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Le Saint-Père nous a fait voir les premières lueurs du printemps de la France

Grâce à Léon XIV, durant quatre jours, la France et les Français ont retrouvé une certaine douceur de vivre.

Une joie communicative est descendue du Ciel pour irriguer le pays.

Le retour du Vrai, du Bien et du Beau.
La voix de cette Vérité qui nous rend libres a retenti aux oreilles de tous.

La culture de Vie a supplanté l’instinct de mort.
La présidence d’Emmanuel Macron a réellement pris fin en ce début d’automne 2026. La culture de mort a commencé de vaciller.

Le Saint-Père nous a fait voir les premières lueurs du printemps.
Soyons fidèles aux enseignements et aux conseils qu’il nous a donnés.

Le chemin est ouvert vers la renaissance d’une France fière de son histoire et fidèle à ses racines chrétiennes.
En avant !

La Vie Chrétienne Victorieuse – Aux pieds du Seigneur : Quand l’homme supplie, Dieu répond-il toujours ?

L’invitation à s’agenouiller

Il existe, dans toutes les Écritures, une posture qui revient comme un fil d’or tissé à travers elles : celle de l’homme qui se jette aux pieds de Celui dont il attend le secours. Ce geste n’est jamais anodin. Il exprime tour à tour l’humilité, la détresse, la repentance, la reconnaissance ou l’adoration. Celui qui l’accomplit ne vient plus discuter avec Dieu, argumenter ou négocier ; il vient à Lui parce qu’il sait, dans le secret de son cœur, qu’Il est le seul recours possible.

Précisons d’emblée que l’expression « se jeter aux pieds » ne recouvre pas une réalité unique. Tantôt elle traduit une supplication, tantôt une reconnaissance, tantôt une adoration pure. Mais sous cette diversité d’occasions se cache une seule et même vérité : l’homme qui s’abaisse devant Celui qu’il reconnaît capable de sauver n’est jamais méprisé.
« Dieu ne méprise pas un cœur brisé et contrit » (Psaume 51:19).
« Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse » (Psaume 46:1).

De l’Ancien au Nouveau Testament : Les prémices d’une grâce

Après la mort de Jacob, les frères de Joseph, hantés par le souvenir de leur ancienne faute, viennent se jeter à ses pieds et reconnaissent leur entière dépendance à son égard (Genèse 50:18-21).
Cette scène contient déjà, en germe, une leçon d’une profondeur admirable : celui qui reconnaît sa faute et s’abaisse devant celui qu’il a offensé trouve le pardon plutôt que la condamnation. La supplication des coupables rencontre ainsi la miséricorde ; et nous découvrons, dès les premières pages de l’histoire du salut, que Dieu ne se lasse jamais de convertir le mal en bien pour ceux qui reviennent à Lui.

Ailleurs, c’est une mère éplorée qui se présente devant le prophète Élisée. La Sunamite se jette à ses pieds dans une détresse sans mesure : son enfant vient de mourir. Elle ne vient pas armée d’un discours théologique ; elle vient les mains vides, portant seulement sa douleur. Élisée discerne aussitôt l’amertume qui ronge son âme. Puis, après son intervention et sa prière adressée à l’Éternel, l’enfant est rendu à la vie. Et lorsque le miracle s’accomplit, la mère se jette de nouveau aux pieds du prophète, prosternée jusqu’à terre ; signe que la reconnaissance, elle aussi, trouve naturellement le chemin de l’abaissement (2 Rois 4:27).

L’Ancien Testament nous enseigne ainsi une disposition fondamentale : lorsque l’homme vient humblement demander grâce, Dieu ne méprise jamais la supplication. La prière véritable n’est pas une revendication ; elle est l’abandon confiant d’un cœur qui reconnaît son impuissance.
« Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse » (Psaume 46:1).

L’histoire de Manassé, roi de Juda, mérite ici une attention particulière, car elle nous rappelle qu’aucun cœur n’est jamais trop éloigné de la grâce. Conduit au plus bas par ses propres égarements, ce roi trouve dans la détresse même le chemin de l’humilité et ose enfin crier vers Dieu. Loin d’être un juge inexorable, le Seigneur se laisse toucher par la sincérité d’un regret authentique. Il ne se contente pas de pardonner : Il restaure, Il guérit, Il réinstalle Manassé dans sa vocation royale.

Et lorsque nous arrivons à Jésus

Avec la venue de Jésus, cette vérité ancienne prend une profondeur inouïe. Car ceux qui désormais se jettent à ses pieds ne se trouvent plus simplement devant un roi, un prophète ou un homme de Dieu : ils se trouvent devant le Fils de Dieu Lui-même, venu demeurer parmi les hommes.

Le premier exemple, saisissant entre tous, est celui de Simon Pierre. Après la pêche miraculeuse, il tombe aux genoux de Jésus et s’écrie : « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur ! » Pierre découvre qui est Jésus, et dans cette même lumière découvre qui il est lui-même. La révélation du Christ produit toujours la révélation de notre propre misère ; mais cette révélation n’a jamais pour but de nous écraser ; elle ouvre, au contraire, le chemin de la grâce.

Vient ensuite le lépreux, qui se prosterne devant Jésus et dit : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. » Jésus répond : « Je le veux, sois pur. » Quelle magnifique prière que celle-ci ! Le malade ne dicte rien à Jésus ; il reconnaît simplement son autorité souveraine : « Si tu le veux, tu peux. » Et Jésus répond.

Jaïrus, lui aussi, se jette aux pieds de Jésus et Le supplie pour sa fille mourante. Jésus se met aussitôt en route. Lorsque la nouvelle de la mort de l’enfant parvient au père, Jésus lui dit : « Ne crains pas, crois seulement. » Et sa fille est rendue à la vie.

La femme syro-phénicienne vient également se jeter aux pieds de Jésus, Le suppliant de délivrer sa fille. Elle persévère malgré une réponse qui semble d’abord fermer la porte devant elle. Elle reconnaît humblement la seigneurie de Jésus et s’attache à sa grâce avec une ténacité admirable. Jésus finit par lui répondre : sa fille est délivrée.

Il y a encore Marie de Béthanie. Lorsqu’elle arrive devant Jésus, elle tombe à ses pieds et Lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Jésus voit ses larmes ; Il est profondément ému, Il pleure Lui-même, puis se rend au tombeau de Lazare. Jésus dit au Père : « Je savais que tu m’exauces toujours », puis Il appelle Lazare hors du tombeau.

Aux pieds de Jésus : la foi qui rencontre la grâce

Dans l’Évangile, plusieurs figures se jettent aux pieds de Jésus, formant comme une galerie de portraits où chacun de nous peut reconnaître un peu de lui-même.
Le démoniaque se jette à ses pieds et supplie Jésus de ne pas le tourmenter ; Jésus commande à l’esprit impur de sortir de lui. Plus tard, on retrouve cet homme assis aux pieds de Jésus, vêtu et revenu à son bon sens ; image saisissante de ce que la grâce accomplit dans une vie livrée au chaos.

Jaïrus se jette aux pieds du Seigneur et Le supplie pour sa fille ; Jésus répond. La femme malade s’approche ensuite, tremblante, et se jette aux pieds de Jésus après avoir touché son vêtement ; Jésus lui dit : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix. »
Et Luc 17 nous montre enfin le lépreux samaritain qui, après avoir été guéri, revient sur ses pas, tombe sur sa face aux pieds de Jésus et Lui rend grâce. Jésus lui dit alors : « Ta foi t’a sauvé. »
Ainsi, aux pieds de Jésus, nous trouvons le pécheur, le malade, le désespéré, le père, la mère, le possédé, le lépreux et celui qui vient simplement remercier. Tous partagent une même conviction : ils ont compris qu’ils ne peuvent se sauver eux-mêmes, et que Jésus seul possède ce dont ils ont besoin.

Quand Jésus s’abaisse Lui-même

L’Évangile nous dit que Jésus tomba sur sa face et pria ; qu’Il s’avança un peu, se jeta à terre et pria ; qu’Il se mit à genoux, priant avec une intensité profonde . Celui qui, durant tout son ministère, avait accueilli les hommes à ses pieds, se trouve maintenant Lui-même dans la posture d’obéissance et de soumission parfaite au Père.

Quelle scène bouleversante ! Jésus ne se prosterne pas comme un pécheur qui implore le pardon de ses fautes, car Il est le Saint et le Juste. Il s’abaisse dans une soumission parfaite, portant devant son Père l’angoisse indicible de l’heure qui approche.

Ainsi, celui qui nous apprend à venir humblement à Dieu a Lui-même emprunté le chemin de l’abaissement. Celui qui nous dit, par toute sa vie, de nous confier au Père nous montre Lui-même, à Gethsémané, ce que signifie remettre entièrement sa volonté entre les mains de Dieu. Il n’y a donc aucune honte à tomber à genoux lorsque la détresse nous accable : le Seigneur Jésus Lui-même a connu cette heure où, dans une profonde souffrance, Il s’est abandonné à la volonté de son Père.

Une certitude pour notre propre prière

Peut-on affirmer que Dieu exauce toujours celui qui Le supplie ? Oui, si l’on entend par là que Dieu entend toujours la prière sincère et y répond selon sa sagesse et son amour. Mais l’exaucement ne se confond pas nécessairement avec l’accomplissement immédiat de notre volonté. Dieu peut dire oui, faire attendre, transformer notre demande, ou nous accorder une grâce autre que celle que nous avions imaginée ; et souvent meilleure que celle-là même.
Gardons-nous également d’une formule trop absolue : Jésus ne promet pas de satisfaire toutes nos demandes telles que nous les formulons, mais Il ne méprise jamais celui qui vient à Lui avec foi, humilité et confiance.

La preuve en est éclatante à travers les Évangiles. Ceux qui reconnaissent Jésus comme Seigneur, qui croient en sa puissance et qui viennent humblement à Lui, ne repartent jamais les mains vides.

Et voici, sans doute, la leçon la plus profonde de toute cette exhortation : Jésus ne demande pas d’abord que nous soyons forts ; Il nous demande simplement de venir à Lui. Il ne dit pas au pécheur : « Répare d’abord ta vie, et ensuite viens. » Il dit : viens. Il ne dit pas au malade : « Guéris-toi toi-même, et ensuite approche-toi. » Il dit : viens. Il ne dit pas à celui qui pleure : « Cesse d’abord de pleurer. » Il vient Lui-même se tenir au milieu des larmes.

Alors, lorsque nous ne savons plus que dire, il nous reste une prière ancienne et pourtant toujours nouvelle : tomber aux pieds de Jésus. Y demeurer humblement. Lui dire qui nous sommes. Lui confier nos manquements, notre douleur, notre culpabilité. Et surtout Lui dire : « Seigneur, je crois que tu peux. Si tu le veux, tu peux. Aie pitié de moi. » Car celui qui s’approche ainsi de Jésus découvre une vérité que toute la Bible proclame d’une seule voix :
« Celui qui vient à moi, je ne le mettrai pas dehors » (Jean 6:37).

Aux pieds du Seigneur, l’homme découvre souvent qu’avant même d’avoir reçu ce qu’il demandait, il a déjà rencontré Celui qui le relève, l’accueille sans reproche, le restaure dans sa grâce et l’introduit dans une communion nouvelle, où la honte est ôtée, la paix donnée et l’amour pleinement accueilli.

C’est pourquoi les pieds du Seigneur deviennent le lieu d’un merveilleux renversement : les larmes peuvent y devenir des chants, la honte y devenir pardon, la peur y devenir confiance, et la supplication y devenir action de grâce. Celui qui vient ainsi à Jésus ne s’abaisse jamais en vain. Il découvre que l’humilité n’est pas une humiliation, mais le chemin même qui conduit à la grâce.

C’est là que naît la véritable joie chrétienne : celle d’avoir été entendu, accueilli, aimé et relevé par le Seigneur ; une joie qui ne dépend plus des seules circonstances, parce qu’elle possède désormais sa source en Jésus Lui-même. Celui qui a rencontré le Seigneur à ses pieds sait qu’il peut désormais avancer avec assurance, sachant que, dans les jours de lumière comme dans les jours d’épreuve, il appartient à Celui qui l’a relevé.
« Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins » (Hébreux 4:16).

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Les protestants aimeraient avoir un pape…

Derrière cette anecdote amusante, on constate que nos frères schismatiques se sentent orphelins :

Inutile de le cacher : un pape, ça rassemble. Et ça compte. Dans ses travaux de sociologie des religions, Jean-Paul Willaime a jadis bien analysé ce qu’il appelle la « précarité » ou le « déficit d’incarnation » du protestantisme par rapport au catholicisme. Dans des sociétés ultramodernes dominées par l’image, les personnalités et la communication de masse, le pape offre une incarnation unique et immédiatement identifiable du christianisme. Et c’est au bénéfice de tous, protestants compris.

Défense de la vie et laïcité

Hier, dans l’avion de retour vers Rome, le pape Léon XIV a tenu la traditionnelle conférence de presse. Parmi les questions, voici celle de Xavier Le Normand du journal Le Pèlerin :

Très Saint-Père, bonsoir. Tout d’abord, je voulais vous remercier pour votre voyage apostolique en France. Pendant quatre jours, notre pays a vécu au rythme de l’enthousiasme général suscité par votre venue. Ce qui en France est un exploit. Merci Très Saint-Père. La devise de votre voyage apostolique était «Que le monde ait la vie». Le thème des soins palliatifs est revenu à plusieurs reprises dans vos discours. En fait, je crois que vous l’avez évoqué dans plus de la moitié de vos discours en France. Je pense notamment à celui prononcé à l’Élysée et à celui de dimanche à Lourdes, où vous avez déclaré que ce qui est légal n’est pas nécessairement moral, ce qui constituait une référence claire à la récente légalisation de l’euthanasie en France. En France, nous avons également ce principe de «laïcité», qui consiste en une séparation entre la religion et la politique. Pensez-vous que, lorsque c’est important, lorsque les enjeux sont élevés, il faille franchir cette frontière, cette ligne de démarcation, au nom de la primauté de la conscience? Et si tel est le cas, avez-vous franchi cette ligne ?

Merci pour votre question. Je dirais que, selon la conception qu’a l’Église de la séparation entre l’Église et la politique, ou entre l’Église et l’État, je n’ai pas franchi cette ligne. Et je vous invite à lire ou à relire Magnifica Humanitas, où j’aborde la doctrine sociale de l’Église dans la première partie, au cours des deux premiers chapitres, et où j’explique que lorsque l’Église parle de défendre la vie, lorsqu’elle aborde des questions de doctrine sociale, nous n’entrons pas dans le domaine politique, nous appliquons l’Évangile à la vie des gens.

Et il peut s’agir de politiciens, de gauche ou de droite, qui affirment que «la religion ne devrait exister que dans la sphère privée». Que chacun fasse ce qu’il veut dans sa vie privée, mais qu’en tant qu’État, nous restions séparés. Je me suis rendu en France avant tout pour prêcher l’Évangile, pour annoncer la Bonne Nouvelle, pour réaffirmer ce que Jésus-Christ lui-même dit lorsqu’il déclare: «Je suis le chemin, la vérité et la vie», c’est-à-dire pour proclamer la vérité que Jésus nous offre. La défense de la vie est un enseignement auquel, comme vous le savez tous, l’Église adhère profondément. Ainsi, d’une part, sachant évidemment qu’en France une loi a récemment été adoptée, ainsi que dans d’autres pays d’Europe et dans d’autres régions du monde, les questions relatives à la fin de vie font aujourd’hui l’objet de nombreux débats.

Mais se trouver dans un lieu comme Lourdes, où les gens sont en quête de quelque chose de bien plus profond, et comprendre que leur vie, même au milieu de la maladie, du handicap ou de souffrances de toutes sortes, a un sens. L’Église, grâce à Jésus lui-même, souhaite être proche de ces personnes et affirmer les valeurs dont la vie elle-même recèle, je pense, pour chacun d’entre nous. Je dirais donc que, si c’est cela la politique, je l’ai fait, mais ce n’était pas pour m’impliquer dans la politique française. C’était pour enseigner ce que l’Église croit réellement.

«L’existence du racisme anti-Blancs, si longtemps cachée, minimisée, voire niée, n’est plus taboue»

Le Figaro dresse un portrait de Me Jérôme Triomphe, qui a permis que les magistrats de Valence renvoient 11 accusés pour «meurtre» et «tentatives de meurtres», en retenant finalement la circonstance aggravante de racisme, dans l’affaire de Crépol. Extrait :

Dans la vie, Me Jérôme Triomphe est un homme jovial, un faux timide. C’est aussi un conservateur, proche des milieux catholiques traditionnels. Le pénaliste a été l’avocat de militants de la Manif pour tous, et des parents de Vincent Lambert, dont il défendait les intérêts dans la très sensible procédure portant sur l’arrêt des traitements de cet homme. Aujourd’hui, il représente, entre autres, les parents d’ Émile Soleil. Pourtant, sa parole est rare. Me Jérôme Triomphe n’est pas le plus médiatique des avocats. Plutôt de ceux qui se méfient des journalistes, et après qui la presse court, souvent en vain. Quand il accepte l’exercice, en ce mois de septembre, c’est, dit-il, «pour que la vérité éclate». En toute discrétion, Me Triomphe est récemment entré dans la procédure judiciaire portant sur le meurtre de Thomas Perotto. Ses clients sont deux victimes, un père et son fils qui étaient présents dans cet affrontement, à la sortie du bal de Crépol, entre des rugbymen et des jeunes du quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère, le 18 novembre 2023. Tous deux ont été blessés dans la bagarre. Ils connaissaient Thomas Perotto, ce rugbyman de 16 ans tué de deux coups de couteau.

Au cœur de l’été, l’avocat est devenu l’architecte d’une riposte pénale d’ampleur. C’est son arrivée dans le dossier, et ses observations, qui ont commencé à faire tanguer l’instruction sur la question du racisme. Tout s’est passé très vite dans cette affaire. Fin juin, l’information judiciaire entrait dans sa phase finale, quand Me Triomphe a été désigné par ces victimes et a accédé au dossier d’instruction. Après quelques jours passés à éplucher ses milliers de pages dans son bureau parisien, il a remis trente pages d’observations, dont quinze portant sur des témoignages de victimes du bal. Ces 16 témoins rapportent des insultes et menaces racistes de la part des jeunes de la Monnaie. Celles-ci sont présentes dans les investigations depuis les premiers jours de l’enquête. Mais Me Triomphe a insisté pour que les magistrats les réexaminent.

L’avocat a finalement obtenu gain de cause, ce vendredi. Dans ce dossier éprouvé par les commentaires de l’opinion publique et les récupérations politiques, les magistrats instructeurs viennent de rendre une ordonnance de mise en accusation dans laquelle le pénaliste perçoit une «première victoire». Les juges renvoient, devant la cour d’assises des mineurs de la Drôme, 11 mis en cause pour «meurtre» et «tentatives de meurtres», avec la circonstance aggravante que les faits ont été accompagnés et suivis d’insultes et de menaces «contre la race blanche et la nation française». Ils ne retiennent pas un mobile raciste, mais le fait que des insultes et menaces racistes se sont ajoutées à l’explosion de violence, due, elle, à une altercation fortuite entre un rugbyman et un jeune de la Monnaie, plus tôt dans la soirée. «Le combat judiciaire ne fait que commencer mais je suis heureux pour mes clients et toutes les victimes qu’ils aient été entendus», explique Me Triomphe.

«L’existence du racisme anti-Blancs, si longtemps cachée, minimisée, voire niée, n’est plus taboue. Il n’était pas envisageable que le débat judiciaire soit escamoté de la part essentielle de la circonstance aggravante de racisme.»

Les Mexicains Cristeros en visite en Vendée

Ce jeudi 24 septembre, une délégation d’élus de Sahuayo, ville du Mexique, débutaient la visite de la Vendée historique pour un jumelage vendéen et spirituel avec les descendants des Cristeros. Ce peuple de catholiques mexicains a été victime d’une volonté gouvernementale dans les années 1926/1929 et jusqu’en 1942, de supprimer la liberté de conscience chrétienne. Cet épisode historique très proche, très comparable avec ce que vécurent les vendéens de 1793/1794. La visite et le jumelage justifiaient cette rencontre. L’historien Reynald Sécher, qui les avaient visités au Mexique, organisait le périple vendéen. Ils ont été accueillis au Puy du Fou par Véronique Besse, député puyfolaise, et accompagnés toute la journée. Émerveillement devant les spectacles – Bal des Oiseaux Fantômes, Amoureux de Verdun, Mousquetaires de Richelieu, Secret de la Lance, Voyage de La Pérouse et Dernier Panache en apothéose – puis messe célébrée par leur « padre » devant l’Anneau de Jehanne d’Arc que les Mexicains aiment beaucoup. Ils reviendront pour voir la cinéscénie.

La visite vendéenne s’est poursuivie le lendemain à la chapelle des Lucs-sur-Boulogne, haut-lieu de la commémoration du bicentenaire, pour une messe traditionnelle, et à la Chabotterie puis le samedi, au Prieuré Saint-Pierre-aux-Liens de la Chapelle-Basse-Mer, près du Loroux-Bottereau, pour l’érection d’une croix commémorative.

Superbe journée, très fréquentée, 250 personnes, débutant par une messe traditionnelle, célébrée par le prieur de Domrémy . Puis par la bénédiction de la croix commémorative du centenaire du soulèvement des Cristeros, les allocutions franco-mexicaines, les rencontres, un bagad breton, la danse vendéenne de la brioche, la présence d’auteurs et l’hymne du jumelage créé et chanté par Patrice Martineau ! Belle journée mise en œuvre et en musique par Reynald Sécher et ses équipes, qui n’oublient rien !

Henry Renoul

Du Parc des Princes au Stade de France, impressions d’un ancien qui était au Parc des Princers en 1980.

Accueil de Léon XIV en France
Impressions d’un ancien qui était parmi les jeunes au Parc des Princes avec Jean-Paul II en 1980.

Le 1 juin 1980, j’ai eu la chance d’être parmi les jeunes venus accueillir et écouter Jean-Paul II aux Parc des Princes à l’occasion d’un de ses tout premiers voyages, le quatrième dans le monde et le premier en France.

Deux heures durant, nous avons attendu le Pape en chantant l’Alléluia de Taizé que je découvrais à cette occasion. Pour moi, c’est resté « l’Alléluia du Parc des Princes ». À chaque fois que je l’entends, je suis transporté des années en arrière à cette inoubliable soirée avec Jean-Paul II.

Inoubliable et étape fondatrice dans ma vie de chrétien, comme l’ont été ensuite le pèlerinage des routiers Scouts d’Europe à Vézelay et les sessions de l’Emmanuel à Paray-le-Monial.

J’étais subjugué de voir qu’il pouvait y avoir un nombre aussi important de jeunes chrétiens. Nous étions à la fois attentifs et enthousiasme à l’écoute de Jean-Paul II. Nous manifestions notre ferveur et notre communion en l’interrompant très souvent par des applaudissements nourris. Nourri, je l’ai été dans ma foi en réécoutant de multiple fois l’enregistrement de cette soirée.

Cet enthousiasme était manifestement partagé par le Pape car – je l’ai appris bien plus tard – à chaque fois que l’on lui présentait un programme de voyage, il demandait s’il y avait un « Parc des Princes ».
J’ai pu ensuite rencontrer le Pape de la même manière au stade de Gerland à Lyon en 1986 puis à la Meinau à Strasbourg en 1988.

Les images de la rencontre des jeunes avec Léon XIV au Stade de France m’ont rappelé ces moments fondateurs.

Au-delà de la personnalité des Papes et de leurs messages, j’ai été frappé par l’évolution très positive, de l’accueil du Pape et de l’animation de la soirée.
A mon époque, l’animation était très pauvre, avec peu de chants. S’il y avait une très forte communion avec le Pape Jean-Paul II, il n’en était pas de même avec les organisateurs de ces soirées.

A Paris, c’étaient les immenses banderoles de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) qui, dans un style très « grand soir », proclamaient : « Un travailleur vaut tout l’or du monde ».

A Lyon, un spectacle de patronage affligeant, avec un curé d’Ars sautillant et dansant qui fut sifflé par la foule.

A Strasbourg, des questions acides et provoquantes sur l’enseignement de l’Église. Ces questions ne devaient certainement pas bien représenter les jeunes présents car elles furent copieusement huées !

Plus de quarante ans après, quelle heureuse surprise que les images de la veillée de vendredi soir.
Une louange dynamique, joyeuse et fervente, une évocation historique – digne du Puy du Fou – des saints français et des racines chrétiennes de la France, des questions au Pape concernant la foi, comment la vivre et la nourrir.

Cela me rappelle aussi la visite de Jean-Paul II à Reims en 1996. Il avait voulu fêter le 1500ième anniversaire du baptême de Clovis et de la France par Saint Rémi. Il semble que son initiative ait été reçu plutôt froidement par le clergé français.

En effet, nous avions eu une grande messe sur une base aérienne proche de Reims. Le Pape y avait prononcé un sermon sur le baptême en général, sans parler ni de Clovis, ni de la France. Certains disent que ce n’était pas lui qui avait écrit le sermon. Et, merveilleux Jean-Paul II, il avait rattrapé cela en improvisant la conclusion : « et si nous sommes réunis ici, c’est tout de même bien pour célébrer le baptême de Clovis et de la France !»

Quelle évolution depuis avec cette belle et fervente exaltation de la France chrétienne au Stade de France !

Samedi matin, nous nous installons place de l’Étoile. Cela nous ramène treize ans en arrière. Nous sommes passés de l’autre côté de l’Arc de Triomphe, de l’avenue de la Grande Armée aux Champs Élysées. Le 24 mars 2013, nous manifestions contre le mariage homo, nième « évolution sociétale » participant à la dégradation ininterrompue des mœurs depuis un demi-siècle.

Aujourd’hui, même foule, mêmes personnes, mais cette fois, nous puisons à la source en célébrant le Christ vainqueur du mal. Nous rechargeons nos batteries en Espérance, Foi et Charité.

La longue attente se fait paisiblement grâce aux reportages de KTO sur les grands écrans, à la prière de l’Angelus et du chapelet, à la gentillesse, la bienveillance de tous, forces de l’ordre comprises.
Un bémol, les chants de la messe sont sans reliefs et pour la plupart inconnus. Pourtant, la foule est prête à chanter de bon cœur, notamment lorsque l’on entonne le Credo, le Pater Noster et le Salve Regina.

Merci aux organisateurs, merci à l’Église de France, merci à Léon XIV et merci Seigneur pour ce moment revigorant pour notre foi.

Cela avait un air, non de revanche, mais de réparation après l’abominable cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques.

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Belgique : campagne pour allonger le délai légal d’avortement

L’allongement à 18 semaines du délai légal pour pratiquer un avortement en Belgique a été au cœur d’une mobilisation organisée lundi devant le Palais de justice de Bruxelles, à l’occasion de la Journée mondiale du droit à l’avortement.

En Belgique, le délai légal est actuellement fixé à 12 semaines après la conception. Les militants demandent que le délai soit porté à au moins 18 semaines. Et pourquoi pas jusqu’à la naissance ? Et même après ? Il ont également préconisé la suppression du délai d’attente obligatoire et la reconnaissance de l’avortement comme un soin de santé.

Le ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) a défendu en juin un passage à 14 semaines et un délai d’attente ramené à 48 heures. Cette piste n’a pas permis de dégager de consensus au sein de la majorité. Les discussions ont été reportées à décembre.

Les Pays-Bas ont le délai légal pour avorter le plus long de l’UE. Mais ce n’est pas suffisant

Les militants de l’avortement ne sont jamais satisfait : le sans appelle le sang. Le diable réclame toujours plus de sacrifices humains.

Un député du parti progressiste d’opposition (Pro), Lisa Vliegenthart, a déposé lundi 28 septembre, Journée internationale pour le droit à l’avortement, un texte au Parlement néerlandais, pour retirer l’encadrement de l’avortement du code pénal pour l’inscrire dans le droit de la santé.

Inscrire l’avortement dans le droit de la santé plutôt que dans le code pénal « permettrait de mieux protéger juridiquement les dispositions liées à l’avortement, comme la durée du délai légal, de décisions que pourraient prendre des gouvernements conservateurs. »

Aux Pays Bas, l’avortement est autorisé jusqu’à 24 semaines de grossesse.

Avortements : nouveaux mensonges du Planning familial

Une campagne médiatique pro-avortement vient d’être lancée par Le Planning familial, selon lequel l’accès à l’avortement serait de plus en plus difficile en France. Alors même que le nombre d’avortements n’a jamais été aussi élevé dans notre pays, avec 259 400 avortements en 2025.

Combien de bébés faut-il exterminer pour que le Planning se déclare satisfait ?

Selon cette enquête, le manque de professionnels formés, les déserts médicaux, font passer les délais d’attente au-delà des cinq jours prévus par la loi.

Le Planning familial dénonce des « parcours semés d’obstacles » avec des refus d’accompagnement, des pressions ou une absence de choix de la méthode. Une femme sur deux indique qu’un professionnel a refusé de l’accompagner pour l’intervention, contre 27% en 2024.

Le but est évident et le Planning ne s’en cache pas : remettre en cause la clause de conscience des médecins pour les forcer à tuer des êtres humains.

Le Planning familial demande également un allongement du délai légal de 14 à 22 semaines.

Et après, ce sera jusqu’à la naissance ?

l’Ukrainien qui a assassiné un prêtre polonais ne sera pas jugé

 l’Ukrainien de 31 ans qui a poignardé cinq personnes dans une abbaye bénédictine en Pologne, tuant l’une d’entre elles, a été déclaré inapte à comparaître.

Ihor M., placé en garde à vue, souffre de graves troubles mentaux.

« Nous avons déjà reçu l’avis de psychiatres experts, et ces derniers ont conclu que, dans son état mental actuel, Ihor M. présente des symptômes de maladie mentale sous la forme de troubles psychotiques aigus et multiformes ».

Selon les médias polonais, le tueur s’est rendu en Pologne depuis l’Allemagne, avec l’intention de franchir la frontière pour rejoindre son Ukraine natale. Cependant, il a été arrêté à Korczowa, ville frontalière polonaise, car il ne possédait pas d’assurance automobile valide. Sa voiture a été remorquée jusqu’à Jarosław, à 37 kilomètres à l’ouest, et Ihor M. l’a suivi. À son arrivée, il s’est rendu à l’abbaye de Jarosław, qui abrite une communauté de moniales bénédictines. Lorsqu’il est entré dans une cuisine interdite au public pour demander un verre d’eau, un prêtre lui a demandé de partir. L’intrus s’est alors emparé d’un couteau dans la cuisine et a commencé à attaquer des personnes au hasard, dont trois prêtres, une laïque et un laïc. Un prêtre, le père Stanisław Zbojnowicz, est décédé.

Selon des informations non officielles parues dans la presse polonaise, Ihor M. serait un vétéran de la guerre russo-ukrainienne ayant combattu en première ligne. Il serait actuellement placé sous surveillance policière dans un hôpital.

Les élèves d’une école catholique hors contrat accueillent le pape à Metz

Créer son école indique que ce sont les petits élèves d’une école catholique hors contrat qui ont accueilli à Metz le Pape Léon XIV. Elle s’appelle l’école Marcel Van et est pleinement reconnue par l’évêque et intégrée à l’Enseignement catholique local.

Ce choix d’une école hors contrat est une étape majeure dans la reconnaissance de la légitimité institutionnelle des écoles privées hors contrat par l’Église en France. Il importe de le souligner.

Merci au Pape, à l’Église de France et notamment à l’évêque et au Directeur diocésain de Metz, d’avoir permis cette utile clarification.

Ainsi, l’Église répond pacifiquement mais fermement au Grand Maître du Grand-Orient de France qui, fin août, déclarait de manière véhémente que les écoles hors contrat n’avaient pas leur place dans la République.

1. La catholicité d’une école ne réside évidemment pas dans le contrat. 

L’école hors contrat a toute sa place dans l’Enseignement catholique : elle n’en est simplement pas la forme juridique la plus habituelle.

En effet, l’article 14 du Statut de l’Enseignement catholique dit : « En France, cette contribution [ndlr : délibérée au service éducatif de la Nation] s’inscrit, aujourd’hui et pour l’essentiel, dans le cadre d’une relation contractuelle avec l’État. Pour la formation scolaire initiale, la forme habituelle des écoles catholiques est celle d’établissements privés associés au service public d’éducation. »

Ainsi, pour l’Église catholique, la forme hors contrat est envisageable à titre non habituel, donc à titre extraordinaire ou complémentaire. En pratique, l’Enseignement catholique se tourne pragmatiquement vers le hors-contrat pour une classe ou un ensemble scolaire complet si l’État lui refuse le contrat ou si la spécificité du projet éducatif et pédagogique est incompatible avec le respect du contrat. C’est dans ce cadre que l’association Créer son école propose ses services d’accompagnement aux établissements de l’Enseignement catholique qui souhaitent créer des classes hors contrat.

2. L’intérêt général d’une école catholique sous contrat ne procède pas de la contractualisation avec l’État. 

L’intérêt général d’une école libre catholique préexiste et est indépendant du contrat (cf. articles 12 et 13 du Statut de l’Enseignement catholique)*. L’école hors contrat catholique fait tout à fait partie de la vie de la cité et de la République.

La contractualisation avec l’État, quand elle a lieu, ne rend pas « davantage républicaine » l’école concernée ; elle la rend simplement plus publique dans son fonctionnement (recours à des agents publics, à des financements publics, à des programmes scolaires publics, soumission à des instructions gouvernementales, etc.) et donc plus alignée pédagogiquement sur l’Éducation nationale. Les écoles hors contrat sont des écoles de la République et leurs enseignants et familles ne sont en aucune manière des citoyens de deuxième zone, potentiellement moins attachés aux institutions et valeurs républicaines originelles.

3. Il est temps de s’opposer à ceux qui s’autorisent à exclure les écoles libres (sous contrat ou hors contrat) de la République.

Il est temps de s’opposer à ceux qui s’autorisent à exclure les écoles libres (sous contrat ou hors contrat) de la République, en réservant l’appellation d' »écoles de la République » aux seules écoles publiques. C’est un propos discriminatoire et fallacieux qui doit être sanctionné, y compris devant les juges, car il peut être lourd de conséquences.

C’est cet esprit discriminatoire qui a conduit l’administration à exclure les élèves du hors-contrat de l’éligibilité aux classes préparatoires militaires, comme on l’a vu cet été dans l’affaire du Prytanée. C’est encore et toujours cet esprit qui conduit le Gouvernement à refuser aux collégiens du hors-contrat la possibilité de se présenter et de se distinguer au tout nouveau concours général des collèges.

À croire que le Gouvernement redoute qu’ils décrochent les premières places du classement !

Messe célébrée par le pape Léon XIV en la cathédrale Saint-Etienne de Metz : « l’importance première de la famille en tant que fondement de la société »

Chers frères et sœurs,

je suis très heureux de présider cette Eucharistie, au cours de laquelle nous confions au Seigneur le cheminement de la communauté diocésaine de Metz comme celui de toute l’Europe. Sur cette terre historique de la Moselle – qui n’a cessé d’être un carrefour de peuples et qui fut une frontière douloureuse en Europe –, la promesse de Dieu résonne aujourd’hui avec une force singulière.

Dans la première lecture (cf. Is 32, 15-18), le prophète Isaïe parle de l’avènement du Royaume de Dieu en termes de droit, de justice et de paix. Il utilise trois images : le désert, le jardin et la maison.

Dans le désert, lieu de l’essentiel et du silence, le droit s’installe, c’est-à-dire la loi qui aide l’homme à marcher sur la voie du bien. Cette image austère nous rappelle l’importance de l’essentiel et de la simplicité, qui nous permettent d’accorder la juste valeur aux choses, tout en nous formant au renoncement et au sacrifice.

La deuxième image est celle du jardin où règne la justice. Si le désert est le lieu de l’essentiel, le jardin est le lieu de la beauté. De l’eau s’y trouve, les graines s’ouvrent, les pousses apparaissent et les fleurs s’épanouissent, chacune avec sa beauté particulière. Tel est l’effet d’une vie juste qui permet à la personne de s’épanouir pleinement en adhérant librement aux desseins du Seigneur.

La troisième image est celle de la maison, lieu de paix. Notons que si le désert et le jardin sont des contextes où prévaut l’action de Dieu qui fait germer et grandir, la construction d’une maison exige en revanche une contribution plus directe et plus importante de l’homme, avec la mise en œuvre de forces et de compétences, à travers un effort commun ; un véritable “travail de chantier”. Ainsi, la paix qui est un don de Dieu exige une réponse des hommes, dans un effort partagé. Par ailleurs, plus qu’une simple construction de pierres, la maison est un lieu de présence humaine et d’amour. En ce sens, la Parole prophétique nous rappelle que, dans un monde marqué par la limite, la concorde ne se construit que dans la charité qui sait partager les joies et les peines, qui sait encourager et pardonner, sans calcul ni limite, comme dans une famille.

L’Évangile que nous venons d’entendre nous en parle également (cf. Mt 5, 38-48). Alors que nous assistons aujourd’hui, dans le monde, à beaucoup de violences, de manipulations et d’arrogance – à différents niveaux ­– Jésus nous enseigne la manière de transformer le désert en oasis, de planter des jardins et de construire des maisons. Il nous montre le chemin qui passe par le pardon, la miséricorde et la magnanimité : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5, 39-41).

Pour certains, ces paroles seraient de la faiblesse, ou bien une capitulation devant le mal ; mais il n’en est rien. Regardons au fond et autour de nous : que produisent, dans le monde et en nous-mêmes, des attitudes telles que la vengeance, la revanche et le rejet ? Et quel avenir pour l’humanité laissent entrevoir les relations et les systèmes imprégnés des logiques impitoyables qui découlent de ces attitudes ? Vous qui êtes les enfants de cette terre déchirée dans le passé par des conflits fratricides, vous savez bien qu’il n’est pas vrai que celui qui se venge est plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble.

Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la réconciliation n’est possible que lorsque l’on a le courage de briser la chaîne du ressentiment. Il faut de la force et beaucoup d’équilibre pour ne pas se laisser submerger par le mal, surtout lorsque les blessures subies sont profondes. Mais face à l’injustice, l’unique voie de salut pour l’homme est l’amour qui prend l’autre en charge et qui cherche à faire confiance, quelles que soient les circonstances, et même dans les attitudes les plus difficiles à accepter (cf. Mt 5, 42). Ainsi, la loi, la justice et la paix sont-elles les étapes d’un chemin de conversion qui, de personnelle, devient de plus en plus communautaire, pour une civilisation respectueuse de l’homme et de son Créateur.

Ce n’est pas un hasard si saint Augustin définit la paix de la Cité céleste comme une communion harmonieuse dans laquelle les hommes jouissent de Dieu et, en Lui, les uns des autres (cf. saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 13.1). Il parle également de la paix entre les hommes comme du fruit d’une tranquillitas ordinis dans laquelle chacun reconnaît et respecte chez l’autre une dignité et un rôle uniques et sacrés.

Ici, à Metz, il est bon de rappeler que ce sont là les valeurs sur lesquelles s’est construite, au fil des siècles, l’Europe que nous connaissons, avec son patrimoine spirituel et moral, avant même son patrimoine économique et politique. Comme saint Jean-Paul II aimait à le rappeler avec émotion (cf. Acte européen à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982), elle plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile. En témoignent la grande contribution spirituelle, culturelle, voire agricole et artisanale que le monachisme a apportée à l’histoire du continent, ainsi que l’œuvre de saints tels que le grand Chrodegang, pasteur infatigable de cette communauté, qui, ici même, avec la Règle des chanoines, a donné une forme visible à la communion ecclésiale.

Les principes moraux du monde dans lequel nous vivons nous ont été transmis à partir de là : des principes tels que la primauté de la personne et le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions ; la protection de la liberté des individus ; l’importance première de la famille en tant que fondement de la société ; l’attention portée aux pauvres et aux plus démunis ; l’accueil de l’étranger, le respect des personnes âgées.

Votre Église locale qui, en vertu de son statut particulier, conserve l’héritage singulier d’un dialogue fécond entre société civile et foi, a la responsabilité d’être un laboratoire vivant de cette fidélité. Rester fidèles à ces piliers n’a pas été facile, même pour ceux qui nous ont précédés. Et pourtant, avec fidélité et persévérance, nos ancêtres nous les ont légués comme des trésors à transmettre à notre tour aux générations futures, enrichis de notre expérience, de la valeur de nos efforts et de nos histoires.

La magnifique cathédrale de cette ville où nous nous trouvons illustre très bien tout cela : elle est appelée la “Lanterne du Bon Dieu” en raison de ses 6.500 [six mille cinq cents] mètres carrés de vitraux historiés. Il semble que les bâtisseurs aient voulu réduire au minimum les murs – qui restent solides – afin que la lumière puisse parvenir en abondance aux fidèles. Celui qui y rentre se trouve ainsi plongé dans une très riche biblia pauperum, source de prière et de méditation, à travers les reflets aux mille couleurs. Dans ce lieu de lumière, la splendeur des vitraux historiques s’est récemment enrichie du génie de Marc Chagall. Les œuvres de ce grand peintre juif, enchâssées dans les murs de la cathédrale, transforment “la Lanterne du Bon Dieu” en un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire.

Cette cathédrale nous dit que la lumière de Dieu n’efface pas les spécificités, mais unit des histoires et des cultures différentes en une seule et merveilleuse mosaïque de paix, nécessaire à notre époque meurtrie par de nouvelles divisions et de nouveaux conflits. En contemplant ces vitraux, nous apprenons que l’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière.

Il y a là un symbole de notre identité d’Église. Nous aussi nous utilisons des structures qui n’ont de sens que dans la mesure où elles nous aident à apporter au monde la lumière de l’Évangile. Sans ces vitraux, les fenêtres de la cathédrale Saint-Étienne ne seraient que des espaces inondés de lumière aveuglante. Avec ces vitraux, elles deviennent des livres qui nous rassemblent pour faire mémoire d’histoires merveilleuses, pleines d’héroïsme, de bien, de miséricorde, d’amour et de beauté morale, dont nous devons à notre tour être des témoins généreux et courageux.

Tel est le vœu que je partage avec vous, avec gratitude et confiance, à l’issue de mon voyage en France, pour votre communauté de Metz, appelée aujourd’hui plus que jamais à être un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde, en la confiant aux prières de la Vierge Marie et de vos saints patrons.

Rencontre « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité » – on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît

Monsieur le Président,
Monsieur le Cardinal,
Distinguées Autorités civiles et religieuses,
Mesdames et Messieurs,

je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.

Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée Nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.

Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.

Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.

L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les re-proposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.

Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint  Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964 [mille neuf cent soixante quatre], le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». [1] L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.

On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ». [2]

Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun », [3] c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». [4]

Loin d’être un critère confessionnel exclusif, [5] la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.

À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.

Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).

Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la foi par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.

Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du  Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ». [6]

Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le  Pape François – « au concept de droit, celui – aussi essentiel et complémentaire – de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ». [7]

L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.

Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux iles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).

Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.

C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.

Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.

Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile », [8] qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950 [mille neuf cent cinquante], les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ». [9] Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.

Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». [10] Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » ( Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.

L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ». [11]

L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.

Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.

Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». [12] Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.

En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ». [13]

Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.

Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.

Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !

N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.

N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.

Soyez des bâtisseurs de communautés !

Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.

Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !

________________________________

[1] St Paul VI, Lett. ap. Pacis nuntius, 24 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 965.

[2] R. Schuman, Pour l’Europe, Genève, 2010 5, pp. 57-58.

[3] Cf. A. De Gasperi, La nostra patria Europa. Discorso alla Conferenza Parlamentare Europea, 21 aprile 1954, in: Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol. III, pp. 437-440.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.

[7] François, Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014 : AAS 106 (2014), p. 997.

[8] Benoît XV, Lettre aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), 1 er août 1917 : p. 423. AAS IX (1917), p.417-420.

[9] Déclaration Schuman, Paris, 9 mai 1950.

[10] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] R. Schuman, Pour l’Europe, op. cit., p. 46.

Rencontre interreligieuse avec le pape Léon XIV au Centre des Congrès Robert Schuman de Metz : « La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réussites matérielles, mais à la manière dont elle entoure, protège et élève la personne humaine »

Discours du pape :

Chers frères et sœurs,
chers amis représentants des différentes traditions religieuses,

c’est avec une joie profonde, mais aussi avec un vif sentiment de responsabilité spirituelle, que je me tiens parmi vous aujourd’hui, à Metz, ville de frontières et de passages, au Centre des Congrès qui porte le nom de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Union Européenne. Cet homme de foi et de convictions sut transformer les anciennes lignes de fracture en ponts d’espérance pour toute l’Europe, et il devint un véritable ambassadeur de l’unité dans la diversité. À son exemple, notre responsabilité commune de femmes et d’hommes religieux est de témoigner que, au-delà des frontières, il est toujours possible de se rencontrer, d’établir l’amitié et de bâtir la paix.

Dialoguer ne diminue pas notre identité mais l’exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l’autre. Comme le disait mon prédécesseur, le Pape François : « Le dialogue entre personnes de religions différentes ne se réalise pas par simple diplomatie, amabilité ou tolérance… II s’agit d’établir l’amitié, la paix » (Lett. Enc. Fratelli tutti, n. 271). Avant lui, le saint Pape Jean-Paul II considérait le dialogue comme une exigence intrinsèque de la nature même de l’homme (cf. Message pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2001, n. 10). Il est, selon Paul Ricœur, le chemin par lequel nous reconnaissons l’altérité comme une promesse et non comme une menace ; il est un art de la rencontre dont notre monde a grand besoin, aux antipodes de l’agressivité et de la violence.

En effet, invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom. Rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut se réclamer d’une authentique inspiration divine. Le discours religieux doit appeler constamment à désarmer les cœurs et les mots. Cela engage la responsabilité directe de chacun de nous, en tant que gardiens de nos traditions respectives.

Par ailleurs, si la fécondité des traditions religieuses se manifeste avant tout dans leur service de la paix et de la fraternité, elle s’exprime également dans leur capacité à protéger, à accompagner et à servir la vie. La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réussites matérielles, mais à la manière dont elle entoure, protège et élève la personne humaine. Les religions sont gardiennes de la vie : elles en affirment la valeur sacrée. Leur fécondité se démontre dans leur présence aimante auprès des personnes les plus vulnérables et les plus fragiles. Servir la vie, c’est l’entourer de soins, de présence et de tendresse, surtout dans l’épreuve, jusqu’au bout. À nous qui sommes ouverts à la transcendance, notre mission est d’offrir des repères solides, en particulier aux jeunes, pour construire une communion qui respecte et valorise la dignité de toute personne humaine.

Chers amis, « l’Église considère comme compagnons de route tous ceux qui cherchent sincèrement la vérité, la bonté, la beauté » (Lett. Enc. Magnifica Humanitas, n. 23). Je vous remercie une fois encore pour votre proximité et votre présence. Que la bonté infinie de Dieu et sa sagesse nous accompagnent et nous apprennent à vivre toujours davantage comme ses enfants, et comme des frères et sœurs les uns pour les autres. Puissions-nous être, là où nous vivons, des artisans de paix et des témoins d’une espérance qui ne cesse de grandir dans notre monde.

Que Dieu vous bénisse !

Quel plus grand hommage à l’intuition du roi Louis XVI !

De Louis de Bourbon :

Quelle émotion ! Pas moins de 800.000 personnes ont suivi la messe du Pape dans un recueillement religieux, sur cette place de la Concorde et ces Champs-Elysées vitrines universelles de la France. Plus de 5 millions de téléspectateurs l’ont regardée à la télévision. Les réseaux lui donnent une dimension internationale, car il n’est pas un seul pays du monde où l’évènement n’est partagé, analysé, commenté, célébré.

Il nous faudra des jours, voire des mois, pour mûrir pleinement ce qu’il représente. J’y ai assisté dans la ferveur et le recueillement, en pensant à tous les Français ici réunis. Je pensais aussi aux âmes de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de Madame Elisabeth qui, de là-haut, devaient se réjouir. Voir la foule des Français, autrement plus nombreuse que toutes celles que connurent les Parisiens à l’époque de la Révolution, s’agenouiller devant le Sacrifice du Christ célébré par le Pape en personne : quel plus grand hommage à l’intuition du roi Louis XVI ! « Messieurs, je meurs innocent de tout ce dont on m’inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français » furent ses dernières paroles. J’ai été profondément ému en écoutant le Salve Regina chanté par le Pape avec la foule, devant la statue offerte par le dernier roi de France Charles X à la cathédrale Notre-Dame.

Quelle grâce ! Sans nul doute, cet événement marquera d’une pierre blanche la suite de l’Histoire de la France et du monde.

Où est Robespierre aujourd’hui ? Mort. Où est Danton ? Mort. Où est toute cette racaille ? Mort, mort, et mort. 

L’ancien converti de Chartres, devenu orthodoxe, Rod Dreher, est visiblement ému par le voyage du pape en France :

Vous, chers lecteurs fidèles, savez combien j’aime la France. Et vous savez probablement depuis combien d’années je prie pour que ce pays bien-aimé mais souffrant revienne à son baptême. Vous pouvez donc imaginer pourquoi je suis resté allongé ici, tôt le matin, dans mon lit d’hôtel à Chicago, ville natale du pape Léon XIV, à regarder encore et encore ces vidéos du pèlerinage du pape en France, en pleurant à chaudes larmes et en répétant sans cesse : « Merci, Seigneur, merci ! »

Les vidéos ont été incroyables, tout simplement incroyables. Voici le pape américain parlant au nom de ce chrétien orthodoxe américain alors qu’il pleure devant une statue de la Madone et de son Enfant devant la cathédrale Notre-Dame, que l’Ennemi a tenté de brûler sans y parvenir, chantant avec la foule rassemblée l’hymne catholique médiéval « Salve Regina », qui fut mis sur cet air à l’abbaye de Cluny au XIIe siècle. […]

C’est dans cette cathédrale, le 10 novembre 1793, que les révolutionnaires blasphémateurs ont démonté l’autel et intronisé la « Déesse Raison ». Où est la Déesse Raison ? Où sont les révolutionnaires ? Morts, et morts. Aujourd’hui, l’autel a été restauré, Dieu y est adoré, et s’y dresse la Mère de Dieu, dorée et rayonnante de la gloire de son Fils, tandis que le pape en pleurs et la foule rassemblée chantent ses louanges et la supplient de les conduire à Jésus.

Plus tard, au Stade de France, Léon a dirigé une veillée de prière réunissant 80 000 jeunes catholiques français. Les Français ont présenté un spectacle célébrant l’histoire de la foi en France, mettant en vedette ses saints et ses martyrs. (Comme j’aurais aimé qu’ils incluent le père Jacques Hamel, massacré par des islamistes alors qu’il célébrait la messe dans sa petite paroisse de campagne il y a quelques années ; j’ai dédié la version française de The Benedict Option à sa mémoire).

Le fait est : les Français sont un peuple, un peuple avec une histoire, et cette histoire comprend de grandes et saintes actions de chrétiens. L’histoire de la France est l’histoire de la foi chrétienne en France, et des hommes et femmes saints qui en ont fait partie. Quand j’ai vu les vidéos de cette veillée de prière, je n’ai pas pu m’empêcher de me souvenir d’avoir été l’année dernière avec les 20 000 jeunes pèlerins en route pour Chartres.  […]

La place de la Concorde est la grande place où les révolutionnaires ont exécuté le Roi, et tant d’autres qui s’opposaient à eux. Où est Robespierre aujourd’hui ? Mort. Où est Danton ? Mort. Où est toute cette racaille ? Mort, mort, et mort. La foi vit, là même sur la terre où ces hommes audacieux pensaient l’avoir tuée, ainsi que tout ce qui s’y rapportait. Jésus est vivant !

Quand le Pape a ouvert la prière du Gloria, chantée en latin, j’ai été surpris de découvrir que je la connaissais encore en latin. J’ai prié avec eux. Oui, je suis orthodoxe, et fermement, mais je suis si, si reconnaissant pour ce que Dieu m’a donné en tant que chrétien dans l’Église catholique. Vous savez tous bien que je dis depuis des années que l’Église catholique, malheureusement séparée de l’Église orientale par les péchés des hommes chrétiens, catholiques comme orthodoxes, dans les siècles passés, est au cœur de la civilisation occidentale. L’avenir de l’Occident dépend de la santé de l’Église catholique — non seulement de l’Église catholique, mais de l’Église catholique plus que toute autre institution.

Aujourd’hui à Paris est, pour cet orthodoxe chrétien, un signe d’espoir pour ma propre civilisation. Ici, à la Touchstone Conference ces deux derniers jours, j’ai entendu des chrétiens orthodoxes et catholiques parler de la façon dont leurs paroisses débordent de jeunes hommes et femmes, cherchant le Christ (peut-être que cela arrive aussi parmi les églises protestantes, mais je n’ai tout simplement pas entendu les gens en parler). Un universitaire catholique a déclaré que le centre étudiant catholique a repris vie une fois que l’évêque a retiré l’ordre religieux libéral ancien et épuisé qui gérait son déclin, et a rendu le contrôle au diocèse. Maintenant, les jeunes gens cherchant le Christ remplissent l’endroit. […]

Mes lecteurs chrétiens, protestants et orthodoxes, célébrons aujourd’hui avec nos frères et sœurs catholiques, et puisons de l’espoir dans ce que le Seigneur accomplit là-bas, sur la terre de Saint Denis, Sainte Geneviève, Sainte Jeanne d’Arc, les Carmélites de Compiègne et tous les saints, ceux connus de l’histoire et ceux connus de Dieu seul. N’ayez pas peur : Dieu est vivant, et Il nous appelle — vous et moi — par notre nom.

Les temps sont mauvais, mais la foi n’est pas encore finie dans les pays d’Occident. Voyez l’espoir dans les rues de Paris aujourd’hui, prenez-le à cœur, et allez faire des disciples dans le monde, en commençant par vous-même.

Merci, Seigneur, je prie à travers des larmes de joie ce matin. Merci.

Crépol : le racisme anti-blanc sera bien jugé

Communiqué de Yann BALY, Président de l’AGRIF :

L’information vient de tomber : le juge d’instruction retient la quailification de racisme anti-blanc et anti-français dans l’Ordonnance de mise en accusation des 11 mis en cause.

Pour le magistrat instructeur, les faits du 19 novembre 2023 à Crépol, qui ont coûté la vie à Thomas Perroto, seront jugés avec la circonstance aggravante de racisme contre la « race blanche et la nation française ».

C’est un désaveu fracassant de la position du Parquet. Le ministère public n’ayant eu de cesse de vouloir nier l’évidence et exclure le racisme anti-blanc du dossier.

C’est, en revanche, une grande victoire pour l’AGRIF. Le travail de notre avocat, Me Jérôme Triomphe, a été décisif pour que la justice soit rendue sur la réalité des faits et la vérité.

Nous pensons aux victimes et à leurs familles dont la parole est enfin entendue.

Du pied de la guillotine, Léon XIV invite la France à se reconstruire sur ses racines de foi

C’est le titre d’un article d’un journal catholique espagnol, dans lequel on peut lire :

[…] Dans la chapelle Saint-Joseph-des-Carmes, le pontife adressa un bref salut improvisé et pria en silence. Il suivit ensuite le Chemin des Martyrs, qui commémore les prêtres et les évêques tués à cet endroit le 2 septembre 1792, lors des massacres de septembre de la Révolution française, et béatifiés en 1926. Le pape s’arrêta pour prier à l’endroit même où ils périrent. […]

À 15 h, le pape a célébré la messe sur la place de la Concorde. […] Ce lieu est chargé de souvenirs. La guillotine y fut installée pendant la Révolution, et plus de mille personnes y furent exécutées, dont le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette.

L’homélie s’articulait autour de l’Évangile du jour : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jn 7,37), et de la vision d’Ézéchiel de l’eau jaillissant du Temple. « Le désir de Dieu habite au plus profond de nos cœurs », a-t-il affirmé, et c’est avant tout « une soif de sens, de vérité et de plénitude » à laquelle seul le Christ répond.

Léon XIV a décrit le vide qui ressurgit lorsqu’on croit avoir atteint ses objectifs et qu’on tente de le combler par de nouveaux plaisirs et possessions. Il les a invités à examiner où ils cherchent à étancher cette soif : dans les biens matériels et « ces nombreuses petites idoles qui promettent monts et merveilles, mais laissent nos cœurs vides ». « Par le baptême, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons-nous vraiment rencontré le Christ personnellement ? » a-t-il demandé aux fidèles. Pour le Bon Pasteur, a-t-il souligné, personne n’est « un numéro de série, mais une personne, une personne unique et irremplaçable ».

S’adressant aux Français comme « héritiers d’une longue et belle histoire de sainteté », il les encouragea à « bâtir une nation renouvelée sur ses racines, nourrie par la foi », et à ne plus garder leur foi pour eux. Il rappela les martyrs Blandine, Pothin et Irénée, Martin de Tours et François de Sales, Vincent de Paul, Frédéric Ozanam et Jeanne Jugan, ainsi que tous ceux qui, aujourd’hui encore, sont engagés « pour la vie, la famille, la vérité, la paix, la fraternité et la justice ». Il parla des familles qui « persévèrent courageusement dans leur mission », des jeunes, de « l’Église d’aujourd’hui », et de nouveau des catéchumènes et des néophytes, avant de confier le pays à la Vierge Marie afin que « les germes de foi, d’espérance et de charité » puissent s’épanouir dans toute la France.

L’avion du pape atterrit à l’aéroport de Tarbes-Lourdes-Pyrénées peu après 19h, au son des cloches de la ville. Il fut accueilli par Jean-Marc Micas , évêque de Tarbes et Lourdes. Avant d’arriver au sanctuaire, Léon XIV salua le maire, Thierry Lavit , et inaugura une statue sur un pont enjambant le Gave, rebaptisé « Pont Léon XIV » pour l’occasion. Il termina son trajet en papamobile, au milieu de milliers de fidèles chantant l’Ave Maria.

Le tumulte se tut lorsque le pape s’agenouilla devant la grotte. Il pria en silence, toucha la roche, but de l’eau de la source et alluma un cierge, comme tout pèlerin. Puis il récita une prière à Notre-Dame de Lourdes : « Nous vous supplions, Notre-Dame, pour la France, dont vous êtes la Patronne et que vous avez entourée de votre protection pendant tant de siècles. Obtenez pour son peuple le don de la concorde fraternelle », pria-t-il, demandant une société qui bannisse « toute violence et toute haine » et permette à chacun « de travailler, de fonder une famille et de vivre sa vie jusqu’à la fin dans la paix et la sérénité ».

Le Pape a prié pour que la France ait des dirigeants « sages et généreux, prêts au sacrifice », qui maintiennent la paix dans le pays et défendent les droits fondamentaux de l’homme, « rejetant à jamais la logique de la guerre ». Il a demandé à la Vierge Marie de raviver la foi des familles chrétiennes, afin qu’elles soient « généreusement ouvertes à la vie » et que Dieu suscite en elles « des vocations, notamment au sacerdoce et à la vie religieuse ». Il a également prié pour les malades et ceux qui les soignent, et a conclu en demandant à Marie d’écarter « tous les obstacles qui nous séparent encore de ton Fils bien-aimé », et qu’il « règne dans tous les cœurs ».

Léon XIV souhaite que la voix de l’Église porte dans le débat public

Lors de son discours aux évêques, tous en soutane dans l’hémicycle où se tiennent habituellement leurs assemblées plénières, le pape a rappelé que «la fille aînée de l’Église» fut surnommée «Royaume de Marie».

Le Souverain pontife a abordé les «défis immenses de notre époque»: un «régime de laïcité bien particulier», l’éducation catholique et la soif de sens de la jeunesse, le «douloureux fléau des abus», «l’unité» dans l’Église et le «triste recul des vocations à la vie consacrée». Encourageant les évêques français à demeurer de bons pasteurs et à «faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires», Léon XIV souhaite leur «transmettre les sentiments d’enthousiasme et d’espérance» qui l’habitent, afin que le peuple de Dieu poursuive «avec ardeur sa mission d’annoncer et de faire aimer Jésus-Christ, pour que le monde ait la vie.»

«Face aux défis immenses de notre époque, je vous exhorte, chers frères, à faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires. Ne vous laissez pas décourager par les erreurs, les incohérences ou même les chutes qui ont jalonné l’histoire de ce peuple en marche. Ayez toujours le courage de reconnaître les fautes dans l’amour de la vérité, et la détermination à panser les blessures avec la charité du Bon Pasteur.»

«L’Église a assisté et contribué à la lente édification de votre Nation, elle fait largement partie aujourd’hui encore de sa culture, de son identité et de sa vocation pour le monde. C’est pourquoi la parole de l’Église a toute sa place dans le débat public en France; elle possède, par nature, une autorité prophétique.»

“Même si elle n’est pas toujours entendue, elle y est attendue. Même si elle n’est pas suivie, en particulier sur des questions essentielles qui touchent aux fondements de la civilisation, elle est nécessaire; n’en doutez pas! Je connais votre détermination et votre courage – vous l’avez bien montré lors des récents débats sur la fin de vie –, et je vous invite à la persévérance, avec toutes les personnes de bonne volonté qui défendent les mêmes valeurs”

«Vous vivez actuellement sous un régime de laïcité bien particulier, issu d’une histoire mouvementée, aujourd’hui apaisée, mais qui doit permettre à l’Église d’accomplir sa mission».

Léon XIV incite «à faire preuve de vigilance pour défendre la liberté et les droits de l’Église à évangéliser, à éduquer à la vraie liberté et à pratiquer publiquement le culte, afin que, de manière visible, la charité puisse être exercée au nom de Jésus-Christ.»

«Je crois moi aussi que les temps sont mûrs où beaucoup de nos contemporains attendent d’entendre résonner le message rempli d’espérance de l’Évangile et de voir briller à leurs yeux la lumière du Christ ressuscité. Le message de paix qui prend sa source en Jésus est d’autant plus attendu que l’on constate, en France comme ailleurs en Occident, une inquiétante polarisation, un recul de la fraternité, de la cordialité et de la qualité de la vie en société, ainsi qu’une recrudescence des violences, des inégalités et des pauvretés. Face à de tels défis, la désillusion et la désorientation succèdent aux promesses mensongères d’un monde dont Dieu serait absent, relégué à la vie privée, où le secours de sa grâce serait considéré comme inutile à la construction de la Cité. Or, Jésus a clairement averti ses disciples: «En dehors de Moi, vous ne pourrez rien faire!» (Jn 15, 5).»

“Le message de paix qui prend sa source en Jésus est d’autant plus attendu que l’on constate, en France comme ailleurs en Occident, une inquiétante polarisation, un recul de la fraternité, de la cordialité et de la qualité de la vie en société, ainsi qu’une recrudescence des violences, des inégalités et des pauvretés.”

Concernant la remise en question du «caractère propre» de l’enseignement catholique, tout en saluant l’ouverture des établissements d’enseignement catholique «à ceux qui ne partagent pas notre foi» ainsi que «l’accueil généreux et respectueux de la liberté de conscience de chacun», gage d’une «grande fécondité pour tous, pour la société et pour l’Église elle-même», le Saint-Père a insisté :

«l’enseignement catholique ne peut, en aucune manière, renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions: spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. Personne ne doit donc s’étonner des occasions offertes au sein de tout établissement catholique de rencontrer Jésus-Christ et d’entendre sa Parole. Moins encore, aucun élève ne devrait se trouver marginalisé dans sa classe, simplement parce qu’il croit en Jésus.»

Le Successeur de Pierre a fait comprendre que «le clergé a besoin d’être soutenu et encouragé ». Aussi a-t-il ajouté, «le prêtre doit être attendu, reçu, aimé et son identité – configurée au Christ – doit être claire et bien comprise au sein du Peuple de Dieu, pour la joie de l’Évangile et le service de sa mission.»

L’unité est un autre défi suscitant inquiétude pour l’avenir. C’est également un thème cher au Pape qui en a fait sa devise.

«Permettez-moi de rappeler combien il est essentiel que les disciples de Jésus se retrouvent dans la charité comme Il l’a demandé à son Père: « Qu’ils soient Un pour que le monde croie que Tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). L’Église en France est un petit troupeau qui doit rassembler ses forces pour la mission. Les divisions idéologiques rendraient vain son témoignage.»

Les tensions ont toujours existé dans l’histoire de l’Église:

«quand elles se manifestent, c’est alors que nous pouvons apprécier mieux encore le don de l’unité. Celle-ci n’est pas une plate uniformité mais permet que toute sensibilité authentiquement catholique converge naturellement dans une profession de foi commune, moyennant l’obéissance aux pasteurs légitimes, et en particulier au Successeur de Pierre, «principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de la foi et de communion».

Sénat : le RN parvient à créer un groupe

Dimanche 27 septembre, 178 sièges de sénateurs étaient remis en jeu dans 64 circonscriptions. Le RN aurait 14 sénateurs, ce qui lui permet de créer un groupe RN/UDR du Sénat, puisqu’il faut 10 élus pour former un groupe. Le député et vice-président du RN, Edwige Diaz, a été élu en Gironde.

Dans les Bouches du Rhône, le sénateur sortant Stéphane Ravier, figure historique du mouvement à Marseille mais parti sans investiture après avoir quitté le RN puis Reconquête, a été battu par Marie-Pierre Callet, ancienne cinquième vice-présidente LR du département passé au RN. Sa liste décroche même un second siège, pour Fabien Bravi.

La droite et le centre droit conservent la nette majorité dont ils disposent depuis 2014, avec les groupes Les Républicains et Union centriste.

La France insoumise fait son entrée dans la chambre haute pour la première fois.

Gérard Larcher devrait demeurer président du Sénat. Premier groupe au Sénat, Les Républicains disposaient de 131 sièges, dont 77 étaient remis en jeu lors de ce scrutin. Ils enregistrent plusieurs pertes, notamment en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec la percée de l’Union des droites pour la République, le parti d’Eric Ciotti. Max Brisson, sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques, a évoqué un groupe LR « aux alentours de 125 » élus après ce scrutin. Plusieurs cadres de la majorité sénatoriale ont été réélus, comme Bruno Retailleau, candidat LR à l’élection présidentielle, en Vendée, ou Mathieu Darnaud, président du groupe LR au Sénat, en Ardèche.

Le Parti socialiste (64 sièges avant le scrutin) a perdu quelques élus, dans la Creuse par exemple, mais a obtenu quelques gains, dans le Doubs et l’Hérault notamment. Quant aux Ecologistes (16 sièges), ils ont perdu un siège en Gironde et en Alsace.

Prière du chapelet et procession aux flambeaux avec Léon XIV : le soutien et l’intercession de Marie ne sont pas accessoires au chrétien

Paroles du pape prononcées à l’issue du chapelet :

Nous sommes rassemblés ce soir pour répondre à la demande que Notre-Dame adressa aux prêtres par l’intermédiaire de sainte Bernadette : « Que l’on vienne ici en procession ». Combien il est émouvant de voir le peuple fidèle, de génération en génération, répondre avec amour et confiance à la tendre invitation de la Vierge Marie. Combien il est consolant d’entendre les chrétiens chanter des cantiques remplis de ferveur et de foi, et marcher, une lumière à la main, vers leur Mère du Ciel, la Mère que Jésus nous a donnée sur la Croix. Je rends grâce au Seigneur de pouvoir, à mon tour, répondre ce soir à l’appel de notre Mère en me faisant pèlerin parmi les pèlerins.

Cette lumière qui nous guide et nous attire, c’est celle de l’espérance qui ne nous quitte jamais alors même que nous pérégrinons en cette vie, souvent traversée d’épreuves mais déjà habitée de la joie de se savoir enfants de Dieu, aimés et sauvés par Jésus. Les personnes malades sont les témoins privilégiés de cette transfiguration de l’existence par la foi, et par l’amour de Dieu et du prochain. Il faut venir ici faire cette procession avec vous, chers malades, pour en ressentir toute la réalité. Comme le disait le Pape Pie XII, « Jamais, en un lieu de la terre, on n’a vu pareil cortège de souffrances ; jamais pareil rayonnement de paix, de sérénité et de joie » (Lett. enc. Le pèlerinage de Lourdes ; 2 juillet 1957).

Et si un tel miracle est possible ­– celui de susciter la sérénité et la joie dans l’épreuve – c’est parce que Dieu nous donne la grâce de percevoir la présence du Christ ressuscité parmi nous. Il nous donne de porter le regard vers un avenir plus lointain, au-delà de notre horizon terrestre, un avenir de bonheur infini en Dieu, que nous sommes assurés d’atteindre si nous tenons fermes dans la foi et la charité. Pour cela, saint Paul nous encourage : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous » (Rm 8, 18). Gardez sans cesse en mémoire ces paroles en or, chers malades : Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous.

Nous sommes donc appelés à persévérer dans notre marche, encore et encore, tant que nous sont accordés les jours de notre vie en ce monde, où Marie nous précède. Et nous accourrons avec confiance vers Elle, dont la Conception sans péché resplendit comme un phare dans la nuit. « Elle est le signe de la victoire de l’amour, du bien et de Dieu, donnant à notre monde l’espérance dont il a besoin. Ce soir, tournons notre regard vers Marie, si glorieuse et si humaine, et laissons-la nous conduire vers Dieu qui est vainqueur » (Benoît XVI, Discours lors de la Procession aux flambeaux, 13 septembre 2008).

« Je suis l’Immaculée Conception » ! C’est bien de cette manière que Marie s’est désignée ici-même, dans la plus grande humilité, mais reconnaissante à Dieu pour le privilège absolument unique dont elle a eu la faveur et qui représente pour nous l’aurore du salut. Jésus a voulu, par les mérites de sa Passion et de sa Résurrection, préserver sa Mère de toute trace de la faute originelle ; Il en a fait une nouvelle Ève sur qui le démon n’aura jamais aucune prise, et à partir de qui tout recommence, tout redevient possible, pour le monde comme pour chacun de nous.

Voilà pourquoi son soutien et son intercession ne sont pas accessoires au chrétien qui veut accueillir la grâce de la Rédemption obtenue par le sang de Jésus, et lutter contre le mal. Elle est l’étoile de la mer – Stella maris – qui nous secourt dans les tribulations comme l’a si bien exprimé saint Bernard :

« Ô toi qui te sens, loin de la terre ferme, emporté sur les flots de ce monde au milieu des orages et des tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cet astre si tu ne veux pas sombrer. […] Si tu la suis, tu ne dévies pas ; si tu la pries, tu ne désespères pas ; si tu la consultes, tu ne te trompes pas. Si elle te protège, tu ne crains rien. Si elle te conduit, tu ne te fatigues pas. Si elle t’est favorable, tu parviens au but ». (Saint Bernard, Deuxième homélie Super Missus est, n. 17).

Alors, chers frères et sœurs, pèlerins et malades, qui êtes venus de France comme du monde entier faire cette procession de lumière, fervente et sereine, portons nos intentions les plus chères et les plus pressantes, et présentons-les à Notre-Dame. En la contemplant dans son Immaculée Conception, une joie et une invincible espérance montent dans nos cœurs : car, revêtue du soleil, la lune sous les pieds et couronnée d’étoiles, elle est glorieuse, elle est puissante ; et, en même temps, elle est humble, toute proche de nous. Elle est la mère de Jésus, elle est notre mère.

Ô Vierge Immaculée, que cette lumière que nous tenons ce soir ne s’éteigne jamais dans nos vies, mais qu’elle illumine l’avenir, nous ouvrant dès aujourd’hui aux promesses de la vie éternelle.

Rencontre de Léon XIV avec les personnes malades : « aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité »

Chers frères et sœurs,
Chers amis malades,

c’est une grande joie pour moi de passer ce temps avec vous, ici à Lourdes où, depuis plus de cent cinquante ans, des pèlerins du monde entier viennent confier à Jésus par Marie leurs souffrances, physiques, psychologiques ou spirituelles. Ici, la fragilité n’est pas cachée, elle devient le lieu d’une rencontre sacrée.

Cette année, le thème du Sanctuaire reprend la salutation de l’ange Gabriel à Marie : « Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). Il met en lumière cet admirable échange entre deux regards, celui du messager du Seigneur et celui de Marie. Dans ce face-à-face, l’humilité et la générosité d’une jeune fille permet à Dieu d’accomplir son œuvre de salut. Marie ne garde pas le Seigneur pour elle, mais l’offre au monde en disant à chacun de nous : « Le Seigneur est avec toi ». Cette vérité fonde notre dignité de personne. Et ici, Marie regarde chacun de nous comme une personne unique, ainsi qu’en témoigne sainte Bernadette lors des apparitions de la grotte. Ce regard maternel nous redit que personne n’est invisible aux yeux de Dieu.

À l’heure où certaines sociétés tendent à détourner leurs regards et à fermer les yeux sur la dignité de la vie humaine, « il est urgent d’entretenir en nous et chez les autres, un regard contemplatif. […] C’est le regard de celui qui voit la vie dans sa profondeur, en saisit les dimensions de gratuité, de beauté, d’appel à la liberté et à la responsabilité. C’est le regard de celui qui ne prétend pas se faire le maître de la réalité, mais qui l’accueille comme un don, découvrant en toute chose le reflet du Créateur et en toute personne son image vivante (cf. Gn 1, 27; Ps 8, 6). Ce regard […] est disposé à percevoir dans le visage de toute personne une invitation à la rencontre, au dialogue, à la solidarité », pour que le monde ait la vie (S. Jean Paul II, Lett. enc. Evangelium Vitae, n. 83).

Dans le dialogue de l’Annonciation, alors que le Seigneur pose sur elle son regard, Marie découvre qu’elle est l’élue de Dieu. Mais au cœur de cette rencontre, c’est chacun de nous qui se découvre personnellement appelé et profondément destiné à l’amour de Dieu qui est source de vie. La personne humaine est digne, par le simple fait qu’elle existe et a pour fin l’éternité. Sa dignité ne se mesure pas et ne se discute pas.

Je sais que pour certains d’entre vous, en raison de pathologies particulières et de douleurs parfois terribles, l’horizon peut apparaître sombre, incertain, sans issue. Mais aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. Au contraire, c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée. Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral.

Ici, à Lourdes, cité des malades et de l’espérance, j’appelle toute la communauté des soignants à se souvenir du sens profond de sa vocation : veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. Oui chers amis, soyez des serviteurs passionnés de la vie ! Personne n’a le droit, jamais, « sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! » (Discours aux membres de la Fondation Jérôme Lejeune, 22 juin 2026).

En ce sens, je vous invite d’une part à développer sans relâche les structures de soins palliatifs et de recherche ; d’autre part à accompagner avec tendresse les malades, comme ici à Lourdes où médecins, infirmiers, brancardiers, aumôniers, équipes pastorales des malades, et tant d’autres encore exercent leur vocation au service de la dignité de la personne humaine, pour que le monde ait la vie. En soignant les corps, vous pansez aussi les âmes.

À vous chers membres des hospitalités, mais aussi à vous personnels de santé qui vous dévouez au service de vos frères et sœurs j’exprime toute ma gratitude.

Chers frères et sœurs malades, je tiens à vous dire : vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité et un trésor précieux pour l’Église. Je porte dans la prière les épreuves que vous traversez. Ma pensée rejoint tous ceux qui ne peuvent être là et qui, de leur domicile ou de leur chambre d’hôpital, sont unis à notre rencontre. Je vous confie tous à l’amour maternel de la Mère du Seigneur, en lui demandant de vous obtenir les consolations de son Fils Jésus. Que Dieu vous bénisse et vous protège !

Le pape aux évêques : l’unité n’est pas une plate uniformité

Discours du pape aux évêques :

Éminence,
Excellences,

Je suis heureux de vous rencontrer, chers frères dans l’Épiscopat, en ce lieu béni du Ciel, à deux pas de la grotte où la Vierge Marie est apparue à sainte Bernadette, et où vous vous réunissez régulièrement pour vos Assemblées plénières. Vous manifestez clairement par ce choix votre volonté de mettre l’Église en France sous la protection de la Mère de Dieu, la Vierge Immaculée, pour la conduire plus sûrement selon la volonté du Seigneur. Il n’y a pas de meilleur moyen, en effet, pour aller à Jésus, que de passer par Marie. Tout en elle nous porte vers son Fils.

Vous perpétuez en cela l’héritage que vous avez reçu de vos pères dans la foi, aussi loin que remonte l’évangélisation de votre pays. Le culte de la Mère de Dieu s’y enracina si profondément que la France fut très tôt appelée le « Royaume de Marie » (Pie XI, Lett. Ap. Galliam, Ecclesiae filiam primogenitam, 2 mars 1922). Ce lien privilégié entre votre Nation et la Sainte Vierge s’exprima de manière singulière lorsque la France lui fut solennellement consacrée, le 10 février 1638, comme j’ai pu en voir avant-hier une belle représentation dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Et mon Prédécesseur Pie XI, en référence à ce vœu, déclara Notre-Dame de l’AssomptionPatronne de la France (cf. Ibid).

Ce long cheminement de confiance et de tendresse avec Marie, marqué par tant de dévotions et de lieux qui portent son nom, tant de supplications exaucées – souvent dans les larmes –, de sanctuaires et de pèlerinages, de cathédrales, se poursuit contre vents et marées, et témoigne de la foi vivante du peuple de Dieu qui vous est confié. Face aux défis immenses de notre époque, je vous exhorte, chers frères, à faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires. Ne vous laissez pas décourager par les erreurs, les incohérences ou même les chutes qui ont jalonné l’histoire de ce peuple en marche. Ayez toujours le courage de reconnaître les fautes dans l’amour de la Vérité, et la détermination à panser les blessures avec la charité du Bon Pasteur qui connaît ses brebis et les appelle chacune par leur nom. Levez-vous donc avec espérance, et ne vous lassez par d’annoncer l’Évangile !

L’histoire de l’Église en France est riche, immensément riche. Elle est belle et féconde ; et il est important de s’y référer pour construire l’avenir de vos communautés, comme celui de votre pays. L’Église a assisté, contribué même, à la lente édification de votre Nation, elle fait largement partie aujourd’hui encore de sa culture, de son identité et de sa vocation pour le monde. C’est pourquoi la parole de l’Église a toute sa place dans le débat public en France ; elle possède, par nature, une autorité prophétique. Même si elle n’est pas toujours entendue, elle y est attendue. Même si elle n’est pas suivie, en particulier sur des questions essentielles qui touchent aux fondements de la civilisation, elle est nécessaire ; n’en doutez pas ! Je connais votre détermination et votre courage – vous l’avez bien montré lors des récents débats sur la fin de vie –, et je vous invite à la persévérance, avec toutes les personnes de bonne volonté qui défendent les mêmes valeurs.

Vous vivez actuellement sous un régime de laïcité bien particulier, issu d’une histoire mouvementée, aujourd’hui apaisée, mais qui doit permettre à l’Église d’accomplir sa mission. Que l’équilibre laborieusement obtenu soit peu à peu remis en cause, comme cela se produit ailleurs dans le monde occidental, ne doit pas vous résigner. Je vous invite à faire preuve de vigilance pour défendre la liberté et les droits de l’Église à évangéliser, à éduquer à la vraie liberté et à pratiquer publiquement le culte, afin que, de manière visible, la charité puisse être exercée au nom de Jésus-Christ.

Le Pape François vous écrivait à l’occasion de la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris : « J’invite tous les baptisés qui entreront avec joie dans cette Cathédrale à ressentir une légitime fierté, et à se réapproprier leur héritage de foi. […] Cette demeure, que notre Père du Ciel habite, est vôtre ; vous en êtes les pierres vivantes. Ceux qui vous ont précédés dans la foi l’ont édifiée pour vous » (Message à l’occasion de la réouverture de Notre-Dame de Paris, 21 novembre 2024). Encourager les baptisés à se “réapproprier leur héritage de foi” fait aujourd’hui partie de votre mission de pasteurs en vue d’un renouveau de l’Église en France.

Ce qui vous a été donné par le Seigneur, à vous catholiques de France, Fille aînée de l’Église, a en effet bien de quoi susciter l’action de grâce : cortège ininterrompu de sainteté jusqu’à nos jours ; fleurissement des arts, des lettres et des sciences sous l’impulsion de la foi et l’action de l’Esprit Saint ; mûrissement irréversible de la conscience de la valeur inaliénable de la personne humaine, de sa dignité et de la nécessité de protéger ses droits et libertés ; sans oublier ce formidable élan missionnaire qui a porté du fruit jusqu’aux extrémités du monde. Oui, Jésus vous a beaucoup donné… et Il veut, dans son amour, vous donner encore…

C’est pourquoi, en scrutant l’avenir, le Pape François ajoutait à ses paroles déjà citées : « Puisse la renaissance de cette admirable cathédrale Notre-Dame de Paris constituer un signe prophétique du renouveau de l’Église en France » (ibid.). Je crois moi aussi que les temps sont mûrs où beaucoup de nos contemporains attendent d’entendre résonner le message rempli d’espérance de l’Évangile et de voir briller à leurs yeux la lumière du Christ ressuscité. Le message de paix qui prend sa source en Jésus est d’autant plus attendu que l’on constate, en France comme ailleurs en Occident, une inquiétante polarisation, un recul de la fraternité, de la cordialité et de la qualité de la vie en société, ainsi qu’une recrudescence des violences, des inégalités et des pauvretés. Face à de tels défis, la désillusion et la désorientation succèdent aux promesses mensongères d’un monde dont Dieu serait absent, relégué à la vie privée, où le secours de sa grâce serait considéré comme inutile à la construction de la Cité. Or, Jésus a clairement averti ses disciples : « En dehors de Moi, vous ne pourrez rien faire ! » (Jn 15, 5).

La jeunesse en particulier nourrit de grandes aspirations. Inquiète du monde qui lui est laissé, soucieuse de l’avenir, elle est prête à œuvrer courageusement et avec générosité à tout ce qui est beau, vrai et bon. Montrez-lui la voie de l’Évangile, la seule direction sûre – quand bien même elle est exigeante –, qui a déjà porté tant de fruits sur cette terre de France. Nous avons évoqué hier à Paris le signe encourageant du catéchuménat qui touche majoritairement les jeunes adultes. C’est une grâce et une joie pour tout le peuple de Dieu. Il est important que vous preniez soin d’accompagner cette grâce en particulier par l’accueil, dans des communautés vivantes qui pratiquent la charité et vivent la solidarité ; et par un enseignement doctrinal solide enraciné dans la Parole de Dieu qui leur permette d’affronter les objections et les doutes.

Pour opérer ce renouveau de l’espérance, dans un nouvel élan missionnaire en France que j’appelle de mes vœux, il n’y a qu’une “feuille de route”, toujours la même : faire connaître et aimer Jésus-Christ, authentiquement, avec passion, encore et encore…

Dans le contexte actuel, vous êtes confrontés à certains défis majeurs. Celui de l’éducation est de première importance. Il est très louable que vos Assemblées approfondissent le sujet. L’éducation est une mission particulièrement vaste qui touche à de multiples secteurs de la vie. Je voudrais simplement évoquer celui de l’enseignement catholique, dont le “caractère propre” se trouve ces temps-ci remis en question. Il est heureux que les établissements d’enseignement catholique soient largement ouverts à ceux qui ne partagent pas notre foi. Cet accueil généreux et respectueux de la liberté de conscience de chacun est prometteur d’une grande fécondité pour tous, pour la société et pour l’Église elle-même. Pour autant, l’enseignement catholique ne peut, en aucune manière, renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions : spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. Personne ne doit donc s’étonner des occasions offertes au sein de tout établissement catholique de rencontrer Jésus-Christ et d’entendre sa Parole. Moins encore, aucun élève ne devrait se trouver marginalisé dans sa classe, simplement parce qu’il croit en Jésus.

Ces dernières années, vous avez affronté avec détermination le douloureux fléau des abus sur des personnes mineures commis par des membres du clergé ou dans le contexte ecclésial. Vous avez pris de courageuses dispositions pour y répondre, à travers l’écoute, la recherche de la vérité, la justice, le pardon, la réparation et un engagement déterminé en faveur d’une culture de la prévention et de la protection contre ces crimes. Je vous remercie pour ce que vous avez fait, et je sais que certains moments ont été très difficiles pour votre Conférence. Il convient de poursuivre dans la voie engagée en maintenant la plus grande vigilance. En même temps, votre clergé a besoin d’être soutenu et encouragé ; je sais qu’il fait l’objet de votre sollicitude paternelle. Pour que naissent les vocations sacerdotales, le prêtre doit être attendu, reçu, aimé et son identité – configurée au Christ – doit être claire et bien comprise au sein du Peuple de Dieu, pour la joie de l’Évangile et le service de sa mission.

Il me tient à cœur de mentionner également le triste recul des vocations à la vie consacrée, en particulier dans la vie contemplative. J’ai appris avec douleur la fermeture, récente ou prochaine, d’anciennes et prestigieuses Communautés monastiques qui ont eu un grand rayonnement dans l’histoire. Engager sa vie à la suite de Jésus sur une voie aussi étroite suppose, outre l’œuvre de la grâce, une particulière générosité, un solide enracinement de la foi, une vie intérieure soutenue, une proximité privilégiée avec Lui.

De telles conditions se rencontrent le plus souvent dans les familles chrétiennes qui méritent la plus grande attention, et le plus grand soutien. L’approfondissement et l’enracinement de la vie de foi au sein des familles est certainement une clé qui permettra de résoudre bon nombre de crises que connaissent l’Église et nos sociétés. C’est au sein des familles, en effet, que s’apprennent la vie en commun, le respect de l’autre, l’acceptation de la diversité, le soutien réciproque, la générosité, la gratuité du don de soi et l’esprit de sacrifice. Peut-être est-ce là le défi majeur à relever : Que Jésus vive pleinement dans les familles catholiques de France et les illumine de sa présence !

À ces enjeux s’ajoute un autre défi qui peut susciter une certaine inquiétude pour l’avenir : celui de l’unité. À cet égard, permettez-moi de rappeler combien il est essentiel que les disciples de Jésus se retrouvent dans la charité comme Il l’a demandé à son Père : « Qu’ils soient Un pour que le monde croie que Tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). L’Église en France est un petit troupeau qui doit rassembler ses forces pour la mission. Les divisions idéologiques rendraient vain son témoignage. Il y a toujours eu des tensions dans l’histoire de l’Église mais, quand elles se manifestent, c’est alors que nous pouvons apprécier mieux encore le don de l’unité. Celle-ci n’est pas une plate uniformité mais permet que toute sensibilité authentiquement catholique converge naturellement dans une profession de foi commune, moyennant l’obéissance aux pasteurs légitimes, et en particulier au Successeur de Pierre, « principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de la foi et de communion » (LG, n. 18). Il s’agit d’une unité dynamique qui se nourrit de la Tradition de l’Église – des Pères jusqu’au Concile Vatican II –, et du Magistère postconciliaire. Par ailleurs, elle s’enrichit dans le dialogue réciproque, partant de la foi, selon un style synodal que nous cherchons à approfondir ces derniers temps.

Chers frères ! L’Église en France est précieuse au cœur du Pape ! Combien je voudrais vous transmettre les sentiments d’enthousiasme et d’espérance qui m’habitent lorsque je pense à vous ! Le Peuple de Dieu qui est en France – j’en suis sûr ! –, riche de communautés vivantes, fraternelles et ouvertes sur le monde, riche d’une jeunesse ardente et engagée dans de multiples initiatives, riche aussi d’un héritage qui le porte mais qui aussi l’oblige, poursuivra avec ardeur sa mission d’annoncer et de faire aimer Jésus-Christ, pour que le monde ait la vie.

En confiant votre Assemblée, vos Communautés diocésaines et votre pays à la protection maternelle de Notre-Dame de Lourdes, je vous donne avec joie la Bénédiction apostolique. Merci.

Messe du pape à Lourdes : La Vierge nous demande de faire pénitence

Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier, en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! Un solo corazón, una sola famiglia !

Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.

Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra » alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.

Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ?

Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.

« Je te promets » ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le “Je vous salue Marie”.

On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! ». Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ? La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi « pour les pécheurs », pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : « Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre » (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.

La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : « Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas » (Disc. 169, 15.18)

Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.

Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.

Amen.

Solennité de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face : Devenir comme des petits enfants

Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face, Vierge, patronne secondaire de la France a rendu sa belle âme à Dieu, à l’âge de 24 ans, le 30 septembre 1897. La date de sa fête liturgique est le 3 octobre (le 1er octobre selon le nouveau calendrier de 1969) mais la solennité, qui n’est pas obligatoire, se fait le dernier dimanche de septembre en France dans l’Ordo selon les livres liturgiques de 1962. L’on peut très bien célébrer le 16e dimanche après la Pentecôte.

► Introït : Veni de Líbano

Veni de Líbano, sponsa mea, veni de Líbano, veni ;
Viens avec moi du Liban, mon épouse, viens avec moi du Liban ;

 Vulnerásti cor meum, soror mea sponsa, vulnerásti cor meum ;
Tu m’as blessé au Cœur, ma sœur, mon épouse, tu m’as blessé au Cœur.

Dans ces deux versets du Cantique des Cantiques, c’est le Christ qui appelle l’Église, son épouse, du cri de l’amour qui, comme un feu, le brûle. Ce cri est pour chacun de nous. Dans la mesure où nous avons su cultiver en nous le sens divin de la foi, nous l’entendons qui nous convie pour des entretiens courts ou prolongés.

Que de fois ne l’entendit-elle pas, la petite Sainte ! Le jeudi Saint, 2 mai 1896, lorsque, dans l’obscurité de sa cellule, elle eut son premier crachement de sang, elle le perçut plus vif, « comme un lointain murmure qui annonçait l’arrivée de l’époux ». Le murmure se précisa, à mesure que l’amour, s’intensifiant, creusait dans le cœur de l’Époux une blessure plus cuisante. Elle n’en a plus parlé mais au moment de sa mort son dernier mouvement, lorsqu’elle ouvrit les yeux et les tint fixés vers le ciel, le temps d’un Credo, brillants de paix céleste et d’un bonheur indicible, n’était-il pas la réponse au suprême vent ?

C’est cet appel du dernier instant, éternellement prolongé dans l’éternelle union, que le Christ chante par notre voix au matin de sa fête. Admirable ouverture de ce drame d’amour auquel nous sommes conviés.

La mélodie est calquée sur la mélodie de l’introït Tibi dixit cor meum du mardi de la deuxième semaine de Carême. D’après Dom Baron, le calque est très réussi. Le mouvement mélodique est très réduit. Mais quelle mélodie traduirait bien ce chant mystérieux qui va de l’âme du Christ à l’âme qui s’est donnée à lui ? Le Psaume 112 vient alors, comme la voix de l’Église ou, si l’on veut, comme celle de la Sainte, nous invitant à chanter le Roi d’amour.

Laudáte púeri, Dóminum ; laudáte nomen Dómini
Louez le Seigneur, enfants, louez de nom du Seigneur.

► Graduel : Confíteor tibi

Comme je l’ai annoncé, j’utiliserai le coffret de la Schola Bellarmina publié en 2013, précisément le troisième CD de ce volume 15 consacré au Commun des saints. Hervé Lamy et Vincent Lecornier sont sous la direction de Bernard Lorber. Dom Baron, pour commenter le graduel qui va suivre, cite un extrait du passionnant ouvrage de sainte Thérèse, « Histoire d’une âme ». Le voici :

Je voudrais trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus… J’ai demandé aux livres saints… et j’ai lu ces mots sortis de la sagesse éternelle « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi ». Je me suis donc approchée de Dieu et, voulant savoir encore ce qu’il ferait au tout petit, j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein, je vous bercerai sur mes genoux ». Ah ! Jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme. O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente, je veux chanter vos miséricordes ! Vous m’avez instruite dès ma jeunesse. [Fin de citation].

C’est ce qu’elle chante dans le graduel par notre voix avec l’Évangile de saint Matthieu.

Confíteor tibi, Pater, Dómine cæli et terræ, quia abscondísti hæc a sapiéntibus, et prudéntibus, et revelásti ea párvulis
Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, car vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents de ce monde et les avez révélées aux petits.

Dómine, spes mea a juventúte mea.
Seigneur, dès mon enfance, j’ai espéré en vous.

La première phrase est toute recueillie dans une joie profonde. Dès le début de la seconde un mouvement d’exaltation assez inattendu se dessine et va s’épanouir sur une formule originale celle-là qui chante avec beaucoup de bonheur l’allégresse de la sainte évoquant ces paroles divines, qui furent pour elle « si tendres et mélodieuses ». Sur les belles formules des grandes allégresses, la joie de la petite sainte exulte ici du commencement à la fin.

► Alléluia : Quasi rosa

« Ma Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus va bientôt mourir… je me demande vraiment ce que notre Mère pourra en dire après sa mort ! Elle sera bien embarrassée ! Cette petite sœur, tout aimable qu’elle est, n’a pour sûr rien fait qui vaille la peine d’être raconté ! » Ainsi parlait une sœur converse du couvent de Lisieux, pendant l’agonie de sainte Thérèse. Pouvait-elle penser que cette même « petite sœur » serait déclarée patronne des missions par le pape Pie XI, et patronne secondaire de la France avec sainte Jeanne d’Arc ! Que les premières démarches en vue de sa béatification seraient faites à peine douze ans après sa mort, et que deux ans après elle serait canonisée ! Que sa vie serait traduite en plus de trente-cinq langues ! Elle qui voulait rester toute petite et lutter contre l’orgueil : par la simple phrase de la sœur converse, elle avait gagné.

Sa vie a été consacrée à la confiance absolue en l’amour qui culmine dans l’acte d’offrande en l’Amour miséricordieux, du 9 juin 1895 : « Afin de vivre dans un acte de parfait amour, je m’offre comme victime d’holocauste à Votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous. »

Les paroles de l’Ecclésiastique qui nourrissent le texte de l’alléluia de la fête correspondent bien à ce que la petite Thérèse a su entendre.

Il n’est que de citer cette phrase de l’ « Histoire d’une âme »  :

« Le petit enfant jettera des fleurs, il embaumera de ses parfums le trône divin, il chantera de sa voix argentine le cantique d’amour ».

Voici ce texte scripturaire, beaucoup trop long pour un verset d’alléluia, le plus copieux du répertoire, mais magnifique…

Quasi rosa plantáta super rivos aquárum fructificate : quasi Libanus odórem suavitátis habete : florete, flores, quasi lílium, et date odórem, et frondete in grátiam, et collaudate cánticum, et benedicite Dóminum in opéribus suis.
Croissez comme la rose plantée sur les bords des eaux : comme le Liban répandez votre parfum suave : semblable au lys, faites éclore vos fleurs et exhalez vos parfums, parez-vous de beauté, chantez un cantique et louez le Seigneur pour la grandeur de ses œuvres.

Dom Baron nous donne quelques informations techniques sur la façon dont on a procédé pour trouver une mélodie sur un texte aussi étendu. Écoutons-le :

On a choisi celle de l’alléluia du Xe dimanche après la Pentecôte. On en a répété la première phrase et on a appliqué à floréte flores, qui s’imposait comme mot central, l’admirable vocalise de la fin. Cela fait, il restait la moitié du texte. Fort heureusement ce même alléluia se trouve avoir un second verset, tout autre, tant pour le texte que pour la mélodie. Il est en usage pour la fête de saint Alexis le 17 juillet, au supplément pour certains lieux. On a eu l’idée, après une incise de transition sur quasi lílium de le joindre au premier et, par de très habiles sutures, on a fait l’unité. Autant que faire se pouvait ; car on sent tout de même les deux mélodies, d’autant que la vocalise finale ne reproduisant pas le jubilus de l’alléluia, un lien puissant fait ainsi défaut dans l’ensemble.

► Offertoire : Magníficat

La vie apparemment obscure de Thérèse dans son couvent, occupée par de simples tâches (balayage, couture, travaux ménagers…), fut en réalité un long combat caché contre elle-même, et sa nature difficile. D’après les notes prises par sa sœur Céline, on apprend que Thérèse montra dès l’enfance un caractère orgueilleux et obstiné. Avant de devenir la religieuse souriante, serviable et humble, elle fut tout le contraire : dépressive, scrupuleuse à l’extrême, capricieuse, excessivement fragile. Elle fut jusqu’à la fin de sa vie atteinte par d’affreux doutes, mais s’abandonna à la confiance de l’Amour de son Divin époux. Elle ne fléchit jamais, même durant le long combat contre la mort que Dieu lui réserva comme ultime épreuve.

Le Magnificat avec son humble exultation convenait après l’Évangile de saint Matthieu où l’on a entendu pour finir « Quiconque s’abaissera comme cet enfant, celui-là est grand dans le Royaume des cieux ». Elle y est dans le Royaume notre Sainte. Et grande. Et elle y exulte, chantant à jamais son Magnificat. Ne l’a-t-elle pas déjà esquissé sur la terre ? Elle ne s’est jamais regardée que comme toute petite, elle l’a écrit à toutes les pages de son Histoire ; que comme servante, la servante qui ne cherche qu’à « faire plaisir ». Et elle a eu cette simplicité merveilleuse, cette humilité suprême de dire, parce que l’Esprit l’y poussait, que « le Seigneur fera par moi des merveilles qui surpasseront infiniment mes immenses désirs…Personne ne m’invoquera sans recevoir de réponse… Je ferai tomber, après ma mort, une pluie de roses… « .
Avec elle, chantons-le, nous aussi le Magnificat, pour remercier Dieu de nous avoir donné sa servante pour nous servir, et, par elle, de faire en nous les grandes choses qu’il veut.

Magníficat ánima mea Dóminum : et exsultávit spíritus meus in Deo salutári meo : quia respéxit humilitátem ancíllæ suæ : fecit mihi magna qui potens est.
Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur : car il a jeté les yeux sur son humble servante, il a fait en moi de grandes choses.

La mélodie est celle de l’offertoire Jubiláte du IIe dimanche après l’Épiphanie qui a été choisie. Évidemment si habile qu’il soit, le calque ne vaut pas l’original. Cela mis à part, il est très satisfaisant. On aurait pu croire que l’enthousiasme grandiose du Jubiláte se fût mal accordé avec de telles paroles sur des lèvres si délicates. Mais la seconde phrase a été laissée de côté. On peut le regretter ; en fait elle eût été de trop. La joie de la première, avec sa belle progression sur ánima mea et sur le salutári meo, suffit à la louange contemplative en extase éternelle devant son Dieu et son Sauveur. Et son humilité est splendidement glorifiée sur les motifs exaltants de veníte et de audíte, dans l’original. La discrétion, l’intimité qui caractérisent le quanta fecit ánimæ meæ dans le Jubiláte viennent ici sur fecit mihi magna ; l’idée est la même et la mélodie devenue intérieure, enveloppe de mystère cette opération du Seigneur dans l’âme de sa chère petite Sainte.

► Communion : Circumdúxit

« Je ne suis pas un guerrier qui combat avec des armes terrestres, mais avec le glaive de l’esprit qui est la parole de Dieu. Aussi la maladie n’a pu m’abattre…Je l’ai dit : je mourrai les armes à la main ». Ses paroles au cours de son agonie résument toute l’ardeur combative et toujours dans l’humilité : « Oui… il me semble que je n’ai jamais cherché que la Vérité… Oui, j’ai compris l’humilité du cœur ». Thérèse avait vaincu, et sereinement, après de longues et interminables souffrances, elle rendit son âme à Dieu. Elle avait vingt-quatre ans. C’était le 30 septembre 1897.

Circumdúxit eam, et dócuit : et custodívit quasi pupíllam óculi sui. Sicut aquila expándit alas suas, et assúmpsit eam, atque portávit in húmeris suis. Dóminus solus dux eius fuit.
Il l’a entouré et a pris soin d’elle : il l’a gardée comme la prunelle de ses yeux. Comme l’aigle il a déployé ses ailes, l’a enlevée et emportée sur ses épaules. Le Seigneur seul fut son guide.

C’est Moïse qui chantait ainsi, au peuple réuni, ce que Dieu avait fait pour lui au cours de son histoire. Chant suprême d’action de grâces après lequel il mourut.
L’Église n’a eu qu’à mettre les pronoms au féminin pour l’appliquer à sainte Thérèse et lui faire évoquer ce qu’elle a écrit de plus profond et de plus ardent : « Sans se montrer, sans faire entendre sa voix, il m’instruit dans le secret… Je suis destinée à devenir la proie de l’Aigle divin… » écrit-elle dans « Histoire d’une âme ».
Et si l’on pense que c’est dans l’Eucharistie et par l’Eucharistie que se sont faits cette éducation, cette direction, cet envol ; si nous nous remettons en mémoire le récit qu’elle nous a fait de sa première communion : « Ah ! qu’il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme ! Oui, ce fut un baiser d’amour !… » et que nous songions à ce que toutes ses autres communions ont ajouté à cette fusion, à cette fusion qui s’achève maintenant dans « l’éternelle communion de la patrie » ; alors, quelle évocation splendide que le chant sur lequel s’achève la messe de sa fête !

L’original est la communion Pópulus acquisitiónis du jeudi de la semaine de Pâques. Le calque n’est pas serré et pour adapter la mélodie à la longueur du texte, on a dû ajouter la dernière phrase de la communion Vox in Rama des Saints Innocents.