Les équipages des sous-marins consacrés à la Vierge Marie
C’est ce que l’on apprend en lisant l’hommage de l’Amiral Bernard-Antoine Morio de l’Isle, prononcé à l’occasion des obsèques du Vice-amiral Antoine Lecoq, décédé en juillet 2022 :
Servir, servir toujours, servir Dieu en premier, mais aussi servir la France en étant au service des hommes sous le regard de Dieu.
L’amiral Antoine Lecoq ne vivait que pour servir. Et il a servi les forces armées, la Marine, les forces sous-marines avec un désintéressement qui force à l’admiration.
Du Casabianca aux SNLE, de l’escadrille des SNLE à l’État-Major des armées et enfin comme adjoint FOST, il a servi et accompagné de sa bienveillance toute une génération d’officiers et d’officiers- mariniers. Antoine était de ces officiers au dévouement total, qui disent « oui » sans hésitation puis qui s’organisent ensuite lorsqu’il s’agit de soutenir, de dépanner, ou d’aider un camarade en difficulté. Nous étions tous admiratifs. Moi le premier, dans des situations analogues, avais eu bien du mal à accepter et à partir.
Plus tard, j’ai retrouvé Antoine à la FOST et ensemble nous avons affronté bien des tempêtes, sous la protection de la Vierge Marie qui trônait toujours sur son bureau. Oui, Antoine vivait sa foi et savait en témoigner avec naturel et simplicité.
Antoine a été au cœur de tous les grands projets actuels : le Barracuda, la mission “ Marianne ” de déploiement d’un SNA en mer de Chine, ou les succès des forces sous-marines en pleine crise sanitaire. C’est ensemble que nous avons fait consacrer les équipages de nos sous-marins à la Vierge Marie. Ce projet l’avait enthousiasmé et il avait su obtenir l’adhésion de tous. Ces équipages, des sous-marins comme des stations de transmission de la FOST souvent un peu oubliés, étaient sa seconde famille. Il en prenait soin, les défendait, cherchait à les faire progresser, à améliorer leur quotidien et bien sûr il les soutenait et les encourageait dans leur recherche d’excellence. Combien de fois est-il venu me trouver dans mon bureau pour faire valoir tel ou tel argument en leur faveur et obtenir ainsi de bien meilleures décisions.
En Antoine, chacun trouvait un avocat pugnace et efficace prêt à intercéder, une fois, deux fois, dix fois lorsqu’il était convaincu de la cause. Alors, Antoine, sois maintenant notre intercesseur au Ciel auprès de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de la Sainte Vierge et de saint Joseph.
Amiral Bernard-Antoine Morio de l’Isle.
Né en 1962, le Vice-Amiral Antoine Lecoq, officier de l’Ecole Navale, fut nommé en 2006 commandant du SNLE Inflexible. L’année suivante, il prenait le commandement du Triomphant. En 2008, il commande l’escadrille des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (ESNELE). Il fut nommé Contre amiral le 1er avril 2017 puis Vice amiral le 1er mars 2020.
La mémoire du Liban : qui est aussi la nôtre
De Marion Duvauchelle, historienne des religions :
Il n’y a pas si longtemps, quand « L’État » et les banques s’approprièrent les économies de milliers de familles libanaises, la presse française s’enflammait pour le Liban. Et puis, on oublia les Libanais et leur pays en faillite.
Entre 1915 et 1918, le Mont-Liban fut touché par une terrible famine qui emporta près du tiers de sa population et laissa dans la mémoire libanaise la certitude de la responsabilité écrasante des autorités ottomanes dans l’organisation et le déclenchement de ce qu’ils tinrent pour un génocide. Pour bien des Libanais encore, le doute n’est pas permis : la famine de 1915-1918 a été voulue par le pouvoir ottoman.
Le Liban se distinguait des provinces voisines de Damas et de Beyrouth par une longue tradition d’autonomie. Pendant trois siècles, des émirs locaux gouvernèrent cette province ottomane. Entre 1842 et 1860, profitant des « dissensions » au sein de la population, la Porte avait tenté de renforcer sa mainmise : sans succès. En 1860, des Druzes musulmans massacrèrent des centaines de chrétiens. Malgré une sourde résistance diplomatique de l’Angleterre, la France obtint des puissances européennes l’autorisation d’envoyer un corps expéditionnaire pour venir en aide aux victimes et rétablir l’ordre. Les massacres confessionnels d’alors aboutirent à l’intervention militaire des troupes de Napoléon III et au rétablissement de l’autonomie libanaise garantie par les cinq puissances, avec la mise en place d’un régime administratif spécifique : le Mont-Liban serait désormais dirigé par un gouverneur obligatoirement catholique, nommé par la Porte après accord de l’Europe.
À partir de 1913, à la suite du coup d’état d’Enver Pacha, l’empire ottoman est gouverné par un triumvirat dont il est la figure dominante. En avril 1915, en pleine guerre, il donna l’autorisation à son ministre de l’intérieur, Talaat Pacha (le Hitler turc) d’organiser le massacre des peuples chrétiens de l’empire, assyriens, grecs pontiques et arméniens ». L’encyclopédie Wikipedia oublie les Libanais dans cette sinistre liste.
Pour eux, l’affaire fut déléguée à Jamal Pacha. Mais les objectifs étaient les mêmes.
« Enver Pacha délégua alors Jamal Pacha qui eut pour tâche d’exterminer les chrétiens de l’empire. Il porta dès lors le surnom de Jamal Pacha al-Saffah. Pour cet homme habile et machiavélique, il n’était pas question de refaire l’erreur de 1860. L’épée employée dans les régions arméniennes, syriaques ou assyro-chaldéennes ne pouvait pas être utilisée au Liban sans prendre le risque d’un nouveau débarquement français ». (Dr Amine Jules ISKANDAR, Président de l’Union syriaque Maronite TUR LEVNON, lorientlejour.com, 14 mai 2019)
Le précédent arménien laisse peu de place au doute quant aux intentions réelles des Turcs. La déportation en masse des Arméniens d’Anatolie coïncide avec le moment où le blocus et la répression s’accentuent au Mont-Liban (mars 1915). Même chronologie, mêmes motivations des bourreaux : comme les régions d’Anatolie orientale, la côte syrienne et le Mont-Liban apparaissent comme des points faibles pour la défense ottomane. D’où l’objectif de « faire le désert » dans ces deux régions.
Les dirigeants Jeunes-Turcs avaient le mobile. Ils se méfiaient de ces Arabes beaucoup trop européanisés à leur gout. Contrairement à l’Arménie et à la Haute-Mésopotamie, le Liban était très connecté à l’Europe. Il fallait l’isoler médiatiquement et diplomatiquement avant d’y imposer le blocus alimentaire. Jamal Pacha instaura immédiatement la censure générale. Une fois coupées toutes les communications avec l’extérieur, on pouvait commencer.
On démarra en 1914 avec l’abolition des capitulations signées entre les puissances chrétiennes et la Sublime Porte qui garantissaient la sécurité des chrétiens de l’empire : l’autonomie du Mont-Liban fut supprimée. On multiplia les persécutions : occupation militaire de la Montagne (novembre 1914) ; suppression de facto de ses privilèges (mars 1915) ; nomination imposée d’administrateurs connus pour leur dureté : Riza Pacha, gouverneur militaire de Beyrouth et du Mont-Liban à partir de décembre 1914 et Ali Munif Bey qui remplaça Ohannès Pacha. Il s’était distingué par son acharnement à persécuter les Arméniens d’Adana, sa ville d’origine. Dans ses Mémoires, Ohannès Pacha dénonce ses combines : en 1915, il forma un Comité libanais du Croissant rouge. Officiellement, c’était pour aider les Libanais, en réalité ce n’était qu’une machine à leur extorquer des dons. Et puis, il y eut la répression violente des élites libanaises : en 1915-1916, plusieurs notables furent condamnés à mort pour trahison et pendus, deux cents autres déportés en Anatolie.
L’entrée en guerre de l’Empire ottoman contre les puissances de l’Entente, fin octobre, avait été suivie d’un blocus des navires de l’Entente coté ouest. Mis en place dès novembre 1914, ce blocus impitoyable non seulement en Méditerranée mais aussi en mer Rouge, (qui se prolongea jusqu’à l’automne 1918 alors que l’issue de la guerre ne faisait plus aucun doute) arrêta le commerce céréalier en Méditerranée orientale.
Côté est, le blocus terrestre fut ordonné par Jamal Pacha. Le Mont-Liban était très dépendant des régions environnantes sur le plan alimentaire à cause de la rareté de ses terres agricoles et de la densité de sa population : 100 habitants/km2, soit dix fois plus que dans le vilayet voisin de Damas, bien pourvu en terres arables (Ohannès Pacha, Mémoires). Mais en 1914, la situation alimentaire de la Syrie et du Liban était favorable : les moissons de l’été avaient permis de constituer de gros stocks.
Dès novembre 1914, les prix de la farine s’envolèrent. Les Libanais cédèrent à vil prix leurs cocons de soie, puis ils durent hypothéquer leurs biens auprès de riches commerçants de Beyrouth ou de Tripoli. Le taux des avances s’envola jusqu’à atteindre 400 % l’année suivante.
En visite au Liban en février 1916, Enver Pacha aurait déclaré:
« Nous avons détruit les Arméniens par le fer, nous détruirons les Libanais par la faim. »
C’était bien parti…
Pratiquant la politique de la terre brulée, les Turcs détruisirent la majeure partie des dépôts et du matériel ferroviaire. En 1916, craignant pour l’approvisionnement de l’armée, Jamal Pacha fit réquisitionner tout le blé, le kérosène, les bêtes de somme, la volaille et le bétail, le bois, et les matériaux de construction. En 1916, la soldatesque ottomane s’attaqua même aux plantations, aux vergers et aux forêts. Les collines du Liban furent entièrement mises à nu sous prétexte de ravitaillement des trains en charbon. Jamal Pacha interdit aux paysans de battre le blé avant la venue d’un agent du gouvernement. Avec les pluies, la récolte pourrit. Bon nombre de paysans s’enfuirent dans des régions hors de contrôle du pouvoir si bien que les autorités en furent réduites à demander aux soldats de labourer les champs autour de Damas.
Les chrétiens mourant de faim et ayant déjà vendu leurs meubles, puis leurs habits, finirent par vendre les poutres de leurs maisons. Les toitures s’effondrèrent et les familles se retrouvèrent à la rue sans rien sur le corps. À ceux qui, depuis Constantinople, lui faisaient observer que l’emploi exclusif des moyens de transport au profit de l’armée risquait d’affamer la capitale, Enver Pacha aurait répondu :
« Je me (…) moque bien du ravitaillement de la population ; elle s’arrangera comme elle pourra. Pendant la guerre balkanique, les civils étaient rassasies tandis que l’armée mourait de faim. À leur tour maintenant de jeuner : je ne me préoccupe que de mes soldats. »
Les moyens de transport firent donc défaut : l’acheminement de céréales par Port-Saïd n’étaient pas plus aisé. Mi-octobre 1916, le général britannique Allenby s’opposa à l’établissement d’une base navale française à Beyrouth et refusa de lever intégralement le blocus, interdisant les sorties de froment en direction du Liban.
L’acmé de la crise est atteinte en 1917-1918. La quête désespérée de nourriture engendra une régression sociale. En mars 1918, près de Tripoli, on arrêta deux femmes accusées d’avoir enlevé et dévoré huit fillettes.
« Des squelettes vivants erraient ici et là dans la boue et dans la neige. On distinguait à peine les vivants des morts. Les charrettes déversaient dans les fosses communes une centaine de corps par jour rien que dans la ville de Beyrouth. Dans ces conditions de froid, de malnutrition, de non-nutrition et de manque absolu d’hygiène, les épidémies firent leurs ravages. Typhus, choléra, peste et autres maladies d’un autre âge vinrent s’ajouter aux malheurs des Libanais. C’est là que le génie ottoman fit ses preuves. Les pharmacies furent dévalisées, les médicaments de tout genre réquisitionnés, toujours pour les besoins de l’armée. La Sublime Porte ayant besoin de médecins pour soigner ses soldats sur les fronts, on mobilisa alors les médecins de toutes les villes et de tous les villages. La cruauté de l’envahisseur n’avait plus de limite. La corruption à l’ottomane battait son plein. Même certains chrétiens y participèrent. Le gouverneur du Liban, Ohannès Kouyoumjian, beaucoup trop honnête et intègre, fut remplacé par Ali Mounif. Ce dernier est arrivé au Liban sans le sou pour y repartir avec deux millions de francs-or ». (Amine Jules Iskandar)
La pénurie de blé au cours du printemps 1916 s’explique également par l’envoi de céréales en Arabie dans le but de conserver l’allégeance des tribus bédouines du Hedjaz alors que commençait la révolte arabe du chérif Hussein. La famine n’épargna pas la Syrie, à commencer par Damas, pourtant proche des riches terres agricoles du Hauran. Là comme au Liban, les populations locales furent sacrifiées au profit de l’armée et des fonctionnaires turcs, seuls bénéficiaires du rationnement. Elles furent immolées sur l’autel des objectifs stratégiques de l’Empire Ottoman.
La fenêtre toujours ouverte sur l’Europe, propre au Liban, c’est l’Église : les missionnaires catholiques, leurs monastères et leurs écoles. Biens et lieux se virent tous réquisitionnés, transformés en casernes ou en dépôts militaires. Expulsés, les missionnaires ne pouvaient plus servir de témoins et d’observateurs. Il restait les évêques maronites, mais aussi roums (grecs-orthodoxes) ou melkites. Les plus actifs d’entre eux furent alors exilés, certains évêques maronites furent même traduits en cours martiale et pendus. Lazaristes, Jésuites, Filles de la Charité étaient encore présents en force au Liban en 1914. Dès novembre, la plupart furent expulsés et leurs œuvres saccagées. À l’intérieur de la Montagne, les membres libanais des congrégations catholiques réussirent à maintenir ouvertes quelques missions pour soulager les souffrances de la population. Ils durent être abandonnés sous la pression des Turcs en 1916.
Au printemps 1916 les diplomates français estimaient le nombre de victimes dans la Montagne et sur le littoral à plus de 80 000 (plus de 50 000 dans la Montagne seule.
L’émigration libanaise se mobilisa et en juin de la même année, à New York on vit se former un Comité de soutien au Mont-Liban syrien. Le poète Khalil Gibran y adhéra. Il consacra deux poèmes au peuple libanais : Mon peuple est mort et Dans la nuit noire. On a évidemment glosé sur cette poésie engagée. Le texte reste pourtant bien vague dans sa poétique évocation des « serpents invisibles » responsables de cette « tragédie sans texte ». Les serpents étaient bien visibles et le poète ne risquait pas grand-chose à New York…
Les Jésuites dénoncèrent le crime comme étant « dans le sillage du génocide arménien ». L’ambassadeur de France au Caire, Defrange, proche de la communauté libanaise d’Égypte, écrit à Brian du ministère français des Affaires étrangères. Ce dernier partage alors les renseignements et les nouvelles alarmantes avec Barrère, son ambassadeur à Rome, mais aussi avec le Saint-Siège, avec Washington (le 16 mai 1916) et avec le roi très chrétien d’Espagne. Les atrocités sont décrites dans tous ces courriers. Tous sont arrivés à la même conclusion : une intervention militaire au Levant serait fatale pour les chrétiens du Liban. Elle pousserait les Ottomans à accélérer leur besogne et, peut-être, à les passer au fil de l’épée. Quant aux aides alimentaires, elles étaient systématiquement confisquées et détournées par les Ottomans.
On trouve sur le site Persée un article édifiant de Yann Bouyrat, « Une crise alimentaire ” provoquée ” ? La famine au Liban (1915-1918) ». L’auteur est agrégé et docteur en histoire, chercheur-associé au CEMMC de Bordeaux, chargé de cours à l’Université Catholique de l’Ouest et
« l’article a été validé par le comité de lecture des Éditions du CTHS dans le cadre de la publication des actes du 139e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, colloque tenu à Rennes en 2013 ».
L’essentiel du texte vise à atténuer la responsabilité des Turcs et à minorer le rôle de la France. Ainsi les témoignages à charge seraient contredits par d’autres sources. Le consul d’Espagne d’abord qui n’a jamais cru à un quelconque « génocide par la faim » des populations libanaises ; un texte du patriarche des Maronites, retrouvé dans les archives militaires qui prend clairement la défense de Jamal Pacha et souligne « sa courtoisie empressée » et « les salutaires effets de sa générosité en vivres pour les pauvres ». C’est bien mince. Dans les rapports des diplomates, Enver Pacha est présenté comme un criminel.
Quant à Ohannès Pacha, il était arménien, ce qui le rendait « subjectif ».
Pour M. Bouyrat, l’interdiction d’exporter les céréales d’Alep et de Damas vers la Montagne et la côte doit être vue comme une mesure de sécurité visant à éviter la constitution de stocks céréaliers sur le littoral, qui auraient pu servir une éventuelle armée d’invasion. Et elle s’expliquerait aussi et surtout par la folie spéculative d’un certain nombre de marchands de céréales locaux peu scrupuleux. Monopolisant le marché des céréales, les marchands d’Alep firent monter les prix, empêchant les négociants de Beyrouth de rentrer dans leurs frais. Ce qui est sans doute vrai. Mais en quoi cela diminuerait-il la responsabilité des Ottomans ?
Pour ce spécialiste des questions de l’ingérence humanitaire « le bilan humain de la famine est difficile à établir avec certitude ».
Allons donc… Pour la seule Montagne, les pertes ont atteint au moins le chiffre de 120 000 personnes, soit le tiers de la population. D’après le Dr Jules Iskandar, sur une population libanaise de 450 000 personnes, environ 220 000 succombèrent. Et la moitié des survivants prit les chemins de l’exil. « Nous sommes, dit-il, les descendants du petit quart restant ».
Le gouvernement de Paris, sensible au sort des populations syro-libanaises, avait envisagé à plusieurs reprises une levée partielle du blocus. Il dut y renoncer face au veto de Londres. Averti de la gravité de la situation dans la Montagne par Mgr Darian, archevêque d’Alexandrie et porte-parole du patriarche maronite, Aristide Briand, alors président du Conseil, avait demandé successivement à deux puissances neutres (les États-Unis en juin, puis l’Espagne en juillet 1916), d’intervenir auprès de la Porte pour qu’elle autorise l’envoi au Liban d’une aide humanitaire internationale. En échange, la France acceptait de laisser passer les navires affrétés pour les secours. Là encore, l’intransigeance de l’Angleterre l’interdit. Ainsi que la mauvaise foi du gouvernement turc qui firent tout pour entraver l’action des comités d’action américains ou espagnols.
Le sauvetage du Liban commença en 1918-1919 et l’action fut considérablement amplifiée après l’arrivée de l’armée française à Beyrouth. Lorsque les premiers détachements débarquent dans la ville le 7 octobre 1918, la situation est catastrophique. La seule aide apportée aux populations est venue de la marine anglaise et demeure insignifiante : 100 tonnes de céréales, 50 tonnes à la disposition de la ville de Beyrouth et 50 pour la Montagne. À la même époque, les besoins mensuels du Liban et de la côte étaient estimés à plus de 2 000 tonnes.
Fin octobre, l’intervention de Clemenceau permit à la France d’obtenir la fin des entraves à la circulation des céréales. L’arrivée, en novembre, de tous ces secours, eut rapidement des effets positifs : elle fit chuter les prix des denrées alimentaires et obligea les spéculateurs à écouler leurs stocks.
Qu’enseigne-t-on dans les écoles libanaises aujourd’hui ?
On enseigne aux enfants libanais que la famine qui décima à l’époque le tiers, voire la moitié de leur peuple a été due à la fâcheuse coïncidence de facteurs disparates : le blocus maritime des alliés, le blocus terrestre des Ottomans et l’invasion des criquets.
Mais plus grave encore selon le Dr Amine Jules Iskandar : deux cent mille victimes désarmées dont le seul crime était d’être chrétiennes et pas un musée, pas un monument, pas une place publique, pas une journée nationale, pas une mention dans les manuels d’histoire. Le Grand Liban leur préféra les quarante martyrs de la place des Canons qui porte désormais leur nom : leurs origines multiconfessionnelles satisfaisaient mieux l’image recherchée par le jeune État.
Le Liban ancien avait un tel respect pour ses martyrs qu’ils leur dédia le plus haut sommet du pays : Qornet Sodé (en syriaque : la Cornette des martyrs). Le mot, transcrit en arabe qui ne connaît pas les voyelles « o » et « é », devint Qornet al-Sawda. Pour bâtir ce Grand Liban, aujourd’hui en ruine, on sacrifia le Liban historique qui aurait dû constituer l’âme du nouvel État et non être considéré comme une entrave.
Était-il donc nécessaire d’abandonner sa langue syriaque et l’ancien socle culturel chrétien qui se soutenait d’elle ? Fallait-il occulter ainsi le sang des martyrs en effaçant la page noire de cette famine sinon planifiée, du moins voulue et organisée ?
Il faut laisser l’historien Yann Bouyrat à ses ambitions universitaires et privilégier le témoignage de ceux qui portent dans leur mémoire vivante l’infini chagrin des survivants et leur effrayante lucidité :
« Nous sommes les descendants du quart qui a survécu et qui est resté au Liban. Et de ce groupe ont aussi émigré les trois quarts. Nous ne représentons donc plus que le quart du quart. Soyons conscients et modestes face à tout ce legs dont nous avons aujourd’hui la responsabilité. Le génocide des chrétiens d’Orient, « tseghaspanoutioun » pour les Arméniens, « seyfo » (l’épée) pour les chrétiens de Haute-Mésopotamie et « kafno » (famine) pour les chrétiens du Liban, est un devoir de mémoire. On ne peut assassiner un peuple deux fois ; d’abord par la mort, puis par le silence et l’oubli. C’est un devoir national à prendre en compte au niveau des institutions étatiques, religieuses et culturelles ».
Il a raison.
Et son témoignage pèse plus lourd dans la balance des responsabilités que les travaux de M. Bouyrat sur les questions de l’ingérence humanitaire. Les millions de victimes pèsent plus dans la balance de la justice que les questions diplomatiques. L’honneur de la France qui était engagé dans ce drame a été sauvé par tous ceux qui se sont comporté avec courage et humanité :
« L’île syrienne d’Arwad (ouad en français) était aux mains des Français, sous le commandement d’Albert Trabaud. Les aides de la diaspora libanaise étaient alors acheminées vers l’île et transportées de nuit vers les côtes libanaises. La première partie du parcours se faisait en barque, alors que la seconde s’achevait à la nage. L’or était remis aux envoyés du patriarche des maronites. Les sommes rassemblées à Bkerké servaient alors à acheter des quantités de nourriture à distribuer au peuple pour limiter autant que possible le carnage. (…) Albert Trabaud contribua à la survie de nos ascendants, il reste une rue à Achrafieh ? Pour combien de temps encore ? (Jules Iskandar)
Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. Le Liban d’aujourd’hui est un pays en ruine qui ne survit que grâce à une diaspora chrétienne assimilée partout où elle existe, industrieuse et avec un haut degré de formation. Elle sait que d’elle, dépend la survie de ce petit pays à l’histoire ancienne qui donna l’alphabet au monde européen et inaugura l’histoire de la Méditerranée et de sa civilisation.
Et aujourd’hui ?
Aujourd’hui, l’histoire mondiale de l’infamie continue à travers le scandale du corridor de Latchine : 150 000 Arméniens privés de tout par les Azéris au mépris bien sûr des droits internationaux.
Mais peut-on nous dire quand un état islamique a respecté ces droits ?
Dans quelques années, d’éminents universitaires bardés de titres écriront sur la question de l’ingérence humanitaire dans le Haut Karabakh en s’interrogeant sur le nombre de victimes et sur la difficulté d’en établir le nombre avec certitude.
En attendant, des hommes, des femmes, des enfants meurent. Des chrétiens.
Dans les écoles françaises, on enseigne en classe de cinquième qu’il y eut en Méditerranée des « contacts » entre l’islam et la chrétienté et que l’islam fut une brillante civilisation arabo-musulmane à laquelle nous devrions le transfert de toute la science grecque.
On croit rêver.
Les Belles figures de l’Histoire : sainte Marie-Madeleine
Aymeric Pourbaix et Véronique Jacquier reçoivent
- Le père Jean-François THOMAS, jésuite
- Le frère Maxime ARCELIN, dominicain
Le chaos ukrainien : comment en est-on arrivé là ?
A l’occasion de la sortie de son nouveau livre, “Le Chaos ukrainien”, Nikola Mirkovic a bien voulu accorder en exclusivité pour les lecteurs du Salon Beige un entretien sur la situation dramatique qui se dégrade depuis bientôt 10 ans entre l’Ukraine et la Russie.
Nikola Mirkovic, vous êtes depuis des années un courageux et authentique trait d’union entre l’Est et l’Ouest. La situation actuelle doit donc être un véritable déchirement pour vous. Mais comment en est-on arrivé là ?
Cette guerre est une tragédie pour l’Europe et le monde chrétien, surtout orthodoxe. Elle était tout à fait évitable mais nous n’avons rien fait, à l’Ouest, pour la prévenir. Quand le mur de Berlin est tombé les responsables politiques occidentaux et Gorbatchev parlaient de la « maison commune » européenne et de la nécessité de bâtir une architecture de la paix et de la prospérité de l’Atlantique au Pacifique. C’était le vœu du Général de Gaulle de bâtir une Europe de l’Atlantique à l’Oural. Malheureusement l’Europe qui s’est construite était une Europe technocratique et supranationale, bien loin du veux gaulliste d’une Europe des nations. La construction européenne s’est faite sous le regard omniprésent de Washington qui nous considère comme sa chasse gardée. C’est ce qui fait dire à l’ancien conseiller à la sécurité américain Zbigniew Brzezinski que l’Europe de l’Ouest est globalement un « protectorat américain. » François Mitterrand s’en était plaint d’ailleurs, hélas en catimini. Quand les US ont vu qu’ils n’allaient pas pouvoir dominer la Russie comme ils l’avaient fait avec d’autres pays de l’Est ils ont identifié le pays des tsars comme un ennemi. Cette crainte de l’émergence d’un rival puissant en Eurasie irrigue la politique extérieure des Etats-Unis depuis plus d’un siècle. Le crime russe est celui d’un pays qui n’a pas voulu se soumettre au FMI, à la Banque mondiale, au dollar et à l’hégémonie américaine. Zeus rend fou ceux qu’il veut perdre et c’est exactement ce que les US ont fait avec Moscou : campagnes de calomnies dans les médias, insultes publiques, exercices de l’OTAN sur ses frontières, guerres dans ses zones d’influence (ex-Yougoslavie, Afghanistan…). L’ancien patron de la DST française, Yves Bonnet, dit que nous avons infligé « 30 ans d’humiliation et de mépris » à la Russie. Les atlantistes ont également organisé des révolutions de couleur dans la zone d’influence russe pour faire tomber les gouvernements non alignés sur Washington. Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été le coup d’Etat à Kiev en 2014 soutenu par Washington et l’UE. A partir du moment où les lignes rouges avaient été franchies par les atlantistes il était écrit que le conflit ouvert serait proche.
“Si nous ne soutenons pas l’Ukraine, elle tombera en quelques jours. Oui, nous aimerions dépenser cet argent pour améliorer le bien-être des gens, des hôpitaux, des écoles, des villes. Mais nous n’avons pas le choix !”
Cette déclaration hallucinante de Josep Borrell, actuel Vice-président de la Commission européenne, et Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères, bien dans la longue tradition belliciste des socialistes, en dit long sur la situation ubuesque dans laquelle est l’Europe aujourd’hui face à ce conflit, cette guerre, qui se déroule en Ukraine, donc aux frontières de l’Europe.
Aveu de soumission, schizophrénie, duplicité… L’Europe se ruine et s’humilie chaque jour pour prendre ouvertement parti dans un conflit qui n’est pas le sien et où elle a tout à perdre, jusqu’à son identité, son existence et son honneur. Comment l’Europe et plus particulièrement la France peut-elle sortir de ce piège ?
L’Europe et notamment la France doivent impérativement se sortir de ce piège. Nous sommes devenus les supplétifs de Washington et ne contrôlons donc plus notre destinée ce qui est plus que paradoxal pour une république qui a choisi le mot « liberté » pour la représenter. Notre intérêt est de nous libérer des chaînes américaines et de faire revenir très rapidement la paix en Europe. Il est facile pour l’Oncle Sam d’inonder l’Ukraine d’armes, ils sont à plusieurs milliers de kilomètres du conflit ; pas nous. La France doit devenir le premier grand pays européen à rompre avec l’atlantisme qui nous soumet politiquement et militairement aux US et qui corrompt notre culture. Libéré de ce joug, une France souveraine peut reprendre une place de grande puissance sur l’échiquier mondial et se donner les moyens diplomatiques pour négocier la paix en Ukraine en dialoguant avec Kiev et Moscou et les Nations Unies où elle est, encore, membre permanent du Conseil de Sécurité. Cela prendra du temps mais c’est faisable. La majorité de la planète rejette l’hégémonisme américain qui n’a jamais été aussi fragilisé. Le monde multipolaire qui se construit en ce moment aura besoin de grandes nations européennes indépendantes, la France doit se réveiller et répondre à cet appel.
Le Donbass semble donc être le symbole et la clé de voûte d’un nouvel ordre mondial qui ne dit pas son nom mais qui joue son hégémonie ou son avenir en sacrifiant des centaines de milliers de jeunes victimes slaves et orthodoxes, comme on sacrifiait jadis aux dieux païens. Cette nouvelle religion mondiale est-elle le véritable enjeu de cette guerre que se livrent la Russie et les USA, à travers son “machin”, qu’est l’Otan ?
Oui tout à fait. La guerre n’est pas entre la Russie et l’Ukraine mais bien entre la Russie et les mondialistes qui se sont servis des USA pour bâtir un empire et qui voient Moscou comme un point d’achoppement à leur construction mondiale. Cette guerre, provoquée par Washington comme le rappelait récemment Robert Wade de la London School of Economics, est une guerre ouverte des mondialistes contre les nations libres qui ne veulent pas se soumettre au nouvel ordre mondial que George W. Bush appelait de ses vœux à la chute du communisme. De manière crue mais
réaliste, l’ancien sénateur américain Richard H. Black, critiquant son propre gouvernement, dit : « Les États-Unis et l’OTAN, nous nous préoccupons peu du nombre de morts ukrainiens, qu’ils soient civils ou militaires. Nous nous en fichons328. » Les atlantistes veulent, quoi qu’il en coûte, que l’Ukraine devienne le nouvel Afghanistan du Kremlin et que cette guerre l’épuise financièrement et moralement afin de changer le gouvernement en place comme ils l’ont fait dans tant d’autres pays. Les US se contrefichent de l’Ukraine, ils veulent affaiblir la Russie. Quelle que soit l’issue de la guerre Washington abandonnera la région comme elle a abandonné le Vietnam, l’Irak ou l’Afghanistan. Où est-ce que Washington a apporté la paix et la prospérité ? Nulle part. Pourquoi en serait-il autrement en Ukraine ? Le cynisme est porté à son paroxysme car les US et l’UE financent cette guerre sans y verser le sang. Il y a certes quelques militaires de l’OTAN sur place et des milliers de mercenaires issus du monde atlantiste mais ce n’est rien par rapport aux centaines de milliers de slaves qui s’entretuent en ce moment. Au lieu de cela nous rivalisons d’attaques perfides contre notre ancien allié, jurons de faire s’écrouler l’économie russe et souhaitons la victoire de l’Ukraine… C’est tout le contraire de ce que devrait souhaiter une grande nation civilisée et chrétienne.
L’Europe a renié toute indépendance dans ce drame, et vient donc de sortir de l’Histoire, à l’instar de la France de Macron, qui s’autodétruit consciencieusement et honteusement chaque jour un peu plus. La Chine observe, à l’image de la plupart des grandes puissances mondiales, dans une certaine neutralité apparente. Qui peut donc mettre fin à cette guerre entre l’Otan et la Russie, avant qu’il ne soit trop tard ?
La France peut y mettre fin. Il suffit qu’elle s’engage à ne jamais accepter l’Ukraine dans l’OTAN et à bloquer le financement de cette guerre au sein de l’UE. Ce sont deux leviers extraordinaires que Paris pourrait monnayer dans une négociation raisonnée avec Moscou. En faisant cela la France redeviendrait une grande nation mondiale capable de trouver le chemin du dialogue avec ses voisins en guerre. En prenant le rôle de chef de file du camp de la paix et de la stabilité, la France attirerait à elle d’autres nations qui ne veulent plus des guerres et de l’ingérence américaines. La France deviendrait la tête de file des nations européennes qui veulent retrouver leur souveraineté. Cela ne signifie absolument pas courber l’échine devant Moscou, cela signifie que nous décidions enfin de redéfinir une coopération européenne fondée sur la paix été la stabilité. C’est la seule façon de protéger notre héritage et notre culture dans un monde où d’autres continents développent de formidables atouts démographiques ou technologiques. Il faut être vraiment ignorant pour se mettre à dos la Russie qui est un des pays les plus riches du monde avec lequel nous, Français, avons une histoire particulière.
Nikola Mirkovic, vous n’êtes ni devin ni prophète, mais alors que le bruit d’une hypothétique offensive est chaque jour plus assourdissant, comment voyez-vous l’évolution du conflit dans les mois à venir ?
Il est extrêmement difficile de prévoir l’issue de cette guerre. Ni les USA ni la Russie ne peuvent la perdre donc elle peut encore durer longtemps et dégénérer au-delà du théâtre d’opérations actuel. Il ne faut pas oublier qu’en parallèle de la guerre militaire il y a un affrontement économique où la toute puissance américaine est ébranlée par le mécanisme de la dédollarisation qui la prive progressivement d’un de ses plus grands atouts. Les USA ont su surmonter bien des troubles dans leur courte histoire mais ils sont aujourd’hui dans une situation peu enviable. Les Américains sont divisés entre eux-mêmes comme les deux dernières élections présidentielles l’ont montré. Leur économie est fragilisée. Ils ont perdu en Syrie et ont dû fuir l’Afghanistan et ils frôlent les 100 mille milliards de dette (presque quatre fois leur PIB). Pendant longtemps les guerres américaines étaient absorbées par une société relativement solide et une économie prospère. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il faut alors prier pour que les faucons de guerre états-uniens, qui ne vivent qu’au son du canon et la destruction des sociétés traditionnelles (comme le rappelle l’historien néoconservateur américain Max Boot) ne se disent pas que la seule solution pour sauver le Soldat Ryan est de déclencher une nouvelle guerre mondiale en espérant qu’ils s’en sortiront mieux que d’autres. C’est une vision apocalyptique qu’il ne faut hélas pas prendre à la légère. Il est donc urgent que la France s’extirpe du monde atlantiste et se lève pour négocier une paix rapide et durable. Si elle ne le fait pas alors prions que d’autres nations y parviennent rapidement. Plus vite cette guerre se termine, mieux cela sera pour la France… et l’humanité.
Votre livre est donc aujourd’hui plus que jamais une clé indispensable pour comprendre le drame civilisationnel qui se joue sous nos yeux, et nous encourageons les lecteurs du Salon Beige à se procurer votre ouvrage.

Nikola Mirkovic est diplômé de l’European Business School. Président de l’association Ouest-Est, il a mené de nombreuses missions humanitaires au Donbass en guerre ainsi qu’au Kosovo et en Métochie (Serbie). Il est régulièrement invité par les médias francophones et internationaux pour ses analyses géopolitiques. Il est l’auteur du Chaos Ukrainien (2023), L’Amérique empire (2021), Bienvenue au Kosovo (2019) et Le Martyre du Kosovo (2013).
En Quête d’esprit : L’Eglise contre le sexe ?
Aymeric Pourbaix et Véronique Jacquier reçoivent
- Aude DUGAST, déléguée générale de la Fondation Jérôme Lejeune
- Ingrid d’USSEL, auteur de Humanæ vitæ questionnée par Proust
- Frère Armand LEVILLAIN, directeur de l’Institut Jean de la Croix
Patrick Buisson raconte 40 ans de “Décadanse” avec Charlotte d’Ornellas
Patrick Buisson remet en question dans Décadanse la révolution sexuelle des années 60 et ses conséquences. Ancien directeur de Minute et de Valeurs actuelles, l’ancien conseiller politique dénonce les promesses non tenues d’une libération sexuelle qui croyait émanciper les femmes par la contraception, le salariat, l’avortement, mais qui aura échoué à éradiquer les tabous.
Avec une analyse historique et culturelle approfondie, Patrick Buisson explique comment cette révolution aurait plutôt mené à l’effondrement de la famille et à la désagrégation sociale. Un ouvrage qui invite à réfléchir sur les conséquences de cette libération sexuelle aujourd’hui encore.
La Syrie toujours occupée
Article d’Antoine de Lacoste paru dans la Revue d’Histoire Européenne :
La guerre qui a ravagé la Syrie depuis 2011 a vu la victoire des Syriens et de son dirigeant, Bachar el-Assad. Ce dénouement n’a été possible que grâce à l’aide des alliés chiites (le Hezbollah libanais et l’Iran) puis de la Russie dont l’intervention fut décisive.
Les islamistes furent vaincus, malgré le soutien massif de l’occident, de la Turquie, du Qatar ou de l’Arabie Saoudite, mais la Syrie est aujourd’hui détruite et ruinée.
Si Damas, peu touché par la guerre qui s’arrêta à ses portes, peut faire illusion, Alep, Hama, Homs et bien d’autres villes sont dévastées. Il est poignant de parcourir les rues d’Alep qui fut la plus belle cité de Syrie et dont la reconstruction exigerait des sommes considérables.
Mais l’Amérique veille et ne pardonnera jamais à la Syrie d’avoir contrecarré ses plans, avec l’appui russe de surcroît. Alors les sanctions écrasent le pays, réduisant son peuple à la misère sans que cela n’émeuve en quoi que ce soit les Européens, alignés sur Washington. Nous avons l’habitude. Certes à la suite du dramatique tremblement de terre qui a touché le nord-ouest de la Syrie, les sanctions ont été levées pour quelques semaines, sous la pression des organisations humanitaires internationales. Gageons que l’administration Biden n’oubliera pas de remettre en vigueur sa chappe de plomb dès le délai atteint. Cela coûte cher de s’opposer à l’Empire.
En plus des sanctions, les Américains ont décidé d’occuper une partie du pays. Plus de 900 soldats stationnent dans le nord-est de la Syrie. Ce territoire est géré par les Kurdes, alliés des Etats-Unis dans la lutte contre Daech. Coïncidence : c’est là que sont concentrés les gisements de gaz et de pétrole qui sont ainsi confisqués et offerts aux Kurdes. Tout cela est contraire au droit international mais nous savons que ce dernier fonctionne à des vitesses très variables.
De plus les Américains ont installé une base dans le sud, le long de la frontière jordanienne. Plusieurs centaines d’hommes y sont stationnés et encadrent d’anciens combattants islamistes, reconvertis en rebelles modérés. Un voile pudique couvre ce camp d’al-Tanf dont personne ne parle.
A chaque fois que l’armée syrienne s’est approchée d’un peu trop près de cette base ou des positions kurdes dans le nord-est, l’aviation américaine est brutalement intervenue.
Les Kurdes quant à eux ont saisi l’occasion de cette guerre pour s’émanciper du gouvernement syrien même s’ils habitent sur ses terres. Ils ont tenté, avec la bénédiction américaine, de créer un territoire autonome dans le nord, le long de la frontière turque. L’armée syrienne, trop affaiblie, a laissé faire.
Mais la Turquie n’a pas accepté cette situation. Sa relation avec les Kurdes est ancienne et complexe. Ils ont souvent été utilisés comme supplétifs des basses œuvres, comme pendant le génocide arménien. Rappelons à ce propos une vérité gênante : beaucoup de maisons habitées par les Kurdes en Turquie l’étaient auparavant par des Arméniens qu’ils ont assassinés.
Erdogan a fait de la lutte contre les Kurdes, et plus particulièrement de son bras armé clandestin, le PKK, un des piliers de sa politique islamo-nationaliste. Ce ne fut donc pas une surprise lorsqu’il décida de mener coup sur coup trois opérations militaires à Al-Bab en 2016, Afrin en 2018 et près de RaÏs Al-Aïn en 2019. Les Américains, désireux de ne pas se fâcher avec un allié stratégique, fermèrent les yeux et abandonnèrent leurs alliés, ce qui est une vieille tradition chez eux. Les Russes laissèrent faire également : ils n’étaient pas alliés des Kurdes et ne voulaient pas entrer en confrontation avec la Turquie pour eux. Mais ce sont les Russes qui ont dit à Erdogan d’arrêter son armée alors que nul ne savait jusqu’où il voulait aller.
Aujourd’hui le territoire kurde, appelé la Rojava, est donc tronçonné et l’armée turque y campe, aidée de milices syriennes islamistes qu’elle a embauchées.
Le dernier territoire syrien occupé est la poche d’Idleb au nord-ouest. Cette région fut pendant la guerre le réceptacle des islamistes envoyés là après leur reddition. Les Syriens n’étaient guère favorables à ce scénario que les Russes imposèrent : en garantissant la vie sauve aux islamistes puis l’exil vers Idleb avec leurs familles, ils accélérèrent la fin de la guerre.
Erdogan et Poutine se mirent d’accord sur le maintien de la mainmise turque sur la région, en échange de la mise au pas des milices islamistes. La promesse ne fut pas tenue et aujourd’hui l’ex front al-Nosra, rebaptisé Hayat Tharir al-Cham, règne sur un partie substantielle de la région.
Ce sombre tableau est toutefois tempéré par quelques bonne nouvelles : la Grèce, la Serbie, Chypre et la Hongrie ont rouvert leurs ambassades tandis que l’Egypte et les Emirats Arabes Unis font pression pour un retour de la Syrie dans la Ligue arabe. Mais c’est peu de choses eu égard à la misère qui frappe le peuple syrien.
L’islamisme a été vaincu mais la Syrie paye cher cette victoire.
Richelieu, le plus grand homme d’Etat français
Les éditions Plein Vent viennent de publier une superbe biographie en bande dessinée du Cardinal de Richelieu, avec un texte très élégant, dans une langue particulièrement soignée, loin des standards de la bande dessinée. Sa vie est un véritable roman, très directement liée à l’Histoire de France. La scénariste a bien voulu accorder un petit entretien aux lecteurs du Salon Beige pour leur présenter cet ouvrage, et surtout ce personnage hors du commun qu’ils découvriront à travers ces planches magnifiquement illustrées par Andrea Mutti.
Bonjour Coline Dupuy, merci de nous présenter votre dernière œuvre. Après Cathelineau, Madame Elisabeth, Thérèse de Lisieux, Jehanne d’Arc, Clodoald, vous avez retrouvé le dessinateur Andrea Mutti, avec qui vous aviez déjà publié les biographies illustrées de Clovis et de La Pérouse, pour nous présenter un autre « monstre sacré » : le Cardinal de Richelieu ! Peut-être l’une des personnalités « politiques » les plus fascinantes de l’Histoire de France. Pourquoi ce choix ?
Richelieu est d’abord l’ancien évêque de Luçon, celui qui a restauré le diocèse, fondé un séminaire, écrit un catéchisme – l’«Instruction du chrétien» -, et fait reconstruire la cathédrale en ruines après les guerres de religion. C’est le premier évêque de France à avoir reçu et mis en œuvre les réformes du concile de Trente. En Vendée, grâce notamment à Dominique Souchet, ancien diplomate, député et maire de Luçon à qui j’ai dédié cette bande dessinée, l’image de Richelieu a été dépoussiérée par la publication de plusieurs ouvrages, dont les actes d’un colloque à Luçon en 2009. Or, la légende noire d’ Alexandre Dumas en donne une idée fausse. J’ai donc décidé de contribuer modestement à redorer son image et à le faire connaître aux jeunes générations, en tâchant de mettre en lumière l’essentiel de son œuvre spirituelle et politique. Comme à son habitude, Andrea a sublimé magnifiquement cette histoire et ce personnage.
Richelieu est-il pour vous un grand homme d’État ?
Oui, selon moi, c’est le plus grand homme d’État français. Visionnaire, il a une hauteur de vue politique et diplomatique exceptionnelle. Il sait inspirer les bonnes décisions au roi et conduire une diplomatie indépendante visant à préserver la « sûreté » de la France. Il a eu également la clairvoyance de se faire seconder par le père Joseph du Tremblay, qui croyait à la prééminence des forces spirituelles, et qui était lui aussi un personnage d’exception. Le « grand siècle » français porte bien son surnom, non seulement par ses grands saints, ses grands caractères, mais aussi par ses grands penseurs. Je vous renvoie ici au testament politique de Richelieu. Le siècle de Louis XIII et de Louis XIV est un aboutissement, le sommet de la civilisation française. Après ses belles fleurs du Moyen-Âge, il fait mûrir ses plus beaux fruits par le raffinement des esprits et de la langue, celle de l’Académie française fondée par Richelieu en 1635.
Vous n’idéalisez aucunement les protagonistes de cette période difficile de l’Histoire de France, où le royaume est tiraillé entre les guerres de religion et les intrigues de cour qui menacent chaque jour le difficile équilibre du pays…
C’est vrai, j’ai essayé de respecter autant que possible la vérité historique, quitte à forcer un peu le trait d’un personnage comme Marie de Médicis, afin de bien l’identifier. Je ne masque pas l’ambition, le caractère autoritaire et les fragilités de Richelieu. Je n’ai pu esquiver non plus les complots où trempait Gaston d’Orléans, ennemi juré du cardinal.
Pouvez-vous nous résumer les grandes lignes de l’œuvre de Richelieu ?
Même si la notion de « Fille aînée de l’Église » n’existait pas encore, Richelieu a estimé que la France devait conserver son rang pour le bien de l’Europe et de la papauté, en brisant à l’intérieur la « République » protestante et en affaiblissant à l’extérieur l’Empire catholique des Habsbourg. Le pape Urbain VIII approuvait sa politique en Italie, mais le ministre de Louis XIII fut incompris du parti des dévots en France, notamment du cardinal de Bérulle dont la mission était différente. Richelieu visait l’unité nationale plutôt que la conversion immédiate des protestants ; l’entente entre la France et le Vatican plutôt que l’extension de la domination catholique espagnole et autrichienne. Enfin, il a consolidé le pouvoir royal en forçant la haute noblesse à s’assagir et à contribuer à la défense du royaume, que Richelieu assimile à la « patrie » dans ses écrits. Mais « l’homme rouge » ne serait rien sans Louis XIII et réciproquement. Ils formeront pendant de nombreuses années un tandem efficace, le roi et son ministre se complétant et s’édifiant l’un l’autre pour le bien de la France.
A une époque comme la nôtre, où la laïcité est devenue un véritable dogme républicain, comment ce prince de l’Église devenu premier ministre du Roi peut-il demeurer un exemple pour notre présent et notre avenir ?
Le cardinal de Richelieu a suivi la raison comme ligne de conduite de l’État. Contrairement à ce que l’on croit, il s’agit davantage de la raison éclairée par la foi que de la raison d’État, dont Richelieu parle très peu, ce que m’a bien expliqué l’historien Philippe Pichot-Bravard. Sans l’appui de la raison et de la foi, l’intelligence s’obscurcit. Notre époque ayant rejeté la foi, elle finit par perdre la raison, et même la raison d’État… Richelieu a eu le grand mérite, entre autres, d’avoir encouragé Louis XIII à consacrer sa personne et son royaume à la Sainte Vierge Marie , et de l’avoir ainsi sauvé en lui redonnant sa boussole.
Merci Coline. Et les lecteurs du Salon Beige pourront retrouver le Richelieu de Coline Dupuy ici.
Terres de Mission Va, Vis, Prie… pour la défense de la vie
Eglise universelle : Marche pour la Vie du 16 juillet à Tokyo
Le Japon est un des pays de la planète dont la population diminue le plus rapidement en raison d’une natalité très faible et d’une absence quasi totale d’immigration. Paul de Lacvivier, qui réside au Japon, nous présente la situation générale de la défense de la vie humaine innocente au Japon ainsi que la prochaine Marche pour la Vie qui aura lieu le 16 juillet prochain à Tokyo.
Eglise en France : Louis Salleron, artisan du bien commun
Sœur Ambroise Dominique, petite-fille de Louis Saleron et dominicaine enseignante, a consacré, sous le titre “Louis Salleron – Artisan du bien commun”, une passionnante biographie, toute empreinte de piété filiale, à son grand-père. Juriste, économiste, philosophe et poète, Louis Salleron fut aussi un homme de foi et un père de famille comblé avec 12 enfants. C’est une partie de l’histoire du XXème siècle, vécue par un laïc catholique engagé qui revit sous nos yeux.
Eglise en Marche : Va, Vis, Prie
Face aux projets de constitutionnalisation de l’avortement et de légalisation de l’euthanasie, l’association Va, Vis, Prie organise de l’Annonciation (25 mars) à l’Assomption (15 août) une campagne de récitation de chapelets et de célébration de messes en réparation de toutes les atteintes au respect de la vie humaine innocente. Marie-Lys Pellissier, porte-parole de cette initiative, nous en présente les objectifs et l’état actuel.
“Créer son école, c’est mon histoire !”
Aujourd’hui, le 15 mai, est sorti le premier épisode d’un tout nouveau podcast éducatif intitulé “Créer son école, c’est mon histoire !”. Il est produit par Les Adultes de demain, à la demande de l’association Créer son école. Il est d’ores et déjà disponible gratuitement sur toutes les plateformes de podcast (Apple Podcast, Spotify etc…) :
La première saison compte 10 épisodes, à raison de 2 par mois. Ce podcast raconte l’aventure d’hommes et de femmes de caractère, qui ont osé fonder leur propre école. De la maternelle au supérieur ! Pour cela, ils ont surmonté plein d’obstacles. Vous y découvrirez comment cet acte de créer leur propre école s’inscrit dans leur itinéraire de vie, et dans une recherche de sens qui peut faire des émules. En 15 minutes d’interview, vous verrez comment des personnes très variées en viennent à fonder une école indépendante en dehors de tout soutien public, alors qu’en France l’école publique est gratuite. Créer son école, c’est un sport complet, un parcours entrepreneurial et une aventure intégrale qui engage tout l’humain.
Un premier épisode qui annonce la couleur
Pour le premier épisode, c’est Françoise Candelier qui présente l’itinéraire qui l’a conduite de l’école publique Jacques Brel de Roncq dans le Nord à la fondation de sa propre école indépendante, l’école du Blanc-Mesnil. Un fort tempérament qui appelle un chat un chat et qui n’a pas hésité, pour rester fidèle à son idée du service public, à passer du public au privé. Un itinéraire qu’elle n’aurait jamais cru devoir emprunter, tant elle a la passion de l’école publique chevillée au corps.
Les épisodes suivants nous feront découvrir une école professionnelle qui ne renonce pas à une solide formation généraliste, une création d’école supérieure atypique et ambitieuse, une école rurale dans un tiers-lieu, une école de la pédagogie Steiner-Waldorf qui soulève en France de nombreuses questions, un réseau de maternelles, cette spécialité française, une école Montessori, une école internationale, un lycée fonctionnant sur une autonomisation précoce des élèves, suivant le modèle des entreprises libérées etc…
Créer son école, l’association au service du développement des écoles indépendantes de qualité
Créer son école, qui a lancé ce podcast, est l’association engagée au service des écoles indépendantes et de la liberté scolaire depuis près de 20 ans. Elle est présidée par sa fondatrice, Anne Coffinier. Elle a accompagné la naissance ou le développement de plus de 700 écoles indépendantes à ce jour. Elle publie un annuaire, tient un observatoire scientifique, forme, défend, met en réseau, et s’engage pour améliorer l’accessibilité des écoles indépendantes au profit des enfants de toutes les origines. On peut retrouver ses actions sur son site www.creer-son-ecole.com et sur les réseaux sociaux.
Sacrifice humain et résurrection du Christ
D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
Il y a quelques jours, la nouvelle est venue d’Inde: des hommes ont été arrêtés pour avoir effectué un sacrifice humain quatre ans plus tôt, décapitant une femme de 64 ans pour apaiser les divinités. Évidemment, tout cela nous fait horreur aujourd’hui, où ces pratiques semblent reléguées à un passé dans lequel, à juste titre, nous n’entendons pas revenir. Dans le premier chapitre du livre du prophète Isaïe, Dieu dit : « Est-ce que je me soucie de vos innombrables sacrifices ? (…) Je me contente des holocaustes des béliers et de la graisse des bœufs ; le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’aime pas. Quand vous venez vous présenter à moi, qui vous demande de venir fouler mes parvis ? Arrêtez de faire des offres inutiles, l’encens m’est une abomination ; nouvelles lunes, sabbats, assemblées sacrées, je ne puis supporter le crime et la solennité. Vos nouvelles lunes et vos fêtes que je déteste, elles me sont à charge ; J’en ai marre de les supporter. Quand tu tends les mains, je détourne les yeux de toi. Même si vous multipliez les prières, je n’écoute pas. Vos mains ruissellent de sang. Lavez-vous, purifiez-vous, éloignez de mes yeux le mal de vos actions. Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, recherchez la justice, aidez l’opprimé, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve. Allez, viens et discutons (…) Même si tes péchés étaient comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme neige. S’ils étaient rouges comme la pourpre, ils deviendront comme de la laine.»
Il est intéressant de noter qu’Isaïe introduit ces paroles du Seigneur en remettant en cause les peuples de Sodome et Gomorrhe, c’est-à-dire le symbole même de la corruption. Ce n’est pas une invective contre les sacrifices, mais une invective contre l’hypocrisie dans la prière. Par conséquent, si nous horrifions à juste titre devant les sacrifices humains, nous devons au contraire toujours nous rappeler que notre foi est basée sur le sacrifice du Christ, qui a souffert, est mort et est ressuscité pour nous.
Le sacrifice signifie faire un geste sacré, sacraliser quelque chose pour l’offrir à Dieu.Dans son message pour le Carême de 2012, l’évêque de Padoue, Mgr. Antonio Mattiazzo a observé : “Le mot sacrifice signifie littéralement “sacrum facere”, rendre sacré quelque chose ou quelqu’un en l’offrant à la divinité. Il convient de noter que l’idée et la pratique du sacrifice se rencontrent dans diverses religions, dans l’hindouisme, le bouddhisme zen, l’islam et les religions dites naturelles, bien qu’avec des accentuations et des nuances différentes. On peut dire que le sacrifice fait partie de l’histoire de l’humanité, à commencer par Caïn et Abel (cf. Gn 4,3-4), à tel point que, selon certains savants, les sociétés sont fondées sur le sacrifice. Il convient également de noter que les rites sacrificiels avaient un caractère institutionnel-public. Les chrétiens qui refusaient de sacrifier aux dieux étaient condamnés à mort dans l’Empire romain. Le sacrifice est généralement compris comme “l’immolation d’une victime”, et cela a à voir avec la vie et la mort. Le but du sacrifice est, essentiellement, la communication avec le Sacré, avec la Divinité pour l’adorer et obtenir ses bienfaits”. Il est important de réfléchir au fait que le sacrifice, dans ses diverses expressions, se retrouve dans les principales religions. Comme nous l’avons vu, dans certains cas, des êtres humains (pensez aux cultures précolombiennes) ou des animaux (pensez aux Juifs) sont sacrifiés. Dans le christianisme, le sacrifice devient choquant : Christus factus est obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Le Fils de Dieu lui-même accepte de mourir pour racheter l’humanité du péché. Par ce geste il montre l’inconséquence des autres sacrifices face à cet acte suprême que seul un amour infini peut expliquer.
Le sinologue Umberto Bresciani, dans son beau dictionnaire confucéen Dimenticare, ricordare, capire, nous aide à comprendre comment la religion traditionnelle chinoise utilise le terme sacrifice : « Dans la religion traditionnelle chinoise, le sacrifice est prévu pour le Ciel, les ancêtres et les autres divinités/esprits. Le sens du rite sacrificiel ne réside pas dans la supplication ou dans le devoir de propitiation envers la divinité, mais plutôt dans le souvenir de son devoir de gratitude et de respect envers celui à qui l’on sacrifie, que ce soit un ancêtre, ou un sage ou bienfaiteur de l’humanité, ou du Ciel.” Le sacrifice est 祭(Jì). La racine de ce caractère est un autre caractère qui signifie “esprit”, dans le sens de quelque chose qui s’est manifesté. Eh bien, nous pouvons appliquer tout cela au sacrifice du Christ qui est pour nous la manifestation de l’amour de Dieu et il est donc faux, comme l’a enseigné le grand théologien passioniste Père Enrico Zoffoli (1915-1996), de mettre l’accent sur la résurrection du Christ sans passer par par sa passion et sa mort, car celles-ci expliquent la première. Divo Barsotti, dans sa méditation de 1956 recueillie dans le livre Il ritorno dell’anima a Dio observait : « Ce plan divin est énoncé avec la vocation d’Abraham, avec l’élection d’Israël : on voit déjà comment dans la vocation d’Abraham et dans la élection d’Israël la vertu d’obéissance est première ; mais le plan divin s’accomplit en Christ. Or, l’aspect mystique de l’obéissance religieuse n’implique pas tant l’adhésion à une volonté abstraite de Dieu, une loi que Dieu a promulguée, que l’adhésion au Christ. Le dessein divin ne s’accomplit pas en fuyant le pays d’Égypte, en entrant dans le pays de Canaan, dans le sacrifice d’Isaac, mais s’accomplit en Christ ». Ce plan s’accomplit donc dans le sacrifice de Christ.
C’est pourquoi il est si important de se rappeler que la messe est le sacrifice du Christ, dans la messe le prêtre, dans l’épiclèse consécratoire, peut dire : « Quam oblatiónem tu, Deus, in ómnibus, quæsumus bene † díctam, ad † scríptam, ra † tam, rationábilem, acceptabilémque fácere dignéris ut nobis Cor † pus et San † guis fiat dilectíssimi Fílii tui Dómini nostri Iesu Christi ». Le sacrifice n’est pas quelque chose dont nous devons nous passer, car nous ne pouvons pas nous en passer, le geste suprême d’amour que le Christ mort et ressuscité a accompli en rémission de nos péchés repose sur lui.
Symbolique chrétienne du drapeau européen…
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
N’en déplaise aux technocrates bruxellois et autres laïcards anticléricaux de tous bords, le drapeau européen renvoie bel et bien à la Très-Sainte Vierge Marie et aux racines chrétiennes de l’Europe. Conçu par le peintre, fervent catholique, Arsène Heitz, et soutenu par Paul Lévy (juif converti au catholicisme), responsable de la communication au Conseil de l’Europe, le drapeau fut officiellement adopté le 8 décembre 1955, jour de la Fête de l’Immaculée Conception.
Heitz a déclaré bien plus tard s’être inspiré de la Médaille miraculeuse de la Rue du Bac (qu’il portait lui-même) ainsi que du texte de l’introït de la Fête de l’Assomption (15 août), qui fait référence au chapitre 12 du Livre de l’Apocalypse : « Un signe grandiose est apparu dans le ciel, une Femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles »
La trace du motif réel du choix de Heitz a été retrouvée dans une revue belge (Magnificat,1987), où Heitz se disait « très fier que le drapeau de l’Europe soit celui de Notre-Dame ». Sa veuve a confirmé cette version et indiqué qu’en raison de l’existence d’autres religions et sensibilités en Europe, il fallait garder le secret …
Si elles sont bien souvent niées, malmenées, voire subverties par nos élites et nos institutions, les racines chrétiennes de l’Europe – tout comme celles de la France, “Fille aînée de l’Eglise” – n’en demeurent pas moins réelles et présentes… Des racines et une source vitale à redécouvrir d’urgence, s’il on veut renouer avec une politique digne de ce nom, et œuvrer véritablement au Bien commun !
Pierre de la Taille, avec https://fr.wikipedia.org/wiki/Drapeau_europ%C3%A9en
Solennité de sainte Jeanne d’Arc
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
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La solennité de la fête de sainte Jeanne d’Arc n’appartient bien sûr qu’au Propre de France et elle n’est pas obligatoire. Les livres liturgiques de 1962 la donnent toutefois en France avec la messe Cantémus Dómino en ce 2e dimanche de mai. Mais il faut la chercher précisément au propre de France et tous les missels ne l’offrent pas, y compris beaucoup de paroissiens romains, dont les célèbres « 800 ».
Notre sainte nationale, patronne secondaire de la France eut une vie extraordinaire, unique dans l’histoire. Sa fête liturgique est le 30 mai puisque c’est le jour de l’an de grâce 1431 qu’elle fut brûlée sur le bûcher à Rouen.
Il fallut attendre le début du XXe siècle pour que l’Église décrétât l’héroïcité des vertus de la Pucelle d’Orléans. C’était en 1904, quand saint Pie X invita solennellement la France à son culte et qu’il la béatifia en 1909. Et c’est son successeur, Benoît XV qui la canonisa en 1920. Mais les problèmes politiques intérieurs de la France à l’époque notamment avec l’Action Française contribuèrent à ce qu’elle ne fût point déclarée martyre mais seulement vierge.
De façon étonnante, c’est la Chambre des députés qui décréta à la même date, la fête de Jeanne d’Arc la fête du patriotisme, fixée au 2e dimanche de mai. La loi n’a jamais été abolie et le décret est toujours en vigueur, même si personne n’en tient plus compte. La fête fut dotée d’une messe et d’un office propre.
| Ant. ad Introitum. Exode 15, 1 et 2. | Introït |
| Cantémus Dómino : glorióse enim magnificátus est. Fortitúdo mea et laus mea Dóminus, et factus est mihi in salútem. Allelúia, allelúia. | Chantons au Seigneur : il se couvre de gloire. Ma force et ma louange, c’est le Seigneur ; il fut pour moi le salut. Alléluia, alléluia. |
| Ps. 97, 1. | |
| Cantáte Dómino cánticum novum, quia mirabília fecit. | Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles. |
| Allelúia, allelúia. V/. Judith 15, 11. Fecísti viríliter, et confortátum est cor tuum : manus Dómini confortávit te, et ídeo eris benedícta in æternum. | Alléluia, alléluia. V/. Tu as agi avec vaillance, ton cœur a été fort. La main du Seigneur t’a rendue forte, aussi seras-tu bénie à jamais. |
| Allelúia. V/. Ibid. 8, 29. Nunc ergo ora pro nobis, quóniam múlier sancta es, et timens Deum. Allelúia. | Alléluia. V/. Et maintenant prie pour nous, car tu es une femme sainte et craignant Dieu. Alléluia. |
| Ant. ad Offertorium. Judith 15, 10. | Offertoire |
| Benedixérunt eam omnes una voce, dicéntes : Tu glória Jerúsalem, tu lætítia Israel, tu honorificentia pópuli nostri. Allelúia. | Tous l’acclamaient, disant d’une même voix : Tu es la gloire de Jérusalem, tu es la joie d’Israël, tu es l’honneur de notre peuple. Alléluia. |
| Ant. ad Communionem. Ps. 22, 4. | Communion |
| Si ambulávero in medio umbræ mortis, non timebo mala, quóniam tu mecum es, Dómine Jesu. Allelúia. | Même si je marchais au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal, car tu es avec moi, Seigneur Jésus. Alléluia. |
Z comme Zemmour
Nous poursuivons la série alphabétique d’extraits du livre de notre ami Bernard Prady: Islam et Islamisation dans une France macronisée:
Revenons à M. Kalifat [Président du Conseil représentatif des institutions juives de France]. Nous avons pour lui une petite chose vue. Un instantané. Tout récent et véridique. La date? Le 24 mars 2022. Le lieu ? Un marché tranquille d’une ville moyenne plutôt bourgeoise. L’action ? Une distribution du programme électoral de M. Zemmour. Le protagoniste? Une femme, algérienne (peut-être aussi maintenant de nationalité française) d’environ 60/65 ans, avec le voile islamique et un masque covid. Suivant le Larousse, on l’aurait volontiers décrite comme une moukère (« une femme algérienne »), mais il paraît que le terme est vieilli et, surtout, serait sexiste… Le programme lui est proposé. Sa réaction (volubile): « Mais qu’est-ce qu’il a Zemmour avec les musulmans? Il est raciste. Et il est juif, il est juif. Les musulmans, ils sont français. » Elle continue avec une phrase un peu compliquée qui peut donner à croire qu’elle trouve que M. Zemmour, juif, ne peut pas être français. Interrogée spécifiquement (« Mais M. Zemmour n’est pas français ? »), la femme répond : « Si, il est français, mais [sic] il est juif, il est juif. »
(Extrait de “Antisémitisme et humour ?” – Le 28 mars 2022)
Conférence de Richard Haddad sur le Liban
Présentation en vidéo de la conférence à venir de Richard Haddad au Centre Charlier:
Pour plus d’informations, cliquez ici.
La GPA pour tous avec le Parlement européen
Encore un lièvre levé par le député RN Jean-Paul Garraud :
Le Parlement européen adapte ses règles pour son personnel qui recourt à la GPA !
« Compte tenu de l’évolution en médecine reproductive, des législations applicables en matière de procréation et de parentalité, ainsi que du contexte sociétal », le Parlement européen créé « un… pic.twitter.com/NPF913yp2v
— Jean-Paul GARRAUD (@JPGarraud) May 13, 2023
2 claques pour Gérald Darmanin
Le tribunal administratif de Paris a suspendu l’arrêté de la préfecture de police interdisant le colloque de samedi après-midi du mouvement royaliste Action française. Cet arrêté avait été pris après une circulaire du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin visant à interdire plusieurs “manifestations et rassemblements de l’ultradroite”. Une claque pour le ministre :
🔴NOTRE COLLOQUE AURA BIEN LIEU !🔴
Première victoire pour ce grand week-end, le tribunal administratif vient de casser l'interdiction de notre colloque prise par le préfet de police !
Nous vous attendons nombreux à l'Espace Charenton à partir de 14h30 !#Jeanne2023… pic.twitter.com/wbxfuKWxZB
— Action Française (@actionfrancaise) May 13, 2023
Et comme le ministre avait aussi fait interdire la manifestation de dimanche en l’honneur de Jeanne d’Arc (seuls les nazis et Pierre Joxe avaient déjà interdit cet hommage, qui existe depuis 111 ans), l’AF a déposé un deuxième recours, qui a également été gagné :
⚜️ Seconde victoire pour l’Action française qui voit son interdiction de manifester dimanche annulée.
🔴 Nous serons une fois de plus présent pour honorer la sainte de la Patrie demain ! #tousalajeanne #jeanne2023 pic.twitter.com/FJVueTpS0n
— Action Française (@actionfrancaise) May 13, 2023
L’AF écrivait dans un communiqué :
Notons que Gérald Darmanin, ridiculisé à Mayotte comme dans toute la France (sans parler de la scène internationale), se comporte en petit télégraphiste d’une extrême gauche avec laquelle il a décidé de ne pas se fâcher, dans l’espoir qu’elle sera de nouveau utile à son camp en 2027. L’alliance d’un extrême centre et d’une extrême gauche aussi méprisantes des libertés fondamentales, voilà la réalité de l’arc républicain invoqué par le pays légal. L’interdiction du défilé organisé par l’Action française depuis plus d’un siècle à Paris en l’honneur de Jeanne d’Arc est un nouvel exemple de cette radicalisation d’un extrême centre qui ne croit plus en la France, qui se sait sur le départ et a décidé de laisser derrière lui, en matière de libertés, un monceau de ruines pavoisées du drapeau européen.
Et pendant ce temps, le sinistre Darmanin promeut le lobby LGBT :
Parce que cette association est indispensable :
✅ Son budget sera doublé
✅ Nous créerons des postes de policiers et gendarmes dédiés
✅ Nous doublerons le temps disponible pour les bénévoles de l’association
✅ Toutes les formations des policiers et gendarmes seront faites en…— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) May 13, 2023
Toutes les générations la diront bienheureuse : un nouveau CD de musique sacrée
D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
Quand on pense au Magnificat chanté par la Très Sainte Marie, on imagine aisément qu’elle est le prototype de tous ceux qui chantent la gloire de Dieu au cours des siècles : « Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses et saint est son nom : De génération en génération, sa miséricorde s’étend à ceux qui le craignent. Il a montré la force de son bras, Il a dispersé les orgueilleux dans les pensées de leur cœur ; il a renversé les puissants de leurs trônes, il a élevé les humbles; Il a rassasié de bonnes choses les affamés, Il a renvoyé les riches les mains vides. Il a secouru son serviteur Israël, en souvenir de sa miséricorde, comme il l’avait promis à nos pères, à Abraham et à sa postérité, pour toujours.”
Un chant de triomphe mais aussi de libération, cette libération qui n’est ni politique ni sociale, mais avant tout spirituelle. La Bienheureuse Vierge Marie nous enseigne comment il faut regarder les choses de l’esprit et puis le reste viendra tout seul.
Marie chante les grandes choses que Dieu a faites en elle, mais les générations suivantes ont aussi chanté les gloires de Dieu en Marie.Depuis le chant grégorien, jusqu’à l’époque contemporaine, de nombreux chefs-d’œuvre de la musique sacrée le sont dédiés, la Mère . Et ce n’est pas seulement profondément approprié, mais aussi nécessaire, puisque l’Incarnation qui a changé le cours de l’histoire a eu lieu en elle et c’est, en un certain sens, le modèle de toute musique sacrée dans laquelle le divin rencontre l’humain.
Dans ma désormais longue activité de compositeur, les compositions en l’honneur de Maria Santissima sont nombreuses et il ne pouvait en être autrement. Elle est la Mère vers qui je me tourne quand il me semble que tout va mal, la dernière pensée avant de m’endormir c’est pour Elle.
C’est pourquoi j’ai voulu rassembler certaines de mes compositions pour chœur de femmes et orgue dans un CD intitulé Gratia plena. Qu’ai-je voulu présenter sur ce CD ? Tout d’abord, comme le dit saint Bernard de Clairvaux, de Maria numquam satis : on ne dit (ou ne chante) jamais assez sur Marie. Il y a toujours quelque chose de nouveau, de beau et de noble à dire d’elle et c’est à nous, serviteurs inutiles, de le dire à travers le peu ou tant de talent que Dieu nous a donné.
Alors qu’il peut être composé de manière traditionnelle sans rejeter la modernité. Ce qui est important, c’est qu’il y ait une logique intrinsèque à la composition et que le langage soit cohérent et non des tentatives farfelues d’essayer de paraître modernes. La véritable avant-garde est la tradition, parce qu’à travers elle, il est permis de voir beaucoup plus loin.
Ensuite, je pense que j’ai voulu démontrer que la leçon de chant grégorien est non seulement toujours importante, mais qu’elle est de plus en plus importante. Saint Pie X l’a bien enseigné dans son Motu Proprio du 22 novembre 1903 : « Le chant grégorien a toujours été considéré comme le modèle suprême de la musique sacrée, la loi générale suivante pouvant établir avec toute raison : plus une composition pour l’église, plus elle se rapproche de la mélodie grégorienne dans son débit, son inspiration et sa saveur, et moins elle est digne du temple, plus elle se reconnaît différente de ce modèle suprême ». Une loi d’une sagesse profonde qui nous aide à mieux comprendre comment utiliser les talents que Dieu nous a donnés pour élever un chant de louange dans lequel “les choses anciennes et nouvelles” sont présentes.
Ensuite, il y a le discours du latin, une langue tant vilipendée ces dernières décennies. Tous les motets de mon CD sont en latin et plus je fréquente cette langue, plus je découvre sa beauté et sa solennité. Pour cet amour que j’apporte à la langue latine, je dois remercier non pas des qualifications académiques, mais une religieuse. Lorsque je servais la messe dans ma paroisse, pendant mon adolescence, nous avions une religieuse qui nous a appris à nous rendre plus dignes de ce service important. Un jour, la religieuse proposa de nous enseigner les principales prières en latin. Nous, qui avions grandi dans l’Eglise post-conciliaire, avons été surpris, mais je dois dire que depuis ce jour je n’ai jamais oublié ces prières et elles résonnent en moi chaque jour et sont ma façon préférée de m’adresser à Dieu.
Le CD est disponible en streaming et à l’achat sur Spotify, Itunes, Amazon, Apple Music et sur les principales plateformes.
Marie, le chant populaire et la bataille spirituelle
D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
Les catholiques peuvent être fiers, à juste titre, de l’héritage musical traditionnel de l’Église catholique. Un patrimoine composé d’œuvres d’art qui sont un don non seulement pour l’Église, mais pour toute l’humanité. En fait, nous savons bien comment même ceux qui ne sont pas du tout religieux peuvent être pleinement conquis par ces grandes œuvres musicales qui sont un pilier fondamental de notre civilisation.
Une partie importante de ce patrimoine musical est celle du chant religieux populaire. Cette partie du répertoire n’est pas naturellement élaborée comme dans les grandes œuvres polyphoniques ou comme dans le répertoire classique du chant grégorien, mais est une émanation de l’âme populaire authentique. Parfois ces chants viennent directement du peuple, d’autres fois elles sont composées par des compositeurs ayant une formation académique mais qui ont la capacité d’interpréter les aspirations et les désirs de l’âme populaire. Aujourd’hui, ce que l’on fait passer pour le chant du peuple n’est plutôt que le produit du talent de persuasion des multinationales de la musique, qui ne servent souvent qu’un seul dieu, l’argent.
Si l’on parle de chant populaire religieux et qu’il faut penser à une patronne pour ce répertoire, un nom s’impose : celui de la Bienheureuse Vierge Marie. Il est évident pour tous qu’une grande partie du répertoire des chants religieux populaires est constituée de chants pour la Mère de Dieu. Certains de ces chants, du moins en Italie, sont encore dans la mémoire collective, malgré le fait que ces derniers décennies, toutes les tentatives ont été faites pour annuler cette dévotion importante et spéciale que le peuple de Dieu a envers la Mère.
Si nous pensons aux sanctuaires mariaux du monde entier, nous savons bien à quel point le chant populaire est une partie importante des dévotions qui s’y déroulent. Pensons, par exemple, à l’un des sanctuaires les plus célèbres, celui de Fatima au Portugal. Fatima est donc célèbre dans le monde entier et est souvent identifiée au célèbre Ave Maria de Fatima, traduit dans toutes les langues. Qui ne l’a pas chanté ? Mais il y aurait d’autres exemples que l’espace de cet écrit ne suffirait certainement pas à citer.
Je pense qu’il est important de mettre un aspect en lumière. Le chant populaire religieuse mariale n’est pas une chant pour vieilles dames inoffensives, mais a un fort aspect militant. Nous pouvons comprendre cela si nous prenons par exemple l’un des chants religieux mariaux les plus célèbres, Nous voulons Dieu.
Le chant a été composé par un curé français, François Xavier Moreau pour un pèlerinage qui s’est effectué à Lourdes en 1882. Ceux qui connaissent ce chant savent bien à quel point la tendance est martiale, presque un chant de soldats au combat. La vie chrétienne est un combat et la chanson religieuse populaire ne l’oublie pas. Pensons au dernier couplet de cette célèbre chanson : « Chrétiens, notre antique alliance, renouons-là dans ce saint lieu, et crions au nom de la France, Oui, Dieu le veut ! – Nous voulons Dieu ». Le ton de l’engagement dans la lutte de la vie, qu’elle soit politique, sociale ou personnelle, est évident. Nous sommes l’armée du Dieu des armées et notre chant de combat est au nom de Marie. Pensez, une femme qui nous mène au combat. N’est-il pas étrange que les adversaires disent que le catholicisme est contre les femmes ?
Mais attention, le combat auquel nous sommes appelés n’est pas purement terrestre, notre combat est toujours d’abord spirituel et à la lumière de cela nous pouvons affronter les différents combats de la vie. C’est pourquoi des chansons comme Santa Maria del Camino nous posent problème.
L’auteur du texte et de la musique est Juan Antonio Espinosa (1940), un auteur-compositeur-interprète chrétien d’origine espagnole très populaire même dans le monde anglo-saxon. La chanson est incluse dans un livret de 1971 intitulé Madre nuestra, dans lequel sont rassemblées les chansons d’inspiration mariale de l’auteur, dont Santa Maria Del Camino. Mais qui est Juan Antonio Espinosa ? Le site antiwarsong.org reproduit et traduit une partie du texte trouvé sur le site officiel de l’auteur et dans lequel on lit : « Juan Antonio Espinosa est né en 1940 à Villafranca De Los Barros (Badajoz – Espagne) dans une famille de musiciens. Il commence très tôt à étudier la musique et à jouer de divers instruments. (…) Suite au Concile Vatican II, il commence à composer des chants pour une Nouvelle Liturgie, des chants qui parlent d’un christianisme ouvert, incarné et engagé. (…) Pendant de nombreuses années, il a travaillé avec des agriculteurs au Pérou et en Colombie. Ici, il commence à composer un nouveau type de chansons qui reflètent la lutte pour la libération des peuples latino-américains et qui sont rassemblées dans l’album “La tierra grita” (“La terre pleure”). Il est retourné en Espagne en 1975 et a commencé à parcourir les villes et les villes en donnant des spectacles, en chantant avec sa guitare sur les places et les quartiers, en encourageant le réveil du peuple avec sa voix. Il compose de nouvelles chansons rassemblées en deux LP : « Cantares de ojos abiertos » et « Hombres sin tierra » (« Chansons aux yeux ouverts » et « Hommes sans terre »). Il continue à chanter aujourd’hui et est étroitement lié aux Groupes et Communautés Chrétiennes de Base, avec l’illusion de composer des chants qui nous stimulent à vivre un Christianisme plus proche de l’Evangile de Jésus de Nazareth ». Il est très clair que la perspective de cette lutte est celle de la théologie de la libération, et non celle chrétienne. Marie nous guide dans la bataille mais sans l’orientation spirituelle sous-jacente, nous essayons simplement de corriger les erreurs du monde en faisant les mêmes erreurs.
Revenons au chant populaire religieux authentique et rejoignons la suite de Marie, Notre-Dame et Reine.
Disney+ perd 4 millions d’abonnés
Le 10 mai, The Walt Disney Company a révélé les résultats financiers de son second trimestre. La compagnie enregistre une nouvelle perte de 4 millions d’abonnés pour sa plateforme de streaming Disney+. La firme a également annoncé une hausse des tarifs de son service aux États-Unis.
C’est la seconde perte massive d’abonnés pour Disney+, après celle de fin 2022, quand la plateforme de streaming avait enregistré la fuite de 2,4 millions de clients. Disney+ totalise dorénavant 157,8 millions d’abonnés dans le monde, contre 164,2 à l’automne dernier. À titre de comparaison, Netflix cumule 232,5 millions d’abonnés dans le monde, et l’on estime le nombre de clients d’Amazon Prime Video à 220 millions.
Est-ce une conséquence du militantisme woke de la firme ?
En France, Disney+ sort une série documentaire sur Vincent Lambert… en avançant la date pour “coller à l’actualité sur l’euthanasie.
En quatre épisodes de quarante minutes, Lambert contre Lambert : au nom de Vincent retrace les onze années écoulées entre l’accident et le décès de Vincent Lambert, le 11 juillet 2019, au CHU de Reims, consécutif à l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation artificielles qui le maintenaient en vie. Prévue initialement pour la rentrée, la mise en ligne de la série documentaire, signée par Élodie Buzuel et coréalisée avec Vincent Trisolini, a été avancée pour coller à l’actualité, alors qu’un projet de loi sur la fin de vie est attendu dans les prochains mois.
L’avortement, d’Espagne aux Etats-Unis
Mardi 9 mai, la Cour constitutionnelle espagnole a entériné, avec sept voix contre quatre, la loi de 2010 qui autorise l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse sans condition. Cette décision fait suite à un recours déposé par le Parti Populaire il y a 13 ans. La Cour avait suspendu les délibérations en raison de l’absence de consensus en son sein. En parallèle, le Parlement a approuvé en février une réforme de la loi, supprimant le consentement parental pour les jeunes filles de 16 et 17 ans qui souhaitent avorter, ainsi que l’obligation d’informer la femme enceinte par écrit des alternatives à l’avortement, et le délai de réflexion de 3 jours.
Aux Etats-Unis, de nombreux Etats légifèrent encore sur l’avortement. Dernièrement, trois Etats, le Minnesota, le Maryland et Washington, ont légiféré pour élargir l’accès à l’avortement. De son côté, le gouverneur du Vermont, Phillip Scott, a signé le 10 mai plusieurs projets de loi sur l’avortement visant notamment à assurer l’accès à la mifépristone et à protéger les prestataires d’avortement contre toute mesure disciplinaire.
Le 3 mai, le gouverneur du Montana, Greg Gianforte, a signé cinq projets de loi sur l’avortement. L’un d’entre eux vise à interdire l’avortement au-delà du seuil de viabilité du fœtus, estimé à 24 semaines de grossesse. Une autre loi demande à ce qu’une échographie soit faite avant tout avortement. Le gouverneur a également signé un texte exigeant que des soins vitaux soient prodigués à un bébé né vivant après une tentative d’avortement. Quant à la Caroline du Nord, les législateurs ont approuvé le 4 mai un projet de loi visant à interdire presque tous les avortements après 12 semaines de grossesse contre 20 semaines actuellement. Cependant, le gouverneur Roy Cooper s’est engagé à opposer son veto.
Le suicide continue
En mars 2023, 1 816 naissances ont été enregistrées en moyenne chaque jour en France : selon l’Insee, c’est -hors-Covid- le niveau de naissances le plus faible jamais enregistré depuis 1994, première année de disponibilité des données mensuelles en France. En comparaison, c’est 7% de moins qu’en mars 2022.
La tendance de ces 10 dernières années, une baisse du nombre de naissances, vient donc d’atteindre un point record. Selon l’Insee, ce recul de la natalité s’explique à la fois par la diminution du nombre de femmes en âge de procréer, mais aussi par un taux de fécondité (nombre d’enfants par femme) en baisse ces dernières années. Il était de 1,80 enfant par femme en 2022. Ce taux a légèrement diminué chaque année entre 2015 et 2020, après avoir oscillé autour de 2 enfants par femme entre 2006 et 2014. Le démographe Hervé Le Bras souligne :
“on risque de passer à moins de naissances que de décès pour cette année, ce qui sera une première depuis la fin des années 1890”.
Archange : Mais où sont les fous furieux de la Libre pensée ?
N’en déplaise aux hystérique de la Libre pensée qui veulent déboulonner les statues de Saint Michel, c’est officiellement un Archange qui va défendre et protéger la France :
Dassault Aviation, Thales et la DGA ont entamé la phase d’essai du prototype de l’appareil au cœur du programme Archange, très attendu par le renseignement militaire français. Un projet d’envergure visant à renouveler des capacités de collecte de renseignement aujourd’hui déficitaires en pleine crise en Ukraine.
Plus de 1800 mineurs non accompagnés pris en charge par le département des Alpes-Maritimes depuis janvier 2023
Question écrite du député RN Lionel Tivoli au Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin :
Le nombre de mineurs isolés étrangers accueillis dans les Alpes-Maritimes ne cesse d’augmenter. En effet, plus de 1800 mineurs non accompagnés ont été pris en charge par les services du conseil départemental depuis janvier 2023. Face à cet afflux, les centres d’accueil sont saturés et la préfecture est dans l’obligation de réquisitionner des nouveaux lieux pour les accueillir dignement.
Ainsi, le 27 avril 2023, l’hôtel « Campanile », situé à Châteauneuf de Grasse, a été en partie loué depuis le mois de mars 2023 par l’association d’aide aux migrants Pierre Valdo, qui a passé un contrat avec le conseil départemental pour y loger des mineurs isolés étrangers.
Moins d’une semaine après la réquisition d’un gymnase scolaire dans le quartier du Careï à Menton, le préfet a approuvé ce nouveau lieu d’accueil pour migrants, le tout payé avec l’argent des Français.
Depuis le jeudi 21 mars 2019, le Conseil constitutionnel a validé la conformité des test osseux à la Constitution française. Ces mineurs isolés étrangers et non accompagnés seraient pour beaucoup majeurs. Il est évident que sans aucune vérification par test osseux pour estimer l’âge des jeunes migrants, beaucoup de ces migrants vont profiter du droit d’asile largement dévoyé en France de son objectif d’origine.
Alors que l’insécurité n’a jamais été aussi élevée en France et particulièrement dans les Alpes Maritimes, cet accueil et ces réquisitions payés aux frais du contribuable sont le témoignage de l’impuissance de l’État à mener une politique migratoire stricte comme dans d’autres pays de l’Europe.
Les vannes de l’immigration sont totalement ouvertes, le nombre de clandestins s’accroit partout sur le territoire national et les Français n’ont pas vocation à supporter le coût de cette immigration incontrôlée.
Le député de la deuxième circonscription des Alpes-Maritimes, Monsieur Lionel Tivoli, s’inquiète du sort des habitants confrontés, contre leurs avis, à cette masse migratoire incontrôlée dans les normes et dangereuse pour l’ordre public.
Aussi, pour éviter tout abus et pour protéger les riverains, le député de la deuxième circonscription des Alpes-Maritimes, Monsieur Lionel Tivoli, réclame la mise en place de tests osseux pour ces prétendus mineurs et l’expulsion immédiate de toutes les personnes ne correspondant pas aux critères juridiques du droit d’asile.
Aussi, le député de la deuxième circonscription des Alpes-Maritimes, Monsieur Lionel Tivoli pose un certain nombre de questions à Monsieur le Ministre de l’Intérieur, Monsieur Gérald Darmanin :
-
- Combien de tests osseux ont-ils été réalisés sur les mineurs accueillis à l’hôtel « Campanile » de Châteauneuf à Grasse ?
- Quels sont les résultats de ces tests osseux ?
- Dans quels lieux ces mineurs vont-ils être installés ?
- Comment les majeurs « irrecevables » vont-ils être raccompagnés ?
- Quel est le coût de ces opérations d’accueil, de prise en charge et transferts de migrant supporté par le contribuable français ?
Que va répondre le ministre des coups de mention, plus occupé par les manifestations pacifiques de “l’ultra-droite” ?
La Sorbonne muselée par les Frères musulmans
Le 12 mai, l’université de la Sorbonne devait accueillir une conférence animée par Florence Bergeaud-Blackler. L’anthropologue devait s’exprimer au sujet des Frères musulmans, thème de son dernier ouvrage, le Frérisme et ses réseaux, l’enquête. Depuis sa publication, accusée d’islamophobie, elle est menacée de mort et sous protection policière.
La doyenne de la faculté de lettres a décidé de suspendre son intervention, pour « des raisons de sécurité ». Et ce, alors même qu’aucune manifestation pour perturber l’événement n’était prévue. Mardi, Florence Bergeaud-Blackler dénonçait sur son compte Twitter une situation « inacceptable » :
« Cet empêchement à travailler et à rendre compte de mon travail n’est pas acceptable. Il existe des solutions. »
Interrogée par Marianne, la chercheuse s’est insurgée contre cette censure :
« La réalité, c’est qu’il y a une très forte montée de la cancel culture dans l’ensemble des facultés. Parmi les menaces dont je suis victime, il y a une partie non négligeable qui provient de là. La Sorbonne a renié ses valeurs, son rayonnement, en refusant d’organiser la conférence. C’est une université multicentenaire qui cède face aux menaces et recule alors qu’elle a apporté tant de connaissances par le passé. »
Interrogée ce matin du Europe 1, elle déclare :
«Mes travaux depuis 30 ans n’ont jamais fait l’objet d’une telle cabale»
Mgr Thibault Verny nommé archevêque de Chambéry
Le pape François a nommé le 11 mai Mgr Thibault Verny archevêque de Chambéry, évêque de Maurienne et de Tarentaise.
Il était jusqu’à présent évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Paris.
L’installation de Mgr Thibault Verny comme archevêque de Chambéry aura lieu le dimanche 27 août, à 15h, en la cathédrale métropole Saint-François-de-Sales de Chambéry.
Evincé de FoxNews, Tucker Carlson va relancer son émission et la diffuser directement sur Twitter
Le célèbre commentateur conservateur a déclaré :
“Nous allons bientôt proposer une nouvelle version de l’émission que nous faisons depuis six ans et demi sur Twitter”.
Dans une courte vidéo diffusée mardi soir, M. Carlson a reproché aux médias traditionnels d’induire le public en erreur en dissimulant des éléments clés
“dans toutes les histoires qui comptent, chaque jour de la semaine, chaque semaine de l’année”.
“Qu’est-ce que cela fait de travailler dans un tel système ? Après plus de 30 ans passés au milieu de ce système, nous pourrions vous raconter des histoires”.
M. Carlson a ensuite expliqué pourquoi il a été évincé de la chaîne d’information câblée alors qu’il en était le principal commentateur.
“Le mieux que l’on puisse espérer dans le monde de l’information, c’est la liberté de dire la vérité la plus complète possible”. “Mais il y a toujours des limites. Et vous savez que si vous vous heurtez à ces limites assez souvent, vous serez renvoyé pour cela. Ce n’est pas une supposition. C’est garanti.” “La règle de ce que vous ne pouvez pas dire définit tout”.
Les animateurs de Redacted ont souligné que le départ de M. Carlson de Fox News a fait chuter l’audience de la chaîne, tandis que l’audience de M. Carlson sur Twitter a grimpé en flèche. Si Carlson attirait 3,5 millions de téléspectateurs dans sa tranche horaire de 20 heures, Fox a depuis vu ce chiffre chuter de 56 %, avec une moyenne d’environ 1,3 million de téléspectateurs. Entre-temps, la vidéo de Carlson publiée sur Twitter le 26 avril, quelques jours après l’annonce de son éviction de Fox, a été visionnée plus de 82 millions de fois. Mercredi après-midi, la vidéo avait été visionnée plus de 100 millions de fois sur Twitter.
We’re back. pic.twitter.com/sG5t9gr60O
— Tucker Carlson (@TuckerCarlson) May 9, 2023


