Tribune des parents d’Emile Soleil, parue dans le JDD :
C’est avec gravité que nous nous résignons à prendre la parole. Depuis des mois, malgré notre opposition, nous devons subir d’entendre ceux qui répondent systématiquement et complaisamment à la moindre sollicitation médiatique pour défendre l’image de ceux qui ne sont judiciairement pas mis en cause. Nous devons supporter de les entendre réécrire l’enquête judiciaire, en s’attribuant les mérites d’investigations en réalité programmées depuis de nombreux mois dans le secret de l’instruction, investigations qui rappellent que toutes les pistes ont toujours été explorées parallèlement par les enquêteurs et les juges.
Dans un récent livre, un auteur revendique avoir dû abîmer toute une famille au nom de « la course au buzz ». Il relaye de purs fantasmes, faute d’avoir pu vérifier ce que certains lui disaient. Il ne s’agit pas d’un livre d’enquête, mais d’un livre qui, comme tous les médias, relaye partiellement – et en l’espèce partialement – la seule enquête en cours qui est judiciaire et secrète, et dont il ignore l’essentiel.
Il a fait de la disparition de notre enfant une « affaire personnelle », faisant le parallèle avec sa propre vie familiale, établissant une comparaison indécente entre ses souffrances et les nôtres, et expliquant l’écriture de ce livre comme un besoin de dire « Adieu » à Émile. Il s’agit d’un livre psychothérapeutique pour son auteur.
Cependant, l’auteur de ce livre contribue, comme le font d’autres, à compromettre la manifestation de la vérité, puisqu’il expose, le premier, des informations secrètes en reconnaissant qu’elles sont « déterminantes ». Depuis, ces éléments ont été complaisamment développés dans un récent reportage télévisé, puis désormais dans toute la presse. Après près de trois ans de violation continue du secret de l’instruction, voici désormais la ou les personnes impliquées dûment alertées sur des éléments qu’elles n’auraient jamais dû connaître. Ces innombrables et scandaleuses violations du secret de l’instruction sont gravissimes et aujourd’hui de nature à faire échec à la seule chose qui compte : la manifestation de la vérité pour savoir comment notre petit garçon est mort et a disparu.
Tout n’est pas justifiable par la liberté de la presse et la liberté de parole des uns et des autres. Ceux qui ont violé, divulgué ou commenté ce qui relève du secret de l’instruction concernant la disparition de notre petit garçon portent une responsabilité immense. Si, à cause de l’inconséquence ou de l’ego de certains, l’enquête était compromise, la faute pèserait sur eux.
Au milieu de ce tourbillon médiatique dans lequel certains osent même prétendre qu’Émile ne nous appartient plus, une chose essentielle a été oubliée : c’est nous, Marie et Colomban Soleil, qui avons perdu notre petit garçon. Nous demandons donc à chacun d’avoir la responsabilité et la décence de s’en rappeler, de cesser de divulguer, relayer et commenter des éléments relevant du nécessaire secret de l’instruction, et de cesser d’entretenir la machine médiatique qui ne vit que lorsqu’on la nourrit. Nous demandons à chacun de se souvenir que c’est nous qui souffrons les premiers et qui attendons en premier la vérité.
Nous réitérons plus que jamais nos remerciements aux magistrats instructeurs et aux enquêteurs de la cellule dédiée de la section de recherches de Marseille, et la totale confiance que nous avons en eux.
Ils abattent en toute discrétion un travail remarquable et considérable, mais qui est aujourd’hui entravé et risque d’être anéanti par ceux qui ont perdu de vue le seul objectif de cette instruction judiciaire : la vérité et la justice pour Émile et ses parents.
