Pour le croyant, la vie est un don de Dieu : c’est Lui qui donne à tous la vie, le souffle et toutes choses (Actes 17.25), et le psalmiste confesse qu’Il l’a tissé dans le ventre de sa mère (Psaume 139.13). Cette vie possède une valeur et une dignité qui appellent le respect, de sa conception jusqu’à son terme.
Cette conviction n’a de sens que portée avec douceur : face au désespoir, rappeler un interdit ne suffit pas. Il faut écouter, accompagner, tendre la main.
Ce sont des mots qui ne condamnent pas : ils appellent dans la nuit. « Ne te fais pas de mal ! » Paul lance ce cri au gardien de prison de Philippes qui, croyant ses prisonniers enfuis, tire son épée pour se tuer (Actes 16.27-28). Paul ne le menace pas : il l’arrête. Le gardien se jette alors à ses pieds et demande ce qu’il doit faire pour être sauvé ; la réponse est simple : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta famille » (16.30-31).
Ce cri sauve une vie, et la suite du récit en révèle la portée : il y a encore du pardon, de la grâce, un chemin pour quiconque se tourne vers Jésus-Christ.
Des cris que Dieu entend
La Bible raconte plus qu’elle ne juge. Élie, épuisé sous un genêt, demande la mort (1 Rois 19.4). Dieu ne le repousse pas : Il lui envoie un ange, de quoi manger et boire, le sommeil, puis une route nouvelle (19.5-8). Jonas, accablé, préfère mourir (Jonas 4.3) ; Dieu lui répond par une simple question sur sa colère (4.4). Job maudit le jour de sa naissance (Job 3) ; Dieu ne le rejette pas, Il lui parle du milieu de la tempête (Job 38.1).
« L’Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé » (Psaume 34.19). À celui qui voudrait mourir, Dieu offre d’abord du pain, du repos, une question, une présence.
Des récits graves, et un cas à part
Dans l’Écriture, la mort volontaire n’est jamais traitée à la légère : Abimélec (Juges 9.54), Saül (1 Samuel 31.4), Achitophel (2 Samuel 17.23), Zimri (1 Rois 16.18), Judas (Matthieu 27.5). Ces récits relatent les faits, laissent entrevoir les ressorts (orgueil, honte, trahison, désespoir), puis se taisent.
Seul Judas fait l’objet de paroles graves, et elles visent sa trahison, non son geste final : Jésus parle de celui qui le livre (Matthieu 26.24), et Pierre rattache son sort à ce que les Écritures avaient annoncé de celui qui a guidé ceux qui ont arrêté Jésus, et à la charge qu’il a abandonnée (Actes 1.16-20, 25). Matthieu rapporte qu’il fut pris de remords, rendit l’argent, puis alla se pendre (Matthieu 27.3-5). Le remords n’est pas la repentance : il laisse l’homme seul avec sa faute, et Judas ne se tourne pas vers Dieu. Pierre aussi avait renié son Maître, et il pleura amèrement (Luc 22.62), mais il fut relevé (Jean 21.15-17). Ce qui les sépare n’est pas la gravité de la faute, c’est le chemin pris ensuite : vers Dieu, ou loin de Lui.
L’Écriture n’offre donc pas une grille de jugement, mais une orientation pour celui qui accompagne : conduire la personne en détresse vers Dieu plutôt que vers la mort, aider le cri à devenir prière, la révolte à devenir supplication.
Et ceux qui sont morts ainsi ? Le cas de Judas est singulier : il tient à sa trahison et à la voie qu’il a choisie, mais l’Écriture n’en fait jamais une règle pour ceux qui meurent par suicide. Nous ignorons ce qui se passe entre une âme et Dieu, et le salut repose sur l’œuvre du Christ, non sur le dernier geste d’un être humain : ni la mort ni la vie ne peuvent séparer de l’amour de Dieu ceux qui sont en Christ (Romains 8.38-39).
Cela ne rend pas le suicide anodin : il reste une tragédie, qui laisse souvent des blessures profondes chez les proches. Mais nous ne connaissons ni toute la souffrance vécue par une personne, ni ce qui s’est joué au plus secret de son cœur. Il nous revient de pleurer avec ceux qui restent, de les accompagner dans leur chagrin et de les confier à la compassion de Dieu.
La vie, un don qui ne nous appartient pas seulement
Paul rappelle aux Corinthiens que nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes, car nous avons été rachetés à un grand prix (1 Corinthiens 6.19-20). Ce prix est celui de la croix : notre vie a été jugée digne d’être rachetée. Nous sommes précieux aux yeux de Dieu, y compris quand nous ne le ressentons plus. Par extension, le même regard se pose sur toute vie, jusqu’à la plus petite et la plus fragile.
Quand la souffrance parle de mort : euthanasie et fin de vie
Le suicide et l’euthanasie sont deux réalités différentes. Dans le suicide, la personne met elle-même fin à ses jours. Dans l’euthanasie, un tiers provoque sa mort à sa demande. Dans le suicide assisté, la personne accomplit elle-même le geste final, avec une aide extérieure.
Derrière une demande de mort, il y a souvent la douleur, la solitude, la peur de la dépendance, ou le sentiment d’être devenu un fardeau. Nous sommes appelés à écouter, à soulager et à rester présents, sans détourner le regard.
Dans certains pays, les conditions d’accès à l’euthanasie se sont élargies avec le temps, ce qui invite à la vigilance : une personne fragile pourrait finir par se sentir de trop. Nul ne devrait jamais penser qu’il doit disparaître pour épargner les autres.
La tradition chrétienne distingue le fait de provoquer la mort du fait de la laisser venir. Renoncer à un traitement devenu disproportionné n’est pas abandonner la personne : on peut encore la soigner, soulager ses souffrances et l’entourer jusqu’au bout. Provoquer intentionnellement la mort touche, en revanche, à notre rapport à la vie, que la foi reçoit comme un don.
La réponse chrétienne ne se résume donc pas à un non. Elle est un oui à la vie, à la compassion et à la présence. Nous ne pouvons pas toujours guérir ni supprimer toute douleur, mais nous pouvons tenir une main et redire à celui qui souffre qu’il n’est pas un fardeau.
Quand une grossesse fait peur (IVG)
Une grossesse est une promesse de vie, et souvent une joie. Mais elle peut aussi arriver comme une tempête : seule, trop tôt, sans soutien. Le même cri peut alors retentir, et il a deux visages. Il s’adresse d’abord à vous qui, seule, effrayée, pressée ou abandonnée, envisagez d’interrompre une grossesse : « ne te fais pas de mal ». Votre détresse compte pour Dieu et pour nous. Il s’adresse aussi à l’enfant que vous portez, et il est dit avec la même douceur : « ne lui fais pas de mal ».
Car la Bible ne présente pas l’enfant à naître comme une simple possibilité, mais comme une personne connue de Dieu. Le psalmiste confesse que Dieu l’a tissé dans le ventre de sa mère et que Ses yeux l’ont vu avant même qu’il ait pris forme (Psaume 139.13-16). Dieu dit à Jérémie qu’Il l’a connu avant de le former dans le ventre de sa mère (Jérémie 1.5). Jean-Baptiste, encore dans le ventre d’Élisabeth, tressaille de joie (Luc 1.41-44).
C’est pourquoi les chrétiens n’ont jamais regardé l’avortement comme un acte anodin. Dès les premiers siècles, Tertullien écrivait : « C’est un homicide anticipé que d’empêcher de naître… C’est un homme déjà, ce qui doit devenir un homme » (Apologétique, IX). Ce petit être n’est pas une erreur ni un fardeau : c’est un enfant créé par Dieu, qui a besoin d’être protégé.
Mais cette parole ne veut pas vous accabler. Vos peurs sont réelles : le regard des autres, l’avenir, la solitude, les difficultés matérielles, un conjoint qui ne vous aidera pas. Dieu ne les méprise pas : Il entend le malheureux qui crie et le sauve de toutes ses détresses (Psaume 34.7). Vous n’avez pas à porter cela seule. Parlez à une personne de confiance, à un serviteur de Dieu, à un service d’accompagnement ; cherchez une présence et une aide concrète.
Et si vous avez déjà vécu un avortement, ce traité ne veut pas vous condamner. À la croix, Jésus-Christ a porté ce que nous ne pouvons réparer. Il ne cache pas le mal, mais Il offre le pardon à quiconque se tourne vers Lui dans la repentance. Comme pour le roi de Juda, Manassé, coupable d’avoir versé beaucoup de sang innocent, il y a une porte ouverte pour le repentir et la grâce (2 Chroniques 33.12-13).
L’Église, une maison ouverte
L’apôtre Paul nous appelle à porter les fardeaux les uns des autres (Galates 6.2). Auprès de ceux qui souffrent, cet appel se traduit en gestes simples.
Écouter, d’abord. Celui qui envisage de mettre fin à ses jours a souvent besoin de vider son cœur sans être interrompu ni jugé. N’ayons pas peur de demander simplement : « Penses-tu à mettre fin à tes jours ? » Poser la question n’y pousse pas ; elle ouvre souvent la parole.
Être présent, ensuite. Le désespoir est un désert. La présence d’un serviteur de Dieu, d’un croyant même silencieuse, rappelle qu’on n’est pas seul.
Orienter, aussi. Le suicide est souvent lié à une souffrance qui se soigne : dépression, trouble bipolaire, douleur chronique, addiction. Le croyant n’est pas médecin, mais il peut accompagner vers ceux qui le sont.
Prier, enfin. Pour celui qui souffre, avec lui s’il le souhaite, et quand les mots manquent. La prière ne remplace pas l’action : elle en est le souffle.
Dans ces moments-là, mieux vaut éviter les mots qui blessent : parler d’enfer, d’égoïsme, de lâcheté ou de faute ajoute une pierre au fardeau. Les conseils affectueux d’un ami sont doux pour l’âme (Proverbes 27.9). Ce qui est vrai se dit avec amour, au bon moment, à la bonne personne.
Une responsabilité partagée
La détresse interroge aussi les liens qui nous unissent. Une société qui laisse ses anciens seuls, ses malades sans soins, ses jeunes sans perspectives, ses endeuillés sans soutien, fabrique de la détresse. Cela ne rend nullement coupables les proches : l’endeuillé n’a pas à porter une faute qui n’est pas la sienne.
Nos Églises ont aussi leur histoire. Elles ont parfois condamné sans consoler, refusé aux familles la prière et la sépulture, ajoutant la honte à la perte. Ce passé doit être reconnu. Accueillons aujourd’hui les familles endeuillées, les femmes blessées par une grossesse interrompue, les hommes qui se taisent : non pour juger ni pour minimiser, mais pour consoler.
Le sacrificateur et le lévite passèrent outre ; le Samaritain s’arrêta, soigna, paya (Luc 10.30-35). Soutenir les lignes d’écoute, développer les soins palliatifs, aider concrètement les mères en difficulté, rompre l’isolement, parler ouvertement de la dépression : voilà des manières concrètes de faire de même.
Tenir ensemble vérité et compassion
La Bible ne banalise jamais la mort, qu’elle soit volontaire ou donnée à un enfant à naître. Elle rappelle que la vie appartient à Dieu. Mais elle ne prononce aucune sentence générale sur l’éternité de ceux qui meurent ainsi. Aux vivants, elle offre le pardon : il est donné à quiconque se tourne vers Dieu dans la repentance. Elle laisse Dieu juge et nous laisse témoins de Sa miséricorde.
Une vérité sans compassion se trahit elle-même, et une compassion sans vérité aussi. Serviteur de Dieu, croyant, éducateur, soignant : tous sont appelés à affirmer que la vie est précieuse, et à aimer celui qui souffre. À la croix, Dieu n’excuse pas le mal : Il le porte.
Un mot à tous ceux et celles qui portent seuls un poids trop lourd
Vous qui ne voyez plus d’issue : ne restez pas seul(e). Votre détresse n’est pas un signe que Dieu vous a abandonné(e). Quand le malheureux crie, l’Éternel entend et le sauve de toutes ses détresses (Psaume 34.7). Il est près de ceux et celles qui ont le cœur brisé (34.19), et Sa grâce suffit aussi pour demain.
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