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Déclaration demandant à l’ONU de qualifier la GPA comme une nouvelle forme d’esclavage

Juristes pour l’enfance demande à Katarina Schwarz, Rapporteur spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage et la traite des personnes, de reconnaitre la gestation pour autrui comme une nouvelle forme d’esclavage à l’encontre des enfants et des femmes :

A l’occasion de la 63ᵉ session du Conseil des droits de l’homme, Juristes pour l’enfance a remis une déclaration écrite lors du dialogue interactif sur l’esclavage et la traite des personnes, en présence de Madame Katarina Schwarz, Rapporteure spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage et la traite des personnes.

Cette déclaration demande à la Rapporteure spéciale de reconnaitre que  la GPA constitue une nouvelle forme d’esclavage à l’encontre des enfants et des femmes.

Pour rappel, la Convention relative à l’esclavage signée à Genève fête ses 100 ans le 25 septembre 2026.

Les éléments clefs de la déclaration de Juristes pour l’enfance, soutenu par la Déclaration de Casablanca sont les suivants :

– La gestation pour autrui est un contrat ayant pour objet la commande et la remise d’un enfant. L’enfant y est réduit à un objet de disposition, ce qui correspond à la définition de l’esclavage de la Convention de Genève de 1926 (exercice des attributs du droit de propriété).

– La femme est également soumise à un droit d’usage permanent de son corps (contrôle alimentaire, médical, éventuelle réduction embryonnaire ou avortement). Par ailleurs, le consentement, souvent invoqué par les personnes favorables à la GPA, « éthique » ou « commerciale », est juridiquement sans pertinence en matière d’esclavage.

– Au niveau international, plusieurs instances onusiennes ont déjà qualifié la GPA de vente d’enfants (Rapporteure spéciale sur la vente d’enfants, 2018 ; Comité des droits de l’enfant, 2019). La Rapporteure spéciale sur la violence à l’égard des femmes a, dans son rapport de juillet 2025, appelé à l’éradication de toutes les formes de GPA et à l’adoption d’un instrument international contraignant abolissant la pratique. Enfin, une déclaration conjointe d’États du 22 juin 2026 appelle à un moratoire en vue de l’abolition universelle de la GPA.

C’est pourquoi Juristes pour l’enfance, aux côtés de la Déclaration de Casablanca, demande à la Rapporteure spéciale de reconnaître officiellement la GPA comme nouvelle forme d’esclavage et d’exhorter les États à y mettre fin sur leur territoire et à s’engager pour son abolition mondiale.

Le document complet est disponible ICI

La version anglaise est disponible ICI

Amsterdam: Les cardinaux Burke et Eijk au rosaire de réparation, avec la messe traditionnelle

Le 5 septembre s’est déroulé à Amsterdam un événement exceptionnel tant pour la dévotion des premiers samedis du mois demandée par Notre Dame de Fatima que pour le rayonnement de la messe traditionnelle.

Ce rassemblement du rosaire (le « Rosary Rally ») a vue une grand-messe pontificale célébrée selon le rite traditionnel par le cardinal Burke au cœur de la ville, dans l’église de Notre-Dame. Le cardinal Eijk, archevêque d’Utrecht, était également présent ainsi que plusieurs évêques néerlandais.

Jeanne Smits écrit sur Réinformation.tv :

Toutes les exigences de Traditionis custodes ont été ignorées, sans bruit et sans état d’âme : une large publicité a été donnée à l’événement dans plusieurs diocèses néerlandais, la messe était célébrée selon le rite traditionnel dans une église paroissiale, l’épître et l’évangile ont été proclamés en latin. Mais cela a été fait sous l’autorité de l’évêque du lieu, Mgr Hendriks, avec son approbation et sa présence (dans une église qui n’est pas paroissiale, elle est un apostolat de l’Opus Dei, ce qui est remarquable en soi…). Ajoutez la nombreuse présence de prélats, y compris deux princes de l’Eglise : il s’agit là d’une affirmation tranquille et hiérarchique du « droit de cité » du rite tridentin dans l’Eglise, pour reprendre l’expression de la lettre de Benoît XVI accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum.

Ensuite, une procession de la statue de Notre Dame de Fatima, avec à sa tête l’évêque d’Amsterdam, Mgr Hendriks, les deux cardinaux et Mgr Van den Hende, évêque de Rotterdam et président de la Conférence épiscopale des Pays-Bas, a eu lieu à travers les rues d’Amsterdam vers un grand parc à deux kilomètres de là, où la récitation du chapelet s’est faite en public, suivie d’une conférence du cardinal Burke.

On ne peut pas en même temps dénoncer le fléau du suicide et promouvoir le suicide assisté

Le 10 septembre est la journée mondiale de prévention du suicide.

Auparavant, Le Monde relayait cette journée. Par exemple en indiquant que le suicide était un « fléau mondial » :

Chaque jour, près de 3 000 personnes se suicident dans le monde et quasiment aucun pays n’échappe à ces drames individuels. Lundi 10 septembre, pour la cinquième année d’affilée, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé une Journée mondiale de prévention du suicide.

ou en s’inquiétant du « Taux de suicide très élevé chez les personnes âgées »

Sauf que, depuis, Le Monde a soutenu la loi favorisant l’euthanasie et le suicide assisté dans son éditorial du 15 juillet :

Le choix de sa fin de vie, ultime liberté

Si le nouveau texte s’inscrit dans la lignée de la loi de 2005 qui a permis la « limitation ou l’arrêt » de traitements inutiles et de celle de 2016 instaurant un droit à la « sédation profonde et continue pour les malades en phase terminale », il franchit un cap décisif en instaurant un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie, autrement dit en donnant à certains patients, dans des conditions très encadrées, le dernier mot, l’ultime liberté. La France, après d’autres pays, abolit le tabou qui entoure souvent les fins de vie douloureuses, et rompt avec l’hypocrisie inégalitaire qui conduit des personnes à l’achat clandestin de produits létaux ou à des voyages à l’étranger.

Résultat : Le Monde n’a pas évoqué la journée mondiale de prévention du suicide cette année.

Rachida Dati : légalité, déontologie et morale

D’un lecteur :

Depuis quelque temps la presse bruisse d’une rumeur selon laquelle Rachida Dati réintégrera bientôt la magistrature judiciaire.

En fait de réintégration il s’agira plutôt d’un nouveau début pour quelques années seulement, vu le passé et l’âge de l’intéressée (61 ans le 27 novembre).

En 1996 elle fut admise à l’École Nationale de la Magistrature à 31 ans non par la voie ordinaire du concours mais sur dossier et recommandations venues de hauts lieux, de mentors aujourd’hui décédés.

Elle n’exerça des fonctions en juridiction que pendant trois ans de 1999 à 2002, année de son entrée au cabinet de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur.

Son expérience professionnelle en tant que magistrat est donc des plus limitées.

Depuis 2002 elle mène une carrière politique : conseillère ministérielle (2002 à 2007), ministre de la Justice (2007 à 2009), député européen (2009 à 2019), maire du 7ème arrondissement de Paris sans interruption depuis 2008, ministre de la Culture (2024 à 2026).

Elle fut même un temps avocat au barreau de Paris, travaillant dans un cabinet d’affaires.

Au cours de ce quart de siècle elle fut comme fonctionnaire en position de détachement ou disponibilité.

Après sa défaite aux élections municipales à Paris en mars 2026 elle a demandé la fin de sa disponibilité, donc son retour dans la magistrature, ce qui lui fut accordé en août suivant conformément à la loi.

On peut penser que sa motivation est d’ordre financier : percevoir le traitement de magistrat et augmenter ses annuités en vue de la liquidation de sa future pension de retraite.

Il faut maintenant au ministère de la Justice, qui gère les carrières des magistrats, l’affecter à un poste, qui lui permette de continuer à exercer son mandat mayoral d’arrondissement à Paris selon son désir.

En raison de sa prochaine comparution devant une chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris du chef de corruption dans l’affaire dite Renault – Nissan les portes des tribunaux franciliens lui sont fermées au moins pour la durée du procès, qui peut se compter en années.

Selon un récent projet de mouvement appelé liste de transparence en jargon professionnel Rachida Dati devrait être affectée à un poste dit de premier substitut à l’administration centrale du ministère de la Justice, vraisemblablement à la direction des affaires européennes.

Il reste une étape avant sa nomination, celle de l’avis consultatif et donc non impératif du Conseil Supérieur de la Magistrature. Celui-ci devrait être émis au cours du mois d’octobre, après la clôture des débats à l’audience du procès Renault – Nissan. L’affaire sera alors en attente du jugement.

Il lui faudra donc patienter pendant quelques semaines.

Ce cas nous place en plein paradoxe.

Rachida Dati se trouvera en tant que magistrat affectée à un poste au sein d’un ministère, dont elle fut la patronne pendant deux ans.

Conflit entre les fonctions passées et actuelles ?

On peut se demander si elle exercera vraiment sa fonction.

On peut craindre qu’elle ne soit souvent absente, privilégiant son mandat de maire des beaux quartiers du 7ème arrondissement de Paris. Autrement formulé elle pourrait être payée à ne pas faire grand-chose.

Vu sa stature et sa notoriété personne ne pourra lui présenter une quelconque observation et encore moins la contraindre.

Cette opération est légale mais questionne sur les plans déontologique et moral.

On peut aussi s’interroger sur les limites de la présomption d’innocence. Est-il décent de briguer un poste régalien de magistrat quand on est poursuivi pénalement pour des faits graves et sous une prévention lourde ?

L’intéressée, qui est issue d’un milieu musulman mais se dit aujourd’hui catholique, se pose-t-elle la question ? Cela relève de sa conscience.

Apparemment ni les politiques ni les journalistes ne semblent avoir cette interrogation.

Pour la plupart d’entre eux tout ce qui est légal n’est-il pas moral ?

EROUANI

La Fédération des Parents d’Élèves des Écoles Indépendantes répond au grand maître du Grand Orient de France

Communiqué de la Fédération des Parents d’Élèves des Écoles Indépendantes :

Le nouveau grand maître du Grand Orient de France Guillaume Trichard a déclaré que « les écoles privées hors contrat n’ont pas leur place dans la République » (Trichard, G. 2026, 29 août. Entretien au Le Figaro) au motif qu’elles échapperaient au « contrat avec la République ». Cette position hors-sol appelle plusieurs remarques.

👉 Elle témoigne tout d’abord d’UNE IGNORANCE QUANT A LA LIBERTE D’ENSEIGNEMENT. La République ne se réduit pas à ce qui est contractualisé avec l’État. Elle repose d’abord sur la liberté de conscience et la liberté d’association — dont la liberté d’enseignement, garantie par la loi depuis 1959 et par le bloc de constitutionnalité, est une des composantes. Or, les écoles hors-contrat répondent à cette exigence prioritaire de liberté, celle des familles à choisir le système éducatif qui convient à leurs enfants. Le choix d’une école en contrat avec l’Etat est une option parmi d’autres, non une obligation de principe.

👉 Elle MINIMISE LE RÔLE DES PARENTS, qui sont les mieux placés, pour les choix éducatifs de leurs enfants. Les familles peuvent bénéficier du concours des équipes pédagogiques de terrain, mais il leur appartient de subvenir aux besoins éducatifs de leurs enfants. A ce titre, les écoles hors contrat offrent une alternative favorisant un pluralisme pédagogique qui doit être perçu comme une opportunité. Chaque famille et chaque projet pédagogique répondent à des besoins propres auxquels il est essentiel de répondre par des solutions adaptées.

📢 La position de la FPEEI est claire : fermement attachée à la liberté d’enseignement, principe garanti par la Constitution et rappelé par la loi, elle défend les droits des parents à choisir la pédagogie qui convient le mieux pour leurs enfants. Les écoles hors contrat s’intègrent pleinement dans le cadre de la loi, laquelle permet la possibilité de créer des établissements d’enseignement, y compris en-dehors de tout contrat avec l’Etat.

https://www.fpeei.fr/rejoignez-nous/

Encore une victime d’un OQTF

Tandis que les médias et politiques s’indignent des propos d’un policier, le silence entoure le crime commis par un soudanais sous OQTF à Puteaux (92) pour obtenir un téléphone.

Étienne Droin, 30 ans, exerçait comme employé dans la restauration rapide. Le 23 août tard, il rentrait chez lui. Il n’avait plus qu’à marcher une dizaine de minutes jusqu’à son domicile lorsqu’il a été violemment agressé par un clandestin Soudanais de 25 ans, visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF), délivrée par la préfecture de police de Paris en décembre 2022.

Le jeune homme a été retrouvé inconscient par un passant sur la passerelle François Coty à Puteaux. Son visage présente de nombreuses traces de coups. La vidéosurveillance montre un individu en train de le suivre. L’assaillant prend la fuite avec son sac à dos et son téléphone portable. Étienne est transporté en urgence absolue à l’hôpital. Plongé dans le coma, il décédera des suites de ses blessures le 1er septembre.

C’est aussi la rentrée pour La Malle aux Mille Trésors. Avez-vous reçu votre numéro ? Vite, vite abonnez-vous !

Le numéro de septembre octobre vient d’arriver, aux couleurs de l’automne.

Passionnant, avec de jolies illustrations pour des articles originaux et variés :

Pages bricolage : mon oratoire pour Jésus à construire et réaliser ainsi « notre chapelle à nous » !

Une idée efficace pour réciter le chapelet qui intéressera les enfants et suscitera bien des sourires

Manine est toujours là avec ses marrons et châtaignes. Savez-vous la différence ?

Les trésors de l’histoire : « Tu finiras dans la nuit » la grande histoire de la dernière impératrice Eugénie, illustrée de documents et dessins, à suivre…

Pour les gourmands, la tarte aux mirabelles : dessins photos, recettes. Impossible de la rater avec de si mignons marmitons.

« Il était une fois, un pauvre singe couché dans la neige au sommet d’une haute montagne…» Ne passons pas à côté du conte de Melle Latappy.

Jouons, rions et devinons les rubriques amusantes pour petits et grands

Connaissez-vous saint Clodoald ? Monseigneur Rémi, l’évêque raconte Clovis, Clotilde… et le terrible complot.

Voulez-vous gagner le concours ? Les jours sont encore beaux et pour s’occuper en plein air, construisez votre cerf-volant, envoyez au journal une photo de votre réalisation en donnant des explications de cette jolie construction, et entrez en lice pour gagner le concours du plus beau cerf-volant.

LA MALLE AUX MILLE TRESORS : revue catholique pour enfants

Un cadeau pour vos enfants et petits-enfants qui dure tout l’année : six numéros par an !

– JE M’ABONNE A LA MALLE AUX MILLE TRESORS

https://www.m-c-familles.fr/component/rsform/form/8-abonnement-malle-aux-milles-tresors

Revue bimestrielle – Tarif à l’année : 47 € (France) / 49 € (Outre-Mer) / 53 € (Etranger)

Risque de tumeur au cerveau lié à la pilule

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) enverra un courrier  à 1,6 million de femmes en France pour les informer d’un risque de tumeur au cerveau concernant le désogestrel, un progestatif, essentiellement utilisé comme contraceptif.

Une étude menée par EPI-PHARE a mis en évidence une augmentation très faible du risque de méningiome chez les femmes utilisant du désogestrel de façon prolongée pendant au moins un an. Ces résultats avaient déjà fait l’objet d’une information auprès des professionnels de santé. A la demande de l’ANSM, ces données ont été analysées au niveau européen. En juillet 2026, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé l’ajout du risque de méningiome dans la notice et dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP). Les professionnels de santé ont ensuite été informés de ces nouvelles recommandations par un courrier (DHPC).

Il est estimé qu’un cas supplémentaire de méningiome surviendrait pour 67 000 femmes qui utilisent ces médicaments. Ce risque augmente davantage chez les femmes de plus de 45 ans ou celles exposées plus de 5 ans. En cas d’exposition antérieure à un progestatif à risque de méningiome (ex : acétate de cyprotérone, nomégestrol et chlormadinone), le risque devient significatif dès la première année d’utilisation du désogestrel seul 75 μg.

Missionnaires de la Miséricorde divine : l’abbé Dubrule revient sur le déblocage des ordinations sacerdotales

Entretien avec l’abbé Jean‑Raphaël Dubrule, supérieur des Missionnaires de la Miséricorde divine. Après quatre années de discussions, les ordinations sacerdotales peuvent enfin avoir lieu au sein de la Société des Missionnaires de la Miséricorde Divine.

  • Que s’est-il réellement passé ?
  • Pourquoi une si longue attente ?
  • Quels étaient les enjeux de ces échanges ?
  • Qui était concerné par ces discussions ?
  • Quelle est aujourd’hui l’ambiance dans la communauté ?
  • Quelles leçons spirituelles et ecclésiales peut-on tirer de cette épreuve ?

https://www.youtube.com/watch?v=PDbaBILU-6o

Guerre civile en Ukraine ?

Le 2 septembre se sont affrontés dans les rues de Kiev des officiers armés des deux services de renseignement ukrainiens, le SBU (du gouvernement) et le GUR (de l’armée). Les fusillades ont duré jusqu’au matin.

Les témoins ont remarqué que les uns et les autres s’invectivaient en russe, alors que les agents de l’Etat ont obligation de parler la « langue d’Etat », laquelle est également obligatoire dans le domaine public.

En conséquence, la commissaire à la protection de la langue d’Etat a ordonné une enquête sur ces agents qui parlaient une autre langue « dans l’exercice de leurs fonctions officielles » (sic) :

Je vous informe que, afin d’éclaircir les circonstances et de prendre une décision réfléchie quant aux mesures à prendre, j’ai saisi la Direction principale du renseignement du ministère de la Défense de l’Ukraine ainsi que le Service de sécurité de l’Ukraine. Je leur ai demandé de fournir des explications sur les agissements de leurs agents qui, le 2 septembre 2026, à l’adresse située rue Choumskoho (quartier de Berezniaky) à Kiev, ont utilisé une langue autre que la langue d’État dans l’exercice de leurs fonctions officielles, et de communiquer également les informations permettant de les identifier.
Au vu des informations et des éléments recueillis, je prendrai une décision concernant les mesures à prendre prévues par la loi.
Olena IVANOVSKA, Commissaire à la protection de la langue d’État

Le même jour, un drone a provoqué un incendie dans le bureau vide du chef du SBU, face à la cathédrale Sainte-Sophie au centre de Kiev. Pour nombre d’Ukrainiens il s’agit de la suite de la guerre entre le SBU (le service de sécurité qui dépend du ministère de l’Intérieur) et le GUR, la direction du renseignement militaire.

Le Conseil d’Etat a débouté une femme dans une affaire de PMA post-mortem

Au terme de plusieurs années de procédure, le Conseil d’Etat a définitivement débouté une femme de sa demande de faire condamner le CHU de Rennes dans une affaire de PMA post-mortem. L’établissement avait en effet refusé en octobre 2022 de « prolonger la conservation des gamètes » de son défunt mari. Le Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain (CECOS) de Rennes les conservaient depuis 2019.

C’est après un diagnostic de cancer posé en 2018, alors que le couple était engagé dans une procédure de  in vitro, que le conjoint a eu recours à une « autoconservation des gamètes pour motif pathologique ». Après une rémission qui conduit le couple à reprendre son «  », l’homme décède finalement en mai 2021. Une « implantation » était prévue pour le mois suivant.

La veuve se tourne alors vers le CHU et demande que les gamètes de son mari restent conservés, afin d’« en disposer ». L’hôpital lui oppose un refus en octobre 2022. Elle décide alors de saisir le tribunal administratif et se voit déboutée de sa demande en avril 2024. En appel, elle tente de faire valoir son « droit au respect de la vie privée et familiale ». La plaignante considère en effet avoir « le droit » de « devenir parent », son mari ayant consenti à l’utilisation de ses gamètes post-mortem. Mais pour la justice rien ne démontrait qu’il ait « expressément consenti à l’utilisation de ses gamètes après son décès ».

L’avocate de Mme XXX a invoqué la « situation humaine » de sa cliente « soumise à l’incohérence de la réglementation » française : la loi l’autorise à « élever seule un enfant » en ayant recours à un tiers donneur mais pas aux gamètes de son défunt mari.

La Cour administrative d’appel ne s’est pas laissé convaincre, le Conseil d’Etat non plus. Le pourvoi a été rejeté.

Source : Gènéthique

Face à la crise scolaire, ils veulent écarter encore plus les parents

Pour répondre au décrochage du système éducatif français, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire estime qu’une entrée précoce en maternelle permettrait de mieux lutter contre les inégalités de langage entre les enfants. Il a notamment proposé d’avancer l’entrée en maternelle de trois ans à un an.

Par ailleurs, une proposition de loi envisage d’instituer un entretien individuel annuel pour chaque enfant, dès la première année de l’école maternelle, publique comme privée, afin d’évaluer son bien‑être, de prévenir et de dépister toute forme de violence, y compris pour les enfants instruits à domicile. Cet entretien, mené par les personnels de l’éducation nationale, devra comprendre un rappel des droits de l’enfant.

L’année 2026 compte 85 ouvertures d’écoles (qui correspondent à 56 groupes scolaires) contre 115 l’an dernier. Ce recul est lié à la baisse démographique (environ 125 000 élèves en moins dans le premier degré public et le privé sous contrat entre 2025 et 2026). Ce recul démographique réduit la demande de places notamment en maternelle et en élémentaire. L’incertitude économique et politique dans un contexte de quasi récession économique et d’échéances électorales considérées comme à hauts risques tirent aussi à la baisse les ouvertures d’écoles ou de classes hors contrat. Ces moindres ouvertures sont également dues à une attitude parfois peu coopérative de l’administration qui peut faire obstacle aux ouvertures d’écoles libres, au-delà des cas légalement prévus. C’est ainsi qu’on a noté des attitudes d’obstruction de la part des communes ou du rectorat plus fréquentes qu’à l’accoutumée.

Spectacle historique à Torfou (91)

Le spectacle « De pierre et de mémoire » revient exceptionnellement samedi 19 septembre dans le parc du château du Couboureau, qui ouvre ses portes au public pour l’occasion.

Le 19 septembre 1793 se déroulait la bataille de Torfou. 33 ans plus tard, le 19 septembre 1826, était posée la première pierre de la colonne de Torfou, monument érigé pour commémorer cette bataille. Le 19 septembre 2026 marque ainsi le bicentenaire de la pose de cette première pierre.

« De pierre et de mémoire » entraîne le public dans un voyage, de 1793 à nos jours, dans l’écrin du château du Couboureau et de son parc. À partir de 10 h, les représentations débuteront, tout au long de la journée. À partir de 21 h, « De pierre et de mémoire » prendra une nouvelle dimension avec les représentations nocturnes, dans le parc spécialement mis en lumière.

Les registres de baptême devant la Cour de Justice de l’UE

La Cour de justice de l’Union européenne examine une affaire concernant le diocèse de Gand en Belgique sur la question de savoir si une personne ayant demandé son « débaptême » a le droit, en vertu du Règlement général sur la protection des données (RGPD), de faire supprimer toutes les informations personnelles la concernant du registre de baptême de l’Église.

La Commission des Conférences épiscopales de l’Union européenne a déclaré :

« Le registre baptismal est le fondement essentiel de l’établissement du statut juridique de la personne au sein de l’ordre juridique interne de l’Église ». « Exiger de l’Église catholique qu’elle efface les données qu’il contient, et donc intervenir directement dans son organisation, constituerait une atteinte grave à son autonomie et à la liberté institutionnelle de religion. »

L’affaire est nommée C-12/25 Bisdom Gent. Elle a débuté le 25 mars 2021, lorsqu’une personne a demandé au diocèse de Gand de supprimer ses informations personnelles de tous les fichiers diocésains, y compris le registre des baptêmes, en invoquant le RGPD.

Le 2 avril 2021, le diocèse n’a pas supprimé l’acte de baptême. Il a plutôt ajouté une annotation indiquant que la personne avait « quitté l’Église » à une certaine date, et deux traits diagonaux ont été tracés sur l’acte.

La personne concernée a ensuite maintenu que les informations devaient être intégralement effacées et a porté plainte auprès de l’Autorité belge de protection des données. Le 19 décembre 2023, cette dernière a ordonné au diocèse de Gand de se conformer à sa demande, mais le diocèse a fait appel.

Selon la Commission des Conférences épiscopales de l’Union européenne, l’annotation de Gand n’était « pas idéale » et ne reflète pas la pratique de l’Église dans les autres États membres de l’UE. Néanmoins, les évêques européens insistent sur le fait que l’UE n’a pas le droit d’intervenir dans les registres de baptême.

Le principal point de désaccord concerne la qualification des registres de baptême comme simples listes de membres. Les évêques ont explicitement fait référence à une note du Dicastère pour les textes législatifs, datée du 7 avril 2025. Cette note rappelle que « le droit canonique n’autorise ni la modification ni la suppression des inscriptions au registre de baptême », sauf pour corriger des erreurs de transcription, car le registre « constitue le témoignage objectif des actes sacramentels, ou des actes liés aux sacrements, historiquement accomplis par l’Église ».

Il est également précisé que « si l’Église n’avait pas ces normes générales concernant l’enregistrement obligatoire du baptême, elle ne pourrait pas exercer d’activité sacramentelle, car la validité des sacrements requiert la certitude de la réception du baptême ». Un ministre « ne peut autoriser la célébration d’autres sacrements si la réception du baptême n’est pas certifiée ».

« le registre des baptêmes n’est pas une liste de membres, mais un registre des baptêmes qui ont eu lieu. Son seul but étant d’attester d’un « fait » historique ecclésial, il ne vise pas à certifier la foi religieuse des individus ni à déterminer si une personne est membre de l’Église. »

Pour ces raisons, selon les évêques européens, la décision éventuelle de l’UE impliquerait que

« la nature et le caractère des registres de baptême seraient redéfinis par un tribunal civil d’une manière qui contredit la définition défendue par l’Église, sur la base de sa propre compréhension, y compris par l’intermédiaire de ses plus hautes autorités ». « D’une certaine manière, la radiation des personnes des registres de baptême imposerait à l’Église dans son ensemble une notion d’« appartenance » qui ne lui appartient pas, ni à son ordre légal ».

La déclaration des évêques insiste également sur le fait que la laïcité de l’État implique non seulement que l’Église ne doit pas s’immiscer dans la politique, mais aussi que « l’État ne doit pas s’immiscer dans les affaires de l’Église ». Ils avertissent qu’aucun gouvernement – ​​« et surtout pas l’Union européenne » – ne peut dicter les règles internes de l’Église.

Les évêques affirment que l’effacement forcé des registres de baptême pourrait « induire en erreur les fidèles, et plus grave encore, les non-croyants » en leur faisant croire que le baptême est répétable ou facultatif — une idée qu’ils qualifient d’« atteinte à la substance du sacrement ».

Enfin, ils affirment que le droit de ceux qui souhaitent quitter l’Église ne saurait justifier une refonte de la théologie catholique : exiger de l’Église qu’elle considère les registres de baptême comme de simples « listes de membres » reviendrait à modifier non seulement les procédures administratives, mais aussi la « réflexion théologique elle-même », protégée, selon eux, par l’autonomie de l’Église. Les évêques européens soulignent également que cette affaire « dépasse le cadre de la protection des données » et concerne précisément la marge de manœuvre que le droit de l’UE laisse aux Églises pour vivre et organiser librement leur foi.

De l’avortement à l’euthanasie

Lu sur le blog d’Yves Daoudal :

Le Collège des médecins du Québec, qui est l’unique organisme représentant les médecins de la province,

« réitère que l’aide médicale à mourir peut constituer un traitement approprié pour les nourrissons souffrant de douleurs extrêmes impossibles à soulager et atteints de malformations sévères ou de syndromes polysymptomatiques graves anéantissant toute perspective de survie ».

Au Canada on peut avorter jusqu’à la naissance. Mais ensuite il y a une sorte de vide de la culture de mort, jusqu’à 18 ans où l’on peut bénéficier de l’euthanasie (et l’on y est de plus en plus poussé, sous n’importe quel prétexte).

L’euthanasie des bébés permettrait de combler ce vide. Avant la naissance : l’avortement. Après la naissance : l’euthanasie.

Une proposition de loi en ce sens avait déjà été déposée en 2024 par un membre du Collège des médecins, mais elle n’avait pas eu de suite notamment en raison des réactions. D’où la nouvelle tentative. De MÉDECINS, faut-il le souligner.

Et personne ne se préoccupe plus de ce scandale atroce des bébés avortés peu avant la naissance, qui sont extraits vivants, et qu’on laisse mourir. En 2013 le gouvernement du Canada avait refusé d’enquêter sur une statistique officielle montrant que 491 bébés avaient été laissés à l’abandon jusqu’à la mort après un avortement tardif.

Pas de messe à Saint-Pierre de Rome pour le pèlerinage Ad Petri Sedem

Après les Missionnaires de la Miséricorde, privés de messe d’ordination selon le vetus ordo, c’est le pèlerinage international Ad Petri Sedem qui n’est pas autorisé à célébrer la messe traditionnelle dans la basilique Saint-Pierre cette année en octobre. Voilà qui ne manquera pas de donner du grain à moudre à la FSSPX, qui invoque l’état de nécessité puisque les traditionalistes soumis au pape ne représentent qu’une goutte d’eau en butte aux restrictions.

À la place, le pèlerinage Ad Petri Sedem entrera dans la basilique Saint-Pierre en procession pour que les fidèles puissent prier à l’intérieur, et plus tard Mgr Schneider célèbrera la messe traditionnelle dans la basilique Sainte-Marie-Majeure.

Rappelons que le cardinal Burke a bien célébré la messe traditionnelle à Saint-Pierre l’année dernière.

Le programme du 15 pèlerinage du du 23 au 25 octobre est en ligne ici.

Vendredi 23 octobre 2026

  • 18h30 : Vêpres pontificales en la basilique Santa Maria ad Martyres (Panthéon) présidée par Mgr Athanasius Schneider

Samedi 24 octobre 2026

• 10h00 : Chapelet devant Saint-Celse et Saint-Julien

• 11h00 : Départ de la procession vers la Basilique Saint-Pierre

• 12h00 : Arrivée place Saint-Pierre / Contrôles / et entrée dans la Basilique Saint-Pierre

• 13h00 : Temps de prière dans la Basilique Saint-Pierre

• 15h00 : Messe à l’autel majeur de la basilique Sainte Marie Majeure célébrée par Mgr Athanasius Schneider

 

Dimanche 25 octobre 2026

  • 8h30 : Messe d’action de grâce du Christ-Roi en l’église San Giovanni Battista dei Fiorentini célébrée par le chanoine Antoine Landais
  • 11h00 : Messe de clôture du Christ-Roi à la Trinité-des-Pèlerins
  • 16:00 : Messe d’action de grâce du Christ-Roi en l’église Sant’Anna in laterano célébrée par Mgr. Marco Agostini

Ordinations sacerdotales au sein des Missionnaires de la Miséricorde Divine

Après quelques années d’attente et de négociations, la Société des Missionnaires de la Miséricorde Divine et le diocèse de Fréjus-Toulon ont la joie d’annoncer l’ordination sacerdotale de quatre diacres de la communauté

  • Clément Anouil
  • Henri Gilliot
  • Guillaume Le Gall
  • Thibaud Perruchot

La messe sera célébrée selon la forme ordinaire par Mgr François Touvet, évêque de Fréjus-Toulon, le samedi 31 octobre à 10 heures, en l’église abbatiale Notre Dame de Triors.

Les nouveaux prêtres auront l’autorisation de célébrer la messe selon le missel de 1962.

Mgr Touvet, évêque de Frejus-Toulon, et l’abbé Dubrule, supérieur des MMD, ont été interrogés dans La Nef. Extraits :

Les futurs prêtres pourront-ils célébrer selon l’ancien missel ?

Mgr François Touvet : Oui, ils bénéficieront d’un indult pour cela. Je l’ai demandé et obtenu. Même s’ils ont une préférence pour l’ancien missel – je le vois bien dans le diocèse – ils célèbrent volontiers avec le missel de Paul VI quand cela est nécessaire (messe à la prison, dans un collège …) et ils concélèbrent volontiers tant au séminaire qu’à la cathédrale et dans les grandes occasions. Pour eux, l’obéissance à Rome est première. C’est exemplaire.

Abbé Jean-Raphaël Dubrule : En effet, et c’est justement ce qui a été le fruit le plus important de tous nos échanges avec les autorités romaines. La liturgie dans l’ancien rit qui nous porte et que nous voyons comme un très beau moyen de mission, notamment auprès de convertis, sera célébrée par les futurs prêtres, sans exclusivisme, comme c’est le cas depuis le début de notre communauté. […]

Pourquoi avoir choisi l’abbaye Notre-Dame de Triors et non un autre lieu habituel du diocèse, comme La Castille ?

Mgr François Touvet : Nous avons l’habitude de célébrer chaque année fin juin les ordinations sacerdotales à la Castille, dans une magnifique cathédrale de verdure. Ici à Toulon, il fait toujours (ou presque) très beau. Le 31 octobre est plus incertain et nous manquons d’une église suffisamment grande pour ce genre de circonstance. L’église abbatiale de Triors, grâce à l’accueil très bienveillant du TRP Abbé Dom Louis, sera un très beau cadre. Tout au long de cette ordination célébrée en latin avec les livres liturgiques issus du concile Vatican II, conformément à ce qui a été convenu avec Rome, les moines assureront un riche soutien au chant grégorien, promu par ce même concile. Ce sera très beau.

Abbé Jean-Raphaël Dubrule : Nous sommes liés à l’abbaye de Fontgombault, qui nous apparaît comme un bel exemple de fruit dans la fidélité à l’Église et l’attachement à la forme ancienne du rit, avec une ouverture à la célébration du Novus Ordo. Leur accueil très chaleureux est aussi pour nous un profond réconfort après tous ces mois d’attente, et je remercie du fond du cœur Dom Louis. Un dernier détail compte : cette abbaye est relativement centrale par rapport à Marseille, Draguignan, Lyon et Strasbourg où les futurs prêtres célébreront leur première messe le lendemain. […]

De la défense de l’islam à « Jesus Christ is Lord » : le chemin de Kieos vers le Christ

Suivi par plus de 100 000 personnes pour ses contenus autour de l’islam, ce Britannique professe désormais la foi chrétienne devant la même audience. Derrière le récit de trois rêves, qu’il faut recevoir pour ce qu’il est, un témoignage personnel, apparaît surtout un itinéraire de raison, de conscience et de prière vers la question décisive : qui est réellement Jésus ?

Le paradoxe tient en quelques publications. Au printemps 2026, Kieos, créateur de contenu britannique établi à Birmingham, connu pour ses directs et ses vidéos de défense de l’islam, se présente devant son audience pour annoncer qu’il n’est plus musulman⁠. Quelques semaines plus tard, les titres ont changé : « Jesus Christ is Lord »⁠, « Jésus Christ est Seigneur », puis « Why I believe Jesus is Lord » et « Why I became convinced Jesus is God ». La chronologie publique permet donc de suivre une véritable évolution. Le drame intérieur, en revanche, ne nous est connu que par son propre témoignage, notamment lorsqu’il évoque trois rêves consécutifs. Cette distinction n’affaiblit pas son histoire. Elle aide au contraire à en dégager le cœur, qui n’est pas un phénomène nocturne spectaculaire, mais l’effondrement progressif de certitudes qu’il ne parvenait plus à soutenir.

Dans un long entretien publié le 8 juin⁠, Kieos raconte avoir grandi dans une famille athée, sans formation religieuse. Après une période de recherches philosophiques et spirituelles, il découvre l’islam vers l’âge de 25 ans, d’abord sur les réseaux sociaux, puis dans les livres. Il dit avoir été séduit par ce qui lui apparaissait comme la simplicité du monothéisme islamique : un Dieu unique, sans incarnation ni Trinité, présenté par les prédicateurs musulmans comme immédiatement conforme au bon sens. Il ne reste pas un sympathisant lointain. Il accomplit les prières quotidiennes, jeûne, suit des cours, fréquente des personnes instruites dans la religion et devient lui-même une voix musulmane active. Dans un entretien de près d’une heure diffusé le 9 août⁠, il affirme avoir été musulman pendant environ deux ans et quatre mois, avoir animé quotidiennement des directs de da‘wa et avoir contribué à conduire certaines personnes à la profession de foi islamique. Son audience dépasse alors les 100 000 abonnés.

Or la première fissure ne vient pas du christianisme. Elle apparaît au cœur même de son activité d’apologète musulman. Plus il étudie pour répondre aux objections, plus certaines réponses lui paraissent artificielles. Dans l’entretien de juin, il résume le malaise par une phrase remarquable : « There are many things I couldn’t logically defend », il existait beaucoup de choses qu’il ne pouvait pas défendre logiquement. Il lui arrivait pourtant de continuer à argumenter en direct alors qu’intérieurement il partageait désormais les doutes auxquels il répondait. Il cite notamment certains hadiths et plusieurs passages coraniques, relatifs à la cosmologie ou à la formation de l’homme, dont les explications reçues ne le satisfaisaient plus. Il raconte avoir sollicité cinq interlocuteurs musulmans considérés comme compétents, deux par téléphone et trois par écrit, sans obtenir les éclaircissements qu’il attendait. Un doute particulier ne suffit évidemment pas à réfuter une religion. Mais il y a déjà un acte moral décisif dans le refus de continuer indéfiniment à présenter comme raisonnable ce que l’on ne juge plus tel.

La rupture ne s’est donc pas faite en une nuit. Dans une vidéo consacrée aux mois de questions qui ont précédé son annonce⁠, Kieos explique que son public n’a vu que le dernier moment d’un processus demeuré presque entièrement privé. Plus de huit mois auparavant, il échangeait déjà avec une amie chrétienne, non pour polémiquer, dit-il, mais pour comprendre ce que les chrétiens croyaient réellement. Lors de sa première déclaration publique, il affirme seulement être arrivé à la conclusion que l’islam n’était pas la vérité et reconnaît n’avoir jamais sérieusement donné sa chance au Christ. Quelques semaines plus tard, il dit avoir consacré cinq ou six semaines à une enquête plus intensive sur le christianisme et avoir intérieurement donné sa vie au Christ. Ses professions de foi ultérieures viennent donc au terme d’un déplacement progressif, non d’un changement impulsif d’étiquette.

C’est dans cette période qu’il situe les trois rêves. Kieos affirme avoir vu, trois nuits de suite, le même visage ou la même image qu’il identifie à Jésus. Il précise n’avoir entendu aucune voix. Il interprète ces rêves comme une invitation à ouvrir son cœur et à regarder enfin vers Celui dont il avait toujours refusé la divinité. On ne peut naturellement pas vérifier ce qui s’est passé dans son sommeil, et Kieos lui-même a admis qu’une explication psychologique pouvait être envisagée. Dans « Why I became convinced Jesus is God »⁠, il reconnaît encore que ses expériences personnelles ne convaincront pas tout le monde et qu’il ne l’attend pas. Cette prudence est saine. Un catholique sait que Dieu peut toucher une âme par les voies qu’Il veut, mais qu’un rêve privé ne constitue ni une nouvelle Révélation ni une démonstration historique. Il se discerne à ses fruits et à sa conformité avec la foi transmise par les Apôtres. Chez Kieos, le rêve semble avoir été une porte, non le fondement de l’édifice.

Une fois cette porte entrouverte, il lit les Évangiles, interroge des chrétiens et examine les raisons de croire à la divinité du Christ. Dans « Why I believe Jesus is Lord »⁠, son raisonnement est encore simple, mais déjà structuré. Il comprend que les chrétiens ne professent pas un demi-dieu, moitié homme et moitié divin, mais une seule Personne véritablement Dieu et véritablement homme. L’Incarnation demeure un mystère, mais elle n’est pas une contradiction logique : si Dieu est réellement tout-puissant et transcende la matière, on ne peut décréter qu’Il serait incapable d’assumer une nature humaine. Kieos revient également sur la crucifixion, dont l’historicité est admise très largement par les spécialistes et que la recherche peut situer avec une réelle certitude dans les années 29 à 34⁠. Il considère ensuite le tombeau vide, la proclamation précoce de la Résurrection, le témoignage des disciples et leur disponibilité à souffrir. Aucun de ces éléments ne fonctionne isolément comme une formule magique. C’est leur convergence, unie à la prière et à ce qu’il décrit comme une paix nouvelle, qui l’a convaincu que Jésus n’était pas seulement un maître religieux.

Son évolution apparaît aussi dans sa manière de parler de Dieu. Kieos ne prétend pas définir à lui seul l’expérience de tous les musulmans ; il décrit la sienne. Il raconte qu’à force de vouloir accomplir correctement chaque prescription, sa relation à Dieu avait fini par ressembler à « a checklist, kind of like a point system », une liste de tâches ou un système de points. Il pensait devoir multiplier les actes justes pour se rapprocher de Dieu et, au fond, mériter son amour. Dans une vidéo consacrée à ses premiers pas chrétiens⁠, il oppose à cette expérience une prière devenue plus libre, dans sa propre langue, moins semblable à la répétition d’une obligation et davantage à une conversation avec Dieu. Il ne dit pas que toute règle serait mauvaise, mais qu’il découvre la possibilité de recevoir avant de prétendre gagner. La précision importe pour un catholique : la vie chrétienne n’abolit ni les commandements, ni l’ascèse, ni la liturgie. Elle les replace dans leur ordre véritable. La grâce précède, l’amour de Dieu appelle une réponse, et l’obéissance chrétienne naît d’une communion personnelle que les sacrements nourrissent.

C’est ici que le parcours de Kieos prend une portée apologétique plus profonde. L’islam réserve à Jésus une place exceptionnelle : le Coran le nomme Messie, Verbe communiqué à Marie et esprit venant de Dieu⁠. Mais il refuse précisément le centre de la confession chrétienne. Jésus n’y est pas le Fils éternel, sa divinité est rejetée et le texte coranique affirme qu’il n’a pas été crucifié⁠, écartant ainsi la mort rédemptrice et la Résurrection telles que les proclament les Apôtres. L’islam admire donc Jésus tout en fermant la question au point où elle devient décisive. Or la figure coranique, apparue environ six siècles après les événements, contredit sur ces points le témoignage chrétien le plus ancien au lieu de le prolonger. Kieos avait longtemps tenu pour absurde que Dieu pût se faire homme ; lorsqu’il a cessé de partir de cette impossibilité supposée, il a pu demander ce que les premières sources disent réellement du Christ.

La divinité de Jésus n’est en effet pas une invention tardive des conciles. Bien avant Nicée, saint Paul reprend dans l’épître aux Philippiens⁠ une confession où le Christ, « ayant la condition de Dieu », s’abaisse jusqu’à la Croix avant de recevoir le Nom devant lequel tout genou fléchit : « Jésus Christ est Seigneur. » Dans la première épître aux Corinthiens⁠, il transmet déjà la tradition de la mort, de l’ensevelissement, de la Résurrection et des apparitions du Christ. Les conciles n’ont pas divinisé tardivement un prophète galiléen ; ils ont précisé, contre les erreurs, la foi que l’Église priait et confessait depuis l’âge apostolique. En choisissant pour titre « Jesus Christ is Lord », Kieos rejoint donc, peut-être plus profondément qu’il ne le mesure encore, l’une des plus anciennes professions de foi chrétiennes.

Il serait toutefois prématuré de l’enrôler sous une bannière confessionnelle. Dans l’entretien du 9 août, Kieos disait chercher l’Église ancienne, se sentir alors attiré par le catholicisme, prier le chapelet et lire saint François de Sales ainsi qu’une Bible d’étude publiée par Ignatius Press. Mais, dans une vidéo du 24 août sur les différentes confessions chrétiennes⁠, il se présentait encore comme non confessionnel, partagé principalement entre catholicisme et orthodoxie. Rien ne permet donc d’affirmer qu’il a été reçu dans l’Église catholique. On peut se réjouir du chemin accompli, prier pour que sa recherche se poursuive et souhaiter qu’il découvre pleinement l’unité visible, la doctrine et la vie sacramentelle de l’Église fondée par le Christ, sans anticiper une décision qui appartient à sa conscience.

Cette conscience doit demeurer libre. Kieos affirme avoir subi insultes et menaces après son départ de l’islam, ce qui relève là encore de son témoignage et ne peut être vérifié dans son ensemble. Il s’est néanmoins efforcé publiquement de ne pas répondre par le mépris. Dans sa première annonce, il assurait à ses anciens coreligionnaires qu’il continuerait à les aimer, même s’ils le haïssaient. Il a ensuite consacré une vidéo à cinq qualités qu’il respecte chez les musulmans⁠, rappelant que la majorité d’entre eux adhèrent sincèrement à ce qu’ils pensent être vrai. C’est également l’attitude catholique juste. On peut critiquer vigoureusement les prétentions doctrinales et historiques de l’islam tout en aimant les musulmans, en défendant leur dignité et en leur annonçant sans crainte la vérité du Christ. La mission n’est pas une revanche, et la conversion d’un homme n’est pas un point marqué contre un camp adverse.

D’autres anciens musulmans racontent avoir été conduits vers le christianisme par leur interrogation sur Jésus, parfois à la suite de rêves comparables. Faute de données solides, il serait imprudent d’en tirer une tendance statistique. Le cas de Kieos vaut d’abord par la forme de son itinéraire : une conscience qui ne parvient plus à défendre ce qu’elle proclamait, une intelligence qui consent à rouvrir le dossier du Christ, puis une prière qui découvre qu’elle s’adresse non à une abstraction, mais à Quelqu’un.

Son histoire demeure inachevée et devra, comme toute conversion, porter le fruit de la persévérance, de l’humilité et de la charité. Mais la parole prononcée publiquement est déjà grave et belle : « Jesus Christ is Lord. » Pour un chrétien, se convertir ne consiste jamais seulement à quitter une erreur, encore moins à changer d’audience. C’est se tourner vers une Personne, le Fils éternel fait homme, crucifié et ressuscité pour notre salut. Voilà pourquoi nous ne nous réjouissons pas d’abord qu’un défenseur de l’islam ait changé de camp, mais qu’un homme qui refusait la divinité du Christ ose désormais confesser, devant ceux auxquels il enseignait le contraire, que Jésus Christ est Seigneur.

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Les 27 millions du voyage de Léon XIV : anatomie d’un faux scandale

Depuis l’annonce du budget de la visite du pape Léon XIV en France, un chiffre tourne en boucle : 27 millions d’euros. Isolé, grossi et parfois transformé en facture adressée aux contribuables, il suffit à provoquer les commentaires attendus : « Jésus n’aurait jamais dépensé cela », « le pape se prend pour une rock star », « que l’Église vende donc les trésors du Vatican »…

L’indignation moderne aime les nombres nus. Ils impressionnent d’autant plus qu’on ne précise ni ce qu’ils recouvrent, ni qui les finance, ni à combien de personnes ils se rapportent. Pourtant, avant de pousser les hauts cris, quatre questions élémentaires devraient être posées : 27 millions pour quoi ? Pour combien de personnes ? Payés par qui ? Et comparés à quoi ?

Sans périmètre, sans payeur, sans dénominateur et sans élément de comparaison, un chiffre n’est pas encore une information. C’est seulement un bouton à colère.

Ce que financent réellement les 27 millions

Léon XIV doit se rendre en France du 25 au 28 septembre 2026. Le voyage comporte cinq grandes étapes : l’UNESCO, Paris, Saint-Denis, Lourdes et Metz. Parmi les principaux rassemblements figurent les vêpres à Notre-Dame, une veillée au Stade de France, une messe en plein air place de la Concorde et sur les Champs-Élysées, les célébrations de Lourdes et la messe de clôture à Metz.

Au 7 septembre, plus de 700 000 personnes étaient déjà inscrites et près de 2 500 journalistes accrédités. Nous sommes donc assez loin d’une excursion de quatre jours organisée pour promener une personnalité dans quelques voitures officielles.

Selon le communiqué des organisateurs, les 27 millions constituent le budget prévisionnel global de l’événement. Ils couvrent l’accueil et l’encadrement des participants, l’aménagement des sites, la logistique propre à chacune des étapes ainsi que les charges communes à l’ensemble du voyage.

Concrètement, accueillir plusieurs centaines de milliers de personnes suppose des barrières, des équipes d’orientation, des postes de secours, des sanitaires, des installations électriques, des podiums, de la sonorisation, des écrans permettant aux personnes éloignées de suivre les célébrations, des dispositifs de retransmission et une sécurisation interne des sites. Tout cela doit être transporté, installé, contrôlé, exploité puis démonté.

Le pape ne reçoit évidemment pas 27 millions d’euros. Ce montant n’est ni son cachet, ni le prix de ses déplacements personnels, ni la rémunération d’une prétendue « rock star ». C’est le coût annoncé de l’organisation de plusieurs rassemblements gratuits d’une ampleur exceptionnelle.

Rapporté mécaniquement aux 700 000 inscriptions annoncées, le budget représente environ 38,60 euros par inscription. Ce calcul n’est ni un prix de billet — toutes les inscriptions sont gratuites — ni un véritable coût comptable par personne. Il fournit seulement l’ordre de grandeur que les titres racoleurs omettent soigneusement.

La comparaison internationale est également instructive. Lors du voyage de Léon XIV en Espagne, en juin 2026, les organisateurs avaient annoncé plus de 550 000 inscriptions et un budget de 25 millions d’euros. Cela représentait environ 45,50 euros par inscription, contre 38,60 euros en France. Les programmes et les périmètres n’étant pas rigoureusement identiques, il ne faut pas transformer cette comparaison en audit. Elle suffit néanmoins à montrer que le budget français ne relève pas d’une extravagance sans précédent.

Qui paie réellement ?

C’est ici que la présentation habituelle devient franchement trompeuse. Les 27 millions ne correspondent pas à 27 millions d’euros versés par l’État.

L’organisation indique que le financement sera assuré très majoritairement par la générosité des fidèles et des participants. Au 7 septembre, la collecte lancée au début de l’été avait déjà rapporté près de 5,5 millions d’euros. Les dons recueillis avant et pendant les célébrations doivent être complétés par le mécénat de particuliers et d’entreprises ainsi que par la vente de produits liés au voyage. Si ces recettes ne suffisent pas, certaines ressources propres de l’Église affectées à ses activités pastorales pourront être mobilisées.

Cela ne signifie pas que l’argent public soit totalement absent. La vérité n’a rien à gagner à remplacer une exagération par une autre.

La FAQ officielle du voyage précise que l’État prend en charge les dépenses relevant de la « sécurité républicaine » et de l’accueil d’un chef d’État, tandis que l’Église finance l’organisation des manifestations pastorales. Cette distinction est importante : la sécurisation de l’espace public, la protection d’un souverain étranger et les obligations protocolaires relèvent des missions normales de l’État, comme lors de la venue de n’importe quel dirigeant exposé à un risque particulier.

À Metz, la municipalité a par ailleurs inscrit une provision pouvant atteindre 500 000 euros, répartie entre 250 000 euros de fonctionnement et 250 000 euros d’investissement. Cette décision a été contestée par l’Union des familles laïques, qui a demandé un contrôle de légalité. Le maire a indiqué s’attendre à consommer la partie consacrée au fonctionnement. Quant au montant total réellement dépensé, il devra être établi à la clôture des comptes : une provision budgétaire constitue une autorisation et un plafond, pas encore une facture définitive. Il faut également rappeler que la Moselle demeure soumise au régime concordataire et non au droit commun de la loi de 1905. Les détails de cette controverse sont rapportés par L’Est Républicain avec l’AFP.

Enfin, les dons donnent droit, sous les conditions prévues par la loi, à une réduction d’impôt de 66 %. Il s’agit bien d’un soutien fiscal indirect. Mais une réduction d’impôt n’est pas un chèque de même montant adressé par l’État à l’organisateur : elle dépend des dons effectivement versés, de leur éligibilité et de la situation fiscale de chaque donateur.

La formulation honnête est donc la suivante : il existe des dépenses publiques de sécurité, de protocole, d’aménagement local et un soutien fiscal indirect, dont le montant définitif devra être rendu public. Mais présenter le budget général de 27 millions comme une facture de 27 millions imposée aux contribuables est faux.

Les organisateurs évoquent également des retombées économiques importantes pour les villes traversées. Elles sont plausibles, compte tenu des dépenses de transport, d’hébergement et de restauration engendrées par une telle affluence. Tant qu’une étude indépendante ne les aura pas mesurées, il convient cependant de les présenter comme une prévision des organisateurs et non comme un bénéfice déjà démontré. Cette prudence devrait valoir pour les arguments des deux camps.

Pourquoi un gros chiffre suffit-il à provoquer la colère ?

Dire que « les Français ne connaissent rien à l’économie » serait aussi caricatural que d’affirmer que les 27 millions sortent intégralement des caisses de l’État. Les études disponibles montrent néanmoins une culture financière fragile et des difficultés assez répandues dès qu’il faut manipuler des proportions, des intérêts ou plusieurs catégories comptables.

La dernière enquête Banque de France-CSA, menée auprès d’un échantillon représentatif de 2 217 adultes, attribue aux Français une note globale de 12,82 sur 20 en culture financière. Le résultat progresse par rapport aux 12,45 obtenus en 2023, mais reste très moyen.

Lorsqu’on demande combien produisent 100 euros placés pendant un an à 2 %, seuls 53 % des répondants donnent la bonne réponse, soit 102 euros. Lorsqu’il faut comprendre qu’au bout de cinq ans le capital dépassera 110 euros en raison de l’accumulation des intérêts, ils ne sont plus que 42 % à répondre correctement.

L’enquête internationale PIAAC de l’OCDE aboutit à un constat voisin : 28 % des adultes français se situent au niveau 1 ou en dessous en numératie, contre 25 % en moyenne dans l’OCDE. À ce niveau, une personne sait effectuer des opérations simples sur des nombres entiers ou de petites sommes d’argent, mais rencontre des difficultés lorsqu’un calcul exige plusieurs étapes, par exemple pour résoudre une proportion.

Les sciences cognitives ont d’ailleurs donné un nom à l’un des mécanismes exploités par les gros titres : la négligence du dénominateur. Les individus accordent spontanément beaucoup d’importance au nombre placé au numérateur et insuffisamment à la population ou au volume auquel il se rapporte. Ce « ratio bias » a notamment été étudié par Valerie Reyna et Charles Brainerd dans leurs travaux sur la numératie et la perception des risques.

Ce biais n’est évidemment pas une spécialité française. Mais il permet de comprendre pourquoi l’affichage d’un énorme « 27 MILLIONS ! » provoque une réaction avant même que l’on demande si cette somme concerne 30 personnes ou 700 000, un déjeuner privé ou cinq rassemblements nationaux, une dépense publique ou des dons privés.

La fable du Vatican disposant d’un trésor sans fond

Dès qu’une dépense catholique est évoquée, un autre argument apparaît : le Vatican serait immensément riche et pourrait tout payer sans solliciter personne.

Cette affirmation repose généralement sur la confusion de quatre réalités différentes : l’État de la Cité du Vatican, le Saint-Siège, l’Institut pour les œuvres de religion et l’ensemble de l’Église catholique mondiale. Or ces institutions ne forment pas une multinationale dont le pape pourrait librement vider les filiales.

L’Institut pour les œuvres de religion, couramment appelé « banque du Vatican », n’est d’abord pas un mastodonte bancaire. Il faut ici parler de bilan et non de « budget ». D’après son rapport annuel 2025, l’IOR possède un bilan total de 2,48 milliards d’euros et environ 815,3 millions d’euros de fonds propres.

Les 5,9 milliards d’euros fréquemment brandis ne constituent pas une fortune appartenant à l’Institut. Il s’agit du total des avoirs de ses clients : 1,559 milliard de dépôts, 3,450 milliards d’actifs sous gestion et 864 millions de titres conservés pour leur compte. Plus de 4,2 milliards sont même comptabilisés hors bilan. Une banque qui conserve ou gère les titres de ses clients n’en devient pas propriétaire. Quant aux dépôts, ils apparaissent au passif du bilan : la banque doit cet argent à ses déposants.

Pour donner une échelle, BNP Paribas affichait fin 2025 un bilan de 2 793 milliards d’euros. Son bilan est donc environ 1 126 fois plus important que celui de l’IOR. Ce dernier n’est pas pauvre et ses fonds propres sont solides, mais le présenter comme un géant de la finance internationale relève du roman.

Les comptes du Saint-Siège racontent la même histoire. En 2024, les recettes d’exploitation consolidées atteignaient environ 1,23 milliard d’euros et les dépenses 1,275 milliard, hôpitaux compris. Il en résultait un déficit opérationnel d’environ 44,4 millions d’euros. Les résultats financiers, certaines plus-values et la progression des dons ont finalement permis de dégager un léger excédent comptable de 1,6 million. Le Secrétariat pour l’économie du Saint-Siège a lui-même appelé à la prudence, une partie de l’amélioration provenant d’éléments ponctuels.

Hors hôpitaux, 393,29 millions d’euros ont été consacrés à la mission apostolique et aux fonds pontificaux. Le premier poste, soit 146,4 millions, correspond au soutien apporté à des Églises locales en difficulté et dans des territoires particuliers d’évangélisation. Viennent ensuite le culte, la communication, les nonciatures et les œuvres de charité.

À titre de simple ordre de grandeur, le budget primitif 2024 du département de La Réunion atteignait 1,327 milliard d’euros. Les missions ne sont évidemment pas comparables, mais les dimensions financières le sont : l’ensemble des dépenses consolidées du Saint-Siège, hôpitaux compris, correspond approximativement au budget annuel d’un grand département français.

Le Saint-Siège n’est donc pas pauvre. Il dispose d’un patrimoine immobilier et financier réel. Mais il connaît aussi des déficits structurels, des charges de personnel, des dépenses diplomatiques, pastorales, médiatiques, hospitalières et caritatives. Il est très loin de la puissance financière inépuisable imaginée par un certain catéchisme anticlérical.

Un patrimoine n’est pas un compte courant

L’expression « la richesse de l’Église » entretient une dernière confusion : elle additionne mentalement toutes les cathédrales, abbayes, églises, universités, œuvres d’art et terrains associés au catholicisme, puis attribue l’ensemble au pape.

Le Code de droit canonique dit précisément le contraire. Les canons 1255 et 1256 reconnaissent la capacité patrimoniale propre du Saint-Siège, des Églises particulières et des autres personnes juridiques. Le droit de propriété appartient à la personne juridique — diocèse, paroisse, congrégation, fondation ou autre institution — qui a légitimement acquis le bien. L’autorité du pape ne transforme pas cette pluralité en propriété personnelle ni en trésorerie centralisée.

En France, la situation est plus éloquente encore. La plupart des édifices cultuels catholiques antérieurs à 1905 appartiennent aux communes. Les églises construites après la séparation appartiennent généralement aux associations diocésaines qui les ont financées. Le ministère de la Culture rappelle quant à lui que l’État est propriétaire de 87 cathédrales, ainsi que de la basilique Saint-Nazaire de Carcassonne et de l’église Saint-Julien de Tours.

Enfin, la valeur patrimoniale d’une basilique, d’une fresque ou d’un tableau ne constitue pas une somme disponible. Notre-Dame de Paris peut avoir une valeur historique et symbolique inestimable sans qu’il soit possible de retirer cette valeur à un distributeur pour louer des sanitaires ou des écrans géants. Certains biens peuvent éventuellement être cédés sous des conditions strictes ; d’autres sont protégés, affectés au culte ou indispensables à la mission de leur propriétaire. Dans tous les cas, confondre patrimoine historique et trésorerie disponible constitue une faute comptable élémentaire.

Et puisque l’on invoque Jésus…

Certains opposants à la visite citent désormais l’épisode des marchands du Temple rapporté en Matthieu 21. Jésus expulse les vendeurs et les changeurs qui avaient envahi le Temple et transformé une maison de prière en « caverne de bandits ».

Le passage est parfaitement pertinent pour condamner l’exploitation de la foi, la cupidité et le commerce installé au cœur du sanctuaire. Il ne dit absolument rien du coût matériel nécessaire à l’accueil d’une foule, à la célébration publique du culte ou à la protection des participants. Passer de « Jésus chasse les marchands du Temple » à « toute dépense liée à un événement religieux est condamnable » constitue un contresens.

Les Évangiles ne présentent d’ailleurs pas le ministère de Jésus comme une activité miraculeusement affranchie de toute réalité matérielle. Saint Luc mentionne les femmes qui accompagnaient Jésus et les Douze en les servant « en prenant sur leurs ressources ». Saint Jean signale l’existence d’une bourse commune destinée notamment à acheter ce qui était nécessaire et à donner aux pauvres. La gratuité du salut n’a jamais signifié que la nourriture, les déplacements ou l’accueil des foules ne coûtaient rien.

Mais le passage le plus piquant se trouve en Jean 12. Marie de Béthanie répand sur les pieds de Jésus un parfum très pur et de très grande valeur. Judas s’indigne : pourquoi ne pas avoir vendu ce parfum pour trois cents deniers afin de donner l’argent aux pauvres ? Trois cents deniers représentaient une somme considérable, proche du salaire de plusieurs mois de travail — la parabole des ouvriers de la vigne montre qu’un denier correspondait au salaire convenu pour une journée.

L’évangéliste prend surtout soin de préciser que Judas parlait ainsi « non par souci des pauvres ».

Il ne s’agit évidemment de comparer aucun commentateur contemporain à Judas. Il faut simplement constater que l’argument « quelle honte, cet argent aurait dû être donné aux pauvres » ne reçoit pas dans l’Évangile le brevet automatique de supériorité morale que certains lui attribuent.

La réponse de Jésus n’autorise pas davantage toutes les dépenses ecclésiales. Une dépense peut être excessive, mal préparée ou insuffisamment contrôlée. Mais coût, gaspillage et vol sont trois réalités différentes. Il faut examiner des comptes pour démontrer les deux derniers, et non brandir un verset sans rapport avec le sujet.

Quant à l’objection selon laquelle Jésus, Fils de Dieu, n’avait nul besoin d’une organisation de « rock star », elle oublie l’essentiel : les 27 millions ne servent pas au confort personnel du pape, mais à rendre accessibles et sûrs des rassemblements réunissant des centaines de milliers de personnes. Une messe n’a pas de prix, mais le microphone permettant de l’entendre, les écrans permettant de la voir, les secours, les sanitaires et les barrières de sécurité ont un coût. L’Église est composée d’hommes incarnés, non d’anges capables de se téléporter et de traverser les foules.

On peut être anticlérical. On peut estimer que le programme aurait dû être plus modeste. On peut demander le montant exact des dépenses publiques, contester telle décision municipale, exiger la publication des comptes définitifs et réclamer un audit sérieux des écarts avec le budget prévisionnel. Tout cela relève du débat légitime.

Mais lorsque l’on confond budget d’organisation et argent public, fonds propres et dépôts de clients, patrimoine historique et liquidités disponibles, diocèses et Vatican, marchands du Temple et accueil gratuit de 700 000 personnes, on ne fait plus de contrôle citoyen. On met simplement en scène son indignation.

Et puisque l’on prétend invoquer la Bible à propos du pape, la moindre des choses serait peut-être de la lire entièrement — et jusqu’au bout.

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La CEDH s’est prononcée sur la polygamie en Europe

Dans l’affaire A. A., la Cour européenne des droits de l’homme a reconnu que les Pays Bas pouvaient refuser le regroupement familial d’un réfugié yéménite (Frère Musulman) avec les enfants de ses seconde et troisième épouses, en raison notamment de l’interdiction de la polygamie.

Mais la Cour n’a pas jugé que l’interdiction de la polygamie justifie – à elle seule – le refus du regroupement familial. Elle a seulement estimé que c’est un argument légitime de l’Etat au soutien du refus, et qu’il faut le mettre en balance avec les droits et intérêts concurrents de la famille en cause (notamment leurs conditions de vie).

La Cour n’a porté aucun jugement sur la polygamie. À aucun moment elle ne l’a déclarée contraire à la Convention et aux valeurs européennes. Elle aurait pourtant pu le faire à la lumière de la définition du mariage contenue dans la Convention européenne des droits de l’homme, comme l’union d’un homme et d’une femme (art. 12). La Cour s’est contentée de constater que la polygamie est actuellement interdite dans les pays européens. La Cour a notamment tenu compte du fait que si l’homme avait accepté de divorcer, ils aurait pu obtenir le regroupement demandé.

Conclusions que l’on peut tirer de cette décision :

  1. Les familles polygames sont protégées par la Convention européenne des droits de l’homme ;
  2. La polygamie n’est pas contraire à la Convention européenne des droits de l’homme ;
  3. La polygamie peut toutefois être interdite en Europe
  4. La polygamie est un motif légitime – mais non suffisant – pour refuser un regroupement familial.

« Ils se demandent : qui est le pape en Chine ? Xi Jinping ou le pape Léon XIV ? »

Conformément à l’accord secret conclu entre le Vatican et la Chine, un nouvel évêque de Chongqing a été consacré, après avoir été élu par l’Église d’État en avril.

Andrea Ding Yang a été consacré ordinaire du siège de Chongqing. Il avait été élu par l’Association patriotique catholique chinoise (APCC) – l’Église d’État fidèle à Pékin et à l’idéologie communiste – le 15 avril, et nommé par le pape Léon XIV le 28 juillet. Le communiqué du Vatican précisait que le nouvel évêque avait été approuvé par le pape conformément à l’accord conclu entre le Vatican et la Chine concernant la nomination des évêques. Comme toujours, les informations communiquées par le CCPA ne mentionnaient pas la nomination de Yang par le pape Léon XIV, l’Église d’État ne reconnaissant pas l’autorité du Saint-Siège.

Autre constante : les versions divergentes des informations fournies par le Vatican et Pékin concernant le nouvel évêque. Yang, qui aura 45 ans la semaine prochaine, a été ordonné prêtre en mai 2007 après avoir étudié au séminaire national de Pékin. Selon le Vatican, il a passé un an à étudier à l’Université pontificale de la Sainte-Croix à Rome à partir de mars 2014 – un fait que le CCPA n’a pas mentionné.

Ce que le Vatican a omis de mentionner, c’est l’implication particulièrement étroite de Yang auprès de l’Église d’État qui ne reconnaît pas le pape. Le CCPA a noté que Yang occupe le poste de secrétaire général adjoint de la conférence épiscopale agréée par l’État, ainsi que celui de vice-président des « Deux Sessions » catholiques de Chongqing et de secrétaire général du Comité des affaires académiques.

Le nouvel évêque sera donc un homme parfaitement au fait de la politique de sinisation imposée par Pékin et mise en œuvre par le CCPA. Les spécialistes de la Chine avertissent que cette politique implique que « toutes les communautés religieuses soient dirigées par le Parti, contrôlées par le Parti et soutiennent le Parti » ; de ce fait, la sinisation conduit fondamentalement au rejet du catholicisme et à l’adoption des idéologies communistes.

Une autre divergence concerne le siège lui-même. La Chine ne reconnaît pas les archidiocèses métropolitains et ne reconnaît donc Chongqing que comme un diocèse. En revanche, le Saint-Siège l’a désigné comme un archidiocèse dans son propre communiqué de presse.

Le siège épiscopal de Chongqing a une histoire complexe et est vacant depuis de nombreuses années. Plusieurs évêques, fidèles uniquement à l’État et dont la consécration n’a pas été approuvée par Rome, s’y sont succédé. Son histoire épiscopale récente témoigne des tensions qui règnent entre l’Église officielle, qui exerce son pouvoir, et l’Église clandestine, qui lutte pour sa survie.

L’évêque Shi Mingliang a occupé le siège épiscopal de 1963 à 1978, ayant été consacré sans l’approbation du Vatican. Il a été remplacé par l’évêque Simon Liu Zongyu, consacré en 1981 également sans approbation papale. Vint ensuite l’évêque Peter Luo Beizhan, consacré en 1993 et ​​décédé en 2001. Un autre évêque est également mentionné, Joseph Hou Guoyang, consacré en 1989, mais dont la consécration aurait été invalidée par le Saint-Siège en raison de son mariage.

Les partisans de l’accord sino-vatican de 2018 considèrent donc la consécration d’aujourd’hui comme une avancée positive, puisqu’elle pourvoit un siège vacant de longue date, à la satisfaction de Rome et de Pékin. Pourvoir à de tels sièges était l’un des objectifs affichés de l’accord, bien que celui-ci soit resté officiellement secret.  

La consécration de Yang intervient quelques jours seulement après celle du père Paul Liu Honggang comme évêque du diocèse de Datong, après sa confirmation par le pape Léon en vertu des termes de l’accord sino-vatican. En effet, Léon XIV s’est montré particulièrement actif dans la nomination d’évêques conformément aux termes de l’accord. Le prochain examen n’étant prévu qu’en 2028, soit dix ans après la mise en place de l’accord, cette tendance devrait se poursuivre.  

Mais comme l’a récemment rapporté le Catholic Herald , l’Église clandestine a donné un signe notable de l’échec de l’accord sino-vatican. Des évêques sont consacrés secrètement pour cette communauté, et au moins dix évêques ont été consacrés dans la seule province du Fujian depuis la signature de l’accord. Selon nos informations, la plupart de ces consécrations ont eu lieu au cours de la dernière année.

Selon l’évêque clandestin qui a révélé l’existence de ces consécrations secrètes, cette initiative vise à protéger la foi. C’est en raison des craintes que l’intégrité de la foi catholique ne soit compromise par l’influence croissante des autorités communistes que ces consécrations secrètes ont eu lieu afin d’assurer la survie de l’Église en Chine.

Depuis que cette information a été révélée fin août, le Vatican n’a fait aucun commentaire public et n’a pas répondu à la demande de commentaires du Catholic Herald à ce sujet.  

L’évêque clandestin a averti que le Saint-Siège risquait de perdre son autorité morale au sein de l’Église clandestine, car les catholiques ne font plus confiance au Vatican pour agir dans leur intérêt : « Ils se demandent : qui est le pape en Chine ? Xi Jinping ou le pape Léon XIV ? »

Depuis la signature de l’accord en 2018, des experts de la Chine ont mis en garde contre ses failles, et des organisations de défense des droits humains ont constaté une recrudescence des persécutions contre les chrétiens, conséquence directe de cet accord. Malgré cela, le Vatican a maintenu son soutien indéfectible à l’accord.

Source : The Catholic Herald

De Léon XIII à Léon XIV : l’Eglise face aux défis politiques

Nous avons interrogé Benoît Dumoulin, directeur d’ICHTUS concernant le nouveau parcours de conférences 2026-2027, consacré à l’Eglise face aux défis politiques :

Pourquoi l’association Ichtus a-t-elle choisi de traiter le thème de l’Église face aux défis politiques pour sa session 2026-2027 des Mardis d’Ichtus ?

La question religieuse ne peut plus être évacuée d’un revers de main parce que Dieu – ou au minimum le fait religieux – est de retour dans l’histoire. D’une certaine manière, il ne l’avait jamais vraiment quittée mais beaucoup ont cru en France que le fait religieux était définitivement séparé du fait politique. Or nous voyons bien que, parmi les défis politiques les plus décisifs du moment, la question religieuse se pose à nouveau.

Pourquoi cette question religieuse se pose-t-elle à nouveau ?

D’une part en raison de la crise d’identité et de cohésion de notre nation, oublieuse de ses racines chrétiennes : la laïcité et les valeurs de la République ne suffisent pas, loin s’en faut, à offrir un ciment commun aux citoyens. D’autre part en raison de la progression de l’islam sur notre sol : celui-ci est en train de fournir une identité essentielle à de nombreux Français et il est clair que l’islam produit un fait religieux profondément politique et social. Enfin, il suffit de faire le diagnostic des maux qui touchent notre pays pour constater que la doctrine sociale de l’Église propose des principes dont la négation est un facteur important de notre état de dissociété et qui constituent pourtant un remède à ces maux. L’Église s’est toujours intéressée aux questions politiques et sociales et il nous semble important, dans le contexte que je viens de décrire, de comprendre comment l’Église, tout en s’inscrivant dans le temps long, sait proposer des réponses aux défis politiques de chaque temps de l’histoire. Il s’agit donc de revisiter cette inscription historique – de Léon XIII à Léon XIV – de l’Église face aux défis politiques et d’en tirer des leçons pour aujourd’hui.

Concrètement, comment se présente cette formation ?

Nous proposons neuf conférences chaque premier mardi du mois, en respectant la chronologie des papes successifs, de Léon XIII à Léon XIV, avec des intervenants particulièrement compétents sur chacun des pontificats, notamment Christophe Geffroy, Yves Chiron, Xavier Boniface, Frédéric Le Moal, Bernard Lecomte, Christophe Dickès, Jean-Marie Guénois et Jean-Baptiste Noé. Nous proposons une inscription sur l’année à l’ensemble du cycle de conférences, qui peut être suivi sur place chez Ichtus au 49 rue des Renaudes à Paris ou à distance par vidéo (en direct et en différé), individuellement ou en groupe. Par ailleurs, nous mettons à la disposition des inscrits une documentation spécifique pour chaque conférence et un abonnement d’un an à la revue trimestrielle Permanences.

Vous êtes l’auteur d’un livre paru en mars 2026 aux éditions Boleine et intitulé Quelle laïcité pour demain ?, préfacé par Matthieu Bock-Côté. Pourquoi est-il important de revisiter ce thème de la laïcité aujourd’hui ?

On a voulu faire de la laïcité une forme de religion civile destinée à remplacer en quelque sorte l’espace jadis occupé par le christianisme comment facteur de structuration de la vie sociale. Or la laïcité reste, en son essence, un principe fondamentalement négatif qui entend retrancher le religieux de l’espace commun pour supposément rendre ce dernier accessible à tous. Fruit de compromis fragiles, la laïcité doit toutefois demeurer une praxis fondée sur un jugement prudentiel qui vise le bien commun : elle est un moyen et non une fin. Si elle peut constituer, dans certains cas, une zone tampon au service de la paix civile, elle n’est plus un facteur de cohésion quand elle se mue en idéologie pour devenir à elle-même sa propre justification en même temps que sa propre fin. Dans ce livre, je remonte aux origines de la laïcité, fondée sur la distinction des pouvoirs temporel et spirituel, et en quelque fille de la scholastique médiévale, et je souligne la rupture des temps modernes, lesquels sont marqués par l’illusion du Salut par l’État. Bien sûr, j’aborde aussi les lois de 1901 et 1905, j’explique la différence entre laïciser l’État et la société et je propose un regard chrétien sur la laïcité.

Forbach : armé d’un couteau, il est interpellé dans l’église aux cris d’«Allah akbar»

Mardi 8 septembre, un homme a pénétré dans l’église Saint-Rémi de Forbach, en Moselle, aux cris d’« Allah akbar ». Il cherchait le prêtre de la paroisse, qui ne se trouvait pas dans l’édifice au moment des faits.

Alertés, les policiers sont rapidement intervenus et ont interpellé l’homme à l’intérieur de l’église. Celui-ci était porteur d’un couteau lors de son interpellation.

Âgé de 35 ans et de nationalité étrangère, l’individu est en situation régulière sur le territoire français. Il est inconnu du renseignement territorial, mais connu au Traitement des antécédents judiciaires (TAJ), qui répertorie les individus déjà mis en cause dans une procédure. L’homme a été placé en garde à vue.

Le procès d’un État irresponsable

De Guillaume de Thieulloy dans Les 4 Vérités :

Publié chez Fayard, Le Casse du siècle, premier livre de Sarah Knafo, se présente comme une enquête à charge contre un système public dont les dépenses sont devenues incontrôlables. Le titre donne le ton.

Sarah Knafo ne propose pas une énième méditation sur la « soutenabilité » de la dette. Elle parle de casse. Le mot est brutal, presque judiciaire. L’auteur revendique cette démarche: le lecteur doit entrer dans le livre en victime et en sortir en juge.

La force première du livre est pédagogique. Sarah Knafo s’attaque à un sujet dont la technicité sert trop souvent d’écran de fumée. Les questions budgétaires semblent réservées aux initiés. L’auteur ramène la question à l’échelle du citoyen.

Où va l’argent ? Qui le prélève? Que reçoit en retour celui qui travaille et paie? Et pourquoi l’augmentation de la dépense ne produit-elle pas nécessairement un service public à la hauteur des prélèvements ? L’idée la plus efficace du livre est de partir de la fiche de paie. Dans son entretien au JDD, Sarah Knafo prend l’exemple d’un salarié médian et compare le coût de son travail à ce qu’il perçoit effectivement. Elle veut rendre visible ce que les prélèvements successifs ont d’abstrait. L’intuition est claire: un impôt n’est jamais seulement une ligne comptable, c’est une part du travail d’un Français.

On pourra reprocher à Sarah Knafo le caractère maximaliste de son réquisitoire. Le risque est certainement de transformer une pathologie complexe en récit trop simple: d’un côté les Français qui paient, de l’autre un système qui gaspille.

Mais le mérite du livre est précisément de refuser la résignation. Là où tant d’essais constatent la dette ou le déficit avant de conclure qu’il faudrait « agir », Sarah Knafo entend descendre dans la mécanique des dépenses et proposer des économies. Le livre ne se contente donc pas d’un procès : il veut être un programme d’économies (130 milliards d’euros), et une méthode de gouvernement.

C’est ce qui donne au livre sa dimension politique. Il défend une certaine idée de l’État: moins prodigue, plus concentré sur ses missions essentielles, plus exigeant sur les résultats. La puissance publique ne se mesure pas au volume des crédits qu’elle distribue, mais à sa capacité à assurer effectivement ses missions.

Il faut donc lire ce livre moins comme un manuel de finances publiques que comme un acte d’accusation destiné à déplacer le débat. Ses chiffres appellent vérification, ses propositions discussion, et ses conclusions peuvent susciter des désaccords. C’est même la moindre des choses pour un ouvrage politique.

Mais l’essentiel demeure: Sarah Knafo pose une question que le débat public français préfère trop souvent occulter. Jusqu’à quand peut-on augmenter les prélèvements, multiplier les dispositifs, empiler les administrations et laisser croître la dette sans demander sérieusement ce que tout cela produit ?

La réponse exige des comptes, des comparaisons, des arbitrages et du courage. Le mérite de ce livre courageux et efficace est de rappeler qu’en matière d’argent public, la première vertu n’est peut-être ni la générosité ni la dépense: c’est la responsabilité.

Le problème de la liturgie et de la musique sacrée est aussi le problème des séminaires

D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:

Je suis engagé dans le domaine de la musique sacrée depuis plus de quarante ans. Malheureusement, je dois constater que la crise dont j’ai commencé à prendre conscience à l’adolescence n’est certainement pas résolue aujourd’hui, alors que je suis parvenu aux années de la pleine maturité. Les causes de cette situation sont diverses, mais l’une d’entre elles m’est toujours apparue très clairement : la connaissance insuffisante, de la part d’une grande partie du clergé, du rôle de la musique dans la liturgie et, disons-le clairement, leur ignorance musicale et liturgique. Il y a certes des exceptions, mais elles ne sont, précisément, que des exceptions.
La vie d’un musicien liturgique peut se résumer à une succession de luttes avec des prêtres qui ne disposent pas des instruments nécessaires pour comprendre l’importance de la musique dans la liturgie. Certes, il existe également des musiciens d’Église inadéquats, mais eux aussi sont le produit d’un clergé qui n’accorde pas à la liturgie l’importance qu’elle mériterait.
J’ai souri en regardant une vidéo du grand organiste français Jean Langlais (1907-1991), dans laquelle il racontait ses rencontres avec d’autres grands organistes français. À un moment donné, parlant de Louis Vierne (1870-1937), organiste de Notre-Dame de Paris, il racontait que ce dernier avait exprimé le souhait qu’après sa mort sa dépouille ne soit pas bénie par les prêtres de Notre-Dame. Non que Vierne fût une personne simple — bien au contraire —, mais il est vrai que, souvent, les prêtres n’aident pas les musiciens à développer leur potentiel au service du bien de la liturgie ; ils constituent plutôt un obstacle.
Le problème réside certainement en partie dans une société qui accorde très peu d’importance à l’éducation musicale, mais aussi dans la formation insuffisante que reçoivent aujourd’hui les prêtres dans les séminaires. Au moins durant ces années de formation, ils devraient être mis en contact avec la tradition musicale de l’Église, afin de former leur goût musical. Très souvent, cependant, ce n’est pas le cas. On leur enseigne une sorte de pseudo-musique liturgique, produit mal assimilé de l’atmosphère des années 1970. Et l’on continue malgré tout à refuser de voir le problème : on prétend réformer la liturgie sans fournir à ceux qui sont chargés de mettre cette réforme en œuvre les instruments nécessaires pour éviter de dégrader la liturgie et la musique sacrée.
Le problème est que l’on ne défend pas le bien de la liturgie, mais une approche idéologique de celle-ci, qui s’impose comme si elle était la volonté du Concile, alors qu’elle trahit au contraire le Concile lui-même sur de nombreux points. J’imagine que les paroles de Léon XIV, lors d’une audience il y a quelques semaines, lorsqu’il parlait du sixième chapitre de Sacrosanctum Concilium, celui consacré à la musique sacrée, auront résonné, aux oreilles de nombreux prêtres et de personnes auxquelles on permet d’être responsables de la musique dans la liturgie sans en avoir la compétence nécessaire, comme une langue inconnue résonne à nos oreilles : incompréhensibles.
Chant grégorien ? Orgue ? Polyphonie ? Patrimoine musical de l’Église ?
Certes, à ce stade, il faudrait véritablement avoir le courage d’aller au fond de cette question. Mais lorsque je regarde autour de moi, je ne vois guère de personnes ayant la volonté d’aller au-delà du mythe pour regarder en face la réalité de ce qu’est devenue la liturgie dans l’Église catholique.

La peine de mort : un cas de contradiction flagrante entre le Pape François et ses prédécesseurs

Suite à la publication de l’ouvrage Ce qu’enseigne vraiment l’Eglise sur la peine de mort, nous avons interrogé Matthieu Lavagna :

Pouvez-vous résumer quel a été l’enseignement bimillénaire de l’Eglise sur la peine de mort ?

On entend souvent dire que les chrétiens « ne peuvent pas être favorables » à la peine de mort pour des raisons de principes. Qu’il serait incohérent de se dire « pour la vie » dans le cas de l’avortement et à l’euthanasie mais « pour la mort » dans d’autres cas.

Or cette accusation n’a pas lieu d’être. Si le chrétien s’oppose à l’avortement par exemple, c’est parce que cette pratique consiste à tuer délibérément des êtres humains innocents. Au contraire dans le cas de la peine de mort, l’autorité civile met à mort un criminel gravement coupable des crimes les plus atroces. Ainsi, la position chrétienne traditionnelle n’est pas d’être « pour la vie » absolument parlant mais d’être pour la défense de la vie humaine innocente.

Certains objectent parfois que la Bible s’opposerait à toute forme d’homicide et qu’en conséquence, la peine de mort serait contraire au commandement : « tu ne tueras point ». Toutefois, la Loi de l’Ancien Testament est plus précise. Lorsque Dieu dit : « Tu ne commettras pas de meurtre » (Ex 20, 13), il ajoute aussitôt: « Qui frappe un homme à mort sera mis à mort » et « qui frappe son père ou sa mère sera mis à mort » (Ex 21, 12). En réalité, l’interdiction de tuer dans la Bible a toujours été comprise comme l’interdiction de tuer l’innocent. La preuve est que la Bible elle-même commande la peine de mort pour les meurtriers: “Celui qui verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. Car Dieu a fait l’homme à son image.” (Gn 9,6). Sans même mentionner les nombreux passages de la loi Moïsiaque (aujourd’hui périmés) qui commandent la peine capitale, le Nouveau Testament confirme lui aussi cette légitimité morale.

Saint Jean affirme explicitement : « Si quelqu’un tue par l’épée, il faut qu’il soit tué par l’épée » (Ap 13,10). Saint Paul s’exclame quant à lui « Si j’ai commis quelque injustice, ou quelque crime digne de mort, je ne refuse pas de mourir » (Actes 25,11) et enseigne dans son épître aux Romains que « ce n’est pas en vain que [le magistrat] porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal » (Rm 13,4).

Certains objectent que l’Evangile s’opposerait au principe même de la peine de mort puisque Jésus a sauvé la femme adultère de la lapidation. Mais ce passage n’est pas contradictoire avec l’enseignement de saint Paul car il ne prouve pas que la peine de mort n’est jamais légitime. A la limite on peut soutenir que Jésus s’oppose à l’application d’une méthode aussi barbare que la lapidation comme mode de mise à mort ou bien qu’il s’oppose à la peine de mort pour un péché comme l’adultère. Mais s’opposer à ce que l’on tue à coup de pierres une femme repentante pour un crime comme l’adultère, n’implique pas que l’on s’oppose à toute forme de peine capitale pour des crimes bien plus atroces.

D’ailleurs Jésus semble même donner une indication qu’il ne remet pas en cause la peine de mort lorsqu’il cite avec approbation le commandement: « Celui qui maudit son père ou sa mère, qu’il soit puni de mort » (Mt 15:4) ou encore lorsqu’il affirme que ceux qui s’attaquent aux petits enfants méritent la mort : « si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer » (Mt 18,6). Enfin, nous avons l’exemple du bon larron sur la croix qui reconnait la justesse de sa mise à mort: « pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, [Jésus] n’a rien fait de mal » (Luc 23,41). Et Jésus ne le corrige pas sur le fait qu’il mérite bien son châtiment. Au contraire, il accueille avec bonté le repentir du bon larron, lui annonçant qu’il sera sauvé le jour même parce qu’il accepte sa peine comme une expiation de ses péchés dont il s’est repenti.

Ainsi, nous sommes en droit de conclure que la Bible, à la fois dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, accepte le principe moral de la peine de mort implicitement dans certains passages (Luc 23,41; Actes 25,11 ; Mt 18,6 ; Jn 19,11) et explicitement dans d’autres (Gn 9,6 ; Rm 13,4 , Ap 13,10, Mt 15,4 Mc7,10).

Il se trouve qu’il existe aussi un consensus des Pères, des Docteurs et des théologiens de l’Eglise soutenant que l’Etat a en principe le droit d’exercer la peine capitale. Ce consensus ne porte pas sur le fait que la peine de mort doit être appliquée à chaque crime mais seulement sur le fait que l’État dispose du droit de mettre à mort les grands criminels dans certaines circonstances. Tous les Pères et Docteurs qui se sont prononcés sur la peine capitale reconnaissent sa légitimité de principe. Parmi les docteurs de l’Eglise les plus emblématiques, il nous faut évidemment citer Saint Thomas d’Aquin: « Le meurtre de l’homme est interdit dans le Décalogue dans la mesure où il s’agit un meurtre indu. […] Mais tuer les malfaiteurs ou les ennemis de la république, cela n’est pas indu. Par conséquent, cela ne contredit pas le précepte du Décalogue».

Pour saint Thomas, infliger la peine de mort est en réalité un acte de charité: « ce châtiment, le juge ne le porte point par haine, mais par l’amour de charité, qui fait passer le bien commun avant la vie d’une personne. Et pourtant, la mort infligée par le juge sert au pécheur, s’il se convertit, à l’expiation de sa faute, et s’il ne se convertit pas, elle met un terme à sa faute, en lui ôtant la possibilité de pécher davantage. »

Ainsi, d’après Thomas, la peine de mort est en un sens bénéfique et salutaire pour les grands criminels s’ils se repentent et l’acceptent comme une punition expiatoire de leur péchés. Elle favorise l’urgence de la conversion. Au contraire, quelqu’un qui serait condamné à la prison à vie ne ressentirait pas cette « urgence » de conversion.

Ajoutons enfin qu’il existe un consensus de l’enseignement des Papes en faveur de la licéité morale de la peine de mort dans certaines circonstances jusqu’à Benoît XVI.

Le Pape saint Pie V, affirme par exemple dans le Catéchisme du concile de Trente : « Il est une autre espèce d’homicide qui est également permise, ce sont les homicides ordonnés par les magistrats qui ont droit de vie et de mort pour sévir contre les criminels que les tribunaux condamnent, et pour protéger les innocents. Quand donc ils remplissent leurs fonctions avec équité, non seulement ils ne sont point coupables de meurtre, mais au contraire ils observent très fidèlement la Loi de Dieu qui le défend. Le but de cette loi est en effet de veiller à la conservation de la vie des hommes, par conséquent les châtiments infligés par les magistrats, qui sont les vengeurs légitimes du crime, ne tendent qu’à mettre notre vie en sûreté, en réprimant l’audace et l’injustice par les supplices. »

Saint Pie X se situe parfaitement dans cette lignée lui aussi dans son catéchisme : « Il est permis de tuer son prochain quand on combat dans une guerre juste ; quand, par ordre de l’autorité suprême, on exécute une condamnation à mort, châtiment de quelque crime, et en quand on est en cas de nécessaire et légitime défense contre un injuste agresseur ».

En 1952, le Pape Pie XII confirmait également: « Quand il s’agit de l’exécution d’un condamné à mort, […] il est réservé alors au pouvoir public de priver le condamné du bien de la vie, en expiation de sa faute, après que, par son crime, il s’est déjà dépossédé de son droit à la vie. »

Même saint Jean Paul II qui était personnellement favorable à une abolition pratique de la peine capitale reconnaissait néanmoins dans le Catéchisme de l’Eglise catholique que « L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort » (n°2267).

Le cardinal Ratzinger concluait en 2004 que les catholiques pouvaient avoir des avis différents sur l’application prudentielle de la peine de mort: « il peut être permis de prendre les armes pour repousser un agresseur ou d’avoir recours à la peine capitale. Les catholiques peuvent légitimement avoir des opinions différentes sur la guerre ou la peine de mort, mais en aucun cas sur l’avortement et l’euthanasie. » (Consignes pour recevoir les sainte communion, 2004).

Il est donc erroné de dire que les catholiques ne peuvent pas être favorables à la peine de mort. L’Ecriture Sainte, le consensus des Pères, le consensus des Docteurs, et des Papes jusqu’à Benoit XVI enseignent que la peine de mort n’est pas intrinsèquement immorale et qu’elle peut être permise dans certaines circonstances. Ce sujet est donc une question prudentielle qui peut-être débattue chez les catholiques.

Le Pape François a-t-il contredit ses prédécesseurs sur le sujet ?

Il est difficile de réconcilier les propos du Pape François sur ce sujet avec l’Ecriture Sainte, la Tradition et ce qu’ont enseigné l’ensemble de ses prédécesseurs dans leur magistère.

Dans son Message-vidéo au VIe Congrès mondial contre la peine de mort, le 21 juin 2016 le Pape s’exclamait : «Le commandement « tu ne tueras point » a une valeur absolue et inclut aussi bien l’innocent que le coupable. »

Notons la contradiction flagrante avec les propos de Jean-Paul II qui restreignaient la valeur absolue du 5è commandement aux innocents « Si l’on doit accorder une attention aussi grande au respect de toute vie, même de celle du coupable et de l’injuste agresseur, le commandement « tu ne tueras pas » a une valeur absolue quand il se réfère à la personne innocente. » (Evangelium Vitae 57)

Cette première contradiction est passée presque inaperçue dans la presse mais les autres déclarations successives de François sur la peine de mort ont clarifié son opposition à ses prédécesseurs.

Dans son Discours aux Participants à la Rencontre organisée par le Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation, 11 octobre 2017 ) François a enseigné que la peine de mort semble être intrinsèquement immorale en elle-même puisqu’elle est une « mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle, quel que soit son mode opératoire» qui « attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » et qui est « par elle-même contraire à l’Evangile ».

Il fit aussi modifier en 2018 le n° 2267 du Catéchisme de l’Eglise catholique en incluant les mots suivants :

« Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun. Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. […]l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que « la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde. » (CEC 2267)

Quelques mois plus tard, dans un Discours à une délégation de la Commission internationale contre la peine de mort, 17 décembre 2018 François remarque : « La réforme du texte du Catéchisme au point consacré à la peine de mort n’implique aucune contradiction avec l’enseignement du passé, car l’Eglise a toujours défendu la dignité de la vie humaine. Toutefois, le développement harmonieux de la doctrine impose la nécessité de refléter dans le Catéchisme le fait que, même si demeure la gravité du délit commis, l’Eglise enseigne, à la lumière de l’Evangile, que la peine de mort est toujours inadmissible car elle porte atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne.»

Au fil des années suivantes, François n’a cessé de répéter dans ses discours que la peine de mort était en soi un péché : « Venons-en au concret. Aujourd’hui, posséder des bombes atomiques est un péché  ; la peine de mort est un péché, elle ne peut être pratiquée» « La peine capitale suppose une grave violation du droit à la vie que toute personne possède.»

Dans son livre Un temps pour changer publié le 2 décembre 2020, le Pape François comparaît même la peine de mort à l’euthanasie et à l’avortement, ce qui ne laisse aucun doute sur le fait qu’il pense qu’elle est intrinsèquement immorale : « Si tu penses que l’avortement, l’euthanasie et la peine de mort sont acceptables, ton cœur aura du mal à se soucier de la contamination des rivières et de la destruction de la forêt tropicale. »

Dans son encyclique Fratelli Tutti, le Pape François va même plus loin et enseigne que tous les hommes de bonne volonté sont non seulement appelés à abolir la peine de mort mais aussi appelés à abolir la prison à perpétuité ! Autrement dit, d’après François, on ne peut pas être chrétien et favorable à la prison à vie : « Tous les chrétiens et les hommes de bonne volonté sont donc appelés […] à lutter non seulement pour l’abolition de la peine de mort, légale ou illégale, et sous toutes ses formes, mais aussi afin d’améliorer les conditions carcérales, dans le respect de la dignité humaine des personnes privées de la liberté. Et cela, je le relie à la prison à perpétuité. […] La prison à perpétuité est une peine de mort cachée » (Fratelli tutti 268)

Enfin, environ un an avant sa mort, le Pape François a approuvé la déclaration Dignitas Infinita, publiée par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF), qui enseigne elle aussi que la peine capitale est en elle-même intrinsèquement immorale au même titre que l’avortement, l’euthanasie et autres pratiques contraires à la dignité humaine :

« Il faut reconnaître que s’oppose à la dignité humaine « tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré ». Porte également atteinte à notre dignité « tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes psychologiques ». […] Le sujet de la peine de mort doit également être mentionné ici : la peine de mort, elle aussi, viole la dignité de tout être humain, inaliénable en toutes circonstances. » (Dignitas infinita 34)

Ainsi le Pape François enseigne bien que la peine de mort est immorale en toutes circonstances. En effet, étant donné que la peine de mort, selon lui « viole la dignité de tout être humain, inaliénable en toutes circonstances » (n°34) et que « indépendamment de tout changement culturel » cette dignité humaine est « inviolable en toute époque de l’histoire et [que] personne ne peut se sentir autorisé par les circonstances à nier cette conviction » (n°6) il s’ensuit logiquement que la peine de mort est immorale en toutes circonstances à toute époque de l’histoire, c’est-à-dire qu’elle est intrinsèquement mauvaise. Contradiction formelle avec l’enseignement traditionnel de l’Eglise catholique et avec tous ses prédécesseurs.

Reste alors une question : si l’Eglise a pu faillir à ce point pendant 2000 ans avec tous ses Pères, ses Docteurs, ses théologiens et ses Papes, qu’est-ce qui permet de garantir que le Pape François nous enseigne la vérité aujourd’hui ?

Dans la Lettre aux évêques de la Congrégation pour la doctrine de la foi à propos de la nouvelle formulation à propos du catéchisme, document approuvé par François, le cardinal Ladaria écrit : « La nouvelle formulation du n.2267 du Catéchisme de l’Église Catholique, approuvée par le Pape François, se situe dans la continuité du Magistère précédent et atteste un développement cohérent de la doctrine catholique » Cette phrase renvoie à une note déclarant que « la Commission Biblique Pontificale a parlé d’un «affinement» des positions morales de l’Église » Vous évoquez pourtant une rupture dans l’enseignement de l’Eglise. Alors qui croire ?

Il est une chose d’affirmer qu’il n’y a pas de contradiction, mais il en est une autre de prouver qu’il n’y a pas de contradiction ! Evidemment on ne doit pas s’attendre à ce qu’un document officiel publié par le Vatican dise haut et fort : «Oui tout le monde s’est trompé avant le Pape François. L’Eglise fut dans l’erreur morale pendant 2000 ans au sujet de la peine de mort mais rassurez-vous : le Pape François a enfin compris que le peine de mort est en contradiction avec le 5ieme commandement et qu’elle est par elle-même contraire à l’Evangile ». Il est évident que le Vatican ne fera jamais une telle déclaration ne serait-ce que pour préserver sa crédibilité.

La question n’est donc pas de savoir si le Vatican admet publiquement la rupture, mais de savoir si les propos (non-infaillibles) du Pape François sont formellement réconciliables avec l’enseignement du magistère constant de l’Eglise. Or nous avons vu précédemment qu’il ne s’agit pas là d’un « affinement » des positions morales de l’Eglise mais bien d’une contradiction formelle. Selon François, la peine de mort serait « toujours inadmissible » non pas pour des raisons prudentielles ou pratiques mais pour une raison doctrinale : il s’agirait d’une violation pure et simple de la dignité de la personne.

En conséquence, les deux propositions suivantes sont logiquement incompatibles :

1) « L’enseignement traditionnel de l’Église n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort » (Jean-Paul II, CEC, § 2267 de 1997)

2) « L’Eglise enseigne, à la lumière de l’Evangile, que la peine de mort est toujours inadmissible car elle porte atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne.» (François, Discours à la Commission internationale contre la peine de mort, 17 décembre 2018)

Ces deux propositions sont formellement contradictoires puisque la première implique que la peine de mort peut-être permise dans certaines circonstances et que l’État a le droit de l’appliquer tandis que la deuxième affirme que cette peine de mort n’est permise en aucune circonstance (« toujours inadmissible ») et que, en conséquence, l’Etat n’a pas jamais droit de l’appliquer. Ainsi, du point de vue de la stricte logique formelle, l’adhésion à l’une de ces propositions revient nécessairement à rejeter l’autre. Toute personne qui adhère aux propos du Pape François sera alors contrainte de rejeter l’enseignement de Jean Paul II (et vice versa).

Comme le remarque le théologien Brian Harrison: “je soupçonne que n’importe quel élève de 4ième doté d’une intelligence moyenne est capable de comprendre que la proposition (P) « La peine capitale est toujours contraire à l’Évangile », contredit la proposition P1 : « La peine capitale n’est pas toujours contraire à l’Évangile ».

En 2020, dans l’encyclique Fratelli Tutti, le pape François est revenu sur la peine de mort, et au 265 rattache son immoralité à la Tradition de l’Eglise. La nouvelle formulation du CEC est-elle donc vraiment en rupture avec la Tradition de l’Eglise ?

En effet dans Fratteli Tutti, le Pape fait appel à Lactance, saint Augustin et au Pape saint Nicolas Ier pour justifier son changement de doctrine sur la peine de mort. Il écrit : « Dès les premiers siècles de l’Église, certains se sont clairement déclarés contraires à la peine capitale. Par exemple, Lactance soutenait qu’« il ne fallait faire aucune distinction : tuer un homme sera toujours un crime ». Le Pape Nicolas Ier exhortait : « Tâchez de délivrer de la peine de mort non seulement les innocents mais aussi tous les coupables ». À l’occasion d’un procès contre des meurtriers qui avaient assassiné deux prêtres, saint Augustin a demandé au juge de ne pas leur ôter la vie. »

Sans vouloir se prononcer sur les intentions du Pape, nous avons là une véritable falsification des données historiques pour faire dire à ces auteurs ce qu’ils ne disent pas.

Bien qu’à une occasion précise, saint Augustin a demandé au juge de ne pas ôter la vie à deux prêtres, ce dernier enseigne dans la Cité de Dieu que la peine de mort est en soi parfaitement légitime : « Dieu lui-même a fait quelques exceptions à la défense de tuer l’homme, tantôt par un commandement général, tantôt par un ordre temporaire et personnel. En pareil cas, celui qui tue ne fait que prêter son ministère à un ordre supérieur ; il est comme un glaive entre les mains de celui qui frappe, et par conséquent il ne faut pas croire que ceux-là aient violé le précepte: « Tu ne tueras point », qui ont entrepris des guerres par l’inspiration de Dieu, ou qui, revêtus du caractère de la puissance publique et obéissant aux lois de l’Etat, c’est-à-dire à des lois très justes et très raisonnables, ont puni de mort les malfaiteurs.” (AUGUSTIN, La Cité de Dieu , I, XXI)

Certes, il est vrai que saint Nicolas conseillait de s’abstenir des condamnations à mort en pratique mais il affirme néanmoins que les lois qui punissent de mort ces personnes ne sont pas intrinsèquement mauvaises puisqu’il les désigne comme « respectables » : « Quant à ceux qui ont trucidé leur prochain, c’est-à-dire leur consanguin […] que les lois respectables trouvent leur application. Mais si les coupables se sont réfugiés à l’église, qu’ils soient arrachés à la mort promise par les lois. » (cap 26)

Lactance quant à lui soutient que la peine de mort est en principe légitime et s’insurge contre « l’impardonnable erreur » de ceux qui accusent « d’inclémence ou de méchanceté la justice de Dieu ou des hommes […], qui punissent de mort ceux qu’ils ont convaincus de crimes […] Le juge qui frappe les crimes n’en est pas moins un juge intègre et juste, car il veille au salut des bons en châtiant les pervers » (De la colère de Dieu, 17). Le spécialiste Christian Brugger conclut que « l’interdiction absolue de tuer que Lactance défend dans Les Institutions divines (texte auquel fait référence François)  « s’applique uniquement aux membres de la communauté chrétienne » et ne reflète aucun jugement selon lequel la peine capitale serait en soi immorale.

Précisions ici une chose importante. Le « consensus patristique » dont nous parlons ne porte pas sur le fait que la peine de mort doit être appliquée à chaque crime mais seulement sur le fait que l’État dispose du droit de mettre à mort les grands criminels dans certaines circonstances. Ainsi, même parmi les (rares) Pères qui étaient opposés en pratique à la peine capitale, tous ont considéré que celle-ci était en principe moralement légitime (c’est-à-dire non-intrinsèquement mauvaise).

Même Brugger (totalement opposé à la peine de mort) se voit obligé d’admettre: « Tout au long de la période patristique, comme nous l’avons vu, les textes qui remettent en question la prérogative de l’autorité civile d’exercer la peine de mort sont notablement absents. Dans les récits qui abordent directement la question, nous trouvons une acceptation presque unanime de cette autorité. Lorsque des raisons sont élaborées, cette acceptation est invariablement fondée sur un appel à l’Écriture, en particulier à Romains 13. […] Compte tenu de tout cela, il semble qu’il y ait des raisons suffisantes pour parler d’un consensus patristique.»

Le Pape François ne peut donc pas prétendre s’appuyer sur la Tradition de l’Eglise pour défendre sa position selon laquelle la peine de mort « viole la dignité humaine en toutes circonstances »

Savez-vous s’il existe d’autre cas de contradictions flagrantes entre le Pape François et ses prédécesseurs ?

Oui, François n’a pas hésité à contredire ses prédécesseurs sur d’autres sujets, mais rarement dans le cadre de son magistère.

Lors de la conférence de presse donnée pendant son vol de retour de Bratislava, le 15 septembre 2021, François a afirmé : « Le Seigneur est bon et il sauvera tout le monde. Cela, ne le dites pas à voix haute [il rit]» Le texte italien officiel affirme bien : « Il Signore è buono e salverà tutti ». Le verbe salverà est au futur de l’indicatif : littéralement, « il sauvera tout le monde». Prise dans son sens naturel et absolu, cette phrase ne se contente donc pas d’affirmer que Dieu veut le salut de tous ; elle semble annoncer que tous seront effectivement sauvés.

Cela est cohérent avec son discours auprès des Jeunes de Singapour le 13 Septembre 2024 dans lequel il semblait refuser la hiérarchie des religions « Toutes les religions sont un chemin vers Dieu. Elles sont – je fais une comparaison – comme des langues différentes, des idiomes différents, pour y parvenir. Mais Dieu est Dieu pour tous. Et parce que Dieu est Dieu pour tous, nous sommes tous fils de Dieu. […] Il n’y a qu’un seul Dieu, et nous, nos religions sont des langues, des chemins vers Dieu. Certains sont sikhs, d’autres musulmans, d’autres hindous, d’autres chrétiens, mais ce sont des chemins différents. »

Or l’idée que toutes les religions permettent de parvenir à Dieu est formellement condamnée par de nombreux Papes à travers l’histoire. Le Pape Pie IX disait dans Singulari quadam en 1854 « Notre charge apostolique, nous voulons exciter votre sollicitude et votre vigilance épiscopale, afin, que vous vous efforciez autant qu’il est en vous, d’arracher de l’esprit des hommes cette opinion aussi impie que funeste, qui affirme que l’on peut trouver la voie du salut éternel dans n’importe quelle religion.».

Le Pape Saint Jean Paul II lui-même a approuvé la publication de Dominus Iesus qui affirme « il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l’Église comme un chemin de salut parmi d’autres.»

Fort heureusement ces déclarations du Pape François ne font pas partie du magistère de l’Eglise et n’ont aucune autorité sur les catholiques. La problématique est plus forte sur la question de la peine de mort car l’enseignement fait désormais partie du magistère non infaillible de l’Eglise.

Néanmoins, l’instruction Donum Veritatis précise :

« La volonté d’acquiescement loyal à cet enseignement du Magistère en matière de soi non-irréformable doit être la règle. Il peut cependant arriver que le théologien se pose des questions portant, selon les cas, sur l’opportunité, sur la forme ou même le contenu d’une intervention. […] Dans ce domaine des interventions d’ordre prudentiel, il est arrivé que des documents magistériels ne soient pas exempts de déficiences. Les Pasteurs n’ont pas toujours perçu aussitôt tous les aspects ou toute la complexité d’une question. Mais il serait contraire à la vérité de conclure, à partir de certains cas déterminés, que le Magistère de l’Église puisse se tromper habituellement dans ses jugements prudentiels, ou qu’il ne jouisse pas de l’assistance divine dans l’exercice intégral de sa mission. » (Donum Vertitatis 24)

Autrement dit, il est possible, par définition, que le magistère non-infaillible du Pape puisse se tromper ponctuellement sur tel ou tel enseignement, même si cela ne devrait pas arriver habituellement sur une grande quantité de sujets divers. Les théologiens reconnus par l’Eglise pour leur enseignement doctrinal confirment d’ailleurs cette possibilité de refuser de donner son assentiment au magistère non-infaillible pour des raisons grave :

Franciscus Diekamp, grand théologien catholique allemand (1864-1943), professeur de théologie dogmatique à Münster écrivait par exemple dans son manuel de théologie dogmatique : « Ces actes non-infaillibles du magistère du pontife romain n’obligent pas à croire, et ne postulent pas une soumission absolue et définitive. Mais il est du devoir de chacun d’adhérer d’un assentiment religieux et intérieur à de telles décisions, en tant qu’elles constituent des actes du magistère suprême de l’Eglise, et sont fondées sur de solides raisons naturelles et surnaturelles. L’obligation d’y adhérer ne pourrait prendre fin que dans le cas, rarissime, où un homme, apte à juger cette question, après une analyse répétée et très fouillée de tous les arguments, parvient à la conviction qu’une erreur s’est glissée dans la décision » (Diekamp, Theol. dogm. man., vol. I, p. 72)

Ludwig Ott, Théologien catholique allemand, professeur à Eichstätt, auteur du manuel incontournable « Fundamentals of Catholic Dogma » conclut de manière similaire : « En ce qui concerne l’enseignement doctrinal de l’Église, il faut bien noter que toutes les affirmations de l’Autorité enseignante de l’Église sur les questions de foi et de morale ne sont pas infaillibles et, par conséquent, irrévocables. Ne sont infaillibles que celles qui émanent des conciles généraux représentant l’épiscopat tout entier, ainsi que les décisions pontificales ex cathedra… La forme ordinaire et habituelle de l’activité enseignante du pape n’est pas infaillible. En outre, les décisions des congrégations romaines (Saint-Office, Commission biblique) ne sont pas infaillibles. Néanmoins, elles doivent normalement être acceptées avec un assentiment intérieur fondé sur la haute autorité surnaturelle du Saint-Siège… Le silentium obsequiosum, c’est-à-dire le « silence respectueux », ne suffit généralement pas.

Par exception, l’obligation d’un assentiment intérieur peut cesser si un expert compétent, après un examen scientifique renouvelé de tous les fondements, en vient à la conviction positive que la décision repose sur une erreur. »(Fundamentals of Catholic Dogma, p. 10)

Après 5 ans, 7 ministres et 10 réformes, la France enregistre les plus mauvais résultats depuis le lancement du classement PISA

Le classement PISA 2026 est catastrophique pour l’Education nationale. Il ne suffit pas de donner des cours sexuels ou sur le vivre-ensemble, ni de faire la guerre à la liberté scolaire,  pour que les écoliers sachent lire, écrire et compter. En mathématiques, la France arrive en 34e position sur 91 pays. En compréhension, elle se situe au 28e rang. Ce sont ses plus bas résultats enregistrés en plus de 20 ans.

Après 5 ans, 7 ministres et 10 réformes…, la France enregistre les plus mauvais résultats depuis le lancement du classement PISA.

En mathématiques, la France accuse une baisse de 16 points – contre 9 points de moins en moyenne pour les pays de l’OCDE – en passant de 474 à 458 points, avec moins de bons élèves et 36% d’élèves en difficulté – elle était de 29% en 2022). De manière générale, le nombre des mauvais élèves augmente et celui des très bons diminue.

La Fondation pour l’école souligne : ­

Des réformes de bon sens s’imposent donc pour redonner à l’école ses marges de manœuvre. Certaines étaient d’ailleurs déjà évoquées dans la précédente enquête PISA en 2022 ; citons par exemple la limitation du numérique à l’école (proposition 4), le renforcement de la collaboration avec les parents (proposition 5), ou le déploiement de l’autonomie des établissements scolaires (proposition 10). Autant de pistes soutenues par la Fondation pour l’école dans son plaidoyer – et largement appliquées dans les établissements hors contrat.

Limitation des écrans, petits effectifs, autonomie de l’établissement : c’est en effet le quotidien des 2 156 écoles libres hors contrat de France. Et c’est ce qui leur permet de déployer une pédagogie ancrée dans le réel, une approche expérimentale et des cours centrés sur les fondamentaux. Le tout en faisant économiser 1.3 Milliards d’euros à l’Etat, là où le « bouquet de réformes » proposé par le Conseil d’analyse économique suite à la conférence de rentrée du ministre coûte plus de 4 milliards d’euros (une somme énorme à l’heure des restrictions budgétaires qui s’annoncent). Les parents ne s’y trompent pas : le succès des écoles libres ne s’est jamais démenti.

Racisme anti-blanc : l’AGRIF engage des poursuites contre Jean-Luc Mélenchon et Imane Hamel

Communiqué de Yann Baly, Président de l’AGRIF

Le jeudi 16 octobre 2025 se tenait à Clichy-sous-Bois une réunion de La France Insoumise (LFI) au cours de laquelle Imane Hamel, co-animatrice d’un groupe thématique de LFI dédié à l’antiracisme, déclarait : « Par une réécriture de l’histoire, le peuple français est réduit à une lignée de sang à la culture sclérosée » puis « Nous ne sommes pas moins français que celui dont la seule gloire malheureuse est d’être né blanc »

Une vidéo était par la suite en ligne, accompagnée du texte suivant : « Nous ne sommes pas moins français que celui dont la seule gloire est d’être né blanc. Jamais le peuple français ne sera réduit à une lignée de sang à la culture sclérosée. Nous sommes chez nous. »

Le mercredi 18 mars 2026 se tenait une conférence de Jean-Luc Mélechon, fondateur de LFI, rediffusée en direct sur la chaîne YouTube « JEAN-LUC MÉLENCHON ».

Après de longues démonstrations où le candidat à l’élection présidentielle vantait ce qu’il nomme « la nouvelle France », ce dernier déclarait : « Je veux dire, il a quand même bien fallu qu’il y en ait un jour un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l’autre bout du continent africain pour qu’à la fin ici vous soyez en train de faire les malins tout blancs, tout moches que vous êtes. »

Dans un climat où explose le nombre d’agressions verbales et physiques marquées par la haine anti-française et anti blanche, ces propos contribuent à jeter de l’huile sur le feu et peuvent constituer une incitation au passage à l’acte.

C’est pourquoi l’AGRIF a déposé plainte contre Imane Hamel et Jean-Luc Mélenchon pour injures publiques envers un groupe de personnes en raison de l’appartenance à la race.

Rappelons également que, ce vendredi 11 septembre 2026, se tiendra le procès intenté par l’AGRIF contre Majid Messaoudene, militant indigéniste, proche du maire de Saint Denis Bally Bagayoko, qui écrivait sur son compte Twitter le 18 juin 2020 : « Nous sommes antiracistes contre tous les racismes », précisant : « Sauf contre le racisme anti-blanc évidemment ».

Comme l’AGRIF le répète depuis sa fondation : leur soi-disant anti-racisme est un racisme en sens contraire.

17e pèlerinage Nuestra Señora de la Cristiandad

Vidéo officielle du pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté espagnol, qui a eu lieu au mois de juillet :

« Nous ne pouvons plus nous contenter des textes ambigus de Vatican II. Nous devons les corriger afin qu’ils soient parfaitement clairs »

Mgr Schneider a été interrogé sur AdVaticanum. Extraits :

Vous avez écrit que si le Saint-Siège prenait au sérieux la position de la FSSPX et reconnaissait les « ambiguïtés objectives » de certaines déclarations de Vatican II et du rite de la nouvelle messe, cela marquerait « le début de la fin du projet moderniste au sein de l’Église ». Que devrait contenir cette reconnaissance pour être plus qu’une simple formule de politesse ? Et voyez-vous, sous le pontificat de Léon XIV, un signe que Rome soit disposée à nommer ces ambiguïtés comme telles ?

Au contraire. La déclaration du cardinal Fernández en février, après sa rencontre avec F. Pagliarani, a réaffirmé que le concile Vatican II ne devait pas être discuté et que ses textes étaient irréfutables. Même s’ils ne constituent pas formellement des enseignements définitifs – comme l’a déclaré Paul VI en janvier 1966 –, les textes de Vatican II ne sont ni infaillibles ni définitifs au sein de l’Église. Je parle ici de l’enseignement propre du Concile. Bien sûr, lorsque le Concile a cité des dogmes – et il en a cité de nombreux –, ceux-ci demeurent des dogmes. Là n’est pas la question. La question porte sur l’enseignement propre du Concile.

Ainsi, si ces textes ne sont pas définitifs, s’ils ne sont pas établis ex cathedra , pourquoi ne pourraient-ils pas être amendés, améliorés, voire corrigés ? L’histoire de l’Église en a connu des exemples. Au concile de Florence, des déclarations doctrinales – non strictement disciplinaires – n’avaient pas vocation à être infaillibles. L’une d’elles concernait la matière ( materia ) du sacrement d’ordination : la remise des calices, les instruments, et non l’imposition des mains.

Mais cela allait à l’encontre de la longue tradition de l’Église car, durant tout le premier millénaire, en Orient comme en Occident, la remise des instruments n’était pas encore pratiquée. Elle n’apparut que plus tard, peut-être à la fin du premier millénaire. Pendant longtemps, l’Église utilisa uniquement l’imposition des mains. Et puis, à l’époque de Florence, près de la moitié de l’Église – les Églises orientales – pratiquait encore uniquement l’imposition des mains. Or, il s’agit d’une seule Église avec un seul sacrement. Par conséquent, certains théologiens trouvèrent étrange cette déclaration du Concile. Elle manquait d’équilibre. C’était objectivement une erreur. Mais le Saint-Siège, à cette époque, se montra assez tolérant et n’interdit pas aux théologiens d’en discuter, ni même de formuler des objections à cette formulation.

Pendant des siècles, la majorité des théologiens ont soutenu que la question se limitait à l’imposition des mains. La question a mûri, elle est devenue pertinente, et puis le pape Pie XII, dans un document solennel, a affirmé de manière définitive que la question se résumait – il a insisté sur le mot « seulement » – à l’imposition des mains. Ainsi, formellement, il a corrigé un concile œcuménique sur un point de doctrine.

Le Saint-Siège était plus tolérant à ces siècles-là qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, il interdit toute discussion, correction ou modification de certaines déclarations pastorales et doctrinales – liberté religieuse, œcuménisme, collégialité : ces deux ou trois points essentiels pour la Fraternité Saint-Pie-X. Il faut s’y soumettre sans réserve, faire un effort intellectuel, une gymnastique mentale, et ensuite tout est en ordre. Ce n’est pas honnête.

Le point suivant : ce même concile a déclaré que toute personne non baptisée, enfant ou adulte, qui meurt sans avoir été baptisée, est vouée directement à l’enfer. Une telle affirmation est très déséquilibrée. Par la suite, des théologiens ont estimé qu’elle était incomplète ; elle n’était pas tout à fait exacte. L’Église a autorisé le débat jusqu’au XIXe siècle. Pie IX a publié deux encycliques dans lesquelles il aborde cette question et corrige la doctrine de Florence, affirmant que lorsque des personnes non baptisées meurent dans une ignorance prétendument invincible, elles peuvent être sauvées par des voies que Dieu seul connaît.

Vous voyez, nous avons déjà des exemples. Pourquoi ne pas faire preuve de plus de tolérance et dire : « Très bien, discutons-en ; ces trois points sont peut-être plus importants ; laissons la parole à chacun » ? Pourquoi ne pas proposer des amendements, voire des modifications ou des corrections, afin que ces textes ne soient plus ambigus ?

Un autre exemple historique est celui du pape Honorius Ier au VIIe siècle. Il écrivit deux lettres, relevant de son magistère pontifical authentique, au patriarche de Constantinople au sujet de la christologie. Ces lettres étaient d’une grande obscurité, d’une grande ambiguïté. Elles n’étaient ni ouvertement hérétiques, ni ouvertement erronées, mais néanmoins très ambiguës. Ces deux lettres ambiguës incitèrent le patriarche hérétique de Constantinople et d’Orient à poursuivre la propagation de l’hérésie. Ils se fondaient sur le pape Honorius pour répandre l’hérésie.

Le successeur immédiat d’Honorius – car le premier successeur n’est resté en fonction que quelques mois – fut Jean IV. Il tenta de redresser la situation et de défendre Honorius, en appliquant ce que nous appellerions aujourd’hui l’herméneutique de la continuité. Mais les successeurs suivants d’Honorius au cours du même siècle, ainsi que le troisième concile de Constantinople, rejetèrent l’herméneutique de Jean IV. Ils déclarèrent : « Non, votre explication n’est pas acceptable », non pas parce qu’elle était hérétique, mais parce qu’elle manquait de clarté ; elle était ambiguë. C’est pourquoi ils le condamnèrent solennellement. Le pape saint Léon II, qui confirma le concile œcuménique, condamna lui aussi son prédécesseur pour cause d’ambiguïté.

Par conséquent, nous ne pouvons plus nous contenter des textes ambigus de Vatican II. Nous devons les corriger afin qu’ils soient parfaitement clairs sur l’œcuménisme et la liberté religieuse, sans aucune incitation à des interprétations ambiguës – comme cela s’est déjà produit au cours de ces soixante dernières années. Nous subissons aujourd’hui les conséquences de ces textes ambigus : un œcuménisme erroné, un système de dialogue interreligieux défaillant, fondamentalement relativiste, qui sape la seule vérité et la seule vraie religion, l’Église catholique fondée par Dieu. Et cette Église est irrémédiablement compromise.

Si vous vous rendez dans les séminaires et les facultés de théologie de ces soixante dernières années, si vous les interrogez aujourd’hui, la majorité des prêtres et séminaristes du Novus Ordo, dans les facultés de théologie actuelles de l’Église catholique, vous répondront : « Oui, les différentes communautés chrétiennes cheminent toutes vers Dieu, vers le Christ, et nous pouvons coexister. La conversion n’est pas une obligation. » Et cela s’étend même aux non-chrétiens. Cette conception est de plus en plus répandue et enseignée dans les facultés, prêchée par des prêtres et même des évêques. 

Votre Excellence, vous avez décrit les consécrations d’Écône comme un choix entre la préservation de la clarté de la Foi et la reconnaissance par le Pape, car Rome exigerait de la FSSPX qu’elle accepte certaines nouvelles ambiguïtés et la légitimité de la Nouvelle Messe. Vous-même évêque en pleine communion, vous avez souvent souligné ces mêmes problèmes. Avez-vous accepté ces conditions ? Dans le cas contraire, pourquoi ce dilemme ne concerne-t-il que la Fraternité ?

Eh bien, lorsque je suis devenu évêque, je n’en avais pas encore pleinement conscience. Je dois être honnête. Cela fait maintenant vingt ans que je suis évêque. Je suis spécialiste de la patristique. J’ai étudié la situation de plus en plus en profondeur : les textes du Concile, son histoire, les débats. J’ai lu le Concile attentivement. Et j’ai donc une meilleure compréhension de l’ambiguïté de ces textes. Nous ne pouvons accepter de telles ambiguïtés.

Quant au Novus Ordo, plus j’étudie les textes et les témoignages, plus je me rends compte de son erreur. On ne peut affirmer que le Novus Ordo – autrement dit, sa justesse ou sa légitimité – ne nécessite aucune correction. Nous ne pouvons perpétuer un rite liturgique aussi ambigu, qui compromet la clarté du caractère sacrificiel de la Messe. J’en suis désormais plus conscient. Et c’est pourquoi je comprends mieux la Fraternité, qui ne peut souscrire aux déclarations du Concile ni à la justesse de la Messe nouvelle.

J’étais l’un des visiteurs apostoliques de la Fraternité il y a dix ans, et j’en suis conscient. L’un des derniers documents que le cardinal Müller leur a présentés, en 2017, dont je possède le texte, leur demandait de reconnaître non seulement la validité de la Nouvelle Messe et des nouveaux sacrements, ce qu’ils étaient prêts à faire, mais aussi, comme je le disais, la reconnaissance de la légitimité de la Nouvelle Messe et des nouveaux sacrements par le Saint-Siège. J’avais alors déclaré au Saint-Siège : « Je vous en prie, contentez-vous de cette reconnaissance. » Mais le Saint-Siège ne s’en est pas contenté. Il a adopté une approche maximaliste et a exigé davantage de la Fraternité. Je lui ai alors dit : « Je vous en prie, adoptez une approche minimaliste, pour des raisons pastorales et historiques. »

La FSSPX a refusé la proposition de reconnaître la bonté, la légitimité et la justesse de la messe, et non seulement sa validité. Elle a également refusé d’admettre que, d’un point de vue général, les enseignements de Vatican II font partie de la tradition de l’Église.

En février dernier, le cardinal Fernández a réaffirmé les exigences. Pour avoir des évêques, il faut accepter ces conditions. Des débats théologiques sont nécessaires, mais la Fraternité en connaît déjà l’issue, tout comme le Saint-Siège : accepter ces déclarations ambiguës, accepter la bonté de la Nouvelle Messe.

Dernière question concernant la Fraternité : si vous aviez l’occasion de rencontrer à nouveau Sa Sainteté et de vous entretenir avec le cardinal Fernández au Saint-Office, que leur diriez-vous ? Comment leur présenteriez-vous la cause de la Fraternité ?

Je leur dirais : « Ne commettez pas une grave erreur historique, de peur que l’Église n’ait à se repentir après votre mort – de peur que les pontifes suivants n’aient à se repentir. » Pourquoi ? Parce qu’à cette époque, en 2026, l’Église était si rigide et incapable de résoudre un problème pastoral – certes, avec certains éléments doctrinaux, mais il ne s’agit pas de discuter directement d’un dogme de foi. Il s’agit plutôt des explications pastorales du Concile.

Il nous faut une approche et une solution empreintes de magnanimité, véritablement pastorales, voire synodales : davantage d’ouverture et d’esprit synodal. Nous devrions dire : « Oui, nous leur accordons cela maintenant », puis permettre l’ordination des évêques – ou les reconnaître après leur ordination – afin d’instaurer un climat de confiance mutuelle.

Puisque le Saint-Siège est plus fort, ceux qui le sont doivent faire preuve de plus d’ouverture que ceux qui sont plus faibles et qui n’ont pas autant de pouvoir. Ainsi, les puissants se retrouvent face aux impuissants. La Fraternité est, canoniquement parlant, impuissante. Le Saint-Siège est puissant. Tout le pouvoir est entre ses mains. Alors, pourquoi ne pas, vous qui êtes puissants, vous pencher un peu, faire une concession pastorale, et créer ainsi un climat de confiance mutuelle, un climat psychologique propice ? Intégrez-les un peu plus à la vie normale de l’Église, et nous aurons alors des éléments plus positifs et féconds, ainsi qu’un cadre pour mener les discussions nécessaires.

Mais cela peut prendre du temps. Cela peut prendre beaucoup de temps. L’Église a toujours fait preuve de patience et de tolérance dans la discussion de certaines questions pendant de très nombreuses années. Il faut d’abord les intégrer progressivement.

Je dirais au Saint-Père : « Vous êtes le seul à pouvoir résoudre ce problème, avec une grande charité paternelle et une grande magnanimité. »

Le 26 août, le pape Léon XIV a clôturé son cycle de conférences du mercredi sur Sacrosanctum Concilium . Il a présenté la réforme post-conciliaire comme ancrée dans la tradition vivante et visant une participation consciente et active plutôt qu’une attitude de « spectateurs silencieux ». Vous avez évoqué une « imprécision doctrinale et rituelle » dans la nouvelle messe et une rupture avec le rite romain traditionnel. Qu’avez-vous entendu lors de cette dernière catéchèse ? Le Novus Ordo, tel qu’il est communément célébré, est-il compatible avec les demandes du Concile, ou seulement avec un esprit de réforme postérieur qui a dépassé le texte ?

Ce discours ne saisit pas la véritable nature du Novus Ordo et l’engouement qu’il suscite à travers le monde. Il se contente de ne pas l’affirmer, de ne pas l’accepter, de ne pas percevoir la réalité. Il s’agit davantage d’un discours théorique qui ne correspond pas à la pratique.

Le Novus Ordo, tel qu’il est pratiqué, ne correspond pas à l’intention des Pères de l’Église, des Pères conciliaires. Le Pape doit le reconnaître, car nous disposons de nombreux témoins de cette époque. À commencer par le cardinal Ratzinger, professeur Ratzinger. Il a écrit une lettre célèbre au professeur Waldstein en 1976, dans laquelle il affirmait – ayant participé à toutes les discussions du Concile en tant que peritus – : « De par ma participation et ma présence aux débats sur la liturgie durant le Concile, je peux affirmer avec certitude que le Novus Ordo, tel que nous le connaissons, n’est pas conforme à la volonté des Pères conciliaires. » Ce témoignage est d’une importance capitale.

Nous avons ensuite le témoignage du cardinal Antonelli, qui participa au concile puis à la commission Bugnini. Dans ses mémoires, le cardinal Antonelli critique le travail de Bugnini sur le Novus Ordo, qu’il jugeait contraire aux souhaits du concile.

Puis, le célèbre liturgiste et théologien Louis Bouyer. Il fut également membre du Concile, d’abord comme peritus, puis au sein de la Commission Bugnini. Dans ses mémoires, il critique vivement l’œuvre idéologique de Bugnini concernant le Novus Ordo. Enfin, l’archimandrite Boniface Luykx, dans son ouvrage récent intitulé « Une vision plus large de Vatican II » , démontre de manière convaincante, à partir de sa propre participation au Concile et à la commission, que la messe de Paul VI ne correspond pas aux intentions des Pères conciliaires.

Ce sont des faits. On ne peut les nier. Il me semblait qu’il suffisait de fermer les yeux et de continuer à répéter des formules rhétoriques, qui peuvent être vraies en elles-mêmes, certes, mais qui ne correspondent ni à la réalité ni à l’histoire.

Un autre point important : je recommanderais vivement au Saint-Père et à ses conseillers de lire attentivement l’intégralité des débats du Concile concernant la liturgie. Un ouvrage publié il y a de nombreuses années à Rome rassemble tous les débats des Pères conciliaires sur ce sujet. Je l’ai lu deux fois, mais il est en latin. Et il est révélateur. À sa lecture, on se dit : « Les Pères conciliaires étaient si hésitants, si prudents face à tout changement radical. » Tout le débat portait essentiellement sur la langue, la langue vernaculaire ou le latin.

Mais même dans Sacrosanctum Concilium — et je suis surpris que le pape Léon XIV ne l’ait pas remarqué —, deux articles stipulent que la langue latine doit être conservée : non seulement elle peut l’être, mais elle doit l’être dans le rite latin. C’est une obligation. Un autre article précise que les évêques doivent veiller à ce que les fidèles puissent connaître l’ Ordinarium de la messe en latin. Cela comprend le Kyrie, le Gloria, le Credo, l’Agnus Dei et le Sanctus.

Et dans plus de 90 % des cas où le Novus Ordo est en vigueur, ce principe n’est absolument pas appliqué. Cela contrevient donc à un mandat explicite du Concile, dont le Saint-Père devrait tenir compte lorsqu’il s’exprime sur ce sujet.

Et puis, par exemple, lors du Concile, pendant le débat sur la liturgie, un évêque s’est levé et a déclaré : « Je ne propose pas cela ; je suis contre ces propositions d’élargissement de la langue vernaculaire, car si nous l’élargissons », a dit ce père conciliaire, « alors, à terme, la messe sera célébrée entièrement en langue vernaculaire. » Et alors, presque tout le Concile s’est mis à rire, car c’était impossible.

Alors le président du comité se leva et déclara : « Votre Excellence, nous vous assurons que cela est impossible. Il n’arrivera jamais que la messe entière soit célébrée en langue vernaculaire. » On perçoit ainsi l’atmosphère qui régnait durant le Concile : la majorité des Pères conciliaires n’imaginait pas que la messe puisse être célébrée entièrement en langue vernaculaire.

Mais aujourd’hui, plus de 90 % des messes du Novus Ordo sont célébrées en langue vernaculaire. Et il existe même des diocèses où, lorsque des prêtres souhaitent célébrer le Novus Ordo en latin, ils sont punis et interdits. C’est absurde.

Certaines personnes souhaitent observer le silence pendant la messe, pour se recueillir. La contemplation est possible durant la messe. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un silence absolu pour toute la communauté. Ce n’est pas l’idéal. L’idéal serait que les fidèles répondent au prêtre. Mais nous devons aussi rester ouverts à ceux qui préfèrent contempler.

Il peut aussi y avoir une participation active qui est stérile car il n’y a aucune participation intérieure.

Un autre point important : le premier missel, conforme aux normes de Sacrosanctum Concilium, a été publié par le Saint-Siège en 1965. Il ne faut pas oublier ce missel de 1965, qui constituait déjà la première réforme liturgique du concile Vatican II. Ce n’était pas en 1969, mais au début de 1965.

Puis, lorsque les Pères conciliaires revinrent pour leur dernière session en septembre 1965, ils célébrèrent déjà la messe réformée. Tous étaient ravis et s’exclamèrent : « Voilà ce que nous voulions dire ! » En quoi consistait cette réforme de 1965 ? Il s’agissait essentiellement d’une réforme très progressive et organique, comme l’exigeait le Concile, de sorte que la messe traditionnelle dans son intégralité était conservée, à deux modifications près : le psaume 42 et le dernier évangile furent supprimés. Or, dans l’ancien rite, le psaume 42 était également omis lors de chaque messe de requiem pour les défunts. Et durant les deux dernières semaines avant Pâques, pendant le temps de la Passion, le psaume 42 était également omis. Ce n’était donc pas une nouveauté.

Quelle fut la grande réforme visible de 1965 ? Il s’agissait, comme l’avaient proposé les Pères conciliaires, d’un usage plus large et plus répandu de la langue vernaculaire. Ainsi, la première partie de la messe, jusqu’à la préface, était en langue vernaculaire. Et après le canon, de même. Donc, de la préface jusqu’à la fin du canon, tout était en latin. Il était obligatoire que ces parties soient en latin.

Lors de la messe de 1965, le canon était silencieux. C’était une réforme très réfléchie, et les Pères conciliaires s’en félicitaient. Puis, en 1967, au premier synode des évêques, Bugnini présenta le projet de la nouvelle messe qui devait entrer en vigueur en 1969. Il l’avait déjà rédigé en 1967, mais la majorité des Pères synodaux l’avaient rejeté.

Vous voyez donc : une majorité des Pères synodaux en 1967, qui étaient encore Pères conciliaires deux ans auparavant, n’ont pas approuvé la messe de 1969.

J’aurais souhaité que le pape Léon ait étudié cela avant de prononcer son discours à ce sujet : qu’il étudie tous ces éléments historiques et factuels, qu’il lise les débats et qu’il écoute les témoins.