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L'Eglise : Foi

Les lois humaines participent de la providence divine

Les lois humaines participent de la providence divine

Extrait d’un article de l’abbé Barthe sur Res Novae :

[…] On évoquera ici une étude fondamentale de Jean-Rémi Lanavère : Loi naturelle et politique chez saint Thomas d’Aquin. Il y traite notamment de la providence divine, par laquelle Dieu conduit ses créatures vers la perfection, et qui peut être pensée sur le modèle de la vertu humaine de prudence. Inversement, la prudence politique ne sera authentique vertu que si elle a pour modèle la providence divine.

Dieu dans sa régulation de toutes choses, ou loi éternelle qu’on peut identifier à la providence divine, pourvoit aux besoins de toutes ses créatures. Il le fait de manière spécifique pour sa créature rationnelle, qui devient agent libre de la providence divine, et qui pourvoit à son tour :

  • l’homme reçoit en son cœur le dépôt de la loi divine, la loi naturelle qui est « participation de la loi éternelle [c’est-à-dire de la providence divine] dans une créature rationnelle » (ST, I-II, q 91, a 2) ;
  • et il devient providence pour lui-même et les autres hommes par les lois humaines qu’il édicte ou contribue à édicter : la créature rationnelle « participe elle-même de cette providence en pourvoyant à soi-même et aux autres » (ST, même lieu).

La loi naturelle est ainsi le maillon entre providence divine et prudence politique, spécialement dans l’activité législatrice du gouvernant. Étant précisé que cette activité, c’est un point très important, n’est pas seulement celle du gouvernant, mais aussi celle de tous les citoyens qui sont impliqués dans la recherche du bien commun. Parce qu’il est politique par nature, l’homme s’approprie cette loi inscrite dans son cœur par la providence de Dieu et l’applique aux autres comme il est aidé par eux :

« La nature politique de l’homme ne se réalise pas seulement parce que l’homme a naturellement besoin de l’aide des autres, mais parce que son désir naturel n’est satisfait qu’à condition de les aider. […] En vertu de la loi naturelle qui se trouve en lui, l’homme est plus image de Dieu en étant une providence pour les autres qu’en étant une providence pour soi. Il s’assimile plus à Dieu en se préoccupant du bien commun que de son bien propre. […] C’est en étant législateur que l’homme est le plus à l’image du Dieu provident, et c’est lorsqu’il est lui-même source de lois que la loi naturelle se manifeste le mieux en lui. »

Non que tout citoyen ait à exercer à proprement parler une activité de législateur, mais en désirant l’ordre qu’apporte la loi, en lui obéissant strictement, en soutenant son application chez autrui, le citoyen imite le Dieu provident.

Le rôle de la loi humaine est de passer de la généralité de la loi naturelle à une application à des situations pratiques. « Mais dérivation ne signifie nullement déduction », disait Michel Villey : les lois humaines ont un contenu propre en fonction des temps et des lieux. Jusqu’à un certain point, elles sont relatives, nous y reviendrons.

L’évacuation de la transcendance de la loi naturelle par le politique tel qu’issu de la Révolution a fait que les moralistes, par conviction ou par ralliement catho-libéral, ont pris leur parti de cette évacuation et ont dépolitisé la loi naturelle : dans cette nouvelle configuration, elle concerne en direct les individus, sans la médiation généralement nécessaire de la loi humaine[10]. Jean-Rémi Lanavère s’appuie sur Leo Strauss pour rendre Hobbes coupable de ce basculement moderne qui a contribué à faire de la loi naturelle une règle s’appliquant aux hommes hors société, dans « l’état de nature ». Elle devient ainsi loi de l’individu, loi des droits et devoirs humains, en deçà de la politique, mais aussi au-dessus, comme un corpus de normes universelles, loi naturelle détachée de l’appareillage religieux et métaphysique qui l’avait classiquement portée, sécularisée.

Ajoutons qu’au-dessus du champ politique, devenu amoral et areligieux, les « déclarations des droits de l’homme » le bornent plus qu’ils ne le transcendent : les lois humaines ne sont plus destinées à prescrire aux citoyens des actes vertueux, mais seulement à empêcher que les droits des individus soient lésés. Cette nouvelle loi naturelle est accessible à la raison, mais de manière immanente, selon le mode de l’évidence. Laquelle est sujette à variations, si l’on considère par exemple le statut de l’enfant à naître, qui est susceptible d’hériter dans le Code civil et est susceptible d’être éliminé dans la loi de dépénalisation de l’avortement. […]

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