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Tribune libre

La Vie Chrétienne Victorieuse – L’État, l’Église et le chrétien : une perspective biblique

La Vie Chrétienne Victorieuse – L’État, l’Église et le chrétien : une perspective biblique

Si le monde entier était composé de vrais chrétiens, le gouvernement civil serait inutile. Mais le monde étant ce qu’il est, marqué par la Chute, Dieu a établi deux gouvernements distincts : le gouvernement spirituel, exercé par le Saint-Esprit sous l’autorité du Christ, et le gouvernement temporel, exercé par le glaive, pour contenir le mal parmi les hommes.

L’origine divine et le but du magistrat civil

L’origine de l’autorité civile n’est ni le fruit d’un contrat social, ni une invention humaine née de l’évolution des cultures. Selon le témoignage unanime des Écritures, le gouvernement civil est une institution divine, établie par Dieu pour la gestion d’un monde déchu. Après le déluge, Dieu confie pour la première fois la responsabilité du gouvernement humain à l’homme lui-même, afin de réprimer la violence. En Genèse 9:6, le principe de la justice rétributive est posé :

« Qui verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé.»

C’est le fondement de ce que la théologie appelle le « pouvoir du glaive ». Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul formalise cette doctrine de manière définitive :

« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu. De sorte que celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordonnance de Dieu » (Romains 13:1-2).

Le texte inspiré va jusqu’à qualifier le magistrat civil de « serviteur de Dieu » (diakonos), établi pour le bien du citoyen. Sa mission est double : maintenir l’ordre public en punissant les malfaiteurs, et encourager ceux qui pratiquent le bien (1 Pierre 2:14). Sans cette barrière institutionnelle, la société sombrerait dans l’anarchie, un état que le livre des Juges décrit à plusieurs reprises et avec effroi : « Chacun faisait ce qui était bon à ses propres yeux ».

La responsabilité du chrétien envers les autorités

La Bible ne conditionne pas l’obéissance civile à la piété ou à la moralité des gouvernants. Lorsque Paul écrit aux Romains, ou lorsque Pierre rédige sa première épître, l’Empire romain est dirigé par des empereurs païens, parfois cruels et corrompus. Pourtant, le devoir du croyant reste entier et se décline en trois axes majeurs.

Le chrétien est appelé à se soumettre aux lois du pays, non par simple crainte du châtiment, mais « par motif de conscience » (Romains 13:5). Cela inclut le respect des institutions et des personnes qui les incarnent.

L’acquittement des obligations financières ; question tranchée par le Seigneur lui-même : « Rendez donc à César ce qui est à César » (Matthieu 22:21). Paul confirme qu’il faut rendre à chacun ce qui lui est dû : la taxe à qui l’on doit la taxe, le péage à qui l’on doit le péage (Romains 13:7).

Et l’intercession spirituelle ; un ordre formel transmis par Paul. Le peuple de Dieu doit prier pour les rois et pour tous ceux qui sont haut placés. Le but de cette prière n’est pas politique, mais pratique : « afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté » (1 Timothée 2:1-2).

Les limites absolues de l’autorité civile

Si l’autorité de l’État est légitime, elle n’est jamais absolue. Elle est déléguée par Dieu, et le délégué reste soumis au Souverain suprême. L’État dépasse ses prérogatives lorsqu’il exige ce qui appartient exclusivement à Dieu : la conscience, la foi et l’adoration. Le principe de la désobéissance civile légitime est clairement illustré dans le livre des Actes. Lorsque le Sanhédrin interdit aux apôtres de prêcher au nom de Jésus, Pierre et les apôtres répondent fermement :

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5:29).

Le chrétien doit donc refuser d’obéir si l’État lui ordonne de faire ce que Dieu interdit, ou s’il lui interdit de faire ce que Dieu ordonne. Même dans ce cas, la résistance chrétienne reste purement spirituelle et morale ; elle ne recourt jamais à la sédition ou à la violence charnelle, acceptant, s’il le faut, de souffrir injustement pour le nom du Christ.

L’autorité religieuse selon la Bible : l’ordre dans la maison de Dieu

Si Dieu a établi le gouvernement civil pour régler la vie des hommes dans le monde, il a instauré un tout autre mode de gouvernement pour son peuple assemblé. L’autorité ecclésiastique diffère radicalement de l’autorité civile, tant par sa nature que par ses méthodes et sa finalité. Elle ne s’exerce pas par la contrainte physique, mais par la puissance de la Parole de Dieu et du Saint-Esprit.

Le premier principe théologique de l’autorité dans l’Église est qu’elle n’appartient en propre à aucun homme. Jésus-Christ est le Chef suprême de l’Église, qui est son corps :

« Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Église, qui est son corps… » (Éphésiens 1:22).

Toute autorité humaine dans l’Église n’est qu’une intendance, un service rendu sous le regard du divin Maître. Jésus a mis en garde ses disciples contre la tentation de calquer le fonctionnement de l’Église sur celui des nations, où les chefs dominent et exercent le pouvoir avec autorité :

« Il n’en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur » (Matthieu 20:25-26).

L’autorité spirituelle ne dérive donc ni d’un diplôme, ni d’un statut social, ni d’un pouvoir politique. Elle se manifeste par une stature morale et spirituelle. Les termes employés dans le Nouveau Testament sont les anciens (presbytres) ou les surveillants (épiscopes). Ils désignent des hommes éprouvés, dont les caractéristiques sont énumérées en 1 Timothée 3 et Tite 1 : irréprochables, attachés à la vraie doctrine, capables d’enseigner, et manifestant de la sagesse dans la conduite de leur propre foyer.

Les outils de l’autorité spirituelle : le pouvoir des clés

Contrairement au magistrat civil qui porte le glaive, l’Église utilise des armes spirituelles :

« Car les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles » (2 Corinthiens 10:4) ;
« Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme » (Éphésiens 6:11).

L’autorité religieuse s’exerce ainsi principalement par deux moyens. D’une part, la proclamation de la vérité : l’autorité de l’enseignant ne réside pas dans sa propre parole, mais dans sa fidélité aux Écritures. Si ce qu’il enseigne n’est pas conforme à la Bible, sa parole n’a aucun poids spirituel légitime. D’autre part, la discipline ecclésiastique, que Matthieu 18:18 désigne par l’expression « lier et délier ». Si un membre de la communauté s’égare dans un péché flagrant ou une hérésie destructrice, les conducteurs spirituels ont le devoir de reprendre, d’exhorter et, en dernier recours, d’ôter le méchant du milieu d’eux (1 Corinthiens 5:13). Cette mesure n’est jamais punitive au sens pénal, mais restauratrice : elle vise à préserver la sainteté de la maison de Dieu et à amener le pécheur à la repentance.

Tous les croyants sont invités à respecter cette autorité partagée :

« Obéissez à vos conducteurs et soyez soumis, car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte » (Hébreux 13:17).

La nécessaire séparation des sphères civile et religieuse

La lecture attentive de ces sources bibliques démontre le danger de la confusion des pouvoirs. En Israël, la royauté (le pouvoir politique et militaire) et le sacerdoce (le pouvoir religieux) devaient impérativement rester séparés. L’histoire biblique montre que chaque fois que les deux sphères se sont mélangées, le déshonneur en a découlé.

Dans l’Ancien Testament, « L’Esprit de l’Éternel se retira de Saül » parce que le roi Saül avait violé l’ordre théocratique établi par Dieu en offrant l’holocauste à la place de Samuel, ce qui conduisit à la déchéance de sa lignée royale (1 Samuel 13 & 16:14). Pareillement, le roi Ozias fut frappé de lèpre pour avoir voulu usurper les fonctions sacerdotales en offrant l’encens dans le temple (2 Chroniques 26).

L’Église n’est pas un État théocratique ; elle est composée de citoyens célestes qui traversent ce monde comme des étrangers et des voyageurs (1 Pierre 2:11). Par conséquent, l’Église n’a pas à dicter les lois civiles d’un monde incrédule, bien qu’elle agisse comme le sel et la lumière de la terre par son témoignage moral, et l’État n’a aucun droit de regard sur la doctrine, le culte, l’élection des conducteurs ou la discipline interne de l’Église.

Chaque autorité doit rester dans les limites du mandat que Dieu lui a confié. Le chrétien fidèle marche dans ce monde en respectant scrupuleusement le magistrat civil pour tout ce qui concerne la vie civique, tout en réservant l’allégeance absolue de sa conscience et de sa foi au Seigneur Jésus-Christ, qui gouverne son Église par sa Parole. En maintenant cette distinction claire, le croyant reflète l’ordre divin et rend un témoignage pur au milieu d’une génération corrompue.

L’attitude de Jésus face aux autorités : un paradoxe fécond

Quelle était donc l’attitude de Jésus face aux autorités ? Elle s’articulait autour d’un paradoxe central : une soumission absolue sur le plan spirituel, couplée à une liberté radicale sur le plan terrestre. Jésus ne manifeste ni rébellion politique, ni complaisance aveugle ; il redéfinit la source même du pouvoir. Au sommet de sa vie relationnelle se trouve une soumission absolue et filiale à Dieu son Père. Cette autorité spirituelle est son unique boussole ; elle légitime ses actes et dicte sa mission, résumée par sa volonté constante de ne pas faire sa propre volonté, mais celle de Celui qui l’a envoyé.

Face aux autorités religieuses juives de son temps (pharisiens et sadducéens), Jésus adopte une posture de contestation radicale. S’il respecte la Loi de Moïse, il rejette fermement l’hypocrisie et le poids des traditions humaines qui en dénaturent l’esprit. En se proclamant « maître du sabbat » et en plaçant l’amour et la miséricorde au-dessus des rituels, il désarme leur légitimité spirituelle, s’attirant leur hostilité mortelle.

Enfin, vis-à-vis du pouvoir romain, force d’occupation païenne, Jésus fait preuve d’une neutralité subversive. Sa célèbre formule « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Luc 20:25), pose une distinction nette entre le devoir civique et l’allégeance spirituelle. Devant Pilate, il ne conteste pas l’autorité de l’État pour le juger, mais il en rappelle la limite stricte :

« Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut » (Jean 19:11).

En somme, Jésus relativise toutes les autorités terrestres. En refusant le titre de messie politique, il démontre que son royaume n’est pas de ce monde.

Le renversement final : Christ, Magistrat suprême

L’étude des autorités, de leurs structures et de leurs limites, trouve son point culminant et sa résolution définitive dans la personne de Jésus-Christ. Tout au long de son ministère terrestre, Jésus s’est confronté aux pouvoirs de son époque. En acceptant de se soumettre au verdict du Sanhédrin et au décret de Ponce Pilate, il a semblé, aux yeux de l’Histoire, être le sujet impuissant d’un système judiciaire injuste. Le monde a cru le juger, le condamner et effacer son autorité dans le silence du tombeau.

Pourtant, l’Évangile opère ici le plus grand renversement de l’histoire humaine. Par sa résurrection et son ascension, le Christ est établi au-dessus de toute domination, de toute autorité et de tout pouvoir. Le paradoxe est absolu : l’accusé d’hier est le Magistrat suprême de demain. Ce monde qui l’a jugé, avec ses empires arrogants, ses tribunaux partiaux et ses dirigeants éphémères, devra un jour comparaître devant son tribunal. Les rôles seront alors définitivement inversés ; ceux qui ont exercé l’autorité terrestre plieront le genou devant l’autorité céleste.
Ainsi se referme le cercle théologique : les deux gouvernements, civil et religieux, institués par Dieu pour le temps présent, trouvent leur origine, leur légitimité et leur terme dans la Seigneurie du Christ, à qui tout jugement a été remis.

Par conséquent, au milieu de ces deux ordres d’autorité distincts, le chrétien véritable marche avec discernement, droiture et sans compromis. Il honore le magistrat comme serviteur de Dieu dans la sphère terrestre, sans jamais lui livrer ce qui appartient à Dieu seul. Il reconnaît les conducteurs spirituels, non comme des maîtres de sa foi, mais comme des serviteurs chargés de veiller sur son âme. Dans toutes choses, sa conduite est gouvernée par une conscience éclairée par la Parole de Dieu.

Étranger ici-bas, mais soumis pour l’amour du Seigneur, il rend à chacun ce qui lui est dû, tout en gardant son cœur inviolablement attaché au Christ. Ni la pression du monde, ni les dérives religieuses ne peuvent détourner celui qui a appris à placer toute autorité à sa juste place, sous le regard du Dieu souverain. C’est ainsi, dans une humble fidélité, qu’il rend témoignage à la vérité, attendant le jour où toute autorité sera manifestement soumise à Celui qui est Seigneur de tous.

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