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Culture de mort : Euthanasie

Seront-ils excommuniés ?

Seront-ils excommuniés ?

De Jean-Pierre Maugendre :

Ni l’un ni l’autre ne font mystère de leur catholicisme. Emmanuel Macron a demandé le baptême, à l’âge de 12 ans, contre l’avis de son père, alors qu’il était élève au collège La Providence, fondé en 1850 par les Jésuites à Amiens. Sébastien Lecornu est issu d’une famille de tradition catholique et a même envisagé, à l’âge de 16 ans, de rejoindre l’abbaye bénédictine de Saint Wandrille, en Normandie.

Le premier a déjà à son palmarès la constitutionnalisation de l’avortement par vote solennel du parlement réuni en Congrès le 4 mars 2024. Il compte transformer l’essai en obtenant, le 15 juillet prochain, sous l’impulsion de son premier ministre Sébastien Lecornu, le vote d’une loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté. Dire que ces mesures sont en opposition frontale avec l’enseignement constant de l’Eglise sur la défense de la vie humaine innocente est une évidence qu’il est inutile de redémontrer ici. Le président de la Conférence des Evêques de France, le cardinal Jean-Marc Aveline, semble aux abonnés absents sur ce sujet laissant Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, faire part des réticences de l’épiscopat français quant à ce projet de loi. Après avoir dénoncé en janvier « l’acharnement idéologique » du gouvernement puis sa « désinvolture institutionnelle », Mgr Rougé a fait part de son inquiétude quant à l’atteinte à la liberté de conscience que constituerait l’obligation pour tous les établissements de soins, en particulier catholiques, de proposer l’euthanasie ou le suicide assisté. Certaines congrégations comme les petites Sœurs des Pauvres auraient ainsi obligation de fermer leurs établissements en France et de s’exiler à l’étranger. Le choix a ainsi été fait, par l’Eglise de France, de ne placer le débat sur la fin de vie que sur le plan de la loi naturelle en appelant à la liberté de conscience de chacun dans une forme de plaidoyer pro domo qui semble occulter la portée universelle de la loi de Dieu. Mgr Rougé citant la récente encyclique du pape Léon XIV Sacra humanitas évoque des « choix gravement illicites » et en appelle au » choix salutaire du principe d’humanité ». Certes, mais est-il nécessaire d’être évêque pour tenir un tel discours ? Le temps est bien lointain où les évêques se voulaient les intendants de mystères de Dieu et les gardiens de la loi divine. Comment lutter contre la sécularisation de la société civile et politique si même les évêques s’interdisent de mentionner la loi de Dieu ? De plus, quelles conséquences compte tirer Mgr Rougé à propos des promoteurs de ces choix qu’il serait plus exact de qualifier de criminels plutôt que de simplement illicites ? Mgr Von Galen, évêque de Munster, dénonçant vigoureusement, en 1941, en chaire, le programme nazi Aktion T4 d’euthanasie des malades mentaux ne semble guère avoir fait d’émules ! Depuis le concile Vatican II, l’Eglise a fait le choix de ne plus condamner l’erreur. Il s’agit d’être positif. Le raisonnement a cependant ses limites comme vient de le démontrer la récente excommunication de la FSSPX.

 Aux USA certains évêques diocésains refusent la communion aux politiciens notoirement partisans de l’avortement, arguant du canon 915 du code de Droit canonique qui prévoit que :  « ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion ». Le 20 mai 2022 Mgr Salvatore Cordileone, archevêque de San Francisco,  adressait la monition suivante à Nancy Pelosi, élue démocrate de Californie et partisane de l’avortement : « Vous ne devez pas vous présenter pour (recevoir) la Sainte-Communion et, si cela devait arriver, vous ne devrez pas être admise pour la Sainte-Communion, jusqu’à ce que vous répudiiez publiquement votre défense de la légitimité de l’avortement, et que vous vous confessiez et receviez l’absolution pour ce grave péché». Voilà qui est clair !

L’opposition à l’avortement est, bien sûr, une des préoccupations du pape Léon XIV ce dont témoigne son accueil chaleureux le 22 juin dernier de Jean-Marie Le Méné, Président de la Fondation Jérôme Lejeune et de Marie-Lys Pellissier, porte-parole de la Marche pour la Vie. Sans vouloir offenser personne cette rencontre est restée très confidentielle. Il n’en sera pas de même des rencontres à venir entre le pape Léon XIV et MM. Macron et Lecornu en septembre prochain. Nous pouvons faire confiance à notre « Mozart de la finance » pour mettre en scène sa rencontre avec le pape à son bénéfice exclusif. Quel feu d’artifice final : peut-être la coupe du monde de football et des photos avec le pape, toujours souriant et affable, quels que soient les propos qu’il tiendra par ailleurs ! Le précédent espagnol est, à cet égard, extrêmement surprenant. Les Cortes Generales, à majorité socialiste et donc favorable à l’avortement et à l’euthanasie, ont applaudi debout, le 8 juin, pendant de longues minutes, le discours du pape qui venait d’exalter la défense de la vie humaine innocente, la famille, le droit des parents à choisir l’éducation de leurs enfants, la lutte contre les mafias qui exploitent les migrants et le maintien du secret de la confession. Une des grandes victimes de la confusion actuelle des esprits semble être le principe de non-contradiction. Emmanuel Macron constitutionnalise l’avortement, autorise par la loi l’euthanasie et le suicide assisté et « en même temps » participe le 30 juin au 9 ème Congrès contre la peine de mort.

Chacun conviendra, pour s’en réjouir ou s’en désoler, que l’Eglise n’a plus sur la société française l’influence qu’elle eut pendant des siècles. Les catholiques pratiquants représentent moins de 2% de la population. Les années qui passent voient enfler le flot des lois qui nient toute forme de loi naturelle sans même parler de la loi de Dieu, mettant ainsi en péril le salut de nombreuses âmes. Face à ce déferlement d’immoralité, trop souvent les évêques de France s’inquiètent, alertent, se préoccupent, etc. Ainsi le programme EVARS (Education à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle) sera-t-il déployé à la prochaine rentrée scolaire dans toutes les écoles catholiques sous contrat, au détriment de la responsabilité première des parents dans ce domaine. Les promoteurs de l’avortement Valéry Giscard d’Estaing ou Jacques Chirac sont benoîtement enterrés avec grand concours d’évêques sans qu’il n’ait été fait mention de leurs éventuelles repentances pour les centaines de milliers d’avortements dont ils sont, en partie, responsables. Il n’est pas interdit de penser que certains parlementaires ne seraient pas insensibles à une monition épiscopale qui les préviendrait qu’à moins de rétractations publiques ils ne pourraient bénéficier d’obsèques religieuses. Il nous faudrait des évêques qui soient les lions et des prophètes, à l’exemple de Mgr Von Galen (1878-1946) le « lion de munster » ou de Mgr Cazaux (1897-1975), évêque de Luçon organisant de gigantesques manifestations pour la défense de l’enseignement catholique dans les années 50, et non de simples fonctionnaires ecclésiastiques. Mais, les méritons-nous ?

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