Le mépris d’une foi enracinée dans les rites et les sacrements et celui d’une foi enracinée dans une culture nationale vont de pair
Laurent Dandrieu vient de publier Rome ou Babel, pour un christianisme universaliste et enraciné, dans lequel il montre comment l’attachement à nos petites et grandes patries concourt au bien commun et nous détache de nos égoïsmes. L’universalisme chrétien, le catholicisme, n’est pas un mondialisme. L’Eglise catholique, c’est-à-dire universelle, est la religion de l’incarnation. Mais c’est l’écrivain qui parle le mieux de son ouvrage, dans Valeurs Actuelles :
Depuis une soixantaine d’années, il y a dans l’Église une tendance à la désincarnation qui s’est traduite, dans les années 1960, par une traque de tout ce qui avait trait à la piété populaire : processions, ex-voto, culte des reliques, dévotions mariales, etc., censés relever d’une religiosité archaïque et superstitieuse. Dès cette époque, le père Serge Bonnet, sociologue dominicain pas particulièrement conservateur, avertissait que cette destruction du catholicisme populaire aboutirait à un catholicisme apatride. Or, c’est précisément ce que l’on est en train de vivre. Le mépris d’une foi enracinée dans les rites et les sacrements et celui d’une foi enracinée dans une culture nationale vont de pair.
Faire de la foi un phénomène purement spirituel, penser que la relation avec Dieu rend le culte et le rite secondaires, et la culture catholique accessoire, c’est une trahison du catholicisme. Et c’est une erreur fondamentale, à la fois parce que la foi personnelle a besoin d’être étayée par une culture sous peine de risquer l’asphyxie, et parce que cette culture catholique constitue un lien très fort avec ceux qui n’ont pas la foi : c’est un terreau formidable d’évangélisation, en particulier des classes populaires qui, même inconsciemment, restent imprégnées de catholicisme.
En réalité, ce débat qui semble extérieur à mon sujet en est au cœur : c’est l’une des formes d’un affrontement entre une vision enracinée du catholicisme et une vision désincarnée, hors-sol. Cela rejoint le sujet fondamental de mon livre, le duel entre l’universalisme catholique et le mondialisme.
Votre livre place le catholicisme sous le signe d’un choix entre Rome et Babel : pourquoi cela ?
Pour certains, le catholicisme semble être devenu un autre nom du mondialisme. La question est de savoir si l’universalisme chrétien, qui affirme que tous les habitants de la Terre sont membres d’une commune famille humaine par la paternité divine, nous appelle à dépasser les nations, les patries, les communautés naturelles et à abolir les frontières pour parvenir à l’unité politique du genre humain. Ou si, au contraire, on peut être catholique et attaché à son identité, à sa culture, à sa patrie. Je soutiens que non seulement on le peut, mais on le doit.
La tentation mondialiste, qui s’exprime dans le mythe de Babel, c’est l’utopie d’une humanité uniformisée, partageant une même langue, une même culture, un même gouvernement. L’universalisme chrétien en est l’exact contraire. Il connaît sa première manifestation concrète à la Pentecôte : saisis par l’Esprit saint, les apôtres s’adressent aux représentants de peuples divers et chacun les entend dans sa propre langue. C’est le premier acte de cette inculturation que Pie XII va appeler « l’étoile directrice de l’apostolat universel ». Jean-Paul II la définira ainsi : « L’incarnation de l’Évangile dans les cultures autochtones, et en même temps l’introduction de ces cultures dans la vie de l’Église. » Dès l’origine, l’évangélisation s’est faite en s’enracinant dans les cultures des différents peuples. L’inculturation, c’est la traduction dans les faits de la doctrine de saint Thomas d’Aquin selon qui « la grâce ne détruit pas la nature mais la couronne ». Le catholicisme, à la suite d’Aristote perfectionné par saint Thomas, reconnaît que la nature humaine présuppose que l’homme, pour accomplir pleinement son humanité, a besoin d’être enraciné dans une culture, une histoire, une tradition. L’Église va donc s’étendre sur toute la Terre en respectant et en valorisant l’identité des peuples qu’elle va évangéliser.
L’universalisme chrétien, ce n’est pas la dissolution des identités particulières dans une identité commune, c’est la communion de ces identités différentes dans une destinée spirituelle commune, qui respecte leur diversité et leur charisme propres. C’est par la singularité de chaque culture que l’homme atteint l’universalité de la grâce. L’uniformisation que prône le mondialisme, c’est l’exact contraire de cela.
C’est pour cela que l’Église a toujours loué l’amour de la patrie comme un acte de piété filiale, et comme un acte de charité, parce qu’il concourt au bien commun. « Si le catholicisme était ennemi de la patrie, il ne serait plus une religion divine », dit saint Pie X. Cet amour de la patrie n’éloigne pas de l’universel ; au contraire, il y conduit en nous détachant de nos égoïsmes immédiats par la solidarité à une communauté plus large. […]
L’esprit de Babel a gagné une partie des chrétiens et même de la hiérarchie de l’Église, à cause d’un appauvrissement de la pensée théologique, qui notamment n’intègre plus de réflexion sur le bien commun. Il y a aussi, chez certains, un opportunisme, l’idée qu’il ne faudrait pas rater le train de l’histoire, qui irait inéluctablement vers une unité du genre humain. Vers les années 1960, l’unité du genre humain s’est ainsi mise à dériver du plan eschatologique au plan politique, de l’espérance vers la “militance”. Cette contamination de l’esprit de la Pentecôte par l’esprit de Babel a été favorisée par l’espoir qu’en se convertissant à « la religion de l’humanité », comme le dit Pierre Manent, l’Église garderait l’oreille du monde. On voit alors apparaître dans certains textes pontificaux l’appel à une gouvernance mondiale pour résoudre des problèmes devenus planétaires. Cette contamination de l’universalisme chrétien par le mondialisme est la matrice des positions à courte vue de l’Église sur l’immigration. Dans ces positions, il y a d’abord une dissolution de la notion de bien commun dans les droits de l’individu ; mais surtout, il y a une sorte de messianisme humanitaire qui considère que l’immigration de masse est un moyen providentiel pour progresser vers l’unité concrète de la famille humaine. Le migrant devient ainsi, en tant que migrant, une sorte de rédempteur grâce auquel le genre humain va enfin atteindre à l’unité.
Ce qui est à la fois fascinant et inquiétant, c’est qu’en se laissant ainsi contaminer par le mondialisme, l’Église prête la main à une idéologie qui est son pire ennemi, puisqu’elle veut arracher l’homme à tous ses ancrages, naturels, humains, mais aussi religieux. Si elle veut échapper à son déclin, l’Église doit au contraire de toute urgence redécouvrir que la voie du salut universel passe par une civilisation chrétienne enracinée.
Euthanasie, suicide assisté : un droit à la mort ?
L’analyse de Guillaume Bernard à l’occasion du colloque de l’Institut catholique de Toulouse, le 22 avril 2022; sur le thème “Le religion, le droit et la mort” :
Explications sur le nouveau décret hongrois sur l’avortement
Un nouveau décret hongrois oblige les femmes à écouter le cœur de l’enfant qu’elle porte avant de décider si elles souhaitent avorter ou non. Explications :
Le pèlerinage de Chrétienté fête ses 40 ans
Pour l’occasion, une messe sera célébrée à Paris, en l’église Saint-Roch, le samedi 8 octobre à 10h30, par le père abbé du Barroux, Dom Louis-Marie.
La cérémonie sera suivie d’un buffet.

Entrées au séminaire : progression générale et importante dans les communautés traditionalistes
De Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique :
Depuis une année trois documents romains ont mené des attaques, convergentes et complémentaires, contre la liberté de célébration de la messe romaine traditionnelle. Citons, le 16 juillet 2021, le motu proprio du pape François Traditionis custodes. La réponse, le 4 août, de Mgr Roche, Préfet de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, aux questions posées par le cardinal Nichols, archevêque de Westminster. Enfin, le 29 juin 2022, la lettre apostolique Desidero desideravi sur la formation liturgique du peuple de Dieu.
Un monde traditionnel en développement
En France ces documents ont eu un impact médiatique important mais une influence modeste sur le nombre de messes traditionnelles célébrées avec l’accord de l’évêque. Le site Ad majorem dei gloriam note cependant la suppression de 14 lieux de culte sur un total initial de 241, soit une diminution de 6%. Si ce chiffre n’est pas très élevé c’est la première fois que s’observe une diminution du nombre de messes traditionnelles célébrées en application de Summorum Pontificum. Qu’en est-il de l’impact de ces documents sur les entrées dans les séminaires, et donc, à terme sur l’évolution du nombre de prêtres en France et leurs pratiques liturgiques ? Notons d’abord qu’en 2022 il a été ordonné, selon le site de la Conférence des Évêques de France, 77 prêtres séculiers français, c’est-à-dire destinés à être prêtres diocésains, auxquels il faut adjoindre 12 autres Français : 3 pour l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre (ICRSP), 3 pour la Fraternité Saint Pierre (FSSP) et 6 pour la Fraternité Saint Pie X (FSSPX). Ces 12 prêtres français ordonnés pour la messe traditionnelle représentent ainsi 14 % du total des ordinations de prêtres séculiers français. Sans prendre en compte les 4 ordinations prévues au diocèse de Toulon et reportées sine die on notera que ces ordinations se concentrent essentiellement sur quelques diocèses et communautés : communauté Saint Martin : 14, Paris : 10, Vannes : 5, Versailles :3. Ces chiffres sont à rapprocher d’un âge médian des prêtres de 75 ans et d’un nombre de décès annuel compris entre 600 et 800.
La réalité face à l’idéologie
En ce mois de septembre 2022 quel a été l’impact des décisions romaines sur les entrées dans les séminaires ? Les chiffres sont éloquents. Les communautés où se célèbre la messe traditionnelle (ICRSP, FSSP, FSSPX, IBP -Institut du Bon Pasteur- et MMD- Missionnaires de la Miséricorde Divine-ont bénéficié de 95 rentrées au regard de 69 en 2021, dont 38 français alors qu’ils étaient 20 en 2021. Cette progression est générale et importante pour toutes les communautés. Un double mouvement, que l’on pourrait qualifier politiquement de dextrogyre, semble ainsi s’opérer à partir du fait que de nombreux séminaristes, même diocésains, sont, en fait, depuis des années déjà, plus ou moins familiers de la messe traditionnelle dans leurs familles ou lors de leur itinéraire personnel (cf le témoignage de Dom Geoffroy Kemlin, nouvel abbé de Solesmes dans La Nef No 350). Par le motu proprio Traditionis custodes le pape François a rendu quasiment impossible à un nouveau prêtre diocésain la célébration de la liturgie traditionnelle. Il faut en demander l’autorisation à Rome, laquelle est toujours refusée ! Face à cette situation un certain nombre de jeunes aspirants au sacerdoce, et qui espéraient pouvoir vivre dans les diocèses une forme de biritualisme, semblent avoir fait le choix des communautés ex Ecclesia Dei pour se préparer à la prêtrise. Il est d’autre part certain que plane sur les communautés ex Ecclesia Dei la menace de visites canoniques dont l’objet serait de leur imposer les « bienfaits » de la réforme liturgique et de « tout ce qui va avec ». Rejoindre les séminaires de la FSSPX est un moyen, radical, de se mettre à l’abri de telles menaces. Enfin les vocations étant un mystère peut-être est-ce là, tout simplement, la réponse divine à la volonté pontificale de couper l’Église romaine de sa tradition liturgique ?
En regard de cette situation, encourageante, dans les communautés attachées à la messe traditionnelle la situation de l’Église que le cardinal Benelli qualifiait de « conciliaire » apparaît pathétique. En 2019 les séminaires de Bordeaux et de Lille ont fermé par manque d’effectifs. La Conférence des Évêques de France n’a pas encore communiqué officiellement sur les entrées en propédeutique en 2022 mais les chiffres ne seront certainement pas bons, un évêque déclarant pudiquement il y a quelques jours : « Les entrées au séminaire marquent le pas ».
Ne tirent leur épingle du jeu que les communautés les plus traditionnelles même si elles ont adopté les réformes conciliaires. Citons la communauté Saint Martin avec 24 ordinations en 2021 et 14 en 2022, 24 entrées en propédeutique en 2022 et 19 en 2021. Les dominicains de Toulouse thomistes et conservateurs, qui sont des religieux, bénéficient de 11 entrées en 2022 alors qu’il n’y en a qu’une, en propédeutique, au séminaire de la ville rose où Mgr de Kérimel s’est fait remarquer en fustigeant les séminaristes qui portaient la soutane. Quant au diocèse de Toulon, réputé pour le nombre de ses ordinations, l’unique candidat en propédeutique est envoyé à Aix et cette année est fermée au séminaire de La Castille. De plus il ne suffit pas de rentrer, encore faut-il persévérer. Sur les 6 entrées en propédeutique au séminaire de Paris en 2021, uniquement 2 étudiants passent en première année de philosophie, les autres ayant pris une autre voie, lassés de se voir imposer la communion dans la main.
Se poser les bonnes questions
Face à cette situation bien peu d’évêques semblent se poser la question : « Peut-être avons-nous longtemps fait fausse route ? » et son corollaire « Pourquoi n’essayerions-nous pas ces méthodes traditionnelles qui semblent avoir fait leurs preuves et qui s’avèrent toujours efficaces ? » Au contraire la solution, pour beaucoup, serait l’avènement d’une Église sans prêtre, les diacres mariés en faisant plus ou moins office, en attendant l’ordination d’hommes mariés, voire de femmes. Un évêque récemment nommé à la tête d’un diocèse du Sud de la France n’annonçait-il pas à son presbyterium, il y a quelques mois : « Il y a encore 50 % de prêtres en trop dans ce diocèse ». Mais une Église sans prêtres serait-elle encore l’Église catholique ?

Renaissance catholique organise un colloque le samedi 24 septembre de 10 h à 18 h à la Maison de la chimie à Paris :
9h 30 Accueil
10 h La Messe traditionnelle nourriture de nos âmes – Chanoine Alban Denis
10 h 30 Histoire de la messe interdite (1969-2022) Cyril Farret d’Astiés et Victoire De Jaeghere
11 h 30 La situation de la messe dans les diocèses (Grenoble, Le Mans, Tours, Bordeaux, Versailles, Paris etc.) Philippe Darantière (Lex Orandi)
12 h 30 Déjeuner, stands, rencontres
14 h Le traditionalisme : Une fidélité. Une résistance. Des souffrances – Jean-Pierre Maugendre (Renaissance Catholique)
14 h 45 L’obéissance dans l’Église : aveugle ou clairvoyante ? Cyrille Dounot et Jeanne Smits
15 h 30 Visite des stands et de la librairie
16 h15 Table ronde : Un demi siècle de réformes liturgiques.
Bilan et perspectives : Luc Perrin, abbé Grégoire Celier, abbé Barthe. Coordination Laurent Dandrieu
17 h 15 Conclusion Jean de Tauriers (Notre-Dame de chrétienté)
À quoi servent les cardinaux ?
Pourquoi le pape a-t-il créé de nouveaux cardinaux ? Quelles conséquences pour la réforme de la curie ? Pourquoi les cardinaux Kasper et Ouellet s’opposent-ils à cette réforme ? Le Club des Hommes en noir composé des abbés Célier, Barthe et Guelfucci, ainsi que de Guillaume de Thieulloy, sous la direction de Philippe Maxence, s’attelle à nous apporter quelques réponses dans ce premier épisode de la saison 2022-2023.
Mais oui : pourquoi ?
Pourquoi a-t-on le nom de tous les religieux, scientifiques, philosophes, médecins… auditionnés par le CCNE sur l'euthanasie, mais pas ceux des personnalités appartenant aux trois loges maçonniques qui ont également été consultées par le comité ? https://t.co/CZTPYKprNu pic.twitter.com/skBAgU0a5L
— Paul Sugy (@PaulSugy) September 16, 2022
Sables d’Olonne : la Cour administrative d’appel de Nantes confirme le retrait de la statue de Saint-Michel
Installée en octobre 2018 place Saint-Michel aux Sables d’Olonne, devant l’église Saint-Michel. Dans son arrêt la juridiction administrative d’appel de Nantes estime que l’installation d’un emblème religieux
“sur un emplacement public est interdite par l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation de l’Eglise et de l’Etat”.
Elle confirme le jugement en première instance du tribunal administratif du 16 décembre 2021.
Le maire de la commune Yannick Moreau a réagi vendredi matin dans un communiqué :
“La ville déplore cette décision et regrette que le caractère patrimonial, culturel, artistique et historique de cette œuvre n’ait pas été reconnu par la Cour administrative d’appel”. “C’est pourquoi la collectivité va saisir le Conseil d’État et tout faire pour convaincre la plus haute juridiction administrative que cette statue a toute sa place au cœur du quartier Saint-Michel dont elle est l’emblème”.
En mars dernier, le maire avait organisé une votation pour recueillir l’avis des habitants. Une très grande majorité des votants (94,51%) s’était dite favorable au maintien de la statue.
Ce dimanche 18 septembre, l’association pour la sauvegarde de la statue, Reconquête et Génération Z appellent à une manifestation place Saint-Michel à 14 heures.
Comment le gouvernement justifie devant la CEDH la censure de CNews et de Zemmour
Nicolas Bauer, chercheur associé au European Centre for Law and Justice (ECLJ), dévoile dans Valeurs Actuelles les dessous d’une affaire qui oppose Cnews au gouvernement français, à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). L’ECLJ a pu consulter le dossier de l’affaire, contenant les arguments du Gouvernement contre la chaîne de télévision :
Pendant la campagne présidentielle de 2022, le gouvernement avait dû se justifier devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) d’avoir censuré Éric Zemmour dans l’émission C à vous, sur France 5. L’éditorialiste avait en effet été condamné en 2017 pour certains propos hostiles à l’immigration et à l’islam. C’est l’affaire Zemmour contre la France, qui n’est pas encore jugée par la CEDH. Les juges européens devront trancher entre Éric Zemmour, qui invoque sa liberté d’expression, et le gouvernement français, qui promeut la censure des « discours de haine ».
En parallèle, une autre affaire similaire est devant la CEDH. Cette fois, c’est CNews qui invoque sa liberté d’expression et attaque le gouvernement devant les juges européens. La chaîne de télévision s’estime victime de censure, en raison d’une décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) relative à une émission de Face à l’info, en 2019. Dans cette émission, des propos d’Éric Zemmour, alors journaliste chez CNews, avaient été considérés par le CSA comme incitant à la haine et à la violence à l’encontre des musulmans. […] Un débat s’est tenu sur Cnews en octobre 2019 entre François Pupponi, alors député socialiste, et Éric Zemmour. Ce dernier avait déclaré notamment « l’immigration, l’islam et l’islamisme, tout ça c’est le même sujet », tout en évoquant la nécessité de prendre des « mesures radicales » anti-immigration. Il avait poursuivi ainsi :
« Quand on vient en France et que l’on est Français, on doit changer son point de vue et on doit voir l’Histoire en fonction d’intérêts de la France (…). Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer des musulmans et même certains juifs. Moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud, c’est ça être Français ».
Éric Zemmour expliquait s’être assimilé en s’appropriant l’histoire nationale, y compris les événements qui déshonorent pourtant la France. Il avait choisi un exemple qui le concernait directement, étant issu d’une famille de juifs d’Algérie. Par une décision de novembre 2019, le CSA a toutefois considéré que c’était un discours de haine et incitant à la violence, que Cnews n’aurait pas dû laisser passer. Le CSA a reproché à Christine Kelly, l’animatrice de Face à l’info, « un défaut de maîtrise de l’antenne », et a mis en demeure Cnews de s’assurer qu’il n’y ait plus, à l’avenir, « aucune incitation à la haine ou à la violence pour des raisons de race, de sexe, de mœurs, de religion ou de nationalité ». C’est cette décision du CSA, validée par le Conseil d’État en juin 2021, qui est attaquée par Cnews devant la CEDH.
C’est en juin 2022 que le Gouvernement intervient dans l’affaire en envoyant ses arguments à la CEDH, pour défendre la décision du CSA. Selon le gouvernement, Cnews « n’est pas fondée à se dédouaner de sa responsabilité », d’autant que « la télévision a un impact particulièrement puissant sur la formation de l’opinion des citoyens ». Christine Kelly aurait dû au moins apporter une « nuance ou contradiction », ou « demand[er] à M. Zemmour de préciser ses propos ». Le Gouvernement invite la CEDH à considérer que les propos tenus ont
« été diffusés à un horaire susceptible d’attirer de larges audiences, par un personnage médiatique dont l’arrivée sur CNEWS a stimulé les audiences de la chaîne sur la tranche horaire de l’émission Face à l’info.»
Sur le fond du sujet, le gouvernement a indiqué à la CEDH que
« la portée de cette séquence doit être appréciée à l’aune de l’ensemble des interventions du chroniqueur [Zemmour] durant cette émission. Il a en effet tenu à plusieurs reprises des propos stigmatisants à l’encontre des musulmans, associant les problèmes engendrés par l’immigration à l’islam, entretenant la confusion entre islam et islamisme ou islam « radical », et présentant ainsi en substance les musulmans comme des personnes dangereuses dans leur ensemble. »
Le gouvernement ajoute par ailleurs que Zemmour
« défend, comme condition de l’intégration à la communauté nationale, le fait d’assumer des massacres commis à l’encontre des personnes de cette confession [musulmane] ».
D’autres arguments du Gouvernement contre CNEWS sont moins substantiels et relèvent d’une logorrhée habituelle, dénonçant par exemple un
« amalgame susceptible de véhiculer des stéréotypes religieux, de nature à stigmatiser ».
Dans une lettre adressée au gouvernement français, la CEDH a prévenu le gouvernement du fait que son litige avec Cnews « pourrait constituer une affaire à impact ». Autrement dit, le futur jugement de la CEDH dans l’affaire Cnews contre la France pourrait donner des orientations d’ordre général, à destination de la France mais aussi des 45 autres États membres du Conseil de l’Europe. La CEDH pourrait ainsi, à l’occasion de ce jugement, approfondir sa jurisprudence sur la liberté d’expression dans les médias. Le Gouvernement prend donc cette affaire au sérieux.
À la CEDH, certaines affaires touchant à la politique se jouent en partie en coulisse. Le journaliste Bastien Lejeune, dans une enquête pour Valeurs actuelles, sous-entendait que c’était le cas de l’affaire Zemmour contre la France. Il évoquait les « accointances entre Emmanuel Macron et les dirigeants de [la CEDH] », en particulier « une affinité personnelle avec l’homme qui compte à la CEDH : l’influent chef de cabinet de son président, Patrick Titiun ». Interrogé à ce sujet par la députée Emmanuelle Ménard, le gouvernement n’a pas nié ce lien particulier. En octobre 2021, Macron a d’ailleurs offert une réception à l’Élysée en l’honneur de Titiun, pour le promouvoir au grade d’officier de la légion d’honneur. Cette cérémonie a eu lieu en présence du Président de la CEDH et du juge français.
[…] Au-delà de cette affaire, que la CEDH devrait juger dans les deux prochaines années, les arguments du Gouvernement témoignent de son inquiétude face au succès de Cnews et de Zemmour dans les débuts de Face à l’info. Il note ainsi que
« le lancement de l’émission (…) s’est traduit par une progression forte de l’audience de la chaîne » et que « cette émission trouve par ailleurs un relais important sur les réseaux sociaux et dans le débat public compte tenu de la notoriété du chroniqueur ».
Et le Gouvernement ajoute :
« Notoriété telle que ce chroniqueur est par la suite devenu candidat à l’élection à la présidence de la République française. »
40e anniversaire de l’assassinat de Bachir Gemayel – hommage de Chrétienté-Solidarité
Communique de Yann Baly, Président de Chretienté-Solidarité :
Le 14 septembre 2022 à Beyrouth-Achrafieh, aux côtés de Solange, Nadim et Youmna Gemayel, pour l’honneur de la France, Yann Baly, président de Chrétienté Solidarité, a déposé une couronne de fleurs sur les lieux du martyr du président Bachir Gemayel et de ses 23 compagnons, assassinés il y a 40 ans. Avec Emmanuel Pezé, président de l’Association des anciens volontaires français au Liban et mebre du comité de rédaction de la revue Reconquête, ils étaient, hélas, les seuls à représenter la France. La république oublie, le pays réel se souvient.
Bachir Hay Fina ! (Bachir continue de vivre en nous).
Lex Orandi et la situation de la messe traditionnelle dans les diocèses français
L’Union Lex Orandi, réunissant un certain nombre de fidèles et de groupes de fidèles attachés à la messe traditionnelle, participera au colloque du 24 septembre sur l’avenir de la messe traditionnelle. Ses porte-parole ont bien voulu répondre au Salon beige:
Le 24 septembre prochain se tient un colloque sur l’avenir de la messe traditionnelle à la Maison de la Chimie à Paris. L’Union Lex Orandi doit y présenter la situation de la messe dans les diocèses de France. Quelle sont les sources de votre intervention ?
Lex Orandi : Il s’agit, pour nous, de donner la parole à des représentants d’associations regroupant les fidèles attachés à la messe traditionnelle dans différents diocèses. Nous aurons autour de la table des représentants d’associations des diocèses de Nantes, Grenoble, Bordeaux, Paris, Versailles ou encore du Mans. Le tour d’horizon de la situation en France que nous proposerons ce jour-là sera avant tout un témoignage d’acteurs de terrain, dans des diocèses qui connaissent des situations très contrastées.
Le choix des intervenants à votre table ronde veut donc être représentatif de la situation en France : comment la voyez-vous évoluer ?
Lex Orandi : Nous souhaitons évoquer, de manière équilibrée, aussi bien la situation des diocèses où une forme de répression de la Tradition a été engagée, que la situation des diocèses où l’Evêque a choisi de ne rien changer aux relations existantes. Nous percevons quatre types d’évolutions : quelques cas rares où l’Evêque a pris des mesures ouvertement restrictives en voulant priver les fidèles de la liturgie traditionnelle ; des cas, encore peu fréquents, où l’application de Traditionis Custodes se traduit par des suppressions de messe, une mise à l’écart de certains prêtres, souvent diocésains, qui célèbrent la messe traditionnelle, etc. ; quelques cas, rares mais à souligner, où la situation s’améliore; et enfin le cas le plus fréquent où rien n’a changé depuis Traditionis Custodes. Le panorama de la situation en France est donc nécessairement nuancé. Toutefois, la vigilance reste de mise car de nombreuses nominations d’Evêques sont en cours et tout peut évoluer, dans un sens ou un autre.
L’Union Lex Orandi est un nouveau venu dans le paysage des associations engagées dans la défense de la tradition liturgique. Comment se développe-t-elle ?
Lex Orandi : L’Union Lex Orandi s’est constituée au lendemain du Motu Proprio Traditionis Custodes de manière informelle, puis s’est établie de manière officielle après les Responsa de décembre 2021. Très rapidement, des associations de fidèles implantées dans des territoires variés se sont affiliées, mais aussi d’importantes associations nationales. Il est à noter que nous avons aussi reçu beaucoup de demandes d’affiliations individuelles, ce qui n’est malheureusement pas possible puisque nous sommes une union d’associations. Des prêtres nous ont également contactés. La préparation de ce colloque a été l’occasion de nouer des contacts dans des diocèses où il n’existe aucune structure regroupant les fidèles. Or il nous semble essentiel que les laïcs s’engagent directement dans la défense des biens spirituels aujourd’hui menacés. L’action des instituts pour préserver leurs droits propres est indispensable, mais elle ne dispense pas les fidèles de s’organiser eux-mêmes, pour faire prévaloir leurs intérêts spirituels à bénéficier de la messe, de la confession, du catéchisme, des baptêmes, confirmations, mariages et sépultures selon le rite tridentin.
Quelle mobilisation espérez-vous pour ce colloque ?
Lex Orandi : Nous espérons la plus grande mobilisation des fidèles possible. Il est essentiel que ceux de la région parisienne viennent en grand nombre, mais il est aussi primordial que les fidèles des provinces soient présents. Ce colloque, et le taux de présence des fidèles qui y viendront, sera un indicateur de notre détermination à défendre la tradition liturgique. Cet indicateur sera très observé, n’en doutons pas. Une forte mobilisation signifiera la volonté des fidèles de faire respecter l’expression de leur foi, et elle fera réfléchir ceux qui voudraient nous en faire changer.
Pour participer au colloque, renseignements et inscriptions : www.renaissancecatholique.fr
“L’IVG médicamenteuse”…
L’ANSM rappelle l’importance de la consultation de contrôle, concernant “l’IVG médicamenteuse”, notamment pour “vérifier l’absence de complications pour la femme“. Tiens ? C’est étonnant… On n’en parle jamais…
Par ailleurs, lorsque le bébé survit à la tentative d’IVG médicamenteuse, des femmes souhaitent finalement garder leur enfant. Or, après avoir été exposé à l’IVG médicamenteuse, il y a des risques pour l’enfant, selon l’ANSM :
L’exposition prénatale au misoprostol ou à la mifépristone a été associée à une augmentation du risque malformatif multipliée par trois par rapport aux enfants dont les mères n’ont pas été exposées à l’une de ces molécules pendant la grossesse.
La consultation médicale de contrôle est indispensable et obligatoire après une interruption volontaire de grossesse (IVG), rappelle l’Agence du médicament (ANSM) dans un communiqué. Si cette consultation est prévue par la procédure, elle n’est pas toujours réalisée. Or, elle est essentielle « pour confirmer l’efficacité de l’IVG et vérifier l’absence de complications pour la femme ».
« Les saignements qui apparaissent après la prise des comprimés ne témoignent pas systématiquement de l’expulsion totale de l’embryon ; ils ne doivent donc pas être perçus comme une preuve absolue de réussite de la procédure d’interruption de grossesse ».
La guerre en Ukraine sera-t-elle le seuil d’un grand basculement géopolitique ?
D’Antoine de Lacoste sur Politique Magazine :
Il y a des guerres qui confirment des tendances, d’autres qui clôturent des cycles, certaines enfin qui en ouvrent. La guerre en Ukraine pourrait bien être tout cela à la fois.
Assurément elle confirme une tendance, celle du refus par la Russie de continuer à subir l’encerclement de son territoire par les Américains via l’OTAN.
Les Russes, Poutine en tête, se souviennent avec amertume des années Eltsine (1991-2000) qui ont vu les Américains organiser l’affaiblissement de leur ennemi vaincu, les futurs oligarques achevant le travail par un pillage éhonté des richesses naturelles du pays. Entouré de conseillers ultra-libéraux, souvent formés par les Anglo-saxons, Eltsine laissa l’économie russe péricliter tandis qu’une petite caste s’enrichissait dans des proportions indécentes.
Ce n’était guère mieux sur le plan politique. Une fois le calme revenu après les différentes tentatives de coups de force fomentées par les communistes tant à la Douma que dans l’armée, la popularité d’Eltsine s’effondra rapidement. Le Président distribuait les cadeaux et naviguait à vue. Son alcoolisme était bien connu. Une image fit le tour du monde : Eltsine prenant la parole en état d’ébriété et à côté de lui, Bill Clinton, le président américain, pris d’un fou rire inarrêtable.
Toute la Russie fut consternée par ce spectacle lamentable et n’aspira plus qu’à une chose : l’arrivée au pouvoir d’un homme qui lui rendra sa fierté. Cet orgueil national, que l’on peut aussi qualifier d’amour de la patrie, est une donnée intrinsèque à ce pays si différent au fond de l’occident. Le Russe peut souffrir, supporter bien des choses, sauf une : que sa patrie soit envahie ou même humiliée. C’est un état d’esprit bien éloigné des préoccupations occidentales actuelles, françaises en particulier, et qui explique bien des choses.
La popularité d’Eltsine était si basse que le communiste Ziouganov est donné gagnant à l’élection présidentielle de 1996. L’occident s’affole : Kohl, Juppé se rendent à Moscou pour aider le sortant. Clinton manifeste un bruyant soutien et le FMI consent un prêt à sa demande (sur son ordre en réalité). Eltsine réussit à inverser la tendance et est réélu mais de lourds soupçons planent encore sur l’honnêteté du résultat.
L’occident est soulagé mais le défaut de paiement de la dette russe en 1998 fait comprendre à tous que la situation n’est plus tenable. Les premiers ministres se succèdent en vain et le dernier d’entre eux, Vladimir Poutine, nommé en 1999 à l’instigation des oligarques, va tout changer au grand dam de ceux-ci. La stratégie du Guépard « il faut que tout change pour que rien ne change » n’a pas fonctionné : tout a changé.
L’OTAN n’est pas restée inactive pendant tout ce temps. Elle aurait pu s’autodissoudre comme le Pacte de Varsovie mais que nenni, l’occasion était trop belle d’étendre l’hégémonie de l’Empire américain.
C’est ainsi que l’OTAN accueille de nouveaux membres pour la première fois depuis 1982 (Espagne) : la Hongrie, la Pologne et la République tchèque y font leur entrée en 1999, année de la nomination de Poutine au poste de premier ministre. Comme un symbole.
D’autres vagues suivront, inexorables : 2004 avec la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie ; puis 2009 avec l’Albanie et la Croatie, 2017 pour le Monténégro et 2020 pour la Macédoine. La Suède et la Finlande, rompant avec une longue tradition de neutralité finalisent leur adhésion. A quand le Kosovo ?
Les promesses de non-extension à l’est sont balayées et la Russie ne réagit pourtant oralement qu’en 2007, Poutine ayant longtemps espéré une bonne entente avec l’Europe. Mais cette dernière a préféré la tutelle américaine. Dans son célèbre discours de Munich il a fustigé cet encerclement et prévenu : « L’OTAN rapproche ses forces avancées de nos frontières tandis que nous ne réagissons pas ».
Il n’a fallu attendre que l’année suivante pour assister à la première contre-attaque russe. C’était d’ailleurs un cadeau offert par le président géorgien Saakachvili qui envahit soudainement l’Ossétie du sud, cette petite enclave autonome protégée par la Russie. On n’a jamais su si le fantasque (pour être poli) ami des Américains avait eu leur feu vert pour cette opération vouée à l’échec, mais la réaction russe fut foudroyante et, en cinq jours balaya la petite armée géorgienne, pourtant préparée par l’ami américain.
Encore soucieux de préserver ses relations avec l’occident, Poutine n’alla pas jusqu’à Tbilissi et l’armée se retira tout en renforçant la protection de l’Ossétie du sud. Saakachvili, poursuivi pour corruption, se réfugia en Ukraine où il fut promptement naturalisé puis nommé gouverneur d’Odessa. Comme le monde est petit. Il est depuis retourné en Géorgie pensant être accueilli en triomphateur mais a été arrêté et dort actuellement en prison.
Après cette promenade militaire géorgienne, les tensions s’apaisèrent en apparence mais les Américains n’avaient pas renoncé à leur grande ambition : mettre la main sur l’Ukraine.
C’est ainsi qu’arriva le coup d’Etat de Maïdan. Le président Ianoukovitch fut renversé et déchu par un vote du Parlement après des semaines de manifestations orchestrées par les Américains : Victoria Nuland, un des piliers des néos-conservateurs, tout comme John Mc Caine, y furent présents et très actifs. En plus des néoconservateurs américains, Soros (pour le financement), BHL (pour les médias et sa promotion personnelle) et tant d’autres, passèrent quelques heures ou quelques jours. Être à Maïdan était du dernier chic.
Ce coup d’Etat réussit et la guerre actuelle en est une des conséquences directes.
La Russie réagit en organisant le retour par referendum de la Crimée dans le giron russe (et non en l’annexant) et soutint les séparatistes du Donbass qui refusaient l’ukrainisation forcée de leur territoire. Compte tenu des évènements ultérieurs, on peut légitimement se demander pourquoi Poutine n’a pas alors voulu pousser l’avantage et déclencher l’opération militaire qu’il ordonna en 2022 ? C’est un mystère auquel l’Histoire apportera peut-être une réponse un jour.
Peut-être espérait-il encore obtenir par la diplomatie ce qu’il n’a ensuite cessé de réclamer pendant huit ans : la neutralisation de l’Ukraine et l’organisation d’une nouvelle architecture de défense en Europe.
N’ayant rien obtenu et assistant à « l’otanisation » progressive de l’Ukraine, il a estimé que la sécurité de la Russie était menacée et a ordonné l’opération que l’on connaît.
Peu d’observateurs pensaient que Poutine irait jusqu’au bout de sa logique compte tenu des risques considérables que cette guerre comporte et nul ne peut dire si la Russie en sortira renforcée ou affaiblie. Ce qui est certain c’est qu’elle n’est que l’aboutissement somme toute logique de vingt ans d’histoire.
Cet aboutissement marque clairement la fin d’une époque : celle où la Russie était seule face à l’armada otanesque. Impuissante devant les agressions contre la Serbie (1999) et l’Irak (2003), elle entreprit patiemment de reconstruire un pays et une armée. La seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000) puis les opérations en Géorgie (2008) et surtout en Syrie (2015), marquèrent le retour de la Russie en tant que puissance que les Américains ne pouvaient plus mépriser. Certes, dans l’intervalle (2011), il y eut l’attaque franco-anglo-américaine contre la Libye où les Russes se firent berner. Onze après, l’absurdité de cette opération laisse encore rêveur et, accessoirement, Poutine comprit ce que valait la parole occidentale.
Mais c’est bien sûr l’intervention en Syrie, parfaitement réussie, qui mit Russie et Amérique presque face à face. Saoudiens et Qataris comptaient beaucoup sur le renversement du régime alaouite impie non seulement pour le transport terrestre de leur gaz et leur pétrole, mais aussi pour faire du Proche-Orient un monde sunnite où l’Iran chiite serait isolé. Les gouvernements occidentaux et leurs services secrets, CIA en tête, furent très actifs pour faire réussir ce joli plan mais l’intervention russe détruisit ces glorieuses perspectives.
Sans être tout à fait seule (de nombreux pays africains furent ulcérés par l’affaire libyenne), la Russie ne pouvait compter que sur elle-même pour rompre son encerclement et contrecarrer l’hégémonie américaine.
L’invasion de l’Ukraine semble clôturer cette période pour en ouvrir une autre : l’apparition, enfin, d’un monde multipolaire.
Aujourd’hui, il est de bon ton de se gausser de la stratégie de Poutine. D’obscurs galonnés en retraite se succèdent sur les chaines d’infos pour nous expliquer avec jubilation que l’invasion russe (il faut dire agression sinon on n’est plus invité) aboutit au résultat inverse de celui recherché : elle a soudé l’Ukraine et réveillé l’OTAN.
C’est un prisme, mais on peut en avoir un autre : la Russie reconquiert la partie russophone d’un pays qui, au fond, n’a jamais existé car issu de deux mondes trop différents, voire hostiles, et qui n’ont ni la même histoire, ni la même langue, ni la même religion. Par ailleurs, l’OTAN est une machine de guerre exclusivement américaine et l’Europe a encore perdu une belle occasion d’être autre chose que le larbin de Washington.
Mais au-delà de ces analyses divergentes auxquelles seul l’avenir apportera une réponse sûre, il faut observer avec attention l’attitude du reste du monde, hors de l’autosatisfaction occidentale. Trente-cinq pays ont refusé de voter la condamnation de l’invasion et douze n’ont pas pris part au vote. De nombreux autres l’ont votée du bout des lèvres mais comptent bien ne pas se mêler d’un conflit européen qui ne les concerne pas.
Les continents rétifs sont essentiellement l’Afrique et l’Asie. Le même phénomène s’était produit en 2014. Mais il y a cette fois des éléments nouveaux.
Concernant l’Afrique tout d’abord. Depuis dix ans, Russes, Chinois et Turcs ont considérablement augmenté leurs implantations tant économiques que militaires. Pendant ce temps, les Américains n’ont jamais été aussi absents (ils n’ont de toute façon à peu près rien compris à l’Afrique) et les Français sont en perte de vitesse. L’échec de l’opération Barkhane (car il faut bien parler d’échec), va coûter cher.
De plus, les Africains en ont assez des leçons de morale occidentales sur les droits de l’homme, concept à géométrie extrêmement variable qui n’émeut plus personne quand il s’agit de parler affaires avec l’Arabie Saoudite ou le Qatar. Quant aux leçons sur la corruption elles n’ont plus aucun sens après l’aide massive à l’Ukraine…
Ce n’est guère mieux en Asie : le Proche-Orient se sent moins protégé par le parapluie américain et contre qui finalement ? L’Arabie Saoudite parle beaucoup avec la Russie (qui n’évoque jamais l’assassinat de l’opposant Khashoggi) et le Qatar ne s’entend pas si mal avec l’Iran avec qui il partage un immense gisement de gaz. Les Emirats Arabes Unis, de leur côté, ont leur propre diplomatie, très indépendante de Washington.
Ce n’est guère mieux dans le reste de l’Asie si l’on met à part le Japon et la Corée du sud, indéfectibles alliés des Etats-Unis.
Mais l’évènement le plus important concerne la montée en puissance des BRICS. Cette alliance encore perfectible regroupant le Brésil, la Russie, l’Inde la Chine et l’Afrique du Sud, a elle aussi connu un coup de fouet comme l’a confirmé le sommet du mois de juin organisé en Chine. La Russie renforce ses exportations de gaz et de pétrole pour contourner les sanctions et surtout l’axe Moscou-Pékin y prend une consistance inédite. Certes le Brésil est un maillon faible avec un Bolsonaro très pro-américain, surtout depuis qu’il est devenu évangélique pour se faire élire, reniant ainsi sa foi catholique.
Mais l’Iran frappe à la porte tout comme l’Algérie. A terme, les BRICS pourraient devenir le pendant du G7 occidental, c’est en tout cas son ambition. Mais pour cela, il doit accomplir une tâche immense, clé de voûte d’un éventuel succès : la dédollarisation de ses échanges. L’objectif est là, il faut maintenant le concrétiser. Une transaction de gaz entre l’Iran et la Chine a été récemment payé en yuan, et c’est une première.
C’est ainsi que d’un monde unilatéralement dominé par l’Amérique depuis la chute du Mur, il sera peut-être possible de passer à un monde plus équilibré, peut-être multipolaire mais peut-être pas finalement : en face de Washington et ses alliés, un axe Pékin-Moscou peut s’enraciner et entraîner beaucoup de pays. Un monde bipolaire donc, inédit celui-là.
Rapatriés ? Que non !
Bernard Antony, président de l’Agrif communique
Une fois encore, on se moque des Français et notamment des rapatriés d’Algérie et d’ailleurs en osant titrer, comme ce jour dans le Figaro : « La veuve d’un terroriste du Bataclan a été rapatriée de Syrie ». Non la dame Kahina Samy Aminour, veuve du tueur du Bataclan Samy Aminour n’a pas été « rapatriée » !
Sa patrie n’a jamais été la France ! Et leur ignoble appartenance a été dans l’Etat islamique dit « Daesh ».
C’est en Syrie où elle a été complice des pires atrocités que cette Kahina doit être jugée.
Dans une prison française, elle sera considérée comme une héroïne par la faune islamiste qui peuple nos prisons et tôt ou tard, elle sortira, sans doute ivre de vengeance, prête à être à nouveau complice de quelque terroriste ou de tuer elle-même.
N’a-t-elle pas déclaré : « J’ai encouragé mon mari à partir pour terroriser le peuple français qui a tant de sang sur les mains.» (sic)
La vérité, c’est que ce sont les gouvernants qui font entrer en France de pareilles criminelles qui ont du sang sur les mains.
“Nous prions beaucoup pour le Pape.”
A l’occasion du voyage apostolique du Pape François, la chaîne KTO a pu échanger avec Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie d’Astana.
334 victimes par jour dans les transports commis par une majorité d’étrangers
Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, les vols et violence dans les transports ont augmenté de 4% en 2021 et près de six mis en cause sur dix sont identifiés comme étant étrangers.
Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), rattaché à Gérald Darmanin, rapporte que cette hausse de 4% des vols et violences dans les bus, trains, tramways, métros et autres RER représente plus de 122 000 victimes en un an, soit un rythme moyen de 334 victimes par jour, uniquement pour ces types d’infractions.
La très grande majorité des mis en cause impliqués dans des vols ou des violences dans les transports en commun sont des hommes (88 %), soit autant que tous lieux confondus (87 %). En outre, 36 % sont identifiés comme mineurs et plus de la moitié sont enregistrés comme étrangers (56 %), deux phénomènes spécifiques aux transports en commun. Tous lieux confondus, ces proportions sont respectivement de 16 % de mineurs et 19 % d’étrangers. La surreprésentation des mineurs et des étrangers parmi les mis en cause dans les transports en commun est particulièrement importante pour les vols sans violence, en lien avec l’existence de filières de criminalité organisée exploitant notamment des mineurs isolés.
L’Etat va-t-il lutter contre le divorce ?
En Conseil des ministres, mercredi, le ministre des solidarités, de l’autonomie et des personnes handicapées, Jean-Christophe Combe, a présenté une communication relative aux mesures en faveur des familles monoparentales :
Le nombre de familles monoparentales n’a cessé d’augmenter au cours des trente dernières années, jusqu’à représenter aujourd’hui un quart des familles. Elles sont particulièrement exposées à un risque de précarité puisque 41 % des enfants qui vivent avec un parent isolé sont pauvres, contre 21 % pour l’ensemble des enfants. Elles sont enfin au cœur des enjeux en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, puisque dans 80 % des cas, le parent isolé est une femme.
C’est pour l’ensemble de ces raisons que, sous l’impulsion du Président de la République, l’accompagnement des familles monoparentales a été une priorité du précédent quinquennat et l’est encore plus pour celui qui s’ouvre.
En effet, la précédente mandature a vu la réalisation d’avancées majeures en leur faveur : augmentation de 30 % des aides à la garde individuelle d’enfant, encouragement au développement des crèches à vocation d’insertion professionnelle, qui permettent à davantage de mères de s’inscrire durablement dans l’emploi et sécurisation du revenu des mères isolées grâce au service public des pensions alimentaires.
Parce qu’entre 30 et 40 % des pensions sont impayées, de nombreuses mères seules vivent avec une véritable épée de Damoclès au-dessus de leur tête et ressentent au quotidien une injustice sociale majeure. Le service public des pensions alimentaires a vocation à changer cette situation : non seulement en corrigeant les impayés le plus vite possible, mais surtout en les prévenant, grâce à la Caisse d’allocations familiales qui joue le rôle d’intermédiaire entre les deux parents, et peut engager immédiatement les démarches pour récupérer la pension en cas de difficulté. Aujourd’hui, plus de 136 000 demandes d’intermédiation financière ont été reçues depuis octobre 2020. A partir du 1er janvier 2023, ce dispositif sera mis en place automatiquement pour toutes les séparations, sauf opposition des deux parents, dès qu’une pension alimentaire sera fixée.
Conformément à l’engagement présidentiel de soutenir ces mères seules, le soutien de la collectivité à ces parents isolés sera poursuivi et amplifié dès cet automne par l’augmentation de 50 % de l’allocation de soutien familial (ASF). L’ASF est une aide essentielle au bénéfice des familles les plus fragiles car elle correspond à la pension alimentaire minimale. Pour autant, son montant est inférieur à celui de la pension alimentaire moyenne (170 euros), ce qui conduit à un accroissement des inégalités sociales entre ces familles, souvent ces femmes, et le reste de la population.
C’est pourquoi 900 millions d’euros seront désormais investis chaque année pour relever le montant de cette prestation, qui touche 1,313 million d’enfants et 815 000 foyers, de 123 euros à 184 euros par enfant et par mois. Ce supplément d’ASF ne sera pas pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active et de la prime d’activité, pour éviter que cette revalorisation ne soit neutralisée par une baisse symétrique de ces allocations. La mesure s’appliquera dès l’ASF due au titre du mois de novembre 2022, et permettra d’abaisser le taux de pauvreté des familles monoparentales de 2,2 points, et donc de lutter contre une précarité qui touche très majoritairement des femmes.
Seront par ailleurs prochainement concrétisés deux autres projets particulièrement à même de faciliter la vie des mères seules, à savoir le service public de la petite enfance d’une part, l’extension des aides à la garde d’enfant jusqu’à l’entrée au collège d’autre part. Ces deux évolutions seront majeures pour l’égalité entre les femmes et les hommes, car elles offriront des solutions adaptées (horaires atypiques par exemple) permettant davantage à ces mères isolées de travailler. Elles permettront aussi une meilleure organisation de la vie familiale, un accès au marché de l’emploi facilité, ainsi que le dégagement de temps de repos et de répit.
Enfin, le volet « prévention » des politiques d’accompagnement des familles devra être renforcé, notamment la prévention des conflits intrafamiliaux et des ruptures des liens familiaux. C’est un sujet d’intérêt pour les enfants, pour les parents – notamment pour les femmes – ainsi pour la collectivité dans son ensemble.
“Prévention des ruptures des liens familiaux” ? Une restriction au divorce ?
Mgr Müller “dans le collimateur des machinations et des mensonges de ceux qui abusent du concept de réforme de l’Église en faveur de leur programme anti-catholique.”
Entretien avec le cardinal Müller, 26 août 2022
Avec l’aimable autorisation de la Correspondance Una Voce, kath.net publie cette interview initialement parue dans Una Voce. (Traduction d’une religieuse pour Le Salon beige)
Martin Lohmann : Éminence, on rapporte qu’au cours des derniers mois, vous avez accepté l’invitation de deux communautés de droit pontifical à effectuer des ordinations dans le rite traditionnel. Vous étiez à l’abbaye bénédictine du Barroux dans le midi de la France et à l’Institut du Bon Pasteur près de Chartres. Était-ce votre première expérience de l’ancienne liturgie en tant que célébrant ?
Cardinal Gerhard Müller : J’ai accepté l’invitation à conférer les ordinations, non pas à cause de la liturgie dite ancienne, mais à cause du mandat du Christ aux apôtres et à leurs successeurs d’établir des évêques, des prêtres et des diacres comme ministres de l’Église. Au sujet de la mission et de l’autorité des évêques dans la succession apostolique, nous pouvons tous relire [les assertions qui figurent] déjà dans la première lettre de saint Clément, 42-44, ou dans Hippolyte de Rome, Tradition Apostolique 2 ; 7 ; 8.
Mais c’était aussi la première fois que je célébrais la liturgie dans la forme universellement utilisée dans l’Église latine jusqu’en 1967, qui a été établie par Benoît XVI comme rite extraordinaire et peut encore aujourd’hui être valablement et licitement célébrée sous certaines conditions. Je ne suis donc pas passé dans un quelconque camp liturgique, car je refuse, en tant que catholique, évêque et théologien, une logique partisane, laquelle est d’entrée de jeu absolument anti-catholique.
Je ratifie avec une pleine conviction les principes de la « Liturgie renouvelée » selon les normes données par la Constitution liturgique de Vatican II, avant tout la participation pleine, consciente, active et pieuse de tous les fidèles au culte de Dieu et à la médiation de la grâce, selon « Sacrosanctum Concilium » 2, 14. Mais même François, malgré la restriction de la célébration de la sainte messe selon le rite antérieur, a pointé les abus dévastateurs de ceux qui transforment la Divine Liturgie en divertissement fantaisiste et en autoportrait.
Lohmann : Le pape Benoît XVI avait, par son motu proprio « Summorum Pontificum » du 7 juillet 2007, clairement fait voir qu’il ne pouvait y avoir de conflit entre les liturgies. Et, en tant que bâtisseur de ponts, il avait clairement fait voir que la liturgie dite ancienne devait être tout aussi normale que la nouvelle liturgie, célébrée dignement. Les deux ordinations que vous venez d’accomplir ont eu lieu après que François eut publié le motu proprio « Traditionis Custodes ». Pour le dire poliment, celui-ci entretient bien une certaine tension par rapport à « Summorum pontificum ». Qu’est-ce que cela signifie pour vous en tant que célébrant ? Et : Comment faut-il interpréter authentiquement « Traditionis custodes » ? Les deux ne sont guère possibles ensemble. Dans notre entretien en vue du livre « La vérité, l’ADN de l’Église » de 2020, vous avez honoré la sagesse du pape Benoît ainsi que sa capacité d’être un bâtisseur de ponts particulièrement dans ces questions tellement essentielles.
Cardinal Müller : Avec son puissant jugement théologique et sa formation humaniste complète, le pape Benoît a fait la sage distinction entre le rite ordinaire et le rite extraordinaire. Il a ainsi sauvé pour le présent toute la richesse spirituelle et la profondeur de l’histoire liturgique latine. Par contre, chaque fois que l’on se laisse guider par des préjugés et des ressentiments, des décisions sont prises qui ont des conséquences négatives pour la communauté ecclésiale, son unité et le service de la foi. La forme liturgique extérieure – au-delà de la forme et de la matière immuables remontant au Christ et aux Apôtres – est modifiable, et elle s’est acquis une riche expression culturelle dans les nombreux rites légitimes de l’unique Église catholique (« Sacrosanctum Concilium » 2). Je pense que les conseillers qui ont poussé le pape François à [publier] « Traditionis Custodes » étaient davantage guidés par un fanatisme idéologique que par une vision plus profonde de la doctrine catholique des sacrements et de la théologie dogmatique catholique en général. [L’argument d’un] lien entre la préférence pour l’ancienne forme de la liturgie, préférence manifestée par un groupe important de catholiques – en particulier des jeunes – et un rejet de Vatican II, n’est pas crédible. En effet, à Rome, du côté des responsables, on laisse subsister les hérésies du chemin synodal allemand [tracé par] les fonctionnaires laïcs et des évêques, hérésies qui contredisent diamétralement, dans son ensemble et dans le détail, l’enseignement de Vatican II sur la sacramentalité de l’Église, le sacerdoce, le mariage et la morale sexuelle.
Ici, on voit davantage la paille dans l’œil du frère, et on ne remarque pas la poutre dans son propre œil. En cette heure dramatique de l’Église universelle, mon conseil serait de se soucier de l’essentiel de la foi et de ne pas se disperser dans des questions d’ordres variables. Et de créer la réconciliation au lieu de susciter encore et encore de nouveaux troubles. Car « l’évêque de Rome, en tant que successeur de Pierre, est le principe et le fondement permanent et visible de l’unité de la multitude des évêques et des croyants » (« Lumen Gentium » 18, 23).
Lohmann : Il est vrai que vous avez clairement critiqué « Traditionis Custodes », très rapidement après sa publication. Vous êtes considéré, si l’on peut dire, davantage comme un homme de la raison, comme un « penseur à froid » et moins comme un homme « d’émotions ». Puis-je vous demander si, après avoir célébré cette liturgie, vous comprenez plus facilement pourquoi tant de catholiques sont de tout cœur attachés à cette « forme » de célébration de la messe ? On me rapporte régulièrement que surtout des jeunes trouvent accès à la foi à travers cette liturgie. Ce n’est donc probablement pas une question de nostalgie.
Cardinal Müller : Ce qui importe toujours, c’est l’accord entre la pensée, le sentiment et l’action. L’opposition se trouve plutôt entre une idéologie politisante produite par l’homme, qui conduit à l’intolérance, et la théologie, qui n’est rien d’autre qu’une démarche pour comprendre la foi révélée avec la raison, sans soumettre la foi à notre raison limitée et sans enfermer l’inépuisable mystère de Dieu dans nos catégories selon la devise : Dieu ne peut faire que ce que je peux imaginer. Je célèbre moi-même la liturgie avec conviction sous la nouvelle forme ; mais je comprends aussi que face aux abus absurdes et à l’auto-sécularisation des prêtres dits progressistes, il y a le désir d’une liturgie digne et de prêtres pieux et croyants – spécialement chez les jeunes, qui ne veulent pas appartenir superficiellement à une Église de fonctionnaires, mais dans un profond amour pour le Christ veulent appartenir à l’Église comprise comme Maison de Dieu, Corps du Christ et Temple du Saint-Esprit. La mesure de la liturgie est l’adoration de Dieu, le sacrifice et le don de soi, et non pas la popularité auprès des fidèles comme celle d’une vedette auprès de son public.
Lohmann : Les deux communautés que vous avez visitées étaient à l’origine étroitement liées à Mgr Lefebvre. Pendant le temps où vous étiez évêque de Ratisbonne, vous aviez le séminaire de Zaitzkofen pratiquement à votre porte, et comme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, vous vous êtes occupé du « dossier ». Les ordinations récentes étaient-elles des contributions à la construction de ponts ? Et après ? Comment les choses peuvent-elles continuer dans une Église qui doit se préoccuper de la confession du Fils de Dieu ressuscité et qui célèbre dans sa liturgie le noyau le plus sacré de son existence ? Dans notre conversation pour le livre, vous avez dit : la liturgie est quelque chose de sacré, la rencontre avec le Dieu saint qui nous fait participer à sa vie. On pourrait dire que toute la vie de l’Église se concentre et culmine ici. Pour l’Église, tout provient de là. D’où ma question : Comment cela peut-il, comment cela doit-il, comment cela devrait-il continuer ? Quelle est l’importance de la construction de ponts liturgiques ?
Cardinal Müller : La séparation d’avec la pleine unité de l’Église des personnes autour de Mgr Lefebvre est enveloppée dans le nuage de la tragédie. L’ordination de quatre évêques sans la permission de Rome et même contre l’interdiction expresse ne peut être acceptée en aucun cas, étant la violation la plus grave possible de l’unité des évêques cum et sub Petro (avec et sous le pape romain). Mais d’autre part, il ne peut être exigé par Rome plus d’obéissance qu’il n’en découle de la vérité de l’évangile et [des exigences] de la communion visible de l’Église. Il ne faut absolument pas que tous se laissent assermenter sur une « nouvelle ligne » lorsqu’il y a un changement de pape. Nous ne sommes pas un parti politique et [notre] vision du monde n’est certainement pas totalitaire.
Ceux qui se revendiquent eux-mêmes comme des progressistes, qui ont lutté avec véhémence contre Jean-Paul II et Benoît XVI jusqu’à mettre hérétiquement en question l’institution divine de la papauté, voient maintenant en François « l’un d’entre nous », comme ils disent. Ce serait maintenant l’occasion de donner à leur fraction le pouvoir exclusif dans l’Église, en contraignant les « traditionalistes » et les « catholiques fondamentalistes » à l’obéissance, avec l’aide de la plénitude de la puissance pontificale rendue absolue, jusqu’au refus des vérités révélées de la foi contenues dans l’Écriture Sainte, [dans] la Tradition apostolique et [dans] les dogmes définis par le Magistère. C’est aussi l’arrière-fond de l’opinion, entièrement non-catholique, que le pape François pourrait introduire des réformes irréversibles du droit purement ecclésiastique. Sont irréversibles uniquement les décisions du Magistère, qui touchent à la foi révélée et à la constitution sacramentelle, de droit divin, de l’Église. L’astuce ici est qu’ils divisent les catholiques selon leur goût en amis et en ennemis du pape. Et ils définisssent, comme dans les états totalitaires, l’appartenance au bon camp, et liquident en toute légitimité les ennemis du système. Mais un chrétien libre n’a pas à se laisser intimider par les puissants de ce monde.
Lohmann : Jusqu’à présent, la critique du Novus Ordo – comme ce journal la pratique depuis des années – a été comprise par la plupart des évêques comme une critique du Magistère. Cependant, la critique de la liturgie préconciliaire n’a jamais été interprétée de cette manière. En tant que théologien, à quoi doit-on faire attention avant tout dans une relecture du problème des réformes liturgiques ?
Cardinal Müller : On ne peut jamais, en tant que catholique, critiquer la substance des sacrements, ou leur forme et matière, instituées directement par le Christ ou indirectement par les apôtres. Par exemple, nous ne pouvons remplacer l’eau dans le baptême ou le pain et le vin dans l’Eucharistie par d’autres signes matériels. Et nous ne pouvons pas transformer les sacrements, qui sont des moyens et des signes de la grâce sanctifiante, en symboles religieux pour une simple édification intérieure subjective. D’autre part, il ne serait pas correct d’absolutiser une forme développée de la liturgie et ses signes interprétatifs, ou, au contraire, de la reconstruire de manière rationaliste à partir du bureau du liturgiste sans tenir compte du développement de sa forme. L’alternative n’est pas ici entre un retour total à l’ancienne liturgie ou une absolutisation du Novus Ordo, qui peut également être modifié dans des éléments liturgiques particuliers. Il faut se méfier aussi bien du rubricisme tout extérieur que d’une manière superficielle [qui s’assimile à] du divertissement.
Lohmann : Vous avez inventé le terme « synodalité allemande ». Qu’est-ce qui s’est mal passé dans l’Église en Allemagne, pour que nous vivions aujourd’hui des situations comme en 1517 : la pré-réforme ! Et quel est le rôle de la liturgie dans ce contexte ? Ce n’est certainement pas un hasard si parmi les personnes attachées à la tradition on ne trouve aucun adepte de la voie dite synodale.
Cardinal Müller : Le parallèle [entre 1517 et maintenant] n’est pas dans le sérieux religieux qui a inspiré les « réformateurs » et également leurs critiques catholiques, mais dans le manque de formation théologique et dans le manque d’un esprit véritablement catholique de l’épiscopat d’alors et d’aujourd’hui. La motivation première des pasteurs de l’Église à cette époque n’était pas la vérité de l’évangile et la détermination de proclamer la parole de Dieu – qu’elle arrange ou non – mais plutôt la préservation de leur bénéfice épiscopal. A cette mentalité mesquine correspond aujourd’hui le désir de bien paraître dans les médias et dans l’opinion publique. Celui qui relativise la Parole de Dieu dans les Saintes Écritures, dans la liturgie et dans l’enseignement de l’Église, et qui fait de ce qu’on appelle la « réalité de la vie » et des thèses pseudo-scientifiques sur le caractère invivable et nocif de l’éthique sexuelle catholique la mesure de son action épiscopale, celui-ci devrait se laisser interroger par l’apôtre Paul qui dit : « Est-ce que je cherche l’approbation des hommes, ou est-ce que je cherche Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ? Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais pas un serviteur du Christ. » (Gal 1, 10)
Lohmann : Beaucoup ne parlent plus du tout de l’Église [catholique] en Allemagne, mais – ce qui est théologiquement erroné – de l’Église Allemande. Cela, disiez-vous, serait ou est un nationalisme hérétique. Vous parlez de provincialisme et de germanisme. On dirait parfois qu’il y a une nouvelle mentalité dominante au sein de l’Église en Allemagne. Est-ce vrai ?
Cardinal Müller : Vous avez raison : on parle à répétition – et même les évêques le font – de l’Église allemande. Pour une oreille théologiquement formée, cela sonne comme une frappe de marteau lors d’une retraite silencieuse. De fait, il serait correct de parler de l’Église catholique – aux États-Unis, en Pologne ou en Allemagne. C’est l’Église, une, universelle et catholique, présente « dans » un pays particulier. Si l’on parle consciemment de « l’Église allemande », alors c’est bien du germanisme. C’est une sorte d’arrogance nationaliste, comme si toute la foi chrétienne, la constitution de l’Église et toute la mission du Christ devaient passer par une germanité métaphysiquement chargée.
Lohmann : Mais ce serait une pure hérésie, n’est-ce pas ? Serait-ce hérétique ?
Cardinal Müller : C’est primaire et hérétique, et c’est aussi totalement provincial. Je trouve effrayant quand précisément les Allemands revendiquent d’une manière ou d’une autre la direction de l’Église universelle tout entière. Par quels [arguments] cela pourrait-il être justifié ? Par les gros porte-monnaies de notre Église en Allemagne ? Tout ce qui cultiverait un complexe de supériorité allemand devrait vraiment être évité. Sinon, ce serait de la plus niaise mesquinerie déguisée en mégalomanie. Nous n’avons pas besoin d’une arrogance allemande. Cela ne sert à rien.
Lohmann : Derrière cela se cache une image insuffisante, une fausse image de l’Église ?
Cardinal Müller : Oui. certes, on ne nie pas que l’Église soit en quelque sorte le sacrement originaire, mais on se comporte tout autrement dans la vie de tous les jours. Pensez aux Journées [des] Catholiques. Ce sont surtout les politiciens de certains partis qui jouent ici un rôle. Il y a un pré-filtrage conforme au courant dominant. Et lorsqu’un ancien président américain déclare lors d’un congrès eccésial que toutes les religions sont égales et que personne ne peut prétendre à la vérité, il reçoit un tonnerre d’applaudissements. Des chrétiens applaudissent à de telles affirmations et ils se relativisent eux-mêmes, ils renient le Christ et la vérité de Dieu révélée par Lui. Qu’on s’imagine : les chrétiens nient que le Christ est le seul médiateur entre Dieu et l’homme. Visiblement, beaucoup même parmi les chrétiens ne savent plus que le Christ ne peut pas être réduit au rôle d’un fondateur de religion parmi beaucoup d’autres, ou d’un homme religieux impressionnant qui a su donner une impulsion.
Lohmann : Vous avez dit un jour que c’était un gigantesque complexe d’infériorité chrétien.
Cardinal Müller : Juste. Et je répète volontiers : Quiconque se réfère au Christ et croit vraiment en lui n’a vraiment aucune raison d’avoir [ce complexe]. En tant que chrétiens, nous ne sommes assurément pas seulement une des parties prenantes d’un conflit politique. En fin de compte, c’est une forme d’autodiminution qui ne rend vraiment pas justice à Jésus-Christ.
Croire en lui, ce n’est pas faire du lobbying pour sa propre communauté, mais [la foi] nous conduit à la pro-existence, à l’être-pour-les-autres. Notre christianisme n’est pas une revendication de supériorité satisfaite, mais un service aux personnes dans leur recherche de la vérité et de la justice, que nous devons à notre foi en Dieu, [foi] que nous devons transmettre. Partout où les droits humains sont blessés, nous devons intervenir en paroles et en actes.
Lohmann : Vous avertissez à répétition du danger d’une perte de foi au sein également de l’Église. Ce danger est-il vraiment grand et est-il concrètement reconnaissable ? Peut-être par une adaptation au monde à trop bon compte ?
Cardinal Müller : Évidemment. La chose la plus importante serait de proclamer la foi et de donner aux gens le pain de l’évangile au lieu des pierres de l’adaptation. La sécularisation et la politisation ne rendent précisément pas plus attractif ‒ pour employer ce terme qui cependant ne convient pas à la réalité ecclésiale. L’Église ne devient pas plus attrayante quand elle dit ce que le monde sait déjà sans cela. Elle est là pour le monde, mais elle n’est pas du monde.
Lohmann : Nous sommes face à un synode sur la synodalité. Bien que ce terme soit sur toutes les lèvres, très peu de catholiques pourront en faire quoi que ce soit. À quoi s’attendre ? N’y a-t-il pas le danger d’un malentendu complet, comme pour beaucoup de termes après Vatican II ? A la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, vous aviez œuvré pour limiter les dégâts.
Cardinal Müller : La synodalité est une abstraction tirée de l’autorité de tout l’épiscopat réuni dans un synode, un concile, afin de délimiter le véritable enseignement révélé par rapport à l’hérésie. Maintenant, nous assistons à une inflation de ce terme [qui devient] un passe-partout pour se confondre avec une idée fausse du « sensus fidei fidelium » (« Lumen gentium » 12). Il ne s’agit pas du renouvellement de l’Église dans le Christ. Mais du remplacement de la vérité qui vient d’en haut, de l’autorité de Dieu qui se révèle, par la sagesse qui vient du peuple, la voix du peuple, l’esprit du peuple au sens romantique du terme – au moyen d’une démocratie guidée, guidée par la direction du synode, qui a déjà infiltré les résultats dans les discussions. Au final, il en sortira ce qui a été mis dedans.
Même si l’on est en contradiction avec la Parole de Dieu, le tout sera rendu inattaquable et irréversible par la référence au Saint-Esprit, référence en soi étrangère au système. Car ici, Jésus n’est plus la Parole du Père, qui s’est révélée définitivement comme la vérité. Il n’est que celui qui a donné une impulsion, il y a bien longtemps, et qui ne pouvait pas dépasser son horizon. Mais aujourd’hui, nous avons une conscience supérieure qui comprend mieux et de façon plus définitive la vérité sur Dieu et sur l’homme, suivant les inspirateurs universitaires des évêques à la manière catholique allemande. Après Jésus, les nouveaux prophètes parmi les professeurs de théologie progressistes, les évêques « prêts à la réforme » et les fonctionnaires du ZdK[1] ouvrent la voie à l’avenir d’une Église de catholiques qui se sont libérés de la tutelle de Dieu, du Christ et du magistère des apôtres, et qui s’admirent et s’adorent eux-même dans la certitude inébranlable et arrogante de l’autonomie de [leur] conscience.
Lohmann : Au cours des derniers mois, d’éminents ex-ecclésiastiques sont passés à l’« Église vieille catholique ». Depuis sa fondation, celle-ci a servi de bassin de rétention pour les prêtres ayant des problèmes de célibat. Un ancien vicaire général semble utiliser le fait de son célibat brisé pour promouvoir son livre de manière très médiatisée. Certains pensent qu’un [ancien] schisme est ici instrumentalisé afin de favoriser une autre scission. Est-ce de ce côté-là qu’on prépare le schisme ? Ou, autrement dit : Avons-nous depuis longtemps un schisme dans les faits, qui n’a plus « qu’à » être officiellement prononcé ?
Cardinal Müller : Une mise en scène médiatique réussie fondée sur la formule « Arrêtez le voleur ». L’art subtil de se styliser soi-même comme victime de [ce qui n’est que] sa propre hypocrisie [vécue pendant] de longues années, cet art apporte des applaudissements tonitruants et de riches profits. Derrière le masque de la réforme se cache bien l’apostasie de la foi catholique [et le rejet] du Dieu Trinité, de sa présence dans le Christ [grâce à] l’Incarnation et de sa médiation [à travers] l’Église et les sacrements. C’est la foi, reçue comme un don de la grâce, que nous avons professée au baptême et si souvent renouvelée dans la liturgie.
Lohmann : Revenons à la liturgie, accomplissement spécifique de l’essence de l’Église : Que conseillez-vous aux personnes, parfois découragées, qui sont attachées à la forme traditionnelle de la messe, et qui, après « Traditionis Custodes », tombent dans des détresses existentielles du point de vue liturgique ? Et que conseillez-vous à ceux des catholiques qui, dans leurs « paroisses Novus Ordo », souffrent de plus en plus des atrocités liturgiques et des caprices synodaux de leurs curés – ou du moins sous leur surveillance – mais qui, selon « Traditionis Custodes », n’ont aucune perspective d’ouverture de nouveaux lieux où soit célébrée l’ancienne messe ?
Cardinal Müller : Il ne s’agit pas d’une alternative entre l’ancienne et la nouvelle forme de la liturgie du rite romain, mais de la vérité de la foi, de l’adoration de Dieu et de la médiation de la grâce, qui doivent être déterminantes pour les deux formes. Tout croyant a le droit et le devoir de vivre la foi catholique et d’en témoigner. En situation de détresse, il peut et doit signaler à son évêque ou à son curé les hérésies ou les abus dans la liturgie ou les abus du pouvoir spirituel. Il peut aussi aller là où il n’y a pas d’apostasie.
Nous savons que les catholiques pseudo-réformateurs autoproclamés, faute d’arguments, agissent de manière autoritaire et méprisante envers les gens, et que les évêques et leurs agents abusent du pouvoir clérical. Ils se rendent gravement coupables devant Dieu et devant l’Église lorsqu’ils contraignent les prêtres au blasphème et à la tromperie de la bénédiction [des unions] homosexuelles, lorsqu’ils exigent [d’eux] de donner la sainte communion aux non-catholiques, et bien plus encore.
Être objet d’hostilités, c’est le lot de ceux qui tiennent au Christ également là où il ne trouve pas les applaudissements des masses. Celles-ci rugissent aujourd’hui leurs Hosannas et le lendemain leur Crucifige à travers les larges rues. La foule ne s’arrête même pas devant un homme d’Église aussi pieux et cultivé que Benoît XVI. Il n’y a pas d’endroit sûr, comme saint Paul le savait déjà, face aux persécutions de l’extérieur et aux hostilités à l’intérieur de l’Église. Je peux le dire moi-même dans ma position d’évêque et de cardinal, qui depuis vingt ans se trouve dans le collimateur des machinations et des mensonges de ceux qui abusent du concept de réforme de l’Église en faveur de leur programme anti-catholique.
Ceux qui ont besoin de réconfort et ceux qui réconfortent jouent désormais un rôle interchangeable. Devant l’écharde dans la chair du Christ, que l’Apôtre ressent douloureusement également dans sa propre chair à travers toutes les persécutions à cause du Christ, l’Apôtre entend uniquement la réponse de Dieu : « Ma grâce te suffit ; car la force s’accomplit dans la faiblesse. » Je me glorifierai bien plus volontiers de ma faiblesse, afin que la puissance du Christ vienne sur moi. C’est pourquoi j’accepte mon impuissance, toutes les vexations et les détresses, les persécutions et les craintes que j’endure pour le Christ ; car quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. (2 Co 12, 9s).
Lohmann : Monsieur le cardinal, merci beaucoup pour cet entretien.
Le journaliste MARTIN LOHMANN, né en 1957 à Bonn, a étudié l’histoire, la théologie catholique, la philosophie et les sciences de l’éducation. Il était directeur adjoint de l’association des « Entrepreneurs catholiques » (Cologne), dirigeait la rubrique « Le chrétien et le monde » de l’hebdomadaire « Rheinischer Merkur », dont il fut à la fin le rédacteur en chef adjoint, et il dirigeait en tant que rédacteur en chef la « Rhein-Zeitung » (Coblence). Plus tard, il fut rédacteur en chef de la chaîne K-TV. Il appartient au « Nouveau cercle des étudiants de Joseph Ratzinger / Pape Benoît XVI ». Il a publié de nombreux livres sur l’Église et la société. En qualité de modérateur, il a animé une centaine de fois l’émission en direct « MünchenerRunde » de la Télévision Bavaroise. Lohmann est entre autres Chevalier pontifical du Saint-Sépulcre de Jérusalem ainsi que Chevalier Marial de la Vierge Noire de Jasna Gora à Czestochowa et membre de la Fraternité romaine Santa Maria dell’Anima. Pendant de nombreuses années, il a dirigé, à titre de président (bénévole), l’association « Droit à la Vie ». Il est le directeur de l’Académie pour la Vie de Bonn.
[1] « Zentralkomitee der deutschen Katholiken » (Comité central des catholiques allemands), organisme laïc, chargé, avec la Conférence des évêques, d’encadrer le Chemin synodal.
Ne dites plus “grand remplacement”
Dites
meilleure répartition des étrangers accueillis sur le territoire, notamment dans les espaces ruraux, qui eux sont en train de perdre de la population
Un projet de loi sur l’asile sera déposé début 2023, a annoncé le président Emmanuel Macron.
“Nous devons réformer nos procédures pour pouvoir aller beaucoup plus vite et c’est indispensable”.
“Notre politique, aujourd’hui est absurde” car elle “consiste à mettre des femmes et des hommes qui arrivent, qui sont dans la plus grande misère” dans les quartiers les plus pauvres.
Cette politique “est tout à la fois inefficace et inhumaine, inefficace parce que nous nous retrouvons avec plus d’étrangers en situation irrégulière que nombre de nos voisins, inhumaine parce que cette pression fait qu’on les accueille trop souvent mal”. “Nous devons réformer nos procédures pour pouvoir aller beaucoup plus vite et c’est indispensable. Il faut préserver les droits fondamentaux de toute personne mais il faut pouvoir aller beaucoup plus vite, avant toute chose, pour lutter contre toutes les pratiques dilatoires”.
Il faut “différencier les procédures”, “accélérer leur instruction” et “intégrer beaucoup plus vite et beaucoup mieux celles et ceux qui ont même un titre provisoire par la langue et par le travail”, a relevé le chef de l’Etat.
Il a plaidé pour une meilleure répartition des étrangers accueillis sur le territoire, notamment dans les “espaces ruraux, qui eux sont en train de perdre de la population”.
Des immigrés pour aller diversifier les quartiers démocrates
Ron DeSantis, gouverneur républicain de Floride, est facétieux. Il a envoyé deux avions d’immigrés vers une île huppée du nord-est des Etats-Unis, qui a voté Biden à 80%. Un groupe d’une cinquantaine de migrants vénézuéliens, dont des enfants, est arrivé mercredi à Martha’s Vineyard, lieu de villégiature pour les plus fortunés ayant accueilli les Kennedy, les Clinton ou les Obama.
« Des migrants sont en train d’être débarqués à Martha’s Vineyard par des vols affrétés depuis le Texas. Beaucoup ne savent pas où ils sont. Ils disent qu’on leur a dit qu’ils recevraient un logement et un emploi », a tweeté mercredi soir un élu démocrate local, Dylan Fernandes.
« Notre île s’est mobilisée » en fournissant lits, repas et soins, a-t-il ajouté, précisant que les habitants n’avaient pas été prévenus à l’avance de cette arrivée.
Ron DeSantis, qui a assumé la responsabilité de ce transport, rejoint ainsi un mouvement lancé par les gouverneurs républicains du Texas et de l’Arizona, déterminés à envoyer des migrants vers les villes démocrates du nord et de l’est, dans un geste très politique destiné à leurs électeurs.
Ron DeSantis est en pleine campagne pour sa réélection en novembre. Il est également vu comme un potentiel rival pour l’ancien président Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche en 2024. « Les résidents de Martha’s Vineyard devraient être ravis », a ironisé mercredi sur Twitter Christina Pushaw, de l’équipe de communication du gouverneur de Floride.
« Les migrants illégaux rendront la ville plus diversifiée, ce qui est une force. Non ? »
Le gouverneur du Texas envoie des bus de #migrants à la résidence de la vice-présidente Kamala Harris qui prétend que la frontière sud est "sécurisée" : géniale initiative qu'on devrait appliquer en France…
Src : FoxNews pic.twitter.com/MXPqbjFjwR— Gilbert Collard (@GilbertCollard) September 15, 2022
L’Ordre des médecins hostile à l’euthanasie
Le président du Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom), François Arnault, a déclaré :
« Si une assistance au suicide était acceptée, nous serons très attentifs : doit-il être accompagnateur ? Sûrement. Effectuer ? Je ne crois pas. Ce n’est pas son rôle ». « Et l’Ordre n’est pas favorable à l’euthanasie ». « Il faut que la loi protège le médecin dans l’accompagnement qu’il serait amené à faire ».
« Cela doit passer par une clause de conscience, à l’instar de celle qui existe pour l’interruption volontaire de grossesse, avec le devoir de réorienter le patient vers un médecin qui accepte de le prendre en charge ».
Plus largement, le président du Conseil de l’Ordre a jugé la France « très en retard » sur la fin de vie. Selon lui,
« il faut lutter contre ces inégalités d’accès aux soins palliatifs, par la formation, et déjà par l’application de la loi Claeys-Leonetti ».
Et il faut aussi protéger les personnes qui ne souhaitent pas être liquidées :
Un petit rappel fondamental aux sage du #CCNE
L'être humain est encore en vie en fin de vie. Avec mon handicap,ma souffrance je suis témoin que le désir de l'homme est de VIVRE sans souffrance. Sachons l'écouter sans lui mentir. Oui aux soins palliatifs,a mort l'euthanasie . pic.twitter.com/z6ORcoDMmz— Marc-Henri d'ALES (@dALES15) September 15, 2022
Ce qui adviendra après la loi “Fin de vie” :
1. Reportages pour saluer “l'acte d'amour” de ceux qui libèrent un lit dans un "hôpital sous tension”.
2. Débat : “la société doit-elle payer pour les moribonds qui refusent de partir ?”.
3. Déremboursement des soins palliatifs.— Xavier Van Lierde (@LierdeXavier) September 14, 2022
Indiana : une loi pro-vie entre en vigueur
Adoptée début août par les législateurs républicains de l’Indiana, une loi interdisant la plupart des avortements est entrée en vigueur le 15 septembre. Elle pose des exceptions pour le viol et l’inceste jusqu’à la dixième semaine de grossesse, et pour protéger la vie et la “santé physique” de la mère.
Cette loi n’autorise la pratique des avortements que dans les hôpitaux et les centres de consultation appartenant aux hôpitaux. Par conséquent, les cliniques d’avortement perdront leur licence. De plus, un médecin qui pratique de manière illégale l’avortement risque de perdre autorisation d’exercer et peut « faire face à des accusations de crime passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à six ans de prison ».
Cependant, deux recours ont été déposés par l’American civil liberties union of Indiana. L’audience est fixée au 19 septembre.
Entrée en vigueur d’un décret pro-vie en Hongrie
Les femmes hongroises souhaitant avorter seront obligées d’écouter les battements de cœur du fœtus avant de pouvoir accéder à la procédure, selon un nouveau décret publié par le gouvernement du Premier ministre Viktor Orban. La nouvelle réglementation est entrée en vigueur jeudi 15 septembre.
« Près des deux tiers des Hongrois associent le début de la vie d’un enfant au premier battement de cœur », a déclaré le ministère de l’Intérieur, lundi.
La législation hongroise sur l’avortement n’a pas été modifiée depuis 1992. Selon la législation actuelle, les avortements peuvent être pratiqués au cours des 12 premières semaines de la grossesse pour des raisons médicales.
I-Média – Criminalité immigrée : faut-il parler de “francocide” ?
L’image de la semaine
Notre image de la semaine concerne la reprise du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Les médias minorent l’événement, mais pourquoi ? Jean-Yves Le Gallou vous explique les enjeux en coulisse.
Criminalité immigrée : faut-il parler de “francocide” ?
Pour qualifier la criminalité immigrée, doit-on parler de “francocide” ? Eric Zemmour pense que oui et veut imposer son néologisme dans le débat. Clément Victorovitch, chroniqueur chez Quotidien, et le reste de la classe médiatique sont loin de lui donner raison. Découvrez avec nous la bataille politique, linguistique et sémantique de la semaine.
La Revue de presse
Qu’est-il advenu des personnalités que nous avons évoqué la semaine dernière ? Ségolène Royal, Renaud Pila, Alexandra Pizzagalli… Revenez également avec nous sur tous les mensonges proférés par les médias pendant la semaine (il y en a beaucoup).
La reine est morte, vive le roi !
La reine d’Angleterre est décédée et la nouvelle a capté toute l’attention médiatique cette semaine, au point d’occulter tous les autres sujets importants. Une nouvelle lucrative pour les médias qui, entre éloge de la monarchie et envies de réforme de la couronne, n’ont pas cessé d’en parler.
Connaissez-vous Hadès et Perséphone ?
Les éditions jeunesse de de la Nouvelle librairie nous font découvrir l’étonnante légende de Perséphone, déesse du printemps et reine des Enfers !
Quelle est cette jeune fille, si gracieuse avec sa couronne de fleurs ? Hadès ne le sait pas encore, mais celle qui vient d’enflammer son cœur n’est autre que Perséphone, fille de Zeus, dieu du ciel, et de Déméter, déesse de l’agriculture et des moissons. Pour le dieu des enfers, rien ne sera plus comme avant… Sans hésiter, il capture la belle enfant. Mais que deviendra la Terre, si Déméter, dans sa détresse, refuse son aide aux hommes ? Toute la patience d’Iris, la ruse d’Hermès et la sagesse de Rhéa suffiront-elles à adoucir Hadès et Déméter ?
Gudrun Guillaume raconte aux enfants l’étonnante légende de la ravissante Perséphone, la déesse du printemps. Pour les Grecs, la ronde des saisons est donc affaire de dieux et de déesses.
Francocide
“Ils ont commencé à nous insulter, à dire qu’ils voulaient s’en prendre à des petits blancs privilégiés…”
Protester, mais toujours en conduisant plusieurs types d’action simultanément
Extrait d’un entretien donné par Ludovine de La Rochère sur Boulevard Voltaire :
Je pense en effet qu’il est efficace de « protester », c’est-à-dire d’agir, mais toujours en conduisant plusieurs types d’action simultanément. Manifester, par exemple, implique d’abord de mobiliser, donc d’alerter et de décrypter en quoi tel ou tel projet est problématique, voire dangereux. Cela implique aussi de communiquer intensément à l’attention des médias et sur les réseaux sociaux, nos dirigeants étant très sensibles à ce qui se dit. Cela suppose également d’interpeller directement et personnellement les politiques…
Et naturellement, la nature et le rythme des actions à mettre en œuvre diffèrent suivant les cas. Pour le salon Désir d’enfant, par exemple, nous avons manifesté, alerté les médias et interpellé les pouvoirs publics, mais nous nous sommes aussi infiltrés dans le salon, où nous avons filmé des entretiens avec des commerciaux d’agences de GPA à l’aide de caméras cachées. Cela nous a permis de montrer la réalité de ce qui se passait dans ce salon (qui prétendait « informer » seulement, et non prospecter des clients) et d’avoir des preuves pour la Justice. Car nous avons également déposé des plaintes, avec constitution de parties civiles, en l’occurrence avec d’autres associations. Le fait de s’allier avec d’autres peut être utile tactiquement. Là encore, tout dépend de l’enjeu et du contexte.
Néanmoins, d’une manière générale, si l’on espère un résultat immédiat, on risque de vite se décourager, ce qui est pire que tout. En effet, comme défenseurs de la différence des sexes, de la paternité et de la maternité, de la famille, nous sommes aujourd’hui dans un contexte difficile.
Certaines de nos actions ont été rapidement efficaces : le projet de loi « familles » du ministre Dominique Bertinotti, par exemple, avait été retiré le lendemain de notre manifestation nationale du 2 février 2014 ; ou le projet d’adoption pour les couples non mariés avait été retiré, en 2016, lorsque nous avions annoncé une manifestation si cela se confirmait.
Mais d’autres actions ont nécessité du temps pour parvenir à leur but. Le Conseil de l’Europe (qui n’est pas le Conseil européen, il compte 46 États membres) avait mis plus d’un an à reculer sur son initiative en faveur de la GPA, comme le salon Désir d’enfant a mis deux ans à reculer sur la proposition de GPA à ses visiteurs.
Enfin, d’autres actions peuvent porter des fruits sans que le but ne soit encore atteint, et même de loin parfois. Cela ne doit surtout pas nous empêcher de poursuivre : la persévérance est la première des conditions pour espérer réussir. Cela peut sembler parfois bien long à vue humaine, mais cela rend d’autant plus nécessaire et urgent notre engagement ! […]
Si l’on pense bilan, je dirai que la Manif pour tous a remporté de belles victoires, mais vous le savez, bien sûr, elle a aussi vécu des échecs importants. Je suis néanmoins convaincue que ces échecs ne sont pas définitifs, et c’est bien la raison pour laquelle je n’ai jamais envisagé, pour ma part, que la Manif pour tous cesse d’agir. […] C’est vraiment un combat pied à pied, et d’autant plus qu’ils ont des alliés dans les médias, les partis et les institutions. Cela leur permet aussi de mener la méthode « du tapis de bombe » : ils multiplient les offensives parallèles pour que notre opposition s’éparpille. Il faut donc absolument prioriser, rester sur l’essentiel, mettre de côté ce qui est en fait secondaire, de moindre conséquence pour l’avenir. Ou ce sur quoi d’autres se battent déjà. Je pense, par exemple, à l’avortement, sur lequel la Manif pour tous n’est jamais intervenue malgré les nombreuses sollicitations en ce sens. De fait, d’autres associations agissent sur ce sujet. Inutile, donc, d’agir en double.
L’international, en revanche, avait largement échappé à la vigilance des conservateurs jusque récemment, ce qui a laissé prospérer les progressistes au sein de l’Union européenne, de la Conférence de La Haye, de l’ONU, etc. Très inquiets de cela, nous nous sommes lancés dans l’action internationale dès les premiers mois de la Manif pour tous. Nous avons d’emblée collaboré avec des associations de nombreux pays et nous avons commencé à intervenir auprès de ces instances internationales. Depuis 2015, la Manif pour tous est devenue organisme consultatif à l’ONU. Et nous avons beaucoup appelé les autres associations, aussi bien françaises que d’autres pays, à effectuer les démarches nécessaires pour obtenir ce statut.
Enfin, même s’il y aurait bien d’autres axes à évoquer sur dix années de combat, je ne peux pas ne pas évoquer le combat culturel : avec la Manif pour tous, des milliers, peut-être même des dizaines de milliers de jeunes, ont pris conscience des enjeux, se sont formés sur le fond et se sont entraînés à l’action militante. C’est évidemment capital pour l’avenir. Et parmi ces jeunes, et de manière plus large, parmi les Français de tous âges qui ont pris conscience de l’engrenage dans lequel nous sommes, beaucoup se sont mis à étudier, réfléchir, analyser, enseigner, publier, influencer, etc. Et de fait, le nombre d’articles et de livres qui dénoncent cette idéologie progressiste et ses conséquences ne cesse de se démultiplier ces dernières années. C’est une très bonne nouvelle, aussi, pour l’avenir ! […]
Le programme d’un nouvel ordre mondial présuppose une économisation totale de l’homme
Extraits d’un entretien donné par le cardinal Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi :
Depuis quelques décennies, l’exigence selon laquelle l’ordre mondial existant doit être remplacé par un ordre qui ne connaît plus le recours à Dieu, mais seulement celui au progrès inconditionnel, hante à nouveau le discours politique. La revendication de cet ordre mondial, appelé “Nouvel ordre mondial”, se fait presque en marge du discours politique, public. Que devons-nous comprendre par “Nouvel ordre mondial” ?
Aussi bien selon la confession de foi juive que chrétienne, c’est Dieu lui-même qui, dans sa souveraine bonté, a créé le monde à partir du néant et l’a ordonné dans sa parole (logos, raison) et son esprit (force, sagesse) éternels. La raison humaine est finie et en principe – en raison du péché originel – susceptible d’être perturbée par des pulsions égoïstes, comme le désir désordonné de pouvoir, d’argent, de jouissance de soi/plaisir. L’homme est donc intellectuellement et moralement faillible.
Ce n’est qu’en nous laissant interpeller par la parole de Dieu et éclairer, guider et fortifier par son Saint-Esprit que nous pouvons reconnaître la vérité et choisir librement le bien comme objectif de nos actions. L’expérience historique nous apprend que toute tentative de donner un ordre au monde par le biais de l’intelligence et du pouvoir humains s’est invariablement soldée par des catastrophes. Il n’est pas nécessaire de remonter très loin dans le temps. Le colonialisme et l’impérialisme du XIXe siècle, les systèmes de domination totalitaires du national-socialisme, de la pensée japonaise de la grande puissance et du communisme léniniste-stalinien, ainsi que toutes les dictatures des petits États d’Amérique du Sud, d’Asie et d’Afrique, prouvent que la prise du pouvoir mondial, c’est-à-dire l’établissement d’un Nouvel Ordre Mondial, est le fruit d’une pensée diabolique et destructrice et non d’une pensée théologique.
Le programme d’un nouvel ordre mondial présupposant une économisation totale de l’homme, dans lequel les élites financières et politiques autoproclamées restent le sujet pensant et dirigeant, a pour prix la dépersonnalisation des masses. L’être humain n’est que le produit biologique brut qui est transformé en ordinateur dans un réseau total d’informations. Il n’y a alors plus de personne, plus d’immortalité de l’âme, plus d’être vivant avec un cœur et une raison, un esprit et un libre arbitre. Il restera une construction sans patrie ni espoir.
Cela implique la réduction de 99 pour cent de la population mondiale à une biomasse sur puce, à du matériel humain ou à un groupe de consommateurs, à des bots. L’être humain n’a de “valeur” (“valeur” est ici entendu au sens économique et non moral) que dans la mesure où il contribue au maintien de ce système de domination et d’exploitation et y fonctionne. La domination totalitaire est réalisée dans une bureaucratie absolue lorsque l’homme en tant qu’homme serait aboli. “Agir s’avérerait superflu dans la vie commune des hommes, lorsque tous les hommes seraient devenus un seul homme, tous les individus des exemplaires de l’espèce, toutes les actions des termes d’accélération dans l’appareil de mouvement légal de l’histoire ou de la nature, et tous les actes des exécutions de sentences de mort, que l’histoire et la nature ont de toute façon prononcées”, écrivait Hannah Arendt en 1951 (Hannah Arendt, Elemente und Ursprünge totaler Herrschaft (Munich 2021) 959), tandis que le fondateur et exploitant du Forum économique mondial de Davos a récemment signalé ainsi au monde ses utopies transhumanistes : “Les dispositifs externes actuels […] seront presque certainement implantables dans nos corps et nos cerveaux. […] Ces technologies peuvent pénétrer dans l’espace jusqu’ici privé de notre esprit, en lisant nos pensées et en influençant notre comportement”. (Klaus Schwab/Nicholas Davis, Shaping the Future of the Forth Industrial Revolution (New York 2018) 39 ; 28 ; le même, Die Vierte Industrielle Revolution (Munich 2016)).
Le totalitarisme est toujours la haine de la vie, la préférence pour ce qui est mécaniquement réductible plutôt que pour ce qui est vivant et sacré. C’est le groupe de contrôle qui décide qui peut vivre ou qui doit mourir. Dans la guerre d’agression contre l’Ukraine, Poutine fait transporter ses troupes par des crématoriums mobiles afin de ne pas mettre en danger son pouvoir sur le plan de la politique intérieure par les images de cercueils rentrant chez eux.
Aux Etats-Unis, Biden annonce des bus mobiles pour l’avortement, y compris l’incinération des cadavres d’enfants, afin de contourner le jugement de la Cour suprême. Il s’agit de la démonstration d’un pouvoir moralement délié et du droit de tuer des enfants jusqu’à peu de temps avant leur naissance. C’est d’autant plus grave pour le témoignage de la vérité naturelle et révélée de Dieu que tous deux – Poutine et Biden – se présentent comme chrétiens. Mais devant le jugement de Dieu, “les malfaiteurs n’hériteront pas du royaume de Dieu”. (cf. 1 Corinthiens 6, 10).
En Russie, on punit celui qui appelle l’invasion brutale de l’Ukraine une guerre plutôt qu’une “opération militaire spéciale”. En Occident, on traîne en justice celui qui appelle l’infanticide dans le ventre de la mère un meurtre ou qui manifeste contre lui devant les cliniques d’homicide. En Chine, le trafic d’organes se fait au mépris cruel de l’autodétermination des personnes auxquelles les organes sont dérobés. Avec la détresse des femmes dans les pays pauvres, des agences “occidentales” dans les pays riches font le sale boulot de la maternité de substitution. Ce ne sont pas des cauchemars qui se dissolvent dans la réalité au réveil, mais la réalité qui est devenue un cauchemar.
[…]
Le mondialisme résulte des possibilités offertes par les communications modernes, les moyens de transport qui réduisent les distances, la technologie qui rend possible une immense augmentation de la production de biens de consommation et donc une élévation du niveau de vie pour des milliards de personnes. Mais de tout temps, la concentration du pouvoir politique, des finances et des moyens de communication dans la tête et les mains d’un petit nombre – qu’il s’agisse d’un parti, d’un groupe financier ou d’un nabab des médias – a été un malheur pour le reste de l’humanité. Les centres mondiaux de pouvoir et de finance qui se présentent comme un gouvernement mondial mondialisent également leur part d’ombre. Ils ne fonctionnent que dialectiquement avec leur contraire. Les surhommes ont besoin de leurs sous-hommes, les super-riches de leur clientèle dépendante qu’ils alimentent à bas niveau. Les souverains absolus ont besoin de leurs sujets consentants et craignent les citoyens libres et conscients d’eux-mêmes comme le diable l’eau bénite. Au Haut Conseil du pouvoir terrestre absolu, Pierre et le pape, son successeur, opposent en tout temps : “Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes”. (Actes 5, 29).
L'”Occident” sécularisé et officiellement antichrétien admet tout au plus le christianisme comme religion civile. Mais les célébrités qui ont résolument renoncé à l’Eglise utilisent volontiers une église de grande valeur historique et artistique comme décor de leur mariage, bien qu’elles ne veuillent pas considérer le mariage comme une institution divine et une promesse de sa grâce.
En Chine, le parti d’État athée persécute les chrétiens et utilise leurs rassemblements comme une occasion d’endoctrinement contre la foi en Christ, le véritable sauveur du monde. Qui compte encore sur des ruses diplomatiques et des compromis politiques avec le diable, le “maître de ce monde” (Jn 12, 31 2 Co 4, 4), pour pouvoir obtenir quelque chose de bon pour le christianisme ?
La différence essentielle est que le Christ a donné sa vie pour que nous vivions, alors que les dirigeants de ce monde, consomment la vie de leurs sujets pour qu’ils vivent quelques instants de plus et avec plus d’opulence, pour finir dans l’enfer qu’ils ont préparé pour les autres sur terre, “où leur ver (de conscience) ne meurt pas et où le feu (de l’amour non allumé) ne s’éteint pas”. (Mc 9,48) Par cette métaphore, Jésus-Christ veut dire que la conscience ronge ces personnes comme un ver. Les fauteurs de guerre en Ukraine, à cause desquels des dizaines de milliers de personnes meurent, n’ont pas de conscience, mais cela ne peut pas leur servir d’excuse devant le jugement de Dieu. […]
Le Nouvel Ordre Mondial fondé sur le pouvoir du marché est-il démocratiquement légitimé ?
C’est le problème que les super-milliardaires, par le biais de leurs fondations “caritatives” et de leur influence dans les organisations internationales, rendent dépendants d’eux les gouvernements nationaux qui – au moins dans un tiers des États – sont démocratiquement élus. Ils sont reçus comme de grands hommes d’État ou des célébrités et des VIP et sont flattés par les dirigeants locaux dans le vain espoir d’obtenir un peu de leur éclat et de leurs paillettes. Un entrepreneur qui réussit sur le plan économique, même s’il s’est enrichi en toute légalité et sans être contesté sur le plan moral, n’est pas pour autant un philosophe, et encore moins le Messie. Et si c’était le cas ? Les philosophes-rois de Platon n’étaient pas non plus les sauveurs du monde. Seul le Fils de Dieu, qui a pris notre humanité, pouvait changer le monde en bien une fois pour toutes, parce qu’il a vaincu le péché, la mort et le diable et nous a apporté la connaissance et le salut de Dieu. Mais chacun peut, s’il a réussi dans sa profession et son entreprise, contribuer à une amélioration relative de notre existence mondaine.
En tant que chrétiens, nous avons la responsabilité de contribuer à la construction d’un monde respectueux de l’homme grâce à nos compétences et à notre expérience dans les différents secteurs de l’artisanat et de la culture, sans pour autant nous poser en sauveurs et en rédempteurs.
Il faut garder à l’esprit que dans une démocratie, chaque citoyen adulte dispose d’une voix pour élire librement les députés et les gouvernants. Le vote libre est tout autre chose que la consultation des humeurs qui changent tous les jours. L’un vient de la responsabilité du citoyen pour le bien commun, l’humeur ne fait que refléter un sentiment instantané.
Depuis quelques années, on soupçonne que non seulement la liberté du discours scientifique, mais aussi la liberté d’expression dans son ensemble, sont réduites par le fait que l’on est immédiatement accusé de promouvoir une théorie du complot si l’on argumente en dehors du courant dominant. Peut-on accepter que la liberté d’expression soit réduite à ce point ?
Staline et Hitler craignaient continuellement les conspirations, que ce soit par calcul, pour intimider et éliminer l’opposition, ou par leur paranoïa, qui était le terreau de leur tyrannie. On considérait au 18e siècle dans les cours bourboniennes les jésuites, au 19e siècle dans les milieux libéraux-anticléricaux le Vatican et au 20e siècle les juifs – selon les “Protocoles des Sages de Sion” falsifiés – comme les porteurs d’un complot mondial. Ou bien on considérait l’Église et les capitalistes comme les ennemis du progrès vers le paradis des travailleurs, que seule la révolution communiste mondiale pourrait arrêter. Dans ma jeunesse, on parlait de théories du complot chez des contemporains excentriques qui voyaient des OVNI partout ou qui bricolaient des explications du monde invérifiables à partir des événements de l’époque.
Aujourd’hui, le mot “conspirationniste” est un terme de combat idéologique utilisé par des antifascistes mentalement sous-dotés, qui mènent leur “combat contre la droite” avec des méthodes nazies, c’est-à-dire en intimidant les médias, en menaçant de recourir à la violence, comme par ex. contre les juges de la Cour suprême qui ont nié le droit humain à l’avortement, ou contre une enseignante de l’université Humboldt – autrefois l’incarnation du standard scientifique allemand – qui voulait expliquer le fait biologiquement évident de la bisexualité de la nature humaine, sans laquelle il n’y aurait pas d’être humain individuel, ni même ceux qui s’insurgent contre cela.
Critiquer le Nouvel Ordre Mondial est globalement qualifié de conspiration, afin d’étouffer la discussion dans l’œuf. Pouvez-vous expliquer les raisons de cette interdiction de discussion ?
L’idéologue ne connaît que l’ami, qui se soumet à lui comme un crétin avec des hourras, ou l’ennemi, qu’il s’agit d’anéantir – de préférence physiquement, si le système le permet, ou de manière un peu plus civilisée par la mort sociale comme le shitstorm, l’ostracisme public, le licenciement ou en le faisant disparaître dans la spirale du silence.
Lorsqu’une personne persécutée physiquement et psycho-terroristement se suicide dans sa détresse, ses bourreaux se voient encore justifiés de manière perverse dans l’élimination des nuisibles, comme c’était précisément la manière de parler dans l’Allemagne nazie et la Russie soviétique. L’impiété et la misanthropie vont de pair. […]
Le discours philosophique/politique sur le Nouvel Ordre Mondial est-il un discours nécessaire pour montrer où le pouvoir économique indomptable de certaines personnes peut mener les sociétés et les États ?
La domination moralement débridée des idéologues, des politiciens et des économistes sur les hommes dans un seul monde doit nécessairement conduire à l’absence de liberté, à l’oppression et à l’extermination des opposants indésirables ou des personnes inutiles pour le système.
La culture de la mort souffle sur le monde entier avec le délire idéologique du droit à l’avortement, du droit à l’automutilation (dans le changement de sexe irréversible), de l’euthanasie, de la prétendue mort gracieuse pour les personnes dépassées par la vie, les malades incurables et les personnes âgées qui végètent soi-disant inutilement et dont le meurtre serait un acte de compassion.
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Vous avez affirmé dans le discours que des personnes très riches comme Bill Gates ou l’investisseur George Soros veulent imposer le nouvel ordre mondial. Quelles sont précisément les intentions de ces deux personnes et de quelles possibilités disposent-elles pour imposer leurs idées ?
Ces deux personnes représentent, de leur propre aveu, le Nouvel Ordre Mondial qu’ils veulent instaurer à leur image et à leur ressemblance. Nul autre que Dieu ne peut juger de leurs motivations personnelles. Mais leur programme et leurs actions sont accessibles à tous, de sorte que nous pouvons également les juger en fonction de leurs effets positifs ou négatifs. Le contenu intellectuel de leurs contributions est plutôt modeste, si l’on se réfère à l’histoire intellectuelle et culturelle de l’humanité, et il est facilement atteint par n’importe quel étudiant normal des premiers semestres, quelle que soit la matière.
En réaction à ma remarque critique, certains porte-parole en Allemagne se sont bruyamment et spirituellement abaissés à trouver des schémas antisémites dans la relativisation des propos de M. Soro, simplement parce qu’il est né juif. Au regard de l'”antisémitisme” politique et raciste des XIXe et XXe siècles, teinté d’antichristianisme et défendu par Heinrich Treitschke, Bernhard Förster, le mari de la sœur de Nietzsche, Richard Wagner, Houston Chamberlain, Alfred Rosenberg et Adolf Hitler, la seule chose que l’on puisse dire en tant que chrétien, c’est que Jésus est également né juif, et que c’est en lui que nous, chrétiens de quelque nation que ce soit, mettons tout notre espoir dans notre vie et nos aspirations. En Allemagne, le paysage intellectuel n’est pas seulement contaminé idéologiquement, mais il gémit également sous l’incompétence intellectuelle et morale de ses hurleurs totalitaires les plus bruyants. […]
Deux anciens membres de Génération Identitaire relaxés en appel
Thaïs d’Escufon avait été condamnée en première instance en juin 2021 en raison d’ « injures publiques », à 3 000 € d’amende et à deux mois de prison avec sursis. Pour ces propos particulièrement odieux : il était
« scandaleux qu’un migrant clandestin puisse traverser la frontière au col du Portillon dans les Pyrénées et que ce danger soit à ce point pris à la légère ».
Elle avait bien entendu fait appel de la décision. Par la suite, le procureur avait demandé la confirmation de la peine prononcée en première instance. Le délibéré a été rendu et elle a été relaxée.
Néanmoins, tout n’est pas terminé. Elle a encore d’autres procès, notamment prochainement le 10 octobre, pour l’occupation pacifique des locaux de SOS Méditerranée à Marseille en 2018.
Jérémie Piano a également été relaxé en appel pour « injures publiques ». En janvier 2021, alors porte-parole de Génération Identitaire, il avait été poursuivi pour « incitation à la haine, à la violence et à la discrimination envers les migrants non-européens », dans le cadre de la mission Defend Europe Pyrénées. Il avait notamment déclaré, en sa qualité de porte-parole, que parmi les clandestins traversant le col du Portillon, « se trouvaient probablement des voleurs, des violeurs et des terroristes en puissance ».
Le 3 mai 2021, le Conseil d’Etat avait validé en référé la dissolution de l’association Génération Identitaire.
Qui veut d’une société meurtrière ?
Communiqué des AFC :
Le Comité Consultatif National d’Ethique a rendu hier 13 septembre 2022 son avis sur les « enjeux éthiques relatifs aux situations de fin de vie- autonomie et solidarité ».
Alors qu’il déplore avec raison :
- l’absence d’évaluation de l’impact des lois précédentes sur les questions de fin de vie
- l’insuffisance d’application des mesures prévues par la loi «Clays- Leonetti » de 2016 (notamment la rédaction des directives anticipées et la désignation d’une personne de confiance),
- l’insuffisance du développement des soins palliatifs dans notre pays,
le CCNE ouvre la voie à une application « éthique » de l’ « aide active à mourir », autrement dit du « suicide assisté ». Il recommande des critères éthiques qui en conditionneraient la mise en œuvre dans le cas où le pronostic vital de la personne serait engagé non seulement à court terme, mais également à moyen terme : il faudrait que les personnes qui en font la demande soient majeures, jouissent de leur autonomie de décision, souffrent de maladies graves et incurables entraînant des souffrances physiques ou psychiques réfractaires, et que la décision de satisfaire cette demande soit prise collégialement par l’équipe médicale.
Ces critères concerneraient également l’euthanasie qui serait proposée pour des personnes n’étant plus en état de manifester leur consentement, si elles en avaient auparavant exprimé le désir dans leurs directives anticipées, ou devenues incapables de se donner la mort elles-mêmes.
Les membres du CCNE ne sont cependant pas unanimes sur ces questions. 8 d’entre eux ont fait part de leurs fortes réserves.
Les Associations Familiales Catholiques rejoignent les inquiétudes exprimées par ces membres du CCNE, en raison de la nécessité de permettre un accès aux soins palliatifs à l’ensemble de nos concitoyens qui en auraient besoin, ce qui n’est pas le cas actuellement : un tiers des personnes qui en font la demande n’ont pas accès à ces soins, en raison de l’insuffisance des moyens de nos structures hospitalières.
Elles sont aussi convaincues de l’impact qu’aurait une telle évolution législative sur le moral des personnes âgées, fragiles, dépendantes ou handicapées qui risqueraient de se sentir « de trop » dans notre société, ainsi qu’un effet désastreux sur le moral des soignants dont la mission première est de soigner, non de tuer. Les AFC attestent que la vie est avant tout un don à accueillir, avant d’être une autonomie à posséder.
En pleine conscience et connaissance des situations parfois dramatiques vécues par les familles, très sensibles à l’émotion considérable que ces situations génèrent dans la société, les AFC sont cependant convaincues que l’euthanasie est avant tout un meurtre que la loi ne doit pas permettre, pas plus que son homologue qu’est le suicide assisté.
