Troisième article de l’abbé Spriet. Le précédent est ici.
Le différend entre Rome et la FSSPX est d’abord non pas liturgique mais théologique. Pour synthétiser, la FSSPX se considère comme étant fidèle à la Tradition. Elle dit que Vatican II est en rupture et en contradiction avec la Tradition de l’Eglise. C’est donc par fidélité à la Tradition d’avant 1962 que la FSSPX s’érige contre le Magistère des papes postconciliaires. La FSSPX se prétend fidèle à la “Rome de toujours” et refuse ce qu’elle appelle la “Rome moderniste”.
Nous connaissons le paradoxe dans lequel la FSSPX s’est enfermée : par fidélité à Rome (à la Rome dite “de toujours”) elle veut désobéir à Rome (à la Rome dite “moderniste”). C’est ce nœud qui fit tellement souffrir intérieurement Mgr Lefebvre au moment des “sacres” de 1988.
Mais en réalité la Rome de toujours c’est bien évidemment la Rome actuelle, la Rome gouvernée par le successeur de Pierre qu’est Léon XIV, Rome dont l’âme est l’Esprit-Saint qui garantit la fidélité du Magistère à la Révélation du Christ. La distinction entre les deux Rome est une vue de l’esprit fausse et mortifère.
En réalité c’est au nom de tous les conciles antérieurs de l’Eglise (et tout particulièrement du concile Vatican I) que l’on peut et que l’on doit, pour rester catholique, accueillir le concile Vatican II et le Magistère des papes qui suit ce concile. C’est une question de foi dans le mystère de l’Eglise.
La fin ne justifie pas les moyens
Ce qui me semble indubitable c’est la bonne volonté des supérieurs de la FSSPX. Ils veulent servir le salut des âmes. Ils veulent servir l’Eglise, garder la Foi catholique et l’enseigner fidèlement. Leur finalité est assurément bonne, voire excellente.
Cependant tout le monde sait que, pour l’Eglise, la fin bonne ne justifie pas les moyens mauvais comme l’est par exemple une ordination épiscopale sans mandat pontifical et contre la volonté du pape (ce qui est annoncé, jusqu’à preuve du contraire). St Ignace de Loyola explique bien dans ses Exercices spirituels (que la FSSPX prêche et affectionne pourtant) qu’il n’est pas possible de délibérer et de choisir des moyens intrinsèquement mauvais (il n’y a pas “d’élection” possible). La loi de l’Eglise devrait, à elle seule, dirimer (régler) la question pour la FSSPX. Mais, malheureusement, à force de contorsions intellectuelles (“Rome de toujours”, “Rome moderniste”, “Eglise de toujours”, “Eglise officielle” par exemple), la FSSPX en vient à envisager à nouveau (pour une fin certes excellente) l’emploi d’une grave désobéissance au pape en matière grave.
Pour montrer qu’une ordination épiscopale sans mandat pontifical et contre la volonté du pape est un acte intrinsèquement mauvais (de droit divin, de par la volonté du Christ Seigneur), nous pouvons nous appuyer sur un texte très clair de la Suprême Congrégation du Saint-Office de 1951 qui, par mandat spécial du Souverain Pontife (le vénérable Pie XII en l’occurrence), déclare : “ Tout évêque, de n’importe quel rite ou dignité qui sacre un évêque sans que celui-ci ait été nommé par le Siège apostolique, ni confirmé expressément par celui-ci, ou s’il reçoit la consécration, même sous une crainte grave encourt par le fait même, l’excommunication réservée tout spécialement au Siège apostolique. Le décret entre en vigueur à partir de sa promulgation (Documents Pontificaux de S. S. Pie XII, Edition Saint-Maurice Saint Augustin – D’après le texte latin des A. A. S., XXXXIII, 1951, p. 217). C’est clair. Pourquoi est-ce de droit divin ? Parce qu’une loi purement ecclésiastique, spécialement pénale, n’obligerait pas en cas de crainte grave. Cette loi rappelée en 1951 n’est donc pas dispensable. Il n’y a pas de circonstances particulières qui peuvent légitimer de l’enfreindre.
Interpréter les textes du concile à la lumière de la Tradition et du Magistère
Mgr Di Noia, nommé en son temps Vice-président de la Commission Ecclesia Dei, avait vu juste : “en revoyant l’histoire de nos relations depuis les années 1970, on est amené à faire le constat objectif que les termes de notre désaccord au sujet du Concile Vatican II demeurent, en fait, inchangés. Avec son autorité magistérielle, le Saint-Siège a toujours affirmé qu’il fallait interpréter les textes du Concile à la lumière de la Tradition et du Magistère, et non l’inverse, tandis que la Fraternité a insisté pour dire que certains enseignements du Concile sont erronés et donc non susceptibles de recevoir une interprétation en harmonie avec la Tradition et le Magistère. Au fil des ans, cette impasse est restée plus ou moins telle quelle”.
On tourne en rond. Le point de départ est l’affirmation fausse : il y a des erreurs dans Vatican II ; ce concile est irrecevable. En réalité il faudrait partir de l’affirmation : le concile Vatican II nous est donné par un pape et les évêques en communion avec lui (Mgr Lefebvre a signé lui aussi chacun des textes du Concile) et il faut l’interpréter à la lumière de la Tradition et du Magistère. Tant que la FSSPX ne revient pas sur cette prémisse, les échanges sont un dialogue de sourds. Ils sont stériles.
Lorsque la Note de la Secrétairerie d’Etat du 4 février 2009 précisait que “la condition indispensable pour une future reconnaissance de la Fraternité Saint-Pie X est la pleine reconnaissance du Concile Vatican II et du Magistère des Papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et de Benoît XVI lui-même”, on mesure le fossé qui sépare malheureusement la FSSPX d’un éventuel accord avec la Rome dite “moderniste” qui est en réalité la “Rome de toujours” parce qu’elle est la “Rome de Pierre” (cf. Vatican I, Pastor aeternus, chapitre 3).
Quel gâchis !
