites dans le marbre des traités, ne pouvaient plus donner lieu à débat législatif, non seulement dans les parlements nationaux mais même au Parlement européen. D’ailleurs dès le traité de Rome (1956), le libre-échange avait été posé comme principe intangible exclu de tout débat, ce dont nous mesurons aujourd’hui les inconvénients.
Ajouter un supposé droit à l’avortement (nous rappelons que Simone Veil s’est toujours opposée à ce qu’on le considère comme un droit) conduirait, sur un sujet particulièrement sensible, à un nouveau rétrécissement de l’espace législatif. Il est à craindre que le juge constitutionnel ou quelque accord international aidant, le droit des soignants à l’objection de conscience ou le délai limitant la possibilité d’avorter que Macron vient de reporter, contre l’avis des gynécologues, de douze à quatorze mois, ne viennent à sauter.
Les parlementaires qui veulent inscrire l’avortement dans la constitution se méfient d’ hypothétiques évolutions législatives qui viendraient à le restreindre. Ils veulent là encore rétrécir le pouvoir législatif. Certes le fond de l’affaire est philosophique : il s’agit d’abord de donner plus de solennité à la législation en cause, mais les députés déclarent avoir peur des excès de la démocratie qui , si l’opinion venait à tourner, tendrait à restreindre les conditions légales d’un avortement volontaire. Peur du suffrage universel… comme les réactionnaires de tous les temps.
A front renversé
Ainsi les forces politiques jouent dans cette affaire (le savent-elles ?) à front renversé. Depuis la Révolution, il était d’usage d’opposer les « libéraux », disciples de Montesquieu, qui considéraient que la démocratie devait être encadrée par de sérieux garde-fous destinés à contenir les débordements populaires et les « républicains », disciples de Rousseau, qui considéraient que la délibération du peuple ou d’une assemblée élue en émanant directement s’imposait de toutes les façons. C’est un homme très marqué à gauche, André Laignel , qui avait exprimé en 1981 ce principe dans une formule célèbre : « Vous avez juridiquement tort, parce que vous êtes politiquement minoritaires. »
Les premiers tiennent les lois pour une axiomatique qui des sages déduiraient de quelques grands principes. Les autres ne connaissent que la volonté populaire immédiate. Les uns se passeraient de peuples, les seconds de constitution. Aujourd’hui, par un curieux retournement, c’est la gauche qui veut opposer des barrages constitutionnels ou internationaux à des décisions que pourraient prendre les assemblées. Et c’est une partie de la droite qui défend, sur le sujet de l’avortement ou sur d’autres, le maintien d’un espace législatif à la discrétion des élus.
Inscrire dans Constitution le « droit à l’avortement » reviendrait à restreindre une fois de plus le champ législatif. C’est par un singulier paradoxe que la gauche se fait l’avocat de telles restrictions. Ce serait accroître à terme le mépris des citoyens pour leurs élus nationaux qui, depuis tant d’années, s’acharnent à restreindre leur propre pouvoir, au risque que beaucoup se demandent à quoi ils servent encore et, pour dire les choses vulgairement, pourquoi on les paye.
« Le souhait de la population française de souche, ce n’est pas qu’ils s’assimilent, mais qu’ils s’en aillent »
La Grande Mosquée de Paris porte plainte contre Michel Houellebecq, en s’appuyant sur le dernier arrêt de la CEDH :

Le ministre de l’éducation interrogé sur l’interdiction de l’école à la maison
Le député LR Xavier Breton interroge le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse sur la mise en œuvre du régime d’autorisation d’instruction en famille (IEF) :
Les familles sont désormais soumises à une autorisation délivrée par les académies. Pour l’année scolaire 2022-2023, de nombreux parents d’élèves n’ont pas reçu cette autorisation alors que leurs enfants semblaient répondre aux critères prévus par la loi. Les refus sont très variables d’une académie et même d’un département à l’autre, ce qui crée une rupture d’égalité entre les territoires. C’est au titre du motif 4 que la plupart des académies refuse un grand nombre de demandes. Ce motif se base sur
« l’existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d’instruire l’enfant ».
Les parents d’élèves font remonter leurs difficultés à avoir des motifs explicites justifiant du refus de l’autorisation. Il en est de même lorsqu’ils déposent un recours. Aussi, quelques mois après la rentrée, il demande de lui communiquer le nombre d’autorisations enregistrées, le nombre de refus avant et après recours en précisant les motifs, leur répartition académique, le nombre de contrôles effectués par les autorités académiques et le nombre de cas répondant aux critères de la loi sur le séparatisme.
Totum amoris est
Le pape François a publié aujourd’hui une lettre apostolique à l’occasion du 4e centenaire de la mort de saint François de Sales.
Extrait :
Rentré à Annecy, il fut ordonné évêque le 8 décembre de la même année 1602. L’influence de son ministère épiscopal sur l’Europe de l’époque et des siècles suivants apparaît immense. « C’est un apôtre, un prédicateur, un homme d’action et de prière ; engagé dans la réalisation des idéaux du Concile de Trente ; participant à la controverse et au dialogue avec les protestants, faisant toujours plus l’expérience, au-delà de la confrontation théologique nécessaire, de l’importance de la relation personnelle et de la charité ; chargé de missions diplomatiques au niveau européen, et de fonctions sociales de médiation et de réconciliation ». [20] Il est surtout un interprète privilégié d’un changement d’époque et le guide des âmes en un temps qui, d’une manière nouvelle, a soif de Dieu.
Le grand remplacement
Selon une étude de l’INSEE :
2/3 Un tiers des personnes de moins de 60 ans a une ascendance #immigrée sur 3 #générations :
• 9% sont immigrées (G1)
• 13% sont descendantes directes d'immigrés (G2)
• 10% sont descendantes d'immigrés de 3e génération (G3, petit-enfant d'immigrés) 👉https://t.co/QYZLEzl4RI pic.twitter.com/gR9Zh4VAj0— Insee (@InseeFr) December 27, 2022
En 2019-2020, parmi les personnes vivant en logement ordinaire en France métropolitaine,
- 9 % sont immigrées,
- 12 % sont descendantes d’immigrés de 2e génération
- et, parmi celles de moins de 60 ans, 10 % sont descendantes d’immigrés de 3e génération.
Le profil migratoire de la population reflète avec décalage les flux d’immigration successifs.
Parmi les descendants d’immigrés de 2e génération, les plus jeunes sont majoritairement originaires d’Afrique, alors que les plus âgés sont originaires d’Europe.
Au sein des actuels descendants d’immigrés de 3e génération, la part des origines européennes se réduit au fil du temps mais demeure prépondérante.
La diversité des origines résulte également d’une mixité croissante des unions à chaque génération : si 27 % des immigrés sont en couple avec un conjoint sans ascendance migratoire directe, c’est le cas de 66 % des descendants de 2e génération.
À la 3e génération, neuf petits-enfants d’immigrés sur dix de moins de 60 ans n’ont qu’un ou deux grands-parents immigrés.
14-18: l’héroïsme discret de nos religieuses
Lu dans le hors-série de Valeurs actuelles sur les moines: « Il était une foi » (à commander ici) (cliquer sur les liens pour ouvrir les pages):
Soeurs Apolline, Rose, Maria, Basilide, Gabrielle… Si la Grande Guerre fut d’abord celle des poilus, nos religieuses se sont investies sans compter auprès des blessés français, mais aussi allemands. Qui étaient ces héroïnes ?
Benoît XVI serait très malade
Ce matin lors de l’audience du mercredi, le Pape François a appelé à prier pour son prédécesseur le Pape émérite Benoit XVI :
Je voudrais vous demander à tous une prière spéciale pour le pape émérite Benoît, qui dans le silence soutient l’Église : se souvenir de lui, il est très malade, demander au Seigneur de le consoler et de le soutenir dans ce témoignage d’amour pour l’Église jusqu’à la fin.
Addendum : on m’informe que depuis plusieurs jours, Benoît XVI décline nettement. A son chevet : son secrétaire, revenu en urgence, car il était parti en vacances quelques jours dans sa famille
et un Frère pour les soins.
La sauvegarde de la dignité de la personne humaine
En cette fête des Saints Innocents, voici l’intervention du député LR Xavier Breton lors de l’examen de la proposition de loi constitutionnelle visant à garantir le droit à l’avortement, le 9 novembre :
Retranscription :
M. Xavier Breton (LR). Les interventions des orateurs des groupes montrent bien que le débat n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre l’IVG, mais bien plutôt s’il s’agit de l’IVG inconditionnelle. Madame la rapporteure, vous n’avez pas répondu à la question posée à plusieurs reprises pour savoir si la rédaction proposée conduisait à un droit absolu et inconditionnel.
La loi Veil et la jurisprudence concilient deux principes : la liberté de la femme, qui découle de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et la protection de la vie à naître, dont le fondement est la sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme de dégradation.
Pouvez-vous nous dire très précisément si votre proposition de loi constitutionnelle cherche également à les concilier ? Certains parmi nous privilégient exclusivement la liberté de la femme. Le débat se situe là et il faut l’avoir ouvertement dès le stade de la commission, pour savoir si l’on reste dans une logique d’équilibre entre deux principes.
…/…
M. Xavier Breton (LR). Le choix de l’emplacement est tout aussi important que celui des termes. S’il était fait référence, dans la Constitution, au « respect de l’autonomie personnelle », cela conférerait au droit à l’IVG un caractère absolu, inconditionnel, qu’il n’a pas en l’état de notre droit. Il en est ainsi car la liberté de la femme n’est pas un principe absolu, elle va de pair avec le principe de protection de la vie à naître. Il faut l’assumer.
On ne changera pas le droit existant, a dit Mme la rapporteure. On annonce pourtant des prolongations de délai durant cette législature et on sait que certains sont partisans d’un droit inconditionnel à l’IVG. On se demande pour quelles raisons vous conservez des critères législatifs comme le délai ou la clause de conscience pour les professionnels de santé. Si ce n’est pas pour la liberté de la femme, c’est pour un autre principe : celui de la protection de la vie à naître. Dites-le clairement, pour que l’on ne reste pas sur de faux-semblants ! À défaut, on pourrait penser que la proposition de loi constitutionnelle a pour objectif d’aller vers un droit absolu, inconditionnel, à l’avortement.
…/…
M. Xavier Breton (LR). On lit, dans l’exposé sommaire, que « le droit constitutionnel à l’IVG se fonde sur le seul principe de l’autonomie personnelle, à savoir le droit de disposer de soi et de faire ses choix pour soi-même, ce qui doit fonder la garantie d’accès aux droits procréatifs. ». Selon cette logique, seule compte la liberté des femmes et la protection de la vie à naître est évacuée.
Notre désaccord ne porte pas tant sur le fait d’être pour ou contre l’IVG que sur le fait de savoir s’il s’agit d’un droit absolu, inconditionnel. Les différentes rédactions montrent que tel est bien l’esprit du texte, et nous ne pouvons pas nous y retrouver.
Dieu et la science: table ronde aux Bernardins
Voici la présentation d’Olivier Bonnassies en introduction de la table ronde qui s’est tenue aux Bernardins sur le livre qu’il a coécrit avec Michel-Yves Bolloré: Dieu, la science, les preuves.
Dans les vignes du Bon Dieu
Lu dans le hors-série de Valeurs actuelles sur les moines: « Il était une foi » (à commander ici) (cliquer sur les liens pour ouvrir les pages):
Comme quelques autres communautés religieuses, les moines et moniales du Barroux ont renoué avec l’activité viticole. Manière de louer Dieu par l’excellence du vin, mais aussi de valoriser le travail des vignerons locaux. Reportage.

