Sur le caractère systémique des abus sexuels
Dans l’avion du retour de Metz, le pape a été interrogé sur le caractère systémique des abus sexuels en France par le journaliste d’I.Media Cyriac Zeller :
Bonsoir, Votre Sainteté. Hier, lors d’une conférence de presse, les victimes que vous avez rencontrées nous ont rapporté que vous aviez reconnu devant elles le caractère systémique des abus sexuels au sein de l’Église. Est-ce bien le cas ? Pourriez-vous nous expliquer votre position à ce sujet ? Considérez-vous que les abus sexuels au sein de l’Église sont systémiques ?
Je dirais, sans vouloir contredire qui que ce soit, car je pense que c’est très important, qu’avant tout, j’aimerais préciser que lors de ma rencontre avec ces sept victimes, je leur ai demandé de m’aider également à exprimer aux autres victimes la volonté — la mienne et celle de l’Église — de les écouter et de les accompagner dans leur cheminement vers la guérison, en reconnaissant la souffrance qui leur a été infligée en raison de situations d’abus.
Plusieurs d’entre elles ont évoqué des abus systémiques. Personnellement, je préfère l’exprimer autrement, même si j’ai effectivement parlé de certaines organisations au sein de l’Église qui se sont, par moments, si l’on peut dire, comportées de manière abusive en tant que système.
Mais je pense qu’il est important de faire la distinction. L’abus sexuel est avant tout un problème humain. Lorsqu’il se produit au sein de l’Église, il revêt en réalité une toute autre dimension, car la vie de foi des personnes est profondément meurtrie, voire parfois détruite.
L’Église a la responsabilité particulière de les accompagner et de les aider à rechercher la guérison. C’est dans ce sens que je leur ai expliqué comment l’Église, à certains égards, a été considérée comme responsable, mais aussi comment, de la même manière, l’Église joue, je pense, un rôle essentiel pour les aider à trouver la guérison.
Sur X, l’abbé Michel Viot, auteur d’un ouvrage sur la manipulation du rapport Sauvé, révèle le courrier qui lui avait été envoyé au nom du pape François à propos de son livre :

Lettre du Pape François pour soutenir mon livre sur le rapport Sauvé que je publie avec autorisation qui me soutient, alors que cela m’a valu beaucoup de difficultés en France ! Maintenant que Léon XIV a récusé l’expression d’événement systémique pour l’Eglise, il est de mon… pic.twitter.com/FHShNBOnoa
— Michel Viot (@michel_viot) September 29, 2026
L’ONU reconnaît l’avortement «contraint» comme une violence contre les mères
Est-ce que cette affaire permettra aux militants forcenés de l’avortement d’ouvrir les yeux sur cette réalité ? L’ECLJ indique :
Le 22 juin 2026, Reem Alsalem, Rapporteure spéciale de l’ONU sur la violence contre les femmes et des filles, a présenté devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies son rapport consacré à la violence contre les mères. Elle y dresse un vaste panorama des violences et discriminations subies par les femmes et les filles à travers le monde en raison de leur statut de mère et formule des recommandations afin d’y remédier. Ce document est inédit à double titre. D’une part, comme l’a indiqué la Rapporteure, «Malgré le rôle fondamental et les contributions des mères, aucune organisation ni aucun mécanisme des Nations unies, du moins à ma connaissance, n’a produit de rapport mondial spécifique consacré aux mères en tant que catégorie distincte de personnes dont la vie et les expériences – y compris les expériences de violence – sont profondément façonnées par cette double identité de femme et de mère». D’autre part, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) note avec satisfaction que c’est certainement aussi la première fois que l’avortement contraint est dénoncé en droit international. C’est le fruit du travail de l’ECLJ qui a pris part au processus de rédaction de ce rapport en soumettant à la Rapporteure spéciale, en réponse à son appel à contributions, des observations écrites relatives à la situation des femmes pauvres et isolées face à la maternité, en particulier durant la grossesse. L’ECLJ a également participé à une consultation d’experts, à l’invitation de Mme Alsalem.
Avortement «contraint» et avortement forcé, une distinction bienvenue
Dans ce document sur la «violence contre les mères», la Rapporteure spéciale entend par «mère» toute femme ayant accouché ou ayant adopté un enfant, mais aussi toute femme enceinte (§ 94.a), comme l’ECLJ l’y avait invitée.
Mme Alsalem part d’un constat simple: «Les mères et la maternité ont été dévalorisées dans la société », ce qui constitue l’une des causes profondes de la violence dont elles peuvent être victimes. Le rapport note que:
«La maternité reste largement sous-estimée et est souvent présentée à tort comme un choix relevant de la seule sphère privée, plutôt que comme un bien social nécessitant reconnaissance et soutien de la part de la société et des institutions» (§7).
Il déplore également que
«Dans la culture et les médias, les femmes qui affichent ouvertement leur priorité accordée à la maternité sont souvent dépeintes comme moins ambitieuses ou comme «faisant des choix moins ambitieux». L’éducation des enfants est présentée comme une source d’inégalités, une contrainte intrinsèque ou un désavantage. Les femmes qui se consacrent à la maternité ou y aspirent sont considérées comme «improductives», alors même que le travail de soins représente environ 9% du produit intérieur brut mondial» (§8).
Concernant les violences subies par les femmes enceintes, la Rapporteure spéciale opère une distinction expresse entre avortement «forcé» et avortement «contraint» (§41), comme le lui avait recommandé l’ECLJ. En effet, sans y être pour autant physiquement forcées, beaucoup de femmes recourent à l’avortement en raison de pressions diverses et parce qu’aucune alternative ne leur est présentée. Selon une étude américaine publiée en 2023, 61% des femmes ayant subi un avortement ont ressenti un niveau élevé de pression provenant de leur entourage ou de circonstances diverses[1].
Citant expressément l’ECLJ dont la contribution se basait sur de nombreux témoignages recueillis de la part de femmes racontant leur expérience douloureuse de l’avortement, la Rapporteure dénonce ces pressions contraignant tant de femmes à mettre fin à leur grossesse comme autant de situations de violence. Elle relève que «La pauvreté et la marginalisation peuvent […] conduire les mères à recourir à l’avortement» et étaye son propos avec des données relatives à la France que l’ECLJ lui avait fournies: «les femmes appartenant aux 10% les plus pauvres ont 40% plus de chances de subir un avortement que les femmes appartenant aux 10% les plus riches, à âge et situation matrimoniale comparables[2]» (§25). Plus spécifiquement, elle dénonce diverses situations favorisant l’avortement forcé ou contraint:
«Les mères peuvent également être contraintes ou forcées à avorter, notamment en raison de régimes d’avortement par correspondance ou par télémédecine qui n’exigent pas l’administration de médicaments abortifs sous surveillance médicale. Elles peuvent subir un avortement à leur insu ou sans leur consentement éclairé, notamment dans des situations de violence conjugale, de traite et d’exploitation sexuelle. L’absence de moyens financiers minimaux ou de conditions jugées nécessaires pour élever un enfant peut également contraindre les femmes à recourir à l’avortement. Le refus d’avorter, y compris dans les cas de handicap, a conduit à la stigmatisation, au refus d’assistance, à des agressions et à des meurtres» (§41).
La Rapporteure spéciale insiste par ailleurs sur la vulnérabilité affective qui constitue une pression dans ce domaine: «Les mères victimes de violences conjugales sont plus susceptibles de faire une fausse couche et de se faire avorter» (§43). Ainsi, qu’il soit forcé ou contraint en raison de pressions économiques, matérielles, affectives, l’avortement est donc bien une violence contre les mères: il touche à la décision de donner naissance ou non, donc au cœur de la maternité, et a pour effet de mettre fin à la grossesse, c’est-à-dire de supprimer l’enfant à naître dont la femme enceinte est mère.
Eu égard à son engagement dans la lutte contre la pornographie, l’ECLJ se réjouit également de l’évocation de la vision des mères véhiculée dans ce contexte. Celle-ci est contraire à la dignité humaine et contribue à leur dévaluation dans la société:
«La pornographie, largement consommée à l’échelle mondiale, a également contribué à la fétichisation croissante des femmes enceintes et des femmes en post-partum, avec un genre dédié à ce type de contenu, qui dégrade et exploite les mères et les grands-mères» (§69).
La Rapporteure évoque aussi la situation des mères porteuses dans le cadre de la gestation par autrui (GPA): elle rappelle que celles-ci sont souvent victimes de violences de nature économique, psychologique, physique et procréative et «soumises à des pratiques s’apparentant à la traite, à la torture, à la servitude ou à des conditions proches de l’esclavage» (§68).
Soutenir la maternité: vers l’éradication des avortements contraints
Le message transmis est clair: «il faut redonner aux mères toute leur importance». En présentant son rapport, Madame Alsalem s’est ainsi appuyée sur un proverbe du poète Egyptien Hafiz Ibrahim pour rappeler l’importance de leur rôle dans la société: «une mère est une école. Lorsque la société investit dans les mères et aide les mères, elle construit une nation au caractère noble». Parmi les nombreuses recommandations de son rapport, elle appelle la société à un changement de regard sur les mères en invitant les États à
«promouvoir l’importance sociale de la maternité et la responsabilité partagée de soutenir les mères dans le cadre des programmes d’éducation […] sexuelle, à la vie familiale, à la citoyenneté et autres programmes pertinents, ainsi qu’au moyen de campagnes de sensibilisation de l’opinion publique» (§100).
Diverses recommandations, dont plusieurs émises par l’ECLJ, peuvent en outre permettre de protéger les femmes enceintes contre l’avortement contraint ou forcé. De manière générale, la Rapporteure spéciale recommande aux États de «Prendre des mesures appropriées pour que les femmes qui souhaitent devenir mères puissent le faire dans des conditions de dignité et de sécurité» (§99.f). En particulier, il leur est demandé sans détour d’ «incriminer l’avortement contraint ou forcé, y compris l’avortement sélectif en fonction du sexe ou du handicap» (§98.e). Dans ce contexte, d’autres mesures relatives à la procédure d’avortement devraient être prises afin de dépister les situations dans lesquelles le consentement de la femme à l’avortement n’est pas pleinement libre et éclairé et d’éviter dès lors les avortements contraints ou forcés. Il s’agit de «veiller à ce que les mères qui envisagent un avortement reçoivent des informations exactes et complètes sur les alternatives disponibles, y compris l’accès à des services de soutien» ou encore, «Dans le cas d’un avortement médicamenteux, [d’]exiger un dépistage en personne ou en ligne par un professionnel de santé qualifié afin de recenser tout indicateur de contrainte, de violence ou d’exploitation avant la délivrance du médicament» (§98.e). En outre, il est nécessaire d’
«aider les mères adolescentes à reprendre leur scolarité, en favorisant leur autonomie financière et en leur apportant une aide adaptée leur permettant d’accéder aux services essentiels pour elles-mêmes et leurs enfants» (§98.a).
Une vision réaliste de la situation des femmes enceintes face à l’avortement
La Rapporteure spéciale appréhende donc de manière réaliste la problématique de l’avortement en tenant compte du vécu de beaucoup de femmes enceintes: confrontées à une grossesse parfois imprévue alors qu’elles se trouvent en situation de vulnérabilité, avorter est souvent la seule alternative qui leur soit proposée. L’ECLJ se réjouit donc qu’une vision nuancée et fidèle à la réalité figure désormais dans un document onusien. Cela démontre en effet que la vision diffusée par tant de soi-disant «féministes» présentant l’avortement uniquement comme synonyme de droit des femmes à l’autonomie et à disposer de leur corps, relève de l’idéologie. Cela ne revient qu’à nier la souffrance de toutes celles qui aimeraient mettre au monde l’enfant qu’elles portent mais sont poussées à l’avorter sous la pression des circonstances dans lesquelles se présente la grossesse. Pour elles, cet acte n’est pas synonyme de liberté, de choix, de droit ou d’autonomie: c’est une violence qui leur est faite, ce que le présent rapport reconnaît enfin expressément.
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[1] Reardon D C, Longbons T (January 31, 2023) Effects of Pressure to Abort on Women’s Emotional Responses and Mental Health. Cureus 15(1): e34456. doi:10.7759/cureus.34456
[2] Annick Vilain et autres, “Interruptions volontaires de grossesse : une hausse confirmée en 2019”, Études et Résultats, No. 1163 (Septembre 2020).
Une tribune de l’abbé Pagès sur la lex orandi
L’abbé Pagès me demande de relayer le texte qu’il a publié sur son site.
Fier d’être catho !
Qui aurait imaginé, le 6 novembre 2021, alors que les évêques de France, à l’occasion de leur Assemblée plénière à Lourdes, demandaient publiquement pardon à genoux pour les abus sexuels commis par des clercs ou des laïcs engagés dans des œuvres d’Eglise, que moins de cinq années plus tard, par centaines de milliers, des foules innombrables accueilleraient le successeur de Pierre dans d’immenses rassemblements paisibles et joyeux ? Et cela dans une bienveillance médiatique et un consensus politique exceptionnels. N’a-t-on pas vu, côte à côte à la messe place de la Concorde : Brigitte Macron, Sébastien Lecornu, Gérard Larcher, Nicolas Sarkozy, Gabriel Attal, Edouard Philippe, Bruno Retailleau, Eric Zemmour, Marine Le Pen, Jordan Bardella, Yaël Braun-Pivet … Catholiques pratiquants et fils ou filles d’Israël, invertis notoires et francs-maçons réguliers, partisans acharnés de l’avortement, de l’euthanasie et adversaires résolus de ces « avancées sociétales ». Rare moment de communion généralement réservé aux enterrements.
Cinq années, c’est également le temps qui a séparé l’incendie de Notre-Dame (15 avril 2019) de sa réouverture (7 décembre 2024). Cette visite du Saint-Père est-elle le gage d’un renouveau de l’Église en France après bien des années de crise, voire de déclin, ou un simple événement médiatique sans lendemain ? L’avenir le dira. Avec le recul du temps, ce qui est certain c’est que le succès populaire de la venue du pape Jean-Paul II en France en 1980 (350 000 personnes à la messe du Bourget, 50 000 jeunes au Parc des Princes) et sa célèbre interpellation : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » n’ont en rien enrayé la sécularisation de la société française et sa déchristianisation. De même la dénonciation pontificale de la « permissivité morale qui n’apporte pas le bonheur » ne semble pas avoir eu un effet déterminant.
Un pape rayonnant
Le pape Léon XIV a séduit les foules par son bon sourire et sa simplicité, son attention aux pauvres et aux malades mais aussi par la dignité de sa tenue personnelle et vestimentaire. Il faut être un parvenu sans éducation comme l’est Emmanuel Macron pour tenir par l’épaule le Saint-Père, comme on enlacerait un vieux camarade un soir de cuite. La frontière est ténue entre la simplicité et la goujaterie, c’est ce qui s’appelle la civilisation ! Chacun a été marqué par la profondeur spirituelle et la prédication très centrée sur le Christ du Souverain Pontife là où son prédécesseur tenait un discours plus social, humaniste et anthropocentré. Le Pape a de nombreuses fois rappelé l’essentiel : le christianisme n’est pas un code de morale mais la rencontre avec une personne, le Christ, Dieu fait homme qui par amour s’est incarné et a souffert sa Passion pour nous racheter du péché. C’est un appel à la conversion et à la pénitence qu’a lancé le Saint-Père depuis la grotte de Massabielle à Lourdes. De même, ayant refusé d’être le simple faire valoir médiatique d’Emmanuel Macron, il a rappelé fort opportunément et courageusement face à la légalisation de l’euthanasie que : « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas forcément moral ». Quant à Emmanuel Macron fasciné par tout ce qui brille, comme le papillon est irrésistiblement attiré par la lumière, il a finalement décidé, devant le succès populaire du voyage pontifical, d’assister à la messe célébrée par Léon XIV à Metz. Ce n’est pas Canossa, lorsqu’en 1077 l’empereur d’Allemagne Henri IV implora à genoux le pardon du pape Grégoire VII, mais cela y ressemble.
Le discours du pape à Metz était très attendu en particulier sur la question de l’immigration. Loin de l’accueil inconditionnel des migrants promu par le pape François, il a rappelé la position traditionnelle de l’Eglise telle qu’elle est exprimée dans le § 2241 du Catéchisme de l’Église catholique :
« Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et de ressources vitales (…) l’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges » ce que le pape a formulé comme la nécessité « d’entrer dans l’esprit de la maison »
ce qui objectivement est loin d’être toujours le cas. Autre sujet sur lequel le Pape était attendu, la question traditionaliste particulièrement aigüe en France et réactualisée par les sacres épiscopaux opérée par la FSSPX le 1er juillet dernier. Le 26 mars dernier le cardinal secrétaire d’État Parolin avait adressé à la Conférence des évêques de France un document leur demandant de trouver des solutions concrètes afin d’inclure dans la vie diocésaine les fidèles et les prêtres attachés à la liturgie traditionnelle. En fait de « solutions concrètes » il ne s’est rien passé. Seul indice sur les perspectives à venir : quatre prêtres de la Miséricorde Divine pourront enfin être ordonnés, mais selon le rite réformé, avec autorisation de célébrer ultérieurement, de façon non exclusive, la messe traditionnelle. On peut penser que le cardinal Aveline, président de la Conférence des évêques de France, a joué un rôle majeur dans le dénouement de cette situation. Dans son discours aux évêques de France le 27 septembre à Lourdes c’est certainement à ces questions liturgiques que faisait référence le Saint-Père en dénonçant les « divisions idéologiques » et en appelant à la prise en compte de « toutes les sensibilités authentiquement catholiques » dans « l’obéissance aux pasteurs légitimes ». Concrètement, il n’est pas question de revenir sur le motu proprio Traditionis custodes (16 juillet 2021) qui prévoit, à terme, la disparition de la célébration des sacrements selon la forme traditionnelle, c’est aux ordinaires diocésains de gérer ces sujets, en veillant particulièrement à un usage non exclusif des sacrements selon les rites traditionnels. Les éventuelles réticences d’ordre doctrinal ou pastoral sur « la licéité, la légitimité et la fécondité » du rite réformé ne seraient que des « divisions idéologiques ».
Un christianisme joyeux et conquérant
Tous les observateurs ont noté la joie, l’enthousiasme, la mixité sociale, la vitalité et la jeunesse des foules rassemblées autour du Saint-Père. La Préfecture de police n’a pas eu à tenir le décompte des voitures brûlées, processus habituel à l’occasion de manifestations se déroulant dans d’autres cadres. La France bien élevée, selon l’expression de Gabrielle Cluzel, est restée à la hauteur de sa réputation. Le spectacle au Stade de France était de grande qualité artistique, tout imprégné de piété filiale et d’amour de la France. Les cérémonies religieuses étaient dignes avec de nombreux chants en latin et en particulier les célèbres acclamations carolingiennes dans la cathédrale de Metz. « Libération » (22 septembre) s’est ému de la prise en main de cet événement par des catholiques qu’elle dénonce comme « identitaires », de la croix construite par l’association SOS Calvaires à la direction artistique du spectacle assurée par un des fils du président de Notre-Dame de Chrétienté. Là comme ailleurs, la démographie domine l’histoire. Les chrétiens « de gauche », clercs et laïcs, qui ont dirigé l’Eglise de France pendant des décennies disparaissent car les laïcs ont eu un taux de transmission de la foi à leurs enfants très faible et les clercs meurent peu à peu. Une nouvelle génération prend la relève qui a tourné la page de l’enfouissement et revendique une visibilité dont témoigne le renouveau du port de la soutane par les jeunes prêtres. Cette « élite qui vient » selon le mot de Chantal Delsol, a eu à cœur dans l’indifférence, voire l’hostilité, des autorités ecclésiastiques, de transmettre à ses enfants un patrimoine culturel et religieux prestigieux et exigeant, les préservant autant que faire se peut des pièges de la modernité : réseaux sociaux, laxisme, etc. Ces « catholiques de tradition familiale » sont rejoints par une jeunesse avide de beauté, de transcendance, de certitudes, d’exigences. Le décalage était frappant lors de la messe à la Concorde entre les personnes âgées communiant majoritairement dans la main et les plus jeunes communiant massivement sur la langue après s’être agenouillés. Cette jeunesse, clercs et laïcs rassemblés, sent bien, parfois confusément, que ce sens de l’adoration, ce goût du silence et de la transcendance sont consubstantiels au rite traditionnel de la messe mais fondamentalement accidentels dans le rite réformé, même célébré dignement. La distance entre ce que Jean Madiran qualifiait de « noyau dirigeant » de l’épiscopat français et les attentes des jeunes catholiques, d’héritage familial ou par conversion, est une réalité dont le point de cristallisation est la question liturgique. C’est un des sujets dont nous traiterons dans une prochaine chronique : Une Église de France à relever.
Jean-Pierre Maugendre
La Vie Chrétienne Victorieuse – Aux pieds du Seigneur : Quand l’homme supplie, Dieu répond-il toujours ?
L’invitation à s’agenouiller
Il existe, dans toutes les Écritures, une posture qui revient comme un fil d’or tissé à travers elles : celle de l’homme qui se jette aux pieds de Celui dont il attend le secours. Ce geste n’est jamais anodin. Il exprime tour à tour l’humilité, la détresse, la repentance, la reconnaissance ou l’adoration. Celui qui l’accomplit ne vient plus discuter avec Dieu, argumenter ou négocier ; il vient à Lui parce qu’il sait, dans le secret de son cœur, qu’Il est le seul recours possible.
Précisons d’emblée que l’expression « se jeter aux pieds » ne recouvre pas une réalité unique. Tantôt elle traduit une supplication, tantôt une reconnaissance, tantôt une adoration pure. Mais sous cette diversité d’occasions se cache une seule et même vérité : l’homme qui s’abaisse devant Celui qu’il reconnaît capable de sauver n’est jamais méprisé.
« Dieu ne méprise pas un cœur brisé et contrit » (Psaume 51:19).
« Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse » (Psaume 46:1).
De l’Ancien au Nouveau Testament : Les prémices d’une grâce
Après la mort de Jacob, les frères de Joseph, hantés par le souvenir de leur ancienne faute, viennent se jeter à ses pieds et reconnaissent leur entière dépendance à son égard (Genèse 50:18-21).
Cette scène contient déjà, en germe, une leçon d’une profondeur admirable : celui qui reconnaît sa faute et s’abaisse devant celui qu’il a offensé trouve le pardon plutôt que la condamnation. La supplication des coupables rencontre ainsi la miséricorde ; et nous découvrons, dès les premières pages de l’histoire du salut, que Dieu ne se lasse jamais de convertir le mal en bien pour ceux qui reviennent à Lui.
Ailleurs, c’est une mère éplorée qui se présente devant le prophète Élisée. La Sunamite se jette à ses pieds dans une détresse sans mesure : son enfant vient de mourir. Elle ne vient pas armée d’un discours théologique ; elle vient les mains vides, portant seulement sa douleur. Élisée discerne aussitôt l’amertume qui ronge son âme. Puis, après son intervention et sa prière adressée à l’Éternel, l’enfant est rendu à la vie. Et lorsque le miracle s’accomplit, la mère se jette de nouveau aux pieds du prophète, prosternée jusqu’à terre ; signe que la reconnaissance, elle aussi, trouve naturellement le chemin de l’abaissement (2 Rois 4:27).
L’Ancien Testament nous enseigne ainsi une disposition fondamentale : lorsque l’homme vient humblement demander grâce, Dieu ne méprise jamais la supplication. La prière véritable n’est pas une revendication ; elle est l’abandon confiant d’un cœur qui reconnaît son impuissance.
« Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse » (Psaume 46:1).
L’histoire de Manassé, roi de Juda, mérite ici une attention particulière, car elle nous rappelle qu’aucun cœur n’est jamais trop éloigné de la grâce. Conduit au plus bas par ses propres égarements, ce roi trouve dans la détresse même le chemin de l’humilité et ose enfin crier vers Dieu. Loin d’être un juge inexorable, le Seigneur se laisse toucher par la sincérité d’un regret authentique. Il ne se contente pas de pardonner : Il restaure, Il guérit, Il réinstalle Manassé dans sa vocation royale.
Et lorsque nous arrivons à Jésus
Avec la venue de Jésus, cette vérité ancienne prend une profondeur inouïe. Car ceux qui désormais se jettent à ses pieds ne se trouvent plus simplement devant un roi, un prophète ou un homme de Dieu : ils se trouvent devant le Fils de Dieu Lui-même, venu demeurer parmi les hommes.
Le premier exemple, saisissant entre tous, est celui de Simon Pierre. Après la pêche miraculeuse, il tombe aux genoux de Jésus et s’écrie : « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur ! » Pierre découvre qui est Jésus, et dans cette même lumière découvre qui il est lui-même. La révélation du Christ produit toujours la révélation de notre propre misère ; mais cette révélation n’a jamais pour but de nous écraser ; elle ouvre, au contraire, le chemin de la grâce.
Vient ensuite le lépreux, qui se prosterne devant Jésus et dit : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. » Jésus répond : « Je le veux, sois pur. » Quelle magnifique prière que celle-ci ! Le malade ne dicte rien à Jésus ; il reconnaît simplement son autorité souveraine : « Si tu le veux, tu peux. » Et Jésus répond.
Jaïrus, lui aussi, se jette aux pieds de Jésus et Le supplie pour sa fille mourante. Jésus se met aussitôt en route. Lorsque la nouvelle de la mort de l’enfant parvient au père, Jésus lui dit : « Ne crains pas, crois seulement. » Et sa fille est rendue à la vie.
La femme syro-phénicienne vient également se jeter aux pieds de Jésus, Le suppliant de délivrer sa fille. Elle persévère malgré une réponse qui semble d’abord fermer la porte devant elle. Elle reconnaît humblement la seigneurie de Jésus et s’attache à sa grâce avec une ténacité admirable. Jésus finit par lui répondre : sa fille est délivrée.
Il y a encore Marie de Béthanie. Lorsqu’elle arrive devant Jésus, elle tombe à ses pieds et Lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Jésus voit ses larmes ; Il est profondément ému, Il pleure Lui-même, puis se rend au tombeau de Lazare. Jésus dit au Père : « Je savais que tu m’exauces toujours », puis Il appelle Lazare hors du tombeau.
Aux pieds de Jésus : la foi qui rencontre la grâce
Dans l’Évangile, plusieurs figures se jettent aux pieds de Jésus, formant comme une galerie de portraits où chacun de nous peut reconnaître un peu de lui-même.
Le démoniaque se jette à ses pieds et supplie Jésus de ne pas le tourmenter ; Jésus commande à l’esprit impur de sortir de lui. Plus tard, on retrouve cet homme assis aux pieds de Jésus, vêtu et revenu à son bon sens ; image saisissante de ce que la grâce accomplit dans une vie livrée au chaos.
Jaïrus se jette aux pieds du Seigneur et Le supplie pour sa fille ; Jésus répond. La femme malade s’approche ensuite, tremblante, et se jette aux pieds de Jésus après avoir touché son vêtement ; Jésus lui dit : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix. »
Et Luc 17 nous montre enfin le lépreux samaritain qui, après avoir été guéri, revient sur ses pas, tombe sur sa face aux pieds de Jésus et Lui rend grâce. Jésus lui dit alors : « Ta foi t’a sauvé. »
Ainsi, aux pieds de Jésus, nous trouvons le pécheur, le malade, le désespéré, le père, la mère, le possédé, le lépreux et celui qui vient simplement remercier. Tous partagent une même conviction : ils ont compris qu’ils ne peuvent se sauver eux-mêmes, et que Jésus seul possède ce dont ils ont besoin.
Quand Jésus s’abaisse Lui-même
L’Évangile nous dit que Jésus tomba sur sa face et pria ; qu’Il s’avança un peu, se jeta à terre et pria ; qu’Il se mit à genoux, priant avec une intensité profonde . Celui qui, durant tout son ministère, avait accueilli les hommes à ses pieds, se trouve maintenant Lui-même dans la posture d’obéissance et de soumission parfaite au Père.
Quelle scène bouleversante ! Jésus ne se prosterne pas comme un pécheur qui implore le pardon de ses fautes, car Il est le Saint et le Juste. Il s’abaisse dans une soumission parfaite, portant devant son Père l’angoisse indicible de l’heure qui approche.
Ainsi, celui qui nous apprend à venir humblement à Dieu a Lui-même emprunté le chemin de l’abaissement. Celui qui nous dit, par toute sa vie, de nous confier au Père nous montre Lui-même, à Gethsémané, ce que signifie remettre entièrement sa volonté entre les mains de Dieu. Il n’y a donc aucune honte à tomber à genoux lorsque la détresse nous accable : le Seigneur Jésus Lui-même a connu cette heure où, dans une profonde souffrance, Il s’est abandonné à la volonté de son Père.
Une certitude pour notre propre prière
Peut-on affirmer que Dieu exauce toujours celui qui Le supplie ? Oui, si l’on entend par là que Dieu entend toujours la prière sincère et y répond selon sa sagesse et son amour. Mais l’exaucement ne se confond pas nécessairement avec l’accomplissement immédiat de notre volonté. Dieu peut dire oui, faire attendre, transformer notre demande, ou nous accorder une grâce autre que celle que nous avions imaginée ; et souvent meilleure que celle-là même.
Gardons-nous également d’une formule trop absolue : Jésus ne promet pas de satisfaire toutes nos demandes telles que nous les formulons, mais Il ne méprise jamais celui qui vient à Lui avec foi, humilité et confiance.
La preuve en est éclatante à travers les Évangiles. Ceux qui reconnaissent Jésus comme Seigneur, qui croient en sa puissance et qui viennent humblement à Lui, ne repartent jamais les mains vides.
Et voici, sans doute, la leçon la plus profonde de toute cette exhortation : Jésus ne demande pas d’abord que nous soyons forts ; Il nous demande simplement de venir à Lui. Il ne dit pas au pécheur : « Répare d’abord ta vie, et ensuite viens. » Il dit : viens. Il ne dit pas au malade : « Guéris-toi toi-même, et ensuite approche-toi. » Il dit : viens. Il ne dit pas à celui qui pleure : « Cesse d’abord de pleurer. » Il vient Lui-même se tenir au milieu des larmes.
Alors, lorsque nous ne savons plus que dire, il nous reste une prière ancienne et pourtant toujours nouvelle : tomber aux pieds de Jésus. Y demeurer humblement. Lui dire qui nous sommes. Lui confier nos manquements, notre douleur, notre culpabilité. Et surtout Lui dire : « Seigneur, je crois que tu peux. Si tu le veux, tu peux. Aie pitié de moi. » Car celui qui s’approche ainsi de Jésus découvre une vérité que toute la Bible proclame d’une seule voix :
« Celui qui vient à moi, je ne le mettrai pas dehors » (Jean 6:37).
Aux pieds du Seigneur, l’homme découvre souvent qu’avant même d’avoir reçu ce qu’il demandait, il a déjà rencontré Celui qui le relève, l’accueille sans reproche, le restaure dans sa grâce et l’introduit dans une communion nouvelle, où la honte est ôtée, la paix donnée et l’amour pleinement accueilli.
C’est pourquoi les pieds du Seigneur deviennent le lieu d’un merveilleux renversement : les larmes peuvent y devenir des chants, la honte y devenir pardon, la peur y devenir confiance, et la supplication y devenir action de grâce. Celui qui vient ainsi à Jésus ne s’abaisse jamais en vain. Il découvre que l’humilité n’est pas une humiliation, mais le chemin même qui conduit à la grâce.
C’est là que naît la véritable joie chrétienne : celle d’avoir été entendu, accueilli, aimé et relevé par le Seigneur ; une joie qui ne dépend plus des seules circonstances, parce qu’elle possède désormais sa source en Jésus Lui-même. Celui qui a rencontré le Seigneur à ses pieds sait qu’il peut désormais avancer avec assurance, sachant que, dans les jours de lumière comme dans les jours d’épreuve, il appartient à Celui qui l’a relevé.
« Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins » (Hébreux 4:16).
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Les protestants aimeraient avoir un pape…
Derrière cette anecdote amusante, on constate que nos frères schismatiques se sentent orphelins :
Inutile de le cacher : un pape, ça rassemble. Et ça compte. Dans ses travaux de sociologie des religions, Jean-Paul Willaime a jadis bien analysé ce qu’il appelle la « précarité » ou le « déficit d’incarnation » du protestantisme par rapport au catholicisme. Dans des sociétés ultramodernes dominées par l’image, les personnalités et la communication de masse, le pape offre une incarnation unique et immédiatement identifiable du christianisme. Et c’est au bénéfice de tous, protestants compris.
Défense de la vie et laïcité
Hier, dans l’avion de retour vers Rome, le pape Léon XIV a tenu la traditionnelle conférence de presse. Parmi les questions, voici celle de Xavier Le Normand du journal Le Pèlerin :
Très Saint-Père, bonsoir. Tout d’abord, je voulais vous remercier pour votre voyage apostolique en France. Pendant quatre jours, notre pays a vécu au rythme de l’enthousiasme général suscité par votre venue. Ce qui en France est un exploit. Merci Très Saint-Père. La devise de votre voyage apostolique était «Que le monde ait la vie». Le thème des soins palliatifs est revenu à plusieurs reprises dans vos discours. En fait, je crois que vous l’avez évoqué dans plus de la moitié de vos discours en France. Je pense notamment à celui prononcé à l’Élysée et à celui de dimanche à Lourdes, où vous avez déclaré que ce qui est légal n’est pas nécessairement moral, ce qui constituait une référence claire à la récente légalisation de l’euthanasie en France. En France, nous avons également ce principe de «laïcité», qui consiste en une séparation entre la religion et la politique. Pensez-vous que, lorsque c’est important, lorsque les enjeux sont élevés, il faille franchir cette frontière, cette ligne de démarcation, au nom de la primauté de la conscience? Et si tel est le cas, avez-vous franchi cette ligne ?
Merci pour votre question. Je dirais que, selon la conception qu’a l’Église de la séparation entre l’Église et la politique, ou entre l’Église et l’État, je n’ai pas franchi cette ligne. Et je vous invite à lire ou à relire Magnifica Humanitas, où j’aborde la doctrine sociale de l’Église dans la première partie, au cours des deux premiers chapitres, et où j’explique que lorsque l’Église parle de défendre la vie, lorsqu’elle aborde des questions de doctrine sociale, nous n’entrons pas dans le domaine politique, nous appliquons l’Évangile à la vie des gens.
Et il peut s’agir de politiciens, de gauche ou de droite, qui affirment que «la religion ne devrait exister que dans la sphère privée». Que chacun fasse ce qu’il veut dans sa vie privée, mais qu’en tant qu’État, nous restions séparés. Je me suis rendu en France avant tout pour prêcher l’Évangile, pour annoncer la Bonne Nouvelle, pour réaffirmer ce que Jésus-Christ lui-même dit lorsqu’il déclare: «Je suis le chemin, la vérité et la vie», c’est-à-dire pour proclamer la vérité que Jésus nous offre. La défense de la vie est un enseignement auquel, comme vous le savez tous, l’Église adhère profondément. Ainsi, d’une part, sachant évidemment qu’en France une loi a récemment été adoptée, ainsi que dans d’autres pays d’Europe et dans d’autres régions du monde, les questions relatives à la fin de vie font aujourd’hui l’objet de nombreux débats.
Mais se trouver dans un lieu comme Lourdes, où les gens sont en quête de quelque chose de bien plus profond, et comprendre que leur vie, même au milieu de la maladie, du handicap ou de souffrances de toutes sortes, a un sens. L’Église, grâce à Jésus lui-même, souhaite être proche de ces personnes et affirmer les valeurs dont la vie elle-même recèle, je pense, pour chacun d’entre nous. Je dirais donc que, si c’est cela la politique, je l’ai fait, mais ce n’était pas pour m’impliquer dans la politique française. C’était pour enseigner ce que l’Église croit réellement.
«L’existence du racisme anti-Blancs, si longtemps cachée, minimisée, voire niée, n’est plus taboue»
Le Figaro dresse un portrait de Me Jérôme Triomphe, qui a permis que les magistrats de Valence renvoient 11 accusés pour «meurtre» et «tentatives de meurtres», en retenant finalement la circonstance aggravante de racisme, dans l’affaire de Crépol. Extrait :
Dans la vie, Me Jérôme Triomphe est un homme jovial, un faux timide. C’est aussi un conservateur, proche des milieux catholiques traditionnels. Le pénaliste a été l’avocat de militants de la Manif pour tous, et des parents de Vincent Lambert, dont il défendait les intérêts dans la très sensible procédure portant sur l’arrêt des traitements de cet homme. Aujourd’hui, il représente, entre autres, les parents d’ Émile Soleil. Pourtant, sa parole est rare. Me Jérôme Triomphe n’est pas le plus médiatique des avocats. Plutôt de ceux qui se méfient des journalistes, et après qui la presse court, souvent en vain. Quand il accepte l’exercice, en ce mois de septembre, c’est, dit-il, «pour que la vérité éclate». En toute discrétion, Me Triomphe est récemment entré dans la procédure judiciaire portant sur le meurtre de Thomas Perotto. Ses clients sont deux victimes, un père et son fils qui étaient présents dans cet affrontement, à la sortie du bal de Crépol, entre des rugbymen et des jeunes du quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère, le 18 novembre 2023. Tous deux ont été blessés dans la bagarre. Ils connaissaient Thomas Perotto, ce rugbyman de 16 ans tué de deux coups de couteau.
Au cœur de l’été, l’avocat est devenu l’architecte d’une riposte pénale d’ampleur. C’est son arrivée dans le dossier, et ses observations, qui ont commencé à faire tanguer l’instruction sur la question du racisme. Tout s’est passé très vite dans cette affaire. Fin juin, l’information judiciaire entrait dans sa phase finale, quand Me Triomphe a été désigné par ces victimes et a accédé au dossier d’instruction. Après quelques jours passés à éplucher ses milliers de pages dans son bureau parisien, il a remis trente pages d’observations, dont quinze portant sur des témoignages de victimes du bal. Ces 16 témoins rapportent des insultes et menaces racistes de la part des jeunes de la Monnaie. Celles-ci sont présentes dans les investigations depuis les premiers jours de l’enquête. Mais Me Triomphe a insisté pour que les magistrats les réexaminent.
L’avocat a finalement obtenu gain de cause, ce vendredi. Dans ce dossier éprouvé par les commentaires de l’opinion publique et les récupérations politiques, les magistrats instructeurs viennent de rendre une ordonnance de mise en accusation dans laquelle le pénaliste perçoit une «première victoire». Les juges renvoient, devant la cour d’assises des mineurs de la Drôme, 11 mis en cause pour «meurtre» et «tentatives de meurtres», avec la circonstance aggravante que les faits ont été accompagnés et suivis d’insultes et de menaces «contre la race blanche et la nation française». Ils ne retiennent pas un mobile raciste, mais le fait que des insultes et menaces racistes se sont ajoutées à l’explosion de violence, due, elle, à une altercation fortuite entre un rugbyman et un jeune de la Monnaie, plus tôt dans la soirée. «Le combat judiciaire ne fait que commencer mais je suis heureux pour mes clients et toutes les victimes qu’ils aient été entendus», explique Me Triomphe.
«L’existence du racisme anti-Blancs, si longtemps cachée, minimisée, voire niée, n’est plus taboue. Il n’était pas envisageable que le débat judiciaire soit escamoté de la part essentielle de la circonstance aggravante de racisme.»
Les Mexicains Cristeros en visite en Vendée
Ce jeudi 24 septembre, une délégation d’élus de Sahuayo, ville du Mexique, débutaient la visite de la Vendée historique pour un jumelage vendéen et spirituel avec les descendants des Cristeros. Ce peuple de catholiques mexicains a été victime d’une volonté gouvernementale dans les années 1926/1929 et jusqu’en 1942, de supprimer la liberté de conscience chrétienne. Cet épisode historique très proche, très comparable avec ce que vécurent les vendéens de 1793/1794. La visite et le jumelage justifiaient cette rencontre. L’historien Reynald Sécher, qui les avaient visités au Mexique, organisait le périple vendéen. Ils ont été accueillis au Puy du Fou par Véronique Besse, député puyfolaise, et accompagnés toute la journée. Émerveillement devant les spectacles – Bal des Oiseaux Fantômes, Amoureux de Verdun, Mousquetaires de Richelieu, Secret de la Lance, Voyage de La Pérouse et Dernier Panache en apothéose – puis messe célébrée par leur « padre » devant l’Anneau de Jehanne d’Arc que les Mexicains aiment beaucoup. Ils reviendront pour voir la cinéscénie.
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La visite vendéenne s’est poursuivie le lendemain à la chapelle des Lucs-sur-Boulogne, haut-lieu de la commémoration du bicentenaire, pour une messe traditionnelle, et à la Chabotterie puis le samedi, au Prieuré Saint-Pierre-aux-Liens de la Chapelle-Basse-Mer, près du Loroux-Bottereau, pour l’érection d’une croix commémorative.
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Superbe journée, très fréquentée, 250 personnes, débutant par une messe traditionnelle, célébrée par le prieur de Domrémy . Puis par la bénédiction de la croix commémorative du centenaire du soulèvement des Cristeros, les allocutions franco-mexicaines, les rencontres, un bagad breton, la danse vendéenne de la brioche, la présence d’auteurs et l’hymne du jumelage créé et chanté par Patrice Martineau ! Belle journée mise en œuvre et en musique par Reynald Sécher et ses équipes, qui n’oublient rien !
Henry Renoul
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Du Parc des Princes au Stade de France, impressions d’un ancien qui était au Parc des Princers en 1980.
Accueil de Léon XIV en France
Impressions d’un ancien qui était parmi les jeunes au Parc des Princes avec Jean-Paul II en 1980.
Le 1 juin 1980, j’ai eu la chance d’être parmi les jeunes venus accueillir et écouter Jean-Paul II aux Parc des Princes à l’occasion d’un de ses tout premiers voyages, le quatrième dans le monde et le premier en France.
Deux heures durant, nous avons attendu le Pape en chantant l’Alléluia de Taizé que je découvrais à cette occasion. Pour moi, c’est resté « l’Alléluia du Parc des Princes ». À chaque fois que je l’entends, je suis transporté des années en arrière à cette inoubliable soirée avec Jean-Paul II.
Inoubliable et étape fondatrice dans ma vie de chrétien, comme l’ont été ensuite le pèlerinage des routiers Scouts d’Europe à Vézelay et les sessions de l’Emmanuel à Paray-le-Monial.
J’étais subjugué de voir qu’il pouvait y avoir un nombre aussi important de jeunes chrétiens. Nous étions à la fois attentifs et enthousiasme à l’écoute de Jean-Paul II. Nous manifestions notre ferveur et notre communion en l’interrompant très souvent par des applaudissements nourris. Nourri, je l’ai été dans ma foi en réécoutant de multiple fois l’enregistrement de cette soirée.
Cet enthousiasme était manifestement partagé par le Pape car – je l’ai appris bien plus tard – à chaque fois que l’on lui présentait un programme de voyage, il demandait s’il y avait un « Parc des Princes ».
J’ai pu ensuite rencontrer le Pape de la même manière au stade de Gerland à Lyon en 1986 puis à la Meinau à Strasbourg en 1988.
Les images de la rencontre des jeunes avec Léon XIV au Stade de France m’ont rappelé ces moments fondateurs.
Au-delà de la personnalité des Papes et de leurs messages, j’ai été frappé par l’évolution très positive, de l’accueil du Pape et de l’animation de la soirée.
A mon époque, l’animation était très pauvre, avec peu de chants. S’il y avait une très forte communion avec le Pape Jean-Paul II, il n’en était pas de même avec les organisateurs de ces soirées.
A Paris, c’étaient les immenses banderoles de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) qui, dans un style très « grand soir », proclamaient : « Un travailleur vaut tout l’or du monde ».
A Lyon, un spectacle de patronage affligeant, avec un curé d’Ars sautillant et dansant qui fut sifflé par la foule.
A Strasbourg, des questions acides et provoquantes sur l’enseignement de l’Église. Ces questions ne devaient certainement pas bien représenter les jeunes présents car elles furent copieusement huées !
Plus de quarante ans après, quelle heureuse surprise que les images de la veillée de vendredi soir.
Une louange dynamique, joyeuse et fervente, une évocation historique – digne du Puy du Fou – des saints français et des racines chrétiennes de la France, des questions au Pape concernant la foi, comment la vivre et la nourrir.
Cela me rappelle aussi la visite de Jean-Paul II à Reims en 1996. Il avait voulu fêter le 1500ième anniversaire du baptême de Clovis et de la France par Saint Rémi. Il semble que son initiative ait été reçu plutôt froidement par le clergé français.
En effet, nous avions eu une grande messe sur une base aérienne proche de Reims. Le Pape y avait prononcé un sermon sur le baptême en général, sans parler ni de Clovis, ni de la France. Certains disent que ce n’était pas lui qui avait écrit le sermon. Et, merveilleux Jean-Paul II, il avait rattrapé cela en improvisant la conclusion : « et si nous sommes réunis ici, c’est tout de même bien pour célébrer le baptême de Clovis et de la France !»
Quelle évolution depuis avec cette belle et fervente exaltation de la France chrétienne au Stade de France !
Samedi matin, nous nous installons place de l’Étoile. Cela nous ramène treize ans en arrière. Nous sommes passés de l’autre côté de l’Arc de Triomphe, de l’avenue de la Grande Armée aux Champs Élysées. Le 24 mars 2013, nous manifestions contre le mariage homo, nième « évolution sociétale » participant à la dégradation ininterrompue des mœurs depuis un demi-siècle.
Aujourd’hui, même foule, mêmes personnes, mais cette fois, nous puisons à la source en célébrant le Christ vainqueur du mal. Nous rechargeons nos batteries en Espérance, Foi et Charité.
La longue attente se fait paisiblement grâce aux reportages de KTO sur les grands écrans, à la prière de l’Angelus et du chapelet, à la gentillesse, la bienveillance de tous, forces de l’ordre comprises.
Un bémol, les chants de la messe sont sans reliefs et pour la plupart inconnus. Pourtant, la foule est prête à chanter de bon cœur, notamment lorsque l’on entonne le Credo, le Pater Noster et le Salve Regina.
Merci aux organisateurs, merci à l’Église de France, merci à Léon XIV et merci Seigneur pour ce moment revigorant pour notre foi.
Cela avait un air, non de revanche, mais de réparation après l’abominable cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques.
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Belgique : campagne pour allonger le délai légal d’avortement
L’allongement à 18 semaines du délai légal pour pratiquer un avortement en Belgique a été au cœur d’une mobilisation organisée lundi devant le Palais de justice de Bruxelles, à l’occasion de la Journée mondiale du droit à l’avortement.
En Belgique, le délai légal est actuellement fixé à 12 semaines après la conception. Les militants demandent que le délai soit porté à au moins 18 semaines. Et pourquoi pas jusqu’à la naissance ? Et même après ? Il ont également préconisé la suppression du délai d’attente obligatoire et la reconnaissance de l’avortement comme un soin de santé.
Le ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) a défendu en juin un passage à 14 semaines et un délai d’attente ramené à 48 heures. Cette piste n’a pas permis de dégager de consensus au sein de la majorité. Les discussions ont été reportées à décembre.
Les Pays-Bas ont le délai légal pour avorter le plus long de l’UE. Mais ce n’est pas suffisant
Les militants de l’avortement ne sont jamais satisfait : le sans appelle le sang. Le diable réclame toujours plus de sacrifices humains.
Un député du parti progressiste d’opposition (Pro), Lisa Vliegenthart, a déposé lundi 28 septembre, Journée internationale pour le droit à l’avortement, un texte au Parlement néerlandais, pour retirer l’encadrement de l’avortement du code pénal pour l’inscrire dans le droit de la santé.
Inscrire l’avortement dans le droit de la santé plutôt que dans le code pénal « permettrait de mieux protéger juridiquement les dispositions liées à l’avortement, comme la durée du délai légal, de décisions que pourraient prendre des gouvernements conservateurs. »
Aux Pays Bas, l’avortement est autorisé jusqu’à 24 semaines de grossesse.
Avortements : nouveaux mensonges du Planning familial
Une campagne médiatique pro-avortement vient d’être lancée par Le Planning familial, selon lequel l’accès à l’avortement serait de plus en plus difficile en France. Alors même que le nombre d’avortements n’a jamais été aussi élevé dans notre pays, avec 259 400 avortements en 2025.
Combien de bébés faut-il exterminer pour que le Planning se déclare satisfait ?
Selon cette enquête, le manque de professionnels formés, les déserts médicaux, font passer les délais d’attente au-delà des cinq jours prévus par la loi.
Le Planning familial dénonce des « parcours semés d’obstacles » avec des refus d’accompagnement, des pressions ou une absence de choix de la méthode. Une femme sur deux indique qu’un professionnel a refusé de l’accompagner pour l’intervention, contre 27% en 2024.
Le but est évident et le Planning ne s’en cache pas : remettre en cause la clause de conscience des médecins pour les forcer à tuer des êtres humains.
Le Planning familial demande également un allongement du délai légal de 14 à 22 semaines.
Et après, ce sera jusqu’à la naissance ?
l’Ukrainien qui a assassiné un prêtre polonais ne sera pas jugé
l’Ukrainien de 31 ans qui a poignardé cinq personnes dans une abbaye bénédictine en Pologne, tuant l’une d’entre elles, a été déclaré inapte à comparaître.
Ihor M., placé en garde à vue, souffre de graves troubles mentaux.
« Nous avons déjà reçu l’avis de psychiatres experts, et ces derniers ont conclu que, dans son état mental actuel, Ihor M. présente des symptômes de maladie mentale sous la forme de troubles psychotiques aigus et multiformes ».
Selon les médias polonais, le tueur s’est rendu en Pologne depuis l’Allemagne, avec l’intention de franchir la frontière pour rejoindre son Ukraine natale. Cependant, il a été arrêté à Korczowa, ville frontalière polonaise, car il ne possédait pas d’assurance automobile valide. Sa voiture a été remorquée jusqu’à Jarosław, à 37 kilomètres à l’ouest, et Ihor M. l’a suivi. À son arrivée, il s’est rendu à l’abbaye de Jarosław, qui abrite une communauté de moniales bénédictines. Lorsqu’il est entré dans une cuisine interdite au public pour demander un verre d’eau, un prêtre lui a demandé de partir. L’intrus s’est alors emparé d’un couteau dans la cuisine et a commencé à attaquer des personnes au hasard, dont trois prêtres, une laïque et un laïc. Un prêtre, le père Stanisław Zbojnowicz, est décédé.
Selon des informations non officielles parues dans la presse polonaise, Ihor M. serait un vétéran de la guerre russo-ukrainienne ayant combattu en première ligne. Il serait actuellement placé sous surveillance policière dans un hôpital.
Les élèves d’une école catholique hors contrat accueillent le pape à Metz
Créer son école indique que ce sont les petits élèves d’une école catholique hors contrat qui ont accueilli à Metz le Pape Léon XIV. Elle s’appelle l’école Marcel Van et est pleinement reconnue par l’évêque et intégrée à l’Enseignement catholique local.
Ce choix d’une école hors contrat est une étape majeure dans la reconnaissance de la légitimité institutionnelle des écoles privées hors contrat par l’Église en France. Il importe de le souligner.
Merci au Pape, à l’Église de France et notamment à l’évêque et au Directeur diocésain de Metz, d’avoir permis cette utile clarification.
Ainsi, l’Église répond pacifiquement mais fermement au Grand Maître du Grand-Orient de France qui, fin août, déclarait de manière véhémente que les écoles hors contrat n’avaient pas leur place dans la République.
1. La catholicité d’une école ne réside évidemment pas dans le contrat.
L’école hors contrat a toute sa place dans l’Enseignement catholique : elle n’en est simplement pas la forme juridique la plus habituelle.
En effet, l’article 14 du Statut de l’Enseignement catholique dit : « En France, cette contribution [ndlr : délibérée au service éducatif de la Nation] s’inscrit, aujourd’hui et pour l’essentiel, dans le cadre d’une relation contractuelle avec l’État. Pour la formation scolaire initiale, la forme habituelle des écoles catholiques est celle d’établissements privés associés au service public d’éducation. »
Ainsi, pour l’Église catholique, la forme hors contrat est envisageable à titre non habituel, donc à titre extraordinaire ou complémentaire. En pratique, l’Enseignement catholique se tourne pragmatiquement vers le hors-contrat pour une classe ou un ensemble scolaire complet si l’État lui refuse le contrat ou si la spécificité du projet éducatif et pédagogique est incompatible avec le respect du contrat. C’est dans ce cadre que l’association Créer son école propose ses services d’accompagnement aux établissements de l’Enseignement catholique qui souhaitent créer des classes hors contrat.
2. L’intérêt général d’une école catholique sous contrat ne procède pas de la contractualisation avec l’État.
L’intérêt général d’une école libre catholique préexiste et est indépendant du contrat (cf. articles 12 et 13 du Statut de l’Enseignement catholique)*. L’école hors contrat catholique fait tout à fait partie de la vie de la cité et de la République.
La contractualisation avec l’État, quand elle a lieu, ne rend pas « davantage républicaine » l’école concernée ; elle la rend simplement plus publique dans son fonctionnement (recours à des agents publics, à des financements publics, à des programmes scolaires publics, soumission à des instructions gouvernementales, etc.) et donc plus alignée pédagogiquement sur l’Éducation nationale. Les écoles hors contrat sont des écoles de la République et leurs enseignants et familles ne sont en aucune manière des citoyens de deuxième zone, potentiellement moins attachés aux institutions et valeurs républicaines originelles.
3. Il est temps de s’opposer à ceux qui s’autorisent à exclure les écoles libres (sous contrat ou hors contrat) de la République.
Il est temps de s’opposer à ceux qui s’autorisent à exclure les écoles libres (sous contrat ou hors contrat) de la République, en réservant l’appellation d' »écoles de la République » aux seules écoles publiques. C’est un propos discriminatoire et fallacieux qui doit être sanctionné, y compris devant les juges, car il peut être lourd de conséquences.
C’est cet esprit discriminatoire qui a conduit l’administration à exclure les élèves du hors-contrat de l’éligibilité aux classes préparatoires militaires, comme on l’a vu cet été dans l’affaire du Prytanée. C’est encore et toujours cet esprit qui conduit le Gouvernement à refuser aux collégiens du hors-contrat la possibilité de se présenter et de se distinguer au tout nouveau concours général des collèges.
À croire que le Gouvernement redoute qu’ils décrochent les premières places du classement !
Messe célébrée par le pape Léon XIV en la cathédrale Saint-Etienne de Metz : « l’importance première de la famille en tant que fondement de la société »
Chers frères et sœurs,
je suis très heureux de présider cette Eucharistie, au cours de laquelle nous confions au Seigneur le cheminement de la communauté diocésaine de Metz comme celui de toute l’Europe. Sur cette terre historique de la Moselle – qui n’a cessé d’être un carrefour de peuples et qui fut une frontière douloureuse en Europe –, la promesse de Dieu résonne aujourd’hui avec une force singulière.
Dans la première lecture (cf. Is 32, 15-18), le prophète Isaïe parle de l’avènement du Royaume de Dieu en termes de droit, de justice et de paix. Il utilise trois images : le désert, le jardin et la maison.
Dans le désert, lieu de l’essentiel et du silence, le droit s’installe, c’est-à-dire la loi qui aide l’homme à marcher sur la voie du bien. Cette image austère nous rappelle l’importance de l’essentiel et de la simplicité, qui nous permettent d’accorder la juste valeur aux choses, tout en nous formant au renoncement et au sacrifice.
La deuxième image est celle du jardin où règne la justice. Si le désert est le lieu de l’essentiel, le jardin est le lieu de la beauté. De l’eau s’y trouve, les graines s’ouvrent, les pousses apparaissent et les fleurs s’épanouissent, chacune avec sa beauté particulière. Tel est l’effet d’une vie juste qui permet à la personne de s’épanouir pleinement en adhérant librement aux desseins du Seigneur.
La troisième image est celle de la maison, lieu de paix. Notons que si le désert et le jardin sont des contextes où prévaut l’action de Dieu qui fait germer et grandir, la construction d’une maison exige en revanche une contribution plus directe et plus importante de l’homme, avec la mise en œuvre de forces et de compétences, à travers un effort commun ; un véritable “travail de chantier”. Ainsi, la paix qui est un don de Dieu exige une réponse des hommes, dans un effort partagé. Par ailleurs, plus qu’une simple construction de pierres, la maison est un lieu de présence humaine et d’amour. En ce sens, la Parole prophétique nous rappelle que, dans un monde marqué par la limite, la concorde ne se construit que dans la charité qui sait partager les joies et les peines, qui sait encourager et pardonner, sans calcul ni limite, comme dans une famille.
L’Évangile que nous venons d’entendre nous en parle également (cf. Mt 5, 38-48). Alors que nous assistons aujourd’hui, dans le monde, à beaucoup de violences, de manipulations et d’arrogance – à différents niveaux – Jésus nous enseigne la manière de transformer le désert en oasis, de planter des jardins et de construire des maisons. Il nous montre le chemin qui passe par le pardon, la miséricorde et la magnanimité : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5, 39-41).
Pour certains, ces paroles seraient de la faiblesse, ou bien une capitulation devant le mal ; mais il n’en est rien. Regardons au fond et autour de nous : que produisent, dans le monde et en nous-mêmes, des attitudes telles que la vengeance, la revanche et le rejet ? Et quel avenir pour l’humanité laissent entrevoir les relations et les systèmes imprégnés des logiques impitoyables qui découlent de ces attitudes ? Vous qui êtes les enfants de cette terre déchirée dans le passé par des conflits fratricides, vous savez bien qu’il n’est pas vrai que celui qui se venge est plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble.
Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la réconciliation n’est possible que lorsque l’on a le courage de briser la chaîne du ressentiment. Il faut de la force et beaucoup d’équilibre pour ne pas se laisser submerger par le mal, surtout lorsque les blessures subies sont profondes. Mais face à l’injustice, l’unique voie de salut pour l’homme est l’amour qui prend l’autre en charge et qui cherche à faire confiance, quelles que soient les circonstances, et même dans les attitudes les plus difficiles à accepter (cf. Mt 5, 42). Ainsi, la loi, la justice et la paix sont-elles les étapes d’un chemin de conversion qui, de personnelle, devient de plus en plus communautaire, pour une civilisation respectueuse de l’homme et de son Créateur.
Ce n’est pas un hasard si saint Augustin définit la paix de la Cité céleste comme une communion harmonieuse dans laquelle les hommes jouissent de Dieu et, en Lui, les uns des autres (cf. saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 13.1). Il parle également de la paix entre les hommes comme du fruit d’une tranquillitas ordinis dans laquelle chacun reconnaît et respecte chez l’autre une dignité et un rôle uniques et sacrés.
Ici, à Metz, il est bon de rappeler que ce sont là les valeurs sur lesquelles s’est construite, au fil des siècles, l’Europe que nous connaissons, avec son patrimoine spirituel et moral, avant même son patrimoine économique et politique. Comme saint Jean-Paul II aimait à le rappeler avec émotion (cf. Acte européen à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982), elle plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile. En témoignent la grande contribution spirituelle, culturelle, voire agricole et artisanale que le monachisme a apportée à l’histoire du continent, ainsi que l’œuvre de saints tels que le grand Chrodegang, pasteur infatigable de cette communauté, qui, ici même, avec la Règle des chanoines, a donné une forme visible à la communion ecclésiale.
Les principes moraux du monde dans lequel nous vivons nous ont été transmis à partir de là : des principes tels que la primauté de la personne et le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions ; la protection de la liberté des individus ; l’importance première de la famille en tant que fondement de la société ; l’attention portée aux pauvres et aux plus démunis ; l’accueil de l’étranger, le respect des personnes âgées.
Votre Église locale qui, en vertu de son statut particulier, conserve l’héritage singulier d’un dialogue fécond entre société civile et foi, a la responsabilité d’être un laboratoire vivant de cette fidélité. Rester fidèles à ces piliers n’a pas été facile, même pour ceux qui nous ont précédés. Et pourtant, avec fidélité et persévérance, nos ancêtres nous les ont légués comme des trésors à transmettre à notre tour aux générations futures, enrichis de notre expérience, de la valeur de nos efforts et de nos histoires.
La magnifique cathédrale de cette ville où nous nous trouvons illustre très bien tout cela : elle est appelée la “Lanterne du Bon Dieu” en raison de ses 6.500 [six mille cinq cents] mètres carrés de vitraux historiés. Il semble que les bâtisseurs aient voulu réduire au minimum les murs – qui restent solides – afin que la lumière puisse parvenir en abondance aux fidèles. Celui qui y rentre se trouve ainsi plongé dans une très riche biblia pauperum, source de prière et de méditation, à travers les reflets aux mille couleurs. Dans ce lieu de lumière, la splendeur des vitraux historiques s’est récemment enrichie du génie de Marc Chagall. Les œuvres de ce grand peintre juif, enchâssées dans les murs de la cathédrale, transforment “la Lanterne du Bon Dieu” en un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire.
Cette cathédrale nous dit que la lumière de Dieu n’efface pas les spécificités, mais unit des histoires et des cultures différentes en une seule et merveilleuse mosaïque de paix, nécessaire à notre époque meurtrie par de nouvelles divisions et de nouveaux conflits. En contemplant ces vitraux, nous apprenons que l’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière.
Il y a là un symbole de notre identité d’Église. Nous aussi nous utilisons des structures qui n’ont de sens que dans la mesure où elles nous aident à apporter au monde la lumière de l’Évangile. Sans ces vitraux, les fenêtres de la cathédrale Saint-Étienne ne seraient que des espaces inondés de lumière aveuglante. Avec ces vitraux, elles deviennent des livres qui nous rassemblent pour faire mémoire d’histoires merveilleuses, pleines d’héroïsme, de bien, de miséricorde, d’amour et de beauté morale, dont nous devons à notre tour être des témoins généreux et courageux.
Tel est le vœu que je partage avec vous, avec gratitude et confiance, à l’issue de mon voyage en France, pour votre communauté de Metz, appelée aujourd’hui plus que jamais à être un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde, en la confiant aux prières de la Vierge Marie et de vos saints patrons.
Rencontre « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité » – on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît
Monsieur le Président,
Monsieur le Cardinal,
Distinguées Autorités civiles et religieuses,
Mesdames et Messieurs,
je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.
Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée Nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.
Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.
Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.
L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les re-proposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.
Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964 [mille neuf cent soixante quatre], le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». [1] L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.
On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ». [2]
Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun », [3] c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». [4]
Loin d’être un critère confessionnel exclusif, [5] la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.
À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.
Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).
Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la foi par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.
Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ». [6]
Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le Pape François – « au concept de droit, celui – aussi essentiel et complémentaire – de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ». [7]
L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.
Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux iles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).
Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.
C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.
Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.
Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile », [8] qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950 [mille neuf cent cinquante], les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ». [9] Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.
Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». [10] Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » ( Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.
L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ». [11]
L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.
Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.
Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». [12] Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.
En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ». [13]
Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.
Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.
Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !
N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.
N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.
Soyez des bâtisseurs de communautés !
Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.
Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !
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[1] St Paul VI, Lett. ap. Pacis nuntius, 24 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 965.
[2] R. Schuman, Pour l’Europe, Genève, 2010 5, pp. 57-58.
[3] Cf. A. De Gasperi, La nostra patria Europa. Discorso alla Conferenza Parlamentare Europea, 21 aprile 1954, in: Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol. III, pp. 437-440.
[4] Ibid.
[5] Ibid.
[6] Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.
[7] François, Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014 : AAS 106 (2014), p. 997.
[8] Benoît XV, Lettre aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), 1 er août 1917 : p. 423. AAS IX (1917), p.417-420.
[9] Déclaration Schuman, Paris, 9 mai 1950.
[10] Ibid.
[11] Ibid.
[12] Ibid.
[13] R. Schuman, Pour l’Europe, op. cit., p. 46.
Rencontre interreligieuse avec le pape Léon XIV au Centre des Congrès Robert Schuman de Metz : « La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réussites matérielles, mais à la manière dont elle entoure, protège et élève la personne humaine »
Discours du pape :
Chers frères et sœurs,
chers amis représentants des différentes traditions religieuses,
c’est avec une joie profonde, mais aussi avec un vif sentiment de responsabilité spirituelle, que je me tiens parmi vous aujourd’hui, à Metz, ville de frontières et de passages, au Centre des Congrès qui porte le nom de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Union Européenne. Cet homme de foi et de convictions sut transformer les anciennes lignes de fracture en ponts d’espérance pour toute l’Europe, et il devint un véritable ambassadeur de l’unité dans la diversité. À son exemple, notre responsabilité commune de femmes et d’hommes religieux est de témoigner que, au-delà des frontières, il est toujours possible de se rencontrer, d’établir l’amitié et de bâtir la paix.
Dialoguer ne diminue pas notre identité mais l’exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l’autre. Comme le disait mon prédécesseur, le Pape François : « Le dialogue entre personnes de religions différentes ne se réalise pas par simple diplomatie, amabilité ou tolérance… II s’agit d’établir l’amitié, la paix » (Lett. Enc. Fratelli tutti, n. 271). Avant lui, le saint Pape Jean-Paul II considérait le dialogue comme une exigence intrinsèque de la nature même de l’homme (cf. Message pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2001, n. 10). Il est, selon Paul Ricœur, le chemin par lequel nous reconnaissons l’altérité comme une promesse et non comme une menace ; il est un art de la rencontre dont notre monde a grand besoin, aux antipodes de l’agressivité et de la violence.
En effet, invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom. Rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut se réclamer d’une authentique inspiration divine. Le discours religieux doit appeler constamment à désarmer les cœurs et les mots. Cela engage la responsabilité directe de chacun de nous, en tant que gardiens de nos traditions respectives.
Par ailleurs, si la fécondité des traditions religieuses se manifeste avant tout dans leur service de la paix et de la fraternité, elle s’exprime également dans leur capacité à protéger, à accompagner et à servir la vie. La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réussites matérielles, mais à la manière dont elle entoure, protège et élève la personne humaine. Les religions sont gardiennes de la vie : elles en affirment la valeur sacrée. Leur fécondité se démontre dans leur présence aimante auprès des personnes les plus vulnérables et les plus fragiles. Servir la vie, c’est l’entourer de soins, de présence et de tendresse, surtout dans l’épreuve, jusqu’au bout. À nous qui sommes ouverts à la transcendance, notre mission est d’offrir des repères solides, en particulier aux jeunes, pour construire une communion qui respecte et valorise la dignité de toute personne humaine.
Chers amis, « l’Église considère comme compagnons de route tous ceux qui cherchent sincèrement la vérité, la bonté, la beauté » (Lett. Enc. Magnifica Humanitas, n. 23). Je vous remercie une fois encore pour votre proximité et votre présence. Que la bonté infinie de Dieu et sa sagesse nous accompagnent et nous apprennent à vivre toujours davantage comme ses enfants, et comme des frères et sœurs les uns pour les autres. Puissions-nous être, là où nous vivons, des artisans de paix et des témoins d’une espérance qui ne cesse de grandir dans notre monde.
Que Dieu vous bénisse !
Quel plus grand hommage à l’intuition du roi Louis XVI !
De Louis de Bourbon :
Quelle émotion ! Pas moins de 800.000 personnes ont suivi la messe du Pape dans un recueillement religieux, sur cette place de la Concorde et ces Champs-Elysées vitrines universelles de la France. Plus de 5 millions de téléspectateurs l’ont regardée à la télévision. Les réseaux lui donnent une dimension internationale, car il n’est pas un seul pays du monde où l’évènement n’est partagé, analysé, commenté, célébré.
Il nous faudra des jours, voire des mois, pour mûrir pleinement ce qu’il représente. J’y ai assisté dans la ferveur et le recueillement, en pensant à tous les Français ici réunis. Je pensais aussi aux âmes de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de Madame Elisabeth qui, de là-haut, devaient se réjouir. Voir la foule des Français, autrement plus nombreuse que toutes celles que connurent les Parisiens à l’époque de la Révolution, s’agenouiller devant le Sacrifice du Christ célébré par le Pape en personne : quel plus grand hommage à l’intuition du roi Louis XVI ! « Messieurs, je meurs innocent de tout ce dont on m’inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français » furent ses dernières paroles. J’ai été profondément ému en écoutant le Salve Regina chanté par le Pape avec la foule, devant la statue offerte par le dernier roi de France Charles X à la cathédrale Notre-Dame.
Quelle grâce ! Sans nul doute, cet événement marquera d’une pierre blanche la suite de l’Histoire de la France et du monde.
Où est Robespierre aujourd’hui ? Mort. Où est Danton ? Mort. Où est toute cette racaille ? Mort, mort, et mort.
L’ancien converti de Chartres, devenu orthodoxe, Rod Dreher, est visiblement ému par le voyage du pape en France :
Vous, chers lecteurs fidèles, savez combien j’aime la France. Et vous savez probablement depuis combien d’années je prie pour que ce pays bien-aimé mais souffrant revienne à son baptême. Vous pouvez donc imaginer pourquoi je suis resté allongé ici, tôt le matin, dans mon lit d’hôtel à Chicago, ville natale du pape Léon XIV, à regarder encore et encore ces vidéos du pèlerinage du pape en France, en pleurant à chaudes larmes et en répétant sans cesse : « Merci, Seigneur, merci ! »
Les vidéos ont été incroyables, tout simplement incroyables. Voici le pape américain parlant au nom de ce chrétien orthodoxe américain alors qu’il pleure devant une statue de la Madone et de son Enfant devant la cathédrale Notre-Dame, que l’Ennemi a tenté de brûler sans y parvenir, chantant avec la foule rassemblée l’hymne catholique médiéval « Salve Regina », qui fut mis sur cet air à l’abbaye de Cluny au XIIe siècle. […]
C’est dans cette cathédrale, le 10 novembre 1793, que les révolutionnaires blasphémateurs ont démonté l’autel et intronisé la « Déesse Raison ». Où est la Déesse Raison ? Où sont les révolutionnaires ? Morts, et morts. Aujourd’hui, l’autel a été restauré, Dieu y est adoré, et s’y dresse la Mère de Dieu, dorée et rayonnante de la gloire de son Fils, tandis que le pape en pleurs et la foule rassemblée chantent ses louanges et la supplient de les conduire à Jésus.
Plus tard, au Stade de France, Léon a dirigé une veillée de prière réunissant 80 000 jeunes catholiques français. Les Français ont présenté un spectacle célébrant l’histoire de la foi en France, mettant en vedette ses saints et ses martyrs. (Comme j’aurais aimé qu’ils incluent le père Jacques Hamel, massacré par des islamistes alors qu’il célébrait la messe dans sa petite paroisse de campagne il y a quelques années ; j’ai dédié la version française de The Benedict Option à sa mémoire).
Le fait est : les Français sont un peuple, un peuple avec une histoire, et cette histoire comprend de grandes et saintes actions de chrétiens. L’histoire de la France est l’histoire de la foi chrétienne en France, et des hommes et femmes saints qui en ont fait partie. Quand j’ai vu les vidéos de cette veillée de prière, je n’ai pas pu m’empêcher de me souvenir d’avoir été l’année dernière avec les 20 000 jeunes pèlerins en route pour Chartres. […]
La place de la Concorde est la grande place où les révolutionnaires ont exécuté le Roi, et tant d’autres qui s’opposaient à eux. Où est Robespierre aujourd’hui ? Mort. Où est Danton ? Mort. Où est toute cette racaille ? Mort, mort, et mort. La foi vit, là même sur la terre où ces hommes audacieux pensaient l’avoir tuée, ainsi que tout ce qui s’y rapportait. Jésus est vivant !
Quand le Pape a ouvert la prière du Gloria, chantée en latin, j’ai été surpris de découvrir que je la connaissais encore en latin. J’ai prié avec eux. Oui, je suis orthodoxe, et fermement, mais je suis si, si reconnaissant pour ce que Dieu m’a donné en tant que chrétien dans l’Église catholique. Vous savez tous bien que je dis depuis des années que l’Église catholique, malheureusement séparée de l’Église orientale par les péchés des hommes chrétiens, catholiques comme orthodoxes, dans les siècles passés, est au cœur de la civilisation occidentale. L’avenir de l’Occident dépend de la santé de l’Église catholique — non seulement de l’Église catholique, mais de l’Église catholique plus que toute autre institution.
Aujourd’hui à Paris est, pour cet orthodoxe chrétien, un signe d’espoir pour ma propre civilisation. Ici, à la Touchstone Conference ces deux derniers jours, j’ai entendu des chrétiens orthodoxes et catholiques parler de la façon dont leurs paroisses débordent de jeunes hommes et femmes, cherchant le Christ (peut-être que cela arrive aussi parmi les églises protestantes, mais je n’ai tout simplement pas entendu les gens en parler). Un universitaire catholique a déclaré que le centre étudiant catholique a repris vie une fois que l’évêque a retiré l’ordre religieux libéral ancien et épuisé qui gérait son déclin, et a rendu le contrôle au diocèse. Maintenant, les jeunes gens cherchant le Christ remplissent l’endroit. […]
Mes lecteurs chrétiens, protestants et orthodoxes, célébrons aujourd’hui avec nos frères et sœurs catholiques, et puisons de l’espoir dans ce que le Seigneur accomplit là-bas, sur la terre de Saint Denis, Sainte Geneviève, Sainte Jeanne d’Arc, les Carmélites de Compiègne et tous les saints, ceux connus de l’histoire et ceux connus de Dieu seul. N’ayez pas peur : Dieu est vivant, et Il nous appelle — vous et moi — par notre nom.
Les temps sont mauvais, mais la foi n’est pas encore finie dans les pays d’Occident. Voyez l’espoir dans les rues de Paris aujourd’hui, prenez-le à cœur, et allez faire des disciples dans le monde, en commençant par vous-même.
Merci, Seigneur, je prie à travers des larmes de joie ce matin. Merci.
Crépol : le racisme anti-blanc sera bien jugé
Communiqué de Yann BALY, Président de l’AGRIF :
L’information vient de tomber : le juge d’instruction retient la quailification de racisme anti-blanc et anti-français dans l’Ordonnance de mise en accusation des 11 mis en cause.
Pour le magistrat instructeur, les faits du 19 novembre 2023 à Crépol, qui ont coûté la vie à Thomas Perroto, seront jugés avec la circonstance aggravante de racisme contre la « race blanche et la nation française ».
C’est un désaveu fracassant de la position du Parquet. Le ministère public n’ayant eu de cesse de vouloir nier l’évidence et exclure le racisme anti-blanc du dossier.
C’est, en revanche, une grande victoire pour l’AGRIF. Le travail de notre avocat, Me Jérôme Triomphe, a été décisif pour que la justice soit rendue sur la réalité des faits et la vérité.
Nous pensons aux victimes et à leurs familles dont la parole est enfin entendue.
Du pied de la guillotine, Léon XIV invite la France à se reconstruire sur ses racines de foi
C’est le titre d’un article d’un journal catholique espagnol, dans lequel on peut lire :
[…] Dans la chapelle Saint-Joseph-des-Carmes, le pontife adressa un bref salut improvisé et pria en silence. Il suivit ensuite le Chemin des Martyrs, qui commémore les prêtres et les évêques tués à cet endroit le 2 septembre 1792, lors des massacres de septembre de la Révolution française, et béatifiés en 1926. Le pape s’arrêta pour prier à l’endroit même où ils périrent. […]
À 15 h, le pape a célébré la messe sur la place de la Concorde. […] Ce lieu est chargé de souvenirs. La guillotine y fut installée pendant la Révolution, et plus de mille personnes y furent exécutées, dont le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette.
L’homélie s’articulait autour de l’Évangile du jour : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jn 7,37), et de la vision d’Ézéchiel de l’eau jaillissant du Temple. « Le désir de Dieu habite au plus profond de nos cœurs », a-t-il affirmé, et c’est avant tout « une soif de sens, de vérité et de plénitude » à laquelle seul le Christ répond.
Léon XIV a décrit le vide qui ressurgit lorsqu’on croit avoir atteint ses objectifs et qu’on tente de le combler par de nouveaux plaisirs et possessions. Il les a invités à examiner où ils cherchent à étancher cette soif : dans les biens matériels et « ces nombreuses petites idoles qui promettent monts et merveilles, mais laissent nos cœurs vides ». « Par le baptême, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons-nous vraiment rencontré le Christ personnellement ? » a-t-il demandé aux fidèles. Pour le Bon Pasteur, a-t-il souligné, personne n’est « un numéro de série, mais une personne, une personne unique et irremplaçable ».
S’adressant aux Français comme « héritiers d’une longue et belle histoire de sainteté », il les encouragea à « bâtir une nation renouvelée sur ses racines, nourrie par la foi », et à ne plus garder leur foi pour eux. Il rappela les martyrs Blandine, Pothin et Irénée, Martin de Tours et François de Sales, Vincent de Paul, Frédéric Ozanam et Jeanne Jugan, ainsi que tous ceux qui, aujourd’hui encore, sont engagés « pour la vie, la famille, la vérité, la paix, la fraternité et la justice ». Il parla des familles qui « persévèrent courageusement dans leur mission », des jeunes, de « l’Église d’aujourd’hui », et de nouveau des catéchumènes et des néophytes, avant de confier le pays à la Vierge Marie afin que « les germes de foi, d’espérance et de charité » puissent s’épanouir dans toute la France.
L’avion du pape atterrit à l’aéroport de Tarbes-Lourdes-Pyrénées peu après 19h, au son des cloches de la ville. Il fut accueilli par Jean-Marc Micas , évêque de Tarbes et Lourdes. Avant d’arriver au sanctuaire, Léon XIV salua le maire, Thierry Lavit , et inaugura une statue sur un pont enjambant le Gave, rebaptisé « Pont Léon XIV » pour l’occasion. Il termina son trajet en papamobile, au milieu de milliers de fidèles chantant l’Ave Maria.
Le tumulte se tut lorsque le pape s’agenouilla devant la grotte. Il pria en silence, toucha la roche, but de l’eau de la source et alluma un cierge, comme tout pèlerin. Puis il récita une prière à Notre-Dame de Lourdes : « Nous vous supplions, Notre-Dame, pour la France, dont vous êtes la Patronne et que vous avez entourée de votre protection pendant tant de siècles. Obtenez pour son peuple le don de la concorde fraternelle », pria-t-il, demandant une société qui bannisse « toute violence et toute haine » et permette à chacun « de travailler, de fonder une famille et de vivre sa vie jusqu’à la fin dans la paix et la sérénité ».
Le Pape a prié pour que la France ait des dirigeants « sages et généreux, prêts au sacrifice », qui maintiennent la paix dans le pays et défendent les droits fondamentaux de l’homme, « rejetant à jamais la logique de la guerre ». Il a demandé à la Vierge Marie de raviver la foi des familles chrétiennes, afin qu’elles soient « généreusement ouvertes à la vie » et que Dieu suscite en elles « des vocations, notamment au sacerdoce et à la vie religieuse ». Il a également prié pour les malades et ceux qui les soignent, et a conclu en demandant à Marie d’écarter « tous les obstacles qui nous séparent encore de ton Fils bien-aimé », et qu’il « règne dans tous les cœurs ».
Léon XIV souhaite que la voix de l’Église porte dans le débat public
Lors de son discours aux évêques, tous en soutane dans l’hémicycle où se tiennent habituellement leurs assemblées plénières, le pape a rappelé que «la fille aînée de l’Église» fut surnommée «Royaume de Marie».
Le Souverain pontife a abordé les «défis immenses de notre époque»: un «régime de laïcité bien particulier», l’éducation catholique et la soif de sens de la jeunesse, le «douloureux fléau des abus», «l’unité» dans l’Église et le «triste recul des vocations à la vie consacrée». Encourageant les évêques français à demeurer de bons pasteurs et à «faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires», Léon XIV souhaite leur «transmettre les sentiments d’enthousiasme et d’espérance» qui l’habitent, afin que le peuple de Dieu poursuive «avec ardeur sa mission d’annoncer et de faire aimer Jésus-Christ, pour que le monde ait la vie.»
«Face aux défis immenses de notre époque, je vous exhorte, chers frères, à faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires. Ne vous laissez pas décourager par les erreurs, les incohérences ou même les chutes qui ont jalonné l’histoire de ce peuple en marche. Ayez toujours le courage de reconnaître les fautes dans l’amour de la vérité, et la détermination à panser les blessures avec la charité du Bon Pasteur.»
«L’Église a assisté et contribué à la lente édification de votre Nation, elle fait largement partie aujourd’hui encore de sa culture, de son identité et de sa vocation pour le monde. C’est pourquoi la parole de l’Église a toute sa place dans le débat public en France; elle possède, par nature, une autorité prophétique.»
«Vous vivez actuellement sous un régime de laïcité bien particulier, issu d’une histoire mouvementée, aujourd’hui apaisée, mais qui doit permettre à l’Église d’accomplir sa mission».
Léon XIV incite «à faire preuve de vigilance pour défendre la liberté et les droits de l’Église à évangéliser, à éduquer à la vraie liberté et à pratiquer publiquement le culte, afin que, de manière visible, la charité puisse être exercée au nom de Jésus-Christ.»
«Je crois moi aussi que les temps sont mûrs où beaucoup de nos contemporains attendent d’entendre résonner le message rempli d’espérance de l’Évangile et de voir briller à leurs yeux la lumière du Christ ressuscité. Le message de paix qui prend sa source en Jésus est d’autant plus attendu que l’on constate, en France comme ailleurs en Occident, une inquiétante polarisation, un recul de la fraternité, de la cordialité et de la qualité de la vie en société, ainsi qu’une recrudescence des violences, des inégalités et des pauvretés. Face à de tels défis, la désillusion et la désorientation succèdent aux promesses mensongères d’un monde dont Dieu serait absent, relégué à la vie privée, où le secours de sa grâce serait considéré comme inutile à la construction de la Cité. Or, Jésus a clairement averti ses disciples: «En dehors de Moi, vous ne pourrez rien faire!» (Jn 15, 5).»
Concernant la remise en question du «caractère propre» de l’enseignement catholique, tout en saluant l’ouverture des établissements d’enseignement catholique «à ceux qui ne partagent pas notre foi» ainsi que «l’accueil généreux et respectueux de la liberté de conscience de chacun», gage d’une «grande fécondité pour tous, pour la société et pour l’Église elle-même», le Saint-Père a insisté :
«l’enseignement catholique ne peut, en aucune manière, renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions: spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. Personne ne doit donc s’étonner des occasions offertes au sein de tout établissement catholique de rencontrer Jésus-Christ et d’entendre sa Parole. Moins encore, aucun élève ne devrait se trouver marginalisé dans sa classe, simplement parce qu’il croit en Jésus.»
Le Successeur de Pierre a fait comprendre que «le clergé a besoin d’être soutenu et encouragé ». Aussi a-t-il ajouté, «le prêtre doit être attendu, reçu, aimé et son identité – configurée au Christ – doit être claire et bien comprise au sein du Peuple de Dieu, pour la joie de l’Évangile et le service de sa mission.»
L’unité est un autre défi suscitant inquiétude pour l’avenir. C’est également un thème cher au Pape qui en a fait sa devise.
«Permettez-moi de rappeler combien il est essentiel que les disciples de Jésus se retrouvent dans la charité comme Il l’a demandé à son Père: « Qu’ils soient Un pour que le monde croie que Tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). L’Église en France est un petit troupeau qui doit rassembler ses forces pour la mission. Les divisions idéologiques rendraient vain son témoignage.»
Les tensions ont toujours existé dans l’histoire de l’Église:
«quand elles se manifestent, c’est alors que nous pouvons apprécier mieux encore le don de l’unité. Celle-ci n’est pas une plate uniformité mais permet que toute sensibilité authentiquement catholique converge naturellement dans une profession de foi commune, moyennant l’obéissance aux pasteurs légitimes, et en particulier au Successeur de Pierre, «principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de la foi et de communion».
Sénat : le RN parvient à créer un groupe
Dimanche 27 septembre, 178 sièges de sénateurs étaient remis en jeu dans 64 circonscriptions. Le RN aurait 14 sénateurs, ce qui lui permet de créer un groupe RN/UDR du Sénat, puisqu’il faut 10 élus pour former un groupe. Le député et vice-président du RN, Edwige Diaz, a été élu en Gironde.
Dans les Bouches du Rhône, le sénateur sortant Stéphane Ravier, figure historique du mouvement à Marseille mais parti sans investiture après avoir quitté le RN puis Reconquête, a été battu par Marie-Pierre Callet, ancienne cinquième vice-présidente LR du département passé au RN. Sa liste décroche même un second siège, pour Fabien Bravi.
La droite et le centre droit conservent la nette majorité dont ils disposent depuis 2014, avec les groupes Les Républicains et Union centriste.
La France insoumise fait son entrée dans la chambre haute pour la première fois.
Gérard Larcher devrait demeurer président du Sénat. Premier groupe au Sénat, Les Républicains disposaient de 131 sièges, dont 77 étaient remis en jeu lors de ce scrutin. Ils enregistrent plusieurs pertes, notamment en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec la percée de l’Union des droites pour la République, le parti d’Eric Ciotti. Max Brisson, sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques, a évoqué un groupe LR « aux alentours de 125 » élus après ce scrutin. Plusieurs cadres de la majorité sénatoriale ont été réélus, comme Bruno Retailleau, candidat LR à l’élection présidentielle, en Vendée, ou Mathieu Darnaud, président du groupe LR au Sénat, en Ardèche.
Le Parti socialiste (64 sièges avant le scrutin) a perdu quelques élus, dans la Creuse par exemple, mais a obtenu quelques gains, dans le Doubs et l’Hérault notamment. Quant aux Ecologistes (16 sièges), ils ont perdu un siège en Gironde et en Alsace.
Prière du chapelet et procession aux flambeaux avec Léon XIV : le soutien et l’intercession de Marie ne sont pas accessoires au chrétien
Paroles du pape prononcées à l’issue du chapelet :
Nous sommes rassemblés ce soir pour répondre à la demande que Notre-Dame adressa aux prêtres par l’intermédiaire de sainte Bernadette : « Que l’on vienne ici en procession ». Combien il est émouvant de voir le peuple fidèle, de génération en génération, répondre avec amour et confiance à la tendre invitation de la Vierge Marie. Combien il est consolant d’entendre les chrétiens chanter des cantiques remplis de ferveur et de foi, et marcher, une lumière à la main, vers leur Mère du Ciel, la Mère que Jésus nous a donnée sur la Croix. Je rends grâce au Seigneur de pouvoir, à mon tour, répondre ce soir à l’appel de notre Mère en me faisant pèlerin parmi les pèlerins.
Cette lumière qui nous guide et nous attire, c’est celle de l’espérance qui ne nous quitte jamais alors même que nous pérégrinons en cette vie, souvent traversée d’épreuves mais déjà habitée de la joie de se savoir enfants de Dieu, aimés et sauvés par Jésus. Les personnes malades sont les témoins privilégiés de cette transfiguration de l’existence par la foi, et par l’amour de Dieu et du prochain. Il faut venir ici faire cette procession avec vous, chers malades, pour en ressentir toute la réalité. Comme le disait le Pape Pie XII, « Jamais, en un lieu de la terre, on n’a vu pareil cortège de souffrances ; jamais pareil rayonnement de paix, de sérénité et de joie » (Lett. enc. Le pèlerinage de Lourdes ; 2 juillet 1957).
Et si un tel miracle est possible – celui de susciter la sérénité et la joie dans l’épreuve – c’est parce que Dieu nous donne la grâce de percevoir la présence du Christ ressuscité parmi nous. Il nous donne de porter le regard vers un avenir plus lointain, au-delà de notre horizon terrestre, un avenir de bonheur infini en Dieu, que nous sommes assurés d’atteindre si nous tenons fermes dans la foi et la charité. Pour cela, saint Paul nous encourage : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous » (Rm 8, 18). Gardez sans cesse en mémoire ces paroles en or, chers malades : Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous.
Nous sommes donc appelés à persévérer dans notre marche, encore et encore, tant que nous sont accordés les jours de notre vie en ce monde, où Marie nous précède. Et nous accourrons avec confiance vers Elle, dont la Conception sans péché resplendit comme un phare dans la nuit. « Elle est le signe de la victoire de l’amour, du bien et de Dieu, donnant à notre monde l’espérance dont il a besoin. Ce soir, tournons notre regard vers Marie, si glorieuse et si humaine, et laissons-la nous conduire vers Dieu qui est vainqueur » (Benoît XVI, Discours lors de la Procession aux flambeaux, 13 septembre 2008).
« Je suis l’Immaculée Conception » ! C’est bien de cette manière que Marie s’est désignée ici-même, dans la plus grande humilité, mais reconnaissante à Dieu pour le privilège absolument unique dont elle a eu la faveur et qui représente pour nous l’aurore du salut. Jésus a voulu, par les mérites de sa Passion et de sa Résurrection, préserver sa Mère de toute trace de la faute originelle ; Il en a fait une nouvelle Ève sur qui le démon n’aura jamais aucune prise, et à partir de qui tout recommence, tout redevient possible, pour le monde comme pour chacun de nous.
Voilà pourquoi son soutien et son intercession ne sont pas accessoires au chrétien qui veut accueillir la grâce de la Rédemption obtenue par le sang de Jésus, et lutter contre le mal. Elle est l’étoile de la mer – Stella maris – qui nous secourt dans les tribulations comme l’a si bien exprimé saint Bernard :
« Ô toi qui te sens, loin de la terre ferme, emporté sur les flots de ce monde au milieu des orages et des tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cet astre si tu ne veux pas sombrer. […] Si tu la suis, tu ne dévies pas ; si tu la pries, tu ne désespères pas ; si tu la consultes, tu ne te trompes pas. Si elle te protège, tu ne crains rien. Si elle te conduit, tu ne te fatigues pas. Si elle t’est favorable, tu parviens au but ». (Saint Bernard, Deuxième homélie Super Missus est, n. 17).
Alors, chers frères et sœurs, pèlerins et malades, qui êtes venus de France comme du monde entier faire cette procession de lumière, fervente et sereine, portons nos intentions les plus chères et les plus pressantes, et présentons-les à Notre-Dame. En la contemplant dans son Immaculée Conception, une joie et une invincible espérance montent dans nos cœurs : car, revêtue du soleil, la lune sous les pieds et couronnée d’étoiles, elle est glorieuse, elle est puissante ; et, en même temps, elle est humble, toute proche de nous. Elle est la mère de Jésus, elle est notre mère.
Ô Vierge Immaculée, que cette lumière que nous tenons ce soir ne s’éteigne jamais dans nos vies, mais qu’elle illumine l’avenir, nous ouvrant dès aujourd’hui aux promesses de la vie éternelle.
Rencontre de Léon XIV avec les personnes malades : « aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité »
Chers frères et sœurs,
Chers amis malades,
c’est une grande joie pour moi de passer ce temps avec vous, ici à Lourdes où, depuis plus de cent cinquante ans, des pèlerins du monde entier viennent confier à Jésus par Marie leurs souffrances, physiques, psychologiques ou spirituelles. Ici, la fragilité n’est pas cachée, elle devient le lieu d’une rencontre sacrée.
Cette année, le thème du Sanctuaire reprend la salutation de l’ange Gabriel à Marie : « Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). Il met en lumière cet admirable échange entre deux regards, celui du messager du Seigneur et celui de Marie. Dans ce face-à-face, l’humilité et la générosité d’une jeune fille permet à Dieu d’accomplir son œuvre de salut. Marie ne garde pas le Seigneur pour elle, mais l’offre au monde en disant à chacun de nous : « Le Seigneur est avec toi ». Cette vérité fonde notre dignité de personne. Et ici, Marie regarde chacun de nous comme une personne unique, ainsi qu’en témoigne sainte Bernadette lors des apparitions de la grotte. Ce regard maternel nous redit que personne n’est invisible aux yeux de Dieu.
À l’heure où certaines sociétés tendent à détourner leurs regards et à fermer les yeux sur la dignité de la vie humaine, « il est urgent d’entretenir en nous et chez les autres, un regard contemplatif. […] C’est le regard de celui qui voit la vie dans sa profondeur, en saisit les dimensions de gratuité, de beauté, d’appel à la liberté et à la responsabilité. C’est le regard de celui qui ne prétend pas se faire le maître de la réalité, mais qui l’accueille comme un don, découvrant en toute chose le reflet du Créateur et en toute personne son image vivante (cf. Gn 1, 27; Ps 8, 6). Ce regard […] est disposé à percevoir dans le visage de toute personne une invitation à la rencontre, au dialogue, à la solidarité », pour que le monde ait la vie (S. Jean Paul II, Lett. enc. Evangelium Vitae, n. 83).
Dans le dialogue de l’Annonciation, alors que le Seigneur pose sur elle son regard, Marie découvre qu’elle est l’élue de Dieu. Mais au cœur de cette rencontre, c’est chacun de nous qui se découvre personnellement appelé et profondément destiné à l’amour de Dieu qui est source de vie. La personne humaine est digne, par le simple fait qu’elle existe et a pour fin l’éternité. Sa dignité ne se mesure pas et ne se discute pas.
Je sais que pour certains d’entre vous, en raison de pathologies particulières et de douleurs parfois terribles, l’horizon peut apparaître sombre, incertain, sans issue. Mais aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. Au contraire, c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée. Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral.
Ici, à Lourdes, cité des malades et de l’espérance, j’appelle toute la communauté des soignants à se souvenir du sens profond de sa vocation : veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. Oui chers amis, soyez des serviteurs passionnés de la vie ! Personne n’a le droit, jamais, « sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! » (Discours aux membres de la Fondation Jérôme Lejeune, 22 juin 2026).
En ce sens, je vous invite d’une part à développer sans relâche les structures de soins palliatifs et de recherche ; d’autre part à accompagner avec tendresse les malades, comme ici à Lourdes où médecins, infirmiers, brancardiers, aumôniers, équipes pastorales des malades, et tant d’autres encore exercent leur vocation au service de la dignité de la personne humaine, pour que le monde ait la vie. En soignant les corps, vous pansez aussi les âmes.
À vous chers membres des hospitalités, mais aussi à vous personnels de santé qui vous dévouez au service de vos frères et sœurs j’exprime toute ma gratitude.
Chers frères et sœurs malades, je tiens à vous dire : vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité et un trésor précieux pour l’Église. Je porte dans la prière les épreuves que vous traversez. Ma pensée rejoint tous ceux qui ne peuvent être là et qui, de leur domicile ou de leur chambre d’hôpital, sont unis à notre rencontre. Je vous confie tous à l’amour maternel de la Mère du Seigneur, en lui demandant de vous obtenir les consolations de son Fils Jésus. Que Dieu vous bénisse et vous protège !
