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Drôle de Noël en Beaujolais

Grégory Soodts et sa famille, qui diffusent depuis plusieurs années les Fabuleuses aventures de Jean et Henri, viennent de mettre en ligne “Drôle de Noël en Beaujolais”:

“La chute de la natalité, à laquelle s’ajoute l’inertie démographique, rendent extrêmement urgentes des réformes pragmatiques”

Voici le texte de Ludovine de La Rochère, présidente du syndicat de la famille, prononcé lors de son audition par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité en France, le 26 novembre :

Madame la présidente, Monsieur le rapporteur, Mesdames, Messieurs les députés,

Je vous remercie de m’auditionner, comme présidente du Syndicat de la Famille, sur cette question majeure de la natalité.

A ce sujet, la mise en parallèle des évolutions démographiques avec celles du contexte politique, sociale et culturel est riche d’enseignements. Certes, la France n’est pas la seule concernée par la chute de sa natalité, mais son calendrier particulier ouvre des pistes pour comprendre.

Je précise, au préalable, que l’enjeu dont nous parlons impose d’être pragmatique et concret. Les observations qui suivent sont des constats factuels.

I/ Les facteurs politiques

Au fil des années, la politique familiale a été déconstruite, avec une nette accélération en 2014. Nombre d’intervenants vous l’auront exposé :

– Les principes de la politique familiale ont été abandonnés au profit de ceux d’une politique sociale.

– De nombreuses familles ont été exclues des bénéfices de cette politique, en particulier celles des classes moyennes, qui peinent le plus à accueillir autant d’enfants qu’elles le souhaitent.

– La tendance a été aux économies de court terme : on a en effet oublié que la famille n’est pas une dépense à perte, mais un investissement rentable.

– Une rumeur, sans doute par esprit anti-famille, a diffusé l’idée que la politique familiale serait inefficace, malgré l’expérience, française notamment.

Mais je souhaiterai insister sur un autre aspect : l’impensé qu’est la famille en politique, et l’absence de vision globale.

En effet, nos choix politiques impactent tous la vie familiale, que ce soit en matière de logement, d’école, de transports, de santé et bien d’autres. Les mesures prises rendent le quotidien, et donc l’accueil de l’enfant, plus difficile ou moins difficile.

La loi Climat et résilience, par exemple, est néfaste pour l’accès au logement, sujet majeur pour la natalité.

Et de fait, les études d’impact qui précèdent la présentation des projets de loi en conseil des ministres ne prennent pas en compte la famille !

Il semble, au fond, que la famille intéresse peu nos dirigeants. Et pourtant, 70% des Français vivent en famille ! Et son importance est en outre cruciale pour la société !

En effet, la famille, cellule sociale de base, est irremplaçable pour accueillir et éduquer l’enfant, pour lui apprendre le respect et la solidarité, pour lui donner la capacité de s’instruire, pour le préparer à être un adulte inséré dans le monde du travail et la société. Elle est bien sûr aussi irremplaçable comme moteur de l’économie, etc.

Ce désintérêt est d’autant plus étonnant que la famille est plébiscitée par les Français !

Il résulte de cet impensé et de cette absence de vision globale des erreurs d’appréciation :

1. Les familles bi-parentales sont les grandes oubliées depuis les années 2010

Les familles monoparentales focalisent l’attention des responsables institutionnels et politiques et c’est une bonne nouvelle car elles ont besoin de la solidarité de tous. Mais si on oublie les familles bi-parentales, on met de côté les familles les plus susceptibles d’accueillir un ou des enfants de plus.

2. La politique familiale est devenue instable, mais aussi illisible

Or ces dérives vont à l’encontre du besoin de clarté et de sécurité dont les futurs parents potentiels ont besoin.

3. La confusion des objectifs

Dans un objectif d’égalité, il a été décidé – sans aucune consultation des familles – que les deux parents devraient prendre successivement un congé parental s’ils veulent en bénéficier jusqu’aux 3 ans de l’enfant. Sans cela, le congé est réduit d’une année, chaque parent n’ayant droit qu’à 24 mois maximum.

Or c’est un échec complet du point de vue de l’égalité puisqu’après 2015, comme avant, 96% des allocataires sont des mères.

Et cette réduction, dans les faits, de la durée du congé parental a entraîné une chute de plus de la moitié du nombre d’allocataires en moins de 10 ans.

De fait, cette contrainte a compliqué l’organisation du quotidien, ce qui est défavorable à la natalité. L’Etat a oublié que chaque couple a ses contraintes propres – en trajets, en horaires, en activités professionnelles, etc. Cette obligation de répartition va de fait à l’encontre du vœu de 84% des parents suivant le sondage IFOP d’août 2025 : « les modes de garde et la vie des parents de jeunes enfants ».

Et comme lesfuturs parents potentiels ont peur de ne pas trouver de mode de garde aux deux ans de l’enfant, et donc peur que l’un des deux ait à démissionner de son emploi, ils ont été nombreux à renoncer à ce congé, voire à renoncer à l’enfant.

Mais 10 ans après la mise en place de cette mesure, que l’on devrait urgemment abandonner, on devrait aussi s’interroger : pourquoi a-t-on toujours 96% de mères parmi les allocataires alors que, entre-temps, l’écart salarial homme-femme s’est réduit ? Ne serait-ce pas parce que, tout simplement, des mères – pas les mères, des mères – désirent s’occuper quelque temps de leur enfant, ce dont témoignent des enquêtes, comme celle que je viens de citer ?

Ne faudrait-il pas le prendre en compte au lieu de lutter contre, pour des raisons idéologiques, et ce, au détriment de leur liberté et de la natalité ?

II/ Les facteurs sociaux

L’épuisement des mères

Je poursuis sur les mères qui, massivement, témoignent de leur épuisement. Au point de renoncer à l’enfant de plus qu’elles désirent pourtant.

L’une des périodes la plus chargée pour les parents est la petite enfance : les premières semaines sont éreintantes ; les petits sont souvent malades ; la crèche et la maternelle ont leurs journées pédagogiques, leurs jours d’absence de personnel ou de grève… ; la vie et la ville sont compliquées avec un jeune enfant, etc.

L’organisation du quotidien avec les enfants restent largement le lot des mères, même si, avec la généralisation du travail féminin à l’extérieur du foyer, les pères s’occupent davantage d’eux.

Mais l’organisation reste nettement du côté de la mère, peut-être parce que les mères… sont mères !

Au lieu de le nier, prenons-le plutôt en compte, pour le bénéfice des femmes !

Par exemple, avec des changements urgents tels que des congés revalorisés, de durée courte ou longue, au choix ; mais aussi des horaires cohérents avec la parentalité, des temps partiels facilités, des journées pour enfant malade plus nombreuses, etc.

Aujourd’hui, tout cela est largement insuffisant en France, contrairement à certains pays du Nord de l’Europe, par culture et habitude française, mais aussi par idéologie !

Evidemment, cela conduirait les pères à s’impliquer encore davantage.

Solitude des parents

La solitude des parents rend difficile l’accueil d’un enfant de plus.

La grande ville et la dispersion géographique isolent les parents, qui peinent à s’en sortir, ou même à profiter de leurs enfants.

C’est d’autant plus vrai que, désormais les grands-parents travaillent, en particulier du fait de la réforme Touraine.

En effet, même lorsqu’une femme a acquis tous ses trimestres à 59 ou 60 ans parce qu’elle a accumulé travail et maternité, elle doit attendre l’âge minimum requis, de 62, voire 64 ans ! C’est une incroyable injustice et cela accroît les difficultés des jeunes parents.

Par ailleurs, les lieux d’accueil pour les parents sont hétéroclites, mal connus et pour certains, ils ne sont même plus actifs.

La baisse du nombre de mariages

Les démographes spécialistes de la natalité soulignent que la courbe de la natalité est corrélée à celle du mariage. C’est si vrai que Slate indiquait récemment que « les gouvernements auraient tout intérêt à développer des politiques incitatives favorisant la formation de couples mariés. »

De fait, le mariage est perçu comme lié au projet de fonder une famille. Et juridiquement, il est plus sécurisant que le pacs et l’union libre.

Mais depuis la création du pacs, il y a 26 ans, le nombre de mariages a chuté de plus de 20% tandis que le nombre de pacs n’a cessé de croître.

En outre, fiscalement, et pour les droits sociaux et reproductifs, cela revient au même d’être en union libre, pacsé ou marié.

Or c’est le contraire qu’il faut faire : il faut rendre attractif le mariage !

III/ Les causes culturelles

Sur le plan culturel, la dévalorisation, du couple, de la parentalité, de la famille est presque systématique.

Emmanuel Macron, par exemple, n’a cessé de répéter, pendant le 1er confinement de 2020, qu’il était dangereux que les enfants soient confinés en famille. Et quand il a reparlé des parents, c’était pendant les émeutes de juillet 2023, pour critiquer ceux qui laissent leurs enfants traîner dans la rue.

Certes, il y a des dysfonctionnements, et il faut faire de la prévention et sécuriser, mais c’est oublier que l’immense majorité des parents aiment leurs enfants et font tout ce qu’ils peuvent pour eux !

Les jeunes

Ils n’entendent que défiance vis-à-vis des parents, lourdeur et manque de partage des tâches parentales, critiques sur la famille.

Autre fait frappant :

Depuis des années, en éducation affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) le couple, la paternité, la maternité ne sont jamais évoqué, pas plus que le mariage et la parentalité en éducation morale et civique.

Mais pire encore, dès l’entrée en maternelle, il faut « déconstruire les stéréotypes de genre », c’est-à-dire lutter contre toutes les représentations que les petits peuvent avoir de l’homme et de la femme, c’est-à-dire de leur père et de mère.

Plus grave, pour dénoncer les inégalités, les filles sont décrites comme victimes et les garçons coupables.

Dès lors, comment donner envie d’avoir confiance en l’autre ? Comment ne pas instiller la peur dans le cœur des filles vis-à-vis des garçons ? Comment ne pas instiller un profond malaise dans celui des garçons vis-à-vis des filles ? Comment, dans ces conditions, leur donner envie de s’engager dans une vie de couple et de fonder une famille ensemble ?

Et de fait, la proportion des Français adultes qui vivent en couple ne cesse de se réduire, ce qui, évidemment, fait chuter la natalité.

Par ailleurs, l’évolution des modes de vie est majeure, en particulier depuis le début de l’utilisation massive des smartphones, applications et réseaux sociaux, c’est-à-dire depuis 2010-2012. Cette correspondance avec le retournement de la natalité française n’est pas un hasard.

Aujourd’hui, les jeunes adultes, passent en moyenne 4 heures par jour sur les écrans, auxquels s’ajoute 1h25 de TV pour les 15-34 ans.

Cela signifie moins d’activités extérieures, de temps social, de rencontres, et donc moins de projets de couples, d’unions et… d’enfants.

En outre, les réseaux sociaux incitent aux relations éphémères, et des sociétés, comme Gleeden, aux relations instables.

Or plus le couple est instable, plus les couples sont nombreux à se fracturer, moins ils auront d’enfants. Et moins les couples se forment et plus ils se forment tard, moins ils ont d’enfants.

Et de fait, la moyenne d’âge de la première maternité ne cesse de reculer. La moyenne actuelle de 29,1 an laisse évidemment moins de temps pour avoir d’autres enfants. C’est bien sûr lié aussi à l’allongement considérables des études, qui fait rentrer les jeunes dans la vie adulte de plus en plus tard.

Et plus encore, les médias et les réseaux sociaux valorisent sans cesse les tendances childfree ou nokids. Tout cela, on le sait, dans le contexte d’un avenir présenté comme sombre, voire apocalyptique (climat, effondrement économique et autres « peurs sur la ville »). Dès lors, comment les jeunes pourraient-ils envisager d’avoir des enfants !?

Autre aspect en lien avec l’évolution des modes de vie :

Avec la légalisation de l’autoconservation ovocytaires sans motif médical, en 2021, on a incité les femmes en âge de procréer à reporter la maternité à plus tard, à un âge où ce sera beaucoup plus difficile, même avec des ovocytes cryoconservés.

Mais c’est le contraire qu’il faut faire : non pas faire violences aux femmes en âge de procréer pour les adapter au marché du travail, mais adapter celui-ci aux femmes !

De même avec l’AMP pour les femmes seules : pour toutes les raisons bien connues des difficultés plus grandes qu’il y a à élever un enfant seule, cela défavorise une fécondité plus importante.

C’est donc le couple qu’il faut valoriser, auprès des femmes comme des hommes.

Conséquences

Sur les conséquences, j’insisterai sur un point :

Cette année, le solde démographique de la France est devenu déficitaire. Il en résultera un déséquilibre explosif dans les années qui viennent entre le nombre de personnes très âgées et le nombre de jeunes.

Or, du fait, de l’inertie démographique, cette situation va être difficile à corriger, puis cela deviendra presque impossible.

En effet, la réduction rapide du nombre de femmes en âge de procréer ne peut que conduire à une natalité très basse, même si l’indice de fécondité remontait.

Conclusion

La chute de la natalité, à laquelle s’ajoute l’inertie démographique, rendent extrêmement urgentes des réformes pragmatiques.

Le Syndicat de la Famille propose donc :

– d‘avoir une vision globale, qui prenne en compte tous les facteurs

– de cesser de multiplier et confondre les objectifs.

– d’adapter la vie professionnelle et l’espace public à la parentalité ;

– de tenir compte de la femme, dont le temps de fécondité est plus court et qui porte et met au monde les enfants. Cela doit être enfin valorisé, et non nié par idéologie.

– de laisser du temps aux femmes pour leur maternité, et de les aider à reprendre leur carrière et à retrouver la rémunération correspondante.

– de donner envie aux jeunes. La vie conjugale et familiale doit redevenir désirable.

– de prévenir les difficultés du couple pour réduire l’instabilité, laquelle est défavorable à la natalité, mais aussi à l’éducation.

Je vous remercie de votre écoute.

Dimanche dans l’octave de Noël : la prophétie de Siméon

Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.

La messe du dimanche dans l’octave de Noël prolonge les trois messes de la fête ; elle reprend même l’Alléluia et l’Offertoire de la messe de l’Aurore. Mais elle ouvre en même temps une première perspective sur la mission rédemptrice du Sauveur, pour laquelle il a voulu venir sur terre : on trouve à l’Évangile la prophétie du vieillard Siméon annonçant à la Sainte Vierge le glaive de douleur qui transpercerait son âme, tandis que la Communion, nous le verrons, se rapporte à l’épisode de la fuite en Égypte.

► Introït : Dum medium silentium

L‘Introït nous replace tout à fait dans l’ambiance mystérieuse de la sainte nuit et du grand événement qui s’y accomplit. Le texte est tiré du livre de la Sagesse dans un passage qui, parmi les manifestations de la sagesse dans l’histoire d’Israël, raconte la dixième plaie d’Égypte, l’extermination des premiers nés des Égyptiens, qu’on appelle la Pâque, c’est à dire le passage du Seigneur.

Dum medium silentium tenerent omnia, et nox in suo cursu medium iter haberet, omnipotens sermo tuus, Domine, de cælis a regalibus sedibus venit.

Tandis que toutes choses se tenaient en silence et que la nuit était parvenue au milieu de son cours, votre parole toute puissante, Seigneur, est descendue de votre trône royal qui est dans les cieux.

Cette parole toute puissante, que Dieu n’a qu’à prononcer pour qu’elle s’accomplisse, c’est aujourd’hui le Verbe, qui est une personne, et qui descend du ciel sur la terre au milieu de la nuit en se faisant petit enfant pour nous sauver. La mélodie de cet Introït commence dans le grave, évoquant de façon mystérieuse le silence de la nuit, puis elle s’élève progressivement de plus en plus affirmative jusqu’à la fin calme et pleine d’assurance. Le verset est formé du début du psaume 92 qui chante la beauté et la puissance du Christ Roi, et que nous retrouverons à l’Alléluia.

Dominus regnavit, decorem indutus est : indutus est Dominus fortitudinem, et præcinxit se.
Le Seigneur est Roi revêtu de splendeur et il s’est ceint de puissance.

► Graduel : Speciosus forma

Le Graduel du dimanche dans l’octave de Noël reprend une image qui figurait dans le psaume de l’Introït, celle du Seigneur revêtu de beauté. Le texte est pris cette fois dans le psaume 44, le grand cantique nuptial qui chante les noces mystiques du Christ et de l’Église et qui est utilisé à plusieurs reprises au temps de Noël. Ici le psalmiste s’adresse au roi d’Israël figure du Messie.

 Speciosus forma præ filiis hominum : diffusa est gratia in labiis tuis.
Vous êtes le plus beau des enfants des hommes, la grâce est répandue sur vos lèvres.

Les lèvres sont avec le sourire l’un des éléments principaux de la beauté du visage de l’être humain, mais les lèvres c’est aussi le siège de la parole par laquelle le Seigneur révèle sa sagesse et sa toute puissance.

La deuxième partie de ce Graduel reprend le début du psaume où le psalmiste exprime son enthousiasme d’avoir à chanter les louanges d’un tel roi :

Eructavit cor meum verbum bonum : dico ego opera mea Regi : lingua mea calamus scribæ velociter scribentis.De mon cœur jaillit un beau discours car je dédie mes œuvres au Roi. ma langue est comme la plume d’un scribe à l’écriture rapide.

La mélodie, comme c’est toujours le cas pour les Graduels, est très ornée, mais elle ne contient pas de grandes vocalises. Elle reste assez douce et paisible, déroulant de souples ondulations dans une ambiance de contemplation mystique. Ces formules assez originales se répètent dans les deux parties.

► Alléluia : Dominus regnavit, decorem

L‘Alléluia et l’Offertoire du dimanche dans l’octave de Noël reprennent ceux de la messe de l’aurore de la fête, messe à laquelle les fidèles ont très rarement l’occasion d’assister, et ils ont ainsi au moins la possibilité d’entendre ces deux pièces ; on y trouve le même thème que dans l’Offertoire de la messe du jour : la contemplation des attributs divins du petit enfant qui vient de nôtre, qui contrastent avec sa faiblesse : beauté, force, puissance… Ils sont tirés du psaume 92, psaume  » théocratique  » célébrant la royauté de Dieu sur son peuple, s’appliquant aujourd’hui au Christ Roi ; on en trouve dans l’Alléluia le premier verset, qui accompagnait déjà l’Introït :

Dominus regnavit, decorem induit : Induit Dominus fortitudinem et præcinxit se virtute.
NB : Vous aurez remarqué que le texte de l’introït est : Dominus regnavit, decorem indutus est : Il est légèrement différent car nous avons là deux versions de la Vulgate utilisées l’une dans le Propre, l’autre dans le Psautier.

Le Seigneur est Roi, il est revêtu de splendeur : Le Seigneur s’est revêtu de force et ceint de puissance.

On retrouve donc le thème de la beauté, que chantait déjà le Graduel, associé à celui de la toute puissance créatrice qui sera celui de l’Offertoire. La mélodie exprime notre admiration pour ces qualités du Seigneur par une mélodie solennelle, très ornée, bien que sans grandes vocalises, et pleine de mouvement, bien que sans grands écarts. Alors que celles des deux autres messes de Noël sont des mélodies type, celle-ci est originale.

► Offertoire : Deus enim firmavit

L‘Offertoire du dimanche dans l’octave de Noël reprend, comme l’Alléluia, celui de la messe de l’aurore de la fête, et le texte est la suite de celui de verset de l’Alléluia, au début de psaume 92 :

Deus enim firmavit orbem terræ, qui non commovebitur ; parata sedes tua, Deus, ex tunc, a sæculo tu es.
En effet (par sa puissance) Dieu a solidement établi le globe terrestre qui ne sera pas ébranlé. Votre trône, ô Dieu, est préparé depuis toujours, et à jamais vous êtes.

Ce petit enfant que nous adorons est le créateur qui fait sans cesse exister toutes choses, et nous lui retournons le nom que Dieu s’était donné en se manifestant à Moïse :  » Je suis  » avait-il dit,  » Vous êtes  » lui redisons-nous.

La mélodie de cet Offertoire est comme il convient très affirmative et pleine d’assurance ; ses tenues sur la même note et ses intervalles majeurs (il n’y a presque pas de demi-tons) expriment parfaitement la solidité et la plénitude dont parle le texte

► Communion : Tolle puerum

L‘année liturgique se déroule sur plusieurs plans qui avancent simultanément à des vitesses différentes. Nous sommes encore à quelques jours de l’Épiphanie, mais déjà la Communion de ce dimanche se rapporte à la fuite en Égypte, et l’antienne à Magnificat des Vêpres évoque les 30 ans de vie cachée à Nazareth. Cette antienne de Communion nous fait entendre les paroles de l’ange à saint Joseph, alors que la Sainte Famille se trouve en Égypte :

Tolle puerum et matrem ejus, et vade in terram Israël ; defuncti sunt enim qui quærebant animam pueri.
Prends l’enfant et sa mère, et retourne au pays d’Israël ; en effet ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant sont morts.

C’est la mission rédemptrice du petit enfant qui est ici évoquée, avec la mention des persécutions qu’elle va entraîner et qui le conduiront à donner sa vie pour notre salut. La mélodie est pleine d’élan, avec deux phrases qui se ressemblent et se terminent par la même cadence ; mais la deuxième monte plus haut, culminant sur le mot quærebant, qui exprime les mauvaises intentions des persécuteurs.

Au Liban, le conte merveilleux des Sursock est en train de revivre

Comment bien terminer cette année 2025 ? Mais oui : avec un conte ! Un conte des plus merveilleux qui nous entraîne loin des conflits, des soucis et des turpitudes multiples dans lesquelles notre humanité semble se perdre de nouveau, en retournant, hélas, à l’état barbare et sauvage. C’est au Liban que nous avons rendez-vous avec ce conte des plus merveilleux : celui des Sursock, dont le palais est en pleine reconstruction. Plus qu’un palais, il s’agit bien d’une famille et de ses multiples racines ancestrales. Leur palais à Beyrouth n’était plus que blessures et traumatismes, cendres et poussières, fissures et ruines. Mais, au creux de son foyer familial brillait encore une petite lumière, si fine qu’on avait peur de l’approcher. C’était celle de la vie qui rejaillit, celle des gardiens familiaux toujours prêts à rebâtir ! Alors, embarquons immédiatement pour ce conte merveilleux avec Roderick Sursock Cochrane, le dernier gardien des lieux. Première partie de notre trilogie de cette fin d’année 2025.

Ah, le Liban, ce pays merveilleux qui est plus qu’un pays, plus qu’un territoire, plus qu’un jardin. Il est un pays-peuple aux mille facettes, aux mille histoires, aux mille vies. Il est un pan de notre histoire civilisationnelle. Sa géographie au Levant lui donne cet air marin, méditerranéen, des plus doux, des plus épicés, des plus parfumés. Sentez-vous le cèdre, le jasmin et le romarin ? Ils sont presqu’envoutants. Puis, quand le regard se plonge dans ses rivages et remonte ses innombrables collines, l’ascension est bien réelle, et même, elle devient métaphysique. Elle est telle, cette ascension, qu’elle grimpe au plus haut, à plus de 3000 mètres d’altitude, surplombant les vestiges antiques des Cananéens et des Phéniciens. L’ivresse vous prend, l’excitation vous surprend. Vous vous jetez alors dans le vide et devenez cet aigle de sang royal qui se pose de temps en temps sur les cimes verdoyantes des cèdres du Liban. Vous avez envie d’embrasser son sol si généreux parce que bénit des dieux, de Dieu Lui-même.

Du nord au sud, de l’ouest marin à l’est montagneux et neigeux, le Liban respire un air si savoureux que le blanc de ses montagnes enneigées, dont certaines crètes sont éternelles, ressemble à du lait qui se déverse en silence dans toutes ses vallées. Toutes ? Oui, même les plus reculées… C’est alors que ses cascades et ses filets d’eau, ses fleuves et ses ruisseaux se mettent à chanter en abreuvant la terre qui devient si crémeuse que tout y est pureté. A tel point que ce pays, que l’on appelle le pays du Cèdre, la perle du Levant, la Phénicie, est un vrai pays de cocagne, un pays d’Eden, un jardin tout entier où s’épanouissent dans le silence de ses nuits, et dans l’étirement de ses aurores baignées par la rosée matinale, des myriades d’espèces végétales.

Le Cantique des Cantiques

Il suffit d’ouvrir une Bible et de relire le Cantique des Cantiques, si poétique, pour commencer à comprendre ce qu’est le Liban. Bien avant nous, le roi David et le roi Salomon l’avaient, déjà, compris :
« 0 LUI
01 Ah ! Que tu es belle, mon amie ! Ah ! Que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes au travers de ton voile. Ta chevelure : un troupeau de chèvres qui dévalent du mont Galaad.
02 Tes dents : un troupeau de brebis tondues qui remontent du bain ; chacune a sa jumelle, nulle n’en est privée.
03 Comme un ruban d’écarlate, tes lèvres ; tes paroles : une harmonie. Comme une moitié de grenade, ta joue au travers de ton voile.
04 Ton cou : la tour de David, harmonieusement élevée ; mille boucliers sont suspendus, toutes les armes des braves.
05 Tes deux seins : deux faons, jumeaux d’une gazelle ; ils pâturent parmi les lis.
06 Avant le souffle du jour et la fuite des ombres, j’irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de l’encens.
07 Tu es toute belle, ô mon amie ! Nulle tache en toi ! LUI
08 Avec moi, du Liban, ô fiancée, avec moi, du Liban, tu viendras. Tu regarderas du haut de l’Amana, des hauteurs du Sanir et de l’Hermon, depuis les repaires des lions, depuis les montagnes des léopards.
09 Tu as blessé mon cœur, ma sœur fiancée. Tu as blessé mon cœur, d’un seul de tes regards, d’un seul anneau de ton collier.
10 Qu’elles sont belles, tes amours, ma sœur fiancée ! Qu’elles sont bonnes, tes amours : meilleures que le vin ! L’odeur de tes parfums, une exquise senteur !
11 Un miel pur coule de tes lèvres, ô fiancée, le miel et le lait, sous ta langue ; l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban.
12 Jardin fermé, ma sœur fiancée, fontaine close, source scellée.
13 Tes formes élancées : un paradis de grenades aux fruits délicieux, le nard et le cyprès,
14 le nard et le safran, cannelle, cinnamome, et tous les arbres à encens, la myrrhe et l’aloès, tous les plus fins arômes.
15 Ô source des jardins, puits d’eaux vives qui ruissellent du Liban ! ELLE
16 Éveille-toi, Vent du nord ! Viens, Vent du sud ! Souffle sur mon jardin et ses arômes s’exhaleront ! Qu’il entre dans son jardin, mon bien-aimé, qu’il en mange les fruits délicieux. »

Les jardins des Sursock

Il est là, dans son jardin d’Eden, avec son épouse. Ils font le point avec leur architecte sur les travaux en cours. Le palais de Sursock est paré de ses échafaudages qui l’entourent presqu’entièrement. « Soyez le bienvenu au palais des Sursock, accueille le maître des lieux au moment de mon arrivée. Venez avec moi, visitons les jardins ! »
Je m’interroge, sont-ce des Libanais qui sont en face de moi ? Non, ils ressemblent plutôt à des Anglais ou des Irlandais de souche. Fin, le port altier, l’accent anglais justement, Roderick Sursock-Cochrane m’entraîne dans la découverte de son domaine. Les yeux sont grands ouverts. Il démarre par cette introduction : « Je ne suis qu’un quart Libanais, c’est mon arrière-grand-père Moussa Sursock qui a fait construire la maison, ici… ». La maison ? Elle est un vrai palais des Mille et une Nuits, une incroyable œuvre d’art majeure en architecture, avec sa petite montagne d’acier, de marbre, de plâtre, de pierre et de verre. Son architecture appartient à celle du 19e siècle qui est à la fois arabesque et beyrouthine, flamboyante et mystique !

Nous déambulons dans un jardin époustouflant… Telle une couronne princière qui viendrait du ciel et se serait posée sur notre terre, une pelouse géante entoure le palais et mène à d’autres jardins. Il faut descendre des escaliers pour découvrir leurs trésors de verdure : près d’un hectare consacré à Reine nature. Que serait le palais sans ses jardins merveilleux d’où s’élancent, majestueux, des dattiers et des palmiers royaux, des aloès, des palétuviers, des citronniers et des Zinzlakhts ? « Au début du siècle dernier, imaginez-vous qu’il n’y avait pas toutes ces nouvelles tours qui nous environnent. » C’est vrai, Beyrouth a changé, mais pas totalement.

L’histoire des Sursock : un véritable conte de Noël

Dans son bureau, Roderick Sursock-Cochrane continue de conter son passé. C’est un voyage à travers l’histoire, celle de plusieurs familles, qui n’en font qu’une finalement, et à travers la géographie, celle de plusieurs continents. « C’est mon grand-père, Alfred Bey Sursock, qui a surtout vécu dans ce palais. Il a épousé une Italienne, Marie Serra di Cassano, originaire de Naples. Par conséquent, ma mère est mi-Italienne, mi-Libanaise… » Nous avançons à pas feutrés et escaladons l’arbre généalogique…
Impossible de l’interrompre, son histoire familiale devient européenne, ottomane. Les Sursock sont de riches marchands ottomans de Constantinople. Chrétiens, ils sont des Grecs-orthodoxes. Il évoque les liens de ses aïeux avec la Sublime Porte (le siège du sultan de l’empire) qui « leur a octroyés des terres en Turquie, en Syrie, au Liban, en Palestine et en Egypte ». Ils sont des « immenses propriétaires terriens ». En Egypte, leurs propriétés – dans la culture du coton, surtout – s’étendent du delta du Nil jusqu’au Soudan. Un vrai mini-empire étalé sur plusieurs pays. Il faut prendre l’avion pour survoler tous leurs domaines qui s’étendent sur des milliers d’hectares.
Au Liban, il faut remonter jusqu’en 1714 pour déceler la première trace de leur présence. Cette année-là, les Sursock s’établissent à Beyrouth. Ils y possèdent plusieurs palais.

Des racines italiennes…

Le conte prend des colorations de Dolce Vita. Normal, nous nous retrouvons en Italie, plein nord, où nous voyons une grande cousine de Roderick, Isabelle, épouser le prince Marcantonio Colonna. Nous avons fait un petit bond en avant, car nous sommes, maintenant, en 1909. Dans les yeux du conteur brillent des étoiles : celles des histoires illustres de sa famille dont les origines les plus anciennes sont… Byzantines ! Le cœur du monde se met à battre à rompre. En Italie, le palais des Colonna est un palais praticien, l’un des plus majestueux au monde. Un vrai bijou.
Roderick continue à faire ses allers-retours entre l’histoire familiale et celle du monde, de l’Europe. Nous sommes, toujours, dans son bureau qui se situe dans une aile du palais, celle qui a le moins souffert de la double explosion du 4 août 2020, dont le blast (l’effet du souffle) a détruit tout le port de Beyrouth, et endommagé gravement une grande partie du palais et des alentours.
Il revient en arrière. Il vient de se souvenir de l’épopée familiale qui a soutenu le projet de construction du canal de Suez entre 1859 et 1869. Une épopée mondiale !

Soudain, il se lève et se dirige tout droit vers une pièce austère à l’abri de tout regard : la chambre secrète des archives familiales…

Seconde partie du Conte merveilleux des Sursock à suivre…

Première partie de la trilogie journalistique réalisée par Antoine BORDIER
Copyright des photos A. Bordier

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L’encyclique que projetait Pie XII pour les 50 ans de la condamnation du modernisme

De l’abbé Barthe sur Res Novae :

Quatre ans avant Vatican II, en 1958, un dernier document pontifical antimoderne, une encyclique, était en préparation dans les palais apostoliques. La mort du Pape en interrompit la rédaction finale et la publication. C’est ce qu’a révélé l’ouverture en 2020 des archives du pontificat de Pie XII, désormais consultables jusqu’à 1958, année de la mort de ce pape.

Cette ouverture avait provoqué l’arrivée d’une nuée de chercheurs en direction des archives vaticanes, qui pensaient pouvoir démontrer les faiblesses coupables du Pontife vis-à-vis du régime hitlérien, et qui, comme il était prévisible, ont eu la déception de trouver toutes les preuves du contraire. En revanche, des historiens sérieux ont vu s’ouvrir de vastes perspectives sur des sujets du plus grand intérêt.

On savait que Pie XII avait lancé en 1948 la préparation d’un concile œcuménique qui fit l’objet de travaux importants jusqu’en 1951. Il était d’ailleurs question, de manière très caractéristique, non pas de convoquer un autre concile, mais de « continuer » celui réuni par Pie IX en 1869 et, qui avait dû s’interrompre en 1870 en raison de la guerre franco-prussienne. Mais le projet fut abandonné1.

En revanche, on ignorait généralement ce dont fit état, dès mars 2020, l’historien allemand Matthias Daufratshofer. Voulant étudier dans les archives de l’ex-Saint-Office les travaux qui avaient précédé la proclamation du dogme de l’Assomption de la Sainte Vierge, il y découvrit les textes préparatoires, les schémas, d’une encyclique antimoderne élaborée dans les dernières années du pontificat pacellien, qui aurait développé et précisé la lettre encyclique de 1950, Humani generis, « sur quelques opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique »2.

Deux chercheurs, la sœur Sabine Schratz, op, de l’Institut Historicum Ordinis Prædicatorum, et Daniele Premoli (Archivum Generale Ordinis Prædicatorum) se sont consacrés à l’étude de ce projet. Ils préparent la publication du schéma en ses états successifs qui avait été réalisé par une commission, et ils ont publié, le 3 janvier 2024, un article sur l’état de leurs travaux dans le Journal of Modern and Contemporary Christianity : « L’Enciclica Pascendi dei tempi moderni. Il progetto per l’ultima enciclica di Pio XII (1956-58) ».

Le projet initial : publier une encyclique en 1957, pour les 50 ans de la condamnation du modernisme par Pascendi

Au cours du pontificat de Pie XII n’avait cessé de croître à Rome l’inquiétude à propos de la diffusion de courants nouveaux qu’on évoquait autour du Pape sous l’appellation générale de « Nouvelle Théologie ». L’expression était de Pie XII lui-même dans un discours à la congrégation générale des Jésuites le 19 septembre 19463, à la suite duquel le Père Réginald Garrigou-Lagrange, op, avait publié dans la revue Angelicum, en octobre 1946, un article qui fit grand bruit : « La nouvelle théologie, où va-t-elle ? ». La critique visait surtout le fait que cette Nouvelle Théologie, au nom d’un « retour » idéologisé à la théologie des Pères, dénigrait la théologie scolastique (et à travers elle, des formulations dogmatiques, grandement tributaires de cette scolastique). À propos de cette nouvelle manière de parler de doctrine, Humani generis dira en 1950 qu’on voulait remplacer « une présentation de plus en plus exacte des vérités de la foi » pour « leur substituer des notions conjecturales et les expressions flottantes et vagues ».

Rome s’inquiétait particulièrement de l’ébullition théologique qui régnait en France. Lors de l’Assemblée plénière des évêques français, qui devait se tenir en avril 1957, Mgr Joseph Lefebvre, archevêque de Bourges, de la même famille d’industriels du Nord que Mgr Marcel Lefebvre et qui sera fait cardinal par Jean XXIII, s’apprêtait à présenter un rapport doctrinal basé sur les réponses à un questionnaire envoyé à tous les évêques français4. Le rapport notait que le relativisme, le rationalisme, le naturalisme et l’humanisme athée ont conduit à une « mutilation de notre nature » qui coupe la référence de l’homme à Dieu, l’idéalisme et l’existentialisme le refermant sur lui-même, le marxisme le conduisant au déterminisme et au matérialisme. D’où, chez un certain nombre de catholiques, une perte du sens de Dieu, du péché et de l’Église, et une série de déviations, que le rapport qualifiait de faiblesse de la foi ou bien de fausse compréhension de la foi, revendiquant le droit à liberté personnelle, ignorant la nature de l’autorité ecclésiastique, dissociant l’Église visible de l’invisible, mettant l’Église à l’écart des affaires de l’État et de la société, réduisant enfin le témoignage chrétien à la pure intériorité. Le rapport parlait d’« une sorte de néo-protestantisme » et de la dépendance d’un certain nombre de théologiens vis-à-vis des idées de l’époque.

Mais le rapport Lefebvre, après cette critique du « progressisme », dénonçait aussi l’« intégrisme » de ceux qui s’érigeaient en censeurs des évêques français jugés trop faibles devant les théologiens défendant les positions nouvelles. Il accusait des prêtres et des fidèles de se livrer à « des interventions inadmissibles » par lesquelles ils donnaient des leçons d’orthodoxie « même à la hiérarchie ».

De ce fait le rapport Lefebvre n’était pas sans rappeler la lettre pastorale du cardinal Suhard, archevêque de Paris, intitulée Essor ou déclin de l’Église et publiée pour le carême 1947, dans laquelle le cardinal renvoyait dos à dos les deux options qui retardaient l’essor espéré, à savoir le « modernisme » et l’« intégrisme ». Le rapport Lefebvre prenait d’ailleurs soin de remarquer que les erreurs modernes qu’il énumérait ne devaient pas être considérées comme générales, certains évêques assurant même qu’elles étaient en régression, et qu’il fallait en tout cas se garder – sous-entendu adressé aux « intégristes » – de « transformer en un horizon noir chargé d’orages les quelques nuages qui traînent dans un ciel, par ailleurs lumineux. » Thème qu’on retrouvera dans le discours d’ouverture de Vatican II de Jean XXIII, Gaudet Mater Ecclesia, du 11 octobre 1962, avec la célèbre charge contre ces « prophètes de malheur qui annoncent de sinistres présages comme si la fin du monde allait arriver. »

Ce qui conduit à remarquer que la situation du catholicisme français sous Pie XII annonçait ce qu’elle serait à l’époque du Concile et du post-Concile. D’un côté un « progressisme » aux nuances diverses : mouvement œcuménique, pour une part mouvement liturgique, affaire des Prêtres Ouvriers, revues diversement fascinées par le marxisme, EspritTémoignage chrétienLa Quinzaine, publication d’ouvrages de remise en cause de la théologie traditionnelle sous divers aspects, par les dominicains Congar et Chenu (ce dernier ayant forgé l’appellation d’« école du Saulchoir »), par le Père de Lubac et les jésuites dits de l’école de Fourvière, et par d’autres encore. Sur le trottoir d’en face s’était constituée une sorte de minorité « intégriste », héritière du catholicisme intransigeant, tels l’abbé Luc Lefèvre, fondateur de La Pensée catholique, l’abbé Victor Berto, qui sera le théologien de Marcel Lefebvre lors du Concile, les abbés Alphonse Roul et Raymond Dulac, le Père Fillère et l’abbé Richard, fondateurs de L’Homme Nouveau.

Or, ces ecclésiastiques, marginalisés en France, étaient en revanche en phase avec le personnel théologique du pontificat de Pie XII, à savoir les dominicains Réginald Garrigou-Lagrange, Marie-Rosaire Gagnebet, Luigi Ciappi, les jésuites, comme le moraliste Franz Hürth, Sébastien Tromp, le franciscain Ermenegildo Lio, le religieux stigmatin Cornelio Fabro, le carme Philippe de la Trinité, et des prêtres séculiers, tels Pietro Parente, Pietro Palazzini, Dino Staffa et Antonio Piolanti, qui deviendra recteur de l’Université du Latran en 1957. Ils constituaient ce qu’on a appelé l’École romaine de Théologie, à laquelle se rattachaient aussi les cardinaux Pizzardo et Ottaviani, secrétaires successifs du Saint-Office, Ruffini, archevêque de Palerme, Siri, archevêque de Gênes.

En raison de l’attention particulière au sein de la Curie pour ce qui se passait en France, l’imminence de la réunion de l’Assemblée plénière de l’Épiscopat devant faire le  point sur la situation doctrinale, fit adopter en 1956 la décision de reprendre le thème de la critique de la Nouvelle Théologie dans un document papal. La commission préparatoire de l’Assemblée de l’Épiscopat avait demandé au Père Paul Philippe, dominicain, commissaire du Saint-Office, futur cardinal, un rapport. Paul Philippe en une soixantaine de pages liait au modernisme la Nouvelle Théologie, tout en expliquant que les déviations de cette dernière n’avaient pas le caractère rationaliste de l’hérésie dénoncée par l’encyclique Pascendi en 1907, mais se présentaient de manière plus « mystique » et se voulaient très optimistes. Le cardinal Ottaviani jugea le rapport Philippe apte à servir de base à la préparation du document pontifical envisagé pour 1957.

Les travaux préparatoires à l’encyclique (1956-1958)

Pie XII approuva formellement le projet à la Noël 1956. Immédiatement, dans les derniers jours de décembre, fut nommée une commission ad hoc au sein du Saint-Office (Saint-Office qui deviendra la Congrégation pour la Doctrine de la Foi après Vatican II). De cette congrégation romaine, chargée de la doctrine, la plus éminente alors de la Curie (on l’appelait la Suprema)le pape se réservait la présidence (elle n’avait pas de Préfet, mais était dirigée par un Secrétaire). La commission ne parvint pas à achever ses travaux pour 1957 et les poursuivait encore lorsque Pie XII mourut en octobre1958.

Elle se réunit une première fois au début de 1957. Ses membres étaient parmi les plus éminents du Saint-Office : les dominicains Paul Philippe, président, Gagnebet et Garrigou-Lagrange, tous trois proches du Maître général de l’Ordre, Michael Browne, et formant avec lui un quatuor dominicain extrêmement influent ; les jésuites qui avaient contribué à la rédaction d’Humani generis, les Pères Tromp et Bea, ce dernier, confesseur de Pie XII, et qui vira de bord après 1958 ; le grand mariologue Karlo Balić, capucin ; le carme français Philippe de la Trinité ; et Antonio Piolanti.

Le rapport de Mgr Joseph Lefebvre, envoyé au Saint-Office, devint, avec le rapport Philippe, une source disponible pour l’examen que l’on se proposait de faire des erreurs doctrinales du moment. Sa critique des « intégristes » était en revanche jugée tout à fait contre-productive.

Le 20 mars 1958, le P. Tromp présenta un premier projet, un schéma de 64 pages, qui commençait par les mots Instaurare omnia in Christo, la devise de saint Pie X. Le P. Philippe présenta lui aussi un autre projet. L’un comme l’autre seront publiés par la sœur Sabine Schratz, et Daniele Premoli.

En mai 1958, le Saint-Office eut à trancher : compte tenu de l’importance des matériaux réunis par la commission, convenait-il de publier un seul document ou plusieurs ? Le cardinal Ottaviani entendait réserver la question des relations entre l’Église et l’État à un document spécifique, qui était d’ailleurs en préparation depuis 1950 (le P. Gagnebet en était l’artisan principal) et qui visait de fait à rappeler la doctrine traditionnelle contre les idées anticipant la doctrine de la liberté religieuse du P. Courtney Murray, jésuite américain, et de Jacques Maritain, le philosophe français. Le document du Saint-Office a servi de base, durant la préparation de Vatican II, au chapitre 9 du schéma De Ecclesia préparé par la commission de théologie et repris pour l’occasion par le Père Gagnebet5. L’ensemble du schéma sera d’ailleurs évacué et remplacé par celui qui aboutira à la constitution Lumen Gentium. Quant au contenu de son chapitre 9, il sera invalidé par la déclaration Dignitatis humanæ. À propos de tous les matériaux réunis par la commission, Pie XII, informé pas à pas des travaux de préparation, fit savoir qu’il voulait publier un texte unique et non plusieurs encycliques.

La commission, réduite à Philippe, Piolanti, Bea, Tromp, Balić et Gagnebet, se réunit une troisième fois le 10 juin 1958 et formula des recommandations que le P. Tromp incorpora dans sa deuxième version du schéma préparatoire. Il commençait désormais par les mots : Cultum Regi Regum, Culte du Roi des rois. Cet ultime schéma fut communiqué aux autres membres de la commission le 27 septembre 1958. Mais Pie XII mourut douze jours plus tard, le 9 octobre. Les archives postérieures n’étant pas consultables, on ne sait si le projet d’encyclique fut présenté à Jean XXIII, ce qui est fort probable. En tout cas, il n’eut pas de suite.

Le contenu du schéma Cultum Regi Regum

En fait, le projet avait pris la forme d’une suite et d’un approfondissement d’Humani generis. Le texte abordait tous les domaines de la vie ecclésiale, morale et sociale, exposant, cinquante ans après Pascendi, « l’hérésie globale de la modernité »6, à savoir l’acceptation d’une rupture de la société d’avec Dieu. Il le faisait en six chapitres :

  1. La nature de la religion.
  2. Le culte liturgique et les dévotions privées, (culte dont l’importance sociale expliquait le titre qu’aurait reçu l’encyclique).
  3. La théologie morale.
  4. La profession de foi.
  5. La relation entre autorité et liberté dans l’Église.
  6. Les relations entre l’ordre religieux et l’ordre profane.

Le schéma d’encyclique rappelait que la religion est une vertu par laquelle l’homme, reconnaissant l’excellence divine, rend un culte à Dieu créateur et maître de l’ordre naturel tout entier qu’il transcende. Elle n’est pas une réalité d’ordre purement affectif et émotionnel, ni l’opium du peuple.

Le traitement de la question liturgique, au deuxième chapitre, reprenait des thèmes de l’encyclique Mediator Dei de 1947, et visait diverses erreurs, entre autres celle qui veut « que la célébration d’une seule messe, à laquelle assistent religieusement une centaine de prêtres, est la même chose que cent messes célébrées séparément par une centaine de prêtres7 ». Le schéma insistait aussi sur la gravité et le dommage social du non-respect de la sanctification du dimanche par le culte et le repos

Dans la partie morale, la doctrine traditionnelle sur la loi naturelle était rappelée et les questions les plus controversées examinées : dangers du matérialisme, tant communiste que capitaliste ; caractère souverain du jugement de l’Église dont l’autorité a été constituée par Dieu lui-même et qui lui permet d’éclairer des questions morales difficiles — qui lui permet de trancher dans les questions aujourd’hui controversées — comme celle de la primauté de la procréation dans la hiérarchie des fins du mariage, la virginité pour le Royaume de Dieu restant un état plus parfait que le mariage.

C’est dans le quatrième chapitre qu’était abordé le thème de l’œcuménisme, sous l’aspect de la collaboration avec des chrétiens d’autres confessions dans l’opposition au communisme athée. Était relevé le caractère problématique de la mise de côté de ce qui sépare le catholicisme de ces confessions, notamment de ce qui les a fondées en haine de l’Église. Plus globalement, la collaboration pour des buts louables entre catholiques et non-catholiques, si elle pouvait être acceptée en principe, soulevait d’importantes réserves :

« Si un médecin en bonne santé collabore avec un médecin atteint de lèpre pour combattre la lèpre, il honorera son collègue, mais plus la collaboration avec son partenaire sera intime, plus il devra être vigilant de peur d’être lui-même atteint par la maladie. »

Le cinquième chapitre du projet traitait de la relation entre les autorités et la liberté, c’est-à-dire entre le magistère et les théologiens : on ne peut atteindre le Royaume de Dieu que par « la voie de l’autorité et de l’obéissance » ; or celle-ci, notamment après la chute des totalitarismes en Allemagne et en Italie, était entrée en crise, non seulement dans les États, mais aussi à l’intérieur de l’Église catholique. Cultum Regi Regum réaffirmait avec force que le munus docendi, la charge d’enseigner dans l’Église, résidait uniquement dans la hiérarchie, constituée par le Pontife romain et l’épiscopat.

Le texte ajoutait :

« Loin de nous l’idée de nier que les théologiens aient une vocation particulière au sein du Corps mystique du Christ, à laquelle correspondent grâce et lumière du Saint-Esprit. Car c’est à eux que l’Épouse du Christ confie la formation du futur clergé ; ils sont appelés par le Magistère sacré lui-même à préparer les documents doctrinaux ; il leur appartient d’approfondir et de préciser les décisions données par le Magistère authentique ; il leur appartient surtout de manifester au monde la merveilleuse et divine harmonie par laquelle les vérités divinement révélées s’accordent entre elles et avec les diverses sciences humaines. Il est également du devoir des théologiens de déterminer, pour quelles raisons et dans quelle mesure, telles vérités sont contenues dans le dépôt de la foi, ou sont proposées par le Magistère comme étant à croire ou à professer ; et, par conséquent, en quel sens et dans quelle mesure il convient de qualifier les erreurs contraires. Si les théologiens agissent ainsi sous la vigilance des Pasteurs, ils ne s’arrogent aucunement la compétence du Magistère, mais contribuent grandement à préserver la pureté de la foi. »

Le dernier chapitre du document, sous le titre d’Ordo religiosus et ordo profanus était en fait une sorte d’anticipation du document préparé par le Saint Office depuis 1950, dont il a été parlé plus haut, qui traitait des relations entre les deux sociétés parfaites (possédant chacune tout ce qui est nécessaire à l’accomplissement de sa fin)sociétés distinctes mais unies, que sont l’Église et l’État8.

* * *

Pie XII voulait-il ainsi couronner son pontificat par une sorte de grand texte testamentaire, qui aurait repris des thèmes traités par lui dans ses diverses encycliques, et aurait tenté de faire barrage au déluge qu’il sentait venir après lui. Notre allusion au mot prêté à Louis XV, « après moi, le déluge », est intentionnelle. L’activité d’approfondissement et de défense doctrinale par une série de grandes encycliques (Mystici Corporis en 1943, sur le Corps mystique du Christ, Divino afflante, en 1943 également, sur les études bibliques, Mediator Dei en 1947, sur les principes de la liturgie, Humani generis en 1950, sur les erreurs de notre temps), par la définition à contre-courant de l’Assomption de la Sainte Vierge en corps et en âme, et aussi par la canonisation de Pie X en 1954, n’est pas sans évoquer, toutes choses égales, la tentative de consolidation, en tout cas sur un point, celui de la justice, de ce qui allait devenir l’Ancien Régime, à la fin du règne de Louis XV, et qui fut interrompue par la mort du monarque en 1774.

À défaut d’avoir continué le concile du Vatican réuni par Pie IX, c’est par la continuation de Pascendi de Pie X, qui eût été accompagnée d’un document du Saint-Office fermant la voie aux thèses qui deviendront la doctrine de la liberté religieuse, que Pie XII eût scellé son pontificat. Mais Dieu, dans les mystérieux arrangements de sa Providence, avait décidé de châtier son peuple.

Neuvaine à la Sainte Famille sur Hozana

À l’occasion de la fête de la Sainte Famille, célébrée le dimanche qui suit Noël, l’application de prière Hozana vous propose une neuvaine portée par Inès d’Oysonville : « La Sainte Famille comme école de vie ».

Du 28 décembre au 5 janvier, ce parcours invite à prendre la Sainte Famille comme modèle de vie chrétienne, à l’école de Jésus, Marie et Joseph, et à confier son quotidien à Dieu dans la simplicité de la vie ordinaire.

Cette neuvaine s’adresse à tous ceux qui souhaitent relire leur vie à la lumière de l’Évangile : parents, couples, célibataires, consacrés. Nous sommes tous enfants, frères ou sœurs, marqués par une histoire familiale. La Sainte Famille nous apprend à aimer, à faire confiance et à avancer humblement dans le quotidien.

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Le clip du pèlerinage de Chartres 2025

Revivez le Pèlerinage de Chartres 2025, placé sous le thème « Que votre règne arrive ».

Trois jours de marche, de prière et de fraternité, de Saint-Sulpice jusqu’aux flèches de Chartres : des milliers de pèlerins, jeunes et familles, unis dans un même élan de foi.

Ce clip officiel vous plonge au cœur de la route : la beauté des paysages, la ferveur des chants, l’effort partagé, la joie simple des rencontres, la liturgie traditionnelle… Tout ce qui fait de ce pèlerinage un moment unique de conversion et d’espérance.

Laissez-vous porter par la marche, la prière, les visages et la lumière.

Découvrez une chrétienté vivante, enracinée, joyeuse, missionnaire — une jeunesse qui avance pour que le Christ règne dans les cœurs.

Nativité de Notre-Seigneur – 25 décembre – Messe du Jour Ad tertiam Missam in die Nativitatis Domini

Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
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►Introït : Puer natus est

Le texte de l’Introït est extrait de l’une des grandes prophéties d’Isaïe annonçant le mystère de l’Incarnation, comme nous en avons entendu plusieurs au temps de l’Avent.

Puer natus est nobis, et filius datus est nobis : cujus imperium super humerum ejus : et vocabitur nomen ejus magni consilii Angelus.
Un enfant nous est né, un fils nous est donné ; la souveraineté est sur son épaule. On l’appellera du nom d’envoyé du Grand Conseil.

La souveraineté sur son épaule évoque l’instrument par lequel il régnera, c’est-à-dire la Croix. Quant au Grand Conseil dont il est l’envoyé, c’est le grand dessein de la Sainte Trinité de sauver tous les hommes. Le texte d’Isaïe continue d’ailleurs par d’autres qualificatifs que l’on retrouve à d’autres moments de la liturgie de Noël, notamment à l’Introït de la messe de l’aurore. Il contraste singulièrement avec la faiblesse et la modestie de ce tout petit enfant :  » Conseiller admirable, Dieu fort, Prince de la Paix, Père du siècle à venir. «

La mélodie exprime à merveille la joie légère de Noël. Elle s’élance dès le début en un grand élan enthousiaste, puis elle s’apaise en une contemplation amoureuse, se nuançant d’un brin de mélancolie à l’évocation de la Croix, et elle s’achève par l’affirmation solennelle de la qualité de celui qui nous est envoyé. Cet Introït est accompagné du premier verset du psaume 97 que nous allons retrouver au Graduel et à la Communion :

Cantate Domino canticum novum quia mirabilia fecit
Chantez au Seigneur un cantique nouveau car il a fait des merveilles.

►Graduel : Viderunt omnes

Le texte du Graduel de la messe du jour de Noël est tiré du psaume 97 dont nous avons entendu le premier verset à l’Introït : c’est un cantique de louange à la gloire du Seigneur tout puissant qui y est présenté à la fois comme sauveur et comme juge. Les versets retenus ici sont ceux qui affirment l’universalité du salut qui s’étend à tous les peuples.

Viderunt omnes fines terræ salutare Dei nostri : jubilate Deo omnis terra.

Tous les confins de la terre ont vu le salut donné par notre Dieu. Poussez des cris de joie, terre entière ;

Notum fecit Dominus salutare suum : ante conspectum gentium revelavit justitiam suam.
Le Seigneur a fait connaître son salut, il a révélé sa justice devant tous les peuples.

C’est donc à tous les hommes sans exception que le petit enfant de la crèche vient apporter le salut. Cette perspective est chantée ici avec une mélodie très joyeuse, pleine de ferveur et d’enthousiasme. On y trouve de grandes vocalises comme c’est toujours le cas dans les Graduels, mais aussi des notes répétées avec insistance comme une sonnerie de trompette.

► Alléluia : Dies sanctificatus

Le texte du verset de l’Alléluia du jour de Noël n’est pas tiré de la Sainte Écriture. Il insiste surtout sur un des caractères de Noël, qui est d’être une fête de la lumière.

Le Christ qui vient de naître est la lumière du monde, et ce n’est pas pour rien que la fête de sa nativité a été fixée au moment du solstice d’hiver, quand les jours recommencent à augmenter.

Dies sanctificatus illuxit nobis ; venite gentes et adorate Dominum, quia hodie descendit lux magna super terram.
Un jour très saint a brillé pour nous ; venez, peuples, adorez le Seigneur, car aujourd’hui une grande lumière est descendue sur la terre.

La mélodie est une mélodie type que l’on entend assez souvent au cours de l’année et particulièrement au temps de Noël. Nous la retrouverons notamment à l’Épiphanie, où l’étoile et les mages reprendront ce même thème. Cette mélodie est par elle-même très lumineuse et pleine d’une ferveur joyeuse. On notera le beau crescendo progressif sur l’invitation pressante adressée à tous les peuples : venez adorer.

► Offertoire : Tui sunt cæli

Comme celui de la messe de minuit, cet Offertoire est assez différent des autres chants de cette messe, qui expriment une joie légère et enthousiaste. Il s’agit ici d’une longue contemplation intérieure et méditative des attributs divins du petit enfant qui vient de naître, et qui est le maître absolu et le roi incontesté de toute la création. Le texte est tiré du psaume 88, un des grands psaumes messianiques.

Tui sunt cæli, et tua est terra : orbem terrarum, et plenitudinem ejus tu fundasti : justitia et judicium præparatio sedis tuæ.
À Vous sont les cieux et à Vous est la terre ; le globe terrestre c’est Vous qui l’avez créé. La justice (c’est-à-dire la perfection divine) et l’équité sont les fondements de votre trône.

La mélodie calme et douce exprime parfaitement cette contemplation émerveillée.

► Communion : Viderunt omnes

Comme à la messe de minuit, la Communion de la messe du jour de Noël reprend le texte de la première phrase du Graduel, tiré du psaume 97 :

Viderunt omnes fines terræ salutare Dei nostri.
Tous les confins de la Terre ont vu le salut donné par notre Dieu.

On y trouve la même ferveur joyeuse et enthousiaste, mais ici dans les limites restreintes d’une petite antienne, où cependant la mélodie monte et redescend à deux reprises toute l’octave dans un grand élan de reconnaissance pour le grand bienfait dont le Seigneur vient de nous combler.

Nativité de Notre-Seigneur – 25 décembre – Messe de Minuit Ad primam Missam in nocte

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La fête de Noël possède une particularité unique dans toute l’année, qui est de comporter trois messes différentes, alors que les autres jours n’en ont qu’une. Elles étaient souvent autrefois dites les unes à la suite des autres : on se rappelle Les Trois Messes basses d’Alphonse Daudet ; mais elles sont normalement destinées à être célébrées à trois moments différents, avec lesquels elles sont en harmonie : la messe de Minuit emplie de mystères, celle de l’Aurore pleine de lumière et celle du Jour pleine de joie.

Ces messes présentent un contraste étonnant entre les chants du propre et les Évangiles qui y sont lus. À la Messe de Minuit, on lit à l’Évangile le récit de la Nativité dans l’étable de Bethléem et l’apparition des anges aux bergers, tandis que les chants du propre, pleins du mystère qui convient à la nuit, nous font méditer sur la génération éternelle du Verbe au sein de la Très Sainte Trinité. À la Messe du Jour au contraire, on lit à l’Évangile le prologue de saint Jean :  » Au commencement était le Verbe… « , tandis que les chants du propre célèbrent joyeusement la naissance de l’Enfant-Dieu.

Hormis l’Offertoire, les chants du propre de la Messe de Minuit contiennent tous les mots genui te je t’ai engendré, adressés par Dieu le Père à son Fils. On les trouve dans deux passages extraits de deux grands psaumes messianiques, le psaume 2 à l’Introït et à l’Alléluia, le psaume 109 au Graduel et à la Communion.

► Introït : Dominus dixit

Voici le verset du psaume 2 qui est chanté à l’Introït.

Dominus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te.
Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui je t’ai engendré.

Cet aujourd’hui, c’est le présent éternel du ciel. Ces paroles sont celles du Père, mais ici c’est le petit enfant de la crèche qui les prononce en disant  » Le Seigneur m’a dit « . Aussi la mélodie est-elle simple et dépouillée, presque immatérielle ; seul le mot meus est souligné, exprimant la tendresse du Père pour son Fils. Cet Introït est un des plus courts du répertoire. Il est accompagné bien entendu par le premier verset du psaume 2

Quare fremuerunt gentes et populi meditati sunt inania ?
Pourquoi les nations se sont-elles agitées et les peuples ont-ils comploté en vain ?

Il montre les vains efforts des païens pour s’opposer à la venue et au règne du Messie.

► Graduel : Tecum principium

Après le texte messianique tiré du psaume 2 qui figurait à l’Introït, nous allons trouver dans le Graduel l’autre texte messianique, tiré du psaume 109.

Tecum principium in die virtutis tuæ : in splendoribus sanctorum ex utero ante luciferum genui te.

On retrouve donc les mots genui te qui reviennent quatre fois dans cette messe. Mais ce texte est difficile à traduire car il est plein de symbolisme, s’appliquant à la fois au sacre du roi d’Israël, devenu par l’onction fils de Dieu, c’est à dire son représentant sur terre, et à la génération éternelle du Messie dont le roi n’était que la figure. On peut traduire à peu près ainsi :

À toi la primauté au jour de ta puissance. Dans les splendeurs sacrées, de mon sein, avant l’aurore, je t’ai engendré.

 La deuxième partie de ce Graduel reprend le début du psaume 109, bien connu des fidèles qui assistent aux vêpres du dimanche.

Dixit Dominus Domino meo : sede a dextris meis, donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum.
Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite, tandis que j’abaisse tes ennemis comme un marchepied.

  » Le Seigneur a dit à mon Seigneur « , c’est Dieu le Père qui s’adresse au roi d’Israël, figure du Messie ; c’est celui-ci, deuxième personne de la sainte Trinité, qui est assis à la droite de Dieu, comme nous le chantons dans le Credo.

On voit que nous sommes ici dans un monde de grandeur, de mystère et d’éternité. Ce Graduel a des dimensions imposantes ; si l’Introït de cette messe est un des plus courts du répertoire, le Graduel est au contraire un des plus longs. La mélodie est dans l’ensemble une mélodie type avec des formules que l’on retrouve souvent en d’autres Graduels, mais elle est plus développée, avec une grande introduction qui lui donne un caractère très solennel.

► Alléluia : Dominus dixit

Nous allons trouver dans l’Alléluia de la messe de minuit le même texte que nous avons entendu à l’Introït :

Dominus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te.
Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré.

Toujours les mots genui te qui reviennent pour la troisième fois dans cette messe. La mélodie est une mélodie type comme celle du Graduel, mais ici sans aucune adjonction, et telle que nous l’avons déjà souvent entendue. Il faut dire pourtant que ses vocalises souples et légères expriment si bien la joie de Noël qu’on les croirait faites pour cela.

► Offertoire : Lætentur cæli

Comme c’est souvent le cas, le chant de l’Offertoire de la messe de minuit est un peu à part, et son texte ne contient pas les mots genui te. Il est tiré du psaume 95, cantique de louange au Seigneur, roi et juge universel :

Lætentur Cæli et exsultet terra ante faciem Domini ; quoniam venit
Que les cieux se réjouissent et que la terre exsulte devant la face du Seigneur, car Il vient.

Le psaume ajoute : car il vient pour juger la terre. Il s’agit donc du retour glorieux du Seigneur à la fin des temps, le dernier avènement. Mais la liturgie en arrêtant le texte à quoniam venit, sans préciser, permet de l’appliquer au premier avènement dans la nuit de Noël et à son avènement dans nos âmes en cette fête de Noël si nous sommes prêts à le recevoir. C’est de cette venue quelle qu’elle soit que les cieux et la terre se réjouissent, joie très intérieure exprimée par une mélodie douce et contemplative aux ondulations calmes et souples.

► Communion : In splendoribus

Le texte de l’antienne de Communion de la messe de minuit est en partie celui du Graduel, le deuxième grand texte messianique tiré du psaume 109.

 In splendoribus sanctorum ex utero ante luciferum genui te.
Dans les splendeurs sacrées, de mon sein, avant l’aurore, je t’ai engendré.

On rencontrons bien entendu pour la quatrième fois les mots genui te, la génération éternelle du Verbe au sein de la Très sainte Trinité. La mélodie est très simple ; les musiciens remarqueront qu’elle est pentatonique c’est à dire qu’il n’y a pas de demi-ton. Elle a une certaine parenté avec celle de l’Introït, mais elle n’en a pas la légèreté céleste. Elle est plus appuyée et plus solennelle. Ici ce n’est plus le petit enfant qui parle, c’est Dieu le Père qui s’adresse à lui directement.

Le site nord-américain Musica Sacra nous offre des partitions du psaume qui peut être interprété en alternance avec cette antienne de communion. C’est aisément déchiffrable pour tout choriste et nous encourageons vivement les chefs de scholas à les imprimer et à les travailler lors des répétitions. La psalmodie est le meilleur moyen d’apprendre à déclamer la phrase latine, à respecter les accents toniques, à prononcer cette langue liturgique sans hésiter…

L’origine des trois messes de Noël par le père Edward McNamara, L.C.

Comme pour de nombreuses pratiques liturgiques, l’origine des trois messes de Noël (à minuit, à l’aube et le jour) n’est pas du tout sûre, explique le père Edward McNamara, L.C., professeur de théologie et directeur spirituel.

La fête liturgique de Noël tombe le 25 décembre de chaque année. Cette fête est née à Rome, autour de l’an 330, peut-être précisément cette année-là. Elle fut très probablement célébrée pour la première fois dans la basilique Saint-Pierre, dont la construction était à peine terminée.

La célébration de Noël s’est ensuite diffusée à partir de Rome, lentement, dans les provinces orientales de l’Empire romain et, petit à petit, elle a été insérée dans le calendrier liturgique des Églises principales. Certaines de ces Églises célébraient la naissance du Christ le 6 janvier – l’Épiphanie – et ont continué à donner davantage d’importance à cette date, même après avoir accepté la date du 25 décembre.

Pendant toute cette période, l’Église à Jérusalem avait continué de développer certains usages particuliers.

Égérie, une femme qui a fait un long pèlerinage en Terre Sainte de 381 à 384, a décrit dans son Itinerarium comment les chrétiens de Jérusalem commémoraient le mystère de Noël le 6 janvier avec une veillée à minuit à Bethléem, suivie d’une procession aux flambeaux vers Jérusalem, qui finissait à l’aube dans l’église de la Résurrection (Anastasis, en grec).

Cinquante ans plus tard, à Rome, le pape Sixte III (432-440) décida d’honorer la proclamation de la maternité divine au Concile d’Éphèse (431), avec la construction de la grande basilique de Sainte Marie Majeure sur la colline de l’Esquilin.

Sixte III fit construire, en outre, une chapelle qui reproduit la grotte de Bethléem (les reliques de la crèche, jusqu’alors conservées dans la basilique de Sainte Marie Majeure, ne furent placées dans la chapelle qu’au VIIsiècle). Probablement inspiré par la coutume de la veillée de minuit célébrée à Bethléem, le pape Sixte III lui-même instaura la tradition d’une messe de minuit célébrée dans la chapelle de la « grotte de la Nativité ».

A Rome existait déjà la coutume de commémorer les fêtes importantes par deux services liturgiques distincts, l’un célébré dans la nuit, l’autre vers l’aube. Il est facile d’imaginer comment cette simple fête, initiée par le pape Sixte III dans la basilique Sainte Marie Majeure, a gagné en importance et s’est développée. La première étape de ce développement consista dans le fait que la plus ancienne liturgie de Noël, celle qui était chantée à Saint Pierre, fut aussi célébrée à Sainte Marie Majeure.

Un développement ultérieur a eu lieu autour de l’année 550. Le pape et certains membres de la curie célébraient une seconde messe un peu avant l’aube dans l’Eglise Sainte Anastasie, située sur un versant du Palatin.

A l’origine, cette dernière célébration se tenait en l’honneur de la mémoire de sainte Anastasie qui tombe le 25 décembre, et elle n’avait donc rien à voir avec Noël. Mais plus tard, cette célébration fut transformée en une seconde messe de Noël, s’inspirant probablement de la coutume de la messe célébrée à l’aube dans l’église de la Résurrection à Jérusalem, et à cause de l’association faite entre le nom d’Anastasia et anastasis (résurrection).

Après cette messe, de caractère quasiment privé, le pape se rendait directement à Saint-Pierre, où une grande foule de fidèles attendaient la liturgie solennelle à l’aube de Noël. Cette coutume continua au moins jusqu’à l’époque du pape Grégoire VII (mort en 1085).

Au début, le privilège des trois célébrations de Noël était réservé aux papes. Le premier témoignage que nous ayons d’un prêtre ordinaire qui célèbre les trois messes provient de la fameuse abbaye de Cluny, en France, avant l’an 1156.

Tous les prêtres peuvent désormais user de ce privilège et célébrer trois messes à Noël, à condition qu’ils respectent précisément les horaires. La première messe est célébrée en correspondance ou à proximité de minuit (la messe de la veille, le soir du 24 décembre, n’est pas considérée comme la première des trois messes), la seconde à l’aube et la troisième à un moment dans la journée du 25 décembre.

Les Libanais du monde entier fêtent saint Charbel !

De notre Envoyé spécial Antoine Bordier, auteur de la quadrilogie Arthur, le petit prince

Oui, du monastère de Villiers-sur-Marne en France à celui d’Annaya au Liban, et en passant par le monde entier, ce 24 décembre, les Libanais et les Maronites du monde entier célèbrent saint Charbel…

Déjà 20 jours que le pape Léon XIV est reparti de Beyrouth. Il a laissé derrière-lui ce message : « Chers chrétiens du Levant, je vous invite à regarder vers le ciel pour voir le Seigneur qui arrive. Soyez des artisans de la paix, des héraults de la paix, des témoins de la paix. » Au début de son premier voyage pontifical au Liban, il avait tenu à pérégriner vers le saint patron du Liban : Mar Charbel Makhlouf. Plus tôt, le 20 septembre dernier, en France, à Villiers-sur-Marne, le cardinal-patriarche des Maronites Béchara Boutros Rahi en présence du supérieur, le père Georges Ghattas, et de nombreuses personnalités, ouvrait les portes du premier monastère maronite de France qui porte le joli prénom du saint. Ce 24 décembre les Maronites du monde entier honorent celui que l’on surnomme : l’ermite de la lumière et des miracles. Eclairage sur un être hors-du-commun qui a à son actif près de 30 000 miracles répertoriés !

L’homme en blanc, le pape, quittait la terre du pays des Cèdres le 2 décembre. Son avion décollait de Beyrouth à 13h49, en direction de Rome. Tout au long de ces trois jours et deux nuits, l’artisan de l’Eglise a semé ce bien si précieux au Liban souvent représenté par la blanche colombe, le blanc drapeau et le vert rameau d’olivier : le bien de la PAIX !
Au début de son voyage au Liban, un jour après son atterrissage, il rendait hommage au saint du Liban, dans les montagnes d’Annaya, à 1h13 de Beyrouth, plein nord-est, à 20 mn de Byblos, Jbeil, la Belle. Dans ce monastère Saint-Maron situé à 1099 m d’altitude, la saison hivernale s’inaugurait sous une pluie fine. Pas de neige, mais l’homme en blanc était bien là, entouré du président Joseph Aoun et de son épouse, qui l’avaient précédé. Pour se rendre au plus près du saint, marcher dans ses pas, il faut pérégriner sous des arcades en pierre, emprunter des couloirs, descendre des escaliers qui donnent sur une cour intérieure où trône un bassin. On dirait une cour des miracles. Puis, il faut pousser la lourde porte de la chapelle-crypte. Il est là dans la pénombre, éclairé par quelques bougies. Il est là le tombeau du saint au plus de 29 000 miracles. Certains évoquent 126 000, le chiffre officiel se situant à 29 671.

Inauguration du premier monastère maronite de France

Quelques semaines plus tôt, le 20 septembre, ils sont tous là ou presque. François Fillon, ancien Premier ministre, grand défenseur des Chrétiens d’Orient, qui – on ne le répétera pas assez – sont toujours persécutés et dont leur nombre ne cesse de baisser. A ses côtés, Jacques-Alain Bénisti, le maire de Villiers-sur-Marne, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, et le vice-président de la région, Patrick Karam. Vient d’arriver sous la grande tente dressée à l’entrée du parc, l’ambassadeur du Liban en France, Rabih El Chaer, avec sa famille.
Puis, c’est l’attroupement devant les grilles de cette maison bourgeoise, qui est devenue avec son grand parc, le premier monastère maronite en France. Le cardinal patriarche Béchara Boutros Rahi vient d’arriver, accueilli par le père-supérieur Georges Ghattas. Les drapeaux de la France, du Liban et du Vatican volent au-dessus de la grille ; en entrant sur la gauche le pèlerin du jour est salué par saint Charbel lui-même.

« Saint Charbel nous a guidé ici, raconte le supérieur, pour édifier un monastère en son nom. L’ouverture est historique, comme la présence du patriarche. Auparavant, je me trouvais au monastère Saint-Maron, à Annaya. Le message que nous apportons à la France est plus qu’un message, c’est une mission monastique. Saint Charbel est très connu dans le monde entier – vous imaginez, un ermite qui vivait dans la prière et le silence, hors du monde, c’est impensable – grâce à ses miracles. La mission essentielle est d’insister sur la prière, le silence et la pureté du cœur. Aujourd’hui, dans le monde entier, nous avons besoin de ce cœur miséricordieux, de ce cœur de paix… »

Saint Charbel : le jeune moine

Difficile de résumer un tel ermite, un tel saint, une telle vie. Quelques-uns s’y sont essayés avec brio, surtout sur ses miracles, car le saint est un silencieux, par vocation. Il faut lire l’excellent livre du père Elias Al Jamhoury, du même ordre, l’Ordre libanais maronite, l’OLM. C’est un livre XXL très augmenté des derniers miracles. C’est le livre du 50e anniversaire de sa béatification. La couverture de ce livre-documentaire est noire. En première page le visage du saint y apparaît sombre et lumineux à la fois, les yeux fermés, l’âme, le cœur et le corps en prière. Sa barbe monastique est marquée par une trace noire en son milieu, comme un signe de bénédiction, comme la fumée d’un cierge ou d’un encens qui monte vers le Père.

C’est le 8 mai 1828 que naît Youssef Antoun Makhlouf, dans une famille de montagnards et de paysans, à Beqa’Kafra (ou Bekaa Kafra), un petit village très pittoresque qui se situe entre 1600 et 2000 mètres d’altitude, plein nord-est. Les hivers y sont plus que rigoureux, avec des températures qui descendent en dessous de zéro.
Sa fratrie est composée de 5 enfants qui deviennent vite orphelins. Youssef n’a que 3 ans lorsqu’il perd son père. A l’âge de 7 ans, il devient berger et partage son temps entre son petit troupeau et les premières leçons d’école. Mais, il passe la plupart de son temps dans la prière et dans le service de l’autel, à l’église.

A 23 ans, celui que l’on n’appelle pas encore « la gloire du Liban », Youssef part dans le silence, sans prévenir sa famille et sans rien dire à personne, au monastère de Notre-Dame de Maïfouk qu’il connaît bien. Huit jours après son entrée, il y reçoit l’habit monastique, qui ressemble à celui des moines bénédictins, de couleur noire, mais sans le scapulaire et en tissu plus léger, avec son petit couvre-chef, le skouphos. Il choisit le prénom de Charbel, un martyr de la première église des chrétiens d’Antioche, au premier siècle. Quelques jours plus tard, sa famille l’ayant retrouvé lui rend visite. Il refuse catégoriquement de les voir. Et, il fait dire à sa mère : « Nous nous reverrons au Ciel ! ».

De la nuit à la Lumière, et aux miracles

Comme les pères du désert, comme les premiers moines, comme saint Antoine le Grand, le jeune Charbel s’enfonce dans la nuit de Dieu et se consume à petites braises : celle du don de soi le plus total, celle de l’humilité, et celle de la prière.
Ordonné prêtre en 1859, il n’est plus de ce monde et veut vivre encore plus de radicalité. L’une de ses rares paroles, selon le père Hanna Skandar, moine également qui les a recensées : « Tout l’univers se meut autour du mystère de la croix. L’homme croit que l’univers tourne autour de sa personne, or la croix est le centre de l’univers ; donc, celui qui veut être au centre de l’univers doit être avec le crucifié sur la croix. Celui qui ne vit pas le mystère de la croix ne peut pas comprendre le mystère de l’univers. » C’est certain, il y a du saint Jean de la Croix dans ce moine qui poursuit sa vocation au monastère d’Annaya, après son ordination. Il va vivre 16 ans avec ses frères moines et 23 ans seul dans son ermitage. Il en rêve depuis le début !
Il faut la voir sa cellule pour bien comprendre comment a vécu le saint. Elle mesure moins de 9m2. Au sol, une simple paillasse. A côté, une petite chapelle où il célèbre la Messe. Il s’y rend jour et nuit, adore, chante du bout des lèvres, prie les psaumes, s’agenouille, et se prosterne. Sa vie mystique ne fait que se développer. Il est comme un poisson dans l’eau foisonnante du baptême, où il intercède sans cesse.

Il est seul, par vocation. Mais il accepte de recevoir les fidèles qui frappent à sa porte. Là, il bénit, confesse, et soigne les plaies de l’âme. Et, les premiers miracles de son vivant se multiplient. Le père-supérieur du nouveau monastère en France se souvient : « Oui, des malades ont été guéris après avoir reçu sa bénédiction ou après avoir prié à ses côtés. Son intercession est sollicitée par des personnes de tout le Liban, et même au-delà, et il devient un symbole d’espoir et de guérison. » D’autres racontent voir, déjà, des petites lumières, telles des petites fées, danser autour de son ermitage.

Une vie de Dieu, une vie de Feu

Là, dans sa pauvre cellule en pierre, l’ermite se lève durant la nuit. Sur sa paillasse, il se met d’un geste à genoux, et fait lentement son signe de croix. C’est sa prière. Comme le pèlerin russe, il prononce sans doute ces paroles : « Prends pitié de moi Seigneur. » Puis, il se dirige vers la chapelle où demeure le Roi des rois dans son tabernacle. Mais, lui, n’est-il pas devenu un tabernacle, n’est-il pas la demeure du Seigneur ? Quoiqu’il en soit, pendant 5 à 7 heures, le mystique vit un cœur à cœur des plus mystérieux, qui ressemblerait à celui du Fils gravissant la Montagne sainte et priant son Père toute une nuit, sous la voûte étoilée qui exulte de contempler un si bel Amour. Puis, en fin de matinée, il reçoit ces pèlerins et déverse très sobrement son Feu d’Amour…
Lors d’une Messe – il en aura célébré plus de 14 000 – un froid glacial le prend, celui de l’hiver 1898. Nous sommes le 16 décembre. Pour la première fois, l’ermite qui était une force de la nature s’alite. « Son agonie dura 8 jours, continue de raconter le père Georges. Une agonie de feu, de paix et de sainteté. » Ses frères moines se relaient auprès de lui, comme les témoins d’une Noce. L’Epoux appelle son bien-aimé, l’ermite-serviteur. Ce-dernier vivra ses 8 jours derniers en prononçant cette dernière prière, telle une litanie incandescente : « Ô Père de vérité, voici Votre fils, victime pour Vous plaire… »

Un premier bienheureux, un saint, une victime d’Amour

Très vite, après sa mort, dans la nuit de Noël 1898, des phénomènes extra-ordinaires apparaissent. Les moines voient des lumières sortir du tabernacle et éclairer le visage du saint ermite dont le corps est exposé. Puis, ce sera autour de son cercueil, et de son tombeau. Des lumières jaillissent et les miracles se multiplient.
A tel point, que tout le Liban se met en marche vers son sanctuaire. Même les musulmans viennent y prier.
Mieux, le Vatican se met, également, en pèlerinage et enquête sur ce pauvre ermite, dont la mort n’a pas corrompu le corps. Une huile et du sang suintent de ses pores et se déversent tout autour de lui. Un parfum surnaturel embaume le visiteur tardif.
Le 5 décembre 1965, Paul VI le béatifie en plein Vatican II, et plus exactement lors de la clôture du concile. Cette béatification est historique pour l’Église maronite, car c’est bien la première fois qu’un moine maronite est officiellement reconnu comme bienheureux par le Vatican. Puis, 12 ans plus tard, le 9 octobre 1977, Charbel est canonisé par ce même pape.

Dans son discours de canonisation, Paul VI conclut ainsi : « Bénissons le Seigneur de nous avoir donné saint Charbel Makhlouf, pour raviver les forces de son Eglise, par son exemple et sa prière. Puisse le nouveau saint continuer à exercer son influence prodigieuse, non seulement au Liban, mais en Orient et dans l’Eglise entière ! Qu’il intercède pour nous, pauvres pécheurs, qui, trop souvent, n’osons pas risquer l’expérience des béatitudes qui conduisent pourtant à la joie parfaite ! Qu’il intercède pour ses frères de l’ordre libanais maronite, et pour toute I’Eglise maronite, dont chacun connaît les mérites et les épreuves ! Qu’il intercède pour le cher pays du Liban, qu’il l’aide à surmonter les difficultés de l’heure, à panser les plaies encore vives, à marcher dans l’espérance ! Qu’il le soutienne et l’oriente sur la bonne et juste voie, comme nous le chanterons tout à l’heure ! Que sa lumière brille au-dessus d’Annaya, ralliant les hommes dans la concorde et les attirant vers Dieu, qu’il contemple désormais dans la félicité éternelle ! Amen ! »

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, Saint Charbel est l’un des saints les plus vénérés du Moyen-Orient. Son sanctuaire à Annaya attire des dizaines de milliers de pèlerins chaque année, venus du monde entier. Ses miracles y sont incessants. C’est ce qu’a bien compris le pape Léon XIV lors de sa visitation, le 1er décembre. A genoux devant sa tombe qui a été fleurie de fleurs blanches, le pape prie, tel un pèlerin. Le silence est total ; il rappelle celui du saint. Il se remplit du chant des anges. Puis, il se relève, s’assoit et écoute attentivement le mot d’accueil du nouveau supérieur général de tout l’ordre des Maronites, le père abbé Hady Mahfouz.
« Très Saint Père, Grâce, sur grâce, nous ne cessons de recevoir de la plénitude de notre Seigneur Jésus-Christ… D’abord, la grâce de saint Charbel, le saint du Liban, dont l’intercession continue d’illuminer les âmes et de répandre sur le monde les merveilles du Ciel. Et voici une nouvelle grâce : celle de Votre présence, Très Saint Père. »

Puis, c’est au tour du pape de délivrer son message. Il commence par évoquer le saint qui a vécu « caché, silencieux, et dont la renommée s’est répandue dans le monde. » Il continue sous la forme d’une exhortation douce et humble :
« Le Saint-Esprit l’a façonné, afin qu’il enseigne la prière à ceux qui vivent sans Dieu, qu’il enseigne le silence à ceux qui vivent dans le bruit, qu’il enseigne la modestie à ceux qui vivent dans le paraître, et qu’il enseigne la pauvreté à ceux qui recherchent les richesses. »

Un miracle pour finir…

Impossible de conclure sans évoquer au moins l’un de ses 29 671 miracles qui lui sont attribués. Il y a bien celui de sœur Marie-Abèl, mais c’est un livre qu’il faudrait écrire. Il y a, aussi, celui d’Iskandar Obéid, mais là encore, impossible de le résumer.
Le plus connu est celui de Nouhad Chami. Mère de douze enfants, à 55 ans, elle est atteinte d’une hémiplégie et se retrouve alitée, incapable de se nourrir seule. Hospitalisée, les médecins sont sceptiques quant à une potentielle amélioration de son état. L’un de ses garçons décide d’aller prier auprès du tombeau de saint Charbel. Il rapporte à sa mère un coton imbibé d’huile et un peu de terre prise au tombeau du saint.

La nuit du 21 au 22 janvier 1993, elle voit dans un songe un faisceau de lumière dans lequel elle reconnaît saint Charbel, accompagné d’un autre moine qu’elle reconnaîtra comme étant saint Maron. Revigorée, Nohad se tourne vers sa statue de la Vierge Marie et prie : « Ô Sainte Vierge, intercédez pour moi ! ». C’est alors qu’elle raconte avoir vu la Vierge apparaître à son tour entre les deux moines. Dès le lendemain, Nohad est complètement guérie. Sa guérison est telle, qu’elle se rend suite à sa guérison miraculeuse, avec sa famille, sur la tombe de saint Charbel à Annaya pour lui rendre grâce. Elle a par la suite témoigné que saint Charbel lui aurait dit : « Je t’ai guérie par la puissance de Dieu pour qu’ils te voient ! Parce que certains se sont éloignés de la prière, de l’Église et du respect des saints. Celui qui veut de moi quelque chose, moi, le père Charbel, je suis toujours présent à l’ermitage. Je te demande de visiter l’ermitage le 22 de chaque mois et de participer à la messe durant toute ta vie ».

A noter que les Libanais vivant au Liban sont de plus ou moins 3 millions d’habitants. Et, que ceux qui appartiennent à la diaspora et vivent répartis sur les 5 continents seraient au nombre de 14 millions (dont 200 000 qui séjournent sur le territoire français, selon les chiffres du Quai d’Orsay, datant de 2022).

Reportage réalisé par Antoine BORDIER
Copyright des photos A. Bordier

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Si le corps n’a rien à dire dans la définition de l’identité humaine, le transgendérisme fait de l’homme un pur esprit

Pauline Tessier, professeur de philosophie et d’anthropologie dans un établissement sous contrat, publie Les pourris-gâtés, c’est à l’anthropologie chrétienne qu’ils en veulent, pour dénoncer ces politiques, activistes constitués en association, profs, juristes, journalistes, fonctionnaires, médecins…  ouverte­ment hostiles au christianisme, culturel ou cultuel.

Elle propose donc un manuel d’auto-défense anthropologique pour tous ceux qui veulent se réapproprier ce que l’on tente de leur confisquer, pour tous ceux qui pressentent que la civilisation occidentale est un patrimoine vivant et vivifiant et qui ne demandent qu’une seule chose : le connaître, l’incarner et le transmettre. Ce livre sur l’anthropologie chrétienne, s’appuie sur et reprend les grandes encycliques des papes Pie XII et Léon XIII. Sauf que l’auteur transforme les idées complexes en messages simples et percutants pour qu’elles soient comprises et partagées par le plus grand nombre, pour qu’il soit capable de saisir, d’analyser et d’interpréter les enjeux anthropologiques de notre époque avec lucidité.

Exemple avec l’idéologie du genre :

Quand catharisme, jansénisme et même transgendérisme font de l’homme un pur esprit (car soutenir que le corps n’a rien à dire dans la définition de l’identité humaine, c’est se définir comme un pur esprit), le Christianisme affirme la dignité et la beauté du corps humain.

Quand le transhumanisme pose “l’homme machine” pour mieux en venir à “homme, pièces détachées consommables”, le Christianisme redit encore que l’homme est un esprit incarné et condamne cette grave dérive anthropologique de la culture et de la science. Ce qui est infligé au corps l’est aussi à la psyché.

Ou encore sur le fameux sens de l’Histoire :

Il ne se passe pas une journée sans qu’un Pourri-Gâté ne vous fasse part de sa remarque so 2025 “Mais ne redoutez-vous pas de passer à côté du sens de l’Histoire ?” “Ne craignez-vous pas de manquer le rendez-vous de l’Histoire ?” C’est qu’au garde-penser de ses formules prêtes à l’emploi, il s’est quand même préparé quelques amuse-gueules un peu “sympatoches”, de mauvaise facture certes, mais qui font néanmoins leur petit effet dans un débat. Et qui ont l’avantage, ce n’est pas négligeable, de rassasier son adversaire à peu de frais. Du moins en apparence. Parce que “le sens de l’Histoire” est à l’intelligence ce que le burrito est à votre estomac : un mensonge. Il donne une impression de satiété pour mieux vous indisposer par la suite. Pour ne citer que ce qui est proche de nous, le “sens de l’Histoire” pontait en 33 du côté nazi et en 41 il avait des petits relents de goulag depuis quelques temps déjà…

Interdits, ruinés et sans abri : le coût humain du système de crédit social chinois

Des dizaines de milliers de jeunes se retrouvent sans abri en Chine, car ils sont fichés par le système de crédit social. Une fois inscrit sur liste noire, vous êtes immédiatement privé d’accès aux services bancaires et aux paiements numériques. Cela empêche de trouver un emploi et ils se retrouvent sans abri :

 

Tout a commencé par des murmures : quelques personnes sous les ponts, quelques familles disparues du jour au lendemain. Mais bientôt, le phénomène est devenu impossible à ignorer. Partout en Chine, des dizaines de milliers de personnes se sont volatilisées dans le silence numérique — non pas des criminels, mais des victimes d’un algorithme. Derrière la promesse de « confiance », un système occulte décide désormais qui peut vivre librement… et qui disparaît de la société.

 

Une fois inscrit sur liste noire, votre portefeuille numérique WeChat vous interdit immédiatement d’utiliser votre propre monnaie numérique pour payer votre loyer et acheter de la nourriture.

En même temps, plus de 30 millions de paysans chinois vivent encore dans des huttes de boue, sans eau courante, sans toilettes, sans chauffage. Ils sont trop pauvres pour scolariser leurs enfants. Ces derniers n’ont rien d’autre à faire que jouer dans la terre.

 

La tentation entre deux extrêmes : tout uniformiser ou exacerber les diversités

Extrait du discours du pape à la Curie romaine :

[…] Parfois, derrière une tranquillité apparente, s’agitent les fantômes de la division. Ceux-ci nous font tomber dans la tentation d’osciller entre deux extrêmes opposés : tout uniformiser sans valoriser les différences ou, au contraire, exacerber les diversités et les points de vue, plutôt que de rechercher la communion. Ainsi, dans les relations interpersonnelles, dans les dynamiques internes aux services et aux fonctions, ou en traitant des questions concernant la foi, la liturgie, la morale ou bien d’autres choses encore, nous risquons d’être victimes de la rigidité ou de l’idéologie, avec les oppositions qui en découlent.

Nous sommes cependant l’Église du Christ, nous sommes ses membres, son corps. Nous sommes frères et sœurs en Lui. Et dans le Christ, bien que nous soyons nombreux et différents, nous sommes une seule chose : « In Illo uno unum ».

Nous sommes appelés, aussi et surtout ici à la Curie, à être des bâtisseurs de la communion du Christ, qui demande à prendre forme dans une Église synodale, où tous collaborent et coopèrent à la même mission, chacun selon son charisme et le rôle qui lui a été confié. Mais cela se construit, plus qu’avec les mots et les documents, par des gestes et des attitudes concrètes qui doivent se manifester dans notre quotidien, y compris dans le domaine professionnel. J’aime rappeler ce qu’écrivait saint Augustin dans sa Lettre à Proba : « Parmi toutes les choses humaines, quelles qu’elles soient, rien n’est doux pour l’homme sans un ami ». Mais il se demandait avec une pointe d’amertume : « Mais combien en trouve-t-on de si fidèles que l’on puisse s’y fier avec sécurité concernant l’esprit et la conduite de la vie ? » (Lettre à Proba, 130, 2.4).

Cette amertume s’installe parfois aussi parmi nous lorsque, après avoir passé de nombreuses années au service de la Curie, nous constatons avec déception que certaines dynamiques liées à l’exercice du pouvoir, à la soif de domination, à la défense de ses propres intérêts, ont du mal à changer. Et l’on se demande: est-il possible d’être amis au sein de la Curie romaine ? Avoir des relations de fraternité amicale ? Dans la fatigue quotidienne, il est beau de trouver des amis en qui nous pouvons avoir confiance, lorsque les masques et les subterfuges tombent, lorsque les personnes ne sont pas utilisées ni ignorées, lorsque l’on s’entraide, lorsque l’on reconnaît à chacun sa valeur et ses compétences, et que l’on évite de générer des insatisfactions et des rancœurs. Il y a une conversion personnelle que nous devons désirer et poursuivre, afin que l’amour du Christ qui nous rend frères puisse transparaître dans nos relations.

Cela devient aussi un signe ad extra, dans un monde blessé par les discordes, les violences, les conflits, où l’on assiste à une montée de l’agressivité et de la colère, souvent instrumentalisées par le monde numérique et la politique. La Nativité du Seigneur apporte avec elle le don de la paix et nous invite à en devenir le signe prophétique dans un contexte humain et culturel trop fragmenté. Le travail de la Curie et de l’Église en général doit également être envisagé dans cette perspective plus large : nous ne sommes pas de petits jardiniers occupés à cultiver leur jardin, mais des disciples et des témoins du Royaume de Dieu, appelés à être dans le Christ un levain de fraternité universelle, entre peuples différents, religions différentes, entre femmes et hommes de toutes langues et cultures. Et cela se produit si nous vivons nous-mêmes en frères et si nous faisons briller dans le monde la lumière de la communion. […]

Le manque de vocations sacerdotales exige une vérification de la fécondité des pratiques pastorales

Aujourd’hui a été publiée la Lettre apostolique Une fidélité qui génère l’avenir de Sa Sainteté le Pape Léon XIV à l’occasion du 60e anniversaire des décrets conciliaires Optatam Totius et Presbyterorum Ordinis. Extraits :

[…] Dans de nombreux contextes, notamment occidentaux, de nouveaux défis se posent dans la vie des prêtres, liés à la mobilité actuelle et à la fragmentation du tissu social. Cela signifie que les prêtres ne sont plus intégrés dans un contexte cohérent et croyant qui soutenait leur ministère dans le passé. En conséquence, ils sont plus exposés aux dérives de la solitude qui éteint l’élan apostolique et peut provoquer un triste repli sur soi. C’est aussi pour cette raison que, suivant les indications de mes Prédécesseurs [16], je souhaite que dans toutes les Églises locales puisse naître un engagement renouvelé à investir et à promouvoir des formes possibles de vie commune, afin  que les prêtres puissent « s’entraider pour le développement de leur vie spirituelle et intellectuelle, améliorer leur coopération dans le ministère, éviter les dangers que peut entraîner la solitude ». [17] […]

24. Dans notre monde contemporain, caractérisé par des rythmes effrénés et l’angoisse d’être hyper connectés qui nous rend souvent frénétiques et nous pousse à l’activisme, au moins deux tentations s’insinuent contre la fidélité à cette mission. La première consiste en une mentalité axée sur l’efficacité selon laquelle la valeur de chacun se mesure à ses performances, c’est-à-dire à la quantité d’activités et de projets réalisés. Selon cette façon de penser, ce que l’on fait passe avant ce que l’on est, inversant la véritable hiérarchie de l’identité spirituelle. La deuxième tentation, à l’opposé, se qualifie comme une sorte de quiétisme : effrayé par le contexte, on se replie sur soi-même en refusant le défi de l’évangélisation et en adoptant une approche paresseuse et défaitiste. Au contraire, un ministère joyeux et passionné – malgré toutes les faiblesses humaines – peut et doit assumer avec ardeur la tâche d’évangéliser toutes les dimensions de notre société, en particulier la culture, l’économie et la politique, afin que tout soit récapitulé dans le Christ (cf. Ep 1, 10). Pour vaincre ces deux tentations et vivre un ministère joyeux et fécond, chaque prêtre doit rester fidèle à la mission qu’il a reçue, c’est-à-dire au don de grâce transmis par l’évêque lors de l’ordination sacerdotale. Être fidèle à la mission c’est adopter le paradigme que nous a transmis saint Jean-Paul II lorsqu’il a rappelé à tous que la charité pastorale est le principe qui unifie la vie du prêtre. [24] C’est précisément en maintenant vivant le feu de la charité pastorale, c’est-à-dire l’amour du Bon Pasteur, que chaque prêtre peut trouver un équilibre dans sa vie quotidienne et savoir discerner ce qui est bon et ce qui est le proprium du ministère, selon les indications de l’Église.

25. L’harmonie entre contemplation et action ne doit pas être recherchée à travers l’adoption précipitée de schémas de fonctionnement ou par un simple équilibre des activités, mais en plaçant la dimension pascale au centre du ministère. Se donner sans réserve, en tout cas, ne peut et ne doit pas impliquer le renoncement à la prière, à l’étude, à la fraternité sacerdotale, mais au contraire devenir l’horizon dans lequel tout est orienté vers le Seigneur Jésus, mort et ressuscité pour le salut du monde. C’est ainsi que s’actualise également les promesses faites à l’ordination qui, avec le détachement des biens matériels, réalisent dans le cœur du prêtre une recherche et une adhésion persévérantes à la volonté de Dieu, faisant ainsi transparaître le Christ dans chacune de ses actions. C’est le cas, par exemple, lorsque l’on fuit tout personnalisme et toute célébration de soi malgré l’exposition publique à laquelle le rôle peut parfois contraindre. Éduqué par le mystère qu’il célèbre dans la sainte liturgie, le prêtre doit « disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu’Il soit connu et glorifié (cf.  Jn 3, 30), se dépenser jusqu’au bout pour que personne ne manque l’occasion de Le connaître et de L’aimer ». [25]C’est pourquoi l’exposition médiatique, l’utilisation des réseaux sociaux et de tous les outils disponibles aujourd’hui doivent toujours être évalués avec sagesse, en prenant comme paradigme de discernement celui du service de l’évangélisation. Tout m’est permis mais tout n’est pas bon (cf. 1 Co 6, 12). […]

28. Cependant, outre la prière, le manque de vocations sacerdotales – surtout dans certaines régions du monde – exige de chacun une vérification de la fécondité des pratiques pastorales de l’Église. Il est vrai que les raisons de cette crise peuvent être diverses et multiples, et dépendre en particulier du contexte socioculturel, mais nous devons en même temps avoir le courage de faire aux jeunes des propositions fortes et libératrices et de faire en sorte que, dans les Églises particulières, se développent « des environnements et des formes de pastorale des jeunes imprégnés de l’Évangile, où les vocations au don total de soi puissent se manifester et mûrir ». [28] Dans la certitude que le Seigneur ne cesse jamais d’appeler (cf. Jn 11, 28), il est nécessaire de toujours garder à l’esprit la perspective vocationnelle dans tous les domaines pastoraux, en particulier ceux de la jeunesse et de la famille. Rappelons-le : il n’y a pas d’avenir sans le souci de toutes les vocations ! […]

Diaconat féminin : un piège progressiste ?

Philippe Maxence reçoit au micro du Club des Hommes en noir, l’abbé Grégoire Célier, l’abbé Marc Guelfucci, et comme laïc de l’étape, le journaliste et écrivain, Richard de Seze.

Lors d’une discussion passionnée et animée, ils traitent de la question du diaconat féminin revenu sur le devant de l’actualité religieuse le 4 décembre dernier quand la Commission d’étude sur ce sujet a rendu son rapport. Celui-ci conclut par un « non » à l’ouverture du diaconat aux femmes mais laisse aussi entendre que la question pourrait évoluer dans les années à venir…
Y a-t-il un fondement historique au diaconat pour les femmes ? Quelles seraient les conséquences de son élargissement ? Que faut-il entendre par là et qu’est-ce qu’un diacre exactement ? Pourquoi la commission n’apporte-t-elle pas une conclusion définitive ?

Reprise de l’abbaye de Bellefontaine : le père abbé du Barroux sur RCF

Le père abbé du Barroux a été interrogé sur RCF à propos de la reprise de l’abbaye de Bellefontaine, près de Cholet :

Pour Dom Louis-Marie, cette arrivée en Anjou relève d’un discernement spirituel. « Depuis le début, c’est de suivre les signes du ciel et les signes du Seigneur », explique-t-il. La démarche a commencé il y a un peu plus d’un an, quand les moines du Barroux ont appris la fermeture de Bellefontaine. « On est plus de 60 à l’abbaye de Sainte-Madeleine-du-Barroux avec un monastère qui a été construit à l’origine pour 40 moines », précise le père abbé.

Le vote de la communauté a été « largement positif », confirmant la légitimité de cette fondation. La transmission se fait dans la continuité : « Les trappistes sont des bénédictins. Nous, nous sommes aussi des bénédictins », souligne Dom Louis-Marie, rappelant que le fondateur de sa famille monastique, le Père Muard, a été formé chez des trappistes.

Une histoire singulière

L’abbaye du Barroux a été fondée en 1970 par Dom Gérard, un moine de l’abbaye de Tournai qui souhaitait « poursuivre autrement ce pour quoi il était venu » face aux changements liturgiques post-conciliaires. Installé d’abord dans un petit prieuré à Bédoin, au pied du mont Ventoux, il a accueilli « une trentaine de jeunes » dans les années 1970-1980, nécessitant la construction d’un nouveau monastère.

Après des liens avec Mgr Lefebvre pour les ordinations et confirmations, la communauté a choisi en 1988 de ne pas suivre les sacres épiscopaux. « Le Saint-Siège a reconnu notre communauté », rappelle Dom Louis-Marie, qui est entré au Barroux en 1991 avec « deux axes très importants : celui d’avoir la messe traditionnelle, mais aussi d’être attaché au Saint-Siège. Et pour moi c’était non négociable. »

L’enracinement dans la tradition

L’attachement à la liturgie traditionnelle s’explique par une volonté d’enracinement face à « un esprit un peu révolutionnaire » perçu après Vatican II. Dom Gérard, formé par André Charlier, a établi trois piliers : la philosophie réaliste, l’observance monastique héritée des anciens, et « cet amour de la liturgie dite traditionnelle, avec tout son caractère sacré, hiératique, immuable ».

« Les jeunes qui se rapprochent du Seigneur par les moyens pédagogiques de la tradition cherchent des choses claires, vraiment des choses claires, une identité », analyse le père abbé. Il évoque également « la notion du beau » : « Je suis toujours sidéré par la beauté de la liturgie traditionnelle. Une beauté faite de vraiment de simplicité, mais une beauté profonde et à mon avis, qui est indépassable et dont on ne se lasse jamais. »

Un changement de perception

Dom Louis-Marie constate une évolution dans le regard porté sur sa communauté : « Nous étions peut-être autrefois vus d’abord comme des tradis, ensuite comme des bénédictins et au final comme catholiques. Maintenant, avec tous les contacts qu’on a eus, la perception s’est inversée. »

Cette reconnaissance s’explique par les « contacts humains » et par la raréfaction des vocations dans l’Église. « Certains diocèses n’ont pas connu d’ordination depuis très longtemps. Donc, forcément, la nature a horreur du vide », observe-t-il pragmatiquement.

Traditionis Custodes : un acte « imprudent »

Sur le motu proprio du pape François restreignant la liturgie traditionnelle, Dom Louis-Marie se montre critique : « J’ai vu ça comme un acte légitime, mais fortement imprudent. » Il regrette que les promesses faites au Barroux en 1988 aient semblé remises en cause, même si l’application locale « était tout à fait juste ».

Il juge les motivations « plutôt idéologiques »,estimant que « le bilan était quand même très positif » avant Traditionis Custodes. Avec le pape Léon XIV, il espère une application « plus juste et plus large ».

« Nous sommes des hommes de prière »

Face aux inquiétudes que pourrait susciter leur arrivée, Dom Louis-Marie rappelle l’essentiel : « Nous sommes des hommes de prière et c’est notre office principal. Nous ne sommes pas des guerriers, nous ne sommes pas des hommes politiques, nous ne sommes pas des influenceurs. Nous vivons en clôture avec le rayonnement naturel d’une abbaye qui prie. »

L’évêque d’Angers, Mgr Delmas, qui a mené son enquête avant d’accepter cette installation, a été rassuré : les moines prient « à partir de 3h30 du matin » et reviennent « sept fois à l’église pour réciter les offices ».

« J’invite simplement les gens à venir nous voir »,conclut Dom Louis-Marie, confiant pour l’avenir : « Au Barroux, ça se passe très bien. À Sainte-Marie-de-la-Garde (ndlr : seconde fondation du Barroux près d’Agen en 2002), ça se passe très bien. Et donc, il n’y a aucune raison que ça se passe mal. »

Faut-il prendre au sérieux le désir de l’Église de relever le défi de l’islam lorsqu’elle a besoin de la présence d’imams pour élaborer sa stratégie pastorale ?

Lu sur Islam et vérité :

Dans son ouvrage « Élèves sous influence » (éd. Audibert, 2005), Barbara Lefebvre dénonce courageusement le regard élogieux que l’Éducation nationale porte sur la civilisation arabo-musulmane, passant sous silence sa violence intrinsèque, mais exaltant sa prétendue tolérance et sa surfaite propension scientifique … L’enseignement objectif de l’islam, indispensable pour savoir s’y confronter, comme l’a demandé Jean-Paul II (Ecclesia in Europa, n°57), est remplacé dans nos écoles dites catholiques, par l’enseignement délivré par des imams … Comme si les chrétiens étaient incapables de dire ce qu’est l’islam! On prétend lutter contre l’islamisme, mais on lui déroule le tapis vert du « vivre ensemble », en attendant qu’il devienne rouge … La bataille de Poitiers est si relativisée que certains manuels ne l’évoquent même plus. Mais comment cette islamisation n’aurait-elle pas lieu quand certains clercs, tel le père Guggenheim, curé et responsable du dialogue avec les musulmans pour le diocèse de Paris, confessent —, et qui plus est à la télévision publique —, n’avoir « aucun problème à reconnaître Mahomet comme un envoyé de Dieu » ? … Sa situation de prêtre et d’expert es-islam mandaté par l’Église en font, en cette matière, un exemple de choix pour la jeunesse. Maintenu en ses fonctions, le 20 mai dernier, il coorganisait, avec l’archidiocèse de Paris, au Collège des Bernardins, une journée de réflexion sur le thème : « L’islam, un défi pour la pastorale ». À notre stupéfaction, quelques imams y furent invités, et prirent part aux différents ateliers de réflexion : Pastorale des jeunes ; Solidarité et Charité ; Mariage islamo-chrétiens ; Conversion et prosélytisme …

Faudrait-il prendre au sérieux le désir pourtant affiché de l’Église de relever le défi de l’islam lorsqu’elle a besoin de la présence d’imams, tels des surveillants, pour élaborer sa stratégie pastorale ? Quelle armée demande l’approbation de l’état-major ennemi ? Et comment l’Église aurait-elle l’intention d’évangéliser les musulmans, puisqu’elle prétend désormais que Dieu veut toutes les religions, et donc l’islam, qui conduirait, lui-aussi, les hommes à Dieu ? Faudrait-il aller contre la Volonté divine en voulant que les musulmans ne soient plus musulmans ? Des amis ayant participé à cette journée nous ont rapporté qu’il n’y fut question que de développer « le vivre ensemble », d’accompagner la conversion des chrétiens à l’islam, de condamner le prosélytisme, du refus catégorique d’annoncer Jésus Christ aux musulmans, de la nécessité d’enseigner la religion islamique à parité avec la religion catholique, et de ce qu’une religieuse catholique, très âgée, a même suggéré d’interdire l’apostolat de rue, représentant, selon elle, un trouble à l’ordre public … Bref, lorsque le sel vient à s’affadir, quel avenir ? […]

Messes de Noël en direct sur CNews

Pour ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir se déplacer, CNews va retransmettre 2 messes à Noël :

MERCREDI 24 DÉCEMBRE À 23H

Messe de Noël, précédé d’une veillée. En direct de la paroisse Saint-Éloi à Bordeaux (messe traditionnelle avec l’Institut du Bon Pasteur)

JEUDI 25 DÉCEMBRE À 10H

Messe du jour de Noël. En direct de la Basilique Saint-Pierre de Rome. Célébrée par le pape Léon XIV.

Canal 14 de la TNT et sur les boxes. / En ligne sur cnews.fr

La liquidation de nos capacités agricoles est une faute politique grave

De Louis de Bourbon dans Valeurs Actuelles :

En janvier 2024, j’alertais déjà sur le fait que les pouvoirs publics étaient depuis longtemps sourds et aveugles aux cris et manifestations d’angoisse d’une partie de la population française. Et c’est avec une grande peine que je vois à nouveau les paysans reprendre le chemin de la lutte.

Chaque année, nous aurons désormais le droit à ces cortèges du désespoir, de la colère et de la détresse. Et chaque année, ils se heurteront à une administration hiératique et à une classe politique impassible. Les quelques aides et subventions distribuées au compte–gouttes ne sont là que pour faire retomber la colère sociale en attendant le prochain motif d’irruption. Il n’est pas question de comprendre ce qui est réclamé, ni encore moins de traiter le mal à la racine.

Le suicide de plus de 300 agriculteurs par an, la situation d’endettement critique des fermes françaises, les campagnes de dénigrement de la profession, rien de tout cela n’apportera–t–il donc pas la moindre compassion de la part des personnes qui exercent le pouvoir en France ? Plutôt que d’offrir des réponses concrètes à des Français qui n’en finissent pas de mourir, la classe politique se préoccupe plutôt de céder aux dictats d’un libéralisme sauvage, en projetant d’ouvrir notre pays aux productions agricoles outre-Atlantiques. La situation me stupéfait.

Il n’y a donc plus un homme politique pour éprouver de l’amour, de la compassion et de l’intérêt pour les Français ? L’humanité est–elle une donnée devenue incompatible avec l’exercice du pouvoir ? Et même au–delà de ces considérations qui me paraissent pourtant élémentaires, si nous considérons la situation générale d’un point de vue étatique, la liquidation de nos capacités agricoles apparaît pour le moins être une faute politique grave. Une fois de plus, le manque de vision du régime actuel est flagrant.

La France est en passe de rentrer dans une situation de dépendance alimentaire extrêmement grave. Les derniers éléments de notre souveraineté se désagrègent au moment même où l’on parle de guerre, de mobilisation de toutes les énergies du pays et de réarmement démographique. Tout ceci est d’une incohérence révoltante. Le personnel politique ne semble pas comprendre qu’il ne récolte que la haine, le mépris et la profonde défiance des Français. Ceux qui exercent le pouvoir actuellement prennent une grosse responsabilité face à l’histoire. Et en attendant, personne ne s’occupe de nos compatriotes.

Alors, avec la légitimité que me confère mon statut de successeur des Rois qui ont fait la France, de ces souverains qui ont tant œuvré à soulager la misère des campagnes françaises, à l’instar du bon Roi Henri IV ou de Louis XVI, je veux apporter mon soutien à la paysannerie française. Par la force des choses, je sais à quel point ce soutien est symbolique. Mais il n’en est pas moins sincère, et manifeste l’antique attachement de ma famille aux peuples qu’elle servait, et à la terre à laquelle elle est liée.

Jamais je n’accepterai notre pays sans paysans. Jamais je ne supporterai la misère sans écoute ni compassion. Que saint Louis vous protège.

Les futures stalles de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier

De Richard de Seze pour Monde & Vie :

En 2023, la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier consacrait son maître autel avec le retable sculpté par Remy Insam, dans un style gothique du Tyrol. Cette année, les colonnes de la nef de l’église ont été ornées de bandes de fausse pierre noires et blanches, alternées, dans le plus pur style italien. Et bientôt le chœur sera pourvu de stalles gothiques, et d’une chaire, placée à la séparation de la nef et du chœur : « De sorte que le frère prédicateur soit considéré comme un canal par lequel l’Église transmet l’enseignement de la tradition et des docteurs à l’Église militante », comme l’explique Anthony Delarue, l’architecte du projet.

Car il a le sens de l’architecture sacrée : « Partant du gothique de l’autel nous avons adapté le niveau de décoration : le chœur n’est pas un lieu de sacrement, et donc doit être plus sobre, conforme à son rôle. Cette hiérarchie descend de l’autel jusqu’à la nef, et représente, en termes physiques, la totalité de l’Église – triomphante, souffrante et militante. » Pas de dorures pour les stalles, mais du chêne patiné, plus sombre, plus chaste, moins glorieux.

On pourrait craindre le mélange des styles mais non, justement : la variété des styles est le symbole même du passage du temps, de la continuité ; la variété des influences, celle de l’universalité de l’Église, proprement inclusive. Mais ce gothique, quand même, n’est-on pas dans le pastiche ? « Pas du tout ! Ce travail fait partie d’une longue tradition de menuiserie en chêne massif, une tradition sans rupture. Au niveau stylistique, les détails et les formes, même dans une tradition gothique, restent simples et de nos jours, du XXIe siècle avec les racines passant par le mouvement liturgique au XXe, quand j’ai appris mon métier. Personne ne pourrait les confondre avec des stalles anciennes ! » Anthony Delarue parle en expert puisqu’il restaure depuis plus de trente ans nombre de stalles anciennes, et parfois conçoit de nouveaux ensembles, comme celui de Wigratzbad.

C’est là qu’il a rencontré en 2023 le Père Augustin-Marie Aubry, le prieur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier. Invité à séjourner à Chémeré-le-Roi, il a imaginé en quelques mois un projet de plus de trente stalles. Le projet, validé en chapitre en 2024 (« La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier est composée d’hommes qui savent ce qu’ils veulent et qui ne demandent rien avant d’y avoir longuement réfléchi ! » salue l’architecte), a été lancé il y a plus d’un an : appels d’offres auprès des entreprises habituées à travailler sur le patrimoine, visite de six menuiseries, choix en 2025 des ateliers Aubert-Labansat, sis à Coutances, « entreprise de restauration de monuments historiques », qui a participé au grand chantier de Notre-Dame de Paris en reconstruisant l’escalier de la flèche.

C’est à Coutances que chaque pièce  – en chêne sarthois, scié en Mayenne : un projet localiste ! –est taillée et assemblée au moment idoine (« le bois est à 14% d’humidité, on attend qu’il soit à 11% » explique le chef des ateliers) ; que chaque sculpture est réalisée, après avoir validé les modèles en argile, pour les plus délicates, comme les grands motifs végétaux, fleurs et fruits, qui décoreront les jouées des stalles. « Le chœur est le jardin de la Vierge et sa décoration “traduit” le texte de l’offertoire de la messe du Rosaire. », précise le Père Aubry. Obaudíte me, divíni fructus, et quasi rosa plantáta super rivos aquárum fructificáte : quasi Líbanus odórem suavitátis habéte (« écoutez-moi, mes pieux enfants, et grandissez comme la rose au bord d’un cours d’eau. Comme le Liban répandez une bonne odeur »).

Les stalles seront installées en juillet 2026, après un assemblage “en blanc” au printemps : pour vérifier au millimètre près que tout est en place : invisibles, mais primordiaux, la qualité des matériaux et l’excellence des savoir-faire, qui remontent au Moyen Âge, garantissent que les stalles dureront des siècles. Forêts séculaires, traditions médiévales et liturgies anciennes se conjugueront pour que l’enseignement de la tradition se déploie aujourd’hui.

Les crèches de Noël

“La Ve République pourrait s’effondrer du jour au lendemain”

Extrait de l’entretien de Steve Bannon dans le JDD :

[…] Dans vingt ou trente ans, nous ne saurons peut-être même plus qui gouvernera certains pays européens. C’est un point que le mouvement Maga observe de très près, notamment dans mon émission « The War Room ». On parle constamment des difficultés de la France ou de l’Angleterre à financer leurs obligations à trente ans, précisément parce que personne ne sait qui sera au pouvoir à cet horizon ! […]

Vous êtes en pleine crise. La Ve République pourrait s’effondrer du jour au lendemain. Vous avez un problème colossal de finances publiques, et pendant ce temps-là, Emmanuel Macron se prend pour de Gaulle ou Napoléon. Je ne comprends pas à quoi joue votre président alors que la France affronte des difficultés énormes. Ces problèmes structurels sont pourtant solubles. Mais il faut quelqu’un qui ait le courage de s’y attaquer.

Vous dressez un tableau extrêmement sombre. Êtes-vous pessimiste ou simplement réaliste ?

Je pense être lucide. La France, comme la Grande-Bretagne, se dirige vers une situation de guerre civile. Cela ne fait aucun doute à mes yeux. Et je ne me suis jamais trompé sur l’Europe. Aujourd’hui, Emmanuel Macron est incapable de mettre en place un gouvernement qui tienne, alors même que les Français traversent une crise financière majeure. Les mondialistes ont déjà tenté de faire porter l’effort sur les travailleurs. Le peuple a dit non. Mais aucune solution crédible n’a émergé. Macron va continuer à changer de gouvernement jusqu’à l’effondrement de la Ve République. Et là, vous aurez un problème systémique. Vous allez rencontrer de grandes difficultés pour vendre votre dette. Il peut arriver à Macron la même chose qu’à l’ancienne Première ministre britannique Liz Truss. Il ne faut jamais l’oublier : le marché obligataire a fait tomber plus de gouvernements que les obusiers. Aujourd’hui, le message envoyé est clair : il n’y a pas de plan, il n’y a pas d’adultes aux commandes. Et la question migratoire que vous vivez est inextricablement liée à cette crise financière. On ne peut pas maintenir un État-providence tout en ouvrant le pays sans limites. C’est une contradiction fondamentale. Ce modèle est voué à l’échec.

Pensez-vous que la France pourrait avoir un président islamiste dans cinquante ans ?

Non. Je pense que vous serez en pleine guerre civile bien avant que cela n’arrive. Je l’avais déjà dit au moment des Gilets jaunes. Si vous regardez l’histoire, notamment celle de la France rurale, les hommes qui ont fourni l’armée de Napoléon étaient des patriotes robustes. Les Français ne sont pas prêts à se laisser faire sans combattre. Les mentalités sont peut-être différentes dans les grandes villes, mais il y aura une guerre civile en France avant que vous ayez un président islamiste. Et il ne faudra pas perdre cette guerre. […]

Terres de Mission : Entrer dans la joie de Noel

Eglise universelle : Noël ! Noël !

Evénement historique incontestable, la naissance du Christ à Bethléem, il y a un peu plus de 2 000 ans, est solennisée par la célébration de Noël, une des deux grandes fêtes de l’année liturgique, avec Pâques. Monsieur l’abbé Marin Cottard nous expose la spiritualité de Noël ainsi que les origines et l’actualité de la crèche.

Eglise en France : Saint-Pierre de Rome, 1 700 ans de splendeurs

A l’occasion de cette année jubilaire, L’Homme nouveau publie un hors-série : “Saint-Pierre de Rome, 1 700 ans de splendeurs”, richement illustré, à la fois très documenté et aisé à lire. Des origines de la basilique aux circonstances de sa construction en passant par les artistes prestigieux (Bramante, Michel-Ange, Le Bernin, etc.) qui ont contribué à l’édification de “la plus belle église de la plus belle religion du monde” (Stendhal), Marie Piloquet nous fait découvrir ce superbe travail.

Eglise en Marche : La persécution des chrétiens en Turquie

En un siècle, les chrétiens en Turquie sont passés de 20% à 0,3% de la population. Il s’agit du fruit d’une politique systématique d’éradication des chrétiens, encore d’actualité aujourd’hui. Grégor Puppinck, directeur général de l’ECLJ (Centre Européen pour le Droit et la Justice) présente le rapport, terrifiant, que vient de publier l’ECLJ sur la violence culturelle et structurelle dont souffrent les chrétiens de Turquie.

A lire : “Le Noël de Notre-Dame”. Conte de Noël d’Arnaud de Cacqueray.

La question n’est pas de savoir si l’Amérique abandonne l’Europe mais de savoir si l’Europe a la lucidité d’affronter les défis

De Kate Pesey, directrice de la Bourse Tocqueville, dans le JDD :

Vingt années de vie en France offrent une perspective singulière sur les relations transatlantiques. À La Bourse Tocqueville, mon travail consiste à faire découvrir à de jeunes Français la démocratie américaine, dans l’esprit d’Alexis de Tocqueville, cet observateur de génie qui sut percevoir au XIXe siècle, dans la jeune Amérique, des vérités que les Américains eux-mêmes ne formulaient pas encore. Cette double appartenance – Américaine de naissance, Française d’adoption – rend le moment que nous traversons particulièrement inconfortable. La « Stratégie de sécurité nationale » récemment publiée par Washington a suscité, en France comme dans le reste de l’Europe, une vague d’indignation dont la virulence interroge. Provocation, ingérence, trahison de l’alliance transatlantique : les qualificatifs fusent. Ils masquent peut-être une question plus dérangeante : et si les États-Unis ne faisaient que nommer ce que l’Europe peine à regarder en face ?

Certes, le document est direct. Il évoque le risque que l’Europe devienne « méconnaissable d’ici vingt ans », parle d’« effacement civilisationnel » et alerte sur une fragilisation des processus démocratiques. Dans les chancelleries comme dans les rédactions, la réaction est immédiate. On omet pourtant un élément essentiel : le président Trump agit ici conformément au mandat politique que lui ont confié ses électeurs. Cette stratégie n’est ni une posture ni un coup de communication. Elle s’inscrit dans une cohérence assumée : celle d’un président élu pour défendre les intérêts américains, redéfinir les équilibres des alliances et parler sans détour.

Sur l’immigration, notamment, le discours s’accompagne d’actes mesurables. Selon les analyses de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, dirigé par Nicolas Pouvreau, le nombre d’entrées irrégulières détectées à la frontière avec le Mexique a baissé de 75 % entre les exercices budgétaires 2024 et 2025, et même de près de 90 % par rapport au cœur du mandat Biden. Plus frappant encore, la population immigrée recensée aux États-Unis a diminué de 1,5 million de personnes entre janvier et juin 2025. Une telle baisse n’avait plus été observée depuis 1970. Washington ne se contente donc pas de diagnostiquer un problème ; il agit, conformément à une promesse électorale claire.

Cette logique de responsabilité traverse l’ensemble du document stratégique. Les États-Unis y rappellent qu’une alliance durable ne peut reposer sur un déséquilibre structurel, où certains partenaires investissent massivement dans leur défense pendant que d’autres s’en remettent durablement à une protection extérieure. L’exigence d’un effort accru – notamment en pourcentage du PIB consacré à la défense – ne traduit pas un désengagement américain, mais la volonté de bâtir des partenariats plus équilibrés, fondés sur la capacité de chaque allié à assumer sa part du fardeau commun.

Ce qui a changé en Europe, en revanche, est plus difficile à nommer. Lorsque je suis arrivée en France, je déposais mes enfants à l’école sans barrières de sécurité ni dispositifs anti-bélier. Les marchés de Noël étaient des moments de joie partagée, non des événements soumis à des protocoles de sécurité lourds. Ces transformations concrètes sont visibles. Pourtant, le discours public agit souvent comme si elles n’existaient pas, ou comme si elles étaient sans lien avec les mutations démographiques et culturelles du continent.

Tocqueville admirait chez les Américains leur capacité à « se dire leurs vérités ». L’Europe contemporaine a développé l’inverse : un langage public saturé d’euphémismes. Dans Les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté décrit cette divergence : d’un côté, une démocratie qui accepte le verdict populaire, même lorsqu’il dérange ; de l’autre, des institutions qui s’arrogent le droit de le corriger lorsqu’il s’écarte de la norme jugée acceptable. Ce décalage entre discours et réalité n’échappe pourtant à personne. Des universitaires comme David Betz, professeur au King’s College de Londres, évoquent désormais le risque de fractures internes profondes au sein des sociétés occidentales. Ce diagnostic a trouvé une expression politique explicite lors de la conférence de Munich sur la sécurité, où le vice-président américain J. D. Vance a rappelé que la solidité des alliances dépend moins de déclarations de principe que de la capacité des États à garantir la sécurité de leurs frontières, le respect du vote populaire et la cohésion civique. Les menaces les plus sérieuses, selon lui, sont aussi internes.

Ces constats rappellent une évidence trop souvent évacuée du débat européen : agir sur les questions de souveraineté, de frontières ou de sécurité n’est ni une provocation ni une rupture démocratique. C’est l’exercice normal du pouvoir tel que l’ont voulu les électeurs.

L’Europe peut choisir de se draper dans une indignation blessée et de voir dans le document américain une agression. Elle peut aussi y reconnaître l’inquiétude d’un allié qui souhaite voir émerger des partenaires solides, responsables et capables d’assumer pleinement leur rôle. Washington ne demande pas à l’Europe de renoncer à son identité. Il l’invite à la redécouvrir – et à redevenir un partenaire capable, non un protégé permanent.

La véritable question n’est donc pas de savoir si l’Amérique abandonne l’Europe. Elle est de savoir si l’Europe a encore la lucidité et le courage d’affronter les défis qui s’accumulent. Le document américain n’impose pas de réponse. Il oblige simplement à poser, enfin, les bonnes questions. C’est sans doute cela qui met le plus mal à l’aise.

Agnus Dei et le rite de la paix dans la liturgie traditionnelle

Cet article est disponible sous forme de vidéo à cette adresse : https://youtu.be/VSPdrtHjciA
Le site internet de l’association La Phalange liturgique vous propose un certain nombre d’articles liés à la liturgie ou à la féminité : https://laphalangeliturgique.com/

Le chant de l’Agnus Dei est intimement lié à la communion.

Après avoir recouvert le calice de la Pale, le prêtre fait la génuflexion. Ensuite il joint les mains et profondément incliné, il se frappe trois fois la poitrine en disant « Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis », une deuxième fois, et à la fin « Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem. »

Le Christ est l’agneau de Dieu, la victime sans tâche, douce, patiente et paisible, préfigurée par Isaïe, désignée par le précurseur saint Jean-Baptiste, offerte d’une manière sanglante sur la croix, ré-offerte d’une manière non sanglante à la messe, glorifiée sur le sublime autel du ciel.
Par l’effusion de son sang à l’état naturel, l’agneau de Dieu a mérité que soient effacés tous les péchés du monde. Par l’application de son sang à l’état eucharistique, il les efface de fait, en chaque communion.

Aujourd’hui on chante l’Agnus Dei après la Fraction. Jadis il servait d’accompagnement. L’Agnus Dei était au milieu du rite, il y avait trois fractions et deux mélanges. Dans cette disposition là, l’Agnus Dei était au milieu. En outre le pain rompu chez les grecs porte le nom suggestif d’Agnos (ἁγνός) qui signifie “agneau”.

Il est probable historiquement qu’on répétait jusqu’à la fin de la durée de la fraction qui durait un certain temps Agnus Dei plusieurs fois. Au XIIe siècle, la répétition triple de l’Agnus Dei, et non plus multiple, est fixée. Déjà au XIe siècle et surtout au XIIe, à cause des troubles de l’époque, on chantait “Dona nobis Pacem”. Dans les messes des défunts on chante depuis cette même époque “Dona eis Requiem”.
Sur l’ordre d’un certain pape Serge, l’Agnus Dei doit être chanté à la fois par le clergé et par le peuple.

Le Rite de la Paix

Le rite de la paix qui lui succède est d’une vénérable mémoire et avait dans la tradition de l’église quelque chose de plus vertical.
Dans le rite de Paul VI, il a quelque chose de vraiment horizontal, c’est à dire que tous les fidèles les uns envers les autres se donnent la main et ils se prennent parfois dans les bras.
Alors il y en a qui se serrent la main à distance quand ils sont d’un côté et de l’autre de l’allée centrale. C’est ridicule, et ça n’a jamais existé.

A l’origine, tout ceci est plus ordonné, le célébrant se trouve alors en haut des marches, le sous-diacre au pied des marches, et le diacre entre les deux.
Le célébrant est tourné vers l’autel et l’embrasse et c’est de-là qu’il tire, on va dire, la puissance de la paix.
Il dit une courte prière par laquelle il demande cette paix. Le diacre vient le rejoindre, se tourne vers lui et donc il y a un rite particulier. Le prêtre donne la paix au diacre, donc par une sorte d’accolade. Celui qui est plus digne met ses mains sur les épaules de celui qui est moins digne.
La personne d’en face qui est moins digne met ses mains sous les coudes et ils se touchent l’un l’autre la tempe.
Celui qui donne dit « Pax Tecum », l’autre répond « Et cum spiritu tuo ».
Le diacre descend vers le sous-diacre et il fait la même chose. Le diacre va donner au cérémoniaire la paix de la même manière. Le cérémoniaire va le donner à chacun des enfants de cœur selon l’ordre de dignité, donc le plus digne en premier, etc.

Il a existé pendant longtemps, ça c’est ce qui existe toujours à la messe solennelle, il a existé pendant longtemps et en fait jusqu’aux années soixante, un rite de paix pour les fidèles. Et en fait, une fois qu’on avait fait tout ce petit tour et qu’on s’était donné la paix l’un à l’autre, le célébrant descendait jusqu’au banc de communion et amenait avec lui un objet qui s’appelait le baiser de paix ou Osculatorium.

Une sorte d’objet un peu oblong, un blason à l’envers sur lequel il y avait l’agneau de Dieu avec une petite anse derrière qui permettait de l’attraper. Comme pour la communion, les fidèles venaient au banc de communion, venaient s’agenouiller, embrasser l’agneau de Dieu et repartaient. L’économie de temps a fait penser aux clergé du XXème siècle qu’il fallut l’abandonner.

Domine Jesu Christe

Juste avant de faire ce petit rite, il y a cette prière de préparation dans le missel.
On a donc « Domine Jesu Christe » et que le célébrant dit à voix basse. « Domine Jesu Christe qui dixisti apostolis tuis, etc. » : « Seigneur Jésus Christ qui avait dit à vos apôtres, je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. Ne regardez pas mes péchés mais la foi de votre église et daignez selon votre volonté lui donner la paix et l’unité. Vous qui étant en Dieu, vivez et régnez dans tous les siècles et siècles, Ainsi soit-il. »

Cette belle prière renvoie l’écho fidèle du discours d’adieu du Christ à la dernière Cène. Remarquons cette supplication du prêtre, ne regardez pas mes péchés mais la foi de votre Église. C’est l’Église, en effet, qui avec le Christ est la première oblatrice, la première à offrir le sacrifice. La messe, sort bien plus des mains de l’Église que de celles de son ministre. « Ab ecclesia per sacerdotes immolandum », c’est un adage théologique latin. Donc « par l’église, par les prêtres, il est sacrifié. » Et en fait, en latin, on utilise deux mots différents qu’on traduit par « par » en français. « Ab ecclesia » c’est l’origine, « per » c’est la transition, le point de passage. L’église apporte, est un intermédiaire pour l’oblation du sacrifice.

Jamais l’indignité du ministre ne pourrait attenter la dignité de l’acte oblatoire de l’église qui elle, est toujours sainte (retrouver ceci dans le Concile de Trente). Si le célébrant est en état de péché mortel, la messe reste valide et la messe pourrait même être d’une certaine manière licite. Elle est licite en tant que oblation, donc la messe en tant que sacrifice, mais elle est illicite, dans sa cérémonie on peut dire. Parce que c’est tout à fait illicite, (illicite veut dire : qui déplaît à Dieu).
Elle déplaît tout à fait à Dieu dans sa cérémonie puisqu’il est tout à fait indécent qu’un prêtre en état de péché mortel célèbre le sacrifice. Il y a un deuxième péché mortel alors qui est réalisé.
Si le prêtre étant en état de péché mortel célèbre la messe il commet un péché mortel.

Voilà en tout cas ce qui peut être dit de cette partie de la préparation à la Communion, qui fait entrer la paix en nos âmes.

Louis Djeddi

La vidéo qui reproduit le contenu de cet article :

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Quatrième dimanche de l’Avent : “Préparez la voie du Seigneur, faites droit ses sentiers”

Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.

Comme toute la liturgie à cette époque, la Messe du IVe Dimanche de l’Avent a pour but de nous préparer au double avènement du Christ, avènement de miséricorde à Noël et avènement de justice à la fin du monde. L’Introït, l’Évangile, l’Offertoire et la Communion font allusion au premier, l’Épître se réfère au second et la Collecte, le Graduel et l’Alléluia peuvent s’appliquer à l’un et l’autre.

Les trois grandes figures qui préoccupent l’Église pendant l’Avent se retrouvent dans cette messe. C’est Isaïe, Jean-Baptiste et la Vierge Marie. Le Prophète Isaïe annonce de Saint Jean-Baptiste qu’il est : « La voix qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur ; rendez droits tous ses sentiers : car toute chair verra le salut de Dieu. Et la parole du Seigneur se fit entendre à Jean dans le désert et il vint dans tout le pays qui est aux environs du Jourdain et il prêcha le baptême de la pénitence (Év.). Jean, explique Saint Grégoire, disait à ceux qui accouraient en foule pour être baptisés : Race de vipères, qui vous a montré à fuir la colère à venir ? Or la colère à venir est le châtiment final, que ne pourra fuir le pécheur, s’il ne recourt maintenant aux gémissements de la pénitence. L’ami de l’Époux nous avertit de faire, non seulement des fruits de pénitence, mais de dignes fruits de pénitence. Ces paroles sont un appel à la conscience de chacun, l’invitant à acquérir par la pénitence un trésor de bonnes œuvres d’autant plus grand qu’il s’est causé de plus grands dommages par le péché (3e Nocturne). Dieu, dit aussi Saint Léon, nous apprend lui-même par le Saint Prophète Isaïe : je conduirai les aveugles dans une voie qu’ils ne connaissent pas et je convertirai devant eux les ténèbres en lumière et je ne les délaisserai pas. L’apôtre Saint Jean nous explique de quelle manière ce mystère s’est accompli lorsqu’il dit : Nous savons que le Fils de Dieu est venu et nous a donné l’intelligence pour que nous connaissions le vrai Dieu et que nous soyons en son vrai Fils (2Nocturne)

À l’origine ce dimanche n’avait pas de messe propre, car il arrive au lendemain du samedi des Quatre-Temps d’hiver. Dans l’Église primitive, les samedis des Quatre-Temps étaient des solennités très importantes, car on y conférait les ordinations, notamment sacerdotales ; la cérémonie se prolongeait toute la nuit et servait de messe pour le dimanche. Lorsqu’elle a été avancée au samedi matin, il a fallu une nouvelle messe pour le dimanche. Les chants ont été repris en grande partie à celle du mercredi précédent, à laquelle est lu l’Évangile de l’Annonciation, et ces chants sont également en partie ceux de la fête de l’Annonciation. Le rapprochement entre ce dimanche et cette fête est bien normal puisque nous sommes à quelques jours de Noël : l’annonce de l’ange, le fiat de Marie et la conception virginale du Sauveur préparent directement la Nativité. Nous trouverons à l’Offertoire les paroles mêmes de l’ange à la Très Sainte Vierge, l’Ave Maria, mais c’est elle encore que salue le prophète Isaïe à l’Introït et à la Communion, deux grands textes qui annoncent le mystère de l’incarnation, l’un d’une manière symbolique et pleine de poésie, l’autre de façon beaucoup plus directe.

► Introït : Roráte cæli désuper

La première phrase de l’Introït est bien connue, car c’est un refrain du temps de l’Avent, qui a été repris dans un chant populaire que l’on entend encore assez souvent.

Roráte cæli désuper et núbes plúant jústum aperiátur térra et gérminet salvatórem.
Cieux envoyez d’en haut la rosée et que les nuées fassent pleuvoir le juste, que la terre s’ouvre et fasse germer le sauveur.

Cette rosée qui tombe du ciel pour féconder la terre et faire descendre le juste, c’est à dire Dieu lui-même, c’est le Saint Esprit, et la terre qui s’ouvre sous cette influence céleste et fait germer le sauveur, c’est évidemment le sein de la Vierge Marie. Déjà à la Communion du premier dimanche de l’Avent nous avions chanté :  » Notre terre donnera son fruit. «
La mélodie de cet Introït est aussi gracieuse et lyrique que le texte, et elle est très expressive. Elle s’élève jusqu’aux hauteurs célestes sur le mot desuper, puis elle redescend dans les profondeurs de la terre sur les derniers mots germinet salvatorem. Cet Introït est accompagné par le premier verset du psaume 18, qui acclame Dieu présent dans sa création, et particulièrement dans le soleil levant, image du Messie qui va venir, nous le verrons bientôt.

Cæli enárrant glóriam Déi, et ópera mánuum éjus annúntiat firmaméntum
Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament révèle l’œuvre de ses mains.

► Graduel Prope est

Comme l’Introït de ce dimanche, le Graduel a été repris à la messe du mercredi des Quatre Temps de l’Avent, mais il est sans rapport direct avec la fête de l’Annonciation, et reprend les grands thèmes généraux du temps de l’Avent.

Le texte est tiré du psaume 144, l’un des derniers du psautier qui constituent une grande doxologie. C’est donc un psaume de louange pure, célébrant toutes les perfections divines :

Própe est Dóminus ómnibus invocántibus éum, ómnibus qui ínvocant éum in veritáte.
Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent avec sincérité. Que ma bouche proclame la louange du Seigneur et que toute chair bénisse son saint Nom.

Le premier verset qui est chanté ici a été évidemment choisi à cause des mots prope est Dominus : le Seigneur est proche. Comme les paroles analogues de saint Paul que nous avons entendues dans l’Introït de dimanche dernier, celles-ci s’appliquent d’abord à la proximité permanente du Seigneur, toujours attentif à nos prières. Mais ici, à quelques jours de la venue du Sauveur, la liturgie les applique à la proximité dans le temps qui ravive notre espérance. Quant au deuxième verset il a sans doute été choisi à cause des mots omnis caro, qui représentent d’abord tous les êtres vivants bénissant le nom du Seigneur, mais on peut les rapprocher des mots Verbum caro factum est de l’Évangile, et y voir une allusion à l’Incarnation qui va s’accomplir. Cette chair, c’est la nature humaine que le fils de Dieu va assumer, nous entraînant à sa suite dans la grande louange qu’il adresse sans cesse à son Père.
La mélodie est faite de formules habituelles aux Graduels avec de grandes vocalises très fleuries ; on remarquera particulièrement celle qui termine la première partie avec son beau crescendo très enthousiaste.

► Alléluia : Véni, Dómine

Après l’affirmation pleine d’espérance du Graduel nous retrouvons à l’Alléluia du quatrième dimanche de l’Avent la grande supplication de ce temps liturgique qui semble se faire plus pressante encore à l’approche du but :

Véni, Dómine, et nóli tardáre, reláxa facínora plébis túæ.
Venez Seigneur, ne tardez pas, remettez les péchés de votre peuple.

On retrouve le mot veni que nous avons entendu deux fois dimanche dernier. C’est vraiment le grand cri de l’Avent qui est lancé encore une fois avant d’être exaucé. Ce texte n’est pas littéralement tiré de la Sainte Écriture, mais il est vraiment le résumé et la quintessence de toutes les prières de ce temps. Il insiste particulièrement sur le caractère rédempteur de la venue du Sauveur pour racheter nos péchés.
Mélodiquement cet Alléluia est assez curieux, car le mot Alléluia et le verset n’ont pas l’air faits pour aller ensemble. L’Alléluia a une belle mélodie ample et lyrique, par moments enthousiaste ; le verset est une supplication très expressive. La première phrase qui lance l’appel  » Venez Seigneur  » commence dans le grave très humblement puis s’élève progressivement en un grand crescendo ; la deuxième phrase s’attarde en une longue vocalise sur le mot facinora (nos péchés) qu’on n’en finit pas de dénombrer. Certains commentateurs ont vu dans le motif mélodique qui se répète trois fois de suite, un triple mea culpa. Enfin ce verset s’achève à nouveau par une grande vocalise très ample, descendant dans le grave pour conclure dans la paix et la confiance.

Jean prépare les âmes à la venue du Christ par le baptême de pénitence (Évangile de saint Luc 3, 3).

► Offertoire Ave María

Après les textes typiques de l’Avent que nous avons trouvés dans le Graduel et l’Alléluia, nous retrouvons dans le chant de l’Offertoire la Sainte Vierge et l’Annonciation, puisque son texte n’est autre que la salutation de l’ange Gabriel, complétée par les paroles de Sainte Élisabeth au jour de la Visitation :

Ave María, grátia pléna, Dóminus técum, benedícta tu in muliéribus, et benedíctus frúctus véntris túi.

Il est évidemment inutile d’en donner la traduction. On peut noter que c’est un des rares chants d’Offertoire des dimanches et fêtes de l’année dont le texte soit tiré de l’Évangile ; il n’y en a, semble-t-il, qu’un autre, l’Offertoire Angelus Domini du dimanche de Quasimodo, encore un ange qui s’adresse à une femme…

On trouve dans la liturgie de nombreuses mélodies sur le texte de l’Ave Maria, celle-ci est peut-être la plus ancienne, et peut-être la plus belle ; ses grandes vocalises souples et élégantes sont vraiment dignes de celle à qui elles s’adressent.

► Communion : Ecce Virgo

Nous trouvons dans l’antienne de Communion du quatrième dimanche de l’Avent la deuxième grande prophétie d’Isaïe annonçant le mystère de l’incarnation. Mais elle n’utilise pas, comme celle de l’Introït, un langage symbolique et imagé ; elle annonce directement et avec précision le grand miracle qui va s’accomplir :

Écce vírgo concípi  et et páriet fílium, et vocábitur nómen éjus Emmánuel
Voici qu’une vierge concevra et mettra au monde un fils, et le nom dont on l’appellera c’est Emmanuel.

Emmanuel en hébreu signifie  » Dieu avec nous « . Ce texte est assez précis pour se passer de commentaires.
La mélodie a une certaine parenté avec celle de l’Introït. Elle est aussi gracieuse et lyrique. La première phrase très légère, monte en un grand crescendo jusqu’au sommet sur les mots pariet filium ; la deuxième phrase, plus retenue, s’attarde surtout sur le mot Emmanuel de façon très expressive.

Condamnée, la mairie d’Asnières-sur-Seine déplace la crèche de Noël de quelques mètres

Un juge des référés au Tribunal administratif de Cergy, saisi par la Ligue des droits de l’homme, a ordonné la suppression de la crèche de Noël de la Mairie d’Asnières. Le juge a donné 24 heures pour y procéder. Le juge assortit sa décision d’une astreinte de 100 euros par jour.

Ne souhaitant pas faire payer cette astreinte aux Asniérois, le maire a donc déplacé la crèche de quelques mètres, à l’extérieur de l’Hôtel de Ville.

Plus visible et mieux mise en valeur, cela permettra à chacun de venir la voir à toute heure du jour et de la nuit, sans avoir besoin d’attendre les horaires d’ouverture de la Mairie.

Grand remplacement

Non seulement l’Île-de-France est la « star de la compétition » en fournissant 6,5% des joueurs de la coupe d’Afrique des nations, mais la France fournit aussi le contingent le plus important de supporters étrangers pendant la compétition au Maroc.

109 237 supporters « français » se rendent au Maroc, dont Karim Miloud, interviewé par Le Parisien, qui affirme que « les infrastructures du Maroc vont faire ressortir le meilleur de notre équipe ». Notre équipe : celle du Maroc, dont il brandit le drapeau. Karim a la double nationalité, comme tous les « Français » originaires du Maroc.

Le Parisien précise :

« L’Hexagone constitue le premier pourvoyeur de supporters étrangers au Maroc, devançant de très loin la Belgique (7.046 détenteurs de billets), les Pays-Bas (5.958) et la Grande-Bretagne (5.127). »

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