L’année de l’élection américaine
D’Antoine de Lacoste dans Politique Magazine :
Deux grands conflits retiennent l’attention du monde, en Ukraine et dans la bande de Gaza. Nous ne savons pas quand ils se termineront : peut-être jamais en Israël, peut-être en 2024 en Ukraine. Pour ce dernier, cela dépendra, entre autres,du bras de fer opposant républicains et démocrates aux Etats-Unis.
Ce bras de fer va être d’une intensité croissante en raison des élections présidentielles à venir en novembre prochain. D’ici-là, la longue litanie des primaires va démarrer le 15 janvier dans l’Iowa et s’étirer sur des mois.
Côté démocrate, tout est suspendu à la décision finale de Joe Biden dont l’état de forme n’éblouit pas le citoyen américain. Le président est d’ailleurs en baisse dans les sondages tant chez les jeunes que chez les Latinos (expression usuelle et non péjorative faut-il le rappeler). Même l’électorat noir s’effrite dangereusement, de plus de vingt points selon les sondages, mais en partant de très haut il est vrai.
UN BILAN PEUT-IL SUFFIRE ?
Les commentateurs pro-Biden se désespèrent : comment avec un bilan aussi bon l’électorat peut-il-être aussi ingrat ? Le plein emploi est là, les investissements sont au plus haut, la réindustrialisation en route grâce aux très protectionnistes Chips Act et Inflation Reduction Act. L’Allemagne, qui est économiquement en train de couler, voit même des fleurons de son industrie renoncer à construire des usines sur son territoire au profit des Etats-Unis en raison des très nombreux avantages promis. Ces Acts protectionnistes sont un incontestable succès. Peu importe qu’ils créent des distorsions de concurrence avec l’Europe, cette dernière adore se faire maltraiter par le maître tout puissant et n’a émis que de timides remarques.
Les démocrates exagèrent tout de même les succès économiques du terne locataire de la Maison Blanche. L’inflation reste élevée et affaiblit le pouvoir d’achat des Américains. C’est au fond le cœur de leurs inquiétudes et Biden n’a pas su y répondre. De plus, la hausse des taux d’intérêt rend de nouveau difficile l’accès à l’immobilier, secteur par ailleurs fragile et qui suscite bien des inquiétudes chez les banques.
Et puis l’économie ne suffit plus à sauver un président. Il faut un élan, un projet enthousiasmant, des réunions où l’impétrant se fait acclamer, son adversaire huer, bref tout le folklore électoral américain nécessaire à une présidentielle où pas un cliché ne doit être absent. Or, lorsque l’on se demande si un candidat va réussir à marcher sans trébucher ou à trouver la bonne sortie, il est tout de même difficile de scander son nom avec enthousiasme.
Le piège est là pour les démocrates. On ne peut contraindre un sortant à jeter l’éponge, surtout lorsqu’il a derrière lui des décennies de carrière politique. Ce qui était un atout il y a quatre ans devient un poids. Il semble d’ailleurs difficile pour l’intéressé d’être lucide sur l’image qu’il renvoi. C’est humain au fond.
De plus, si un accident de santé venait changer la donne au cours de l’année, les démocrates n’ont pour l’instant guère de solution de rechange. La vice-présidente, Kamela Harris, n’a montré aucune compétence particulière pendant quatre ans. La victime de Trump en 2016, Hillary Clinton, ne semble plus dans le coup et elle représente jusqu’à la caricature, l’arrogance sociale de la côte est. Et, bien sûr, aucune jeune pousse d’envergure n’osera se lancer dans l’aventure, ce crime de lèse-président sortant coûterait cher.
Enfin, Biden lui-même a fermé la porte à tout retrait volontaire de sa part. Sans rire, il a déclaré qu’il devait se porter candidat pour empêcher l’élection de Donald Trump. Ce dernier doit s’en réjouir et attendre avec gourmandise les futurs débats télévisés de la campagne.
Mais le vaincu de 2020 doit, lui, compter sur des adversaires lors des primaires. Cinq se sont déclarés face à lui : Ron DeSantis, Vivek Ramaswamy, Chris Christie, Tim Scott et Nikki Haley. Ils ont déjà débattu ensemble à trois reprises. Trump, en tant qu’ancien président a estimé qu’il ne devait pas participer à ces débats. L’ancien vice-président de Trump, Mike Pence, a déjà jeté l’éponge.
DeSantis semblait bien parti. Vainqueur de son bras de fer antiwoke contre Walt Disney, il a été triomphalement réélu en Floride il y a deux ans. Mais la mayonnaise n’a pas pris. Lourd, peu souriant, ses interventions n’ont guère suscité l’enthousiasme et il n’a pas pesé sur les débats. Les riches donateurs républicains anti-Trump se sont finalement détournés de lui et lui préfèrent maintenant la sémillante Nikki Haley. Cette femme d’origine indienne coche beaucoup de cases du politiquement correct.
NIKKI HALEY NOUVELLE EGERIE DES ANTI-TRUMP
Nommée par Trump ambassadrice à l’ONU, elle fit preuve de pugnacité et on la remarqua beaucoup. Mais sa russophobie obsessionnelle la range dans le camp des néoconservateurs, ce qui n’est plus un atout aux Etats-Unis depuis les désastres irakien, libyen et afghan. De plus, censée être une spécialiste de politique étrangère, elle a été incapable, au cours du dernier débat, de citer un seul des oblast de l’est ukrainien occupés (ou libérés selon son prisme) partiellement ou totalement par la Russie. Son embarras était presque gênant, à la grande satisfaction de Vivek Ramaswamy, qui l’a ainsi piégée, connaissant ses insuffisances techniques.
Ce dernier s’est révélé excellent débatteur mais il semble partir de trop loin, tandis que les autres n’ont plus de chances de percer.
Même si Halley a le vent en poupe et a rattrapé DeSantis à environ 15%, Trump semble définitivement loin devant. Crédité de 45% d’intentions de vote aux primaires, la victoire, sauf cataclysme, lui semble promise.
Le face à face Biden-Trump est donc aujourd’hui l’hypothèse la plus probable, même si les Américains n’en veulent pas. Trump est légèrement devant, grâce notamment à ses victoires possibles dans plusieurs Etats tangents, les « swing states » : ces Etats ne sont d’ailleurs pas toujours les mêmes d’une élection à l’autre et pour 2024, les observateurs estiment que le futur vainqueur doit impérativement l’emporter en Pennsylvanie, en Géorgie, dans le Michigan, en Arizona, dans le Nevada et dans le Wisconsin. A l’exception de ce dernier, Trump est donné gagnant dans tous les autres.
C’est ce qui a fait dire beaucoup d’observateurs qu’il était maintenant le grand favori de l’élection. Les choses sont plus complexes. Tout d’abord les écarts sont faibles dans ces Etats charnières qui peuvent encore changer de vainqueur bien des fois. Et puis il y a les affaires judiciaires qui enserrent Trump de tous côtés. Elles concernent pour l’instant ses entreprises privées mais c’est le volet politique et pénal qui sera bientôt sur le devant de la scène avec l’assaut du Capitole. Personne ne sait ce qui peut en sortir mais il est certain que jusqu’à présent chaque fois que Trump est attaqué par un juge, sa popularité augmente. Cela en dit long sur le rapport entre les élites et l’électorat de base républicain : ces deux mondes n’ont jamais été aussi éloignés et se font face dans un contexte de haine inédit aux Etats-Unis.
Le président sortant a lui aussi ses soucis avec les frasques de son délicieux rejeton, Hunter : drogue, sexe, corruption, le jeune homme est un joyeux cumulard sous le regard attendri de son papa. Le plus gênant est peut-être ses liens financiers douteux avec de grandes entreprises ukrainiennes, ce qui fait un peu désordre dans le contexte actuel.
Pour compliquer encore le scénario, un nouveau venu fait beaucoup parler de lui : Robert F. Kennedy. Fils du sénateur Robert assassiné et neveu du président, il est d’origine démocrate mais vient de claquer la porte du parti et veut se présenter en tant qu’indépendant. Il est crédité de plus de 15% des voix, principalement au détriment de Trump. Ses positions antivax et anti-tyrannie sanitaire l’ont rapproché d’un électorat rejetant tout ce qui vient des élites pour restreindre ses libertés.
Ainsi, malgré l’affolement des médias occidentaux se demandant sans rire si l’élection de Trump ne mettrait pas fin à la démocratie en Amérique, l’élection présidentielle est loin d’être jouée d’autant que quelques milliers de sacs postaux de vote par correspondance peuvent, à la dernière minute, inverser un résultat.
Antoine de Lacoste
Du plan turc dans le Caucase (1919) au projet turc d’aujourd’hui
De Marion Duvauchel, historienne, pour Le Salon beige :
Les loups de Touran sont-ils de retour ?
La plupart des articles spécialisés dans les affaires du Caucase ne cessent d’évoquer les « haines ethniques » ou « raciales ». Presque tous les articles disponibles se gardent bien d’aller au-delà de 1993, censé constituer le début des hostilités entre Azéris et Arméniens. C’est un silence irresponsable pour ne pas dire coupable.
Or, le problème du Haut Karabakh est une affaire ancienne dont les semences de mort ont été répandues par les Anglais lorsqu’ils ont attribué le Haut Karabakh à l’Azerbaïdjan. Staline ne fera qu’entériner leur décision.
Dans le chaos des faits, des alliances, des combats, des violences, des ruses, des trahisons et des mensonges diplomatiques, un éclairage sur la question du Haut Karabakh peut s’avérer d’autant plus difficile que c’est aussi le moment où se joue le sort du Caucase entre les intérêts des Alliés, l’effondrement de la Russie tsariste, la soviétisation et le grand projet turc. Mais il faut essayer.
Fin 1918, la Grande-Bretagne s’installe dans le Caucase. Elle compense par le jeu diplomatique le peu de moyens matériels dont elle dispose dans une région « turbulente » comme disent les experts. De cette Angleterre de l’empire finissant, on connaît la rouerie, la fourberie, le cynisme et l’intérêt bien compris. Le sien, bien sûr. Le prétexte invoqué par les milieux les plus impérialistes de Londres pour justifier cette présence dans le Caucase, c’est qu’il s’agit d’un des boulevards de l’Inde. En réalité c’est à cause du pétrole de Baku. Pendant la domination britannique en 1919, l’Azerbaïdjan disposait encore du pétrole qui traversait la Géorgie pour aboutir au port de Batoum (promis à la Géorgie, mais occupé par les Britanniques). Quant à l’Arménie, on lui avait promis de vastes territoires anatoliens. Mais sans les moyens de les conquérir ni de les conserver. Pendant ce temps, des centaines de milliers de réfugiés arméniens s’entassaient dans un territoire minuscule. De ce qu’on appelait alors « l’Arménie turque », il ne restait qu’un vilayet, celui de Sivas, et il ne restait qu’une poignée d’Arméniens.
Les traités de Batoum n’étaient pour la Turquie que des façades juridiques servant de prétexte à l’invasion du Caucase. Au début du mois d’août 1918, Nuri Pacha avait demandé l’annexion du Karabakh à l’Azerbaïdjan. La République arménienne refusa. Une fois. Une deuxième fois. Les Turcs envoient un détachement turco-azeri contre Chouchi, la capitale, où les Turcs entrent le 8 octobre. Les villages entrent en sédition et le mois suivant profitant de leur retrait, les Arméniens reprennent le contrôle de la région.
En octobre 1918, Enver Pacha envoya des instructions précises à l’armée du Caucase pour les régions situées entre les républiques transcaucasiennes et la ligne de retraite des forces turques. Avant de se retirer, l’armée devait armer les populations kurdes et turques, en laissant également derrière elle des officiers capables d’organiser politiquement et militairement la région. L’objectif principal était d’empêcher le rapatriement des Arméniens.
Le commandant en chef des forces britanniques du Caucase, le général Thomson, est alors dans les meilleurs termes avec le gouvernement azerbaïdjanais, ce qui permet à la Grande-Bretagne d’obtenir de très grandes quantités de pétrole. Considérant que les montagnes du Karabakh constituent le lieu de pâturage estival des éleveurs azéris, il autorise le 15 janvier 1919 la nomination d’un gouverneur azéri pour les provinces du Karabakh (165000 Arméniens contre 59 000 Azéris) et du Zanguezour (101000 Arméniens contre 120 000 Azéris).
Février 2019, l’administration azerbaïdjanaise pénètre sous protection britannique au Karabakh tandis que les Arméniens tiennent à Chouchi leur quatrième assemblée, qui refuse toujours de se soumettre. Les pourparlers se poursuivent lors de la cinquième assemblée, tenue fin avril avec la participation du gouverneur azéri et du général Shuttleworth, successeur de Thomson.
Le refus arménien persista et les relations s’envenimèrent. Le 2 juin, les Azéris passèrent à l’attaque.
En août 1919 les Arméniens acceptèrent l’autorité azérie. Avaient-ils un autre choix ?
Le 8 janvier 1920, les Arméniens signent avec le général Forestier-Walker, commandant des forces britanniques à Batoum, un accord pour l’établissement d’une administration civile arménienne à Kars. Quand elle arrive, escortée par les Anglais, les musulmans refusent de se soumettre et, à l’issue d’un grand congrès proclament le gouvernement national provisoire du sud-ouest du Caucase. Le général Thomson arrive alors à Kars et reconnaît de fait ce gouvernement, tandis que l’administration arménienne fait demi-tour. Les Turcs et les Kurdes rendant impossible tout rapatriement arménien vers l’ouest, les Arméniens décident alors, en janvier, d’attaquer le Nakhitchevan.
Thomson propose aux Arméniens de les aider pour prendre le contrôle de Kars et de Nakhitchevan s’ils acceptent de céder aux Azéris le Karabakh et le Zanguezour. Suite à un accord de principe, Thomson occupe Kars le 13 avril et dissout le gouvernement du sud-ouest du Caucase. Les Anglais se retirent de Nakhitchevan, laissant l’administration aux Arméniens. En juillet, les musulmans du Nakhitchevan attaquent les Arméniens et les obligent à évacuer le district.
Lorsque le colonel Rawlinson visita la région de Kars en juillet, il constatait qu’en dehors des villes tout le reste du territoire est tenu par les Kurdes, depuis la vallée d’Araxe jusqu’à Oltu et Ardahan.
Et les Français ? Ils sont au courant bien sûr.
Le 10 décembre 1918, le lieutenant colonel Chardigny, commandant le détachement français au Caucase adresse un courrier de six pages au Ministre de la guerre, courrier dans lequel il dresse un état de la situation au Caucase et le projet d’organisation du pays.
Il souligne que « les récentes tentatives de colonisation russe ont produit un mélange complet des races et une dispersion incroyable des populations » et se demande si l’organisation du Caucase en 4 républiques indépendantes, « consécutive à l’effondrement de la puissance russe et à la menace de l’invasion turque est susceptible de procurer aux populations la paix et la prospérité auxquelles elles aspirent » ?
Ce n’est pas une question rhétorique. Voici la réponse in extenso. Quelle est donc cette organisation ?
1 Elle n’est autre que la réalisation du plan de nos ennemis qui peut se résumer ainsi :
a) Constitution au Caucase d’un grand État musulman, réunissant sous le protectorat turc les montagnards du Caucase du Nord et les Tatars d’Azerbaïdjan. Cette conception, d’origine purement panislamique, en cas de victoire des puissances alliées, aurait amené le Croissant jusqu’au bord de la Mer Caspienne. La république d’Arménie, née par la force des choses, réduite du reste à d’infinies proportions, n’aurai eu qu’une durée éphémère, la disparition de ce qui reste du peuple arménien étant la conséquence directe et fatale du plan turc.
b) Création d’une Géorgie indépendante, sous le protectorat de l’Allemagne qui serait chargée elle-même de l’exploitation des richesses naturelles, le plus favorisé de tout le Caucase.
2 Qu’aucune des 4 républiques nouvelles ne disposent de ressources suffisantes pour se créer une vie indépendante, assurant le développement ultérieur du pays. Deux d’entre elles, celle de l’Azerbaïdjan et celle des montagnards, ne disposent même pas d’une classe instruite assez nombreuse pour assurer la direction des affaires, la masse du peuple étant restée jusque là dans un état de profonde ignorance.
En note, le lieutenant colonel signalait que, alors qu’en Géorgie tous les fonctionnaires russes avaient été remplacés par des Géorgiens, en Azerbaïdjan, vu le manque absolu de musulmans instruits, on avait conservé les fonctionnaires russes.
(…)
Géorgiens et Tatares (Azerbaïdjanais) soutenus par les baïonnettes allemandes et turques ont incorporé à leurs territoires respectifs une partie des régions arméniennes.
Le lieutenant colonel Chardigny concluait avec une proposition inédite autant qu’intelligente : celui de calquer le modèle suisse sur le Caucase et de l’organiser en « cantons ».
Et il terminait avec réalisme que pour sauver l’ordre dans ce pays, il fallait un maître étranger, qui ne pouvait être que les Alliés, agissant au nom de la Russie, en attendant que le calme soit revenu dans les esprits.
Il concluait ce courrier empreint d’intelligence sur le sort de l’Arménie russe (l’Arménie caucasienne) et sur celui de l’Arménie turque, « pays dévasté et désert dont la reconstitution serait une œuvre de longue haleine ».
La Constitution au Caucase d’un grand État musulman, réunissant sous le protectorat turc les montagnards du Caucase du Nord et les Tatars d’Azerbaïdjan est toujours d’actualité. C’est le projet du président Erdogan. La « quatrième république », celle du Caucase du Nord n’a pas duré, mais il reste l’Azerbaïdjan, protectorat russe qui amène le Croissant jusqu’à la Caspienne.
Le grand État musulman du Caucase, dans une zone turcophone qui irait du Bosphore à l’Asie centrale, voilà sa vision géopolitique. Erdogan avance à peine masqué avec la même détermination de ses grands prédécesseurs, les fossoyeurs du Caucase chrétien qui ont fait l’essentiel du travail, avec la complicité duplice des puissances de l’Entente.
Le miracle… oublié de la Seine (Marie VS. Vikings)
A la découverte de notre histoire et de notre patrimoine, ce petit documentaire de manemos.com explore l’Epte de Notre Dame de la Mer à St Clair sur Epte. Découvrons comment cet affluent de la seine qui marque la frontière historique entre la France et la Normandie est à l’origine d’une cascade de conséquences dont l’origine serait…La vierge Marie.
Massacre des innocents par « IVG » : qu’avez-vous fait du fœtus au sourire et de la main de l’espoir ?
De Rémi Fontaine pour Le Salon beige :
Alors que s’annonce la constitutionnalisation du « crime abominable » voulu par Emmanuel Macron et présenté le 12 décembre au Conseil des ministres en la fête de Notre-Dame de Guadaloupe (avec un chiffre record de 234 300 avortements légalisés en 2022, soit 17 000 de plus qu’en 2021 !), retour à l’approche des saints Innocents sur une réalité trop souvent occultée, malgré des images échographiques anciennes plus que prophétiques…
« Quand je vois un fœtus sourire, je me dis que c’est un peu tard pour avorter », déclare le professeur Campbell qui avoue son trouble en considérant les clichés dont il est lui-même l’auteur. Des images « in utero » montrent notamment le fœtus ayant le réflexe de la marche, croisant ses mains ou… souriant. Ancien chef du service d’obstétrique dans un hôpital universitaire, Stuart Campbell a fondé depuis la clinique privée Create consacrée à la procréation. C’est là qu’il a effectué ses échographies aux teintes orangées en 3D-4D, unetechnique qui existe depuis 2001 mais peu connue du public.“3D” signifie que la photo montre les trois dimensions. Le “4D” y ajoute l’animation vidéo qui permet d’étudier les mouvements de l’embryon en temps réel.
Semblables à d’autres vues disponibles depuis plusieurs années, ces clichés du professeur Campbell ont été publiés fin juin 2004 par la plupart des journaux britanniques, relançantalors, comme ils disent, le « débat » sur l’avortement… Les premiers clichés publiés par la presse montraient un fœtus de douze semaines s’étirant et donnant des coups de pied, dans une espèce de mime de la marche. Un autre, âgé de quatorze à quinze semaines, suce son pouce et baille, puis ouvre les yeux à dix-huit semaines. Un dernier embryon sourit, vingt-deux semaines après sa conception.
C’est à vingt-et-une semaines, par ailleurs, qu’avait été prise la fameuse photo de la « main de l’espoir ». Avec cette légende éloquente de l’éditeur de la photo : « La main de Samuel Alexander Armas est apparue hors de l’utérus de sa mère pour agripper le doigt du docteur Bruner comme pour le remercier du don de la vie. » Il s’agissait d’une opération pratiquée en 2002 par la chirurgien Joseph Bruner sur un fœtus de 21 semaines. Le bébé, Samuel, était atteint d’une grave maladie du nom de “spina bifida”. Il n’aurait sans doute pas survécu sans cette opération pratiquée à l’intérieur de l’utérus, légèrement incisé. Or, pendant l’intervention en question, Samuel a sorti sa petite main (complètement formée) par l’ouverture et il a attrapé le doigt du chirurgien qu’il a serré très fermement. Plus qu’un symbole au moment ou l’on fait de la loi Veil et du slogan féministe “Mon corps, ma décision” des tabous !
Ces images « prises bien avant la limite (du délai légal) vont susciter un malaise chez beaucoup de gens », écrivait le quotidien Evening Standard s’attendant à une demande politique de l’abaissement du délai légal de l’avortement en Grande-Bretagne (jusqu’à la vingt-quatrième semaine après les règles – aménorrhée –, sur l’indication de deux médecins).
« Je ne peux bien sûr pas dire ce qu’il y a derrière le sourire mais je pense que cela peut être une indication de contentement dans un environnement sans stress », avait prudemment déclaré Stuart Campbell à la BBC en 2003. Rappelant que les bébés ne sourient que vers leur sixième jour de vie après des premiers jours « assez traumatisants ».
Qui dit contentement dit aussi souffrance ou douleur possible et probable du fœtus lors de l’intrusion, dans cet environnement, de l’appareil ou du poison abortifs. Images épouvantables pour le coup du film historique du professeur Bernard Nathanson, Le cri silencieux (1985), qui montrent l’enfant reculer, se débattre comme pour fuir l’engin de mort : les battements de son cœur s’accélèrent et on l’aperçoit qui ouvre la bouche comme pour pousser un cri étouffé qui glace les sangs. Le tube aspirant le broiera mais il faudra aussi écraser son crâne pour l’extirper de l’utérus maternel au-delà de douze semaines de grossesse. Un terrible traumatisme qui se transférera d’ailleurs psychologiquement très souvent chez la maman sous l’aspect du syndrome post-abortif bien connu. Ces attitudes anthropomorphiques, complètement inattendues pour le pro-choice qui les découvrirait pour la première fois, témoignent bien évidemment de l’humanité du fœtus. Si le (sou)rire est le propre de l’homme, le fœtus est un homme ! Et sa vie est sacrée. Ce sourire nous évoque irrésistiblement un certain tressaillement évangélique lors de la Visitation.
Bien sûr, nous n’avons pas besoin de ce sourire de Tom Pouce pour croire et espérer en l’embryon comme un être humain unique, irremplaçable – pas plus que nous n’avons besoin du Saint Suaire pour croire en la Résurrection du Christ –, mais reconnaissons que cela peut sérieusement nous aider à convaincre les saint Thomas de notre temps. En l’occurrence,il ne s’agit pas de foi, mais d’un signe visible dans la constatation la plus scientifique qui soit depuis la fécondationet que le professeur Jérôme Lejeune résumait par cette formule imparable :
« Au commencement, il y a un message, ce message est dans la vie, et ce message est la vie. Et ce message est un message humain ; alors, cette vie est une vie humaine. »
De même que l’ange au sourire de Reims est comme unmessager énigmatique entre le Créateur et l’homme, ce fœtus au sourire est le messager de ce message humain parmi nos contemporains. Il est à la fois le message et le messager. Son sourire résonne alors paradoxalement comme un appel de détresse à notre monde : un appel à l’amour, à l’amour de l’embryon pour le salut de l’homme…
Rémi Fontaine (d’après Le livre noir de la culture de mort, Renaissance catholique, 2007)
Le testament spirituel et intellectuel de Patrick Buisson
Ce fut sa dernière intervention publique. Le 10 décembre dernier, Patrick Buisson prenait la parole, pour la dernière fois en public, à l’occasion de la 31ème Fête du livre de Renaissance Catholique aux Pyramides à Port-Marly (78).
Dans une brève (19′) et dense conférence, il analysait les causes du suicide collectif auquel la modernité conduit l’Occident qui fut chrétien.
Comme toujours se conjuguent harmonieusement:
- la richesse de la documentation
- la puissance et la pertinence de l’analyse
- la qualité de la langue et le sens aigu de la formule qui fait mouche.
Tout cela au service d’un amour passionné et exigeant de la France, de sa terre, de son histoire, de son peuple, de sa civilisation.
Eu égard aux circonstances il n’est pas interdit de voir dans cet enregistrement, réalisé en partenariat entre Radio-Courtoisie
L’idéologie de l’égalité
Jean-Louis Harouel agrégé de droit, professeur émérite de l’Université Panthéon-Assas, vient de publier un pamphlet pour dénoncer Les Mensonges de l’égalité, ce mal qui ronge la France et l’Occident.
Dans nos sociétés occidentales et en particulier en France depuis la Révolution, la lutte contre les inégalités s’affiche comme le but le plus noble de toute action politique. Cette passion pour l’égalité est devenue une sorte de religion de l’Humanité. Mais, à rebours de l’idéologie officielle, l’auteur demande si l’inégalité constitue un mal et, inversement, si l’égalité est toujours un bien ?
De la terreur révolutionnaire aux crimes du communisme, l’auteur rappelle que l’égalité forcée s’est révélée inefficace et humainement terrible tandis que l’inégalité n’est en rien responsable de la pauvreté, qui est la conséquence du retard technique et de la faiblesse des capacités de production. Plus encore, Harouel montre en quoi les inégalités sont bel et bien indispensables au progrès scientifique et aux arts.
Parmi les nombreux sujets évoqués, l’auteur souligne que la transformation de l’avortement en droit de l’homme s’est faite au nom de l’égalité.
Juge à la Cour suprême des Etats-Unis de 1993 à 2020, Ruth Bader Ginsburg faisait du droit à l’avortement une question de “citoyenneté égale”, considérant que ce droit était nécessaire aux femmes pour “participer en tant que partenaires égales des hommes à la vie sociale, politique et économique de la nation”. De même, en France, la résolution de 2014 affirme que la garantie d’un droit à l’avortement est une “condition indispensable pour la construction de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes et d’une société de progrès”. Cet argument n’avait pas été invoqué par Simone Veil en novembre 1974 en faveur du vote de sa loi en France, mais une autre exigence d’égalité avait alors été exprimée : celle de l’égalité sociale entre les femmes. Puisque certaines femmes qui en avaient les moyens financiers pouvaient s’offrir à l’étranger un avortement dans de bonnes conditions, l’égalité exigeait que cette possibilité fût offerte à toutes les femmes de France par la légalisation de l’avortement. D’abord au nom de l’égalité entre les femmes puis de l’égalité entre hommes et femmes, la religion des droits de l’homme aura privé la France et l’ensemble des pays occidentaux de millions et de millions de naissances.
Les Mensonges de l’égalité: Ce mal qui ronge la France et l’Occident
Comment ne pas songer à tous ces innocents que la société sacrifie ?
👉 Aujourd’hui, l’Eglise catholique commémore le massacre des Saints Innocents
👼Comment ne pas songer à tous ces innocents que la société sacrifie, jour après jour ?
👊 Tous à Paris le 21 janvier !#prolife #ivg #avortement #constitution #france #innocents #MPLV2024 pic.twitter.com/FyndhIxOQR— Marche Pour La Vie (@MarchePourLaVie) December 28, 2023
« 1968-2018 : vers une société sans père ? » : entretien exclusif avec Patrick Buisson
A l’occasion du décès de Patrick Buisson, je vous propose de relire un entretien qu’il nous avait accordé en 2018 :
À quelques jours de la conférence qui le fera débattre avec le père Louis-Marie de Blignières sur le thème « 1968-2018 : vers une société sans père ? », Patrick Buisson donne un entretien exclusif au Salon Beige.
Pourquoi parler aujourd’hui de la paternité, alors que d’autres sujets paraissent beaucoup plus “d’actualité”, tels que l’islam, l’immigration, le libéralisme libertaire, etc.
Patrick Buisson : Il est des événements majeurs qui se déroulent à bas bruit. Le lent déclin de la figure paternelle est de ceux-là. Là est l’une des grandes conquêtes de la modernité : dans la dévalorisation du père comme instance culturelle, dans sa destitution biologique et politique, dans la disparition progressive des fonctions rituelles qu’il exerçait jusque-là. Demain la PMA, dite « PMA pour toutes », si elle devait être adoptée, franchirait une étape supplémentaire en consacrant à travers l’institutionnalisation de la naissance d’enfants sans père, la suppression juridique de la généalogie paternelle. Soit un basculement décisif dans le processus de décivilisation qui est en train de tout broyer.
Pourquoi avoir accepté d’en parler avec un ecclésiastique, qui plus est un ecclésiastique assez “marqué” ?
Patrick Buisson : Je ne sais pas ce qu’est un « ecclésiastique marqué ». Ce que je sais en revanche, c’est qu’après Vatican II, des prêtres sont restés fidèles au symbole de Nicée, tandis qu’une minorité agissante du clergé français a expérimenté une nouvelle religion : abandon de pans entiers du dogme, renoncement à la prédication des fins dernières, malthusianisme sacramentel, remise en cause de la fonction sacerdotale. Ces prêtres-là sont passés d’une religion du salut à une religion du bonheur, d’une religion théocentrée à une religion anthropocentrée, qui place l’épanouissement des personnes avant la gloire de Dieu. La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier maintient quant à elle ce qui fut et reste l’essence du catholicisme, c’est-à-dire une religion macrocosme et une religion microcosme. Une religion qui relie les hommes à Dieu et une religion qui relie les hommes entre eux.
Selon vous, la rupture de la paternité date-t-elle de mai 68 ou faut-il rechercher des racines beaucoup plus lointaines, comme 1793 avec la décapitation de Louis XVI ?
Patrick Buisson : C’est le mouvement des Lumières qui a ouvert l’ère de la révolte moderne des fils contre l’autorité du père. Tout est déjà dans l’Œdipe de Voltaire, l’Émile de Rousseau, l’exclamation fameuse de Diderot : « Des pères ! Des pères ! Il n’y en a point… Il n’y a que des tyrans ». En ce sens, le régicide de 1793 est bien un parricide que Balzac analyse parfaitement quand il écrit qu’« en coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille ». La décapitation du souverain est bien une mutation capitale de notre civilisation. On passe d’une société des pères à une société des pairs devant la loi, une société de frères, une société de frères sans père.
Benoît XVI continue à nous enseigner
Le père Federico Lombardi, président de la Fondation Ratzinger, a expliqué qu’il existe une collection d’homélies «privées» de Benoît XVI, enregistrées et transcrites par les “Memores Domini”, les femmes consacrées qui ont vécu avec lui.
Le recueil contient plus de trente homélies, en italien, des années de son pontificat et plus d’une centaine des premières années après sa renonciation. Le père Lombardi les publiera prochainement en un volume à la Librairie éditrice vaticane (LEV). L’homélie qui suit a été prononcée un quatrième dimanche de l’Avent, le 22 décembre 2013. Elle est consacrée à saint Joseph.
BENOÎT XVI
Chers amis,
À côté de Marie, Mère du Seigneur, et de saint Jean-Baptiste, la liturgie nous présente aujourd’hui une troisième figure, qui est presque celle de l’Avent: saint Joseph. En méditant le texte de l’Évangile, nous pouvons voir, me semble-t-il, trois éléments constitutifs de cette vision.
Le premier et décisif est que saint Joseph est appelé «un homme juste». C’est pour l’Ancien Testament la plus haute caractérisation de celui qui vit vraiment selon la parole de Dieu, qui vit l’alliance avec Dieu.
Pour bien comprendre cela, nous devons réfléchir à la différence entre l’Ancien et le Nouveau Testament.
L’acte fondamental du chrétien est la rencontre avec Jésus, en Jésus avec la parole de Dieu, qui est Personne. En rencontrant Jésus, nous rencontrons la vérité, l’amour de Dieu, et ainsi la relation d’amitié devient amour, notre communion avec Dieu grandit, nous sommes vraiment croyants et devenons saints.
L’acte fondamental dans l’Ancien Testament est différent, car le Christ était encore à venir et il s’agissait donc, au mieux, d’aller à la rencontre du Christ, mais il ne s’agissait pas encore d’une véritable rencontre en tant que telle. La parole de Dieu dans l’Ancien Testament a essentiellement la forme de la loi – “Torah”. Dieu guide, c’est le sens, Dieu nous montre le chemin. C’est un chemin d’éducation qui forme l’homme selon Dieu et lui permet de rencontrer le Christ. En ce sens, cette justice, cette vie selon la loi est un cheminement vers le Christ, une extension vers Lui; mais l’acte fondamental est l’observance de la Torah, de la loi, et donc le fait d’être «un juste».
Saint Joseph est un juste, exemplaire de l’Ancien Testament.
Mais il y a ici un danger et en même temps une promesse, une porte ouverte.
Le danger apparaît dans les discussions de Jésus avec les pharisiens et surtout dans les lettres de saint Paul. Le danger est que si la parole de Dieu est fondamentalement une loi, elle doit être considérée comme une somme de prescriptions et d’interdictions, un ensemble de règles, et l’attitude doit donc être d’observer les règles et d’être ainsi correct. Mais si la religion est ainsi, c’est tout ce qu’elle est, la relation personnelle avec Dieu ne naît pas, et l’homme reste en lui-même, cherche à se perfectionner, à être parfait. Mais cela donne lieu à l’amertume, comme nous le voyons chez le deuxième fils de la parabole du fils prodigue, qui, après avoir tout observé, finit par être amer et même un peu envieux de son frère qui, comme il le pense, a eu la vie en abondance. Tel est le danger: la simple observance de la loi devient impersonnelle, un simple acte, l’homme devient dur et même amer. À la fin, il ne peut plus aimer ce Dieu qui ne se présente qu’avec des règles et parfois même avec des menaces. Tel est le danger.
La promesse, au contraire, est la suivante: nous pouvons également voir ces prescriptions, non pas comme un simple code, un ensemble de règles, mais comme une expression de la volonté de Dieu, dans laquelle Dieu me parle, je lui parle. En entrant dans cette loi, j’entre en dialogue avec Dieu, j’apprends le visage de Dieu, je commence à voir Dieu, et ainsi je suis sur le chemin de la parole de Dieu en personne, du Christ. Et un vrai juste comme saint Joseph est ainsi: pour lui, la loi n’est pas simplement l’observance de normes, mais elle se présente comme une parole d’amour, une invitation au dialogue, et la vie selon la parole consiste à entrer dans ce dialogue et à trouver derrière les règles et dans les règles l’amour de Dieu, à comprendre que toutes ces règles ne sont pas pour elles-mêmes, mais qu’elles sont des règles d’amour, qu’elles servent à ce que l’amour puisse grandir en moi. C’est ainsi que l’on comprend qu’en fin de compte, toute loi n’est que l’amour de Dieu et du prochain. Ayant trouvé cela, on a observé toute la loi. Si quelqu’un vit dans ce dialogue avec Dieu, un dialogue d’amour dans lequel il cherche le visage de Dieu, dans lequel il cherche l’amour et fait comprendre que tout est dicté par l’amour, il est en route vers le Christ, il est un vrai juste. Saint Joseph est un vrai juste, donc en lui l’Ancien Testament devient Nouveau, parce que dans les mots il cherche Dieu, la personne, il cherche son amour, et toute observance est une vie dans l’amour.
Nous le voyons dans l’exemple proposé par cet Évangile. Saint Joseph, fiancé à Marie, apprend qu’elle attend un enfant. Nous pouvons imaginer sa déception: il connaissait cette jeune fille et la profondeur de sa relation avec Dieu, sa beauté intérieure, l’extraordinaire pureté de son cœur; il voyait briller en elle l’amour de Dieu et l’amour de sa parole, de sa vérité, et voilà qu’il se trouve gravement déçu. Que faire? Voici que la loi offre deux possibilités, dans lesquelles apparaissent les deux voies, celle dangereuse, fatale, et celle de la promesse. Il peut intenter une action en justice et ainsi exposer Marie à la honte, la détruire en tant que personne. Il peut le faire en privé avec une lettre de séparation. Et saint Joseph, un homme vraiment juste, même s’il a beaucoup souffert, prend la décision d’emprunter ce chemin, qui est un chemin d’amour dans la justice, de justice dans l’amour, et saint Matthieu nous dit qu’il a lutté avec lui-même, en lui-même avec la parole. Dans cette lutte, dans ce voyage pour comprendre la véritable volonté de Dieu, il a trouvé l’unité entre l’amour et la règle, entre la justice et l’amour, et c’est pourquoi, sur son chemin vers Jésus, il est ouvert à l’apparition de l’ange, ouvert au fait que Dieu lui donne la connaissance qu’il s’agit d’une œuvre de l’Esprit Saint.
Saint Hilaire de Poitier, au IVe siècle, traitant de la crainte de Dieu, disait à la fin: «Toute notre crainte est placée dans l’amour», ce n’est qu’un aspect, une nuance de l’amour. Nous pouvons donc dire ici pour nous: toute la loi est placée dans l’amour, elle est une expression de l’amour et doit être accomplie en entrant dans la logique de l’amour. Et ici, nous devons garder à l’esprit que, même pour nous chrétiens, il existe la même tentation, le même danger que dans l’Ancien Testament: même un chrétien peut en arriver à une attitude dans laquelle la religion chrétienne est perçue comme un ensemble de règles, d’interdictions et de normes positives, de prescriptions.
On peut arriver à l’idée qu’il ne s’agit que d’exécuter des prescriptions impersonnelles et donc de se perfectionner, mais cela vide l’arrière-plan personnel de la parole de Dieu et conduit à une certaine amertume et dureté de cœur. Dans l’histoire de l’Église, nous voyons cela dans le jansénisme. Nous aussi, nous connaissons tous ce danger, nous savons tous personnellement qu’il nous faut toujours à nouveau surmonter ce danger et retrouver la Personne et, dans l’amour de la Personne, le chemin de la vie et la joie de la foi. Être juste, c’est trouver ce chemin, et nous sommes donc nous aussi toujours en route de l’Ancien Testament vers le Nouveau Testament, à la recherche de la Personne, du visage de Dieu dans le Christ. C’est précisément ce qu’est l’Avent: sortir de la norme pure pour aller à la rencontre de l’amour, sortir de l’Ancien Testament qui devient Nouveau.
Tel est donc le premier élément fondamental de la figure de saint Joseph, telle qu’elle apparaît dans l’Évangile d’aujourd’hui. Quelques mots à présent sur les deuxième et troisième éléments.
Le deuxième: il voit l’ange en songe et entend son message. Cela présuppose une sensibilité intérieure pour Dieu, une capacité à percevoir la voix de Dieu, un don de discernement, capable de distinguer entre les songes qui sont des songes et une véritable rencontre avec Dieu. Ce n’est que parce que saint Joseph était déjà en route vers la personne du Verbe, vers le Seigneur, vers le Sauveur, qu’il a pu discerner; Dieu a pu lui parler et il a compris: ce n’est pas un songe, c’est la vérité, c’est l’apparition de son ange. C’est ainsi qu’il pouvait discerner et décider.
Cette sensibilité à Dieu, cette capacité à percevoir que Dieu me parle, cette capacité de discernement est aussi importante pour nous. Bien sûr, Dieu ne nous parle pas normalement comme il a parlé à Joseph par l’intermédiaire de l’ange, mais il a aussi ses manières de nous parler. Ce sont des gestes de tendresse de Dieu, que nous devons percevoir pour trouver la joie et la consolation, ce sont des paroles d’invitation, d’amour, voire de demande dans la rencontre avec des personnes qui souffrent, qui ont besoin de ma parole ou de mon geste concret, d’un acte. Ici, nous devons être sensibles, connaître la voix de Dieu, comprendre que c’est maintenant que Dieu me parle et y répondre.
Nous arrivons ainsi au troisième point: la réponse de saint Joseph à la parole de l’ange est la foi, puis l’obéissance, accomplie. La foi: il a compris que c’était vraiment la voix de Dieu, que ce n’était pas un songe. La foi devient un fondement sur lequel agir, sur lequel vivre, c’est reconnaître que c’est la voix de Dieu, l’impératif de l’amour, qui me guide sur le chemin de la vie, et ensuite faire la volonté de Dieu. Saint Joseph n’était pas un rêveur, bien que le songe ait été la porte par laquelle Dieu est entré dans sa vie. C’était un homme pratique et sobre, un homme de décision, capable d’organisation. Il n’a pas été facile de trouver à Bethléem, parce qu’il n’y avait pas de place dans les maisons, l’étable comme lieu discret et protégé et, malgré la pauvreté, digne de la naissance du Sauveur. Organiser la fuite en Égypte, trouver un endroit où dormir chaque jour, vivre longtemps: cela exigeait un homme pratique, avec un sens de l’action, avec la capacité de répondre aux défis, de trouver des moyens de survivre. Et puis, à son retour, la décision de retourner à Nazareth, d’établir ici la patrie du Fils de Dieu, cela aussi montre qu’il était un homme pratique, qui, en tant que charpentier, vivait et rendait possible la vie de tous les jours.
Ainsi saint Joseph nous invite d’une part à ce cheminement intérieur dans la parole de Dieu, pour être toujours plus proches de la personne du Seigneur, mais en même temps il nous invite à une vie sobre, au travail, au service quotidien pour faire notre devoir dans la grande mosaïque de l’histoire.
Rendons grâce à Dieu pour la belle figure de saint Joseph. Prions:
«Seigneur, aide-nous à être ouverts pour Toi, à trouver toujours plus ton visage, à T’aimer, à trouver l’amour dans la norme, à être enracinés, comblés dans l’amour. Ouvre-nous au don du discernement, à la capacité de t’écouter et à la sobriété de vivre selon ta volonté et dans notre vocation». Amen!
Et maintenant les évêques de Côte d’Ivoire
Déclaration de la Conférence des Evêques Catholiques de Cote d’Ivoire sur ”fiducia supplicans”
Daniel Rabourdin invite à soutenir le Salon beige
Notre ami Daniel Rabourdin, réalisateur de La Rébellion cachée (docufiction sur les guerres de Vendée) et de Promesse (film en cours de réalisation sur le scoutisme catholique), nous a adressé cette sympathique vidéo invitant à soutenir le Salon beige.
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Et maintenant les évêques de Hongrie
Les évêques de Hongrie répondent à la déclaration du Vatican :
« Les prêtres doivent toujours éviter de donner des bénédictions aux “couples” qui vivent ensemble sans être mariés à l’Église, ou qui vivent dans un partenariat de même sexe. »

CGT l’argent par les fenêtres
Le syndicat marxiste va devoir réduire ses dépenses s’il veut survivre. Mais qui va défendre les salariés qui vont être licenciés par la CGT ?:

Nigéria : au moins 160 morts et plus de 300 blessés
Plus de 130 chrétiens massacrés au Nigéria pendant la nuit de Noël, par des groupes de mercenaires liés à Boko Haram et à l’État Islamique, dans 20 attaques coordonnées dans des villages.
Parmi les victimes, un grand nombre de femmes, d’enfants et de pasteurs protestants et leurs familles. Ils préparaient les célébrations de Noël.
Cette Basilique est un trésor (trop) méconnu
Un reportage de manemos.com sur la basilique Notre-Dame de Bonne Garde à Longpont-sur-Orge dans l’Essonne :
La «théologie des peuples»
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Les derniers nouvelles sur la possibilité de la bénédiction des couples homosexuels, sous certaines conditions, ont encore une fois jeté le trouble au sein du catholicisme, surprenant même des personnes qui ne sont pas forcément engagées à défendre le dépôt de la foi (https://lesalonbeige.fr/la-surprenante-conception-de-la-synodalite-du-pape-francois/). Heureusement des théologiens comme le cardinal Müller se sont prononcés à propos de cette décision pour éclairer les fidèles (https://lesalonbeige.fr/cardinal-muller-benir-les-couples-homosexuels-constitue-un-acte-sacrilege-et-blasphematoire-contre-le-plan-du-createur/). Il faut saluer aussi l’opposition de beaucoup d’évêques et cardinaux à cette permission (https://lesalonbeige.fr/cardinal-muller-benir-les-couples-homosexuels-constitue-un-acte-sacrilege-et-blasphematoire-contre-le-plan-du-createur/).
Et comme malheureusement ce n’est pas la première fois que cela arrive, il est temps de savoir qui est Jorge Mario Bergoglio Sívori, l’actuel pape.
Beaucoup a été écrit sur lui et sur sa biographie, mais avec les années on a découvert, entre autres, qu’il était influencé par l’immanentisme, à travers une version argentine de la théologie de la libération, à savoir la «théologie des peuples».
Selon l’immanentisme, la nature se suffit, et il n’y a pas besoin d’un être divin extérieur à elle. Dans certaines doctrines relevant de l’immanentisme, Dieu (ou l’Esprit) se confond même avec la nature, comme dans le panthéisme. Parmi les courants marqués par l’immanentisme, il y a eu notamment le panthéisme hégélien, qui a beaucoup influencé Marx, et le marxisme et aussi la théologie de Karl Rahner (https://lesalonbeige.fr/le-synode-des-eveques-et-linfluence-de-karl-rahner/).
Au cours du XXe siècle, à cause de l’influence de Marx, beaucoup de catholiques pensaient qu’il fallait beaucoup intervenir politiquement afin de transformer les conditions matérielles des pauvres. Mais en faisant cela ils ont négligé le rôle important de la proclamation des enseignements de l’Évangile. Ils ont donné trop d’importance au côté social, aux changements sociaux et c’est pour cela que le Vatican, et notamment Saint Jean-Paul II, essayait de mettre en garde les tenants de la «théologie de la libération» contre les dérives.
En fait, bien sûr, beaucoup de catholiques, dont le pape François, ont formellement nié tout soutien au marxisme (https://www.lefigaro.fr/vox/religion/2015/07/17/31004-20150717ARTFIG00362-le-pape-francois-et-la-theologie-de-la-liberation-les-liaisons-dangereuses.php). Mais son influence se fait sentir lorsqu’on remarque qu’on donne actuellement beaucoup d’importance aux causes sociales au détriment de la proclamation claire de la doctrine. Dans un article on peut lire (https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/le-pape-franccedilois-est-il-un-theacuteologien-de-la-libeacuteration-30349.php) :
«Néanmoins, comme tant d’autres prélats latino-américains, le cardinal Bergoglio est certainement influencé par la critique sociale utilisée par les théologiens de la libération. En 2011, dans une homélie, il a dénoncé les conditions des travailleurs sans-abris à Buenos Aires. Selon lui, ils sont les victimes d’un « esclavage structurel » contre lequel il faudrait se battre. «
D’un autre côté, on sait que durant sa formation, José Mario Bergoglio a reçu des enseignements du théologien jésuite Juan Carlos Scannone, fondateur de la «philosophie de la libération» (https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_de_la_lib%C3%A9ration), et de la «théologie du peuple» qui est une branche autonome de la «théologie de la libération» (https://www.la-croix.com/Definitions/Figures-spirituelles/Pape-Francois/La-theologie-du-peuple). Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi avait soupçonné certains des auteurs de ce courant de soutenir le marxisme. En en tout cas ils étaient influencés par Hegel… En 2015 Juan Carlos Scannone a assuré même que la «théologie du peuple» est la base des gestes du pape François ( https://www.europapress.es/sociedad/noticia-jesuita-scannone-asegura-teologia-pueblo-rama-teologia-liberacion-base-gestos-20150210133914.html).
L’autre problème est que ces personnes, ayant eu une certaine influence de l’immanentisme, vont accorder trop d’importance au vécu des personnes, au détriment de la loi qu’il faut suivre. Selon les hégéliens, par exemple, il n’y que l’histoire dans laquelle l’homme évolue, sans un Dieu extérieur qui donnerait des normes. Et ces gens influencés, parfois de loin, par l’immanentisme, vont finir par voir dans la loi morale quelque chose de rigide, qui s’oppose au «flux de la vie» (https://www.lepoint.fr/societe/le-pape-replique-aux-conservateurs-18-11-2016-2083995_23.php). Or, cela va à l’encontre de l’enseignement évangélique.
Le problème aussi est que ces gens influencés par l’immanentisme vont parler d’«idéologie» lorsqu’on parle de loi morale alors que la loi morale vient de la Révélation Divine. En fait c’est le plan de Dieu qui est rappelé, on ne peut pas considérer cela comme une simple «idéologie».
Et c’est cette influence de l’immanentisme qui a pu pousser le pape François à se prononcer pour une union civile d’homosexuels (https://www.famillechretienne.fr/35447/article/2020-11-02/union-civile-pour-les-couples-homosexuels-le-pape-na-pas-change-la-doctrine), alors que cela s’oppose à la loi naturelle que l’Église défend aussi (https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/la-famille/369528-quest-ce-que-la-loi-naturelle/).
Le pape François a aussi, à cause de ces influences, favorisé les «théologies indiennes» en Amérique du Sud alors que le pape Saint Jean-Paul II avait dit « «Aujourd’hui, il est beaucoup question de remplacer la théologie de la libération par la théologie indigène, qui serait une autre version du marxisme. La vraie solution réside dans la solidarité» (https://benoit-et-moi.fr/2019/actualite/synode-amazonie-revoila-la-teologia-india.html).
A ce problème de l’immanentisme s’ajoute sa manière de traiter le problème de la crise des abus. Il est lui-même accusé d’avoir protégé un prêtre pédophile en Argentine et de plus, de manière consciente, préméditée et bien réfléchie, il a mis à la tête du Dicastère pour la Doctrine de la Foi le cardinal Víctor Manuel Fernández qui était aussi visé par des accusations pour avoir protégé un prêtre abuseur (https://lesalonbeige.fr/crise-au-vatican-le-bapteme-des-personnes-transgenres-et-les-parrains-homosexuels/). Pour cela, avant l’arrivée du cardinal Fernández, le pape François a créé une section au sein du Dicastère pour la Doctrine de la Foi qui s’occuperait des cas d’abus et qui ne serait pas sous la responsabilité de Mgr Fernández… Tout cela, bien sûr, pour lui éviter des problèmes…
On sait aussi que le cardinal Fernández avait déjà eu des problèmes avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et qu’il aide beaucoup théologiquement le pape François à rédiger des textes (https://www.cath.ch/newsf/344132/).
Bref, le pape François accorde plus d’importance à la défense de son idéologie qu’à la lutte contre les abus sexuels. Rappelons que le pape émérite Benoît XVI avait expliqué que la cause de la crise des abus était l’opposition aux enseignements du Magistère en matière de morale sexuelle (https://lesalonbeige.fr/les-causes-de-la-crise-des-abus/). Pour défendre son idéologie, le pape François n’hésite pas à travailler avec quelqu’un qui n’a pas écouté des mineurs qui se plaignaient d’abus en Argentine.
Et beaucoup pensent aussi que le pape François profite aussi du fait que le pape émérite Benoît XVI n’est plus là pour accélérer des changements selon son idéologie marquée par l’immanentisme.
Bref, en tout cas on ne peut pas se réjouir de ces permissions concernant les personnes qui commettent des actes homosexuels. Il est urgent de lutter contre les abus sexuels et continuer à réclamer la démission de Víctor Manuel Fernández. Et il faut aussi continuer à envoyer des dubia au pape François.
Un cadeau de Noël de TV Libertés et Ermonia !
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Pour Noël, jusqu’au 31 décembre, TV Libertés et Ermonia vous proposent de regarder gratuitement “Remissio” !
Le film est disponible ici :
https://m.youtube.com/watch?v=R-vK69JAP_osi%3DwiQVyQyeNC9Vy3sH&feature=youtu.be
Au cœur du XIXe siècle, le monde militaire brille de faste et de superficialité. Entrant dans une église pour la première fois depuis longtemps, Joseph de Frénilly, jeune saint-cyrien plein d’ambition, fait le pari d’aller se confesser. Déjoué par le prêtre, il fait une promesse d’honneur qui ne sera pas sans conséquence…
Au cœur de ce court-métrage, nous célébrons le retour à la foi d’un jeune homme “plus étourdi que mauvais” selon les mots de Mgr de Ségur. Chrétiens ou non, nous espérons toucher les cœurs avec cette recontextualisation émouvante de la parabole du fils prodigue.
Vous pouvez faire un don défiscalisé sur Credofunding pour aider Ermonia à distribuer son prochain film, “Magnificat” en cliquant ici :
https://www.credofunding.fr/fr/ermonia
Et pour aider TVL à boucler son budget pour 2024: https://bit.ly/3GjuI1R
Patrick Buisson, RIP
Patrick Buisson est mort à l’âge de 74 ans, a appris Le Figaro ce mardi 26 décembre.
Dès les années 1980, alors journaliste, de Valeurs Actuelles à Minute, Patrick Buisson a milité pour une union des droites afin de faire barrage à la gauche et à l’alliance entre les socialistes et les communistes, qui avait favorisé la victoire de François Mitterrand. Régulièrement en désaccord avec le Front national dès l’époque de Jean-Marie Le Pen, il a dirigé la campagne de Philippe de Villiers pour les élections européennes de 1994 puis l’élection présidentielle de 1995. En 2007 il avait conseillé Nicolas Sarkozy.
En 2016, il avait soutenu François Fillon lors de la primaire LR pour l’élection présidentielle. Également conseiller de Nicolas Dupont-Aignan, il a en revanche régulièrement critiqué le Rassemblement national pour sa stratégie tournée vers l’électorat de gauche, se rapprochant au contraire de Marion Maréchal.
Lors de l’élection présidentielle de 2022, il s’était rapproché d’Éric Zemmour, candidat Reconquête, avec lequel il était apparu aux côtés de Philippe de Villiers.
En 2016, il a publié La Cause du peuple, dans lequel il jugeait sévèrement le quinquennat de Nicolas Sarkozy. En 2021 et en 2023, il publiait deux livres, La Fin d’un monde, et Décadanse, dans lesquels il décrivait le déclin de l’Occident. De 2007 à 2018, Patrick Buisson a aussi été directeur de la chaîne de télévision Histoire.
A l’occasion de la sortie de La Fin d’un monde, il déclarait au Salon beige :
Je raconte notamment comment nombre de dogmes ont été mis sous le boisseau ou littéralement évacués d’un certain discours clérical : les fins dernières, le paradis et l’enfer, la résurrection des corps, le péché originel etc… Quant aux fonctions sociales, il est vrai que l’Église avait montré à travers vingt siècles d’histoire, son extraordinaire aptitude à créer du lien, à être au sens propre une religion. De religare : ce qui relie. Toutes ces activités, toutes ces œuvres qu’on dirait aujourd’hui chronophages, lui avaient assuré une influence et un rayonnement dont aucune institution ne pouvait se targuer de posséder l’équivalent. Et voilà qu’au moment où les organisations séculières – le parti communiste en tête – empruntaient au catholicisme la recette de ses robustes socialités qui prenaient les individus en charge du berceau jusqu’au cercueil, l’Église, comme l’écrivait à l’époque le journaliste Georges Suffert, « abandonnait, en bon ordre, tous les terrains sur lesquels elle avait pris un bon millénaire d’avance et se couchait devant les nouveaux dieux comme un chien devant son maître ». Car ce fut bien le plus déroutant et le plus énigmatique des paradoxes de ces années-là que de voir le clergé progressiste, sous couvert de travailler « en pleine masse », à « pleine pâte humaine », se retirer progressivement de toutes les fonctions sociales qui, depuis toujours, le mettaient quotidiennement au contact de tous les milieux – des plus favorisés aux plus modestes – sans exception. En fait ce furent les structures et les mécanismes de transmission de la foi qui furent détruits en l’espace d’une décennie au nom d’une stratégie pour le moins hasardeuse d’une « présence au monde » qui ne fut , en définitive, qu’un prétexte pour s’abstraire du peuple. « On juge l’arbre à ses fruits » dit l’Évangile et le jugement de l’histoire sur ce point aura été cruel.
Entretien avec le supérieur des Missionnaires de la Miséricorde Divine
Retrouvez l’abbé Dubrule dans cette interview originale. Il y présente le défi de la formation d’un séminariste et la confrontation au monde dans une Église en crise. Il s’exprime ici en tant que supérieur des Missionnaires de la Miséricorde Divine.
Votre aide est indispensable pour que les 20 séminaristes puissent poursuivre leur formation.
DÉFISCALISEZ, FAITES UN DON : https://don.misericordedivine.fr
Les trois messes de Noël
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique :
Le saint jour de Noël est caractérisé par un triple Sacrifice eucharistique. L’ancienne Église de Rome a, en cela, suivi l’exemple vénérable de l’Église de Jérusalem. Les fidèles se rassemblaient, la nuit, dans la grotte de la Nativité et sanctifiaient l’heure de la naissance du Seigneur par la célébration de la messe. A la fin de cette messe ils retournaient à Jérusalem. Que pouvaient-ils faire de mieux que de commémorer l’heure de la Résurrection, dans l’église de la Résurrection, et d’y célébrer en même temps Noël avec les bergers ? C’était la seconde messe. Pendant le jour, ils se réunissaient dans l’Église pour l’Office solennel. Ainsi naquit l’usage de célébrer trois messes le jour de Noël. Cet usage fut imité à Rome. La première Messe était célébrée pendant la nuit dans l’église de la Crèche de Sainte-Marie Majeure (Sainte-Marie Majeure était considérée comme le Bethléem des Romains) : la seconde messe était célébrée dans l’église romaine de la Résurrection, dans l’église palatine grecque dont le nom était Anastasis (c’est-à-dire Résurrection). La troisième était célébrée dans la basilique de Saint-Pierre. De Rome l’usage se répandit dans tout l’Occident. Depuis que les prêtres occidentaux célèbrent la messe tous les jours, la coutume s’est établie que chaque prêtre puisse célébrer la messe trois fois, à Noël.
Trois considérations s’unissent dans chaque messe ; la divine lumière, le temps correspondant du jour ou de la nuit et l’événement évangélique de ce temps. Il y a, dans les trois messes, un développement progressif de la pensée de la fête. L’impression de l’Avent se remarque encore dans la première messe. Le Dieu de Majesté, environné de lumière, s’y manifeste, des anges lumineux volent au-dessus de la terre, et la Mère, la Vierge très pure, est le seul être terrestre qui approche l’enfant divin. L’humanité est encore dans l’attente dans les ombres de la nuit. La pensée de Noël progresse à la seconde messe qui est célébrée à l’aurore, au lever du soleil. La lumière divine qui a paru mystérieusement sur la terre, sous les voiles de la nuit, s’élève pour nous comme un soleil d’une force créatrice puissante, elle entre en relation active avec nous comme « notre Sauveur ». Dans la troisième messe, la pensée de Noël atteint son développement le plus élevé et se manifeste dans toute son efficacité « à tous les hommes ».
Noël est une fête de lumière. […] C’est pourquoi la fête de sa naissance est très bien placée au moment où le soleil recommence son ascension. La pensée de la lumière, qui trouve aussi chez le peuple chrétien une touchante expression dans l’arbre de Noël illuminé, se poursuit à travers les trois messes. Le symbolisme de la lumière est particulièrement saisissant pendant la messe de minuit ; à la seconde messe le soleil qui se lève nous offre un -symbole vivant et c’est pourquoi l’Introït chante avec. allégresse : « Une lumière brille aujourd’hui pour nous. » A la troisième messe le symbole de la lumière se trouve dans l’Évangile lui-même : « La lumière brille dans les ténèbres ».
La messe de minuit (Dominus dixit).
La pensée principale de la messe de minuit est celle-ci : L’Enfant de Bethléem, né de la Vierge Marie, est le Fils consubstantiel de Dieu, engendré de toute éternité, en un mot : la naissance éternelle et la naissance temporelle du Seigneur. Nous sommes réunis en esprit avec tout la chrétienté dans le petit sanctuaire de Sainte-Marie Majeure dont la crypte, derrière l’autel, représente la grotte de Bethléem. L’Introït fait pendant à l’Évangile. L’Évangile nous dit : « Marie enfanta son Fils premier-né » ; l’Introït chante : « Le Père a dit : dans l’éternel aujourd’hui, je t’ai engendré de mon essence. » Le Gloria convient particulièrement aujourd’hui. La Collecte remercie Dieu de la divine lumière dans la foi, mais elle demande aussi la jouissance de cette lumière dans la vision béatifique. L’éclat lumineux des anges et l’illumination de l’église ne sont qu’une faible image de la splendeur de la divinité que nous contemplerons au ciel. — La prière liturgique s’est élevée de la nuit de l’Avent (Kyrie) jusqu’aux plus hautes lumières du ciel. Maintenant, dans l’Épître, l’Apôtre des nations s’adresse à nous. Il a connu la nuit de l’Avent et la lumière de Noël autant que personne au monde. C’est le don de Dieu fait homme, le Sauveur lui-même, qui lui apparut sur le chemin de Damas. Depuis ce jour, il n’y a plus de nuit dans son âme mais la claire lumière. La lumière demande une vie de lumière et c’est ce qu’il nous recommande. L’Épître et l’Évangile nous parlent de l’humanité du Christ. Intercalé entre les deux, le Graduel chante de nouveau le Fils éternel de Dieu. La nuit avant le lever de l’étoile du matin est l’image de l’éternité. Nous sommes dans « la lumière du sanctuaire », environnés des ombres de la nuit. Voici maintenant le point culminant de l’avant-messe, le merveilleux Évangile de la nuit sainte : la naissance du Seigneur. Les bergers font la garde de nuit (nous aussi ; tout l’Office est en réalité une garde de nuit, une vigile). La clarté céleste les environne, elle nous environne, nous aussi, au moment de l’apparition de l’ange. L’Offertoire nous est déjà connu par les Matines, c’est un écho de l’Évangile. Les anges du ciel entourent la crèche et se réjouissent, mais la terre elle-même encore plongée dans l’obscurité tressaille de joie. C’est dans ces sentiments que nous nous approchons de l’autel : donnons joyeusement en cette fête où nous recevons le don de Dieu. La secrète nous parle d’un merveilleux échange ; Dieu s’est fait Homme pour que l’homme devienne semblable à Dieu. Puis le mystère de la fête se réalise dans le sacrifice. Le Christ naît de nouveau pour nous et en lui nous renaissons. A la table du Seigneur, nous entendons chanter l’éternelle naissance du divin Pontife et notre propre renaissance (Psaume 109, Communion).
La triple nuit de la naissance.
Les grands actes de l’histoire du monde et de l’humanité s’accomplissent d’ordinaire en jour et le monde en fête aussi le souvenir en plein jour. L’Église, par contre, a préféré, dès le début, le silence solennel de la nuit et, dans l’antiquité, elle a célébré toutes ses fêtes pendant la nuit. En agissant ainsi elle se rappelait les saintes prières de son divin Fondateur qui se prolongeaient pendant toute la nuit. La nuit était aussi le symbole de son éloignement du monde et de son ardent désir de la Parousie. Et c’est pourquoi, aujourd’hui encore, elle fait, de sa plus longue prière, une prière nocturne. Ce sont les Matines. Elle sait aussi que les plus grands événements de la Rédemption se sont accomplis dans l’obscurité de la nuit, loin des regards du monde. Et même la figure de la Rédemption : la délivrance de la servitude d’Égypte, la mort des premiers-nés, l’immolation et la manducation de l’agneau pascal, était déjà une vraie nuit sainte. Le Christ, Notre Seigneur, a institué son sacrement d’amour, l’Eucharistie, le soir, c’est-à-dire déjà dans la nuit. Sans doute, il est mort pendant le jour, sur le Golgotha ; mais le soleil s’obscurcit, ce fut la nuit pendant le jour. C’est avant l’aurore du matin de Pâques, alors qu’il était nuit encore, qu’il ressuscita. Quand il vint au monde, il ne choisit pas la clarté du jour, mais la nuit. La liturgie le dit d’une manière très belle : « Pendant que le silence enveloppait la terre et que la nuit était au milieu de son cours, ta « Parole » toute-puissante, Seigneur, est descendue du ciel, du trône royal. » Quand les chrétiens devinrent plus tièdes, l’Église romaine abandonna l’office de nuit, qui consistait dans la vigile, et passa à l’Office de jour. Même la vigile des vigiles, la nuit de Pâques, n’est plus célébrée actuellement. Mais il nous est resté une nuit sainte, avec tout son charme : c’est cette nuit que nous appelons la nuit de Noël, la nuit de la naissance du Sauveur. Et si cette nuit impressionne si fortement les hommes qui ne connaissent le christianisme que par l’extérieur, que ne doit-elle pas être pour nous, chrétiens, qui pouvons retrouver les pensées et les sentiments de l’Église dans sa liturgie ! Les matines ont rempli la nuit de chants sacrés. Nous avons entendu les prophéties et assisté à leur accomplissement ; nous avons écouté les paroles des quatre Pères de l’Église les plus illustres, qui nous ont expliqué la grandeur de cette nuit. Et maintenant nous sommes sur le point de réaliser en nous tout ce qui a été annoncé dans l’office de la parole de Dieu. La messe nocturne d’aujourd’hui nous parle d’une triple naissance, disons d’une triple naissance nocturne.
1. La première nuit. — L’Église nous conduit dans l’éternité, dans la nuit, avant que se levât « l’étoile du matin ». Dans cette nuit de l’éternité, la seconde Personne divine procède substantiellement du sein du Père. « Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. » La petite intelligence humaine reste stupéfaite devant ce mystère insondable : le Fils de Dieu né du Père avant tous les temps. Et pourtant cette éternité s’approche maintenant mystérieusement de nous, car, dans la sainte Eucharistie, ce Fils éternel est tout près de nous, l’éternité entre dans notre temps. Oui, dans cette nuit, nous sommes remplis d’un saisissement sacré en face de cette nuit éternelle de la naissance du Fils de Dieu.
2. Cependant le souvenir de cette nuit éternelle n’est que le prélude de cette seconde nuit de naissance qui se passa dans le temps et que nous célébrons. Notre sainte Mère l’Église nous prend par la main et nous conduit dans l’étable de Bethléem ; elle nous montre, au milieu de la nuit, le petit Enfant nouveau-né, qui est en même temps le Roi de la paix ; elle nous montre la Vierge-Mère dans son bonheur maternel. Mais maintenant, à la messe, il y a plus qu’un souvenir et une image de cette sainte nuit de naissance. Le mystère de la messe de minuit c’est que ce Roi, ce Fils de Dieu éternellement engendré, paraît aujourd’hui devant nous comme nouveau-né ; bien plus, choisit notre cœur pour crèche et nous permet de participer aux joies maternelles de Marie.
3. Mais où se trouve la troisième nuit de naissance ? La première était la naissance dans la nuit de l’éternité ; la seconde, la naissance temporelle à Bethléem ; toutes les deux rendues présentes. La troisième naissance est notre renaissance. Chrétiens, cela est si émouvant ! Le Christ s’est fait Homme pour faire de nous ses frères et ses sœurs, afin que nous devenions avec lui des enfants de Dieu, des régénérés. Aujourd’hui c’est la nuit de notre renaissance. Pâques est notre nuit baptismale. Mais, tous les ans, à Noël, l’Église voit se lever de nouveau notre nuit de naissance spirituelle. Nous sommes redevenus de nouveau des enfants de Dieu, après avoir crié vers le ciel, pendant quatre semaines, comme des non rachetés : « Cieux répandez votre rosée, faites pleuvoir le Juste. » Aujourd’hui, à la Communion, quand notre cœur est devenu ta crèche, l’Église ne pense pas seulement au Christ quand elle dit : « Dans les splendeurs de ma sainteté. je t’ai engendré avant l’étoile du matin » ; elle pense aussi à nous et fait entendre à chacun : Dans la nuit de l’éternité, tu as été choisi par le Père ; dans la sainte nuit de la naissance du Christ, tu avais place dans le Cœur du Fils de Dieu nouveau-né qui faisait de toi son frère ou sa sœur ; et maintenant le Père te presse de nouveau sur son sein en te disant : Avec mon Fils qui est né dans l’étable, tu es devenu mon enfant bien-aimé. Tu célèbres, avec le Christ, ta nuit de naissance, une vraie nuit sainte. […]
La messe de l’aurore ou messe des bergers (Lux fulgebit)
« L’aurore » indique le temps mais aussi le symbole de la seconde messe. Les deux pensées principales de la messe sont le lever du soleil de Noël et J’événement historique des premières heures du matin (les bergers à la Crèche). A l’Introït, nous contemplons avec étonnement, au lever du soleil, le Roi du monde -qui vient de naître (le psaume 92 convient tout à fait ici : à l’arrière-plan, Dieu nous apparaît mettant un frein à la fureur des flots). L’Oraison est une magnifique prière de lumière. « Environnés des flots de la nouvelle lumière du Verbe incarné », nous demandons la lumière dans la foi et dans les œuvres. L’Épître complète l’oraison. Le bon Sauveur, le Dieu fait homme, est la lumière qui nous a été communiquée au Baptême. Au Graduel, nous louons ce divin Sauveur « qui est venu, qui brille devant nous et qui est admirable à nos yeux », lui le Maître de tout. Puis à l’Évangile, nous suivons, pleins de joie, les bergers dans l’étable. A l’Offrande, nous sommes nous-mêmes les bergers qui nous approchons du Roi nouveau-né que nous sommes admis à contempler. Avec les bergers, nous lui offrons nos présents (ce n’est pas en vain que, dans les représentations des bergers, on les montre les mains chargées de présents) et nous nous retirons le cœur rempli de la joie de Dieu. L’antienne de la Communion nous montre le Roi nouveau-né faisant son entrée dans son Église, dans l’âme. L’attente de l’Avent est remplie : « Tressaille de joie, fille de Sion, jubile, fille de Jérusalem, voici que ton Roi vient, le Saint, le Sauveur du monde. » Cette messe est toute remplie de cette pensée de la lumière et c’est une des plus belles de l’année liturgique.
L’Office solennel : La troisième messe (Puer natus est)
La messe « du jour » est la messe proprement dite de la fête. L’église de Station était primitivement et est encore, conformément à l’idée de la messe, l’église des Gentils, Saint-Pierre de Rome. Cette église est pour les Romains le symbole de la domination du Christ sur le monde païen. Telle est aussi la pensée dominante de la messe : la royauté universelle du Christ.
A l’Introït, nous chantons le petit Enfant dans sa crèche comme l’Imperator (au sens de la Rome antique) du monde, celui « sur les épaules duquel repose la souveraineté ». Au psaume 97 que nous avons déjà rencontré aux Matines, nous chantons : « Le Seigneur a manifesté son salut, devant les yeux des Gentils, il a dévoilé sa justice. » « Toutes les régions de la terre voient maintenant le salut de notre Dieu. » Dans l’Oraison, nous demandons que « la nouvelle naissance » nous fasse secouer « l’antique joug du péché » et nous donne la liberté. Epître s’adapte merveilleusement à la pensée principale. Devant nos yeux apparaît l’image du souverain de l’univers : « Dieu l’a établi héritier et Seigneur du monde qu’il a créé par lui. Comme splendeur de la gloire du Père et image de sa divine essence, le Fils porte et soutient l’univers par sa parole toute-puissante… maintenant il siège dans le ciel, à la droite de la majesté divine. Le Père dit à son Fils : ton trône, ô Dieu, est établi d’éternité en éternité, un sceptre d’équité est le sceptre de ta royauté… » L’Alleluia est un prélude à l’Évangile de lumière, c’est un chant de lumière : le jour sacré a brillé. Le soleil, le symbole du Sauveur du monde, est, au ciel, dans tout son éclat. Nous entendons alors l’Évangile. Quel n’est pas alors l’effet du Prologue de saint Jean ! Le Logos est la divine lumière qui brille dans les ténèbres du monde, mais le monde ne la comprend pas. Mais pour nous, les enfants de Dieu, elle brille aujourd’hui ; bien plus, elle établit aujourd’hui sa demeure parmi nous. L’Offertoire développe le thème de la souveraineté universelle du Christ : « A toi est le ciel, à toi est la terre…, le droit et la justice sont les soutiens de ton trône. » Quand maintenant, à l’Offrande, nous nous approchons de l’autel, nous venons devant son trône et nous chantons la puissance du grand Roi. A la Communion, nous chantons une fois encore le psaume de l’Introït (psaume 97) : « Toutes les régions de la terre voient maintenant (dans l’Eucharistie) le salut de notre Dieu. » Dans la Postcommunion, après avoir rappelé l’un des objets importants de la fête : « Le Sauveur du monde qui vient de naître est l’auteur de notre naissance divine », nous appuyons sur cette considération notre demande : qu’il nous accorde aussi l’immortalité. Le dernier Évangile est déjà une transition avec l’Épiphanie. Nous avons ainsi dans les trois messes un développement progressif de la pensée de Noël : La nuit — l’aurore — le soleil de midi Marie seule — les bergers (quelques privilégiés) — le monde entier Le Rédempteur — notre Rédempteur — le Rédempteur du monde.
Sauver l’esprit de Noël
Du père Danziec dans Valeurs Actuelles :
Il y a les sentences évangéliques du Christ. Il y a les fameux apophtegmes des Pères du désert, les lumineuses pensées de Pascal, les narrations enchanteresses des spectacles du Puy du Fou. Il y a encore les envolées lyriques de Cyrano, les formules mordantes de Bernanos, les prophéties de Soljenitsyne. Et puis, il y a Antoine de Saint-Exupéry. Le pilote écrivain, dans la pleine maturité de sa réflexion, confiaitdans Citadelle : « Je ne connais rien au monde qui ne soit d’abord cérémonial. Car tu n’as rien à attendre d’une cathédrale sans architecture, d’une année sans fêtes, d’un visage sans proportions, d’une armée sans règlements, ni d’une patrie sans coutumes. »
« Je ne connais rien au monde qui ne soit d’abord cérémonial. » Oui, le cérémonial signifie : il inspire une conduite et, mieux encore, guide les âmes. Pour l’auteur du Petit Prince, un monde sans cérémonial, comme une patrie sans coutumes, court à sa perte. Notre univers postmoderne, plus que jamais, a besoin de rituels qui sont autant de phares dans la nuit, de tremplins vers le ciel et d’assises protégeant la vitalité des racines. Héritées de la sagesse des hommes et de pratiques cultuelles venues du fond des âges, nos manières de célébrer la vie, la mort et les mystères de notre destinée disent l’épaisseur de notre culture, la profondeur de nos consciences. Lâchers de ballon ou requiem de Mozart ? Twerk lors des meetings d’EELV ou rigodon, gavotte, farandole et laridé de nos régions ? Culture du débraillé dans l’hémicycle ou maintien royal à la Kate Middleton ? Dis-moi ce que tu célèbres et comment tu le célèbres et je te dirai qui tu es !
« Peut-on prétendre à la fois défendre la “France éternelle” et vivre raisonnablement le réveillon de Noël sans honorer Jésus ? »
La crise identitaire qui traverse notre pays ne saurait se cantonner à de simples considérations esthétiques. L’affaire n’est pas cosmétique, elle est spirituelle. Les lancinantesquerelles autour des célébrations de Noël, qui chaque année reviennent, témoignent d’un mal-être civilisationnel installé. Crèche dans les mairies ? Sapin artificiel ? Nativité rebaptisée en “fête de la créativité” ? Toutes ces questions n’ont rien d’anecdotique. Renan avait déjà fustigé l’impasse intellectuelle et morale du citoyen idéal, sans attache et sans lien, « naissant enfant trouvé et mourant célibataire ». Nous y sommes.
« Sauver l’esprit chrétien » titrait Valeurs Actuelles en couverture cette semaine. « Sauver » ? Vraiment ? Les mots ayant un sens, sauver une personne, une cause, une œuvre ne saurait se réaliser dans la demi-mesure. « Sauver » engage tout l’être. Ce peut être même l’ambition de toute une vie. Sauver son pays du péril, sa famille du danger, le graal de l’oubli, son âme des ténèbres éternelles. Chaque petit chrétien est censé l’apprendre dès son plus jeune âge au catéchisme : son baptême l’engage à suivre l’enseignement de Jésus et à imiter ses vertus pour… sauver sa vie. « Si tu veux obtenir la vie éternelle, va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis-moi » (Mt 19, 21). Parce que notre façon de fêter Noël dit un peu ce que nous sommes, pouvons-nous prétendre à la fois désirer « sauver la France éternelle » et vivre raisonnablement le réveillon de Noël sans honorer Jésus ? La devise des sapeurs-pompiers de Paris, « Sauver ou périr », exprime bien l’enjeu. Il n’y a pas de voie médiane, de terrain neutre, de porte de sortie à la dérobée. « Sauver l’esprit chrétien » tient de la même alternative que celle des soldats du feu. On ne peut défendre le socle civilisationnel de l’Occident des « flammes » du wokisme ou de l’islamisme, proclamer les racines chrétiennes de la France « fille aînée de l’Eglise » eten rester aux simples phrases pour mener un tel combat. « Sauver ou périr », sauver l’esprit chrétien en mettant sa peau au bout de ses idéaux ou périr dans la médiocrité, déserteur de sa propre âme. « Les modérés survivront, seuls les passionnés auront vécu » écrivait Rivarol. Clovis s’est plongé dans l’eau à Reims non pas pour « donner l’illusion », mais pour se transformer. A l’invitation de son épouse Clotilde, il reçut le baptême des mains de l’évêque saint Rémi qui lui adressa une monition d’importance : « Courbe la tête fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré ».
Sauver l’esprit de Noël, et l’esprit chrétien en général, consiste ainsi non seulement à mettre en valeur le message de l’Evangile et de l’Eglise, mais aussi à pointer du doigt tout ce qui contrarie la bonne nouvelle du Seigneur : s’agenouiller, oui, mais pas uniquement. Il faut encore « brûler les idoles ».
Remettre le clocher au milieu du village
« Sauver l’esprit de Noël » commencera donc par remettre le Christ au centre de cet évènement. Une recommandation qui pourrait paraître naïve si elle n’était pas déjà transgressive dans un quotidien occidental transi de timidité religieuse. Le maire d’Asnières-sur-Seine par exemple, Manuel Aeschlimann, ne se trompe pas lorsque dans ses vœux à ses administrés, il constate : « La société de consommation a fait de Noël une fête commerciale. Tant mieux si ce moment departage est aussi une occasion d’échange et de gastronomie. Mais n’oublions jamais qu’avant tout, Noël est une fête qui vient célébrer la naissance de Jésus-Christ. Dans le monde actuel, en manque de repères sérieux et intangibles, il est parfois utile de rappeler que certaines choses ont un sens. »
« Sauver l’esprit de Noël », c’est encore accepter de renouer avec l’esprit d’enfance de ses contes, de ses scintillements et de ses joies simples. Philippe de Villiers, en conteur hors-pair, s’est laissé aller, dans son émission sur CNews, à imaginerune histoire de Noël, plaçant dans l’étable de Bethléem une foule d’adorateurs du Divin Enfant. « Tandis que la musique Douce nuit monte dans l’obscurité, derrière les bergers qui déposent leurs cadeaux sur le lit de paille, arrivent les Rois Mages. Après les mages de l’Orient, arrive depuis la pointe de l’Occident le marchand de quenouille du vieux pays profond qui dépose ses poupées de lin pour envelopper l’enfant qui grelotte. » Et le créateur du Puy du Fou de poursuivre son récit en évoquant le haut lignage qui donne de savoir d’où l’on vient : Blandine, la martyre aux tresses d’or, Martin de Tours avec sa chlamyde de miséricorde, un anonyme – c’est l’architecte de Notre-Dame – offrant au petit Jésus une rosace et les plans d’un vaisseau renversé, saint Louis, le roi croisé aux pieds nus, Michel-Ange déposant en cadeau sa pieta, Pascal ses écrits, Bach son orgue et Verlaine sa romance d’amour, son Noël. Jusqu’à Brassens l’inclassable, mettant en musique les vers de Francis Jammes.
Le regard lucide de Philippe de Villiers ne trompe pas : tant qu’il y aura des personnes pour s’agenouiller dans la crèche, prier le petit Jésus et puiser dans la mangeoire des forces pour mener un combat à la fois spirituel et culturel, les principes qui ont fondé le doux royaume de France continueront à faire germer les croix et les lys. Tant qu’il se trouvera des mères de famille pour lire des contes de Noël à leurs petits auprès de la cheminée, la petite flamme espérance continuera d’alimenter nos permanences.
Les conditions de notre continuité
Depuis la grotte de Bethléem, nous distinguons mieux que jamais l’inattendue pédagogie de Dieu : un Dieu enfant confondant les superbes et les puissants par la médiation des petits et des sans grades. Le roi Hérode déconfit par des bergers comme Goliath l’avait été par les trois petits caillouxdu jeune David. Les hordes mongoles d’Attila repoussées de Paris par les prières de la frêle Geneviève. Les Anglais renvoyés sur leur île par une jeune pucelle en armure.
« Sauver l’esprit chrétien » ne peut se limiter à constater la soif de Dieu chez nos contemporains ». Il faut encore s’engager à offrir à boire le meilleur des élixirs : le décalogue, les béatitudes, les vertus chrétiennes, les liturgies dignes et verticales…
En assistant à la messe de Noël, nous ne réalisons pas simplement une œuvre de piété, nous œuvrons aux conditions mêmes de notre continuité. Nos permanences ont fait leur lit dans la paille de Bethléem. Pourrait-on les préserver en désertant l’étable ? Sauver l’esprit chrétien et sauver Noël invitent en somme à se poser la seule question qui vaille : suis-je désireux de sauver mon âme en allant résolument à la rencontre du Christ ?
En quête d’esprit : la joie de Noël
Aymeric Pourbaix reçoit :
Abbé Christian MÉTAIS, curé de Bouillé-Loretz
Gérard Leclerc
vianney Chatillon
Terres de Mission: Des curés stables pour des paroisses missionnaires
Pour ce 24 décembre, “Terres de Mission” reçoit l’abbé François Dedieu, curé de La Garenne-Colombes , pour évoquer son livre “Curé à durée indéterminée” (Artège) et, à cette occasion, la mission de curé et le rôle des paroisses dans la formation spirituelle des fidèles et dans la mission de l’Eglise.
Puis, Guillaume de Thieulloy propose quelques pistes de lecture.
Royauté sociale du Christ et État catholique
Du père de Blignières sur Claves :
Le droit à la liberté religieuse affirmé par la Déclaration Dignitatis Humanæ du concile Vatican II s’oppose-t-il à la royauté sociale du Christ sur les sociétés humaines ? Des théologiens et même des évêques l’affirment. Et un bon nombre de fidèles et de pasteurs semblent ne pas avoir d’idées claires à ce sujet.
La liberté religieuse à Vatican II
Le texte même de la Déclaration, comme les explications du magistère subséquent, s’opposent à cette herméneutique de rupture. Au n°1 de Dignitatis Humanae, il est dit que la doctrine exposée « ne porte aucun préjudice à la doctrine catholique traditionnelle au sujet du devoir moral de l’homme et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ ». Le rapporteur du document, Mgr De Smedt, lors de la présentation du schéma final, avait même précisé qu’il s’agissait « des devoirs de la puissance publique envers la vraie religion » (Acta Synodalia, IV, VI, 719).
Le Catéchisme de l’Église Catholique et la liberté religieuse
Le Catéchisme de l’Église catholique traite de la liberté religieuse dans un paragraphe intitulé : « Le devoir social de religion et le droit à la liberté religieuse » (CEC, nn. 2014-2019). Il y précise que « le devoir de rendre à Dieu un culte authentique concerne l’homme individuellement et socialement ». Il demande aux chrétiens de « pénétrer d’esprit chrétien les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent ». Il affirme « la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines ». Le CEC fait référence explicite aux grandes encycliques Quanta cura de Pie IX, Immortale Dei de Léon XIII et Quas primas de Pie XI. Il précise que le droit à la liberté religieuse « n’est ni la permission morale d’adhérer à l’erreur, ni un droit supposé à l’erreur » ; et, en se référant à Pie IX, qu’il « ne peut être de soi ni illimité, ni limité seulement par un ordre public conçu de manière positiviste ou naturaliste » ; enfin, que ses limites « doivent être déterminées selon les exigences du bien commun ».
L’enseignement de Jean-Paul II et Benoît XVI
L’encyclique Veritatis splendor de Jean-Paul II, redresse au n° 34 les interprétations relativistes de Dignitatis Humanae qui avaient malheureusement largement prévalu. Un grand controversiste traditionaliste a pu écrire que cette « interprétation rectifiée par rapport au soi-disant “esprit du Concile” » est « explicitement replacée (note 58) dans la perspective et le contexte de Grégoire XVI (Mirari vos), de Pie IX (Quanta cura) et de Léon XIII (Libertas). Les cinquante-huit passages de Vatican II, tels qu’ils sont cités et interprétés par l’encyclique, ne provoquent plus aucun dubium » (Jean Madiran, Itinéraires, décembre 1993).
Benoît XVI, dans l’encyclique Caritas in veritate au n° 55, affirme : « La liberté religieuse ne veut pas dire indifférence religieuse et elle n’implique pas que toutes les religions soient équivalentes. Un discernement concernant la contribution que peuvent apporter les cultures et les religions en vue d’édifier la communauté sociale dans le respect du bien commun s’avère nécessaire, en particulier de la part de ceux qui exercent le pouvoir politique. Un tel discernement devra se fonder sur le critère de la charité et de la vérité ».
La royauté sociale du Christ : rayonnement temporel de l’Incarnation
Que l’Incarnation du Fils de Dieu ait des conséquences jusque dans l’ordre social, c’est ce à quoi la foi et la raison pouvaient s’attendre. On ne voit pas comment un catholique pourrait écarter ce rayonnement temporel du mystère central du christianisme. Les hommes ont une dimension sociale, qui ne peut échapper au rayonnement du Christ. Dignitatis Humanae leur dit que « la plus importante des choses qui concernent le bien de l’Église et de la cité terrestre elle-même […] c’est que l’Église jouisse de toute la liberté d’action dont elle a besoin pour veiller au salut des hommes » (n° 13). Ailleurs, le Concile ou le CEC leur demande de « faire reconnaître les dimanches et jours de fête de l’Église comme des jours fériés légaux » (CEC, n°2188) ; de travailler à ce que « le pouvoir civil considère comme un devoir sacré de reconnaître la véritable nature [du mariage et de la famille], de les protéger et de les faire progresser, de défendre la moralité publique et de favoriser la prospérité des foyers. » (Gaudium et spes, n° 52).
Agir ainsi, n’est-ce pas travailler à la réalisation d’une chrétienté ? N’est-ce pas, si ce travail est précédé et accompagné comme il se doit de l’évangélisation des personnes, se rapprocher – dans la mesure que permet la prudence politique – d’une « nation catholique » ?
La vraie notion de la liberté religieuse, affirmée par Dignitatis Humanae et précisée par le magistère après le Concile, ne s’oppose donc nullement à la royauté sociale du Christ.
Royauté sociale du Christ et État catholique
Il ne faut d’ailleurs pas limiter la notion de chrétienté à la forme exclusive de « l’État catholique ». Cette réalisation historique de la chrétienté suppose clairement une société très majoritairement catholique. Et il faut ajouter que, si la loi divine requiert le principe d’une reconnaissance sociale et communautaire de la vraie religion, elle n’exige pas une expression particulière de cette reconnaissance (par exemple dans des constitutions écrites ou des concordats). Dans une société qui ne jouit pas de l’unité de croyance dans la foi catholique, la loi divine exige que les chrétiens (et les hommes de bonne volonté) aient le souci de travailler à ce que la société civile honore la loi naturelle et qu’elle donne à l’Église la possibilité de prêcher l’ordre surnaturel, avec tous les bienfaits indirects qu’il entraîne.
Cela n’implique donc pas de « nostalgie d’un État catholique ». Mais cela implique aussi qu’on ne peut se satisfaire d’un Etat « neutre, passif et inengagé », car l’État ne saurait être neutre par rapport à la loi naturelle, ni indifférent par rapport à la dimension religieuse des hommes qui vivent dans la cité dont il a la charge. Jean-Paul II rappelait aux parlementaires européens la nécessité et le bienfait de « l’acceptation de principes et de normes de comportement imposés à la raison ou émanant de l’autorité de la Parole de Dieu, dont l’homme, individuellement ou collectivement, ne peut disposer à sa guise, au gré des modes ou de ses intérêts changeants » (Discours au parlement européen, 11 octobre 1988, n° 7). Vingt ans plus tard, Benoît XVI affirmait : « La raison a toujours besoin d’être purifiée par la foi, et ceci vaut également pour la raison politique, qui ne doit pas se croire toute puissante » (Caritas in veritate au n° 56).
Le Christ roi et l’évangélisation
Il n’y a là rien qui freine l’évangélisation. Au contraire cet effort de sage christianisation des structures est une forme importante de la charité chrétienne. « Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement » (Jean-Paul II, Messe d’intronisation du 22 octobre 1978, n. 5).
Messe de la Vigile de Noël
La messe de la Vigile de Noël est peu ou pas chantée dans les paroisses. Les cérémonies de la Nativité suivent le plus souvent le IVe dimanche de l’Avent. Mais quand Noël est un lundi, la veille, le dimanche, ce IVe dimanche de l’Avent doit céder la place à la messe de la Vigile. Ce fut le cas en 1989, 1995, 2000, 2006, 2017 et de nouveau cette année 2023.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique :
Enfin, dit saint Pierre Damien dans son Sermon pour ce jour,
« nous voici arrivés de la haute mer dans le port, de la promesse à la récompense, du désespoir à l’espérance, du travail au repos, de la voie à la patrie. Les courriers de la divine promesse s’étaient succédé ; mais ils n’apportaient rien avec eux, si ce n’est le renouvellement de cette même promesse. C’est pourquoi notre Psalmiste s’était laissé aller au sommeil, et les derniers accents de sa harpe semblaient accuser les retards du Seigneur. Vous nous avez repoussés, disait-il, vous nous avez dédaignés ; et vous avez différé l’arrivée de votre Christ [15]. Puis, passant de la plainte à l’audace, il s’était écrié d’une voix impérative : Manifestez-vous donc, ô vous qui êtes assis sur les Chérubins ! [16] En repos sur le trône de votre puissance, entouré des bataillons volants de vos Anges, ne daignerez-vous pas abaisser vos regards sur les enfants des hommes, victimes d’un péché commis par Adam, il est vrai, mais permis par vous-même ? Souvenez-vous de ce qu’est notre nature ; c’est à votre ressemblance que vous l’avez créée ; et si tout homme vivant est vanité, ce n’est pas du moins en ce qu’il a été fait à votre image. Abaissez donc vos cieux et descendez ; abaissez les cieux de votre miséricorde sur les misérables qui vous supplient, et du moins ne nous oubliez pas éternellement.
« Isaïe à son tour, dans la violence de ses désirs, disait : A cause de Sion, je ne me tairai pas ; à cause de Jérusalem, je ne me reposerai pas, jusqu’à ce que le Juste quelle attend se lève enfin dans son éclat. Forcez donc les deux et descendez ! Enfin, tous les Prophètes, fatigués d’une trop longue attente, n’ont cessé de faire entendre tour à tour les supplications, les plaintes, et souvent même les cris de l’impatience. Quant à nous, nous les avons assez écoutés ; assez longtemps nous avons répété leurs paroles : qu’ils se retirent maintenant ; il n’est plus pour nous de joie, ni de consolation, jusqu’à ce que le Sauveur, nous honorant du baiser de sa bouche, nous dise lui-même : Vous êtes exaucés.
« Mais que venons-nous d’entendre ? Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts : car demain descendra le Seigneur. Le reste de ce jour, et à peine la moitié de la nuit qui va venir nous séparent de cette entrevue glorieuse, nous cachent encore l’Enfant-Dieu et son admirable Naissance. Courez, heures légères ; achevez rapidement votre cours, pour que nous puissions bientôt voir le Fils de Dieu dans son berceau et rendre nos hommages à cette Nativité qui sauve le monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes de vrais enfants d’Israël, purifiés de toutes les souillures de la chair et de l’esprit, tout prêts pour les mystères de demain, pleins d’empressement à témoigner de votre dévotion. C’est du moins ce que je puis juger, d’après la manière dont vous avez passé les jours consacrés à attendre l’Avènement du Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques gouttes du fleuve de la mortalité avaient touché votre cœur, hâtez-vous aujourd’hui de les essuyer et de les couvrir du blanc linceul de la Confession. Je puis vous le promettre de la miséricorde de l’Enfant qui va naître : celui qui confessera son péché avec repentir, la Lumière du monde naîtra en lui ; les ténèbres trompeuses s’évanouiront, et la splendeur véritable lui sera donnée. Car comment la miséricorde serait-elle refusée aux mal-ci heureux, en cette nuit même où prend naissance le Seigneur miséricordieux ? Chassez donc l’orgueil de vos regards, la témérité de votre langue, la cruauté de vos mains, la volupté de vos reins ; retirez vos pieds du chemin tortueux, et puis venez et jugez le Seigneur, si, cette nuit, il ne force pas les Cieux, s’il ne descend pas jusqu’à vous, s’il ne jette pas au fond de la mer tous vos péchés. »
Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce et d’espérance, et nous devons le passer dans une pieuse allégresse. L’Église, dérogeant à tous ses usages habituels, veut que si la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans ce cas l’Office et la Messe de la Vigile l’emportent sur l’Office et la Messe du quatrième Dimanche de l’Avent : tant ces dernières heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans les autres Fêtes, si importantes qu’elles soient, la solennité ne commence qu’aux premières Vêpres ; jusque-là l’Église se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice suivant le rite quadragésimal. Aujourd’hui, au contraire, dès le point du jour, à l’Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer. L’intonation solennelle de cet Office matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l’on retient encore la couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux comme dans les autres Fériés de l’Avent ; et il n’y a plus qu’une seule Collecte, au lieu des trois qui caractérisent une Messe moins solennelle.
Entrons dans l’esprit de la sainte Église, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n’ayons vu naître, à l’heure sacrée, Celui qui vient illuminer toute créature ; car c’est un devoir, pour tout fidèle enfant de l’Église Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l’univers entier veille encore à l’arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s’effacerait qu’au grand malheur de la terre.
Parcourons en esprit de prière les principales parties de l’Office de cette Vigile. D’abord, la sainte Église éclate par un cri d’avertissement qui sert d’Invitatoire à Matines, d’Introït et de Graduel à la Messe. C’est la parole de Moïse annonçant au peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem, la Maison du Pain.
| Hódie sciétis quia véniet Dóminus : et mane vidébitis glóriam eius. | Sachez aujourd’hui que le Seigneur viendra ; et dès le matin vous verrez sa gloire. |
Les Répons sont remplis de majesté et de douceur. Rien de plus lyrique ni de plus touchant que leur mélodie, dans cette nuit qui précède la nuit même où le Seigneur vient en personne.
A l’Office de Prime, dans les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l’annonce solennelle de la fête de Noël, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une des dignités du Chœur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon suivante du Martyrologe, que les assistants écoutent debout, jusqu’à l’endroit où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le monde se prosterne, jusqu’à ce que la grande nouvelle ait été totalement annoncée.
LE HUIT DES CALENDES DE JANVIER.
L’an de la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre, cinq mille cent quatre-vingt-dix-neuf : du déluge, l’an deux mille neuf cent cinquante-sept : de la naissance d’Abraham, l’an deux mille quinze : de Moïse et de la sortie du peuple d’Israël de l’Égypte, l’an mille cinq cent dix : de l’onction du roi David, l’an mille trente-deux : en la soixante-cinquième Semaine, selon la prophétie de Daniel : en la cent quatre-vingt-quatorzième Olympiade : de la fondation de Rome, l’an sept cent cinquante-deux : d’Octavien Auguste, l’an quarante-deuxième : tout l’univers étant en paix : au sixième âge du monde : Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, voulant consacrer ce monde par son très miséricordieux Avènement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf mois s’étant écoulés depuis la conception, naît, fait homme, de la Vierge Marie, en Bethléhem de Judée : LA NATIVITÉ DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SELON LA CHAIR !
Ainsi toutes les générations ont comparu successivement devant nous. Interrogées si elles auraient vu passer Celui que nous attendons, elles se sont tues, jusqu’à ce que le nom de Marie s’étant d’abord fait entendre, la Nativité de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, a été proclamée.
« Une voix d’allégresse a retenti sur notre terre, dit à ce sujet saint Bernard dans son premier Sermon sur la Vigile de Noël ; une voix de triomphe et de salut sous les tentes des pécheurs. Nous venons d’entendre une parole bonne, une parole de consolation, un discours plein de charmes, digne d’être recueilli avec le plus grand empressement. Montagnes, faites retentir la louange ; battez des mains, arbres des forêts, devant la face du Seigneur ; car le voici qui vient. Cieux, écoutez ; terre, prête l’oreille ; créatures, soyez dans l’étonnement et la louange ; mais toi surtout, ô homme ! Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! Quel cœur, fût-il de pierre, quelle âme ne se fond pas à cette parole ? Quelle plus douce nouvelle ? Quel plus délectable avertissement ? qu’entendit-on jamais de semblable ? Quel don pareil le monde a-t-il jamais reçu ? Jésus Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! O parole brève qui nous annonce le Verbe dans son abaissement ! Mais de quelle suavité n’est-elle pas remplie ! Le charme d’une si mielleuse douceur nous porte à chercher des développements à cette parole ; mais les termes manquent. Telle est, en effet, la grâce de ce discours, que si j’essaie d’en changer un iota, j’en affaiblis la saveur : Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! »
Dans la Collecte, l’Église semble encore préoccupée de la venue du Christ comme Juge ; mais c’est la dernière fois qu’elle fera allusion à ce dernier Avènement. Désormais, elle sera toute à ce Roi pacifique, à cet Époux qui vient à elle ; et ses enfants doivent imiter sa confiance.
ÉPITRE.
Dans l’Épître, l’Apôtre saint Paul, s’adressant aux Romains, leur annonce la dignité et la sainteté de l’Évangile, c’est-à-dire de cette bonne Nouvelle que les Anges vont faire retentir dans la nuit qui s’approche. Or, le sujet de cet Évangile, c’est le Fils qui est né à Dieu de la race de David selon la chair, et qui vient pour être dans l’Église le principe de la grâce et de l’Apostolat, par lesquels il fait qu’après tant de siècles, nous sommes encore associés aux joies d’un si grand Mystère.
Si la Vigile de Noël tombe un Dimanche, on ajoute l’Alléluia avec son Verset, ainsi qu’il suit :
« Alléluia, alléluia. V/. Demain sera effacée l’iniquité de la terre, et le Sauveur du monde régnera sur nous. Alléluia. »
ÉVANGILE.
L’Évangile de cette Messe est le passage dans lequel saint Matthieu raconte les inquiétudes de saint Joseph et la vision de l’Ange. Il convenait que cette histoire, l’un des préludes de la Naissance du Sauveur, ne fût pas omise dans la Liturgie ; et jusqu’ici le lieu de la placer ne s’était pas présenté encore. D’autre part, cette lecture convient à la Vigile de Noël, à raison des paroles de l’Ange, qui indique le nom de Jésus comme devant être donné à l’Enfant de la Vierge, et qui annonce que cet enfant merveilleux sauvera son peuple du péché.
Pendant la Communion, l’Église se réjouit de goûter déjà dans le Sacrement Eucharistique Celui dont la chair purifie et nourrit notre propre chair, et elle puise dans la consolation que cet aliment divin porte avec lui, la force d’attendre jusqu’à ce moment suprême où les Anges vont l’appeler à la Crèche du Messie.

